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enquête

Bienvenue dans la cité HLM de Sète : du 16 au 22 septembre, l’Île-de-Thau fête ses 40 balais avec créativité. Dans ce quartier difficile et stigmatisé, le jeune collectif associatif fourmille de projets pour relier les gens. Gonflés au positif.

Île-de-Thau:

pour relier les gens. Gonflés au positif. Île-de-Thau: des cerises sur le ghetto “C arte postale,

des cerises sur le ghetto

“C

arte postale, carte post’île. Ici, vous êtes à l’Île- de-Thau! Les pieds dans l’eau, c’est notre style, c’est la cerise sur le ghetto!” Le refrain de cette chanson imaginée par un groupe d’habitants donne le ton. Dans la cité HLM de Sète, loin des yeux, les “cerises” poussent. Les yeux brillent. Les projets fusent. Malgré les fins de mois dif- ficiles, une maîtrise du français parfois aléatoire, le sentiment d’être coupés de la ville, les habi- tants de l’Île-de-Thau démontrent leur créativité. Du 16 au 22 septembre, ils organisent une se- maine de festivités, pour célébrer les 40 ans de cet étonnant quartier sorti des eaux (voir p. 6- 7). Et, aux Sétois, donner rendez-vous en terre inconnue. Depuis deux ans, c’est le collectif associatif de l’Île-de-Thau qui joue au planteur de cerisiers. Grâce à un vivier de personnalités impliquées et efficaces — en grande part féminines —, les projets communs se concrétisent. Ici, on ne fait pas que du ménage ou du deal. Ici, on réalise livres, clip, film, séries photos, sculpture ou jouets en récup’… Qu’on soit un “jeune qui traîne”, une mère à la maison, un senior isolé, un gamin gitan ou maghrébin, on (se) montre qu’on est capable d’avoir des envies, de créer, de se dépasser. On se mélange, on s’ouvre. “Les projets qui créent du lien, c’est la seule et unique issue pour sortir le quartier de l’état de ghetto culturel”, estime Roland Ramade, inter- venant et musicien de l’Art à Tatouille (voir

p. 10). Pour cela, encore faut-il s’harmoniser et joindre ses forces. D’où le collectif de 22 asso- ciations (sur les 80 du quartier), auquel se joi- gnent les “institutionnels”: médiathèque, centre social, police municipale, foyer-résidence pour seniors… “Avant, on ne se connaissait même pas!”, s’étonnent leurs responsables. En 2011, la dynamique est partie de l’ex-maison de quartier, s’est déployée autour de l’environ- nement (Enviro’Thau), avant de s’étendre à tous les projets. “Une association propose son idée, et les autres structures décident d’y apporter — ou pas — leurs compétences et leur public”, ex- plique Ghislaine Giacobbi, coordinatrice du jeune collectif et directrice des ateliers de fran- çais Concerthau.

Les fruits de l’espoir

Cette amplification enthousiasme Aurélie Matéo, la directrice de la médiathèque d’agglo: “Nous créons des liens forts. Et nous voyons tout de suite le fruit de nos actions: l’identité du quartier se dé- veloppe, ça ne peut aller que crescendo!” À condi- tion de se montrer pragmatique: “Pour faire venir les gens, il faut parfois faire fi du principe de mixité hommes-femmes, autoriser le voile…” Mais encore faut-il aussi desserrer les freins. Budget socioculturel en baisse: parmi les 5000 habitants, seulement quelques poignées peuvent réellement en profiter. De plus, malgré son agrément qualité de la CAF, le centre social

Nicolas-Gabino s’attire les critiques des habi- tants. “Non seulement on n’est pas informé et l’inscription est compliquée, mais, en plus, enfants ou muscu: c’est toujours complet. Ce sont toujours les mêmes familles qui en profitent”, se plaint Manolo, un papa.

Récupération politique?

Le collectif associatif enfonce le clou: “On en a gros sur la patate : on se donne du mal et le centre social (municipal, NDLR) reprend nos activités à son compte, pour s’envoyer des fleurs dans le journal Sete.fr. La Ville tente d’imposer sa main- mise sur le quartier sans concertation, sans y ap- porter de plus-value éducative, ni rassembler”, s’insurgent Ghislaine Giacobbi et Nathalie Scicolone, présidente du comité de quartier. Lotos, goûters, nettoyage dse berges,… Et le plus ulcérant: la fête des 40 ans, “organisée manu militari par la Ville en juin, alors qu’on y travaillait depuis un an!” Marinette Le Roy, la directrice du centre, se dé- fend de “marcher sur les pieds”: “Au contraire, on a permis à douze associations d’émerger: cou- ture, taï-ken-do, etc. Et avant que les jeunes accè- dent au bowling ou au ski, on les engage toujours dans une action éducative, comme décharger le camion de la banque alimentaire.” À Hérault Sport, Anissa Bouayad Agha tente de positiver:

“Ce qu’on veut, c’est travailler ensemble, sans restrictions!” L’appel est lancé.

ensemble, sans restrictions!” L’appel est lancé. ■ La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au

La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au 2 octobre 2013

ensemble, sans restrictions!” L’appel est lancé. ■ La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au
H L M Sport de rue: joue avec les flics L es habitants les appellent

H L M

H L M Sport de rue: joue avec les flics L es habitants les appellent “François

Sport de rue:

joue avec les flics

L es habitants les appellent “François et Edwige” et les trouvent formidables. Et pourtant, ce sont des “flics”, détachés dans le quartier dit “sensible” de l’Île-de-

Thau. Tous les mercredis et durant les petites vacances, depuis deux ans, ils font du sport de rue avec les jeunes. Foot, mais aussi base-ball, roller, canoë, rugby: de quoi assouplir les rapports des jeunes avec la police. Surtout quand les ados partent avec eux à Perpignan pour voir les Dragons Catalans (rugby). “Ce serait prétentieux de dire qu’on va résoudre les problèmes de délinquance, mais, déjà, les enfants les voient comme des éducateurs sportifs, ils font partie du quartier”, assure leur partenaire Anissa Bouayad Agha (en photo), animatrice d’Hérault Sport. Depuis dix-huit ans, cette militante du social pratique du sport de rue sans relâche avec des troupes d’enfants 5 à 14 ans. “Nous utilisons le sport comme outil éducatif. On leur apprend la régularité dans les actions, la tolérance, les règles en étant arbitre, la responsabilité avec le matériel. Sur le terrain et disponibles, on en profite pour sensibiliser à la santé, à l’environnement, informer les familles sur les asso- ciations ou les ‘grands’ sur les métiers d’animation.” Modestement, Anissa affirme: “On ne fait pas de miracles, mais on travaille dans la durée.” En décrochant des victoires. Petites, mais jamais innocentes. Comme faire jouer les filles au foot. Et embarquer les garçons dans un spectacle de step et de zumba. À voir le 21 septembre pour la fête du quartier.

