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La Commune
BULLETIN D E L ’A S S O C I AT I O N D E S AMIS DE LA COMMUNE DE PA R I S -1871

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2006
hiver-printemps
DOSSIER
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NUMERO LA COMMUNE DE PARIS-1871
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27 ET LE CINÉMA
LA COMMUNE N° 27 23/01/06 9:29 Page 1

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R Grande mobilisation pour la souscription...
IA Il est rare que l’éditorial de notre bulletin Les adhérents doivent assurer par une forte mobi-
L porte sur des questions financières de lisation le succès de cette souscription et faire
notre Association. entrer un maximum de fonds pour nous dégager
Notre objectif principal demeure la trans- au plus vite des obligations des remboursements
mission historique et idéologique du souvenir de bancaires.
la Commune de Paris de 1871 et de ses combat- Cette mobilisation a déjà commencé et des
tants et de montrer que son œuvre est toujours au chèques commencent à parvenir à notre siège.
cœur de l’actualité. Nous vous en remercions. Vous recevrez une
Pour cela, les adhérents qui militent dans les diffé- attestation de don concernant votre versement
rentes commissions organisent, avec des moyens qui vous permettra de soulager partiellement
financiers souvent réduits, un bon nombre de vos impôts.
manifestations. Mais pour coller à l’actualité, nous Un groupe de travail s’est constitué pour animer
devons améliorer quantitativement et qualitative- cette opération. Il a décidé de tenter le montage
ment nos interventions. d’une grande vente aux enchères au printemps
Pour faciliter le travail de nos militants, le Conseil ou à l’automne 2006. Ce projet est organisé par
d’administration de notre Association a décidé Claudine Boni.
l’acquisition d’un nouveau local jouxtant notre C’est dans ce cadre que nous vous demandons de
siège au 46, rue des Cinq-Diamants et d’abandon-
ner la location de notre annexe qui est située dans
la même rue.
nous aider à trouver des objets ayant une certaine
valeur marchande (gravures, tableaux, affiches,
livres rares, vaisselle, etc.). Vous pouvez d’ores et
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Comme vous pouvez l’imaginer, cet investisse- déjà envoyer à notre siège (courrier ou mail Inter-
ment nécessite un financement important. net) un descriptif de vos objets ainsi qu’une photo.
C’est pourquoi nous avons décidé, en Septembre, Tous ensemble, nous pouvons réussir et nous
le lancement d’une grande souscription auprès comptons sur tous nos Amis qui le peuvent pour
des membres de notre Association et de l’élargir assurer un franc succès à notre souscription.
à tous les sympathisants de la Commune de
Paris-1871. Pierre Korber

LES AMIS ADHÉREZ OU


COMMUNE
DE PARIS-1871
DE LA

2006
«... Il a deux trous rouges au côté droit.»
RéADHÉREZ
COTISATIONS 2006
CARTE D’ADHÉSION
A partir de 33 euros -
Soutien à partir de 50 euros
A partir 5 euros
pour les faibles ressources
Art
h ur R 18
91 A partir de 150 euros
imbaud. 1 854-

Le dormeur du val
pour les collectivités
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A COMMUNE
H istoire - Dossier cinéma DE PARIS-1871

Les journées de 1871 à l’écran


Au printemps 1871, à Paris, les Communards L’allégorie apparaît ainsi comme l’une des constantes
refusent de capituler contre les Prussiens et se de la représentation de la Commune, largement utili-
révoltent contre le gouvernement de Thiers qui sée au cinéma. Elle avait, à l’époque, d’autant plus
siège à Versailles. Cet affrontement populaire fait d’importance que la gravure et la lithographie supplan-
des milliers de victimes et marque pour longtemps taient la photographie comme support de diffusion,
l’histoire de la capitale. L’idéologie révolutionnaire même si les photographes au service des Fédérés,
de ces «journées sanglantes» a inspiré les cinéastes comme Braquehais, privilégiaient l’image symbolique :
français et étrangers. groupes de Communards devant la colonne Vendôme
L’IMAGERIE DE LA COMMUNE abattue, ou juchés sur les barricades... Et par un dé-
Peu avant sa mort, l’auteur de «L’internationale», Eugè- tournement pervers, ces mêmes images serviront aux
ne Pottier, écrivait dans une de ses dernières chan- mouchards versaillais pour identifier nombre de «me-
sons, en 1866 : «Tout ça n’empêche pas Nicolas, qu’la neurs» qui seront pour la plupart fusillés. Pour la pre-
Commune n’est pas morte...». mière fois dans son histoire, la photographie devenait
Né à peine dix ans plus tard, le cinématographe mettra instrument de dénonciation, pièce à conviction.
pourtant plus de trois décennies pour la faire revivre et De leur côté les fusilleurs versaillais prirent - apparem-
loin de Paris. Si l’on excepte cette reconstitution, fil- ment - plaisir à photographier abondamment les cada-
mée à des fins militantes par l’Espagnol Armand Guer- vres de leurs victimes... Images qui seront «récupé-

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ra en 1913, «La Commune», qui se terminait sur des rées» au bénéfice de diverses propagandes
images de survivants de la Commune, il faudra attend- réactionnaires, la plus ignoble étant la publication dans
re la fin des années vingt, à la lisière du muet et du par- un journal franquiste, pendant la guerre civile espagno-
lant, pour voir l’insurrection parisienne du Printemps le, d’une photographie de cercueils ouverts de Com-
1871 mise en scène par des cinéastes soviétiques : munards fusillés, légendée comme le résultat d’une
Mardjanov avec «La pipe du Communard» (1929), Ko- exécution sommaire de prisonniers phalangistes par
sintsev et Trauberg avec «La nouvelle Babylone» les Républicains. Par un salutaire retour de balancier,
(1929). Première partition pour le cinéma d’un Chosta- ces images de Communards massacrés permettront
kovitch de vingt-trois ans, et de Rochal avec «Les au- à Jean Baronnet de donner la mesure de la répression
bes de Paris» (1936). En France, le sujet semble ta- versaillaise en ouverture de son film «Une journée au
bou. A telle enseigne que le premier projet de long Luxembourg» (1993).
métrage consacré à la Commune, en 1946, ne verra Un autre type de détournement d’image fut inauguré
pas le jour. Dans le sillage de la Libération de Paris, le après la chute de la Commune : la reconstitution men-
grand cinéaste du «Six juin à l’aube», Jean Grémillon*, songère et le photo-montage. Pour les besoins d’un re-
voulait célébrer cette «insurrection patriotique», selon cueil intitulé «Les crimes de la Commune», très prisé
ses propres termes, dans une confrontation tentante dans les salons bourgeois, le dénommé Appert enga-
entre Versailles et Vichy, Thiers et Pétain, FFI et Garde gea des figurants pour incarner les «fanatiques avi-
nationale. L’imagerie future de la Commune sera frian- nés» qui allaient procéder aux «sauvages exécutions»
de de tels rapprochements, de même que l’iconogra- des généraux Lecomte et Thomas et de l’archevêque
phie antérieure y avait eu largement recours : le «Loui- de Paris Monseigneur Darbois, sous le regard compli-
se Michel sur les barricades» de Théophile Steinlen ce de dirigeants de la Commune insérés dans l’image
s’inspire directement de «La Liberté guidant le peu- par truquage photographique.
ple», peinte par Eugène Delacroix au lendemain de la Paradoxalement, c’est à partir d’un semblable maté-
Révolution de 1830. riau - dessin, photo, gravure, reconstitution - que vont
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H istoire - Dossier cinéma

Les journées de 1871 à l’écran (suite)


s’édifier les représentations cinématographiques de la (1975), commandant en chef des armées de la
Commune, à ceci près qu’aucun film ne choisira ja- Commune, dans un film polonais de Bohdan Poreba,
mais le camp des Versaillais. A cela, une raison évi- où les obsèques de l’officier révolutionnaire tué sur la
e
dente : faire un film sur la Commune est un choix mili- barricade de la rue Myrha (XVIII arrondissement) se
tant, où il est d’abord question d’hommage et de déroule au son de «L’Internationale», dont la musique
célébration. ne sera composée qu’en 1888... L’anachronisme est
DE L’HÔTEL-DE-VILLE AU PÈRE-LACHAISE : ici au service de la symbolique.
UNE GÉOGRAPHIE ALLÉGORIQUE Dans son immense fresque de six heures, «La Com-
Vingt ans après les trois films soviétiques hautement mune (Paris 1871)» réalisée pour Arte en 1999, Peter
allégoriques, le premier film français, «Commune de Watkins fera de l’anachronisme volontaire un vecteur
Paris» (1951), œuvre d’un cinéaste de vingt-six ans, signifiant en introduisant l’interview et le commentaire
Robert Menegoz, comporte une séquence «d’actuali- télévisés comme jalons de la chronologie de la
tés» : le cortège des Communistes pour le quatre-ving- Commune : le journal télévisé «national» de Versailles
tième anniversaire de la Commune au cimetière du s’oppose aux reportages bricolés des journalistes de
Père-Lachaise, devant le Mur la télévision «communale», la-
des Fédérés, théâtre des der- quelle, en bout de course et
niers combats contre les sol- LE MUR DES FÉDÉRÉS faute de moyens, se trouvera

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dats de Thiers. Un lieu sym- réduite à l’état de radio par
bolique déjà reconstitué dans EST LE REPÈRE PRIVILÉGIÉ abandon de l’image. Un princi-
«La nouvelle Babylone», et qui pe propice à de passionnants
sera fortement exploité au DE LA GÉOGRAPHIE sauts de dialectiques du pas-
moment de la célébration du sé au présent et de la réalité à
centenaire de la Commune en CINÉMATOGRAPHIQUE la fiction. Cette distanciation
1971, avec les images de la va de pair avec un parti-pris fil-
cérémonie organisée par le DE LA COMMUNE mique en longs plans séquen-
Parti communiste français, fi- ces où la crédibilité repose
gurant aussi bien dans des films de la télévision belge, sur la parole, les visages et les costumes. Le décor
«Un solo funèbre, la Commune de Paris» de Jacques restant allusif et ne prétendant surtout pas à une quel-
Cogniaux, que soviétique, «Le voile écarlate de Paris» conque «reconstitution» (tout a été tourné en banlieue
de Marlene Khoutiev, chant de louanges à la gloire du parisienne, à Montreuil, dans les locaux de la compa-
P.C.F... On verra un autre dépôt de gerbe au Mur des gnie théâtrale d’Armand Gatti, «La parole errante»).
Fédérés, «gauchiste» celui-là, dans «Mourir à trente Un brechtisme déjà illustré, de manière plus radicale
ans» de Romain Goupil - une manière de réponse au encore, dans «Mémoire Commune» (1978) de Patrick
film soviétique qui passe pudiquement sous silence les Poidevin, où les décors parisiens sont symbolisés jus-
événements de Mai 1968 à Paris... qu’à la limite de l’abstraction (un cylindre de bois maté-
Le Mur des Fédérés est le repère privilégié de la géo- rialise par exemple la colonne Vendôme), tout autant
graphie cinématographique de la Commune, qu’on que l’action (un drap teint en rouge résume la répres-
retrouve dans les films commémoratifs du centenaire, sion versaillaise), sinon dans une séquence «réaliste»
«La Commune de 1871» de Cécile Clairval et Olivier inspirée de Brecht précisément, «Le canon de Mada-
Ricard, télévision française, «Le temps des cerises, me Cabet», où dans une vieille rue étroite et pavée re-
la Commune et les livres», «Jaroslaw Dabrowski» présentant la rue Pigalle, les femmes du quartier em-
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

pêchent la reprise de «leur» canon par les soldats d’une annexe du palais du Luxembourg, l’aventure du
versaillais. médecin Maxime Vuillaume, rédacteur au «Père Du-
La supposée rénovation de Paris des années soixante- chène», arrêté le 21 mai, qui fut sauvé du peloton
dix, assortie d’une élimination massive d’immeubles d’exécution grâce à l’intervention d’un étudiant en mé-
«vétustes» des quartiers populaires, offrit paradoxale- decine, Laffont, enrôlé dans l’armée versaillaise.
ment une opportunité de reconstitution à peu de frais Décor anodin en apparence, qui recèle l’empreinte
des barricades du mois de Mai 1871. Joël Farges en d’une mémoire tragique : c’est aussi sur ce principe
profita pour la mise en scène de sa «Semaine Sanglan- qu’est bâti le film soviétique «Le voile écarlate de Pa-
te» (1976), où façades ruinées et murs en démolition ris» (1971), où le récitant constate que «les vieux pa-
complètent les barricades et hôpitaux de fortune écla- vés gardent les traces de l’Histoire» que la plupart des
boussés par les obus des artilleurs versaillais, les- passants qui les arpentent ignorent. Combien de tou-
quels sont félicités depuis son bureau par Adolphe ristes en effet, qui gravissent les degrés de la butte
Thiers, à l’abri sous les moulures du château de Ver- Montmartre (étymologiquement «colline des mar-
sailles, et prenant en toute bonne conscience un bain tyrs»), savent que la basilique du Sacré-Cœur fut éri-
de pieds. Mais Farges ne dédaigne pas pour autant gée «en expiation des crimes de la Commune» ? Et
l’imagerie symbolique, et plante des drapeaux rouges qu’à la place du Moulin-Rouge se déroulèrent de san-
autour du génie de la Bastille, comme il s’attarde sur la glants combats ? «Si soudain les pierres se mettaient à

