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CHAPITRE 10

Espaces, territoires, frontières :

pratiques et représentations à la croisée des populations sédentaires et nomades (le cas des Bouriates d’Aga)1

Elena Filippova

Tout groupe humain a une spatialité et une temporalité, en d’autres termes encore, une territorialité et une segmentarité, dimensions de son histoire Michel Izard

Les sociétés nomades ont par leur caractère un rapport à l’espace très différent de celui des sociétés sédentaires. Dans les deux systèmes, l’espace est pensé dans son rapport « avec d’autres niveaux de l’expérience, au premier rang desquels la parenté et la mémoire » (Sagnes, 2004). Pour les nomades, beaucoup plus que pour les sédentaires, l’appartenance locale est fondée davantage sur la parenté que sur la résidence. La structure de parenté clanique contribue à cette construction singulière d’échelles d’appartenance. Les clans ne sont propres ni à un « peuple » au sens ethnique, ni à un territoire donné, mais recouvrent de manière transversale plusieurs d’entre eux : « la perpétuation des identités, notamment par transmission agnatique, tend à l’emporter sur la dimension spatiale où elle s’exerce, et non l’inverse » (Conte et al., 2002).

Mais d’abord et surtout le lien avec l’espace est façonné par un mode de vie, par une mobilité des populations, pasteurs-nomades de tradition en l’occurrence, que les pratiques séculaires d’élevage amenaient à parcourir de vastes territoires à la recherche des pâturages et de sources d’eau pour leur bétail.

Il n’existe pas, chez les nomades, de maison familiale d’où l’on sort et où l’on revient, ou tente de revenir, du moins dans ses rêves. C’est une famille en soi qui se substitue à une maison ; une demeure transportable (la yourte chez les Bouriates, notamment) voyage avec ses habitants, et le trou au-dessus d’un foyer (toŏn) incarne la « petite patrie » (toŏnto nyotyk).

À l’absence de maison correspond l’inexistence de sépulture, l’absence d’une maison posthume. Un couple symbolique « foyer familial/tombes des ancêtres » est une référence très forte à l’identité territoriale de toutes les cultures sédentaires alors qu’il n’occupe pas la même place dans les représentations des sociétés nomades. La coutume d’enterrer ses morts et de vénérer leurs tombes se conjugue mal avec la mobilité spatiale. Un nomade ne cesse son errance même après la mort et il est impensable de lui imposer un point d’ancrage définitif. Il convient de le laisser aller, poursuivre son parcours interminable.

Faute de pouvoir transformer le paysage par des objets d’architecture, profane comme sacrée, solides et immobiles, comme le font les populations sédentaires, les nomades marquent leur présence transitoire par des matériaux périssables : les tissus, les rubans, qui se décolorent sous le soleil, se déchirent en plein vent, et finissent par se dissiper, si les sites ne sont plus fréquentés.

L’absorption des populations bouriates dans l’Empire russe, puis l’existence au sein de l’URSS les ont placées dans un cadre de représentations sociales extérieures à leur culture. Ces

1 Cet article est issu du projet ACI « Nomadisme, identité, ethnicité : espaces et pouvoirs locaux » réalisé dans le cadre de Convention d’échanges CNRS – Académie des sciences de Russie. Responsable scientifique André Bourgeot.

populations ont été soumises, durant 70 ans d’expérience soviétique, à un système politique et idéologique fondé sur des principes (intellectuels) d’ethnocentrisme et (politiques) d’autonomie territoriale des « peuples », sous forme d’un fédéralisme ethnique. Ce système politique impose une cohérence entre nation, territoire et État. Pourtant la notion d’ethnicité, aussi bien que celles de territoire ethnique et de citoyenneté, est étrangère à la société bouriate et ne trouve pas d’équivalents dans son vocabulaire. Nous allons voir comment ces conceptions ont été adoptées, transformées et intériorisées par les populations à la fin de la période soviétique, mais aussi comment elles peuvent être instrumentalisées de nos jours par un discours politique prônant un séparatisme ethnique.

La réification de l’ethnicité : créer un « ethnos » bouriate

…l’ethnonyme est essentiel à l’extérieur et secondaire à l’intérieur Claude Lévi-Strauss

Lors de son expansion progressive vers l’Est, l’Empire russe a rattaché d’immenses espaces, habités par des populations peu nombreuses mais extrêmement variées sur le plan économique, social et religieux. Cette diversité se matérialise par la diversité des modes de vie, des coutumes et même par des apparences phénotypiques différentes. Pour gérer au mieux les nouvelles terres colonisées et assurer une allégeance, les populations sont soumises à des régimes fiscaux et juridiques singuliers. L’instauration de ces régimes s’appuie sur une forme d’administration qui établit les premiers classements des populations. Ainsi, comme en témoigne T. Toboev dans ses « Chroniques des Bouriates-hori », « ce sont les Russes qui ont assimilé les populations habitant les rives du lac Baïkal et l’île d’Ol’khon à un peuple voisin qu’ils appelaient Bouriates ». Ces populations ont été désignées sous le nom de « Bouriates des 11 clans hori » (cité par Tsydendambaev, 1972 : 292). L’appartenance clanique évoquée ici structurait, de fait, les relations sociales des populations en question.

Insistons spécialement sur l’aspect réciproque de la construction identitaire. En effet, c’est l’arrivée des Russes et surtout une longue cohabitation dans le même espace entre « autochtones » et « colons » qui favorisent l’émergence de deux groupes distincts et d’une frontière entre eux. Cette frontière est à l’origine d’une prise de conscience de l’altérité mais aussi d’une « mêmeté ». Tout comme « en voyant de près l’Anglais [les provinces françaises] ont senti qu’elles étaient la France » (Michelet, 1987 : 126), les tribus nomades de langue mongole, en voyant de près les Russes, prennent conscience qu’elles sont bouriates. Pour les Russes, à leur tour, il s’agit de « distinguer l’Autre que l’on exclut de son groupe, et/ou, corrélativement, de se nommer soi, d’affirmer pour soi une identité, une « étiquette » distinctive, pour fixer le point de limite au-delà duquel l’Autre sera identifié comme tel. C’est toujours face à l’Autre, face au besoin de se démarquer de l’Autre, identifié comme étant en retrait du groupe, hors de celui-ci, que s’affirment les positionnements identitaires » (Bretegnier). Tout distinguait, effectivement, les deux communautés : une langue, une apparence physique, un mode de vie, une religion, mais aussi un statut social. L’Empire russe fonctionne comme une société d’ordres et les indigènes-nomades de Sibérie sont alors considérés comme appartenant à un état (soslovije) particulier, « égal aux paysans mais régi différemment » (« Statut des indigènes », 1822). Ces distinctions opérées par le pouvoir politico-administratif contribuent à l’élaboration et au maintien d’une frontière entre les deux groupes (cela se prolonge aussi par une endogamie). Ces dispositions entraînent également une conception singulière de la culture et de l’identité comme étant des entités figées, statiques, invariables, des isolats humains, sociaux, linguistiques, que caractériserait un ensemble de traits culturels – une conception contraire à celle de l’anthropologie structurale qui prend en compte « l’existence d’invariants culturels, qui loin d’être substantialistes et stationnaires, peuvent se proposer… comme mobilité, transport et circulation » (Benoist, 1977 : 319).

