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Rapport de soutenance sur la thèse présentée

par Monsieur Gilles Pierrevelcin

« Les relations entre la Bohême et la Gaule du IVe au Ier siècle avant J.-C.»

Le 25 septembre 2010, Monsieur Gilles Pierrevelcin a présenté à l’Université de Strasbourg une thèse
de doctorat intitulée « Les relations entre la Bohême et la Gaule du IVe au Ier siècle avant J.-C. »
Le jury était constitué de M. Vladimír Salač, Université Charles de Prague et Académie des Sciences de
la République Tchèque, et de Mme Anne-Marie Adam, Professeur à l’Université de Strasbourg, co-directeurs
de la thèse, de MM. Jean-Paul Guillaumet, directeur de recherches au CNRS, HDR (UMR 5594, Université
de Bourgogne), Jan Bouzek, Professeur émérite à l’Université Charles de Prague et Loup Bernard, Maître
de conférences à l’Université de Strasbourg, Rapporteurs, de Mme Susanne Sievers, Seconde directrice à
la Römisch-Germanische Kommission (DAI, Francfort), et de M. Stephan Fichtl, Professeur à l’Université
François Rabelais de Tours, Président du jury.

Après un exposé préliminaire de Monsieur Pierrevelcin, qui présente les principaux résultats de sa
recherche, le président donne la parole à M. Salač, co-directeur de la thèse, qui retrace le parcours du
candidat. L’intérêt porté à l’Europe centrale et, avant tout, à la Bohême amena monsieur Pierrevelcin à
l’idée de suivre ses études de doctorat parallèlement à l’université Charles de Prague. Cet objectif a pu être
réalisé dans le cadre d’une cotutelle de thèse et de la convention correspondante entre l’université Charles
de Prague et, à l’époque encore, l’université Marc Bloch de Strasbourg.
Étant donné que les études de doctorat en Bohême se différencient assez considérablement des études
en France, M. Salač rappelle ensuite brièvement au jury quelles obligations monsieur Gilles Pierrevelcin a dû
remplir afin qu’il puisse tout simplement soutenir sa thèse de doctorat. Avant tout, il faut souligner qu’il a suivi
toutes ses études en langue tchèque, qu’il est parvenu à maîtriser à un excellent niveau. Pendant les études,
il a dû passer devant des commissions trois examens partiels – sur la Préhistoire, la Protohistoire et le Moyen
Âge de la Bohême et de l’Europe. Une autre obligation fut de rédiger un essai de philosophie, où il choisit le
thème “De l’utilité de l’échange à l’aube des civilisations”. Puis, pour finir, monsieur Gilles Pierrevelcin a passé
l’examen national sur l’archéologie de l’époque pré- et protohistorique devant la commission en charge de
cette discipline (en Bohême, cet examen n’est pas évalué par une note).
La publication d’au moins une partie des résultats de la thèse fait partie des autres obligations des
études. Il a rempli cette obligation par la publication de l’article Ke studiu dálkových kontaktů v pozdní době
laténské dans la revue Archeologické Rozhledy. Le public archéologique tchèque a donc été informé des
conclusions essentielles de son travail.
Monsieur G. Pierrevelcin ne s’est pas contenté d’un simple accomplissement des obligations
indispensables. Pendant ses séjours en Bohême, il s’est activement familiarisé pas uniquement avec la
littérature tchèque consacrée à l’époque de La Tène, mais a également fait connaissance avec des chercheurs
individuels, des collections de musées, des sites archéologiques et, de manière générale, avec la géographie
de la Bohême et de l’Europe centrale. Il a par exemple activement pris part, en collaboration avec le Musée
national de Prague, au traitement des trouvailles issues du célèbre oppidum de Stradonice; il a étroitement
collaboré avec l’Institut de protection des sites archéologiques de Bohême centrale dans le cadre du projet
international Oppida, premières villes européennes au nord des Alpes, a régulièrement participé à des
conférences tchèques, mais aussi slovaques sur le thème de l’époque de La Tène, etc.
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Au cours de ses études, G. Pierrevelcin ne s’est bien évidemment pas engagé uniquement en Bohême,
mais a pris part à des conférences internationales dans plusieurs pays européens, ayant également présenté
lui-même une communication dans certaines d’entre elles. Ses activités atteignent donc une dimension
internationale.