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façade de l’Hôtel-de-Ville, bientôt incendié. parler ?», s’interroge le récitant sur des images de
La géographie allégorique de la Commune telle que badauds déambulant place du Tertre, répondant en
reflétée par le cinéma se trouve ainsi banalisée, rive creux à Arthur Rimbaud : «Quand tes pieds ont dansé
droite, entre les deux colonnes, Juillet et Vendôme, à si fort dans les colères de Paris !...».
équidistance de l’Hôtel-de-Ville avec au Nord-Est la cou- Sur cette sédimentation du temps, les entailles de
ronne des barricades de Montmartre, Belleville et l’Histoire se brouillent, se répondent et se confondent,
Ménilmontant qui s’achève plus à l’Est parmi les et la réalisatrice Marlene Khoutsiev fait ricocher les
tombes du Père-Lachaise. Comme s’il ne s’était rien impacts des balles versaillaises avec ceux de la Libé-
passé rive gauche. ration de Paris, rapproche les fusillés de Mai 1871 et
LES ENTAILLES DE L’HISTOIRE d’Août 1944, établit un parallèle entre un défilé de
Ce n’est pas le moindre mérite du film de Jean Baron- troupes hitlériennes sur les Champs-Elysées et les
net «Une journée au Luxembourg» de montrer que la armées prussiennes assiégeant Paris, décrit en
répression fut aussi sanglante de l’autre côté de la Sei- couleurs les rues commerçantes qui furent le théâtre
ne, notamment dans «le plus triste des grands jardins des derniers combats, rue Lepic et rue de la Fontaine-
de Paris», comme l’écrivait Jules Vallès. Par un bel au-Roi, dont les défenseurs de la barricade furent ravi-
après-midi du printemps 1993, autour du bassin, des taillés le dernier jour par l’ambulancière Louise, à
enfants jouent, font naviguer des voiliers, devant des qui l’élu de la Commune Jean-Baptiste Clément dédia
adultes prenant le soleil, lisant ou somnolant sur leurs sa chanson «Le temps des cerises», sur laquelle
chaises. Mais derrière eux on découvre un mur criblé précisément se clôt le film, en images du Montmartre
d’impacts de balles. Ici, en Mai 1871, nombre de Com- de 1971.
munards furent fusillés. Cette ouverture trompeuse, Vingt ans auparavant, dans le premier film français
qui n’est pas sans rappeler celle de «Nuit et brouillard» consacré à la Commune, Robert Menegoz faisait par-
d’Alain Resnais («Même un paysage tranquille...»), per- ler différemment les vieilles pierres parisiennes. Il dra-
met au réalisateur de relater, dans les décors réels matisait l’iconographie d’époque, mettant à contribu-
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H istoire -Dossier cinéma

Les journées de 1871 à l’écran (suite)


tion, pêle-mêle, gravures et photographies, pour ra- Louise Michel a sa station de métro, Eugène Pottier sa
conter l’épopée des deux mois que dura la Commune cité, Jean-Baptiste Clément sa place, Eugène Varlin sa
de Paris. Par truquage, les obus pleuvaient sur les fa- rue. Comme ses acolytes, le général fusilleur Gallifet
çades et par montage rapide revivaient les visages passera à la trappe de l’Histoire.
des défenseurs des barrica- François Porcile
des, au rythme des chants Réalisateur et conseiller musical
composés par Joseph Kos-
PARIS EN EFFET GARDERA de différents cinéastes.
Scénariste et écrivain de musique
ma sur des paroles de
Henri Bassis, «A l’assaut du
PLUS VOLONTIERS et de cinéma. Auteur de
nombreux ouvrages
ciel». sur la musique et le cinéma. Prix
C’était aussi le titre d’un autre
LE SOUVENIR de la critique musicale et Prix de
l’Académie Charles Cros
court-métrage, réalisé en
1962 par Jean Peré à partir
DE SES DÉFENSEURS pour son ouvrage
«Les conflits de la musique
de gravures, qui montraient française», Fayard, 2001.
l’abolition de la peine de mort
COMMUNARDS QUE
par la crémation de la guilloti- * Comme beaucoup d’autres
ne au pied de la statue de Vol-
DES ASSAILLANTS metteurs en scène,
Jean Grémilon travailla durant

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taire, avant de se terminer l’occupation avec l’autorisation
sur cette citation de Victor Hugo : «Paris nous deman- du gouvernement de Vichy et des Allemands.
de la fermeture des plaies». Menegoz lui, achevait son Ce qui ne l’empêcha pas d’être une figure de proue
film sur une note plus prospective : «Paris livre bataille de la Résistance dans le milieu cinématographique.
au nom de l’avenir».
Paris en effet gardera plus volontiers le souvenir de
ses défenseurs communards que des assaillants :

«Paris au temps des cerises-1871»*


Lorsque j’étais enfant, chaque jeudi, j’allais re, que, dès l’âge de douze ans, je suis entré en ap-
chez mes grands-parents qui habitaient prentissage. A sa mort, je lui est succédé. Aujourd’hui
dans le faubourg Saint-Antoine. Mon encore, j’utilise ses outils...». Puis, sortant de son bu-
grand-père, ébéniste, achetait ses fourni- reau deux vieilles gravures écornées et jaunies : «Tu
tures dans le quartier, et je l’accompagnais jusqu’à vois, c’est le seul souvenir qui me reste de mon père.
son atelier. Là, dans les odeurs de colle à peau et de Ces images représentaient les moments les plus im-
toutes les essences de bois, s’activaient les ouvriers- portants de sa vie». Sur la première gravure, une gran-
marqueteurs, méticuleux, véritables artistes de la res- de bâtisse, une foule immense et agitée... Fusils,
tauration de meubles anciens. piques, bâtons... Toute cette foule est enthousiaste...
J’avais une dizaine d’années, lorsque, de retour à l’ate- Hommes et femmes juchés sur les réverbères... Je
lier, mon grand-père me tint un langage peu habituel : restais muet et interrogatif. «C’est la proclamation de
«Tu as l’âge de raison, tu es presque un homme. C’est la Commune de Paris devant l’Hôtel-de-Ville. As-tu déjà
dans cet atelier, avec mon père, ton arrière-grand-pè- entendu parler de la Commune? Regarde, là, cet hom-
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

me, c’est peut-être ton grand-père. Ces femmes, ces te que ce soit et je pris en charge la production de cet-
hommes se sont soulevés contre la «République bour- te réalisation. Documents d’époque, gravure, jour-
geoise», pour améliorer leur condition sociale, leur li- naux, affiches m’incitèrent à construire mon scénario
berté individuelle, obtenir le droit à l’instruction pour en utilisant exclusivement ces archives. Le film sera
tous...». Sur l’autre gravure, des hommes et des fem- réalisé comme un reportage objectif, avec bruitages,
mes autour d’une barricade, édifiée de bric et de broc. ambiance de rues et de batailles, bruits et rumeurs de
«Ils vont lutter contre l’armée des Versaillais. Beau- foule. La musique de la chanson «Le temps des ceri-
coup y trouveront la mort. La Commune sera écrasée. ses» en deviendra le thème récurrent...
La répression sera terrible. Les principaux protagonistes
Les Communards seront fu- LA COMMUNE SERA seront représentés par des
sillés, déportés, exilés. Mais voix distinctes et un com-
ils avaient semé la révolution ÉCRASÉE. mentaire sera le lien objectif
sociale... Ne les oublie ja- de la narration.
mais. Sois fier de ton arrière LA RÉPRESSION SERA Ce film réalisé, il a été pré-
grand-père...». senté, avec succès, avant la
Les années ont passé... TERRIBLE. commémoration. Le ministè-
Mon grand-père malade, sur re de l’Education nationale, le
son lit de souffrance, me LES COMMUNARDS ministère des Affaires étran-
donna les deux gravures : gères et d’autres institutions

7 «Je les avais gardées pour


toi. Conserves-les toute ta
vie. Si tu as des enfants, tu
SERONT FUSILLÉS,
DÉPORTÉS, EXILÉS.
en ont acquis les droits. Le
film a été primé par le Centre
national de la Cinématogra-
leur raconteras notre phie. En Mars 2004, lors de
famille...». Ce fut la dernière MAIS ILS AVAIENT SEMÉ la grande exposition sur la
fois que je vis mon Commune Paris à l’Hôtel-de-
grand-père... LA RÉVOLUTION SOCIALE... Ville, organisés par la Mairie
Les gravures..., suite à mes de Paris et l’Association des
différents déménagements NE LES OUBLIE JAMAIS. Amis de la Commune de Pa-
je ne les ai jamais retro- ris, il a été présenté en conti-
uvées... nu durant tout cet événement. Il est devenu, au fil du
Mes études terminées, je devins... cinéaste. Mai temps, un support audiovisuel pour toutes les manifes-
1968. Révolution, émeutes au Quartier Latin... Les tations et commémorations ayant trait à la Commune
étudiants déchaussent les rues, empilent les pavés, de Paris-1871. Les
coupent des arbres, ... érigent des barricades. Subite- gravures mon tri-
ment, dans ma pensée, ces images se superposent saïeul ont essai-
aux gravures de mon grand-père... Je réalisais qu’en mé...
1971, il y a cent ans, la Commune de Paris... J’entre-
pris alors de réaliser un film sur cet événement. Ainsi Jean Desvilles
germa «Paris au temps des cerises-1871*». Je pris * En vente à
l’Association.
contact avec un ami historien, Jacques Darribehaude.
(DVD ou VHS).
Il se chargeât de la documentation historique. J’assu-
rais, quant à moi, la réalisation du film. Bien évide-
ment, mon projet ne reçut aucune aide de quelque sor-
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H istoire - Dossier cinéma

Le film sur la Commune de Jean Grémillon...


De nombreux films ont traité de l’événe- aujourd’hui que ce premier projet sur la Commune de
ment avec plus ou moins de rigueur his- 1871 s’inscrit dans le vaste programme d’une fresque
torique. Mais un film sur cet événe- historique qui devait se développer à partir de 1572
ment... n’a jamais été réalisé. Les jusqu’en 1945. L’objectif clairement exprimé est de
quelques cinq cents pages témoignant de l’importan- proposer au public populaire une vision de l’Histoire de
ce du projet conçu par Jean Grémillon, dorment dans France qui lui permette de s’approprier sa véritable
les archives de la Bibliothèque de l’Arsenal transférées histoire. Le projet est donc prioritairement et fonda-
à la Bibliothèque de l’Université de Censier. Gérées par mentalement didactique, on devrait même dire poli-
la Bibliothèque nationale, rue de Richelieu, leur consul- tique puisqu’il n’est pas d’enseignement sans l’adop-
tation est difficile voire impossible. Jean Grémillon, qui tion, consciente ou inconsciente, d’une prise de
est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands position.
réalisateurs français, a travaillé à ce projet au lende- Mais l’objectif prioritaire de Jean Grémillon est d’inter-
main de la Libération. Dès le 11 décembre 1944 et venir sur le moment présent : 1944-1945. Dans un en-
jusqu’au 31 janvier 1945, Jean Grémillon entreprend tretien du 22 janvier, il affirme très nettement : «Les
le travail de recherche, en collaboration avec Georges préoccupations de la Commune sont bien celles que
Duveau, historien de cette période. Il en résulte un nous avons» ; il déplore le freinage des organismes
certain nombre d’entretiens dactylographiés qui au- pré-existants qui justifient la lenteur de la mise en train

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raient pu, comme le pense André Weber, avoir été du monde nouveau. Dans «Le massacre des inno-
radiodiffusés. cents», un projet sur la période de 1936 à 1945, qui
Dans un texte inédit sur le style du film écrit en 1945, ne verra pas davantage le jour, il accuse les capitalis-
Jean Grémillon précise bien sa problématique : «Ce tes de freiner la marche du monde. Dans un entretien
montage est la cristallisation, à une époque détermi- du 26 décembre, il va plus loin. Quand il est question
née qui est celle de 1871, de ce qui s’est passé anté- de Thiers qui récupère les généraux de la défaite de
rieurement et une sorte de préface de tout ce qui arri- 1870, il ajoutera : «On en connaît un qui fait ça en ce
vera dans le futur». Pour lui, le mot «Commune» a des moment». Le cinéaste établit un certain nombre de pa-
racines profondes dans la féodalité dès le XIIe siècle rallèles entre les Comités de vigilance (1871) et la
sous Louis VI et jusqu’au XVe, siècle sous Louis XI, constitution des Soviets (1917) ; mais c’est surtout le
avec un moment privilégié quand Etienne Marcel in- régime de Vichy (1940-1944) qui est mis sur le même
staure, de Février à Août 1358, la première Commune plan que le gouvernement de Versailles. L’occupation
de Paris. Les revendications parisiennes, du pain et du par les Prussiens est assimilée évidemment à l’occu-
travail, sont synchrones des jacqueries paysannes : pation des Allemands et les gardes nationaux sont
les unes et les autres ont été réprimées dans le sang. identifiés aux Forces Françaises de l’Intérieur et sur-
La seconde Commune de Paris va de 1789 à 1795 tout aux Francs-Tireurs et Partisans.
bien que son activité ne soit réellement révolutionnaire Jean Grémillon analyse aussi les dernières années de
que du 10 août 1792 au 27 juillet 1795, en articulant l’Empire, mais le thème principal, en accord avec l’ac-
la revendication de justice sur l’expression des tion de la Commune, est de montrer la lutte des clas-
besoins. ses qui oppose les deux camps ennemis. Pour autant
Durant les années qui ont suivi la Libération, Jean Gré- il ne renonce pas à montrer la tragédie de la dernière
millon a eu pour objectif de rendre au peuple, afin qu’il semaine : «On va patauger dans le sang». Et, si aucu-
résolve les contradictions et transforme le système, ne intrigue romanesque comme dans la «Nouvelle Ba-
une histoire colonisée par la bourgeoisie. Nous savons bylone» ne vient se substituer à la vie quotidienne des
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

