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Une alternative de gauche est possible

ici et maintenant
Dans un monde bouleversé, l'Europe et la France traversent une crise profonde. Crise économique et sociale,
bien sûr, mais aussi crise de confiance dans la politique. Trop souvent, nos concitoyens doutent de l'efficacité de
leur vote tant la distance entre les programmes de campagne et les actes semble se creuser. Trop souvent, nos
concitoyens ont l'impression que leurs dirigeants craignent plus les mouvements d'humeur des marchés
financiers que la colère des peuples.
En France, nous constatons, amèrement, les conséquences d'une telle défiance : l'extrême-droite progresse,
l'abstention explose.
Nous ne nous résolvons pas à laisser notre pays s'enfoncer dans la crise sans réagir.
Nous ne nous résolvons pas à laisser la gauche au pouvoir décevoir les siens et tourner le dos à son histoire, à
ses valeurs, à ses mots. Notre conviction, c'est que le sursaut est encore possible.
Le temps est venu de présenter une alternative réaliste. Mais le réalisme ne consiste pas à accompagner un
système qui prend l'eau de toutes parts et qui charrie désillusions, colères et tensions.
Le réalisme aujourd'hui, c'est avoir l'audace de la rupture.
Rupture avec des politiques qui échouent, rupture avec des dogmes qui, depuis plus de 35 ans, conduisent des
pays entiers dans l'impasse.
L’urgence commande d’engager ici et maintenant des changements concrets, des reformes justes, des nouvelles
pratiques politiques et démocratiques qui donnent du contenu à cette alternative.

« Maintenant la Gauche » n’a jamais versé dans le simple commentaire de l’action de l’exécutif, pas plus que
dans la seule condamnation de la dérive libérale de celui-ci. Depuis plus de deux ans, nous ne cessons de
proposer un autre chemin pour la gauche au pouvoir.
Nous défendons une réorientation européenne contre l’austérité par un rapport de force avec nos partenaires.
Nous plaidons pour la relance, la priorité à l’emploi, le redressement industriel, la transition écologique, la réforme
fiscale et le ciblage des aides.
Si nos analyses se sont souvent trouvées validées par les faits, nos critiques ont toujours été accompagnées de
propositions concrètes, étayées, prenant appui sur les engagements pris devant les Français tant lors
des présidentielles que des élections législatives.
Mais nous avons concomitamment entrepris un travail sérieux de réflexion, d’échange avec les diverses
composantes de la gauche de gouvernement et les écologistes – en particulier au sein du club Gauche Avenir.
Le rassemblement a besoin d’un contenu programmatique et d’une perspective de transformation
sociale.
Les idées de « Maintenant la Gauche » font leur chemin. Le front de ceux qui partagent nos critiques et la
nécessité d’infléchir la politique s’est élargi.
La nécessité du rassemblement à Gauche est de plus en plus partagée. En tout cas, c’est ce qu’affirme le premier
secrétaire transitoire du PS et la plupart de celles et ceux qui se présentent devant les électeurs.

L’an dernier notre université de rentrée avait, à travers la présence de personnalités de premier plan du PCF
et d’EELV, permis de manifester une volonté unitaire entre les rouges, les roses, les verts et la possibilité
d’agir ensemble.
En cette rentrée, il nous parait indispensable d’aller plus loin et de formuler en commun les points clefs, pour
un sursaut à gauche et une réorientation de la politique gouvernementale. C’est l’ambition du manifeste que
nous proposerons à toute la gauche et au mouvement écologiste.
Ce manifeste sera en premier lieu présenté aux militants socialistes qui attendent un débat constructif et ne se
résignent pas à écrire la chronique de défaites annoncées.

 L'alternative à la finance folle : la régulation ;
 L'alternative doit être économique : vite la relance !
 L'alternative doit être sociale : défendre les salariés, l'emploi et la protection sociale ;
 L'alternative doit être émancipatrice : la culture et l'éducation au cœur de notre action ;
 L'alternative doit être démocratique : vers la VIème République !
 L'alternative doit être européenne : la nécessaire réorientation ;

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Réguler la finance
La finance nuit aujourd'hui à l’économie réelle. Nombre des dérives passées demeurent, de nouveaux risques
se précisent dans le champ bancaire ou dans ce qu’il est convenu d’appeler le hors banque. Nous ne pouvons
pas nous satisfaire des timides avancées engrangées au niveau mondial, européen ou français.
Une nouvelle loi bancaire doit être présentée au plus tôt.
L'économie réelle demeure très fragilisée tant par les pratiques bancaires que par le poids exagéré de la
rémunération du capital.

Renforcer l'intervention publique au service de l'économie réelle. Ce n'est pas au moment où les
fonds souverains se développent dans le monde que la France doit renoncer à travers des
nationalisations ou du capital public à soutenir ses industries. Par ailleurs, la France emprunte à des
taux très bas et la plupart des actions publiques ont un rendement supérieur. La politique de relance
doit renouer avec la philosophie d'aménagement du territoire, en instaurant avec les collectivités
locales des formes nouvelles de planification, engageant réellement chacun sur des actions et
résultats garantis dans la durée.

La régulation c’est aussi faire obstacle au mouvement de libéralisation généralisée, qui va du
TAFTA aux accords entre multinationales ou au sein l’UE qui poursuit le démantèlement des services
publics, imposant la concurrence quasi absolue partout.

Les discours sur la baisse des prix que ces politiques induiraient sont un leurre. En France
plutôt que de tout déréglementer mieux vaudrait mieux encadrer, simplifier, réguler et contrôler. Cela
va des activités immobilières à des secteurs où l’intérêt public doit être affirmé.

 Une seconde loi bancaire, qui va plus loin dans la séparation entre banque de dépôt et banque
d'investissement, qui interdit le Trading à très haute fréquence, qui dote la puissance publique d'outils
efficaces pour combattre l'évaporation fiscale, via les places offshore. Nous voulons cette séparation entre
dépôt et investissement, ou un élargissement substantiel du champ des activités spéculatives à cantonner.
Nous voulons également qu'elle définisse les missions de services publics de l'ensemble du secteur
bancaire (privé, coopératif, mutualiste ...) et adapte le code monétaire et financier en ce sens ;
 Mettre en œuvre reprendre l'engagement n°7 du candidat Hollande : interdiction aux banques françaises
d’exercer dans les paradis fiscaux (au-delà d’une simple obligation déclarative), interdiction des produits
financiers toxiques, suppression des stock-options sauf pour les entreprises naissantes, encadrement des
bonus, taxation complémentaire des bénéfices de banques (de 15% - là encore bien au-delà de ce qui a été
fait) ;
 Un mandat impératif au gouvernement, d'une part pour aboutir à un accord européen plus ambitieux et
rapide en faveur de la taxe sur les transactions financières, d'autre part pour que les règles prudentielles
européennes n'amènent pas à abandonner les prêts à taux fixe dans de nombreux secteurs, notamment
l'immobilier ;
 Un moratoire sur la mise en œuvre des normes de Bâle III, (réglementation bancaire établie en 2010 qui
impose un très haut niveau de fonds propres aux banques pour sécuriser le système mais réduit aussi leurs
capacités de prêts) comme c'est le cas aux USA. Ces normes bancaires ne sont pas seulement techniques
mais éminemment politiques. Aujourd’hui, elles contribuent à réduire à l’excès la prise de risques. De
nombreuses PME en font les frais.

 Élargir et renforcer l'action de la BPI : La banque publique d'investissement doit pouvoir agir même
lorsque les banques n'acceptent pas de financer certaines PME ou certains projets industriels ambitieux.
Cette distinction est essentielle pour sauver des entreprises viables, que les banques refusent de financer
au regard de leur ratio risques (des banques et pas toujours des projets). Trop d'entreprises ferment la
porte, paient des agios bancaires insupportables, sont bloquées faute d'aides adaptées de la BPI. Il faut
renforcer le FSI et le capital public dans les entreprises et ne pas craindre des nationalisations fussent-elles
temporaires. Les 93 milliards du Livret A qui ne sont pas centralisés à la CDC (soit 35% de la
collecte) et que les banques conservent sans être capables de rendre compte de leur usage devraient
être consacrés à des programmes d’intérêt général et à la BPI qui pourrait a minima récupérer
immédiatement les 30 Milliards récemment octroyé sans conditions aux banques.
 le gouvernement doit appliquer la loi ALUR (votée par les deux chambres du Parlement) sur la
régulation des loyers et mettre en place rapidement les observatoires locaux. Il doit, en lien avec la CDC,
créer de nouveaux outils financiers pour permettre aux organismes HLM de baisser des loyers, afin qu'ils
soient mieux adaptés aux revenus des locataires et ne dépassent pas les aides personnalisées au
logement. Les dépenses logement représentent près de 28% des revenus des Français, avec de grandes
inégalités. Les plus pauvres peuvent y consacrer plus de 40%.

