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Bulletin de correspondance

hellénique

La construction, l'attitude et l'emplacement du colosse de Rhodes


Albert Gabriel

Citer ce document / Cite this document :

Gabriel Albert. La construction, l'attitude et l'emplacement du colosse de Rhodes. In: Bulletin de correspondance hellénique.
Volume 56, 1932. pp. 331-359;

doi : 10.3406/bch.1932.2843

http://www.persee.fr/doc/bch_0007-4217_1932_num_56_1_2843

Document généré le 18/05/2016


LA CONSTITUTION, L'ATTITUDE

! ET

L'EMPLACEMENT DU COLOSSE DE RHODES

Au sujet de l'attitude et de l'emplacement du Colosse de


Rhodes, on a souvent et longuement discuté. Gaylus (1), Rot-
tiers (2), Ross (3), Hamilton (4), Guérin (5), Newton (6),
Liiders (7), pour ne citer que les auteurs modernes les plus
connus, qu'ils aient basé exclusivement leurs études sur
l'interprétation des textes ou qu'ils aient poursuivi leurs
recherches à Rhodes même, n'ont abouti qu'à des conclusions
imprécises et souvent contradictoires. Ils ne s'accordent guère
que sur un point : Hélios était représenté seul et debout (8).

(1) Cte de Caylus, Mémoires de Γ Académie des Inscriptions et Belles-Lettres,


t. XXV, 1759, p. 360-367.
(2) Rottiers, Description des Monuments de Rhodes, Bruxelles, 1830, p. 81-97.
Cf., PI. X de l'atlas, la restitution du colosse.
(3) L'. Ross, Reisen auf den griechischen Insein des agûischen Meeres,
Stuttgart-Tubingen, 1840 sq., Ill, p. 86 sq.
(4) W. J. Hamilton, Besearches in Asia Minor, Pontus and Armenia, Londres,
1842, II, p. 65-66.
(5) V. Guérin, Ile de Rhodes, Paris, 1880, p. 111-123. Une première édition de
cet ouvrage avait paru en 1856 sous le titre : Voyage dans Vîle de Rhodes et
description de celte île. Je cite l'édition de 1880.
(6) C. T. Newton, Travels and discoveries in the Levant, Londres, 1865, I,
p. 176-177.
(7) F. Luders, Der Koloss von Rhodos, Hambourg, 1865.
(8) Bien que le comte de Caylus (op. cit., p. 364) ait montré déjà que l'idée
du colosse aux jambes écartées était de date récente, Rottiers, Hamilton et Gué-
332î ALBERT GABRIEL
Dans. une série d'articles aussi -ingénieux que savants, mais
d'un caractère unpeu aventureux, M. Préchac a tenté de
prouver que le Colosse de Rhodes conduisait;, un s quadrige (1). En
outre,. iHa vu dans l'œuvre de Charès un des; prototypes du*
Colosse de Néronqui; lui aussi, aurait été aurige (2).,
La con jectu re : relative au Colosse de Néron a été j ugée
inacceptable, par; ML Gagé et les solides· arguments^ dont\ ilappuie
sa*. réfutation1 ne laissent guère de place au* doute; (3)'.. Il^me
paraît également diiïicilede souscrire à l'hypothèse de Mi..
Préchac ; touchant le - Colosse de Rhodes, mais la question, à mon ;
sens, mérite d'être reprise* en entier; Aux. informations, que-

:
fournissent les textes sur la construction, l'attitude et
l'emplacement de. la statue (4), j'ajouterai quelques données· nouvelles
recueillies suivie site de

ia La· construction du Colosse.

Lepassage de Philon (5) demeure le point de départ de toute'


étude relative au Colosse de Rhodes :: bien que ce texte pré-

rin en font le point de départ de leurs études. Elle est d'ailleurs communément
admise dans. le public (Cf.' Choiseul-GoufFier, Voyage pittoresque de la Grèce, I,
108).",
(1) F. Préchac, Le Colosse de Rhodes, ds. Rev. archéol., 1919," IX,r.p. 64-76;
.

Ampeliana, ds. Rev. archéol. 1920,'-.X, p. 271-289;


(2) F. Préchac," Le Colosse de~Néron, son attitude et ses vicissitudes d'après les
textes et les monnaies, dans* Revue Numismatique, 1920.'. Je citerai > cette ; étude -
d'après la pagination du tirage à part. Sur les. rapports- entre le Colosse de-,
Néron et le Colosse de Rhodes, .voir notamment ρ ,- 27 sq.^
(3) J. Gagé, Le Colosse et· la Fortune de Rame, ds. Mélanges de. l'École
française de Rome, 44« année,. 1927, p. 1O6-1'22. ..
(4) Les textes essentiels sont.-réunis dans.J. Overbeck,.. Oie antiken Schrift-
quellen zur. Geschichte der, bildenden \ Kûnsle .- bei-den Griechen, Leipzig,; 1868,
p. 291-294.. — . Les indications * bibliographiques, déjà très abondantes, fournies '
par la substantielle étude de- Lùders / op. .cil.) ont été complétées . et mises -:à/.
-

jour par. les travaux de M: Préchac -.[op.. cit.)..


(o) Philonis Byzantini libellas de septem orbis speclaculis,, éà\ï. J. C. Orelli,-
Leipzig, 1816.- — Texte grec, p. 14-18, accompagné d'une trad., lat. du Français,
:
.

D. S. de Boissieu (Lyon, 1661). Cf. ibid., p. 30 sq. la. trad.Mat. de L. Allazzi.


— (Rome, 1640}..
LA; CONSTRUCTION · ET , ^EMPLACEMENT DU COLOSSE î DE RHODES « 333 .<

sente certaines -obscurités, - il tire dèi son caractère ι technique :


une: réelle? valeur documentaire.. Je: donnerau tout •d'abords la
traduction de la partie essentielle dont; peut-être, les
commentateurs n'onti pas: jusqu'ici; examiné: d'assez près certains:
détails;.
« Ils (l'artiste) (1) construisit;une base de marbre blanc- et il*

« fixa d'abordlles. pieds diuColosse jusqu'aux^ chevilles,)


calculant lès proportions d'après lesquelles undieu.de soixante-dix:
«coudées devaitiêtre érigé. L'empreinte- des pieds sur la base·
« dépassaitidéjà? les; dimensions -des; autres -statues: donc, il1
« n'était- pas possible de placer: au-dessus[deSi pieds] le-.reste:
« [de :1a. statue] par une opération de levage (2), mais-il fallait*
« fondreles chevilles au-dessus [des pieds] et, de même qu'on?
« opère dans: la' constructiomdes édifices, [ihfallàit] que toute.
« l'œuvre s'élevât sur le. lieu même: Pour.cela, dans les autresi
« cas, les artistes commencent par modeler. les statues, puis ils?
« les divisent par.parties et, enfin; ils les dressent en les
assemblant.. Mais ici, c'est,, comme; jeTaii dit, sur la? première:
« partie1 déjà i fondue que la seconde partie, fut ι modelée, puis
« lorsqu'elle eut;été:fondue, on -éleva* au-dessus d'elle ; la troi-
« sième: parties et ainsi^dei suites em appliquant: la^ même
« méthode detravaiK.D'ailleurs, il était impossible que les diffé-
« rentes : parties fondues pussent se· déformer. Une ;fois que fia*
« fonte d'un élément* était achevée;: on conservait dans lès
>-

parities déjai terminées les traverses de ï fer: horizontales et , les


« entretoises du>;bâti;(3) et des pierres placéeslesunessur les.
« autres stabilisaient la masse;

(1) Ό τεχνίτης. Le nom de Charès n'apparaît pas dans le texte de Philon.,


(2) «Τοιγαροΰν oùx ένήν ε'ζ'.θείναι βαστάσαντα τό λοιπόν. » (Ibid., p. 16). — Le mot*
levage, dans :1a technique moderne, désigne; la sinise en place des -pièces d'une;
charpente, de bois ou de métal:.
(3) « -Τής^χωνείας δε γϊνομέντ,ς; έπ; των τ:ροτελεσμένων έργων, χΐ'τε οιαιοέτεις των -
μοχλών και το -ήγμ,α ττ,ς σχεοίϊί έτηρεϊτο. » (Philon, op. cit., p: 16). Ni la
traduction latine de Boissieu;: « vectium inlerstitia- et junclurarum compages sewa-
bantur », ni celle d'Allazzi [op. cit., p. 31) : « Super jam confectis operibus divi-
siones vectium pontesque nexi observabantur », ne sont très explicites. Une note1
d'Orelli (Ibid,, p. 106} tente de préciser le sens des termes : « Μοχλού; accipio de.
334 ■ ALBERT: GABRIEL :

