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LA COSMOLOCIE S'IOÏCIENNE 145

ne pouvons voir là aucune tradition philosophique proprement


dite. Le stoicisme, comme école philosophique, ne mène qu'une
vie bien languissante à partir de la fin du ue siècle. Il y a plus :
les doctrines qui intéressent ici, les doctrines physiques, n'ont
XYIII plus eu de représentant original depuis Posidonius; et, si la
morale d'Épictèce et de Marc-Aurèle est encore dépendante
des grandes idées du destin et de la sympathie universelle, ces
LA COSMOLOGIE STOÏCIENNE idées ne se présentent plus à l'état de spéculations vivantes,
A LA FIN DU PAGANIISME mais de dogmes arrêtés. Les choses sont donc plus compliquées :
il a fallu
que la théorie stoicienne du cosmos se transformât en
une donnée de fait, un élément dc la religion populaire qui
Depuis quelques années, les érudits sont amenés à n'était plus objet de discussion, mais s'imposait à tout esprit.
reconnaître de plus en plus l'immense influence de la pensée Avec quelle force, il suffit, pour le montrer, de I'exemple de
stoTcienne sur les philosophies et les religions de la fin du paga- Plotin ; son mot d'ordre, en cosmologie comme en philosophie,
nisme. Nous voulons contribuer à l'éclaircissement de cette cst le retour à Platon; dans tous les domaines de la physique,
question en recherchant? sur quelques exemples, quels éléments il a combattu avec acharnement les théories stoTciennes ; et,
la cosmologie stoTcienne a cédés à la représentation du cosmos pourtant il n'a nullement pu échapper à l'idée stolcienne, devenue
à l'époque qui va du rer au rve siècle de notre ère. universelle, de la sympathie et du ilestin (l).
Les doctrines philosophiques et religieuses les plus diffé- Non qu'il n'y ait eu parfois aussi un retour conscient et
rentes des premiers siècles de notre ère s'accordent cependant voulu aux doctrines stoiciennes; nous le voyons chez quelques
sur ce point : la façon dont elles imaginent le monde et I'ordre ruteurs chrétiens, mais cette influence directe est bien distincte,
de ses parties. Il y a là comme une catégorie qui s'impose à la on le verra, de cette transfusion des images stoiciennes dans la
pensée. L'on connaît les traits principaux de cette image : la r:onscience de l'époque, que nous voulons surtout décrire.
sympathie universelle qui lie les uns aux autres les événements
du monde; la destinée inflexible qui déter-ine Porrr chacun le
moment de leur apparition; le gouvernement de la sphère I
sublunaire par les planètes xoop.oxg&'copeç.
Cette monotonie dans la représentation du cosmosr l'espèce
Il n'est pas d'exemples qu'une doctrine philosophique
rkrvienne populaire par influence directe. Le stoicisme était, il
d'incapacité théorique qui frappe à cette époque l'esprit humain
r:$t vrai, dans des conditions particulièrement favorables pour
dans les recherches physiques ont la plus grande importance
ôtrr: vulgarisé: un de ses caractères est, en effet, d'admettre
dans I'histoire des religions. Car il fallait, de gré ou de force,
nvoc empressement toutes les croyancesT surtout religieuses,
que les croyances religieuses nouvelles ou traditionnelles répandues de son temps? et qu'il considérait, en raison même de
s'accommodassent de cette image; et bien des problèmes sont
Irrrrr srrccès, comme résultant de < notions communes l (2). De
nés ou n'ont pris leur forme spéciale que parce que I'on jugeait
I'i:lrrboration qu'elles subissaient dans l'école, les croyances
indispeusable de faire à cette espèce d'idée ûxe sa place.
Or c'est dans le stolcisme qu'on doit en chercher I'origine (l) {l'rrsl. I'opinion d'li. Zer.rnn,
.. Philos. der Griech., lllr 23, p.556. Cl,
et le modèle: non pas certainement quet par exemple, les obscurs Iirtrttttrtlrs, lV, 4, 45 cL IV, 4, 32, d'es expressions très fôrtes'en îaïeur do la
faussaires qui écrivaient les livres hermétiques puissent être rtyrrtlrrrl,lrirt.
('.f ) Sul co r:rrlrrcl,i'rrr rlrr sloicisrnc, cf. notrc Chrysippe, p.277 (Alcan, 1910) ;
considrirés comme des disciples conscients des StoTciens. Noue '.'i r'rrl., llllrl, 1t. 27!-7i|.
to
t46 I.]JS S1'OICIENS, CICÊRON ET I,ET]R INFLUENCE LA COSMOLOGIE STOTCIENNE 747