Le goût de la mémoire: des recettes pour sortir de sa cuisine

C “Ma spécialité, c’est le couscous”, affirme Jamila, 51 ans. Galette des Rois, pain farci à la kefta ou

pastilla : depuis septembre 2012, une quinzaine de femmes du quartier se délectent à partager leurs recettes d’origine marocaine, espagnole ou française. Entre ateliers de cuisine, d’oralité et de dessins sur nappe, elles échangent savoir-faire, souvenirs et émotions, sous la houlette de l’écrivain sétoise Juliette Mézenc. Elles les restituent à la fois dans un livre-almanach (voir p. 10), et dans une “première partie” de spectacle au chai Skalli en juin dernier. Avec des bribes d’intime. Après le trac, la fierté : “Parler devant tout le monde, c’est difficile, mais ça donne confiance”, assure Jamila. “On s’est fait des amies, alors on va faire des gâteaux les unes chez les autres”, raconte Myriam. Pour la plus jeune, Malika, 30 ans, “faire connaissance sans frontières, c’était magnifique. Les Françaises m’ont appréciés d’une autre manière que simplement ‘une femme qui porte le foulard’ : les gens pensent qu’on est bêtes et fermées, ça leur fait peur !”

Génération sacrifiée

Mais, les femmes sont unanimes, leur plus grand bonheur – identifié à la largeur du sourire – est surtout de… “sortir de la maison, ne pas rester dans la cuisine”. Pour Ghislaine Giacobbi, directrice de l’association Concerthau et initiatrice du projet, “c’est une génération sacrifiée. Elles ont suivi leur mari, souvent beaucoup plus âgé, en France. Mais, jamais allées à l’école, et après avoir eu beaucoup d’enfants, elles se retrouvent, à 45-60 ans, confinées dans leur contexte et démunies pour gérer ‘l’extérieur’, même si leurs filles font des études”. Cette année, “le Goût de la mémoire” se relance, avec le centre social et la médiathèque, autour de la cuisine des épices et la cuisine de fête. Au programme : cuisine, chants et écriture d’une pièce de théâtre, avec la troupe Aventura. Un joli projet qui devrait donner naissance à une vidéo… À suivre !

INITIATIVES

À l’Île-de-Thau, on lance des projets tous azimuts.

Voici d’autres actions réalisées ces derniers mois par ou avec ses habitants.

C Le raid VTT

derniers mois par ou avec ses habitants. C Le raid VTT Neuf jeunes “en perte de

Neuf jeunes “en perte de repères”, à vélo sur le canal du Midi début juillet. Monter la tente,faire les repas,gérer

crevaisons et déraillages. Par le centre social Nicolas-Gabino.

C La fresque murale

Réalisée par les jeunes avec le festival d’art urbain K-live, en avril

dernier sur le mur du centre

social . De quoi régaler les sages à la sortie de la mosquée.

C Le triptyque photo

En trois clichés, à la chambre argentique, évoquer l’économie,

le travail et le loisir autour du port….Des ateliers menés par l’association Cétavoir (festival photo) avec des adultes du quartier.

C Le nettoyage des berges

Une sensibilisation écologique et citoyenne organisée en mai par

l’association Dialogues et

ouvertures (Ado). Avec plus de 60 enfants, ils ont ramassé 1,5 tonne de déchets.

C Lesrandos

Avec Hérault Sport,une quinzaine d’habitants partent

marcher dans les hauts cantons.

C Sorties bateau et musée

On mélange tout le monde et on part sur l’étang! Et, une fois par mois, direction le musée Paul- Valéry. Souvent pour la première fois.“C’était magique”,confie Christiane. Une action du collectif associatif.

C Poésie et saveurs

Au festival de poésie Voix vives en juillet, les femmes qui suivent les cours de français dispensés par Concerthau lisent des textes

“à la manière de” l’un des poètes présents.Et,chaque jour, partagent avec eux gâteaux marocains ou gaspacho espagnol.

C Groupesgitans

Arte y Ama, Gypsy Musica: au moins deux groupes de musique gitane s’entraînent dans le quartier, par exemple au centre social, en échange d’une animation de soirée.

C Lesnuitsdesécoles

d’une animation de soirée. C Lesnuitsdesécoles Mobilisés,avec les élus d’opposition, contre la

Mobilisés,avec les élus d’opposition, contre la fermeture d’une maternelle à l’école Louise- Michel (une des trois du quartier),les parents ont obtenu satisfaction en juin dernier. Selon Malika,une maman impliquée, “on reste en sursis: on risque une fermeture totale, et que l’école Brassens devienne ‘l’usine’. Ce serait trop handicapant…”

réalisé par Raquel Hadida / photos Guillaume Bonnefont - Ville de Sète - Laurence Benard - collectif association de l’île-de-thau - demi-portion /

Sète à toi de jouer:

renverse les clichés

demi-portion / Sète à toi de jouer: renverse les clichés Q uatre jeunes de cité lancent

Q uatre jeunes de cité lancent sym- boliquement les dés, tour à tour. En quête d’emploi, diplômés ou

pas, ils font tout pour faire valoir leurs

atouts. Pas assez motivés ou plombés par les discriminations? Sète à toi de jouer: faut pas rester bloqué, faut pas lâ- cher. Ce court-métrage en noir et blanc, tourné à l’Île-de-Thau, a gagné le troi-

sième prix du concours national Regards jeunes sur la cité, en 2011. Alors qu’il a été réalisé en 48h! Ses auteurs: Demi- portion*, l’étoile montante du hip-hop, et ses “petits frères”, ceux auxquels il en- seigne les secrets de textes ciselés dans les ateliers d’écriture de La Passerelle.

