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Affaire Dreyfus

L'affaire Dreyfus est un conflit social et politique majeur de la


Troisième République survenu à la fin du XIX
e
siècle, autour de Affaire Dreyfus
l'accusation de trahison faite au capitaine Alfred Dreyfus qui a
finalement été innocenté. Elle a bouleversé la société française
pendant douze ans, de 1894 à 1906, la divisant profondément et
durablement en deux camps opposés, les « dreyfusards » partisans de
l'innocence de Dreyfus, et les « antidreyfusards » partisans de sa
culpabilité.

La condamnation fin 1894 du capitaine Dreyfus — pour avoir


prétendument livré des documents secrets français à l'Empire
1, 2
allemand — était une erreur voire un complot judiciaire sur fond
d'espionnage, dans un contexte social particulièrement propice à
l'antisémitisme et à la haine de l'Empire allemand à la suite de son
annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine en 1871. L'affaire
rencontra au départ un écho limité, avant qu'en 1898 l'acquittement du
véritable coupable et la publication d'un pamphlet dreyfusard par
Émile Zola, J'accuse…! ne provoquent une succession de crises
politiques et sociales. À son paroxysme en 1899, l'affaire révéla les
clivages de la France de la Troisième République, où l'opposition
entre les camps dreyfusard et antidreyfusard suscita de très violentes
polémiques nationalistes et antisémites, diffusées par une presse Émile Zola, J'accuse…!
influente. Elle s'acheva en 1906, par un arrêt de la Cour de cassation
qui innocenta et réhabilita définitivement Dreyfus. Titre Affaire Alfred Dreyfus

Cette affaire est souvent considérée comme le symbole moderne et Fait


Espionnage
3 reproché
universel de l'iniquité au nom de la raison d'État, et reste l'un des
exemples les plus marquants d'une erreur judiciaire difficilement Chefs Espionnage et intelligence
d'accusation avec l'ennemi
réparée, avec un rôle majeur joué par la presse et l'opinion publique.
Pays France
Ville Paris
Jugement
Statut - Condamné à la déportation
à perpétuité et à la
dégradation publique (1894)
- Condamné à dix ans de
réclusion (1899)
- Acquitté 12 juillet 1906
Tribunal - Conseil de guerre de la
prison du Cherche-Midi de
Paris (1894)
- Conseil de guerre de la Xe
région militaire de Rennes
(1899)

Sommaire Date du - 22 décembre 1894


jugement - 9 septembre 1899
Résumé
Confusions possibles Recours - Requête en révision
acceptée le 29 octobre 1898
Contextes de l'affaire Dreyfus - Arrêt cassé le 3 juin 1899
Contexte politique - Gracié le
Contexte militaire 19 septembre 1899
Contexte social - Acquitté sans renvoi le
12 juillet 1906
Origines de l'affaire et le procès de 1894
À l'origine : les faits d'espionnage
Découverte du bordereau
Recherche de l'auteur du bordereau
Expertises en écriture
L'arrestation
L'instruction et le premier Conseil de guerre
L'instruction
Le procès : « Le huis clos ou la guerre ! »
Transmission d'un dossier secret aux
magistrats
Condamnation, dégradation et déportation

La vérité en marche (1895-1897)


La famille Dreyfus découvre l'affaire et agit
La découverte du vrai coupable par Picquart, qui
« passe à l'ennemi »
La dénonciation de Walsin Esterhazy et les progrès
du dreyfusisme
Procès et acquittement du commandant Esterhazy
L'affaire explose en 1898
« J'accuse…! » : l'affaire Dreyfus devient l'Affaire
Les procès Zola
Henry démasqué, l'Affaire rebondit
Crise et recomposition du paysage politique
La cassation du jugement de 1894
Le procès de Rennes 1899
Déroulement du procès
Nouvelle condamnation
Réactions
La longue marche vers la réhabilitation, 1900-1906
Mort de Zola
La semi-réhabilitation
Réhabilitation juridique
L'injustice militaire

Conséquences de l'affaire Dreyfus


Des conséquences politiques
Des conséquences sociales
Des conséquences internationales
Historiographie de l'affaire Dreyfus
Annexes
Bibliographie
Sources primaires
Bibliographie de référence
Autres ouvrages généraux
Ouvrages spécialisés
Ouvrage antidreyfusard
Articles et presse
Témoignages
Littérature de fiction
Filmographie
Actualités et assimilés
Documentaires
Films au cinéma
Téléfilms
Articles connexes
Personnalités
Événements
Mouvements et politique
Au cinéma
Société
Liens externes
Notes et références
Notes
Références

Résumé
À la fin de l'année 1894, le capitaine de l'armée française Alfred Dreyfus,
4
polytechnicien , juif d'origine alsacienne, accusé d'avoir livré aux
Allemands des documents secrets, fut condamné au bagne à perpétuité
pour trahison et déporté sur l'île du Diable. À cette date, l'opinion comme
la classe politique française était unanimement défavorable à Dreyfus.

Certaine de l'incohérence de cette condamnation, la famille du capitaine,


derrière son frère Mathieu, tente de prouver son innocence, engageant à
cette fin le journaliste Bernard Lazare. Parallèlement, le colonel Georges
Picquart, chef du contre-espionnage, constata en mars 1896 que le vrai
traître avait été le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy. L'état-major Jeu de l'oie de l'affaire Dreyfus.
refusa pourtant de revenir sur son jugement et affecta Picquart en
Afrique du Nord.

Afin d'attirer l'attention sur la fragilité des preuves contre Dreyfus, sa famille décida de contacter en juillet 1897 le respecté vice-
président du Sénat Auguste Scheurer-Kestner qui fit savoir, trois mois plus tard, qu'il avait acquis la conviction de l'innocence de
Dreyfus, et qui en persuada également Georges Clemenceau, ancien député et alors simple journaliste. Le même mois, Mathieu
Dreyfus porta plainte auprès du ministère de la Guerre contre Walsin Esterhazy. Alors que le cercle des dreyfusards s'élargissait,
deux événements quasi simultanés donnèrent en janvier 1898 une dimension nationale à l'affaire : Esterhazy était acquitté sous les
acclamations des conservateurs et des nationalistes ; Émile Zola publia « J'accuse…! », réquisitoire dreyfusard qui entraîna le
ralliement de nombreux intellectuels. Un processus de scission de la France était entamé, et se prolongea jusqu'à la fin du siècle.
Des émeutes antisémites éclatèrent dans plus de vingt villes françaises. On dénombra plusieurs morts à Alger. La République fut
ébranlée, certains la virent même en péril, ce qui incita à en finir avec l'affaire Dreyfus pour ramener le calme.
Malgré les menées de l'armée pour étouffer cette affaire, le premier jugement condamnant Dreyfus fut cassé par la Cour de
cassation au terme d'une enquête minutieuse, et un nouveau conseil de guerre eut lieu à Rennes en 1899. Dreyfus fut condamné
une nouvelle fois, à dix ans de détention, avec circonstances atténuantes. Dreyfus accepta par la suite la grâce présidentielle,
accordée par le président Émile Loubet. C'est en 1906 que son innocence fut officiellement établie au travers d'un arrêt sans
5
renvoi de la Cour de cassation . Réhabilité, le capitaine Dreyfus fut réintégré dans l'armée au grade de commandant et participa à
la Première Guerre mondiale. Il mourut en 1935.

Les conséquences de cette affaire furent innombrables et touchèrent tous les aspects de la vie publique française : politique (elle
6
consacra le triomphe de la IIIe République, dont elle devint un mythe fondateur tout en renouvelant le nationalisme), militaire,
religieux (elle ralentit la réforme du catholicisme français, ainsi que l'intégration républicaine des catholiques), social, juridique,
médiatique, diplomatique et culturel (c'est à l'occasion de l'affaire que le terme d'intellectuel a été forgé). L'affaire eut également
un impact international sur le mouvement sioniste au travers de l'un de ses pères fondateurs, Théodore Herzl, et de par l'émoi que
ses manifestations antisémites ont provoqué au sein des communautés juives d'Europe centrale et occidentale.

Confusions possibles
Il ne faut pas confondre dreyfusards, dreyfusiens et dreyfusistes.

Les dreyfusards étaient les premiers défenseurs de Dreyfus, ceux


qui le soutinrent dès le début.
Le terme dreyfusiste désignait ceux qui réfléchissaient au-delà de
l'affaire et voyaient en celle-ci une nécessité de remettre en cause
la société et la politique et, par extension, le fonctionnement de la
République (certains dreyfusards furent parfois aussi dreyfusistes
par la suite). Dreyfus à l'île du Diable, 1898,
Stéréoscopie vendue par F. Hamel,
Quant aux dreyfusiens, ils n'apparurent qu'en décembre 1898,
lorsque l'affrontement entre dreyfusards et antidreyfusards devint Altona-Hambourg...; collection Fritz
vraiment aigu et que l'affaire compromit la stabilité de la Lachmund
République. Les dreyfusiens, même si certains ont des
sympathies pour Alfred Dreyfus, voulaient liquider l'affaire en
calmant le jeu dans le but de sauver le régime républicain
parlementaire alors en place. Ils furent à l'origine d'une certaine conciliation entre les deux camps, grâce à un
effort de médiation, en prônant l'apaisement. Leur texte fondateur est « L'Appel à l'union », paru le
23 janvier 1899 dans le journal Le Temps. Ils soutenaient généralement la politique de Waldeck-Rousseau et
prônaient une laïcisation de la société.

Contextes de l'affaire Dreyfus

Contexte politique
En 1894, la IIIe République est vieille de vingt-quatre ans. Le régime politique de la France vient d'affronter trois crises (le
boulangisme en 1889, le scandale de Panama en 1892, et la menace anarchiste, réduite par les « lois scélérates » de juillet 1894)
qui n'ont fait que l'affermir. Les élections de 1893, centrées sur la « question sociale », ont consacré la victoire des républicains de
gouvernement (un peu moins de la moitié des sièges) face à la droite conservatrice, ainsi que la force des radicaux (environ
150 sièges) et des socialistes (environ 50 sièges).

L'opposition des radicaux et des socialistes pousse à gouverner au centre d'où des choix politiques orientés vers le
protectionnisme économique, une certaine indifférence à la question sociale, une volonté de briser l'isolement international avec
l'alliance russe et le développement de l'Empire. Cette politique de centre provoque l'instabilité ministérielle, certains républicains
de gouvernement rejoignant parfois les radicaux, ou certains orléanistes rejoignant les légitimistes, et cinq gouvernements se
succèdent de 1893 à 1896. Cette instabilité gouvernementale se double d'une instabilité présidentielle : au président Sadi Carnot,
assassiné le 24 juin 1894, succède le modéré Jean Casimir-Perier qui démissionne le 15 janvier 1895 et est remplacé par Félix
Faure.

À la suite de l'échec du gouvernement radical de Léon Bourgeois en 1896, le président nomme Jules Méline, homme du
protectionnisme sous Ferry. Son gouvernement prend acte de l'opposition de la gauche et de certains républicains (l'Union
progressiste notamment) et fait en sorte de toujours obtenir le soutien de la droite. Très stable, il cherche à apaiser les tensions
religieuses (ralentissement de la lutte anticléricale), sociales (vote de la loi sur la responsabilité des accidents du travail) et
économiques (maintien du protectionnisme) en conduisant une politique assez conservatrice. C'est sous ce gouvernement stable
7
qu'éclate réellement l'Affaire Dreyfus .

Contexte militaire
L'affaire Dreyfus se place dans le cadre de l'annexion de l'Alsace et de la
Moselle, déchirure qui alimente tous les nationalismes les plus extrêmes. La
défaite traumatisante de 1870 semble loin, mais l'esprit revanchard est toujours
Note 1
présent. De nombreux acteurs de l'affaire Dreyfus sont d'ailleurs alsaciens .

Les militaires exigent des moyens considérables pour préparer le prochain


conflit, et c'est dans cet esprit que l'alliance franco-russe, que certains
Note 2
considèrent « contre nature » est signée le 27 août 1892 sur la base d'une
convention militaire. L'armée s'est relevée de la défaite, mais elle est encore en
partie constituée d'anciens cadres socialement aristocrates et politiquement
monarchistes. Le culte du drapeau et le mépris de la République parlementaire
8
sont deux principes essentiels à l'armée de l'époque . La République a beau
célébrer son armée avec régularité, l'armée ignore la République.

Mais depuis une dizaine d'années, l'armée connaît une mutation importante, dans
le double but de la démocratiser et de la moderniser. Des polytechniciens Le général Raoul Le Mouton de
4
concurrencent efficacement les officiers issus de la voie royale de Saint-Cyr , ce Boisdeffre, artisan de l'alliance
qui amène des dissensions, amertumes et jalousies parmi ceux des sous-officiers militaire avec la Russie.
qui s'attendaient à des promotions au choix. La période est aussi marquée par
une course aux armements qui touche principalement l'artillerie, avec des
perfectionnements concernant l'artillerie lourde (obusiers de 120 court et de 155 court, modèles 1890 Baquet, à nouveaux freins
9
hydropneumatiques), mais aussi et surtout, la mise au point de l'ultra secret canon de 75 .

Signalons ici le fonctionnement du contre-espionnage militaire, alias « Section de statistiques ». Le renseignement, activité
organisée et outil de guerre secrète, est une nouveauté de la fin du XIXe siècle. La Section de statistiques est créée en 1871 mais ne
compte alors qu'une poignée d'officiers et de civils. Son chef en 1894 est le lieutenant-colonel Jean Sandherr, saint-cyrien,
alsacien de Mulhouse, antisémite convaincu. Sa mission militaire est claire : récupérer des renseignements sur l'ennemi potentiel
de la France, et l'intoxiquer avec de fausses informations. La Section de statistiques est épaulée par les « Affaires réservées » du
quai d'Orsay, le ministère des Affaires étrangères, animée par un jeune diplomate, Maurice Paléologue. La course aux armements
amène une ambiance d'espionnite aiguë dans le contre-espionnage français à partir de 1890. Aussi, l'une des missions de la
section consiste à espionner l'ambassade d'Allemagne, rue de Lille, à Paris, afin de déjouer toute tentative de transmission
d'informations importantes à cet adversaire. D'autant que plusieurs affaires d'espionnage avaient déjà défrayé la chronique d'une
presse friande de ces histoires mêlant le mystère au sordide. Ainsi en 1890, l'archiviste Boutonnet est condamné pour avoir vendu
les plans de l'obus à la mélinite. L'attaché militaire allemand à Paris est en 1894 le comte Maximilian von Schwartzkoppen, qui
développe une politique d'infiltration qui semble avoir été efficace.
Depuis le début 1894, la Section de statistiques enquête sur un trafic de plans directeurs concernant Nice et la Meuse, mené par
Note 3
un agent que les Allemands et les Italiens surnomment Dubois . C'est ce qui l'amène aux origines de l'affaire Dreyfus.

Contexte social
Le contexte social est marqué par la montée du nationalisme et de l'antisémitisme. Cette croissance de l'antisémitisme, très
virulente depuis la publication de La France juive d'Édouard Drumont en 1886 (150 000 exemplaires la première année), va de
pair avec une montée du cléricalisme. Les tensions sont fortes dans toutes les couches de la société, attisées par une presse
influente et pratiquement libre d'écrire et de diffuser n'importe quelle information, fût-elle injurieuse ou diffamatoire. Les risques
juridiques sont limités si la cible est une personne privée.

L'antisémitisme n'épargne pas l'institution militaire qui pratique des discriminations occultes, jusque dans les concours, avec la
10
fameuse « cote d'amour », notation irrationnelle, dont Dreyfus a fait les frais à l'école d'application de Bourges . Témoin des
fortes tensions de cette époque, la vogue du duel, à l'épée ou au pistolet, provoquant parfois la mort d'un des deux duellistes. Des
11
officiers juifs, atteints par une série d'articles de presse de La Libre Parole , accusés de « trahir par naissance », défient leurs
rédacteurs. Ainsi en est-il du capitaine Crémieu-Foa, juif alsacien et polytechnicien qui se bat sans résultat contre
Note 4, 12
Drumont , puis contre M. de Lamase, auteur des articles. Mais le capitaine Mayer, autre officier juif, est tué par le
marquis de Morès, ami de Drumont, dans un autre duel ; décès qui déclenche une émotion considérable, très au-delà des milieux
israélites.

La haine des juifs est désormais publique, violente, alimentée par un brûlot diabolisant la présence juive en France qui représente
alors au plus 80 000 personnes en 1895 (dont 40 000 à Paris), plus 45 000 en Algérie. Le lancement de La Libre Parole, dont la
13
diffusion estimée est de 200 000 exemplaires en 1892, permet à Drumont d'élargir encore son audience vers un lectorat plus
populaire, déjà tenté par l'aventure boulangiste dans le passé. L'antisémitisme diffusé par La Libre Parole, mais aussi par
L'Éclair, Le Petit Journal, La Patrie, L'Intransigeant, La Croix, développant un antisémitisme présent dans certains milieux
14
catholiques, atteint des sommets .

Origines de l'affaire et le procès de 1894

À l'origine : les faits d'espionnage


15
L'origine de l'affaire Dreyfus, bien que totalement éclaircie depuis les années 1960 , a suscité de nombreuses controverses
pendant près d'un siècle. Il s'agit d'une affaire d'espionnage dont les intentions sont restées obscures jusqu'à nos jours. De
Note 5
nombreux historiens parmi les plus éminents expriment plusieurs hypothèses distinctes sur l'affaire , mais tous arrivent à une
conclusion unique : Dreyfus était innocent.

Découverte du bordereau
16
Le personnel du Service de Renseignements militaire (SR) a affirmé de manière constante qu'en septembre 1894, la « voie
17 Note 6
ordinaire » avait apporté au contre-espionnage français une lettre, surnommée par la suite « le bordereau ». Cette lettre-
18
missive, partiellement déchirée en six grands morceaux , écrite sur du papier pelure, non signée et non datée, était adressée à
l'attaché militaire allemand en poste à l'ambassade d'Allemagne, Max von Schwartzkoppen. Elle établissait que des documents
19
militaires confidentiels, mais d'importance relative , étaient sur le point d'être transmis à une puissance étrangère. C'est Madame
Bastian, employée comme femme de ménage, mais en fait membre des services d'espionnage qui l'a rapporté. Elle ramenait soit
toutes les semaines, soit toutes les deux semaines, le contenu des corbeilles de l'ambassade d'Allemagne, qu'elle remettait au
20
commandant Henry dans la pénombre d'une chapelle de l'église Sainte-Clotilde .
Recherche de l'auteur du bordereau

Cette prise semble


suffisamment importante pour
que le chef de la « Section de
21
statistiques » , le
22
Mulhousien Jean Sandherr,
en informe le ministre de la
Guerre, le général Auguste
Mercier. Le SR soupçonne en
effet des fuites depuis le début
de l'année 1894, et recherche
leur auteur. Le ministre,
violemment attaqué dans la
presse pour son action jugée
23
incompétente , semble vouloir
Le général Auguste Mercier, ministre tirer parti de cette affaire pour
de la Guerre en 1894. 24, 25
rehausser son image . Il
diligente immédiatement deux Photographie du bordereau datée du
enquêtes secrètes, l'une administrative et l'autre judiciaire. Pour trouver le 13 octobre 1894. L'original a disparu
26 entre 1900 et 1940.
coupable, le raisonnement est simple sinon grossier : le cercle de recherche est
arbitrairement restreint à un suspect en poste ou un ancien collaborateur à l'état-
major, nécessairement artilleur sur les indications du capitaine Matton, seul
artilleur de la Section de statistiques, car trois des documents transmis concernaient l'artillerie de près ou de loin, et officier
stagiaire, puisque les documents pouvaient provenir des 1er, 2e, 3e et 4e bureaux, un stagiaire semblant seul à même de proposer
une telle variété de documents, car ceux-ci passaient de bureau en bureau pour parfaire leur formation. Ce raisonnement du
27
lieutenant-colonel d'Aboville se révéla faux .
4
Le coupable idéal est identifié : le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien et artilleur , de confession israélite et alsacien
28
d'origine, issu de la méritocratie républicaine . Au tout début de l'affaire, on insiste plutôt sur les origines alsaciennes de
Dreyfus que sur son appartenance religieuse. Celles-ci n'étaient pourtant pas exceptionnelles, puisqu'on privilégiait les officiers de
29, 30
l'est de la France pour leur double connaissance de la langue allemande et de la culture germanique . Mais l'antisémitisme,
31
qui n'épargne pas les bureaux d'état-major , devient rapidement le centre de l'affaire d'instruction, remplissant les vides d'une
26
enquête préliminaire très sommaire . D'autant que Dreyfus était à ce moment-là le seul officier juif étant passé récemment par
l'état-major général.
32
De fait, la légende du caractère froid et renfermé, voire hautain de l'homme, et de sa « curiosité », jouent fortement contre lui.
Ces traits de caractère, les uns faux, les autres naturels, rendent plausibles toutes les accusations en transformant les actes les plus
ordinaires de la vie courante dans un ministère, en faits avérés d'espionnage. Ce début d'instruction partial et partiel amène une
multiplication d'erreurs qui conduisent au mensonge d'État. Ceci au travers d'une affaire où l'irrationnel l'emporte sur le
33
positivisme pourtant en vogue à cette époque :

« Dès cette première heure s'opère le phénomène qui va dominer toute l'affaire. Ce ne sont plus les faits
contrôlés, les choses examinées avec soin qui forment la conviction ; c'est la conviction souveraine,
irrésistible, qui déforme les faits et les choses. »

— Joseph Reinach

Expertises en écriture
Pour confondre Dreyfus, les
écritures du bordereau et du
capitaine sont comparées.
Personne n'est compétent en
matière d'analyse d'écritures à
34
l'état-major . Entre alors en
scène le commandant du Paty
35, 36
de Clam , homme original
qui se pique d'expertise en
écritures. Mis en présence de
lettres de Dreyfus et du
bordereau le 5 octobre, du Paty
conclut d'emblée à l'identité des
deux écritures. Après une Alphonse Bertillon n'est pas un
Le commandant Armand du Paty de journée de travail expert en écriture mais il invente la
Clam, chef d'enquête, procède à complémentaire, il assure dans théorie de « l'autoforgerie ».
l'arrestation du capitaine Dreyfus.
un rapport que, malgré quelques
dissemblances, les
37
ressemblances sont suffisantes pour justifier une enquête. Dreyfus est donc « l'auteur probable » du bordereau pour l'état-major .

