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DEPASSER LE CLIVAGE POLITIQUE-RELIGION Essai pour une politique des valeurs Pierre-Alexandre Xavier

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Notre école est sans Dieu et notre village sans prêtre. en effet. Alors que le capitalisme mondialisé menace d'aplatir le monde connu. à la déprédation considérable des ressources vitales et à l'atomisation des frontières par des pouvoirs travaillant à l'échelle de la planète. à l'homosexualité. La morale religieuse imprègne profondément les rapports et les mécanismes qui sont à l'œuvre dans les sociétés humaines par delà la volonté républicaine de suppression. qui du moins avaient emporté leur bible avec eux. à une époque où la place et le rôle de l'Etat sont en pleine mutation ? Nul doute que la laïcité a bel et bien remplacé la religion et sa transcendance par des vertus et des mécanismes républicains. Nous voulons fonder l'ordre politique. De part et d'autre de la prétendue frontière entre religion et politique. La liberté de pratiquer un culte est une liberté publique au même titre que l'est le droit de vote. le clivage politique-religion est-il encore d'actualité ? Nous vivons. sans identité et sans âme. la science et la délibération. La religion. de critiquer et de contester le dogme et l'église sur la base de la raison et de la perception humaine. Nous avons brisé toutes les traditions et nous sommes plus libérés et dénués que les premiers pionniers d'Amérique. les Eglises ne manquent pas de valeurs morales et éthiques pour juger de problèmes fondamentaux comme la manipulation du génome humain. politique et religion se sont livrés une longue guerre qui subsiste aussi bien dans le champ intellectuel que le domaine moral. l'absence d'un socle philosophique pratique a conduit à la faillite du modèle laïc. la République a repris à son compte les conceptions morales défendues par les églises qu'elle avait autrefois combattues et complètement . Ainsi. Aujourd'hui. dans des démocraties qui prétendent à la laïcité. une longue histoire de rapports étroits et souvent conflictuels entre la politique et la religion. chacun a retrouvé le chemin de la philosophie et a pu construire une nouvelle identité. les courants occidentaux ont considérablement évolué et apparaissent comme des communautés spirituelles transversales portées par un idéal humaniste de salut universel. La République se veut construite sur l'absence de reconnaissance des religions et de leurs valeurs. et non plus spirituelle. entre autres. L'Etat n'associe aucune religion à l'exercice du pouvoir politique et les normes morales de la société civile ne s'articulent pas sur des valeurs religieuses. elle avait peiner à résoudre les problèmes moraux liés. la foi sont circonscrites à la sphère de la vie privée. Cette histoire a façonné les sociétés dans lesquelles nous vivons aujourd'hui. nous tentons en France une expérience inouïe. du moins en apparence. à une destruction massive de la planète. affranchi du règne de Dieu. Faute d'un socle éthique distinct. Eugène Fournière. à l'intégrité de la personne humaine. à la procréation. elle a permis de mettre dans une perspective historique. Prenant ses racines dans la communauté politique. Mais cette vision est elle encore valable aujourd'hui. On trouve. des religions. Contrairement à la laïcité. cet accomplissement. les croyances. Cette contestation de l'autorité morale a contraint les religions à modifier leurs positions pour élargir leurs systèmes de pensée et leurs représentations du monde à la multiplicité des points de vue particuliers. 1908) Emergence de la laïcité L'histoire de France a été témoin de la liquidation de la religion et des liens entre religion et politique. en Occident."(La Crise socialiste. au cadre du mariage. les organismes génétiquement modifiés. Une frontière nette et institutionnelle sépare définitivement ce qui est à César de ce qui est à Dieu. Elle est donc assez démunie pour statuer sur ces problématiques qui touchent aussi bien à l'écologie. peut enfin jouir pleinement de la liberté et de l'égalité au sein d'un Etat souverain. social et moral sur la raison. ou d'effacement. Cette "victoire". témoin à son époque de la séparation effective de l'Eglise et de l'Etat : "Pour notre compte et pour celui de toutes les nations d'Europe qui aspirent à la liberté politique et à la justice sociale. Paris. il a été possible d'analyser. Mais si la séparation des pouvoirs est effective. autorise la laïcité à être montrée en exemple aux sociétés encore prisonnières d'un amalgame entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. sans nationalité. La laïcité est née de la volonté de reconnaissance de la valeur de l'individu et de son autonomie. aux droits des femmes. Au début du siècle déjà.Le rêve d'une société sans Dieu Depuis l'invention de la société. le fait religieux. l'interruption thérapeutique de grossesse ou l'homoparentalité. Nous avons pour règle unique la conscience individuelle ouverte à toute la critique et pour unique régulateur le code pénal. Le citoyen. le diagnostique pré-implantatoire. incapable de répondre aux assauts d'un capitalisme mondialisé. Cette volonté d'en finir avec la religion est parfaitement rendue un auteur socialiste.

