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Chapitre 1 - Les fondements économiques de l'Etat et les défaillances du marché

I - L'ALLOCATION OPTIMALE DES RESSOURCES PAR LE MARCHE ET LES THEOREMES DU BIEN-ETRE

"La main invisible" (cf. citation d'Adam Smith). L'intuition de Smith est qu'il existe une main invisible qui guide les individus en défendant ses propres intérêts et qui permet d'arriver à l'intérêt général.

A. LA THEORIE DU CONSOMMATEUR ET DU PRODUCTEUR CHEZ LES NEOCLASSIQUES

Walras, Menger, Jevons, à la fin du 19 ème siècle, démontrent, moyennant des hypothèses, qu'il est possible de déterminer un optimum pour le consommateur et pour le producteur, situation où le consommateur maximise son utilité sous contrainte de revenu et où le producteur maximise son profit sous contrainte de coût de production.

1. LA THEORIE DU CONSOMMATEUR

Dans la théorie du consommateur, il est dit que les individus ont une fonction d'utilité qui apprécie la satisfaction qu'ont les individus à consommer les biens et les services. Cette fonction d'utilité repose sur deux hypothèses : l'utilité totale s'accroit à mesure que les biens consommés augmentent ; l'utilité marginale qui correspond à la variation d'utilité liée à la consommation d'une unité supplémentaire d'un bien ou d'un service est décroissante.

Il est possible de représenter graphiquement ces fonctions d'utilité qui prennent la forme de courbes convexes. Chacune de ces courbes d'utilité traduit des paniers de biens assurant un même niveau de satisfaction. L'individu cherchera à maximiser sa fonction d'utilité, c'est-à- dire, graphiquement, à se situer le plus loin possible de l'origine sous contrainte de revenu. Cette dernière traduit l'idée que la quantité des biens multipliée par leur prix donnés par le marché est équivalente au revenu du consommateur.

On peut calculer un taux marginal de substitution (TMS) qui traduit un taux d’échange (= rapport entre la variation de x et la variation de y = combien de biens x je dois renoncer pour me procurer une unité de y supplémentaire tout en conservant le même niveau d’utilité). Ce TMS de y par rapport à x correspond au rapport inverse de l’utilité marginale de x sur l’utilité marginale de y. On montre qu’on peut déterminer la quantité optimale des biens qui permet au consommateur de maximiser son utilité sous contrainte du revenu.

Graphiquement, le point de tangence entre la fonction d'utilité la plus élevée possible et la droite de budget traduit cette optimum du consommateur, c'est-à-dire le maximum de satisfaction possible sous contrainte de budget. A ce point P, le rapport des utilités marginales des deux biens est égal au rapport des prix Um(x) / Um(y) = Px / Py ou les utilités marginales de chacun des biens pondérés par leur prix sont toutes équivalente à l'équilibre Um(x) / Px = Um(y) / Py.

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2.

LA THEORIE DU PRODUCTEUR

L'analyse microéconomique s'attache à déterminer le niveau de production qui permet à l'entrepreneur de maximiser son profit. On définit une fonction de production comme la

relation existant entre la quantité produite Y et les facteurs de production mobilisés, le travail

w et le capital K, soit Y = f(w, K). Cette fonction de production relie différentes combinaisons

de facteurs permettant d'atteindre un même niveau de production. Il est possible de calculer 2 productivités : une productivité moyenne et une productivité marginale. La productivité

moyenne traduit le ratio entre la quantité produite et le facteur correspondant, ainsi la productivité moyenne du travail se définit comme le ratio Y/W et la productivité marginale comme le ratio ΔY / ΔW et elle correspond à l'accroissement de production induit par l'accroissement du facteur considéré. Elle peut se calculer comme étant la dérivée de la fonction de production par rapport au facteur.

A mesure que le facteur travail s'accroit, la production sensiblement s'accroit mais décélère

sur la fin. Comme au bout d'un moment la production s'accroit moins vite que le facteur travail, et la productivité marginale et la productivité moyenne décroissent.

On peut représenter la notion de coût en intégrant le prix des facteurs. On va définir le coût total comme la somme des coûts variables augmentés des coûts fixes. Le coût fixe ne varie

pas, il est indépendant de la production. Le coût variable est fonction des quantités produites.

Il est possible de calculer un coût moyen unitaire égal au rapport du coût total divisé par la

production, soit CT / Y. Le coût marginal correspond à la dérivée du coût total, c'est-à-dire ΔCT / ΔY.

Le coût marginal comme le coût moyen décroissent à mesure que les quantités produites

augmentent, ce qui signifie qu'il y a des économies d'échelle ou de rendements d'échelle. On a alors ΔY > ΔCT. Dans un second temps, ces coûts augmentent à mesure que les quantités produites augmentent, on est en phase de déséconomies d'échelle. De manière plus synthétique, la courbe de coût marginale et de coût moyen correspondent à deux U emboitées,

et la courbe de coût marginale vient couper la courbe de coût marginale en son minimum. Si

le prix est égal au cout marginal c’est-à-dire que le cout de la dernière unité produite est égal

au prix de vente

Le profit se définit comme le résultat de la différence entre les recettes totales et le coût total (Π = RT - CT). La recette total (ou chiffre d'affaire) est égal aux quantités multipliées par les prix et le coût total est égal aux quantités multipliées par le coût moyen unitaire. En concurrence pure et parfaite, on parlera d'atomicité du marché, c'est-à-dire qu'il existe un grand nombre de firmes. Elles sont "price-taker", c'est-à-dire que les prix s'imposent à elles c’est-à-dire que le prix est indépendant des quantités produites. Le prix est donc donné par le marché.

