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Quelle est la différence entre la notion

de concept et le concept de notion ?


INTRODUCTION
Pour Bachelard, «Rien n’est donné, rien ne va de soi, tout est construit ».
Dans son livre « La formation de l’esprit scientifique », ce philosophe a montré que
pour rechercher les conditions psychologiques des progrès de la science, il est
nécessaire de poser le problème de la connaissance scientifique en termes
d’obstacles.
La philosophie, l’économie, la sociologie, la politique, et toutes les disciplines dites
scientifiques, ont pour but de rendre compte de la réalité, de la manière la plus fiable
et la plus objective possible. Un certain idéal de connaissance des phénomènes
étudiés fait que, dans toute discipline, on se pose donc la question du Vrai. Pour
établir une théorie, les chercheurs sont donc dans l’obligation de tenir des discours
qui se veulent rationnels. Par conséquent ils se doivent d’utiliser des termes précis,
définis au préalable. En effet, la logique ne suffit pas car elle peut très bien opérer
sur des mots qui n’ont aucun sens. Ce qui va permettre de saisir la réalité, ce sont
les concepts et plus que les notions.
Dans le langage courant, concept et notion sont souvent considérés comme
synonymes. Pourtant, il existe bien une différence entre ces deux termes. La notion
de concept et le concept de notion ne rendent pas compte de la réalité avec la même
précision. Ces deux termes ne s’appliquent pas à un même niveau de connaissance.
De ce fait, nous nous attacherons ici à montrer pourquoi il est nécessaire de passer
de la notion au concept. Pour ce faire, nous procéderons en deux temps. Dans une
première partie, nous mettrons en évidence les nuances existantes entre notion et
concept. Nous nous focaliserons alors sur les problématiques de la précision et de la
connaissance. Dans une seconde partie, nous traiterons de la nécessité de
conceptualiser, à savoir pourquoi cette étape est essentielle pour tout « scientifique »
cherchant à élaborer une nouvelle théorie.

I) La différence entre notion et concept s’organise autour du niveau


de précision, en vue d’un idéal de connaissance
Dans cette première partie, nous montrerons que la distinction entre notion et
concept est à rechercher autour du niveau de précision. Partant de cela, nous
verrons pourquoi l’idéal de connaissance nécessite de passer de la notion, plus ou
moins vague et fondée, au concept clairement défini et si possible vérifié
expérimentalement. En d’autres termes, nous analyserons la nécessité d’avoir des
définitions de plus en plus précises des phénomènes étudiés, dans un cadre de
recherche perpétuelle de la vérité.

Une différence des niveaux de précision

Nous allons tout d’abord montrer que passer de la notion au concept consiste à
affiner, à préciser une définition ; à progresser d’une perception vague à une
caractérisation rigoureuse.