« Afin- que,, toutau* long, du» travail,' l'artiste pût c suivre


« sans avoir- à la* modifier. une; méthode invariable, il versait
« autour des parties encore inachevées du Colosse unâmmense
« remblai de; terre;, masquant ce qui étaitt déjà· faitet il prati*·
« quait sous terre la fonte des plans suivants (1). C'est ainsi que
« s'élevantpeu à.peu, iHparvint au? termede5 ses espérances,,
« et qu'après avoir dépensé 500 talents de bronze et 300 talents ί
« de fer, il fit,: avec une audace prodigieuse,* un dieu semblable'
« audieuiréel : car/iUdonnamn second?Hélios au>monde.\»
II? est r. bien difficile : d'admettre qu'une ♦■ telle ?. description ι ait
été imaginée de i toutes pièces et n'offre aucun' rapport: avec la


construction^ dm Colosse: (2).' Elle me semble; aui contraire; le
devis d'une suite d'opérations parfaitement? logiques qui, étant;
données :>les dimensions de la statue, répondent à une solution;
rationnelle et prudente; L'œuvre fut construite par étages;
successifs,, comme- un< monument; .et dans chaque étage, le
premier soin de Charès fut démettre emplacet l'armature f de fer
interne.Elle 'était constituée- de barres· de: fer horizontales
({Λοχλοί) aux extrémités desquelles venaient s'assembler les
σχεδία'., , tiges de fer. façonnées à la forge et^ épousant ; approxima-
tivementda forme de la statue.
Les σχεδίαι, d'autre part, devaient1 être. rendues solidaires de*
l'enveloppe de bronze fondue : sur place; On ne ; sau rait; bien ;
'

entendu, préciser de quelle *, manière <■ était obtenue cette ;


'

liaison,, mais on peut supposer. que des crampons ou des goujons


dermétal^ étaient? fixés* de ; place: en; place; suri Ιββσχεοίαι, de:
,

vectibus ferreis; qui uncis alius super alium - transmissi erant per medium Colos-
sum :σ·χεδίαν vel,' ut supra dixerat, σχεδίας de laminis sive contis minoribus
ferreis qui vectibus illis affixi,' ab Mis exeuntes pertingebantadHnteriora Colossi -
.

latera in formam σχεδίας... » Un: croquis inintelligible est joint à ce


commentaire {Op. cit., p. 106).
Étant donné le sens général de ■ μοχλός, levier, il semble bien que ce terme
;

désigne ici; les pièces horizontales de :1a charpente. Quant au mot σχεδία, il est;
employé tantôt au? singulier, tantôt au pluriel ::mais il n'est pas douteux que.
l'ensemble des σχεδίαι n'ait constitué la σχεδία.
(1) «. . . . κατάγειον τήν των έχομένων έΐϊίπε'βων έποιεϊτο χωνείαν. »-■
(2). Η.1 Brunn, Gèschichte der griechischen Kunsller, V, p. 417 sq.
(Braunschweig, 1823). *
335'
LA CONSTRUCTION- ET L'EMPLACEMENT DU. COLOSSE DE RHODES

manière à agrafer, l'enveloppe et à> la maintenir en ί place. (1).


■ Malgré ces précautions," le Colosse réduitrà seséléments de?
fer et î de î bronze eût: manqué de* stabilité:: c'est' pourquoi; le5,
vide intérieur, de la statue étaitrempli de blocs de pierre entre?
lesquels venaient s'intercaler les μοχλοί-:: le poids de ces libages·
s'opposait au déplacement dès μοχλοί etpar suite àcelui-de là?
charpente, tout entière. Cependant la. quantité de5 fer utilisée -
;

(300 ? talents) par: rapport ' au i bronze (500 1 talents) : laisse penser,

:
qiie. lefbâti«du Colosse, à -lui seul;, était, un. ouvrage des plus t
robustes, composé de pièces de fer pesantes. C'est ce que relate?
Philon;:: « Τούτον ·;ό τεχνίτης ;έ'σωΟεν,< μεν σχεοίαις, σιδηραΐς, καΙ-
τετρ_απέ3οις διησφαλίσατο λίθοις, ων οι-, οιάπηγες : μοχλοί Κυκλώπειον ?
εμ;οαίνουσι ραιστηροκοπίαν »< et'il1. ajoute* Γ «?Tôï κεκρυμμένον^ του ■>
πόνου :τοΰ ^λεπομένου μείζον εστίν.·.» (2). De son côté," Pline,
décrivante lé colosse gisant à terre, confirme quela statue était
remplie de blocs de pierre :« ... vasti specushiant defractis mem-
b'ris;. spectantur, intus^magnae molisisaxa, quorum· pondère·
stabiliverat eum constituens. » (3);,
Liiders, qui examine, sans entrer dansle détail, les diverses·;
opérations: décrites ; par, Philon, considère: comme;
vraisemblables lesi deux premières,, savoir :: 1? la, construction sur
place, par tranches successives ; 2°'le remplissage du vide
intérieur au. moyen de fer et de pierres;JVlais il lui semble étrange:
que pour faciliter; le travailde, fonte, on < ait entouré la statue
d'un remblai de terre et il:ajoute : «. derselbe Zweck liess.
sich durch andere, einfachere Geruste undnachtrâgliche
Composition der.bereits gegossenen Stûcke an Ortiund Stelle errei-
chien· (4'.)· » =

(1) On pourrait imaginer que sur les σχεδίαι étaient fixées des tiges normales,
â la couche de bronze et assez longues pour dépasser la paroi externe. Dans ce;
cas. elles 'auraient été rivées au 'fur et; à mesure qu'on -enlevait la terre et ι
l'échafaudage (Cf." inf.!, fig. 2).* En outre,, il est vraisemblable qu'au moyen de"
tenons laissés en attente ou; de feuillures ménagées â cet effet, on ·, assurait la»
liaison entre les plaques .contigucs dont-chacune était obtenue -. par une fonte-
spéciale.
(2) Philon, éd. cit., p. 141.
(3) Pline, --Nat: Hist;, XXX1V.41.
(l) Liiders, op. cit., p. 13..
336, ALBERT GABRIEL
Ces;réserves seraient; parfaitement judicieuses si- comme- le
croit Liïders, le; remblaie de* terre avait: formé autour de* la
statue.un cône gigantesque: dansce cas,, en effet, en
admettant que ;I'angle des : génératrices à, la-base ait été de 45°
environ, angle quiicorrespond à l'angle naturel des terres, . le
diamètre de base du cône eût dépassé 100 mètres (l).,D'autre part;
cette; agglomérations de terre meuble aurait été; sans grande,
utilité (2).:: pour qu'elle^put remplir un; rôle; efiicace, il fallait
qu'elle ; constituât une : sorte d'en veloppe com pacte et résistante ■
autour de;la' statue. On doit· donc supposer qu'à mesure que
s'élevait ;. la construction γ on. dressait un .? échafaudage

:
périphérique composé de pièces de bois verticales réunies par des ;-
traverses sur lesquelles étaient clouées £ des planches. Lorsqu'on
avait mis en place les moules destinés à la fonte d'une
tranche, on remplissait; de terre battue et comprimée l'espace
vide compris enlre les moules et les planches de l'échafaudage :
ce dispositif avait -pour objet essentiel de maintenir, les moules
à leur place de façom parfaite et,· dans la; suite, des'opposer à>
tout>mouvement; à toute dislocation. des partiesachevées.. En
outre, la terre,· une*fois arasée; offrait aux ouvriers une
plateforme stable sur laquelle ils pouvaient opérer, en toute;
sécurité.
La construction d'un tel'échafaudage n'était point une
entreprise qui excédât; les capacités des architectes de cette époque..
On sait que pcndantde siège de la ville par Démétrios, ilsriva-
lisèrent d'ingéniosité* dans l'attaque et dansia défense de la -
place et qu'ils donnèrent des preuves nombreuses de leur auda-
cieusehabileté (3). Vitruve aaaconté, notamment,, de quelle

(1) A la hauteur du colosse, 32 mètres, il faut ajouterla hauteur de. la base;


(Cf.: fig.. 1)..
(2) On sait que les constructions égyptiennes utilisaient d'immenses remblais
de sable pour élever 'les blocs «le pierre jusqu'au faite des temples.. Mais si le
sable de la vallée du Nil et l'abondance de la main-d'œuvre facilitaient l'emploi·
d'un tel procédé, conséquence de la rareté du bois, il eût été, à Rhodes, aussi^
peu pratique que dispendieux..
(3) Diodore de Sicile.XX, 81 sq.; Plutarque, Vil;,Demelr., C. 21-22 ; Vitruve,.
ΧΓ 16,3-8..
LA CONSTRUCTION < ET, ^EMPLACEMENT ~ DU Γ COLOSSE DE ; RHODES = 337;

Fis. 1. — La «oBstruclion <In Colos«> : essai de restitution.


