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LES

ARTS SOMPTUAIRES

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IMPRIMEniK UAULDE ET RENOt

Rac* de Riroti,

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L AF.T PAIF.X ' ' l'APT PitHKTIF.N

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LES

4RTS SOMPTUAIRES

UISTOIRK

DD COSTUME ET DE L’AMEUBLEMENT

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DIRECTION DE HRNGRRD-MRUOÉ rassns DE CL" ciafpori

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CH. LHCAXDRE

liriESSIOTS tt (OCLEIIS PAI BmiD liOSi

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INTRODUCTION GÉNÉRALE

TOME PREHIEB.

/

PARIS

CHEZ HANGARD-MAUGE, LITHOGRAPHE, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

A Piirlvt rws oMoré*CheTatieri

1857

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A.

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AVIS DE L’ÉDITEUR

On sait combien les études historiques et archéologiques ont été, de notre temps, actives et

fécondes. Comme ce vieux Calédonien de Waller Scott, qui passait sa vie à relever les pierres des tombeaux et à déchiffrer des épitaphes effacées par le temps, |iour y retrouver les noms des ancê-

tres, nous avons vu de nos jours des savants, pleins d'ardeur et de curiosité, fouiller toutes les

ruines, celles de la pierre et celles de la pensée, les monuments et les livres, pour surprendre

le secret des vieux Ages. Ces patientes investigations, inspirées tout h la fois par le patriotisme et la science, ont toujours été favorablement accueillies et le mouvement de recherches, dont la

France a donné le signal, s'est étendu sur l'Europe tout entière. Une seule branche de l'archéo-

logie était restée en retard an milieu du progrès universel, et cette branche, importante entre

toutes, était celle qui se rapporte au costume. L'ouvrage que nous offrons aujourd'hui au public vient combler celle lacune ; et nous ajouterons qu'il diOére essentiellement de tous ceux qui ont

été consacrés an même sujet. Jusqu'ici, dans les ouvrages relatifs à l'histoire de nos anciennes modes, on s'était borné à reproduire des personnages isolés ; quelquefois même au lieu de donner les types tels qu'ils nous ont été conservés par les monuments ou les manuscrits, on avait composé des figures

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de fanUisie, qui n’avaieot d’historique que le nom dont on les affublait au hasard. Nous avons

pensé qu’en présence des progrès de la science, et h une époque où lérudition na de valeur que

d’autant qu'elle s’appuie sur des testes, il fallait introduire dans la reproduction des monuments

figurés, la même méthode, la même exactitude que dans les livres, et nous nous sommes appli-

qués k faire de nos planches le décalque fidèle des miniatures, des tableaux, des vitraux, des

ivoires du moyen âge, et la représentation rigoureuse des objets de diverse nature conservés

dans nos musées. La date et la provenance de chaque sujet sont toujours indiquées, et de la sorte chacun peut vérifier les sources elles-mêmes, ou y recourir pour des recherches nouvelles.

Les Ans somptuaires se composent de deux parties distinctes qui s’éclairent l'une par l’autre :

les planches et le texte.

Les planches, au nombre de trois cent vingt, commencent au v* siècle et s'arrêtent au xvii‘

inclusivement. Elles embrassent ainsi, dans une période de treize siècles, lEurope chrétienne

tout entière, et elles suivent pas â pas toutes les phases de la civilisation, en Grèce, en Italie, en

Espagne, en France, etc., etc.

Chaque siècle forme une série qui se compose de la reproduction des monuments les plus re-

marquables : ainsi la renaissance carlovingienne est représentée par vingt-cinq planches, exécutées

d’après les manuscrits contemporains. Le x* siècle, dont il est resté si peu de chose, est repré- senté par quinze planches, au nombre desquelles on remarque le portrait de lempereur Othon

et de sa femme Théophanie, et les figures grecques des quatre Évangélistes, qu'on peut consi-

dérer, à juste titre, comme les échantillons les plus parfaits de l'art byzantin. Üix-huit planches

forment la série du xi’ siècle, et vingt-quatre celte du xii*. Il en est ainsi pour chaque époque

jusqu’à la fin du

livre, et, de la sorte, on voit se dérouler en même temps, à cèté de lhistoire

chronologique du costume, une histoire comparée des arts du dessin chez les divers peuples, aux diverses périodes du moyen âge et pendant ta renaissance. C'est un musée complet dont un

grand nqpibre de peintures sont de beaucoup antérieures à celles du Louvre; un musée qui,

jusqu’à ce jour, est resté inconnu au public, et dans lequel l’art grec, lart italien et lart français se trouvent sans cesse rapprochés l’un de l’autre, et comparés entre eux.

