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Clément, J.-B 1871. La Revanche des communeux, par J.-B. Clément. Tome Ier. 1886-1887. 1/ Les

Clément, J.-B

1871. La Revanche des communeux, par J.-B. Clément. Tome Ier. 1886-1887.

des communeux, par J.-B. Clément. Tome Ier. 1886-1887. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica

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TOME

PUKMIRtt

DEUXIKMKKOmON*

1886-87

JEAN M.VRIIV,19, FAUHOUKG SAINT-DKNIS, PARIS IMI'RIMERIBROBERT

REVANCHE

LA

DES

COMMUNAUX

CHAPITRE

PREMIER

AUX COMBATTANTS

DE

1871

I

NOTRE DRAPEAU

Ce n'est pas par amour

j'arbore

de l'émeute

et des éten-

dards que

ici le drapeau

rouge des reven-

dications sociales

qui flotta victorieux pendant plus

de deux mois a l'Hôtel de Ville-de-Paris

après avoir été mitraillé geois multicolores. Loin de disparaître,

que jamais ciales.

en 1871,

en juin 4848 par les bour-

plus écarlate

il se redresse

étape de nos luttes so-

après chaque

En juin 48, il tient

le haut des pavés;

et sans-pain

il flotte, en un tour réduits a

menaçant, sur les barricades construites

de main-par les sans-travail

mordre dans les cartouches, dernier coup de dent du

désespoir! Pendant plusieurs jours, peau des bourgeois qui couleurs de l'are-en-ciel au pouvoir en pataugeant

les

il tient en échec le dra-

par toutes

ont passé

pour se frayer un chemin dans le sang ouvrier.

Kn 1871, des tas de pavés

aux tas

et de pierres de taille, de la place pu-

il s'élance

de moellons

blique au sommet du Panthéon,

des carrefours aux

tours de Notre-Dame, tel-de-villel

Il chasse piteusement

de la rue au fronton de l'Hù-

qu'on cache

furti-

devant

lui le tricolore

dans son étui et qu'on emporte

vement j\ Versailles,

prendre sa revanche

en attendant du 18 Mars,

Satory

sur le plateau des fusillés.

que, on l'arbore

pour

à

Ce n'est

mais

plus pendr-nt quelques

jours,

plus de deux mois qu'il plane victorieux,

pendant

non seulement

car on le voit de partout.

Les bourgeois par les massacres

sur Paris, mais sur le monde entier,

lui ont signé

sa feuille de route

de juin 1818 ; aujourd'hui

il est

en train de faire son tour du monde.

Et ce n'est pas par fétichisme

tenu a l'arborer

ici.

que nous avons

Nous saurions bien nous passer de drapeau

paix sociale était faite.

ttien plus,

nous serions

heureux

d'avoir

si la

a le

remplacer par une branche d'olivier !

- 7

Mais la société est encore sur le Plus que jamais, les dépossédés légitime insurrection !

pied de guerre ! sont en droit de

Le Prolétariat

en est encore a porter

le deuil de

ses défaites 1 On le traite encore en paria, en vaincu !

Enfin, le M

n'est

la

fête du peuple,

juillet

pas

fête de tous, la fête de la Sociale !

la

Le drapeau

tricolore entend flotter seul et triom-

de la mansarde

à la Morgue,

de la bou- de

phalement tique au Mont-de-Piété, Justice, de l'Hôtel-Dieu

ture de bagne ! Nous

de Mazas a la Bourse,

au

palais de la Préfec-

de la caserne

police au Palais-Bourbon,

en sommes

encore

au

aux

au : Silence

pauvres.' Nous vivons encore sous le régime de : Malheur aux vaincus.'

Or, tant que la justice phé, nous nous servirons

le tocsin, du drapeau ment, des tambours

ter à l'assaut du vieux monde !

sociale n'aura

pas triom-

des cloches pour sonner

rouge comme signe de rallie- pour battre la charge et mon-

II

1871

Ces quatre

chiffres

dans

les plis de notre dra-

peau en disent plus, pour le peuple,

que tous

les

-, 8

volumes d'économie politique et sociale qui encom-

brent les rayons

des bibliothèques

d'éditeurs

nationales

sort

dans

et

les

ceux qui attendent

le juste

autres,

et

tous

que

que la

arrière-boutiques

postérité leur réserve.