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Politique monétaire trop longtemps restrictive, cours de l'euro trop élevé, austérité budgétaire, course au
moins disant social, absence d’harmonisation fiscale : si le continent européen vient de connaître une des
périodes de croissance la plus faible de son histoire, cela ne doit rien au hasard.
Les décisions des dirigeants de l’Union, inspirées par une idéologie archaïque, plongent des pays entiers dans
la récession et contribuent à accroître les inégalités.

Une politique de relance est indispensable :
Il y a un quasi-consensus des économistes sur le fait que l’austérité ne marche pas. Même le FMI, qui a
inlassablement exhorté nos pays à la réduction massive des dépenses publiques, reconnaît aujourd’hui son
erreur. La réduction des déficits à marche forcée conduit à la stagnation et à un redressement lent et pénible
des finances publiques et, dans certains cas, elle peut aggraver leur état.
Les experts du FMI vont même plus loin dans la remise en cause de leur dogme puisqu’ils estiment pour
l’heure qu’il vaut mieux avoir recours à la dépense publique plutôt qu’aux baisses d’impôt, dont l’effet sur
l’activité est aujourd’hui bien plus puissant.

Non seulement la France doit agir réellement pour une réorientation des politiques
européennes, mais elle a des marges de manœuvre propre :
Contrairement à ce que l’on entend parfois, notre pays a encore une autonomie suffisante en Europe pour
prendre les devants.
Le coût de sa dette, qui n’a jamais été aussi bas (moins de 2% par an), le fait que les Français aient un des
taux d’épargne les plus élevés de l’OCDE, créent des marges de manœuvre qu’il serait coupable de ne pas
exploiter.
Aussi nous proposons un tournant de la relance fondé sur 3 piliers :
 la relance de la consommation populaire : des mesures immédiates d’une reprise franche et dynamique,
afin de faire face à l’urgence économique et sociale, qui est aussi la condition de la croissance à long terme.
 la relance par des investissements publics et des grands projets mobilisateurs, à effet rapide sur la
demande mais contribuant dans le même mouvement à remettre à niveau notre pays, alors qu’il accumule
du retard dans de nombreux domaines, faute de se projeter dans l’avenir. Ceci concerne la modernisation
industrielle, les infrastructures, le logement et la transition écologique.
 Une réforme fiscale fondatrice, garante d’une croissance à long terme.
Nous avons détaillé et chiffré un plan de relance de 43 Mds d’euros, dont seulement 28 Mds d’euros financés
sur fonds publics. Allant de la mi-2014 à la mi-2016, il permettrait d’injecter dans l’économie un peu plus de
2% du PIB, ce qui constitue un minimum pour exercer un véritable effet d’entraînement. Rappelons que la
Commission européenne, au plus fort de la récession de 2008-2009, préconisait une relance concertée en
Europe de l’ordre de 1,5% du PIB. Pour sa part, le Parti socialiste avait proposé à la même époque un contreplan de relance, d’un montant de 50 Mds d’euros, dont 40 d’effort budgétaire, soit 2% du PIB.
Lever le tabou de la relance du pouvoir d’achat et de la consommation :
La relance des investissements des entreprises, par une amélioration de leurs marges, est illusoire alors que
la demande fait défaut et que les taux d’utilisation des capacités de production sont particulièrement faibles.
Pour leur part, les investissements publics, dont la mise en œuvre réclame souvent de longs délais, ne créent
de l’activité qu’un certain temps après la prise de décision. Bien sûr, on peut les accélérer, mais sans prendre
le risque de porter atteinte à la qualité de leur sélection et de leur gestion ; des programmes bâclés
débouchent sur de véritables gabegies, voire des scandales financiers, au détriment des contribuables.

Il convient donc d’assumer clairement un volet substantiel de relance de la consommation, justifiée par des
considérations de justice mais aussi d’efficacité.
Certains estiment cette politique vouée à l’échec, en raison de la part élevée des produits importés dans la
consommation des ménages. Ils rappellent, comme d’habitude, la relance de 1981-1982, « péché originel » de
la gauche.
Il est navrant que certains, à gauche, reprennent à leur compte ce prêt à penser libéral. On pourrait tout à fait
soutenir que la politique de relance de 1981 a été… un succès, permettant le redémarrage de la croissance,
qui a atteint un taux de 2,4% en 1982. Si cette politique a été interrompue, ce n’est pas parce qu’elle aurait
échoué à relancer l’activité, mais parce qu’elle était considérée comme incompatible avec le choix de rester
dans le système monétaire européen.
La part des importations dans la consommation des ménages n’est pas aussi importante qu’on le pense
généralement, ne serait-ce que parce qu’elle comprend de plus en plus de services, fournis nécessairement
en France, et parce que d’autres biens, notamment alimentaires, restent très majoritairement produits sur le
sol national. L’OFCE évalue en moyenne à 14% le contenu en importations de la consommation des ménages
et ce taux est même moins important pour les foyers modestes, c'est une raison de plus pour les privilégier.
Une grande partie des importations tient en réalité aux biens d’équipement que notre économie ne fabrique
plus assez.
Augmenter les revenus des plus modestes, des salariés les plus précaires, dont la propension à consommer
est plus importante et qui ne peuvent aujourd’hui presque plus s’endetter, semble donc le plus opportun.
Une profonde révision du pacte de responsabilité et l’annulation des 50 Milliards d'euros de réduction
des dépenses :
On ne peut laisser toutes les entreprises bénéficier de 41 Milliards d'euros de CICE, d’allègement de
cotisations et d’impôts, sans ciblage et sans contreparties sérieuses. C’est du gaspillage d’argent public,
inopérant pour la croissance et l’emploi et ce n’est pas juste. Les aides publiques doivent être toutes ciblées et
faire l’objet de contreparties. De ce point de vue, il convient de revoir complètement le mécanisme du CICE et
suspendre les autres mécanismes d’allègement de cotisations ou d’impôt. Une remise à plat des aides aux
entreprises doit être rapidement engagée.
La réduction massive de la dépense publique va avoir un effet déflagrateur sur l’activité économique et
l’emploi, en premier lieu la réduction des dotations aux collectivités locales, premiers investisseurs publics.
Mieux vaut avoir, avec elles, une réflexion sur les meilleurs choix d’investissement à promouvoir que d’en
réduire le volume.
Une autre voie pour une politique industrielle ambitieuse pour développer, moderniser et décarbonner
notre tissu productif :
La ré-industrialisation de notre pays doit être une priorité pour garantir le redressement du pays et l’emploi
dans la durée. Si les services créent de l’emploi, la restauration d’un haut niveau de production industrielle est
essentielle pour restaurer notre balance commerciale et irriguer à nouveau tout le tissu économique. Elle
passe moins par une course à la baisse des coûts et des prix que par une montée en gamme, une innovation
généralisée et par des plans de filières qui concernent de nouveaux secteurs comme la mutation écologique
et la modernisation technologique de l’existant.
Ces plans de filières pourront associer la puissance publique (nationale, régionale), les différentes entreprises
(grosses entreprises, sous-traitants, etc.), les partenaires sociaux, les centres de recherche. C’est d’autant
plus important si l’on veut effectivement engager la transition écologique et énergétique.
Cette politique suppose aussi une réflexion approfondie et des mesures opérationnelles de conversion sociale
pour les salariés des filières industrielles en voie de mutation.
L’avenir industriel du pays suppose aussi la mise en œuvre de mesures défensives contre les OPA hostiles et
les délocalisations, sujets sur lesquels les salariés doivent pouvoir intervenir.

