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Numéro 2 et 3 - 15 novembre 2001

Numéro 2 et 3 - 15 novembre 2001 Violence à l’école ! Les récents événements au
Numéro 2 et 3 - 15 novembre 2001 Violence à l’école ! Les récents événements au
Numéro 2 et 3 - 15 novembre 2001 Violence à l’école ! Les récents événements au
Numéro 2 et 3 - 15 novembre 2001 Violence à l’école ! Les récents événements au
Numéro 2 et 3 - 15 novembre 2001 Violence à l’école ! Les récents événements au

Violence à l’école !

Les récents événements au lycée de Sevran me font à nouveau penser à l’expérien- ce que j’ai vécue dans le passé comme professeur d’histoire et de géographie. Ce qui suit est bien évidemment la vérité, même si elle est partielle et qu’elle ne plaira pas à tout le monde… Mais, il faut en sortir et, comme disait Maurice Thorez : "que les bouches s’ouvrent".

E n 1989, je rentrais d’un long séjour en Afrique. J’ai eu l’opportunité de tra- vailler pendant deux

ans et demi comme maître auxi- liaire au service de l’Education Nationale. Mon premier poste fut le Collège André Malraux à Asnières. Je n’avais jamais

enseigné, mais l’Education Nationale avait besoin de main d’œuvre, et je fus vite mis dans

le bain, un mois après la rentrée

officielle. Le collège Malraux est situé dans "les quartiers Nord" populaires d’Asnières. Plusieurs dizaines de nationali- tés sont présentes parmi les élè- ves, une réputation de collège "difficile", qui lui valut d’être classé en ZEP (zone d’éduca- tion prioritaire).

Pouvoir faire cours J’avais comme classe les

6èmes, 5èmes et 4èmes dont une classe de 4ème "technolo- gique". Des programmes pas- sionnants : Antiquité, Moyen-

Age, Révolution…… Education Civique.

Les premières heures de cours se passent assez bien, mais rapi- dement, des problèmes graves de discipline se posent. Dans pratiquement toutes mes clas- ses, j’ai à faire d’abord à un vacarme incroyable, que je maî- trise rapidement. Seulement, il

y a aussi dans chaque classe un

petit groupe qui empêche véri- tablement de faire cours. En effet, pour apprendre et faire

comprendre l’histoire ou la géo- graphie, un maximum d’atten- tion est nécessaire. Je prends rapidement conseil auprès de mes collègues, la plupart dés- abusés et désarmés devant ces phénomènes d’indiscipline que

je n’aurais pas pu imaginer… Je

décide de prendre le taureau par les cornes. Je préviens à chaque fois les "empêcheurs de faire cours" que la situation ne sau- rait durer et que j’entendais faire cours, car j’étais là pour cela, et qu’il en allait de l’édu- cation de tous, y compris de la leur. Et, me remémorant les méthodes appliquées de mon temps (pas si éloigné), je déci- de, après moult avertissements, de renvoyer de cours un des élè- ves parmi les plus gênants. Je vous passe les menaces et les insultes de l’élève que j’expé- die, accompagné du délégué de classe, "en permanence". Et, surprise, quelques minutes

et aussi

après, l’élève revient, accompa- gné de la Conseillère d‘Education, qui me fait tran-

"Madame, vous êtes en retard !" Autre souvenir, gravé dans ma mémoire. A mi-parcours du pre-

quillement comprendre qu’il ne

mier trimestre, se tient une sorte

fallait pas exclure, que c’était

de

rencontre des parents avec

comme ça ici…et la voilà repar-

les

professeurs. Les élèves peu-

tie, me laissant l’énergumène,

vent y participer. Ce jour-là,

hilare et triomphant, sur le dos. La même scène s’est reproduite plusieurs fois, dans chacune de mes classes. Entre temps, je prends conscience de l’extrême

c’est la 6ème 3. La Principale réunit d’abord les professeurs et ceux-ci, dont j’étais, rejoignent les parents déjà installés dans une salle de classe. Au moment

désordre qui règne dans la plu-

la "prof principale" (prof’ de

part des classes de mes collè- gues, rendant quasiment impos- sible la tenue de cours corrects. Indigné, je décide d’en faire part à la Principale, à qui j’ex- pose le problème, en lui indi-

gym) entre dans la salle, un parent, qui était accompagné de son rejeton (un de mes plus importants perturbateurs) l’apo- strophe en tapotant sa montre : " Vous êtes en retard, lui dit-il sur

drait raser le collège. On peut

très bien faire cours dans le café d’à coté". Je suis abasourdi. J’attends une réaction de la Principale adjointe. Rien. Moi,

je ne peux laisser dire ça dans

un Conseil, devant les élèves. Je m’insurge, je dis l’utilité de l’é- cole, de l’importance du lieu etc. Après le Conseil, je discute avec la Principale adjointe, avec qui j’avais sympathisé. "Mais pourquoi tu n’as rien dit ?", Réponse : "Oh! Tu sais, il est comme ça, mais c’est un bon prof’, un poète…". Je suis écœuré…

Absentéisme et syndicalisme Beaucoup de profs dépriment. Les absences se multiplient.

Même les remplaçants (quand il

y en a), sont souvent absents.

