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L'Enseignement du peuple, par E. Quinet, Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

L'Enseignement du peuple, par E. Quinet,

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Quinet, Edgar (1803-1875). L'Enseignement du peuple, par E. Quinet, 1850. 1/ Les contenus accessibles sur

Quinet, Edgar (1803-1875). L'Enseignement du peuple, par E.

Quinet,

1850.

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1850.

L'ENSEIGNEMENT

1

DU

PEUPLE.

Une eause de servitude volontaire.

Le 24 février, un miracle social met dans

les mains de la France le choix de ses des.

tinées. La France,librement consultée, ré-

pond

en

se

plaçant

dans

l'échelle

des

peuples libres entre le Portugal et Naples.

Il doit y avoir une cause de cette servitude

volontaire; l'objet de ces

est de re-

pages

chercher cette cause, et, s'il se peut, d'en

préserver l'avenir.

Lorsque la France républicaine ressaisira

quelle solution

problèmes qui se poseront devant est le principe qui survivra aux

ses destinées,

elle

aux

elle?

apportera-t-

subtilités sous lesquelles la liberté a été

étouffée? Ce jour-là, le sphinx dévorera quiconque ne répondra pas a la question. Certain que les obstacles ne serviront

encore une fois qu'à élever la Bévolution française à une nouvelle puissance, et qu'il

fautdéjà

à

organiser

victoire

songer

une

veux chercher,ici, sur quel

inévitable, je

principe

devra être établi l'enseignement

dans la Démocratie. Ce problème touchant

à toute l'organisation sociale, si la solution

que

je

est la vraie, il n'est

im-

propose

qu'il

pas

pos-sibl

en rejaillisse quelque lumière

sur ceux mêmes qui semblent s'en écarter

le plus.

Qu'estce en soi

la question de l'en-

que

seignement? Une questioa de direction mo-

raie. Tout se réduit à demander

désormais le principe d'autorité.

est

Ourépond:

Dans la religion. J'accepte cette réponse,

mais

j'insiste

et je demande à mon tour:

Quellereligion?

Il est trop manifeste que nulle autorité

s'établir sur le principe de trois ou

ne peut

quatrecultes qui, se niant mutuellement,

se détruisent l'un par l'autre. Asseoir la so-

ciété française sur cette base, c'est l'asseoir

dans

le

vide sur le trépied de l'éternelle

anarchie. Nous sommes accoutumés, en France, à

> considérer les religions comme un élément particulier qui se développe indépendam-

des. autres éléments de la

société.

ment

Personne n'a plus contribué que Montes-

quieu à consacrer,cette opinion dans VEsprit

des lois. Ce sontles pieds d'argile du colosse.

Ce grand

esprit croit

que partout la reli-

forme politique,

accommodéeàla

gion s'est

et il ne

voit-pas, au contraire

qui

que c'est la

forme politique

partout s'est réglée sur

,

religieuse.

le moule de l'institution

Il croit quela religion ne doit pas donner

des lois; et il ne voit pas que partout, sous toutes les formes, la religion est la loi des

lois, c'est-à-dire celle sur laquelle toutes les

autres s'ordonnent.

Il croit que plus la religionestsévère,

plus les lois civiles sont douces, que le prin-

cipe de la fatalité peut être dans celui du libre arbitre dans le

le dogme,

code;

et il

ne voit pas que la substance de la religion

et de la vie civile est la même.

C'est Montesquieu qui a enseigné aux

publicistes à considérer l'élément religieux

comme un accessoire sans relation néces- saire avec la vie politique des peuples. Tant que cette mère d'erreurs subsistera, les discussions se passeront à la surface des

choses; il n'est pire joug que celui d'une

idée fausse.

Qui ne voit, en effet, que cette manière

est

la plus sûre

d'envisager les religions

garantie contre toute émancipation des sacerdoces? Si la constitution religieuse est

un fait insignifiant, sans relation avec les

autres, pourquoi la changer, pourquoi la

réparer? Une révolution religieuse serait

peine perdue.