Bortaient systématiséos, et prêtes à devenir les éléments de ces pendants, roulant dans l'éther par leur impulsion propre ;
espèces dc sornmes théologiques (l) qui se constituent en grand t c'est par leur propre effort qu'ils gardent la forme sphérique,
rrornbrc à l.r {in du paganisme. et c'est par leur forme qu'ils se tiennent en équilibre (l) >.
Malgrd cc retour de la philosophie vers des idées populaires, Chacun d'eux peut avoir ainsi sa part d'influence selon la
les thdories des Stoïciens sur le monde ne se seraient sans doute croyance des astrologues.
pas imposées, si elles n'avaient eu comme véhicule une des Les tireurs d'horoscope qui stappelaient prétentieusement
supcrstitions les plus enracinées à cette époque, la divination les < Chaldéens >, n'étaient certes pas tous des philosophes,
astrologique. essayant de rendre compte, à eux-mêmes et aux autres, de leurs
La prénliction par les horoscopes et la cloyance à la puissance pratiques divinatoires par une conception d'ensemble du monde.
divine des étoiles étaient assez nouvellement importées de la Cependant, lorsqu'ils voulurent systématiser leurs croyances,
Babylonie en Grèce, lorsque le stoïcisme parut (2), mais, dès ce on nous dit qu'ils prirent comme centre l'idée qui fait le fond
moment? elles font fureur ; on les trouve sur tous les points du de la cosmologie stoicienne, celle de la sympathie universelle.
monde hellénistique; des écoles particulières d'astrologie se Philon d'Alexandrie, qui connaît bien les astrologues de son
fondent en Égypte, qui bientôt se donnent poul plus antiques époque (2), leur prête des pensées stoïciennes : < Ils font corres-
que celles de la Chaldée (3). Les penseurs juifs teintés d'hellé- pondre les choses terrestres à celles d'en haut, et les choses
nisme, I'auteur de la Sapiencc, Philon d'Alexandrie, ont un célestes à celles de la terre ; ils montrent comme des accords
goût marqué pour l'astrologie ; et ils en sollt neoins choqués musicaux dans l'harmonieux concert de l'univers produit par
qu'il ne conviendrait à des monothéistes juifs (4)' la communion et la sympathie des parties les unes avec les
Pour les Stoiciens, on sait avec quelle faveur, à très peu autres... Ils supposent que ce monde visible est la seule rêalité,
d'exceptions près, ils l'accueillirent (5). Non seulement ils en rlu'il soit lui-même Dieu, ou qu'il contienne un Dieu, l'âme du
firent, aveo toutes les autres espèces de divinationse une preuve tout. Ils divinisent la Destinée et la Nécessité; ils enseignent
en faveur de I'existence d'une destinée inflexible (6) ; mais, plus rp'en dehors des choses visibles il n'y a absolument pas de
spécialement, l'astrologie fut sans doute pour beaucoup dans (iauses, que ce sont les périodes du soleil, de la lune et des autres
I'idée qu'ils se firent des corps célestes. du lieu de les attacher, :rstres qui partagent entre les êtres les biens et les maux (3). >
comme Flaton et Aristote, à des sphères mathématiques et Il ne faut pas attribuer une importance exagérée à ce ren-
concentriques qui les transportaient, ils en font des ôtres indé- scignement; il est possible qu'il indique plutôt les doctrines
r;rrc Philon trouve impliquées dans l'astrologie que celle des
(l) Par exemple, s
;rrofessionnels de la divination. Ceux-ci se sont bien accom-
intégrant de la théolo C
la bàse des théologies t rrrorlés d.'autres doctrines qui ne rejettent nullement toute
et de Macrobe. irrlluence supérieure à celle des astres ( ). On pouvait consi-
(2) Les premières traces nettes de ces- croyan^ces ne se. ren-contrent -pas
aveiil'Eriàrmis. aialogue attribué à Philippe
npiÂoÂti, dialogue
avaiL I'EpiÀomis, d'Oponte, disciple de Platon'
Philippe'd'Oponte, Platon.
(3) Sui te renouvelleîrent de I'astrologie êri Egypt e au rre siècle avant notre (l) Quae se et nixu suo conglobata continent, et |orna ipsa figuraque sua
190+' p. 69-70.
I'elpzig, 1904,^
ère,'cî. RnrrzrNSrErN,, Poimanrlres, Lelpzig, Sur I'antiquité
69-70.^-Sur rrtrtrttuila suslenlanl. CtcÉn., De natura deorum,ll, 46.
préîendue des astrologues cgvpliené, Drdooie rc Srcrr-e, l, 8l' (2) l)our oette connaissance chez Philon, ci. nos ldées philosophiques de
' ç41 llut r" s.o,.,"lo". cil.','p.75
:, b. zf dq. cf' nos ldées philosophiquæ
dq';1 cf. Philon
philosuphiques de PhtLon
d'Alenandrie, Paris, 1908 et
d;Alenandrie, el I1925, p. 169 sq.
1925. D.
(5) Au moins depuis Chrrvsipôe et iusqu'aux StoÏciens postérieurs; car
c'est le premier
oremier Stoibien do:rit li'est
Stoïcien <torit ii'est clailement l-émuigné (CicÉnoN, De lalo,
clailement-témoigné,(CrcÉnoN,. I ato ;
chao. vIII) qu'ii admettait la drvrnatlon
fili ou'il divination des unarûoens.
Chaldéens. \tr Panétius qul
esL ralruuruË
C'est qui
forrhe
forrhe paraissent se désin[ôresser cle la
questi
questi ldmet de la
le prlntlp.c oe
rrimet le.printip.c (tlvlnalrorl,
Ia divination,
mars Ir
MATS omplication tics influctrucs tlstrales' ri llll, rrl. (l)lnl, rlc$
(6)
(6)
(6) esiayant
essayant d'âccol'dcr
d'accorclcr lc
I clesl'in, tel élérru-:rrl,s py[hagoliciens sont mê]és intimement aux élé-
l
qu'ii âerive dcs règles de la divrratron tstrologique' avcc la libclté' rrrrrlg sloTcitttrs.
LES STOTCIEI{S, CICÉRON ET LEUR INFLUENCE LA COSMOLOGIE STOICIENIVE I49
I4B
légiés comme I'empereur y échappaient même complètement (L).
Les astrologues des Philosophoumena admettent une série de
n mondes > étagés : celui des étoiles fixes, celui des planètes et le
monde sublunaire ; la hiérarchie qu'il y a entre ces trois mondes
permet à l'être qui peut atteindre la sphère des fixes d'être
supérieur au destin, puisque le destin consiste dans I'influence
du monde supérieur sur I'inférieur (2). D'une façon générale
I'image la plus simple de la libération de l'âme était celle d'une
montée de l'âme jusqu'à la limite ou au-dessus de la sphère
sublunaire, dans la région sacrée d'où émane la destinée et qui
n'y est pas elle-même soumise (3). C'est ainsi que les ( cultes
cosmiques > pouvaient se donner et se sont même donnés comme
cles religions du salut. Comment croire d'ailleurs que des pra-
ticiens payés aient fait front à un courant d'idées qui emportait
toute leur époque ?
Ce qu'il faut donc retenir du témoignage de Philon sur les
Chaldéens, ce n'est pas l'existence d'une prétendue philosophie
rles tireurs d'horoscope ; c'est I'image qu'il se faisait de la
nécessité cosmique dont I'homme doit être sauvé. Cette image
résulte de la fusion du Destin, tel que I'entendaient les Stoiciens,
i\ savoir la liaison nécessaire entre les événements, avec le
pouvoir absolu des astres : c'est ce pouvoir qui constitue le
Destin (4).
Or le cas de Philon n'est pas unique et, à partir du rer siècle
rlc notre ère, ctest cette forme concrète de la puissance des astres
rluc prend le Destin des Stolciens.
td'(tv"'
(I) Drooono, I,I, 29 ; suivant les Chaldéens, civ tôv 6lov Dans la littérature hermétique, le Poimanilres identifie
0elq
t,"t,ifijJ+oJ,iI"iiiih"*"u"ns (causes génératrices et signes) sont rappro-
(
cneài'aâni I'hymne oiphique âux astres ' : (l) Cf. les textes de MÂNrLrus, 384-6, et de Frnurcus l\{aronuus, II,30,
ll (i, l(roll, cités pâr BoucnÉ-Lecleacg, L'astrologie grecque, Paris, 1899,
p. 5(i7. L'astrologie peut donc se lier au culte de I'empereur, considéré comme
o.apau"opeç dvteç'
i:lrnl"îTi1r1",î;ffi r;iulvolrr du genre humain. Ce n'est peut-ôtre pas une simple flatterie comme le
vr'rrl, Ilouché-Leclercq. L'idée est extrêmement répandue à l'époque romaine.
La seconde interprétation n'esL riena que I'application à I'astrologie de la lil. los Lcxtes rassemblés par P. Wnxolano, Die hellenislisch-rômiscltc Kultur,
qénérale de la divination: : ita principiô.inchoalum esEe munaullt ut
esEe..y""lYi
tnco"i."ËËiiia"rô'âÉ'inïi"i"rtion
théorie ila furincipio.infhootum i:
in auibus"" stia in Iril 85, n, 2.
certis rebus certa sisna p;;;;;;i';';i: h{o'ii-"rliit'.nlia
^nie
ii'fi'v';;i;;"à",;;'
; pas àe raison de croirô
ii';'i croire que les
res : &.16 û1ç &otp<,rv &.roppoi.aç r&ç yevéoer,q rôv
-t-ilio /.r,.ÉEôN n" airr#tl.i'l."ii8l:
:r,11i.:iËi"fiii",'ii{i"Ï,"",i'.Ïil'ii'éi: irrc,r fii"ilJr.,t
Èiïl:iG;i;fi i;i ft i"J"i"ii; û'e dutre.
"Àâ oi I.I,,3 1' R e'rz or r n'v' Po i- trc mille chez le contradicteur des cultes cosmiques, Philon
ii\"i":* sLi; "pta n o n
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éd L'auteur invoque les éIéments pour ' )tt. ^(t)q... xa-L euôæLU
llv4Li,ï [t[<,, xtxùq xrp
rrlr er' délivré de Ia nécessité qui me,prg:::'
rtôl L'âme' retournée aux êlêmenls'
(.1 ) I'r.olrn rlisl,in;1
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'' lrr nrilr\lsil,i'r. II rr'crr rrnl, p:rs :rirrsi :lill0ltrs.
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I5O LES STOICIENS, CICÊRON ET LET]R INFLUENCE LA COSMOLOGIE STOTCIE]VNE I5I