Comme point de départ à notre démonstration, nous pouvons considérer ce que


l’on entend ordinairement par notion, c’est à dire par la « notion de notion ». Il s’agit
d’une connaissance élémentaire. Par élémentaire, il faut comprendre que les notions
sont toujours ce par quoi l’on commence pour construire nos connaissances. Cette
primauté peut être de deux ordres. D’une part, les notions peuvent provenir de nos
perceptions, de nos opinions… en cela, on peut affirmer qu’elles sont élémentaires
chronologiquement. D’autre part, les notions sont premières logiquement dans le
sens où elles sont nécessaires pour pouvoir en construire d’autres. En raison de leur
caractère élémentaire, les notions ne peuvent avoir qu’un faible niveau de précision.
Il en résulte que les notions sont le premier état de nos savoirs, avant même
qu’ils soient réfléchis. Dès lors qu’une réflexion se met en place, avec la volonté de
précision qu’elle implique, on passe des connaissances premières imprécises issues
des perceptions, les notions, à des concepts : une notion vague se précise.
Les concepts peuvent être définis comme des notions abstraites et générales.
Ce ne sont plus des perceptions mais des représentations mentales. On parle ici
d’abstraction dans le sens ou le concept permet d’extraire, de considérer séparément
par la pensée des choses qui ne sont pas dissociables dans la réalité. Par exemple,
une largeur est un concept ; cette abstraction, nous permet d’envisager ce terme
isolément alors qu’il n'est pas distinct de l’objet à quoi il se rapporte dans la réalité, il
est alors possible d’étudier cet objet pour lui même. En effet, les concepts ont
tendance à se substituer à ce que l’on perçoit immédiatement. Ils deviennent alors
les fondations de l’univers intellectuel de l’être humain.
Cette construction de l’esprit peut s’effectuer aussi bien a posteriori ou a priori. Dans
le premier cas, l’esprit effectue des opérations de regroupement à la suite
d’expériences au sens large, il élabore ainsi peu à peu des concepts empiriques par
comparaisons. Après avoir observé de nombreux chiens, un individu fera des
recoupements et des différenciations qui lui permettront de se forger une définition
précise de ce qu’est un chien. Dans ce cas, on peut parler du concept empirique de
chien, élaboré grâce à l’expérience au sens large. Dans le second cas, il conçoit de
façon pure. Il donne naissance à des concepts scientifiques, élaborés
rigoureusement. La gravitation apparaît alors comme un concept scientifique, comme
une idée abstraite… Toutefois, qu’il puisse y avoir des concepts qui ne soient en
aucune façon liés à des expériences est difficile à comprendre pour le sens commun.
Le raisonnement ordinaire voudrait que tout objet intellectuel provienne directement
ou indirectement de l’observable. Mais, l’esprit humain ne s’applique pas toujours à
des événements ou des phénomènes extérieurs. Ainsi, l’homme trouve satisfaction à
construire des entités abstraites, des concepts scientifiques, en vue de nouvelles
connaissances.
Par ailleurs, un concept est également général car il s’applique à une pluralité de
cas. On distingue ici son extension, c’est à dire l’ensemble des individus rentrant
sous le concept, de sa compréhension qui regroupe l’ensemble des traits distinctifs
composant sa définition. Ces deux dimensions varient en sens inverse : plus
l’extension est large, moins la compréhension est précise (dans ce cas, le concept
s’apparente alors à la notion). Prenons l’exemple de l’Etre, son concept contient
toutes les abstractions, sa compréhension est donc infinie. Ceci rend sa définition
complètement imprécise.

Ainsi, la grande différence entre concept de notion et notion de concept


s’organise autour de la question de la précision. La notion est vague, il s’agit d’une
idée reçue et non justifiée issue sur de perceptions. Dès lors qu’on la nomme, cette
notion devient une notion de concept, un pré-concept. Le concept empirique gagne
en précision puisqu’il regroupe des objets distinctement définis par l’expérience au
sens large. Enfin, les concepts scientifiques, nous permettent d’accéder au niveau le
plus élevé de précision, les concepts de concept sont construits, rationnels et
élaborés rigoureusement en faisant le plus souvent appel à des rapports
mathématiques (ex : le concept de d’interaction).

La recherche de la connaissance est le chemin menant de la notion au concept

Nous avons précédemment montré que passer de la notion au concept


permet de s’élever à un niveau de précision nul à une définition précise et construite.

Nous pouvons par conséquent se demander au nom de quoi nous voulons passer de
la notion au concept. Ce ne peut être comme nous l’avons sous-entendu qu’au nom
d’un idéal de la connaissance, autrement dit, d’une volonté d’accéder à un niveau
supérieur de vérité. On peut alors supposer que ce qui conduit à ce progrès de la
connaissance, c’est ce que Platon appelait l’Idée du Vrai. En effet, selon le principe
grec, une connaissance vraie ne saurait être que belle et bonne. Selon Platon, un
discours philosophique, pour être reçu, doit avoir du répondant dans le réel c’est à
dire qu’il s’appuie sur quelque chose de consistant. C ‘est de là que naît l’hypothèse
des Idées : la philosophie doit toujours se nourrir de matériaux extérieurs (comme
par exemple les mathématiques pour les Grecs pour Descartes).
Pour Platon, le monde des Idées, réalité essentielle, demeure immuable alors que
les apparences ne cessent de changer au fil du temps. Le monde des Idées est
stable et transparent. De ce fait, le point de départ de toute philosophie est la
reconnaissance de la nécessité de ce détour par le monde stable et construit contre
le monde des apparences. Ainsi défini, le monde des Idées est un monde clair et
intelligible, comme le serait l’univers mathématique.
Bien sûr à l’hypothèse des Idées il faudrait en rajouter une autre, celle qu’il y a en
l’homme une faculté qui lui permet de saisir cette réalité : il faut donc supposer que
l’homme possède, en même temps qu’un corps plongé dans les apparences un
esprit capable de saisir les Idées à travers la construction du discours.
Et, c’est parce que l’esprit fonctionne selon une volonté de connaître parfaitement,
selon un idéal, que ce qui nous fait passer de la notion au concept n’est pas le
concept lui-même mais l’Idée platonicienne comme horizon de perfection du savoir.
Les concepts sont des créations voire des procréations de l’esprit, en vue d’atteindre
un objectif précis. Ils s’ajoutent donc en quelque sorte à ce qui est perçu
immédiatement à savoir les notions. En cela, les notions peuvent être vues comme
des intuitions individuelles alors qu’au contraire, les concepts sont des constructions
mentales qui constituent les fondements de l’univers intellectuel de l’être humain.
Ainsi, la notion est une représentation du monde telle qu’elle nous intéresse ; le
concept permet d’abstraire c’est à dire de briser une réalité trop entachée d’erreurs
et de sentiments, afin d’en extraire uniquement les caractères pertinents. Ceci
constitue donc bien un pas effectué sur le chemin de la connaissance dans le sens
où nous passons d’une affirmation individuelle à une vérité stable et générale.