338Ï- ALiJERTi GABRIEL \ · ·

manière l'un d'entre eux, le?Rhodien;Diognétos, réussit à faire*


échouer dans?- un ν maraisï artifîcieli la; plus- dangereuse:· des?
machines· dressées- contre/ les? rem parts,, lai célèbre hélépole,
tour de charpente;, haute; de 135 pieds et- large de 60? (environ:
40 mètres de haut sur 18 de large) (1).
Aprèsle départ de Démétrios, l'hélépole devint -la? propriété '.■
de Diognétos qui la transportas dans Ua .ville et* en fit; dpn au ν
peuple. On? remarquera que; ses dimensions? correspondent, à-
peuprès à celles de l'échafaudage du Colosse; tel qu'ii'est tracé;
surle croquis ci-contre (Fig. I). On peut donc se demander si;
ce, n'est: point d'hélépolei elle-même; qui s servit i d'échafaudage:
au· Colosse. En » tout? cas; il i est i permis ; de : supposer que cette

!
gigantesque charpente ï suggérai àï Chares* le principe de? lai
méthode qu'il adopta pour. construire la statue (2).
Le:schéma ci-contre, (Fig.. 1) représente l'ensemble
dès-travaux, statue et échafaudage, après;leur achèvement et la fig. 2
donneles détails de construction d'une tranche comprise entre:
les deux plans i parallèles (3) '. ,. On y pourra ■ suivre t. la s marche
;

des opérations successives. ;


II — Mise en* places des ιχογΧοί]. b, encastrés; entreedeux
libages superposés, a. >

11) Diodore, XX,' 91 ; .Vitruve, X, 16, 5-21. — Cf.: A; Choisy,- Vitruve, III,( p. 247--
250.'.
(2) On a affirmé, sans fournir de références, que le métal recueilli sur Thélé-
pole avait été -utilisé dans l la fonte du*Colosse (K.:. O^.Muller, Handbuch <, der .»
:

Archâologie,. 3e éd. I,. 159). Sous cette forme, . la : proposition est inacceptable ·:
puisque la ι machine était ' armée et ; recouverte de fer.. Mais, selon Pline,· les t
sommes nécessaires à la construction du Colosse furent tirées des machines de,,
guerre abandonnés pari Démétrios. (Pline, Nat: Hisl.\ op. et loc. cit. — Cf.
Suidas, s. ". ν; κολοσσαεΰς ;= Anthol. Pal.', VI, Π1). Il est donc fort possible que:la:-
plus fameuse d'entre elles; ait: été ι transformée, par Chares en un échafaudage..
Les travaux, dit Pline," durèrent douze ans, ce quiest admissible. Quant à lav
dépense,. elle/ aurait été, d'après le même auteur 'de. M.' CCC talents (II- faut*
corriger CCC, chiffre accepté' par' Guérin {Op. cit., p.. 112) en M. CCC — Cf.
Luders, op; cit., p. 29,' n. 33). Je ne crois pas qu'on puisse. tirer; d'informations w
utiles de. la comparaison entre eux* des chiffres; donnés? parPhiloni (loc. cit.),.
Pline {loc. cit.) et Polybe (V, 89).
(3) Cette. tranche correspond à la partie AA'BBV de la fig. 1;
LA. CONSTRUCTION/ KT ^EMPLACEMENT UU. COLOSSE DE;. RHODES 339
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BCH, LVI (l'J32). 4
340 ΐ ALBERT ftABkl EL

Assemblage des σχεδίαι, c, à l'extrémité des? μοχλοί., Mise en-


place des crampons dL
II; — A l'aide d'une épaisse couche d'argile, e, s'appuyant sur
le, massif de1 libages, on modèle? la forme exacte i de la statue..
Moulage de cette forme, à l'aide des moules /.
HI*. — Les : moules sont1 repérés; enlevés et mis de côté/.

·
Sur, la couche d'argile, on enlève une épaisseur égale à celle;
que doit avoir la couche de bronze, puis les moules sont remis:
en place et ; les rigoles, g, sont prêtes pour la fonte. ,
L'espace vide entre les moules/ et l'échafaudage Λ est remplie
de terre battue; 7".
IV. — Le métal est* fondu et'on procède à la construction de \
la tranche suivante; en» commençant par la: miser en k place.1 dus
libage m (1).
La dernière tranche une fois achevée, on; enlevait la terre,

.
puis.l'écbafaudage, et à mesure que l'on descendait de; laUête;
versla base,, on- donnait à; la^statue, par les raccordsiouî les;
retouches jugés nécessaires, son aspect définitif.';
Onsait quele Colosse; achevé, au plus tard; en 281-280* fut l
détruit lors du: fameux tremblement de terre de; 225-224^ av..
J.-C. (2p Ptolémée, qui aidales Rhodiens à reconstruire la cité;
dévastée, leur offrit;. pour la restauration de l'œuvre de Chares,
«trois mille talents, centi charpentiers, trois cent; cinquante
manœuvres et ; quatorze; talents pour le salaire annuelle; ces
ouvriers ». Mais les Rhodiens; alléguant l'interdiction
prononcée; par un oracle, auraient; tenu,. paraît-il[ à s'y conformer;
scrupuleusement (3). C'est ce qui pourrait' expliquer que, pen-

(1) Je me suissborné à proposer une; suite, d'opérations possibles, en accordé


^

avec le texte de Philon.. Sur les ; détails — procédés de· moulage, précautions -
contre les tassements et les déformations — l'absence de données précises laisse
le choix libre entre de nombreuses hypothèses.
(2) Polybe,.V, 88-90; Pline, Nat. Hist., XXXIV, 41. — Les- dates que j'indique:
sont celles qu'adopte Collignon (Hist: de la sculpture grecque, rll, p. 489).' Cf. sur.:
ce sujet : Brunn, Aleschichle ι der Griechischen Kûnstler, -.1, ,' p. 416; C.Bursian,,
Chares von Lindos und sein WerA,dans Neue Jahrbûcher fur Philologie und Paeda-
gogik, Bd. 87," p. 92 ; Lûders, op.cit;, p. 5-6. .
(3) « Ουκ άνέστησαν δ'άυτόν χατά τιλόγιον » (Strabon, XVI," 652j.' — Cf. la ; scholie:
du Philèbe citée inf. p. 347, n. 2.
LA' CONSTRUCTION ET L*EM PLACEMENT DtK COLOSSE - DE : RHODES 341'*