L’Empire russe et ultérieurement l’URSS qui lui succède, en tant que sociétés « observantes et dominantes », pour reprendre une définition de J.-L. Amselle, ont détenu le pouvoir de « nommer et classer » les populations « observées et dominées ». Les catégorisations savantes ont été utilisées pour justifier l’assignation identitaire extérieure.

Le premier recensement général de la population de l’Empire russe effectué en 1897 n’a cependant pas réparti les populations « indigènes » (inorodtsy) de la Sibérie en catégories dites aujourd’hui ethniques. On pensait alors que « l’anthropologie contemporaine des autochtones nomades, ayant conservé un mode de vie clanique, devrait consister en une anthropologie des clans et non des peuples » (Lutsenko, 1898). Les tableaux statistiques contiennent des données sur la structure tribale (ou clanique) et les langues parlées par les différentes populations. D’ailleurs on retrouve parmi les catégories linguistiques introduites dans les tableaux « une langue indigène », ce qui évidemment n’a pas de sens.

Notamment les tribus « bouriates » sont présentées sous forme de tableaux synthétiques où figurent différents « lignages administratifs ». Il s’agit d’une unité créée par l’administration coloniale. Ces différents lignages forment une entité politique commune. « La Douma de la Steppe », instaurée en 1822 par le statut spécial des Indigènes, est une assemblée composée de 6 lignages au sein du gouvernement d’Irkoutsk et de 6 autres de la région de la Transbaïkalie. Chaque « lignage administratif » est composé de plusieurs tribus, ou de fragments de tribus, dont la plus importante donne son nom à l’unité. Dans certains cas, faute de pouvoir choisir une tribu dont le nom porterait un

« lignage », ces noms dérivent tout simplement de toponymes. Le recensement de 1879 enregistre

alors 187 « lignages administratifs » comprenant au total 288 383 personnes (Patkanov, 1912 : 98- 100). Ce dernier chiffre est souvent assimilé dans les travaux ethnographiques ultérieurs au nombre probable de Bouriates à cette époque. Dans un ouvrage collectif intitulé Bouriates, publié en 2004 dans la série « Peuples et cultures » sous l’égide de l’Institut d’ethnologie et d’anthropologie, on peut lire : « Selon le recensement de 1879, le nombre de Bouriates a été de 288 000 personnes » (Abaeva, Jukovskaja, 2004 : 10).

Le travail de catégorisation des populations est repris scrupuleusement après la révolution d’Octobre par le pouvoir bolchevik, qui veut désormais construire un État multinational. La nouvelle conception politique introduit de facto le concept de multiculturalisme qui est alors considéré comme étant « l’épanouissement des (ethnies)-nations socialistes, favorisant leur rapprochement ». La nouvelle orientation, connue sous le nom de « naciestroitel’stvo » (« construction des nations »), s’établit en opposition à celle de la Russie tsariste qui n’aurait été selon les communistes qu’une

« prison des peuples ». Il faut alors faire appel à un savoir savant pour élaborer un répertoire des

« peuples » résidant sur le territoire national afin d’établir des frontières entre territoires distinguant tel ou tel « peuple ».

La nomenclature des groupes ethniques est conçue en fonction de données ethnologiques. Les représentations substantialistes de l’ethnicité insérées dans le cadre de la théorie évolutionniste du

développement social conduisent à l’élaboration d’une structure hiérarchique, fixant la position dans la société de « corps collectifs », les « ethnos », attachés à un territoire précis, et situés à diverses étapes de développement. Les plus « développés » et les plus nombreux obtiennent le statut suprême de Nation (assorti, durant la période soviétique, du qualificatif « socialiste »). Ils sont dotés d’une pseudo- souveraineté matérialisée par la constitution de républiques soviétiques socialistes qui se réfèrent à une nation éponyme (Ukraine, Ouzbékistan, Azerbaïdjan, etc.). Au plus bas de cette échelle hiérarchique, on trouve divers « peuples » ou « peuplades » (« narod » et « narodnost’ ») dont certains ont vocation à disparaître en étant assimilés par une nation ou à constituer, eux-mêmes, une nouvelle nation. C’est dans cette catégorie que sont alors classés les Bouriates. Cette catégorisation implique un statut politique « inférieur » à celui de la Nation. Il s’agit d’une république autonome à l’intérieur de la République de Russie. Cela correspond à une forme de souveraineté beaucoup plus restreinte par rapport à une république nationale. La République autonome bouriate et mongole voit le jour en 19232. Finalement, un certain nombre de groupes sont distingués en fonction de catégories singulières : peuple (narod), « petit peuple » (malyj narod), ou « peuple peu nombreux », ou encore

« petits peuples du Nord ». Selon la période, ils bénéficient d’une réglementation spécifique et de

protections particulières, sans pour autant forcément disposer d’un territoire administrativement délimité (voir par exemple Blum, Filippova, 2003).

2 Nous y reviendrons dans la prochaine section, traitant du territoire.

Cette typologie de communautés ethniques est essentiellement issue de la fameuse triade « Plemja-narodnost’-nacia » (tribu-peuplade-nation), qui puise dans la conception marxiste des formations sociales et économiques. Chacune de ces formations doit être associée à un type d’ethnos, permettant de distinguer les tribus de la société primitive, les peuplades de la société féodale et les nations capitalistes et socialistes. Cette conception implique l’idée d’une continuité présumée entre les différents stades de développement. La notion d’ethnogenèse, qui est au cœur de la théorie soviétique de l’ethnos, amène inévitablement à considérer la Nation comme étant nécessairement l’aboutissement de l’évolution d’un ethnos.

