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Éléments

de

méthodologie

:

l’explication

de

texte

littéraire

L’explication de texte. Qu’est-ce ? C’est un exercice qui date de

l’Antiquité et théorisé par Erasme – XVIème siècle. L’explication de texte

est associée à la « rhétorique » et visait à fournir aux orateurs des éléments

pour nourrir leur discours. A l’origine il s’agit donc d’un travail préparatoire

de « défrichage » de texte dans un autre but qui était celui de préparer un

discours. A l’origine, les classes d’explication de texte servaient de base à

une leçon de morale dispensée par le maître.

Ce point d’histoire permet de souligner un fait important. L’explication

de texte doit viser à une construction personnelle. Elle est donc toujours

tendue, par une problématique pas un but. C’est l’exercice le plus proche

du texte. Elle en suit l’ordre (contrairement au commentaire) et ce dont

l’explication de texte doit rendre compte, c’est que le texte littéraire est

le lieu d’un processus, il s’y passe quelque chose. Et c’est ce qu’on veut que vous remarquiez et que vous analysiez.

Quels sont les questionnements principaux de l’explication de texte?

- Compréhension du sens littéral du texte

expliquer > explicare = déplier. A l’origine, cela suppose un « sens

caché » que vous devriez trouver. Conception remise en cause dans les

années 1960.

- Règles de grammaire et de rhétorique illustrées par le texte

- Références présentes, allusions à d’autres œuvres

- Voir la beauté du texte

Questions préalables à la rédaction de l’analyse de texte :

(1)

L’identification du texte

Situer le poème par rapport au recueil en prêtant attention aux éléments partextuels et métatextuels : par exemple « canción primera », « canción última ».

Métatexte C’est, pour le texte, le fait de parler de lui-même (comme un commentaire) selon G. Genette, dans Palimpseste.

Attention également au paratexte. Définition de Gérard Genette : le paratexte est tout ce qui « tourne autour de l’œuvre » sans faire partie du

corps du poème: le

On distinguera le titre « thématique » (qui désigne ce dont parle le poème) et le titre « rhématique » (qui désigne la forme du poème comme c’est le cas pour « Canción primera », « Carta ».

permet de contextualiser le

poème avec une référence à la ville de Jarko, c’est-à-dire l’URSS (on est presque face à un poème de « propagande »).

Poème « La fábrica-ciudad »

titre
titre

, le

sous-titre

.

L’épigraphe

(2)

Définir son énonciation

Avec « Canción primera » = présence d’un « je ». Qui est-il ?

Bien distinguer l’auteur (réalité extérieure à l’œuvre) et le locuteur. La fonction de locuteur dans le poème a des implications psycho-linguistiques. Distinction parfois malaisée pour les poèmes « engagés » où les deux semblent confondus. Surtout dans les poèmes de circonstances.

Mais vous devez prêter attention à la situation d’énonciation du texte qui

regroupe un

(YO) LOCUTOR, éventuellement un INTERLOCUTOR, réunis

autour d’un code (CÓDIGO) qu’est la langue, et situés dans un contexte (CONTEXTO).

Lorsqu’un « je » parle dans le texte (1 ère personne du singulier), on parle de focalisation interne (également valable pour la prose).

(3)

Appréhender le rythme du texte

Y a-t-il des moments de pauses ? des accélérations ? Cela permet de cerner les grandes étapes du texte. (Afin d’en indiquer la structure). Observez les connections logiques. Les articulations logiques vont en effet vous aider à comprendre la construction du texte, sa progression, et de ce fait à déterminer le plan de l’analyse.

(4)

Appréhender le ton et le style d’humour, d’ironie, de second degré ?

du texte

: présence

Tout cela permet d’interroger le sujet du discours. Dans quelle mesure est-

il en accord avec sa langue. Identifier les procédés engendrant une « double

Métaphores, allégories, symboles.

Pour savoir comment cela est à interpréter, le questionnement du lectorat peut aussi aider : à qui s’adresse le texte ? Quel effet produit-il sur le lecteur ?

lecture

»

et

déterminer

leur

importance

sur

l’analyse

globale.

2ème étape : La rédaction de l’analyse

I- L’INTRODUCTION :

(1)

Une présentation du texte

Pas d’histoire littéraire. Pas de biographie de l’auteur. Noter uniquement les renseignements essentiels :

Nom de l’auteur

Nom de l’œuvre

Mentionner la date de parution : pour El hombre acecha, 1981, après la mort de Franco, bien après celle de Miguel Hernández et, évidemment, bien après l’écriture du recueil.