le Destin (eiprapg.év1) au gouvernement du monde par les la Providence, I'Intelligence divine? qui pénètre comme un
asrres (I). Dans un hymne à Apollon, qui subit les mêmes principe de conservation; son pouvoir irrésistible est le pouvoir
à comprendre (I).
influcnces, les divinités zodiacales sont assimilées aux Moires -otal et intelligent? que la sagesse consiste
qui sont, comme I'on sait, un des noms du Destin (2). En second lieu, le Destin n?est pas toute la cosmologie stoÏ'
Les æuvres de Plutarque contiennent un court :'raité sur le cienne I les astrologues ( fatalistes ) seraient plus disposés à
Destin qui a pour but de ïetïouver le destin des StoTciens admettre contre elle I'incorruptibilité du ciel ; au surplusr la
dans les @uvres de Platon (3) et de l'accommoder avec les notion du Destin n'est supportée chez eux par aucune cosmo'
notions aristotéliciennes de possible, de hasard et de liberté. gonie bien précise.
L'auteur se demande où siège le destin; il le place successive- Insistons tour à tour sur ces deux points. Il est vrai que
ment dans la sphère intermédiaire entre le ciel et la terre dont I'astrologie ou ceux qui parlent en son nort n'ont vu dans le
le symbole est Lachèsis: puis tlans les trois sphères concentriques, Destin stoTcien que le côté faraliste. La fatalité astrologique
celle des flxes, celle des planètes, et la sphère intermédiàire, est un esclavage, comme en général toute espèce tle sujétion
chacune de ces sphères symbolisant une des trois Moires; enfrn aux forces qui d.irigent le rnonde. La loi naturellc, considérée
il en fait une puissance égale en rang, sinon identique aux dieux par les Stoîciens comme le principe moral organisateur de la cité
inférieurs du Timée, c'est-à-dire aux dieux des astres. Quel que cosmique, apparaît aussi inflexible que jamais dans les limites
soit le peu de consistance de cette théorie, le Destin est toujours du monde sensible ; mais elle n'est plus vue des mêmes yeux ;
lié à la puissance des choses célestes. c'est d'elle que proviennent toutes les misères de la condition
C'est dire que le fatalisme astrologique, dont on pourrait humaine ; c'est à elle qu'il faut s'efforcer d'échapper en s'aflran'
facilevnent multiplier les exemples (4), paraît à cette époque chissant de ce monde lui-même. L'image du cosmos stoÏcien
une des façons les plus naturelles de se représenter la Destinée a subsisté, mais doublée de celle d'un autte cosûros, une cité de
inflexible à laquelle sont soumis tous les êtres humains. L,as- Dieu, un univers intelligible, d'où l'ârne est émanée et où elle
t-rologie fixe sur elle, à la façon d'un réactif, tout ce qu'il y avait doit rentrer; le cosmos sensible est déchu de sa ilignité
de fataliste dans la cosmologie stoTcienne. rnorale (2).
Entendons cet esclavage comme un esclavage moral aussi
bicn que physique. On sait que les astrologues considéraient
II lcs astres comrne causes des biens et des maux (3). L'auteur
tlcs livres hermétiques les considère uniquement comme des
Peut-on dire cependant que la cosmologie stoicienne tout principes de maux. Suivant la théorie stolcienne, I'homme
entière a passé dans l'astrologie ? Nullement; le Destin, d,abord, et particulièrement l'âme de l'homme est comme un tnicro-
a chez les Stoiciens plusieurs aspects ; il est, c,est vrai, liaison -
-,,,,r*" où sont sympathiquement représentées toutes les forces
nécessaire des événements I mais il est aussi la Raison suprême, <Jrri animent le monde ; ce sont ces influences, ajoutent les
irrrtcurs des livres herrnétiques, qui sont les causes de tous les
(1) 5. Rprr:zpxsrorN. vir:es i aux 12 divinités des heures correspondent 12 < châti-
l?) aruIres,Leipzig, 1904, p. 259,n.4.
.* (3)
(Pnocr
lu le ietroirveî égalérirent ôhez Aristote
Diehl) ce qui màntre ta vi[aIte àï-ià
croyance.
(t) ÂnNrIrl, Sloiaor. ueler. Fragm., Leipzig, 1903, II' no" 913,937.
&. i:l\ I'ror;r.us. 'l'itnaqtm. 111,276,2 sq., éd. Diehl' Les ùntcs son[ p]acées
d i,n,i,'rii Bo-cr),cLx tîtc eLuaauêrlt nt'i leur-deseetrtc dcns lc t|:vurtir." Par leur
p rrl,*l.riir,l,', ull,.s s,,ril-",iu-itLt';u!-ic la nature, au-dessus du rnondc, "tu tlelà du
d rlcr;lirt r (1rr.,275,2tt st1.).
p (il) (lf. ci-dossrrs, llrr tlo lu oiLution de Philon'
152 LES STOICIENS, CICÊRON ET LEUR INFLTJENCE
LA COSMOLOGIE STOICIEI{ffE I53