Le général Mercier tenant un coupable, il met exagérément en valeur l'affaire, qui prend le statut d'affaire d'État pendant la
38
semaine précédant l'arrestation de Dreyfus. En effet, le ministre consulte et informe toutes les autorités de l'État . Malgré les
Note 7
conseils de prudence et les objections courageusement exprimés par Gabriel Hanotaux lors d'un petit conseil des
39 40
ministres , il décide de poursuivre . Du Paty de Clam est nommé officier de police judiciaire chargé d'une enquête officielle.

Pendant ce temps plusieurs informations sont ouvertes parallèlement, les unes sur la personnalité de Dreyfus, les autres consistant
Note 8
à s'assurer de la réalité des identités d'écriture. L'expert Gobert n'est pas convaincu, trouve de nombreuses différences et
41
écrit même que « la nature de l'écriture du bordereau exclut le déguisement graphique » . Déçu, Mercier fait alors appel à
Alphonse Bertillon, l'inventeur de l'anthropométrie judiciaire, mais nullement expert en écritures. Il n'est d'abord pas plus
42 43
affirmatif que Gobert, en n'excluant pas une copie de l'écriture de Dreyfus . Mais par la suite, sous la pression des militaires ,
il affirme que Dreyfus s'est autocopié et développe sa théorie de l'« autoforgerie ».

L'arrestation

Le 13 octobre, sans preuve tangible et avec un dossier vide, le général Mercier fait convoquer le capitaine Dreyfus pour une
inspection générale, en « tenue bourgeoise », c'est-à-dire en civil. L'objectif de l'état-major est de gagner la preuve parfaite en
44
droit français : l'aveu. Cet aveu serait obtenu par effet de surprise, en faisant écrire une lettre inspirée du bordereau au
45
coupable sous la dictée.

Le 15 octobre 1894 au matin, le capitaine Dreyfus subit cette épreuve, mais n'avoue rien. Du Paty tente même de lui suggérer le
suicide en plaçant un revolver devant Dreyfus, mais l'accusé refuse d'attenter à ses jours, affirmant qu'il « veut vivre afin d'établir
46
son innocence ». L'espoir des militaires est déçu. Du Paty de Clam fait tout de même arrêter le capitaine et l'inculpe
d'intelligence avec l'ennemi afin qu'il soit traduit devant un Conseil de guerre. Dreyfus est incarcéré à la prison du Cherche-Midi
47
à Paris .

L'instruction et le premier Conseil de guerre


Mme Dreyfus est informée de l'arrestation le jour même, par une perquisition de l'appartement du jeune couple. Elle est terrorisée
par du Paty qui lui ordonne de garder le secret sur l'arrestation de son mari, et lui affirme même : « Un mot, un seul mot et c'est la
48 49
guerre européenne ! » . En toute illégalité , Dreyfus est mis au secret dans sa prison, où Du Paty l'interroge jour et nuit afin
d'obtenir des aveux, ce qui échoue et incite le lieutenant-colonel à recommander l'abandon des poursuites en l'absence de preuves,
50
par crainte d'être désavoué par une cour de justice . Le capitaine est soutenu moralement par le premier dreyfusard : le
47
commandant Ferdinand Forzinetti, commandant les prisons militaires de Paris .

Le 29 octobre, l'affaire est révélée par un entrefilet d'Adrien Papillaud dans le journal antisémite d'Édouard Drumont, La Libre
Parole, marquant ainsi le début d'une très violente campagne de presse jusqu'au procès. Cet événement place l'Affaire sur le
51
terrain de l'antisémitisme, qu'elle ne quitte plus jusqu'à sa conclusion définitive .

Le 1er novembre, Mathieu Dreyfus, le frère d'Alfred, appelé d'urgence à Paris, est mis au courant de l'arrestation. Il devient
52
l'artisan du combat difficile pour la libération de son frère . Sans attendre, il se met à la recherche d'un avocat, et retient
l'éminent pénaliste Edgar Demange.

L'instruction
53
Le 3 novembre, à contre-cœur , le général Saussier donne l'ordre d'informer. Il a tous les pouvoirs pour arrêter la machinerie,
54
mais il ne le fait pas, peut-être par confiance exagérée en la justice militaire .

Le commandant d'Ormescheville, rapporteur auprès du Conseil de guerre, rédige un rapport à charge dans lequel les « éléments
moraux » de l'accusation (qui vont de ragots concernant les mœurs de Dreyfus et sa prétendue fréquentation de « cercles-tripots »
à sa connaissance de l'allemand et sa « mémoire remarquable ») sont développés bien plus longuement que les « éléments
55
matériels » .

Les éléments matériels sont traités dans l'unique avant-dernier paragraphe, en une phrase : « [les éléments matériels] consistent en
la lettre missive incriminée, dont l'examen par la majorité des experts aussi bien que par nous et par les témoins qui l'ont vue, a
présenté, sauf dissemblances volontaires, une similitude complète avec l'écriture authentique du capitaine Dreyfus. ». Cette rareté
même sert à la charge : « c'est une preuve de culpabilité, car Dreyfus a tout fait disparaître ». Le manque complet de neutralité de
56
l'acte d'accusation conduit Émile Zola à le qualifier de « monument de partialité » .

Le 4 décembre, avec ce dossier, Dreyfus est renvoyé devant le premier Conseil de guerre. Le secret est levé et Me Demange peut
57
pour la première fois accéder au dossier. Après sa lecture, la confiance de l'avocat est absolue . L'accusation repose sur l'écriture
d'une pièce unique, le bordereau, à propos de laquelle les experts se contredisent, et sur de vagues témoignages indirects.

Le procès : « Le huis clos ou la guerre ! »

Pendant les deux mois précédant le procès, la presse se déchaîne. La Libre Parole, L'Autorité, Le Journal, Le Temps racontent
58
toute la vie de Dreyfus au travers de récits orientés par l'État-major . C'est aussi l'occasion pour La Libre Parole ou La Croix, de
59
justifier leurs campagnes préalables contre la présence de Juifs dans l'armée, sur le thème « On vous l'avait bien dit ! » . Cette
60
période longue est surtout le moyen pour l'état-major de préparer l'opinion et de faire pression indirectement sur les juges .
61
Ainsi le 8 novembre, le général Mercier va jusqu'à déclarer Dreyfus coupable dans une interview au Figaro . Lui réplique le 29
novembre un article d'Arthur Meyer dans Le Gaulois, dans lequel est condamné le réquisitoire fait contre Dreyfus et demandé :
62
« Quelle liberté restera-t-il au Conseil de Guerre appelé à juger ce prévenu ? » .

Des joutes d'éditorialistes ont lieu au sein d'un large débat à propos de la question du huis clos. Pour Ranc et Cassagnac qui
représentent la majorité de la presse, le huis clos est une manœuvre basse dans le but de permettre l'acquittement de Dreyfus,
« car le ministre est un lâche ». La preuve c'est « qu'il rampe devant les Prussiens » en acceptant de publier des démentis de
63
l'ambassadeur d'Allemagne à Paris . Mais pour d'autres journaux, comme L'Éclair du 13 décembre, « le huis clos est nécessaire
pour éviter un casus belli », alors que pour Judet dans Le Petit Journal du 18,
« le huis clos est notre refuge inexpugnable contre l'Allemagne » ou le chanoine
64
de La Croix du même jour, il faut « le huis clos le plus absolu » .
65
Le procès s'ouvre le 19 décembre à treize heures , le huis clos étant presque
immédiatement prononcé. Ce huis clos n'est d'ailleurs pas conforme
juridiquement puisque le commandant Picquart et le préfet Louis Lépine sont
présents à certaines audiences en violation du droit, mesure qui permet
néanmoins aux militaires de ne pas divulguer le contenu du dossier au grand
66 67
public et d'étouffer les débats . Les discussions de fond sur le bordereau
montrent que l'hypothèse que le capitaine Dreyfus en soit l'auteur rencontre de
68, 69
très nombreuses contradictions . D'autre part, l'accusé clame son innocence,
70
et se défend point par point . Ses déclarations sont appuyées par une dizaine de
témoignages à décharge. La question d'un mobile pécuniaire fut apportée dans le
dossier d'accusation, mais Dreyfus était aisé : alors qu'il était capitaine, il avait
des revenus personnels issus de l'héritage de son père et de la dot de sa femme
71
équivalents à ceux d'un général commandant de région . Il n'avait donc aucune
Une du Petit Journal du
raison pécuniaire de trahir. La justification par la judéité de Dreyfus, seule 23 décembre 1894.
retenue par la presse de droite, ne saurait pourtant l'être par un tribunal.

Alphonse Bertillon est présenté à la cour comme un savant de première importance. Il avance la théorie de l'autoforgerie à
l'occasion de ce procès et accuse Dreyfus d'avoir imité sa propre écriture, expliquant les différences graphiques par l'emploi
d'extraits de l'écriture de son frère Mathieu et de son épouse Lucie. Cette théorie, bien que considérée plus tard comme farfelue et
72
sidérante semble avoir un certain effet sur les juges. De plus, le commandant Hubert-Joseph Henry, adjoint du chef du SR et
73
découvreur du bordereau, fait une déclaration théâtrale en pleine audience. Il affirme qu'une suspicion de fuites existait depuis
le mois de février 1894 à propos d'une trahison à l'état-major et « qu'une personne honorable » accusait le capitaine Dreyfus. Il
74
jure sur l'honneur que le traître est Dreyfus, en désignant le crucifix accroché au mur du tribunal . Dreyfus sort de ses gonds et
exige d'être confronté à son accusateur anonyme, ce qui est refusé par l'état-major. L'incident a un effet incontestable sur la cour,
composée de sept officiers qui sont à la fois juges et jurés. Toutefois, l'issue du procès est incertaine. La conviction des juges a été
75
ébranlée par l'attitude ferme et les réponses logiques de l'accusé . Les juges partent délibérer. Mais l'état-major a encore une
carte en main pour faire pencher la balance définitivement contre Dreyfus.

Transmission d'un dossier secret aux magistrats

Les témoins militaires du procès alertent le commandement sur les risques d'acquittement. Dans cette éventualité, la Section de
statistiques avait préparé un dossier, contenant, en principe, quatre preuves « absolues » de la culpabilité du capitaine Dreyfus,
accompagnées d'une note explicative. Le contenu de ce dossier secret est incertain encore de nos jours, car aucune archive
76
dressant la liste des pièces ne nous est parvenue. Des recherches récentes indiquent l'existence d'une numérotation induisant
peut-être la présence d'une dizaine de documents. Parmi ceux-ci, des lettres à caractère érotico-homosexuel (Lettre Davignon
entre autres) posent la question des méthodes d'intoxication du Service de statistiques et de l'objet de ce choix documentaire.

Le dossier secret est remis au début du délibéré, en toute illégalité, au président du Conseil de guerre le colonel Émilien Maurel,
sur ordre du ministre de la Guerre, le général Mercier. En effet, en droit militaire français de l'époque, toutes les preuves de
culpabilité doivent être remises à la défense afin d'être débattues contradictoirement, ce qui n'était pas obligatoire pour la justice
77
ordinaire . Plus tard, au procès de Rennes de 1899, le général Mercier a expliqué que la nature même des pièces soumises
interdisait leur divulgation dans l'enceinte du tribunal. Ce dossier contenait, outre des lettres sans grand intérêt, dont certaines
78
étaient truquées , une pièce restée célèbre sous le nom de « Canaille de D… ».
C'était une lettre de l'attaché
militaire allemand, Max von
Schwartzkoppen à l'attaché
militaire italien Alessandro
Panizzardi interceptée par le
SR. La missive était censée
accuser définitivement Dreyfus,
puisque d'après ses accusateurs,
il était désigné par l'initiale de
79
son nom . En réalité, la
Section de statistiques savait
que la lettre ne pouvait pas être
attribuée à Dreyfus, et si elle le
fut, ce fut par intention
80 Alessandro Panizzardi, attaché
criminelle . Le colonel Maurel militaire italien, ami de
a affirmé au second procès Schwartzkoppen.
81
Dreyfus que les pièces
Max von Schwartzkoppen a toujours secrètes n'avaient pas servi à
affirmé n'avoir jamais connu Dreyfus. emporter l'adhésion des juges du Conseil de guerre. Mais il se contredit en
affirmant qu'il a lu un seul document, « ce qui fut suffisant ».

Condamnation, dégradation et déportation

Le 22 décembre, après plusieurs heures de délibération, le verdict tombe. À


l'unanimité des sept juges, Alfred Dreyfus est condamné pour intelligence avec
une puissance étrangère à la peine maximale applicable en vertu de l'article 76
du code pénal, la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée, c'est-à-dire
au bagne ainsi qu'à la destitution de son grade, et à la dégradation militaire.
Dreyfus n'est pas condamné à mort, celle-ci ayant été abolie pour les crimes
politiques depuis 1848.

Pour les autorités, la presse et le public, les quelques doutes d'avant procès sont
dissipés ; la culpabilité est certaine. À droite comme à gauche, on regrette
l'abolition de la peine de mort pour un tel crime. L'antisémitisme atteint des
sommets dans la presse et se manifeste dans des populations jusqu'à présent
82
épargnées . Jean Jaurès regrette la douceur de la peine dans une adresse à la
Chambre, et écrit : « un troupier vient d'être condamné à mort et exécuté pour
avoir lancé un bouton au visage de son caporal. Alors pourquoi laisser ce
misérable traître en vie ? » Clemenceau, dans La Justice, fait une remarque
83
similaire . Une du Petit Journal du
20 janvier 1895.
Le 31 décembre, le commandant du Paty se rend à la prison et propose à Dreyfus
84
un allégement de sa peine en échange de ses aveux, ce que le capitaine refuse .

Le 5 janvier 1895, la cérémonie de la dégradation se déroule dans la Cour Morlan de l'École militaire à Paris où quatre mille
soldats formés en carré entourent le « traître » tandis que 20 000 personnes s'amassent derrière les foules : alors que les tambours
roulent, Dreyfus est accompagné par quatre artilleurs qui l'amènent devant un huissier qui lui lit le jugement. Un adjudant de la
Garde républicaine lui arrache les insignes, les fines lanières d'or de ses galons, les parements des manches et de la veste. Les
témoins signalent la dignité de Dreyfus, qui continue de clamer son innocence tout en levant les bras : « Soldats, on dégrade un
86
86
innocent, soldats on déshonore un innocent. Vive la France ! Vive l'armée ! » .
L'adjudant brise le sabre du condamné sur son genou puis Dreyfus défile au
87
ralenti devant ses anciens compagnons . Un évènement, que l'on surnomme
88
« la légende des aveux » , s'est déroulé avant la dégradation. Dans le fourgon
qui l'amenait à l'École militaire, Dreyfus aurait confié sa traîtrise au capitaine
89
Lebrun-Renault . Il apparaît qu'en réalité, le capitaine de la Garde républicaine
5
s'était vanté et que Dreyfus n'avait fait aucun aveu . Du fait de la nature de
l'affaire, touchant à la sécurité nationale, le prisonnier est mis au secret dans une
cellule en attendant son transfert. Le 17 janvier, il est transféré au bagne de l'île
de Ré, où il est maintenu plus d'un mois. Il a le droit de voir sa femme deux fois
par semaine, dans une salle allongée, chacun à un bout, le directeur de la prison
90
au milieu .

La dégradation d'Alfred Dreyfus, le À la dernière minute, à l'initiative du général Mercier, un projet de loi est
5 janvier 1895. Dessin d'Henri Meyer transmis au conseil des ministres, rétablissant les îles du Salut en Guyane
en couverture du Petit Journal du
comme lieu de déportation en enceinte fortifiée, afin que Dreyfus ne soit pas
13 janvier 1895, légendé « Le 91
85 envoyé à Ducos, en Nouvelle-Calédonie . En effet, lors de la déportation de
traître » .
l'adjudant Lucien Châtelain, condamné pour intelligence avec l'ennemi en 1888,
notamment, les conditions de détentions à Ducos avaient été réputées trop
92
douces, lui ayant notamment permis de tenter une évasion . Émile Chautemps, nouveau ministre des Colonies depuis le 31
janvier 1895, demande peu de jours après sa nomination que le projet soit porté devant la Chambre. Le 8 février, sachant par
avance que la loi sera votée, il écrit au gouverneur de la Guyane, Camille Charvein, pour faire part des inquiétudes du
gouvernement, et des instructions que le gouverneur aura à appliquer lorsque Dreyfus sera sous sa responsabilité. Le 9 février, le
91
projet de loi est adopté par la Chambre, sans débat .

Le 21 février, Dreyfus embarque sur le vaisseau Ville-de-Saint-Nazaire. Le lendemain, le navire fait cap vers la Guyane.

Le 12 mars, après une traversée


pénible de quinze jours, le
navire mouille au large des îles
du Salut. Dreyfus reste un mois
au bagne de l'île Royale, puis il
est transféré à l'île du Diable le
14 avril. Avec ses gardiens, il
est le seul habitant de l'île,
logeant dans une case de pierre
93
de quatre mètres sur quatre .
Hanté par le risque de l'évasion,
La case de Dreyfus sur l'île du Diable
en Guyane. le commandant du bagne fait
vivre un enfer au condamné
alors que les conditions de vie
sont déjà très pénibles : la température atteint 45 °C, il est sous-alimenté ou
nourri de denrées frelatées, pratiquement pas soigné de ses nombreuses maladies
Une du Petit Journal du
tropicales. Dreyfus tombe malade, secoué par les fièvres qui s'aggravent d'année
94 27 septembre 1896.
en année .

Dreyfus est autorisé à écrire sur un papier numéroté et paraphé. Il subit la


censure du commandement de même que lorsqu'il reçoit du courrier de sa femme Lucie, par lequel ils s'encouragent
mutuellement. Le 6 septembre 1896, les conditions de vie d'Alfred Dreyfus s'aggravent encore : il est mis à la double boucle,
supplice obligeant le forçat à rester sur son lit, immobile, les chevilles entravées. Cette mesure est la conséquence de la fausse
information de son évasion, révélée par un journal anglais. Pendant deux longs mois, elle plonge Dreyfus dans un profond
95
désespoir. À ce moment, il est persuadé que sa vie s'achèvera sur cette île lointaine .