-
dant neuf siècles, nul n'ait osé porter, la main sur les débris de
la statue. Cependant le fait n'a pas laissé de paraître
invraisemblable et ons'estdemandé si; le Colosse n'avait pas été l'objet
de quelque reslauration; Faute de preuves décisives la question::
reste posée (1), mais ce qui est certain, c'est: qu'en 653,' les
Arabes," au cours de leur expéditiomdans l'Egée; s'emparèrent! du»
bronze du Colosse, le transportèrent en Syrie et le vendirent à,
un jùifd'Emèse.- Ces événements bien connus, relatés par les
chroniqueurs byzantins,, ontété souventcités (2). Maisûl^ ne
semble pas qu'on ait utilisé jusqu'à ce jour le passage de Michel
le Syrien quhfournit, suivie même sujet, quelques:
renseignements :
« En 965 (3), les Arabes allèrent àRhodes qu'ils dévastèrent;
« Le Colosse d'airain. était admirable et passait! pour une :des?
« grandes merveilles dui monde : ils se: disposèrent à le, briser
« et à en prendre l'airain. Hélait en airain de Corinthe. Il avait
« l'aspect d'un homme debout. Quand ils mirent le feu dessous,
« onxreconnutqu'iU était fixé; àVdes pierres* au* milieux de.< la
« terre, par de grands tenons de fer. Des hommes nombreux se'
« suspendirent àdùi avecdes cordes et tout-à-coup, il: se ren-
« versa et;tomba!à: terre. Sa hauteur, dit-on;, était de cent sept*
«pieds; on y< trouva trois mille charges d'airain, et cet airain
« fut acheté par un juif: d'Emèse (4;. »·
De la phrase : il avait l'aspect d'un homme debout, ,ne: faut-il?
point conclure qu'au vne siècle,. le Colosse, reconstruit après sa
chute; était debout en entier? Il serait nécessaire, pour
l'affirmer, d'attribuer au texte syriaque une précision qui, bien
souvent, lui fait défaut. On sait qu'en 225,-. la statue se rompit aux
genoux (o) et ilest'possible que jusqu'à l'arrivée des Arabes,

(1) C'est tout au moins la conclusion de Luders qui a examiné tous les textes ?
sans -y pouvoir trouver une preuve catégorique de \ cette restauration (Lûders,
op. cit., p. 15-20).
(2) Cf. notamment : Constant. Porphyr., De administ. imper., 20 ; Theophanes,
Chronogr. éd. Classen, p. 527.
.

(3) 965 de l'ère d'Édesse =. 653 ap. J.-C


(4) Michel le Syrien; Chronique, ed, Chabot, T. II, p. 442-443..
(5) « Κείται δέ vûv ûxô σεισμού πεσών χεριχλασθείς από τών γονάτων. » (Strabon,
XIV,· 652). -

,
342; albert: uabriel,

les jambes du Colosse, armées de fer et lestées de pierre, soient


demeurées; seules en place sur la base : ce. fait suffirait, \.à*·. la*
rigueur; à justifier, l'expression employée par Michel le Syrien.,
Mais illest possible également qu'au* milieu; duivir3 siècle'les:
Arabes n'aient fait que piller les ruines amoncelées sur le sol.
C'était, d'ailleurs -un rudetravail: exigeant l'emploud'équipes
nombreuses d'ouvriers associant leurs efforts pour arracher, les f
plaques de -bronze d'un .inextricable amas de; fer et -de blocs î
énormes.
De toute: manière, sej trouve confirmé, sous une forme
singulièrement précise, le? texte ide Philon* relatif; à, la ι structure1
du Colosse. Quant à la hauteur de la statue indiquée par Michels
le Syrien; 107 pieds, soit 0: 30 X 107 = 32 m; 10; elle
.

correspond très exactement à ? la dimension de70 coudées donnée par;


Philon : 0.46 X 70 == 32m. 20i(l)..

Il; L'attitude du Colosse. -

Dès le xvie siècle; la gravure avait rendu populaire l'images


d'un Colosse.situé à l'entrée du port de Rhodes etidedimen-
sions telles que les navires, passant entre ses jambes, puissent ν
franchir le gouletisans desarborer (Fig. 3) (2). Aujourd'hui?
encore, malgré de multiples réfutations, cette idée est: encore-
communément admise dans le- public (3). Mais si- les textes,
.
autant que le bon sens, la condamnent de manière catégorique;

(1) Les dimensions attribuées au Colosse varient et certaines exagérations sont ■


manifestes (Cf. Liiders, op. cit., p. 34, n. 62). Le chiffre île, 78 coudées donné par·:
Philon apparaît comme un maximum acceptable. (Cf. Guérin, op. cit., p. 114)..
(2j Cette figure ; est la réduction d'une des gravures de la- Cosmographie de :
Levant d'André Thevet, édition de Lyon ϋ. de Tournes) 15S6. Les « trente-quatre '
gravures sur bois qui accompagnent le tpxte ont été attribuées à Jean Cousin. —
Le colonel Rottiers, dans la planche X de ses Monuments de Rhodes, s'est certaine ;
ment inspiré de cette restitution, du xvi* siècle, très souvent reproduite.
(3) II n'y a pas grand chose de changé à cet égard, depuis l'époque où Choiseul-
Gouffier constatait la persistance de la fable du Colosse. {Voyage pittoresque de
la ï Grèce,. Paris 1782;' 1, 108). — Notons, en passant, le curieux quiproquo de χ
M. de Breves : «II y a eu le Colosse de bronze que Canetes l'Indien dressa sur'
le port. » [Rel." des voy. de M: de Breves, p. 19-20).
LA CONSTRUCTION ET L'EMPLACEMENT DU, COLOSSE DE ί RHODES : 343

·
il est difficile; de. déterminer, en l'absence d'informations;
précises, quelle était la véritable attitude du Colosse. .
A.ussiïM. Préchac a-t-il puidévelopper l'hypothèse nouvelle

Fig. 3. — Le Colosse de Rhodes, d'après André Thevet.

d'un Hélios-aurige (1). Des;raisons:indiquées, les unes: ne sont'


guère convaincantes (2), et les autres, c'est le plus grand nom-

(1) F. Préchac, Le'.Colosse de Rhodes. — Cf., du même auteur, Ampeliana,


p. 263-267 et Le Colosse de Néron, p. .71 sq.
(2) Charès était élève de Lysippe qui avait exécuté * un quadrige avec le
344· ALBERT « ABR1KL

bre,· résultent d'une interpiétationbienisubtile de textes d'une


véracité douteuse (1). Qu'un > document aussi important que la.
description de: Philon ne parle que du corps de ia statue sans
faire la -, moindre-allusion à unchar et à des chevaux,,c'est \a>
déjà, contre la conjecture de Mi! Préchac, un argument de poids,
que ; deux*; mots ; d'Ampelius, curm quadriga t (2), ne * sauraient ι
affaiblira
D'autre part,, si l'on admet: que le système de construction h
correspond à celui que nous avons analysé, lamise en place du?
char et des chevaux apparaîtî comme difficilement* réalisable.

,
Quelles eussent été; en effet, les dimensions de? chevaux
conduits par un cocher de 32 mètres de hauteur? (3) Non seulement!

Soleil des Rhodiens ». « II n'eut donc: qu'à suivre la i, tradition t et l'exemple de ;


Lysippe », dit M: Préchac {Colosse de Rhodes, p. 65). — « Sur les monnaies de l'île :■
où sa face est sans doute reproduite, ne voit-on pas les boucles qui s'envolent au
vent de la course » (Ibid. p. 64). On» avouera- que c'est là une cascade

;
d'hypothèses/
(1) Un passage de Sextus Empiricus relate que Charès ayant établi un premier *
devis pour une statue de dimensions déterminées, les Rhodiens lui demandèrent
combien coûterait une statue deux; fois plus grande. Il répondit queila1 dépense .
serait également double alors qu'il aurait dû exiger une somme huit fois plus forte.
Les Rhodiens acceptèrent ', et . Charès, dans l'impossibilité , de tenir parole, se