Communards, le cinéaste porte son attention sur Eu- Tout en ne refusant pas les accents humains, il prati-
gène Varlin. Dans un entretien du 4 janvier, Jean Gré- quera évidemment par raccourcis. Le 4 janvier, il s’in-
millon précise ses intentions : il veut tout savoir sur ce quiète de la longueur du film en fonction des docu-
membre de l’Internationale, qu’il oppose à Adolphe ments étudiés. Il avance le chiffre de 25 000 mètres
Thiers. Où couchait-il, à quelle heure se levait-il, où alors que le projet est déjà prévu pour trois grands
mangeait-il, quel bistrot fréquentait-il, est-ce qu’il écri-
vait, est-ce qu’il fumait, jouait-il aux cartes, aux domi-
nos, où a-t-il été inhumé ? Il veut pouvoir en parler com-
me d’un «copain» qu’il aurait connu. Et nous retrouvons
bien ici l’attention, la sollicitude et pourquoi pas la ten-
dresse que Jean Grémillon a toujours porté, dans son
œuvre comme dans sa vie, à l’être humain.
Cependant l’ambition proclamée est de faire un film de
foule ; aucun personnage ne peut prétendre incarner
la Commune. Oeuvre col-
lective, la Commune ap- films. Mais il se prononce contre la petite dimension
partient au peuple. L’ossa- qui réduirait l’ambition du projet et surtout l’impor-

9
ture du récit doit être tance de l’événement. Jean Grémillon veut, au servi-
solidement construite afin ce d’un grand moment de l’Histoire nationale et mon-
de pouvoir prendre en diale, privilégier le réalisme du quotidien comme le
compte les mouvements lyrisme de l’épopée.
révolutionnaires du passé : La foule sera le personnage central, dont émerge-
1358, 1792, 1848 et du ront des visages, des personnages qui ont été re-
futur, 1917, 1944. Pour le censés à partir des entretiens. Ceux-ci retourneront
réalisateur, elle sera cons- à la multitude dès que leur rôle dans les événements
tituée en articulant, sur les sera terminé. En raison de cette problématique, les
faits essentiels, par les té- délibérations du gouvernement de Versailles comme
moignages des particu- celles de celui de la Commune seront filmées dans
liers et les délibérations du le style des actualités, qu’il avait déjà demandé, l’an-
Comité central. Le cinéas- née précédente, à son opérateur Louis Page pour
te y insiste. Pas plus que «Le ciel est à vous». Et la forme prévue, qui sera cel-
d’un film à thèse, il ne sau- le de l’épopée privilégiant la foule d’ouvriers, de pay-
rait être question de faire sans et non celle de la fiction donnant la part belle à
œuvre de propagande. l’intrigue à deux ou trois personnages, épouse bien,
Pour autant, il ne s’en re- comme le contenu, une tendance révolutionnaire en
met pas à une simple chro- affirmant l’opposition entre le récit classique du film
nique des faits qui se tra- dominant et le montage du film documentaire.
duirait par une linéarité du Jean Grémillon souhaite, dans son film, susciter
récit. Il déclare qu’il privilé- l’enthousiasme, forger l’énergie et stimuler l’engage-
giera l'avancement de ment. Si, dans son travail de recherche, il s’appuie
l’idée. sur les œuvres de Lepelletier et de Lissagaray,
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h
H istoire - Dossier cinéma

Le film sur la Commune de Jean Grémillon... (suite)


Jean Grémillon se rapproche du parti communiste
dont il filmera le dixième Congrès en 1945. L’essentiel
pour lui est de montrer que les réalisations politiques
de la Commune, mises sous le boisseau, peuvent ser-
vir d’exemple au lendemain de la Libération. Il est de
notre rôle, voire de notre devoir, de montrer que les le-
çons de 1871 sont encore d’actualité en 2006. Le
programme et l’action des Communards est toujours
et plus que jamais à l’ordre du jour.
Armand Paillet
Madeleine Renaud, L.-E. Galey, Jean Grémillon, Raoul Ploquin
et l’aviateur Codos à la première du «Ciel est à vous» à Paris.

il n’oublie pas de consulter l’œuvre de Marx


«La guerre civile en France». Durant cette période,

Des souvenirs et des regrets aussi...


«L’histoire est quelque chose qui n’a pas uvés il y a une dizaine d’années seulement. Que Jean
eu lieu, racontée par quelqu’un qui
n’était pas là». Boris Souvarine.
La quinzaine du cinéma sur la Commune
Grémillon, en 1944-1945, Armand Gatti et Marcel Blu-
wal, en 1986, n’ont jamais pu réaliser leurs projets de
films - ils n’ont pas été les seuls -. Et que le Forum des
140
que nous avions annoncée n’a malheureusement pas Images - qui possède l’un des fonds les plus riches sur
pu avoir lieu. Il faut croire que, d’une manière ou d’une la question -... est fermé pour travaux jusqu’en 2007.
autre, si par ailleurs ce sujet n’en a pas fini de «déran- Ceci étant, il vous est toujours possible d’aller (re)voir
ger», il semble aussi souffrir de difficultés d’expres- quelques autres films, où vous trouverez des traces
sion, même quand il s’agit de circuit commercial. musicales de la Commune de Paris. Citons en particu-
Un certain nombre de réalisateurs nous avaient donné lier les séquences finales de «Casque d’Or» (Jacques
leur accord pour participer à cette quinzaine, notam- Becker, 1952) et «Le juge et l’assassin» (Bertrand Ta-
ment René Lombaerts : «Le temps des cerises, la vernier, 1975) ; dans le premier film, c’est «Le temps
Commune et les livres», 1971; Jean-Claude Tertrais : des cerises» de Jean-Baptiste Clément qui accompa-
«La Commune de Paris de 1871 : l’œuvre législative et gne le regard de Casque d’or assistant à l’exécution de
l’influence doctrinale», 1986 ; Peter Watkins et l’Asso- Manda. Dans le second, «La Commune en lutte» de
ciation Rebond : «La Commune , Paris 1871», 1999 ; Jean-Roger Caussimon est reprise en chœur par les
Medhi Lallaoui : «La Commune de Paris», 2004. ouvriers d’une fabrique de l’Ardèche.
Ce non-événement nous rappelle que la Commune a Que cela ne vous empêche pas de vous procurer, pour
souvent été un sujet difficile à porter à l’écran, dans le 10 euros seulement (voire moins chez certains «dis-
passé comme dans le présent. Souvenons-nous que counters»), chez les meilleurs disquaires, le DVD sorti
du premier long métrage réalisé sur cet épisode révo- chez Bach Films en Octobre 2005, de l’étonnant film
lutionnaire dans l’Histoire de France - en 1913, et pro- soviétique réalisé en 1929 par Grigori Kozintsev et
duit par «Le cinéma du peuple» - par Armando Guerra, Leonid Trauberg, et qui évoque la Commune : «La nou-
«Commune», il ne reste que quelques fragments retro- velle Babylone». Maryse Bézagu
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

Les films sur la Commune de Paris...,


DE LA COLLECTION DU FORUM DES IMAGES* Jean Baronnet • «A l’assaut du ciel» de Jean Pere •
La Commune de Paris-1871, ses morts et ses mar- «Un solo funèbre» de Jacques Cogniaux • «Le temps
tyrs, ses ambitions et son bilan, ne furent guère des des cerises» de Robert Lombaerts • «Louis Rossel et
sujets d’études dans les écoles et les collèges du siè- le Commune» de Serge Moati • «Les Aubes de Paris»
cle précédent. Passé les oublis volontaires et les états de Grigori Rochal • «Si on avait su» de Stanislas Choko
d’âme récurrents concernant l’assassinat de plus de • «Le voile écarlate de Paris» de Marlen Khoutsiev •
25 000 Communards par nos propres militaires, la «La nouvelle Babylone» de Kozintsev et Trauberg •
complexité des événements de 1871 doit céder le pas «Commune de Paris» de Robert Menegoz • «Le festin
à une véritable compréhension des faits. Et les histo- de Babette» de Gabriel Axel • «Lénine à Paris» de
riens contemporains nous doivent, encore aujourd’hui, Serguei Youtkevitch • «La pipe du Communard» de
bien des relectures et des explications pour, suivant le C. Mardjanov • «Le destin de Rossel» de Jean Prat •
mot d’André Malraux, trans- «La Troisième République»
former la confusion en intel- de Daniel Lander • «La Se-
LE MÊME MALRAUX,
ligibilité. maine Sanglante» de Joël
Le même Malraux, admira- Farges • «La Commune de
ADMIRATEUR
teur d’un cinéma soviétique 1871» de Olivier Ricard •
ayant consacré plusieurs
D’UN CINÉMA SOVIÉTIQUE «La Semaine Sanglante» de
11
films sur la Commune, vou- Jean-Pierre Gallo • «Paris au
lait dans les années soixan- temps des cerises» de Des-
AYANT CONSACRÉ
te produire sur ce sujet un villes et Darribehaude •
grand film français basé sur «La Commune, Louise Mi-
PLUSIEURS FILMS
une analyse historique, chel et nous» de Michèle
c’est-à-dire réalisé dans des Gard • «La Commune de
SUR LA COMMUNE,
conditions d’objectivité opti- Paris 1871» de Jean-Claude
male et dégagé des idéolo-
VOULAIT DANS LES ANNÉES Tertrais.
gies. Faute d’avoir été mis Pour obtenir des renseigne-
en chantier, nous sommes ments sur ces films et la
SOIXANTE PRODUIRE
toujours dans cet espoir date de réouverture des sal-
mais vous pouvez, en atten- les de visionnage vous pou-
SUR CE SUJET
dant, visionner les films et vez vous adresser au Forum
les courts métrages
UN GRAND FILM FRANÇAIS des Images à la Porte Saint-
concernant ces événe- Eustache du Forum des
ments au Forum des Ima- Halles, 75001 Paris.
ges de la Ville de Paris. Ou plutôt, vous le pourrez dès Métro : Les Halles.
que les travaux de modernisation en cours seront ter- Téléphone 01 44 76 62 00.
minés. Voilà ci-après, les vingt-quatre titres disponi- Claude Chanaud
bles et le nom de leurs auteurs : • «La Commune de
Paris» ( 1re et 2e parties) de Peter Watkins • «La liber- * Le premier film consacré à la Commune de Paris,
«Commune», fut réalisé en 1913 par Armand Guerra.
té sans rivage» de Sophie Labonne • «Mémoire Com-
le plus récent, «La Commune de Paris» a été réalisé
mune» de Patrick Poidevin • «Jaroslaw Dabrowski»** par Mehdi Lalloui en 2004.
de Bohdan Poreba • «Une journée au Luxembourg» de ** Il s’agit du général Dombrowski.
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H istoire

Napoléon et Marie La Cécilia


Si la première partie de l’existence de Napo- Commune. Après le 4 septembre 1870, il s’engage
léon La Cécilia est riche en prouesses dans le premier bataillon des Francs-tireurs de Paris. Il
guerrières, à partir de son mariage avec est nommé sous-lieutenant puis lieutenant et capitaine
Marie David, il est impossible de traiter après le combat de Milly-sur-Oise (Milly-sur-Thérain).
séparément la vie de ces deux êtres puisqu’ils ont Son bataillon s’illustre à Barneville, Châteaudin, Varize
participé aux mêmes événements tragiques et parta- et Alençon.
gé le même idéal. La Cécilia est nommé commandant après la bataille de
Napoléon La Cécilia est un homme de la trempe de Nogent-le-Rotrou et lieutenant-colonel pour son hé-
e
ces héros chevaleresques qui, au cours du XIX siècle, roïque contribution à la victoire de Coulmiers (Loiret).
ne craignirent pas d’affronter tous les périls pour dé- En Janvier 1871, il accède au grade de colonel.
fendre la liberté partout où elle était menacée. Parmi Malgré cette activité débordante, Napoléon La Cécilia
ces combattants pour la bonne a dû prendre le temps de se
cause, on peut citer Flourens, marier avec Marie David.
Garibaldi, Dombrovski, Wro- Cette jeune institutrice avait
blewski, Cipriani, La Calle, etc. été remarquée par Louise Mi-
La Cécilia Napoléon, François, chel qui avait noté sa présen-
Paul, Thomas est né à Tours, le ce à l’école professionnelle