La vérité en marche (1895-1897)

La famille Dreyfus découvre l'affaire et agit


Mathieu Dreyfus, le frère aîné d'Alfred Dreyfus, est convaincu de l'innocence du condamné. Il est le premier artisan de la
réhabilitation de son frère, et passe tout son temps, toute son énergie et sa fortune à rassembler autour de lui un mouvement de
96
plus en plus puissant en vue de la révision du procès de décembre 1894, malgré les difficultés de la tâche : « Après la
dégradation, le vide se fit autour de nous. Il nous semblait que nous n'étions plus des êtres comme les autres, que nous étions
97
comme retranchés du monde des vivants » .

Mathieu essaie toutes les pistes, y compris les plus étonnantes. Ainsi, grâce au docteur Gibert, ami du président Félix Faure, il
98, 99
rencontre au Havre une femme qui, sous hypnose, lui parle pour la première fois d'un « dossier secret » . Le fait est confirmé
par le président de la République au docteur Gibert dans une conversation privée.
100
Petit à petit, malgré les menaces d'arrestation pour complicité, les filatures, les pièges tendus par les militaires , il réussit à
convaincre divers modérés. Ainsi, le journaliste libertaire Bernard Lazare se penche sur les zones d'ombre de la procédure. En
101
1896, Lazare publie à Bruxelles le premier opuscule dreyfusard . Cette publication n'a que peu d'influence sur le monde
politique et intellectuel, mais elle contient tant de détails que l'état-major suspecte le nouveau chef du SR, Picquart, d'en être
responsable.
102
La campagne en faveur de la révision, relayée petit à petit dans la presse de gauche antimilitariste , déclenche en retour une
vague d'antisémitisme très violente dans l'opinion. La France reste alors très majoritairement antidreyfusarde. Le commandant
Henry, à la Section de statistiques, est de son côté conscient de la fragilité du dossier d'accusation. À la demande de sa hiérarchie,
le général de Boisdeffre, chef d'état-major général, et le général Gonse, il est chargé de faire grossir le dossier afin d'éviter toute
tentative de révision. Incapable de trouver la moindre preuve, il décide d'en fabriquer une a posteriori.

La découverte du vrai coupable par Picquart, qui « passe à l'ennemi »


Le vrai coupable de la trahison est découvert par hasard de deux manières distinctes ; par Mathieu Dreyfus d'une part, en
recueillant la dénonciation du banquier Jacques de Castro, et par le SR d'autre part, à la suite d'une enquête. Le colonel Sandherr
étant tombé malade, le lieutenant-colonel Georges Picquart est affecté à la tête du SR en juillet 1895. En mars 1896, Picquart, qui
Note 9
avait suivi l'affaire Dreyfus dès son origine , exige désormais de recevoir directement les documents volés à l'ambassade
103
d'Allemagne, sans intermédiaire . Il y découvre un document surnommé le « petit bleu » : une carte télégramme destinée à être
envoyée via la réseau pneumatique de Paris, jamais envoyée, écrite par von Schwartzkoppen et interceptée à l'ambassade
104
d'Allemagne début mars 1896 . Celle-ci est adressée à un officier français, au commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, 27 rue
105
de la Bienfaisance, Paris . Par ailleurs, une autre lettre au crayon noir de von Schwartzkoppen démontre les mêmes relations
106
d'espionnage avec Esterhazy .

Mis en présence de lettres de cet officier, Picquart s'aperçoit avec stupéfaction que son écriture est exactement la même que celle
du « bordereau » qui a servi à incriminer Dreyfus. Il se procure le « dossier secret » remis aux juges en 1894, et devant sa vacuité,
acquiert la certitude de l'innocence de Dreyfus. Très ému par sa découverte, Picquart diligente une enquête en secret, sans l'accord
107
de ses supérieurs . Elle démontre qu'Esterhazy avait connaissance des éléments décrits par le « bordereau » et qu'il était bien en
108
contact avec l'ambassade d'Allemagne . Il est établi que l'officier vendait aux Prussiens de nombreux documents secrets dont la
109
valeur était cependant assez faible .
Ferdinand Walsin Esterhazy est un ancien membre du contre-espionnage
110
français , où il avait servi après la Guerre de 1870. Il avait travaillé dans le
111
même bureau que le commandant Henry de 1877 à 1880 . Homme à la
112
personnalité trouble, à la réputation sulfureuse , criblé de dettes, il est pour
Picquart un traître probable animé par un mobile certain : l'argent. Picquart
communique alors les résultats de son enquête à l'état-major, qui lui oppose
« l'autorité de la chose jugée ». Désormais, tout est fait pour l'évincer de son
poste, avec l'aide de son propre adjoint, le commandant Henry. Il s'agit avant
tout, dans les hautes sphères de l'Armée, de ne pas admettre que la condamnation
de Dreyfus puisse être une grave erreur judiciaire. Pour Mercier, puis Zurlinden,
113
et l'état-major, ce qui est fait est fait, on ne revient jamais en arrière . Il
convenait alors de séparer les affaires Dreyfus et Esterhazy.

La dénonciation de Walsin Esterhazy et les progrès


du dreyfusisme Le lieutenant-colonel Georges
Picquart en tenue de chasseurs
La presse nationaliste lance une violente campagne contre le noyau dur naissant d'Afrique.
des dreyfusards. En contre-attaquant, l'état-major se découvre et révèle des
114
informations, ignorées jusque-là, sur le « dossier secret » . Le doute
Note 10
commence à s'installer et des figures des milieux artistiques et politiques s'interrogent . Picquart tente de convaincre ses
chefs de réagir en faveur de Dreyfus, mais l'état-major semble sourd. Une enquête est instruite contre lui, il est surveillé, éloigné
115
dans l'Est, puis muté en Tunisie « dans l'intérêt du service » .

C'est le moment que choisit le commandant Henry pour passer à l'action. Le 1er novembre 1896, il fabrique un faux, le « faux
Note 11 Note 12
Henry » , en conservant l'entête et la signature d'une lettre quelconque de Panizzardi, en rédigeant lui-même le texte
central :

« J'ai lu qu'un député va interpeller sur Dreyfus. Si on demande à Rome nouvelles explications, je dirai que
jamais j'avais les relations avec ce Juif. C'est entendu. Si on vous demande, dites comme ça, car il ne faut pas
qu'on sache jamais personne ce qui est arrivé avec lui. »

C'est un faux assez grossier. Les généraux Gonse et Boisdeffre, sans se poser de questions, amènent cependant la lettre à leur
116
ministre le général Billot. Les doutes de l'État-Major concernant l'innocence de Dreyfus s'envolent . Fort de cette trouvaille,
117
l'état-major décide de protéger Esterhazy et de persécuter le colonel Picquart, « qui n'a rien compris ». Picquart, qui ignore
tout du faux Henry, se sent rapidement isolé de ses collègues militaires. Littéralement accusé de malversations par le commandant
118
Henry , il proteste par écrit et rentre à Paris.

Picquart se confie à son ami, l'avocat Louis Leblois, à qui il fait promettre le secret. Ce dernier en parle pourtant au vice-président
du Sénat, l'alsacien Auguste Scheurer-Kestner, lequel est à son tour touché par le doute. Sans citer Picquart, le sénateur révèle
l'affaire aux plus hautes personnalités du pays. Mais l'état-major soupçonne quand même Picquart d'être à l'origine des fuites.
119
C'est le début de l'affaire Picquart , une nouvelle conspiration de l'état-major contre l'officier.
120
Le commandant Henry, pourtant adjoint de Picquart, mais jaloux , mène de son propre chef une opération d'intoxication afin
de compromettre son supérieur. Il se livre à diverses malversations (fabrication d'une lettre le désignant comme l'instrument du
« syndicat juif » voulant faire évader Dreyfus, truquage du « petit bleu » pour faire croire que Picquart a effacé le nom du réel
destinataire, rédaction d'un courrier nommant Dreyfus en toutes lettres).
Parallèlement aux investigations du colonel Picquart, les défenseurs de Dreyfus sont informés de l'identité de l'écriture du
« bordereau » avec celle d'Esterhazy en novembre 1897. Mathieu Dreyfus avait fait afficher la reproduction du bordereau, publiée
par Le Figaro. Un banquier, Castro, identifie formellement cette écriture comme celle du commandant Walsin Esterhazy, son
débiteur, et prévient Mathieu. Le 11 novembre 1897, les deux pistes se rejoignent, à l'occasion d'une rencontre entre Scheurer-
Kestner et Mathieu Dreyfus. Ce dernier obtient enfin la confirmation du fait qu'Esterhazy est bien l'auteur du bordereau. Le 15
121
novembre, sur ces bases, Mathieu Dreyfus porte plainte auprès du ministère de la Guerre contre Walsin Esterhazy . La
polémique étant publique, l'armée n'a plus d'autre choix que d'ouvrir une enquête. Fin 1897, Picquart, revenu à Paris, fait
connaître publiquement ses doutes sur la culpabilité de Dreyfus, du fait de ses découvertes. La collusion destinée à éliminer
122
Picquart semble avoir échoué . La contestation est très forte et vire à l'affrontement. Afin de discréditer Picquart, Esterhazy
123
envoie sans effet des lettres de plainte au Président de la République .

Le mouvement dit dreyfusard, animé par Bernard Lazare, Mathieu Dreyfus,


124
Joseph Reinach et Auguste Scheurer-Kestner s'élargit . Émile Zola, informé
mi-novembre 1897 par Scheurer-Kestner du dossier, est convaincu de
Note 13
l'innocence de Dreyfus et s'engage officiellement . Le 25 novembre, le
romancier publie M. Scheurer-Kestner dans Le Figaro, premier article d'une
Note 14
série qui en compte trois . Devant les menaces de désabonnements massifs
125
de ses lecteurs, le directeur du journal cesse de soutenir Zola . De proche en
proche, fin novembre-début décembre 1897, les écrivains Octave Mirbeau, dont
126
le premier article paraît trois jours après celui de Zola , et Anatole France,
l'universitaire Lucien Lévy-Bruhl, le bibliothécaire de l'École normale supérieure
Lucien Herr, qui convainc Léon Blum et Jean Jaurès, les auteurs de La Revue
Note 15
blanche , dont Lazare connaît bien le directeur Thadée Natanson, les frères
Clemenceau Albert et Georges s'investissent dans le combat pour la révision du
procès. Blum tente fin novembre de faire signer à son ami Maurice Barrès une
pétition demandant la révision du procès, mais ce dernier refuse, rompt avec Émile Zola en 1898.

Zola et Blum début décembre, et commence à populariser le terme d'


127
« intellectuels » . Cette première rupture est le prélude à une division des
élites cultivées, après le 13 janvier.

Si l'Affaire Dreyfus occupe de plus en plus les discussions, le monde politique ne le reconnaît toujours pas, et Jules Méline
déclare en ouverture de séance de l'Assemblée nationale, le 7 décembre : « il n'y a pas d'affaire Dreyfus. Il n'y a pas en ce moment
128
et il ne peut pas y avoir d'affaire Dreyfus » .

Procès et acquittement du commandant Esterhazy


Le général de Pellieux est chargé d'effectuer une enquête. Celle-ci tourne court, l'enquêteur étant adroitement manipulé par l'état-
129
major. Le vrai coupable, lui dit-on, est le lieutenant-colonel Picquart . L'enquête s'achemine vers un non-lieu, quand l'ex-
maîtresse d'Esterhazy, Mme de Boulancy, fait publier dans Le Figaro des lettres dans lesquelles il exprimait violemment, une
dizaine d'années plus tôt, toute sa haine de la France et son mépris de l'Armée française. La presse militariste vole au secours du
traître au travers d'une campagne antisémite sans précédent. La presse dreyfusarde réplique, forte des nouveaux éléments en sa
possession. Georges Clemenceau, dans le journal L'Aurore, se demande :

« Qui protège le commandant Esterhazy ? La loi s'arrête, impuissante devant cet aspirant prussien déguisé en
officier français. Pourquoi ? Qui donc tremble devant Esterhazy ? Quel pouvoir occulte, quelles raisons
inavouables s'opposent à l'action de la justice ? Qui lui barre le chemin ? Pourquoi Esterhazy, personnage
dépravé à la moralité plus que douteuse, est-il protégé alors que tout l'accuse ? Pourquoi un honnête soldat
comme le lieutenant-colonel Picquart est-il discrédité, accablé, déshonoré ? S'il le faut nous le dirons ! »
Bien que protégé par l'état-major et donc par le gouvernement, Esterhazy est
obligé d'avouer la paternité des lettres francophobes publiées par Le Figaro. Ceci
décide le bureau de l'état-major à agir : une solution pour faire cesser les
questions, les doutes et les débuts de demande de justification doit être trouvée.
L'idée est d'exiger d'Esterhazy qu'il demande lui-même à passer en jugement et
être acquitté afin de faire cesser les bruits et de permettre le retour de l'ordre.
C'est donc pour le disculper définitivement, selon la vieille règle « Res judicata
Note 16
pro veritate habetur » , qu'Esterhazy est présenté le 10 janvier 1898
Note 17
devant un Conseil de guerre. Le huis clos « retardé » est prononcé.
Esterhazy est prévenu des sujets du lendemain avec des indications sur la ligne
de défense à tenir. Le procès est peu régulier : les constitutions de parties civiles
Note 18
demandées par Mathieu et Lucie Dreyfus leur sont refusées, les trois
experts en écritures ne reconnaissent pas l'écriture d'Esterhazy dans le bordereau
130
et concluent à la contrefaçon . L'accusé lui-même est applaudi, les témoins à
charge, hués et conspués, Pellieux intervenant pour défendre l'État-Major sans
Portrait de Georges Clemenceau par 131
le peintre Édouard Manet. qualité légale . Le véritable accusé est le colonel Picquart, sali par tous les
132
protagonistes militaires de l'Affaire . Esterhazy est acquitté à l'unanimité dès
133
le lendemain, après trois minutes de délibéré . Sous les vivats, il a du mal à se
frayer un chemin vers la sortie où l'attendent 1 500 personnes.

Par erreur, un innocent a été condamné, mais par ordre, le coupable est acquitté.
Pour beaucoup de républicains modérés, c'est une atteinte insupportable aux
valeurs fondamentales qu'ils défendent. L'acquittement d'Esterhazy amène donc
un changement de la stratégie dreyfusarde. Au libéralisme respectueux de
Scheurer-Kestner et Reinach, succède une action plus combative et
134
contestataire . En réaction à l'acquittement, d'importantes et violentes émeutes
antidreyfusardes et antisémites ont lieu dans toute la France. On attente aux
biens et aux personnes.

Fort de sa victoire, l'état-major arrête le lieutenant-colonel Picquart sous


l'accusation de violation du secret professionnel, à la suite de la divulgation de
son enquête à son avocat qui l'aurait révélée au sénateur Scheurer-Kestner. Le
colonel, bien qu'il soit mis aux arrêts au fort du Mont-Valérien, n'abdique pas et
s'engage de plus en plus dans l'Affaire. À Mathieu qui le remercie, il réplique
133
sèchement qu'il ne « fait que son devoir » . Le commandant Esterhazy est mis
rapidement à la réforme, et devant les risques qui pèsent à son égard, s'exile en
135
Angleterre où il termine ses jours confortablement dans les années 1920 .
Émeutes antisémites dans une
Esterhazy a bénéficié, au moment de « L'Affaire », d'un traitement de faveur de
gravure du Petit Parisien.
la part des hautes sphères de l'Armée qui s'explique par le désir de l'état-major
d'étouffer toute velléité de remise en cause du verdict du Conseil de guerre qui
avait condamné le capitaine Dreyfus en 1894.

L'affaire explose en 1898

« J'accuse…! » : l'affaire Dreyfus devient l'Affaire


Zola donne le 13 janvier 1898 une nouvelle dimension à l'affaire Dreyfus, qui devient l'Affaire. Premier grand intellectuel
dreyfusard, il est alors au sommet de sa gloire : les vingt volumes des Rougon-Macquart ont été diffusés dans des dizaines de
pays. C'est une sommité du monde littéraire, et en a pleinement conscience. Au général de Pellieux, il affirme pendant son
procès :

« Je demande au général de Pellieux s'il n'y a pas différentes façons de servir la France ? On peut la servir par
l'épée ou par la plume. M. le général de Pellieux a sans doute gagné de grandes victoires ! J'ai gagné les
miennes. Par mes œuvres, la langue française a été portée dans le monde entier. J'ai mes victoires ! Je lègue à
136
la postérité le nom du général de Pellieux et celui d'Émile Zola : elle choisira !»

Scandalisé par l'acquittement d'Esterhazy, Zola décide de frapper un coup. Il publie en première page de L'Aurore, un article de
4 500 mots sur six colonnes à la une, en forme de lettre ouverte au président Félix Faure. Clemenceau trouve le titre :
« J'Accuse…! ». Vendu habituellement à trente mille exemplaires, le journal diffuse ce jour-là près de trois cent mille copies. Cet
article fait l'effet d'une bombe. Le papier est une attaque directe, explicite et nominale. Tous ceux qui ont comploté contre
Dreyfus sont dénoncés, y compris le ministre de la Guerre, l'état-major. L'article comporte de nombreuses erreurs, majorant ou
Note 19 137
minorant les rôles de tel ou tel acteur , mais Zola n'a pas prétendu faire œuvre d'historien .
138
« J'accuse…! » apporte pour la première fois la réunion de toutes les données existantes sur l'Affaire . Le but de Zola est de
s'exposer volontairement afin de forcer les autorités à le traduire en justice. Son procès servirait d'occasion pour un nouvel
examen public des cas Dreyfus et Esterhazy. Il va ici à l'encontre de la stratégie de Scheurer-Kestner et Lazare, qui prônaient la
139
patience et la réflexion . Devant le succès national et international de ce coup d'éclat, le procès est inévitable. À partir de ce
moment critique, l'Affaire suit deux voies parallèles. D'une part, l'État utilise son appareil pour imposer la limitation du procès à
une simple affaire de diffamation, afin de le dissocier des cas Dreyfus et Esterhazy, déjà jugés. D'autre part, les conflits d'opinion
tentent de peser sur les juges ou le gouvernement, pour obtenir les uns la révision et les autres la condamnation de Zola. Mais
l'objectif du romancier est atteint : l'ouverture d'un débat public aux assises.
140
Le 15 janvier, Le Temps publie une pétition réclamant la révision du procès . Y figurent les noms d'Émile Zola, Anatole
France, le directeur de l'Institut Pasteur Émile Duclaux, Daniel Halévy, Fernand Gregh, Félix Fénéon, Marcel Proust, Lucien
Herr, Charles Andler, Victor Bérard, François Simiand, Georges Sorel, puis le peintre Claude Monet, l'écrivain Jules Renard, le
sociologue Émile Durkheim, l'historien Gabriel Monod, etc.

Le 20 janvier, à la suite d'une intervention à la Chambre des députés de l'élu catholique Albert de Mun contre Zola, celle-ci
141
décide les poursuites par 312 voix contre 122 . Dans L'Aurore du 23 janvier, Clemenceau, au nom d'une « pacifique révolte de
l'esprit français », reprend positivement le terme d'« intellectuels ». Le 1er février, Barrès fustige ceux-ci dans le Journal. L'anti-
intellectualisme devient un thème majeur des intellectuels de droite, qui reprochent aux dreyfusards de réfléchir au-delà des
intérêts de la nation, argument qui se retrouve tout au long des années qui suivent, et qui constitue le fond du débat public : la
142
préférence entre Justice et Vérité ou défense de la nation, préservation sociale et raison supérieure de l'État . Cette mobilisation
des intellectuels ne se double pas dans un premier temps de celle de la gauche politique : le 19 janvier, les députés socialistes
prennent leurs distances face aux « deux factions bourgeoises rivales ».