Armé de la sorte, l’auteur a, par conséquent, procédé à la rédaction de sa thèse de doctorat. Le travail
intitulé Les relations entre la Bohême et la Gaule du IVe au Ier s. av. J.-C. est organisé en quatre parties de base:
I. Cadre d’analyse et histoire de la recherche, II. Les marqueurs de contacts à longue distance, III. Formes et
vecteurs des contacts: hypothèses interprétatives, IV. Synthèse. Il s’agit d’une organisation logique, permettant
de remplir l’objectif de l’auteur. Mais l’inconvénient est que les chapitres sont numérotés dans chaque partie
en partant de un, ce qui rend quelque peu opaque la segmentation, particulièrement lorsque certains titres
de chapitres se répètent plusieurs fois – par ex. chronologie, conclusions. L’auteur n’a pas pu empêcher le fait
que certains problèmes soient traités dans divers chapitres (par ex. les contacts à distance, le commerce),
ce qui ne simplifie pas pour le lecteur le suivi des continuités. La question reste toutefois de savoir s’il est
possible de trouver dans une problématique si complexe une meilleure solution.
M. Salač souhaite mentionner quelques caractéristiques qu‘il considère comme importantes. Avant
tout, il ressort clairement de ce travail que G. Pierrevelcin s’est familiarisé de manière très poussée avec
la problématique de l’époque de La Tène dans le contexte européen. Il a particulièrement maîtrisé la
problématique tchèque dans toute son étendue : on peut affirmer qu’il n’y a pas de trouvailles ou de sites,
qu’il serait bon d’indiquer dans le cadre de son thème, et qui auraient été omis.
M. Salač n‘adhère pas pleinement à toutes les vues exprimées par l’auteur sur l’histoire ou la recherche
actuelle en Bohême. G. Pierrevelcin présente toutefois une perspective relativement cohérente sur une
problématique qui est nouvelle et instructive, car créée du point de vue d’un chercheur français. Et il est
nécessaire d’ajouter qu’apparemment il n’existe pas en France d’archéologue, s’occupant de l’époque de La
Tène, qui soit si parfaitement informé de la problématique tchèque (bien entendu, on ne compte pas Václav
Kruta). Il n‘est toutefois pas sûr que ce travail soit dans ces passages tout à fait équilibré, c’est-à-dire que
Gilles Pierrevelcin ait traité aussi soigneusement de la recherche française, mais aussi suisse, le cas échéant
belge, luxembourgeoise et la partie correspondante de la recherche allemande. On apprécie toutefois
énormément que la thèse soumise présente au public archéologique de langue française des opinions qui
seraient autrement inaccessibles, car publiées uniquement en langue tchèque.
L’auteur s’est trouvé devant la tâche difficile d’observer et d’évaluer les contacts entre deux territoires,
non voisins l’un de l’autre, ayant une superficie considérablement différente, mais aussi dont la tradition et
l’état présent des recherches archéologiques sont différents (par ex. des systèmes chronologiques différents),
etc. L’auteur est conscient de tous ces problèmes, il en a donné une vue cohérente et s’est efforcé de les
éliminer dans ses interprétations. Dans le même temps, Gilles Pierrevelcin a choisi un mode très approprié
et, apparemment, le seul possible de suivi archéologique des contacts mutuels. De la quantité de sources
archéologiques, il a dégagé des “marqueurs”, c’est-à-dire une certaine partie de trouvailles pouvant attester
de contacts. Il a en outre suivi leur présence en Gaule et en Bohême, a procédé à leur analyse chronologique
et spatiale. Ce sont justement ces passages (Chapitre II), formant le cœur du travail, qui représentent son
point le plus fort. Il s’agit d’une procédure originale et réalisée de manière conséquente permettant de se
saisir du problème. Grâce à cette procédure, nous pouvons nous faire une idée plus concrète des contacts
mutuels, certes souvent mentionnés en Bohême, mais auxquels n’a jamais été consacrée d’attention plus
systématique. Du point de vue tchèque, on ne relève pas d’erreurs. M. Salač ne peut toutefois pas clairement
évaluer si la problématique a été ainsi épuisée également du côté “gaulois”.