De même, il est intéressant de souligner le contexte politique dans lequel s’insère le recueil. Cela permet d’expliquer les références à la Russie pour certains poèmes, d’expliquer les références à certaines dimensions techniques ou mécaniques. Par exemple, « La fábrica-ciudad »= apologie des tracteurs. Quel rapport avec la vie de Miguel Hernández et avec le contexte historique ?

L’agriculture est problématique en Espagne, avec la permanence du latifundios, abolis par la république de 1931. Or, c’est justement une des raisons qui ont provoqué le coup d’état de Franco.

Le problème de « latifundios » est particulièrement important en Andalousie, région dont M. Hernández est originaire.

3 ème point à mentionner : l’URSS est un des pays qui soutient les Républicains (dont fait partie Hernández)

On peut rappeler tous ces éléments pour « situer » le poème dans un contexte, l’identifier comme un poème engagé (parfois proche de la propagande).

Eventuellement mentionner les circonstances d’écriture: pour Cancionero et romancero de ausencias, écriture en prison peut être une précision utile, de même que la mort de son fils (fin 1938). Deux informations qui peuvent être mises en rapport avec le thème de l’absence.

(2) Dégager une PROBLEMATIQUE ou des axes d’analyse pour le poème. (3) Donner une structure

Attention aux tournures enfantines et scolaire « el texto se compone de ».

Préférer : El texto se articula / estructura según 2, 3 ejes (= axes) / movimientos

II- LE DEVELOPPEMENT DE L’ANALYSE DE TEXTE

La méthode : On présente le premier mouvement du texte en lui donnant un titre (sous forme de phrase) qui va constituer la première partie principale. Puis on expose une idée secondaire qui développe un aspect de cette partie. On prend appui sur un argument : on expose l’idée, on prend un exemple (premiers vers du texte) que l’on analyse précisément, avec éventuellement un second exemple ; puis on passe à un deuxième argument etc. Cela implique de citer le texte aussi souvent que cela est nécessaire, de tout justifier en citant le texte. La citation suit l’analyse pour l’appuyer. La règle d’or est de toujours connecter fond et forme pour évoquer les deux écueils que sont la paraphrase (parler du « fond » avec d’autre mot et le catalogue de figures. Ce que doit évoquer lanalyse (en proportions ≠ suivant les textes…) :

(1)

LA CONSTRUCTION DU DISCOURS

S’interroger sur la complexité des phrases

Est-ce que ce sont des phrases simples (=une seule proposition) ou complexes (= proposition principale + proposition relative) ?

hypotaxe

= subordonnées emboitées les unes dans les autres ou avec des

conjonctions de coordinations

parataxe

= les propositions sont simplement juxtaposées par des virgules.

Abondance de phrases simples qui coïncident avec les limites versales

. (Ce dit en principe pour le théâtre lorsque chaque réplique

correspond à un vers).

Observer les modalités employées : Interrogations, exclamations, ordres…

Observer la ponctuation : présence ou absence. Coïncidence ou non avec les limites versales.

Signaler les ruptures syntaxiques :

la
la

stichomythie

-

ellipses hyperbates
ellipses
hyperbates

: phrases incomplètes, omission

-

: altération dans l’ordre des mots par rapport aux règles

 

de grammaire de la langue

 

-

Antéposition / Postposition

.

Etudier le niveau de langue et leur mélange ou confrontation: lengua corriente/ lengua coloquial (voire “vulgar”) /lengua rebuscada. Repérer les “arcaísmos”, les “neologismos”

Observer le temps des verbes

Y a-t-il beaucoup d’action ? Dans quelle mesure relève-t-il d’un récit et dans quelle mesure renvoient-ils à un discours en acte ?

-

temps du discours

: présent, futur, passé composé

-

temps de l’histoire

: passé simple, imparfait, conditionnel

Cela permet de s’interroger sur les modalités de l’action, de repérer

«

Plusieurs types de verbes à distinguer :

substantifs de discours »

= « el » + INFINITIF.

télique
télique

- = il présente l’action comme achevée (ex. « se ha retirado el

campo », v. 1 de “Canción primera”). Le “participe passé” est toujours atélique de même que les temps composé parce qu’ils disent une antériorité, donc une action terminée.

»

(« Canción primera », v. 5)

atélique
atélique

- = l’action est perçue en cours « el hombre se descubre

Le vers fait référence a « el abismo » : ce n’est pas un objet fini qu’on peut découvrir puis passer à autre chose processus en cours, dont le constat est fait perpétuellement.