Les procès Zola


Le général Billot, ministre de la Guerre, porte plainte contre Zola et Alexandre Perrenx, le gérant de L'Aurore, qui passent devant
les Assises de la Seine du 7 au 23 février 1898. La diffamation envers une autorité publique est alors passible des Assises, alors
que l'injure publique proférée par la presse nationaliste et antisémite n'amène que très peu de poursuites, et surtout quasiment
143
aucune condamnation. Le ministre ne retient que trois passages de l'article , soit dix-huit lignes sur plusieurs centaines. Il est
144
reproché à Zola d'avoir écrit que le Conseil de guerre avait commis une « illégalité […] par ordre » . Le procès s'ouvre dans
145 146
une ambiance de grande violence : Zola fait l'objet d'insultes (« italianasse » , émigré, apatride ), tout comme d'importants
Note 20
soutiens et félicitations .
Fernand Labori, l'avocat de
Zola, fait citer environ deux
cents témoins. La réalité de
l'Affaire Dreyfus, inconnue du
grand public, est diffusée dans
la presse. Plusieurs journaux,
dont Le Siècle d'Yves Guyot,
Photographie anthropométrique autre militant dreyfusard, et
d'Émile Zola au moment de ses L'Aurore, publient les notes Zola aux outrages, huile sur toile de
procès. sténographiques in extenso des Henry de Groux, 1898.
débats au jour le jour, ce qui
édifie la population. Celles-ci
constituent pour les dreyfusards un outil primordial pour les débats postérieurs. Cependant, les nationalistes, derrière Henri
Rochefort, sont alors les plus visibles et organisent des émeutes, forçant le préfet de police à intervenir afin de protéger les sorties
147 148
de Zola , à chaque audience .
149
Ce procès est aussi le lieu d'une véritable bataille juridique, dans laquelle les droits de la défense sont sans cesse bafoués . De
nombreux observateurs prennent conscience de la collusion entre le monde politique et les militaires. À l'évidence, la Cour a reçu
des instructions pour que la substance même de l'erreur judiciaire ne soit pas évoquée. Le président Delegorgue prétextant
l'allongement de durée des audiences, jongle sans cesse avec le droit pour que le procès ne traite que de la diffamation reprochée
150
à Zola. Sa phrase « la question ne sera pas posée », répétée des dizaines de fois , devient célèbre.

Exemple d'un échange entre Fernand Labori, avocat de la défense et le président de la Cour d'assise
Delegorgue
« Me Labori. — Je vous demande pardon, monsieur le Président, d'intervenir, mais il serait intéressant
d'entendre MM. Couard, Belhomme et Varinard.
M. Le président. — Non, non ; j'ai dit …
Me Labori. — Mais j'ai une question à poser.
M. Le président. — Vous ne la poserez pas.
Me Labori. — J'insiste, monsieur le Président.
M. Le président. — Je vous dis que vous ne la poserez pas.
Me Labori. — Oh ! Monsieur le Président ! Il est intéressant…
M. Le président. — C'est inutile de crier si fort.
Me Labori. — Je crie parce que j'ai besoin de me faire entendre.
M. Le président. — La question ne sera pas posée.
Me Labori. — Permettez, vous dites cela ; mais je dis que je veux la poser.
M. Le président. — Eh bien ! Je dis que non, et c'est une affaire entendue ! Le Président doit écarter du débat
tout ce qui peut allonger les débats sans aucune utilité ; c'est mon droit de le faire.
Me Labori. — Vous ne connaissez pas la question ; vous ne savez pas quelle est la question.
M. Le président. — Je sais parfaitement ce que vous allez demander.
Me Labori. — Eh bien, je dépose des conclusions pour avoir un arrêt de la Cour sur ce point.
M. Le président. — Toutes les conclusions que vous voudrez.
Me Labori. — Si vous croyez que cela va raccourcir les débats, vous vous trompez.
M. Le président. — Eh bien nous statuerons sur les conclusions pendant la suspension d'audience.
(À l'huissier audiencier) Un autre témoin.
(M. Auguste Molinier se présente à la barre et prête serment.)
M. Le président au greffier. — Le témoin est-il cité régulièrement ?
M. le greffier. — Oui monsieur le Président.
M. Le président. — Quelle est la question Maître Labori ?
Me Labori. — Je vous demande pardon, je rédige des conclusions, et je considère qu'il est absolument
indispensable que la déposition de M. Paul Meyer et les incidents qu'elle comporte comme discussions soient
finis avant la déposition du nouveau témoin. Je n'ai besoin que de deux minutes ; je demande
respectueusement que vous me les accordiez et j'interrogerai ensuite le témoin.
M. Le président. — Mais le témoin vient de prêter serment ; il faut absolument qu'on l'interroge maintenant.
Me Clemenceau. — C'est une question de deux minutes.
M. Le président. — Mais posez donc votre question dès maintenant ; c'est inutile de perdre notre temps.
Me Labori. — Je crois que l'audition de MM. Couard, Belhomme et Varinard est indispensable à la
manifestation de la vérité et je tiens à ce que le refus de l'ordonner soit constaté avant que le témoin dépose :
je considère cela comme indispensable au point de vue de la défense.
(M. le Président feuillette le Code d'instruction criminelle.)
M. Le président à M. A. Molinier. — Monsieur, voulez-vous vous retirer s'il vous plaît.
(À l'huissier audiencier.) Voulez-vous faire retirer le témoin, s'il vous plaît.
151
(Me Labori rédige ses conclusions.) .»

Zola est condamné à un an de prison et à 3 000 francs d'amende, la peine maximale. Octave Mirbeau paie de sa poche les
152
7 525 francs, représentant le montant de l'amende et des frais de justice, le 8 août 1898 . La dureté du verdict est imputable à
l'atmosphère de violence entourant le procès : « La surexcitation de l'auditoire, l'exaspération de la foule massée devant le palais
153
de Justice étaient si violentes qu'on pouvait redouter les excès les plus graves si le jury avait acquitté M. Zola » . Cependant, le
154
procès Zola est plutôt une victoire pour les dreyfusards . En effet, l'Affaire et ses contradictions ont pu être largement évoquées
tout au long du procès, en particulier par des militaires. De plus, la violence des attaques contre Zola, et l'injustice de sa
condamnation renforcent l'engagement des dreyfusards : Stéphane Mallarmé se déclare « pénétré par la sublimité de [l']Acte [de
155
Zola] » et Jules Renard écrit dans son journal : « À partir de ce soir, je tiens à la République, qui m'inspire un respect, une
tendresse que je ne me connaissais pas. Je déclare que le mot Justice est le plus beau de la langue des hommes, et qu'il faut
156
pleurer si les hommes ne le comprennent plus » . Le sénateur Ludovic Trarieux et le juriste catholique Paul Viollet fondent la
Ligue pour la défense des droits de l'homme. Plus encore que l'affaire Dreyfus, l'affaire Zola opère un regroupement des forces
intellectuelles en deux camps opposés.

Le 2 avril, une demande de pourvoi en cassation reçoit une réponse favorable. Il s'agit de la première intervention de la Cour dans
cette affaire judiciaire. La plainte aurait en effet dû être portée par le Conseil de guerre et non par le ministre. Le procureur
général Manau est favorable à la révision du procès Dreyfus et s'oppose fermement aux antisémites. Les juges du Conseil de
guerre, mis en cause par Zola, portent plainte pour diffamation. L'affaire est déférée devant les assises de Seine-et-Oise à
Versailles où le public passe pour être plus favorable à l'Armée, plus nationaliste. Le 23 mai 1898, dès la première audience, Me
Labori se pourvoit en cassation en raison du changement de juridiction. Le procès est ajourné et les débats sont repoussés au
18 juillet. Labori conseille à Zola de quitter la France pour l'Angleterre avant la fin du procès, ce que fait l'écrivain, en partant
seul pour un exil d'un an en Angleterre. Les accusés sont de nouveau condamnés. Quant au colonel Picquart, il se retrouve à
nouveau en prison.

Henry démasqué, l'Affaire rebondit


L'acquittement d'Esterhazy, les condamnations d'Émile Zola et de Georges Picquart, et la présence continue d'un innocent au
157
bagne, ont un retentissement national et international considérable. La France expose un arbitraire étatique contredisant les
principes républicains fondateurs. L'antisémitisme fait des progrès considérables, et les émeutes sont courantes pendant toute
l'année 1898. Cependant, les hommes politiques en restent encore au déni de l'Affaire. En avril et mai 1898, ils sont surtout
158
préoccupés par les élections législatives, après lesquelles Jaurès perd son siège de député de Carmaux . La majorité reste
modérée, et un groupe parlementaire antisémite apparaît à la Chambre. Cependant, la cause dreyfusarde est relancée.
En effet, Godefroy Cavaignac,
nouveau ministre de la Guerre
et anti-révisionniste farouche,
veut démontrer définitivement
la culpabilité de Dreyfus, en
« tordant le cou » au passage à
Esterhazy, qu'il tient pour « un
mythomane et un maître
159
chanteur » . Il est absolument
convaincu de la culpabilité de
Dreyfus, renforcé dans cette
idée par la légende des aveux,
après avoir rencontré le
principal témoin, le capitaine
160
Lebrun-Renault . Cavaignac
a l'honnêteté d'un doctrinaire
161
intransigeant , mais ne
Portrait de Godefroy Cavaignac,
connaît absolument pas les Photographie du faux Henry. L'entête
ministre de la Guerre.
dessous de l'Affaire, que l'État- (mon cher ami) et la signature
(Alexandrine) sont de Panizzardi
Major s'est gardé de lui
(quadrillage). Le reste est de la main
enseigner. Il avait eu la surprise d'apprendre que l'ensemble des pièces sur
d'Henry.
lesquelles l'accusation se basait n'avaient pas été expertisées, Boisdeffre ayant
« une confiance absolue » en Henry. Il décide d'enquêter lui-même, dans son
162
bureau avec ses adjoints, et rapatrie le dossier secret qui compte alors 365 pièces .

Le 7 juillet 1898, lors d'une interpellation à la Chambre, Cavaignac fait état de trois pièces « accablantes, entre mille », dont deux
163
n'ont aucun rapport avec l'Affaire, et l'autre est le faux d'Henry . Le discours de Cavaignac est efficace : les députés
l'ovationnent et votent l'affichage du discours avec la reproduction des trois preuves dans les 36 000 communes de France à
164
572 voix . Les antidreyfusards triomphent, mais Cavaignac a reconnu implicitement que la défense de Dreyfus n'avait pas eu
accès à toutes les preuves : la demande en annulation formulée par Lucie Dreyfus devient recevable. Le lendemain, le colonel
Picquart déclare dans Le Temps au président du Conseil : « Je suis en état d'établir devant toute juridiction compétente que les
deux pièces portant la date de 1894 ne sauraient s'appliquer à Dreyfus et que celle qui portait la date de 1896 avait tous les
caractères d'un faux. », ce qui lui vaut onze mois de prison.

Le 13 août au soir, le capitaine Cuignet, attaché au cabinet de Cavaignac, qui travaille à la lumière d'une lampe, observe que la
couleur du léger quadrillage du papier de l'entête et du bas de page ne correspondent pas avec la partie centrale. Cavaignac tente
165 166
encore de trouver des raisons logiques à la culpabilité et la condamnation de Dreyfus mais ne tait pas sa découverte . Un
conseil d'enquête est formé pour enquêter sur Esterhazy, devant lequel celui-ci panique et avoue ses rapports secrets avec le
commandant du Paty de Clam. La collusion entre l'État-Major et le traître est révélée. Le 30 août, Cavaignac se résigne à
demander des explications au colonel Henry, en présence de Boisdeffre et Gonse. Après une heure d'interrogatoire mené par le
167
ministre lui-même, Henry s'effondre et fait des aveux complets . Il est placé aux arrêts de forteresse au Mont-Valérien et se
168, 169
suicide le lendemain en se tranchant la gorge avec un rasoir. La demande de révision déposée par Lucie Dreyfus ne peut
170
plus être repoussée. Pourtant, Cavaignac affirme : « moins que jamais ! » , mais le président du Conseil, Henri Brisson, le force
à démissionner. Malgré son rôle, apparemment totalement involontaire, dans la révision du procès de 1894, il reste un
171
antidreyfusard convaincu et fait une intervention méprisante et blessante envers Dreyfus au procès de Rennes .
Les antirévisionnistes ne se considèrent pas comme battus. Le 6 septembre,
Charles Maurras publie un éloge d'Henry dans La Gazette de France, qu'il
172
qualifie de « serviteur héroïque des grands intérêts de l'État » . La Libre
Parole, journal antisémite de Drumont, propage la notion de « faux patriotique ».
Le même journal lance en décembre une souscription au profit de sa veuve, afin
d'ériger un monument à la gloire d'Henry. Chaque donation est accompagnée de
remarques lapidaires sur Dreyfus et les dreyfusards, souvent injurieuses.
173 174
14 000 souscripteurs , dont 53 députés, envoient 131 000 francs . Le
3 septembre 1898, le président du Conseil, Brisson, incite Mathieu Dreyfus à
déposer une demande en révision du Conseil de guerre de 1894. Le
gouvernement transfère le dossier à la Cour de cassation, pour avis sur les quatre
années de procédures passées.

La France est réellement divisée en deux, mais aucune généralisation n'est


possible : la communauté juive s'engage peu, les intellectuels ne sont pas tous
Note 21 Un dîner en famille, dessin de Caran
dreyfusards , les protestants sont partagés, des marxistes refusent de d'Ache dans le Figaro du
175
soutenir Dreyfus . Le clivage transcende les religions et milieux sociaux, 14 février 1898.
comme l'illustre la célèbre caricature de Caran d'Ache Un dîner en famille.

Crise et recomposition du paysage politique


Henry est mort, Boisdeffre a démissionné, Gonse n'a plus aucune autorité et du Paty a été très gravement compromis par
176
Esterhazy : pour les conjurés, c'est la débâcle . Le gouvernement est désormais pris entre deux feux : la loi et le droit contre la
pression nationaliste de la rue et du commandement supérieur qui se reprend. Cavaignac, démis pour avoir continué à répandre sa
vision antidreyfusarde de l'Affaire, se pose en chef de file antirévisionniste. Le général Zurlinden qui lui succède, influencé par
l'état-major, rend un avis négatif à la révision le 10 septembre, conforté par la presse extrémiste pour laquelle, « la révision, c'est
la guerre ». L'obstination du gouvernement, qui vote le recours à la Cour de cassation le 26 septembre, amène la démission de
177
Zurlinden, remplacé aussitôt par le général Chanoine . Celui-ci, lors d'une interpellation à la Chambre, donne sa démission, la
confiance étant refusée à Brisson, contraint lui aussi à la démission. L'instabilité ministérielle entraîne une certaine instabilité
gouvernementale.

Le 1er novembre, le progressiste Charles Dupuy est nommé à la place de Brisson. En 1894, il avait couvert les agissements du
178
général Mercier aux débuts de l'affaire Dreyfus ; quatre ans plus tard, il annonce qu'il suivra les arrêts de la Cour de cassation,
179
barrant la route à ceux qui veulent étouffer la révision et dessaisir la Cour . Le 5 décembre, à la faveur d'un débat à la Chambre
sur la transmission du « dossier secret » à la Cour de cassation, la tension monte encore d'un cran. Les injures, invectives et autres
violences nationalistes font place aux menaces de soulèvement. Paul Déroulède déclare : « S'il faut faire la guerre civile, nous la
180
ferons » .

Une nouvelle crise survient au sein même de la Cour de cassation, dès lors que Quesnay de Beaurepaire, président de la chambre
civile, accuse la chambre criminelle de dreyfusisme par voie de presse. Il démissionne le 8 janvier 1899 en héros de la cause
nationaliste. Cette crise aboutit au dessaisissement de la chambre criminelle au profit des chambres réunies. C'est le blocage de la
181
révision .

En 1899, l'Affaire occupe de plus en plus la scène politique. Le 16 février 1899, le président de la République Félix Faure
182
meurt . Émile Loubet est élu, une avancée pour la cause de la révision, le précédent président en étant un farouche opposant.
Le 23 février, à la faveur des funérailles de Félix Faure, Déroulède tente un coup de force sur l'Élysée. C'est un échec, les
militaires ne se ralliant pas. Le 4 juin, Loubet est agressé sur le champ de course de Longchamp. Ces provocations, auxquelles
s'ajoutent les manifestations permanentes de l'extrême-droite, bien qu'elles ne mettent jamais réellement la République en danger,
créent un sursaut républicain qui conduit à la formation d'un « gouvernement de défense républicaine » autour de Waldeck-
Rousseau le 22 juin. Les républicains progressistes antidreyfusards, tel Méline, sont rejetés à droite. L'affaire Dreyfus a conduit à
une recomposition claire du paysage politique français.

La cassation du jugement de 1894


La Cour de cassation examine l'affaire, dans un contexte de campagnes de presse
à l'encontre de la chambre criminelle, les magistrats étant constamment traînés
183
dans la boue dans les journaux nationalistes depuis le scandale de Panama .
Le 26 septembre 1898, après un vote du Cabinet, le garde des Sceaux saisit la
Cour de cassation. Le 29 octobre, à l'issue de la communication du rapport du
rapporteur Alphonse Bard, la chambre criminelle de la Cour déclare « la
demande recevable et dit qu'il sera procédé par elle à une instruction
184
supplémentaire » .

Le rapporteur Louis Loew préside. Il est l'objet d'une très violente campagne
d'injures antisémites, alors qu'il est protestant alsacien, accusé d'être un
déserteur, un vendu aux Prussiens. Malgré les silences complaisants de Mercier,
Billot, Zurlinden et Roget qui se retranchent derrière l'autorité de la chose jugée
et le secret d'État, la compréhension de l'Affaire augmente. Cavaignac fait une
déposition de deux jours, mais ne parvient pas à démontrer la culpabilité de
Dreyfus. Au contraire, il le disculpe involontairement par une démonstration de
117
la datation exacte du bordereau (août 1894) .
Les magistrats de la chambre
criminelle dans Le Petit Journal. Puis Picquart démontre l'ensemble des rouages de l'erreur puis de la
185
conspiration . Dans une décision du 8 décembre 1898, Picquart est écarté du
186
Conseil de guerre par la chambre criminelle . C'est un nouvel obstacle aux
volontés de l'état-major. Une nouvelle campagne de presse furieusement antisémite éclate à l'occasion de cet événement, alors
187
que L'Aurore du 29 octobre titre « Victoire » dans les mêmes caractères que « J'Accuse…! » . Le travail d'enquête est tout de
188
même repris par la chambre criminelle . Le « dossier secret » est analysé à partir du 30 décembre, et la chambre demande la
communication du dossier diplomatique, ce qui est accordé.

Le 9 février, la chambre criminelle rend son rapport en mettant en exergue deux faits majeurs : il est certain qu'Esterhazy a utilisé
Note 22
le même papier pelure que le bordereau et le dossier secret est totalement vide. Ces deux faits majeurs anéantissent toutes
les procédures à l'encontre d'Alfred Dreyfus à eux seuls. Mais parallèlement, pour faire suite à l'incident de Beaurepaire, le
président Mazeau instruit une enquête sur la chambre criminelle, qui aboutit au dessaisissement de celle-ci « afin de ne pas la
laisser porter seule toute la responsabilité de la sentence définitive », ce qui prive la chambre criminelle de la poursuite des
actions qui découleraient de son rapport.

Le 28 février, Waldeck-Rousseau s'exprime au Sénat sur le fond et dénonce la « conspiration morale » au sein du gouvernement
et dans la rue. La révision n'est plus évitable. Le 1er mars 1899, le nouveau président de la chambre civile de la Cour de cassation,
Alexis Ballot-Beaupré est nommé rapporteur pour l'examen de la demande de révision. Il aborde le dossier en juriste et décide
d'un supplément d'enquête. Dix témoins complémentaires sont interrogés, lesquels affaiblissent encore la version de l'état-major.
Dans le débat final et par un modèle d'objectivité, le président Ballot-Beaupré démontre l'inanité du bordereau, la seule charge
contre Dreyfus. Le procureur Manau abonde dans le sens du président. Me Mornard qui représente Lucie Dreyfus plaide sans
189
aucune difficulté ni opposition du parquet .

190
190
Le 3 juin 1899, les chambres réunies de la Cour de cassation cassent le jugement de 1894 en audience solennelle . L'affaire est
renvoyée devant le Conseil de guerre de Rennes. Les conséquences sont immédiates : Zola, exilé en Angleterre, revient en
France, Picquart est libéré, Mercier est accusé de communication illégale de pièces. Par cet arrêt, la Cour de cassation s'impose
191
comme une véritable autorité, capable de tenir tête à l'armée et au pouvoir politique . Pour de nombreux dreyfusards, cette
décision de justice est l'antichambre de l'acquittement du capitaine ; ils oublient de considérer que c'est de nouveau l'armée qui le
juge. La Cour, en cassant avec renvoi, a cru en l'autonomie juridique du Conseil de guerre sans prendre en compte les lois de
192
l'esprit de corps .