Dans les parties suivantes, Gilles Pierrevelcin résume les connaissances, intègre les données issues des
sources antiques et présente une interprétation d’ensemble. Ces passages représentent un apport essentiel
pour la recherche non seulement sur les relations possibles entre la Gaule et la Bohême, mais aussi sur les
contacts à distance à l’époque de La Tène de manière générale. Ici également, on ne constate ni erreurs,
ni insuffisances. Cela résulte toutefois en partie du fait que l’auteur est relativement prudent dans ses
conclusions et ne se lance pas dans des aspects de la problématique jusqu’alors guère explorés. Ces parties
pourraient être, semble-t-il, encore plus étendues par une mise en application des aspects théoriques du
commerce, du transport, de l’organisation de la société, etc. (voir J. Lacroix, K. Polanyi, D. Timpe, D. Denecke,
F. Fischer, N. Roymans). On apprécierait également une représentation graphique de certaines conclusions. Il
manque par exemple des cartes avec la désignation des lieu de trouvailles, des importations et des “ Grands
axes entre la Gaule et la Bohême”. Gilles Pierrevelcin, dans l’ensemble de son travail, cite soigneusement
voire, souvent, trop en détail, sans doute, divers auteurs, mais il est parfois quelque peu parcimonieux de ses
propres opinions.
Ces quelques petits reproches ne changent toutefois rien au fait que M. Salač juge le travail de Gilles
Pierrevelcin de manière très positive.

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Mme A.-M. Adam, co-directrice de la thèse, exprime sa satisfaction de voir le travail de Gilles Pierrevelcin
aboutir, avec la présentation de trois volumes de très bonne qualité, démontrant que l’auteur a su surmonter
les obstacles d’un sujet ardu et qui était loin d’être balisé par avance. La disproportion spatiale des deux
zones d’étude, difficiles à appréhender par une même méthode d’enquête, le choix de ces deux zones, qui
pouvait paraître arbitraire, en ce sens qu’il rejetait au second plan les régions intermédiaires, l’homogénéité
apparente de la culture laténienne à l’échelle européenne, surtout pour la fin de l’âge du Fer, qui rendait
délicate la définition de faciès spécifiques aux deux zones d’étude, tout ceci posait incontestablement des
problèmes méthodologiques propres à décourager un chercheur moins opiniâtre et surtout moins subtile
que G. Pierrevelcin.
Ce dernier a su aborder ce sujet atypique en privilégiant quelques approches pertinentes et en
accordant une place justifiée aux questions théoriques et méthodologiques, ainsi qu’à l’historiographie.
La confrontation critique de l’histoire des recherches et des méthodes, entre la France et la Bohême,
constitue la partie la plus intéressante du premier chapitre, consacré à la présentation des cadres de l’étude.
Cette partie bénéficie évidemment de la maîtrise linguistique de l’auteur qui aborde avec aisance une
bibliographie en langue tchèque, mais aussi en allemand, et, lorsqu’il sera question, à d’autres endroits de la
thèse, de la littérature théorique sur les contacts culturels et les échanges, également en anglais. Le rôle de
passeur, que joue aussi G. Pierrevelcin, en rendant accessible au lecteur français l’histoire d’un pan important
de la recherche archéologique en Europe centrale, n’est sans doute pas le moindre de ses mérites et ces
pages illustrent particulièrement bien la culture archéologique et la capacité de synthèse de leur auteur.
Le cœur de la thèse est constitué par l’analyse des marqueurs de contact, recensés au terme d’un
important travail d’enquête, et pour chacun desquels est proposée une étude monographique plus ou moins
développée, qui permet d’évaluer la situation chronologique et la répartition géographique de chaque
catégorie, et donc sa place dans les échanges entre les deux régions d’étude. Ces marqueurs correspondent
à des catégories extrêmement variées, parures, mais aussi armement, céramique, etc…, et on mesure donc
les efforts fournis pour réaliser à propos de chacun une notice appuyée sur la bibliographie la plus récente,
publiée en diverses langues, et sur une cartographie originale.
À travers ces recherches, G. Pierrevelcin est devenu un excellent connaisseur de l’Europe celtique
dans son ensemble, de la culture laténienne et de la typologie des artéfacts à l’échelle d’une large zone
géographique. Une telle capacité d’ouverture a été favorisée évidemment par le double cursus à Prague et à
Strasbourg, mais également par les expériences acquises parallèlement à sa recherche doctorale et par une
approche précoce de la collaboration internationale, notamment à travers un projet européen réunissant des
chercheurs français et tchèques, mais aussi allemands et hongrois, et dont il a assuré le secrétariat scientifique
durant plus d’un an.