La construction des Etats modernes (du 13e au 17e siècle) coïncident avec l'émergence du concept de Souveraineté. Richelieu donne corps à l'Etat souverain en mettant en avant la Royauté et l'absolutisme du pouvoir royal. la question de la séparation entre politique et religieux va se faire plus pressante. s'exerce de la Terre sur la Terre. Max Weber. de la concorde et de la paix que naissent les bases de la laïcité moderne. cette violence. concept qui naît au 14e siècle et qui sera définitivement admis comme axe central du pouvoir politique au cours du 17e siècle. Elle est aux antipodes de l'intérêt individualiste qui caractérise nos sociétés et les mentalités de nos concitoyens. son conseiller juridique. ni de la paix divine. La prétention absolutiste repose encore sur un héritage divin qui confère à la figure du monarque l'autorité céleste. qui théorise tous les principes de l'action de l'Etat. Comme le démontrera. Véritables conflits fratricides. L'humanisme de la Renaissance italienne et les mouvements contestataires religieux à travers l'Europe sont à la source des changements radicaux qui ont lieu au cours de la transition entre le Moyen-Âge et la Modernité. Cette nouvelle forme de gouvernement des hommes est une solution à un mal plus terrifiant que la Peste qui sévit sur l'Europe entière.marginalisées. sera exercée par le monarque. elles menacent de désintégration les royaumes européens. ni véhiculé par l'Eglise. tant physique que symbolique. La question devient un problème central au 19e siècle avec l'émergence. dont la définition juridique est largement exposée par Jean Bodin. l'émergence de l'Etat souverain met un terme à la violence exercé par la religion. Par conséquent. Cette révolution spirituelle annonce la disparition définitive du rêve d'un empire chrétien unique. Prenons l'exemple d'une notion religieuse par excellence. philosophe anglais souvent cité pour ses écrits sur le Contrat civil. la religion. Augustin dominait le Moyen-Âge. La paix était l'œuvre de Dieu. C'est schématiquement la conclusion à laquelle parvient Thomas Hobbes (1588-1679). Il est servit dans ce sens par les travaux de Cardin Le Bret. figure emblématique qui prend la place du Dieu immatériel et impose sa volonté absolue à un territoire. . Dans sa nouvelle morale. la pensée politique et philosophique d'Augustin s'est retrouvée en faillite. le père de la sociologie contemporaine. l'Etat moderne trouve son origine dans la notion de souveraineté. et par extension l'œuvre de l'Eglise. Avant les guerres de religion. la pensée religieuse de St. de sociétés pluralistes qui intègrent désormais la diversité politique. philosophe et juriste. surtout dans le contexte judéo-chrétien. Le concept de souveraineté n'est pas débarrassé de sa charge religieuse. héritage de la culture médiévale. C'est la fin d'une foi unifiée et d'une loi divine à laquelle tout est soumis. Hobbes propose que ce soit la société civile. mais la guerre et la division. de la sécurité. un Etat autonome. trois siècles plus tard. Ce mal ce sont les guerres de religions. qui a introduit la violence. la fraternité. Donc l'Eglise n'était plus l'extension de Dieu. L'Etat souverain est une transposition de la souveraineté divine qui au lieu de s'exercer depuis le Ciel sur la Terre. qui se charge de la paix. la volonté du souverain impose et concentre la religion. Mais la récupération de ces valeurs n'est pas sans poser quelques problèmes majeurs. mais il n'est plus ni porté. Pour régler le problème de la violence religieuse. contemporain de Michel de Montaigne dans son ouvrage. doit être exclue du centre du pouvoir. notamment en Europe occidentale. il devient impératif de lié les hommes par des obligations sociales qui leurs sont supérieures dans le cadre collectif. L'Etat souverain Pour sa part. Les deux parties usant de la violence de l'autre pour conquérir et faire usage du pouvoir politique. Puis à mesure que le modèle démocratique va émerger. C'est dans cette prise en charge par l'Etat de la souveraineté des citoyens. la République remplace la congrégation fraternelle où tous sont les enfants de Dieu par la communauté citoyenne liée par des droits et des devoirs. En France toujours. Désormais. Six livres de la République (1576). L'Eglise n'amenait plus la paix. Par le même mécanisme. Mais avec l'avènement du Protestantisme et de la violence religieuse qui en a découlé. la politique comme le reste. Comme il est difficile d'imaginer solidarité ou bienveillance familiale sans religion.

il sera temps de retrouver. Partout ailleurs. au 19e siècle. tandis que d'autres en viennent à se demander si nous n'assistons pas à ce que l'anglais nomme énergiquement "the unchurching of Europe". Elles l'ont moins encore. il reste encore à déterminer les nouvelles bases philosophiques et éthiques sur lesquelles construire l'avenir. L'Etat moderne se construit par contraste avec le pouvoir ancien. à la fin de la vie. il laisse l'individu libre de forger sa propre existence dans les limites de la loi commune et des institutions. offre un constat d'échec historique retentissant. l'un des spécialistes de la question. L'expérience communiste. celui de l'Eglise. Et l'identité est aujourd'hui un enjeu majeur de l'ensemble des populations de la planète. l'Etat ne peut dire l'identité que du point de vue de l'administration institutionnelle. pays après pays. Mais la société humaine n'est pas une mécanique complexe contenue dans les lois et dite dans les textes. Les solutions institutionnelles que nous pensions définitives s'avèrent limitées et défaillantes à intégrer le présent. expression chère à Marcel Gauchet. Par essence. le problème reste le même. Ce dernier est momentanément objet de rejet et lorsque l'indépendance sera enfin consumée. à une période de "laïcisation" et non à une époque de "sortie de la religion". Le passé religieux pèse fortement sur l'Occident mais nos sociétés contemporaines n'acceptent pas facilement cet héritage comme le prouvent les interminables débats sur la mention de la tradition religieuse dans la Constitution européenne. offrir à tous l'autonomie : la possibilité . à la procréation. exacerbé par un contexte d'aplatissement historique et culturel. Nous savons que l'aventure idéologique révolutionnaire ne conduit pas au salut terrestre. La sortie de la religion Nous sommes encore.