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Espaces Temps

Rien de bien défini


Jacqueline Beaujeu-Garnier

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Beaujeu-Garnier Jacqueline. Rien de bien défini. In: Espaces Temps, 10-11, 1979. Région : enquête sur un concept au-dessus
de tout soupçon. pp. 10-13;

https://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1979_num_10_1_3020

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Jacqueline Beaujeu-Garnier

Rien de bien défini

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11
Jacqueline Beaujeu-Garnier

Pyrénées, etc. . . C'est une manière de diviser l'espace et il est évident que par exemple toute la
région du NE du Massif Central est plus ou moins sous la dépendance de Lyon. Mais à l'heure
actuel e, la Datar a pris conscience qu'il existait des problèmes spécifiques au Massif Central en tant
qu'unité naturelle, et a récemment - il y a deux ans - recréé un chargé de mission spécial pour s'occuper
de l'ensemble des problèmes du Massif Central sans plus s'intéresser à savoir si c'est Lyon, Toulouse
ou Montpellier qui domine la partie, mais en essayant de prendre conscience des problèmes globaux
d'une région montagne, pas très favorisée, au centre de la France, assez compacte et très dépeuplée.
Je crois donc qu'il faut toujours diviser l'espace en fonction de ce que l'on veut faire, et qu'il n'y
a pas pour moi une division absolue de l'espace sauf peut-être les frontières nationales dans la
mesure où elles ne sont pas perméables ou transgressées par des flux de touristes, de finances.
N'existe-t-il pas un niveau d'échelle privilégié pour l'étude et le découpage régional ?
J.B.G. : Je me répète, mais pour moi le mot "région", ça ne signifie rien de bien défini. Par contre,
si je me place au point de vue administratif, la région est une unité organisée qui bénéficie de la
présence d'une ville plus importante qui a certaines fonctions vis à vis du pays qui l'entoure. Dans ce
sens là, je pense que l'on peut employer le mot région, mais toujours en précisant, région
administrative, s'il s'agit d'une région économique comme les régions d'aménagement du territoire à
l'heure actuelle en France, ou bien région d'influence urbaine s'il s'agit de considérer la zone
d'influence d'une grande ville qui ne coincide pas forcément avec des régions économiques actuelles.
Si vous prenez la région Provence-Côte d'Azur comme exemple, il existe une aire de définition
de l'influence de Marseille, mais également une aire de définition de l'influence de Nice ; dans ce
cas l'on débouche sur deux possibilités de découpage régional : soit l'on considère les zones
d'attraction naturelle ou d'influence prédominante des métropoles, soit on prend comme référence la
région économique administrative telle qu'elle existe, à l'intérieur de laquelle se trouvent deux
métropoles qui ne s'entendent pas. On aboutit bien entendu à des espaces tout à fait différents. Et
dans le cadre de l'aménagement, il est très délicat de dire s'il vaut mieux choisir la région
administrative ou la région d'influence d'une ville. Je pense que dans la mesure où une ville exerce
vraiment une influence périphérique il vaut mieux prendre la région urbaine parce que, en agissant sur
la ville, on agira fatalement sur l'environnement immédiat, donc sur la région urbaine. Tandis que
si on décide des mesures formidables en faveur d'une ville centrale ou d'une capitale régionale sans
rayonnement marqué comme cela existe souvent dans les pays en cours de développement, ce n'est
pas sûr que l'irrigation se fasse autrement qu'officiellement jusqu'aux limites de la région
économique ; c'est à dire que statutairement telle commune dépendra de telle métropole régionale qui sera
peut-être très loin, mais, en réalité, elle sera peut-être beaucoup plus influencée par une autre
métropole située hors de la région économique administrative. Il y a là d'importants phénomènes de
distorsion.
Est-ce qu'il n'y a pas une ambiguïté et même une part d'illusion dans ce qu'on appelle zone
d'influence ou influence des villes, dans la mesure où, en réalité, les villes n'exercent pas réellement
l'influence de décision et d'organisation sur l'espace alentour ?
J.B.G. : C'est une de mes idées favorites. Pour moi, les villes ont une influence sur leur
périphérie et ceci de diverses manières, par les déplacements des gens, par l'argent qui circule, par
l'information qui vient de la ville, etc. . . Cette influence urbaine on la retrouve partout, même dans les
pays sous-développés
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Cette notion d'influence des villes me parait en définitive très importante. Maintenant, dire que
cette notion de dépendance, ou de relation entre la ville et son pays alentour est une notion fixe,
pas du tout. Je pense qu'il y a trois étapes : il y a l'étape où la ville est complètement étrangère au
pays, ce qui se passe fréquemment dans les pays sous-développés ; il y a une étape idéale qui était
celle de la France jusque dans les années trente, où la ville est vraiment liée à sa région par un
système ; pensez aux chemins de fer départementaux à l'époque qui rabattaient toutes les campagnes
vers le chef-lieu de département ; et puis alors, il y a une troisième étape dans laquelle sont rentrés
les pays les plus industrialisés à l'heure actuelle : il y a bien sûr des relations entre la ville et la
région, les gens de la ville vont aller à la campagne tous les week-ends dans leurs résidences
secondaires ou voir les bois, les forêts, etc. . . et ils vont peut-être aussi acheter des produits à la campagne
voisine, mais il y a fondamentalement une délocalisation ; les produits alimentaires, les matières
viennent de l'autre bout du monde, la production est vendue très loin, les capitaux qui animent
les sociétés industrielles viennent des Etats-Unis ou d'Allemagne entre autre, et par conséquent il
n'y a plus cette symbiose qui a existé à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle en France
entre les campagnes et la ville centrale. Cette évolution ne peut que s'accentuer à mesure que les liens
internationaux, la circulation internationale des biens, de l'argent, des idées deviendra de plus en
plus généralisée et plus ancrée en certains points qui constituent des noyaux.
12

Croyez-vous qu'il reste un groupe de pays dans lesquels la ville a un rôle décisif sur sa région ?
J.B.G. : II me semble que c'est encore le cas à l'intérieur même de pays comme la France ; on a
souvent dit que dans l'ouest de la France il n'y avait pas de régions. Il n'y a pas de région, mais il
existe des départements qui ont encore une forte structure, pensez à un département comme celui
d'Angers ou celui du Mans, la ville centrale a quand même une influence encore locale. Et en tout
cas ce phénomène est très net pour les pays en voie de développement : Vennetier montre bien dans
dans son étude sur les villes africaines les progrès des aires de ravitaillement, les progrès des
cultures accompagnant le développement urbain, et le développement des voies de communication en
rapport avec
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Si le mot région ne veut pas dire grand chose, il existe pourtant une géographie régionale
enseignée officiellement. . .
J.B.G. : En ce qui concerne la géographie régionale je vous répondrai par une phrase de Gourou :
"on peut faire de la géographie régionale dans n'importe quel cadre". Pour moi, la géographie
régionale, (je déplore encore une fois cette utilisation du mot région), c'est l' étude globale d'un
morceau de territoire qu'on découpe comme on veut. Cela signifie que j'essaierai de prendre dans tous
les domaines, du milieu naturel, de l'histoire, de l'économie, des échanges, tout ce qui caractérise
ce morceau d'espace, et surtout toutes les interrelations qui relient entre elles les caractéristiques
de ce morceau d'espace.
On peut donc faire de la géographie dite régionale dans n'importe quel cadre, à condition de
définir son cadre, et ensuite d'en examiner toutes les interrelations -je sais que cette conception n'est
pas orthodoxe.
Vous n'accordez pas alors une valeur particulière à la région, dans son sens assez courant qui
correspond à une division de premier niveau de l'espace national ?
J.B.G. : Ah! Si! C'est tout à fait la région administrative, ou la région économique. Il est
impossible d'administrer un pays comme la France, qui n'est cependant pas très grand, dans un seul
morceau, il faut bien le découper. On l'a découpé en 21 régions, on l'avait découpé en 89 ou 90
départements ; on aurait pu aboutir à 25 régions, ou 18 ou 15, mais enfin il fallait bien des organismes
quelconques pour être plus près de l'administration plutôt que d'avoir une seule administration
parisienne centralisée.
Tout pays à partir d'une certaine dimension doit obligatoirement être découpé en un certain
nombre de sous-espaces, pour que l'administration y soit plus efficace.
Est-ce qu'il ne faudrait pas quand même se démarquer de la monographie la plus traditionnelle
pour aller dans le sens d'une re flexion sur les structures spatiales ?
J.B.G. : Pour moi la monographie c'est la pierre qui sert à faire le mur : il faut des milliers de
monographies de villes, de campagnes pour arriver à atteindre un niveau supérieur ; la monographie
ce n'est qu'un début, ce qui est intéressant c'est de tirer des conclusions générales et d'essayer de
déceler les phénomènes de structure sous l'apparence. Il me semble d'ailleurs à cet égard, que la
géographie atteint justement à l'heure actuelle une espèce de maturité et que dans beaucoup de
pays, on a suffisamment d'études pour aller plus loin, et pour essayer de trouver les régularités
dans ce qu'on a appelé l'unicité des faits géographiques à laquelle je ne crois pas beaucoup.
Vous seriez d'accord avec ceux qui critiquent l'exceptionnalisme.
J.B.G. : Oui. Je pense que l'exceptionnalisme est quelque chose de superficiel. Quand on
cherche sous l'exceptionnalisme on trouve très souvent une règle générale, une- structure générale.
Quel rapport existe-il entre la région comme espace vécu et l'espace objectif de référence ?
J.B.G. : Cela retombe dans le travers que je dénonçais tout à l'heure, c'est à dire que le mot
région est mis à toutes les sauces, et chacun le conçoit à sa manière. L'espace vécu est quelque chose
d'intéressant mais qui n'a pas de réalité objective. Si vous interrogez cinquante personnes du même
coin de ville ou du même coin de territoire et que vous leur demandez ce que représente pour eux
la région où ils vivent, vous aurez probablement quarante sept réponses et demie différentes. La
notion d'espace vécu montre très bien à quel point il est difficile sinon impossible de faire des
modèles en géoeraphie. Regardez par exemple les relations commerciales : on fait de belles théories pour
dégager la hiérarchie des centres commerciaux et la hiérarchie des fréquentations, mais cela ne
correspond pas à la réalité, les gens précisément vivent leur espace et ne vont pas aller au centre
commercial voisin parce que c'est le plus proche, et ils iront dans un autre parce qu'ils sont plus attirés ;
il y a donc une question de comportement des gens, de la personnalité des gens, de la perception de
l'espace par les gens qui est souvent en contradiction avec les lois économiques de base.
Jacqueline Beaujeu-Garnier 13

Est-ce que les géographes ont bien tenu compte de l'évolution de la réalité quand ils abordent
la notion de région ou bien n'y a-t-il pas un décalage croissant entre ce que disent les géographes
sur la région et la réalité de la région ?
J.B.G. : Dans le cas où ils s'accrochent à la région comme à leur plus précieux trésor, ils ont dix
métros de retard ! Je refuse la mystique de la région ; pour moi le problème ne se pose pas en ces
termes là : je prends un morceau d'espace et je dis ce morceau d'espace est intéressant parce qu'il
est uniforme, parce que tous les gens qui habitent à cet endroit sont concernés par la ville qui est
à tel endroit, etc. . ., eh bien c'est un morceau d'espace qui a une caractéristique spécifique. Mais
c'est tout.
Donc vous pensez qu'il n'y a pas d'avenir important pour le concept de région en géographie et
qu'il va tendre à se banaliser de plus en plus.
J.B.G. : Non, on dira région et on mettra un adjectif après pour bien indiquer sur quel
phénomène on se base pour le définir. Une région de végétation, une région de population, etc. . . C'est
le phénomène dominant qui peut en effet servir à définir un espace ; cet espace, si vous voulez
l'appeler région moi je n'ai rien contre.
On ne peut pas faire la théorie de la région ?
J.B.G. : De la région en absolu, non. Mais on peut faire la théorie de la région urbaine, de la
région administrative. . .
Espaces Temps

Oui à la géographie régionale à condition qu'elle change


complètement
Roger Brunet

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Brunet Roger. Oui à la géographie régionale à condition qu'elle change complètement. In: Espaces Temps, 10-11, 1979.
Région : enquête sur un concept au-dessus de tout soupçon. pp. 14-17;

https://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1979_num_10_1_3021

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Roger Brunet

Oui à la géographie régionale,

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Pourquoi et comment découper l'espace ?