.
donna la. mort 2 (Sextus Empiricus, Adversus Mathemat., VII," 107;.. éd. Bekker,,
p. 212).
Ce récit, d'une authenticité suspecte iLuders, op. cit., p. 30, n.. 35) ne faisait-
sans doute que rappeler, d'une façon imagée et dramatique, le souvenir. d'un de
ces « dépassements de crédit » qui sont de tradition dans l'exercice de la.
profession d'architecte. Mais il est peu probable que Charès ait; été capable de
raisonner sur un cube comme sur une surface. L'erreur, vraiment, est trop grossière.
M; Préchac appuie sur cette fragile légende son hypothèse de l'IIélios-Aurige :
« ... Comment « l'architecte * pouvait-il ne pas. tenir compte suffisamment de la
largeur, s'il s'agi-sait d'un personnage debout et à pied? » (Le Colosse de Rhodes,
p. 68). On se demande pour quelles raisons l'erreur de Charès devient explicable;
s'il s'agit d'un personnage conduisant un char. .
(2) Ampelius, Liber memorialis, C, VIII, 19 sq«. — Cf. Préchac,., Le·. Colosse . de
Rhodes, p...70;n. 3Γ
(3) M.. Préchac admet que lee chevaux attelés au char du Colosse' de Néron;
« pouvaient être petits » (Le Colosse de Néron, p. 32); Mais si l'on voulait éviter.;
une disproportion qui évoque l'image des géants de carnaval, de tels chevaux,
même de petite espèce, eussent été des masses énormes..
LA CONSTRUCTION ET ^EMPLACEMENT i DU ' COLOSSE DE « RHODES 3 45 >

il était impossible de les représenter au galop ou cabrés (I) mais;


encore on se demande par quel artifice on aurait pu les figurer
amrepos. II eûtfallu'multiplier,\sous le poitrail- des animaux,
des soutiens >. auxiliaires qui · auraient \ produit le plus · fâcheux-
effet: Encore ne serait-on parvenu -qu'a un équilibre précaire.
En fait, les hypothèses de M^Préchac se heurtent à des
difficultés d'ordre technique qui, même; de nos jours, , seraient insur^
montables.
Hélios;étaiti seul;, debout,, sursa base.. Et c'était déjà- une
entreprise ' singulièrement; hardie que d'ériger, cette figure de

,
32 mètres de hauteur: D'ailleurs,, ses dimensions aussi bien que^
le mode de construction restreignaient la* liberté de l'artiste s
quidut: subordonner l'attitude du Colosse à* la nécessité d'en<
assurer,: l'équilibre. Je .ne dis r point qu'il ; donna ; à^ Hélios
l'aspect, d'un κούρος: archaïque, , jambes* raidiesietï bras: collés au
corps, mais ill était tenu; à; ne lui. prêter que; certains gestes;
sobres..
Les jambes, notamment; ne pouvaient s'écarter que :
légèrement de la verticale. Autrement; les blocs entassés à l'intérieur
eussent été placés en? porte àfaux et loin ? de ■<. concourir, à la?

stabilité,, auraient; eu pour effet' de: déformer l'enveloppe; de;


bronze. Lés pieds, posés à plat ou légèrement inclinés, et, dans:
ce cas, rigoureusement calés, devaient reposer fermement sur
la base:
Quant aux bras, même en admettant qu'ils aient été ï fondus
à part; assemblés et mis en: place après coup, leur poids eût été î
tel ί qu'on î n'aurai t pu y songe r à les écarte r du < torse, en avant
.

ou surles côtés..Par contre il est possible queî l'un deux,


construit suivant les mêmes principes que;Ie reste de la* statue,, ait*,
été ί dressé verticalement, élevant au-dessus de la tête d'Héliosr
le flambeau symbolique (2) : c'est le geste' que,.deux milleans'

(1) C'est ainsi que les restitue M. Préchac, qu'il s'agisse · du Colosse de Néron
(Le Colosse de Néron,:.p. 20) ou de celui de Rhodes (Le Colosse de Rhodes p. "Î5).
(2) Cf. l'interprétation, par Benndorf, des mots φέγγος ελευθερίας d'ap. Suidas s.,
ν. χολοταβεύς (Mittheil. des deulsch. archâol. Insl. in Ath'.ns, 1876,' p. 4G s.)..
34fi; ALBERT: GABRIEL.

plus tard; devait « répéter, à l'entrée du * port τ de ? New- York, . la î


statue de la Liberté.
Le dieu,, selon': toute* vraisemblance,-, était , représenté; nu,,
maisil est possible que le corps ait été en partie recouvert d'un»
himation'drapé de manière à< renforcer certaines parties; trop
grêles et àassurer l'équilibre des plans de^bronze. IUesU biem
certain, d'autre part; que Chares dût recourir à divers artifices*
pour augmenter l'assiette de la statue. Des cales, une colonne,,
un tronc d'arbre pouvaient fournir à cet effet certains;

.
avantages,, mais leur emploi risque fort d'altérer, lasilhouette d'une^
figure; D'après la-relation: grecque communiquéeà du^Choul·
par le Commandeur de la.Torrette, « la statue se montroit droite,
et. . . tenoit de main droite une espée et:de l'autre une longue r.
pique » (1).. h'espée (2), comme; le remarque - Mi. Pi échac, est;
étrange: et on- lui* substituerait volontiers- le flambeau
traditionnel!. Mais il est fort possible que le sculpteur ait placé dans?
la» main ί gauche d'IIélios- une- lance, . longue tige de: bronze
légèrement? inclinée sur laverticale. Prolongée jusqu'à laf base
et solidement fixée 'dans le marbre elle pouvait- former unj
véritable- étai; capable de contribuer,, de manière· efficace, à =
l'équilibre de lastatue.
Il est probable qu'à ces attributs d'IIélios,. le* flambeaux et, la
lance, Charès avait ajouté l'auréole de rayons, signe distinctiff
du dieu-qui^ accompagne notamment' l'effigie frappée sur les"
monnaies1; rhodiennes. Le texte de Philon? ne s'oppose · point, ,
semble-t-il, aune telle restitution : « Ή γαο.εΐκών του Βεοΰ ρ,όνοις ;
εγ'.γνώτκετο .τοις ες εκείνου..»
Sur le caractère- plastique de la> statue,-. nous; en? sommes:
réduits à des suppositions puisque, desïtravauxde'Charès, rien?
ne nous est parvenu. Mais il est permis d'admettre que les œu-

(1) Du Choul, Discours sur la religion des anciens Romains, Lyon," 1567 p. 211 sq..
Le manuscrit grec dont parle le Commandeur de la Torrette n'est-il pas celui-là·
même qui était entre les mains de Fontanus lorsqu'il écrivit le récit du dernier ■;
siège de Rhodes: « De hoo Colnsso prodit liber Graecus quem penes . me habeo,-
seuueriuslibri quaedam uetusta-pars incerto: auctore. » (Fontanus,. De bello ?
;

Bhodio libri ires, Rome, 1524, F, iij).,


(2) F. Préchac, Le Colosse de Néron, p. 60.
LAï CONSTRUCTION î ET L'EMPLACEMENT DU COLOSSE ? DE RHODES h 347


vres géantes de l'élève, de Lysippe gardaientiencore un reflet de
la sculpture classique et que le Colosse dressait devant le port
de Rhodes,, sans; emphase déclamatoire,, une? silhouette: aux
lignes simples, aux masses bien équilibrées, d'un caractère à: lax
fois puissant et paisible.

Ill;, L'emplacement du colosse:

D'un passage d'une scholie; du^Philèbe?: ...μετηκται οε εκ .του:


εν /Ρόδω Κολοσσού, . ος πεσών πολλας .οικίας κατέσεισε (1), , on ' a
conclu que le Colosse s'élevait dans la ville et non^sur le bordde·
lamer; Mais lascholie,' de date indéterminée;, est relative, à;
l'origine du précepte : αή κινεΐνΊ [κάκον] ευ κείριενον et la,
proposition cilée plus haut, . rattachée ï à son > contextes semble dénuée ·
de toute valeur documentaire (2).. Au reste, comment le Colosse,
en s'écroulant, eût-il!pu détruire de nombreusestmaisons?: Ill
est certain' que s'il· avait été situé dans? la ville, il aurait été
entouré d'un espace libre assez vaste pour que les débris de la·
statue, dans leur chute; ne; pussent atteindre lesî maisons les;
plus proches (3). En outre, comme les maisons de la ville et' ses;
monuments furent, pour la plupart,. ruinés par le tremblement
de terre lui-même (4), l'informationvcontenue dans la scholie
est, à* divers^ titres, des plus suspectes.

(1) Platon, éd. Bekker, Londres, 1826; t.. Y, p. 434 (Philèbe,. Il, 3, 140, § 15).
(2) Protarchos, ayant prononcé les paroles : Μή κινεΐν ευ κείμενον, le scholiaste
remarque : Μετήκται δέ έκ του εν Ρόδω Κολοσσού, δςπεσών πολλάς οικίας κατέσεισε
et il ajoute : « Βασιλε'ως ξε βουλομε'νου αυτόν < αναστήναι φοβούμενοι ; οί Ρόδιοι, μή
.