Le procès de Rennes 1899

Déroulement du procès
Le prisonnier n'est en rien au
courant des événements qui se
déroulent à des milliers de
kilomètres de lui. Ni des
complots ourdis pour que
jamais il ne puisse revenir, ni de
l'engagement d'innombrables
honnêtes hommes et femmes à
Port Haliguen à Quiberon où Dreyfus sa cause. L'administration
débarque en juin 1899. pénitentiaire filtre les
informations qu'elle jugeait
confidentielles. À la fin de
l'année 1898, il apprend avec stupéfaction la dimension réelle de l'Affaire, dont il
ne sait rien : l'accusation de son frère contre Esterhazy, l'acquittement du traître,
l'aveu et le suicide d'Henry, ceci à la lecture du dossier d'enquêtes de la Cour de
193
cassation qu'il reçoit deux mois après sa publication . Le 5 juin 1899, Alfred
Dreyfus est prévenu de la décision de cassation du jugement de 1894. Le 9 juin, Arrêt de la cour de cassation, affiché
dans toutes les communes de
il quitte l'île du Diable, cap vers la France, enfermé dans une cabine comme un
France à partir du 5 juin 1899.
coupable qu'il n'est pourtant plus. Il débarque le 30 juin à Port-Haliguen, sur la
presqu'île de Quiberon, dans le plus grand secret, « par une rentrée clandestine et
194
nocturne ». Après cinq années de martyre, il retrouve le sol natal, mais il est immédiatement enfermé dès le 1er juillet à la
prison militaire de Rennes. Il est déféré le 7 août devant le Conseil de guerre de la capitale bretonne, dans le lycée de Rennes
(aujourd'hui lycée Émile-Zola).

Le général Mercier, champion des antidreyfusards, intervient constamment dans la presse, pour réaffirmer l'exactitude du premier
jugement : Dreyfus est bien le coupable. Mais immédiatement, des dissensions se font jour dans la défense de Dreyfus. Ses deux
avocats sont en effet sur des stratégies opposées. Me Demange souhaite se tenir sur la défensive et obtenir simplement
l'acquittement de Dreyfus. Me Labori, brillant avocat de 35 ans, offensif, cherche à frapper plus haut ; il veut la défaite de l'état-
major, son humiliation publique. Mathieu Dreyfus a imaginé une complémentarité entre les deux avocats. Le déroulement du
procès montre l'erreur, dont va se servir l'accusation, devant une défense si affaiblie.
195
Le procès s'ouvre le 7 août 1899 dans un climat de tension extrême. Rennes est en état de siège . Les juges du Conseil de
guerre sont sous pression. Esterhazy, qui a avoué la paternité du bordereau, en exil en Angleterre, et du Paty, se sont fait excuser.
Note 23
Dreyfus apparaît, l'émotion est forte. Son apparence physique bouleverse ses partisans et certains de ses adversaires .
196
Malgré sa condition physique dégradée, il a une maîtrise complète du dossier, acquise en seulement quelques semaines . Tout
l'état-major témoigne contre
Dreyfus sans apporter aucune
preuve. On ne fait que s'entêter
et on considère comme nuls les
aveux d'Henry et d'Esterhazy.
Le procès tend même à déraper,
dans la mesure où les décisions
de la Cour de cassation ne sont
pas prises en compte. On
Le procès d'Alfred Dreyfus au discute notamment du
Conseil de guerre de Rennes.
bordereau, alors que la preuve a
été apportée de la culpabilité
d'Esterhazy. Pourtant, Mercier se fait huer à la sortie de l'audience. La presse
nationaliste et antidreyfusarde se perd en conjectures sur son silence à propos de
la « preuve décisive » (le pseudo bordereau annoté par le Kaiser, dont personne La défense de Dreyfus à Rennes :
ne verra jamais aucune preuve), dont il n'avait cessé de faire état avant le procès. Edgar Demange et Fernand Labori.

Le 14 août, Me Labori est victime d'un attentat sur son parcours vers le tribunal.
Il se fait tirer dans le dos par un extrémiste qui s'enfuit et ne sera jamais retrouvé. L'avocat est écarté des débats pendant plus
d'une semaine, au moment décisif de l'interrogatoire des témoins. Le 22 août, son état s'étant amélioré, il est de retour. Les
incidents entre les deux avocats de Dreyfus se multiplient, Labori reprochant à Demange sa trop grande prudence. Le
gouvernement, devant le raidissement militaire du procès, pouvait agir encore de deux manières pour infléchir les événements ;
197
en faisant appel à un témoignage de l'Allemagne ou par l'abandon de l'accusation . Mais ces tractations en arrière-plan sont
sans résultats. L'ambassade d'Allemagne adresse un refus poli au gouvernement. Le ministre de la guerre, le général Gaston de
Galliffet, fait envoyer un mot respectueux au commandant Louis Carrière, commissaire du gouvernement. Il lui demande de
rester dans l'esprit de l'arrêt de révision de la Cour de cassation. L'officier feint de ne pas comprendre l'allusion et aidé de l'avocat
nationaliste Auffray, âme véritable de l'accusation, il fait un réquisitoire contre Dreyfus. Du côté de la défense, il faut prendre une
décision, car l'issue du procès s'annonce mal, malgré l'évidence de l'absence de charges contre l'accusé. Au nom du président du
Conseil, Waldeck-Rousseau, aidé de Jaurès et Zola, Me Labori est convaincu de renoncer à sa plaidoirie pour ne pas heurter
l'armée. On décide de jouer la conciliation en échange de l'acquittement que semble promettre le gouvernement. Mais c'est un
198
nouveau jeu de dupes . Me Demange, seul et sans illusions, assure la défense de Dreyfus, dans une atmosphère tendue.

À Paris, les agitateurs antisémites et nationalistes d'Auteuil sont arrêtés. Jules Guérin et ceux qui se sont enfuis et retranchés dans
le Fort Chabrol sont assaillis par la police. Accusés de complot, plusieurs meneurs et militants antidreyfusards comparaissent
devant la Haute Cour.

Nouvelle condamnation
Le 9 septembre 1899, la Cour rend son verdict : Dreyfus est reconnu coupable de trahison mais « avec circonstances atténuantes »
(par 5 voix contre 2), condamné à dix ans de réclusion et à une nouvelle dégradation. Contrairement aux apparences, ce verdict
est au bord de l'acquittement à une voix près. Le code de justice militaire prévoyait en effet le principe de minorité de faveur à
199 200
trois voix contre quatre . Ce verdict absurde a les apparences d'un aveu coupable des membres du Conseil de guerre. Ils
semblent ne pas vouloir renier la décision de 1894, et savent bien que le dossier ne repose que sur du vent. Mais on peut aussi
interpréter cette décision comme un verdict habile, car les juges, tout en ménageant leurs pairs ainsi que les modérés angoissés
par les risques de guerre civile, reconnaissent implicitement l'innocence de Dreyfus (peut-on trahir avec des circonstances
201
atténuantes ?) .
Le lendemain du verdict, Alfred Dreyfus, après avoir beaucoup hésité, dépose un
pourvoi en révision. Waldeck-Rousseau, dans une position difficile, aborde pour
la première fois la grâce. Pour Dreyfus, c'est accepter la culpabilité. Mais à bout
de force, éloigné des siens depuis trop longtemps, il accepte. Le décret est signé
le 19 septembre et il est libéré le 21 septembre 1899. Nombreux sont les
dreyfusards frustrés par cet acte final. L'opinion publique accueille cette
conclusion de manière indifférente. La France aspire à la paix civile et à la
concorde à la veille de l'exposition universelle de 1900 [réf. nécessaire] et avant le
grand combat que la République s'apprête à mener pour la liberté des
associations.

C'est dans cet esprit que le


17 novembre 1899, Waldeck-
Rousseau dépose une loi
Nouvelle condamnation pour Alfred
d'amnistie couvrant « tous les
Dreyfus.
faits criminels ou délictueux
connexes à l'Affaire Dreyfus ou
ayant été compris dans une poursuite relative à l'un de ces faits ». Les
dreyfusards s'insurgent, ils ne peuvent accepter que les véritables coupables
soient absous de leurs crimes d'État, alors même que Zola et Picquart doivent
toujours passer en jugement. Malgré d'immenses protestations, la loi est adoptée.
Il n'existe alors plus aucun recours possible pour obtenir que l'innocence de
Dreyfus soit reconnue ; il faut désormais trouver un fait nouveau pouvant
entraîner la révision.

Réactions
Les réactions en France sont vives, faites de « stupeur et de tristesse » dans le Le colonel Jouaust, président du
202
camp révisionniste . Pourtant d'autres réactions tendent à montrer que le Conseil de guerre, lit le verdict de
« verdict d'apaisement » rendu par les juges est compris et accepté par la condamnation, à la une de
population. Les Républicains cherchent avant tout la paix sociale, pour tourner la l'hebdomadaire Le monde illustré.
page de cette longue affaire extrêmement polémique. Aussi, les manifestations
sont très peu nombreuses en province, alors que l'agitation persiste quelque peu à
203 204
Paris . Dans le monde militaire, l'apaisement est aussi de rigueur. Deux des sept juges ont voté l'acquittement . Ils ont refusé
de céder à l'ordre militaire implicite. Ceci est aussi clairement perçu. Dans une apostrophe à l'armée, Galliffet annonce :
« l'incident est clos ».
205
Des manifestations anti-françaises ont lieu dans vingt capitales étrangères ; la presse est scandalisée . Les réactions sont de
deux ordres. Les Anglo-saxons, légalistes, se focalisent sur l'affaire d'espionnage et contestent assez violemment ce verdict de
culpabilité sans arguments positifs à son édification. À ce titre, le rapport du Lord Chief Justice d'Angleterre, Lord Russell of
Killowen, à la reine Victoria le 16 septembre 1899, est un symbole de la répercussion mondiale de l'Affaire en Grande-Bretagne.
Le magistrat anglais, qui s'était rendu en observateur à Rennes, critique les faiblesses du Conseil de Guerre :

« Les juges militaires « n'étaient pas familiers de la loi » […]. Ils manquaient de l'expérience et de l'aptitude
qui permettent de voir la preuve derrière le témoignage. […] Ils agirent en fonction de ce qu'ils considéraient
comme l'honneur de l'armée. […] ils accordèrent trop d'importance aux fragiles allégations qui furent seules
présentées contre l'accusé. Ainsi conclut-il : il parait certain que si le procès de révision avait eu lieu devant la
Cour de cassation, Dreyfus serait maintenant un homme libre. »
En Allemagne et en Italie, les deux pays largement mis en cause par les procès contre Dreyfus, c'est le soulagement. Même si
l'Empereur d'Allemagne regrette que l'innocence de Dreyfus n'ait pas été reconnue, la normalisation des relations franco-
prussiennes qui s'annonce est vue comme une détente bienvenue. Aucune des nations n'a intérêt à une tension permanente. La
diplomatie des trois puissances, avec l'aide de l'Angleterre, va s'employer à détendre une atmosphère qui ne se dégradera à
nouveau qu'à la veille de la Première Guerre mondiale.

Cette conclusion judiciaire a aussi une conséquence funeste sur les relations entre la famille Dreyfus et la branche ultra des
dreyfusistes. Fernand Labori, Jaurès et Clemenceau, avec le consentement du général Picquart, reprochent ouvertement à Alfred
Dreyfus d'avoir accepté la grâce et d'avoir mollement protesté à la loi d'amnistie. En deux ans après cette conclusion, leur amitié
206
se finissait ainsi, avec de sordides calculs .

La longue marche vers la réhabilitation, 1900-1906


Préférant éviter un troisième procès, le gouvernement décide de gracier Dreyfus, décret que signe le président Émile Loubet le
19 septembre 1899, après de multiples tergiversations. Dreyfus n'est pas pour autant innocenté. Le processus de réhabilitation ne
sera achevé que six années plus tard, sans éclat ni passion. De nombreux ouvrages paraissent pendant cette période. Outre les
207
mémoires d'Alfred Dreyfus , Reinach fait paraître son Histoire de l'Affaire Dreyfus, et Jaurès publie Les Preuves. Quant à Zola,
il écrit le troisième de ses Évangiles : Vérité. Même Esterhazy en profite par des confidences et vend plusieurs versions
208
différentes des textes de sa déposition au consul de France .

Mort de Zola
Le 29 septembre 1902, Zola, l'initiateur de « l'Affaire », le premier des intellectuels dreyfusards, meurt asphyxié par la fumée de
209
sa cheminée. Son épouse, Alexandrine, en réchappe de justesse . C'est le choc dans le clan des dreyfusards.

Anatole France, qui a exigé que Dreyfus soit présent aux obsèques, alors que le Préfet de police souhaitait son absence « pour
éviter les troubles », lit sa célèbre oraison funèbre à l'auteur de « J'Accuse…! » :

« Devant rappeler la lutte entreprise par Zola pour la justice et la


vérité, m'est-il possible de garder le silence sur ces hommes acharnés
à la ruine d'un innocent et qui, se sentant perdus s'il était sauvé,
l'accablaient avec l'audace désespérée de la peur ?
Comment les écarter de votre vue, alors que je dois vous montrer
Zola se dressant, faible et désarmé devant eux ?
Puis-je taire leurs mensonges ?
Ce serait taire sa droiture héroïque. Les obsèques de Zola où Anatole
Puis-je taire leurs crimes ? France dit l'hommage à son ami.
Ce serait taire sa vertu.
Puis-je taire les outrages et les calomnies dont ils l'ont poursuivi ?
Ce serait taire sa récompense et ses honneurs.
Puis-je taire leur honte ?
Ce serait taire sa gloire.
Non, je parlerai.
Envions-le : il a honoré sa patrie et le monde par une œuvre immense et un grand acte.
Envions-le, sa destinée et son cœur lui firent le sort le plus grand.
Il fut un moment de la conscience humaine. »

La semi-réhabilitation
Réhabilitation juridique

Les élections de 1902 avaient vu la victoire des gauches. C'est Jean Jaurès, réélu,
qui relance l'Affaire le 7 avril 1903 alors que la France la pensait enterrée à
jamais. Dans un discours, Jaurès évoque la longue liste des faux qui parsèment le
dossier Dreyfus, et insiste particulièrement sur deux pièces saillantes :

La lettre de démission du général de Pellieux, rédigée en termes


très durs. Juridiquement, elle a les formes d'un aveu de la
collusion de l'État-Major :

« Dupe de gens sans honneur, ne pouvant plus compter sur la


confiance des subordonnés sans laquelle le commandement est
impossible, et de mon côté, ne pouvant avoir confiance en ceux de
mes chefs qui m'ont fait travailler sur des faux, je demande ma mise
à la retraite. »

Le bordereau prétendument annoté (par l'empereur Guillaume II) Manuel Baudoin, procureur général
auquel le général Mercier avait fait allusion au procès de Rennes,
et dont le fait rapporté par la presse aurait influencé les juges du au cœur de la réhabilitation du
Note 24, 210, 211 capitaine Dreyfus.
Conseil de guerre .
Devant ces faits nouveaux, le général André, nouveau ministre de la Guerre,
mène une enquête à l'instigation d'Émile Combes, assisté de magistrats. L'enquête est menée par le capitaine Targe, officier
d'ordonnance du ministre. À l'occasion de perquisitions à la Section de statistiques, il découvre de très nombreuses pièces dont la
212
majorité sont visiblement fabriquées . En novembre 1903, un rapport est remis au garde des Sceaux par le ministre de la
Guerre. C'était le respect des règles, dès lors que le ministre constate une erreur commise en Conseil de guerre. C'est le début
d'une nouvelle révision, dirigée par l'avocat Ludovic Trarieux [réf. nécessaire], fondateur de la Ligue des droits de l'homme, avec
une enquête minutieuse qui s'étendra sur deux ans.

Les années 1904 et 1905 sont consacrées aux différentes phases judiciaires devant la Cour de cassation. La cour emploie trois
moyens (causes) à la révision :

démonstration de la falsification du télégramme de Panizzardi.


démonstration du changement de date d'une pièce du procès de 1894 (avril 1895 changé en avril 1894).
démonstration du fait que Dreyfus n'avait pas fait disparaître les minutes d'attribution de l'artillerie lourde aux
armées.
Concernant l'écriture du bordereau, la cour est particulièrement sévère à l'encontre de Bertillon qui a « raisonné mal sur des
Note 25
documents faux ». Le rapport démontre que l'écriture est bien d'Esterhazy, ce que ce dernier a d'ailleurs avoué entre-temps.
Enfin, la Cour démontre par une analyse complète et subtile du bordereau l'inanité de cette construction purement intellectuelle,
et une commission de quatre généraux dirigée par un spécialiste de l'artillerie, le général Sebert, affirme « qu'il est fortement
213
improbable qu'un officier d'artillerie ait pu écrire cette missive » .

Le 9 mars 1905, le procureur général Baudouin rend un rapport de 800 pages dans lequel il réclame la cassation sans renvoi et
214
fustige l'armée. Il amorce un dessaisissement de la justice militaire qui trouve sa conclusion seulement en 1982 . Il faut
attendre le 12 juillet 1906 pour que la Cour de cassation, toutes chambres réunies, annule sans renvoi le jugement rendu à Rennes
en 1899 et prononce « l'arrêt de réhabilitation du capitaine Dreyfus ». Les antidreyfusards crient à la réhabilitation à la sauvette.
Mais le but est évidemment politique : il s'agit d'en finir et de tourner la page définitivement. Rien ne peut entamer la conviction
des adversaires de Dreyfus. Cette forme est donc la plus directe et la plus définitive. Ce qui est annulé est non seulement l'arrêt de
Rennes, mais toute la chaîne des actes antérieurs, à commencer par l'ordre de mise en jugement donné par le général Saussier en
1894. La Cour s'est focalisée sur les aspects juridiques uniquement et constate que Dreyfus ne doit pas être renvoyé devant un
Conseil de guerre pour la simple raison qu'il n'aurait jamais dû y passer, devant l'absence totale de charges :
« Attendu, en dernière analyse, que de l'accusation portée contre Dreyfus,
rien ne reste debout ; et que l'annulation du jugement du Conseil de
guerre ne laisse rien subsister qui puisse à sa charge être qualifié crime
ou délit ; dès lors, par application du paragraphe final de l'article 445
aucun renvoi ne doit être prononcé. »

L'injustice militaire

Dreyfus est réintégré


partiellement dans l'armée, au
grade de chef d'escadron
(commandant), par la loi du
13 juillet 1906. Ses cinq années
d'incarcération ne sont pas
prises en compte pour la
À droite, le commandant Alfred reconstitution de sa carrière, et
Dreyfus, réhabilité aux Invalides, il ne peut plus prétendre à un
s'entretient avec le général Gillain.
grade d'officier général. Cette
Au centre, le commandant Targe,
décision brise tout espoir d'une
enquêteur et découvreur de
nombreux faux. carrière digne de ses réussites
antérieures à son arrestation de
1894. Il est donc contraint à une
douloureuse démission en juin 1907. Les magistrats ne pouvaient rien contre
cette ultime injustice volontairement commise. Le droit et l'égalité avaient été
215
encore une fois bafoués . Dreyfus n'a jamais demandé de dédommagement à
l'État, ni de dommages-intérêts à qui que ce soit. La seule chose qui lui
216 Alfred Dreyfus en 1935, l'année de
importait, c'était la reconnaissance de son innocence . sa mort.

Le 4 juin 1908, à l'occasion du transfert des cendres d'Émile Zola au Panthéon,


Alfred Dreyfus est la cible d'un attentat. Louis Grégori, journaliste d'extrême droite, adjoint de Drumont, tire deux coups de
revolver et blesse Dreyfus légèrement au bras. Il s'agissait, pour l'Action française, de perturber au mieux cette cérémonie en
217
visant « les deux traîtres » : Zola et Dreyfus . Mais aussi de refaire le procès Dreyfus au travers d'un nouveau procès, une
revanche en quelque sorte. Le procès aux Assises de la Seine, d'où Grégori sort acquitté, dernière d'une longue série de fautes
218
judiciaires, est l'occasion de nouvelles émeutes antisémites que le gouvernement réprime mollement .

Officier de réserve, Dreyfus participe à la guerre de 1914-1918 au camp retranché de Paris, comme chef d'un parc d'artillerie, puis
219
affecté au Chemin des Dames et à Verdun. Il termine sa carrière militaire au grade de colonel . Il meurt le 12 juillet 1935 à
l'âge de soixante-seize ans dans l'indifférence générale. Le colonel Picquart est lui aussi réhabilité officiellement et réintégré dans
l'armée au grade de général de brigade. Il est même ministre de la Guerre de 1906 à 1909 dans le premier gouvernement
220
Clemenceau. Il meurt en 1914 d'un accident de cheval .

Conséquences de l'affaire Dreyfus


L'affaire Dreyfus a-t-elle laissé une trace ? Quel héritage la société française peut-elle retirer de ces douze années ? Pour certains,
221
l'affaire Dreyfus a marqué la société française au fer rouge . Tous les compartiments de la société sont touchés, certains sont
bouleversés.