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-1 le vote dès la loi de finances 2015 d’un plan de relance avec 2 volets – le soutien la consommation
populaire (28 Mds €) et des investissements publics et privés (15 Mds €) :
Coté pouvoir d’achat, il convient d’augmenter les salaires dans les secteurs abrités de la concurrence
internationale, pour lesquels le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) complété par les mesures du « pacte
de responsabilité », constitue un effet d’aubaine. Il nous paraît également nécessaire d’améliorer
temporairement l’indemnisation chômage – à l’instar de ce qu’a décidé Barack Obama dans son pays –, de
rallonger le chômage partiel et de porter son taux à 80% du salaire, tout en rendant le dispositif réellement
accessible aux PME, de revaloriser et verser le « RSA activité » à tous les travailleurs modestes qui y ont droit
et dont beaucoup l’ignorent, de réduire la pauvreté des enfants et des jeunes en revalorisant, selon l’évolution
des revenus, les prestations familiales sous condition de ressources, et d’ouvrir l’accès des minima sociaux à
18 ans.
Cela passe aussi par une politique de réduction des dépenses contraintes qui pèsent lourd pour nos
concitoyens avec la régulation stricte et rapide des loyers, la lutte renforcée contre les dépassements
d’honoraires des professions médicales en rendant opposable les tarifs de sécurité sociale sous peine de déconventionnement, la recherche de la suppression des doublons d’assurances parfois ignoré des intéressés,
qui payent donc deux fois le même service.
Coté investissement, un programme d’investissements modernisateurs est aussi nécessaire à court terme
qu’à long terme. Dans le contexte d’un équilibre de sous-emploi, l’investissement privé, très fluctuant, est le
premier sacrifié et il revient à l’État de stabiliser le niveau global de l’investissement en augmentant le sien,
comme le recommandait Keynes.
Comme les entreprises, les administrations publiques doivent saisir les opportunités d’investissement rentable
(i.e dont le taux de rentabilité excède le coût de l’endettement), éventuellement majoré d’une prime de risque.
Or, les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas. Sur les marchés financiers, l’État français emprunte à 10 ans
à un taux inférieur à 2%. Donc, en bonne logique, l’investissement public devrait s’intensifier. Pour être plus
efficace, on peut déjà partir de projets programmés qui peinent à se concrétiser faute de financement (faute,
parfois aussi, d’une planification efficace) et bien sûr, privilégier ceux qui promeuvent un développement
durable.
Par exemple on peut doubler les crédits affectés pour l’accélération d’infrastructure de transports comme les
lignes de fret ferroviaire, de canaux, ou encore les tramways urbains (cf. canal Seine-Nord-Europe et plan de
transports en Île-de-France).
Pour réussir, effectivement et dans les temps la généralisation du Très haut débit, 20 milliards d’euros doivent
être dégagés pour les 10 prochaines années. Mais, la charge ne peut pas être insupportable pour les
collectivités et il faut désormais un programme opérationnel assorti d’un calendrier d’exécution.
Le logement doit être une priorité absolue. Au côté du programme « rénovation thermique des bâtiments », un
plan volontariste de construction de logements sociaux ou abordables s’impose et suppose le lancement
avant fin 2014 d’opérations d’intérêt national simplifiées levant les obstacles d’urbanisme ou la création d’une
prime à l’achat de logements neufs, limitée dans le temps et réservée aux ménages les plus modestes.
Il convient de donner une impulsion décisive à des filières industrielles stratégiques pour la transition
énergétique, de promouvoir les voitures à motorisation électrique et hybride par un programme d’achat public
et d’installation d’ infrastructures de recharge dès 2015, de restaurer le bon état de l’eau sur l’ensemble du
territoire, de promouvoir l’éco-conception et de rattraper le niveau de l’effort de recherche publique en
Allemagne.
-2 Mobiliser l’épargne des Français au service du développement économique et industriel :
Nous faisons une autre proposition, celle d’un financement mobilisateur. L’apport de l’État pourrait donner lieu
à l’émission d’un emprunt national à long terme.

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L’épargne française trouverait ainsi à s’investir utilement et directement au service du pays. Cet élan de
citoyenneté préfigurerait un retournement des anticipations et une conversion des esprits à un certain
optimisme.
Les traditionnels contre-arguments, tenant au coût de la dette ou au manque de liquidité de tels titres n’ont
guère d’intérêt quand il s’agit d’établir un lien fort entre la Nation et son économie, ainsi que de sécuriser des
financements à long terme.
Ces investissements devraient s’inscrire au budget de l’État, dans un compte à part, qui permette aux citoyens
de pouvoir clairement suivre l’évolution de ces programmes.
D’une certaine manière, la crédibilité budgétaire des gouvernements dépend aujourd’hui en grande partie de
leur capacité à relancer la croissance.
-3 Engager la réforme fiscale promise lors de la présidentielle – réhabiliter l’impôt par la justice
fiscale :
La réforme fiscale demeure une priorité absolue pour la gauche. Elle doit permettre plus de lisibilité et de
justice dans notre système fiscal et redonner confiance dans l’impôt, élément central du pacte social. Or les
annonces se multiplient, la réalité ne suit pas, l’opacité totale des mécanismes retenus n’a d’égal que les
censures à répétition du Conseil constitutionnel.

Une réforme fiscale est urgente, elle peut être mise en œuvre graduellement mais son
architecture doit être claire, simple et juste.
Elle doit comprendre :
 Une remise à plat fiscale, pour réduire les inégalités et soutenir l’économie productive et écologique ;
 Plus de justice, avec la restauration de la progressivité de l’impôt, ce qui passe en particulier par un nouvel
impôt sur le revenu, qui doit être majeur dans notre système fiscal ;
 L’impôt indirect doit être réduit, sauf lorsqu’il induit réellement des changements de comportement et de
consommation favorables à l’écologie ;
 Une alliance des productifs (PME, salariés) avec un impôt sur les sociétés, progressif et différencié selon la
taille des entreprises, et selon la part des bénéfices affectée au travail (salaires, emploi, formation) ou à
l’investissement ;
 La suppression de nombreuses niches fiscales, en particulier celles qui ont un impact anti-écologique ;
 Une correction face aux inégalités scandaleuses de patrimoines (grandes fortunes et successions
importantes) ;
 L’arrêt de la constitution d’une rente foncière considérable, inégalitaire et anti-économique, par une réforme
de l’impôt foncier ;
 Des incitations à réduire les gaz à effet de serre (fret, importations…).

Nous proposons la création d’une commission nationale chargée de présenter d’ici juin 2015
une nouvelle architecture de l’impôt et des prélèvements.
Mais la priorité de la loi de finances sera d'instaurer la progressivité de la CSG, en fonction des revenus
du foyer, en vue d’une fusion de l’IR et de la CSG, c’est-à-dire d’un grand impôt citoyen réellement
redistributif, ce qui est un engagement pris devant les Français.

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-4 Une mobilisation accrue contre la fraude et l’optimisation fiscales :
Pour cela, il faut renforcer les mesures législatives, par exemple en réglementant les prix de transfert, en
instaurant un droit de suite fiscal et renégocier les accords fiscaux bilatéraux.
Il faut aussi doter notre pays de services spécialisés très performants, mettant en réseaux des
compétences et des administrations, pour pouvoir s’attaquer aux très grosses fraudes comme celle à la TVA.
Comme il y a des conseils de défense et du renseignement informant des parlementaires tenus au secret, il
faudrait créer un conseil de suivi de la lutte contre la fraude, l'optimisation et l’évasion fiscales.
Ce sont des dizaines de milliards qui, à terme, peuvent être récupérés.

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Il est impératif que la gauche réaffirme avec force que les salariés sont ceux qui créent des richesses, qu’ils
doivent être mieux considérés, bien rémunérés, que leur droits doivent être consolidés et élargis. C’est pour la
gauche de surcroît un enjeu politique considérable, quand on voit l’influence croissante du FN chez les
ouvriers, les employés et maintenant même dans la fonction publique. Mais c’est d’abord une affaire d’identité,
de valeurs. La gauche doit représenter et défendre le monde du travail.
Il y a beaucoup à faire pour remonter la pente du désamour, voire de la défiance qui s’est accrue depuis notre
arrivée au pouvoir. Il est urgent de contrer les offensives idéologiques du MEDEF et de la droite qui
confondent entreprise et patronat et ne jurent que par la flexibilisation, la baisse des coûts du travail et du
niveau de protection sociale. Mais les bonnes paroles ne suffiront pas, il faut des actes.
Nicolas Sarkozy a développer une stratégie de mise en opposition des Français les uns contre les autres , les
chômeurs contre les salariés, le privé contre les fonctionnaires, les vieux contre les jeunes. La gauche doit au
contraire unir et souder, dans une communauté de destin, d’intérêt et surtout de projet et de progrès, un large
front de ce qui fait l’essentiel du peuple de notre pays, les couches populaires et moyennes.
Pour porter la cohésion de cette base sociale, il faut agir concomitamment dans plusieurs directions :

Une meilleure reconnaissance des salariés et l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail ;

Un volontarisme en faveur de l’emploi : une action déterminée pour l’emploi des jeunes, la promotion
d’un nouveau mode de développement, durable et local ;

La défense de la protection sociale et la prise en compte des nouveaux défis comme le vieillissement
et la santé au travail.