Le gérondif est « atélique » (action en cours) de même que l’infinitif qui présente l’action « en puissance », c’est-à-dire non concrètement réalisée.

L’observation de la construction interne des phrases mène, en dernier

terme, à l’observation de l’analyse de la construction du discours. Ce

n’est pas la même chose que la construction de la phrase. Cela renvoie à

l’ordre dans lequel sont évoqués les évènements.

- retour en arrière =

- projection dans le futur / anticipation = fait-il visionnaire dans son recueil ?

analepse

prolepse

Miguel Hernández se

S’il n’y a ni retour ni anticipation = cronología lineal

Y a-t-il une véritable progression dans le texte ?

(2)

L’ELABORATION D’UN SUJET

Identifier l’énonciation : présence ou non de 1 ère personne. « yo locutor »? Présence d’un « tú » « interlocutor »?

Repérer également le pronom “nous” et déterminer à qui il fait allusion (nous = moi + toi, nous = moi + Eux, par ex. nous les Espagnols, nous les hommes).

»/

La situation d’énonciation est suggérée par des

« ahora ». Déictique dans le premier texte ? « Hoy » (v. 21)

Repérer les

: interjections adressées à l’interlocuteur pour le

déictiques

:

«

aquí

vocatifs
vocatifs

désigner. Vocatif dans le premier texte ? « hijo » (v. 15)

Autre élément qui renvoie à la situation d’énonciation, utilisé dans le poème

« Llamo al toro de España »=

l’impératif.

Déterminer la tonalité du texte. Est-ce qu’il y a de l’humour : quelle sorte d’humour est-ce ?

o

ironía
ironía

on prétend quelque chose en laissant entendre le contraire. On

fait du lecteur un complice.

o

sátira
sátira

On fait rire dans le but de dénoncer, d’émettre une critique, en

ridiculisant.

o

parodia
parodia

On imite quelque chose en en changeant l’aspect formel pour

le rendre ridicule. Généralement le but = faire rire (mover a risa)

» / « pathos » : le but serait de saisir intensément les auditeurs

ou les lecteurs. Cela renvoie à la capacité du texte à « émouvoir ». (Dans

son Lexique des termes littéraires, M. Jarrety l’oppose au « logos » qui

s’adresse à la raison, et à « l’éthos » (aspect moral). Est pathétique ce

qui, par l’expression du malheur et de la souffrance, excite les passions et

les émotions vives telles que tristesse, indignation, horreur, pitié, terreur.

«

pathétique

« lyrisme »

: ce qui a trait à l’identité du sujet, à la subjectivité. A l’origine,

le lyrisme état une poésie chantée à la première personne (par opposition

à une poésie épique, notamment). Elle renvoie à l’expression des

sentiments personnels : l’amour, la mort, le temps…Or, depuis le XIXème

siècle (Baudelaire) et les romantiques (en Espagne = Gustavo Bécquer) la

poésie est presque intégralement lyrique. Mais cela fait-il référence aux

sentiments de l’auteur ? Rimbaud qui parle au contraire d’une «

impersonnalité volontaire » malgré le « je ». S’interroger sur le

lyrisme d’une œuvre c’est interroger sa capacité à traduire un sujet.

Chez Miguel Hernández il faudra s’interroger sur l’identité de ce sujet :

l’homme « Miguel Hernández », le citoyen engagé ou l’homme en général ?

Cela débouche sur une interrogation sur la possibilité de concevoir les

poèmes et le recueil en dehors du contexte historique.

vient de l’Epopée, donc a priori

n’a pas de lien avec le poème. Pourtant, dimension qu’on observera chez

Miguel Hernández. L’épique a à voir avec la présence d’un héros,

particulièrement lorsque le sujet (locuteur) est considéré comme

« personnage » et mis en scène.

Autre terme important :

« épique »

(3)

JEUX DE SON ET DE SENS. LE STYLE ?

Rappel sur les sonorités :

- aliteración - asonancia Egalement:
- aliteración
- asonancia
Egalement:

repetición de un (o varios) consonante(s)

repetición de un (o varios) vocal(es)

-

paronomase

= lorsque les sonorités d’un mot évoquent un autre mot,

très proche

Les rimes :

-

rima continua

: aa (suivies ou plates)

-

rima abrazada

: abba (embrassée)

-

rima encadenada

: abab (croisées)

En espagnol on distingue :

-

rimes « consonantes »

= toutes les lettres « riment » (consonnes

-

+voyelles)

rimes « asonantes »

où il n’y a que les voyelles qui riment, depuis la

dernière voyelle accentuée.