ments ) ou vices ; aux Z sphères planétaires drautres vices ou Destin reste? par quelques nuances, assez différente de celle des
passions (l).
adversaires déclarés des cultes cosmiques; on trouve à l'égard
du cosmos ce mélânge équivoque, assez éni€tmatique d'ailleurs,
tle condamnation et de justification, dont Philon d'Alexandrie
tlonne le premier exemple. Le Destin a en effet sa place, non
plus la première il est vrai, mais la dernière dans la hiérarchie
des êtres divins. L'auteur dttDefato le considère déjà comme une
création divine du dieu suprême, mais qui ne trouve place que
tlans la sphère immédiatement supédeure à la terre (1). Il se
laisse, dit Plutarque, persuader par la raison (2). Proclus, enûn,
le considère comme le minimum d'énergie divine que peut
recevoir le devenir (3).
Mais, au point de vue religieux, il reste le principe hostile,
ct ctest surtout cette transformation du Destin stoïcien, cette
rrouvelle catégorie de la pensée religieuse qui nous intéresse I
c'est I'idée de la toute-puissance cosmique qui écrase la vie
lrumaine; cette idée tantôt garde un sens purement matériel :
lr: salut se borne alors à- des opérations magiques (4) ; tantôt
r:lle acquiert un sens moral, et le salut consiste surtout dans
I'amélioration morale (5). il serait aisé de trouver, entre ces
rlcux extrêmes, bien des nuances.