Aucune des difficultés inhérentes au sujet n’est donc esquivée et l’effort pour les maîtriser est presque
toujours abouti. On peut noter également une utilisation efficace des sources littéraires anciennes, traitées
avec la même capacité critique et synthétique que les autres données.
Certains points, toutefois, mériteront une approche plus circonstanciée encore. En marge d’une
présentation synthétique et comparative des cadres culturels (ainsi que de l’histoire de la recherche, déjà
évoquée), l’évocation des questions chronologiques est un peu rapide, trop focalisée sur le seul domaine de
l’art celtique et n’abordant pas la question pourtant centrale des décalages entre les systèmes de datation
élaborés pour les différentes régions. La délimitation géographique des deux termes de l’échange (Gaule d’un
côté, Bohême de l’autre) impliquait par ailleurs, comme corollaire, la définition d’un territoire « intermédiaire »,
l’Allemagne méridionale, qui s’est révélé très vite détenteur d’un rôle central dans les échanges et les contacts
à l’échelle de l’Europe laténienne. L’auteur montre, dans de nombreux développements, qu’il a pris la mesure
de cette importance, mais sans peut-être avoir le temps d’en tirer toutes les conséquences pour l’histoire
culturelle du monde celtique, par exemple en approfondissant la question d’une éventuelle frontière
entre Celtique occidentale et Celtique orientale. Ce dernier aspect aurait pu bénéficier aussi de quelques
compléments cartographiques, qu’il faut prévoir pour la publication.
Compte tenu du niveau scientifique de cette thèse et de l’originalité des réflexions qu’elle propose, on
ne peut, en effet, qu’en recommander la très prochaine publication.

Le président donne ensuite la parole à M. J.-P. Guillaumet, rapporteur. La thèse de Gilles Pierrevelcin
porte sur Les relations entre la Bohême et la Gaule du IVe au Ier s. av. J.-C. Elle est la suite logique de son
travail en master 1 : Les petits objets de bronze de l’Oppidum de Stradonice à travers les documents anciens.
Ce premier exercice, sur un mobilier emblématique depuis la publication de J. L. Pic, traduite très rapidement
du tchèque en français par J. Déchelette, lui a permis de prendre connaissance de la richesse de ce site et
sa complexité. Son mémoire de master 2, Les rapports est-ouest dans le monde celtique à La Tène finale,
prépare son travail de thèse et lui a permis de mettre en place des corpus et de réfléchir aux moyens à mettre
en œuvre pour son travail de thèse. Sa thèse, soit 609 pages et un cd, se divisent en trois volumes, les deux
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premiers regroupent les textes accompagnés de planches et de cartes. Ils sont la somme accumulée, classée,
comparée et réinterprétée de longues années de travail. Le troisième volume regroupe les annexes : une
série de tableaux récapitulatifs des marqueurs utilisés, comportant en détail toutes les données disponibles ;
la liste des sites pour les quarante cartes de répartitions, situées à la fin du volume 2 ; le catalogue de toutes les
données prises en compte et les planches. Cette présentation, en apparence commode, désarme cependant
le lecteur dans une première approche rapide du contenu. Elle devra être revu dans le cadre de la publication.
Le cd joint est une copie numérique de l’ensemble. Dans le cadre de la cotutelle, entre un professeur français
et un professeur tchèque, Gilles Pierrevelcin a réalisé un fort résumé en langue tchèque. Pour être parfait,
mais je pense que le temps lui a manqué, il aurait dû aussi légender les figures dans les deux langues.
Le texte est clair avec très peu de coquilles. Les cartes, les figures et les planches sont nombreuses,
agréables à consulter et très didactiques. La bibliographie est abondante, mais réclame quelques corrections.
Le plan est bon. La très bonne présentation du sommaire permet de saisir les grands axes de cette thèse et le
texte est parfaitement ordonné dans tous les thèmes abordés.
L’introduction présente les questions abordées et leurs enchaînements : relations Est Ouest et Ouest
Est entre deux régions connues pour la qualité de leur recherche : la Bohême et la Gaule plus particulièrement
de l’Est.