Ces quatre

chiffres signifient

: A bas les

exploi-

teurs!

bas les conquérants

l'égalité

t\ bas les despotes!

a bas les frontières!

la guerre!

a et vive

! a bas

sociale! vive la paix!

vive la République

universelle ! vive l'humanité

Telle est la signification

!

de ces quatre

chiffres,

ou pour mieux dire de cet immortel

revendiquons. dans les tourmentes

1871 est en effet une

de l'humanité;

1871 que nous

époque unique une année

a

part dans l'histoire des siècles.

Ceux qui l'ont maudit

et le maudissent

encore

sont logiques; et nous en 1871. La germination

ils étaient faits pour vivre en l'an 40

extraordinaire

des idées nou-

velles les surprit et les terrifia : l'odeur de la poudre

troubla leur digestion; ils ne nous le pardonneront

ils furent pas.

pris de vertige,

Certes, 1871 est une date exceptionnelle

dans

annales des révolutions;

c'est le bouleversement

les

général des idées reçues, des esprits,

l'almanach;

reconnaîtrait plus. Pour nous, cette année-là commence le dix-huit

Mars, avec la victoire du Peuple, etse termine avec

du temps,

de

Mathieu Lamsbcrg lui-même

ne s'y

sa défaite, le vingt-huit soixante-douze

jours, siècle, de plusieurs

mai. Elle compte

à peine d'un

et elle fait la besogne

siècles même !

Elle peut être logiquement

divisée en trois

au 18 Mars,

pé-

riodes : la première, à l'histoire

partient

du 1" janvier

ap- c'est pour

de compte

des capitulards;

ainsi dire un report à 1870, un reliquat

qu'ils auront à régler tôt ou tard. La seconde période du 18 Mars au 28 mai, c'est-à-

dire toutl871, appartient au Peuple, à lallévolution.

La troisième

revient

période du 28 mai à la Saint-Syl-

de droit aux Versaillais

: c'est

vestre

réédition des massacres

nonain, de Juin48, de Décembre 51, revue, corrigée

et considérablement

la

de Lyon, de la rue Trans-

par les soins

du

augmentée

sinistre vieillard qui fut l'ordonnateur

nales sanglantes,

qu'il était

parce

de ces satur-

la plus

haute

expression des sentiments l'égard de la classe ouvrière.

de la classe dirigeante

à

L'époque

que nous revendiquons

a fermé

à

jamais pour la France l'ère des monarchies

empires, en affirmant l'idée républicaine même des vainqueurs de la France. Cet acte d'héroïsme et ce dévouement publique nous coûtèrent une trentaine nôtres fusillés et massacrés

pendant combat sur l'ordre des capitulards à Versailles.

et des à la face

à la Ré- de mille des

et après

le

de Paris enfuis

Notre 1871, ce n'est point l'année

terrible,

c'est

l'année sublime

!

C'est le peuple grand

d'audace

et de courage qui se soulève .contre tout ce qui est

inique ; contre la capitulation

et une lâcheté; contre l'exploitation de l'homme

par l'homme qui est un crime de lèse-humanité; contre la misère qui est contre nature.

qui est une trahison

-, 10 —

Ce n'est pas seulement

une lutte engagée

pour

revendiquer

les droits de Paris,

pour faire un Paris

libre dans une France

esclave,

pour donner

à la

grande capitale des grandes révolutions chises municipales.

ses fran-

Nous sommes trop loin d'Etienne

Marcel et trop

près d'un idéal de justice

modernes

plus conforme

aux idées

pour que, dans l'esprit

des combattants

de la Commune,

un Paris libre ne veuille pas dire :

Guerre aux monopoles cipation de l'humanité

! Plus de privilèges

! Eman-

! République

sociale uni-

verselle ! C'est ce que dit chaque c'est ce que porte à l'ennemi

envoie. Si 1871 n'a pas eu le temps de résoudre

ment la question,

à quoi s'en tenir. s'est montrée

coup de fusil qui part ; chaque balle qu'on lui

définitive-

il l'a au moins bien posée.

On sait maintenant

Et si la réaction

dans

impitoyable c'est qu'elle savait bien que c'étaient

et ses

monopoles

qu'elle avait

• la répression, ses privilèges sauver.