Cf. page 21-22 : OA x AC représente l'aire du rectangle OACD, c'est le chiffre d'affaire. Le coût total est représenté par l'aire du rectangle OABE, c'est-à-dire AB x OA (à ce niveau de

quantité produite, le prix est égale au cout marginal). Notre profit sera alors graphiquement l'aire du rectangle BCDE. Quand je produis moins qu’OA le profit est positif mais n’est pas maximum. OA’ZX est égal au cout total e OA’YD aux Recettes totales : au niveau de production de A’ le profit est négatif. Si on est dans une phase de déséconomie d’échelle (partie droite de la courbe du cout moyen), on peut déterminer un optimum pour le producteur

si le prix est égal au cout marginal.

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Quand on produit plus que A, le profit va devenir négatif dès que le coût moyen est supérieur au prix de vente (qui est fixé par le marché). On perd de l'argent et il faut donc réduire les quantités produites. Mais si on produit moins que A, le profit obtenu est positif, mais il n'est pas maximum. Pour A en quantités produites, le prix de vente est égal au coût marginal. Le marché, du point de vue de la production, permet de déterminer un point optimal qui maximise le profit lorsque le prix couvre strictement le coût de la dernière unité produite. On maximise donc le profit lorsque Cm = P.

Si on augmente proportionnellement et simultanément les quantités de facteurs d'un niveau λ, on va s'intéresser à l'augmentation de production induite par cette augmentation de facteur. Si la variation de production est égale à la variation des facteurs de production, le rendement d'échelle est constant, ce qui signifie que le coût unitaire est constant. Si en revanche la production augmente moins les facteurs, on aura un rendement d'échelle décroissant, on a donc intérêt à diminuer la production car le coût unitaire est croissant. Il y aura alors de nombreuses firmes pour réaliser l'ensemble de la production et on aura une situation de concurrence. Si au contraire la production augmente plus que les facteurs, alors on a des rendements d'échelle croissants et on a intérêt à augmenter le niveau de production car le coût unitaire est décroissant. On aura donc de firmes de plus en plus grosses qui produiront une grosse partie de la production totale et donc une situation de monopole.

Economies d'échelle = relation d'un facteur et la production.

Rendements d'échelle = combinaison des facteurs sur la production avec une variation simultanée et proportionnelle.

B. OPTIMUM DE PARETO ET THEORIE DU BIEN ETRE

Il est possible démontrer avec les travaux de Pareto l’existence d’un optimum dans le cadre d’une économie de marché, concurrentielle. On va représenter graphiquement les préférences de deux individus A et B, chacun disposant d'une dotation initiale en bien 1 et en bien 2. Grâce à l'échange de ces deux biens, chacun des individus va chercher à améliorer sa satisfaction, c'est-à-dire à être sur les niveaux d'utilité les plus élevés possible.

La boite d'Edgeworth représente les carte d’utilité de deux individu A et B qui vont consommer des biens 1 et 2 à partir d’une dotation initiale W. Cet échange à partir de dotations W (cf. page 23). On peut définir une zone ou compte tenu de la dotation initiale W où tous les avantages de l'échange interviendront pour A et pour B chaque individu va chercher à augmenter son utilité. Cette zone est représentée en noir sur le graphique. Pour passer de W à M, l'individu 1 à diminuer sa consommation de bien 1 et augmenter celle de bien 2, et inversement pour l'individu 2. Ils ont procéder à cet échange pour améliorer leur utilité. La nouvelle dotation au point M permet d'atteindre une meilleure utilité, et ce point de tangence entre les deux courbes d'utilité définit un point optimal ou point d'optimum de Pareto. On dira qu'à partir de ce point, il n'existe plus d'échange qui améliore les positions des deux individus. Une telle allocation est dite efficace au sens de Pareto car il n'est pas possible d'accroitre la satisfaction de toutes les personnes impliquées ou car il n'est plus possible d'accroitre le niveau de satisfaction d'un individu sans réduire celui d'un autre ou encore car tous les gains d'échange ont été exploités et épuisé ou enfin car il n'est plus possible d'effectuer des échanges mutuellement avantageux pour les individus concernés. Dans la boite d’Edgeworth les allocations au sens de Pareto ont une propriété géométrique simple selon laquelle les courbes des deux individus doivent être tangentes pour toutes allocations. On parlera de courbe d’indifférences selon laquelle l’ensemble des points de

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tangentes des courbes d’indifférences en fonction des dotations initiales sont reliées les uns aux autres. On parlera de premier théorème de l'économie du bien-être. Il garantit qu'un marché concurrentiel exploite tous les gains découlant de l'échange. Une allocation d'équilibre réalisée grâce à un ensemble de marchés concurrentiels est nécessairement efficace au sens de Pareto. Une telle allocation peut être revêtir un caractère désagréable et inéquitable mais efficace au sens de Pareto, il ne dit rien sur la dotation initiale.

Les agents ne se préoccupent pas de la consommation des autres agents tout comme les producteurs ne se préoccupent pas de la production des autres acteurs. A l'inverse, si tel est le cas on est dans une situation où il existe des externalités ou effets externes pour lesquels un équilibre concurrentiel n'est pas nécessairement efficace au sens de Pareto.

Le deuxième théorème de l'économie du bien-être envisage la réciproque. Si tous les agents ont des préférences convexes, il existe toujours un ensemble de prix tel que toute allocation efficace au sens de Pareto soit un équilibre de marché pour les dotations initiales données. C’est-à-dire une situation offre = demande. Ce second théorème de l’économie de bien être signifie que toute alloc efficace au sens de Pareto peut être érigé par un équilibre concurrentiel. Il implique que les problèmes de distribution st distincts des problèmes d’efficacité quel que soit l’alloc efficace au sens de Pareto qui est recherché, elle peut être obtenue par l’intermédiaire d’un système de marché concurrentiel.