L’histoire de la pensée sociologique russe, ayant subi au cours du XVIII e et du XIX e siècle une forte influence allemande, s’est cristallisée en une vision essentialiste et holiste des groupes humains, conjuguant des approches biologiques, culturelles et sociales. On peut penser à juste titre que « la théorie soviétique de l’ethnos s’inscrit, plus que dans la tradition marxiste, dans une tradition Est- européenne (notamment allemande) qui met une réalité substantielle sous la notion d’ethnie (exprimée en particulier par le vocable « peuple », Volk). Cette tradition n’est évidemment pas sans rapport avec une pensée romantique dont Herder constitue la figure emblématique » (Gossiaux, 2002). Une « ambivalence conceptuelle et rhétorique » (Conte et al., 2002) de la pensée herderienne, plutôt culturaliste que naturaliste, assez contradictoire et peu rigoureuse, a poussé ses épigones à la préciser :

ainsi « c’est en Europe centrale et orientale que la notion de Volk fut associée progressivement à celle de descendance » (ibid.).

Cette association a eu pour conséquence de proposer une vision essentialiste de l’appartenance ethnique comme s’il s’agissait d’un caractère immanent propre à chaque individu, une appartenance que l’Homme ne serait pas libre d’abandonner. La parenté consanguine, maintenue par l’endogamie, transmise de génération en génération, serait profondément ancrée dans les représentations des groupes structurés par les liens claniques.

Nos observations de terrain montrent clairement que les représentations de l’identité bouriate se fondent essentiellement sur l’idée d’une substance physique commune, d’une parenté de sang. Personne ne doute que l’on naît Bouriate et qu’on ne le devient pas. Un individu habitant dans un milieu bouriate, même s’il parle éventuellement bouriate, ne peut être considéré comme tel. La référence aux parents, et plus particulièrement au père, est indispensable. D’une manière générale, l’enfant issu d’un couple « père Bouriate – mère non Bouriate » est considéré plutôt comme un Bouriate (« métis » selon certains enquêtés), alors qu’un individu issu d’un couple « père non Bouriate – mère Bouriate » ne l’est pas. Ces conceptions actuelles matérialisent un mélange curieux de représentations anciennes claniques se manifestant dans le principe de transmission d’appartenance ethnique, à l’instar de l’appartenance au clan, uniquement par filiation paternelle, et de conceptions biologiques contemporaines, notamment génétiques, simplifiées (d’où le terme « métis »). Les traits phénotypiques servent d’indices pour déterminer l’origine bouriate, perçus comme l’expression d’une transmission génétique. En revanche, le lieu de naissance ne justifie en rien l’appartenance à l’ethnie bouriate (contrairement aux représentations populaires largement répandues parmi d’autres habitants de l’ancienne URSS, pour qui une personne née, par exemple, en Ukraine est supposée d’emblée être une Ukrainienne – cela résulte d’un principe de territorialisation de l’ethnicité, dont le double est celui d’ethnicisation du territoire).

À titre de comparaison rappelons-nous du cas des Bororo, une population indigène du Brésil, étudiée par Cristopher Crocker : l’idée d’une parenté consanguine étant aussi clairement propre à la pensée Bororo, ces derniers pensent toutefois que « les personnes qui ne sont liées ni par le sang ni par l’appartenance à un même groupe social, mais qui habitent dans le même espace physique, mangent la même nourriture… dorment et se baignent ensemble… en viennent, après des années, à participer à une même espèce naturelle » (Crocker, 1977 : 162).

Sur le plan collectif, l’idée de descendance se manifeste à travers une vision organiciste des « peuples », qui naîtraient, vivraient et mourraient. D’où l’importance de l’ethnogenèse pour la recherche des « origines » d’un peuple-ethnos. Ce travail s’appuie, entre autres, sur des données anthropologiques. Ainsi, A. Zubov écrit, en 1988 : « Les anthropologues mènent un constant travail de recueil de matériaux sur les compositions raciales des divers peuples, expression des diverses étapes

qui ont conduit à leur formation. L’ethnie est constituée de divers types anthropologiques, et les mêmes types anthropologiques peuvent être présents dans diverses ethnies. Les anthropologues observent aussi que les frontières ethniques et raciales ne coïncident pas. Ce domaine de l’anthropologie a permis dans une forte mesure un rapprochement entre sciences sociales et naturelles et a contribué à déterminer la base factuelle et théorique d’usage de données anthropologiques comme source d’information de caractère historique (en particulier, pour étudier la question de l’ethno- genèse) » (Zubov, 1988 : 77).

Par ailleurs, les noms toponymiques, aussi bien que les données archéologiques, sont considérés comme étant les indices les plus fiables de l’enracinement de groupes humains en certains lieux. Les découvertes, sur un territoire donné, d’objets matériels datant d’époques différentes, viennent justifier une prétendue continuité historique du peuplement de ces territoires. En même temps, l’analyse anthropologique des os et des crânes, trouvés au cours de fouilles archéologiques, permet d’établir un type anthropologique des populations ayant habité ces territoires. D’après une observation de ce type, des Bouriates contemporains (type défini comme « centre-asiatique mongoloïde ») semblent présenter des liens génétiques avec la population locale néolithique. Ce raisonnement conduit à attester l’implantation ancienne des Bouriates dans la région. La méthode rétrospective crée une continuité et assure une permanence entre des cultures préhistoriques et des « ethnies » contemporaines (voir par exemple Rybakov, 1987 et Avdoussine, 1989). La mythologie, quant à elle, est également prise en compte comme étant une des sources de l’information sur les origines des populations.

Il n’existe pas cependant une version communément admise concernant l’ethnogenèse bouriate. Le débat oppose différentes conceptions, notamment celle des « migrationistes » à celle dite des « autochtonistes ». La première, formulée dès le XIX e siècle (Banzarov, Bogdanov, Batorov, Baradin, Tokarev, Dolgikh, etc.), postule que les Bouriates, parents des Mongols et des Kalmouks, seraient arrivés tardivement (vers le XIII e siècle au plus tôt) sur leur lieu actuel de résidence. Ils se seraient implantés sur les rives du lac Baïkal, venant de Mongolie, de l’Altaï ou même du khanat des Djoungars et auraient progressivement supplanté sinon assimilé les populations turcophones habitant cette région.

