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MÉDECINE GÉNÉRALE 2000

EBM Journal N°1 / Amélioration de Ia qualité des soins

L'informatique améliore la performance des cliniciens

Sullivan F, Mitchell E. Has general practioner computing made a difference to patient care ? A systematic review of published reports. BMJ 1995 ; 311 : 848852.

Objectif

Etudier les effets de l'utilisation d'un équipement micro-informatique dans les cabinets de médecine générale sur la relation médecin-malade, la performance du praticien et les soins aux patients.

Sources des données

Des recherches ont été effectuées dans MEDLINE, BIDS et GPlit au moyen des mots-clés suivants : ordinateurs en médecine, soins primaires, médecin de famille, informatique médicale. Des ouvrages, des bibliographies ainsi que des comptes rendus de conférences et leurs références ont également été passés en revue, de même que les références suggérées par des experts.

Sélection des études

Etaient sélectionnées les études relatives aux effets de l'informatisation des cabinets de médecine générale qui mentionnaient une assignation randomisée aux groupes d'étude, un ajustement ou une absence de différence initiale entre les groupes, et qui spécifiaient l'unité d'assignation, les critères de jugement et l'importance du suivi.

30 études ont été incluses.

Recueil des données

2 investigateurs ont passé en revue les études et leur ont attribué un score de façon indépendante. Chaque critère méthodologique recevait un score de 2, 1 ou 0. Lorsque les scores étaient différents, les investigateurs en discutaient pour aboutir à un score établi d'un commun accord. Les études étaient classées en fonction de critères relatifs au déroulement de la consultation, de la performance du praticien et

au devenir du patient.

Principaux résultats

6 études ont évalué les effets de l'utilisation d'un ordinateur sur le déroulement de

la consultation : 4 d'entre elles ont fait état d'un allongement de 48 à 90 secondes de sa durée, 2 ont mentionné une augmentation du temps de discussion de contenu médical à l'initiative du médecin, contre une diminution des conversations à contenu social à l'initiative du patient. 21 études ont évalué la performance du praticien :

3 d'entre elles ont montré que l'utilisation d'un ordinateur s'accompagne d'une augmentation du taux de vaccination (de 8% à 18%).

Selon 11 études, l'utilisation d'un ordinateur a pu augmenter jusqu'à 50% la prescription d'autres actes de prévention (examens, dépistages, aide-mémoire pour le médecin et le patient).

4 études ayant évalué les prescriptions ont fait état d'une diminution de 13% à 30% des coûts,

d'une prescription accrue des médicaments génériques

et d'une diminution du temps consacré à la rédaction des ordonnances.

2 études ayant évalué la prise en charge des maladies chroniques ont signalé que la

prise du pouls, l'examen du fond d'oeil et la détermination de la glycémie étaient plus fréquents.

Parmi les 3 études comportant des critères relatifs au patient, l'une a rapporté une diminution moyenne de 5 mmHg de la pression artérielle diastolique chez les patients atteints d'hypertension modérée, et les 2 autres ont montré que la satisfaction des patients n'était pas différente selon que le médecin utilisait ou non un ordinateur.

conclusion

L'informatisation des cabinets de médecine générale a un effet positif sur la performance des praticiens. La durée de la consultation est allongée en raison d'une augmentation des conseils prodigués par le praticien à sa propre initiative, alors que la durée des conversations engagées par le patient est réduite. Les études ayant évalué les effets de l'informatisation sur le devenir des patients sont encore rares.

Correspondance scientifique : Dr I-: Sullivan, Department of General Practice, University of Glasgow, Woodside Health Centre, Glasgow, Ecosse G20 7LR,

Royaume-Uni. Fax : 44-141-353-3402.

Abstract et commentaire publiés également dans ACP Journal Club 1996;124;3.

Commentaire

Pour de nombreux médecins, les avantages de l'informatisation du cabinet semblent très relatifs. Dans le cadre d'une médecine rétribuée à l'acte, elle augmente l'efficacité de la facturation, et le suivi du règlement des honoraires, mais elle est également perçue comme une menace pour le rôle diagnostique et thérapeutique du praticien. Compte tenu de l'importance des investissements et de l'évolution rapide du matériel et des logiciels, il est compréhensible que les praticiens soient réservés vis-à-vis des systèmes actuels d'informatisation des dossiers médicaux.

La revue de Sullivan et Mitchell a recensé de façon rigoureuse les méthodes et les résultats des essais ayant évalué les effets de cette informatisation sur les procédures et, de façon malheureusement encore très limitée, sur les résultats cliniques. Ces essais, bien que peu nombreux, montrent que les aide-mémoire informatisés améliorent effectivement l'observance des recommandations établies, que l'informatisation des prescriptions en réduit le coût, et que l'utilisation de ces systèmes peut demander plus de temps que celles des dossiers sur papier.

En effet, pour enregistrer les informations, rien n'est plus facile à transporter et à utiliser que le dossier manuscrit sur papier: d'un autre côté, le papier est aussi le moyen le plus coûteux pour stocker l'information et le moins commode pour y accéder. Les avantages potentiels du dossier médical informatisé vont bien au-delà de la simple copie électronique du dossier classique : les ordinateurs peuvent aussi accomplir des tâches auxquelles répugnent les médecins ou qu'ils ne font pas bien, tels le dépistage d'événements rares et la connexion avec des sources d'information ou d'expertise éloignées. Les dossiers médicaux informatisés libèrent également du temps que les praticiens peuvent utiliser pour des tâches que les ordinateurs ne feront jamais, comme discuter avec les patients et leur famille.

Des essais cliniques semblables à ceux évalués par Sullivan et Mitchell devront continuer à indiquer aux concepteurs, acheteurs et utilisateurs potentiels des systèmes médicaux informatisés quelles sont les innovations qui "marchent " et quels bénéfices en attendre à l'échelle du patient et de la société. Alors seulement les praticiens à titre individuel et les organismes de santé à titre collectif adopteront les ordinateurs comme les épiciers, les comptables, les ingénieurs et les mécaniciens l'ont déjà fait avant eux.

Dr William M. Tierney Regenstrief Institute for Health Care Indianapolis, Indiana, États-Unis

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