Une meilleure reconnaissance des salariés et l’amélioration de leurs conditions de vie et de
travail :
La richesse d’un pays est créée d’abord par ceux qui travaillent. Il faut rééquilibrer le travail face au capital. La
feuille de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi. Sans consommation intérieure, les entreprises sont fragilisées,
faute de clients suffisants. Si certains secteurs, confrontés à la concurrence mondiale, doivent être soutenus,
la baisse du coût du travail n’est pas le bon moyen. Trop nombreux sont ceux qui travaillent et ne peuvent
vivre correctement et sont même au-dessous du niveau de pauvreté.
Ce n’est parce que le chômage est élevé qu’il faut que la gauche renonce à améliorer les conditions de travail
et les rémunérations, et diffère les indispensables progrès attendus par le monde du travail. La gauche devrait
s’inspirer du New Deal de F.-D. Roosevelt, qui a consacré, pendant le Grande Dépression des années 30, les
avancées les plus importantes de toute l’histoire du mouvement ouvrier aux États-Unis. Défendre la « valeur
travail » passe d’abord par la valorisation des travailleurs.
Le MEDEF parle sans cesse de la nécessaire reconnaissance de l’entreprise, oubliant , à savoir celles et ceux
qui la font exister et prospérer, les salariés. Ils prétendent défendre la démocratie sociale, mais ils refusent
d’accorder des droits, des capacités d’intervention aux salariés dans la vie et les choix de l’entreprise.
De surcroît, nombre d’enquêtes montrent qu’une très large partie des salariés ne se sentent pas correctement
reconnus, respectés dans leur travail, que le poids de la hiérarchie y est souvent plus forte qu’ailleurs, que le
management n’est pas suffisamment soucieux de donner des responsabilités et que l’accélération des
cadences, l’isolement des salariés, la pression aux résultats créent des souffrances au travail et nuit à
l’efficacité globale.

La gauche doit impérativement engager de profondes transformations sociales en faveur des salariés, qui
passent par une revalorisation des salaires, mais aussi par le recul de la précarité, par une nouvelle
organisation du travail et de la vie des entreprises.
Rien n’est plus important que de retrouver la confiance des ouvriers, des employés, des salariés.

Un volontarisme en faveur de l’emploi – une action déterminée pour l’emploi des jeunes, la
promotion d’un nouveau mode de développement, durable et local :
Après avoir promis l'inversion de la courbe du chômage fin 2013, on ne peut rester passif, sans nouvelles
initiatives quand toutes les prévisions annoncent la poursuite de la dégradation en 2015 et pas d’amélioration
significative avant 2017.
C’est la raison pour laquelle nos propositions économiques choisissent clairement la priorité à l’emploi plutôt
qu’aux dogmes de la réduction de la dépense publique, d’autant qu’à se fixer un cap de restriction budgétaire,
on finit par réduire les recettes et accroître le déficit et l’endettement du pays.
Au-delà, d’autres politiques publiques jouent un rôle important pour la création d’emplois, notamment en
faveur des jeunes.
Il faut toujours privilégier le maintien des salariés dans l’entreprise en renforçant très fortement les
mécanismes de chômage partiel, à l’image de ce qui s’est mis en place en Allemagne.
Ensuite, il faut monter en puissance, donner plus de visibilité et d’efficacité à des actions pour l’emploi des
jeunes.
Enfin, il ne faut pas négliger les capacités de créer des emplois en promouvant l’économie sociale et solidaire,
le développement durable local, l’économie circulaire.
Et plus généralement, il faut jouer à fond la carte du « made in France », de la protection de nos emplois et de
la qualité des produits et services, en veillant à l’application et le respect de normes environnementales,
sanitaires, voire sociales.

La défense de la protection sociale et la prise en compte des nouveaux défis comme le
vieillissement :
La protection sociale est une chance, pas une charge.
Rappelons une évidence :
le déficit de la sécurité sociale est d'abord et avant tout la conséquence d'une insuffisance de recettes. C'est
donc sur le terrain de la bataille pour l'emploi, de la politique économique et industrielle, que se noue la
sauvegarde et l'approfondissement du modèle social français. Et certainement pas dans le rabotage progressif
des prestations sociales (famille, retraite, assurance-maladie) et la soumission au discours dominant sur la
baisse des charges sociales, qui sont d'abord et avant tout des cotisations sociales, destinées à financer un
système qui contribue à la qualité de vie mais aussi à la compétitivité...
Par ailleurs, l'insuffisance des recettes s'explique aussi, comme la Cour des Comptes vient de le dire (et au
passage de tordre le cou aux fantasmes sur la fraude sociale des allocataires) par l'ampleur de la fraude aux
cotisations sociales : 20 milliards d'euros, soit l'équivalent du déficit de la Sécurité Sociale ! Il est donc
nécessaire, à l'instar de ce qui a été – timidement mais réellement – engagé en matière de lutte contre la
fraude fiscale, de mettre en place un plan de lutte contre la fraude aux cotisations sociales, avec un objectif
chiffré annuel et un renforcement des moyens des corps de contrôle.
Au-delà de son financement, qui bénéficiera utilement de la nécessaire réforme des prélèvements fiscaux et
sociaux introduisant plus de progressivité, notre système de protection sociale doit évoluer, pour tenir compte
de l'évolution des besoins sociaux, de l'allongement de la vie et des progrès du système de santé.
Les principes directeurs à l'origine de la création de la Sécurité sociale au lendemain de la deuxième guerre
mondiale, dans un contexte bien plus difficile, demeurent pertinents. Ainsi, en matière de politique familiale, le
double objectif d'universalité (soutien à toutes les familles) et de lutte contre les inégalités doit être maintenu.

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En matière de santé, parce que le service public garantit le principe d'égalité, un plan de consolidation de
l’hôpital public, en termes d’investissements, de création de poste, de maillage territorial, d’évolution des
pratiques médicales doit être établi en sortant de la vision budgétaire du rationnement au profit d’un souci de
la qualité des soins. La situation des urgences demeure alarmante.
La santé au travail doit être refondée en privilégiant la prévention et la protection des risques, la prise en
compte de l'ergonomie, l'indépendance des médecins face aux pressions des employeurs, le contrôle social
des administrations de l’État et en donnant de véritables moyens aux représentants des salariés.
L'enjeu de l'accès aux soins est central. Pour y répondre, la prise en charge financière par les régimes de
base de la sécurité sociale doit être consolidée, plutôt que de renvoyer aux régimes complémentaires
(mutuelles et assurances privées). En matière de soins comme de prise en charge des personnes âgées, à
domicile ou en établissement, le reste à charge est devenu un sujet majeur de préoccupation de nos
concitoyens, et les seules solidarités familiales ne peuvent être sollicitées. C'est particulièrement vrai aussi en
matière d'optique et de frais dentaires.
L'accès aux soins requiert également une lutte contre les déserts médicaux et une planification assumée de
l'installation des médecins, là où les mécanismes seulement incitatifs ont montré leurs limites.
Surtout le nécessaire renforcement de la prévention, parent pauvre chronique d'un système essentiellement
curatif, milite aussi pour une réforme de la tarification de la rémunération des médecins, pour sortir du
paiement à l'acte exclusif.

-1 Une relance de la politique salariale :
La relance de la politique salariale doit être au cœur des prochaines conférences sociales et faire l’objet d’une
conférence salariale annuelle afin de répondre à plusieurs objectifs essentiels comme :

la revalorisation du SMIC ;

la refonte des grilles salariales réduisant les inégalités de rémunération ;

la garantie que tous les minima conventionnels de branche soient supérieurs ou égaux au SMIC ;

La levée du gel des salaires de la fonction publique s’impose.