La deuxième version avancée depuis les années 1930 par A. Okladnikov et développée ultérieurement par des archéologues (Konovalov, Imenokhoev, Kovychev, etc.) consiste à penser que les populations de langue mongole sont arrivées bien avant le XIX e siècle et seraient même des autochtones. Différents travaux archéologiques viennent soutenir l’idée de leur présence dès les VII e -X e siècle.

Les partisans des différentes thèses s’accordent cependant à souligner la pluralité des « sources génétiques » des Bouriates (mongole, turque, toungouse et, dans une moindre mesure, samoyède). Les données toponymiques, mais aussi un substrat linguistique et culturel commun constitueraient des traces de ces influences multiples. Le désaccord porte finalement sur les différentes manières de privilégier une des différentes « sources ». La première conception consiste à avancer l’idée privilégiée que les Bouriates seraient les descendants de populations turques et toungouses, envahies et assimilées par les Mongols. Cette vision légitime alors leur autochtonie et, par conséquent, un droit spécifique sur un territoire. Cette interprétation de l’histoire les prive en revanche de se rattacher au patrimoine historique glorieux des khanats mongols et à celui de l’empire de Gengis Khan. A contrario, en privilégiant l’appartenance au monde mongol, les atouts et les inconvénients sont inversés : tout en gagnant en supériorité par rapport aux « groupes d’origine locale, inconnue ou problématique » (Belhedi, 2006 : 312), les Bouriates perdent en antériorité vis-à-vis de ces mêmes groupes. Cela concerne plus particulièrement leur rapport avec une autre population habitant leur région : les Evenks. Ce groupe, beaucoup moins nombreux que celui des Bouriates, est doté d’un statut politico-administratif encore différent, celui de « petit peuple autochtone ».

Dans les années 1990, une nouvelle interprétation de l’ethnogenèse bouriate émerge dans un contexte de libéralisation politique. De nouveaux intellectuels bouriates défendent l’idée d’une descendance aryenne des Bouriates de Cisbaïkalie, en se fondant sur l’analyse de rituels et de

symboles bouriates. L’existence de la danse-ronde yokhor serait la preuve d’un apport génétique par des populations indo-européennes dans leur ethnogenèse (Batoeva et al., 2002 et Dougarov, 1998).

Quant à l’ancienneté des Bouriates, quel que soit le lieu d’origine privilégié (région du Baïkal ou ailleurs), la plupart des chercheurs russes, ethnologues comme archéologues, datent « le début de leur ethnogenèse » du milieu du 1 er millénaire apr. J.-C., tout en continuant à croire que « des traits ethniques peuvent être établis dans les cultures néolithiques » (Nimaev, 2004 : 13). Cette conviction permet de rendre un « ethnos » plus ancien, de récupérer l’héritage des cultures préhistoriques, afin de prouver le caractère autochtone des populations nomades. Il existe quand même parmi certains ethnologues une forme de réticence face à ces tentatives d’établir une continuité entre des populations néolithiques et des « ethnos » contemporains (ibid. : 14). Concernant l’aboutissement de l’ethnogenèse, qui témoignerait de la constitution du « peuple bouriate » (buriajtskaja narodnost’), il est d’usage de croire qu’il intervient approximativement au début du XIX e siècle, sous la forte influence de l’incorporation des territoires sibériens au sein de l’Empire russe. Parmi les facteurs de consolidation des tribus nomades, il est important de mentionner le facteur étatique et l’établissement des frontières stables et reconnues entre la Russie, la Mongolie et la Chine. Ces frontières séparent des populations vivant à l’intérieur et à l’extérieur de l’Empire tout en favorisant par ailleurs les contacts, les échanges et la coopération au sein d’un même État avec d’autres populations.

Si l’on analyse de près les récits mythologiques censés proposer un ancrage dans le temps pour fixer l’origine des « Bouriates », on constate de toute évidence qu’ils renvoient avant tout aux clans, dont chacun possède sa propre histoire, ainsi que son ancêtre, souvent un ancêtre éponyme. Pour le XIX e siècle, la littérature ethnographique évoque l’existence de 17 groupes « ethniques et territoriaux » comprenant chacun environ 20 à 30 « petites tribus », dont les tribus de langue mongole mais aussi de langues turque et toungouse. On retrouve aussi des fragments d’une même « petite tribu », qui n’est autre qu’un lignage agnatique – comme par exemple šarad, hulməngə, hurud, ašibagad, hongodor, etc. –, dans plusieurs de ces 17 groupes, dont tous « sont fortement ethniquement mélangés et comportent des tribus faisant partie des “grandes tribus” boulagat, əhirit, hori, hondogor, mais aussi d’autres tribus, extérieures à ceux-ci » (Nimaev, 2004 : 55-56). Ces « grandes tribus », ou « unions tribales », ont été interprétées par les ethnologues comme étant des « sous-groupes ethniques » au sein de l’« ethnos bouriate »3. Considérons le mythe de Barga-bator, l’ancêtre commun de tous les Bouriates qui aurait vécu au temps où le territoire représentant la République de Bouriatie actuelle était connu sous le nom de Bargoudjin Toukoum, soit entre le XII e et le XIV e °siècle. Ce mythe (un élément tardif dans le corps mythologique bouriate) tente de donner un semblant d’unité à des groupes réunis sous le nom « Bouriate » bien après leur inclusion dans l’Empire russe. Pourtant la référence à cet ancêtre commun apporte une preuve qu’il ne s’agit pas d’une affirmation de type « ethnique » liée à un passé historique commun, mais d’une conscience « clanique » fondée sur une parenté consanguine.