L’administration est gênée. La Principale me demande si je veux faire des "heures sup.". Avec ma paye de misère, j’ac- cepte tout de suite. Je fais des cours "transversaux", notam- ment de l’Education civique (que presque aucun de mes col- lègues assuraient). Un jour, le

presque aucun de mes col- lègues assuraient). Un jour, le quant qu’il était impossible de terminer

quant qu’il était impossible de terminer les programmes de mes matières, déjà si chargés, si aucune sanction n’était prise contre les perturbateurs. Très compréhensive, elle m’autorise à les envoyer en "permanence". J’ai pu ainsi continuer à faire cours à peu près normalement. Je me demande encore com- ment pouvaient faire les autres collègues. Je l’ai su plus tard, ces classes étaient en fait des classes de niveau (faible en l’occurrence), malgré leur inter- diction officielle avec une petite "tête" de classe et au moins une dizaine d’élèves impolis, vio- lents et totalement récalcitrants au programme normal de collè- ge. J’ai pensé au gâchis que pouvait constituer cette "organi- sation" scolaire pour ceux qui se retrouvaient dans ces classes et qui voulaient travailler…

un ton magistral, "la réunion

était à 9 H !" Je pense que ladi- te prof’ va le remettre poliment à sa place. Eh bien non. La voici

qui bafouille, s’excuse en disant

que c’était la Principale qui nous avait retenu… Le parent, ravi, lui rappelle quand même que lorsque son gamin est en retard, on lui demande un mot d’excuse… La réunion peut commencer. Les gamins sont pliés de rire.

"Le collège ne sert à rien", affirme le prof principal Encore un autre souvenir. Conseil de classe d’une de mes quatrièmes. Cette fois, c’est un prof de français qui est prof principal. Dans la discussion sur

l’état général de la classe, celui-

ci lance, devant les délégués

élèves" de toute façon faire cours ici ne sert à rien. Il fau-

délégué du SNES (syndicat des enseignants du secondaire), me prend, gêné, à partie. "Tu sais, on n’assure pas "les heures sup.", c’est pour créer des pos- tes, tu ne devrais pas…". Or le rectorat ne trouvait même pas de candidat pour ces absences, et les élèves ne faisaient rien. J’ai été obligé de lui rappeler vertement les principes d’une action syndicale digne, et de lui proposer mes conseils…

Agressions graves Au fur et à mesure que l’année s’écoule, la violence augmente

dans le collège : vols, rackets, menaces sur les profs qui sont tous découragés, pneus des voi-

A l’époque, c’é-

tait black-out sur ces problèmes. Personne ne voulait en parler. La Principale m’a fait à plu- sieurs reprises comprendre

tures percés

"qu’en haut" (ministère, recto- rat) on ne voulait rien entendre là-dessus et que les chefs d’éta- blissement étaient invités à res- ter discrets sur le sujet. Un jour, mon amie Principale adjointe, femme admirable au demeurant, se fait tirer dessus chez elle (au collège) par une carabine. Je regarde l’impact. "Le Collège à t-il porté plainte ?". "Non, me répond-elle, il ne faut pas enve- nimer la situation". Quelques jours plus tard, un de mes collè- gues prof’ de techno se fait agresser par un de ses élèves. Le pauvre a eu chaud. Il a encore sur le cou les traces sombres des doigts de l’élève qui a failli l’é- trangler pour de bon. Il se trou- ve que ce jeune prof’ est magh- rébin, tout comme l’élève en question. Il me demande conseil. Je lui dis de porter plainte. Il est d’accord. Je vois mon amie Principale adjointe et lui dit : "Ce coup-ci, il faut faire quelque chose, c’est trop grave. En plus il est maghrébin, on pourra pas dire que c’est du racisme". Elle n’est pas d’ac- cord. "Ca ne servira à rien, les problèmes sont plus profonds". Deux jours plus tard, elle réus- sit, avec son autorité, à dissua- der le jeune enseignant de por- ter plainte.

Bien sûr, on me dira que c’est isolé, partial. Mais c’est une partie seulement de la vérité que j’ai vécue. L’année d’après, j’ai obtenu un poste à Cergy St Christophe, dans un collège presque neuf, mais sociologi- quement semblable à celui d’Asnières. Les choses se pas- saient mieux car il y avait moins d’angélisme de la part de l’équi- pe administrative. Cela n’empê- chait pas l’hypocrisie du collège unique. Dans celui-ci, une clas- se de sixième était entièrement constituée d’élèves sachant jouer aux échecs. On l’appelait la classe "échecs", pour rigoler. C’était une manière de regrou-

per les " bons ", les autres végé- taient sur des programmes inadaptés… J’aurais encore mille choses à dire sur ces sujets qui nous concernent tous. Aujourd’hui, nombre de ceux qui ont été, involontairement sans doute, responsables de la dégradation de nos établissements scolaires sont les mêmes qui manifestent contre la "violence scolaire". C’est triste. Comme si on pou- vait "manifester contre la vio-

Mais conve-

nons qu’en matière de violence ou d’échec scolaire, c’est comme la violence tout court. Il faut remettre tout à l’endroit. Espérons que les prochaines élections présidentielles et législatives permettront la mise en œuvre de réformes courageu- ses et simples et que les esprits changeront…

lence scolaire

".

Eric VEILLON

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en œuvre de réformes courageu- ses et simples et que les esprits changeront… lence scolaire ".
en œuvre de réformes courageu- ses et simples et que les esprits changeront… lence scolaire ".