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MESDAMES ET MESSIEURS

LES ELUS DE MOSELLE

METZ le 29 janvier 2019

CONCERNE : LE GRAND DEBAT NATIONAL

LETTRE OUVERTE DES AVOCATS, DES ORGANISATIONS SYNDICALES, DES


MAGISTRATS ET PERSONNELS DE LA JUSTICE AUX ELUS DE LA MOSELLE

Mesdames, Messieurs les élus de Moselle,

Aux termes d’une lettre publiée dans la Presse Régionale le 14 janvier, le Chef de l’Etat a invité les
français à participer à un Grand Débat National sur quatre grands thèmes et « des questions
essentielles ».

Parmi ces sujets, figure notamment celui de l’organisation de l’Etat et de ses services publics en ce
compris, évidemment, son organisation judiciaire puisque le Président de la République rappelle à cet
égard que : « … le deuxième sujet pour lequel nous devons prendre des décisions, c’est l’organisation
de l’Etat et des collectivités publiques. Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux : école,
police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale…Comment l’Etat et les
collectivités locale peuvent-ils s’améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en
difficultés et que proposez-vous ? ».

Cela signifie clairement que la réflexion sur la Justice de demain, ne peut s’envisager que dans le
cadre de la consultation nationale lancée par le Président de la République.

Pour autant et en contradiction avec les engagements du Président, l’examen du projet de loi Justice
est revenu en deuxième lecture à L’Assemblée Nationale le jour même du lancement du Grand Débat
National et a été, de facto, exclu de cette consultation citoyenne devant mener à la construction d’un
nouveau contrat pour la Nation alors même que la Justice est l’un des piliers du Contrat Social de toute
démocratie qui se respecte.

Le Projet de Loi Justice, adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale, à une très courte
majorité, sans concertation préalable et sans considération aucune pour les amendements qui y
avaient été apportés par le Sénat, vient d’être adopté en deuxième lecture alors même que la
discussion parlementaire sur des questions essentielles a lieu devant une représentation nationale
réduite à sa plus simple expression.

Ainsi, l’une des mesures phares du projet, la fusion des Tribunaux d’Instance et de Grande Instance a
été adoptée dans la nuit du 17 au 18 janvier 2019 en présence de 23 députés par 15 voix pour, 7
contre et une abstention.
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Dans un pays qui souffre d’une crise de la représentativité qu’illustre de manière on ne peut plus forte
le mouvement des gilets jaunes, le procédé est choquant alors surtout que le Projet de Loi Justice fait
l’objet d’une procédure accélérée.

Au-delà de ce constat désolant, les professionnels de la Justice considèrent que le Grand Débat
National initié par le Président de la République relèverait d’une manœuvre politicienne et demeurerait
lettre morte si une réflexion approfondie n’était pas menée dans le cadre du Grand Débat National.

En particulier, les avocats, les syndicats de magistrats et des personnels de justice du ressort de la Cour
d’Appel de METZ, ne peuvent imaginer que telle est la volonté qui préside à la rédaction de la lettre du
Président de la République aux français.

Quel intérêt y a-t-il, en effet, à inviter les français à débattre jusqu’au 21 mars prochain sur
l’organisation de l’Etat et notamment sur le service public de la Justice alors que cette organisation
semble arrêtée au terme d’un processus parlementaire plus que discutable en la forme ayant abouti à
un vote en catimini devant une représentation nationale plus que symbolique ?

C’est pourquoi les avocats du ressort de la Cour d’Appel de METZ ainsi que les syndicats de magistrats
et des personnels de la Justice vous demandent instamment d’organiser des réunions d’initiative locale
regroupant le plus grand nombre de citoyens, visant à partager les constats et les diagnostics de la
situation de la Justice en France, d’identifier les objectifs et les solutions pour remédier à son manque
de moyens humains, non pas dans le cadre d’une politique de gestion de la pénurie reposant sur une
restriction de l’accès au juge mais dans le cadre d’une politique ambitieuse, ayant pour objet de la
rendre plus accessible au justiciable et de la rendre plus indépendante du pouvoir politique
conformément au principe constitutionnel de séparation des pouvoirs, fondement du Pacte
Républicain.