à

Dans

l'autre camp,

dans celui des vaincus

d'un

jour, on comprit tuer des hommes tuaient

bourgeois

aussi que ce n'était

pas tant pour

tuer

que pour à la tâche.

une Idée que les

bien

1871 a donc

posé le principe de la lutte des classes; drapeaux en présence.

de là, deux

Et, bien que la réaction

s'en soit donné à coeur

joie, qu'elle ait amoncelé cadavres

qu'elle ait cru fa»re disparaître

traces de ses crimes

sur cadavres, à tout jamais

et

les

en enfouissant

pôle-mèle les

- H —

fusillés

sées exprès

dans les fosses et dans les tranchées

creu-

dans les cimetières, elle doit s'aperce-

qu'elle s'est

réjouie trop

voir aujourd'hui

tôt et

qu'elle s'est trompée.

Non,

non, ce ne sont donc

seulement des

cri-

pas des carcasses

cadavres, des corps inanimés,

blées par les balles qu'elle a voulu enfouir en terre,

c'est surtout

une Idée !

Mais quoi qu'elle fasse,

il lui sera impossible,

avant

peu, d'arrêter

l'éclosion

grandes semailles de 1871.

prodigieuse

des

III

CK N'KST PAS UNE HISTOIRE

Si

inscrit

dans

les

plis de notre drapeau

la

j'ai

date mémorable de notre grande bataille socialiste

et donné comme titre à ce travail : la Jlevanchc

des

Communeux,

je vais m'en expliquer.

Je n'ai pas eu l'intention

d'écrire l'histoire

de la

Commune.

Mon titre du reste en est la preuve.

C'est un titre de combat,

car je considère

l'épo-

que que nous traversons comme un armistice.

Les

combattants

avaient besoin de reprendre

haleine et de s'orienter.

Il ne m'appartient

pas d'écrire l'histoire

de ces

soixante-douze jours de tourmente révolutionnaire.

Je suis et veux rester un combattant

de ces

jours de colère, d'espoir et de déceptions, en même temps

— 12 —

révolté qui ne désarmera

je

que le jour aura

triomphé.

où la

qu'un

cause du droit et de la justice

On enfouira,

je

serai

serviront

le sais, bien des révoltés

dans les ce but, qu'im-

pas

oubliettes des cimetières avant d'atteindre

et

de ceux-là, mais

probablement

porte ! Ceux qui luttent

d'illusions. Ils savent parfaitement que leurs efforts

ne

l'avenir.

Ne pouvant contentent.

ne se font

aujourd'hui

la route et à préparer

et plus

vite,

qu'à déblayer

faire mieux

ils s'en

à l'histoire

de cette

Quant

grande époque, elle

de quelques comprend:

d'une et leur

est encore à écrire malgré les tentatives

hommes de coeur et détalent

les matériaux

oeuvre de cette importance manquent encore.

; et cela se

nécessaires à la construction

leur ont manqué

Ceux qui ont pris part à cette révolution,

que ce soit, devraient

qu'ils

à quel-

que titre

ce même de nous donner impressions.

Ils laisseraient deviendraient ciencieux

qui, un jour, construire ce véritable

considérer comme

un devoir d'écrire

ont vu et pensé,

et

çà et là un aperçu de leurs

ainsi des documents

précieux de l'homme cons- à l'oeuvre pour

et

les collaborateurs

se mettra

monument historique.

à

Ce sont ces considérations

en arrière,

qui m'ont déterminé à fouiller dans

plus

à

faire ce retour

inoubliable, douloureux

mettre en lumière des faits ignorés ou dénaturés

dessein, soit qu'ils se rattachent

de Montmartre,

ce passé d'un titre,

pour

à

à l'administration

à certaines opérations militaires,

-- 13 —

aux actes de la Commune,

lutte, soit même aux principes

aux derniers

de la

jours de la Révolution.

Que chacun

fasse comme

moi, ce n'est

pas la

matière qui manqne. Tout citoyen délégué à l'administration

d'un ar-

rondissement avec le peuple,

s'est trouvé directement

en rapport

il en connaît

le dévouement,

les

souffrances, l'honnêteté,je

dirai même les scrupules

; il a pu se rendre un compte exact de la

où il en était

et du degré de ré- en 1871, alors qu'il

la capitale de la France,

qu'il

exagérés

légitimité de ses revendications

volutionnarisme

avait en son pouvoir

en était le maître absolu et qu'il n'avait qu'à ordon-

ner. Il en est de même des citoyens

qui ont dirigé les

militaires,

et qui, placés à la tête de ces

opérations

légions pour ainsi dire Improvisées,

cier la somme de courage et d'abnégation

ont pu appré-

que les

fédérés ont mise au service de la cause qu'ils défen-

daient !