Parmi eux: Hamza La Street, 21 ans.

Aujourd’hui auto-entrepreneur, Hamza est à son tour enseignant culturel lors d’ateliers d’écriture, notamment pour la médiathèque. Une voie pas vraiment toute tracée: “C’est un rêve qui se réalise. Même si, au départ, je détestais le rap: je voulais faire du théâtre. Mais j’ai été viré du lycée: c’est vrai, j’étais trop excité, mais j’avais des choses à dire…” Malgré l’annulation du concours cette année, le rappeur se lance, avec l’appui du centre social, dans un second court- métrage, sur le thème “On veut du futur”. “Pour de vrais changements dans le quar- tier, c’est le regard porté par les gens de l’extérieur qu’il faut inverser. Faut leur dire: ils ont passé l’âge d’avoir peur du noir!” Alors, dans son scénario, Hamza pousse les clichés racistes à travers dif- férents personnages. Façon second de- gré. “J’ai des difficultés avec les mots de plus de huit lettres, s’amuse Hamza, mais ‘le paradoxe’, je kiffe!”

Pour voir le court-métrage sur le Web:

www.oroleis-paris.org - “Palmarès 2011” *Demi-Portion vient de sortir un nouvel EP: “Petit bonhomme” (voir p. 52)

Ecris’Thau: l’hymne du quartier

C Des vieux Sétois du foyer-résidence le Thonnaïre, des adultes et des jeunes d’origine maghrébine : trois populations qui n’ont rien en commun, sinon de

vivre dans le même quartier. Les reconnecter en chansons, ce fut donc le défi de l’intervenant et chanteur Roland Ramade (voir p. 10), à l’initiative du Département.

“Avec Alain Beurrier, l’accordéoniste, on s’est retrouvé dans une situation de quasi- conflit, c’était la première douche froide”, raconte-t-il. Les deux complices ont alors percé des chemins de traverse musicaux. Pour que les habitants imaginent leur “carrefour” poétique et vocal. À l’automne 2012, pendant quatre mois, plus de cinquante personnes ont planché sur des couplets et des refrains sur l’Île-de-Thau, en lien avec le temps. “On note sur un tableau ce qu’ils font dans le quartier, je fais chercher des rimes, et Alain les guide avec

des mélodies, de préférence consensuelles pour les trois générations : ni valse, ni rap, plutôt des marches façon ska ou cumbia !”, raconte Roland Ramade. Résultat : trois chansons pour un concert avec quatre musiciens et une centaine d’habitants à La Passerelle, en novembre dernier. De quoi se laisser surprendre. Et ravir Pura, une gitane espagnole de 72 ans : “J’adore la musique, mais c’était la première fois que je faisais une chanson en français. Au moins, les enfants s’y intéressent… J’ai envie de recommencer, de faire de la chorale !”

Enviro’Thau:

autour de toi

de faire de la chorale !” Enviro’Thau: autour de toi P etite pêche dans les canaux,

P etite pêche dans les canaux, lecture de contes captivants en plein air, fabrication de char à voile en ré-

cup’, golf ou base-ball: sur la place de la Seinchole, les enfants n’ont que l’em- barras du choix. Pour les journées Enviro’Thau, du 10 au 12 juillet dernier, les Petits débrouillards – avec leur ca- mion scientifique –, comme Odyssée

plongée, se joignent au collectif associatif du quartier. Ils incitent les enfants à ou- vrir les yeux, ouvrir les mains. Sur un banc, trois mamans trentenaires, Myriam, Rachida et Malika: “C’est mieux de les voir bien occupés qu’en train de traîner dehors, à ‘tenir les murs’ ou à faire des bêtises. En plus, ça donne des idées d’activités pour la maison et ça leur donne un avant-goût pour savoir si c’est plutôt les neurones ou les mains qui vont travail- ler (rires) ! Surtout que le golf, on n’a pas les moyens d’en faire, nous…” En juin2012, les enfants de l’Île-de-Thau avaient réalisé La Mamma, une sculpture colorée et rigolote en déchets de plas- tiques. Avant de l’exposer, en octobre der- nier, dans le jardin du musée Paul-Valéry. http://lamammadethau.free.fr http://environnement.thau.free.fr

La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au 2 octobre 2013

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6 enquête

6 en quê te Comme une surprise Entre canaux et bassins, l’eau de l’étang s’invite entre
6 en quê te Comme une surprise Entre canaux et bassins, l’eau de l’étang s’invite entre

Comme une surprise

Entre canaux et bassins, l’eau de l’étang s’invite entre les barres HLM. Le Lamparo, la Seinchole, le Bouliéchou, le Sardinal, le Véradier, le Cannas, l’Arcelière, le Gangui : les immeubles de l’Île-de-Thau portent des noms de filets de pêche. Pendant vingt ans, ils ont permis aux baby- boomers d’accéder à un logement à bas prix : “Ces HLM ont servi d’ascenseur social pour des jeunes couples”, témoigne François Liberti, ancien maire et un des premiers habitants du quartier. Mais dans les années 90, l’ascenseur s’est bloqué, et le quartier s’est figé en ghetto paupérisé.

La cité d’or bleu

Au bord de l’étang de Thau, vue sur le mont Saint-Clair :“la ZUP”* de Sète fait figure de cité HLM paradisiaque et méconnue. Mais, coupée de la ville, l’Île-de-Thau n’en concentre pas moins les difficultés sociales de près de cinq mille habitants. Portrait d’un ghetto les pieds dans l’eau.

habitants. Portrait d’un ghetto les pieds dans l’eau. “Vous voulez en voir, des vraies Zup* ?