[2] La religion quitte la scène politique L'accouchement d'une vision neuve de la société humaine ne s'est pas faite sans souffrances. Plus encore. malgré les espoirs qu'elle portait. Plusieurs siècles auront conduit à la "sortie de la religion". sans même parler d'imposer le dogme. la religion est encore d'une actualité brûlante. Y compris aux yeux de ceux qui continuent de se regarder comme leurs fidèles. Le problème est profond car les lois ne sont plus le produit de Dieu et de son Eglise. scientifiques et morales de la société civile pour résoudre de nombreux problèmes. L'héritage religieux La religion est. puis de l'Etat souverain. ce patrimoine occulté le temps de la révolte. Folio essais. le recul des affiliations. les données qui enregistrent de façon convergente. sur quoi est élaboré la loi des hommes ? Marcel Gauchet dit à ce propos que : "La sortie de la religion se poursuit là où elle avait commencée. Le monarque ne peut décemment afficher sa confession dans une société qui exige le pluralisme et la démocratie des Egaux. sinon le chacun sa chance." (Ibid. 1998) La liquidation de la religion dans nos sociétés individualistes ne signifie pas la disparition totale de la religion. C'est la promesse initiale de l'Etat souverain. On entre donc dans un modèle de gouvernement dit représentatif et l'on commence à quitter le gouvernement dit symbolique. et par dessus tout. a fortiori.) Alors. dans la perception des inégalités sociales ou encore dans les initiatives de solidarité. Gauchet. à prédominance absolue. ce qui dit le plus clairement l'identité d'un individu.. M. les Eglises n'ont plus vraiment l'autorité pour déterminer la croyance. L'Etat souverain s'efforce de trouver des solutions en puisant dans les ressources intellectuelles. mais la production du peuple et de ses représentants. depuis les contrées les plus désolées de notre planète jusque dans les derniers bastions de l'idéologie communiste. la baisse des vocations. l'effondrement des pratiques. à la structure de la parenté. on assiste également à la construction de la neutralité du souverain. Le recours au religieux refait surface dès que l'on touche au corps humain. Mais fondamentalement. Elles ont encore plus de difficulté à accepter les visions religieuses extérieures et exotiques. Il serait fastidieux d'énumérer. Il est encore là dans les rapports entre les gens dans les milieux urbains. le dépérissement des magistères. Avec la "laïcisation". peut-être. Il s'agit du "passage dans un monde où la religion continue d'exister mais à l'intérieur d'une forme politique et d'un ordre collectif qu'elle ne détermine plus. Elle y prend même des proportions spectaculaires qui font parler à tel observateur d'un "tournant de la culture européenne". pour ce qui est d'orienter les choix politiques ou de régler les mœurs. Et la mondialisation n'offre pour sa part aucun espoir commun. La modernité de l'Etat se constitue face à la tradition religieuse comme l'adolescent qui s'émancipe de ses parents tout en conservant leur patrimoine.. non sans une certaine nostalgie. au milieu de situations fort diverses. bien avant le lieu d'origine ou l'ethnie." (La religion dans la démocratie.

voilà qui laisserait sans voix un visionnaire comme George Orwell. l'existence de réseaux d'influence. l'automatisation industrielle et l'informatisation des services d'une société high tech dépourvue de personnel. ni les techniques qui servent de bases pour construire l'Etat. Car à la fois la construction de l'Etat moderne et la transformation des religions ont embarqué non seulement l'Occident. Adossé à la science et au progrès technique. Nous le savons depuis plusieurs décennies. La fin de l'histoire Si la science et la technologie sont la forge conceptuelle et intellectuelle de l'Etat souverain. Ce n'est donc ni la science. On pourrait croire que c'est "la fin de l'Histoire". C'est une utopie projetée depuis le début du 20e siècle par nombre de romanciers et de cinéastes de manière plus ou moins inventive. de production d'image et de son. le monde de la matière et de l'énergie manifeste. Au delà d'une théorie paranoïaque du complot mondial et de l'image fantasmatique d'une matrice planétaire. d'interaction avec la sphère de l'information auxquels il a accès. la fabrique de l'explication du monde. de la compétition. Cette aventure est difficile à concevoir sans la croyance. une vocation universelle d'émancipation et de libération personnelle. mais aussi les intérêts privés et publics des communautés constituant ce même Etat. permettent d'élucider les rapports entre les éléments constitutifs de l'humain et de son environnement. et au delà des intérêts égoïstes. Il faut ajouter à ce tableau. de l'autre la multitude des ouvriers et des petites mains du monde qui vit avec à peine 2 dollars par jour. On peut penser que l'homme. lui donnent une puissance individuelle considérable comparée à son ancêtre impuissant du temps. Utilisant des moyens immatériels et transversaux de communication. Mais à son échelle. Finie la religion. la démocratie porte avec elle les dynamiques des communautés et des groupes d'intérêts. Les moyens personnels en termes de communication. plus rien que des machines. . Pourtant. Cette force renferme un trésor prodigieux de ressources symboliques. ils ne dépassent pas. de désirs et de convictions. les communautés et les groupes agrègent des pressions considérables capables de faire plier les gouvernements et de manipuler l'opinion publique. Francis Fukuyama.. de la lutte des classes. la victoire du modèle politique néolibéral. à ce jour. et il ne faut pas longtemps pour s'éveiller à l'omniprésence d'un nouveau culte. l'Etat souverain ne dispose cependant que de l'analyse scientifique pour juger des passions et des croyances. celui de la performance.de décider de son destin et de ne plus subir le règne du pouvoir transcendant. elles ne sont pas des instruments fiables d'arbitrage moral ou éthique. Cette réalité s'est cependant imposée lentement depuis le début du 20e siècle pour finalement exploser avec l'essor prodigieux des moyens d'information planétaires. comme le dit. ce n'est pas la fin de l'espoir ni non plus la fin de la croyance. mais aussi le reste du monde dans une nouvelle aventure humaine. qui a finalement eu raison de l'ensemble de ses adversaires et compétiteurs à l'échelle mondiale. il est un individu de passions. qui apparaît déjà pour beaucoup comme lointain. Or si la science. D'un côté. spécialiste de l'économie politique. Le monde est désormais économique. Ce qui manque à la multitude des individus isolés c'est le lien invisible et indestructible de la croyance. ou plutôt les croyances.. de mobiles éthiques qui ont pour la plupart. un peu sombre. n'est qu'un maillon plus ou moins résistant aux pressions des forces immanentes et irrésistibles du marché. le poids des multinationales et des places de marché et surtout l'impact des mouvements et des flux financiers sont une réalité qui dépasse la souveraineté nationale des Etats. et l'esprit scientifique. du triomphe de l'individualisme et de la puissance de l'homme sur le temps et le monde. Machines électroniques contre machines humaines. finis les hommes. C'est encore moins la fin du dialogue et du débat. à l'échelle des nations et des peuples. avec provocation.