142
13 septembre 1835. Il est de du bon M. Francolin, rue The-
nationalité française. Le père, venot, à la fin du règne de
Giovanni, historien, est d’origine Napoléon III. Louise Michel
italienne, sa mère est Corse. explique les raisons de la par-
Il fait ses études au collège ticipation de la jeune fille :
d’Ajaccio puis à Paris. Mathéma- «Les cours avaient lieu le
ticien et philologue, ses connais- soir. Celles d’entre nous qui
sances en langues anciennes en faisaient partie pouvaient
et modernes sont remarqua- ainsi se rendre rue Thevenot
bles. Franc-maçon il aurait ap- après la classe, nous étions
partenu à l’Internationale presque toutes institutrices»
d’après Lepelletier. Marie David assistait aux
Il refuse de servir le Second Em- réunions du cercle de la rue
pire, et participe en 1860 à l’ex- Nollet, présidé par André Léo
pédition des «mille» sous les or- où l’on discutait de la libéra-
dres de Garibaldi. Il se distingue tion de la femme et du sou-
à Marsala et à Palerme. Ardent républicain, il n’accep- tien à l’école laïque. André Léo voulait créer une école
te pas d’être maintenu dans son grade de colonel de laïque de filles qui devait ouvrir à Paris le 1er octobre
l’armée royale italienne. Il enseignera pendant quelque 1870. Marie David figurait parmi les enseignants sé-
temps, les mathématiques à Ulm, en Allemagne. lectionnés pour cette école. La déclaration de la guer-
Il décie de se rendre à Paris à la fin du Second Empire. re à la Prusse mit fin à ce projet.
Il collabore au journal républicain «Le Rappel». Il y fait Marie David fut aussi secrétaire de la «Société pour la
la connaissance du journaliste Edgar Monteil qui de- revendication du droit des femmes», dont Elie Reclus
viendra son ami et qu’il retrouvera à l’époque de la rédigea une partie du programme. Cette association
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

avait été créée par Léon Richer et Maria Deraisme. bourg. Le 20 juillet 1871, ils arrivent à Vianden où
Simultanément fut fondé le 18 avril 1869 le journal séjournent Victor Hugo et sa famille expulsés de
«Le Droit des Femmes» avec la même direction. Belgique. Le grand poète relate son entretien avec le
Le 15 mars 1871, La Cécilia adhère au Comité central couple : «Le bourgmestre (de Vianden) entre dans le
de la Garde nationale fédérée, et la Commune élue, jardin où est notre table et me dit : «Je vous présente
il devient colonel, chef d’état-major du général Eudes. deux compatriotes». Il me les nomme. Ils arrivent
Le 24 avril 1871, il est nommé général commandant de Paris. Ils y étaient il y a cinq jours. L’un s’appelle
la place de Paris. Son état-major est situé place Ven- Monsieur Lacombe. Monsieur et Madame Meurice
dôme, puis à l’Ecole militaire. Il prend pour officier semblent le connaître. Je les ai fait asseoir. Le bourg-
d’ordonnance son ami du «Rappel», Edgar Monteil. Ce mestre s’en va. Alors, M. Lacombe me dit : »Je suis
dernier, dans son livre de souvenirs, nous fait le por- le général La Cécilia».
trait du général : «C’était un homme de petite taille, La Cécilia est venu exprès à Vianden pour justifier sa
maigre, à la marche rapide, nerveux, son visage était conduite lors de l’exécution d’un espion versaillais qui
creux, marqué de petite vérole, la lèvre fine et serrée, n’était pas un enfant comme la presse réactionnaire le
pas de barbe, une petite moustache, très myope, por- soutenait. Victor Hugo, dans «L’année terrible», avait
tant des lunettes aux verres épais». écrit «Johannard est cruel et Sérizier infâme».
Edgar Monteil, sans raisons valables, attribue à la fem- Il faut rétablir les faits dans leur stricte réalité. Le 18

13
me de La Cécilia les changements de caractère de mai 1871, aux Hautes Bruyères, un jeune homme, par-
son mari qui autrefois énergique serait devenu indécis faitement conscient de ses actes, fut arrêté par les Fé-
et mou. Ce ne sont que pures divagations, Rossel, qui dérés pour avoir fourni aux Versaillais le plan des posi-
sait apprécier les officiers compétents, confie à tions des Communards et avoir reçu 20 francs en
La Cécilia le commandement de l’armée du centre de récompense de sa trahison. Il fut condamné à mort
la Commune (entre la Seine et la rive gauche de la par un Conseil de guerre constitué du général La Céci-
Bièvre). Dès le 1er mai 1871, il dirige fermement les lia, commandant de corps d’armée, de Johannard, dé-
opérations destinées à dégager les abords du légué de la Commune et de tous les chefs de bataillon
fort d’Issy. Il lutte jusqu’à la dernière heure avec un du secteur.
courage remarquable comme le constate même un Lissagaray commente ainsi l’événement : «Ce fait
rapport de police. odieusement travesti a fourni à Victor Hugo, très mal
Pendant la Semaine Sanglante, Marie La Cécilia accou- renseigné sur toute cette guerre civile, un vers de
che prématurément d’une petite fille qui meurt deux «L’année terrible» aussi injuste pour La Cécilia et Jo-
jours après sa naissance. Cette perte cruelle s’ajoute hannard que pour l’un des fusillés de Satory, Sérizier».
à l’horreur de la situation. Après la défaite, le général Victor Hugo, convaincu par l’argumentation de La Céci-
La Cécilia est en fuite. Comme il l’a conté à Victor lia donne son appréciation sur son visiteur : «C’est un
Hugo, il a été sauvé par une femme qui le connaissait homme distingué, de figure très douce. Il est brave».
à peine. Une femme qui l’a caché chez elle ; lors d’une La Cécilia et sa femme réussirent à passer en Allema-
perquisition vers quatre heures du matin, elle l’a gne ou l’ex-général sera un des fondateurs de l’école
couvert d’édredons et de vêtements ; les hommes de française destinée aux enfants de réfugiés. Il sera
la patrouille fouillent la pièce et négligent le lit où chargé de cours et membre du Conseil d’administra-
La Cécilia est dissimulé sous les couvertures*. tion. Il enseigne également à la «Royal Navy School»
Marie La Cécilia peut gagner la Belgique. Son mari l’y de New Cross. Son érudition et sa connaissance de
rejoint et ils parviennent à se diriger vers le Luxem- nombreuses langues anciennes et modernes justifient
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hH istoire

Napoléon et Marie La Cécilia (suite)


sa qualité de membre de la «Philosogical So- pour payer son retour en France et celui de son fils.
ciety of England». Il n’appartient à aucune Arrivée à Paris, Marie se souvient du bon accueil reçu
formation politique mais a des affinités à Vianden et elle fait part de sa triste situation à Victor
avec les Blanquistes. Hugo. Juliette Drouet, qui classe le courrier du poète,
Il collabore aux journaux de Vermesch et quand il écrit à son «Totor» une note de rappel : «Paris, 10
apprend l’exécution de Rossel et de Ferré, il écrit dans décembre 78, mardi matin (...). Je te fais souvenir aus-
le «Qui vive» - Londres, 29 novembre 1871, un article si que tu as cent francs destinés à venir en aide à Ma-
élégiaque intitulé «Les Martyrs» : (...) Ils ont osé ! dame La Cécilia. Ce mémento se rencontre aujourd’hui
Rossel et Ferré ne sont plus.Rossel, l’ardent patriote, même avec une lettre de Madame La Cécilia très cir-
le fier soldat, le plus intelligent, le plus capable. Ferré, constanciée et très touchante à toi adressée. Tu feras
l’homme à la volonté indomptable, l'incarnation des bien d’aviser le plus tôt possible du meilleur parti à
idées révolutionnaires de la Commune ! (...)». prendre dans l’intérêt de cette pauvre femme et don-
Les soucis occasionnés par l’administration de l’école ner un accusé de réception». (...). Juliette insiste sur
des enfants de réfugiés, les conflits personnels et les l’urgence de l’intervention de son poète vénéré. Elle
horaires épuisants de sa vie professionnelle ruinent sa s’adresse à «l’homme généreux qui, a l’intention d’en-
santé. Il doit, en effet, quitter son foyer à six heures du voyer à cette malheureuse veuve, en même temps
matin pour enseigner au collège naval, et il rentre à six qu’un secours, une marque de sympathie politique.

144
heures du soir pour donner encore des cours aux en- Vacquerie et Meurice pourront s’entendre demain avec
fants de réfugiés. Ses forces s’épuisent, ses poumons toi sur ce sujet (...).». (...).
sont fragiles et le climat de l’Angleterre ne lui convient Marie La Cécilia fera l’objet d’une constante surveillan-
pas. Le 23 octobre 1872, Napoléon La Cécilia a été ce policière. Un rapport énumère ses différentes
e
condamné par contumace par le 17 Conseil de adresses ; elle en change souvent pour brouiller les
guerre à la déportation en enceinte fortifiée. pistes. Elle est présentée comme une femme très
Un garçon naît en 1876 (selon le dictionnaire biogra- convenable, effacée, ne portant pas d’insigne, même
phique du mouvement ouvrier). On retiendra plutôt la pendant la Commune. Marie la discrète accomplit
date du 7 juillet 1872 (d’après l’historien anglais Stan- son travail de propagande sans tapage, mais avec effi-
ley Hutchins). L’enfant a pour prénoms, Vindex, cacité. Le 5 mars 1879, Lockroy organise une sous-
Châteaudin, en hommage à son père qui fut un héros cription en sa faveur sous la présidence de Clemen-
de la résistance aux Prussiens à Châteaudin. ceau. Dans le dossier de police la concernant, il existe
Au début de 1877, Napoléon La Cécilia, très malade, une curieuse copie d’une lettre datée du 18 novembre
a dû abandonner l’administration de l’école des en- 1879 envoyée par Marie à une certaine Louise (est-ce
fants de proscrits et il décide de quitter l’Angleterre Louise Michel ?) : elle s’indigne d’une humiliation qu’elle
pour l’Egypte où il espère trouver un climat plus favo- vient de subir. Elle refuse un poste d’enseignante au-
rable à sa santé. Mais il est déjà trop tard et le poste quel elle a droit mais octroyé à condition de renier son
d’enseignement prévu est très mal rétribué, ne lui per- passé. Des amis socialistes, scandalisés par une telle
mettant pas de se soigner convenablement. Il meurt proposition rédigent une lettre de protestation qui sera
de phtisie pulmonaire à Ramleh près d’Alexandrie, le publiée dans le «Prolétaire», journal de Paul Brousse.
25 novembre 1878. Il avait seulement 43 ans. Son Dans la même lettre, elle donne des nouvelles de son
père, l’historien, s’éteindra à Naples en Janvier 1880. fils. Il a grandi et c’est le portait de son père dont il a
Sa femme accablée par sa disparition est dans une l’intelligence, la droiture et le courage. Cet enfant est
profonde misère. Elle a les plus grandes difficultés toute sa raison de vivre. Sans lui, elle souhaiterait
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

rejoindre ceux qui sont morts pour la liberté. La presse en faveur de l’émancipation des femmes. En 1882,
réactionnaire ne peut admettre qu’une Communarde elle obtient un poste d’enseignante grâce aux bons of-
puisse retrouver son emploi d’institutrice ; dans le fices de Lefèvre Ronner, ancien sous-chef d’état-major
«Gaulois» du 25 août 1880, l’échotier estime qu’elle au Ministère de la Guerre et juge suppléant à la Cour
n’est pas à plaindre : «Elle va prendre la direction d’une martiale de la Commune. Pendant des années, Marie
e
école de filles rue du Perche (III arrondissement). La Cécilia vivra modestement de son traitement d’insti-
Mais pourra-t-elle s’y maintenir ?». Elle poursuit son ac- tutrice tout en assurant l’éducation de son fils. Elle
tivité militante. En Août 1880, une réunion des anciens conserve, aussi ardente, sa foi en la défense de l’école
proscrits de Londres se tient à son domicile, 37, rue laïque et à la revendication des droits de la femme.
des Noyers dans le cinquième arrondissement de Pa- Marcel Cerf
ris. Le 19 mars 1881, dans la salle de «La Fraternité»,
156, rue Saint-Denis, au cours d’un banquet de l’anni-
versaire de la Commune, Marie La Cécilia prend la pa- * Hugo Victor. Choses vues, tome III, p. 297. Edit.
Rencontre. 1968.
role pour rappeler l’œuvre de la Révolution du 18 mars

Les «typos» en 1871...


15 Lorsque l’on recherche dans divers livres les traces du
passé, on trouve souvent des typos, des ouvriers du
la Presse mais, en Juillet 1871, on constata que bien
peu étaient encore en vie. Quelle hécatombe !
Livre dans les combats qui ont émaillé la vie de la clas- Jean Allemane, qui jouat un rôle important durant la
se ouvrière pour obtenir Commune, fit partie des
des réponses satisfai- MILLE TROIS CENT mille trois cent cinquante
santes à des revendica- quatre ouvriers des Indus-
tions, mais aussi pour la CINQUANTE QUATRE tries graphiques qui furent
liberté de s’associer, de arrêtés. Il fut déporté en
créer des syndicats OUVRIERS DES INDUSTRIES Nouvelle-Calédonie, étant
pour l’amélioration du condamné à perpétuité.
niveau de vie, contre les GRAPHIQUES FURENT ARRÊTÉS. Après l’amnistie de 1880, il
brimades de toutes sor- revint et milita dans le mou-
tes qui avaient cours et pour une certaine idée de la vement socialiste de l’époque et fonda, en 1890, le
démocratie. Sous la Commune, le bureau de la Cham- Parti socialiste ouvrier révolutionnaire. Député de Pa-
bre syndicale typographique parisienne se cantonna ris de 1906 à 1910, il fit partie de la majorité commu-
dans des tâches essentiellement mutualistes, cela jus- niste au Congrès de Tours. Né en 1843, il mourut en
qu’en 1876 puisque les vainqueurs avaient proclamé 1935. Cet exemple confirme que les gens de la
l’état de siège. Mais, dès la proclamation de la Répu- profession furent souvent à l’avant-garde dans les lut-
blique, un typographe nommé Brun, qui avait déjà été tes pour le progrès social et la liberté.
condamné en Juin 1848, prit l’initiative de former un Roger Bodin
corps de volontaires et, en peu de jours, mille deux Ancien secrétaire de la Chambre syndicale
typographique parisienne
cents engagements furent reçus dont cinq cents
typos, d’autres s’enrôlèrent dans les francs-tireurs de
LA COMMUNE N° 27 23/01/06 9:30 Page 15

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H istoire

Eugène Pottier, au panthéon des inconnus...