Il faut ici mentionner les dérives récentes des recherches qui articulent sciences humaines et biologie. Les travaux actuels de l’Institut des problèmes biologiques du Nord, au sein de la branche extrême-orientale de l’Académie des sciences de Russie, portent sur les origines des populations américaines (Derenko, Maljarchuk, 2001). Ce projet s’inscrit dans une démarche plus globale qui consiste à participer à la « reconstruction de la genèse de l’humanité et des ethnos locaux ». Des spécialistes en génétique viennent au secours des anthropologues, archéologues, linguistes et ethnologues pour émettre des hypothèses sur « les origines des populations autochtones des diverses zones de la planète » ; cette nouvelle contribution permettrait de « préciser l’histoire des ethnos reconstruite à partir des données anthropologiques, archéologiques et linguistiques ». Ces hypothèses s’appuient sur l’analyse de l’ADN, en établissant notamment les similitudes et les différences entre les génomes « de personnes à l’appartenance ethnique différente ». La génétique des populations est alors assimilée, par défaut, à l’ethnogenèse, bien que l’ethnos, selon sa définition classique pour la tradition russe et soviétique4, soit avant tout une communauté historique et culturelle.

3 Certains parlent d’ailleurs des Bouriates d’Aga (une entité territoriale récente), d’un sous-ethnos distinct. Voir B. Tcybikova (2007). 4 « Une communauté humaine stable, intergénérationnelle, historiquement constituée sur un territoire donné, possédant en commun des traits culturels (y compris la langue) et psychiques singuliers, mais aussi consciente de son unité et de sa

Ces analyses génétiques constitueraient alors des preuves pour établir la présence très ancienne (depuis l’époque néolithique) des populations de race mongole sur le territoire de la Bouriatie contemporaine, tout en donnant des « ancêtres aux Bouriates », qui seraient par ailleurs à l’origine « des ethnos de l’Amérique du Nord ».

Il n’est pas sans intérêt d’évoquer une enquête entreprise par des chercheurs du Centre d’anthropologie de Toulouse en coopération avec l’université d’Ulan-Ude et l’Académie des sciences de Russie (Gibert et al., 2007), qui tente d’étudier les généalogies « réelles » et mythiques des Bouriates de la vallée de Bargouzine en adoptant « une perspective bio-anthropologique », comprenant « l’analyse génétique ». Là encore, comme dans l’enquête de l’Institut des problèmes biologiques du Nord que nous venons d’aborder, une confusion fondamentale s’instaure entre l’étude de la génétique des populations (dans le cadre de laquelle les analyses de l’ADN sont tout à fait légitimes), et les constructions « ethnogénétiques », pour lesquelles ces données n’ont aucune pertinence. Vérifier les récits mythologiques faisant remonter les origines d’un clan vers un ancêtre commun en s’appuyant sur des données génétiques peut à la limite avoir un certain intérêt lorsqu’il s’agit d’une société traditionnelle avec une structure clanique bien préservée. Une telle approche est totalement erronée et inutile au niveau d’une communauté qui se veut (ou que l’on veut) « ethnique » au sein d’une société contemporaine, à moins d’avoir l’ambition scientifique de déterminer le « gène » d’une ethnicité.

L’ethnicisation du territoire : créer un territoire bouriate

L’ethnicisation des populations nomades, notamment celle des Bouriates, et leur inscription dans un cadre spatial doit tenir compte de l’importance des différentes réformes politico-administratives à différentes époques. Après le rattachement de la Sibérie orientale à l’Empire russe et jusqu’à la révolution de 1917, les terres autour du lac Baïkal sont divisées en plusieurs entités administratives. Ce découpage territorial subit divers changements en 1727, 1764, 1782, 1822, 1903. Avec l’arrivée des bolcheviks au pouvoir, en 1918, deux régions autonomes sont organisées : celle mongole et bouriate au sein du gouvernorat de Transbaïkalie et celle bouriate et mongole au sein du gouvernorat d’Irkoutsk. Elles sont réunies ensuite pour former la République autonome bouriate et mongole qui connaît une existence éphémère entre 1923 et 1937. Lui succèdent trois entités politico-territoriales de statut inégal, sans frontière commune : la République bouriate et mongole dans des frontières réduites et deux okroug (districts) autonomes mongols, celui d’Oust-Orda, rattaché à l’oblast d’Irkoutsk et celui d’Aga, rattaché à la région (oblast) de Tchita. Depuis 1958, les noms de ces trois entités soviétiques n’évoquent plus la Mongolie : l’adjectif « mongol » est remplacé par « bouriate ».

Finalement, après la chute de l’URSS, des changements politiques et administratifs importants adviennent au sein de la nouvelle Fédération de Russie. Il faut cependant attendre les réformes lancées par Vladimir Poutine en 2000 pour changer radicalement le sens des entités politiques administratives héritées de l’URSS. Ces changements concernent une réorganisation du fonctionnement politico- administratif et touchent directement le rapport singulier entre les Bouriates et les différents espaces politico-administratifs qui existaient jusqu’alors. Au lieu de procéder à une réforme générale, le nouveau gouvernement procède par étapes et s’attaque à la suppression des okroug autonomes.

Le 16 avril 2006, un référendum local entérine la fusion de l’okroug autonome bouriate d’Oust-Orda avec la région d’Irkoutsk. En mars 2007, l’okroug autonome d’Aguinskoye organise un référendum similaire pour envisager une fusion avec la région de Tchita (plus de 90 % de votes positifs dans les deux entités administratives).

Nous allons analyser, dans les pages qui suivent, les logiques implicites de ces évolutions brièvement esquissées.

Il est sans intérêt spécial de s’attarder sur la période impériale : les régimes politiques de ce type se soucient peu (ou pas) de la légitimation des découpages administratifs par une coïncidence des

frontières administratives et culturelles. Si les particularités des populations administrées sont prises en compte, c’est dans le but d’optimiser leur gestion.

La donne change lorsque le nouvel État « socialiste » déclare adhérer au principe de « droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ». Partant de la notion d’ethnogenèse, les ethnologues soviétiques ont cherché à justifier la création de « territoires ethniques », qui résulteraient « d’une histoire de longue durée pendant laquelle les populations s’attacheraient à un territoire au point de le considérer comme “leur terre natale”. La mémoire collective renforcerait, de génération en génération, ce « sentiment d’appartenance territoriale qui se transforme en une conviction de droits historiques sur un territoire » (Kušner, 1951 : 6).

L’enracinement des groupes humains en certains lieux, la recherche des lieux de mémoire, parfois très anciens et découverts par l’archéologie, permet de créer une histoire-légitimation, autant de la création de territoires ethniques, que du rattachement de ces territoires à l’URSS ou à la Russie. Une telle vision autorise aussi les chercheurs à décrire l’histoire de l’expansion de l’Empire en termes de « rattachement volontaire » d’un territoire ethnique, ou bien en termes de perte de souveraineté des terres conquises par l’Empire, tout en considérant que des entités ethnico-territoriales contemporaines auraient existé depuis des siècles (Blum, Filippova, 2006).