En ce qui touche VHisioire du 6’ojtunu proprement dite, nous la donnons siècle par siècle, en reproduisant des sujets complets, de véritables tableaux de genre, qui offrent les scènes les plus diver-

ses, et dans lesquels se trouvent groupés des personnages de toutes les conditions trois, chevaliers,

paysans, bourgeois, etc. En adoptant cette marche, nous avons eu l'avantage de replacer les hommes du passé dans le temps même où ils ont vécu, dofirir au public un véritable panorama reparaissent des villes, des églises, des châteaux, des appartements, des meubles; et comme

le moyen âge, aussi réaliste dans ses dessins que spiritualiste dans ses idées, ne peignait jamais que ce qu'il avait sous les yeux, on peut être certain de trouver dans nos planches le miroir

fidèle du passé. Les sujets de piété occupant une grande place dans la peinture du moyen âge, nous avons donné, en reproduisant ces sujets, quelques-uns des morceaux les plus importants de

la symbolique chrétienne, en commençant par le viii' siècle, c’est-à-dire parles plus anciens mo-

numents de ce genre que nous ait légués l'art français; il en est de même pour les scènes de la

vie civile et pour celles de la vie militaire.

Pour compléter l’histoire des arts par celle de l'industrie, nous avons publié, à côté des sujets

à personnages, des étoffes, des bijoux, des meubles, et, afin de montrer le moyen âge sous ses

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aspects les plus divers, nous avons oITert des échantillons d'étolTes, de vitraux, d'ivoires sculptés,

d'émaux peints, d'armes et d'armures, empruntés aux diverses nations de l'Europe.

I,e texte se compose de deux parties distinctes ; la première renferme une introduction géné-

rale contenant l'Histoire des Arts somptuaires dans leur rapport avec les costumes, lameuble-

ment, les mœurs et les lois civiles et religieuses, depuis l'époque gauloise jusqu'au xvii* siècle ; la

seconde rejilenne l'explication historique, artistique et archéologique des planches, et cest la

première fois que parait en France un travail de ce genre, réunissant, à c6té d'une histoire géné-

rale des arts et des modes, une histoire particulière et interprétative des monuments figurés.

Pris dans leur ensemble, tes Ar» somptuaires constituent une véritable encyclopédie du moyen

Age. Par leur simple classement dans l'ordre chronologique, nos planches présentent une histoire

complète des arts du dessin ; examinées séparément, elles font revivre, sous ses aspects les plus divers, la vieille société chrétienne. Quand la poussière même des hommes qui nous ont précédés

sur cette terre a disparu, seules, de tous les débris du passé, les miniatures des vieux livres nous rendent, toute vive et toute fraîche encore, l'image des moines sous leur robe de bore, des

chevaliers sous leur armure de guerre. Ce sont ces miniatures des vieux livres, ce sont ces

images des hommes des anciens jours, que nous offrons aujourd’hui à ceux qui gardent parmi

nous la noble curiosité de l'esprit et le culte des souvenirs. Puissent nos efforts pour bien faire

trouver auprès d’eux indulgence et encouragement!

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HISTOIRE

DU COSTUME

BT

FRANCE.

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HISTOIRE

DU COSTUME ET DE L’AMEUBLEMENT.

I.

COSTUME DES GAULOIS.

Tout ce qui se rattache aux temps primitifs de la Gaule est couvert d’une obscu- rité que la science la plus attentive, la plus pénétrante elle-même a été jusqu’ici

impuissante à dissiper complètement. C'est en perdant leur liberté, en cliangeant

pour ainsi dire de patrie, que les Gaulois trouvent pour la première fois un his-

torien dans leur vainqueur, mais cest lIiistorieude la défaite, non de la civilisa-

tion; et à côté de César, qui embrasse seulement une période de dix ans, on ne peut recueillir que des indications très-succinctes dans les géographes, les histo-

riens ou les polygraphes de l’antiquité, tels que Strabon, Suidas, Tite Livc, Dio- dore de Sicile, Tacite, Pline, Varron, etc.; les livres modernes à leur tour ne doivent, à quelques rares exceptions prés, être consultés quavec une extrême ré- serve, car l’amour-propre national a souvent égaré l’érudition, et l’on y trouve

plus de fantaisie que de vérité. Quand on veut connaître la vie, les mœurs, la langue, l'industrie, l'aspect, le costume de ces races fortes et vaillantes qui nous

ont précédés sur cette terre de France quand elle portait un autre nom, il faut se

résigner à laisser bien des questions sans réponse, sous peine de ne rencontrer que des hypothèses ou des mensonges. Jaloux avant tout de l’exactitude, nous

nous attacherons donc, en prenant ici l'histoire du costume national à son ori- gine, adonner des faits précis, plutôt que des faits nombreux mais contestables.