Et, qu'ils

en auraient

à dire aussi les héros

in-

qui, jour et nuit, firent le coup de feu dans

ou dans les forts, sous la pluie meur-

ou dans les

connus

les tranchées

trière des obus et des boites à mitraille,

rues, mal retranchés sommet desquels

qui servirent de linceul à plus d'un combattant.

derrière

les tas de pavés, au

rouges

flottaient ces drapeaux

Toutes les barricades

ont

tant de coups de fusil qui ont

leur drame leur histoire.

!

Il y

a

14 -

IV

PI.UIK DK PAMIM1I.KTS

Oh !

! si l'on écoutait

comme

ceux que la moin-

fait

il est bien

et que

parbleu

dre réforme épouvante

rentrer

évident

et qu'une révolution

des taupes,

sous terre

que tout a été dit sur la Commune,

l'histoire

en est faite.

Les Maxime Ducamp,

comblés

les Molinari

faisant

et consorts de l'histoire

les ont

de joie en

comme on fait de l'anatomie

dans les abattoirs

: en

d'achever

les vaincus et ceux pas, d'après

que les policiers les conseils

essayant

avaient

de

manques, guerre n'avaient frappés.

que eux, suffisamment

Ils revendiquèrent

ainsi l'honneur

de

sans

péril satisfac- de ce

leur donner

tion de leur clientèle,

genre d'exploits, le fromage.

le coup de grâce, à la grande

toujours

très friande

pour s'en divertir entre

de proie

la poire et

ne

de

ordi-

Aussi

les oiseaux

de la littérature sur le champ

leur pâture

pas de s'abattre

bien y trouver

manquèrent-ils carnage, sachant naire. La réaction d'extermination,

dans toute leur horreur

teau

n'avait

pas encore achevé son oeuvre

de guerre siégeaient

encore au pla-

plus ou

les conseils

; on fusillait

de Satory

que, déjà des pamphlets

moins volumineux,

signés de noms

plus ou moins

-, t5-

connus, poussaient comme des verrues aux vitrines des libraires.

Et certes,

tous

ces bouquins

des livres d'histoire,

qu'on

tention d'appeler

réalité, que des pamphlets.

a eu la pré- ne sont, en

Qu'on

ne croie pas que ceux qui les ont écrits

aient

eu la moindre

intention de renseigner

leurs

lecteurs

appréciés; seul instant

eu qu'un but : servir

sur des hommes

qu'on

et des faits diversement

aient

ne croie pas qu'ils

eu un

le souci de la vérité, non, non! ils n'ont

à l'appétit

des badauds

bien

épicé et gagner

affo- le plus

lés un plat du jour

d'argent possible. Joli métier ! Et ce sont ces hommes se sont

permis

qui, du haut de leurs tré-

les actes Cherchant

de juger

à l'abri

et les la

teaux,

hommes

par calomnie et le mensonge à entretenir les vengeances

de la réaction,

de la Commune!

ils ont,

des baïonnettes,

imaginé les contes les plus fantastiques,

eux, les révoltés

et pour

de 1871 n'étaient

qu'un ramassis

de vauriens, d'énergumènes

conviction, de repris de justice, d'ivrognes,

leurs, d'incendiaires melles et leurs enfants,

idées

sans

; leurs femmes étaient des petits.

et

sans de vo- des fe-

Ils prennent si bien leurs renseignements,

qu'ils

racontent avec force détails, l'exécution d'hommes

qui se portent

encore très bien.

Les élucubrations

fantaisistes

Terrailne

sont rien en comparaison

de Ponson des romans

du

qu'ils brodent. Ils vont jusqu'à

signaler

ceux qui ont échappé

— 16 -

aux massacres

et sur lesquels la police n'a pas mis

son grappin — un peu plus, ils diraient

les rencontrer empoigner. pamphlétaires,

chards qui arrêtent

où l'on juge à coups

et à quelle heure

— Non contents

Satory

où on peut

les

on pourrait

de leur triste rôle de

des mou-

de guerre

et du plateau

de

ils se font les pourvoyeurs

en bloc, des conseils

de sabre

qui suinte le sang.

Le temps passe, la lumière se fait: ils ne prennent

mêmepaslapeinedesedisculperauprèsdeceuxdont

ils ont exploité des erreurs

la crédulité et palpé les gros sous, qu'ils ont commises volontairement.