R.B. : Je considère que nous n'avons pas à découper l'espace, pour la simple raison qu'il se
découpe tout seul. Je veux dire par là que le résultat du travail des sociétés humaines aboutit à la création,
partiellement voulue, partiellement aléatoire, d'un certain nombre d'ensembles à des échelles
différentes. Ce qui est voulu, ou du moins en partie, ce sont les communautés humaines définies, du type
des cellules villageoises ou de leur équivalent dans les modes de production pré-capitalistes, et égale-
ments les Etats. En dehors de ces organisations et de leurs intermédiaires, il y a réalisation de sous-
systèmes à différentes échelles ; il existe un certain nombre de sous-ensembles emboîtés qui se
réalisent à des niveaux différents de l'espace et dont on peut établir au moins provisoirement, à titre
d'hypothèse, une hiérarchie qui va du grand espace supra-national jusqu'au quartier urbain ou
rural, avec cinq ou six échelons intermédiaires. L'hypothèse que je formule, c'est que ce n'est pas une
vision de l'esprit, ce n'est pas la traduction dans l'espace d'une structure du cerveau, mais que c'est
un pan du réel ; et que nous avons par conséquent non pas à découper mais à chercher ce
découpage ; de la même manière, les spécialistes de géographie physique ou du milieu naturel découvrent
des écosystèmes, des aires d'extension de certains phénomènes. Je pense qu'un certain nombre
d'entre eux, sinon la majorité, estiment que ces groupements existent en soi et qu'il s'agit de les
interpréter. Ce qui est beaucoup plus difficile, c'est d'interpréter les raisons de cette régionalisation
spontanée des activités humaines dans l'espace ; ou, par ailleurs, des activités biologiques.
Il faut quand même apporter une nuance. Il y a des dizaines de façons de découper l'espace
lorsqu'on demeure dans le domaine de l'analyse ; on peut très bien rechercher des découpages de
l'espace en ensembles purement culturels ou en aires de rayonnement des villes. . . Quand il fait ces
études analytiques, le géographe cherche quand même à cerner une réalité, et je crois qu'il pense
qu'il cherche ces découpages, et qu'il ne les fabrique pas.
Quand on passe au domaine de la synthèse, c'est tout à fait différent. Un certain nombre de
géographes pensent que, si l'on se situe au niveau de la synthèse, alors le découpage est arbitraire ou en
tout cas individuel.
C'est là au contraire qu'à mon avis nous avons le moins d'arbitraire. Pourquoi ? Quand on fait
de l'analyse, on prend un élément détaché du reste, et la façon dont on isole cet élément est plus
ou moins différente selon les individus, les arrières pensées. . . et en fait on peut produire des
choses tout à fait opposées selon les chercheurs. Lorsqu'on se situe au niveau de la synthèse, il y a
deux façons de travailler : ou l'on fait des synthèses aussi arbitraires et artificielles que l'analyse,
Roger Bru net 15

et alors, effectivement, on peut découper n'importe comment - c'est ce que croient beaucoup de
géographes ; ou bien l'on recherche ces "totalités" qui sont des ensembles, des sous-ensembles.
Là, il n'existe pas de liberté de choix, on se place dans la position du botaniste qui chercherait
des ensembles, des aires floristiques ; car l'hypothèse de base, c'est que l'un des résultats du
travail humain c'est la production d'espaces ayant une véritable structure, produite par le système
de production. Ces structures existent indépendamment de nous et nous avons à les rechercher.
Ce qui est difficile, c'est de trouver les limites, mais je ne me suis jamais beaucoup soucié du
problème des limites, je préfère les noyaux.
Quels sont pour vous le sens et la valeur du mot région ?
R.B. : II existe à mon avis deux sens. Le premier doit être évité le plus possible car il devient
trop flou ; il considère la région comme simple portion d'espace. Le deuxième peut, lui aussi être
scindé, en deux : d'une part, le sens officiel - l'on pourrait dire le sens public -, qui est le résultat
du découpage officiel d'un État, du moins d'un Etat d'une certaine dimension. (Il faut remarquer
que cette définition renvoie à un certain type de système économique et social, surtout
représenté en Europe occidentale, et que les régions définies ainsi ont des dimensions relativement
constantes, que ce soit en Italie, en RFA, en Grande Bretagne ou même en Espagne). D'autre part, il
y a le sens des géographes qui privilégient un niveau de découpage de l'espace - que j'ai moi-même
utilisé dans la hiérarchie que j'avais tenté d'esquisser il y a quelques années - parce qu'il se situe
dans un même type de dimension que ces régions officielles : ce serait le quatrième niveau de
découpage de l'espace, c'est-à-dire, comme ordre de grandeur, de 10.000 à 50.000 km2.
Cela fait que j'évite le plus souvent d'employer le terme de région, compte tenu de cette
diversité de sens, lorsque je me préoccupe des structures régionales ou, si vous voulez, des
sous-ensembles spatiaux. Je n'en parle que lorsqu'on se situe précisément à ce niveau, qui est communément
utilisé par la plupart des gens spontanément - ce niveau qui est de la dimension de la Bretagne, du
Languedoc, etc. . .
Quel rapport existe-t-il entre la région comme espace vécu et l'espace objectif de référence ?
R.B. : II me semble que les recherches sur l'espace vécu sont du même type que celles sur les
zones d'attraction commerciales, etc. . . ; ce sont des recherches analytiques qui se préoccupent
d'un aspect de la réalité, ce qui n'est nullement péjoratif dans mon esprit. Personnellement,
j'essaie de chercher les "totalités", les structures. Alors, le vrai problème qui se pose est de savoir quel
est le rapport entre l'espace vécu par les hommes à un certain niveau et les structures que l'on peut
déceler ; en d'autres termes, ceux qui appartiennent à un certain ensemble régional, spatial, en ont-
ils conscience ou non, vivent-ils avec cet espace-là. Je crois que la réponse varie selon les ensembles
mais qu'elle est assez souvent positive, et que la reconnaissance d'espaces vécus est en partie une
forme d'identification, externe pour le géographe, interne pour les populations concernées, de ces
ensembles structurés qui appartiennent au réel. C'est un peu différent si l'on se réfère au mode de
production de ces ensembles, car les personnes qui vivent à l'intérieur de ces structures n'ont pas
forcément de raisons profondes de les percevoir comme globalités - mais il n'y a pas de raisons non
plus pour qu'elles ne puissent pas les percevoir. Ces globalités sont d'autant mieux cimentées que
les relations horizontales, ces cheminements à l'intérieur de l'espace considéré, sont puissants et
cohérents ; on pourrait dire à la limite qu'une structure spatiale est d'autant plus cohérente que
tous ses points sont en relation horizontale les uns avec les autres ; et, si ces relations sont intenses,
l'espace vécu des habitants a toutes les chances de coïncider avec. Dans les cas d'isolat, c'est
évident ; je crois que ces structures sont particulièrement fortes et correspondent à l'espace vécu au
niveau de ce que l'on appelle traditionnellement le "pays" (103km2). A l'échelle d'une nation
cela est sans doute également vrai, mais la nation est un mode de découpage différent.
Cela dit, il faut peut-être s'interroger sur la signification de la notion d'espace vécu. Je faisais
allusion plus haut à une interprétation qui est celle de l'espace profondémment vécu, celui des
relations quasi quotidiennes ; si vous intégrez dans l'espace vécu du Français moyen les Baléares,
le problème est un peu différent. Selon que l'on assimile espace vécu à espace des déplacements
ou à espace perçu, on a de grandes divergences.
Personnellement, je ne suis pas d'accord avec le passage, un peu trop rapide à mon gré, que fait
Frémont, de l'espace vécu à la région sentie par lui comme cette globalité à laquelle je fais
référence. Il y a eu une autre forme d'excès, il y a quinze ou vingt ans de cela, qui était celle dont
P. George était le tenant et qui disait : II n'existe de région que polarisée. Il me semble que si on
déclare aujourd'hui, la seule "vraie" région c'est l'espace vécu, on arrive à un point de vue tout
aussi partiel.
Le concept de région est-il universel ou bien applicable seulement à certains pays, à certains
niveaux de développement ou d'organisation économique ?
R.B. : Tel que je perçois le concept, il est universel ; il est bien évident que le concept de ré-
16

gion proposé par P. George n'était pas universel, dans la mesure où il supposait un certain mode
de production.
Si l'on considère la région comme une structure, produit d'un système d'activités humaines,
système variant selon les niveaux de développement, du moment qu'il y a une activité humaine
quelque part, il y a système de production, y compris système de production de l'espace ; la
société la plus primitive produit de l'espace. Cela veut dire qu'elle fait un certain arrangement des
choses sur la surface terrestre, elle contribue à modifier un donné naturel, et l'on s'aperçoit que
même dans les modes de production les moins industriels, il y a des ensembles spatiaux produits ;
et si l'on rend équivalents - ce qui est difficile - ces espaces structurés et le mot région, on peut
affirmer que le concept est universel. Simplement, le contenu, les formes, les dimensions ne sont
pas les mêmes.
Il y a eu évolution du concept de région et il y a eu aussi évolution de la réalité. Y a-t-il eu
parallélisme ?
R.B. : Pas du tout, du moins pas parallélisme évident. Il y a des aspects qui peuvent faire
penser à un parallélisme, mais il se limiterait nécessairement à l'évolution de la base économique dans
les pays où l'on se pose la question, c'est-à-dire là où il y a des géographes pour se poser la
question. Cela voudrait dire que le parallélisme ne pourrait se situer qu'entre le système économique
et social de Vidal de la Blache et le nôtre. Je crois que ce serait du marxisme primaire que
d'imaginer une répercussion immédiate ; la science évolue d'un côté avec une base économique, mais
aussi par extension de son propre champ, de sa propre réflexion, qui n'est pas toujours liée à
l'extension et au développement de la base économique. Dans ce domaine, il me semble qu'il existe
des étapes qui sont très étroitement liées à l'évolution du système économique et social. Par
exemple, la place très importante et tout à fait excessive que l'on a accordée au concept de région
polarisée dans les années 1950-1960, correspondait alors très étroitement à une situation
momentanée de la stratégie économique en Europe occidentale. C'était tout le problème de l'autorité
urbaine sur le plan des échanges ; et celui de la domination proprement dite de la ville sur les
campagnes. Sur le plan scientifique, cela correspondait à la fois à un besoin de la partie dominante des
Etats,à une duperie et à une contestation pour certains géographes ou économistes ; duperie et
contestation car ils aidaient à cette réflexion qui a beaucoup contribué à l'aménagement du
territoire, et donc dans un certain sens à la reproduction du système ; mais c'était quand même une
façon de la contester, pour toute cette partie de géographes de culture et de goûts marxistes.
Est-ce que vous pensez que le découpage régional français correspond à la réalité ?
R.B. : Non, pas du tout. Enfin, il correspond dans certains endroits à certaines réalités. Il
existe quelques régions officielles qui correspondent, grosso modo à des ensembles structurés ; c'est
le cas pour la région du Nord ; on peut se poser la question pour d'autres régions et par exemple
même pour la Champagne, qui n'aurait rien d'absurde à ce niveau-là.
Il y a un double problème pour le pouvoir, c'est de savoir s'il a choisi le bon niveau, et si, du
moment où l'on crée des délimitations, elles entrent dans la réalité et elles tendent à l'influencer -
comme cela a été le cas pour les départements - . En ce qui concerne les régions, il y en a qui
paraissaient aberrantes, et qui sont maintenant relativement homogènes.
On a choisi pour la France un découpage qui était un peu bâtard dans la plupart des cas ; on
aurait très bien pu prendre un niveau qui découpait la France en cinq ou six grandes provinces,
qui auraient mieux collé avec les solidarités économiques réelles, par conséquent avec les
structures de l'espace ; ou au contraire une quarantaine, qui correspondaient avec ce que le géographe
observe le plus volontiers au niveau du découpage de la région - exemple-type l'Alsace - et qui
seraient des portions des grandes régions actuelles. Je crois que l'une des raisons du découpage
officiel intermédiaire, tient dans le fait que l'on a plus choisi, en réalité, des villes que des régions ;
c'était en effet l'époque de la région polarisée. Actuellement, ce stade est relativement dépassé,
la dimension économique de la France a augmenté nettement, et l'on parle de plus en plus de
villes moyennes et de petites villes.
On trouve une idée qui est fondamentale et qui est au coeur de la notion, sinon de région, du
moins d'ensemble géographique, et dont la base réside dans la notion de masse
économique-reposant sur une certaine quantité d'énergie, de finances, et^. . . Quand la masse économique d'une nation
s'accroît, il n'est pas impossible alors d'imaginer que, comme dans certains organismes vivants, il
y a une partition ; le niveau de découpage de la réalité le plus puissant peut glisser d'un cran. Cela
sous-entend que, pour faire une région, il faut une certaine masse économique. Lorsque cette
masse se densifie, on peut penser que le niveau principal de découpage des structures spatiales descend,
puisqu'à un accroissement de masse peut correspondre, pour chaque nouvelle cellule, une masse
critique suffisante. C'est cette interprétation qui peut expliquer cette évolution des idées de
découpage de la France vers un découpage plus fin.
Roger Brunet 17

C'est donc à ce niveau là que je remarque le parallélisme évoqué plus haut.