“Vous voulez en voir, des vraies Zup* ? Ici, c’est le Para- dis!”, s’écrient en arrivant à l’Île- de-Thau les visiteurs aguerris aux cités HLM de Paris, Mar- seille ou Lyon. Les petits bateaux s’égrènent le long des darses, au bas d’appartements enso- leillés, sans vis-à-vis. Étreints par le bleu et le vert, étang de Thau et mont Saint-Clair. Avec près de cinq mille habitants, soit plus de 10% de la population sétoise, l’Île-de-Thau fait figure de petite ville… coupée de la ville. “La ZUP”, d’où on sort rarement, pour “aller à Sète”. Pour les courses, l’administration ou les cultes religieux, l’essentiel des services se trouvent sur place. Selon Hamza, rappeur de 21 ans, “tout est fait pour que personne ne sorte, c’est leur “projet”. Et pour- tant,parsonurbanismeaéré,par sa floraison de structures, le quar- tier fut réellement précurseur. Il y a 40 ans, cette presqu’île iso- lée n’est pas sortie de terre. L’Île- de-Thau s’est bâtie sur l’eau. Années 60 à Sète: pas de foncier disponible alors que le baby- boom rend nécessaires 3000 logements de plus. Outre 700 logements en accession à la pro- priété au Château-Vert et 250 pavillons au Barrou, la Ville décide de compléter la gamme en créant un quartier aux loyers

ultra-modérés. 1973: les barres poussent. 1974: les premiers habitants s’installent dans le quar- tier en chantier. Dans la boue. Mais autour des logements, aucun service, aucune route. “Pour aller chercher du pain, à neuf ans, je devais longer l’étang jusqu’à la rue Paul-Bousquet, raconte Nathalie Scicolone, pré- sidente du comité de quartier. C’était si long qu’au retour, j’avais déjà mangé toute la baguette!”

L’esprit pionnier

Motivée pour améliorer ses conditions de vie, la population se bat pour obtenir écoles, crè- che, centre commercial, foyer- logement pour seniors, église, station de bus…” Cet engagement, cette solidarité, c’était exaltant!”, s’enthousiasme François Liberti (maire de Sète de 1996 à 2001), un des premiers habitants. La dynamique du quartier conduit la Ville à racheter le garage Cou- derc, pour en faire la salle de spectacle La Passerelle et la médiathèque André-Malraux… qui vient de fêter ses vingt ans. Ensuite, l’ascenseur social se bloque, les familles nombreuses et immigrées s’y concentrent. La pauvreté aussi. “Ceux qui ont un revenu veulent partir: on perd de la mixité sociale. Le quartier dérive”, se désole Jean-Claude Reilles, une

des figures du quartier. D’où l’im- portance d’un lieu sociocultu- rel. En 1990, le maire Yves Mar- chand refuse le projet, mais la Ville détient le terrain.

Abandonnés?

Qu’importe: ce sera sur une péniche que les habitants du vil- lage “flottant” créeront un centre social associatif. Une aventure folle: “Une fois carénée, elle ne passait pas sous le pont: on l’a les- tée avec tout ce qu’on trouvait!”, se souvient François Liberti. Mais la Paix Niche ne survivra pas aux coupes des subventions municipales: elle ferme en 2003. L’été 2011, la maison de quartier subit le même sort. Malgré les récents efforts de rénovation des HLM par la Ville et le Département, les habitants se sentent abandonnés. Attachés à la richesse humaine du quar- tier, mais sans avenir. Dolorès, la cinquantaine, le résume avec amertume: “Nous sommes éli- minés ici.”

*ZUP: zone à urbaniser en prio- rité. Procédure d’urbanisme des années 60 pour créer des quar- tiers ex nihilo. Le terme, plutôt péjoratif, est resté pour désigner le quartier lui-même. L’Île-de-Thau est actuellement classée en zone urbaine sensible (ZUS).

est actuellement classée en zone urbaine sensible (ZUS). Espaces publics en enfilade Médiathèque, centre

Espaces publics en enfilade

Médiathèque, centre commercial, église, poste, mairie annexe et services publics à sigles (CCAS, MLI, etc.)… : l’essentiel des équipements de l’Île-de-Thau s’aligne sur la bande de terre entre canal et route principale. Derniers arrivés, en 2011 : la mosquée (à g.) et le centre social municipal Nicolas-Gabino (à d.). Ce dernier s’est étendu en lieu et place de la maison de quartier, dont la fermeture laisse encore des cicatrices.

H L M

Réalisé par Raquel Hadida / Photos Guillame Bonnefont /

Un quartier posé sur l’eau

L’Île-de-Thau n’a pas creusé ses canaux ni ses bassins, elle s’est littéralement… bâtie sur l’étang de Thau. Plus précisément sur “l’étoque”, la zone peu profonde, prisée des Sétois pour la petite pêche. Des pylônes sur 40 mètres de profondeur, et hop, en 1973, on a remblayé la zone humide sur 28 hectares. Aujourd’hui, sur le plan écologique, cette presqu’île artificielle serait inimaginable !

cette presqu’île artificielle serait inimaginable ! Passerelle Sur ce pont piéton, les habitants de

Passerelle

Sur ce pont piéton, les habitants de l’Île-de- Thau se croisent, s’embrassent, se saluent. “Ici, les gens sont plus solidaires qu’au Petit-Bard ou à la Paillade (à Montpellier)”, estiment plusieurs travailleurs sociaux. De ait, la majorité de la population du quartier est issue d’une poignée de familles d’origines gitane, espagnole ou catalane et marocaine, issues du même village, Rachidia, dans la région de Meknès.

du même village, Rachidia, dans la région de Meknès. Des “villas” dans la ZUP* Planquées derrière
du même village, Rachidia, dans la région de Meknès. Des “villas” dans la ZUP* Planquées derrière

Des “villas” dans la ZUP*

Planquées derrière les HLM, des copropriétés de pavillons avec jardins datant des années 80, donnent directement sur l’étang. Grand luxe petit- bourgeois ? “Sauf qu’on doit passer par le Globe (le carré d’immeuble le plus squattés, NDLR) et que les jeunes font du rodéo dans la rue, se plaint Bernard, un des habitants. Ça va finir à l’arme blanche.” Depuis début 2013, la police a identifié 54 actes de délinquance, soit un tiers de moins qu’en 2012 sur la même période.