H
Au Panthéon des inconnus, Eugène Pottier quelques mois avant sa
devrait figurer en bonne place. Une tombe disparition. Ses ob-
modeste érigée en 1905 grâce à une sèques, suivies par des
souscription nationale rappelle les mérites milliers de personnes fu-
de l’auteur de «L’insurgé», «Jean Misère», «La toile rent l’occasion d’échauf-
d’araignée», «Ce que dit le pain», «La mort d’un globe», fourées, la police ayant
«L’Internationale», avec trois dates : 1816, 1870, maladroitement tenté de saisir les drapeaux rouges
1887. portés par les participants. Pour Pottier, et c’est là sa
D’abord ouvrier emballeur, il taquine la muse et fré- grande originalité, le discours politique s’exprime en
quente les goguettes «où, le soir en quittant l’établi, poésie : il écrit presque uniquement en période de cri-
j’allais roucouler mes essais», il place ses premières se politique, 1842, 1852 (il garde une dent acérée
bluettes sous le patronage de Béranger, célèbre chan- contre le coup d’Etat de Louis-Napoléon), et bien sûr
sonnier, on dirait de nos jours, «auteur-compositeur- 1870. A son retour d’exil, il écrit abondamment pour
interprète» de l’époque. Il versifie en dilettante, por- dénoncer la misère du prolétariat : «On ne connaît bien
tant un regard critique sur ses pièces : il dit d’une de la misère/Qu’en la combattant corps-à-corps/Ceux qui
ses premières chansons qu’elle «est assez correcte, n’ont pas le nécessaire/Souffrent mille morts».
poncive, au demeurant mauvaise (...) suivie ,d’une Il critique, toujours en vers, les scrupules de la Com-

146
ribambelle d’autres, aussi mauvaises». mune qui, trop vertueuse, se refusa à prendre dans
Sa vie professionnelle est une réussite: il devient des- les coffres de la Banque de France : «Ton erreur fut
sinateur sur tissus, s’installe à son propre compte grande/Tu ne pris pas la Banque». Son arme favorite
avec un succès certain, éliminant la concurrence d’une est l’ironie, elle est féroce comme en témoigne cette
manière peu banale : «Je m’étais attiré la malédiction «Pétition des épiciers à la Constituante de 1848» :
de tous mes confrères en poussant leurs employés, «Complotant de grands entrepôts/Les masses éga-
exploités, à former une chambre syndicale». rées/Se cotisent pour faire en gros/Achat de leurs
Conviction politique ou opportunisme commercial ? denrées/Si l’on doit nous ruiner/Autant nous guillotiner
A la veille de la Commune, on le retrouve installé, (refrain) Protéger la boutique/Comme l’ont fait tous
marié avec deux enfants, bedonnant, notable fière- vos devanciers/Et que la République/Profite aux
ment portraituré par Nadar, affichant, selon le mot épiciers».
d’un contemporain des idées sociales, «d’un rouge de Et ce petit bijou : «Crois-tu, quand la Commune a troué
plus en plus pâle». 1871. A cinquante-cinq ans, il aban- la masure,/Reboucher la crevasse avec un septen-
donne tout, métier, famille, tranquillité de bon aloi, et nat ?». «L’Internationale» sera mise en musique par
e
devient maire du II arrondissement : «Le peuple sent Pierre Degeyter en 1888. Pottier n’entendra donc
qu’il est trahi/C’est trop aboyer à la lune/L’Hôtel-de- jamais chanter cet hymne du prolétariat. Son nom
Ville est envahi/Paris, proclame ta Commune ! s’effacera même de la mémoire collective, sa chanson
Il échappe à la Semaine Sanglante, pendant laquelle il sera souvent attribuée à Degeyter ou Jean-Baptiste
aurait écrit «L’Internationale», caché à Paris, fuit en Clément. C’est peut-être en cela que Pottier est un au-
Belgique, puis en Angleterre, enfin aux Etats-Unis, où il thentique écrivain populaire : on se souvient d’une œu-
entre en Franc-Maçonnerie. Il revient en France, après vre dont l’auteur est oublié. «...Tout ça n’empêche pas,
l’amnistie de 1880, malade, ruiné. Il se consacre uni- Nicolas/Qu’la Commune n’est pas morte...».
quement à la poésie ; il publie avec l’aide de ses amis Claude Chaix
communards les «Chants révolutionnaires» en 1887,
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H umeur
A COMMUNE
DE PARIS-1871

Les Mac-Mahonneries de Monsieur Semur...


Il est des livres à l’endroit desquels on ne sait pas bles à une simple énumération de données statis-
trop quelle attitude adopter : doit-on - marque de tiques. Mais lorsque les faits sont travestis et la réalité
mépris souverain - jeter sur leur existence un voile historique dénaturée - comme c’est ici le cas - il ne doit
pudique ou doit-on en parler au risque de leur faire une pas y avoir la moindre hésitation à y recourir. Ainsi,
publicité aussi gratuite qu’imméritée ? La question ne dans la mesure où le nombre de tués s’élève à 877 du
(2)
se pose qu’un bref instant concernant l’ouvrage qu’a côté versaillais et à quelques 20 000 dans le camp
(1) (3
commis François-Christian Semur . Car lorsqu’on parisien ), comment F.-C. Semur ose-t-il écrire que le
verse dans le révisionnisme comme ce monsieur se sang avait trop coulé «de part et d’autre» ? Et puisque
complaît à le faire, le devoir - celui de vérité et de justi- les combats n’ont jamais été équilibrés, tant la supé-
ce - est de répliquer. riorité numérique et organisationnelle de l’armée de
Les procédés qu’usent ces gens pour déshonorer la Versailles était écrasante, comment peut-il parler de
Commune sont immuables et médiocres, mais pour victoire à la Pyrrhus ? C’est pour moi un mystère qui,
simplistes et éculés qu’ils soient, ils n’en demeurent loin de s’élucider, s’épaissit quelques lignes plus loin.
pas moins immondes. Comme à l’accoutumée, il s’agit Car Monsieur Semur a décidé de porter le coup de
de présenter les Communards comme d’odieux crimi- grâce au lecteur en intitulant la dernière section de son
nels et de vils incendiaires. Ce «Mac-Mahon ou la gloire chapitre : «L’humanisme du maréchal de Mac-Mahon»
confisquée» n’échappe pas à la règle. Après avoir (p. 326). Le duc de Magenta y et dépeint comme un

17
dressé la liste des édifies publics auxquels les Com- homme profondément clément, loyal et magnanime,
munards ont mis le feu, F.-C. Semur nous narre avec qualités qu’il aurait particulièrement manifestées pen-
minutie l’exécution des otages détenus à la prison de dant la Guerre civile.
la Roquette. Et il conclut (p.323) : «Toutes ces person- Que, dans l’exercice de la répression, Mac-Mahon ait
nes avaient été incarcérées et maintenues en otages, été moins inhumain que Vinoy, moins barbare que
comme monnaie d’échange parce qu’elles ne parta- Cissey et moins sanguinaire que Gallifet est un fait pa-
geaient pas les mêmes idées que les Communards, tent et irréfragable. Mais de là à faire du maréchal un
leurs geôliers». Est-il besoin de rappeler à Monsieur parengon d’humanisme, il y a un pas - un abîme, à mes
Semur le sort qui fut réservé aux hommes et aux fem- yeux - qu’il faut se garder de franchir. A moins que Fran-
mes qui ne partageaient pas les mêmes idées que çois-Christian Semur et moi n’entendions pas l’humanis-
Thiers et sa camarilla ? gageons que c’est à dessein me de la même manière. Je crains malheureusement
qu’il passe sous silence les massacres perpétrés par que ce ne soit pas la seule chose qui nous oppose...
les troupes versaillaises et poursuivons le réquisitoire Maxime Joudan
car l’impudence de ce monsieur ne se limite pas à
cette phase inique. Je suis littéralement tombé des (1) François-Christian Semur, «Mac-Mahon ou la gloire
confisquée». Paris. Jean-Claude Gawsewitch Editeur. 490
nues à la lecture des deux pages suivantes ; une nou-
p. C’est le chapitre XIX du livre, «La Commune de Paris»,
velle section consacrée à la relation de la Semaine pp 316-330, qui est ici incriminé. Je dois reconnaître que
Sanglante débute, en effet, par l’intertitre : «Une victoi- je n’ai pas trouvé le courage de lire le reste de l’ouvrage.
re à la Pyrrhus...» et se clôt sur cette obscénité : «L’or- (2) Les autorités versaillaises ont déclaré 877 tués et 6 454
dre était enfin rétabli dans Paris. Certes le sang avait blessés pour toute la durée des opérations militaires
(2 avril-28 mai 1871).
trop coulé de part et d’autre». Je dois avouer que je ne
(3) :Chiffre communément admis par les historiens pour
goûte que très modérément une certaine façon de fai- estimer le nombre des victimes parisienne de la Semaine
re l’histoire qui consiste à se lancer des chiffres au vi- sanglante (21 mai-28 mai 1871).
sage. Les morts et les outrances ne sont pas réducti-
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H umeur

Racaille !
hA
Racaille. nf. dernier, aux habitants du quartier de la Grande-Dalle
Ensemble d’individus méprisables. (Argenteuil). «Désormais, ce sera pour les violences
Les habitants des cités populaires vivent urbaines, comme pour la délinquance générale, la tolé-
dans l’insécurité. Les services publics sont absents ou rance zéro» (30 octobre, J.T. de 20 heures sur TF1).
supprimés. L’habitat se dégrade. La police de proximi- A l’adresse de Nicolas Sarkosy, en visite sur les
té n’existe quasiment plus. La vie associative ? Champs-Elysées, créant quelques bousculades, le 12
Les jeunes gens, au sein de novembre, des jeunes ont
ces villes ghettos sont les pre- scandé «Liberté, Egalité,
mières victimes de la précarité
UN CLIMAT DE PEUR Fraternité, mais pas dans les
subie par le peuple avec un cités».
taux de chômage élevé. Ils sont
A ÉTÉ DISTILLÉ «Durant l’insurrection de la
en plus, en butte aux harcèle- Commune en 1871, les
ments des policiers : contrôles,
PAR LES MÉDIAS Versaillais et Adolphe Thiers
fouilles, plusieurs fois de suite,
tutoiement voire coups de tata-
AU FUR ET À MESURE dénonçaient la lie de la terre
que représentaient les rebel-
nes (vu à la télé)... les, qualifiés de «canaille». En
La mort tragique de deux ado-
DES ÉVÉNEMENTS. réponse, les Communards

148
lescents à Clichy-sous-Bois, le reprenaient une célèbre chan-
27 octobre, et les déclarations de Nicolas Sarkozy à son de 1865, écrite par Alexis Bouviers et mise en
Argenteuil ont déclenché de violentes émeutes. musique par Joseph Darcier :
D’abord à la périphérie de Paris, puis dans plusieurs «C’est l’homme à la face terreuse
villes de province. Au corps maigre, à l’œil de hibou,
Un climat de peur a été distillé par les médias au fur et Au bras de fer, à main nerveuse,
à mesure des événements. La presse de cette fin d’an- Qui sort d’on ne sait où,
née 2005 nous a gratifié du florilège des propos du Toujours avec l’esprit vous raille
Ministre de l’Intérieur, omniprésent sur le petit écran : Se riant de votre mépris.
«Les voyous vont disparaître... On va nettoyer au kar- C’est la canaille, eh bien j’en suis !»*
cher... On va envoyer des équipes spécialisées et
éventuellement, s’il le faut, des C.R.S.» (20 juin 2004, Jacqueline Hog
La Courneuve). «On va vous débarrasser de cette * Extraits de l’ouvrage d’Alain Gresh «L’Islam, la République
et le monde». Ed. Fayard.
racaille», a lancé Nicolas Sarkozy le 25 octobre
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hA ctualité

La séparation des Eglises et de l’Etat


A COMMUNE
DE PARIS-1871

Dans «La Raison» numéro 506 de Décembre 23 et 25 avril 1905 dans la salle du «Globe» à Paris.
2005, un article intitulé «La séparation» est du Lors de la discussion de l’article 4 du projet de loi le
plus grand intérêt puisqu’il concerne les extraits 21 avril 1905, Jaurès, dans une de ses magnifiques
des débats parlementaires passionnés qui ont pré- envolées qui le caractérisent, exalte le génie de l’His-
(1)
cédé le vote de la Loi du 9 décembre 1905 . toire de notre pays : «La France est révolutionnaire».
Le 11 juin 1903, avait été constituée une commission Le Catharisme, la Réforme sont évoqués comme les
parlementaire pour l’étude des projets de loi sur la sé- étapes du réveil des consciences individuelles. Il glori-
paration des Eglises et de l’Etat. Cette commission fie Rabelais qui, devançant le «plein ciel» de Hugo,
était présidée par Ferdinand Buisson, radical-socialis- annonçait «l’Humanité ira loger un jour à l’enseigne des
te, inspecteur général de l’Instruction publique et étoiles».
ardent défenseur de la Laïcité. Il termine ainsi son discours : «Voilà pourquoi l’œuvre
Le 4 mars 1905, Aristide Briand, rapporteur des que la commission nous soumet, œuvre de liberté,
travaux de la commission, déposa sur le bureau de la œuvre de loyauté, œuvre hardie dans son fond, mais
Chambre des Députés un épais rapport et, le 21 mars qui ne cache aucun piège, qui ne dissimule aucune
1905, commencèrent les débats. arrière-pensée, est conforme au véritable génie de la
Au cours des mois de délibérations, Aristide Briand va France républicaine».
se révéler comme un des plus «brillants» orateurs de Ces joutes oratoires ont pris une dimension humaine