devenu sceptique. Les extrémistes portés par ce type de rhétorique se retrouvent instantanément aux confins de la barbarie et de l'obscurantisme archaïque. pour la Hollande. Pierre Bayle. à sa force propre face à la pression écrasante. comme d'autres philosophes. ni détaché de nos convictions. que la philosophie des Lumières et que l'esprit de la laïcité continuent de projeter sur toute forme de conviction religieuse. ou l'édit du ciel. Elle implique une force intérieure personnelle capable . n'est ni le gage de la démocratie. Il ne s'agit pas d'une religion qui prend le pas sur la politique ou qui s'empare du pouvoir. nous invite à chercher la solution à notre dilemme dedans et non dehors. Mais il faut alors dépasser la vision négative.[3]Transformations de la pensée politique et religieuse Tout comme la cité de Dieu s'est effacée devant la société des Hommes. Ces dernières ont été également passées au rouleau compresseur de l'Empire. de son rapport à la mort et lui rappelant la présence du bien et du mal dans toutes les sociétés. Le matérialisme triomphant s'impose comme dogme et comme seule manière de vivre et seul modèle d'un monde clos. Jusqu'à l'avènement de la société industrielle. Ce modèle. Il faut donc savoir. si sa conscience s'articule sur une représentation du monde éprouvée par lui mais aussi par d'autres que lui. encore. disait déjà au 17e siècle que l'autorité de la conscience est souveraine à côté du message dogmatique et moral des églises comme à côté du message de l'Etat. connaître. A présent. l'homme avait le Ciel ou le Transcendant. philosophe rarement évoqué qui mérite qu'on s'attarde plus souvent sur ses écrits. A notre époque. Cette vision extrêmement occidentale tente de s'imposer au monde entier mais rencontre de vives résistances et détournements face aux cultures qui émergent. pour lui dicter ses lois. les lois qui devront régir sa vie. du besoin de satisfaction immédiate. patrie des penseurs de la modernité et d'une certaine forme de pluralisme intellectuel et philosophique. à l'aube d'une nouvelle ère. Pierre Bayle. puis adhérent à l'église réformée. à la menace totalitaire qui surgit à chaque nouveau bouleversement politique. En termes d'inspiration. la religion continue d'imprimer du sens à l'action de l'homme. Tout cela nous ramène donc à la place de l'individu. il devient nécessaire de pratiquer une religion ou une philosophie capable de résister aux matraquages de la société de l'information. il propose l'éveil permanent à ce qui nous forme et à ce qui nous caractérise afin de n'être ni esclave de nos conceptions. et bien souvent immorale. Car l'individu sans conscience n'est rien d'autre qu'une coquille vide à la merci de n'importe quelle influences extérieure. nous vivons aujourd'hui une révolution qui montre les défaillances de l'Etat souverain tant dans sa capacité à protéger qu'à donner du sens à la vie des individus qui le composent. aux débordements de la technologie. défini par les philosophes Antonio Negri et Michael Hardt. ni le triomphe de l'humanisme. ni à celui de la pensée dominante. de la solidarité humaine. converti au catholicisme. à l'œuvre dans de trop nombreux pays du monde moderne. Une révolution humaine A tous les échelons de la vie sociale humaine. l'homme hésite et cherche à l'extérieur. Mais cela ne signifie en rien le retour des églises. Bayle décortique la formation des consciences et trace le chemin du travail constant que nécessite l'édification de la conscience d'un individu. il finit par fuir la France. il s'agit pour la religion de donner une nouvelle forme à la force dont elle dispose. Né protestant. mais aussi ne pas se laisser prendre au piège du conformisme. D'autre part. C'est une véritable culture philosophique de terrain. Cette posture nous indique le terrain de la réflexion religieuse et par extension celui où se forment toutes nos idées. pour ne pas dire rétrograde. De manière originale. désigne le système philosophique et politique de la mondialisation au delà de sa définition purement économique. lui donnant une perception de la collectivité. La position de l'individu devient compréhensible et soutenable si ce dernier est construit du dedans. Sans rien connaître du bouddhisme. une force de rappel de l'autonomie de l'individu et de sa liberté de conscience qui est requise. Le registre de la morale venue de l'autre monde. sont des modes éthiques perçus comme de vulgaires superstitions complètement dépassées par un grand nombre de nos contemporains. Ce terme moderne. bien au contraire. cette dernière se voit supplantée par l'empire planétaire. L'effondrement des valeurs morales religieuses a vu l'homme se faire dicter ses lois par la main invisible de l'Etat.