Le premier chapitre (p. 10 à 83) intitulé cadre d’analyse et histoire de la recherche est en trois parties :
1 Le cadre d’étude présente la zone géographique  : la Gaule césarienne et la Bohême géographique - bassin
entouré de montagnes actuellement une des composantes de la République Tchèque ; le cadre chronologique (LTB-LTD)
avec les grandes coupures spécifiques à ces régions et une correspondance entre les chronologies du mobilier et de l’art
celtique ; le cadre culturel, présentation schématique des grands traits de la culture laténienne dans ces deux régions.
2 Les relations à longue distance : définition des termes et limites de l’étude est une partie méthodologique
particulièrement importante. Elle est traitée avec discernement et permet au lecteur de comprendre les
choix d’analyses des relations entre les régions choisies. C’est un travail original avec définition des termes
employés et une synthèse sur les «produits » immatériels souvent oubliés dans ces recherches.
3 Histoire de la recherche : la Bohême et la Gaule dans le contexte des contacts à longue distance,
découpée par grandes étapes de la recherche résume bien les buts et limites de chaque tentative jusqu’à
cette thèse.
Le deuxième chapitre (p. 84 à 272), Les marqueurs de contacts à longue distance, est la partie la plus
importante de son travail. Il en découle la synthèse du chapitre suivant. Après une partie méthodologique,
les soixante et un marqueurs retenus sont présentés suivant les types  : Monnaies, Parure, Céramique et
autres catégories regroupant les autres séries, Armement, Transport/Harnachement, Outils- ustensiles et
Monumental pour lequel nous proposons le terme Architecture plus explicite. Une dernière partie liste les
dix-huit marqueurs écartés et les raisons de ce choix. Tout ce travail de recension s’appuie sur les données
publiées et analysées avec méthode et prudence.
Le chapitre III (p. 275 à 369) Formes et vecteurs des contacts : hypothèses interprétatives désire mettre
en relations les réalités archéologiques présentées dans le chapitre précédent avec les trois grandes formes
de relations reconnues dans le premier chapitre : Peuples et migrations, Échanges et commerce et Voies de
passage et lieu de transit. Gilles Pierrevelcin aborde cette phase interprétative suivant une même méthode :
état de la recherche, hypothèses proposées et apport de sa recherche. Ainsi, il démontre le rôle d’intermédiaire
de certains sites et régions d’Allemagne comme le Wetterau, la Bavière et Manching pour le développement
de ces contacts. Dans cette partie, Gilles Pierrevelcin démontre la faiblesse de nos méthodologies et aussi
l’absence de corpus de mobilier sur de grandes régions.
La conclusion synthétise parfaitement les acquis et avancées qu’apporte cette thèse, sans occulter les
questions en suspens qui, comme le dit fort justement l’auteur, seront résolues par des travaux de ce type
alliant les données archéologiques à d’autres approches.
Ce doctorat est un travail considérable mené avec rigueur et méthode. L’auteur a recueilli le maximum
de données sur le sujet. Son travail résume parfaitement toutes les voies déjà explorées, propose de nouvelles
interprétations et ouvre de nouvelles pistes de recherche.

Pour M. J. Bouzek, également rapporteur, qui intervient à son tour, un premier éloge concerne la
connaissance pratique de la langue tchèque ; le candidat la parle couramment et il a utilisé avec succès même
les rapports en tchèque archaïque du 19e s.
La formulation du chapitre d’introduction est bonne pour l’essentiel. Parmi les explications possibles
des situations de contacts et d’échange, je voudrais ajouter le mercenariat et les expéditions militaires, ainsi
que le commerce des chevaux et des esclaves. Les produits de l’esprit sont très peu visibles et, notamment
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pour les archéologues, ils sont très difficiles à reconnaître, en revanche l’auteur est capable de trouver
quelques indications également pour les migrations.
Intéressante est aussi la discussion des résultats de ses prédécesseurs avec leur évaluation positive.
G. Pierrevelcin a commencé correctement avec J.-L. Píč et J. Déchelette, mais il donne une évaluation des
synthèses des autres savants tchèques et français jusqu’à notre époque.
La méthodologie de G. Pierrevelcin est raisonable : nous n’avons pas seulement un paradigme au sens
de Kuhn, mais plusieurs. L’auteur explique clairement sa position dans le domaine des cartes de répartition,
ses opinions sur les analogies stylistiques et morphologiques, et il explique aussi sa méthode d’étude des
« marqueurs ».
Dans le passage sur les monnaies, il est triste de constater que récemment beaucoup des trouvailles
clandestines ne sont pas accessibles aux savants, mais le candidat a faitdu mieux possible. Les trouvailles de
petites monnaies en bronze et de potins parlent pour la participation à ces réseaux commerciaux également
des moins riches, et une explication plus précise doit être tentée.