Des conséquences politiques


222
222
L'affaire fait revivre l'affrontement des deux France . Toutefois, cette
opposition a servi l'ordre républicain, selon tous les historiens. On assiste en
effet à un renforcement de la démocratie parlementaire et à un échec des forces
monarchistes et réactionnaires. L'excessive violence des partis nationalistes a
rassemblé les républicains en un front uni, qui met en échec les tentatives de
223
retour à l'ordre ancien . À court terme, les forces politiques progressistes,
issues des élections de 1893, confirmées en 1898, en pleine affaire Dreyfus,
disparaissent en 1899. Le choc des procès Esterhazy et Zola amène une politique
dreyfusienne dont le but est de développer une conscience républicaine et de
lutter contre le nationalisme autoritaire qui s'exprime lors de l'Affaire. Car la
progression désinhibée d'un nationalisme de type populiste est une autre grande
conséquence de l'événement dans le monde politique français, et ce même s'il
n'est pas né avec l'affaire Dreyfus, puisque le nationalisme est théorisé par
224
Maurice Barrès dès 1892 . Le nationalisme connaît des hauts et des bas, mais
parvient à se maintenir en tant que force politique, sous le nom d'Action
française, jusqu'à la défaite de 1940, lorsqu'après cinquante ans de combat, elle
Bilan fin de siècle, caricature anti-
accède au pouvoir et peut, vieux rêve de Drumont, « purifier » l'État avec les
républicaine parue dans Le Pèlerin
conséquences que chacun sait. On note à cette occasion le ralliement de
en 1900.
nombreux républicains à Vichy, sans qui le fonctionnement de l'État eût été
précaire, montrant en cela la fragilité de l'institution républicaine dans des
225
circonstances extrêmes . À la Libération, Charles Maurras, condamné le 25 janvier 1945 pour faits de collaboration, s'écrie au
verdict : « C'est la revanche de Dreyfus ! ».

L'Affaire amène par effet de réaction, l'autre conséquence, une mutation intellectuelle du socialisme. Jaurès est un dreyfusard
226
tardif (janvier 1898), convaincu par les socialistes révolutionnaires . Mais son engagement devient résolu, aux côtés de
Georges Clemenceau à partir de 1899, sous l'influence de Lucien Herr. L'année 1902 voit la naissance de deux partis : le Parti
socialiste français, qui rassemble les jaurésiens, et le Parti socialiste de France, sous influence de Guesde et Vaillant. Les deux
partis fusionnent en 1905 en une Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO).
227
Par ailleurs, 1901 voit la naissance du Parti républicain radical-socialiste, premier parti politique moderne conçu comme une
machine électorale de rassemblement républicain. Il a une structure permanente et s'appuie sur les réseaux dreyfusards. La
création de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen est contemporaine de l'affaire. C'est le creuset
d'une gauche intellectuelle extrêmement active au début du siècle, conscience de la gauche humaniste.

Conséquence finale sur le plan politique, le tournant du siècle voit un renouvellement profond du personnel politique, avec la
disparition de grandes figures républicaines, à commencer par Auguste Scheurer-Kestner. Ceux qui à la fin du siècle ont pu peser
fortement sur les événements de l'affaire ont désormais disparu, laissant la place à des hommes nouveaux dont l'ambition est de
réformer et de corriger les erreurs et injustices commises auparavant.

Une autre conséquence à long terme sera, selon l'historien Simon Epstein dans son ouvrage Les Dreyfusards sous l’Occupation,
de permettre la généralisation d’une interprétation particulière de l’Histoire de France selon laquelle s'opposeraient deux blocs
l'un, à Gauche, incarnant le Bien et l’autre, à Droite, identifié au Mal. Cette réécriture de l’histoire séparant deux France se
e
poursuit durant tout le début du XX siècle pour finalement présenter la Résistance comme l'héritière du parti dreyfusard et
inversement la Collaboration comme celle des anti-dreyfusards. Cette tendance à mystifier l’histoire n'épargnera pas
l'historiographie récente qui, selon Simon Epstein, tâchera de minimiser les collaborateurs venant de la gauche politique et au
228
contraire de mettre en avant la collaboration de droite .

Des conséquences sociales


Socialement, l'antisémitisme est au-devant de la scène. Préexistant à l'affaire
Dreyfus, il s'était exprimé lors des affaires du boulangisme et du canal de
Panama. Mais il était restreint à une élite intellectuelle. L'affaire Dreyfus répand
la haine raciale dans toutes les couches de la société, mouvement qui débute
certes avec le succès de La France juive d'Édouard Drumont en 1886, mais qui
est ensuite énormément amplifié par les divers épisodes judiciaires et les
campagnes de presse pendant près de quinze ans. L'antisémitisme est donc dès
229
lors officiel et exposé dans de nombreux milieux, y compris ouvriers . Des
candidats à l'élection législative se prévalent de l'antisémitisme comme mot
d'ordre aux élections législatives. Cet antisémitisme est renforcé par la crise de la
séparation des églises et de l'État à partir de 1905, l'amenant probablement à son
paroxysme en France. Le passage à l'acte est permis par l'avènement du régime
de Vichy, qui laisse libre cours à l'expression débridée et complète de la haine
En famille de Félix Vallotton dans Le raciale. Au sortir de la guerre, la monstruosité de la solution finale s'impose à
Cri de Paris. L'affaire Dreyfus coupe
tous, muselant jusqu'à nos jours l'expression d'un antisémitisme qui peut
durablement la France en deux,
s'exprimer de temps à autre au travers de déclarations des partis nationalistes,
jusque dans les familles. Note 26
d'autant plus fracassantes qu'elles sont devenues rarissimes . La
persistance d'un sentiment antisémite résiduel en France paraît toujours
Note 27
d'actualité à en juger par certains crimes et délits qui, de temps à autre, peuvent défrayer la chronique .

Autre conséquence sociale, le rôle renforcé de la presse : pour la première fois, elle a exercé une importante influence sur la vie
230 231
politique française . On peut parler d'un quatrième pouvoir, dès lors qu'elle se substitue à tous les organes de l'État . Surtout
que la haute tenue rédactionnelle de cette presse est principalement issue du travail d'écrivains et de romanciers, qui utilisent les
journaux comme un moyen révolutionnaire d'expression. La puissance de cette presse a très certainement porté les hommes
politiques à l'action, à l'exemple d'un Mercier qui paraît avoir poussé au procès Dreyfus en 1894 pour plaire à La Libre Parole qui
l'attaquait férocement. Cela dit, le rôle de la presse est limité par la diffusion des titres, à la fois importante à Paris et faible à
232
l'échelle nationale . L'ensemble du tirage de la presse nationale paraît tourner autour de quatre millions et demi d'exemplaires,
ce qui relativise fortement son influence réelle. On assiste par ailleurs en 1899 à la parution d'une presse spécifique destinée à
coordonner la lutte (dans le camp dreyfusiste), avec le Journal du Peuple de Sébastien Faure.

Des conséquences internationales


L'affaire Dreyfus créa des difficultés sur le chemin de l'amélioration des rapports
entre la France et l'Italie après la guerre douanière, comme l'Italie était la nation
233
d'Europe la plus dreyfusarde .

Le choc de l'affaire Dreyfus a un impact également sur le mouvement sioniste


234
« qui y trouve un terrain propice à son éclosion » .

Le journaliste austro-hongrois Théodore Herzl ressort profondément marqué de


l'affaire Dreyfus dont il suit les débuts comme correspondant de la Neue freie
Presse de Vienne et assiste à la dégradation d'Alfred Dreyfus en 1895. « L'affaire
[…] agit comme un catalyseur dans la conversion de Herzl ». Devant la vague
d'antisémitisme qui l'accompagne, Herzl se « convainc de la nécessité de
résoudre la question juive », qui devient « une obsession pour lui ». Dans Der Theodor Herzl a créé le congrès
Judenstaat (l'État des Juifs), il considère que « si la France — bastion de sioniste à la suite de l'affaire Dreyfus.
l'émancipation, du progrès et du socialisme universaliste — [peut] se laisser
emporter dans un maelström d'antisémitisme et laisser la foule parisienne
scander « À mort les Juifs ! », où ces derniers peuvent-ils encore être en sécurité — si ce n'est dans leur propre pays ?
L'assimilation ne résoudra pas le problème parce que le monde des gentils ne le permettra pas, comme l'affaire Dreyfus l'a si
234
clairement démontré » . Le choc est d'autant plus fort qu'ayant vécu toute sa jeunesse en Autriche, pays antisémite, Herzl a
choisi d'aller vivre en France pour l'image humaniste dont elle se prévaut à l'abri des excès extrémistes.
235
Il organise dès 1897, le 1er congrès sioniste à Bâle et est considéré comme l'« inventeur du sionisme en tant que véritable
234
mouvement politique » . L'affaire Dreyfus marque aussi un grand tournant dans la vie de nombreux Juifs d'Europe centrale et
234
occidentale, tout comme les pogroms de 1881-1882 l'avaient fait pour les Juifs d'Europe orientale .

Historiographie de l'affaire Dreyfus


L'affaire Dreyfus se distingue
par le nombre important
236
d'ouvrages publiés à son
Note 28
sujet . Une partie
importante de ces publications
relève de la simple polémique
et ne sont pas des livres
236
historiques . Mais ces
ouvrages sont consultés dans le
cadre d'études psycho-sociales
237
de l'affaire .

Le grand intérêt de l'étude de


l'affaire Dreyfus réside dans le
fait que toutes les archives sont
aisément disponibles. Bien que
les débats du Conseil de guerre
de 1894 n'aient pas été pris en
Première brochure de Bernard
Lazare, Une erreur judiciaire, publiée sténographie, les comptes- Listes des versements aux Archives,
en 1896 à Bruxelles. rendus de toutes les audiences par le ministère de la Justice, des
publiques des nombreux procès scellés de l’affaire Dreyfus,
décembre 1929. Archives nationales
de l'affaire peuvent être
de France.
consultés. Par ailleurs, un grand nombre d'archives sont facilement accessibles
aux Archives nationales et aux Archives militaires du fort de Vincennes.

Une littérature contemporaine de l'affaire a été publiée entre 1894 et 1906. À commencer par l'opuscule de Bernard Lazare,
238
premier intellectuel dreyfusard : malgré des erreurs factuelles, il reste un témoignage des étapes vers la révision .

L'ouvrage de Joseph Reinach, l'Histoire de l'affaire Dreyfus en sept volumes, qui commence à paraître en 1901 et se termine avec
l'index en 1911, a été la référence jusqu'à la publication des travaux d'histoire scientifique livrés à partir des années 1960. Il
contient de très nombreuses informations exactes, malgré quelques interprétations généralement contestées sur le pourquoi de
236, 239
l'affaire .

D'autre part, il existe des « mémoires instantanés » de témoins directs, comme le livre antisémite et mensonger d'Esterhazy, ou
celui d'Alfred Dreyfus lui-même dans Cinq années de ma vie. Il s'agit de témoignages de nature à compléter le panorama de
l'affaire.

N t 29
Note 29
Le précis de l'affaire Dreyfus par « Henri Dutrait-Crozon », pseudonyme du colonel Larpent est la base de toute la
littérature antidreyfusarde postérieure à l'affaire, jusqu'à nos jours. L'auteur y développe la théorie du complot, alimenté par la
finance juive, pour pousser Esterhazy à s'accuser du crime. Sous des dehors scientifiques, on y retrouve un échafaudage de
théories qu'aucune preuve ne soutient.

La publication des carnets de Schwartzkoppen, en 1930, amène un éclairage sur le rôle coupable d'Esterhazy dans l'affaire et
disculpe du même coup Alfred Dreyfus, s'il en était besoin. L'extrême droite conteste la valeur de ce témoignage, mais la plupart
236
des historiens le retiennent comme source valide, malgré quelques ambiguïtés et imprécisions .

La période de l'Occupation jette un voile sur l'affaire. La Libération et la révélation de la Shoah amènent une réflexion de fond sur
l'ensemble de l'affaire Dreyfus. Jacques Kayser (1946), puis Maurice Paléologue (1955) et Henri Giscard d'Estaing (1960)
236, 240
relancent l'affaire sans grandes révélations, avec une démarche généralement jugée insuffisante sur le plan historique .

C'est Marcel Thomas, archiviste paléographe, conservateur en chef aux Archives nationales, qui en 1961, apporte, par son Affaire
sans Dreyfus en deux volumes, un renouvellement complet de l'histoire de l'affaire, appuyée sur toutes les archives publiques et
241
privées disponibles. Son ouvrage est le socle de l'ensemble des études historiques ultérieures .

Henri Guillemin, la même année, avec son Énigme Esterhazy, semble trouver la clef de « l'énigme » dans l'existence d'un
242
troisième homme (en plus de Dreyfus et Esterhazy) , explication qu'il partage momentanément avec Michel de
Note 30 240
Lombarès , puis l'abandonne quelques années plus tard .

Jean Doise, normalien et spécialiste des armées, avec des réflexions et descriptions d'ordre technique, tente d'expliquer l'affaire
par la genèse du canon de 75 mm modèle 1897 dans Un secret bien gardé, mais ses hypothèses conclusives sont regardées de
240
manière très critique .

Jean-Denis Bredin, avocat et historien, livre L'Affaire en 1983, reconnue comme la meilleure somme sur l'affaire Dreyfus.
L'intérêt de l'ouvrage porte sur une relation strictement factuelle et documentée des faits et une réflexion multiforme sur les
différents aspects de cet événement.

Il revient enfin à Vincent Duclert d'avoir livré en 2005 la première Biographie d'Alfred Dreyfus, en 1 300 pages, parmi une
dizaine d'autres publications sur l'affaire Dreyfus, incluant la correspondance complète d'Alfred et Lucie Dreyfus de 1894 à 1899.

En 2014, ont paru deux travaux qui reviennent sur l'histoire de l'Affaire : Histoire politique de l'affaire Dreyfus de Bertrand Joly
(Fayard) qui analyse l'Affaire « de l'extérieur » en la replaçant dans le contexte politique de la période et L'Histoire de l'affaire
Dreyfus de 1894 à nos jours (Les Belles Lettres) de Philippe Oriol qui procède « de l'intérieur » et, sur la base d'un siècle de
publications et du dépouillement systématique de la presse française et des fonds d'archives connus et jusqu'alors inconnus,
livrant ainsi de très nombreux inédits, propose une narration analytique de l'événement plus précise.

Par ailleurs, l'affaire Dreyfus a fourni la matière de nombreux romans. La dernière œuvre d'Émile Zola (1902), Vérité, transpose
l'affaire Dreyfus dans le monde de l'école. Anatole France publie L'Île des pingouins (1907) qui relate l'affaire au livre VI :
243
« L'Affaire des quatre-vingt mille bottes de foin » . D'autres auteurs y contribueront, comme Roger Martin du Gard (Jean
Barois), Marcel Proust (Jean Santeuil), Maurice Barrès (Ce que j'ai vu à Rennes) ou plus récemment encore le Britannique
Robert Harris avec D. (2013).

Annexes
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Bibliographie
Sources primaires

Compte rendu in extenso du procès d'Émile Zola aux Assises de la Seine et à la Cour de cassation (http://ww
w.affairedreyfus.com/p/ressources.html) (1898)
Enquête de la Cour de cassation (http://www.affairedreyfus.com/p/ressources.html) (1898-1899)
Débats de la Cour de cassation en vue de la révision du procès Dreyfus (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2
4254t) (1898)
Compte rendu in extenso du procès de Rennes (1899) Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24250f),
Tome 2 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24251s), Tome 3 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k242524)

Mémoire d'Alfred Dreyfus pour la Cour de cassation (http://www.affairedreyfus.com/p/ressources.html) (1904)

Enquête de la Cour de cassation (http://www.affairedreyfus.com/p/ressources.html) (1904)


Débats de la Cour de cassation (http://www.affairedreyfus.com/p/ressources.html) (1906)
Décision de la Cour de cassation en vue de la cassation sans renvoi du procès Dreyfus de 1899. (1906)

Bibliographie de référence

Louis Leblois, L'affaire Dreyfus : l'iniquité, la réparation, les principaux faits et les principaux documents,
Théolib, coll. « Résistances », 2012 (1re éd. 1929 (Aristide Quillet)) (ISBN 978-2-36500-002-4)
Jean-Denis Bredin, L'Affaire, Fayard, Paris, 1993 (1re édition 1981) (ISBN 2-260-00346-X)
Vincent Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, l'honneur d'un patriote, Fayard, Paris, 2006 (ISBN 2213627959)
244
Joseph Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Fasquelle, 1901 ; éd. Robert Laffont, deux vol., 2006
Marcel Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, Fayard, Idégraf (Genève), 1961-1979, 2 volumes.

Autres ouvrages généraux

Pierre Birnbaum, L'Affaire Dreyfus, la République en péril, Gallimard, coll. « Découvertes », 1994
(ISBN 978-2070532773)
Pierre Birnbaum (dir.), La France de l'affaire Dreyfus, Paris, Gallimard, 1994 (ISBN 9782070737000)
Michael Burns, Histoire d'une famille française, les Dreyfus, Fayard, 1994 (ISBN 978-2213031323)
Éric Cahm, L'Affaire Dreyfus, Le Livre de poche, coll. « références », 1994
Francis Démier, La France du XIXe siècle, Seuil, coll. « Points Histoire », 2000
Michel Drouin (dir.), L'Affaire Dreyfus : Dictionnaire, Flammarion, 1994, réédition 2006 (ISBN 978-2082105477, lire
en ligne (http://www.histoforum.org/histobiblio/article.php3?id_article=175)).
Vincent Duclert, L'Affaire Dreyfus, La Découverte, 2006 (1re éd. 1994) (ISBN 2707147931).
Vincent Duclert, Dreyfus est innocent, histoire d'une affaire d'État, Larousse, 2006 (ISBN 203582639X)
Vincent Duclert, L'affaire Dreyfus. Quand la justice éclaire la République, Privat, 2010
Pierre Gervais, Pauline Peretz et Pierre Stutin, Le Dossier secret de l'affaire Dreyfus, Alma éditeur, 2012
(ISBN 978-2362790430)
Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014, 783 p. (ISBN 978-2-213-67720-0,
présentation en ligne (https://www.cairn.info/revue-historique-2016-1-page-179.htm#pa175)), [présentation en ligne (https://www.ca
irn.info/revue-parlements-2018-1-page-205.htm?contenu=plan#pa46)].
Pierre Miquel, L'Affaire Dreyfus, Presses Universitaires de France, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1961
(réimpr. 2003) (ISBN 2130532268)
Pierre Miquel, La troisième République, Fayard, 1989 (ISBN 978-2213023618)
Philippe Oriol, L'histoire de l'affaire Dreyfus : de 1894 à nos jours, vol. 1 et 2, Paris, Les Belles Lettres, 2014,
1489 p. (ISBN 978-2-251-44467-3).
(en) Piers Paul Read, The Dreyfus affair : the story of the most infamous miscarriage of justice in French
history, London, Bloomsbury, 2013 (ISBN 9781408830574)
Michel Winock, La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques. 1871-1968, Points Seuil, 1986
(ISBN 2020098318)
Michel Winock, Le Siècle des intellectuels, Le Seuil, coll. « Points », 1999 (ISBN 978-2020881807)
Ouvrages spécialisés

Général André Bach, L'Armée de Dreyfus. Une histoire politique de l'armée française de Charles X à
« L'Affaire », Tallandier, 2004 (ISBN 2-84734-039-4)
Patrice Boussel, L'affaire Dreyfus et la presse, Armand Colin, coll. « Kiosque », 1960, 272 p.
Jean Doise, Un secret bien gardé, Histoire militaire de l'Affaire Dreyfus, Le Seuil, 1994, 225 p.
(ISBN 2-020211009)
Henri Guillemin, L'énigme Esterhazy, Gallimard, 1962
Armand Israël (préf. Claude Charlot), Les vérités cachées de l'affaire Dreyfus, Paris, Albin Michel, 2000
(ISBN 2226111239)
Jean-Luc Jarnier, L'affaire Dreyfus et l'imagerie de presse en France (1894-1908), thèse de doctorat en
histoire de l'art, 2017, 752 p.
Georges Joumas, Échos de l'Affaire Dreyfus en Orléanais, Corsaire Éditions, 2010 (ISBN 978-2-910475-12-3)
Philippe Landau, L'opinion juive et l'affaire Dreyfus, Paris, A. Michel, coll. « Présences du judaïsme », 1995,
poche (ISBN 9782226075536 et 2226075534)
Thierry Lévy et Jean-Pierre Royer, Labori, un avocat : pour Zola, pour Dreyfus, contre la terre entière, Paris,
Audibert, coll. « AUDIBERT LM », 6 octobre 2006 (ISBN 9782847490831 et 2847490833)
Roselyne Koren et al., Les intellectuels face à l'affaire Dreyfus alors et aujourd'hui : perception et impact de
l'affaire en France et à l'étranger : actes du colloque de l'Université Bar-Ilan, Israël, 13-15 décembre 1994,
Paris, France, L'Harmattan, 1998 (ISBN 978-2738460257)
Cour de Cassation, collectif, De la justice dans l'affaire Dreyfus, Fayard, 2006 (ISBN 978-2213629520)

Ouvrage antidreyfusard

Henri Crozon, Précis de l'affaire Dreyfus : avec un répertoire analytique, Paris, Éditions du Trident, 1924
(1re éd. 1909) (ISBN 2903244634 et 978-2903244637).