III
Le second élément de la notion du Destin, comme force
':risonnable
et providentielle, a-t-il donc disparu sans laisser
rlr: traces ? Nullement; nous allons le retrouver? transfiguré,
Cependant I'attitude des néoplatoniciens devant l,idée du rrriris aisément reconnaissable, dans la région sacrée où l'âme
ilclrappe au Destin.
. (1) ct. 342, 8 sq. et 336. t0 (éd.
cription de Ia rironl_ée de l'àmc à Lrav
vemenl de tous Ics vices eL Dassiols. ( l ) lrsnuoo-Plur., De falo, chap. X. Il est engendré par la providenco du
De protcal. an., Ti'm., chap lrirrrr supr'êmc et associé à la sphère immédiatemeni inférieure à celle de co
-(2)
ttc(^ouo.rv-
l)r'I
('l ) ),6yo6 &yov neu0oi peprr,ypévnv &vdty"t1v. Pr-ur,, De prot. an.,
,lr:rp. \XVlI.
\:l) 'l'irrLacum, III, 18, 5, éd . Diehl; les êtres qui ne peuvent vivre confor-
rrri rrtrrrl, :'r llr rtrison subissent *- .,^.rins I'ordre du Destin, pour ne pas échapper
r,rrl I l'orrlrc rlivin.
rllcrrtr:rtl,
(l) Airrsi Jr:rr crcrnpl0 Scx[us Pompée (dans LucAIN, Pharsal., VI, 590)

,l ' r,,rl
(.r)
;rrrrrvrrir olrl,orrir rl'rrrro rnlrgicienne de Thessalie de suo uenlura diuerlere
l:lrz l''5 nÉr)l,lirl."ni':icns.

))
154 LES STOICIENS, CICÊRON ET LEUR INFLUENCE LA COSMOLOGIE STOÏCI.EIV]VE
r55

Il en faut dire autant des éléments essentiels à la cosmologie feu; sous du


il y a aussi un Dieu de
stolcienne qui ont disparu du cosmos astrologique I l'universelle déLiotge, c'est Ie Dieu qui buisson
péndtration du monde par Dieu, le mélange total des êtres, la jrj. m feu divin étàit feu qyi
con{lagration universelle ne sont décidément plus dans le monde ""a"'.
dévore,'Ia fla*-e, mais I'éclat (2) 1t1."
sensible; mais, nous allons le voir, c'est pour émigrer dans le même ici, Ie Dieu suprême est parfois appelé la Lumière (Poi-
monde divin. mandres, Séthiens, ùorroimos i'Arabe) (3) ; le -T'l: intelli-
C'est une erreur psychologique assez répandue de croire gible de Plotin est tïansparence et ryï" -":ltt (4)' Quelquefois'
que la provision d'images de l'esprit humain, à une époque s'uivant le procédé de dissociation si habituel à cette époque'
donnée, sst illimitée; l'image ne s'invente ni plus facilemento Feu et Lri-ia*e deviennent des dieux différents dont I'un
ni plus vite, ni plus spontanément que I'idée. Elle se transmet : émane de l'autre (5).
Sans doute cette image du Feu vient se combiner avec
elle a son histoire, comme I'idée, Or, malgré I'affiux de l'ima- des
gination orientale dans I'esprit grec, qui caractérise I'époque images d'origine o.ieotale : chez les Séthiens, par exemple'
que nous étudions, les images issues de la cosmologie stoïcienne la Liumière eit opposée à l'Obscuritê, er le dualisme lll'azdéen
tiennent une place extrômement importante. Nous les groupons vient se croiser avec le monisme stolcien : du moins des détails
de la façon suivante : utilisant un schéma très généralement tle leur cosmogonie, dont nous parlerons bientôt, nous font
applicable à toute la pensée religieuse de l'époque, nous sui- voir jusqu'à l'àvidence les influences stolciennes (6)'
vrons I'emploi de ces images dans la corrception du Dieu origi- Oï tiorr.rz", chez Philon d'Alexandrie et chez Valentin' la
naire et du monde intelligible, de la création et de la chute des rlcscription du Dieu solitaire, sans conseiller, se reposant en
âmes, enfin du salut. lui-même avant la création. C'est ainsi que les Stoïciens se
Le Dieu igné des Stoïciens, le Feu non engendré et incorrup- rcprésentaient le Zeus universel après la résolution du monde
tible d'où vient le monde, apparaît dans plusieurs des systèmes ,,n[i", sa ProPre substance (7)'
gnostiques d.es Philosophournena. Pour Simon le Magicien, le "o .ioi"lierrrr"
L'image du rap ort de Dieu au monde une fois
r:réé, qui Ëst celle de I'immanence de Dieu dans les êtres'
Dieu suprême est le feu intelligible ; cette épithète mise à part, sem'
il est, comme celui des Stoïciens, < le trésor de tous les êtres > ; ltteraii au premier abord être exclue par I'universelle croyance
il a, comme d'ailleurs le feu sensible, la prudence et l'intelli-
gence ; de lui, qui est inengendré, est issu le monde engendré ;
(l\ Philosoph',VII,38: c'estle troisième Dieu en ordre de disnité'
et? sous un aspect, cette génération est celle des 4 élén.ents, lâi b;';;r;; â pâiiii"alt[-.v;ip;;; P;;i"^ , De incorruptib'
m'; p' 28'23'
par couples de deux (1). I-e < premier Dieu > de Monoimos (ril, Cumont.
(il\
Poimanclres, 329, 15, éd.
l'Arabe est aussi Ie feu inengendré et incorruptible (2). Chez les l\l(,Nori\Ios. ibid., VIII, 12.
(4) . i;,li"l;'""f transptrenl;I rlen
Tout y est ii;ffia"ent rien d'obs,c-ur- rrr uu rsùr.UdrrÙ
ûoDscur
Docètes ce n'est plus le Dieu suprême, mais le démiurge qui est 11 q9 ïéî:'11ïl;,'^P2i!'*;;Xl
al'ênrnpîiËr".ÀËi
x, 4.
x- ôr'.y$9pï le
Comoarez chez Chrvslppe aiÀ, a"ié're-u-'"rn"nl
id trleu ullterx à-t"'"
un < Dieu igné, un feu vivant issu de la lurnière r (3). Chez Apelles ,'-t. aùy{ etô','6}.o'rîupsôà?:lii,ô;X,ii,6.,ifi
,1iri ,'-r et 8r'ô}.ou æupcôE1ç (SIoie' V,cl'^h' II, nos Tfat:?'^*H'-:11:
611 et 6^05), et ^la
,1rri
iI N uIlRYSosroMU, urul't oo' t rlv ^*v*uw ;àô;Ë.,iil"i.Ëii'.;ii;
'i'' est issue du feu ; chez les Docètes' Ie feu issu
-os, la lumière
rl
((i) r'},ift)s., V, I9 ; its admettent trois principes 9ô6, ox6co6 et un troisième
,1rri , sl irrtelmôtliairc, rcveÛpa.
rii',iliLiil' iiii;i'i.,i;';ffit,1, '"':aÉ""vr,-2e (,Di:t. 11Éïuîtr::-:1i,S9^?.;1-
;'ô;;P'fu;" ";,giv&u suvapévr;v ôùc[av"'
gendré au monde ensendré I prur., à1:i; rtr)i.jl, llijjj'ilrit""'il"ii"'i c'mm'
détailphysiol "r':i",i:'#;!;l;"Ît"t":i:til1t"?iil
Sloic.Vel.Fragm., II,no826, surla i.'i,,t,i,, Àoerrôvi tiroç.-- ar""lrÀ|.*q dvaæau6p:voç èu èv t"u"a
êautQ ir6ioq
[r6^v9c.(eL l'rrx'oN' Crmm'
(eL l;tttt'ôN,
tension du so du liquide séminal chez I'homme. ,,,,w f,rrdrtle s sl.rrïciennes T'#iJ;i;''ÏpÏJl,"d;i,
''i,:::!i"'t',':oo''l';;',,T:lli;;;liT,i",,iYffir""i,il'.:'iil?' : SÉl ùOun' ljprsl.' v, I / i:
Q\ Philos ao'rov æÙo. ,.',.'r,',1,,i,," ,l,i,i,,7t,i
'('t,i,,,,r
1 ,,lti,iiii,tir sibi cogilationibus ,suis ,Iradit,lq;i_^t:,*
lt\ tua., ôie Oéoe, æùp (ôv &æô qcorès trtttiltliltrt' (lrr srtur',',,tttlt:rrii'li l)it'rr), serum"rsl; e! la p,lrisant-eric tl'EprcrùtB
YevC'FevoV. itrrrr,'rl,rl.,'lIl, i3,'l; nirt lo 7.orrs plivé de l{éra après Ia conllagrullon'
157
156 LES STOTCIENS, CICÊRON ET LEUR INFLUENCE LA COSMOLOGIE STOICIENNE

