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12 jeudi 22 septembre 2011

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ÉTHIQUE POLITIQUE AuxAux JardinsJardins dudu RéduitRéduit :: ilil pleutpleut desdes orangeadesorangeades LADY OSCAR
ÉTHIQUE POLITIQUE
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LADY OSCAR

Mardi, le Président de la République annonçait une possible démission. Certains sont choqués, voire outrés, et d’autres scep- tiques. Je ne suis ni étonnée ni dubitative. Pourquoi ? Parce que c’est Sir Anerood Ju- gnauth. Que voulez-vous que je vous dise de plus ? L’homme au franc-parler, l’« animal politique » pour reprendreAristote, dont les prouesses et ratages mais aussi ses récentes prises de position sur la conversion ou la pei- ne capitale vivotent à ce jour dans les débats politiques ou sociaux du citoyen lambda. Et ce bien que certaines de ses opinions en tant que Président de la République soient quali- fiées d’agitatrices ou semblent être guidées par la passion plus que la raison, par rapport aux actes qu’elles engagent. Qu’importe ! On se garde de lui montrer du doigt (au risque de se le faire sauter), par respect. Du moins c’est le sentiment que j’éprouve pour l’homme – je veux dire le père, cela va de soi, parce que pour ce qui est du reste… En tout cas, puisque que chacun y est allé de bon cœur, offrant par moments des analyses à mon humble avis, quelque peu discountées, il est certain que l’annonce d’une éventuelle démission, qu’elle se fasse au nom du père, du fils et de Paul… Pierre et Jacques (ou d’une malade) donne à réfléchir notamment sur l’existence ou l’inexistence d’éthique politique chez nous. Emmanuel Kant, philosophe allemand et père de l’idéalisme transcendantal conce- vait que les serpents et les colombes peuvent cohabiter. De surcroît, il était persuadé que les colombes finiront par s’imposer. J’adore Kant. Mais d’un point de vue personnel, je pencherai plutôt pour ceci : admettons que les serpents et les colombes puissent se retrouver côte à côte, mais je doute fort, très fort, que les colombes puissent se per- mettre de sommeiller en toute quiétude. Voyez-vous, l’éthique politique, qui appelle au jugement éthique pour toute action poli- tique, semble procéder de la même manière. Ce qui me fait penser à une citation de Baruch Spinoza, le philosophe hollandais. Dans son œuvre « L’Ethique », Spinoza ne dit-il pas, « Les hommes se trompent en ce

qu’ils pensent être libres, et cette opinion consiste en cela seul qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. » ? Bref,pourreveniràl’éthiquepolitique, perçu correctement, le processus rejoint l’éthique et la politique sans supposer qu’il puisse biaiser le conflit qui existe entre elles. Qui plus est, ce conflit en question, ne devrait pas être interprété de façon conventionnelle. Comprenez, la politique en tant que domaine du pouvoir absolu, gouverné par des péremptions prudentielles, et l’éthique, en tant que domaine du principe absolu, régi par les impératifs moraux. D’un côté, nous avons les citoyens qui accusent les poli- ticiens de violation des principes moraux, et de l’autre, les politiciens se critiquent et se défendent les uns les autres en faisant appelauxmêmesprincipes.Lescritiques peuvent être auto-satisfaisantes ou avoir des intentions bien cachées. Mais qu’importe les motivations, le discours moral est important en politique. Tout simplement parcequel’éthiquepolitique constitue qu’on le veuille ou non, une base importante de la politique démocratique. Et pour plusieurs raisons. Elle sert de critère aux citoyens pour qu’ils puissent

juger de manière beaucoup plus objective les actions des élus et autres personnali- tés, et les tenir responsables de certains actes. Elle suggère aussi la nécessité de mettre sur pied des dispositifs qui peuvent garantir la responsabilité dé-

mocratique. Les hauts fonctionnaires de l’État commettent des actes immoraux, par gourmandise, par soif de pouvoir, ou par loyauté à la famille et les amis. Cepen- dant, la plus perplexe des immoralités des titulaires d’une charge publique désignée, revêt une allure beaucoup plus noble. Elle est celle commise, non pas dans l’intérêt d’assouvir des buts person- nels, mais celle commise aux dépens de l’intérêt public. « Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu imagines qu’on peut gouverner innocem- ment ? », nous rappelle Jean-Paul Sartre dans « Les Mains Sales ». Au final, le problème avec les mains sales, c’est que cela colle parfaitement à la description de ceux et celles, lesquels au nom du bien public violent sans ver- gogne les principes moraux. Et ils sont nombreux. De plus en plus nombreux.

