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2015 UDI-MoDem 1 : Mise en œuvre d’un plan « smart-santé » à Paris

PROPOSITION DE DELIBERATION

EXPOSE DES MOTIFS

PROPOS LIMINAIRE
• L’accès aux soins de tous les Parisiens constitue un impératif de santé publique que viennent
obérer des freins récurrents voire structurels tels que les retards de mise en accessibilité des
cabinets médicaux (I.1), les problématiques liées à la démographie des professionnels de santé
qui induisent un allongement des délais d’obtention de rendez-vous (I.2), ou encore la faiblesse
de l’offre médicale de secteur 1 comparativement au reste du territoire (I.3).
• Pour relever ces trois défis, la mairie de Paris a élaboré un « Plan parisien de renforcement de
l’offre de soins en secteur 1 » (I.4), voté à l’unanimité du Conseil de Paris, visant notamment à :
développer les maisons de santé pluridisciplinaires de secteur 1
soutenir les centres de santé existants (qu’ils soient gérés par la municipalité, les secteurs
associatif ou mutualiste)
et promouvoir des dispositifs d’aide à l’installation de cabinets d’exercice libéral regroupé
en secteur 1.
• Ce plan de déploiement de l’offre de santé, nécessaire et exigeant, gagnera cependant à être
complété et enrichi par d’autres initiatives, telles que l’ambition d’ériger Paris en étendard de la
« smart médecine », déclinaison de la « smart city », au service de tous les Parisiens et des
professionnels de santé (II.1).
Cette démarche inclusive, induisant une co-construction citoyenne, emporte tant des
enjeux numériques et digitaux, que des problématiques dans les domaines de
l’ambulatoire, de la domotique, de la prévention, du maintien à domicile, sans oublier les
défis liés à la transmission et à la formation universitaire (II.2).

I. POUR FAIRE FACE AUX TROIS PRINCIPALES PIERRES D’ACHOPPEMENT QUI OBÈRENT
L’ACCÈS À L’OFFRE DE SOINS, PARIS A MISÉ SUR L’INFORMATION ET UN REGAIN
D’ATTRACTIVITÉ
1/ L’application de l’obligation d’accessibilité universelle, introduite par la loi du 11 février 2005
pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées,
est ainsi encore lacunaire, tandis qu’une majorité de cabinets médicaux ont des difficultés, voire des
impossibilités, à accomplir la mise aux normes qui leur incombe.
• Sur le territoire national, ce sont 60% des cabinets libéraux, essentiellement en ville, qui se
révèlent inadaptés.

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• Face à ce constat préoccupant, le groupe UDI-MoDem a proposé, dans deux vœux adoptés aux
Conseils de Paris de juin 2014 et mars 2015, de dresser une cartographie des locaux médicaux
accessibles, consultable par les Parisiens, tout en examinant la possibilité de prendre en compte
dans l’octroi des dérogations par la Préfecture de Police, « l’accessibilité de l’activité
multimodale de consultation du praticien, dans la mesure où il propose également des
consultations dans un lieu accessible ».
2/ Le deuxième obstacle à l’offre de soins réside dans la situation alarmante de la démographie
médicale à Paris.
Ainsi, l’A.R.S. d’Ile-de-France estime à 830 le nombre de départs de médecins dans les cinq années à
venir, avec une moyenne d’âge des médecins généralistes de 56,2 ans, alors même que 36% d’entre
eux ont plus de 60 ans.
• Cette érosion des effectifs n’épargne pas les spécialités médicales (notamment de premier
recours), en recul d’1% sur un an, comme en témoigne l’étude « Demomed 75 », dont les
conclusions restituées le 28 janvier 2014 font état d’un profil des médecins prévoyant de cesser
leur activité correspondant très largement à des spécialistes.
• De plus, le flux des installations des professionnels de santé en exercice libéral ne parvient pas à
endiguer le flux des départs, en raison de multiples facteurs tels que les conditions matérielles
d’installation (foncier) et les conditions d’exercice.
• Quant aux particularités parisiennes, elles donnent une résonance toute particulière à cette
situation, alors que 60% des médecins libéraux sont à temps partiel ou que 27% des généralistes
recensés par la CPAM s’adonnent en définitive à la médecine à exercice particulier (à savoir
homéopathie, acupuncture, gériatrie ou encore nutrition).
3/ Emerge de la sorte le troisième écueil de l’offre de soins parisienne. En effet, en raison de
multiples facteurs, le coût de l’accès aux soins est plus élevé à Paris que sur le reste du territoire.
Ces trois obstacles fondamentaux dans l’accès aux soins des Parisiens ont accru la nécessité de
rendre Paris attractive pour les praticiens et personnels médicaux mais aussi pour les futurs
médecins et soignants en formation.