-2 Une nouvelle étape des lois Auroux – une loi renforçant les droits des travailleurs dans l’entreprise
et leurs conditions de travail :
Nous ne devons pas céder au chantage – vieux comme le monde – du patronat : « Dérégulez les droits des
salariés et nous embaucherons ! » Cela n’a jamais été le cas. De surcroît, on ne peut se contenter d’avoir de
meilleures statistiques du chômage, si ceux qui ont un emploi ne peuvent vivre dignement de leur travail.
Cette loi devrait d’abord mettre en œuvre les engagements de la campagne présidentielle, comme
l’augmentation des cotisations chômage sur les entreprises qui abusent des emplois précaires, l’encadrement
des licenciements économiques pour combattre les licenciements boursiers, ou encore un droit de reprise
prioritaire par les salariés en cas de cession ou de transmission d’entreprise.
Les salariés doivent être reconnus comme acteurs de leur entreprise et pas seulement comme une force de
travail. Il est très important de renforcer le droit d’information des Comités d’Entreprise (CE) et des instances
représentatives du personnel très en amont des mutations, des changements ou des projets de licenciements.
La loi doit prévoir de donner progressivement aux CE du droit de veto sur des sujets clefs pour le devenir
de l’entreprise (licenciements, investissements, plans de formation, etc.).

13

S’agissant de l’information des salariés, il faut rendre obligatoire la publication par les entreprises de l’usage
des fonds touchés au titre du CICE, mais de façon plus générale des aides publiques.
L’obligation d’informer les salariés avant toute reprise ou transmission et votée par le parlement doit
être immédiatement appliquée.
Le compte pénibilité, issu des négociations entre les partenaires sociaux doit être mis en œuvre avec ses 10
critères comme prévu.
S'agissant de la santé au travail, la loi doit permettre un renforcement des pouvoirs et des compétences des
CHSCT.
La présence des salariés au Conseil d’administration des entreprises doit être renforcée bien au-delà de
ce que prévoit l’ANI.
Les droits syndicaux doivent être mieux garantis et les moyens de l’inspection du travail renforcés.
-3 Lancer le grand chantier de l’amélioration des conditions de travail :
Une conférence gouvernement/organisations syndicales pourrait annuellement fixer une feuille de
route législative, réglementaire ou budgétaire sur l’amélioration des droits des travailleurs et
conditions de travail. Cette démarche pourrait aussi mettre en évidence les revendications et les points de
vue susceptibles de rassembler largement les syndicats. Pour la gauche, si le champ de la négociation
paritaire et la négociation sociale doit être consolidé, il est aujourd’hui indispensable de rééquilibrer la donne
au profit des syndicats et des travailleurs.
Cette rencontre annuelle pourrait aussi traiter du sujet majeur de l’État employeur. Les collectivités locales,
les entreprises publiques ou celles où l’État est actionnaire devraient donner l’exemple en ce qui
concerne les conditions de travail et la reconnaissance des salariés et la lutte contre la précarité.
Au titre des valeurs d'exemplarité de l’État, la médecine du travail doit être présente et effective dans toutes
ses administrations (elle n'existe pas à l’Éducation Nationale, elle est pratiquement inexistante à la Sécurité
sociale, aux Finances Publiques, etc.). Le dysfonctionnement du fonctionnement de la santé au travail est
actuellement manifeste,
C'est pourquoi, il est nécessaire de créer un service public de la santé au travail.
-4 Une loi-programme pour l’emploi des jeunes :
Au-delà de la nécessaire consolidation et du renforcement des emplois d’avenir (en particulier pour veiller à
ce que les jeunes diplômés des quartiers ne restent pas au chômage et puissent valoriser leurs
compétences), il faut accroître massivement le nombre de jeunes en apprentissage, en lien étroit avec
l’Éducation nationale.
Cela suppose de financer correctement l’accompagnement par des tuteurs dans l’entreprise et par les
enseignants. Il faut aussi améliorer la rémunération du jeune et les conditions dans son accueil.
La mise en œuvre progressive de l’allocation d’autonomie devrait permettre aux étudiants de ne plus
devoir travailler pour suivre leur cursus universitaire. Du coup ils libéreraient des postes pour d’autres salariés
et réussiraient mieux dans leurs études.
S’agissant des jeunes diplômés, les entreprises françaises, à l’opposé de leurs homologues allemandes ou
anglo-saxonnes sont très malthusiennes dans le recrutement de docteurs issus du troisième cycle
universitaire.
L’État pourrait lancer un programme 10 000 docteurs pour nos entreprises aidant sérieusement celles qui
recruteraient en plus de tels diplômés – en particulier scientifiques – et mèneraient avec eux de nouveaux
programmes de recherche, d’innovation ou de développement.

14

-5 Des initiatives immédiates pour promouvoir un nouveau mode de développement, durable et local :

 Les contrats de projets État-Régions devraient nécessairement comporter des actions précises et des
objectifs chiffrés de création d’emploi en faveur de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), l’économie
circulaire, le développement local durable. Au-delà des 100 M€ déjà programmés pour l’ESS à la BPI, il
faut mobiliser des sommes nouvelles pour accompagner ce volet des contrats de projets ;

 Des contrats de relocalisation des activités seront négociés avec les entreprises (engagement n° 3 de
François Hollande) ;

 Des postes de douaniers seront créés pour renforcer le contrôle des marchandises importées et le
strict respect des règles et normes sanitaires, environnementales et de toute sorte. En attendant la
possibilité de créer des écluses, ou des taxes aux frontières de l’UE (ce qui est un combat essentiel),
appliquons scrupuleusement les législations existantes.
-6 La protection sociale – santé, vieillissement : deux défis majeurs :
La santé est l’un des premiers secteurs touchés par les politiques d’austérité en Europe. La sécurité sociale
est un des piliers de notre modèle social et républicain. Nos concitoyens y accordent à juste titre une place
essentielle.
La santé et les actions de prévention en direction des jeunes doivent être renforcées en dotant les services de
médecine scolaire de moyens suffisants.
Un plan de consolidation de l’hôpital public, en termes d’investissements, de création de postes, de
maillage territorial, d’évolution des pratiques médicales doit être établi en sortant de la vision budgétaire du
rationnement au profit d’un souci de la qualité des soins. La situation des urgences est alarmante.
Plutôt que la généralisation des mutuelles pour la couverture de certains soins, mieux vaudrait renforcer et
universaliser certains remboursements par la Sécurité sociale dont le coût de fonctionnement est moindre.
Par ailleurs, les soins dentaires et les lunettes doivent être mieux pris en charge. Au regard de la situation
sanitaire du pays, du vieillissement, des retards à rattraper, il n’est pas raisonnable de prévoir 10 Mds d'euros
d’économies – sur 3 ans – dans la protection sociale, même si des changements et la lutte contre certains
gaspillages peuvent donner des marges d’économies.
On ne peut se résoudre à devoir massivement recruter des médecins étrangers, alors que tant de jeunes
Français souhaiteraient exercer cette profession.
Le numerus clausus pour les études médicales doit être supprimé.
De surcroît, cette mesure peut contribuer à résorber les déserts médicaux. Cette mesure devrait
s’accompagner, a contrario, d’un numerus clausus à l’installation afin que les médecins et membres des
autres professions médicales soient conduits à offrir leurs services là où l’on a besoin d’eux. Un meilleur
remboursement par la sécurité sociale, comme nous le proposons, devrait aller de pair avec l’interdiction
effective des dépassements.
Le schéma de civilisation que propose la France repose notamment sur le droit de chacun à la santé. La
protection sociale doit progresser et ne pas régresser, en dépit de la crise.