Exploration du lexique et des images :

Explorer les

prendre selon le contexte.

Etudier les champs lexicaux ou dans le texte.

connotations

significations secondaires que le mot peut

isotopies

et la manière dont elles s’articulent

Isotopía

= « récurrence d’unités de sens au sein d’un énoncé », champ

lexical et ensemble des mots qui se rapportent à un domaine.

On se demandera s’il y a de « leitmotiv » (images ou mots qui reviennent).

des

Heterotopía

(plusieurs

champs

lexicaux,

par

exemple

lorsque

métaphores font référence à des domaines différents).

Alotopía

= la rupture de l’isotopie

Différents types d’images à connaître

- Comparaison (présence d’un terme comparateur, « como », « tan… como »)

- Métaphore

Distinguer les métaphores lexicalisées (celle qu’on trouve dans le dictionnaire, celle qu’on a l’habitude de lire et qui n’étonne plus le lecteur) et les « hapax » (métaphore unique, inédite).

Par ex. dans « Canción primera » : el « abismo » pour désigner un écart ou un décalage importante est une métaphore lexicalisée

Métaphore in praesentia (les deux éléments sont présents dans le texte) et métaphore in absentia (il n’y a que le comparant, le comparé est sous- entendu).

Métaphore in praesentia généralement autour du terme « es » qui identifie comparant et comparé.

Dans « El soldado y la nieve » (strophe 8): “estos soldados / y porque son hogueras con pisadas, con ojos”. Métaphore “estos soldados” (COMPARE)/ “hogueras(COMPARANT). Autre exemple, strophe 10 : « son el cristal de roca » qui renvoie au même comparant. (Pas elliptique car énoncé au-dessus).

Métaphore in absentia

Dans “La fábrica-ciudad”, métaphore in absentia aux vers 7 « metálicos dientes » : les « dents » pour désigner les piques du tracteur.

Dans « El soldado y la nieve » : métaphore in ausentia, aux vers 11- 12 “un deshecho abrazo / de precipicios”. La comparaison du vers 11 (« se derrama como ») introduit un COMPARANT qui lui-même inclut une métaphore in ausentia.

« métaphore filée » (metáfora continuada) lorsqu’elle est développée.

Personnification un objet qui prend vie.

Par ex. « Rusia » : trenes poseídos de una pasión errante”

Prosopopée : mise en scène des absents, des morts, des êtres surnaturels

Par ex. dans « El soldado y la nieve », personnification de la neige. Cela renvoie également à une allégorie.

Métonymie : figure de substitution de termes par « contigüité » (alors que pour la métaphore on parle d’un rapport de « ressemblance »). La cause pour l’effet, le lieu pour la chose, le contenant pour le contenu, l’abstrait pour le concret, l’objet pour la personne, etc.

Synecdoque : cas particulier de métonymie (la partie pour le tout)

Allégorie : on appelle allégorie une composition symbolique faite de plusieurs éléments qui forment un ensemble cohérent et renvoie terme à terme à un comparé généralement abstrait. (l’allégorie est faite de « symboles »)

Ce qu’il y a d’important dans l’allégorie par rapport à la métaphore, c’est qu’on peut conserver les deux lectures. Par ex. « allégorie de la caverne » de Platon.

Enfin, dans l’analyse de texte il faudra également s’intéresser à la présence d’autres textes au sein du poème. L’ensemble de ces rapports a été désigner par G. Genette « transtextualité ». Cela recoupe la métatextualité, la paratextualité (évoquées en introduction) mais également :

L’intertextualité : citation, allusion

L’hypertextualité : réécritures (parodiques ou non). Copier le style = pastiche.

Pour la poésie : LA METRIQUE ESPAGNOLE. cf. Analyse de « Canción primera »

CONCLUSION DE L’ANALYSE DE TEXTE LITTERAIRE :

Résumer l’essentiel des grandes idées que vous avez énoncées en les

rattachant bien à votre problématique de départ. Essayer d’y répondre

simplement. Est-ce que l’idée qu’on pouvait se faire du texte à la première

lecture s’est vérifiée ? Souligner la spécificité du texte. En quoi se rattache-

t-il aux autres poèmes du recueil ? En quoi s’en distingue-t-il ?