4/ C’est dans cette optique que la mairie de Paris a instauré en mars dernier un dispositif de
soutien à l’installation des professionnels de santé en exercice regroupé de secteur 1 à Paris, en
mobilisant le parc foncier de la Ville tout en louant ses locaux à des « prix abordables ».
• Cette démarche partenariale élaborée en lien étroit avec l’Agence Régionale de Santé d’Ile de
France, le Conseil Régional d’Ile-de-France, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et le Conseil
départemental de l’Ordre des Médecins, s’inscrit dans le plan de renforcement de l’offre de soins
parisienne en secteur 1, qu’entend promouvoir le département de Paris. Son avantage principal
réside en son aptitude à lever les barrières foncières à l’implantation des médecins à Paris.
• C’est également dans cet objectif que le groupe UDI-MoDem a préconisé, dans un vœu adopté
au Conseil de Paris de novembre, l’étude de la mise en œuvre d’un dispositif de « logements
tremplin », facilitant l’accès au logement des internes en médecine, sous condition de ressource
et pour une durée limitée au temps des études. Les bénéficiaires s’engageraient alors en
contrepartie à exercer en secteur 1 à Paris pour une durée de cinq ans à l’issue de leurs études.

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II. UNE NOUVELLE ETAPE VERS LA « SMART SANTÉ »
• Si les obstacles à l’accès aux soins ont ainsi été identifiés, certaines habitudes et pratiques
persistent à nuire à la fluidité de ces parcours de soins.
Partant, un double constat s’impose. Non seulement un Français sur deux reconnait avoir
renoncé aux soins chez un généraliste en raison de la « difficulté à obtenir un rendez-vous
dans un délai suffisamment rapide »1, mais encore 28 millions de rendez-vous médicaux ne
sont pas honorés.
• De plus, cet engorgement des personnels médicaux entraîne un report sur les services des
urgences hospitalières, sollicités à outrance pour des pathologies de premier recours voire
bénignes.
• Aussi, afin de lever ces barrières à l’accès aux soins, le groupe UDI-MoDem entend mettre en
œuvre un plan de « smart santé », qui s’articule autour de :
Le développement sur le territoire parisien de plateformes de téléconsultation et de mise
en relation des Parisiens avec les professionnels de santé.
La montée en puissance des technologies du numérique au service de la santé des Parisiens
les plus fragiles
L’universitarisation des maisons de santé pluri-professionnelles (MSPU) et des centres de
santé.
1/ L’audace Parisienne au service de la « smart santé »
• C’est donc à la fois une organisation inédite et de nouveaux usages qu’il s’agit de mettre en
place afin de mieux répondre aux attentes des patients et des soignants et d’optimiser leur mise
en relation.
• C’est notamment le cas des technologies du numérique, aujourd’hui sous-exploitées, et dont
l’extension aura pour ambition de faire de Paris la capitale européenne de la « e-santé ».
• Eriger la capitale en étendard de la « smart médecine », déclinaison de la « smart city », doit
permettre de générer une approche participative favorisant l’optimisation des usages, au
service de la santé des Parisiens et des professionnels.
Cette manifestation de la « smart-médecine » repose sur la généralisation des outils
numériques et dématérialisés, sur le développement des medias de communication mais
surtout sur la mise en œuvre d’expérimentations pragmatiques et innovantes plaçant
l’humain au cœur de la démarche.
En effet, au-delà des incitations financières, la facilitation des conditions d’exercice médical
représente un facteur incitatif indispensable que viendra accroître une « smart médecine »
alimentée par les Parisiens et au service de leurs besoins.
• L’incubateur e-santé de Boucicaut pourrait en cela servir de fer de lance de cette innovation
technologique. Nombreux sont en effet les domaines dans lesquels il entend innover et
révolutionner les pratiques actuelles, tant au regard de la « télémédecine, (du) diagnostic, (de l’)
observance, (de la) relation soignant-soigné, (du) suivi des maladies chroniques à distance, (de la)
stimulation cognitive, (de la) contribution à la ré-humanisation de la santé, (de la) préservation de
la santé, (du) vieillir en bonne santé, (du) mieux-être et bien-être au foyer (ou encore des)
comportements hygiéno-diététiques ».