Le concept de région tel que l'utilise la géographie actuelle rend-il compte de la réalité ; sinon,
que proposez-vous ?
R.B. : Je crois que le concept de région, tel qu'il est utilisé aujourd'hui, ne rend pas compte de
la réalité. Dès que l'on ajoute un adjectif au mot région comme d'ailleurs au mot géographie, on
fait un travail certes intéressant, mais on passe à côté de l'essentiel. Le fondement de ma théorie,
c'est de dire que le résultat du travail humain aboutit à la production d'espaces. L'espace est
divisé par le travail humain en un certain nombre d'ensembles structurés, de dimensions différentes,
mais qui existent et sont formés partiellement par un tissu de relations horizontales dans l'espace,
et nécessairement par un ensemble de relations verticales, c'est-à-dire entre les différents aspects
de l'activité humaine -super/infrastructures. Et, dans la notion d'infrastructures, je considère qu'il
y a quatre pôles fondamentaux liés, qui sont tous producteurs d'énergie et qui structurent le
système : il s'agit du travail, de l'information, des ressources révélées, du capital. L'intermédiaire
entre tout çà, ce sont les moyens de production.
Alors, le système est extrêmement variable selon la nature des relations de production entre
entrepreneurs et travailleurs (s'il y a différenciation entre les deux, mais elle intervient très tôt)-Cet
ensemble produit des formes sociales, qui en retour déterminent cet ensemble. L'un des résultats
apparents, celui que saisit spontanément le géographe, c'est le paysage ; mais de façon
extrêmement complexe, avec les rémanences des systèmes anciens. C'est la raison pour laquelle le paysage
n'est pas structuré, ce n'est qu'un reflet ; ce qui est structuré, c'est la région.
Voilà une conception de la région que je crois opératoire et efficace, parce qu'elle correspond à
la réalité et que l'on peut mesurer les flux, la production d'énergie.
Que pensez-vous de la géographie régionale sur le plan universitaire ?
R.B. : Je crois beaucoup à son intérêt, mais cela dépend grandement de la manière dont elle est
envisagée. S'il s'agit de parler d'une géographie dite régionale qui était la géographie scolaire en
réalité, à tiroirs successifs et présentée toujours dans le même ordre, du plus physique au plus
immatériel çà je crois qu'on aurait dû l'abandonner complètement depuis longtemps. L'un des grands
retards, des grands handicaps de la géographie - l'une des raisons pour lesquelles elle est une
science si peu développée et qui a si peu d'autorité scientifique à l'extérieur d'elle-même - c'est
précisément cette présentation catastrophique de la géographie régionale.
Personnellement, je reste un tenant de la géographie régionale, à condition qu'on change
complètement la manière traditionnelle de la faire. Ce qui est heureusement largement commencé ça
et là.
Espaces Temps

Une organisation dans l'espace, des traces dans l'esprit


Paul Claval

Citer ce document / Cite this document :

Claval Paul. Une organisation dans l'espace, des traces dans l'esprit. In: Espaces Temps, 10-11, 1979. Région : enquête sur
un concept au-dessus de tout soupçon. pp. 18-21;

https://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1979_num_10_1_3022

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Paul Clava

Une organisation dans l'espace

des traces dans l'esprit

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Paul Claval 19

c'est-à-dire que, fabriquant une division, les éléments que l'on met dans cette division, on les a
choisis, il n'existent pas naturellement et cela revient à dire que l'opération de régionalisation est une
opération à la fois nécessaire et arbitraire. Elle est arbitraire dans la mesure où elle ne s'applique
pas à des catégories qui seraient données uniformément, il y a une question d'échelles
d'appréciation de ce qu'il convient de mettre dans une même catégorie. Voilà ce qui me parait important sur
cette question de régionalisation, de découpage de l'espace.
Pour ce qui est des techniques de découpage de l'espace il en existe plusieurs : il y a des
techniques de taxonomie, des techniques cartographiques. Les méthodes de taxonomie numérique
utilisées jusqu'à ce jour n'étaient pas exactement équivalentes des opérations de cartographie car elles
supposent la partition d'ensembles, en ignorant l'existence de zones dont les éléments
appartiennent à deux sous-ensembles, en n'étudiant pas de manière systématique ces faits de zones de
transition. Mais si l'on utilise des techniques comme celle de la taxonomie floue, si l'on fait de la
régionalisation en employant la méthode des sous-ensembles flous, on retombe sur des méthodes qui
sont exactement équivalentes au point de vue logique des méthodes cartographiques.
Le seul critère qu'il faille ajouter - certains ne le font pas - c'est celui de contiguïté : les éléments
d'une même classe spatiale doivent être contigus. Si on n'introduit pas ce critère, on n'obtient pas
quelque chose de spécifiquement spatial.
Le terme de région est donc extrêmement général ; il s'applique à des partitions qui portent
tantôt sur un grand nombre de caractères, tantôt sur un caractère isolé des autres. Autrement dit le
terme de région a des significations et des extensions différentes : il peut désigner un objet
complexe ou simple, on peut isoler un sous-ensemble à partir d'un seul ou de plusieurs critères.
Les distinctions de vocabulaire qui ont été proposées par Cholley et dans un sens un peu
analogue aux Etats-Unis par toute une série de géographes dans les années 1950, entre les notions de
domaine, de zone, de région, de compage sont utiles pour montrer justement la richesse plus ou moins
grande du contenu de la région. En analysant comme cela la région, on souligne des différences
d'organisation, et c'est là que la notion de région rejoint celle d'organisation de l'espace ; les
différences mises en valeur résultent de faits d'organisation et se traduisent, soit par l'existence de
plages homogènes, soit par l'existence de faits de relation polarisés - ou non, d'ailleurs.
Quel rapport existe-t-il entre la région comme espace vécu et l'espace objectif de référence ?
P.C. : A partir de cette analyse objective de la région, la région comme ensemble de
déterminations existant réellement en un point ou de relations existant entre deux points, deux aires, on
passe tout naturellement à une autre idée, celle de la région comme vécue par tous les gens qui font
des divisions de l'espace. Les deux aspects me semblent nécessaires : la région est à la fois une
organisation que l'on peut retracer dans l'espace et la trace que ces divisions laissent dans l'esprit des
gens. Il est difficile d'isoler l'aspect subjectif de l'aspect objectif dans la mesure où, à partir du
moment où les gens ont conscience d'une certaine organisation de l'espace, cette conscience modifie
leur comportement, a des effets et est susceptible d'en avoir. On peut dire que l'analyse de la
région comme espace vécu est l'équivalent pour les organisations spatiales de l'étude des faits
d'idéologie dans les organisations sociales, la région, la classe spatiale donnant lieu à une idéologie comme
une classe sociale peut donner lieu à une idéologie.
Il existe des textes très intéressants sur les notions d'espace objectif et d'espace vécu ; toute la
géographie française du début du 20ème siècle a dû son originalité à ce qu'elle incluait, à côté d'une
analyse de l'espace objectif, une analyse de l'espace vécu par l'étude des noms de pays, ce qui est
une façon de saisir les perceptions collectives. On introduisait dans l'analyse régionale, par le biais
de cette perception collective, un contenu historique qui manquait dans la plupart des analyses
menées à cette époque en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons. On n'en a pas fait la théorie
à ce moment, mais si les descriptions régionales à la manière de Demangeon sont plus originales
et plus riches que celles faites à la même époque, cela tient à une dimension subjective qui existe
déjà et qui donne une profondeur absente dans les simples inventaires ou dans les descriptions
objectives. Les deux démarches paraissent nécessaires ou au moins fécondes.
Est-ce que cette dimension subjective peut influer sur la dimension objective ?
P.C. : C est une question que l'on doit se poser, la réponse dépend des éléments ; par exemple
dans les faits d'organisation de marché, des régions historiques qui n'existent plus apparemment,
pèsent au moment de la délimitation d'une aire d'appellation contrôlée ou d'une quelconque aire
de délimitation. Ce sont des images qui continuent à marquer les gens ; plus généralement, il faut
se poser la question de l'importance de ces faits de perception ou d'idéologie. La question est
ouverte, on ne peut pas la régler a priori, les réponses sont certainement différentes selon les types
de division analysés, selon les types de civilisations.
Le concept de région est-il universel ou bien applicable seulement à certains pays, à certains
niveaux de développement ou d'organisation économique ?
20

P.C. : Le concept de région est universel, mais le type de région varie en fonction du niveau
historique, de l'évolution des pays. Lorsqu'on fait une partition logique, on travaille sur des éléments
qui ont trait à la mise en valeur du sol, à la vie de relation, à un certain nombre d'éléments
physiques qui varient moins vite mais qui varient aussi, si bien que l'idée de régionalisation, d'un
découpage logique est universelle, mais le contenu de ce découpage ne l'est pas. Il est soumis à une
évolution en fonction du niveau technologique et des architectures sociales, en fonction des niveaux
de développement et des niveaux d'organisation. Par conséquent l'idée des différences dans le
temps me paraft essentielle pour comprendre la région.
J'ai écrit un livre sur "Régions, Nations, Grands Espaces", qui avait pour but de montrer
justement que ce qu'on appelle région quand on parle de région économique dans le monde actuel, ne
recouvre que par hasard les régions historiques du 19ème siècle ; on retrouve à peu près les mêmes
divisions dans le cadre de la France, mais pas nécessairement dans le cadre d'autres pays. Du point
de vue de la nature des régions, il y a transformation de leur base objective ; le seul élément qui
soit rester stable dans ce cas là, c'est l'élément subjectif : les gens continuent à se penser en terme
de régions historiques anciennes, en terme de Champenois, de Lorrains, d'Alsaciens, de Comtois. . .
bien que le contenu objectif de l'organisation de l'espace ait très profondément changé depuis
l'époque où ces régions se sont constituées. Il y a donc fondamentalement une transformation de
la réalité ; il y en a un aussi des niveaux de perception : lorsqu'on interroge les gens sur la région
vécue, il y a un changement de dimension de l'espace appréhendé, en fonction des genres de vie,
des milieux sociaux.
J'avais fait faire des enquêtes en Franche-Comté sur ce thème : on avait pris la population de
communes soit urbaines, soit rurales, et de milieux sociaux différents ; ces enquêtes portaient sur
l'espace parcouru et sur l'espace vécu. Nous avions demandé aux gens de fabriquer un certain
nombre de cartes de déplacement quotidiens, hebdomadaires, annuels, et nous nous étions aperçus que
la population paysanne était beaucoup plus mobile que la population ouvrière - ce qui nous avait
paru étonnant
"employée" et "cadre"
- et ce avait
résultat
par était
contre
corroboré
une mobilité
par toute
bienune
supérieure
série de -données
ce qui n'était
; la population
pas pour nous
surprendre - . La dimension de la région comme espace vécu dépendait étroitement du milieu
social. Si l'on pouvait faire le même travail dans le temps, sur une période suffisamment longue, on
obtiendrait également des transformations dans cette perception de l'espace ; il y a donc une
évolution qui ne se fait pas nécessairement au même rythme que l'évolution des éléments objectifs,
matériels ou sociaux, des éléments de relation à l'intérieur de la région.
N'y a t-il selon vous d'échelle spécifique de la région, tant au niveau objectif que subjectif ?
P.C. : Le vocabulaire des géographes a fait de la région, dans les pays d Europe occidentale, un
espace qui se situe à l'échelle des 10.000, 20.000 ou 50.000 km2. Ce n'est pas la même échelle si
vous passez en Espagne, où la dimension régionale retenue est plutôt de l'ordre de 3.000, 4.000,
5.000 km2. . . ce que les Néerlandais appellent région, c'est du niveau de 1.000 km2.
Des habitudes professionnelles sont nées, se sont créées à l'intérieur de chaque pays, mais il
n'existe pas de niveau absolu ; par convention les géographes appellent en France région un
espace qui se situe au niveau d'au moins deux départements, en dessous nous avons le pays ; ce sont
des conventions de vocabulaire. Les faits d'organisation de l'espace qui sont ceux que l'on met en
évidence par les procédés de régionalisation, permettent d'avoir une gamme continue de
dimensions, il n'y a pas une seule dimension privilégiée.
Au début du siècle, on parlait beaucoup de région naturelle, ensuite on a parlé de région
polarisée ; pensez-vous que cette évolution soit significative d'une transformation de la réalité et (et) ou
de la pensée ?
P.C. : C'est à la fois significatif d'une évolution de la pensée et de la réalité ; évolution de la
pensée, cela veut dire qu'on est passé d'un stade où la géographie était conçue comme une science
naturelle des paysages, à une époque où la géographie est envisagée comme une science sociale et
économique. Il y a une transformation parallèle d'un monde à dominante rurale où les
organisations de type historique et de type paysager jouait un rôle, à une société de type urbain et
industriel où les faits de relation jouent davantage.
Le concept de région tel que l'utilise la géographie actuelle rend-il compte de la réalité ?
P.C. : Je suis dans une position telle, que votre question n'a plus beaucoup de sens, puisque j'ai
dit qu'on ne pouvait faire autrement que de faire des divisions logiques ; il est indispensable pour
décrire le réel de le découper, de projeter un certain nombre de classes dessus, et de ce point de
vue là régionaliser me paraft toujours quelque chose de nécessaire.
L'idée de région est une idée féconde à la condition que ce soit une idée souple, que ce soit
l'idée d'un cadre qui se modifie à la fois parce que la vie, les techniques changent et en même temps
parce que la représentation que l'on s'en fait change. C'est pourquoi le concept de région telle que
Paul Cïaval 21