πάλιν καταπε'σ-Q, τό προκείμενον έττεφθε'γξαντο.» [Op. et loc. cit.). Selon Bekker '.-
;

« Hae nugae sunt. » ■


(3) Etant donné le système de construction et le poids des blocs qui lestaient
le colosse, il est peu probable * que le? tremblement de terre ait; couché de tout-
son long la statue sur le sol; Vraisemblablement, la secousse eut pour eflet de»
déplacer, les blocs: l'équilibre étant rompu,, l'armature· interne· se déforma, le
colosse se rompit aux genoux (cf. sup. p. 341' n. 5} et la^partie supérieure du*,
corps s"écroula au pied de la base.
(4) Voir notamment: Polybe, V,' 88; A frrai dire, il n'est point spécifié que les s
maisons furent détruites; mais, comme la plus grande partie des remparts et des ■
348ί ALBERT GABRIEL

On ne. voit pas, d'antre part, comment on pourrait déduire de ;


certains» passages do Polybe et d'Aelius d'Aristide* que- le;
Colosse s'élevaitulans le οείγαα (1). En fait, aucun texte antique
ne donneià cet égard aucune précision:
Quant à l'identification proposée par. Rottiers et acceptée par
d'autres dans la suite, elle est la. conséquence d'une méprise:.
On ai supposé; en^ effet, qu'une Chapelle ^médiévale; de ? Saint-
Jean-le-Colosse, située dans la partie- basse de la ville, devait;
son nom au-Colosse dont elle marquait l'emplacement (2); Or,-,.
iU n'existait,, dans ; la cité de- Rhodes, sous la domination de-
l'Hôpital, qu'uni seul; sanctuaire dédié à; Saint-Jeans et c'était,,
non; point; une chapelle, mais l'église' conventuelle elle-
même * (3). Elle s'élevait à la partie supérieure ; du Château, à

.
l'extrémité occidentale, de la, grand'rue (Rue des Chevaliers)

-.
et, dans les textes du moyen âge, elle figure souvent:sousda
dénomination \ d'Ecclesia>Sancti Joannis > Colossensis: (4). Mais
on: doit remarquer. que le même adjectif colossensis s'appliquait

arsenaux fut ruinée; il est bien certain que les maisons ne furent pas épargnées.
Les :. mêmes faits se renouvelèrent lors du , tremblement î de terre de 1481 (Cf.
:

'
Caoursin, De terrae motu labe)..
(1) F. Préchac (Le Colosse de Rhodes, p. 74,' n. 1) s'appuie sur le passage
suivant : « έστησαν ανδριάντας έν τω τών;Ροδΐων>- δοίγματι. » (Polybe, V, 88). Or,,iL·
s'agit là de statues élevées aux frais: de Hiéron et de Gélon. Quant au». passage;
d'Aelius Aristide,, invocjné par M* Préchac en faveur de cette même hypothèse,
il ne fournit sur ce point aucune précision;: « ...ε'.σΐ δέ και εικόνες λοιποί τίνες εν
Τΐίναξι, και των χαλκών έργων όσον οεϊγαα και το αέγα άγαλμα και το ήμετέρον τουτί .;
χωρίον... » (Aelius Aristide, ed. Dindorf, Leipzig, 1829, XL1II, 'Ροδιακός, 553 (367),,
ρ; 818.",.
(2) Rottiers, Monuments de Rhodes, p. 81. — Cf. Guérin, Ile de Rhodes, p. 122;;
Van Gelder, Geschichle der alten Rhodier, Haag, 1900, p. 387; Préchac, Le Colosse
de Rhodes, p. 74.
(3) Une autre église Saint-Jean, appelée Saint-Jean de la Fontaine, était située -
hors les murs, au faubourg de Saint-Georges '(A; Gabriel, La Cité de Rhodes, II,
p. 211).
(4) «...ad Phanum Joannis Colossensis. » (Fontanus, De bello Rhodio, libi%i très,
éd. cit., H,rF, iiij). — Cette dénomination n'a aucunrapport avec celle de Saint-
Jehan du Coulac (Coula c = Collachium = Couvent = Château). . Cf. A. Gabriel,
op. cit., p. 169, n. 1;
LA. CONSTRUCTION: ET L'EMPLACEMENT DU COLOSSE: DE 'RHODES -349 3

à la fois àil'église, à l'archevêque (1) et à la cité tout entière (2).


Les habitants de· Rhodes furenb d'ailleurs, dès l'antiquité,,
appelés Colo.ssenses (3) : ainsi, le nom; de l'église, s'il· évoque ■
le souvenir du; Colosse, ne saurait fournir, à son sujet la moindre
indication topographique.
A la fin du xive siècle, un notaire italien, N. de Martoni, qui.
fait escale à Rhodes au -.cours d'un pèlerinage en, Terre-Sainte r
rapporte la traditionpopulaire selon laquelle le Colosse
enjambait l'entrée du .port :: « Incapite5 moli; est quedarmecclesia
«vocabuliSanctiNicolai et- dictum accertificatum :fuit? niichi;
« quoddam: magnum^ mirabilei quod,\. antiquof tempore, fuit-
« quidam magnus.ydolus, sic mirabiliter formatus quod unum\
«'pedem tenebat: im capite -dicthmolnubb est ecclesiaiSanctii
«>Nicolai;etaliumt pedem tenebat incapite alterius- moliiubii
«sunt molendina;que mola distant unum ab ■ alio per/ medium
« · mileare su per quibus stabat· squaratus et rectus » (4).
Certes la; tradition relatée par N., de Martoni n'est qu'une ■
fable (5), mais on peut se demander sielle n'est point la.défor-
mation d'une tradition plus ancienne etvéridique relative à um

M) « Archiepiscopus · Colossensis ». Le - Quien,, Oriens Christianus,, I, 294; Cf.


Archives de VOrimt latin, 1,267.
(2) « [Civitas] a coloso colocensis dicitui* in scripturis ». (Buondelmonti, Liber-
Insularum Archipelagi, éd. de Sinner, Leipzig,- Berlin, 182't, p. "3.)
(3) On connaît notamment l'épître de Saint-Paul ad Colossenses. — Les Bjzan-
tines appelaient ies Rhodiens : Κολοσταείς. Cf. Suidas, s., ν,.κολοσσαεΰ;.
(4) Pèlerinage à Jérusalem' de N.deilartoni, dans Revue de l'Orient latin,
1895, III, p. 58o. — N. de Martoni fit escale a Rhodes en 1394 et en 1395, à Taller,
et au retour de Jérusalem..
F.". Préchac (Ampeliana, p. 267. n. 1) note que la légende du Colosse aux
,

jambes écartées apparaît dans le commentaire de Britannico aux satires de Juvénab


(Venise, 1512, satire V 1 II ,* p. 78 verso). Elle est, on le voit, bien antérieure à cette»
date et je ne prétends point d'ailleurs que N. de Martoni ait été le premier à lat
signaler. Durant le xve siècle, on la retrouver fréquemment, entre autres dans s
Faber Félix, mais, plus raisonnable que son devancier, il se borne à dire que le
Colosse se dressait à l'entrée du port « ita in altum erectus, quod naves quan-
tumcurnque altae et magnae per crurium medium sub 'ventre ejus intrabant. »
{Fatri Felicis Fabri Evagatorium, éd. Hassler, III, p. 252, dans Bibliothek d.
.

lit. Vereins in Stuttgart, IV, 1849).,


(5) Fable absurde ::l'écartement des pieds eût dépassé 400 mètres.
350»' ALBERT^ GABRIEL

Colosse situé à V'entrée du port. Et la^fable eût-elle pu prendre

,
naissance si la statue avait été construite dans la ville ou même
au. fondid'un* bassin ?.
En voyant les navires franchir la passe, aux pieds du Colosse,,
les Rhodiens du ■? m V siècle ; constataient que les mâts les ! plus -
élevés auraient pu ι passer entre ses jambes. La statue détruite,
la comparaison subsiste; mais,, avec le temps,. le conditionnel*
devient: un imparfait de l'indicatif.'. N'est-ce point, ainsi que,
très sou vent,, se forment des -légendes de 'cette sorte,, rarement1;
imaginées de toutes pièces.
En tout cas, à kifin du xive siècle, les historiens dès
Hospitaliers situent? le Colosse à l'extrémité du môle Saint-Nicolas.
A cette époque, la chapelle homonyme, qui a subsisté jusqu'en"
1464 1 (1), a fait place à une forteresse, la Tour;Saint-Nicolas,
qui,,selonCaoursin, s'élève « ubipriscis temporibus collosus;
«■(sic) ille ingens rhodi (unum- de septemimirabilibus mundi)
« ι positus erat; qui post très et ï quinquaginta annos (quo ; fusus
;