19
la Troisième République, mais les autres leaders de la dans l’excellent documentaire «La séparation» présen-
Gauche, Jaurès, Millerand, Viviani, Vaillant sont aussi té par Arte dans la soirée du 4 décembre 2005. Cette
d’éloquents pourfendeurs des arguments de la Droite réalisation tournée dans l’hémicycle du Palais Bourbon
cléricale. est à signaler par son interprétation remarquable.
Mais, au sein même de la mouvance socialiste, il exis- Pour la défense et la promotion de la Loi de 1905, la
te des divergences. C’est ainsi que le contre-projet de manifestation organisée par la Fédération nationale de
Maurice Allard, socialiste de tendance blanquiste, va la Libre Pensée, le 10 décembre 2005, place de la
être démoli par Aristide Briand, socialiste indépendant République, a été une réussite incontestable.
(il n’a pas encore tourné casaque...).
La riposte est vive et pertinente. M. Allard «a le désir M.C.
très vif que l’Eglise, que la religion elle-même dispa-
(1) De nombreux extraits sont présentés et commentés par
raisse». Seulement, au lieu de compter pour atteindre
Nicolas Perron dans «Débats parlementaires» relatifs à la
ce but sur le seul effort de la propagande, sur la seule Loi de séparation in/»1905. La Loi de séparation des
puissance de la raison et de la vérité, M. Allard dans Eglises et de l’Etat», sous la direction de Jean-Marc
sa hâte d’en finir avec la religion, se tourne vers l’Etat Schiappa, Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre
et l’appelle au secours de la Libre Pensée... (...). Cela, Pensée. Editions Syllepse. Paris. 2005.
ce n’est pas la conception de la Libre Pensée, du
moins telle que je la comprends.» (10 avril 1905).
Le contre-projet Allard est repoussé par 494 voix con-
tre 68 ; ont voté pour, les Guesdistes, les Blanquistes,
treize membres du Parti socialiste français de Jaurès,
une trentaine de radicaux-socialistes. Cette répartition
des voix est intéressante du fait qu’elle intervient
quelques jours avant l’unification du Parti socialiste les
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H
V ie de l’associat ion

La Commission finances
Il n’est pas rare d’entendre parmi nos adhé- rer le suivi des rentrées de cotisation et relancer nos
rents, «Je n’aime pas les chiffres !». Je adhérents en retard. Tenter progressivement la mise
dois vous l’avouer, moi non plus ! Les en place de compte d’exploitation trimestriel. Préparer
finances, ce n’est pas toujours drôle, pas l’analyse financière des comptes de fin d’année pour
très valorisant pour un militant, c’est complexe. Mais, l’élaboration du rapport financier donné à l’assemblée
malgré cela, nous devons nous donner les moyens de générale de notre Association ainsi que le budget
répondre à notre objectif principal : faire connaître les prévisionnel de l’année suivante. faire le bilan de fin
idéaux des combattants de la Commune et les mettre d’année.
en évidence avec l’actualité. Notre Association se ren- Nos amies Rosa Raffort et Michèle Médard, trésoriè-
force et nos activités sont en progression, tant quanti- res de notre Association en assurent la trésorerie et
tativement que qualitativement. notre ami André Lairis (aidé de Sofia) la comptabilité et
En 2004, nous avons assuré le succès de l’exposition le bilan de fin d’année.
à l’Hôtel-de-Ville de Paris. Pour la mener à bien et obte- Il est évident que nous avons des difficultés pour me-
nir des subventions de la Mairie de Paris, nous devions ner à bien l’ensemble de ces objectifs. Mais, malgré
prouver notre crédibilité et la nécessité de présenter un nombre de miltants malheureusement trop faible,
des comptes financiers équilibrés. Il en était de même nous y tendons et les finances sont saines.
lorsque nous avons décidé de nous agrandir en acqué- Nous formulons cependant un double appel. Venez

240
rant notre nouveau local, il a fallu présenter des bilans renforcer notre Commission pour que nous puissions
«corrects» sur trois ans pour obtenir un prêt financier assurer le bon fonctionnement de notre Association.
auprès de notre banque. Pour ceux qui n’ont pas encore acquitté leur cotisa-
Nous sommes tenus d’avoir, aujourd’hui plus que tion, envoyez-la le plus rapidement possible !
jamais, une bonne image de gestionnaire pour mener
à bien nos différentes actions. Pour la Commission finances
Pierre Korber
OBJECTIFS DE LA COMMISSION FINANCES
Réflexion et mise en place des économies possibles à
faire sur le fonctionnement de notre Association. Assu-

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE l’achat de notre nouveau local.


L’assemblée générale de notre Association s’est dé- • Le «toilettage» de nos statuts qui, depuis 1962,
roulée le 19 novembre 2005 en présence de cinquan- avaient pris un «coup de vieux». Présentés par Francis
te-neuf adhérents. Vitel, les nouveaux statuts, collectivement préparés
Les principales décisions adoptées sont : par un groupe de travail, sont adoptés par 57 voix
• L’augmentation pour l’année 2006 de la cotisation à (2 abstentions). Sont mis en chantier des projets de
33 euros (49 pour, 5 contre, 5 abstentions), en raison statuts pour les Comités régionaux.
surtout d’une baisse de nos principales activités an- • Nos thèmes centraux sur l’actualité de la Commune
nexes (expositions, conférences, etc.) et à la fin de no- pour 2006 seront «La Commune et les étrangers» et
tre subvention «emploi-jeune». Bien entendu, la cotisa- «L’œuvre sociale de la Commune», en liaison notam-
tion «faibles ressources» reste fixée à 5 euros. Par ment avec les centenaires de la Charte d’Amiens et de
ailleurs, une souscription est lancée pour financer la création du Ministère du Travail, et soixante-dixième
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

anniversaire du Front Populaire. lem, Thérèse Gourmaud, Patrick Cavan, Jean-Claude


• L’élection du Conseil d’administration par 58 voix Liebermann et Serge Portejoie.
(1 abstention) de cinq nouveaux membres : Alice Be- Claude Willard

HOMMAGE À GASTON CRÉMIEUX lycée Thiers pour lui donner le nom de lycée Gaston
Le 26 novembre 2005, le Comité de Marseille des Crémieux.
Amis de la Commune de Paris a organisé un après-mi- Une représentation concernant la vie et les activités
di commémoratif en hommage à Gaston Crémieux. révolutionnaires de Louise Michel fut ensuite proposée
Une conférence, sous la présidence de M. Christian par Mme Gisèle Martinez dans les salons d’honneur du
Pellicani, Conseiller communautaire, a été assurée par Conseil régional. Une manifestation est prévue le
M. Michel Barbe, de la Fédération des Libres 18 mars 2006, boulevard Gaston Crémieux, avec
Penseurs. Notre Ami Gilbert Bertolini a retracé dans inauguration d’une plaque commémorative à sa
un bref historique le déroulement de la Commune mémoire. Nos remerciements s’adressent à tous les
de Marseille, rappelant son aspect politique et élus, particulièrement à M. Michel Vauzelle, Président
économique. de la Région, dont la collaboration assura à cette
L’assistance nombreuse participa ensuite au débat au manifestation un indéniable succès.

21
cours duquel proposition fut faite de débaptiser le Le Comité de Marseille des Amis de la Commune

SOIRÉE EN HOMMAGE À LOUISE MICHEL «Mémoires de Louise Michel»* et le récit des condi-
Le 27 octobre dernier, une centaine d’auditeurs ont as- tions de détention des Communardes dans les prisons
e
sisté, salle des fêtes de la mairie du XI arrondisse- de Versailles**.
ment de Paris, à une conférence donnée par Claude Le maire, Georges Sarre, présenta chaleureusement
Willard sur la vie de Louise Michel. Un récit passion- la conférence. Dans une lettre ultérieure, il transmis à
nant qui, visiblement, captiva l’auditoire. l’Association les félicitations de spectateurs qui lui
Un remarquable travail de coordination, effectué avec avaient fait part de leur enthousiasme.
le comédien Bernard Métraux qui lisait des poèmes de Claudine Rey
Louise Michel, illustrait parfaitement les propos de
Claude Willard. Ainsi, la poésie se mêlait au texte * «Les mémoires de Louise Michel». Editions Tribord.
13 euros.
comme l’image au livre d’histoire.
** «La détenue de Versailles» de Madame Hardouin.
La table de littérature rencontra une belle affluence, 12 euros. En vente à l’Association.
avec des brochures éditées par l’Association, le livre

SUR VOTRE NOUVEL AGENDA ! Maison des Syndicats C.G.T. 263, rue de Paris,
Le dimanche 26 mars 2006, venez nombreux à notre Montreuil. Métro : Porte de Montreuil.
traditionnel banquet. Ensemble, à partir de 11 heures, Prix 30 euros.
dans une ambiance «communarde», nous évoquerons
nos anciens et chanterons l’avenir.
LA COMMUNE N° 27 23/01/06 9:30 Page 21

hV ie de l’associat ion

VIVE LA FÊTE DE LA COMMUNE ! ne sous-estimons pas les insuffisances : nous n’avons


La fête de la laïcité sur la place de Com- pas su animer la fête pendant toute l’après-midi ; il n’y
mune de Paris-1871, le 8 octobre 2005, avait pas suffisamment de stands de jeux, en particu-
a rassemblé plusieurs centaines de per- lier pour les enfants.
sonnes dont beaucoup ont fait part de leur satisfac- Ce résultat nous a incité à renouveler cette première
tion. Pour les Amis de la Commune, organiser une telle expérience et la décision a été prise d’organiser
fête était une gageure car nous n’avions aucune expé- désormais chaque année une «Fête de la Commune de
rience. Pour une première, nous considérons que ce Paris-1871», sur la place du même nom, au cœur du
e
fut un essai prometteur et à transformer... XIII arrondissement. La prochaine édition aura lieu en
La fête avait été bien préparée par le groupe de travail Mai 2006. Nous voulons qu’elle soit parfaitement réus-
sur la Laïcité et la Commission «Fêtes et Initiatives». sie. Et pour cela, nous sollicitons les avis, les aides et
e
Nous ne saurions trop remercier la municipalité du XIII les expériences de tous nos adhérents. Nous avons
arrondissement pour besoin de conseils
l’aide matérielle qu’elle pour animer la fête, et
nous a apportée. de la présence de
Soulignons d’abord ce nombreux Amis pour
qui a bien fonctionné : préparer et tenir des

242
le placement de 500 stands. Nous sommes
bons de soutien ré- persuadés qu’il y a de
compensés par des précieuses compéten-
lots fournis par des ad- ces parmi nos adhé-
hérents et des com- rents. Nous les invi-
merçants du quartier tons à se manifester.
de la Butte-aux-Cailles ; la vente de nombreux livres et Merci de nous écrire, de nous téléphoner ou de nous
brochures ; le succès de l’apéritif commmunard. Re- envoyer un courrier électronique pour faire part de vos
mercions les Amis qui ont chanté et dit des poèmes. suggestions. Merci de nous aider moralement et ma-
L’intervention sur le rôle de la Commune dans la sépa- tériellement à réussir la prochaine «Fête de la Commu-
ration de l’Eglise et de l’Etat et la création d’une école ne de Paris-1871».
laïque, gratuite et obligatoire a été écoutée avec atten- Yves Lenoir
tion et suivie d’un débat intéressant. Cependant, nous

LA LAÏCITÉ : UN COMBAT TOUJOURS D’ACTUALITÉ «L’Eglise est séparée de l’Etat, le budget des cultes
Pour célébrer le centenaire de la Loi de séparation des est supprimé», proclamait déjà la Commune de Paris
Eglises et de l’Etat, notre Association a organisé, le 15 dans son premier décret, le 2 avril 1871. «La laïcité,
novembre dernier, à la Bourse du Travail de Paris, un cette idée philosophique, trouvait ainsi sa première
débat sur le thème : «Mouvement ouvrier et laïcité», ré- concrétisation, devenant une valeur à vocation univer-
unissant des syndicalistes et des chercheurs de l’Unsa selle», a rappelé Yves Pras, membre du Conseil d’ad-
éducation, de l’Institut de recherches de la FSU et de ministration des Amis de la Commune de Paris. La Ré-
l’Institut d’histoire sociale de la CGT. volution de 1871 est la fille des philosophes
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A COMMUNE
DE PARIS-1871

européens du Siècle des Lumières, de Rousseau à partagées par Patrick Gonthier, secrétaire général de
Kant, sans oublier Condorcet, qui souhaitait «fonder la l’Unsa éducation, qui dénonce les atteintes répétées à
morale sur les principes de la raison», a rappelé notre la laïcité : proposition de Nicolas Sarkozy de financer
Ami. Si les Versaillais ont fait preuve d’une telle féroci- les lieux de culte, publication d’une Fatwa (loi religieu-
té pendant la Semaine Sanglante, explique-t-il, «c’était se) par certains imams appelant à l’arrêt des violences
pour éradiquer jusqu’au dernier ceux qui avait osé pro- dans les banlieues. Pour Patrick Gonthier, «l’apparen-
clamer la liberté absolue de conscience !». «Le mouve- ce culturelle ou religieuse ne saurait tenir lieu de projet
ment ouvrier n’a pas toujours été laïque», a lancé René social». «La laïcité française est exigeante, mais sa va-
Mouriaux, chercheur à l’Institut d’Histoire sociale de la leur reste universelle, comme le montrent les nomb-
CGT, avant de retracer les grandes étapes de cette re- reux pays qui nous l’envient», estime le dirigeant de
lation. «En 1905, la CGT, concentrée sur la journée de l’Unsa éducation. Evelyne Rognon (1), de l’Institut de
huit heures et les risques de guerre, la CGT ne prêtait recherches de la FSU, souligne également que «toute
pas guère attention à la séparation des Eglises et de tentative de réviser la loi de 1905 présenterait le
l’Etat». Elle approuvait le principe, mais la Charte risque majeur d’affaiblir la portée de la laïcité de la Ré-
d’Amiens écartait les débats sur «les opinions poli- publique, comme espace commun du vivre ensem-
tiques ou philosophiques» que les travailleurs étaient ble». La professeure de philosophie rappelle que ce
invités à «professer au dehors» du syndicat, afin d’évi- texte fut à la fois «une loi de rupture et de conciliation».