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Avortement : grossesse après viol

JACQUELINE LE BLANC

« Si l’avortement était légalisé ma fille ne sera pas là aujourd’hui – Que le gouvernement n’abandonne pas les enfants ! »

L’avortement est d’actualité. Au cours de nombreux échanges à ce sujet j’ai été heureuse de voir

s’exprimer le rejet de l’avortement :

« Cela équivaudrait à tuer une vie » ;

« mettre un terme à une grossesse est

un meurtre ». Il y a cependant ceux qui pensent ainsi mais qui feraient une exception dans le cas d’une grossesse après viol. On peut com- prendre leur sensibilité à cet égard ; le viol est abominable. Voilà pourquoi les promoteurs de la légalisation de l’avortement mettent les cas de viol en avant car ils savent que cette sensibilité fera plus facilement que l’on accepte l’avortement. Creusons un peu le problème. Si j’accepte l’avortement dans ces cas, je cautionne un meurtre car la vie d’un enfant, fruit d’un viol, ne diffère pas de celle des autres :

Témoignages d’une jeune femme (dans les procès-verbaux du parle- ment de Louisiane) : « Ma mère avait été violée. Elle n’a pu m’élever mais je la remercie de m’avoir donné la vie et de m’avoir permise d’être heureuse dans ma famille d’adoption. »

Si elle avait été tuée dans le ventre de sa mère, cela n’aurait-il pas été un meurtre ? Le plus merveilleux c’est que son témoignage est parvenu à sa mère. Elle a compris qu’il s’agissait de sa fille et a pris contact avec elle. La mère est venue témoigner à son tour :

« Après le viol j’étais dans un tel état que si l’avortement était légalisé et qu’on me l’avait proposé j’aurais sans doute dit “oui” et ma fille ne serait pas

là aujourd’hui ». Elle a ajouté cet ap-

pel : « Que les gouvernements n’aban- donnent pas les enfants ! » Ce témoi- gnage confirme que la femme n’est pas toujours en état de prendre une décision, de résister à une pression de son entourage concernant l’avor- tement. Il est nécessaire de prendre soin de son état psychologique. On compatit avec raison au trau- matisme de la femme. Cependant, même pour elle l’avortement est-il la meilleure solution ? L’avortement ne lui fera pas oublier le traumatisme du viol mais un autre traumatisme viendra s’y greffer. J’écoutais un jour une conférence donnée par une dame sud-africaine, Mrs Gersigny. Elle a dit, parlant de la femme enceinte après viol : « Garder l’enfant fera partie du processus de guérison ». Les lecteurs seront sans doute surpris par une telle déclaration. Je l’ai été moi aussi. Si j’étais con- tre l’avortement même dans ce cas

– car il s’agit toujours d’un meurtre –, je ne comprenais pas comment garder l’enfant pouvait faire partie du processus de guérison. Voilà que deux ou trois mois plus tard je lis le témoignage d’une américaine, mère de famille épanouie : « J’avais 15 ans. J’ai été violée par le père d’une camarade. Ce fut épouvantable. Puis j’ai découvert que j’étais enceinte et il y a eu pression pour l’avortement. Mais j’ai dit “non”. Petit à petit je me suis mis à penser à l’enfant et j’ai oublié le viol ; “l’enfant m’a guérie” ». C’était un exemple concret de la déclaration de Mrs. Gersigny. Elle a ajouté : « Je ne pouvais pas élever mon enfant. Je l’ai donné en adoption et je suis heu- reuse de penser qu’il a fait le bonheur d’un couple ». Je voudrais terminer sur une ima- ge que je n’oublierai jamais : j’avais voulu rendre une visite de réconfort à une jeune dame que nous avions suivie à l’Action Familiale pendant quelque temps – pour l’aider à être enceinte, mais en vain –, car je savais qu’elle en était très malheureuse. Je frappe à la porte, elle ouvre et je vois un visage rayonnant – il n’y a pas d’autres mots pour décrire ce que j’ai vu : elle rayonnait. Elle venait d’adopter un bébé. Les lecteurs seront sans doute heureux de savoir que la grossesse après viol est rarissime.

DÉVORÉ PAR SES FAILLES…

Wanted 15 000 (plus ou moins):

le Dernier Acte

FAILLES… Wanted 15 000 (plus ou moins): le Dernier Acte A MILCAR V EERAPEN Deux semaines

AMILCAR VEERAPEN

Deux semaines de cela, nous nous étions donnés rendez-vous par mil- liers dans les rues de la capitale pour faire entendre notre voix. Nous nous préparions à faire valoir notre droit au ras-le-bol collectif, faire entendre notre désir de changement profond. Et pour ce faire, nous nous étions réunis derrière l’appel du groupe « WANTED : 15,000 Youngsters to Save OUR Future ! » Un groupe qui se laisse aujourd’hui dévorer par ses failles…

Autour d(une cause.