l'utilise la géographie actuelle rend compte de la réalité dans la mesure où il s'agit de


région-opération de régionalisation ; le concept est par contre trop rigide quand il renvoie à une certaine
définition de l'organisation de l'espace ; on aboutit alors à l'idée que la région est apparue en 1494 ou
1727, ce qui est forcément absurde. Par conséquent je pars du principe qu'il s'agit d'une opération
logique sur des objets opérationnels et non pas sur des objets donnés de toute évidence au
chercheur.
Quand on étudie l'histoire de l'organisation régionale de la France, on s'aperçoit qu'il y a trois
ou quatre types de régions qui ont évolué et que les régions de Programme, à l'exception du
Bassin Parisien pour lequel il n'y a pas de division possible à l'échelle choisie, correspondent à l'une ou
à l'autre des formes d'organisation de l'espace traditionnelles qui ont laissé des traces : ce sont des
régions bâties sur le renforcement des grands ports dans la France de l'Ouest, autour de Bordeaux,
Nantes ou Rouen. Je ne suis par sûr que ce soit une division parfaite, mais elle a un certain nombre de
racines historiques et elle n'est donc pas totalement arbitraire. Lorsqu'on essaie de comprendre
pourquoi il existe une Haute et Basse Normandie alors qu'il n'y a qu'une Picardie, on s'aperçoit
que cela est lié au rôle de Rouen depuis le 16ème et le 17ème siècle ; la Champagne offre une
autre réalité, celle d'une région où l'héritage administratif et culturel ancien pèsent d'un poids plus
grand.
Mais cette division n'est pas sans intérêt, dans la mesure où dans un milieu territorial qui n'est
pas homogène, on a retenu des principes différents selon les régions. Si l'on avait choisi le même
principe pour toutes les régions, le résultat aurait sans doute été pire ; mais il subsiste des
problèmes très graves dans cette organisation, en particulier dans la Région Parisienne et dans le Bassin
Parisien où cela ne colle pas.
Cela ne veut pas dire que je sois satisfait de la géographie régionale sur un plan général, sans
cela je n'aurais pas écrit des ouvrages sur cette question, et j'en prépare d'autres car je ne le suis
pas encore.
Pensez-vous que la division géographie générale - géographie régionale s'impose ?
P.C. : Je ne l'ai jamais pense ; j'ai écrit un ouvrage qui s appelle "Géographie régionale des
espaces territoriaux" parce qu'il me semble ne pas exister de différence logique fondamentale entre
l'étude des faits de géographie générale et celle de l'organisation de l'espace. Il me semble qu'il
s'agit de la même démarche qui se prolonge, par conséquent je ne vois pas l'intérêt d'une division
de ce genre.
Espaces Temps

Un concept à repenser
Monsieur Félix Damette

Citer ce document / Cite this document :

Damette Félix. Un concept à repenser. In: Espaces Temps, 10-11, 1979. Région : enquête sur un concept au-dessus de tout
soupçon. pp. 22-26;

https://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1979_num_10_1_3023

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Félix Damette

Un concept à repenser

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Félix Damette 23

excellent ouvrage. Le problème est de savoir aujourd'hui si c'est encore une notion pertinente et à
quelles conditions.
Personnellement je considère qu'elle reste tout à fait pertinente à condition de préciser un peu
ce qu'on entend. Je crois qu'il faut partir d'une définition très modeste : j'appellerai région toute
portion de territoire à une échelle infra-nationale, à l'intérieur duquel on peut constater un certain
nombre d'interconnexions et de relations économiques et sociales. Ceci constituerait la base avec
le cas échéant une superstructure idéologique qui peut être effectivement une forme de conscience
de ces interconnexions. En fait je démarrerais de nation, avec l'idée qu'aujourd'hui encore, même
avec le processus d'intégration transnationale et le contrôle croissant des multinationales, les
espaces économiques paraissent fondamentalement des espaces nationaux. On constate que ces espaces
nationaux ne sont pas indifférenciés et qu'on peut constater l'existence à l'intérieur de ces espaces
de formes soit de cohérence, soit d'interrelations à une échelle infra-nationale ; et c'est cela que
j'appellerai région.
Donc le problème à ce moment-là, n'est pas un problème de définition ni de découpage, c'est
un problème de recherche des modalités de ces interrelations, de leur contenu et au fond un
problème de critères et de contenu des processus de régionalisation et de dérégionalisation, parce qu'il
y a forcément les deux en même temps. Je parlerai plus volontiers, et ce n'est pas un jeu de mots,
de régionalisation que de région ; au fur et à mesure que les forces productives se développent, se
développeront contradictoirement en rapport avec les rapports de production, il y a aux
différentes étapes du développement historique des formes de régionalisation sur certaines bases et sur
certains critères qui se développent et qui meurent, auxquels d'autres tendent à se substituer. Il y a
donc régionalisation-dérégionalisation. Le problème est de savoir quel est le contenu et les
modalités de ces processus de régionalisation-dérégionalisation et comment cela se présente de manière
évidemment très différentielle à l'intérieur d'un territoire national ; ce qui veut dire que les régions
sont par définition, à un moment donné, très différentes dans leur contenu, dans leur signification.
Il n'existe donc pas une carte simple mais forcément une cartographie mouvante de processus.
J'avais écrit un papier dans Economie et Politique sur ce thème régionalisation-dérégionalisation ;
j'avais développé la thèse que dans un pays comme la France il existe actuellement un processus
continu de dérégionalisation des relations économiques sous l'influence de la concentration
capitaliste nationale et internationale, mais qu'il y a d'autre part un processus inverse, qui lui,est au
contraire de régionalisation, qui se met en place ; ceci est bien sûr extrêmement important à la
fois dans les relations économiques et dans les relations socio-économiques. C'est à la lumière de
ces remarques que je poserai le problème du découpage, parce qu'il est vrai que ces processus se
déroulent à l'intérieur d'aires qu'il faut en tout état de cause cartographier ; ces aires ont bien
entendu des limites qui peuvent se chevaucher, qui peuvent laisser des blancs selon les critères et les
processus pris en compte.
Ces critères et processus de régionalisation, il faut arriver à les mettre directement en prise sur
les concepts fondamentaux, niveau des forces productives, rapports de production, et c'est comme
cela qu'on pourra avoir une démarche scientifique dans l'analyse géographique.
Le concept de région est-il universel ou bien applicable seulement à certains pays, à certains
niveaux de développement ou d'organisation économique ?
F.D. : Défini de la manière que je viens d'évoquer le concept de région est universel. Mais le
problème se pose en termes qualitativement différents si on se trouve dans les continents où il n'y a pas
d'économie organisée sur la base d'un marché national. Il me semble que la notion de région perd
sa base quand il n'y a pas de nation.
Le danger dans cette affaire, c'est d'avoir a priori plaqué partout des critères prédéterminés de
définition de la région. Tout le système sur lequel on vit, région naturelle, région historique, région
politique, etc. . . me parait très insuffisant ; je ne dis pas que c'est absurde, cela peut avoir un
certain intérêt, mais il me semble que de cette manière on passe à côté de l'essentiel. L'essentiel se
situe au niveau de l'analyse de la production et des rapports sociaux : il faut étudier comment cela
se passe territorialement, quelles sont le cas échéant les interrelations et les cohérences qui peuvent
s'établir ; et à partir de là donner une définition de la région, mais adaptée à chaque cas de figure.
La notion de région ne peut avoir le même sens dans les pays qui n'ont pas le même niveau de
forces productives et le même type de rapports de production. Du point de vue de l'analyse du
territoire d'un pays dit en voie de développement je pense que le fait qu'il y ait domination donne un
autre contenu au phénomène de régionalisation. Cela me parait dangereux comme démarche
scientifique que de dire a priori : il n'y a pas de région dans des économies de ce type. Il y a très
certainement un autre contenu du concept de région, au moins aussi riche et sans doute plus
contradictoire encore.
Il est évident que le processus de régionalisation-dérégionalisation renvoie à des concepts écon
nomiques et historiques ; la France aujourd'hui est parvenue quant au mode de production au
stade du capitalisme monopoliste d'Etat en crise ; c'est une chose, cela dit quand on regarde un
terrain, on s'aperçoit très bien que parvenu au stade du capitalisme monopoliste d'Etat, il reste
beaucoup de souvenirs des modes de production précédents dans différents domaines. Donc en fait ça
ne veut pas dire du tout que toute la société et toute l'économie est parvenue à ce stade ; cela veut
dire qu'il y a un stade du mode de production qui est très avancé mais qui a des relations,
contradictoires d'ailleurs avec le reste de la société et de l'économie qui ne sont pas encore parvenus à ce
stade là, qui n'y parviendront peut-être pas. Cela est valable au moins autant sur le plan territorial :
sur un territoire, dire qu'on est au stade du capitalisme monopoliste d'Etat, ça ne signifie pas que tout
s'explique par le capitalisme monopoliste d'Etat, loin de là. L'explication,il iaut qu'elle remonte
au Moyen-Age et parfois au delà. Il faut donc avoir obligatoirement une vision historique de ces
processus de régionalisation-dérégionalisation, et cette vision historique est forcément différente
dans le cas de pays du type de l'Europe occidentale - sur lesquels on a l'habitude de travailler - et
dans le cas de pays en voie de développement où l'on a un balayage historique qui par définition
même est différent.
Quel rapport existe-t-il entre la région comme espace vécu et l'espace objectif de référence ?
F.D. : II s'agit là d'un vrai problème, je pense même que c'est un problème politique.
A partir du moment où l'on considère que la région doit avoir un statut politique, . . .
ce qu'on souhaiterait, bien entendu, c'est qu'elle soit à la fois un espace qui ait une
certaine cohérence objective et qui ait en même temps une "cohérence idéologique" qui
soit ressentie comme telle par les intéressés. Je serai très prudent sur la notion d'espace objectif de
référence - en prenant comme exemple le cas de la France - parce que compte tenu de l'extrême
complexité des processus de régionalisation-dérégionalisation, il y a sans doute plusieurs
cartographies possibles des espaces objectifs selon les critères que l'on veut mettre en avant ou privilégier.
Je doute fort que l'on puisse faire une carte unique et absolue des régions françaises objectives.
Une analyse dialectique de ces problèmes conduirait à une vue beaucoup plus complexe et plus
contradictoire de la situation. Et dans le cas de la France, c'est encore plus vrai au niveau des
espaces vécus : il n'existe pas une cartographie donnée des espaces vécus en France, parce que
l'espace ça se vit à plusieurs échelles, ça se vit de façon très différente selon les situations
socio-économiques, historiques ; et dans le cas de la France, je crois qu'un des aspects du problème régional,
c'est que les régions qui s'imposent par les deux critères sont les exceptions. Dans la plupart des
Félix Damette 25