Dans les pays où les cultes sont envi- sagés à ce point de vue, l'ancienne croyance,

quoique toujours s'affaiblissant et réduite

à l'apparence, ne reste

raine. On

crée

deux

moins

pas

souve-

distincts:

mondes

l'un comprend

l'autre

la société

politique,

lasociétéspirituelle. Ce divorce, qui

est dans

les esprits, passe dans les choses. Ces pays

font des révolutions politiques et point de

révolutions

pour de distinguer lavie publique d'avec la vie

intérieure. Ils ont un pied dans l'Etat, un

autre dans l'église. Mais si, après s'être

placés dans l'impossibilité de faire une ré-

religieuses, parce qu'ils n'ont

cela. Ils se contentent

plus assez de foi

volution religieuse, ils renoncent à cette sé-

paration des choses civiles et des choses

ecclésiastiques, qui

salut, ces mêmes

pour .eux est la loi de

sont en péril de

États

mort. Là au contrairela religion, prise par

tout le monde au sérieux, a été considérée comme ce qu'elle est en effet, c'est-à-dire

comme la substance des lois, des gouver-

des

mœurs, on a pensé

l'on

nements,

ne

que

pouvaitrien

changer si l'on ne changeait

d'abord la religion; d'où il est arrivé

que

les peuples le-plus profondément croyants ont fait des révolutions religieuses, et que

ceux qui le sont le moins, se sont mis dans

l'impossibilité d'en faire. En sorte

que, par excès même d'indifférence, ils se sont ren-

dus,

ainsi dire, incapables d'échapper

religion qu'ils

n'ont

plus.

pour joug de la

au

Oùla révolution religieuse a précédé la

révolution,politique, il est certaines con-

quêtes morales sur lesquelles personne ne

songe à revenir. Partout, au contraire, où

révolution politique s'est accomplie sans

religion, nationale ait été modifiée,

I3

quela

même moment d'incroyables des au retours plus incroyables en-

les plus calmes, vous gouvernement le plus

vous voyez

progrès et

core. Dans les temps

découvrez, sous le

libre, l'ancien fonds persistant d'un gou-

vernement absolu. Vous ne

pouvez dire

d'aucune

fiante, qu'elle

Vous passez en unjour de l'extrême liberté

à l'extrême servitude; vous touchez à la

fois les temps les plus opposés, toujours

ballottés entre le moyen

même la plus insigni-

réforme,

est

irrévocablement acquise.

âge

et la Con-

la Révolution n'a

veniion. Dans

pas

ces pays,

jeté l'ancre. Le passé vient la ressaisir

Ils

semblent con-

jusque dans le port.

damnés à d'éteruelles tempêtes.

Je connais tel de ces

États

où l'on

passe

gou-

la journée à se demander si l'on sera

verné lesoir parBabeûfouparGrégoireVU,

les deuxà

la fois, ce

tous

ou encore par qui n'est point

impossible. Là il n'est jamais

certain que

chose est

quinze

de

deux et deux font quatre. La N

solennellement contestée tous les

ans en présence de tous les pouvoirs

et

l'on n'imagine

pas

quelle

fait à cesocca-

forme une partie

l'État;

dépensad'éloquence il se

sions pour et contre. Cela

des monuments oratoires de ces popula-

tions.