Il est nécessaire que les agents se comportent vraiment de façon concurrentielle. Dans l'exemple d'Edgeworth, il n'y a que deux agents, et il est peu vraisemblable que ces deux agents prennent le prix pour une donnée. Au contraire, ils vont s'attacher à négocier. L'équilibre concurrentiel n'a de sens que quand il y a suffisamment d'agents de manière à garantir à ce que chacun se comporte de façon concurrentielle. Cela renvoie à l'hypothèse d'atomicité des acteurs. Cela suppose que les consommateurs sont suffisamment petits et nombreux par rapport à la taille du marché. Il n'est pas nécessairement important qu'il n'y ait pas deux agents, ils pourront examiner les possibilités d'échanges mutuels. S'il y a des milliers voire des millions d'agents, le premier théorème de l'économie du bien-être nous dit qu'une structure doit être imposée aux processus d'échanges qui renvoie à une structure concurrentielle (= de marché). On notera également que si nous sommes confrontés à un problème d'allocation de ressources qui implique un grand nombre d'individus, il est intéressant de noter que le recours au marché concurrentiel permet de limiter l'information dont chaque agent a besoin. Les seuls éléments qu'un consommateur a besoin de connaitre pour prendre ses décisions de consommation (ou de production), ce sont les prix des biens. Ils n'ont pas besoin de connaitre la façon dont sont produits les biens, qui possède quel bien ou encore l'origine des biens. Si chaque individus connait uniquement le prix des biens, il peut choisir ses demandes, et si le marché fonctionne suffisamment bien pour dégager des prix concurrentiels, nous sommes certains d'avoir un résultat efficace au sens de Pareto (tous les gains de l'échange ont été exploités).

Le second théorème de l'économie du bien être selon lequel toute allocation efficace au sens de Pareto peut être réalisé par un marché concurrentiel implique que les problèmes de distribution (au sens de répartition) et les problèmes d'efficacité peuvent être distinguées. Les prix jouent deux rôles : un rôle allocatif et un rôle distributif. Le rôle allocatif du prix consiste à indiquer la rareté relative des biens. Le rôle distributif du prix consiste à déterminer quelle quantité des différents biens les différents agents peuvent acheter, or, d'après ce théorème du

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bien-être, on peut redistribuer les dotations des différents biens et ensuite utiliser le prix pour indiquer la rareté relative. Les deux fonctions du prix peuvent donc être séparées.

II - LES DEFAILLANCES DE MARCHE (MARKET FAILLURES)

A. Smith fait une nuance sur la main invisible, il mentionne, derrière celle-ci, la nécessité pour le souverain de veiller à la construction et l'entretien de travaux publics comme les routes et les ponts dont "une grande partie de la société retire d'immenses avantages mais qui sont néanmoins de nature à ne pouvoir être entrepris ou entretenus par un ou quelques particuliers, attendu que, pour ceux-ci, le profit ne saurait jamais lui rembourser la dépense". Dès lors, dans certains cas, la poursuite des intérêts individuels ne conduit pas à une allocation efficace des ressources, à une allocation optimale des facteurs. Autrement dit, c'est sous hypothèses que le marché se révèle être efficace. Quand on relâche ces hypothèses, on est alors en situation d'échec de marché ou de défaillances de marché.

A. LES EXTERNALITES

1.

DEFINITIONS

»

L'externalité ou effet externe est un effet de l'action d'un agent économique sur un autre qui s'exerce en dehors du marché. On distinguera des externalités positives (amélioration du bien-être) et des externalités négatives (dégradation du bien-être).

»

Pour Arthur Cécil Pigou, une externalité est une situation où une personne A est en train de rendre un autre service contre paiement à une autre personne B et affecte incidemment, en bien ou en mal d'autre personnes non productrices de services similaires, et cela de telle manière qu'aucun paiement ne puisse être imposé à ceux qui en bénéficient ni une compensation prélevée au profit de ceux qui en souffrent. Exemple de Pigou : les trains à vapeur profitent aux voyageurs et aux compagnies ferroviaires mais les escarbilles peuvent mettre feu aux parcelles de bois le long de la ligne, ce qui rend les trains préjudiciables aux propriétaires forestiers qui ne participent pas au service ferroviaire.

»

La notion d'externalité se définit encore comme toute liaison directe entre les fonctions d'utilité et/ou de production d'agents économiques distincts non traduisibles sur le marché. On distinguera des externalités de consommation (la présence de biens de consommation ou de production d'autres agents modifie les fonctions d'utilité des agents, et dans ce cas les utilités marginales sont non nulles) et des externalités de production (la présence de production d'autres firmes ou de consommation finale dans la fonction de production).

»

Mead définit l'externalité de la façon suivante : une économie (ou une déséconomie) externe est un phénomène qui apporte un bénéfice appréciable (un préjudice significatif) à une ou plusieurs personnes qui n'ont pas été partie prenantes et consentantes du processus de décision qui aboutit directement ou indirectement à l'effet produit. Dans ce cas, il n'y a pas de précision sur le caractère hors marché. L'exemple de Mead est celui de l'apiculteur et de l'horticulteur : si un horticulteur voisin d'un apiculteur, les abeilles qui vont butiner sur les arbres de l'horticulteur

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assurent la pollinisation et réciproquement la proximité des pommiers permet à l'apiculteur de faire du bon miel.

»

On distingue les externalités pécuniaires des externalités technologiques (Scitowvski). Les premières affectent les agents à travers les prix, à travers les marchés à la différence des externalités technologique qui sont hors marché. Par exemple la croissance de la demande de chaussures affecte les prix du cuir, et cela entraine une diminution du bien-être d'autres utilisateurs (consommateurs de sac-à-mains par exemple).