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COSTUME DES GAULOIS.

Dans les temps antérieurs A la conquête romaine, l'histoire du costume gaulois

peut se diviser en deux périodes distinctes, Tune que nous appellerons la période sauvage, l'autre que nous appellerons la période de civilisation relative. Dans la première, les Gaulois, comme tous les peuples au berceau, portent pour tout vê-

tement des peaux de bête qu'ils attachent sur leurs épaules avec des épines. Ils se

parent la tête do plumes d'oiseau, de feuilles, d'écorces d'arbres. Ils dessinent

sur leur corps, par un procédé de tatouage qui n’est point connu, des figures bi-

zarres qu’ils teignent en bleu à l’aide du pastel. Sauvages comme les hommes,

mais toujours soigneuses de plaire, les femmes se tatouent comme eux et por-

tent des coquillages pour pendants d'oreilles (1). L’usage des métaux est encore inconnu. Le Gaulois a pour armes des haches de pierre, emmanchées dans des

cornes de cerf, pour couteaux des silex taillés dans la forme de nos couteaux mo- dernes, polis et tranchants comme eux, pour lances ou pour javelots des tibias humains effilés et durcis au feu, pour coins des cailloux triangulaires (2); mais

dans cette imperfection même la parure n’est point oubliée. Des silex de forme

annulaire soigneusement polis, percés à leur centre d'un trou rond et régulier,

servent , à défaut d'or et' de pierreries, » former des colliers et des bracelets.

Cet état cependant fut bientôt adouci par des causes diverses. En même temps que d'aventureuses expéditions mettaient les Gaulois en contact avec l'Italie,

avec la Grèce, avec l’Asie; en même temps qu’ils s’initiaient par la guerre aux civilisations étrangères, l'industrie et les arts venaient à leur tour, avec les colo-

nies grecques, les chercher sur leur propre sol, s’implanter chez eux comme une

importation lointaine et modifier leurs moeurs, leur langue et leur costume. Au

moment la civilisation commence à naître dans les Gaules, l’histoire commence

à parler, et elle nous apprend que les nombreuses tribus qui occupaient cette

contrée se rapportaient à deux grandes familles, la famille ibén'enne, qui compre- nait les .Aquitains et les Ligures, et la famille gauloise, composée de Galls ou

Celtes et de Kimris. Séparées par des haines et des inimitiés profondes, ces deux familles l'étaient aussi par l’aspect et les costumes, et, chose remarquable, en

ce qu’elle est tout à fait exceptionnelle, cest aussi la différence du costume qui

fait donner leurs noms aux trois grandes subdivisions de la Gaule ; Gallia brac-

(t) Voir Colltelüm da mtillewes ditterUilioiu, mAnoirr», etc., relatifs à l'histoire de France, par

UM. I.el>er, Saigu» et Cohen. Paris, 4826, in-8*, loin. 40, p. tOi.

(2) Il existe , à Abbeville , une collection peut.étre unique de ces objets , réunie par les soins de

M- Boucher do Pertbea, qui a publié à ce sujet un livre curieux : Antiquités celtiques et antédiluviennes,

Mémoires sur rindusirie primitive et les arts à leur origine. Paris, Dumoulin, 4817, in-8*.

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COSTUME DES GAULOIS.

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cala à la Gaule qui portait les braies; Gallia tot/ata à celle qui portait la toge; Gaitia comata à celle qui portait la chevelure épaisse et longue. La distinction entre les Gallsetles Ibères, entre la Gaule qui porto les braies

et celle qui porto la cbevelure longue n'est jamais nettement établie dans les his-

toriens anciens. Ils se servent du mot générique de Gaulois pour pehidrc et dé-

crire les mœurs ou l’aspect des premiers habitants de la France. Malgré cette confusion, il faut cependant s'en rapporter à leur témoignage, et, en suivant ce

témoignage, voilà ce que l'on peut dire du type et du costume gaulois considéré

sous un aspect général.