Au reste, la complaisance que ces peuples mettent à se laisser asservir est ce qui

trompe le plus les princes et les pouvoirs

publics. Elle devient

prodigieuse à laquelle nul d'entre eux n'a encore su résister; et c'est ce qui cause leur ruihe violente. Une telle commodité

d'usurpation les poussant à abuser dela ser-

eux une tentation

pour

vitude, ils ne tardent pas à la détruire par

même;

son insolence

car ces peuples sem-

blent ne s'apercevoir qu'ils ont perdu quel-

que chose, que le jour où il ne leur reste

plus rien à perdre. Alors, on les voit

gner

de

rega-

en un jour, en une heure, fort au-delà-

ce qu'ils se sont laissé enlever,. quel-

quefois en un demi-siècle.

le plusgrand esprit de l'Italie

un

En 1617,

ceci: aJerie-ci-oirai jamais à

prépare;

écrivait

«

changement dans l'État si je n'en voisun

s'aperçoit pas

» dans la religion. Mais on ne

que

rien de pareil se

au con-

» traire, l'ancienne s'invétère

de jour en

»jour.»

Ainsi, ce qui frappe dans ces États, c'est

l'indifférence totale en matière reli-

que gieuse les aveuglant sur l'importance des

questions de cette nature, ils sont infailli- blement dupes dans toute affaire où la reli-

gion est mêlée.

Que nous fait, disent-ils, cette religion?

Vaut-elle la peine qu'on s'en occupe? Elle

est mortel Disant cela, ils sont liés et gar-

rottés;

à

qui ne Le sont pas s'amusent

cette Église,

ceux

garrotterles

Peuimporte,reprennent-ils;

autres.

ilest vrai,

command e nos armées ; elle di-

rige notre gouvernement, elle nomme nos

inquisiteurs

d'État,

elle fait le plan de nos

expéditions, elle ordonne, elle règne, elle gouverne; mais, encore une fois, qu'est-ce que cela prouve? Ell-en-existè pas.

Après cela, qui se chargera de démon-

trer que si telle religion est morte, comme on le dit, précisément est le danger ;

qu'une religion vivante peut bien imposer

État

une forme despotique, mais

à un

que

du moins elle lui communique une partie de sa force, tandis qu'une religion, morte

communique

l'État"

infailliblement

y

mort à reste politiquement

sa

peuple qui

au

et organiquementattaché. Liez donc un

vivant à un cadavre, et dites-moi s'il n'ya,

dans cet arrangement, nul inconvénient

pour le premier. Ce que les anciens crai-

gnaient le plus était la contagion mort des dieux.

de

la

Inutiles discours, incompréhensible mé-

taphysique! Ils veulent continuer de mar-

cher jusqu'au bout enchaînés

an moyen

âge sans regarder une seule fois cette diffi-

culté en face. Est-ce pusillanimité d'esprit? Mais com-

ment

taxer de pusillanimes des gens si

Le monde romain a péri

par

pour

la bouche de Pilateet

des subtilitésdont nous

intrépides?

cela. Que disait-il

deFestus?" Ce sont

» ne nous occupons pas; nous les laissons » aux Juifs. » Vous savez ce qui en arriva, Puisque le raisonnement sur ce sujet

paraîtinutile,

ter l'histoire

je

contenterai de

qui-suit:

me

rappor-

mille

elle se passait

ans avant J.-C.

Des captifs, les uns prisonniers de

guerre, les autres enlevés surles rivages, étaient

entassés dans une galère grecque de Téné-

dos; et le maître du vaisseau cinglait vers

un port d'Italie où il devait les vendre. Au milieu de la nuit, les captifs brisent leurs

liens; ils s'emparent de l'équipage. Ce fut

l'océan n'avait pas encore

une grande fête;

entendu de pareils cris de joie.

L'un des prisonniers

c'est de voir

s'approcha

de

ses

dit: « Une chose m'in- vous laissez le

que

compagnons, et leur

quiète,

gouvernail entre les mains qui vous con-

duisaient au marché. » En effet, un vieil-

lard qui semblait étranger à tout ce qui

se passait

nail, et étoile.

ilavait autour ses de yeux lui, tenait attachés le sur gouver- une

« Eh! quoi, répondirent les captifs, ne

ce vieillard regarde

en rien

voyez-vous

dans

pas que

les nues, et qu'il ne se mêle

de ce qui se passe parmi nous? Vous avez

de ce bâton vermoulu dans

mains

peur tremblantes; mais voyez donc son âge:

ses

c'est vraiment folie de croire qu'il pourrait

mouvoir ce vaisseau. Vous avez, mon ami,

besoin d'ellébore. Ainsi ils renvoyèrent le

bon conseiller, et ils continuèrent de cingler

joyeusement vers les Iles Fortunées.