»

On distingue encore les externalités publiques et privées. Les premières renvoient aux effets externes non rivaux, c'est-à-dire aux effets pour lesquels le préjudice subit ou le bénéfice retiré par un agent ne diminue pas le bénéfice retiré ou le préjudice subi par un autre agent. L'externalité privée est un effet externe rival pour lequel le préjudice subit ou le bénéfice retiré par un agent diminue le bénéfice retiré ou le préjudice subi par un autre agent. Par exemple, les mauvaises odeurs d'une décharge entrainent un préjudice identique pour tout le monde, c'est public, mais si des ordures arrivent dans mon jardin, c'est privé.

»

Cf. Schéma page 27 "représentation des externalités". Quand je produis ou consomme du transport, sur le plan de la sphère marchande, le prix de revient des véhicules s'accroit en heure de pointe, sur la seconde sphère, c'est l'usure des routes, sur la troisième sphère, il y a des nuisances sonores qui vont impacter les satisfactions individuelles, et pour la biosphère, il y a de la pollution avec les GES. L'enjeu aujourd'hui est d'internaliser, c'est-à-dire d'avoir des flèches inverses avec le principe du pollueur payeur.

2.

ILLUSTRATION DES DEFAILLANCES : ECHEC DE LA MAIN INVISIBLE EN PRESENCE D'EXTERNALITES (CF. SCHEMA PAGE 29-30)

Exemple : Une entreprise A produit du cuir, elle se situe en amont sur une rivière et utilise l'eau de cette rivière pour nettoyer son cuir. Une entreprise B fait de la bière, elle se situe en aval sur la rivière et a besoin d'eau pure pour produire la bière. L'entreprise A va produire jusqu'à ce que son bénéfice marginal soit nul, c'est-à-dire jusqu'à Q0. Mais dans cette situation, le coût de dépollution subit par l'entreprise B est à son maximum. Il y a une situation de défaillance de marché, on est loin du bénéfice maximum pour les deux firmes. Le bénéfice total de A est strictement égal au coût total de dépollution de B, et la somme total est égal à zéro. Il n'y a pas maximisation du profit puisque le bénéfice total est égal à zéro. Dans le cas d’un choix optimal on montre que nous avons une situation ou le gain marginal est égale ou cout marginal. Dans le cas d’une externalité le comportement de celui qui prend cette décision n’est pas affectée tant qu’il n’est pas impacté. Le cout social ou le cout collectif, symétriquement le bénéfice social est impacté des lors que les externalités affecte un des agents. Ces effets externes ne sont pas systématiquement négatifs. Dans le cadre d’une invention l’inventeur dégage des bénéfices privés mais il convient d’ajouter des bénéfices collectifs futurs que dégagera cette invention.

La fonction de bien-être social qui correspond à la différence entre bénéfice social et coût social n'est pas forcement équilibrée au sens où le coût marginal social n'est pas forcement

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identique au bénéfice marginal social. L'objectif d'un "planificateur social" serait de maximiser cette fonction de bien-être social, or en cas d'externalité négative, les coûts de production collectifs sont supérieurs aux coûts de production privés et en cas d'externalité positive, les bénéfices collectifs sont supérieurs aux bénéfices privés (cf. pages 30 et 31). La recette marginale est égale au prix en cas d'équilibre concurrentiel, mais si l'entreprise engendre des unités d'externalité négative (pollution) fonction des quantités produites, alors il s'en suit une désutilité pour d'autres acteurs. On notera que la différence entre coût privé supporté par certains agents et coûts sociaux va engendrer une inefficacité collective. La production optimale du point de vue de la firme sera équivalente à Q*. A ce niveau, l’entreprise de cuir a un bénéfice marginal ≠ 0 des plus les couts de dépollution de l’entreprise de bière n’est pas très élevée. Le prix est égal au coût marginal privé. Or la quantité optimale du point de vue collectif correspond au cas où le prix n'est pas égal au coût marginal privé mais où le prix est égal au coût marginal social. La quantité optimale produite est alors inférieure à ce que l'entreprise individuelle décide de produire spontanément. L'entreprise maximise son profit lorsque le prix est égal au coût marginal. Le planificateur social intègre lui la désutilité subit par la collectivité et donc pour laquelle les quantités produites sont plus faibles mais non nulles.

Un des leviers pour passer de A à B sont les taxes pigouviennes qui permettront d’internaliser (diminuer le prix de revient d’un montant T de manière à ce que la décision de production intègre désormais les conséquences de la pollution qui auparavant n’étaient pas prises en compte par l’entreprise. Cette solution de Taxe pigouvienne est souvent mise en œuvre, elle s’heurte cependant à des difficultés et entrainne à la détermination d’un Q optimun) une externalité ; cette solution a été proposée par Arthur Cecil Pigou. Imaginons que le prix perçu par le producteur n'est plus le prix initial mais un prix inférieur d'exactement le montant du coût de production généré sur l'environnement, alors le producteur diminue sa production jusqu'au niveau Q optimal. Dans ce cadre-là, il s'agit d'une solution simple pour diminuer le coût de revient par le biais d'une taxe d'un montant T. C'est le principe du pollueur payeur. Cette taxe permet d'internaliser l'externalité au sens où la décision de production intègre maintenant les conséquences de la production qui étaient avant externe à l'entreprise. Cette solution se heurte cependant à quelques difficultés. Il est en effet nécessaire de disposer d'information suivante pour que le "planificateur social" puisse fixer le montant de la taxe tel qu'il permette d'obtenir la production Q optimal. On pourrait imaginer que l'administration se contente d'observer la production de l'entreprise et fasse plusieurs essais de taxes pour arriver à Q optimal. Or le planificateur social ne connait pas nécessairement non plus Q optimal s'il ne connait pas le coût marginal de production. Le planificateur social doit aussi évaluer la désutilité des autres acteurs qui implique de connaitre la quantité produite de pollution. On va recourir pour cela à des méthodes de prix hédoniques susceptible d'évaluer monétairement le consentement à payer des acteurs pour conserver leur environnement en l'état.