>
«erat) terre motu* corruit* »(2). Om observera que? Caoursini
nei fait nulle; allusion^ à une > statue écartant les jambes, . non*
plus d'ailleurs que: Fontanus; 40*ans plus tardt : « ...turriss
« Nicolea;.. super molem, dextro cornu anteportum admirabilii
« antiquitatis arte et sumptu in mare proiectam; in qua stetissei
« ferunt colossum ilium solis inter septemi orbisimiraculak
« primum... » (3).
Il est inutile de reprendre par le menu toutes les hypothèses -
émises-depuis lexvi'/ siècle jusqu'ànosr jours. :, la' plupart
d'entre elles, même les plus ingénieuses, cherchent à concilier;
avec des données certaines : les traditions ; les * plus suspectes eU
du reste, à de:rares exceptions près, leurs- auteurs n'ont que.
des notions insuffisantes sur là topographie de Rhodes.

(1) L'église Saint-Nicolas est encore signalée en 1444 lors de l'attaque de Rhodes ?
par les > Égyptiens.. D'après les épisodes dut siège, sa situation à l'extrémité du:
môle n'est pas douteuse. (Jean de Waurin, Chronique, éd. Hardy, p. 36; Ioannes*
Germanus, VitaPhilippiIII,ét\. Ludewig, p. 77). Cf. A. Gabriel, La Cité de Rhodes, .
I,' p. 79 sq. et ibid., Pièces justificatives, II. .
(2) G.Caoursin, Obsidionis Rhodie urbis descriptio, Ulm, 1496, f» a, iiij, verso. .
(3) Fontanus, De bello Rhodio libri très, Rome, 1524, F, iij.
LA CONSTRUCTION ET l'em PLACEMENT DU COLOSSE DE RHODES 351

Cependant, à défaut de textes historiques entièrement dignes


de foi, certaines observations faites sur place méritent d'être
notées. Tout d'abord, de quelque côté qu'on aborde Rhodes,
c'est la Tour Saint-Nicolas qui, avant tout autre édifice, se

Cap KumBvrnu. ι ι >

■Jour, dîs mouu'ns

Fig. 4. — Schema de situation de la ville de Rhodes.

détache avec netteté sur l'ensemble de la ville et des porls.


C'est d'ailleurs sur cette tour qu'est installé le phare le plus
puissant de l'île. Si l'on admet que le Colosse devait être
l'emblème de la puissance maritime de la Cité, l'extrémité du môle
était un emplacement des plus judicieusement choisi.
D'autre part, sans vouloir donner une restitution détaillée
ALBEUT: (iAÈRIEL
LA; CONSTRUCTION ET ^EMPLACEMENT DL\ COLOSSE; DE RHODES « 353
354 ALBERT- GABRIEL,

de .■ la ! Rhodes antique, pour laquelle les éléments font encore


défaut, on en peut. tracer, à grandes lignes; un schéma
approximatif (Fig;. 4). On. voit comment les ports : et les ; bassins
étaient répartis autour de la ville : à l'est,. les ports ont été con--
serves et les bassins dumordisont-attestéspar des restes
nombreux de (murs de quais,, mis au jour à des époques diverses:
Le môle Saint-Nicolas est lui-même de fondation antique (1).
Placé à son extrémité, sur une terrasse dont. les- rochers aiïleu-
rent au niveau de l'eau, le Colosse était non seulement* visible-
de la hautes mer,.mais encore dominait de; sa silhouette
^'ensemble ides bassins; et des ports.. La; statue; était, sinon .un;
phare, du»moins un amer pour les navigateurs- : elle annonçait
Rhodes de loin; de même que le Phare d'Alexandrie signalait
aux marins la grandevcité d'Egypte. Quede» Colosse;1 ait été,
comme le Phare, dressera l'entrée du port, c'est ce que semble;
prouver le passage de Tlcaroménippe où Lucien réunit ces deux
merveilles du monde pour faire de l'une et de l'autre le signe'
de reconnaissance de leurs- patries respectives (2).
Enfin;, d'après certains" monuments romains, n'existait-il-
point à. l'entrée duiport dOstie; unNeptune colossal, supporté
par une base circulaire à deux degrés (3) ?: Une telle similitude?
n'est pas sans intérêt.
Si 'le fort actuel» de Saint-Nicolas marque l'emplacement du ν
Colosse, ne recèle-t-il point quelque vestige, si minime soit-ilj.
de constructions antiques ? Tout d'abord, il: paraît. impossible'
d'y riens découvrir . Aussi bien da tour centrale : que les
·

boulevards ont été bâtis, a fundamentis, &u xve siècle et rien n'appa-

(1) La * chaussée actuelle dus môle a été remaniée au moyen âge et


l'époque turque, mais, à un niveau inférieur,· on distingue v des éléments
>

nombreux d'appareil antique.


(2) « ... ·αλϊ eï γε μή τόν ,-'Ρο'διον κολοσσον έθεατάμην καΐ,τόν έπΙ.Φάρφ χύργον,-. εύ~
ΐσθι, τταντελώ; άν με ή γή διέλαθε. » (Lucien, Icaroménippe, 12).
(3) Thiersch, Pharos, Antike und Stadt, fig. 19 (d'après Canina) et fig. 20 (d'après
une monnaie d'Antonin qui représente le port d'Ostie). — Dans le bas-relief du;
musée î Torlonia? qui, vraisemblablement,· donne; un ·; aspect du même: port, un;
Neptune colossal est figuré au, premier plan. Cf. J. Carcopino, Oslie, Paris, 1929,
p. 18 et fig. p. 5O.\
LA CONSTRUCTION ET L'EMPLACEMENT DU COLOSSE DE RHODES 355
""
Τ

BCH, LVI (I93ÎJ. Fig. 7. — Détail du seuil A. 24


356; ALftEhT: GABRIEL

rait; in situ, qui< puisse; avoir appartenu à la base du .Colosse


(Fig. 5'et6)l On peut remarquer, il est vrai, l'abondance
anormale: des remplois" de> marbre, notamment^ dansées" pièces
d'appui; des5 canonnières, mais· tous, ces éléments· ont* été
retaillés pour être adaptés à leur nouvel* usage; et" ne gardent
pas trace de travail hellénique.
Ili n'en1; est pas de même duseuil de la porte -M (Fig. S);.
aujourd'hui; masquée par, une sorte de: barbacane triangulaire,
mais qui primitivement était* réunie par. un pont-levis.àtun:
escalier en; tourelle indépendant du> fort lui-même (1).
Ce seuil (Fig. .7) est constitué par umbloc de marbre blanc;
retailléiaux extrémités et peut-être: sur; lai face postérieure* et
qui mesure aujourd'hui 1 m. 90 de longueur maximum. Il
faudrait le déplacer — ce que je ne pouvais faire — pour examiner
sonlitdeîpose qui m'a -paru rigoureusement dressé. La face;
horizontale supérieure, visible, a été retaillée et on y a ménagé-
une feuillure y, h] i, .pour le butée de la porte; une? encoche

rectangulaire pratiquée suivant a 6 c était destinée, à recevoir,


le madrier, horizontal· qui, formait* -le !bâti du tablier du pont-
Ievis. Quant1 à la face verticale elle, est restée intacte ,; sur.
20 ï centimètres de hauteur : elle comprend. un bandeau» de^
15 centimètres, cd, et'deux listels. Cette face est cylindrique et
offre. un développement suffisant pour qu'on en puisse mesurer
exactement la courbure. Pour une corde de 1 m; 90^' la? flèche
est de 55 millimètres; Le* rayon de la courbe est donné par la î
formule :

R = El±Ai!;soit;R = t*2!±i2ÇW-= 8 m. 232,


8/ 8x0,055,
Bandeau et* listels,- rigoureusement dressés, attestent, sans
nul-doute, une, origine hellénique: et le; bloc de ι marbre sur
lequel ils sontitaillés provient; d'un, édifice' antique de plan>
circulaire dont le diamètre mesurait i 17' mètres* environ (2)..