Le Gaulois était robuste et de haute stature; il avait le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux blonds ou châtain clair. Guerrier par instinct, chasseur par

nécessité, il devait avant tout sc maintenir dans un étai satisfaisant de rigueur

musculaire, et il évitait avec soin tout ce qui pouvait développer l'obésité. Quel-

ques auteurs ont même été jusqu'à dire que ceux qui devenaient trop gras su-

bissaient une amende, laquelle augmentait ou diminuait chaque année, selon

que l’individu augmentait ou diminuait lui-même. « Les Gaulois, dit Virgile en parlant de la surprise du Capitole, les Gaulois ont une chevelure couleur dor; leurs habits sont chargés d'or; ils brillent sous leurs saies bariolées, et leurs

cous blancs comme le lait sont entourés d'or(1). »

« Les Gaulois, dit à son tour Strabon, laissent croître leurs cheveux ; ils por-

tent des saies. Ils couvrent leurs extrémités inférieures de hauts-de-ehausses (xai

littéralement, ils font usage de bauts-de-chausses

tendus autour) ; leurs tuniques ne ressemblent point aux nôtres, elles sont fen-

dues, descendent jusqu’aux fesses et ont des manches. La laine des moutons de

la Gaule est rude, mais longue; on en fabrique cette espèce de saie à poils que

les Romains appellent leniiæ. Tous ceux qui sont revêtus de quelque dignité por-

tent des ornements d'or, tels que des colliers, des bracelets et des habits de cou-

leur travaillés en or. I>a plupart des Gaulois conservent encore aujourd'hui lusage

Ils habi-

tent des maisons vastes, construites avec des planches et des claies, et terminées

de coucher à terre et de prendre leurs repas assis sur de la paille(2)

cna^ujiist ypuvTsi

par un toit cintré et couvert d’un chaume épais (3). «

(I)

Anrea cttdarics ollis, atquo aurea veetis;

Virgatià iucont aagulia, lum lacüca colla

Auro ioDuctunlur.

[Ænéide, )iv. VIII, v. 659 et bqIt.)

(t) Diodore de Sicile offre sur ce point une variante qu’il oât bon de couiner ici H ne perle pas de paille, mais de peaui de loup ou de chien.

(3) Strabon, traduit du grec en français. Paris, I809,

tome II, liv. IV, p. 62, 65, 70.

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< COSTUME DES GAULOIS.

Agathias, Ammien Marcellin, Diodore de Sicile, en un mot les historiena qui ont parlé des Gaulois ne sont guère plus explicites dans la description générale

qu'ils nous en ont laissée, mais du moins ils ont le mérite de s'accorder sur les principaux détails.

Si maintènantdu type général nous passons aux types particuliers, nous trou-

vons, dans l'angle sud-ouest de la Gaule formé par les Pyrénées orientales et

l'Océan, les Ibères, ou Aquitains de souche espagnole, couverts d’un vêtement

court fabriqué de laine grossière et à long poil (1), et portant des bottes tissues

de cheveux, sombres sous ce costume sévère, mais remarquables par une grande

propreté, qui se retrouve encore aujourd'hui parmi les femmes sur les bords du Gave et de l'.Adour. Le bouclier léger dont s'armaient les Ibères les distinguait du reste des Gaulois, qui portaient des boucliers longs. I.es hommes de cette race étaient braves, mais légers et frivoles dans leurs goiils. Les femmes, dont

le type était différent des femmes gauloises, avaient les cheveux d’un noir lui-

sant, les yeux noirs, et déjà du temps de Strabon elles portaient autour de la tête

.Vm[)ère,

un voile noir comme leurs cheveux et leurs yeux. C’est là, dit

l'origine de la manlilta, et il ajoute avec raison : Les traditions de la coquet-

M.

terie sont plus durables qu’on ne le croirait (2). » Dans toute la partie voisine de l'Italie, nous trouvons la toge et le costume ro-

main, même parmi la population indigène; nous sommes dans la Gnilin loi/ala. A Marseille et dans les colonies grecques de la région du midi, c’est le costume

hellénique qui règne sans partage, u Les Massiliens, dit Tite Live, ont conservé,

purs de tout mélange et de toute imitation do voisinage avec les habilanis de la Gaule, non-seulement les inflexions de leur langue, leur accent, leur type et leur costume, mais leurs mœurs, leurs lois, leurs earaclèrts (îl). » Ici nous ne som- mes point pour ainsi dire en Gaule, mais dans la Grèce.