Une autre solution envisagée est le rachat de l'entreprise par les riverains. Une fois rachetée, la firme à l'origine de la pollution voit le problème socialisé, il devient collectif. Ils internalisent les conséquences de la pollution par l'entreprise. Dans ce cadre, ce sont les riverains qui payent la pollution, c'est le principe du pollué payeur. Les riverains décident d'une production plus faible qui se traduit par un profit réduit de l'entreprise. Cette réduction de profit signifie qu'ils font une perte par rapport au prix d'achat. L'écart entre le prix d'achat de la firme et les profits moindres est le prix implicite qu'ils payent pour diminuer la pollution. Cette solution est rarement mise en œuvre en cas d'externalité négative. Elle l'est beaucoup plus en cas d'externalité positive. Ainsi, si on considère que la production de savoir,

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de connaissances, engendre des externalités positives, on peut vouloir alors nationaliser le secteur éducatif.

Il existe encore des solutions décentralisées suivant la logique de Coase. Dans cette

perspective, tout se passe comme si on avait accordé aux propriétaires de l'entreprise polluante des droits à polluer. Coase considère qu'en présence d'externalités, quelle que soit l'attribution initiale des droits de propriété entre les participants du marché, un système d'équilibre général, par exemple une négociation des droits, débouchera ex-post sur une allocation optimale des ressources dès lors que l'on a créé un marché pour échanger des droits

à polluer sous forme de permis d'émission négociables. Une entreprise recevra alors un quota

de permis d'émission. Si elle le souhaite, elle peut ensuite échanger sur un marché ses permis et en particulier les revendre au plus offrant. Une entreprise qui investirait pour polluer moins pourrait ainsi revendre ses droits de pollution à une entreprise qui ne pourrait pas forcement

avoir un coût de dépollution plus bas. Ce prix des permis d'émission sera déterminé par le marché selon une confrontation de l'offre et des demandes. Ce système permet de maintenir des entreprises peu performantes mais d'atteindre un objectif global de dépollution. Ce théorème de Coase fonctionne correctement lorsque les coûts de transaction sont limités. Tel n'est pas le cas si au contraire ces coûts d'échanges sont importants. On montre même que l'allocation initiale des droits n'est plus neutre et que toutes les allocations initiales ne déboucheront pas nécessairement sur une allocation efficace ex post.

B. LE MONOPOLE NATUREL

Il se retrouve dans des activités qualifiées d'industrie de réseaux (énergie, transport, communications et services d'environnement). En équilibre concurrentiel traditionnel, lorsque la recette marginale est égale au coût marginal, le profit de la firme est maximum (Cf. page 34 à 35). La situation de monopole naturel se caractérise par des rendements d'échelles infiniment croissant (coût marginal infiniment décroissant). Dans le cadre du monopole naturel, lorsque les rendements d'échelle sont infiniment croissant, on est conduit à une défaillance de marché dans la mesure où la règle d'égalisation coût marginal / recette marginale ne conduit pas à maximiser le profit mais au contraire à subir une perte liée à des coûts supérieurs aux recettes. C'est une situation de sous-additivité des coûts selon laquelle la fonction de coût est plus faible pour une seule firme que la somme des coûts assurés par différentes entreprises (cf. page 35).

Dans ces secteurs de monopole naturel, les coûts d'infrastructure peuvent être considérables, le coût de production correspond à la somme de deux éléments : un coût fixe (infrastructures) indépendant des quantités produites au moins à court terme, et un coût variable que l'on peut représenter par le produit d'un coût marginal constant ou décroissant et d'une quantité

produite. La tarification au coût marginal se traduit par un déficit pour l'exploitant car elle ne permet de couvrir que la composante variable du coût de production. Cette situation de monopole naturel est un cas particulier des situations de monopole dont John Bain avait identifié trois cas. Outre le cas du monopole naturel, Bain identifie des barrières volontaires

à l'entrée du marché résultant de la politique adoptée par la firme sur le produit ou sur les

circuits de fabrication ou de distribution du produit. Par exemple, la firme peut jouer sur la différence de qualité de fabrication, sur la différenciation technologique (Apple joue sur ces deux points par exemple). De même, la firme, par le contrôle de circuit de fabrication et de production s'assure des barrières volontaires tendant à induire des situations monopolistiques ou quasi-monopolistiques. Bain identifie encore les barrières règlementaires. Ces dernières résultent de protections légales, ainsi lorsqu'une firme invente un produit ou un procédé de

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fabrication, elle dépose généralement un brevet qui lui assure, pour une période définie, l'exclusivité de l'exploitation de l'invention. Si un concurrent désire entrer sur le marché, il devra alors acquérir le brevet, ce qui occasionnera pour lui une augmentation de ses coûts de production. Autrement dit, la firme innovante sera protégée temporairement de l'entrée de nouveaux opérateurs sur le marché et bénéficiera en conséquence d'une situation monopolistique.

Le monopole naturel renvoie au cas issu des barrières naturelles à l'entrée qui est un cas particulier de l'analyse de Bain. Le niveau de demande va déterminer en dernier instance du niveau de production. Lorsque les couts d’accès à un marché sont élève les entrées sont réduites. Plus les économies d’échelles sont important plus cela signifie qu’un nouvel entrant aura du mal à produire des

En présence d'un coût fixe, la tarification au coût marginal étant déficitaire, une des solutions possibles est alors de faire payer à l'usager non pas le coût marginal mais le coût moyen.