La mobilisation de chacun et la consolidation de cet espoir est la clé du changement. vers davantage de vie. Brandit comme l'outil de la liberté et de l'égalité. et tout est fonction des opinions et des envies. quand bien même celles-ci seraient en contradiction avec le simple bon sens. Elle doit se préoccuper des ressorts intérieurs individuels aussi bien que des liens au sein des diverses communautés. Les valeurs de la République sont devenus des slogans et des rhétoriques creuses qui fleurissent à la saison électorale. de faire naître l'espoir. ne sont plus des instruments au service de l'humanité. des filets pour immobiliser les esprits et des armes pour frapper les consciences. Les médias. A l'issue.de résister aux forces d'une vision unique. la finance. . d'un changement positif vers plus d'humanité. La fraternité. Les piliers traditionnels de l'Etat souffrent sous les coups de boutoir des forces impersonnelles qui s'emparent du monde. et avec elle la Raison ou le Progrès. Les Eglises et les institutions religieuses traditionnelles n'ont plus la capacité de résister à la vitesse et à la force des changements politiques et sociaux qui les assaillent vagues après vagues. l'industrie et le commerce se sont accaparés les mobiles de l'Etat souverain et s'en sont fait des remparts pour protéger des intérêts économiques. découpé en tranches ou divisée en catégories. répartie en segments. de Civisme ou de Morale n'ont la capacité de soutenir la République ou la démocratie populaire. La transformation du message religieux doit aussi bien toucher l'individu en proie à la dépression du nihilisme qu'être une source d'inspiration pour la collectivité face aux menaces physiques et psychologiques auxquelles l'humanité est confrontée. Elles sont incluses dans l'Etat souverain qui les ordonnent et les situent dans la sphère privée. La tentation du néant Le pôle opposé est représenté par le nihilisme et la désintégration de la valeur. peine à faire valoir les droits de chaque citoyen. Le libéralisme humaniste qui a animé la construction de l'Etat souverain a été progressivement supplanté par un libéralisme d'indifférence. et avec lui une certaine idée de la laïcité. Les religions occidentales sont donc confrontés à un double défi. la bienveillance ou la charité ne sont plus des leviers éthiques capables de rivaliser avec le cynisme et la misanthropie d'une société rationalisée. ni même en face. de l'eau et de l'air ? Comment combattre des menaces qui ignorent les frontières et les distances comme le réchauffement climatique ? Quelle attitude adopter sur l'extension des armes nucléaires ou la dissémination des mines anti-personnelles ? L'amour. de Patriotisme. qui n'a pas fini de faire des victimes. La force des religions est également amoindrie par la défaillance de l'Etat souverain qui les a inclues en son sein. l'Etat souverain. défaitisme et pessimisme sont au rendez-vous. Pas plus les principes de Nation. Alors qu'elle a été conçue pour gouverner les choses immatérielles et hors du temps. Tout se vaut. Il est facile de voir à l'œuvre cette alternative dans nos sociétés contemporaines. un chacun pour soi. la religion est dans l'obligation de revenir habiter dans le présent et dans le réel si elle veut conserver une place dans l'évolution des peuples. Mais la force du désespoir et de l'impuissance sur la conscience humaine est considérable. Que peut faire l'individu seul face à des fléaux tels que la pollution généralisée des sols. La Science. le respect ou l'altruisme ne peuvent plus être invoqués comme seules forces morales capables de faire entendre raison à la volonté de détruire ou la soif de pouvoir. purement économique et mondialisée. Ce type de culture est capable de mobiliser et de structurer les volontés. Elles ne résistent pas d'autant qu'elles ne sont plus en dehors du monde temporel.