* Voir note en page de gauche.

sur la même période. * Voir note en page de gauche. Chambres avec vue À la

Chambres avec vue

À la ”mode” des barres d’immeubles des années 60-70, l’Île-de-Thau n’a pas échappé. Mais pas question de tours, ni de cages à lapins : ce quartier aéré, à faible densité, fut précurseur. Sur huit étages maximum, les appartements spacieux et lumineux – mais mal isolés et un brin suroccupés – ont vue sur l’étang de Thau ou sur le mont Saint-Clair. Chic ! De quoi amener l’administration fiscale à classer la cité HLM en zone résidentielle : hors exonérations, les taxes foncières et d’habitation peuvent atteindre 1 300 pour un T3…

Le marché du lundi

Avec ses prix bas, le marché du lundi est le rendez-vous qui attire le plus les habitants des autres quartiers. Entre église et mosquée, petits shorts et djellaba, le mix bonne ambiance et bonnes affaires est assuré. Mais en dehors du marché, les Sétois se déplacent rarement à l’Île-de-Thau. Mauvaise réputation, manque d’activités phares… En organisant fêtes et ateliers, les acteurs locaux tiennent à changer cette image. Nathalie Scicolone, la présidente du comité de quartier, caresse même un rêve : "Faire visiter l’Île-de-Thau aux touristes !"

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L’Île-de-Thau fête ses 40 ans. Forte de belles énergies, mais freinée par les difficultés sociales. Culture, sécurité, urbanisme, emploi… La Gazette a fait plancher les candidats aux municipales de 2014 sur ce “quartier sensible” de Sète. Enjeux d’avenir.

Les douze défis

“À

de l’Île-de-Thau

l’Île-de-Thau, les carottes, on en a une indigestion!”, prévient Hamza, rappeur de 21 ans. Gare aux promesses électorales et aux cachs-misère: les habitants de la cité sétoise veulent de l’action. Pour La Gazette, les candidats aux municipales de 2014 confient leurs premières pistes pour le quartier de Sète le plus complexe. Le plus jeune, le moins diplômé, avec le plus de familles tou- chées par le chômage, les minima sociaux ou des emplois précaires… (voir colonne) Pour les douze défis de l’Île-de-Thau, yallah!*

• Stimuler l’embauche des jeunes

Pour leur mettre le pied à l’étrier, François Commeinhes privilégie les emplois municipaux. Des embauches “parfois inutiles”, “loin d’être la panacée”, “précaires”, “électoralistes”, fustigent ses opposants, qui misent plutôt sur le dévelop- pement du port. Et veulent renforcer l’obligation, dans les chantiers publics, d’embaucher une part d’intérimaires locaux. Deuxième stratégie:

créer de l’emploi sur place. En appuyant la créa- tion de petites entreprises (Philippe Sans et EELV). Mais aussi via l’économie solidaire, avec une régie de quartier pour l’entretien, proposent Philippe Sans et François Liberti.

• Prévenir la déscolarisation

Déjà efficace dans les cités de Montpellier, Lunel ou Béziers, l’association de prévention spécialisée APS 34 vient d’investir l’Île-de-Thau avec deux éducateurs de rue afin de “repêcher” les adoles-

cents en échec scolaire et les jeunes en difficulté professionnelle. Si François Liberti, Philippe Sans et Roselyne Bähler soutiennent sa présence, François Commeinhes la refuse: “le diagnostic de la Ville montre que le quartier Honoré-Euzet a plus de besoins.” Au centre social, la directrice Marinette Le Roy assure déjà aider des jeunes à se réinscrire au lycée.

• Assurer la sécurité

Par manque de personnel et rejet du quartier,

le poste de police nationale a fermé depuis trois

ans. Avec “François et Edwige”, la police munici- pale de proximité fait en revanche “partie de la famille”, mais en semaine, et jusqu’à 15h. Tous les candidats entendent donc élargir ces créneaux horaires en soirée. Jusqu’à une permanence sans faille grâce à huit îlotiers, calcule même Philippe Sans. À l’instar de Jean-Baptiste Giordano, ils comptent aussi “secouer le cocotier” de Manuel Valls pour rouvrir un poste de police.

• Désenclaver

Pour sortir de l’Île-de-Thau, pas de bus après 19h ou 20h: impossible de travailler en heures dé- calées (courant pour les ménages), ni de profiter

des spectacles en centre-ville. Élargir ces horaires devient donc une priorité pour tous les candidats.

Y compris pour le maire actuel… qui, selon André

Lubrano, “aurait dû faire part des besoins de sa ville à l’Agglo”. Pour ressouder l’Île-de-Thau à la ville, les candidats misent aussi sur l’implication

d’habitants au sein du conseil municipal, avec un ou des élus référents. Pour Bachir Aaliou, pré- sident de l’association Dialogues et ouvertures (Ado), “les gens ne se sentent ni sétois, ni français:

il faut faire évoluer l’idée de citoyenneté”.

• Améliorer le cadre de vie

Poubelles et encombrants éparpillés, vidanges et rodéos sur les parkings: les habitants se plai- gnent de pratiques peu “civiques”. Question d’aménagement et de sensibilisation. François Commeinhes l’assure: “Les HLM, le canal…: on n’a pas arrêté d’améliorer le quartier!” Mais des rues sont encore plongées dans le noir, un ci- metière à bateaux remplace une jolie plagette, et point d’aide pour le nettoyage associatif des canaux (la Ville en organise aussi). Le type d’action que les autres candidats, eux, veulent renforcer.

• Changer l’image du quartier

“On a envie d’être fiers de notre quartier!”, supplie Dolorès, une habitante. Couture, contes, loto:

par leurs activités, le centre social et la média- thèque parviennent à attirer un public extérieur. Et à construire une image de lieu agréable et convivial, “pas un coupe-gorge”. Mais pour le soir, ou, pire, pour y habiter, la mauvaise réputation persiste, stigmatise et fait monter les extré- mismes. L’idée de Philippe Sans: “Créer, chaque mois, un gros événement culturel et/ou sportif, pour attirer tous les Sétois, surtout les jeunes. Tournois de foot, de basket, de slam…”

les jeunes. Tournois de foot, de basket, de slam…” La Gazette n° 288 - Du 5

La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au 2 octobre 2013

Repenser

l’architecture

Le nœud à problèmes, c’est le Globe : un cercle d’immeubles façon caisse de résonance. Où les familles nombreuses sont concentrées, où un simple conflit vire à l’émeute. L’unique passage motorisé, où on squatte et deale à l’abri des regards… Philippe Sans propose de créer une deuxième voie d’accès avec un pont. EELV veut redispatcher les grands appartements HLM. Plus radicaux, Jean- Baptiste Giordano et Yves Marchand pensent carrément à “débarriser” progressivement, pour “alléger”. Impensable pour François Liberti :

“On risque de briser un lien humain très fort !”