Les objets de parure sont discutés de manière assez détaillée et les relations pendant les étapes diverses
de La Tène B, C1, C2  et D sont examinées. Les ornements en bronze, les objets en verre (notamment des
bracelets) représentent les catégories les plus riches. Les torques fermés étaient produits pour les divinités,
mais beaucoup des autres modèles étaient prévus pour être portés toute la vie et ils sont les plus importants
objets pour l’étude des mariages à longue distance ; les bracelets en bronze sont moins caractéristiques, et
les bracelets en verre sont plutôt des objets de marchandise.
Sur le sujet des techniques de productions, G. Pierrevelcin a bien commencé à parcourir le chemin pour
une analyse plus profonde des faits, mais on pourrait essayer aussi d’utiliser d’autres indications concernant
les techniques de construction, la production de poterie, l’artisanat des métaux, les techniques d’agriculture,
les outils. Pour quelques objets rares, comme le char de Mezek, avec ses parallèles dans la région parisienne,
on peut penser à un grand centre de production, un « Mercedes » du monde celtique.
La synthèse proposée par l’auteur de la thèse est un peu timide, mais sa modestie est sympathique
dans notre monde, où beaucoup de jeunes chercheurs font preuve d’une certaine prétention. Le thème des
migrations en archéologie a été négligé trop longtemps par la génération précédente, donc il est temps de
revenir aux explications plutôt historiques, que seulement archéologiques. Mais ici aussi, l’auteur est très
prudent dans ses conclusions.On a toujours des problèmes, mais les critiques des historiens concernant les
données fournies par César sur les Volques Tectosages en Europe centrale sont plutôt contre-productives
qu’utiles. Elles expriment plutôt l’attitude sceptique de quelques savants qu’une nécessité d’interprétation
pour les archéologues. Omnia dubitandum est, mais on doit chercher à approcher la solution, en faisant
abstraction des préjugés et du scepticisme.
Sûrement l’auteur de la thèse pouvait utiliser plus les sources écrites en général, pour expliquer aussi
les migrations de petits groupes, se référer au système de « Gefolgschaft » pour expliquer l’identité des petits
groupes constitués par des individus celtiques, y compris par des femmes, comme dans l’histoire d’Onomaris.
Mais G. Pierrevelcin possède la qualité très positive de descendre toujours ad fontes et d’examiner
beaucoup de détails in corpore pour être sûr dans ses évaluations.
De façon générale, on peut constater que la thèse de M. Pierevelcin est bien écrite et d’une qualité
exceptionelle ; elle repose sur une connaissance approfondie de la documentation et émet des conclusions
mûrement réfléchies.

Le troisième rapporteur, M. L. Bernard donne à son tour son avis. Le travail de G. Pierrevelcin « Les
relations entre la Bohême et la Gaule du IV e au Ier s. av. J.-C. » se présente sous la forme de trois volumes,
deux de texte et un catalogue. Le texte est bien rédigé, il présente un éclairage nouveau sur l’archéologie
celtique en Bohême de par l’excellente analyse bibliographique critique et la connaissance de l’histoire de
la recherche, aussi bien que des marqueurs pris en compte (plus de 60 types d’artefacts étudiés à l’échelle
européenne, sur plus de cinq pays en trois langues).
L’auteur maîtrise parfaitement les problématiques, les sites et les mobiliers sur une très vaste portion
du monde celtique –de l’Atlantique à la république Tchèque-, ses capacités linguistiques lui permettent
d’appréhender en tchèque comme en allemand des nuances d’interprétation essentielles à la reprise
systématique détaillée de corpus qui ont jusqu’à aujourd’hui été traités de manière générale par ses
prédécesseurs. La mise en place des corpus a nécessité de nombreux séjours d’étude dans les principales
bibliothèques européennes (Prague, Bibracte…).
Les outils choisis, analyse bibliographique, marqueurs mobiliers et cartes de répartition, sont utilisés
à bon escient et permettent d’identifier un certain nombre de marqueurs valides quant aux relations entre
la Bohême et la Gaule à la fin de l’âge du Fer. Le travail permet également d’écarter un certain nombre de
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marqueurs galvaudés sur la base d’incohérences ou de mauvaises interprétations, comme par exemple la
présence de remparts à talus massifs en dehors des régions de l’Atlantique.