WANTED a fédéré des milliers autour d’une cause. Le 16 septembre, dans la page Forum du Mauricien, Patris se demandait très justement « Eski ti 3000 swiver sa ou bien okontrer ti 3000 mener sa ? » Je pense que nous étions, en

effet, au moins 3000 à nous être senti investis d’une mission,

3000

à nous être déplacés pour mener ce désir de changement,

3000

« leaders » d’un nouvel avenir. Et il est bien là l’exploit

de WANTED. Ce mouvement a remarquablement réussi à réveiller, réunir et mobiliser des citoyens désintéressés qui ont à cœur l’intérêt de leur pays. Le 10 septembre 2011 mérite donc une place évidente dans l’histoire de notre île.

Où est la cause ?

Post eventus, tout d’abord, nous étions beaucoup à souhai- ter une vraie réflexion, une sorte de remise en question, en dé- mocratie participative, pour correctement définir la direction de ce mouvement encore bouillant. Quelques-uns aux rênes

du mouvement hélas, avaient, semble-t-il, déjà décidé de la direction de leur propre chef. Ils ont, en se faisant, négligé le fait que nous ne sommes pas des moutons et que nous nous étions réunis à Port-Louis autour d’une cause commune que nous voulions faire avancer ; non pas autour d’un groupe, d’une personne ou d’un persona. Il nous est donc difficile, si ce n’est impossible, de suivre aveuglément. La remise en question souhaitée n’a donc pas eu lieu et a laissé place à une amplification des vices de gestion du groupe. Quand on filtre les profils de ceux qui demandent à rejoindre

le groupe, on s’ouvre à des pratiques de discrimination. Quand

on lynche et tacle ceux qui critiquent au lieu de les accueillir

pour mieux se construire, on bafoue la démocratie et on s’oriente même vers une attitude totalitaire. Quand la seule solution qu’on trouve pour éviter les débordements est de ne

laisser que les administrateurs publier sur le Mur du groupe, on pratique une politique de forte répression. Quand on nous répète qu’il est strictement interdit de s’en prendre person- nellement à quelqu’un mais que l’initiateur de WANTED se permet, lui, de le faire ouvertement face à Bruno Raya – qui

a soutenu le mouvement – on pratique une politique de deux

poids deux mesures. Et quand on traite ceux qui apportent une critique constructive et qui suscitent une certaine adhésion de « roder bout », on fait de la démagogie.

Les pratiques, les valeurs et les egos du groupe aliènent ceux qu’il avait fédérés en quelques semaines. Et la cause se retrouve engloutie ! Quel citoyen avec un désir de changement peut se retrouver dans le tas de débris qu’est devenu WAN- TED ? Pas moi en tout cas.

Faire avancer la cause !

Et je ne suis pas le seul. Tels les glaciers qui se détachent de

la banquise du pôle nord à cause du réchauffement climatique,

c’est toute une aile – et sans doute la plus solide – de citoyens engagés qui se désolidarise du mouvement WANTED. Un à un, ce sont des individus qui atteignent un point de saturation qui quittent le groupe. Pas parce que nous avons baissé les bras mais parce que nous menons un combat auquel nous sommes fidèles. C’est, du moins, un sentiment partagé que je détecte

parmi ceux qui s’en vont. Car avant WANTED, nous luttions déjà pour ce en quoi nous croyons et nous continuerons à le faire. Le groupe a permis une apogée de l’action citoyenne de la jeunesse mauricienne, diront certains, d’autres parleront de « turning point » ; d’autres encore, préféreront parler d’une simple soupape populaire. En tout cas, il est arrivé à un moment opportun et a su enclencher un réveil plus large du peuple. Aujourd’hui, il s’agit de reconnaître l’exploit de WANTED et d’aller de l’avant en recentrant notre énergie autour du désir de changement éprouvé par des milliers de mauriciens. Car même si le mouvement est quelque peu perdu à ce jour, la cause, elle, ne l’est pas. Nilen Vencadasmy l’écrivait avec beaucoup de pertinence le 15 septembre dernier sur cette même page : « Alors attelons-nous à la tâche ! Notre île a besoin de nous… de nous tous ! » Je pense que le message doit rester le même. Nous avons vu que le mauricien a envie de bouger pour faire changer les choses et faire avancer cette cause. Continuons alors à militer pour une île meilleure, nettoyons-la des vermines !