L’idéologie ethniciste dans un contexte de régionalisme politique propre à la Fédération de Russie des années 1990 puise abondamment dans cette mythologie ethnique. Ainsi apparaît dans le récit de l’histoire officielle « bouriate », le « territoire d’une Bouriatie ethnique » qui n’est rien d’autre qu’une projection dans le passé des entités administratives « bouriates » contemporaines, à savoir la République de Bouriatie et les deux okroug autonomes soviétiques. Sur ce territoire, selon « des sources écrites », se trouverait entre le XII e et le XIV e siècle un pays Bargoudjin Toukoum dont la population est « culturellement et ethniquement proche des Mongols de la Steppe ». Ce peuple appartiendrait alors au « monde historique et culturel mongol » et au « peuple médiéval mongol », dont il représente toutefois « un groupe ethnique distinct ».

La preuve en est que « les Mongols de la Steppe ont isolé eux-mêmes ce territoire et lui ont donné un nom particulier ». Le récit évoque ensuite vaguement « des processus de consolidation ethnique » qui auraient eu lieu au sein des populations en question pendant le XVI e et au début du XVII e siècle. Ces processus auraient abouti à la formation d’un « peuple de langue mongole » différent des autres populations mongoles. Ils auraient été cependant interrompus à la suite d’une « perte d’indépendance » des « populations mongoles de l’Asie centrale et de la Sibérie orientale » et d’un « rattachement de la Bouriatie [sic !] à l’Empire russe ». Cette image d’une Bouriatie indépendante rattachée à la Russie tsariste se conjugue mal avec l’affirmation, dans la même phrase, que ce rattachement « a mis fin à la dépendance des tribus protobouriates par rapport aux féodaux mongols ». Ce raisonnement est révélateur d’une influence de la théorie soviétique de l’ethnos qui fait de ce dernier un concept générique de l’organisation sociale associée étroitement à celui de descendance. C’est alors une notion indispensable pour penser l’humanité dans la longue durée de son existence. Une continuité présumée entre une tribu de la société primitive, un peuple de la société féodale et une « nation socialiste » autorise une vision rétrospective de l’histoire, qui n’est pas une histoire de passage et de succession des populations diverses sur un territoire donné, mais une généalogie d’une population habitant de nos jours un territoire censé prouver son enracinement profond.

La tradition russe et soviétique de l’appréhension de l’ethnicité veut que l’ethnos soit associé aux quatre composants, à savoir le territoire, la langue, la culture et les coutumes. Le « territoire ethnique » est considéré comme une condition indispensable pour la reproduction des petits et des grands peuples, pour l’épanouissement d’un individu – porteur de traits ethniques. Il en découle que la lutte pour la sauvegarde de son territoire a une importance stratégique pour la préservation et la reproduction des langues et des cultures ethniques.

De quoi s’agit-il, pourtant, lorsqu’on parle d’un « territoire ethnique bouriate » ?

L’article « Images du territoire dans une conscience ethnique des Bouriates » (Ivanova, 2005) est un excellent exemple de ce type de raisonnement. L’auteur pose d’emblée l’importance d’un paysage et d’un territoire « ethniques » dont certains éléments prennent une valeur symbolique en tant que références identitaires. Elle cite ensuite un ouvrage classique portant sur le sujet, « Les territoires

et les frontières ethniques » (Kušner, 1951), où un territoire ethnique est défini comme « un espace habité par des groupes humains d’une certaine appartenance ethnique, qui reproduisent, à l’intérieur de ses frontières, leurs particularités linguistiques et culturelles ». Cependant, dès que cette définition générale (discutable en soi) est appliquée au cas concret, s’opère une substitution importante. La longue présence d’un groupe ethnique sur un même territoire amène, selon l’auteur, à considérer ce dernier comme un territoire tribal (souligné par moi). Est évoqué également un terme vernaculaire pour désigner « un territoire ethnique », qui signifie littéralement « territoire clanique », ou « un territoire de transhumance d’une unité sociale », précise Ivanova. De nos jours encore, poursuit-elle, il est d’usage chez les Bouriates ayant déménagé d’aller à l’occasion des grandes fêtes religieuses à l’ancien lieu de résidence pour visiter les lieux sacrés. Il y a derrière cette coutume une idée séculaire d’un territoire clanique habité par les esprits des ancêtres du clan.

En effet, comme le prouvent nos observations de terrain, d’après les représentations traditionnelles bouriates, les esprits de tous les ancêtres du clan habitent toujours l’espace clanique, sans être visibles, bien sûr, et continuent à appartenir au clan. Il faut dire encore que les Bouriates d’Aga, jusqu’au XX e siècle, ne pratiquaient pas l’enterrement de leurs morts. Les corps des défunts étaient abandonnés dans la steppe pour qu’ils se fondent dans la nature. La personne chargée d’accompagner le défunt pour son dernier voyage attelait négligemment le corps à une charrette. Partant au galop dans la steppe, le cavalier ne devait pas se retourner pour ne pas pouvoir identifier l’endroit précis où le corps était tombé. Une expression courante pour annoncer la mauvaise nouvelle consiste à dire qu’« Untel a disparu dans la steppe ». Le verbe disparu prend, dans ce contexte, son sens littéral. Nos informateurs qui ont aujourd’hui plus de 50 ans se souviennent avoir joué, au temps de leur enfance, avec des os et des crânes humains dont la steppe était parsemée. De nos jours, sédentarisés, les Bouriates se sont habitués aux maisons, mais pas aux cimetières. Contraints dorénavant, pour des raisons légales, d’enterrer leurs morts, ils ne reviennent jamais au cimetière une fois le corps mis en bière. Ils n’érigent ni monuments ni grilles, et font en sorte que le tombeau même s’efface le plus vite possible sans laisser de trace. Une simple feuille de papier, accrochée à une branche de bois, sert à indiquer le nom du défunt. Le cimetière se trouve généralement à l’écart du village, et certains habitants ne sauraient s’y rendre. Y aller peut susciter un malheur ou une maladie ; pour s’en préserver il convient de recourir aux pratiques de purification après la visite, si celle-ci est inévitable. On ne prend jamais des photos des morts et même les images prises de leur vivant ne doivent pas être exposées.