Nathalie Scicolone, présidente du comité de quartier, rêve de voir l’Île-de-Thau mise en valeur. H
Nathalie Scicolone, présidente du comité de quartier, rêve de voir l’Île-de-Thau mise en valeur. H

Nathalie Scicolone, présidente du comité de quartier, rêve de voir l’Île-de-Thau mise en valeur.

H L M

réalisé par Raquel Hadida / photos Studio Clément - Guillaume Bonnefont - Max Horde - Raquel Hadida - Céline Escolano/ Infographie Philippe Crespy /

Le passage du Globe, entre quatre barres d’immeubles : enclavé, peu sécurisant.

• Relancer La Passerelle

Depuis deux ans, cette belle salle de 142 places, n’est quasiment plus utilisée par la Scène natio- nale (Thau Agglo). En cause, “des recettes trop fai- bles”, selon Yvon Tranchant, son directeur. Sans compter des spectacles un brin élitistes, que la population avait du mal à s’approprier. Les can- didats s’accordent pour lui concocter une pro- grammation spécifique, et plus adaptée. Ciné- club, concert de rap…: une façon de jouer un vrai rôle culturel de proximité, tout en attirant des gens de l’extérieurs dans la cité. Le maire François Commeinhes assure négocier avec Thau Agglo pour remettre la Passerelle dans le giron de la Ville, une option à laquelle ses opposants n’adhèrent pas.

• Désamorcer fanatismes et tensions communautaires

Gitans catalans, gitans espagnols, Marocains…:

à l’Île-de-Thau, les regroupements familiaux, dans les logements les plus spacieux et les moins chers de la ville, ont créé des communautés mar- quées. Aucun conflit réel, mais des tensions liées aux esprits de clans, notamment à l’école. Selon Jean-Claude Reilles, d’origine gitane catalane, “le communautarisme est orchestré par la Ville”. Yves Marchand acquiesce: “le ghetto a été entre- tenu à des fins électoralistes.” Discret, l’islam ra- dical, lui, concernerait une poignée de jeunes. Mais les acteurs locaux, religieux et laïcs, veillent comme le lait sur le feu au risque de dérapage fanatique.

• Déverrouiller l’action socioculturelle…

Plusieurs associations reprochent au centre social Nicolas-Gabino de récupérer leurs actions et de faire pression pour les subordonner (voir p. 4). “Faut arrêter de se bouffer le nez entre les structures:

la Ville doit être un moteur, pas un frein!”, affirment tous les opposants à François Commeinhes. Ce dernier, en tournant le dos, se défend de toute volonté de contrôle: “Les associations refusent de participer.”

•… et sortir des favoritismes politiques

Kick-boxing, Concerthau, ex-maison de quartier:

une association qui n’est pas dans la ligne poli- tique se ferait quasi priver de subventions et/ou de locaux. “C’est un scandale!”, estiment acteurs locaux et opposants au maire. Qui rétorque:

“Nous aidons des lieux fédérateurs, qui favorisent la mixité”. De plus, tous les candidats le dénon- cent:”La Ville emploie des générations de familles par électoralisme… y compris des proches d’élus, protégés alors qu’ils n’assurent pas leur service”, ajoute Philippe Sans.

L’ÎLE-DE-THAU

EN CHIFFRES

• 5000 habitants environ,soit

11 % de la population sétoise

• 28 hectares gagnés sur l’étang de Thau.

• 1500 logements,dont:

- 750 HLM gérés par l’OPH de Sète,

- 500 HLM gérés par Hérault

Habitat,

- 250 villas en bordure d’étang.

• Loyers: de moins de 80

à 100 /mois pour un T3 par rapport au centre-ville.

• Chômage:23,5 % des ménages concernés (Sète:16,4 %).

• 42 % de la pop. gagne moins

de 7000 nets annuels (Sète:

20 %). 29% de bénéficiaires de

la CMU (Sète: 11,4%).

• HLM: 82 % de la population y habite (Sète: 15 %).

• Familles nombreuses: 10 % des ménages comptent plus de six personnes (Sète:2,2 %).

• CSP: 88 % d’employés et

ouvriers dans la population active (Sète: 63 %).

• Formation: 75 % des jeunes

adultes n’ont pas le niveau bac (Sète: 55 %).

• Jeunes: 43 % ont moins de

25 ans (Sète: 26 %).

• Monoparentalité:33,5 % des familles (Sète:19,5 %).

• Immigration: 10 nationalités,

15,6 % d’étrangers (Sète: 4,5 %), 23% de la population issue de

l’immigration (Sète:8%).

• Sécurité: 54 actes de

délinquance de janvier à juillet 2013 - Délinquance en baisse de 29 % par rapport à 2012 (même période) (Source:Police nationale).

Sources: Agemo 2004, CCAS de la ville de Sète,Insee 2009, Insee-RP 1999)

Municipales:

les candidats s’engagent

Propositions politiques, première ! Les futurs candidats

(potentiels)* zux municipales de 2014 confient leur vision

de l’Île-de-Thau.

En complément des points communs abordés en colonnes de gauche.

des points communs abordés en colonnes de gauche. Françoise Alamartine Roselne Bähler (Europe écologie-Les

Françoise Alamartine Roselne Bähler (Europe écologie-Les Verts)“Le

quartier doit redevenir une priorité. Outre la création de petites entreprises et le retour de la police, nous pensons à une carte de bus “bas tarif”, des éducateurs en contrats d’avenir, une maison des

associations et des jeunes, l’hébergement d’associations hors quartier.Nous voulons créer une

mini-déchetterie pour les encombrants et réaménager l’espace: voies à pied et à vélo, plantations,poubelles… Pour réduire les factures

d’énergie, nous isolerons les bâtiments et nous poserons des panneaux solaires sur les toits. Le quartier peut devenir exemplaire!”

sur les toits. Le quartier peut devenir exemplaire!” Jean-Baptiste Giordano (Sète cap 2014 - centre gauche)

Jean-Baptiste Giordano (Sète cap 2014 - centre gauche)

“Je me battrai pour un poste de police nationale. Pour une meilleure équité entre quartiers, je “débarriserai” le Globe d’ici 5 à 10 ans, par relogement progressif, comme à Pézenas. Je réunirai les acteurs économiques et me ferai l’ambassadeur de cette

mission. Et au contrôle électoraliste de la population

et des associations par des annexes municipales et

des emplois, je dis: basta! Faisons confiance à

l’indépendance d’esprit et à l’imagination de ce

quartier!”