Par ailleurs, le passage de la notion au concept (la conceptualisation) est un acte


intersubjectif qui exprime des relations fondamentales entre les individus (le concept
est tout entier dans l’élément du langage). Son caractère essentiel est donc sa
communicabilité. Ici nous voyons le concept comme un mot du langage en tant qu’il
est voué au logos, discours rendu rigoureux par les contraintes de la logique.
Conceptualiser est alors perçu comme un effort pour évacuer la charge de
subjectivité qui pèse sur les mots. Le but est de les rendre le plus transparent
possible afin qu’ils puissent réaliser un discours vu comme légitime par tous. Le
concept permet donc d’accéder à cette volonté de neutralité émotionnelle, si
importante pour l’idéal de scientificité. En cela, il conduit les hommes à s’accorder
sur un même support de savoir.
De plus, selon Pascal, une méthode parfaite aurait toujours le souci de tout définir
avec netteté, de définir précisément chaque terme utilisé. Sa vision idéale de la
méthode qui conduirait à la réalité, à la démonstration vraie, prendrait alors appui sur
des concepts.

Ainsi comme nous l’avons vu dans cette première partie la seule différence qui
existe entre concept de notion et notion de concept, à savoir un degré différent
d’exactitude, nous permet de saisir pourquoi il est nécessaire de passer de l’un à
l’autre.
Nous avons traité ici de l’idéal de connaissance comme moteur de cette translation.
Nous allons désormais nous attarder sur le rôle joué par la conceptualisation dans la
mise en place et dans la construction de théories, en montrant que les concepts
peuvent être utilisés à la fois comme des moyens de justifier une position, de réfuter
une théorie ou d’en créer une nouvelle.

La place de la conceptualisation dans l’élaboration d’une théorie

Comme nous l’avons présenté précédemment, conceptualiser revient à abstraire


la réalité de manière à en dégager les caractères pertinents. Ceci permet de passer
du particulier au général avec pour objectif l’universalité.

Le concept comme fondement d’une théorie :


Pour élaborer une théorie, il est nécessaire de définir au préalable les concepts qui la
sous-tendent. Ceux-ci peuvent être empruntés à des théories déjà élaborées ; ils font
alors l’objet d’une redéfinition, d’une purification. Ils peuvent aussi naître d’une
observation de la réalité ; ils sont alors construits ex-nihilo. Dans ce cas, les concepts
marquent la distanciation et l’assimilation par l’esprit des phénomènes observés.
Le concept doit être clair et son utilité manifeste : il n’existe pas pour son propre
intérêt. C’est de par son applicabilité que celui-ci acquiert un statut d’outil de
recherche. En effet, conceptualiser permet de théoriser, c’est à dire de tirer des
conclusions et d’aboutir à des résultats tangibles et généralisables.
On peut alors affirmer que la conceptualisation est une étape essentielle de la
connaissance. Le propre de la démarche scientifique est de dépasser les notions
communément admises, de prendre le recul nécessaire pour définir, construire et
s’approprier les concepts permettant de résoudre un problème de pensée. Il ne s’agit
plus d’intuitions ou d’idées vagues, mais d’instruments pertinents permettant
d’atteindre des vérités.
Au fur et à mesure que l’on progresse dans la connaissance, des éléments
s’intègrent progressivement. Ce qui pouvait sembler banal, descriptif, insignifiant,
peut se révéler comme ayant finalement une signification importante. Ainsi
l’aboutissement de cette progression apparaît comme une connaissance idéale,
indépendante de ses applications : c’est la théorie.