Cependant le vieillard, toujours souriant,

quittait

le gouvernail; il fit si bien

pas

qu'en rasant

un rivage, d'un seul coup de

timon, voilà le vaisseau dans le

C'était

port.

justement celui de Tarente, fameux entre

la vente des esclaves. En un mo-

tous pour

ment,

les marchands qui attendaient la

cargaison

se

précipitent

armés sur les

captif; ils leur rendent leurs chaînes, et

chaeun est vendu vingt deniers. Depuis

ce moment', aucun d'eux n'entendit jamais

parler d'un vaisseau sans demander qui

tenait le gouvernail.

Cette histoire«est trop ancienne, dites-

vous; je le veux bien. Ecoutez donc cette

autre, elle est tout aussi vraie, mais elle a

deux mille ans de moins. Il s'agit d'un fondeur de Florence, vrai patriote, qui toute sa vie chercha le bien et

mourut désespéré de ne l'avoir pas. trouvé.

Il voulut un jour couler la statue

héros

d'un

par

patrie;

faire don à sa

pour

en

malheur, il n'avait dans son atelier que

le moule

d'un cheval

de quadrige. Peu

-importe, pensa-t- il

combinerai

si bien

en lui-même;

matières

je

queje

les

réparerai cetinconvénient; et,en effet, il

versa dans le moule les matières les plus

précieuses, l'or et manière admirable.

l'argent mêlés d'une

C'est étonnant,,xlit-il, lorsque l'œuvre

fut achevée; je voulais un héros, et je n'ai qu'uncheval, Evidemment ma combinai-

son ne vaut rien. Brisant la

statue, c'est,

essayons

dit-il, la faute del'or et de l'argent;

le bronze, "voilà le vrai métal du sculpteur.

Il employa ce qui lui

fournir d'un bronze

restait

de

bien à se

versant moule, il

sansdéfauts;

le même

ce nouveau métal dans

resta quelque temps plein d'angoisse, jus-

quà

quel'oeuvre fût achevée.

Quoi, dit-il,

ce

lorsqu'illavit, encore une fois un cheval, et je n'obtiendrai jamais le héros! Lè sort

.est jeté sur ma maison. Et il brisa la statue

de bronze comme il avait fait de celle d'or

et d'argent.

riches métaux sont perfides, reprit-

ce qui rendra ingénument

Ces

lui-même;

il en

ma pensée, c'est la pure argile, fille Inno-

cente

dela

terre.

Ayantretïlpli l'ancien moule d'argile, il

lui donna le temps de

dansune inquiétude

inexprimable,il jeta

œuvre;

et

sécher.

Après

quoi,

de nouveau les

c'étaitencore une fois un cheval d'argile au

lieu

yeux sur son

d'un héros. De nouveau il brisa la sta-

il lamit en poussière,

et cette fois, il

disait-il, j'ai

Quwi!

tue;

tomba dans le désespoir.

aséde toutes les forces de la création, et

je n'ai jamais pu changer la forme ancienne. La malédiction est sur moi!

Ainsi, il le plaignait de la destinée, et

ses amis ne purent jamais lui faire com-

prendre-que,

changer uue forme, il

pour

faut changer le

moule.

0 mes amis,

artistes

incomparables,

combien de fois avez vous déjà brisé votre

statue! en1789, en 1815, en 1830, en

1848 ! toujours l'ancienne forme, toujours

le

cheval du quadrige et jamais le demi-

garde d'épuiser vainement,

prenez travail, toute l'argile du globe'

dieu!

dans ce