d’esprit et à l’imagination de ce quartier!” François Liberti (Tous pour Sète,gauche radicale)

François Liberti (Tous pour Sète,gauche radicale)

“C’est grâce au tissu associatif, qui fait un travail extraordinaire,qu’on évite les conflits communautaires! Le plus efficace est de l’appuyer et de coopérer avec, pas de tenter d’asservir. les associations. Pour l’emploi, la Mutuelle des travailleurs sétois pourrait y implanter un centre optique et dentaire.”

pourrait y implanter un centre optique et dentaire.” Yves Marchand (Marchand le recours, droite) “En terme

Yves Marchand (Marchand le recours, droite)

“En terme de rénovation et d’équipements, ma municipalité (1983-1996) a investi énormément.J’ai tout fait,les maires suivants ont été paresseux, et le résultat n’a pas été à la hauteur. Il faut refondre totalement l’urbanisme du quartier, secteur par secteur,pour créer des ruelles,des maisons façon village. La fin du ghetto et de l’identité négative qui colle à la cité passera par des leaders d’opinion du quartier. Ils doivent prendre des postes de responsabilité, comme élus et dans des structures qui concernent d’autres secteurs.”

dans des structures qui concernent d’autres secteurs.” Marie-Christine Aubert (Front national ) “Nous sommes

Marie-Christine Aubert

(Front national)

“Nous sommes contre la discrimination positive:

pour éviter de le stigmatiser, c’est important de ne pas traiter ce quartier différemment. Il faut chercher les responsables des dégradations, renforcer la police municipale en prévention et répression. Je veux aider les associations sous réserve de résultats effectifs:

sinon, on risque gaspillages, clientélisme et communautarismes. Pour l’emploi, l’origine du quartier n’est pas discriminante, il suffit de ne pas partir perdant et de lancer des initiatives.”

de ne pas partir perdant et de lancer des initiatives.” François Commeinhes (Union pour un mouvement

François Commeinhes (Union

pour un mouvement populaire, maire de Sète actuel) “Il faut une locomotive pour ce quartier, et je pense que ça doit être le centre commercial. Qu’on doit revoir en profondeur. Nous avions un projet, mais la population n’a pas l’air d’être prête… J’ai aussi espoir dans les actions de réhabilitations récentes:des réussites,respectées par les habitants. Et, contrairement à ce que disent mes détracteurs, je passe souvent à l’Île-de-Thau, mais sans fanfare,directement chez les habitants.”

mais sans fanfare,directement chez les habitants.” André Lubrano (Parti socialiste) “Il n’est pas question

André Lubrano (Parti socialiste)

“Il n’est pas question qu’on largue les amarres:nous allons arrimer l’Île-de-Thau à Sète.Mes priorités:

les bus, un élu référent, La Passerelle, le centre commercial, une plus grande aire de jeux. Sélectionner les associations de qualité, et, surtout, se concerter vraiment avec les habitants: les enfants de la crèche, en travaux, sont envoyés à la Corniche!

de la crèche, en travaux, sont envoyés à la Corniche! Philippe Sans (Force citoyenne - sans

Philippe Sans (Force citoyenne - sans étiquette)

“Ce quartier mérite un effort important. Je souhaite créer un conseil de quartier et organiser certains conseils municipaux sur place. Je veux lancer une bourse de création d’entreprise et passer le quartier en zone franche. Outre la présence d’îlotiers, je rajouterai des caméras de surveillance. Pour renforcer l’action sociale, je suis prêt à prendre sur le budget des Voix vives. Pour retisser des liens avec la ville et entre communautés, je pense à des événements réguliers, “une grande fête interculturelle et intercultuelle”, et un jardin partagé.”

• Rénover le centre commercial

Tourner les commerces vers l’extérieur avec un bon coup de neuf, c’est ultra-nécessaire. Mais le projet immobilier lancéà l’été 2012 par un ar- chitecte privé et appuyé par la Ville a provoqué une bronca: non seulement il prévoyait la des- truction de l’église, mais la construction de 80 logements au-dessus, avec 70 places de parking. Malgré la promesse d’un plan B, le projet est sus- pendu. Ses opposants préfèrent tous financer une réfection complète, sans détruire l’église ni ajouter des “logements-ghettos”. *“On y va!” en arabe.

*Attention: les groupes sont encore loin d’avoir bouclé leur programme, et tous n’ont pas confirmé leur tête de liste. Les individus présentés sont donc leaders et/ou porte-parole, mais pas toujours candidats officiels. Le groupe citoyen “Ni de droite, ni de gauche, de Sète”, porté par Rocky Talano, n’a pas souhaité s’exprimer.

La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au 2 octobre 2013

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10 en quê te H L M page réalisée par Raquel Hadida / Photos Céline

10 enquête

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page réalisée par Raquel Hadida / Photos Céline Escolano - Guillaume Bonnefont - D.R. /

Fête: les 40 ans de l’Île-de-Thau

Du 2 au 6 sept. : lâcher de 40 lanternes chinoises (centre-ville et Île-de-Thau) Du 16 au 22 sept. : une semaine de fête, organisée par le collectif associatif du quartier. Expositions, fresques, contes, conférence, concerts… Mercredi 18 sept. : grande journée jeux et sports. Samedi 21 sept. : ateliers, initiations, scène ouverte puis concert avec l’Art à Tatouille à 20h. Lieux : Médiathèque André-Malraux, centre social Nicolas-Gabino, église Notre-Dame-de- Thau, place Marius-Bonneton. Animations gratuites. Rens : comitedequartier34@hotmail.fr, 0610548327. Détails: voir en pages agenda.

Avec l’Art à Tatouille, Roland Ramade sera en concert le 21 septembre à l’Île-de-Thau à Sète pour fêter les 40 ans du quartier. Ex-chanteur de Regg’Lyss (“Mets de l’huile”, succès des années 93-94), le Languedocien n’hésite pas à mixer musique traditionnelle et électro.

La chanson

“À l’Île-de-Thau”, c’est une des trois chansons inventées par les habitants du quartier, avec l’accordéoniste Alain Beurrier et Roland Ramade (photo).