Mais il est vrai que tout aurait été à refaire dans

le titre,

ces pamphlets,

songe, jusqu'à lomnie. Il faut un fier tempérament,

avaler la lecture de ces élucubrations

depuis la dernière

qui est

un men-

ligne, qui est une ca-

j'en conviens, pour

écoeurantes;

et cependant,

peuple eût le temps

n'en rien oublier ! quel enseignement

Comme il verrait

frances

combien

il serait

à désirer

que le

lui !

et la patience

de les lire et de

pour

le peu

de cas qu'on fait des souf-

dont il

qu'il endure

et du mal de misère

meurt ! Comme il se convaincrait

ment dans la société actuelle

sence qui s'observent,

ont des intérêts

classes

qu'il y a réelle-

deux classes en pré-

se menacent, parce qu'elles

que l'une de ces

bien distincts;

avec mépris, la traitant

de vile populace et la considérant comme tellement

se sépare de l'autre

inférieure qu'elle la condamnerait

régime alimentaire des bêtes de somme si elle ne

redoutait les ruades de quelques-uns.

volontiers

au

— 17 —

Oui, c'est en parcourant

ces élucubrations-là,

bien plus qu'en parcourant

vailleurs acquerraient

vivent à leurs dépensée flattent d'appartenir

les usines,

que les tra-

qui

la certitude

que ceux

à une de auquel sans

classe supérieure

jouissance, la classe

qui a droit à ce raffinement

de luxe, de plaisir et de bien-être

dite inférieure

ne saurait aspirer,

être rappelée desuite, et parla force, à l'humblecon-

dition dans laquelle ils ont intérêt

à la maintenir.

J'en suis convaincu

: si les travailleurs

savaient

l'opinion qu'on a d'eux dans le monde des dirigeants

et des parasites,

les plus beaux

ornements

classe soi-disant.supérieure,

les plus soumis

de la même

un cri d'indignation

l'échiné un

et ne voudraient

ceux

jetteraient pas courber

jour de plus. et les autres,

Ils se redresseraient,

de la

classe hors concours verraient

à compter

avec des hommes

!

bien alors qu'ils ont

V

APRÈS LECTURE

Il est bien entendu

je ne compte

pasau nom-

que

bre de ces fougueux pamphlétaires, les citoyens

courageux,

versaillais,

qui, à peine échappés se sont hâtés, dans les misères de l'exil,

aux massacres

de répondre aux calomniateurs

de ses combattants.

de la Commune

et

Ceux-là n'ont pas calculé d'avance

les bénéfices

qu'ils pourraient

tirer du travail honnête

et cons-

— 18 —

cicncieux qu'ils entreprenaient,

résoudre le problème difficile de la vie quotidienne.

tout

en ayant

à

C'est, inspirés par le sentiment

du devoir et de la

vérité, et sous le coup encore

de la lutte et de la défaite, que le citoyen Arthur

Arnould écrit Yllistoirepopulaire et parlementaire de la Commune de Paris; le citoyen Lissagaray YHistoire de la Commune de 1871;le citoyen Le- français, YEtude sur le mouvement communaliste ;

des rudes

émotions

— et le citoyen B. Malon, la Troisième Prolétariat

français.