auquel nous invitait plus tôt Pierre Bayle. Tsunesaburo Makiguchi a élaboré une synthèse entre la tradition philosophique occidentale et la perception de la vie à la lumière du bouddhisme. et quelque part de sa rédemption. selon les schémas conçus dans la pensée religieuse du Moyen-Âge ou auprès de certains penseurs des Lumières qui s'y étaient substitués. Reconnaître la force de l'individu Les religions traditionnelles s'organisent désormais tantôt comme des factions politiques militantes et actives. comme par habitude. à éviter la dilution de l'identité nationale. éduqués et surtout guidés. est semblable à l'exercice spirituel du Bodhisattva décrit dans les enseignements du bouddhisme. l'appartenance religieuse. l'orientation sexuelle. Elle ne s'érige pas en idéologie pour remplacer les mécanismes politiques et l'autonomie démocratique. il est possible de réformer l'ensemble de la perception humaine tant dans son intimité que dans sa relation avec les autres. le fondateur de la théorie des valeurs. la philosophie bouddhique propose une attitude générale qui tranche avec les positions fixes des vertus de la religion ou les idéaux abstraits de la politique. ou l'atomisation des cadres politiques classiques. Et la foi. Enfin. mais bien de construire une réalité. par delà ses erreurs et ses errements. Cette culture inédite n'est la propriété ni d'une religion. Elle est instrument de mesure de la valeur des actes. la particularité culturelle. Certaines tentent aux côtés des institutions politiques de faire émerger un nouveau message de solidarité humaine au titre d'une valeur suprême de l'homme et dans l'objectif de sa survie. Ils s'acharnent à contenir la migration des populations.[4] La recomposition du monde Les représentations et les idéologies s'affrontent maintenant à l'échelle du monde entier. Il ne s'agit pas de dire "la" vérité. Ainsi en inscrivant l'ensemble des actions humaines dans le quotidien. encadrés. A bout de souffle. Ils n'échapperaient plus au jugement des hommes et seraient désormais accessibles à tous. puis s'être affrontés sur le terrain du pouvoir temporel. c'est-à- . ni d'une philosophie ou ni d'une idéologie en particulier. Le dogme religieux et politique qui prévaut voudrait que les peuples soient protégés. Les Etats laïcs tentent pour leur part de refonder leurs institutions afin de s'adapter aux nombreux replis des peuples et des communautés sur des dénominateurs tels que l'origine ethnique. Ils continuent de s'affronter. Après avoir entretenu des rapports de vassalité. Principe fondateur de l'existence La force de la démarche bouddhique repose entièrement et exclusivement sur la foi. de la bonté ou du bénéfice. Cette culture philosophique contient tous les germes des actes du quotidien qui constituent la substance de la vie en société. tels deux appareils antagonistes au sein d'un même système mondialisé qui les dépassent. En revenant aux qualités fondamentales de la beauté. Le bouddhiste ne recherche pas la vérité ou la perfection dans un pouvoir surhumain ou un gouvernement parfait. notre monde tarde à faire émerger un nouveau modèle démocratique et humaniste. ce qui lui permet de rectifier son point de vue en fonction du réel. Cette démarche bouddhique ne s'impose pas comme une source d'inspiration morale. Cette sorte d'éveil permanent. Il s'exerce à dire ce qu'il pense pour le confronter à ce que les autres pensent et disent. Des concepts collectifs comme la nation ou la fraternité surévaluent les relations entre les individus au détriment des individus eux-mêmes. La plupart cherchent des solutions. La philosophie bouddhique s'appuie sur la cohérence entre la pensée. Les moutons ont découvert les secrets des bergers et savent fabriquer toutes sortes d'armes contre les loups. Ce dogme est vide de sens dans le nouveau monde de l'information. le religieux et le politique sont à présent et paradoxalement d'un même côté de la barrière. Elle participe de la volonté de reconnaître la valeur et la force de l'individu au delà du poids de la multitude. En reconnaissant la valeur de chaque vie. Pourtant c'est sur la force individuelle que repose l'ensemble des actions politiques et religieuses. et une base de réflexion. tantôt comme des forces morales d'inspiration universelle. le discours et les actes. Elle est un ensemble d'outils conceptuels permettant de percevoir le monde qui nous entoure et les interactions entre tous les éléments qui le composent. Puis il s'entraîne à faire ce qu'il dit pour démontrer l'authenticité de sa pensée et de son discours. Cette reconnaissance se fonde sur une culture des valeurs attachées à l'individu et non au collectif. la politique et la religion ne seraient plus des faits transcendant ou immanents.

cher au philosophe Michel Onfray. Mais comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises et sous des angles divers. de la totalité de la vie.la nature mystérieuse de notre vie. Mais la culture n'est pas la substance de l'existence fondamentale de l'être humain. est une démarche personnelle et intime. Il s'agit. La culture est comme un écosystème. La culture est l'action qui prouve la dynamique constante et inépuisable de la Loi de Myoho-Rengue-Kyo au cœur de la vie des gens. elle entoure l'ensemble de l'humanité et baigne individuellement chacun de nous. pour le dire de manière simplifiée. de l'environnement. l'expérience de la foi. que l'esprit ne peut appréhender et que les mots ne peuvent exprimer"(The Writings of Nichiren Daishonin. ou que l'on obtient par un certain type d'éducation. tout ce que fait l'homme. en soi comme dans les autres. Cette confiance ne repose pas sur la crédulité mais sur l'expérience de la réalité à une échelle qui dépasse de loin la dimension de l'individu mais sans jamais l'écraser de sa masse infinie. et par extension de la foi dans la Loi fondamentale de Myoho-Rengue-Kyo. Telle un océan. A ce stade de mon propos. Ainsi. Nous avons alors conscience d'un cheminement cohérent de vie et de pensée qui oriente de manière déterminante notre existence. La foi est le principe constitutif de l'existence. Elle naît et se développe en chacun de nous. Vol. Cette discipline nous entraîne sur le chemin de la foi et par là même sur le chemin de la confiance. Ce principe élucide la nature des relations qu'entretiennent les éléments constitutifs de la vie. un éveil. Il serait donc vain et inutile de ma part de vouloir mettre en mots ce que le moine Nichiren décrit comme : ". L'expérience que nous en faisons est entièrement personnelle. Elle est le résultat de l'action de l'humanité. provoque une prise de conscience. laid.dire la force de croyance. Loin des croyances dogmatiques. Elle est la production manifeste de la théorie de l'action. l'individu à employer la loi fondamentale de l'existence (Myoho-Rengue-Kyo) et à capter toute sa force. peut-être même depuis sa conception. le Karma. La perception singulière que chacun de nous a des événements qui surviennent dans son histoire personnelle. 