cas il y a un espace qu'il faut analyser de près pour voir quelles sont les cohérences des processus
de régionalisation et il faut être très prudent en ce qui concerne la perception et le vécu de
l'espace par les populations. La situation italienne n'est pas la même : en Italie, la situation est dans un
sens plus simple dans la mesure où il existe des régions historiques qui ont une identité
parfaitement reconnue ; en France on ne dispose pas du tout d'une carte équivalente. J'ajoute que dans
le cas de la France il y a un autre fait qui me paraft très important pour le problème des régions,
c'est l'importance du phénomène départemental : le département c'est aussi une forme de
régionalisation.
Donc en matière de régionalisation, il y a des niveaux, il y a des contenus différents, il y a une
évolution contradictoire des processus et il faut tenir compte de tout ça. Dire qu'il n'y a pas
corrélation entre espace vécu et espace de référence, c'est évident ; il ne peut pas y avoir corrélation
ou en tout cas adaptation simple, ce sont forcément des phénomènes qui n'évoluent pas de la
même façon. Mais quand on a dit cela, on n'est pas beaucoup avancé. Il faut aller plus loin et bien
voir qu'au fond chacune de ces deux notions recouvre elle-même tout un noeud de contradictions
qui nécessitent analyse économique et analyse historique extrêmement fouillées. Et justement un
des caractères de la France, et c'est peut-être cela qui peut marquer nos collègues, c'est qu'on a
l'impression formelle que le fait régional ou n'a pas grande consistance ou est presque en voie de
déliquescence. Ça me paraîtrait une vision très simpliste ou très formelle du problème, c'est un
aspect des choses au niveau de la perception immédiate, mais je crois qu'on ne peut pas s'en tenir là.
Il y a eu évolution du concept de région et il y a eu évolution de la réalité. Y a-t-il eu
paral élisme ?
F.D. : Je serai tenté de dire que par définition les concepts courent après la réalité, plus ou
moins bien et plus ou moins vite. Il y a des moments où ils ont du mal à suivre la réalité et je crois
que c'est un des aspects de notre discipline. Il y a une phase importante où la réalité s'est déplacée
très vite et où cela n'a pas suivi, au niveau de l'appréciation conceptuelle. On n'est sans doute pas
encore sorti de cette période ; la notion de région a fonctionné de façon satisfaisante pendant
toute la période qui a précédé la grande concentration monopoliste de l'économie française. Cette
concentration monopoliste a complètement chahuté à la fois le système économique,
l'organisation spatiale de la production, le vécu spatial, et la conceptualisation faite par les géographes. La
discipline n'a sans doute pas encore réussi à mettre au point les concepts lui permettant justement
de maîtriser réellement le mouvement en termes territoriaux. D'où toute une série de positions qui
sont des positions de fuite en avant soit, ce qui est aussi une forme de fuite en avant, la négation
même du concept de région considéré comme dépassé. Ce n'est pas le concept de région qui est
dépassé, c'est plutôt la discipline qui a eu des difficultés pour repenser ce concept et le rendre
opératoire face aux évolutions et problèmes qui se posent actuellement.
Je pense que ce concept, on en a besoin, et j'en profite pour livrer une idée qui m'est chère, à savoir que
pour avoir une discipline scientifique on a l'habitude de dire qu'il faut définir clairement son objet, ses
méthodes et son débouché pratique. Je ne reviens pas sur l'objet évoqué plus haut ; c'est des
méthodes que je voudrais parler. Mon sentiment est que le problème principal en géographie n'est pas
un problème de méthodes ; je ne suis même pas convaincu du tout qu'il existe des méthodes
spécifiques à la géographie. Le problème principal en géographie, ce n'est pas de mettre au point des
méthodes, c'est actuellement de mettre au point des concepts ; je dirais des catégories. Pour avoir une
réflexion de caractère scientifique, je crois que les instruments conceptuels essentiels, c'est ce qu'on
appelle dans d'autres disciplines des catégories. La région c'est une catégorie ; il me semble que
c'est au niveau des catégories, c'est -à-dire des instruments conceptuels, que notre discipline est
sans doute en position la plus faible. C'est un peu en fonction de cela que j'interpréterais tout un
mouvement qui a sévi, et qui sévit peut-être encore, et que j'appellerai la fuite en avant dans la
méthodologie, quelle qu'elle soit. J'appelle cela une fuite en avant parce que cette précipitation sur la
méthodologie, cette mise en avant de la méthodologie comme étant le critère suprême de la scienti-
ficité me paraft refléter une situation où l'on se sauve dans la méthodologie. . . Cela reste quand
même très formel si l'on ne sait pas à quoi ça sert, ni comment tout cela s'encadre, parce que justement
on est en position de faiblesse plus fondamentale au niveau des catégories qu'on prétend utiliser.
Et c'est une des raisons de fond pour lesquelles je suis attaché à cette notion de région telle que je
l'ai développée parce que c'est une des rares catégories dont on dispose et je considère que non
seulement il ne faut pas l'abandonner, mais il faut essayer de l'enrichir et de la développer.
Vous parlez d'une propension à s'occuper des problèmes méthodologiques est-ce que cela
épuise l'attitude de la géographie par rapport a la région ?
F.D. : Non, certainement pas. Ce qui me paraft être le dénominateur commun à tous les
chercheurs quels qu'ils soient, et ça ne dépend pas d'eux mais de l'état actuel de la géographie, ce sont
justement les difficultés, qui se situent à trois niveaux : les choses ne sont pas claires en ce qui
26

concerne la définition de l'objet (je crois même qu'actuellement la tendance technocratique à une
définition de l'objet reste prédominante), les choses sont encore moins claires au niveau des
catégories (parce qu'il y a une faiblesse épistémologique grave, c'est elle qui me paraft la plus grave
actuellement) et puis il y a de gros dangers au niveau du débouché (et là la discipline n'est pas en cause,
c'est la société dans laquelle nous vivons qui l'est). La société utilise l'outil géographique pour
l'essentiel comme couverture idéologique, l'espace étant cette fois effectivement une couverture
idéologique commode pour l'Etat. Je me réfère à des analyses qui sont ni de moi ni de géographes mais
des sociologues ; elles sont sans doute à prendre avec prudence mais elles me paraissent
intéres antes. Je suis moi-même assez intéressé par les analyses qui consistent à dire que dans une société de
classes comme la nôtre, le problème de l'Etat est de masquer son contenu de classe, et de
présenter ses interventions comme faites au nom de l'intérêt général. L'appréhension territoriale des
problèmes, cela peut être un moyen très commode justement en territorialisant les questions de les
désocialiser, de les dépolitiser. Le fait que le débouché de notre discipline soit complètement tronqué
dans un contexte politique comme celui-là pèse lourdement sur la discipline elle-même. Donc, je ne
serai pas d'accord avec la formule de Lacoste "la géographie, ça sert à faire la guerre", je dirai plutôt que
la géographie ça ne sert pas toujours mais ça sert dans beaucoup de cas à fournir une couverture
idéologique ; ce qui est tout autre chose dans des pays comme les nôtres. Cela me paraît être le problème le plus
important parce que c'est grave, cela a des conséquences sur le statut scientifique lui-même et c'est un
obstacle au progrès d'une démarche scientifique.
La géographie est une discipline que j'appellerai une discipline d'Etat, une discipline qui débouche
au niveau politique ; lorsqu'un géographe prétend donner des conseils ou faire des propositions, à
qui cela s'adresse ? à l'Etat. C'est l'Etat l'utilisateur et le répondant de la géographie. Un des
problèmes importants qu'il faut savoir résoudre, c'est le rapport entre la discipline et son débouché,
qui est forcément un débouché au niveau de l'Etat.
Ce qui me paraft clair c'est que dans le débat politique actuel, la région a sa place ; ce n'est pas
un hasard, si dans les divers documents politiques qui sortent actuellement il est plus ou moins
question de la région. Cela renvoie à un problème général, celui de la conception de l'Etat et du
fonctionnement global de la société.
Pour faire de la géographie, il faut avoir une vue claire de ce qu'est le mode de production donc
de ce que sont les rapports sociaux, en définitive des problèmes qui se posent dans la société.
Il faudrait des changements importants dans la société et dans la discipline ; il faudrait que la
géographie trouve son véritable débouché opérationnel, non pas au plan idéologique comme c'est
le cas maintenant, mais dans une intervention à caractère scientifique pour faire avancer les choix
politiques, débattus démocratiquement.
Espaces Temps

Un ensemble spatial parmi d'autres


Yves Lacoste

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Lacoste Yves. Un ensemble spatial parmi d'autres. In: Espaces Temps, 10-11, 1979. Région : enquête sur un concept au-
dessus de tout soupçon. pp. 30-33;

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Yves Lacoste

Un ensemble spatial parmi d'autres

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Yves Lacoste 31

çon de découper l'espace relève de la pratique militaire et administrative, donc de l'Etat.


Historiquement, il serait faux de dire que la propriété privée est à l'origine des découpages de l'espace ;
on sait maintenant que l'appropriation privée de la terre est apparue bien après l'Etat. La
propriété de la terre qui est un découpage de l'espace n'est en fait qu'un sous-produit d'une certaine
conception de l'Etat.
Le découpage de l'espace pour des raisons opérationnelles peut revêtir toutes les formes
possibles en fonction des nécessités de la pratique qu'à un certain moment on juge la plus importante ;
on peut le découper en fonction de pratiques, d'une certaine conception de la stratégie à un
moment donné, en fonction de flux d'échanges, en fonction de polarisation sur tel ou tel point.(....).
Ce qui est fondamental dans le raisonnement géographique, c'est justement de tenir compte
de toutes ces façons possibles de découper l'espace. Il faut souligner que les découpages de
l'espace sont différents selon les tailles d'espaces que l'on prend en considération ; sur de vastes
espaces, telle forme de découpage sera privilégiée, et puis sur des espaces plus petits où les pratiques sont
autres, des découpages différents s'imposeront. Certains géographes à l'heure actuelle utilisent
l'image des poupées russes qui s'emboitent les unes dans les autres : il y a le centre et la
périphérie planétaire, le centre de l'Etat et sa périphérie, etc. . . Mais, cette image est commode, mais
dangereuse. Car il est important de voir que toutes ces formes de découpages qui sont, soit
l'héritage de certaines pratiques sociales, soit la nécessité d'une organisation de l'espace en fonction
de telle ou telle pratique, s'enchevêtrent et s'entrecroisent. L'intérêt d'un raisonnement
géographique c'est justement d'envisager ces entrecroisements d'ensembles spatiaux en fonction de
différentes échelles et des diverses pratiques sociales ;(...).
Il faut choisir le découpage le plus intéressant, non pas par rapport à une pratique dans la
théorie, mais par rapport aux intérêts de celui qui commande l'exécution de cette pratique. Il faut
aussi changer de problématique en changeant d'échelle (...).
Il est très intéressant par exemple d'étudier l'évolution du découpage administratif des
territoires coloniaux en Afrique de l'Ouest. On trouve à l'origine des découpages à mailles très larges avec
un chef-lieu où se trouve le pouvoir ; ces découpages sont dans une très grande mesure fonction
des déplacements, du rayon d'action des outils qu'on utilise dans la pratique. Peu avant
l'Indépendance, on voit le découpage se serrer, ce qui signifie de la part des forces qui exercent le
pouvoir, la nécessité d'intervenir plus rapidement. Si l'on regarde les rapports de l'administration, des
officiers, on constate qu après la seconde guerre mondiale ils ont de plus en plus de problèmes de
maintien de l'ordre, de surveillance. Maintenant les contradictions sociales et politiques, en
particulier le développement des luttes de classes, sont devenues telles qu'il faut intervenir très vite et
même avec les radios, les hélicoptères il faut avoir un réseau aux mailles très serrées. On en arrive
à la notion de quadrillage, quadrillage militaire dans les opérations de maintien de l'ordre, alors
que les outils de circulation du pouvoir sont plus perfectionnés. Il est évident que ce découpage
en fonction du maintien de l'ordre n'est pas celui qui est le plus utile à des banquiers ; ils vont
avoir d'autres découpages en fonction de leurs pratiques.
Le grand fantasme des géographes c'est l'existence du bon découpage où tout "colle". J. Beau-
jeu-Garnier dans un livre où elle évoque les différents découpages spatiaux - ce que j'appelle les
différents ensembles spatiaux - dit : "la région c'est l'espace où tous les ensembles coincident ;
c'est là le découpage géographique par excellence". Mais subrepticement cela signifie que l'on ne
tient pas compte de ce qui ne coincide pas ; au fond, cela c'est le découpage de Dieu. C'est la
raison pour laquelle l'idée vidalienne de région a une telle puissance.
Quels sont pour vous le sens et la valeur du mot région ?
Y.L. : Etymologiquement, le mot région a un sens militaire qui vient du verbe"regere" c'est à
dire diriger, régner. De même que province cela renvoie aux territoires des vaincus que l'on
administre donc différemment puisque des problèmes de maintien de l'ordre s'y posent. Le mot région
a plusieurs sens : cela peut être le découpage superbe où tout "colle", le découpage de Dieu ; la
région c'est aussi le mot que les géographes utilisent pour désigner n'importe quel ensemble
spatial : les régions polaires, les régions montagneuses, les régions protestantes, les régions riches, etc..
Le discours des géographes fait qu'ils emploient le mot région chaque fois qu'ils ont à prendre en
considération un espace.
Dans l'étude de géographie régionale, fleuron de l'école géographique française, on prend un
cadre qui est la boîte ou le bocal et on fait intervenir dedans les différents facteurs physiques et
humains. Il est intéressant de remarquer que ces différents facteurs ne sont pas étudiés d'une
façon géographique ; en effet on ne prend en considération chaque facteur qu'en fonction du cadre
retenu, alors que chaque facteur hors de la boite a sa configuration spatiale particulière. Le défaut
majeur du discours de géographie régionale tel qu'il s'est fait, c'est de nier les configurations
particulières de tous les ensembles spatiaux pris en considération en tant que facteurs. Ces facteurs
étaient considérés comme déspatialisés, car on les prenait seulement en considération dans le champ
32