On voit donc qu’il est fondamental de passer de la notion au concept, de


conceptualiser, pour construire une théorie. En effet, seul le concept s’inscrit dans un
souci de rigueur. Il peut donc être considéré comme une base solide sur laquelle le
savoir se constitue.

Illustration des différents rôles joués par la conceptualisation

Dans l’élaboration des théories, les concepts n’occupent pas toujours la même
place. Les chercheurs peuvent outrepasser les notions et utiliser des concepts pour
différentes raisons qui dépendent de la portée qu’ils veulent donner à leurs propos.
Conceptualiser peut en effet permettre de fonder une théorie, de la purifier, de la
réfuter…
Pour illustrer les différentes utilisations des concepts, nous nous
appuierons sur trois exemples issus des sciences économiques. Nous montrerons
donc qu’ils peuvent servir à l’élaboration d’une théorie (c’est le cas du concept
d’Homo Œconomicus), à la légitimation d’une idéologie (l’aliénation chez Marx), et à
la critique (la demande effective chez Keynes).

La théorie néoclassique repose sur une démarche, l’individualisme


méthodologique : toute explication des phénomènes économiques doit pouvoir être
ramenée aux comportements des individus qui forment la société. La grande
complexité de ces comportements amène les néoclassiques à réduire l’Homme au
concept d’Homo Œconomicus : les individus cherchent donc à maximiser leur
satisfaction pour des ressources données. Cet agent ainsi défini est supposé
rationnel, ce qui veut dire que ces critères de choix sont cohérents et qu’ils sont
guidés par un arbitrage coûts-avantages. L’Homo Œconomicus a donc une
rationalité illimitée et une information parfaite. La construction de ce concept sous-
tend toute la théorie néoclassique. Sans celui-ci, toutes leurs conclusions seraient à
remettre en cause : c’est donc bien un concept qui permet à cette théorie d’exister et
d’être reconnue.
On peut prolonger cette idée en faisant ici référence à l’opposition entre Friedman et
Popper. Pour le premier, la validité d’une théorie repose sur la pertinence des
résultats obtenus et le réalisme des postulats et des concepts de base importe peu.
On comprend alors pourquoi le concept d’Homo Œconomicus est reconnu comme
légitime pour les fervents de la théorie néoclassique. Pour Popper au contraire, toute
démarche scientifique doit être testable empiriquement. De ce fait, le concept
précédemment développé n’aurait pas des sens étant donné sa dimension utopique.
Sans la construction de concepts, la théorie néoclassique ne pourrait pas exister ;
elle en est donc complètement dépendante.
Pour dénoncer le système capitaliste et assoire son idéologie, Marx a quant à
lui utilisé le concept d’aliénation en lui donnant une dimension nouvelle. En effet,
dans la société capitaliste, l’homme serait aliéné, c’est à dire rendu étranger à lui-
même. Selon Marx, seul un changement de société pourrait supprimer cette
aliénation par la suppression de la propriété des moyens de production.
L’auteur a ici « purifié » des concepts au sens où il a modifié des termes déjà
existants pour élaborer sa théorie. La place du concept est ici bien différente dans le
sens où le concept d’aliénation n’a pas été construit ex-nihilo mais a seulement été
redéfini.
Enfin, nous allons nous attacher à la critique de Keynes portant sur la notion
de chômage volontaire développée par les néoclassiques. Pour ces derniers, si le
chômage se maintient c’est parce que les individus ne souhaitent pas travailler au
niveau de salaire qui leur est proposé sur le marché du travail. Keynes réfute cette
explication. Pour lui, la cause fondamentale du chômage serait l’insuffisance de la
demande effective. Par ce concept, que nous ne développerons pas, Keynes remet
en question la théorie néoclassique de l’emploi et met en valeur le caractère
involontaire du chômage. En effet, il est peu probable que le niveau de demande
anticipé par les entrepreneurs corresponde au point d’équilibre entre offre et
demande de travail.
La conceptualisation a ici permis de remettre en cause une théorie déjà fondée et
reconnue.