Les signataires de la présente restent donc l’attente de vos propositions quant à l’organisation des
réunions d’initiatives locales au sein des mairies, du Conseil Départemental et du Conseil régional du
Grand Est et des locaux publics mis à disposition des élus.

Ils demandent également aux sénateurs de la Moselle de s’opposer à la poursuite du processus


parlementaire devant le Sénat et l’inclusion du PJL dans la concertation nationale voulue par le
Président de la République si une réflexion approfondie n'était pas menée au sujet de l'organisation et
de l'accès à la Justice dans le cadre du Grand débat national".

En effet, contrairement aux déclarations formulées par la Garde des Sceaux à


l’occasion de la table ronde publique, organisée par ses services le 24 janvier
dernier, le maintien de la Cour d’Appel de METZ dans la plénitude de ses
compétences est loin d’être assuré.
Elle est menacée par le principe de spécialisation des contentieux au niveau des futurs tribunaux
judiciaires.

Ainsi, si Madame BELLOUBET a annoncé que la spécialisation concernait des contentieux dits « à faible
volume » par opposition aux contentieux dits de masse, elle s’est bien gardé de préciser quelles
matières étaient concernées par le contentieux à faible volume, se contentant de faire référence à des
contentieux représentant « 10 % de la masse à traiter ».

Elle a été plus prolixe lors de son intervention à l’Assemblée Générale Statutaire de la Conférence des
Bâtonniers, précisant que la notion de contentieux à faible volume pouvait recouvrir des matières telles
que le droit bancaire et les effets de commerce.

Qu’en sera-t-il des procédures commerciales et en particulier des procédures collectives qui relèvent
de la compétence des chambres commerciales des trois Tribunaux de Grande Instance du ressort de
la Cour d’Appel de METZ, d’autant que les matières concernées par le contentieux dit à faible
volumétrie seront fixées par voie réglementaire sans aucun contrôle du Parlement ?

SI tout un pan du droit commercial relève de la spécialisation, c’est l’avenir même des Tribunaux de
Grande Instance de la Moselle dans la plénitude de leurs compétences qui est menacé et, par voie de
conséquence, l’avenir même de la Cour d’Appel de METZ.
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L’inclusion de la question relative à la Justice du XXIème siècle dans le Grand Débat National s’impose
d’autant plus que l’enquête réalisée par la Cour des Comptes à la demande de la Commission des
Finances de l’Assemblée Nationale sur les coûts de la justice, dont le rapport est paru en décembre
2018, relève que les juridictions françaises bénéficient d’un effort budgétaire moindre que leurs
homologues des Etats européens les plus comparables en terme d’effectifs et de moyens budgétaires
et dénonce :

- la médiocrité des outils de gestion informatique dont s’est équipé le ministère,


- la préoccupation comptable qui gouverne à la fusion des Tribunaux d’Instance avec les
TGI et qui l’emporte donc sur le souci du droit,
- de manière plus générale la mise en pratique de la substitution des chiffres au droit dans la
pratique judiciaire

Mesdames et Messieurs les Elus, votre mobilisation pour la Justice dans le cadre du Grand Débat
National s’impose d’autant plus que la Justice en France ne répond manifestement pas, humainement
et matériellement, aux standards européens.

Il vous appartient de relayer la parole des avocats, premiers concernés par la Justice de Proximité, afin
de faire comprendre aux justiciables et à nos gouvernants que l’efficacité du droit doit primer sur les
considérations purement comptables.

Il y va de l’avenir d’un pilier de la démocratie !

Dans l’attente de vous lire, veuillez croire, Mesdames et Messieurs les Députés, Sénateurs et Maires, à
l’assurance de notre considération respectueuse.

POUR LE COMPTE DES AVOCATS , DE L’INTERSYNDICALE DES


MAGISTRATS ET PERSONNELS DE JUSTICE

LAURENT ZACHAYUS,
BATONNIER DE L’ORDRE