C’est pourquoi aux pratiques individuelles et familiales connues en Occident, telles que les repas d’enterrement, les jours de commémoration, la fréquentation des tombes, correspondent, chez les populations en question, des rituels collectifs (fêtes ancestrales, comprenant une prière et un repas communs, et surtout le partage de la nourriture « sacrée » avec des esprits). À ces fêtes qui se déroulent toujours dans le même lieu (le plus souvent au sommet d’une colline), auparavant propre à chaque clan, s’ajoutent des pratiques quotidiennes d’offrandes aux esprits, qui s’effectuent en de nombreux endroits, le long des chemins de parcours. Ces lieux sacrés sont marqués parfois par des signes à peine repérables – arbres, pierres, sources, etc. – inconnus des étrangers, mais évidents pour les populations locales. Ainsi le panthéon divin des nomades se déplace avec eux et les entoure à chaque instant.

L’espace jalonné par les lieux sacrés se transforme, aux yeux des « étrangers » extérieurs à cette culture, en un « territoire bouriate ». (Elena, une jeune femme russe, interviewée dans le village d’Aguinsk, explique : « c’est ici leur terre, la terre bouriate, car il y a partout leurs lieux de culte, tous ces arbres ornés de rubans, etc. ».) Aujourd’hui l’Église orthodoxe, qui se veut de plus en plus une haute instance idéologique et prétend défendre la cause « nationale » russe, s’engage à ériger des croix gigantesques (6 m en hauteur) le long des chemins. Cette initiative est justifiée par le porte-parole du diocèse d’Irkoutsk comme visant à « renforcer l’unité des peuples ». Le missionnaire orthodoxe poursuit : « le Christ réunit toute l’humanité en un seul et même peuple. Désormais un voyageur peut prier Dieu non seulement aux lieux de culte bouriates, mais aussi devant une croix ». Certes, les calvaires font partie de la tradition chrétienne, et l’initiative du diocèse peut être considérée comme un retour aux pratiques abandonnées sous la pression de l’athéisme étatique, mais certains détails laissent planer un doute sur le caractère purement religieux et non politique de cette démarche. L’emplacement

d’un des premiers calvaires est fortement symbolique : juste derrière une plaque indicatrice d’une frontière administrative d’un okroug autonome bouriate. La nouvelle est annoncée dans la presse locale sous un titre révélateur : « Les croix orthodoxes sont installées sur la terre bouriate »5.

Le processus de la territorialisation de l’ethnicité est allé de pair avec celui de la sédentarisation des nomades, qui débute dès le XIX e siècle et s’achève vers la fin des années 1950. Ces deux opérations ont profondément modifié les pratiques économiques, mais aussi les représentations spatiales des habitants, en substituant aux anciens terrains de parcours les territoires ethniques aux frontières précises, et aux campements provisoires avec des yourtes les villages aux maisons en bois ou en brique. Les pratiques sociales ont subi, elles aussi, des changements importants. Ainsi l’appartenance clanique est devenue aujourd’hui secondaire et ne détermine plus les comportements quotidiens. Les mariages au sein d’un même clan sont maintenant assez fréquents. On n’observe plus de pratiques économiques, rituelles, familiales, d’assistance mutuelle, etc., liées aux clans. La plupart des personnes interrogées lors de notre enquête ont oublié les symboles claniques, parfois même leur appartenance clanique.

On observe toutefois aujourd’hui une volonté de restaurer ces appartenances, éradiquées pendant l’époque soviétique en tant que symptômes d’arriération hostiles au progrès. Des panneaux représentant les blasons, les couleurs et les devises des onze clans khori auxquels appartiennent les Bouriates d’Aga, sont installés sur la place principale du chef-lieu de l’okroug, en face du bâtiment de l’administration. Des fanions des clans apparaissent, portés par une cavalcade, lors des fêtes interbouriates « Altargana » organisées depuis peu par de nouveaux entrepreneurs ethniques.

Les arguments ethniques et territoriaux dans le discours nationaliste contemporain

Grâce à une certaine libéralisation idéologique advenue à la suite des changements politiques au seuil des années 1980-1990, la théorie de l’ethnos, liée avant tout au nom de Yulian Bromley, perçue auparavant comme « un acquis majeur de l’ethnographie soviétique contemporaine », a été remise en cause. D’autres noms, relégués durant l’époque soviétique à la marge de la science officielle et du coup exclus du discours savant, sont sortis de l’ombre. Le début des années 1990 a vu le triomphe de l’œuvre de Lev Gumilev, dont la pensée biologiste et naturaliste a trouvé un grand écho dans le public et dont les concepts tels que celui de « superethnos » et de « passionarité » ont été vite appropriés par des militants et des porte-parole de mouvements « nationalistes ».

L. Gumilev assimile l’ethnos à une espèce biologique, et le processus d’ethnogenèse à un processus d’évolution au sein de l’espèce. Pourtant il reconnaît que l’ethnos est le pur produit du développement historique, ce qui lui confère une singularité culturelle. Il affirme par ailleurs qu’il n’existe pas (et qu’il n’a jamais existé) une personne dans le monde n’appartenant pas à un ethnos quelconque (Gumilev, 1990 : 21-48). Rien d’étonnant, alors, à ce que les intellectuels bouriates mais aussi le public assez large adhèrent avec enthousiasme à ces idées. D’autant plus que la pensée de Gumilev s’inscrit explicitement dans le courant eurasiste et prête beaucoup d’attention à la figure emblématique de Gengis Khan. Ce personnage détient aujourd’hui une place centrale dans une mythologie bouriate, faisant à la fois référence à l’héritage mongol et à la grandeur historique. Doté d’une image résolument négative d’un souverain cruel et sauvage dans l’historiographie soviétique, Gengis Khan est présenté dans les travaux contemporains des chercheurs bouriates comme un grand fondateur d’un monde mongol, comme un guerrier, un stratège, un héros. Une mission civilisatrice et réformatrice lui est attribuée, ses guerres de conquête apparaissent comme une condition sine qua non d’instauration de l’ordre, de la justice et d’une gestion efficace sur des vastes espaces eurasiatiques, et l’époque de l’Empire mongol, comme l’âge d’or de l’humanité (Chagdurov, 2003 ; Damdinov, 2003 ; Angarhaev, 2003 ; Chojbonov, 2003 ; Mahachkeev, 2003).