15

L’émancipation de chacun est au cœur de notre engagement socialiste. L’éducation et la culture, par la
maîtrise des pratiques et des savoirs qu’elles apportent, par le regard critique et informé qu’elles peuvent
permettre d’acquérir, constituent les voies de l’autonomie, de l’égalité et de la citoyenneté.
Quand certains réduisent l'école à l’enseignement des fondamentaux (lire, écrire compter) et que d’autres ne
lui assignent qu'une finalité économique, quand la culture est trop souvent rangée au magasin des
accessoires facultatifs et considérée comme une variable d’ajustement budgétaire pratique, nous réaffirmons
que l’enjeu est décisif :
il s'agit de doter les citoyens d’outils pour analyser et comprendre le monde et les autres.
Mais, si elles constituent des leviers incontournables à qui veut rapprocher le réel de l’idéal, il n’en demeure
pas moins que de fortes inégalités demeurent dans l’accès à ces conditions de l’émancipation (inégalités
sociales, inégalités territoriales, inégalités de genre…). Le système éducatif reproduit trop souvent les
inégalités existantes dans la société : on assiste aujourd'hui à une stagnation, voire à une régression de la
démocratisation de l'accès à l'enseignement et aux diplômes et les « décrocheurs » sont beaucoup trop
nombreux ! D'un côté, l'accès aux diplômes les plus prestigieux est de plus en plus réservé à une élite, qui a
d'autant mieux intégré la culture scolaire que c'est… la sienne.
D'un autre côté, au moins 100 à 130 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans aucun
diplôme. Il faut donc s'attaquer au noyau dur des élèves en situation d'échec, en se donnant les moyens
d'apporter à chaque problème que rencontre un élève une réponse adaptée. Certains tendent à penser qu'il
existe des élèves « irréductibles » à l'acquisition des savoirs, qu'il faudrait exclure pour préserver les autres.
Accepter cette fatalité, c'est renier l'exigence d'égalité. L'inégalité et l'acceptation du déterminisme
commencent dans les têtes des enfants.
Permettre à notre peuple de s’investir dans la construction de son avenir permet à la fois de le rendre partie
prenante du pacte républicain mais aussi d’être acteur citoyen défendant l’intérêt général et mettant de côté
tout intérêt particulier synonyme de division, d’individualisme, de communautarisme. Cette méthode est celle
de l’éducation populaire qui doit retrouver le soutien de la puissance publique, qui a privilégié depuis plusieurs
années une logique consumériste et de prestation de service plutôt que de participation des citoyens ou
empowerment. L'éducation populaire contribue tout à la fois à promouvoir l'esprit civique de nos concitoyens
et à construire les contre-pouvoirs nécessaires dans notre espace public.
S’il faut doter la jeunesse d’un esprit et de capacités critiques, il faut aussi développer le droit citoyen à
l’information de qualité : « Sans l'afflux d'informations, dont la recherche peut être coûteuse, et sans une
reprise de cette information au moyen d'arguments qui supposent une expertise qui n'est pas non plus
précisément gratuite, la communication publique ne peut que perdre sa vitalité discursive.
La sphère publique risque alors de n'être plus à même de résister aux tendances populistes et de remplir la
fonction qu'il est de son devoir de remplir dans le cadre d'un État de droit démocratique » alertait ainsi
Habermas en 2007 en soulignant la nécessité démocratique d’un subventionnement public à la « presse de
qualité », le marché ne pouvant « remplir cette fonction qu'aussi longtemps que la légalité économique ne
cherche pas à asphyxier les contenus politiques et culturels qui portent sur lui ».
Se donner les moyens d’une alternative à ‘la mise à disposition de temps de cerveau disponible’ est une
urgence démocratique.

1- Sanctuariser le budget de l’Éducation Nationale et les 60 000 postes annoncés. D'autre part, les
dotations de l’État pour les premières années de la mise en œuvre des rythmes scolaires dans les
communes doivent être pérennisées sauf à vouloir accroître les inégalités scolaires entre elles.
Au-delà, il convient d’assurer un financement public national suffisant permettant de garantir l’égalité
républicaine et l’organisation d’activité de qualité partout et pour tous. Le gel des rémunérations des
fonctionnaires de l’Éducation Nationale, dévalorisant leur travail, doit cesser.

16

2- Recréer de véritables écoles de formation de professeurs avec un pré-recrutement dès la deuxième
année de licence, inspiré des IPES ou anciennes écoles normales d’instituteurs, seule solution pour diversifier
l’origine sociale des enseignants, mettre fin aux problèmes de recrutement, et mettre en place un véritable
apprentissage des métiers.
3- Lancer un plan de revalorisation des métiers de l’enseignement et revisiter des statuts vieillissants.
4- Faire de l’école primaire, véritable parent pauvre de notre système, une priorité au sein du système
éducatif :
Il est moins difficile d’empêcher un jeune de décrocher que de mettre en place des stratégies coûteuses pour
essayer de le remettre à niveau ! (Faut-il rappeler que la France dépense 20 à 30% de moins par élève que la
moyenne des pays de l’OCDE comparables pour les élèves du primaire ?)
5- Développer la pré-scolarisation dès 2 ans.
6- Poursuivre la réforme des rythmes à tous les niveaux et sur l’année.
7- Mettre en œuvre au sein de l’école le grand plan d’éducation artistique et culturel que nous avions
annoncé en 2012.
Ce projet devait permettre aux enfants de partager une expérience de travail avec des professionnels de l’art,
de la culture, du sport, dans un cadre régi par les règles de l’éducation populaire (égalité, laïcité, ouverture au
monde et à l’Autre) et mis en place par un binôme de ministères (Éducation Nationale et Culture) pour une
véritable égalité territoriale (rurale, suburbaine, péri-urbaine et urbaine), en permettant donc à toutes les
collectivités d'avoir la même qualité d'intervention auprès de chaque enfant. Il convient également de donner
toute sa place à l'« éducation à l'image » et à la maîtrise des médias numériques.
8- engager un débat national pour la création du service public de la petite enfance proposé dans le
programme socialiste, afin de légiférer sur sa création avant la fin du quinquennat.
9- Un gouvernement de gauche se doit de garantir les principes qui ont été édictés pour l'indépendance de la
presse dans le programme du conseil national de la résistance. Il s'agit notamment d'empêcher leur tutelle par
des puissances financières qui ont intérêt à manipuler l'opinion publique.
Nous proposons donc de mettre en œuvre une loi interdisant la prise de contrôle des médias et des
groupes de presse par des sociétés bénéficiant de la commande publique. Révisons également le mode
de subvention public à la presse en intégrant dans leur calcul le niveau de création originale (artistique ou
journalistique).
10- Redonner toute sa force à l’éducation populaire dont la fonction constitutive est de doter chacun des outils
de compréhension de notre monde. Une généralisation du service civique orientée vers les mouvements
d'éducation populaire et les associations peut y contribuer, s'il est élargi à toutes les générations.
11- Assurer l’actualisation du budget de la culture et soutenir la création artistique et les artistes. La
réforme de l’intermittence du spectacle, qui aurait pu annihiler les méfaits de celle de 2003, n’a pas du tout
pris en compte les analyses faites depuis plus de 10 ans. Alors qu’aujourd’hui, les artistes et techniciens du
spectacle se préoccupent d’ouvrir leurs droits à tous les travailleurs précaires de plus en plus nombreux, nous
leur avons claqué la porte au nez en allant dans le même sens que la réforme menée par Jean-Jacques
Aillagon à l’époque : plus d’heures, moins d’indemnités, plus de difficultés pour les petites structures à se
maintenir en vie.
Nous réaffirmons donc clairement que le régime des intermittents du spectacle ne saurait être
qu’amélioré, loin du renforcement de la précarisation acté en 2003. Il ne saurait, en outre, être ponctionné sur
le budget de la culture, déjà mis à mal. Il est aussi important de penser aux artistes hors du monde du
spectacle (auteurs, plasticiens...) qui sont tout autant importants pour le rayonnement et le dynamisme du
pays.