Comme nous venons de le montrer, le concept peut jouer un rôle différent


dans la mise en place d’une théorie. Quel que soit ce rôle, nous pouvons percevoir le
concept comme un outil obligatoire pour faire progresser la science.

Une conceptualisation essentielle à la progression de la science

Deux auteurs se sont particulièrement intéressés à l’histoire des sciences et


au problème de la constitution de la connaissance. Nous montrerons comment
Thomas Kuhn et Gaston Bachelard ont mis en avant la nécessité de conceptualiser
afin de contribuer à l’avancée de la science.
Ils ont en effet considéré l’histoire des sciences, non pas comme un processus
graduel et cumulatif, mais comme soumise aux contingences culturelles et sociales
qui influent sur les croyances d’un groupe. La science progresse ainsi par « bonds ».
Kuhn emploie le « paradigme » pour démontrer sa thèse. Nous verrons que ce terme
est à rapprocher de la définition que nous avons donnée du concept. Dans son
ouvrage intitulé La structure des révolutions scientifiques (1962), l’auteur a étudié le
fonctionnement des « communautés scientifiques ». Il observe que la cohérence de
ces groupes est généralement très forte car elle est marquée par un large consensus
autour des principes de base, des questions à élucider et des méthodes de travail.
La cohésion entre les membres d’une même communauté repose alors sur une
même définition des concepts. Kuhn désigne ce consensus par le terme de
« paradigme ». Le passage d’un paradigme à un autre, c’est à dire d’un concept à un
autre, est la caractéristique principale d’une révolution scientifique.
Par exemple, dans le domaine de l’économie, l’évolution des idées est marquée par
la domination de paradigmes qui connaissent à certains moments des remises en
cause. Cependant, la domination d’un paradigme est rarement aussi nette que dans
les sciences de la nature. On constate en effet plutôt une coexistence, durable mais
nullement pacifique, de plusieurs paradigmes qui s’affrontent sur des questions
essentielles (théorie keynésienne et néoclassique par exemple).
On voit donc que pour Kuhn la science ne progresse que par des successions de
paradigmes, c’est à dire de concepts, qui se complètent ou s’opposent.
Pour Bachelard, la connaissance scientifique ne peut s’élaborer qu’en
effectuant une rupture avec nos préjugés, nos notions. Son apport fondamental est
d’avoir analysé les obstacles épistémologiques qui sont à l’intérieur même de la
pensée, dans les profondeurs inconscientes, souvent culturelles et psychologiques.
Le premier obstacle à surmonter serait donc nos prénotions, notre première vision du
monde. La conceptualisation apparaît alors comme une étape incontournable à la
progression de l’esprit scientifique.

Dans cette seconde partie, nous avons donc mis en évidence le premier rôle
du concept dans la théorisation et le cheminement de la pensée scientifique. Comme
pour les autres sciences, le passage de la notion au concept est primordial et est
grandement impliqué dans l’histoire de la pensée économique et dans la succession
des différentes théories.

CONCLUSION
Lorsque l’on utilise un terme, un signe verbal quelconque, et que l’on veut lui
apporter un surcroît de valeur, on le baptise concept.
En effet, nous nous sommes ici attachées à montrer que la différence entre notion de
concept et concept de notion est à rechercher autour d’un différent degré de
précision. Au nom d’un idéal de la connaissance, il est nécessaire d’évoluer d’une
idée vague, fluctuante, à une définition précise qui servira de fondement, de principe
ou d’idée explicative.
On comprend alors pourquoi la conceptualisation, c’est à dire le passage de la notion
au concept, est une étape essentielle lors de la théorisation.
Nous avons choisi de nous orienter vers cette dernière spécificité du concept
qui semble être en adéquation avec notre approche épistémologique de l’économie.
Toutefois nous sommes bien conscientes que nous aurions pu aborder ce sujet sous
d’autres angles, par exemple celui d’une réflexion entre linguistique et pensée
(Saussure).

Bibliographie
Bachelard:la formation de l'esprit scientifique

Keynes : théorie générale

Marx:le capital

Kuhn:la structure des révolutions scientifiques