Sur tout le reste du territoire depuis Lyon jusrpi’en Belgique, nous trouvons

les deux grandes nations gauloises. Celtes et Kimris. C’est ici que se montre le

ustume vraiment national. Ce costume est simple et commode. Il se compose de

tissus de lin, détoffes de laine, de fourrures. La principale pièce, le pantalon,

était large, flottant et à plis chez les races kimriques, étroit et collant chez les

peuples d’origine celtique. Ce pantalon se nommait brarca ou braga, d’où est venu

(I) raulini episl ni. Bigerriram vestem breveni atquc liispiilam

cuncii erant Icr^i et inundi

Bigera veslis vcllata

Sulp. Severus, dial, ii, c. I.

(î; J - J. AmpCre. Ilistoirf htirraire de la France avant le dauz

(3) Tite Live, lîv. XXXVIt, ch. liv.

siècle, l. 1", p. 7-9.

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COSTUME DES GAULOIS.

T

mot français braies. 11 descendait primitivement jusqu'à la cheville. Il se rac- courcit ensuite et s'arrêta aux jarrets, ce qui a fait penser à quelques archéolo-

gues qu'il a pu fournir le modèle du vêlement connu sous le nom de culotte.

Une espèce de gilet serré s'adaptait à la partie supérieure du corps et descendait jusqu'à mi-cuisse. Le tout était recouvert d'une saie rayée, sagnm virgatum, sagiila. Cette saie, dont la forme s'est conservée dans la blouse de nos paysans, était un

manteau avec ou sans manches, attaché sous le menton par une agrafe. On peut

croire, d'après un passage de Varron, que la saie était faitede quatre pièces carrées,

ou bien encore qu'elle était double par derrière comme par devant (I). Il en est parlé^ans la plupart des écrivains anciens qui se sont occupés du costume gaulois. Quand les Nerviens, s'inspirant de la tactique romaine, commencèrent à élever des

fortiQcations de campagne, ils se scrvirentdc leurs mains et de leurs suies pour trans- porter les remblais des terrassements. Malgré l'imperfection d'un tel procédé de travail, ils creusèrent en trois heures un fossé de quinze pieds, et ils élevèrent en outre un retranchement de onze pieds d'escarpe; travail prodigieux, qui n'avait

pas moins de quinze mille pas de circuit, ce qui suppose, outre une activité, extra-

ordinaire, une multitude vraiment surprenante de travailleurs (2). « Les Uelges,

dit Strabon, portent la saie. » Chez les Belges et leurs voisins, chez les .Atrébates, elle était d'un usage tout à fait populaire, et Trébellius Pollion nous apprend quê

Gallien, menacé de perdre cette partie de la Gaule, se mit à rire en disant:

K Sans les saies des Atrébates, la république n’esl-elle donc plus en sûreté (3)? « Ce vêtement avait tant de prix poUt ceux qui en étaient habillés que, dans les

assemblées publiques, les surveillants , qui faisaient les fonctions de nos huis-

siers, devaient, afin de'rappeler les perturbateurs à l'ordre, couper un morceau de leur saie, assez grand pour qu'il fût impossible de s'en servir plus long-

temps. Strabon, qui raconte le fait, ne dit pas si celte punition maintenait le calme dans les réunions politiques de la Gaule; mais celte bizarre anecdote, cu- rieuse pour l'histoire du costume, ne l'est pas moins pour l'histoire du caractère

national. La saie a disparu depuis dix-huit siècles de nos assemblées publiques;

la turbulence est restée la même.

I.e costume gaulois, réduit à ses parties principales, se composait donc, pour

les hommes, de quatre objets : les braies, le gilet serré ou tunique, la saie et le

(f) S-ogum galliciim notnon

dictum autcm sagum quadnim, eo quod apud eos priroum quadralum

vel quadruplex cssel. (Varro, lib. XIX, cap. ixiv.)

(2)

Cæsar, Do belki gallico, lib. V, cb. lu.

(3) Non sine airebalicU sagis lula refpublica est?