(1) A. Gabriel, La Cité de Rhodes; l^p. 81; fig. 42. Pour le détail de la porte A,.
voir ibid., p. 83, fig. 45.',
(2) Etant donné les causes d'erreur dans le calcul du rayon — usure? du mar-
LA CONSTRUCTION ET L EMPLACEMENT. DU COLOSSE ;. DE ί RHODES 35?

,
Certes,, il pourrait avoir/ appartenu 'à>un«monument de la-ville,
et avoir été transportera' l'extrémité duj môle * lors de la consi-
truction du; fort Saint-Nicolas. .Mais par une coïncidence qui,,
si elle était fortuite,* serait vraiment singulière, le diamètre de
la ; tour; centrale ? du fort; est; très voisin: de 171 mètres, N'est-ill
pas plus vraisemblable d'admettre que -la; tour, fut: construite?
sur les; fondations d'uni édifice antique, de: 17/ mètres de^dia-
mètre et* qu'une: pierre:; d'assise de; cet édifice, fut î remployée ;
comme seuiHdans la tour du moyen âge. ,
Quel était le rôle de cette construction antique ?.Tour,fc phare,,
base? gigantesque?" D'après ■ les déductions- précédentes, . cette,
dernière hypothèse me- paraît : le plus plausible et je crois ques
le marbre précédemment décrit est un vestige; le seul
actuellement : visible,, dela> base désignée ν par Philon, βάσνς εκ λευκής ·
jxap [Αοφίτιοος. πέτρας...
Quelle était sa forme exacte ? Aucun indice ne permet de la
préciser. Peut-être se composait-elle de plusieurs étages
superposés et de: diamètre décroissant,, suivant ι le type: de. certains
grandsphares antiques (1) : c'est cequiva étéHndiqué. sur les;
iig. .lîet 5, mais ce n'est là qu'une restitution -.vraisemblable. Il î
se r pourrait également que la chemise polygonale ; qui l enserre ?
aujourd'hui la tour centrale correspondît? elle-même aux
^fondations de:l'étage inférieur et on: peut se demander. si," dans ce
cas, cet étage ne comprenait. point une ordonnance continue de
colonnes disposées suivant le cercle de base autour d'un noyaus
massif, véritable; piédestal de la statue. Le texte d'Ampelius et:
la relation du Commandeur de - la> Torrette semblent confirmer:
:

en -, partie ces hypothèses (2)i_

bre, . légère :· irrégularité d'un -. segment " — j'adopte ici un chiffre rond: Ce qui v
importe, au reste, c'est l'ordre de grandeur de l'édifice.
(1) Cagnat et Chapot, Man. cTarchéoL·- romaine, Paris, 1917, I,' 54, fig. 25 ;
Thiersch, Pharos, pass.
(2) M. Préchac · (Le t Colosse de Rhodes, p.. 70, n. 3) donne le texte du ms. du-
Liber Memorialis d'Ampelius relatif au Colosse (G." VIII;'. § 19 sq.) et propose de-
corriger super columna en super coluriw (coluria = demi-colonnes). Dans un*
article suivant (Ampeliana,pi 266) l'auteur abandonne cette interprétation et
suppose qu'il faut donner à coluria ; le sens «de tronçons \ de ■ fûts, c'est-à-dire de ■·.
.
358 ί ALBERT GABRIEL, '

De l'assemblage Λ de ! maçonnerie et de métal·; quii constituait!


l'œuvre de; Charès ?ne:reste-t- il! d'autre témoin; actuellement»
visible, qu'un fragment de marbre? On remarque le* long du
môle à main droiteiavant d'entrer dans le fort, d'énormes blocs»
de calcaire, a; b\ c, rf,*.e (Fig.5) à demi dmmergés. L'un d'eux,
atteinte mètres de longueur,· le plus petit mesure quatre mètres
et ils portent s tous i les: traces évidentes d'un travailsommaire:.
Ils sont répartis auipied^du fort comme s'ils avaient été l
précipités; de: hautï en \ bas s par une: secousses sismique? dirigée; du /
Nord-Ouest i vers le Sud-Est. D'après leurs masses,, il me paraît
impossible qu'ils : aient! appartenu au /blocage- interne,? de; la
statue (1), mais peut-être* pro viennent-ils ι du? noyau centralde?
la base qui certainement devait être formé delibages. On peut
admettre également qu'ils aient fait partie d'un système
d'enrochement établi àla tête du* môle. De. toute manière, ils
attestent s l'existence,- en cet endroit,, de travaux, très emportants; à*
l'échelle de la construction de Charès.
En résumé,, jecrois, que les Colosse étaitî un amer
gigantesque (2), figure d'Hélios- debout' se dressant à l'extrémité du
môle principal de Rhodes, sur< une tour cylindrique à degrés.
Dans l'état tactueh des> choses,, om ne peut alléguer aucune
preuve irréfutable en faveur de cette hypothèse, mais elle n'est

cylindres de dimensions variables ». Et il en conclut que la base était composée


de « cylindres de marbre superposés et de diamètre décroissant ». Il note la
similitude d'une telle construction avec les ■ phares. Je; ne puis' que souscrire aux '
habiles déductions de M; Préchac. Seule la: hauteur donnée à la tour,. 100
coudées, me paraît fort exagérée.
Du Choul, op. etloc. cit., écrit, d'après le ms. grec déjà cité, que la base était;
triangulaire. M. Préchac suppose que île texte grec devait ï porter 'τρίβωμοί qui»
fut lu sans doute τρίβολος, C'est fort ingénieux, niais on peut ν remarquer
également qu'une base à étages décroissants s'inscrit dans un triangle, et que, de loin,
elle paraît triangulaire:
(1) Newton qui remarqua ces blocs pense qu'ils ont pu appartenir à la base du
Colosse (Newton, Travels and discoveries in the Levant^ 1,Γ Π6-Π7).\
(2) C'est la conclusion à laquelle aboutit, incidemment G; T. Hoech, dans une
étude dont 1 objet est tout à fait étranger au Colosse de Rhodes : « Die llauplfor-
men der romischen Triumphboqen und der Slil der r'umischen Miinzen, dans Ber->
liner philol. Wochenschrift; 1917, p. 413-414.
LA CONSTRUCTION ET ^EMPLACEMENT DU COLOSSE DE RHODES 359

contredite par aucun texte digne de foi. La plate-forme rocheuse


qui porte aujourd'hui le fort Saint-Nicolas était assez vaste
pour se prêter à l'édification de la statue et pour en recevoir
les débris après sa chute. Qu'elle ait été restaurée après 224
ou que ses ruines soient demeurées sur le sol pendant près de
neuf siècles, c'est seulement en 653 que les Arabes en
emportent le bronze. Dans la suite, la construction de la chapelle
Saint-Nicolas fait disparaître toute trace du Colosse, et, au
début du xive siècle, il n'en reste pas le moindre vestige
apparent (1). Il est vraisemblable que des fouilles pratiquées dans
le terre-plein du boulevard et des recherches conduites en
sous-œuvre dans le fort lui-même mettraient au jour des restes
significatifs de constructions antiques. Peut-être ce travail, s'il
est entrepris quelque jour par le service italien des antiquités,
pourra-t-il fournir la solution définitive du problème.
Albert Gabriel.

(1) « ...κολοσσού μέν ούν εκείνου μνημεΐον ουδέν τι έλέλειπτο, ού μέντ' αν οϋο' ε?
ποτέ γέγονεν όστις ποτ' άρ' ΐ,ν εκείνος, εϊκασίαν έδίδου τινά · οΰτε γαρ χαλκού μόριον
ουδέν, ου μτ\ν ούδ' ει τίνες εΐεν έκ λίθων έκείνω κρηπΐδες, έλέλειπτο λείψανον πάντων
ουδέν. » Niceph. Gregoras, Hist, byz., éd. Bekker, Bonn, 1855, XXII, fi.

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