1. la foi. Ce qui favorise l'édification de la foi repose sur la culture dans laquelle chacun de nous baigne depuis sa plus tendre enfance. bon. d'une expérience individuelle et décisive. car il transcende les limites relatives de la vie ordinaire et s'étend bien au delà des frontières tracées par les religions conventionnelles. Elle est la manifestation du réel. Elle n'est pas non plus produite par les seules sciences ou les techniques. la manipuler ou la renforcer. de l'ensemble de l'environnement. Notre société moderne associe les convictions avec les certitudes. La foi est ainsi perçue comme l'élément constitutif fondamental à la base des liens entre les individus. La culture est la matière qui habille la force vitale de l'humanité. cruellement. la foi avec une certaine forme de motivation personnelle. mauvais. ni sa destination finale. tout ce que dit l'homme. La culture dont je parle n'est pas simplement ce qui provient des arts. p. Mais la foi n'est pas une fonction physiologique. une aptitude mentale ou encore un trait de caractère. que ce soit beau. La nature et la qualité de cette confiance échappent partiellement ou parfois totalement aux représentations construites par les systèmes religieux ou politiques qui se sont succédés jusqu'à nos jours. La foi est un concept distinct de la conviction ou des convictions. le principe fondateur du bouddhisme est de l'ordre de l'expérience concrète et non de l'expérience transcendantale. Le bouddhisme est la philosophie qui élucide et déploie les innombrables facettes du principe fondateur de l'existence. Certains vont jusqu'à penser qu'il s'agit d'un muscle et qu'il suffit de techniques de méditation ou des méthodes d'exploration psychologique pour la nourrir. à chaque .. bénéfique ou nuisible. Ce n'est pas quelque chose dont on hérite génétiquement. La foi est l'acte de parcourir ce chemin en conservant résolument l'orientation que nous donnons à notre vie tout en développant pleinement la relation que nous avons avec l'infinie diversité de notre univers. Il ne dit ni l'origine initiale de la vie. Nichiren donne une définition ardue mais synthétique de ce principe existentiel : "La vie. il est possible de découvrir l'incroyable variété de l'existence humaine et de mettre en lumière l'un des principes constitutifs de l'existence. Mais ce qui fait défaut.. il me faudrait expliquer ce qu'est la Loi de Myoho-Rengue-Kyo. composée d'une multitude d'interactions et d'éléments. 4). par la pratique et par l'étude quotidienne. c'est la capacité de percevoir la culture. La foi se nourrit de l'expérience de l'hapax existentiel. n'est pas une chose qui provient de l'extérieur. La culture est tout ce que pense l'homme. Il est aussi une discipline qui entraîne. La conviction n'est pas dans les livres ni dans les discours ni dans les pensées des autres.

soi et environnement de tous les êtres non-sensibles dans les trois milles mondes. ciel.instant. . imprègne le monde des phénomènes et est révélée par les phénomènes. qu'ils soient plantes. c'est vivre la relation d'inclusion mutuelle avec la vie. ou la plus fine particule de poussière. à la fois soi et environnement de tous les êtres sensibles dans les dix états de la vie. terre. à chacun de ses instants et au travers de tous ses phénomènes". S'éveiller à ce principe. à chaque instant. est à la fois corps et esprit. La vie.

Cette vision surhumaine est efficace sur des mentalités dominées par les superstitions et l'obscurité intellectuelle. les cercles d'amitiés. Au travers de réseaux et de technologies toujours plus accessibles. Les barrières du temps s'effacent. Les groupes à échelle humaine offrent des possibilités d'adaptation et une flexibilité largement supérieures aux grands ensembles anonymes et déshumanisés. même si cette dernière occupe une part importante de la gestion des ressources. omnipotente. Les frontières conventionnelles héritées de l'Eglise et de l'Etat souverain sont abolies. la proximité. D'autant que la technologie et les progrès scientifiques ont multiplié les capacités intellectuelles et physiques des individus. Nombre de religions continuent de promettre une vie meilleure dans un hypothétique au-delà ou de dire simplement la morale sans intervenir dans le concret. Les grandes religions monothéistes ont proposé comme filiation commune une puissance divine éternelle. Une planète dominée par la loi du marché n'est certainement pas la garantie de la paix mondiale. Aujourd'hui. tous les efforts collectifs de l'humanité se sont portés sur l'extinction de la souffrance et l'obtention du bonheur.. une loi décidée et dictée par les hommes et auquel nul homme ou institution de l'homme ne pourrait déroger. mais une action individuelle de terrain. C'est le retour aux cellules sociales de base : le couple. s'exposent dans l'espace public et forment des noyaux de résistance. la démocratie ne peut se résumer à la seule dictature du plus grand nombre. la vie de quartier. Surtout. L'argent n'est pas le gage du bonheur. apprendre et produire de la vie. mais les idéaux qu'il porte demandent une refondation de son socle idéologique et un projet qui dépasse le seul combat contre le capitalisme et une certaine vision du libéralisme. C'est . Les peuples sont encore conduits à la guerre. une alternative au modèle capitaliste de la société. Ils sont les fissures. Les médias poursuivent leur œuvre de divertissement et d'abrutissement des masses afin de masquer la situation exécrable dans laquelle elles marinent. des actions locales qui