Exemple : Imaginons un marché avec 10 consommateurs, un coût fixe de 100 et un coût marginal de 5.Pour chaque consommateur, la demande observée est la suivante :

p

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

x

11

10

9

8

7

6

5

4

3

2

1

S

55

45

36

28

21

15

10

6

3

1

0

X

110

100

90

80

70

60

50

40

30

20

10

p le prix, x la quantité demandée, S le surplus, X la demande générale

Pour un prix égal au coût marginal (5), le consommateur consomme 7 unités du bien considéré. La demande totale est donc égale à 70. Le surplus du consommateur S représente le bénéfice net qu'il retire de sa consommation. Pour la première unité consommée, le consommateur est prêt à payer 11, il ne paie effectivement que 5 dans le cas présent. Pour la deuxième unité, il est prêt à payer 10, il ne paie que 5. On calcule le surplus du consommateur comme la somme des écarts entre sa disposition à payer et le prix pour chacune des unités. On obtient le surplus pour chaque consommateur égal à 21 quand on arrive au prix égal au coût marginal. Au total, pour 10 consommateurs, le surplus total est donc de 210. La tarification au coût marginal finance le coût variable ou le coût marginal, mais il faut déduire le coût fixe pour obtenir le surplus global de la collectivité qui est alors égal à 210 - 100 soit 110. Si on retient un principe de tarification au coût moyen (et non plus au coût marginal), on obtient alors un prix non plus de 5 mais de 7, prix pour lequel la demande pour chacun des consommateurs est de 5 et la demande total équivalente à 50. Dans ce cas, les recettes sont donc de 7 x 50 = 350. Ces dernières sont équivalentes au coût total, c'est-à-dire (50 * 5 + 100). Le surplus par consommateur est alors de 10, mais le surplus global de la collectivité correspond au nombre de consommateurs multiplié par le surplus individuel soit 10 x 10 = 100, ce qui est inférieur au surplus global dans le cas de la tarification au coût marginal.

Outre cette solution de tarification au coût moyen décidée par la puissance publique, il est possible de mettre en place une tarification binôme qui consiste à faire payer à l'usager un montant fixe indépendant de la quantité consommée et un prix unitaire en fonction de la quantité consommée. Cette tarification binôme est très utilisée dans le secteur de l'énergie et dans le secteur des transports. L'avantage de cette tarification est que le prix payé par le consommateur pour chaque unité marginale est égal au prix unitaire. Il est indépendant du prix de l'abonnement payé une fois pour toute. Le prix unitaire est fixé au coût marginal, et le

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montant de l'abonnement est déterminé en rapportant le coût fixe au nombre d'usagers, ce qui permet d'assurer l'égalité entre les recettes totales et le coût du producteur. Une limite cependant à ce mode de tarification binôme : dans certains cas, les petits consommateurs peuvent s'exclure volontairement du marché si le surplus qu'ils retirent de leur consommation est inférieur au montant de l'abonnement.

Exemple : on distingue désormais deux catégories de consommateurs :

p

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

x

1

14

13

12

11

10

9

8

7

6

5

4

S

1

91

78

66

55

45

36

28

21

15

10

6

x

2

8

7

6

5

4

3

2

1

 

-

- -

 

S

2

28

21

15

10

6

3

1

-

 

-

- -

 

X

110

100

90

80

70

60

50

40

30

20

10

Dans le cas présent, on fixe un prix égal au coût marginal (5) et on détermine le montant de l'abonnement en rapportant les coûts fixes (100) au nombre de consommateurs (10) et l'abonnement est alors fixé à 10. Si nous considérons d'usager, 5 de catégorie 1 et 5 de la catégorie 2, on note que le surplus de la catégorie 2 lorsque le prix est égal à 5 est de 6 (> au prix de l'abonnement).

C. LES BIENS COLLECTIFS

Le marché est pris en défaut. On parlera de bien collectif et non de bien public. La notion de bien public présuppose la présence de la puissance publique. Or dans certains cas, nous verrons que ces biens collectifs au sens de service peuvent être rendus par des structures privées pour le compte de la puissance publique (par exemple, une délégation de service publique). De même on ne parle pas forcement de service public, cette notion est un concept juridique qui renvoie à des obligations légales, nous privilégierons une approche économique, on s'intéresse aux biens collectifs. Un bien collectif peut être spécifié selon sa dimension géographique (un bien collectif local par exemple), selon sa forme de contrôle et selon le statut du fournisseur (un bien produit en régie, en concession). Enfin il peut être spécifié par deux grandes caractéristiques définies par Samuelson : propriété de non rivalité et propriété de non excluabilité.

1. LA DEFAILLANCE DE MARCHE EN CAS DE BIEN NON-EXCLUABLE

La non-excluabilité traduit l'impossibilité d'exclure de l'usage d'un bien un individu même s'il n'y contribue pas financièrement. Cette situation de non-excluabilité pose le problème de l'incitation à produire. Pourquoi produire un bien ou un service sachant que ceux qui ne le paient pas peuvent continuer à l'utiliser ? Les producteurs savent à l'avance qu'ils ne pourront pas se faire payer et qu'ils ne disposent d'aucun moyen pour obliger les consommateurs à le rémunérer pour le service rendu. La conséquence est que le marché ne produira pas ces biens et services en quantité suffisante. La cause de cette défaillance de marché réside dans le phénomène du free-rider ou passager clandestin.

La théorie des jeux : c'est un champ de l'analyse économique qui vise à comprendre les comportements stratégiques des acteurs, et en particulier intègre les phénomènes d'anticipation. Les acteurs vont essayer d'imaginer ce que pensent les autres acteurs de leur propre situation.