de cette époque à la transcendance de Dieu. Il n'en est rien :


ici encorc les images stolciennes sont utilisées par tous, si leur
signi{ication change quelquefois.
La description du monde intelligible que I'on trouve dans
la Ve Ênnéaile de Plotin ressemble trait pour trait à la des-
cription du cosmos stoïcien, dès qu'on retire seulement l'épi-
thète intelligible. On y retrouve la doctrine du < mélange
total >, qui, dans le monde stoicien, comme ici, était faite pour
combiner la distinction des êtres et leur interpénétration (l) ;
la théorie stoicienne du lieu des êtres (2).La vision intelligible
pénètre le monde intelligible, comme un Logos stoïcien pénètre
le monde sensible (3). Les paradoxes stoïciens, faux si on les
affirme de notre monde, se trouvent ici vérifiés ; ici il n'y a rien
qui soit contre nature; c'est dans l'intelligence pure que toutes
les vertus sont solidaires (4). Plotin prend d'ailleurs soin d'aver-
tir le lecteur que c'est dans les < raisons spermatiques rr des
Stoïciens que I'on trouve I'image la plus exacte de I'action
intellectuelle (5).
C'est là une transposition savante de la cosmologie stoi-
cienne. Sous des formes moins arrêtées, des images de même

(l) Enn., V, 8. Expres


ëyet rd.ç (toute substance)
dans le monde intelligible
mais tous les ètrcs y sonb à
le monde intelligible < tout
sions analog et. Fragm., II, no 473, p.155, 18 sq. :
les corps mé 6).cov et conservent cependant leurs
p
propriétés du dieu suprêmc est chez Chrysippe
mundi anim no lO77). Quant aux exemples psy-
chologiques théorie, I'existence simultanée et sans
confusion des sciences dans l'âme (253,27), on doit comparep ce que dit Chry-
s dans l'âme (no 56, p. 23, 6 sq.).
ible l'être n'est. pas différent de
:#,ït:1ï::HiiS ili'ls':"ii:
(3) 1bid.,236, 8. Dans Ie monde intelligiblc r on se représente une partie,
mais on voit en elle le tout, comme si I'on avait I'ceil de Lyncée qui voyait à
travers la terre ,, C'est de même façon que Cornutus décrit la vision du monde
. in. Gen.,
logue.
d.L d.Pelda

iTli'iïij
(5) Tout le g 6 de I'Enn., lX, chap. V, n'est que la description, avouéo
colnrnc tello, de I'action du logos spermatique des Stoiciens, qui doit êtro
I
l' < irnugo r (254, 3) de la connaissance intellectuelle.
)