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18

Année après année, de réformes constitutionnelles hasardeuses (quinquennat et inversion du calendrier) en
réformes constitutionnelles partiales, les institutions de la Ve République ont confirmé leur nocivité.
Les citoyens n'ont plus le sentiment que leurs choix et leurs votes pèsent sur l'évolution des événements et de
la société. Ils se sentent dépossédé de leur capacité à agir sur leur destinée collective ; désormais, c'est la
notion de souveraineté populaire qui est clairement mise en cause.
Les deux premières années du quinquennat de François Hollande n'ont fait que renforcer cette impression
populaire. Alors que le candidat avait clairement affiché sa volonté de rupture avec la pratique du pouvoir de
Nicolas Sarkozy, le Président s'est – comme ses prédécesseurs – complètement moulé dans les institutions
monarchisantes de la Ve République. Certes, la Justice est aujourd'hui plus indépendante qu'elle ne l'était
précédemment, mais les principes de la délibération collective et du débat démocratique serein n'ont pas été
renforcés.
En tournant le dos à tout ou partie de ses engagements, notamment dans le domaine économique, le
Président a joué pleinement de la soumission du pouvoir législatif au pouvoir exécutif ; les velléités de
contestation en interne à la majorité parlementaire des choix économiques présidentiels se sont heurtés et
continuent de se heurter à la logique institutionnelle de notre régime : elle renvoie toute décision réelle au
sommet de la pyramide, avec un Premier ministre qui « exécute » la politique définie par le Président, une
majorité parlementaire contrainte, un parti majoritaire sans grande marge d’initiative, dont les militants
s’interrogent sur leur utilité.
C'est pourquoi la crise actuelle trouve ses racines autant dans les mécanismes économiques que dans le
blocage des institutions françaises. Le mythe de l’homme providentiel dont découleraient tous les choix et la
plupart des pouvoirs a démontré son inadéquation.
La faiblesse du Parlement, la crise de représentation des couches populaires, le poids des élites
technocratiques et leur porosité avec le monde de la finance constituent des dangers majeurs pour notre
démocratie.

Une vraie réforme constitutionnelle pour poser les bases d'une VI ème République :
Ainsi, une réforme institutionnelle majeure s’impose. Les conditions de sa mise en œuvre sont complexes, au
regard des majorités à réunir. Elles étaient déjà difficiles lorsque le Sénat disposait d'une courte majorité de
gauche. La voie du congrès est aujourd'hui improbable, alors que le Sénat a été rendu aux conservateurs.
Néanmoins, il revient à la gauche de préparer une véritable réforme constitutionnelle pour le prochain
mandat, d’en clarifier la logique et le sens, mais aussi de modifier la pratique des institutions en donnant
plus de pouvoir d’initiative au Parlement, en ne craignant pas de recourir au référendum à un moment où
nos concitoyens ont le sentiment que leur avis ne compte pas.
Il est essentiel que les réformes engagées sur le non-cumul et la parité avancent effectivement dans les faits
(non-cumul, parité, etc.).
S’agissant du rôle du Parlement, le gouvernement doit s’engager à ne pas utiliser la procédure du vote bloqué
ou du 49.3. Mais beaucoup se joue dans la capacité des parlementaires eux-mêmes à prendre des initiatives,
à manifester leurs prérogatives en exerçant leur droit d’amendement et de contrôle.

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À moyen terme, c'est-à-dire au-delà de 2017, nous devrons revenir sur les excès présidentiels induits par la
Vème République, en limitant son pouvoir de nomination prévu à l'article 13 et la durée des pouvoirs
exceptionnels prévu par l'article 16 : le parlement réuni en congrès doit pouvoir se prononcer sur la pertinence
des pouvoirs exceptionnels dans les 30 jours qui suivent leur mise en application.
Il conviendra également de rénover le fonctionnement du conseil constitutionnel pour le transformer en
véritable cour constitutionnelle, qui permette de consolider son rôle de défenseur des principes et libertés
constitutionnelles sans qu'il n'empiète sur des domaines qui devraient appartenir au seul pouvoir législatif
(notamment dans le domaine économique et social).
Le Parlement doit pouvoir se prononcer sur les questions internationales. L'engagement de la France dans les
conflits armés ne peut pas résulter du seul ressort du président de la République.

Réformer la haute fonction publique :
Il faut engager une mutation de la haute fonction publique, garantir son indépendance et son intégrité. L’allerretour entre la fonction publique et le privé doit être interdit, les règles de déontologie cessées d’être tournées.
Il faut rallonger le délai permettant de quitter le public pour une mission privée dans le même domaine
d’activité. Le mode de formation et de recrutement des hauts fonctionnaires devra être repensé comme leurs
carrières, tant s’est creusé l’écart entre les citoyens et ceux qui devraient être les « hussards de la
République ».

Le pacte républicain, en acte et pas seulement en mots :
Les institutions doivent incarner, porter et défendre les valeurs républicaines. Cela suppose d’abord qu’elles
soient clairement énoncées. Notre constitution doit consacrer des droits contemporains nouveaux : droit au
logement, droits des salariés dans l’entreprise ou pour défendre leur emploi et outil de travail, etc.
La consolidation du lien entre les citoyens, la police et la justice, la lutte pour la sécurité, contre les trafics de
stupéfiants et d’armes, ainsi que celle contre les réseaux terroristes, exigent des moyens renforcés pour les
services de police, mais aussi pour tous les services publics, et un soutien aux associations locales. Les
mesures concrètes, notamment comme l’accompagnement des victimes ou l’arrêt des pratiques de « contrôle
au faciès », doivent être accompagnées par une offensive idéologique sur le respect du droit, des personnes,
et de l’égalité réelle.

Remettre la réforme territoriale sur les rails de l'engagement n° 54:
Il faut consolider la légitimité de l'action publique à tous les niveaux.
La France n'a ni trop d'élus, ni trop d'échelons. Les vrais enjeux sont :
 la clarification des compétences ;
 la simplification de la prise de décision ;
 la redistribution des richesses et la solidarité ;
 la garantie de l'égalité républicaine dans la décentralisation.
Appliquons strictement le non cumul, dotons les élus d'un statut, améliorons les capacités d'intervention des
citoyens, augmentons transparence de la gestion publique.
L'engagement n° 54 de F. Hollande exposait nos priorités :
« Renforcement de la démocratie et des libertés locales […] clarification des compétences […] pacte de
confiance et de solidarité […] entre l’État et les collectivités garantissant le niveau des dotations […] réforme
de la fiscalité locale en donnant plus d’autonomie […] et plus de responsabilité. Une véritable péréquation. »

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Le candidat n'a jamais évoqué la fin des départements. Le président les défendait encore lors des états
généraux de la démocratie locale le 5 octobre 2012.
Les dotations des collectivités ont connu une baisse considérable et nous savons que le gouvernement
souhaite qu'elle se poursuivre.
La réforme territoriale de Manuel Valls est contraire à nos engagements. Nous ne pouvons approuver cette
réforme en l'état. Aucune concertation sérieuse, aucune économie réelle attendue, aucun sens donné à
l'action publique.
Respectons l'engagement n° 54. Menons la réforme fiscale, notamment pour la fiscalité locale. Les doublons
constituent des handicaps pour l’efficacité de l’action publique. Faisons le ménage avec précision.
Garantissons l’égalité républicaine avec une vraie péréquation, le maillage des services publics et
l’aménagement du territoire.
Un enjeu politique est négligé : des populations entières ne se sentent plus représentées, fragilisant la
République, favorisant le vote FN.
Les élus locaux ne sont pas des gestionnaires mais des représentants du peuple. Les transformer en
techniciens traitant de dossiers stratégiques est délétère.
Si des régions ou des départements veulent se regrouper, aidons les. Mais réduire la carte de France à 14
régions, avec une règle à calcul, et supprimer les départements réduira l'efficacité des politiques publiques,
notamment dans les zones rurales, le périurbain et les petites villes en région.
L'impuissance publique vient d'abord de l’État lui-même et du contournement de la souveraineté populaire
dans l'Europe actuelle et la mondialisation libérale.

L’implication citoyenne, le militantisme, la rénovation du politique :
D’une manière générale, sortir de la crise de défiance politique suppose de promouvoir la culture de la
participation, ouvrir des lieux d’expression, faire des partis des lieux de débat et de contre-pouvoir, valoriser le
militantisme et redonner du pouvoir aux citoyens.
La gauche doit interroger sa pratique du pouvoir à tous les niveaux de la société. Depuis 30 ans, notre
conduite dans les collectivités s'est souvent accompagné d'une volonté de tout contrôler parfois dans un souci
d'efficacité de l'action publique mais aussi malheureusement dans l'objectif de limiter les contre-pouvoirs sur
lesquels la gauche s'était pourtant appuyée pour conquérir de nombreuses agglomérations.
Les socialistes doivent donc retrouver le chemin de relations saines avec le monde associatif et lui rendre sa
capacité de contre-pouvoir et d'interpellation des pouvoirs publics à tous les niveaux.