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Source : sondage IFOP publié en décembre 2012

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• En raison du poids économique de ce secteur de l’e-santé, qui représente entre 2,2 et 3 milliards
d’euros par an pour 23 à 30.000 emplois en France2, ce sont de la sorte quatorze entreprises
françaises qui se sont réunies au sein de l’incubateur « e-santé » à Boucicaut, pour soutenir et
accompagner le développement de jeunes entreprises innovantes.
• De surcroît, une majorité de médecins estiment que « les nouvelles technologies permettent un
meilleur accès à des données de qualité pour la recherche clinique, une meilleure coordination
des soins et une réduction des erreurs médicales »3.
2/ Propositions du Plan « smart santé » du groupe UDI-MoDem
• C’est dans cette logique que le groupe UDI-MoDem souhaite soumettre à l’approbation de notre
assemblée la création d’une commission dédiée à la « e-santé » à Paris, au sein de laquelle sera
effectuée une veille technologique et pourront être développées des expérimentations en lien
avec les professionnels de santé.
Ce comité de travail, composé d’experts en technologies du numérique et de représentants du
Conseil départemental de l’ordre des médecins, ainsi que d’élus du Conseil de Paris et
d’universitaires, étudiera notamment la possibilité, en lien avec l’ARS, l’Ordre des Médecins et
la CPAM, d’identifier et de promouvoir le développement sur le territoire parisien de
plateformes de téléconsultation et de mise en relation des Parisiens avec les professionnels de
santé. Ce comité de travail aura notamment pour mission d’élaborer le cahier des charges de
cette plateforme
Cette plateforme aurait notamment pour vocation de permettre aux Parisiens de
s’inscrire sur des créneaux de consultation immédiatement disponibles (en raison, par
exemple, d’annulations de rendez-vous).
Les professionnels de santé pourraient y indiquer s’ils pratiquent la téléconsultation et
ouvrir le cas échéant des créneaux de prise de rendez-vous auxquels pourront d’inscrire
les internautes. Cette mesure s’ancrera dans le développement de la télémédecine encadré
par la loi et sera appliquée en lien avec le Conseil départemental de l’ordre des médecins
Cet outil favoriserait ainsi l’optimisation et la fluidification de l’accès aux soins
• Le groupe UDI-MoDem propose également de développer les technologies du numérique au
service de la santé des Parisiens les plus fragiles.
Cet appui aux travaux de recherche et d’innovation au service de la santé des Parisiens
pourra s’articuler sur des partenariats divers, notamment avec le pôle de compétitivité
« Medicen Paris région », ou encore l’incubateur « e-santé » de Boucicaut, sans oublier le
CASVP et le PACT Paris-Hauts de Seine.
A ce titre, le lancement d’un appel à projet innovant centré sur l’éducation à la santé et la
prévention scolaire autour du déploiement d’objets connectés pédagogiques permettra
d’informer les petits Parisiens dès le plus jeune âge sur les bonnes pratiques à mettre en
œuvre visant à préserver leur santé.
En effet l’importance qu’occupent les technologies numériques dans la vie des Parisiens dès
le plus jeune âge implique de les prendre en considération en tant que vecteurs
promouvant l’éducation à la santé publique, afin que les considérations en la matière soient
intégrées aux usages et habitudes du quotidien.
Un bilan des appels à projet liés aux gérontechnologies sera initié dans le but d’encourager
et de faciliter le maintien à domicile des personnes âgées.
En fonction des résultats de ce bilan, un second appel à projet sera lancé.
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Source : Synthèse « Télémédecine 2020 », Syntec Numérique, mai 2011
Source : Etude du cabinet « Accenture » menée en août et septembre 2011 auprès de 3 727 médecins dans huit pays : Allemagne,
Angleterre, Australie, Canada, Espagne, Etats-Unis, France, et Singapour
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Une expérimentation de l’extension aux centres de santé et maisons de santé du
dispositif « Télégéria », -réseau de télémédecine entre l’hôpital européen GeorgesPompidou (HEGP) et des établissements gériatriques lancé en 2006-, sera lancée.
Le déploiement de ce dispositif de télémédecine pourra notamment faire partie des
engagements des maisons de santé pluridisciplinaires de secteur 1 soutenues par la Ville à
« promouvoir l’accès aux soins de premier recours pour toutes les populations de Paris dans
les quartiers identifiés comme les plus fragiles en termes d’offre de soins et de contribuer
ainsi à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé », tel que prévu par la
convention de coopération triennale relative au dispositif d’aide à l’installation.
Il s’inscrira également dans l’obligation de « mener, dans le cadre du cabinet, des actions de
santé publique sur le territoire parisien » qui les lie.