23
ter les divisions.
Depuis 1989, le débat sur le foulard islamique divise la John Sutton
gauche, même s’il a abouti à la loi du 15 mars 2004
sur le port de signes religieux à l’école, note René (1) Co-auteur avec Louis Weber de l’ouvrage «La laïcité, un
siècle après». Editions Syllepse. 205.
Mouriaux, ajoutant que la loi de 1905 est remise en
cause par le ministre de l’Intérieur. Des inquiétudes

MANIFESTATIONS Claude Willard, a rassemblé un public essentiellement


Deux initiatives, en partenariat avec le Musée d’Art et féminin d’une quarantaine d’auditeurs.
d’Histoire de Saint-Denis, se sont réalisées en Octobre Cette dernière manifestation a suscité un débat
2005. Le 6 octobre 2005, la lecture de «La détenue d’actualité parfois passionné sur la condition féminine.
de Versailles» de Céleste Hardouin a réuni un auditoire Nous remercions Madame Sylvie Gonzalez, Conserva-
de vingt personnes et occasionné la vente d’une dizai- teur du Musée de Saint-Denis, pour l’excellence de son
ne d’ouvrages. accueil.
Le 16 octobre, la conférence «L’action des femmes Patrick Cavan
pendant la Commune», animée par Claudine Rey et

COMMÉMORATION DU 18 MARS 1871 Rendez-vous à 14 heures devant l’Opéra Bastille,


Le samedi 18 mars 2006, parcours communard dans place de la Bastille, métro Bastille.
le XIIe arrondissement de Paris.
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hV ie de l’associat ion

SALON DU LIVRE AUTREMENT était le Président s’est longuement arrêté devant notre
LA MAISON DE VICTOR HUGO... À CUBA stand. Il a abordé le problème de la déportation des
Troisième Salon du Livre Autrement. Communards à Nouméa. Très ému, il a déploré l’ab-
Dimanche 4 décembre, une personne s’ar- sence de vestiges marquant cet événement drama-
rête devant notre stand, regarde les livres et choisit
finalement «Le canon Fraternité». Cette visiteuse nous
dit : «C’est pour la collecte de livres faite au Salon pour
alimenter la bibliothèque Victor Hugo à Cuba».
Les quatre amies présentes sur le stand prennent
alors la décision d’imiter le geste de cette dame...
Conciliabule... Après réflexion, le titre est choisi, ce
sera «Julien de Belleville» de notre regretté Camarade
Raoul Dubois. Toutes les quatre nous dédicaçons ce
volume à la Maison de Victor Hugo et, ainsi, alors que
nous préparons un hommage à Raoul, son souvenir tique. Puis il a parlé du cimetière de l’Ile des Pins où
restera présent, même de l’autre côté de l’océan... reposent 139 déportés de la Commune.
Un exemplaire de «Chantons la Commune» lui a été

244
BERNARD LAVILLIERS SUR NOTRE STAND offert. Il a remercié l’Association.
Dimanche 4 décembre 2005, au troisième Salon Inter-
national du Livre Autrement, Bernard Lavilliers qui en Micheline Pottiez

ACCOMPAGNEZ L’AFFRANCHISSEMENT DE VOTRE COURRIER


DU THÈME DE LA COMMUNE DE PARIS-1871 * Planche de 15 timbres (affranchissement lettre 20g) /
21 Euros port compris / Commande à adresser à
l’Association des Amis de la Commune de Paris-1871,
PREMIÈRE SÉRIE: L’AFFICHE ROUGE DU 5 JANVIER 1871 46 rue des Cinq-Diamants, 75013 Paris) à l’attention
Dès la fin de l’Empire, de réunions publiques en mani- de Maryse Bézagu, accompagnée d’un chèque
festations et en tentatives d’insurrections, la mise en à l’ordre de l’Association.
place de la Commune est revendiquée.
C’est dans ce contexte d’agitation que le Comité cen- PLACE AU PEUPLE !
tral républicain des vingt arrondissements de Paris PLACE À LA COMMUNE
signe le 5 janvier 1871 un placard révolutionnaire qui L’initiative de la Com-
est un véritable appel à l’insurrection contre le gouver- mission Culture
nement capitulard, document que l’on a désigné concernant la planche
comme «L’Affiche rouge» qui se termine par ces mots: du timbre rappelant
«Place au peuple ! Place à la Commune !». «L’Affiche rouge» de Janvier 1871* a, dès sa présen-
Nous avons réalisé un timbre* qui rappelle cet événe- tation, connu un franc succès auprès de nos
ment capital précédant de deux mois et demi l’insur- adhérents. Cette action entreprise se poursuit à une
rection du 18 mars, date de naissance de la Commu- plus grande échelle avec une conférence d’Alain Dalo-
ne de Paris 1871. tel, le 1er février à 17 heures 30 sur Albert Theisz,
LA COMMUNE N° 27 23/01/06 9:30 Page 24

A COMMUNE
DE PARIS-1871

directeur des Postes sous la Commune**, et une


exposition, du 30 janvier (8 à 19 heures) au 1er
février (8 à 17 heures 30) au Centre de Philatélie
à l’Hôtel des Postes, 52 rue du Louvre à Paris. Il y
sera aussi question, à propos de notre première série
de timbres, des différentes affiches rouges dans l’his-
toire du mouvement ouvrier en France.

* En vente à l’Association, 2 euros.


** On peut se reporter à l’incontournable biographie de
notre Ami Georges Frischmann, «Albert Theisz, pionnier
de l’Association parisienne de l’Internationale et de la
première Chambre fédérale ouvrière, directeur des
Postes de la Commune
de Paris (1871)». Editions de la Fédération C.G.T. des
P.T.T. 1994.

M.B.

25
LE LANGAGE DES FLEURS tant de fois la parole. La famille était venue entourer
Chaque année, le dernier samedi du mois de Mai, nous Jeannine, son épouse. Chacun a observé en silence
nous retrouvons devant le Mur des Fédérés, les Amis un temps de recueillement avant de déposer une
de la Commune, les Amis d’autres associations, et de fleur rouge.
nombreux sympathisants afin de commémorer la fin Jeannine Goupil, la gorge serrée par l’émotion, a
de la Semaine Sanglante. Il fait doux, c’est le prin- remercié tous celles et ceux venus lui témoigner leur
temps, les drapeaux, les fleurs, la ferveur d’un auditoi- sympathie et rendre un hommage «communard» sobre
re recueilli regroupé en demi-cercle, pour écouter l’in- et solennel à leur Ami...
tervention de celui ou de celle d’entre nous qui rend Ce samedi de Novembre, le Mur se teinta de rouge,
hommage aux héros et aux martyrs de la Commune. couleur de l’amitié indéfectible...
Le 19 novembre dernier, dans la grisaille d’un samedi Jacqueline Hog
froid, réunis devant ce «Mur», nous avions tous en mé- * Un hommage sera rendu à Robert Goupil à l’issue de notre
manifestation du 18 mars 2006.
moire l’image de Robert Goupil*, là-même où il prit

HOMMAGE À BORIS TASLITZKY Par la plume de notre Amie Eugénie Dubreuil, artiste
En Décembre dernier, un hommage a été rendu au peintre, un article dans le prochain bulletin à paraître
peintre Boris Taslitzky au cimetière du Montparnasse. en Mai évoquera l’homme, l’artiste et son œuvre.
LA COMMUNE N° 27 23/01/06 9:30 Page 25

hV ie de l’associat ion

Le bulletin, vitrine de notre Association...


Sous l’impulsion de notre Ami Robert Goupil, tue chez l’imprimeur, à Saint-Denis. Il met à notre
notre bulletin s’est transformé au cours de disposition le matériel informatique nécessaire ; il
ces dernières années. Il est devenu une nous faut faire œuvre de patience... Car bien évidem-
véritable publication, tant par son contenu ment, l’imprimeur traite en priorité ses travaux ; ce qui
que par sa présentation et sa maquette. Mais avant en réalité demanderait à peine plus d’une journée de
d’arriver dans la boîte aux lettres de nos adhérents, sa travail, s’étire sur pratiquement une semaine... C’est la
mise en forme comporte plusieurs étapes. rançon (pénible, très pénible!) d’être dépendant...
Tout d’abord le choix des thèmes et des orientations A quand une grande souscription pour un matériel
susceptibles d’en constituer les grandes rubriques : informatique qui nous rendrait autonome ?... Au terme
éditorial, histoire, vie de l’association et notes de lectu- de la mise en page, les premières épreuves couleur
re. Celles-ci forment l’épine sont imprimées. Il s’agit, à ce
dorsale du bulletin, mais ses moment, d’opérer une dernière
colonnes sont bien évidem- N’HÉSITEZ PAS vérification. Un Comité de lec-
ment ouvertes à d’autres su- ture restreint s’en charge.
jets, actualités, hommage à À NOUS ENVOYER Le «Bon à tirer» est signé.
nos Amis disparus, annonces Le fichier informatique part à
de manifestations et de spec- VOS ARTICLES, l’imprimerie pour y être traité.

246
tacles divers ayant trait à la La livraison s’effectue, au
Commune de Paris-1871, et IL FAUT «ASSURER «siège du 46» quelques jours
les potins que nous intitulons plus tard. Il reste à nos Amis
«Brèves». C’est le Comité de LA RELÈVE» POUR QUE «volontaires» d’assurer la mise
Rédaction qui détermine le sous enveloppe. Coup de tam-
sommaire de chaque bulletin, VIVENT NOTRE BULLETIN pon à la poste, le bulletin est
sollicitant les plumes chez nos en route...
adhérents, mais n’excluant ET NOTRE ASSOCIATION. Malheureusement, nous avons
pas de publier des articles perdu en quelques mois trois
issus de sympathisants non adhérents mais dont l’inté- plumes et non des moindres. Pierre Ysmal, Raoul
rêt et/ou l’originalité enrichissent nos connaissances Dubois et Robert Goupil s’en sont allés. Nul n’est
sur l’Histoire de ces soixante douze jours de cet évé- irremplaçable, mais leur collaboration régulière à
nement trop souvent occultée... notre bulletin va sans aucun doute lui faire défaut.
Ensuite, il s’agit de «saisir» toutes ces copies, puis Alors, n’hésitez pas à nous envoyer vos articles, il faut
d’en assurer la relecture et les corrections. C’est le «assurer la relève» pour que vivent notre Bulletin et
Comité de Lecture (les membres du Comité de Rédac- notre Association. Merci.
tion changent, pour la circonstance, de costume...)
qui prend en charge cette opération. Malgré toute la Jacqueline Hog-Jean-Marc Lefébure
vigilance de ses membres, quelques «coquilles» sub-
sistent dans le bulletin «La Commune»..., «errare
humanum est».
Reste la mise en forme définitive, la «mise en page» du
bulletin, coordination des textes et de l’iconographie
dans les 32 pages imparties. Cette opération s’effec-
LA COMMUNE N° 27 23/01/06 9:30 Page 26

A COMMUNE
S pectacle DE PARIS-1871

Barricade*...
Au théâtre de la Belle Etoile à la Plaine Saint-Denis,vernement, il faudra bien qu’un jour nos professeurs
la Compagnie «Jolie-Môme» joue «Barricade». et nos manuels scolaires nous disent pourquoi ils nous
C’est un spectacle «pas comme les autres» en ont si longtemps nimbé ou simplement caché la vérité.
ce sens qu’il se veut d’abord l’évocation vibranteQuestion ouverte à l’Education nationale et aux histo-
d’une réaction populaire porteuse de progrès. Mais riens : la vengeance impitoyable que l’armée française
c’est aussi une pièce de théâtre réussie. Voilà deux exerça sur la population parisienne serait-elle la
raisons pour aller vibrer avec ses auteurs dans un ra- mauvaise conscience de la République ?
re climat de fraternité. Les autres mérites de la Compagnie «Jolie Môme» qui
Nous sommes en 1871. A la suite d’un de ces nom- chante , danse et lie un irrespect poétique à un déca-
breux conflits imbéciles qui ont ensanglanté l’histoire page nécessaire relèvent évidemment du théâtre lui-
des nations, Paris est assiégé même. Inspirée par Louise
par l’armée prussienne. Tandis Michel, Raoul Dubois, Vallès,
que les habitants les plus LE PREMIER MÉRITE Brecht, Vautrin, Chabrol et
riches ont fuit la capitale, les Adamov, elle revendique les
privations commencent. Et la DE «JOLIE MÔME» textes et les dialogues, elle
misère au cul verdâtre va frap- assume mise en scène, éclai-
per la population restée sur EST D’AVOIR MONTÉ rage et décor et elle interprète