défaite

du

Si ces livres, qui peuvent être considérés

comme

des livres d'histoire,

ne sont

pas, à ce point de

vue, absolument complets, c'est parce que, comme

je l'ai dit, les matériaux

teurs ; mais

au moins,

ont fait défaut à leurs au-

outre

un talent incontes-

table, il s'en dégage un sentiment

d'honnêteté,

un

respect de la vérité et une conviction

saurait nier. Non seulement

Lefrançais

la Commune, se gardent bien de récriminer

cuser, mais encore ils acceptent,

responsabilité ont désapprouvés

que nul ne

Arnould,

de

les citoyens Arthur

et B. Malon, tous les trois, membres

et d'ac-

dans leur livre, la

d'actes qu'ils à la Com-

des faits accomplis,

alors qu'ils

siégaient

mune, et contre lesquels

ils ont protesté

au péril

de leur vie, aux heures suprêmes

de la bataille

des

rues. En écrivant, la Commune,

à mon tour, non pas une histoire

mais des Souvenirs

se rattachant

de

aux fonctions que j'ai remplies à Montmartre,

événements

auxquels

j'ai été mêlé à Belleville

aux

et

— 19 —

ailleurs pendant la Semaine sanglante, à la vie dif-

ficile et tourmentée

pas, moi non plus, l'intention

cuser. Tous les pamphlets

rapports et les dépositions

parlementaire

des réfugiés

à Londres,

je n'ai

de récriminer, d'ac-

lus,

y compris

les

du con-

que j'ai

indigestes de Y Enquête

de Paris

et les Convulsions

vulsionné

Maxime

du Camp, tous ces pamphlets,

où le mensonge,

la calomnie,

dis-je,

l'espionnage loin de mo-

sur les

la

et la trahison

difier en quoi que ce soit mes appréciations

hommes

que j'ai toujours„eue

sont érigés en principe,

et sur les faits, n'ont servi qu'à raviver

sympathie

pour mes compa-

gnons de lutte, et à me faire regretter

faire mieux et plus pour la cause de la Révolution.

de n'avoir pu

Qu'un historien,

dans l'avenir,

ayant

sition tous les documents indispensables,

à sa dispo- considère

comme

un devoir de faire la critique

des actes

et

des hommes de la Commune,

tant au point de vue

administratif

qu'au point de vue militaire,

il sera

dans son droit et fera même une oeuvre utile ; mais

qu'entre nous, nous récriminions

les uns

quions, que nous rejetions

les fautes qui ont pu être commises, serait faire une triste besogne.

et nous

criti-

les autres

sur je dis que ce

C'est bien assez que nous ayons eu à nos trousses

des plumitifs des mouchards

pantalon

nous donnions

à tant la ligne, pour pour nous traquer,

nous dénoncer,

des juges sans

en

rouge pour nous condamner,

encore à nos ennemis

que le spectacle

de nous déchirer entre nous.

réjouissant Je vais plus loin; je dis môme

qu'après

tant

de

— 20 -

de misères

avoir eu les preuves

dangers

ensemble,

qu'après

rations tramées

nous avons été les victimes, je me prends quelque-

et tant

partagés

de toutes les conspi-

des trahisons

dont

j'ai eus contre

un peu platonique

contre nous,

fois à regretter les emportementsque quelques-uns de mes collègues.

Cet aveu paraîtra ceux qui pensent mes, ni atténuer

l'avenir ou de la Revanche,

suis de cet avis. Mais, je le répète, tout en me ré-

tel ou tel acte, tel ou tel

à

peut-être

qu'il ne faut ni ménager les fautes, dans l'intérêt

les hom-

même de

comme l'on voudra. Je

servant le droit d'apprécier

décret, je n'entends

à aucun prix accuser

ou atta-

quer des hommes avec lesquels j'ai combattu. Le mieux que je puisse faire, c'est d'accepter eux toutes les responsabilités.

avec

VI

MON BUT

Comme on ne saurait prendre trop de précautions

les critiques

que possible

des mauvaises

pour éviter autant

des

lan-

pointilleux et les insinuations

gues, et que

doute que m'excuser

c'est moins

moi que je les re-

pour

pour la cause que je défends, je tiens à de l'emploi du je et du mot que je serai

bien obligé de faire au cours de cet ouvrage.

Je n'ai nullement

l'intention

scène pour attirer l'attention

rement

dévoué aux principes

de me mettre des lecteurs.

en

Entiè-

de la Révolution

— 21 —

sociale, je la sers et la servirai rêt et sans ambition.

toujours

sans

inté-

A}'ant à consigner

suffisamment

faits

j'ai été mêlé, dont il n'a pas encore

ici des

et des événe-

n'a pas si riche

ments auxquels été fait mention

été

que la prétendent pris M. Maxime à l'enrichir

la lumière

ou sur lesquels faite, la langue française,

les quarante du Camp,

immortels, y com-

dit-on,

qui travaillent,

ne m'a laissé

d'autre ressour-

encore, de ces détestables

ce que l'emploi sonnels.

pronoms per-

tout, sont-ils

aussi détestables

qu'on se celui qui en fait usage n'a ni

Après

plaît à le dire, lorsque

ni vanité, et qu'en outre il n'a pas le choix

dans

la voie des aveux

pas plus

et des explica-

ambition,

des moyens? Ma foi, non. Et du reste je ne m'arrêterai

longtemps

tions.