)
I

I
158 LES STOICIENS, CrcÊ,RON ET LEUR INFLUENCE LA COSMOLOGIE STOÏCLElttIlrE 159

du salut. On sait combien est pauvre l,escha- lumière vient, sur I'eau, un < logos sacré )); alors de I'eau jail-
pourtant? dans l'école elle-même, I'absorp- lissent le feu qui va au plus haut du ciel, puis I'air qui se suspend
s le feu divin primitif fut considérée comme
au feuo tandis qu?en bas, eau et terre restent mélangés (nos 4
une espècc de purification totale où l,être bon demeurait seulo
et 5) (f). Ici I'auteur quitte le stoicisme : le Logos sacré, en effet,
sans aucun mélange de mal (1).
après Ia production des éléments? ( saute des éléments infé-
on semblable qui fait, chez rieurs jusqu'à l'élément le plus pur de la création et s'unit à
e : < Là-bas tout est le ciel ; I'nntelligence démiurgique (la lumière) r. C'est donc sans lui
plantes, les hommes, tout que sont créés dans chaque sphère les animaux sans raison.
le ciel de là-bas )? et encore : Pour I'homme, être raisonnable créé par Dieu, c'est par sa
< Là-bas, tous les astres sont le soleil, et chacun est aussi le volonté qu'il vient habiter dans la sphère inf'6rieure, et sa fin
soleil > (2). dernière est aussi de quitter le monde pour s'unir à son lieu
Ce qui empêche cette image du salut de s,étendre, c'est r.L'origine (2). Ainsi le Logos n'est plus seulernent le principe
que l'âme religieuse, à cette époqueo est surtout préoccupée tlc vie, la < semence l des êtres ; il est aussi le principe divin
de séparer le profane du sacré. L'absorption du profane rlui fait retour à son origine.
iar
le sacré paraît exiger une espèce de contact iniligne de l,êire Tels sont Ies d.isjecta mernbra de la cosmologie stoicienne
r;tri continuent à former, au moins en partie, la matière des
rcprésentations du monde à Ia frn d,u paganisme. C'est Ia disso-
lrrtion de la synthèse élaborée par l'ancien Stoicisme.
L'hom.me ne veut plus croire à I'immanence de la Raison
rluns le monde, et les forces cosmiques lui apparaissent corrme
rhrs fatalités aveugles; c'est ailleurs qu'il cherche la cité de
lumière (Poimandres, Séthiens) (4). jrrst.ice, où tout conspire. Tour l'édifice a donc craqué; mais

,a #::,:*;:ffiJ-îî,51e
que lts rnatériaux en sont restés excellents pour bâtir sur des plans
rrr)uveallx. Avec une partie, on construi[ le monde d.e la fatalité
, rrrrs raison ni providence; on se sert de l'autre pour le décor et
dans res relisions d u salut. p.," :T Ïï',iHîî::.,1ît";-,;:
lrr rrrise en scène du grand drame religieux qui va de la chute de
semble la plus claire possible, il faut lire le Poimaoàr"., chap. fer | 'ii rrrc à son salut. Les images en sont si commodes et si répandues,
des écrits hermétiques. La ftvélation d'Hermès commence lr,rc St.oiciens eux-mêmes ont pris un tel soin d'aller au devant du
par le récit de la cosmogonie. D'abord < tout est devenu lumière
calme et gaie >. Puis la lumière cède la place à une profonde 1',rût Jropulaire, que l'on ne va pas chercher ailleurs.
I I va sans dile cependant que I'on fait ainsi violence au
obscurité (l'air), d'où vient l'élélrrLent liquide, inférieur. < De la ,, I r ic i s rre, dont I'origin alité était précisément dans I'affirmation
r r

, l' r r : li r lcc à la fois nécessaire et rationnelle qui pénètre le monde,


r r r

. (l) Cf. nos 598 : xd0apor,v toû xdcplou et 606 : xux6v... oùô'6tr,oûv
uæo^e(,îe1dt.
( lrr isolr: à nouveau le nécessaire du rationnel, le fait de I'idéal,