27 place : c’est celle des ouvriers également la pièce. Avec brio.


et des artisans dont les idéolo- CE SPECTACLE
gues bourgeois disaient avec Claude Chanaud
H.A. Frégier ** «classe labo- EN RESPECTANT
* «Barricade» par la Compagnie
rieuse..., classe dangereuse». «Jolie Môme»
«Barricade» nous rappelle ces L’HISTOIRE... au Théâtre de la Belle Etoile,
faits mal connus, l’organisation 14, allée Saint-Just,
de la résistance et sa fin 93210-La Plaine Saint-Denis.
tragique. En effet, de cette période, mêlant l’irritation Téléphone 01 49 98 39 20.
** Honoré-Antoine Frégier a publié chez J.-B. Baillière en
des assiégés à un désir récurrent de justice sociale, 1840 «Des classes dangereuses de la population
est née une révolution «pas comme les autres, car non dans les grandes villes et de moyens
seulement le peuple de Paris veut résister à l’envahis- de les rendre meilleures».
seur mais - en même temps - il s’oppose à un pouvoir
totalement coupé des citoyens d’en bas. Pendant ces
temps, peureusement réfugié à Versailles, Adolphe
Thiers poursuit sans pudeur un processus de collabo-
ration avec les Prussiens.
Le premier mérite de «Jolie Môme» est d’avoir monté
ce spectacle en respectant l’histoire telle que l’on ose
enfin en parler dans nos années 2000, c’est-à-dire
sans exhibitionnisme suspect mais aussi très loin de
l’ostracisme du siècle passé. En effet, sur l’action de
la Commune de Paris et la riposte sanglante du gou-
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N otes de lecture

LA COMMUNE DE PARIS. UNE RÉVOLUTION SANS IMAGES*

Bertrand Tillier constate que les rapports de la Com- L’auteur rassemble les différents objets de représen-
mune de 1871 avec les «images» ont peu intéressés- tation et étudie en détail l’engagement des artistes,
les historiens d’art en raison de l’obstacle de l’inter- leur répression, les institutions artistiques de la
disciplinarité. L’idéologie vis-à-vis de «L’année Commune et esquisse un «mémorial» malgré la pro-
terrible» n’a pas permis de définir un «corpus» à partir scription, la censure et le déplacement de «sens par
des œuvres et des opinions inspirées par la Commu- «l’amnistie» décidée pour leur «disculpation» par les
ne (à l'exception de la photographie parfois manipu- tenants de la répression.
lée par ses opposants). L’histoire de la Commune a Philippe Lépaulard
suscité trop de falsification voire de dilution des «ima-
ges» pour comprendre une transition de celle-ci avec * «La Commune de Paris. Une révolution sans images».
Bertrand Tillier. Ed. Champ Vallon (P.U.F.). 32 euros.
la peinture impressionniste.

CHANTONS LA COMMUNE*

Les poètes de la Commune, en restituant la physiolo-


gie du peuple, témoignent des pathologies qui l’acca-
blent. Journalistes de l’événement, éveilleurs de cons-
indigne du sujet, l’objectivité sonne faux : les Commu-
nards n’ont que ceux qu’ils méritent, des partisans ou
des ennemis».
28
cience, ils forment une chaîne transportant jusqu’à Ami(e)s accompagnés de notre brochure, chantons la
nous les chants de l’humanité. Cette poésie, à lire ou Commune à la mémoire de ses protagonistes,
à chanter, est une façon de voir les choses ; elle ap- vecteurs de nos idéaux, nos espoirs.
porte sa contribution au patrimoine de l’histoire, notre Patrick Cavan
bien commun. Jean-Pierre Chabrol écrit : «Quand il
* «Chantons la Commune». Editée et vendue
s’agit de la Commune, je n’ai pas envie de couper les par l’Association des Amis de la Commune de Paris.
rimes en quatre. Faire dans la critique me parait

A PROPOS DE LA BIOGRAPHIE DE LOUISE MICHEL*

A l’heure du souvenir, quand la mémoire est au ren- ciente du monde dans lequel elle vit, celui régit par le
dez-vous avec le temps, c’est souvent l’opportunité pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une
de voir fleurir des productions consacrées au sujet à autre. Non résignée à ce postulat, elle mène une vie
célébrer. de combat revendiquant autre chose que la charité,
Louise Michel et son odyssée n’échappent pas, là, à principalement la détermination à «Etendre le senti-
quatre vingt dix pages d’une vision d’auteur commisé- ment de la patrie au monde entier, le bien-être,
rative que je ne partage pas. le savoir à toute l’humanité, la science et la liberté
Louise, femme-citoyenne et saine d’esprit, est cons- pour tous».
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Louise Michel vaut bien mieux que tout ce que l’on de «la multitude d’en bas» et aucun de ces Commu-
pourra dire d’elle, ses détracteurs même les plus mis- nards n’a failli à ses engagements.
éricordieux ne peuvent réduire l’histoire d’une intelli- Patrick Cavan
gence en adéquation avec l’optimiste de sa volonté.
* De Franz Van Der Motte
Pendant la Commune de Paris, Louise Michel, le peu-
ple et ses «chefs» ont formés la classe combattante

LE TEMPS DES CERISES*

Une grande leçon de courage, d’amour, de lutte et Un bel ouvrage à offrir à nos jeunes.
d’espoir et «les cerises reviennent chaque année». Alice Belem

* «Le temps des cerises». Philippe Dumas.


Edition L’école des loisirs.

29
LA ROUGE MARE DU HAUT-PLESSIS*

L’idée est originale puisque l’auteur, à travers le récit sang. Alors qu’il s’amuse avec les grenouilles, il frôle
d’un enfant de huit ans, raconte des épisodes impor- la mort : «elle n’était pas au rendez-vous» raconte-t-il
tants de l’histoire comme la Commune de Paris, la philosophe... Le récit comporte aussi de larges
Guerre de 1914-1918, celle de 1939-1945. extraits de l’article «Hier et demain» de Jean Jaurès
La rouge mare au fond d’argile se situe en Basse-Nor- paru dans L’Humanité en 1907 pour l’anniversaire
mandie, près de Brétoncelles. L’enfant en ce prin- de la Commune.
temps 1944, écoute le soir à la veillée son père ra- L’ouvrage se termine par quelques textes de chants
conter ses souvenirs de la Grande Guerre et ceux de de lutte du monde ouvrier que l’on chantait en famille,
l’arrière grand-oncle Communard. lors des fêtes, chez l’auteur. Tout cela fait que ce récit
Le grand oncle a vu le massacre des Communards, rappellera sans doute à quelques lecteurs des souve-
leur courage, et l’enfant s’imprègne avec force de cet nirs similaires.
exemple pour supporter sa guerre à lui en ce Prin- Claudine Rey
temps quarante-quatre. Il puise dans les aspirations à
la démocratie du grand-oncle, l'envie de vivre, l’envie
* La Rouge mare du Haut-Plessis.
de bonheur. L’insouciance apparente de l’enfant est Gérard Vallée.
admirablement décrite : la Rouge mare, au bord de la- Editions Page de garde. 16 euros.
quelle tout aspire à la paix peut devenir rouge de
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N otes de lecture

PRISE DE POSSESSION*

En France, la fascination réciproque des gens qui mais qu’ils sont incompatibles avec une quelconque
écrivent et des leaders politiques fut rarement démen- notion de possession. Donc de pouvoir.
tie et il en résulte une collusion récurrente entre le Plus même, dans «Prise de Possession» elle va an-
pouvoir de l’Etat et le pouvoir littéraire. Richelieu n’y noncer un âge d’or au-delà d’un capitalisme qu’elle ju-
fut pas pour rien en créant l’Académie Française. Plus ge condamné. Depuis, lors du XXe siècle, des partis
tard, Giscard d’Estaing, Pompidou et Mitterrand s’ins- totalitaires de gauche et de droite ainsi que des
crivirent sans difficulté dans ce cheminement déblayé tyrans opportunistes nous ont fait vivre les plus cons-
par les Bourbons. Tout ça pour dire que Louise Mi- ternantes périodes d’exploitation de l’homme par
chel, femme de lettres mais surtout d’engagements l’homme de l’histoire du monde. Louise ne l’aura pas
politiques vibrants, est une exception à cette tradition vu venir. Et l’âge aujourd’hui, est plus d’argent que
élitiste car, brandissant le drapeau des libertaires, el- d’or. A lire pour une pensée vigoureuse, indignée,
le demande dans ce petit livre la fin de tous les pou- libre, généreuse, respectueuse des autres et animée
voirs : le politique,le financier et aussi tous les autres, de l’esprit de résistance. Son approche dont la formu-
y compris celui du suffrage universel. Peut-on en lation peut sembler naïve à notre XXIe siècle re-
parler sans rire ? nous dit-elle. joint certains systèmes de pensée contem-
L’Anarchie c’est l’Ordre par l’Harmonie.
Voilà son postulat. Et son message
d’action fut : Ne prenez pas le pou-
porains concluant à l’écroulement des
hiérarchies pyramidales au profit de
réseaux transversaux plus subtils.
30
voir ... Prenez possession de vos Ayant sur ce sujet plus d’espoirs
droits d’êtres humains. Contrai- que de certitudes, je concluerai
rement aux autres partis de gau- simplement comme Jacques
che qui vont la suivre sur le ter- Le Flou, son préfacier :
rain de certaines revendications, LOUISE ON T’AIME !
elle se refuse à prendre le pou- C.C.
voir puisqu’il y aurait expropriation
ce qui impliquerait une exclusion Louise Michel. Editeur J.P. Rocher.
pour certains. Et sur la lancée de son Prix 12 euros
engagement, elle va mettre dans le siècle
à venir des espoirs extraordinaires d’égalité et
de liberté dont elle souligne qu’ils sont les seuls biens

A propos de l’article «Les cent jours» paru dans notre dernier bulletin, nous avons reçu de deux
de nos adhérents, des remarques exprimant pour l’un, soit des réserves et des oppositions, pour
l’autre une vive approbation et ce, quelques soient les positions exposées, partagées ou non.
Une réponse a été adressée à l’un et à l’autre de nos Amis par l’auteur de cet article. La rédaction
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A COMMUNE
B r è ve s DE PARIS-1871

«A LA CHARGE !» de-chaussée, comportant des dessins des périodes


UNE EXPOSITION AU MUSÉE récentes (avec Tim, Plantu, Willem, etc.), nous rappel-
DE SAINT-DENIS lent bien des souvenirs.
Du 18 novembre 2005 au 27 février 2006, le Mu- S’il est vrai, comme le souligne Bertrand Tillier, che-
sée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis*, très riche déjà ville ouvrière de cette exposition, que «l’Histoire et l’ac-
en documents historiques sur la Commune de Paris, tualité sont les matériaux du caricaturiste», nous
agrémente les salles consacrées à celle-ci de caricatu- avons retrouvé là une passionnante exposition.
res d’époque. On y retrouve nombre de caricaturistes
et notamment des dessins de Gill. Les charges contre Claudine Rey
Thiers ou d’autres personnalités où le portrait est exa-
gération du trait, conduisent à coup sûr à faire chuter * Musée d’Art et d’Histoire. 22, rue Gabriel Péri,
93200- Saint-Denis. Métro Porte de Paris.
de son piédestal la personne visée. Les salles du rez-

RECHERCHE ANCIENS BULLETINS... aux Amis qui pourraient me les confier juste le temps
Je recherche d’anciens bulletins de l’Association. Je d’effectuer cette opérations.

31 me suis, dans un premier temps, attelé à mettre tous


les textes et images des bulletins en ma possession
sur un support informatique qui peut être lu par tous.
Adresser votre envoi à l’attention de Pascal Bonnne-
femme Association des Amis de la Commune de Paris,
46, rue des Cinq-Diamants, 75013 Paris.
J’en ai laissé une copie à l’Association. Aujourd’hui, Tél. 01 45 81 60 54. Par avance, merci.
pour être plus complet, je recherche les bulletins anté-
rieurs à 1997 pour réaliser la même opération. Merci

LE PROCHAIN BULLETIN PARAÎTRA


DÉBUT mai 2006.
DATE LIMITE DE REMISE DES ARTICLES :
31 mars 2006.
Adressez directement vos articles
à Lefébure Jean-Marc
30 Grande-Rue Saint-Laurent, 10400-Nogent-sur-Seine
Téléphone 03 25 24 80 73
Vous pouvez y joindre tout document iconographique :
photocopies de bonne qualité ou originaux qui vous seront restitués
COUVERTURE N° 27 23/01/06 9:26 Page 1

LES AMIS
DE LA COMMUNE DE PARIS
46, rue des Cinq-Diamants, 75013 Paris
Tél. : 01 45 81 60 54
Fax : 01 45 81 47 91
e-mail :
amis@commune1871.org
Site Internet :
www.commune1871.org

Création/Réalisation :
Jean-Marc Lefébure
Comité de rédaction :
Jacqueline Hog, Marcel Cerf,
Claude Chanaud,
Bernard Eslinger,
Maxime Jourdan, Yves Pras,
Claude Willard
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