Dans le parti auquel j'ai l'avantage

d'appartenir,

on ne redoute s'en trouvait,

ni les vaniteux

on saurait

ni les ambitieux

bien les faire rentrer

: s'il

dans

le rang ou les en faire sortir,

avec tous

les égards

dus à leur sotte prétention. Ce n'est donc point de ce côté que me viendra crifique.

la

Restent maintenant

nos adversaires.

Eh bien,

ceux-là penseront m'est bien égal.

et diront

ce qu'ils voudront;

ça

Le but que je me suis proposé

et que je serais

heureux

aux mesquines

en publiant d'atteindre,

ce

travail,

est

de per-

bien supérieur sonnes.

questions

— 22 —

Ce but, le voici :

Montrer

au peuple le profond

bien qu'il n'a

mépris que pro-

fesse à son égard le monde des dirigeants,

qu'il se persuade

de ce côté-là et qu'il ne doit compter que sur lui.

pour

rien à attendre

Les travailleurs

n'ayant de lire les pamphlets

temps

ni la possibilité et les enquêtes

ni le

dont

j'ai parlé, cette besogne utile je l'ai faite pour eux

et je signalerai les passages

connaître, à commenter, temps voulu.

qu'ils ont intérêt

à

et à ne pas oublier en

La coterie versaillaise n'a ménagé ni les calom-

nies ni les

aux vaincus de la Commune;

qu'on les venge un peu. Elle a

nos vices,

injures c'est bien le moins

fait grand bruit de ce qu'on a appelé

nos orgies, nos défaillances,

core? Il sera curieux d'examiner

et que sais-je en- ce qu'il y a de

vrai dans les rabâchages niateurs et d'assassins,

temps

la mesure

de cette bande de calom-

et de donner

en même et de leurs

de leur courage

capacités.

Et

vous assure

que nous

aurons comme du reste ils

déclare que je

ni accuser

mes

souvent

à

je

nous divertir à leurs dépens,

l'ont fait aux nôtres. Si, dans le chapitre

n'entends, à aucun prix, attaquer

précédent, je

compagnons de lutte, soyez sans crainte, je n'aurai pas la môme aménité pour les autres.

Ce n'est point pour les ménager que j'ai intitulé

cet

: La Revanche des Communeux. J'ai,

la ferme intention

de ne pas

ouvrage je vous le promets, mentira mon titre.

— 23 —

C'est une Revanche l'autre !

par la plume

en attendant

Elle servira à dresser pas sans intérêt. Mais il ne faudrait serait une revanche

surtout

seignements

un petit bilan qui ne sera

pas non plus s'en tenir là. Ce Il faut

par trop platonique.

et rempli d en-

que ce travail soit instructif

: Et c'est sur ce point, b plus impor-

l'attention

des combat-

tant de tous, que j'appelle

tants de 1871 et de ceux de l'avenir.

Il ne faut plus que les trouées dans les rangs du prolétariat,

solider la puissance de ceux qui les ordonnent.

meurtrières, ne servent

faites qu'à con-

Il faut qu'à

l'avenir

ils apprennent

ce qu'il

en

coûte de répandre le sang des travailleurs.

Il faut que nos morts

nous

comme il faut que nos défaites

à vivre, à

apprennent

nous apprennent

vaincre ! Je suis de ceux

qui pensent l'éducation que l'instruction peuple.

que c'est

bien plus au

qui manque

L'instruction,

on la lui dispute

comme son pain,

comme son salaire. Mais l'éducation,

comprends,

comme je la

de la

a les

il

se la donner lui-môme.

à avoir le sentiment

qu'on

pourrait qui consiste

Éducation

dignité humaine,

à se bien pénétrer

mêmes droits au bien-être, rielles et intellectuelles

aux jouissances

maté-

que ceux

qui se croient

d'une essence supérieure. Il faut, qu'au jour de la bataille

bien qu'on triompher

sociale, on sache

pour faire et sur-

expose sa vie, non seulement

telle ou telle devise,

mais surtout

— 24 —

tout pour conquérir

son droit

à l'existence;

et, les

devoirs remplis, le moyen de donner satisfaction

à

ses besoins.

Je crois que si, au jour

de la grande

bataille,

ceux qui descendent

leurs manches pour s'aligner

versaires,

comme le jour, qui ne demandent ni de profondes

études ni de longs développements,

qu'ils auront assez de coeur au ventre

dans les veines pour ne pas abandonner avant de l'avoirgagnée.

dans