Reste maintenant à prouver un lien de parenté avec Gengis Khan. Même les partisans ardents de cette idée ne prétendent pas que les Bouriates ont existé en tant que peuple conscient de son unité à

5 http://news.irkutsk-info.ru/redirect/news/1446

l’époque de Gengis. Rien de grave : « existaient à cette époque les tribus des khori-mongols, des boulgatchines (boulagats) et des keremoutchines (ekhirites), qui font partie désormais de l’ethnos bouriate. Gengis Khan naquit parmi les Mongols de khori, dont les terrains de parcours furent situés le long de la rivière Onon. Cela nous autorise pleinement à le considérer bouriate » (Dachibalov cité par Skrynnikova, 2002). Impressionnant, cette assignation à titre posthume d’une appartenance ethnique ! Elle permet, pourtant, aux ethno-romantiques bouriates de faire leur l’histoire de l’Empire mongol et de construire leur univers cosmogonique dont le noyau serait à la fois ethnique (Mongols, Bouriates, Kalmouks), territorial (la Cis- et Transbaïkalie) et culturel et économique (les nomades).

Cette actualisation du projet panmongol, ayant causé tant de répressions contre les élites bouriates sous le régime de Staline, remet pour un moment à l’ordre du jour des revendications territoriales, à savoir la restauration de la République bouriate et mongole dans ses frontières d’avant 1937. À son tour, les populations non-bouriates, numériquement majoritaires dans les trois entités administratives, se sentent menacées par la montée d’un nationalisme bouriate et surtout par une institutionnalisation de l’ethnicité.

Dans le discours des porte-parole des mouvements et des partis nationalistes bouriates, le concept d’une souveraineté territoriale fondée sur un critère ethnique est central.

« Nous n’avons aucune raison de considérer la plupart des nationalités habitant notre république comme des peuples de la République bouriate. Ils font tous partie des peuples dont les territoires souverains sont situés ailleurs, dans la Fédération de Russie ou à l’étranger. Ceci est juste aussi pour les Russes et pour les Evenks. Quand on dit “le peuple russe” on entend la totalité des Russes vivant en Russie et dans d’autres pays du monde, et non pas un groupe habitant un territoire d’une entité fédérale quelconque. Les Evenks, c’est un petit peuple autochtone de la Fédération de Russie, mais ils ne forment pas un peuple sur le territoire bouriate » (Naidakov, cité par Varnavsky et al., 2003).

Ces raisonnements obscurs qu’un lecteur occidental aurait du mal à comprendre ne sont point innocents. Ils visent à réduire la catégorie d’ayant droit au territoire « ethnique » à un seul groupe ethnique, en l’occurrence aux Bouriates. Les autres, selon cette logique, devraient soit devenir des « citoyens de deuxième zone » soit rejoindre « leurs » territoires ethniques.

Afin de contrarier cette idéologie qui a renforcé les liens entre l’ethnicité et le territoire, l’ethnicité et le pouvoir, l’ethnicité et la souveraineté, les tenants d’un État unitaire ont avancé un autre projet. Ils ont proposé de supprimer toute référence à l’ethnicité dans le nom de la république et de l’appeler « la République de Transbaïkalie ». En 1997, la question du changement de nom de la république a été débattue au Congrès des peuples de la Bouriatie, et les délégués se sont prononcés contre cette idée (Batomunkuev, 2005).

Néanmoins, les idéologèmes « terre natale » (définie tantôt comme « territoires claniques », tantôt comme « Bouriatie ethnique ») et « patrie en danger » sont restés centraux dans le discours nationaliste. Ils ont été mobilisés notamment dans les débats publics précédant les deux référendums sur le statut des okrougs autonomes bouriates. Les opposants au projet d’une fusion administrative ont mis en avant l’argument que ce projet condamne les Bouriates en tant qu’ethnos à la disparition.

Le résultat du scrutin, aussi bien que l’absence quasi totale d’indignation publique, ont montré pourtant une indifférence de la plupart des populations concernées à l’égard de ces entités administratives. De faibles protestations ont eu lieu, en revanche, dans la République de Bouriatie, mais aussi parmi les Bouriates vivant à Moscou, à Saint-Pétersbourg ou à l’étranger.

Cela n’est pas vraiment étonnant si l’on prend en compte les caractéristiques politiques, sociales et économiques de l’okroug. Son impuissance économique, mais aussi sa position géographique et administrative ambiguë par rapport à l’oblast de Tchita lui ont conféré depuis longtemps un statut temporaire et vulnérable. Comme nous avons pu le constater lors de notre enquête de terrain, l’okroug d’Aga n’a pas eu non plus d’importance symbolique en tant que repère identitaire et n’a point incarné l’idée de la souveraineté nationale, qui serait plutôt liée avec la République de Bouriatie (nos interlocuteurs n’ont pas hésité à qualifier Ulan-Ude de « capitale de notre république » ; l’hymne « national » de la République de Bouriatie est souvent chanté aux repas festifs chez les

habitants du village, etc.). Le terme bouriate g rən (État bouriate) n’a jamais été appliqué à l’okroug ; cependant, après une certaine hésitation, les interrogés approuvent sa pertinence pour désigner la République de Bouriatie. En revanche, le terme əhə r n (pays natal, ou terre natale), pour les Bouriates d’Aginsk, désigne la Fédération de Russie, mais peut également désigner la Mongolie, selon certains interrogés.

Nous pouvons conclure que les représentations territoriales des Bouriates, notamment de nos interlocuteurs du sud de l’okroug d’Aginsk, ne coïncident pas avec le découpage administratif. Le « territoire ethnique » aux frontières fixes n’a pas d’importance. La compétence administrative et politique d’un okroug autonome est assez limitée, ce qui semble priver de sens toute idée de combats pour sa sauvegarde parmi la majorité de la population. Un groupuscule de militants du mouvement bouriate d’Aga, dont le siège se trouve à Tchita, a été neutralisé politiquement par des promesses garantissant la mise en place, dans le cadre d’une nouvelle entité administrative, de dispositifs spécifiques visant à « préserver et à développer la culture bouriate » par des subventions. On peut s’attendre à ce qu’une partie importante de ces moyens soit consacrée à la création de postes pour ces mêmes militants.

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