1. Faire entrer dans les actes la loi sur le non cumul des mandats, en imposant aux élus de gauche de s’y
soumettre avant les délais fixés par la loi ;
2. Introduire par la loi une dose de proportionnelle substantielle pour les élections législatives ;
3. Un moratoire sur la réforme territoriale telle qu'elle est aujourd'hui pour la remettre sur les rails de
l'engagement n° 54 ; engager dans le cadre de la réforme fiscale, une révision profonde de la fiscalité locale ;
renforcer les dotations des collectivités territoriales pour qu'elles puissent garantir l'investissement public et
accompagne réellement le développement économique des territoires ;

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4. Renforcer l'initiative parlementaires et la capacité des députés et sénateurs à présenter des amendements
sur les projets de loi de finance et le budget de la sécurité sociale ;
5. Améliorer la loi pour rendre effectif le principe du référendum d’initiative populaire ;
6. Constituer un comité national rassemblant les forces de gauche, des personnalités, des représentants du
monde syndical et associatif afin de travailler à des grandes modifications constitutionnelles.

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La grave dépression qui saisit l'Europe après la plus longue période de faible croissance de son histoire ne
tombe pas du ciel: elle est le résultat des choix politiques et économiques que les libéraux et les sociauxlibéraux continuent à imposer aux peuples de notre continent.
Nous avons toujours soutenu le Président de la République qui avait mis la réorientation des politiques
européennes au cœur de sa campagne. Mais le temps presse et les paroles ne suffisent plus. D’autant que le
gouvernement donne l’impression de contester une voie à Bruxelles tout en prétendant la mettre en œuvre en
France.
Nous restons fidèles au message du candidat Hollande : il faut construire un rapport de forces pour imposer
l’indispensable réorientation de la construction européenne. Et, compte tenu de l’urgence, la stratégie des
« petits pas » est inefficace. Pire encore, elle affaiblit la France et l’Europe.
Pour nous, il est temps de renverser la table. Et de choisir, enfin, une stratégie offensive !
Commençons d’abord par cesser de battre notre coulpe : il est insupportable de voir des responsables de
notre pays se présenter eux même comme le mauvais élève penaud et contrit de l’Europe libéral ! Ne nous
laissons pas donner des leçons par la droite allemande qui pratique le dumping social, refusant de porter une
relance concertée et imposant une austérité qui accroît les inégalités ! Arrêtons de promettre que nous
atteindrons l’année suivante des objectifs de réduction de déficits publics que nous n'avons pas pu atteindre
hier et dont nous savons qu’ils sont irréalistes et dangereux.
Assumons notre refus de suivre le cadre actuel du pacte de stabilité, assumons la nécessité de réorienter vite
la construction européenne, proposons une nouvelle feuille de route en ciblant clairement les priorités, non
seulement pour notre pays mais aussi pour tous les peuples qui désespèrent de l’avenir.
On ne saurait oublier le résultat des élections européennes, qui a placé le FN en tête des formations politiques
de notre pays et le PS en 3ème position avec un score très bas.
Le décrochage entre les dirigeants de notre parti et notre électorat sur la question européenne n’est pas
nouveau. Il ne fait que croître et les Français ne croient plus en nos capacités à modifier le cours des choses.
Nous payons lourdement la ratification du Traité pour la Stabilité, la Convergence et la Gouvernance (TSCG)
sans la moindre modification et la pirouette sur les 120 Milliards d'euros pour une relance et des
investissements dont nul n’a vu la couleur.
Partout en Europe, la montée des nationalismes s’observe avec plus ou moins d’acuité. Ce n'est pas avec des
discours moralisateurs ou des promesses sans l’once d’une concrétisation qu’on pourra contrecarrer la
défiance des peuples que l’actuelle construction européenne met en concurrence, alors qu’il faudrait
promouvoir une solidarité active.

-1 Un moratoire sur le pacte de stabilité et une feuille de route de sortie de crise :
La France serait bien inspirée de demander un moratoire sur la mise en œuvre du pacte de stabilité.
Indiquons clairement à nos partenaires que nous refusons d’accorder la priorité à la réduction des déficits
publics, que nous entendons réviser le calendrier et le rythme de leur diminution. Dans le même mouvement,
proposons à nos partenaires de négocier l’élaboration commune d'une feuille de route de sortie de crise étalée
sur 5 ans.
Cette feuille de route pourrait être négociée et suivie par un comité préparatoire à un gouvernement
économique de la zone euro, constituée en partie de représentants des parlements nationaux.

-2 Un mémorandum français approuvé par le Parlement pour une stratégie de relance économique,
sociale et environnementale en Europe :
Plutôt que d’attendre un improbable consensus, le président de la République et le gouvernement doivent,
comme la gauche au pouvoir l’avait fait en octobre 1981 ou en juin 1984 (par des mémorandums repris
ensuite par la Commission européenne de Jacques Delors), adresser à ses partenaires – en prenant les
peuples à témoin – des propositions de relance économique et sociale et un programme de transition
écologique.
Elle devrait soumettre ce mémorandum au vote du Parlement afin de manifester clairement l’engagement
large des Français autour de cette exigence de changement.
Cette méthode aurait un double intérêt, rassembler la gauche et bon nombre de Français autour de priorités
pour l’Europe et clarifier aux yeux de nos partenaires européens les intentions françaises à court et moyen
terme. C’est une base pour nouer un nouveau compromis, indispensable pour une nouvelle étape de la
construction européenne.
Une politique de relance doit prévoir la mise en œuvre de grands projets industriels pour la transition
énergétique. Il faut que les investissements d’avenir (éducation, enseignement supérieur et recherche,
infrastructures écologiques, numériques et de transport) soient soustraits du calcul des déficits publics.
Remettons en débat la question du statut de la BCE, de l’harmonisation fiscale et de la lutte contre l’évasion
fiscale, proposons une révision à la hausse du budget européen, relançons le projet d’emprunt européen.
-3 Agir pour une nouvelle politique monétaire et revoir le rôle de la BCE :
Nous devons défendre une politique monétaire favorable aux exportations et à la croissance européenne. On
peut se réjouir de voir l’euro baisser. Toutefois, il faut que la parité entre l’euro et les autres monnaies,
singulièrement le dollar, soit durablement arbitrée par les politiques. C'est d'ailleurs prévu dans les traités.
Mais le Conseil européen ne s'est jamais saisi de cette compétence, pourtant essentielle de la politique de
change.
Nous devons obtenir un nouveau rôle pour la BCE : prêter aux États, garantir la dette publique, soutenir la
croissance.
-4 Des convergences sociales vers le haut, condition de la relance et de la solidarité européenne :
Une stratégie de relance européenne doit s'appuyer sur un soutien à la consommation populaire et au
développement d'un marché intérieur fondé sur un progrès partagé et non sur le dumping. C'est pourquoi il
nous faut un engagement majeur en faveur de convergences sociales vers le haut, en particulier avec la
perspective d’un SMIC européen. Ce qui, hier, a été réalisé pour unifier les monnaies doit pouvoir l’être pour
des standards sociaux de base.
Nous proposons que la France organise en 2015, une conférence pour l’Europe sociale avec la CES, les
organisations syndicales, les forces politiques progressistes afin que soient jetées les bases de ses
convergences.
-5 Contre les dangers du Traité transatlantique et le libre-échange généralisé, promouvoir le juste
échange :
L’Union Européenne ne saurait être l’idiot du village planétaire. Le culte du libre-échange généralisé constitue
une menace pour les industries et les salariés du continent. Partisans du « juste échange », nous pensons
que l’Europe a un rôle à jouer pour que les échanges mondiaux soient plus équilibrés. Une Europe qui
privilégie le sort des peuples et des salariés à celui des multinationales. Une Europe qui prenne la tête du la
lutte contre le changement climatique et le dumping social.
Dans ce contexte, nous pensons indispensables de refuser le TAFTA (traité de libre-échange entre l’UE et les
US) mais aussi le CETA (Traité de libre-échange entre l’UE et le Canada) qui constituent de réelles menaces
pour les travailleurs et les industries de l’Union, et qui prévoient des mécanismes de règlement de différends
entre les multinationales et les États clairement défavorables à ces derniers.

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Manifeste de Maintenant la Gauche. Pour une alternative à gauche, ici et maintenant
Novembre 2014

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