Articles et presse

L'Histoire no 173, « L'affaire Dreyfus, vérité et mensonges », janvier 1994


Jean Jaurès cahiers trimestriels, no 137, « L'affaire Dreyfus, histoire. Réflexions sur l'événement. Aux origines
de l'affaire. Une histoire politique », juillet-septembre 1995, Société d'études jaurésiennes, lire en ligne (https://
gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6227026n/f1.image).
« Dreyfusards ! » : souvenirs de Mathieu Dreyfus et autres inédits (présentés par Robert Gauthier). Gallimard
& Julliard, coll. « Archives » no 16, Paris, 1978
Thomas Loué, « L'affaire Dreyfus », in L. Boltanski et alii éds., Affaires, scandales et grandes causes, Paris,
Stock, 2007, p. 213-227
Max Guermann, « La terrible vérité », Revue Les Cahiers Naturalistes, no 62, 1988.
Bertrand Joly, « Les antidreyfusards avant Dreyfus », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 39,
octobre-décembre 1992, p. 198-221 (lire en ligne (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54469001/f40.image)).
Madeleine Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », Revue historique, Paris, Presses universitaires
de France, t. 255, avril-juin 1976, p. 406-432 (lire en ligne (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k18356j/f407.image))

Témoignages

Alfred Dreyfus, Cinq années de ma vie (http://www.histoforum.org/histobiblio/article.php3?id_article=232),


Fasquelle, Paris (réimpr. 2006 (La Découverte), 2015 (Théolib)) (1re éd. 1935) (ISBN 2707148067)
Alfred Dreyfus, Lettres d'un innocent (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4941c), Stock, 1898. Réédition
Théolib, Paris, 2013 ( (ISBN 978-2-36500-070-3)
Alfred Dreyfus, Carnets 1899-1907, Calmann-Lévy, 1998.
Léon Blum, Souvenirs sur l'Affaire, Flammarion, Folio Histoire, 1993 (ISBN 978-2070327522)
Georges Clemenceau, L'iniquité (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2027775), Stock, 1899
Georges Clemenceau, La honte (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k82753m), 1903
Georges Clemenceau, Vers la réparation (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k82754z), Tresse & Stock, 1899
Bernard Lazare, L'affaire Dreyfus : une erreur judiciaire (http://www.manioc.org/patrimon/FRA11093), Stock,
1897
Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k21872p), Bernard
Grasset, Paris, 1978. (ISBN 2-246-00668-6)
Jean Jaurès, Les preuves (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72819h), recueil d'articles parus dans La Petite
République, 1898. Disponible sur Wikisource
Octave Mirbeau, L'Affaire Dreyfus, Librairie Séguier, 1991.
Maurice Paléologue, L'Affaire Dreyfus et le Quai d'Orsay, Plon, 1955
Émile Zola, Combat pour Dreyfus. Préface de Martine Le Blond-Zola. Postface de Jean-Louis Lévy.
Présentation et notes d'Alain Pagès. Éditions Dilecta, 2006.
Paschal Grousset, L'affaire Dreyfus et ses ressorts secrets : précis historique (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/b
pt6k1128929), éd. Godet et Cie, Paris, 240 p., 1898.
Paschal Grousset, L'Affaire Dreyfus, le mot de l'énigme, Paris, Stock. 1899

Littérature de fiction

Différents écrivains contemporains de l'affaire Dreyfus s'en inspirent dans leurs œuvres, dont Anatole France qui en donne une
version satirique avec l'« affaire Pyrot » dans L'Île des Pingouins ou Marcel Proust qui l'évoque à plusieurs reprises dans À la
recherche du temps perdu, jusqu'à G. K. Chesterton qui la met en scène dans une enquête du père Brown, « Le duel du Dr
Hirsch » (La Sagesse du père Brown).

Au XXIe siècle, Umberto Eco en relate les prémices et le déroulement dans Le Cimetière de Prague pendant que Robert Harris
lui consacre un thriller intitulé D.

Filmographie
En regard de l'importance de l'événement et de ses répercussions, l'affaire Dreyfus a été très peu portée à l'écran, et jamais au
245
cinéma en France . La télévision française et le cinéma américain s'en chargea même si un article pointe parfois un
246
manichéisme face aux réactions françaises .

Actualités et assimilés

1899 : (fr) La garde en faction devant le tribunal de Rennes, Catalogue des vues Lumière.
1899 : (fr) Mme Dreyfus et son avocat à la sortie de la prison de Rennes, Catalogue des vues Lumière.
1899 : (fr) L'Affaire Dreyfus (actualité reconstituée, onze tableaux, 15 min) de Georges Méliès (point de vue
dreyfusard), DVD 2008 par Studio Canal
1899 : (fr) L'Affaire Dreyfus (actualité reconstituée, six tableaux), Actualités Pathé
1902 : (fr) L'Affaire Dreyfus, Film français attribué à Ferdinand Zecca produit par Pathé
1907 : (fr) L'Affaire Dreyfus, Film français de Lucien Nonguet produit par Pathé

Documentaires

1965 : (fr) L'Affaire Dreyfus, Film français de Jean Vigne, réalisé pour les écoles, Noir et blanc, 18 min.
1972 : (en) The Dreyfus Affair, Film documentaire américain, Noir et blanc, 15 min.
1974 : (fr) Dreyfus ou l'Intolérable Vérité, film documentaire français de Jean Chérasse, Couleur, 90 min,
DVD 2006 par Alpamedia/Janus Diffusion.
1994 : (fr) La Raison d'État, Chronique de l'Affaire Dreyfus, Film français en deux épisodes de Pierre Sorlin,
Couleur, 26 min.

Films au cinéma

1930 : (de) Dreyfus, Film allemand de Richard Oswald, Noir et blanc, 90 min.
1931 : (en) Dreyfus, Film anglais de F.W. Kraemer et Milton Rosmer, Noir et blanc, 90 min.
1937 : (en) The Life of Émile Zola, Film américain de William Dieterle, Noir et blanc, 90 min.
1957 : (en) I accuse, Film américain de José Ferrer, Noir et blanc, 90 min.
2019 : J'accuse, film français de Roman Polanski

Téléfilms

1978 : (fr) Zola ou la Conscience humaine, Film français en quatre épisodes de Stellio Lorenzi, Produit par
Antenne 2, Couleur.
1991 : (en) Can a Jew Be innocent ?, Film anglais en quatre épisodes de Jack Emery, Produit par la BBC,
Couleur, 30 min.
1991 : (en) Prisoners of Honor, Film américain de Ken Russel, Couleur, 105 min.
1994 : (fr) L'Affaire Dreyfus, Film français en deux épisodes d'Yves Boisset, Produit par France 2, Couleur.
1994 : (fr) Rage et Outrage de George Whyte, Film français, Produit par ARTE, Couleur.
1995 : (en) Dreyfus in Opera and Ballett, Film allemand et anglais, Produit par WDR, Couleur.

Articles connexes
Alfred Dreyfus
Chronologie de l'affaire Dreyfus

Personnalités

Liste de personnalités liées à l'affaire Dreyfus

Événements

Crises de la Troisième République (1870-1940) : Commune de Paris (1871), Faillite de l'Union générale
(1882), Scandale des décorations (1887), Affaire Schnaebelé (1887), Boulangisme (1886-1889), Scandale de
Panama (1892), Fort Chabrol (1899), Affaire des Fiches (1904), Affaire Thalamas (1908), Première Guerre
mondiale (1914-1918), Affaire Stavisky (1933), Affaire Mortara, 6 février 1934.
Affaire Liabeuf, l'« affaire Dreyfus des ouvriers » (1910).
Affaire Durand, l'« affaire Dreyfus du monde du travail » (1910).

Événements concernant l'Affaire Dreyfus

13 juillet 1906 : Hommage du Sénat à A.Scheurer-Kestner.


11 février 1908 : Le Sénat inaugure le monument Scheurer-Kestner.
8 juillet 1994: Création au Festival d'Avignon d'un spectacle "Dreyfus, l'Affaire".

Mouvements et politique

Journaux et organisations : Action française, La Libre Parole, Ligue de la patrie française, Ligue française des
droits de l'homme (1898).
Antisémitisme → Antisémitisme français : Édouard Drumont, Jules Guérin.
Politique : Nationalisme français, Revanchisme Radicaux.

Au cinéma

L'Affaire Dreyfus, film de Georges Méliès, produit par Star Film, sorti en 1899.
J'accuse, film de Roman Polanski, en tournage fin 2018.
Sept films sur différents épisodes de l'affaire Dreyfus produits par la société Pathé frères au cours de cette
même année 1899 :

Arrestation, Aveux du colonel Henry ;


Au mont Valérien, Suicide du colonel Henry ;
Avenue de la Gare à Rennes ;
Dreyfus dans sa cellule à Rennes ;
Entrée au conseil de guerre ;
Prison militaire de Rennes rue Duhamel ;
Sortie du conseil de guerre.

Société

Intellectuel

Liens externes
L'affaire Dreyfus (http://www.affairedreyfus.com),
réalisé, en 2013, en collaboration avec le Service Il existe une catégorie consacrée à ce
historique de la Défense, concerne l'histoire de sujet : Affaire Dreyfus.
l'affaire et la numérisation du dossier secret.
1906 Dreyfus site du ministère de la culture (http://
www.dreyfus.culture.fr/fr/index.htm).
Fonds Dreyfus (http://dreyfus.mahj.org/) du Musée Sur les autres projets Wikimedia :
d'art et d'histoire du judaïsme.
Numérisation complète du dossier secret au Affaire Dreyfus (https://commons.wikimedia.org/wik
Service historique de la Défense (http://www.servic i/Category:Alfred_Dreyfus?uselang=fr), sur
ehistorique.sga.defense.gouv.fr/contenu/ead.html?
Wikimedia Commons
id=FRSHD_PUB_00000013_ead).
Site de la Société internationale d'histoire de Affaire Dreyfus, sur Wikisource
l'affaire Dreyfus (SIHAD). Documents et études
sur l'Affaire (http://www.affaire-dreyfus.com/). Affaire Dreyfus, sur Wikiquote
Site documentaire consacré à l'affaire Dreyfus (htt
p://www.affairedreyfus.com) (qui propose une
transcription (http://www.affairedreyfus.com/p/dossier-secret.html) des pièces du dossier).
Site de l'Assemblée nationale (http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/Dreyfus/index.asp).
Colloque organisé par la Cour de cassation le 19 juin 2006, à l'occasion du centenaire de la réhabilitation
d'Alred Dreyfus (http://www.cahiers-naturalistes.com/centenaire_rehabilitation.htm).
36 photos prises sur le vif au procès de Rennes par Auguste Hautebert (http://rennesetdreyfus.blogspot.fr/).
Affaire Dreyfus (http://www.police-scientifique.com/Les-grandes-affaires/dreyfus) sur le site de la police
technique et scientifique.
Album de 53 portraits photographiques de personnages politiques, écrivains ou magistrats impliqués dans
l'affaire Dreyfus (http://criminocorpus.org/bibliotheque/livre/245/) dans la collection Zoummeroff sur
criminocorpus.
Le centenaire de l'affaire Dreyfus (X 1878) (http://sabix.revues.org/122) sur le site de la Société des amis de la
bibliothèque et de l'histoire de l'École polytechnique.
Alfred Dreyfus, une affaire polytechnicienne (http://www.lajauneetlarouge.com/traditions/alfred-dreyfus-une-affa
ire-polytechnicienne#.WC_sU9XhCHs) sur le site de La Jaune et la Rouge.

Notes et références

Notes
1. Dreyfus est de Mulhouse, comme Sandherr et Scheurer-Kestner, Picquart est strasbourgeois, Zurlinden est
colmarien.
2. Auguste Scheurer-Kestner dans une allocution au Sénat.
3. Il est l'objet de la lettre interceptée par le SR français, appelée « Canaille de D… ». Elle est utilisée dans le
« dossier secret » pour faire condamner Dreyfus.
4. Le fameux comte Esterhazy sera, de façon ironique, l'un des témoins de Crémieu-Foa.
5. Hypothèses car les preuves n'existent pas.
6. Voir Hypothèses liées à l'affaire Dreyfus.
7. Du général Saussier, gouverneur de la place de Paris notamment.
8. Expert en écritures à la Banque de France : son honnête prudence est vilipendée dans l'acte d'accusation du
commandant d'Ormescheville.
9. C'est lui qui avait reçu le capitaine le matin du 15 octobre 1894, lors de la scène de la dictée.
10. Cassagnac, pourtant antisémite, fait paraître un article intitulé Le Doute, mi-septembre 1896.
11. Autrement appelé « faux patriotique » par les antidreyfusards.
12. Alexandrine, signature usuelle de Panizzardi.
13. Il était déjà intervenu dans Le Figaro en mai 1896, dans l'article « Pour les Juifs ».
14. Suivi du Syndicat le 1er décembre et de Procès-verbal le 5 décembre.
15. Alors au cœur de l'avant-garde artistique, publiant Marcel Proust, Saint-Pol-Roux, Jules Renard, Charles Péguy,
etc.
16. La chose jugée est tenue pour véridique.
17. La salle est vidée dès que les débats abordent des sujets touchant à la défense nationale, c'est-à-dire le
témoignage de Picquart.
18. Le président Delegorgue refuse de l'interroger alors qu'elle est appelée à la barre.
19. Le rôle du général Mercier est ainsi fortement sous-estimé.
20. Le 2 février, Octave Mirbeau, Laurent Tailhade, Pierre Quillard et Georges Courteline, entre autres, signent dans
L'Aurore une « Adresse à Émile Zola » l'assurant de leur soutien « au nom de la Justice et de la Vérité ».
21. Des 40 membres de l'Académie française, Anatole France est le seul révisionniste.
22. La Cour a fait réaliser plusieurs expertises scientifiques minutieuses afin de conclure à des certitudes.
23. Maurice Barrès fait une description poignante de Dreyfus.
24. Devant l'évidence de l'identité des écritures du bordereau et d'Esterhazy, l'État-Major avait fait courir le bruit que
le bordereau n'était en fait qu'un décalque d'une note commentée de la main même de l'Empereur d'Allemagne
Guillaume II. Cela permettait à leurs auteurs d'expliquer le secret entourant toute l'affaire, ainsi que la
transmission du « dossier secret » en 1894. Évidemment, on n'a jamais retrouvé aucune preuve de ces
commodes affirmations.
25. Parmi les experts sollicités, on note la contribution du mathématicien et physicien Henri Poincaré.
26. Du fait de leur pénalisation.
27. Bien que cet antisémitisme soit d'origine multiple et pas seulement issu des conséquences de l'affaire Dreyfus.
28. La bibliographie listée dans le présent article n'expose qu'une faible partie de ce qui a été édité depuis plus d'un
siècle.
29. Inspiré par le commandant Cuignet.
30. L'affaire Dreyfus. La clef du mystère, Paris, Robert Lafon <<les ombres de l'histoire>>, 1972.