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Chapitre 1 - Les fondements économiques de l'Etat et les défaillances du marché

Exemple du dilemme du prisonnier : imaginons deux individus prisonniers accusés d'avoir commis un crime. On leur dit si vous dénoncer cotre camarade pour le crime mais que lui ne vous dénonce pas, c'est lui qui prend tout, si les deux se dénoncent mutuellement, ils partageront la peine, et si personne ne parle, aucun ne sera condamné.

 

Parle

Ne parle pas

Parle

5 - 5

0 - 10

Ne parle pas

10 - 0

0 - 0

Dans cette situation, la situation optimale serait que personne ne parle et personne ne serait condamné, mais chacun va anticiper le risque que l'autre parle et qu'il endosse tout, la situation qui va se produire va donc être celle où les deux vont parler pour minimiser leur peine en considérant la décision de l'autre.

Dans le cas des biens collectifs, chacun va pourvoir payer ou non pour le service. Il faudrait que tout le monde contribue au financement du bien mais en réalité les gens ont plus intérêt à laisser les autres payer pour avoir un gain maximum, donc tout le monde tiendra ce raisonnement, et les biens ne sera pas payer et donc pas réalisé.

 

Contribue

Ne contribue pas

Contribue

1

- 1

Ne contribue pas

2

0

Dans cet exemple, il conviendra d'assurer le financement de ces biens collectifs non excluable par des fonds publics (le contribuable) même si cela ne signifie pas nécessairement que cette production est assurée en direct par une autorité publique.

2. LES BIENS NON-RIVAUX

La non-rivalité traduit le fait que l'usage, la consommation, d'un bien par un individu, n'affecte pas, ne réduit pas l'utilité, la satisfaction des autres acteurs. On est dans le cas de biens non-rivaux où la quantité disponible pour les autres acteurs n'est pas affectée par la quantité consommée individuellement. La non-rivalité a deux sens : soit cela signifie que chaque utilisateur consomme la même quantité du bien, soit qu'un consommateur additionnel n'entraine pas de nuisance de congestion ou d'encombrement. Quelle que soit la formule retenue, la non-rivalité a pour conséquence que le coût marginal pour un utilisateur supplémentaire est nul. Il se traduit par un phénomène de rationnement sous-optimal.

Pour comprendre ce rationnement sous-optimal il faut introduire la notion de surplus qui est directement liée aux courbes d’offre et de demande. La courbe d’offre, comme la courbe de demande, traduit des consentements à engager une production respectivement à consommer des biens pour différents niveaux de prix. Ces consentements à engager une production ou à payer, différent du prix d’équilibre comme étant un prix effectif correspondant à une situation d’égalité de l’offre et de la demande. Graphiquement, le surplus du consommateur correspond à la zone comprise entre le prix définit et les différents consentements à payer saisis par la courbe de demande. De même le surplus du producteur traduit la disposition à engager une production pour un prix inférieur au prix d’équilibre. Lorsque le surplus du consommateur est

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Chapitre 1 - Les fondements économiques de l'Etat et les défaillances du marché

maximum indépendamment du niveau d’offre (en cas de prix nul), Jules Dupuis considérait que l’intérêt général était obtenu.

Schéma P.43-44 : l’offre est très supérieure aux quantités demandées. Si nous fixons un prix P, dans le but d’assurer des recettes au producteur, le surplus collectif qui correspond à la somme des différents surplus des acteurs est plus faible que le surplus général dans le cas où le bien est gratuit (cas de la page 42). Dans le schéma page 43, l’introduction d’un prix conduit à générer une perte sociale représente par le triangle (Q0, Q1, A). Si d’aventures, la quantité offerte venait couper la courbe de demande à un niveau donné, on évincerait les consommateurs qui ne veulent pas acheter.

Du point de vue de l’intérêt général, la situation peut être sous-optimale, car le surplus collectif issu du surplus du producteur et du surplus du consommateur est plus faible que celui obtenu en cas de gratuité du bien. La préconisation qui s’impose est celle d’un financement non pas par l’usager mais par le contribuable de manière à maximiser l’utilité ou le surplus collectif. Cette préconisation admet cependant des limites :

- La gratuité risque de générer un gaspillage de ressources. En l’absence de prix, les consommateurs sont conduits à augmenter leur demande indépendamment des coûts de production supportés.

- La contrainte de financement pèse sur la production de ces biens non-rivaux et peut nécessiter de limiter cette gratuité à certaines catégories de biens ou de personnes.

- L’exigence d’équité au sein d’une population peut conduire à s’interroger sur les effets redistributifs ou antiredistributifs liés à cette gratuité. Ex : la gratuité pour certains biens supérieurs (les musées,…) ne participent pas à une redistribution de ressources mais au contraire, à un effet antiredistributif dans la mesure où ceux qui en bénéficient sont ceux pour lesquels les consentements à payer sont les plus élevés.

Au final, en combinant les 2 propriétés d’excluabilité et de non-excluabilité, on arrive à 4 configurations mais 3 correspondant à des situations de biens collectifs et 1 correspondant à des biens privés :

 

Non excluable

Excluable

Non rival

Biens collectifs purs

Biens de club

Rival

Biens en commun

Biens privés

Commentaires du tableau :

Biens collectifs s’opposent à biens privés : un bien privé est un bien rival et excluable. Les trois situations de biens collectifs proviennent de la combinaison des deux propriétés :

- Un bien non-rival et non-excluable est qualifié de bien collectif pur. Ces biens collectifs pur (définis par Samuelson) sont accessible à l’ensemble d’une population, d’une communauté chacun en disposant d’une même quantité et il n’est pas possible d’exclure de l’usage d’un bien ou service, des individus qui ni contribueraient pas financièrement (la défense nationale, l'éclairage public, la justice). La préconisation de l’économie publique est de financer la production de ces biens collectifs purs à partir de fonds publics.