champ du bocal. Alors que si l'on prend chaque facteur avec sa configuration spatiale
particulière, hors du "bocal" si on le considère comme un ensemble qui recoupe d'autres ensembles, à ce
moment là on fait un progrès considérable dans la connaissance de chaque facteur. Evidemment,
compte tenu de telle pratique sociale, à tel moment il faut privilégier tel ensemble qui sera
l'espace, la région de référence ; mais pour la pratique il est très important de prendre en considération
la configuration spatiale de chacun des facteurs.
Quel rapport existe-t-il entre la région comme espace vécu et l'espace objectif de référence ?
Y.L. : Je ne pense pas que la région ce soit l'espace vécu. Dans son livre, très intéressant,
Fremont fait un dérapage, un contresens par rapport à son propre discours. Il nous présente d'abord
très bien l'espace vécu, c'est à dire l'espace dont les gens ont une connaissance implicite intuitive
sans l'avoir apprise consciemment. C'est ce que Bourdieu a appelé la connaissance
phénoménologique, c'est à dire qu'il s'agit d'un savoir quant à l'espace qui ne s'exprime pas nécessairement
mais qui fait partie de l'outillage conceptuel des gens ; chaque individu a son espace vécu.
Cet espace vécu est fonction de la place que chaque individu occupe dans la hiérarchie sociale,
dans la division du travail ; il change au cours de la vie des individus. On sait très bien que les
catégories sociales les mieux formées culturellement ont des espaces vécus beaucoup mieux pensés
beaucoup plus formidables, beaucoup plus vastes que les catégories sociales les plus défavorisées.
En revanche la "région" est un espace beaucoup plus vaste que l'espace vécu, c'est une
organisation collective, qui part du pouvoir d'Etat et qui implique la considération d'un espace
considérable ; cela implique d'abord les cartes ; la région, cela se représente par des cartes et les gens ne
savent pas lire les cartes.
Les différents espaces que l'on appellera régions ne font par partie de l'espace vécu des gens ;
ce sont des institutions, des phénomènes collectifs qui ne dépendent pas de l'espace vécu des
individus. L'espace vécu est le résultat de pratiques individuelles qui recoupent toute une série
d'ensembles spatiaux ; la région, c'est un ensemble spatial qui est une représentation abstraite.
Si l'on veut conserver à la notion d'espace vécu toute la richesse que lui a donné Frémont, il
faut la dissocier de la région. Il y a une aspiration de Frémont qui voudrait que les régions soient
connues par les citoyens comme ils connaissent chacun de leur "espaces vécus". Mais c'est
difficilement réalisable.
Le concept de région est-il universel ou bien applicable seulement à certains pays, à certains
niveaux de développement ou d'organisation économique ?
Y.L. : Cela fait référence à une conception de la région telle que Kayser l'avait définie : "une
région est sur la terre un espace précis mais non immuable inscrit dans un cadre donné et
répondant à trois caractéristiques essentielles ; les liens existants entre ses habitants, son organisation
autour d'un centre doté d'une certaine autonomie, son intégration fonctionnelle dans une
économie globale". Cela implique la notion de région polarisée. C'est une des régions, un des ensembles
spatiaux mais il existe des ensembles spatiaux, non polarisés. Si l'on veut à tout prix que la région
soit un espace économique polarisé, on ne va la trouver que dans certains espaces. Certains
espaces comme le Sahara vont être exclus alors qu'il existe des régions au Sahara : le Hoggar c'est une
région, tel groupe d'ergs une autre, les espaces où le socle apparaît forment aussi des régions ; les
pasteurs en connaissaient très bien les limites et cela s'inscrivait dans des pratiques de
déplacement très importantes.
Chaque fois que l'on emploie le mot région, il faut donner la définition de l'ensemble dont on
parle ; on a le droit de former tous les ensembles spatiaux possibles et imaginables. On peut
considérer un exemple qui remonte aux sources de la géographie française avec Vidal de la Blache : si
on parle de la région du Tableau géographique de la France, c'est la région telle que Vidal de la
Blache la délimite à un certain moment. Pour telle région, la Champagne par exemple, telle partie
de ses limites sera le contact entre deux affleurement géologiques, telle autre partie sera une
limite historique choisie parmi la gamme des différentes limites qui ont existé dans le passé. (. . .).
Il y a eu évolution du concept de région et il y a eu aussi évolution de la réalité. Y a-t-il eu
parallélisme ?
Y.L. : II y a bien sûr une évolution de la réalité et également des pratiques qui appréhendent
cette réalité. Le concept de région, on peut l'envisager comme étant un ensemble spatial parmi
d'autres ensembles spatiaux. J'ai une conception de l'espace qu'on pourrait assimiler à l'espace
feuilleté, avec toute une série d'ensembles spatiaux qui s'enchevêtrent ; je l'appelle espace
feuil eté car il faut distinguer différents niveaux d'échelles. Ce n'est pas une représentation
métaphysique, c'est au contraire une représentation élaborée en fonction des problèmes que pose la
pratique. Nous sommes dans une situation caractérisée par une certaine structure du capitalisme
monopoliste d'Etat : on peut considérer que la région la plus opératoire est celle qui correspond à
cette structure. Pour les gens qui gèrent la société, c'est celle qui est la plus opératoire ; est-ce que
Yves Lacoste 33

les gens qui luttent contre cette structure ont intérêt à ne pas en tenir compte ? Est-ce que les
ouvriers d'une firme multinationale n'ont pas intérêt à établir la liaison entre les différentes
entreprises contrôlées par cette firme ? Au fond vont-ils avoir une représentation spatiale qui va
être le décalque de l'espace de la firme ou vont-ils fonctionner dans des cellules de quartier avec
des gens qui n 'ont rien à voir avec leur problème ? (. . .)
Le concept de région rend-il compte de la réalité ? Sinon que proposez-vous ?
Y.L. : Le concept de région est le concept d'ensemble spatial ; la réalité pour un géographe
c'est toute une gamme d'ensembles spatiaux qu'on peut appeler régions. Le discours
géographique qui ne se réfère pas aux pratiques est complètement impossible à structurer, car tout est mis
sur le même plan. La grande question qui a été théorisée jusqu'alors par les militaires, c'est le
problème des rapports de la stratégie et de la tactique. La différence entre la stratégie et la tactique
se rapporte à l'échelle de temps et d'espaces : la tactique, c'est ce qui relève du temps court et du
terrain, les données topographiques sont donc très importantes. Celles-ci perdent de l'importance
au niveau de l'élaboration de la stratégie qui porte sur des espaces beaucoup plus considérables.
Si je m'intéresse tant aux problèmes militaires ce n'est pas parce que j'ai des sentiments
particulièrement militaristes, mais parce que ce sont les pratiques militaires qui manient le plus les différents
niveaux d'analyse, les différentes échelles, qui font intervenir le plus d'ensembles spatiaux et
surtout qui ont une sanction. Bien sûr, il faut avoir des critères d'évaluation de l'efficacité du
raisonnement. Le gros avantage des pratiques militaires c'est qu'on peut les connaître rétrospectivement
mieux que d'autres grâce à la littérature militaire ; si l'on veut s'entraîner au savoir penser l'espace,
on trouve là tout un stock d'informations. On voit comment des gens ont manié les échelles et
tenu compte des ensembles spatiaux et ce qu'il en est advenu. C'est un bon enseignement. Cela ne
veut pas dire que le savoir penser l'espace se réduise au problème militaire.
Espaces Temps

Parlons plutôt de classe socio-spatiale


Alain Reynaud

Citer ce document / Cite this document :

Reynaud Alain. Parlons plutôt de classe socio-spatiale. In: Espaces Temps, 10-11, 1979. Région : enquête sur un concept au-
dessus de tout soupçon. pp. 34-38;

https://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1979_num_10_1_3026

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Alain Reynaud

Parlons plutôt de classe socio-spatiale

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Alain Reynaud 35

d'autres sciences sociales sont moins préoccupées par ces questions.


Je fais quand même une distinction entre l'aspect spatial et l'aspect régional : j'ai tendance à
dire actuellement que l'analyse spatiale s'intéresse à des phénomènes ubiquistes assez généraux,
assez élémentaires, qui sont des problèmes de zones d'influence, de décision, de perception, de
diffusion d'aires de recrutement d'un service, de réseaux urbains, problèmes que l'on retrouve
un peu partout dans le monde, à l'intérieur de systèmes sociaux, politiques et économiques très
différents, et à des degrés de développement également très différents ; il y a là une intervention
de la distance et de l'étendue, non pas comme facteur déterminant, mais comme une dimension
non négligeable facilitant ou limitant les échanges, les flux, les brassages, les interactions. Le
niveau régional est peut-être moins "scientifique", moins objectif, mais plus "politique" ; à partir
du moment où un groupe humain a un certain sentiment d'appartenance plus ou moins net à un
espace, on passe à un autre plan, avec une dimension à la fois économique, sociale, culturelle
éventuellement, et il y a un objet d'étude différent.
Existe-t-il un niveau d'échelle privilégié pour l'étude régionale ?
A.R. : Classiquement en géographie, la région correspond au premier niveau de découpage
d'un espace national ; il y a là une sorte de mécanisme, de réflexe des géographes qui consiste à
dire : chaque fois que l'on étudie un pays, il faut absolument le découper, et si possible en une
dizaine de régions - ce qui représente à peu près la norme. On arrive donc facilement à des
aberrations : Gamblin consacrant un polycopié au Luxembourg arrive à faire de la "régionale",
distinguant le Gutland et le Oesling ! Il y a évidemment là un problème, parce que la Californie va
être aussi une région des Etats-Unis. Mais la Californie, c'est la moitié de la population française
et le P. N.B. français ! Il ne s'agit pas de la même réalité et il me semble qu'il ne faut pas partir
de cette notion ; j'aurais tendance à appeler région tout morceau d'espace que l'on a individualisé
pour l'opposer à d'autres, indépendamment de l'échelle. Toutes les échelles, à ce moment là sont
valides, étant entendu qu'il existe des degrés, des seuils, des ruptures qui font qu'en changeant
d'échelle, on charge de problématique, car on n'étudie plus les mêmes choses. Dans cette optique
étudier les quartiers d'une ville c'est peut-être faire une analyse régionale, au même titre qu'une
opposition entre le Tiers Monde et les pays industrialisés. C'est la raison pour laquelle je préfère
parler non pas de région mais plutôt d'ensemble territorial pour reprendre l'expression de Paul
Claval ou encore de classe socio-spatiale, ce qui ne préjuge pas du niveau d'échelle.
On a toujours voulu découper l'espace de façon continue avec des lignes bien strictes, qui ont
pu être des isohyètes, le passage d'une formation superficielle à une autre, ou encore les limites
administratives des régions de programme. Or, au niveau de la structure même de l'espace,
l'espace n'est pas découpé de façon nette à la hache ; il existe plutôt des points forts et des zones
obscures, ce que j'appelle des espaces pleins et des espaces vides, avec des zones d'incertitudes - des
angles morts - comme passage entre plusieurs espaces bien structurés. L'idée m'était venue il y a
quelques années qu'on pourrait dire qu'on passe d'une région à une autre lorsqu'on passe d'une
nuance à une autre nuance d'un mode de production, supposant par là que d'une région à l'autre
on n'aura pas la même organisation sociale, les mêmes structures de production, le même degré
de développement de l'économie, et finalement tout cela crée des différences, des gradations. La
géographie régionale a toujours consisté à mettre côte à côte des monographies de régions tandis
que le problème de leurs rapports, de leurs liens, de leur organisation, de leur place respective
dans un grand espace n'était jamais abordé, ce qui semble très regrettable car des questions
essentielles sont éludées.
Quel rapport existe-t-il entre la région comme espace vécu et l'espace objectif de référence ?
A.R. : La perception de l'espace peut éventuellement jouer un rôle de frein ou d'accélérateur
dans l'évolution des réalités régionales ; l'exemple du Vieux Sud des Etats-Unis est à cet égard
significatif. Il existe un grand nombre de facteurs qui contribuent à la transformation de cet
ensemble régional : des raisons extérieures - tendance au glissement de l'industrie de la façade atlantique
et des Grands Lacs en raison du coût et de la docilité de la main d'oeuvre, de la disponibilité en
matière d'espace et des spéculations dans les régions manquant d'espaces - mais aussi à l'intérieur
même du Vieux Sud, on enregistre un phénomène de basculement au niveau de la psychologie
collective. La région, pendant trois générations, est restée en partie traumatisée par les
conséquences de la guerre de sécession, la nostalgie du passé demeurant très forte. Et puis dans les années
1950-1960, il semble qu'il y ait eu une certaine mutation et que désormais on soit plus sensible à
l'avenir qu'au passé, qu'on ait rompu avec ces sortes de freins collectifs.
Il s'agit là de mécanismes psycho-sociologiques de longue durée. Les justifications ? Ce n'est
peut-être pas exactement l'espace vécu direct, mais ce sont quand même des pesanteurs qui sont
bien dues à un sentiment d'appartenance à un espace, c'est à dire à une structure économique et
sociale particulière et non pas à un espace au sens relief, climat, cadre naturel. . . Mais il n'y a pas
que la notion d'héritage car la notion d'espace vécu se place à différents niveaux : quand Frémont
36

