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6/8/2020 MAROC.

Mohammed VI, un roi en or massif

Maroc.Mohammed VI, un roi en or massif


LE JOURNAL HEBDOMADAIRE - CASABLANCA
Publié le 11/07/2009 - 15:57

Au pouvoir depuis dix ans, le souverain marocain serait, selon le


magazine financier Forbes, l’un des hommes les plus riches du
monde. Et sa fortune aurait doublé au cours des dernières années.

Alors que la crise économique mondiale a eu des répercussions généralement négatives sur
les fortunes des monarques du monde entier, Mohammed VI s’en tire plutôt bien : il a vu ses
revenus presque doubler, contrairement aux autres. Il est à la tête d’un joli pactole s’élevant
à 2,5 milliards de dollars [1,8 milliard d’euros] et il caracole à la septième place des rois les
plus aisés du monde sur une liste comprenant quinze souverains. C’est ce que révèle le
dernier palmarès du magazine américain Forbes. La publication spécialisée dans
l’évaluation des fortunes des grandes célébrités de ce monde, notamment les monarques,
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place le roi du Maroc à la tête du classement relatif à l’accroissement des richesses pour
l’année 2008. Sa fortune dépasse ainsi la fortune de l’émir du Qatar et elle est six fois
supérieure à celle de l’émir du Koweït. Il laisse à la traîne les fortunes du prince de Monaco,
Albert II, de la reine d’Angleterre, Elisabeth II, et de la reine Beatrix des Pays-Bas. La même
source attribue cette augmentation à la hausse importante des prix du phosphate sur les
marchés mondiaux de matières premières. “Ce qui est complètement faux, puisque l’Office
chérifien des phosphates (OCP) est une entreprise publique et que le roi n’y possède pas de
participations”, nuance un retraité de l’OCP. “Il est vrai que, dans le temps, une partie des
bénéfices des phosphates était réservée à la monarchie, notamment durant le début du
règne de Hassan II, en application d’un décret qui existait depuis le protectorat. Mais, depuis,
ce décret a été abrogé”, poursuit-il.

Une telle augmentation de la fortune royale paraît peut-être tirée par les cheveux, mais les
faits sont pourtant là : être aussi fortuné dans un pays où plus de 5 millions d’habitants vivent
avec 10 dirhams par jour [0,88 euro], où le salaire minimum légal est de 55 dirhams par jour
[5 euros], est plutôt troublant. Rappelons que le Maroc est toujours à la 126e place dans le
classement du rapport mondial sur le développement humain du Programme des Nations
unies pour le développement (PNUD) et que le taux de pauvreté au Maroc est passé à
18,1 %. La dette extérieure publique du Maroc a enregistré une augmentation de 10 % par
rapport à 2007, pour atteindre la somme de 11,9 milliards d’euros. Cela représente 20 %
du PIB et 39 % des recettes courantes de la balance des paiements. Cette situation critique
rend le train de vie fastueux du roi plus que choquant. Celui-ci perçoit une liste civile de
40 000 dollars mensuels non soumis à l’impôt. Dans son article, Forbes souligne également
que l’entretien et la maintenance des douze palais royaux, répartis sur tout le territoire
marocain, nécessitent une dépense évaluée à 1 million de dollars par jour. Car le palais est
un gros employeur, avec pas moins de 1 100 postes budgétaires pour une masse salariale
annuelle d’environ 70 millions de dollars. Le budget dédié au parc automobile est de
7 millions de dollars, auxquels s’ajoutent quelque 2 millions de dollars de dépenses
vestimentaires. “Mohammed VIa amassé, depuis qu’il a succédé à son père Hassan II, en
1999, une importante fortune qui fait de lui l’un des monarques les plus riches de la -
planète”, confie une source ayant requis l’anonymat.

La fortune de Mohammed VI a été multipliée par cinq

“Jamais Hassan II ni la famille royale ne sont apparus dans les classements des fortunes
mondiales, établis notamment par le magazine américain Forbes”, ajoute cet observateur.
Alors qu’elle était estimée à 500 millions de dollars au début des années 2000, la fortune de
Mohammed VI a en effet été multipliée par cinq, à en croire le magazine américain. Et

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encore, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La fortune royale a toujours été enveloppée
d’un halo de mystère. Rares sont les personnes qui ont osé faire des estimations de cette
fortune. Dans les années 1990, Abdelmoumen Diouri, un opposant au régime, avait tenté de
faire l’inventaire des biens de Hassan II. L’estimation, fortement contestée par le palais,
établissait la fortune royale à quelque 10 milliards de francs en dépôt dans différentes
banques européennes et américaines. Elle comprend, au Maroc, une vingtaine de palais,
plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles qui ont été pour la plupart confisquées aux
colons à la suite de la “marocanisation” instaurée par Hassan II, le groupe Omnium nord-
africain (ONA : mines, agro-industrie, communications, assurances, distribution), la Sevam
(emballage, embouteillage), Primarios (mobilier), la Compagnie chérifienne des textiles
(CCT : textiles, films de serre agricole)… Plusieurs immeubles à Paris et à New York, de
nombreuses propriétés en France et aux Etats-Unis. Au début de son règne, l’entourage du
monarque avait peaufiné pour lui une image de “roi des pauvres”, qui a vite cédé la place à
celle d’un roi amasseur de fortune. Aujourd’hui, il est plus que jamais présent dans le
paysage économique du pays. Détenteur de la plus imposante fortune du pays, le roi est à la
fois premier entrepreneur, premier banquier, premier exploitant agricole, etc. “Monarque
exécutif”, comme il insiste pour le rappeler dans certains de ses discours, il bénéficie de
pouvoirs constitutionnels lui conférant le statut hégémonique de juge et partie. Cette
situation suscite de plus en plus de commentaires appuyés de la part d’investisseurs
nationaux et étrangers. On se souvient du coup d’éclat de Miloud Chaâbi, patron d’Ynna
Holding, qui a appelé à ce que le monarque “sorte des affaires”.La prévalence de la
monarchie dans le secteur économique n’a jamais été aussi forte. Elle s’est accentuée
depuis la mort de Hassan II. L’argument qui veut que le chef de l’Etat soit aussi aux
commandes de l’économie pour mener la locomotive d’un royaume à la croissance présente
plusieurs limites. La manière déséquilibrée dont sont menées ses affaires et la prédation de
ses holdings depuis son accession au trône battent en brèche cette argumentation. La
fortune royale a toujours été un grand tabou. L’estimation de Forbes est bien en deçà de la
réalité. Et pour cause : du peu que l’on connaît à travers la cotation en Bourse
(holdings ONA, SNI et autres), on atteint allègrement 1,5 milliard de dollars. Qu’en est-il du
patrimoine foncier hérité de Hassan II, des nombreuses propriétés en France, aux Etats-Unis
et en Amérique latine ? “C’est plutôt grâce à ce patrimoine foncier que la fortune du roi a été
presque multipliée par deux en l’espace d’une année”, déclare un observateur. La flambée
de l’immobilier qu’ont connue le Maroc et le reste du monde en 2006 et 2007 a fortement
contribué à remplir les caisses de la monarchie. La montée en puissance du roi dans les
affaires ces dernières années n’est que le prélude à des visées plus gargantuesques.
Fédoua Tounassi

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