Roland Ramade:

“À l’Île-de-Thau, je me régale”

C’est une petite île entourée d’eau, Une zone urbaine populaire.

Des gens viennent y faire des photos. De mon école primaire on voit le mont St-Clair!

À la nuit tombée bougent les voleurs,

Et même, tous les soirs, démarrent des bastons. Heureusement des chanteurs et des rappeurs Donnent le ton et envoient le son!

Refrain: À l’Île-de-Thau, on manque pas d’air, on manque pas d’eau!

À l’Île-de-Thau, vogue la galère, dansent les bateaux!

Malgré le temps sur ses façades, Elle porte bien sa quarantaine. Crache pas dessus, camarade, On y vit toute la semaine! Le marché adoucit les mœurs, C’est le bazar, le trait d’union. Tu peux venir sans avoir peur, Change de ton, chante son nom! Refrain Tous les chiens courent après les chats, Et les chats courent après les souris! C’est très calme à côté des villas, C’est moche et bruyant autour de la mairie! On fait du sport entre l’église et la mosquée, Dans le centre social, on joue le mercredi. Quand on s’ennuie à la média’ on va squatter, Tous les jours on geek à la play ou à l’ordi! Refrain On ne sort pas ou peu souvent! Appréhension ou inquiétude, Peut-être c’est à cause du vent, Peut-être c’est par habitude! Les goélands et les mouettes, Viennent danser sous nos balcons. Tout le monde crie à tue-tête, Sur le même ton, la même chanson!

Chanteur de l’Art à Tatouille et ex-Regg’Lyss, Roland Ramade est devenu un habitué de l’Île-de-Thau après des ateliers de chansons entre générations. Il pose un regard plein de tendresse sur la cité HLM de Sète. À partager.

“J’ ai habité en HLM pendant 38 ans, dont 20 ans au Petit-Bard à Montpellier, j’ai beaucoup

voyagé, mais je n’ai jamais vu un HLM avec de l’eau, un petit port, des bateaux. Et ça me plaît bien: si je devais choisir d’habiter en HLM, ce serait sans doute à l’Île-de-Thau! Dans Sète, ce quartier est une île encore plus singulière… D’où on ne peut pas sortir, du moins pour un gamin de 10 ans à vélo. Où je n’ai vu que des personnes d’origine arabe. Pour moi, c’est un vrai ghetto. Une micro-so- ciété agréable à vivre, mais où, plus qu’ailleurs, il faut avoir l’âme militante pour réunir les gens. Certains rappeurs l’ont bien compris. Les organisateurs aussi: Anissa (animatrice d’Hérault Sport, NDLR), elle tombe un boulot farami-

neux! Pareil pour la médiathèque, un lieu étonnant: tu te dis que les gens du quartier ne vont pas y aller, et si! C’est devenu le nouveau bistrot, où les gamins se réfugient. Pas pour apprendre par cœur les Fables de La Fontaine, non, pour être au chaud, ensemble. Concerthau (ateliers d’écriture, NDLR), pareil. Mais ce lien social, ça ne peut pas se faire en trois coups de cuillères à pot: faut que ça mijote.

Complicité

Il y a deux ans, on nous a demandé de venir, avec Alain Beurrier, l’accordéo- niste, pour écrire des chansons avec les gens (projet Écris’Thau, voir p. 5). Au départ, on peut se dire: “C’est une am- biance bizarre, ça va finir mal”, mais il

faut y aller, discuter avec les gens, en- lever les masques. J’y ai joué quatre fois, je ne me suis fait ni agresser, ni voler, ni emmerder. Quand les petits Arabes sont venus répéter avec les pa- pis-mamies du Tonnaïre (la résidence pour seniors, NDLR), ça a changé l’am- biance, les vieux étaient contents. Ensuite, on a fait des goûters, des soi- rées, les femmes ont fait des recettes. C’est habile d’avoir fait vivre le projet:

sinon, on aurait jeté un caillou dans la rivière! Alors, on est revenu, revenu, et je me régale à chaque fois. Quand tu crées une dynamique de communica- tion, les gens ne voient plus les autres comme des ennemis, mais comme des complices avec lesquels on peut faire des choses.”

complices avec lesquels on peut faire des choses.” ■ Docu: L’Île aux trésors (2013) Pour l’anniversaire

Docu: L’Île aux trésors (2013)

Pour l’anniversaire des 20 ans de la médiathèque André-Malraux et les 40 ans du quartier, Thau Agglo a commandé un documentaire à Vincent Lecigne. Avec six jeunes de la Mission locale d’insertion (MLI), ce réalisateur met en valeur ce carrefour culturel, à travers vingt témoignages et des reportages. À voir sur http://mediatheques.thau-agglo.fr

reportages. À voir sur http://mediatheques.thau-agglo.fr Récits : Chère Île-de-Thau (début années 2000) Un

Récits : Chère Île-de-Thau (début années 2000)

Un livret de souvenirs et d’anecdotes, écrit par les habitants. Récits des premiers jours de vie de la cité, portraits d’habitants, écho des mots de l’étang… Réalisé par la compagnie El Baal et les partenaires du quartier.

La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au 2 octobre 2013

La Gazette n° 288 - Du 5 septembre au 2 octobre 2013 Recettes : Le Goût

Recettes : Le Goût de la mémoire

(2013)

L’indispensable almanach 2014 pour tester les recettes de cuisine des femmes de l’Île- de-Thau. Et s’enivrer de leurs poétiques recettes détournées, au milieu de pages richement décorées, empreintes de souvenirs. Lire p. XX Livre gratuit, coproduit par la médiathèque André-Malraux (Thau Agglo) et le centre social Nicolas-Gabino (Ville). Disponible en lieux publics et en téléchargement sur www.thau-agglo.fr

lieux publics et en téléchargement sur www.thau-agglo.fr Film : La Graine et le Mulet (2007) Tourné

Film : La Graine et le Mulet (2007)

Tourné à Sète, le film d’Abdellatif Kechiche – réalisateur désormais Palme d’or – se déroule en grande partie à l’Île-de-Thau. Où Monsieur Beiji, ouvrier au port, arrive à ressouder sa famille autour d’un projet de vie meilleure : un restaurant de couscous. Prix de la Mostra de Venise et César 2008 du meilleur film, disponible en DVD.