parle de l'espace vécu d'un ouvrier d'Hérouville, à ce moment là, il ne s'agit pas d'une conscience
régionale, mais d'un espace qui est très morcelé, éclaté. Il est intéressant d'étudier ce que cela
donne, mais cela n'a aucune conséquence directe sur l'évolution économique et sociale de la région ;
et, peut-être dans le cas de Frémont, y-a-t-il un passage, un glissement, entre l'espace vécu qui est
une notion intéressante, quotidienne, banale - que tout le monde a car chacun a son et ses espaces
de référence -, et un niveau d'organisation plus complexe, qui serait un niveau régional.
Personnellement, j'ai tendance à considérer les mouvements régionalistes comme une
conséquence d'une situation économique et sociale particulière. C'est pour reprendre l'expression de
P. George - dans un article des Travaux de l'Institut de Géographie de Reims - le "sentiment d'une
frustration économique", qui à ce moment-là se cherche un exutoire, une canalisation avec des
problèmes culturels qui peuvent être plus "raccrocheurs" dans l'esprit des gens que des problèmes
économiques et sociaux.
Le concept de région est-il universel ou bien applicable à certains pays, à certains niveaux de
développement ou a' organisation économique ?
A.R. : J'ai été frappé de voir revenir sous la plume de vieux géographes, qui écrivaient pendant
l'entre-deux-guerres, la même idée : la région supposait une durée, une organisation ancienne,
complexe. Donc, beaucoup d'espaces lointains du Tiers-Monde ou encore des régions marginales
des pays industriels ne méritaient pas vraiment le nom de "régions". Cela dit, on peut découper
l'espace n'importe où, simplement les réalités ne sont pas les mêmes : il faut que les
problématiques s'adaptent aux objets étudiés, que ce soit le degré dans l'échelle spatiale ou l'organisation
même de la région.
Il y a eu évolution du concept de région et il y a eu aussi évolution de la réalité. Y a t-il eu
parallélisme ?
A.R. : La réalité évolue, il s'agit là d'une évidence, mais elle évolue avec des moments forts,
des ruptures. Si l'on s'en tient aux apparences un peu superficielles, la réalité évolue : à l'échelle
d'une région, au bout de cinq ou dix ans, les chiffres des productions varient ; on va se détourner
du maïs pour faire davantage de soja, la taille moyenne des exploitations augmente de quelques
hectares, la production des textiles connaît elle aussi des fluctuations ; tout cela correspond à
une première modification de la réalité, finalement assez conjoncturelle. Or les géographes ont
souvent couru après cette conjoncture pour "être à jour", ce qui fait que, à dix ans d'intervalle,
on peut ré-étudier la même région et constater des changements qui ne sont peut-être pas
essentiels. Et puis il y a de temps en temps des modifications des structures spatiales en rapport avec
une évolution économique et sociale marquée, qui fait que les espaces n'ont plus la même
signification, que leur organisation a fondamentalement varié ; c'est à ce moment là qu'il va falloir
préciser les méthodes d'étude de la région et le concept même de région.
Parallèlement en effet, il y a eu une évolution de l'étude régionale. Il y a eu le grand débat
région homogène/région polarisée, la mise en valeur des aspects fonctionnels, des réseaux urbains...
Au niveau de la vulgarisation - au sens large du terme - c'est-à-dire aussi bien dans les manuels
d'enseignement, dans les cours qui sont donnés dans le secondaire, dans beaucoup de livres de
géographie régionale de l'enseignement supérieur, et dans la façon dont la géographie régionale
est conçue au niveau des concours, l'évolution n'est pas très rapide ; la présentation de la "région"
reste finalement très classique. Hors de la géographie et du milieu des géographes, cette
conception très classique du décorticage encyclopédique, en partant du relief et en arrivant aux
structures du commerce, se retrouve dans beaucoup de rapports d'aménagement, même quand ils ne sont
pas faits par des géographes. J'ai l'impression qu'il y a des débats à l'heure actuelle sur la notion
de région. Quelques articles ou quelques ouvrages de réflexion sur le problème en témoignent.
Mais au niveau de la pratique de l'étude régionale, il existe un retard. On ne dispose pas pour la
plupart des pays et des régions qui les composent, d'études qui intègrent l'ensemble des concepts
sur lesquels certains géographes s'interrogent depuis maintenant dix ou quinze ans. C'est un
problème de recherche qui tient peut-être à l'évolution de la géographie française : il n'y a plus de
recherche poussée en régionale depuis un certain nombre d'années, il n'y a plus de thèses
régionales ; et quand il y en a encore quelques unes, à titre de survivance, il faut bien reconnaître
qu'elles reprennent en général les plans les plus classiques. La géographie régionale peut ainsi
souvent apparaître, depuis une dizaine d'années, comme la branche poussiéreuse et anachronique de
la géographie, mais seulement dans la mesure où les efforts ont porté sur d'autres domaines.
L'histoire de la notion de région dans la géographie française reflète -t -elle réellement l'histoire
de la région dans la réalité, et dans quelle mesure cela reflète-t-il l'histoire de l'idéologie ?
A.R. : La géographie régionale s'est souvent voulue une description littéraire plus ou moins
exaltante des belles régions, des beaux pays que l'on peut parcourir. . . Il existe toute une
idéologie que l'on retrouve dans les conférences Connaissance du monde, dans la collection du secondai-
Alain Reynaud 37

re Papy Gourou, et un peu aussi dans Découvrir la France. Je m'étais amusé il y a quelques années
- un peu méchamment - à comparer ce qu'avait pu écrire Yves Babonaux dans sa thèse et dans
Découvrir la France au sujet de la Vallée de la Loire, et il y a glissement, renversement total sur le
plan idéologique, ce qui est tout de même étonnant ; dans la thèse, on trouve une orientation
marxiste qui est nette. Dans Découvrir la France, renversement à 180° dans la mesure où l'on a affaire
à une exaltation du beau pays de la Touraine - on baigne dans le climat très doux, un peu emollient
à des considérations sur l'homme de la Loire, qui naîtrait pêcheur. . . etc. Il dit heureusement le
contraire dans l'autre ouvrage, qui constitue une excellente étude d'un réseau urbain.
Le concept de région, tel que l'utilise la géographie actuelle, rend-il compte de la réalité ? Sinon,
que proposez-vous ?
A.R. : Tout dépend en fait de ce que l'on met derrière le concept de région. Découper l'espace,
s'interroger sur les règles du découpage, sur les buts poursuivis, oui ; quel terme utiliser ? Nous
sommes un peu prisonniers d'un mot qui a une charge extrêmement variée, idéologique aussi
bien qu'affective. Dans ce domaine, les Anglo-Saxons n'ont pas d'équivalent : ils ont bien la
"regional geography", mais ils n'ont pas tellement de "régions". C'est un terme peu utilisé, plutôt un
mot savant , apanage de spécialistes, si bien qu'il n'y a pas les mêmes ambiguïtés. Je prendrais
presque le problème à l'envers : si on a besoin de découper l'espace, si on s'interroge sur les règles de
découpage régional, a-t-on besoin de se demander quelle est la légitimité du concept de région ?
Je ne sais pas.
Ce qui me paraft une nécessité, c'est d'avancer dans une direction plus théorique à propos de
la notion de région. On conserve traditionnellement la coupure entre la géographie générale et la
géographie régionale ; j'ai fait naguère un petit tableau croisé pour montrer qu'on aboutit en
réalité à quatre possibilités : une géographie générale-générale, une géographie générale-régionale, une
géographie régionale-générale et une géographie régionale-régionale. La géographie
générale-générale existe depuis longtemps sous ces formes que sont l'étude du bocage, des champs ouverts, des
structures agraires, des localisations industrielles etc. . . et aujourd'hui elle s'oriente vers l'analyse
spatiale. Puis il y a une géographie générale-régionale, qui consiste à accumuler des monographies
dans un secteur déterminé- exemple typique Gilbank et sa Géographie de l'agriculture ; ce genre
d'études n'est pas inintéressante, mais elles ne dépassent pas la juxtaposition de cas spatialisés.
La géographie qui revendique le qualificatif de régionale, s'est trop exclusivement limitée à des
études de cas, en accumulant inlassablement des monographies. Or, on ressent un besoin profond
d'avoir des ouvrages et des articles qui se présenteraient comme des réflexions sur l'analyse
régionale en tant que telle, plus globalement sur la notion même de région. Les thèmes ne manquent
pas : le concept de contiguïté, d'articulation régionale, les questions portant sur les critères de
délimitations des pays, les inégalités régionales, le régionalisme, centre et périphérie. . . Il y a là un
certain nombre d'idées, de concepts, de champs, de thèmes qui pourraient faire l'objet de travaux
très divers. A partir du moment où l'on ne dispose pas d'outil bien déterminé - ce qui est le cas
actuellement - on reste prisonnier des pratiques habituelles et l'on aboutit au même genre
d'analyse régionale. On arrive à ce moment là à faire de la géographie régionale sans jamais parler
d'espaces ni de région, on accumule dans un cadre donné tout ce qui s'y rapporte, du milieu naturel
aux villes thermales.
Depuis quelques années est apparue une géographie soucieuse d'agir, que j'appelle volontiers
"technocratique" sans connotation péjorative dans mon esprit, dans laquelle le courant d'analyse
spatiale est assez bien représenté, et qui est exclusivement à tendance économique, c'est-à-dire
une géographie essayant de donner des moyens et des outils pour ceux qui détiennent le pouvoir
et qui agissent sur l'espace indépendamment du système économique. Le géographe soviétique
qui travaille pour la planification, ressemble étroitement à son homologue français qui travaille
pour la DATAR : dans les deux cas, ils ne s'interrogent pas sur les finalités, ils ne remettent rien
en question, mais ils apportent une information qui peut aider ceux qui détiennent le pouvoir,
même si ces gens agissent dans des buts et avec des moyens différents. Il existe bien sûr des
géographes qui s'interrogent de façon critique, pour discuter et proposer d'autres choses - c'est
Antipode aux Etats-Unis, Hérodote en France - mais il faut avouer que ces mouvements restent
minoritaires.
J'ai le sentiment qu'aujourd'hui la géographie régionale n'a pas très bonne presse et que toute
une certaine géographie régionale est en train de mourir peu à peu : ce n'est plus le domaine qui
attire les chercheurs. Les géographes semblent plus intéressés par la géographie des capitaux, du
tourisme, de la perception, de la diffusion, de la décision du complexe agro-industriel, au fond
toutes les tendances de l'analyse spatiale et de la géographie économique modernisée, auxquelles
il faut ajouter ce qui se rapporte aux méthodes quantitatives. Cela constitue un paradoxe, car au
niveau de l'enseignement, tant secondaire que supérieur, la géographie régionale conserve une
place importante ; dans l'enseignement supérieur ce qui est frappant, c'est que les gens qui font de la
38

régionale ne sont pas des spécialistes ; ils sont spécialistes d'un pays pour avoir travaillé sur un
thème limité concernant ce pays ou pour d'autres raisons, mais dans l'ensemble ils ne réfléchissent
guère à la notion de région, et il ne faut donc pas s'étonner s'ils restent fidèles à bon nombre de
choses qui nous paraissent un peu dépassées.
C'est pourquoi je suis un peu pessimiste, dans la mesure où la nécessité d'une conceptualisation
plus poussée ne semble pas être ressentie nettement ni par les géographes, ni par d'autres
utilisateurs. On se contente volontiers à l'extérieur d'un bilan un peu encyclopédique, qui peut être
ennuyeux à lire pour celui qui ne vit pas dans la région étudiée ou pour ceux qui ne font pas partie
d'organismes d'aménagement. Toutefois, je reste relativement optimiste car il me semble qu'il
existe un besoin : il est certain que les courants les plus intéressants et novateurs des dernières
années se sont développés en géographie générale, mais il me paraît impensable que cela n'ait pas
des retombées en géographie régionale. Personnellement, j'ai tendance à redonner de l'importance
à la géographie régionale et je ne crois pas être le seul.