Les tableaux synthétiques ainsi que les cartes de répartition permettent de reprendre l’analyse de
concepts théoriques anciens comme les migrations, ouvrant de nouvelles perspectives d’étude quant à la
compréhension de la société celtique dans son ensemble et du grand commerce en particulier. Le chapitre
concernant les migrations est courageux et nécessaire, il s’inscrit particulièrement bien dans la réécriture
actuelle de l’historiographie des études celtiques.
Le catalogue, honnête et précis, sera un outil précieux pour l’analyse des relations entre groupes
celtiques sur les quatre derniers siècles avant notre ère. Les passages consacrés à l’étude des monnaies et de
la parure sont plus particulièrement étoffés et la compétence de l’auteur à étudier ces différents mobiliers
dans leurs spécificités archéologique et leur contexte est très appréciable. Les cartographies -qui reposent sur
des résultats publiés- permettent de visualiser les diffusions comme l’état de la recherche celtique en Europe,
nul doute qu’elles sont à publier et serviront de point de départ à de nouvelles recherches.
Lors de la soutenance, Gilles Pierrevelcin a montré sa capacité à synthétiser, à présenter clairement à
l’oral et à défendre son travail. Les discussions avec les différents spécialistes se sont tenues en français, bien
que les sites et la bibliographie aient fait appel à plus de quatre langues vivantes. Les réponses ont été claires
et le travail bien défendu.

Le président donne la parole à Mme S. Sievers. Pour celle-ci, la thèse de G. Pierrevelcin apparaît, y
compris dans une perspective à long terme, comme un travail important pour les recherches sur la culture
celtique, trop souvent divisées entre une branche celtique occidentale et une branche celtique orientale.
Dans cette situation, mettre l’accent sur l’aspect des relations entre deux régions - ici illustrées par la Gaule et
la Bohême – constitue un pas important. Pour une telle entreprise, il faut, par ailleurs, un protohistorien doué,
capable d’exploiter les données et la bibliographie de plusieurs pays, pour l’essentiel en français, tchèque et
allemand. Gilles Pierrevelcin a affronté cette tâche souvent ardue avec un grand succès. De même, il faut
souligner ici qu’il a brillamment fait face à la défense orale de son travail, en plusieurs langues.
Il a démontré qu’il était un excellent connaisseur de l’histoire de la recherche franco-tchèque, qui
souvent a joué un rôle moteur dans les travaux concernant l’âge du Fer. Il examine de façon exemplaire
les données archéologiques entre le IVe et le Ier siècle et a choisi avec pertinence les différents mobiliers,
marqueurs de relations est-ouest ou inversement ouest-est. Que les circonstances des découvertes soient
souvent peu claires et que l’état de la recherche laisse ouvertes de nombreuses questions, ne doit pas lui être
imputé.
Il propose en particulier un exposé détaillé et très utile de la question débattue des migrations des
Boïens et des Volques Tectosages, qui sont attestées par les sources écrites aussi bien à l’est qu’à l’ouest. En
s’appuyant sur un large arrière-plan théorique, il discute la question du fonctionnement et des modalités
des contacts entre les deux régions, s’occupant surtout avec succès de la possibilité de démontrer l’existence
effective des migrations et des différentes formes des échanges (en particulier le commerce). Il évoque en
détail les différentes hypothèses, qui auraient pu, néanmoins, être parfois soulignées avec plus de force.
Le secteur sud-allemand, qui correspond à la zone d’étude de Mme Sievers, n’est pas au centre du
travail de G. Pierrevelcin. Il reconnaît cependant l’importance exceptionnelle de l’oppidum de Manching,
situé sur le Danube, pour les relations entre la Gaule et la Bohême. La mise en évidence fondamentale des
passages est-ouest et des itinéraires de transit (en particulier les voies fluviales) pâtit quelque peu du fait
qu’une prise en compte de l’ensemble des découvertes sud allemandes n’est pas possible dans ce travail, et
n’a même pas été envisagée. G. Pierrevelcin a par ailleurs jeté là des bases importantes pour des recherches
futures.
Dans sa synthèse, il prend soigneusement en considération toutes les possibilités, mais il reste
globalement très prudent et laisse, de l’avis de Mme Sievers, trop de questions ouvertes. Il concède lui-même
que l’introduction de méthodes issues des sciences naturelles aurait pu contribuer à la résolution de certains
problèmes. Il y a là encore un gros potentiel méconnu.