, !p) Enn.,.V,.8,.3.;235,5;235,22, qui se rapproche d'une façon signifTcative .rr 1'lrrtôL lerrr identification et le passage de I'un à I'autre
de I'espèce de théologie sotâire
9:-f*Tè.99,9," solaire de
de. ôlèanthe (rip. pluunou
Clèanthe irip. pluungu p.l iomm. not.,
r.l De rï,mm. not.- ,l, r ir:rrt rrrr lrroblème, celui du salut.
chap. XXXI) : < Dans la conflagrabion le solcil's'assimite ûous'les astres el, leé
change en lui-même. r
(l)
\S) Quis
Quir rer. diu. heres., g 228, éd. Cohn. {l)l\lrrli'r':'rrlr,sirn:rgosrl'oliginccliverse,cettecosmogoniegarcleunestruc-
\4
,otmantrres, g 24, 2b
(4)) tPoimarulres, Strnruws,
T .24, 25 ;i s_ÉrHr ENS. philosoph.,
philosotth., y.2l
y, 21.
lrrr' rlrritir,rrlr; rl'-,\l- llr:1. I,'rtgrrt., It, nos 579 et 680 : 1o Le fcu;2oL'cxtinc-
. (l)) l-ù .conllagration consigérée comme jugémén{,, Mrnucrus FÉlrx, lr"r ,lr l'r'u trr :rir' (rilrstur.ili)) ; ;t,, l,o clrrngcment cn eau ; 4o Ln présence du
i clr:rp. X\XlV
- _
; Ci,cm. Aucx., Slrorn., V. I'r r nr, rlr':i r'lrillir,:i rllIrs l'(,:ilt ; f),' l,lr 1l|otlrrcl,i0n des éléments.
I
(',1) ll y rr lir ih,s irllrls r;rri prrrvcrrl, rkJr.ivcr drr stoïcismc de Posidonius.
160 LES STOICIENS, CICÉRON E'T LEUR INFLUENCE

Cette dissociation n'était pas sans danger; si la nécessité,


le sensible tloivent exclure le rationnel et I'intelligible, la vie
actuelle avec tous les devoirs qu'elle comporte est totalement
condamnée. Cette vérité ne fut pas méconnue de tous; et ceux
qui la soutinrent contre les mystiques les plus radicaux senti-
rent, comme d'instinct, Ia nécessité de revenir non plus à la
lettre, mais à I'esprit même de la cosmologie stoicienne. C'est
ainsi que l'on voit les apologistes chrétiens utiliser les doctrines XIX
physiques du stolcisme pour défendre la religion nouvelle contre
les dangers du gnosticisme. Lorsque Tertullien soutient contre
Platon le sensualisme stoTcien, son but est de retirer I'indépen- LOGOS STOiCIEN, VERBE CHRÉTIEI\
dance à la connaissance intelligible I sans quoi iI faudrait que
notre monde fût f image d'un autre' aux dépens duquel iI est RAISON CARTÉSIENI\E
déprécié, ce qui peïmet toutes les erreurs des gnostiques (1).
C'est au Dieu des gnostiques, dont la connaissance est réservée
aux seuls initiés, qu'il oppose la thèse stoicienne des notions l,e Logos stoTcien, le Verbe chrétien et la Raison cartésienne
communes (2). Enfin, contre leur Absolu sans cause' iI reprend, rlr:signent trois phases distinctes d'un de ces drames de la pensée
dans les termes mêmes du stoicisme, l'affirmation de I'univer- rlrri, r'r cause de leur lenteur et de leur durée, peuvent échapper
salité du principe de causalité (3). rilrx rogards, mais qui n'en constituent pas moins la structure
Yoyez aussi en quel sens rationaliste Athénagore (4) utilise irrtirrrc de l'histoire de notre Occident. C'est ce drame que je
I'idée de sympathie universelle : c'est Pour montrer que I'union r lrrrlr ais raconter.
de l'âme et du corps doit être indissoluble I ce n'est pas seule- l);rrrs les Méditations chrûtienies, Malebranche a vu Ia diver.
ment pour donner une démonstration physique de Ia résurrec- .rltrrlrr ccs phases, mais a pourtant essayé de les réduire à une
tion des corps, mais pour protester contre I'idée gnostique de o,,rrlr', r:r:lle du Yerbe chrétien. Le Verbe dit, parlant au philo-
l'intelligence purifiée des corPs. o,lrlr:: rr Je suis la Sagesse de Dieu même, la vérité éternelle,
rl Ainsi, à côté d'imitations inintelligentes ou inconscientes,
la cosmologie stoicienne eut encore ses fidèles : ce sont tous
iirrrrrrirlrlc et nécessaire ), et ce sont là les traits du Logos des
5lollicrrs; ( on ne peut avoir de société avec Dieu, ajoute-t-il,
ceux qui virent dans le rationalismer ![ui y était inhérent, un rlrr, l)rr.mon moyen. J'ai eu pitié. Comme ils sont devenus
s1,11',ilrlr:s, grossiers, charnels, je me suis présenté devant eux, et2
moyen d'échapper au mysticisme (5).
lrrrr rlr,r rrrirucles qui les ont surpris, je les ai obligés à m'écouter.
(l) De anîma, 18. .lt crrix lc slrrrveur des hommes > : tel est le Yerbe incarné; et,
(2\ Aduersus Marcionem, l, !0' rl,rr,, ,'r: rlialopçue intérieur, le philosophe répond au Verbe :
(3\ rbid. n l,)rr.irlrrr: ir: srrssc que vous êtes la Sagesse de votre Père, je
i4\ De resurrettione. 15.
I if) lcf. te compLe r'endu par Émile BnÉnren du tome II de I'ouvrago.du Itn rtt-:tvirrttis plts tle penser que volg êtes aussi la nôtre, ou la
p. Èrs'iJàtt"e : ia Révélation d'Hermès Trismégiste, dans la Reuue philo- lrinlr rriv(:rscllc à laquelle ils sont unis et par laquelle seule
sophique, 1951, p. 454-457.)
i
lla elrrl lrrirrorrrrlrblr..s; I et telle est bien la raison sur laquelle
llrorrrr tlH vout rJrrc l'on ridifie la science. Ce texte, qui réunit
lsa I r lis rrot iorlr I ou l. on lcs distinguant? pose le problème
l attêrtlr rlr-, lrrrrr lrt;rllorl r:xitcL.
t
1! I I t. 11