- Les biens non rivaux et excluable sont qualifiés de biens club (exemple : téléphonie, canal+, club de sport). Ne peuvent qu’en bénéficier, que ceux qui ont participé au financement mais ce n’est parce que j’en consomme que les autres ne peut pas en bénéficier (dès lors qu’il a payé). Ces biens sont une situation particulière des biens collectifs. Samuelson recommande que les biens non-rivaux soient mis gratuitement à

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Chapitre 1 - Les fondements économiques de l'Etat et les défaillances du marché

disposition s’il existe un système d’excluabilité. Ce système doit être limité à un certain cas de manière à générer des biens club. Ces biens club sont des biens intermédiaires entre les biens privés utilisés par quelqu’un et des biens collectifs purs utilisés par l’ensemble de la collectivité. Ils nécessitent de combiner financement public et financement privé.

- Les biens en communs qui sont des biens non-excluable, rivaux (la pêche par exemple, tout le monde peut pécher mais la pèche impacte les autres acteurs, plus je pèche moins il y a de poissons, j’épuise les ressources naturelles, autres exemples :

toutes les ressources naturelles : pétrole, eau naturelle,…). Par rapport à ces biens en communs, la préconisation est d‘introduire des droits de propriétés qui permettent de limiter la surconsommation générée par l’ensemble des individus.

Remarques Limite de ce tableau : on fait un découpage dichotomique ou binaire or cette segmentation, dichotomie est beaucoup moins nette dans la réalité, on peut avoir des situations de progressivité (= un bien est plus ou moins rival ou plus ou moins non excluable). Il faut donc résonner dans une situation plus progressive avec des graduations, des gradations, il faut dépasser ce découpage binaire. On a naissance de biens intermédiaires avec des biens partiellement rival et partiellement excluables. Le positionnement des biens et des services dans chacune de ces cases, est évolutif sous l’effet de deux facteurs qui sont l’évolution technique et les évolutions juridiques qui permettent de faire évoluer les biens en les différentes cases. L’introduction de système d’identification des bénéficiaires conduit à sortir d’un bien d’une situation de non-excluabilité à une situation d’excluabilité. De même les évolutions de droit, la règlementation, peut conduire à faire évoluer un bien d’une situation de non-rivalité à une situation de rivalité. (exemple : on prend un arrêté municipal sur la pèche, et bien le bien va tendre à passer d'une situation de non excluabilité à une situation d’excluabilité puisque ne peuvent pécher que ceux qui ont été autorisés. Autre exemple pour la pèche : l’union européenne fixe des quotas).

trois

concepts d’externalité, de monopole naturel et de biens collectifs, en montrant l’inclusion des biens collectifs dans l’ensemble des externalités. L’usage d’un bien non excluable est une externalité dont bénéficient ceux qui n’ont pas contribués financièrement à sa production. Cette externalité peut être positive ou négative et elle peut être non-rivale au sens où la même quantité se présente à tous, exemple : une pollution olfactive correspond à la même quantité de nuisance produite pour l’ensemble du voisinage, il s’agit bien d’une externalité négative non-rival. En cas d’externalité rivale, la quantité consommée par les riverains diffère selon eux des ordures ménagères se déposant chez l’un ou chez l’autre. De même le monopole naturel peut être analysé en termes de biens collectifs. L’existence de rendement de rendement d’échelle croissants voir infiniment croissants, incite les consommateurs à n’avoir qu’une seule firme en charge de la production. S’ils veulent (les consommateurs) obtenir une production à meilleur marché, ils pourraient alors se regrouper et négocier avec une autre entreprise pour avoir un prix plus bas. Pour arriver à cet objectif, ils doivent cependant s’assurer de l’excluabilité du gain de leur action collective sans quoi le comportement de passager clandestin, conduira chacun des consommateurs à ne pas entrer dans leur mouvement de manière à éviter les coûts de négociations. Le gain est non-rival car chacun obtient la même baisse du coût moyen unitaire grâce aux rendements infiniment croissants ; dès lors si les biens collectifs sont compris en termes d’externalités et que le monopole naturel peut être analysé en termes de biens collectifs, on peut montrer que le

Conclusion

du

II) :

il

est

possible

de

mettre

en

correspondance

ces

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Chapitre 1 - Les fondements économiques de l'Etat et les défaillances du marché

concept le plus général pour saisir ces différences de marché est donc le concept d’externalité qui inclut l’ensemble des deux autres. L’Etat doit guider la main invisible de manière à agir sur le comportement des consommateurs et des producteurs

Tableau de synthèse :

 

Externalités

Monopole naturel

Biens collectifs

Origine

Absence de marché

Situation du marché et coûts liés à la technologie

Caractéristiques du bien (non rivalité, non excluabilité)

Problème

Définition et l’exercice de droits de propriétés

Tarification sous- optimale

Incitation à produire et/ou du rationnement (=quantité offerte) sous-optimale.

De ces éléments là nous tirons une conclusion : en relâchant les hypothèses retenues, dans le cas du modèle standard, pour lequel nous avions montré l’obtention d’un équilibre concurrentiel qui était lui-même Pareto optimale, nous conduit à envisager les cas ou désormais les marchés sont défaillant dans l’allocation (= affectation) des ressources (=travail, capital, ressources naturelles, le temps,…). Le marché sans intervention publique n’est plus Pareto optimal. L’intervention publique d’un point de vue théorique trouve donc sa justification dans ces défaillances de marché.

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