Références
1. Voire un « crime judiciaire » selon Bredin, L'Affaire, Fayard, 1984 et Vincent Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus,
Fayard, 2006.
2. Lire aussi le discours (http://www.presse.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=10093&ssrubrique=10094&article=1
1255) du ministre français de la justice, Pascal Clément, du 12 juin 2006.
3. Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, p. 15.
4. Alfred Dreyfus, une affaire polytechnicienne [lire en ligne (http://www.hervekabla.com/wordpress/alfred-dreyfus-u
ne-affaire-polytechnicienne/)]
5. Arrêt de la Cour de cassation du 12 juillet 1906 (http://www.courdecassation.fr/IMG/File/arret_dreyfus_12_juillet_
1906.pdf) [PDF]
6. Michel Winock, « L'affaire Dreyfus comme mythe fondateur », dans La France politique, Éditions du Seuil, coll.
« Points Histoire », 2003, p. 151-165.
7. Pour ces trois paragraphes, cf. Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la IIIe République, Éditions du Seuil, 1973,
p. 209-217.
8. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 5.
9. Sur la mise au point du canon de 75 : Doise, Un secret bien gardé, p. 9 et s.
10. Bach, L'armée de Dreyfus, p. 534.
11. Les Juifs dans l'armée.
12. Frédéric Viey, L'antisémitisme dans l'Armée : l'Affaire Coblentz à Fontainebleau (http://www.judaicultures.info/his
toire-6/Dans-la-Modernite-du-XIXo-s-a-nos/article/l-antisemitisme-dans-l-armee-l).
13. Miquel, La troisième République, p. 391.
14. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 8.
15. voir l'immense travail de Marcel Thomas, L'Affaire sans Dreyfus.
16. Voir notamment Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s),
p. 40-42.
17. Jargon du SR signifiant : documents récupérés par la femme de ménage de l'ambassade d'Allemagne, Thomas,
L'affaire sans Dreyfus, p. 140 et s.
18. Et non pas en tout petits morceaux. De plus le papier n'était pas froissé. Bredin, L'Affaire, p. 67.
19. La seule information importante du document consiste en une note sur le canon de 120 C Baquet, pièce
d'artillerie qui n'aura représenté que 1,4 % du parc d'artillerie moderne français en 1914, et 0,6 % de toute
l'artillerie. Doise, Un secret bien gardé, p. 55 et s.
20. Jean-Denis Bredin, Dreyfus, un innocent, Fayard, 2006, p. 55
21. Sur la Section de statistiques, voir Bredin, p. 49-50 ; Doise, p. 42-43 et Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, p. 60-70.
22. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, p. 67. Alfred Dreyfus était aussi originaire de Mulhouse.
23. « Cette moule de Mercier » affirme Rochefort dans L'Intransigeant, Boussel, L'affaire Dreyfus et la presse, p. 43-
44.
24. Bredin, L'Affaire, p. 65.
25. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 39.
26. Birnbaum, L'affaire Dreyfus, p. 40.
27. Bredin, L'Affaire, p. 68.
28. Birnbaum, L'affaire Dreyfus, p. 48.
29. Burns, Une famille…., p. 139.
30. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, p. 260.
31. Sandherr était un antisémite forcené. Paléologue, L'Affaire Dreyfus et le Quai d'Orsay.
32. On prétend dans de nombreux livres que Dreyfus est sans émotion et indifférent à son sort ce qui est en
définitive démenti par de nombreux témoignages. V. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 115 et s.
33. Birnbaum, L'affaire Dreyfus, p. 38.
34. Comme le signale d'ailleurs le général Mercier à ses subordonnés, Bredin, L'Affaire, p. 69.
35. Sur les personnalités de Mercier et du Paty de Clam, lire : Paléologue, L'Affaire Dreyfus et le Quai d'Orsay,
p. 111 et s.
36. Guillemin, L'énigme Esterhazy, Tome 1, p. 99.
37. Bredin, L'Affaire, p. 0.
38. Le général rencontre le président de la République, Casimir-Perier, en minimisant l'importance des pièces
transmises, ce que Mercier niera ensuite, opposant irréductiblement les deux hommes. Voir Procès de Rennes
Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24250f), p. 60, 149 et 157.
39. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, p. 141. Hanotaux a fait promettre à Mercier d'abandonner les poursuites si
d'autres preuves n'étaient pas trouvées. C'est sans doute l'origine du dossier secret.
40. Bredin, L'Affaire, p. 72.
41. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 92. Gobert
affirme que le texte a été écrit rapidement, excluant la copie.
42. Procès de Rennes Tome 2 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24251s), p. 322. Idée renforcée par la
transparence du papier.
43. Bredin, L'Affaire, p. 87.
44. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 107.
45. Rapport de la Cour de cassation, Tome 1, p. 127.
46. L'ordre d'arrestation avait été signé d'avance, v. Thomas, L'affaire sans Dreyfus, p. 208.
47. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 118.
48. Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24254t), p. 20 et s.
49. Aucun prévenu ne peut être mis au secret dans aucune loi de l'époque. Les risque de fuite étant limités du fait
que les avocats sont soumis au secret professionnel. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus,
Duclert, p. 51.
50. Maurice Baumont, Au cœur de l'affaire Dreyfus, Del Duca, 1976, p. 59
51. Bredin, L'Affaire, p. 80.
52. Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24254t).
53. Il qualifie le rapport de du Paty « d'élucubrations », Bredin, L'Affaire, p. 88.
54. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Duclert, p. 103.
55. Le rapport d'un agent de la section des statistiques, François Guénée, a en effet présenté le capitaine Dreyfus
sous un jour très défavorable (jeu, femme, besoin d'argent).
56. Zola, « J'accuse…! ».
57. Bredin, L'Affaire, p. 89.
58. Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k21872p/f23.image), p. 24.
59. v. La presse et l'édition dans l'affaire Dreyfus et Bredin, L'Affaire, p. 83.
60. Bredin, L'Affaire, p. 85.
61. Boussel, L'affaire Dreyfus et la presse, p. 55.
62. Boussel, L'affaire Dreyfus et la presse, p. 58.
63. Trois démentis, très mous et ambigus sont publiés par l'agence Havas en novembre et décembre 1894 dans le
but de dégager la responsabilité de l'ambassade d'Allemagne. Bredin, L'Affaire, p. 85.
64. Boussel, L'Affaire Dreyfus et la Presse, p. 60.
65. Sur les détails du déroulement, lire Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 147 et s.
66. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 394.
67. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Duclert, p. 107.
68. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 409.
69. Doise, Un secret bien gardé, p. 87.
70. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 151.
71. Doise, Un secret bien gardé, p. 38.
72. Voir les démonstrations de Meyer, Giry, Henri Poincaré, d'Appel et de Darboux, les plus grands paléographes et
les plus célèbres mathématiciens du XIXe siècle lors de leurs dépositions de la seconde révision en 1904. Ils ont
détruit pour toujours le système Bertillon. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, p. 189.
73. Picquart, Révision 1898-1899, Instruction, Tome I, p. 129.
74. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 411. Les crucifix
avaient disparu des prétoires civils depuis le gouvernement de Jules Ferry, mais pas des tribunaux militaires.
75. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 164.
76. Pierre Gervais, Romain Huret et Pauline Peretz, « Une relecture du « dossier secret » : homosexualité et
antisémitisme dans l'Affaire Dreyfus », Revue d'histoire moderne et contemporaine, éditions Belin, Vol. 55, no 1,
p. 125-160.
77. Doise, Un secret bien gardé, p. 132.
78. Birnbaum, L'affaire Dreyfus, p. 43.
79. Il s'agissait en fait d'un dénommé Dubois, identifié par la Section de statistiques depuis un an. Voir aussi: Pierre
Milza, Laffaire Dreyfus nelle relazioni franco-italiane (en italien), in: Comune di Forlì–Comune di Roma,
Dreyfus. Laffaire e la Parigi fin de siècle nelle carte di un diplomatico italiano, Edizioni Lavoro, Roma 1994,
p. 23-36.
80. Cour de cassation, De la justice dans l'affaire Dreyfus, Duclert, p. 92.
81. Procès de Rennes Tome 2 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24251s) p. 191 et s. Il aggrave notamment son
cas en n'admettant pas que la transmission d'un dossier secret fut une manœuvre criminelle.
82. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 468.
83. Clemenceau écrit le 25 décembre 1894, dans La Justice: « Sans doute, je suis aussi résolument que jamais
l'ennemi de la peine de mort. Mais on ne fera jamais comprendre au public qu'on ait fusillé, il y a quelques
semaines, un malheureux enfant de 20 ans coupable d'avoir jeté un bouton de sa tunique à la tête du président
du conseil de guerre, tandis que le traître Dreyfus, bientôt, partira pour l'île de Nou [sic], où l'attend le jardin de
Candide [sic]. » Cité par Michel Winock, Clemenceau, éd. Perrin, 2007, chap. XV, « L'entrée dans l'Affaire »,
p. 244.
84. Armand Israël, Les vérités cachées de l'affaire Dreyfus, Albin Michel, 2000, p. 471
85. Voir l'exemplaire complet (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7161044) sur Gallica.
86. Armand Israël, Les vérités cachées de l'affaire Dreyfus, Albin Michel, 2000, p. 110
87. Méhana Mouhou, Affaire Dreyfus: conspiration dans la République, Éd. L'Harmattan, 2006, p. 40.
88. Bredin, L'Affaire, p. 107.
89. Il semble que l'orthographe exacte du nom du capitaine soit Lebrun Renaud, mais l'ensemble de la littérature
historique adopte la forme du texte, celle-ci étant donc la plus courante. Voir son témoignage au Procès de
Rennes Tome 3 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k242524), p. 73.
90. Bredin, L'Affaire, p. 103.
91. Philippe Oriol, L'Histoire de l'Affaire Dreyfus T.1 : L'affaire du capitaine Dreyfus, 1894-1897 (https://books.google.
fr/books?id=1lgrM_E7lrAC&pg=PT171&lpg=PT171&dq=dreyfus+%22iles+du+salut%22+ducos&source=bl&ots=
yFqnqY8WPY&sig=tgvyy97rRwtwQmBUII_dgJODgk4&hl=fr&sa=X&ei=uS4jUuz7GMGh0QWzroDoCg&ved=0CE
YQ6AEwBA#v=onepage&q=dreyfus%20%22iles%20du%20salut%22%20ducos&f=false), éditions Stock, 10
septembre 2008, 408 pages.
92. [PDF]L'Adjudant Châtelain (http://images.expressdumidi.bibliotheque.toulouse.fr/1894/B315556101_EXPRESS_
1894_12_28.pdf), L'Express du Midi (en), 28 décembre 1894.
93. Bredin, L'Affaire, p. 125.
94. Alfred Dreyfus, Cinq années de ma vie.
95. Bredin, L'Affaire, p. 132.
96. Lire à cet égard les mémoires de Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue (https://gallica.bnf.fr/ark:/1214
8/bpt6k24254t), restés inédits jusqu'en 1978, sauf quelques extraits.
97. Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue, Fayard, p. 47.
98. Bredin, L'Affaire, p. 117.
99. Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k21872p) p. 48 et s.
100. Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24254t), p. 54 et s.
101. Lazare, Une erreur judiciaire. La vérité sur l'Affaire Dreyfus, Bruxelles, novembre 1896.
102. Boussel, L'affaire Dreyfus et la presse, p. 82.
103. Bredin, L'Affaire, p. 140.
104. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, p. 276.
105. Sur la personnalité et la vie de Walsin Esterhazy, lire Reinach, Histoire de l'Affaire Dreyfus Tome 2 (https://gallic
a.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k750834), chapitre 1er et toute la première partie de L'Affaire sans Dreyfus de Marcel
Thomas.
106. Bredin, L'Affaire, p. 142. C'est Marcel Thomas qui a découvert cette lettre au début des années 1970. V. les
annexes in L'Affaire sans Dreyfus.
107. Bredin, L'Affaire, p. 144. Ce qui permet à l'État-Major de contester ouvertement la qualité de la preuve et de s'en
prendre à Picquart pour le discréditer.
108. Birnbaum, L'affaire Dreyfus, p. 56.
109. Au point que von Schwartzkoppen cesse ses relations avec Esterhazy dès le début 1896. Thomas, L'affaire sans
Dreyfus, p. 145.
110. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 2 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k750834), p. 26.
111. Ce qui pose la question de savoir s'il n'y a pas eu complicité entre les deux hommes. Bredin, L'Affaire, p. 144 et
Thomas, L'Affaire sans Dreyfus p. 231, sont sceptiques.
112. Lire Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, Chap. 1, « Le roman d'un tricheur ».
113. Doise, Un secret bien gardé, p. 24 et s.
114. v. articles de L'Éclair des 10 et 14 septembre 1896, hostiles à Dreyfus, mai révélant l'existence du « dossier
secret ». Bredin, L'Affaire, p. 163.
115. Bredin, L'Affaire, p. 167.
116. Bredin, L'Affaire, p. 168.
117. Ibid.
118. Henry lui envoie une lettre pleine d'insinuations. Histoire de l'Affaire Dreyfus Tome 2 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12
148/bpt6k750834) p. 517 et s.
119. Doise, Un secret bien gardé, p. 109 et s.
120. Henry ambitionnait la succession de Sandherr, ayant été son adjoint de longues années. Mais Picquart avait été
nommé chef du SR comme on le sait. Le limogeage de Picquart va permettre à Henry d'assouvir son ambition
(Bredin, L'Affaire p. 262).
121. Bredin, L'Affaire, p. 200.
122. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, p. 475.
123. Histoire de l'Affaire Dreyfus Tome 2 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k750834), p. 603 et 644.
124. Pour tout ce paragraphe, hors précisions complémentaires : Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 11-19.
125. Zola, Combat pour Dreyfus, p. 44.
126. Voir Chez l'Illustre Écrivain, qui paraît dans Le Journal le 28 novembre 1897, recueilli dans Octave Mirbeau,
L'Affaire Dreyfus, 1991, p. 43-49.
127. Le concept naît avec un sens profondément péjoratif, afin de dénoncer, comme l'écrit Ferdinand Brunetière, « la
prétention de hausser les écrivains, les savants, les professeurs, les philologues, au rang des surhommes »
(Michel Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 29).
128. Extraits de la séance du 4 décembre 1897 (http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/Dreyfus/dreyfus_chambre
desdeputes_s%C3%A9ance_4decembre1897.asp), sur le site de l'Assemblée nationale.
129. Bredin, L'Affaire, p. 207.
130. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, Tome 2, p. 244.
131. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 39.
132. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, Tome 2, p. 245.
133. Bredin, L'Affaire, p. 227.
134. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 40.
135. Dictionnaire de l'affaire Dreyfus, Thomas, entrée "Esterhazy en Angleterre".
136. Procès Zola, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62779w), p. 268.
137. Bredin, L'Affaire, p. 234.
138. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 42.
139. Bredin, L'Affaire, p. 236.
140. Sauf compléments, pour ce paragraphe : Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 29-31.
141. Michel Winock, Clemenceau, éditions Perrin, 2007, p. 254.
142. Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 35.
143. Miquel, L'Affaire Dreyfus, p. 45.
144. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Pagès, p. 143.
145. Alain Pagès, Zola au Panthéon: l'épilogue de l'affaire Dreyfus (https://books.google.fr/books?id=gh4YYlEIWZMC
&pg=PA51&lpg=PA51&dq=zola+dreyfus+italianasse&source=bl&ots=A85mbUYpKG&sig=ZfkHfaUJueFeiaMHzE
bkmuvc-sk&hl=fr&sa=X&ei=TzYjUpa1McHz0gXZqIHQAQ&ved=0CFwQ6AEwBw#v=onepage&q=zola%20dreyfu
s%20italianasse&f=false), Presses Sorbonne Nouvelle, 2010, 264 pages.
146. Carpanin Marimoutou et Jean-Michel Racault, Métissages : Littérature-histoire (https://books.google.fr/books?id=
WKYEVBtXFJcC&pg=PA261&dq=zola+apatride&hl=fr&sa=X&ei=6jYjUsaWHcHs0gXTioGQBg&ved=0CEsQ6AE
wBA#v=onepage&q=zola%20apatride&f=false), éditions L'Harmattan, 1992, 304 pages.
147. qui se font par une porte latérale du Quai des Orfèvres. Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 36.
148. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 44.
149. Repiquet, bâtonnier de l'ordre, in Edgar Demange et Fernand Labori, Cour de cassation, De la Justice dans
l'affaire Dreyfus, p. 273 et s.
150. Voir l'intégralité des débats de 1898 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62779w).
151. Procès Zola (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62779w) p. 503-505.
152. Pierre Michel, Les Combats d'Octave Mirbeau (https://books.google.fr/books?id=dLJu5fhxyVwC&pg=PA342#v=o
nepage&q&f=false), p. 342, Presses universitaires de Franche-Comté, 1993, 181 pages.
153. Selon les souvenirs de l'antidreyfusard Arthur Meyer, Ce que mes yeux ont vu, Plon, 1912, p. 149.
154. À partir de cette phrase et jusqu'à la fin du paragraphe suivant : Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 39-41.
155. F. Brown, Zola, une vie, Belfond, 1996, p. 779.
156. Jules Renard, Journal 1887-1910, Gallimard, 1965, p. 472.
157. V. Réception de l'affaire en Grande-Bretagne, États-Unis et Allemagne in Drouin, Dictionnaire de l'affaire
Dreyfus.
158. De cette phrase à la fin du paragraphe suivant, sauf précision contraire : Winock, Le Siècle des intellectuels,
p. 50-51.
159. Bredin, L'Affaire, p. 287.
160. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75085t), p. 5.
161. Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, Tome 2, p. 262.
162. Bredin, L'Affaire, p. 279. En 1894, il n'y en avait que quatre.
163. Pour ce paragraphe et le suivant : Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 49-51.
164. Bredin, L'Affaire, p. 288.
165. Duclert, l'Affaire Dreyfus, p. 48.
166. Bredin, L'Affaire, p. 301.
167. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75085t), p. 183 et s.
168. Les circonstances du décès d'Henry ne sont toujours pas éclaircies et ont nourri quelques fantasmes.
L'assassinat est peu probable. Miquel, l'Affaire Dreyfus, p. 74.
169. Le chef d'escadron Walter, commandant du Mont-Valérien, « Annonce du suicide du lieutenant colonel Henry »
(http://www.dreyfus.culture.fr/fr/pedagogie/pedago-doc-annonce-suicide-colonel-henry.htm), Document militaire,
sur dreyfus.culture.fr, Centre historique des Archives nationales, 31 août 1898 (consulté le 31 août 2008).
170. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 80.
171. Procès de Rennes, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24250f), p. 181 et s.
172. Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 52.
173. Dont Paul Valéry, Pierre Louÿs, et un Paul Léautaud ironique, qui joint le message : « Pour l'ordre, contre la
justice et la vérité ». Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 57.
174. Miquel, L'affaire Dreyfus, p. 92.
175. Winock, Le Siècle des intellectuels, p. 63-65.
176. Bredin, L'Affaire, p. 307.
177. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 50.
178. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 1 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s), p. 137.
179. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75085t), p. 358 et s.
180. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 97.
181. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 53.
182. Pour ce paragraphe : [[#Demier|Francis Démier, La France du XIXe siècle]] p. 384-5.
183. Miquel, L'Affaire Dreyfus, p. 91.
184. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Royer-Ozaman, p. 182.
185. Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus, Tome 4 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75085t), p. 397 et s.
186. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, La première révision, Royer et Ozaman, p. 215.
187. Boussel, L'affaire Dreyfus et la presse, p. 194.
188. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 52.
189. v. Débats de la Cour de cassation en vue de la révision (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24254t).
190. v. arrêt de la Cour du 3 juin 1899 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24254t).
191. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Royer et Ozaman, p. 210.
192. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Royer et Ozaman, p. 211.
193. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 543.
194. Jean Jaurès, in L'Humanité du 4 juillet 1899.
195. Mathieu Dreyfus, L'Affaire… (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24254t), p. 206 et s.
196. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 562.
197. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Joly, p. 231.
198. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 60.
199. Doise, Un secret bien gardé, p. 159.
200. Bredin, L'Affaire, p. 544.
201. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 61.
202. Bredin, L'Affaire, p. 395.
203. Bredin, L'Affaire, p. 404.
204. Il s'agissait du président du Conseil de guerre et du commandant de Bréon, un catholique qui se rendait « tous
les jours à la messe » (J.-D. Bredin, Bernard Lazare, le premier des dreyfusards, Éditions de Fallois, Paris 1992,
p. 263).
205. Miquel, L'Affaire Dreyfus, p. 114.
206. Bredin, L'Affaire, p. 411.
207. Cinq années de ma vie.
208. Bredin, L'Affaire, p. 414.
209. Bredin, L'Affaire, p. 417.
210. Doise, Un secret bien gardé, p. 160.
211. Duclert, L'affaire Dreyfus, p. 104.
212. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Becker, p. 262.
213. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Becker, p. 267.
214. Duclert, L'Affaire Dreyfus p. 108.
215. Cour de cassation, De la Justice dans l'affaire Dreyfus, Canivet, premier président, p. 12.
216. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 962.
217. Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, p. 1009.
218. M. Drouin, Zola au Panthéon : La quatrième affaire Dreyfus, Librairie Académique Perrin, 2008, p. 287.
219. Duclert, L'Affaire Dreyfus, p. 111.
220. Drouin, Dictionnaire de l'affaire Dreyfus, entrée "Picquart", p. 263.
221. Jaurès, discours à la Chambre 8 mai 1903.
222. Birnbaum, L'affaire Dreyfus, p. 94.
223. Bredin, L'Affaire, p. 475.
224. Duclert, L'Affaire Dreyfus, p. 93.
225. Birnbaum, L'affaire Dreyfus, p. 95.
226. « Au début même de ce grand drame, ce sont les socialistes révolutionnaires qui m'encourageaient le plus, qui
m'engageaient le plus à entrer dans la bataille. » Jean Jaurès, "Les deux méthodes", 26 novembre 1900.
227. Duclert, L'Affaire Dreyfus, p. 67.
228. La fable des deux France (http://www.contrepoints.org/2012/09/03/96100-la-fable-des-deux-france), Anton
Wagner, contrepoints.org, 3 septembre 2012
229. Duclert, L'Affaire Dreyfus, p. 95.
230. Bredin, L'Affaire, p. 471.
231. Boussel, L'affaire Dreyfus et la presse, p. 92.
232. Bredin, L'Affaire, p. 474.
233. Pierre Milza, L'affaire Dreyfus nelle relazioni franco-italiane (en italien), in: Comune di Forlì–Comune di Roma,
Dreyfus. L'affaire e la Parigi fin de siècle nelle carte di un diplomatico italiano, Edizioni Lavoro, Roma 1994,
p. 23-36.
234. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, 2003, p. 29 et 34.
235. Dictionnaire de l'affaire Dreyfus, Nicault, entrée "Théodor Herzl et le sionisme", p. 505.
236. Historiographie construite à partir de Thomas in Dictionnaire de l'affaire Dreyfus, p. 586 et Duclert, Biographie
d'Alfred Dreyfus, p. 1193.
237. Voir les 96 pages de la bibliographie générale publiée dans Drouin, Dictionnaire de l'affaire Dreyfus, p. 629.
238. « Les souvenirs de Bernard Lazare sur son engagement dans l'affaire Dreyfus » (http://affaire-dreyfus.com/2015/
01/02/les-souvenirs-de-bernard-lazare-sur-son-engagement-dans-laffaire-dreyfus/), sur le blog de la Société
internationale d'histoire de l'affaire Dreyfus, 2 janvier 2015.
239. Joseph Reinach, Histoire de l'affaire Dreyfus.
240. « "L'Histoire-canon". Au sujet de quelques ouvrages "du doute et du soupçon" » (http://affaire-dreyfus.com/discu
ssions/lhistoire-canon-au-sujet-de-quelques-ouvrages-du-doute-et-du-soupcon/), sur le blog de la Société
internationale d'histoire de l'affaire Dreyfus.
241. Lire les recommandations bibliographiques chez Bach, Birnbaum, Bredin, Doise, Duclert, Drouin, Miquel.
242. Rebérioux 1976, p. 406, n. 1.
243. L'Île des Pingouins.
244. Édition originale en ligne sur Gallica, BnF:

Tome 1, Procès de 1894 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75082s)


Tome 2, L'affaire Esterhazy (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k750834)
Tome 3, Procès Esterhazy et Zola (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75084g)
Tome 4, Cavaignac et Félix Faure (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75085t)
Tome 5, Procès de Rennes (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k750865)
Tome 6, La révision (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75087h)
Tome 7, Index général (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k751017).
245. Dictionnaire de l'affaire Dreyfus, Baecque, entrée "Le Cinéma", p. 550-551.
246. « L'Affaire Dreyfus sur les écrans » (https://www.contrepoints.org/2016/07/12/239432-laffaire-dreyfus-ecrans),
sur ContrePoints, 12 juillet 2016

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