hier seraient rester dans l'ombre. La politique est une activité transversale qui se doit d'intégrer l'ensemble des données de la société. Les limites physiques de la planète s'estompent. l'individu apparaît impuissant et isolé. Elle permet un exercice du pouvoir univoque et efficace tant que dure l'ignorance. Elle ne peut en aucun cas être le domaine réservé d'une élite dirigeante imperméable à la diversité des êtres et à la pluralité des points de vue. la politique ne peut continuer d'être exercée sur le modèle de la chaîne alimentaire où le gros mange le petit et les forts écrasent les faibles. l'individu peut comprendre. Les systèmes politiques qui ont émergé de l'ère religieuse ont proposé d'en finir les dieux et leurs représentants sur Terre pour d'adhérer à un bien commun. la famille. dans cette proposition brève et complexe. Ces événements ne sont pas des coïncidences ou des phénomènes isolés. La politique n'est pas que l'économie. encore modestes. Cette nouvelle façon de penser à l'échelle de l'homme a permis les développements sociaux et les progrès spectaculaires de ses trois derniers siècles. La politique de la vie Que l'on adopte un point de vue religieux ou un point de vue politique.[5] Par delà religion et politique Face au vide philosophique qui menace l'humanité. Par extension. Et ce n'est là que le début d'une ère de progrès techniques toujours plus rapide. En parallèle. Partout. Le bouddhisme propose une vision philosophique globale. les stratégies traditionnelles de substitution d'une idéologie par une autre échouent. la fratrie. Mais dans les mentalités. nous invite à repenser l'objectif final de l'action collective et donc de la société dans son ensemble.. De son côté. Pourtant il dispose de moyens encore inégalés de puiser de nouvelles forces dans une sphère culturelle mondiale. à la destruction de l'environnement. La philosophie de la vie offre une solution alternative inédite à l'éternel conflit entre religion et politique. le communisme est définitivement disqualifié comme mode de gouvernement et enterré comme idéal humaniste. des murs invisibles demeurent. naturelle et inéluctable. à des inégalités sociales insupportables. sur la surface apparemment inaltérable de la mondialisation mercantile que l'on nous prétend historique. La relation marchande n'est pas le facteur exclusif de développement du genre humain. Certes le socialisme n'est pas mort. Mais cet exercice du pouvoir a duré le temps de voir les individus faire jouer l'autonomie en faveur de groupes qui échappent aux institutions bâties par l'histoire des peuples. omnisciente et dotée d'une bienveillance à sa mesure. Nichiren. des inconnus se dressent et proposent une autre forme de politique.

ni faire preuve d'un angélisme effréné. développé par les trois présidents successifs de Soka Gakkai au Japon (T. ni grand clerc pour voir que jusque ici. Son action s'exerce aussi bien vis-à-vis des hommes que sur l'environnement de ces derniers et sur leurs cultures. Depuis son origine. Cette démarche demande l'effort de transformation de la perception première que nous avons de l'autre. la nuisance en bénéfice ? La transformation du poison en élixir. Cette perspective bouddhique s'inscrit dans une véritable politique de la vie. Alors il n'est jamais trop tard. Il ne s'agit plus de suivre ou d'adhérer à des projets extérieurs et des lendemains qui chantent. Fondé sur les liens humains et sur une démarche de coexistence pacifique. l'esprit Soka se veut un outil de développement de la personne et de ses qualités uniques. Il s'agit pour chaque personne de devenir responsable de sa propre vie. C'est de loin la gageure suprême. Or il ne faut pas être devin. Il dépend de chacun d'entre nous que cette influence soit positive. une force d'influence déterminante sur les groupes et la communauté dans lesquels nous évoluons tous les jours. Toda et D. . il est possible de mesurer l'impact de nos actions quotidiennes sur le cours de la vie de ceux qui nous entourent. que le bouddhisme oriente son action humaniste. l'esprit Soka imprime une dynamique politique dont l'axe principal est la vie. mais c'est aussi. par les conséquences de nos pensées. même si les situations semblent désespérées. En bouddhisme comme en sciences physiques. tels que nous sommes. Cependant les occasions sont rares de transformer radicalement le destin d'une seule vie. à la santé et à l'épanouissement de tout ceux qui nous entourent. Au fond de chacun d'entre nous. Makiguchi. aucune créature vivante n'aime souffrir. propose de faire émerger un nouveau modèle démocratique. En d'autres termes. D'autant plus si cette personne est animé par l'esprit Soka. maintenant. nous souhaitons le bonheur d'une vie heureuse ici. Même dans le cadre d'une pathologie ou d'une maladie mentale. Je ne veux pas retracer ici la filiation qui nous amène historiquement au bouddhisme de Nichiren. le temps est infini. Comment transformer le laid en beau. Quel sera a motivation d'un changement aussi radical ? La sortie de la souffrance. la philosophie Soka permet la mise en œuvre des principes du bouddhisme de Nichiren. de nos dires et de nos actes. C'est là une vision nihiliste et morbide. J. Car la perception bouddhique oblige à la reconnaissance de la valeur inestimable de chaque individu. Cette attitude philosophique est le terreau fertile d'une profonde mutation des mentalités. Au delà des traditions religieuses.dans la perspective de la création de valeurs pour et par chaque personne. puis d'étendre progressivement cette responsabilité à la sécurité. Ce qui m'importe est d'insister sur l'imbrication de l'action d'une personne seule et de la marche du monde. Ikeda). voire d'une planète entière. Encore plus rares sont les opportunités de transformer le destin de toute une société. La pratique du bouddhisme est une action personnelle. La vie n'est pas une souffrance. L'esprit Soka. aucune des solutions que nous avons essayées ne nous a conduit à l'apaisement de la souffrance et à sa disparition. le mauvais en bon. le bouddhisme ne s'est occupé que de cette question fondamentale. Sans se faire d'illusions. et par extension des structures sociales et économiques qui régissent les peuples. voilà le véritable enjeu et le défi du bouddhisme.