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COSTUME DES GAULOIS.

manteau à capuchon, connu sous le nom de bardorucullus. Ce manleau-coifTure, très-répandu dans laSaintonge au temps de Martial, comme semble l’indiquer

ce vers :

Gallia ^anUmico veslil te bardocucullu ((),

la Gaule te revft du bardocurulle de la Saiiitonfie; ce manteau, disons-nous, fut adapté par les Romains. Il s’est conservé de nos jours dans le costume des ha-

bitants du Béarn et des Landess II est devenu, dans le moyen âge, le capuchon

des moines, le chaperon du bourgeois, et aujourd’hui encore nous le retrouvons

dans la eape de nos cabans et les dominos de nos hais masqués. A côté des vêtements que nous venons de décrire, il en est encore quelques

autres qui, bien que d’un usage moins général, paraissent cependant avoir eu une certaine importance. Telles sont, par exemple, les chlamydes artésiennes dont il est parlé dans Suidas, les courtes vestes à manches nommées rerampelines,

qui se fabriquaient chez les Atrébates. Ces vestes, ouvertes par devant, étaient teintesen rouge. Tel est aussi le petit manteau court, que les riches ornaient magni- fiquement et la caracalle, rararntla, espèce de simarre qui descendait jusquaux

talons, et qu’on portait ordinairement comme habit civil et comme habit militaire.

La chaussure des Gaulois est moins connue que leur costume. Il parait ce- pendant que les plus pauvres marchaient pieds nus, tandis que les riches por-

taient des semelles, de bois ou de liège, attachées à la jambe avec des courroies.

Schedius prétend qu’elles étaient do forme pentagone : mais rien de certain ne

justifie celte assertion. On sait seuleraent*qu’elles se nommaient snlem, et lon

peut croire que cette lointaine appellation s’est conservée dans le mot allemand

solen, qui signifie encore semelle, et dans le mot picard salers, chaussure. Quel- ques écrivains donnent aussi aux Gaulois des chaussures en peau de blaireau,

mais un ne sait rien de précis à cet égard.

Lhabillement des femmes gauloises, plus simple que celui des hommes, se com- posait ordinairement d’une tunique large et plissée, avec ou sans manches, et dune es'pèce de Lablier attaché sur les hanches. Cette tunique, qui descendait jusquaux

pieds, découvrait le haut de la poitrine, et la mode voulait que, pour les femmes élégantes, elle fût rouge ou bleue. Dans quelques tribus, on portait des poches ou

sacs de cuir nommés biilf/x, qui sont encore en usage dans quelques villages du

(t ) Lib. XIV, épigr. tîS. I.e même potfle dit encore aillours :

Sic inlerposilus viüo contaminai uncto Crbica lingonicus Tyrianthina bardocuctillus.

(.MAariAL. liv. I, épigr. Si J

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COSTUME DES GAULOIS.

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Ijinguedoc, où on les nomme bonis ou boutgHes. I.es femmes riches ajoutaient à la tunique un manteau de lin de couleurs varias qui s’agrafait sur les épaules. Quel- quefois aussi ce manteau, ouvert sur le devant , était assujetti j>ar une laeureou des

courroies fixées par des boutons. Ia*s coilTuix.-s des femmes, celles du moins dont on peut parler av'ec quelque certitude , sont de deux espèces, l.'unc se conqvose

d’une coiffe carrée fixée sur les cheveux, qui sont séparés sur le front, et rattachés par derrière; l'autre consiste en un voile qui ne cache point le visage, mais seule- ment une partie du front, et qui, ramené sur le derrière de la tète, revient de

couvrir les épaules et le sein.

Hommes ou femmes, les Gaulois éUiient tellement attachés à leur costume natio- nal, que les bandes qui se répandirent sur la Grèce, sur la Thrace et sur l-Asie,

gardèrent dans ces contrées lointaines, avec leur âpreté native, la sauvagerie de leur aspect. Mêlés en Asie à la race la plqs douce du genre humain, ils restèrent à peu près ce qu’ils étaient dans la Gaule, c’est Titc-Live qui nous l’apprend; ils conservèrent leur fougue guerrière, leur mobilité et les cheveux rouges (I).

Pendant tout le temps où la Gaule fut indépendante, les costumes dont nous venons de parler, ceux des hommes comme ceux des femmes, paraissent avoir

subi peu de modifications. Ce fait peut étonner chez un peuple mobile et ami do

nouveautés comme le peuple gaulois ; mais il s’explique , nous le pensons , par

l’imperfection des arts technologiques. Il faut, en effet, pour faire des étoffes nou- velles, inventer de nouveaux métiers, de nouveaux instruments, et il est évident

que, quand les arts sont stationnaires, les modes doivent l’êlro aussi. Elles sem- blent, en effet, lavoir été longtemps dans