Quelques erreurs formelles seront aisées à corriger pour la publication de l’ouvrage.
Il reste à souhaiter à la recherche protohistorique et à Gilles Pierrevelcin, qu’il trouve dans l’avenir
l’occasion de mettre à profit ses compétences qui s’étendent à une bonne partie de l’Europe.

M. S. Fichtl, président du jury, prend enfin la parole. Il félicite tout d’abord le candidat d’avoir achevé
un travail de longue haleine sur un sujet complexe, à cheval sur deux pays et deux traditions archéologiques
parfois bien différentes. Il n’a pas hésité à apprendre le tchèque ce qui lui a permis de lire la littérature de
Bohême « dans le texte », à l’inverse des archéologues français qui pour la plupart doivent se contenter des
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figures et des résumés. Il a accepté une inscription en cotutelle entre l’université de Strasbourg et l’université
de Prague, ce qui a débouché parfois sur un alourdissement considérable du travail à effectuer en dehors de
la thèse, les deux systèmes universitaires restant fort différents l’un de l’autre.
À l’arrivée, G. Pierrevelcin est sans doute l’un des rares archéologues actuels avoir à avoir une parfaite
maîtrise des données archéologiques de la République Tchèque, autant que de la France. Dans le cadre de sa
thèse, il a été amené à consulter une abondante littérature dans plusieurs langues, le français et le tchèque
d’abord, mais aussi l’allemand, et sa riche bibliographie en est la preuve.
Malgré l’ampleur du sujet traité et la masse de documentation brassée, Stephan Fichtl a quelques
regrets, en particulier, sur l’aire géographique prise en compte dans cette thèse. Une étude des relations
entre la Bohême et la Gaule pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, les deux entités comparées ne sont pas
de poids équivalent. Il est clair que si G. Pierrevelcin a pu consulter la majeure partie de la littérature sur la
Bohême, la quantité de données concernant la France est telle que ce travail est impossible à réaliser dans le
cadre d’une thèse. Les problèmes de déséquilibre se posent aussi pour les questions strictement scientifiques.
Les sites de l’Est de la France, comme ceux d’Alsace par exemple, sont géographiquement plus proches de la
Bohême que d’une grande partie de l’Ouest de la Gaule. Il aurait fallu affiner le découpage de la Gaule et ne
pas la prendre comme une seule entité. Encore plus, parler des relations Bohême-Gaule sans tenir compte,
ou trop marginalement, du sud de l’Allemagne limite sensiblement la portée des résultats. Il serait bon dans
le cadre d’une publication, qui paraît par ailleurs indispensable, de renforcer la place de l’Allemagne et en
particulier d’un site comme Manching dans la réflexion. Il est vrai, à la décharge de M. Pierrevelcin, que de
réaliser une étude aussi poussée pour l’Allemagne, que celle qu’il a fournie sur la Bohême et la Gaule, l’aurait
obligé à repousser la soutenance d’un an ou deux, ce qui n’était pas faisable.
Pour conclure, Stephan Fichtl, ne peut que féliciter l’impétrant pour la richesse de son travail, dans lequel
il a démontré qu’il maîtrisait parfaitement les questions de typologie et de chronologie d’une grande variété
de catégorie d’objets. G. Pierrevelcin a fait preuve d’un sens critique acéré, dans un dédale d’hypothèses
archéologiques et face à une historiographie particulièrement pesante pour ce sujet. Il n’a jamais écarté une
idée de manière abrupte et idéologique, mais a, à chaque fois, repris les argumentaires de l’une ou l’autre
école, pour donner sa propre interprétation parfaitement argumentée. Toutes ces démarches dénotent, de
la part du candidat, de réelles capacités intellectuelles et scientifiques. Pour Stephan Fichtl, ces qualités se
retrouvent autant dans son travail écrit que dans les riches discussions qui ont eu lieu lors de la soutenance,
mais aussi en dehors de cadre officiel de la thèse. Même si l’université de Strasbourg a supprimé les mentions
pour la thèse, M. Pierrevelcin mérite largement les félicitations du jury.

Après délibération du jury, Monsieur Gilles Pierrevelcin est déclaré digne du titre de docteur de
l’Université de Strasbourg et de l’Université Charles de Prague.