• Enfin, le groupe UDI-MoDem souhaite renforcer l’attractivité de l’offre parisienne en termes de
formation des professionnels de santé, par une aide au développement des Maisons de santé
universitaires pluri-professionnelles (MSPU) et à l’universitarisation des Centres de Santé (CDS).
Ces structures constituent une des réponses potentielles aux défis posés par la démographie
médicale et par la désaffection pour l’exercice de la médecine générale ambulatoire.
Complémentaires des maisons de santé pluridisciplinaires dont la Ville est un soutien
financier actif et qui peuvent accueillir des étudiants stagiaires, ces structures d’exercice
regroupé coordonnées, MSPU ou CDS, offrent l’avantage d’accroître les interconnexions
entre étudiants et professionnels tout en promouvant la médecine générale ambulatoire.
Cette expérience in situ, destinée aux étudiants en stage de médecine générale de 2ème
cycle ainsi qu’aux internes de 3ème cycle de niveau 1 et/ou de niveau 2 (SASPAS), requiert
la présence d’un chef de clinique universitaire dont le temps de soins en médecine générale
ambulatoire s’exerce au sein de la structure, de même que celle de maîtres de stage des
universités qui constituent au moins la moitié des médecins généralistes exerçant à temps
plein au sein de la structure. Ces professionnels s’acquitteront donc de missions de soins,
mais également de tâches d’enseignement et de recherche.
Ces pôles d’excellence et de formation auront vocation à encourager le développement de
l’expertise pédagogique universitaire, et à « exporter la qualité des soins hors des murs de
l’université »4
Le département de Paris étudiera donc les modalités de soutien à l’implantation et au
développement des maisons de santé universitaires pluri-professionnelles et à
l’universitarisation des Centres de Santé, en lien avec l’ARS, et les Facultés de médecine.

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Source : Etats généraux de la formation médicale, Conférence des Doyens des Facultés de Médecine, Bobigny 08/12/2011

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