DIALECTIQUES Au sommaire du numéro 26


Revue Trimestrielle (Février 1979)
77 bis, rue Legendre
75017 PARIS

LINGUISTIQUE, CROISSANCE ZERO


Denise Maididier, Jacques Guiihaumou :
Analyse du discours : courte critique pour une longue histoire
Michel Arrive :
Hjelmslev ou l'épouvantail du structuralisme
Yannic Mancel, André Clier :
Sur renonciation
Lise Demailly :
Images de la linguistique à l'Ecole
LA POLITIQUE ET LA LANGUE : CEUX QUI VEULENT PARLER AUTREMENT
Régine Robin :
Le cheval blanc de Lénine
Jean-Noël Barak :
Lieux communs
Maurice Goldring, Yannick Blanc :
Les lendemains qui parlent

DIALECTIQUES N° 26, 128 pages - 30 F.


Espaces Temps

La région au pluriel
Maurice Blondeau

Citer ce document / Cite this document :

Blondeau Maurice. La région au pluriel. In: Espaces Temps, 10-11, 1979. Région : enquête sur un concept au-dessus de tout
soupçon. pp. 39-41;

doi : https://doi.org/10.3406/espat.1979.3027

https://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1979_num_10_1_3027

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La région au pluriel

Maurice Blondeau

La rencontre des géographes d'Espaces Temps avec sept personnalités de la géographie


française à propos de la notion de région apporte un certain nombre d'enseignements riches d'intérêt.
La région fait encore parler d'elle !
C'est la première constatation importante de ce dossier et cela provoquera probablement une
réaction d'étonnernent pour beaucoup de géographes. Voilà une vieille dame qui a connu une
jeunesse brillante, une maturité radieuse, mais dont la vieillesse s'annonçait plutôt mal ! De
nombreux géographes craignant d'être contaminés par la sénilité apparente d'un certain discours sur la
région s'en éloignaient partiellement ou complètement. Or il apparaît d'évidence qu 'après une
traversée du désert assez longue, la notion de région revient à une plus juste place au sein de
l'appareil conceptuel des géographes ou plus exactement d'une partie d'entre eux. Cela ne doit rien au
hasard.
L 'histoire de la région reste à faire en dépit d'une bibliographie existante bien fournie ; des
études erudites ont dégagé les diverses acceptions du mot région depuis que Vidal de la Blache et
l'école française lui ont donné ses lettres de noblesse. Mais un aspect essentiel a été très largement
passé sous silence, qui fait intervenir à la fois les dénotations du concept de région et la réalité
économique et sociale ; les chapitres régions - modes de production ou plus globalement régions
-formation économique et sociale apparaissent comme une priorité si Von veut envisager la région
d'une façon rigoureuse et fonder un concept riche. Sans avoir la prétention de contribuer à une
étude exhaustive de la notion de région, il est facile de distinguer des permanences, des ruptures
conceptuelles ; le moteur de l'évolution, des dépassements réside dans la prise de conscience plus
ou moins généralisée à un moment donné d'une inadaptation grandissante entre le réel et les
moyens de l'appréhender. Face à ce constat, deux démarches sont possibles : se détourner
complètement de concepts vidés de toute substance et accepter leur complète banalisation, ou se donner
les moyens de reconstruire des concepts opérationnels. La deuxième démarche a le mérite de
refuser la toute puissance du fait accompli, en examinant de plus près si cela vaut la peine de consolider
les fondations de l'édifice.
Cette double attitude recoupe très largement les positions des géographes sur la région.
Une lecture attentive des propos contenus dans ce dossier montre qu'une fraction non
négligeable de la géographie française insiste sur la nécessité de re-fonder le concept de région. Cette
constatation appelle plusieurs interrogations : existe-t-il des causes objectives permettant
d'expliquer cet intérêt croissant pour la région ? Pourquoi est-il récent ? Résoudre de tels problèmes
engage certainement des interractions très complexes, mais il semble qu'il soit utile d'essayer d'y
répondre ne serait-ce que partiellement.
Pour ma part, j'avancerai les hypothèses suivantes :
- il existe de toute évidence un décalage plus ou moins net entre la réalité et les moyens de
connaissance du réel ; la conceptualisation est toujours en retard par rapport à la complexité du
réel.
- de plus la question de la formation de la division économique et sociale de l'espace est un
champ de problèmes spécifiques engageant plusieurs sciences économiques et sociales ; la géogra-
40

phie est dans une certaine mesure tributaire d'autres sciences, en premier lieu de l'économie en
matière de conceptualisation.
- le retard épistémologique flagrant en géographie s ajoutant au fait que l'influence du
marxisme ait plutôt eu tendance à régresser depuis une vingtaine d'années dans la discipline permettent
d'expliquer l'amplification de ce décalage entre réalité et connaissance.
Pendant toute la période du développement du capitalisme monopoliste d'Etat les géographes
à quelques exceptions près, ont eu tendance à se désintéresser de l'analyse régionale, mais il est
indéniable que les profondes mutations spatiales engendrées par l'extension du capitalisme
monopoliste d'Etat et sa mise en crise ne peuvent plus être passées sous silence. La région se retrouve donc
au centre des préoccupations d'une partie des géographes cherchant à expliquer les nouvelles
différencia tions spa tiales.
Deux exemples précis peuvent illustrer cette hypothèse générale. Dans les années 1950-1960
des géographes tels que P. George, H. Rochefort, etc. . étaient à l'origine de travaux importants

.
sur la notion de région. Ces recherches mettaient clairement en évidence la destruction quasi
absolue de la base régionale du capitalisme français au profit d'un élargissement définitif de sa base
nationale. Alors que les réseaux urbains représentaient une instance importante de la formation
économique et sociale lorsque la base régionale du capitalisme dominait ou subsistait, la localisation
des capitaux, des décisions dans un centre de niveau national, modifiait ces réseaux, mais surtout
ne leur conférait plus qu'un simple rôle fonctionnel.
La reconnaissance de cette réalité aurait dû entraîner le dépérissement d'une certaine
littérature décrivant encore la prise en charge des régions par elles-mêmes. Or la production régionale
allait faire des notions de réseaux, flux, aires d'extension les nouveaux piliers théoriques de la
géographie. .Ces travaux non négligeables souffraient d'un défaut majeur : ils reproduisaient trop
souvent des explications relevant d'une situation antérieure et minimisaient les évolutions
ter itoriales.
Alors que la géographie régionale restait fidèle à une conception très traditionnelle de la région,
les domaines les plus novateurs banalisaient la notion de région et l'occultaient au profit du concept
passe-partout d'espace. Le concept d'organisation de l'espace devenait la référence absolue. Il a
fallu attendre le début des années 1970 et l'aggravation des distorsions économiques, sociales et
spatiales pour que la notion de région revienne véritablement à la surface. Certains géographes avouent
s'intéresser de nouveau à la région après l'avoir enterrée un peu prématurément. Ce rappel très bref
éclaire parfaitement l'état de la réflexion actuelle sur la notion de région.
Du nouveau pour la région ?
A quelques exceptions près, les géographes sont unanimes pour condamner la région
envisagée comme support à "l'étude globale d'un morceau de territoire qu'on découpe comme on veut"
(J. Beaujeu-Garnier). Ce front commun disparaît dès lors qu'il s'agit de mettre en évidence les
raisons de la permanence de cette conception qui a tant contribué à rendre caricaturale la notion de
région "II est probable que les réflexions sur la notion de région n'auraient pas connu la même
évolution, si dès la fin du siècle passé on avait disposé de statistiques complètes et de méthodes
pour les exploiter systématiquement" (P. Claval) (1). Cette explication séduisante, reflet d'une
tendance bien vivante de la géographie, n'a pas contribué à clarifier le problème : il était tentant
et sécurisant d'identifier rigueur quantitative et méthodologique, et statut scientifique. Il faut
bien admettre que cette attitude n'a fait que repousser l'émergence du débat réel ; elle a eu le
mérite toutefois de faire apparaître sa nécessité, en effet les nombreux travaux de géographie
régionale intégrant ces méthodes n'ont pas fait disparaître les critiques de fond qu'un grand nombre de
géographes avaient formulées.
La volonté de remédier au retard épistémologique accumulé en géographie telle qu'elle se
manifeste depuis une dizaine d'années n'a que très partiellement pris en considération la région. Le
premier réflexe a consisté à rayer d'un trait de plume la notion, pilier de la branche la plus
poussiéreuse de la géographie ; il semble qu'on ait atteint un deuxième stade aujourd'hui : il a d'abord
fallu justifier le recentrage de la discipline au coeur des sciences sociales. La reconnaissance et
l'approfondissement de la question de la division économique et sociale de l'espace n'ont été ressenties

(1) P. Claval La l'enséc Géographique.


:
La région au pluriel 41

comme une nécessité épistémologique que plus tardivement. Ceci explique le regain d'intérêt
manifesté par tout un pan de la géographie pour la région, mais aussi un certain retard par rapport à
d'autres sciences sociales.
Les géographes s'expliquent suffisamment dans les pages qui précèdent pour qu 'il ne soit
pas nécessaire de faire une étude systématique des différentes positions sur la région dans cette
post-face. Il n 'est cependant pas superflu de dégager quelques clivages particulièrement
révélateurs de la situation générale de la géographie française actuelle confrontée à la région. Il serait
tentant d'affirmer en paraphrasant la formule d'A. Frémont, qu'il existe autant de conception de
la région que de géographes. Ce point de vue recouvre incontestablement une part de vérité, mais
c'est aussi une manière de renvoyer tout le monde dos à dos. Il semble plus constructif dans un
premier temps de prendre le contrepied de cette démarche.
Une des constatations majeures de cette confrontation révèle que la réflexion sur la notion
de région n'est pas isolable, car elle recoupe totalement le débat engagé sur l'état de la géographie.
La question primordiale est bien celle qui porte sur l'objet de la géographie, dans la mesure où
l'ensemble du discours s'articule à partir de cette interrogation initiale. Il est remarquable de
constater l'existence d'une partition très nette dans la géographie française sur la question de l'objet ;
on peut distinguer tout un pan de la géographie dont les représentants affirment que la géographie
est une science sans objet spécifique : au delà de ce point de convergence des variantes très
marquées apparaissent. Certains considèrent qu'elle n'a d'objet que méthodologique, d'autres
affirment que la géographie se définit avant tout par une fonction essentielle "savoir-penser-l'espace" ,
une troisième famille perçoit la géographie comme un art de vivre, de voir et d'analyser. Il est
frappant de constater qu'au-delà de divergences profondes entre ces courants, la notion de région a
tendance à être banalisée : en effet qu'elle soit envisagée comme un ensemble spatial parmi d'autres,
comme l'aire d'extension d'un ou plusieurs phénomènes, ou comme un quelconque morceau de
territoire, il est clair que la notion perd toute substance particulière. La question de l'échelle
devient prépondérante. Ce constat ne préjuge en rien de l'intérêt des travaux élaborés par les tenants
de telles conceptions, mais force est de reconnaître que le mot région ne subsiste que comme un
héritage de vocabulaire.
L'autre partie de la géographie française dessine un objet plus ou moins nettement formulé
selon les auteurs. La géographie est clairement définie comme faisant partie intégrante des sciences
sociales.
Malgré des divergences, la nécessité d'un approfondissement épistémologique est vivement
ressenti et engagé, la notion de région est totalement intégrée à cette entreprise.
L'apport de la théorie marxiste est sous-jacent, qu'il relève de l'influence sociologique avec
H. Lefèvre et des concepts tels que celui de production d'espace, ou qu'il relève de l'économie
politique.
Pour l'ensemble de ces géographes le concept de région doit prendre sa juste place à l'intérieur
de la réflexion géographique encore faut-il qu'un approfondissement théorique préalable soit
réalisé.
Au terme de cette brève confrontation une conclusion semble s'imposer : la géographie
française comparée à celle d'autres pays se distingue par une richesse et un étonnant pluralisme. La
production sur la région n'échappe pas à la règle comme en témoignent des ouvrages tels que la
Région, espace vécu difficilement réductible à la classification établie ci-dessus. Cette diversité
paraît être une des conditions essentielles d'un renouveau de la géographie engagé depuis plusieurs
années. Qui dit pluralisme, dit débat ; Espaces Temps contribue et entend défendre ses positions
et critiquer celles qui lui semblent engager la réflexion de la géographie sur de fausses pistes. En ce
qui concerne la notion de région, le débat ne fait que s'engager ; la somme de réflexion sur la
région proposée dans ce numéro montre assez nettement qu'elle valait la peine d'être menée à bien
car tout prouve qu'approfondir la notion de région, c'est faire progresser l'ensemble de la discipline.

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