Vous êtes sur la page 1sur 6

" Quand je pense que Dieu est juste, je tremble pour

mon pays"
Thomas Jefferson, Président des Etats-Unis, rédacteur de la Déclaration d'Indépendance.

A- SCENARIO NOIR: Naufrage de l'Amérique ?

1°) A l'intérieur:

dégradation des processus économiques et du modèle d'intégration sociale.


(Voir le n° de "Courrier International" du 11/12/1997 , avec deux sites sur la
santé mentale des Américains et la psychiâtrie aux USA)

a) L'Amérique du Nord se paupérise:

Echec des plans de relance non-inflationnistes. Impossible retour à la


croissance et à la productivité; développement préoccupant du chômage.

Dégradation de l'enthousiasme optimiste du peuple américain: défaitisme face


à l'économie, perte de confiance des citoyens en politique, irresponsabilité des
ménages comme consommateurs, épargnants, producteurs, éducateurs et
parents...

Développement d'une économie souterraine pour survivre (crack, trafic


d'armes). Recrudescence des épidémies en milieu urbain. Utilisation des
misérables et clandestins pour une main d'oeuvre sous-payée (Etats agricoles).
Déchéance humaine: "hoboes, homeless, underdogs".

Culture: philosophie du désenchantement. L'Amérique des romans ressemble


à une terre promise dévalisée, angoissée par un cataclysme intérieur. La
nouvelle vague des écrivains a en commun une franche sauvagerie dans le
scénario et le choix du

vocabulaire, une fascination pour la perversité et la folie. Succès des


"psychokillers", films et romans policiers dont le héros est un dangereux
psychopathe qui n'a que sa névrose pour morale. Les repris de justice écrivent
leurs mémoires sanglants depuis le pénitencier. "Reality shows" étalant le
sordide devant des armées de télespectateurs invités à opiner.

Prolifération des sectes et du marché de l'obscurantisme.


Inquiétante poussée de la Droite dont le chef de file le plus écouté est
l'éditorialiste à succès Pat Buchanan, candidat aux élections présidentielles,
auteur d'une autobiographie au titre révélateur: "A droite, depuis toujours" et
meneur du courant isolationniste "America first". Retour à la chasse aux
sorcières, bigoterie du puritanisme notamment envers les artistes.

Ravages de l'enseignement public (la génération de demain est déjà illettrée).


Seuls sont épargnés les Hispaniques et les Asiatiques, ce qui repousse encore
plus loin dans le ghetto culturel les Noirs américains.

b) L'Amérique se libanise.

Tolérance ou intolérance entre groupes? La Political Correctness a destructuré


le bienveillant équilibre unificateur du melting pot, en encouragant le diktat
des minorités. L'organisation sociale implose en différentes ethnies qui
revendiquent et s'affrontent. En luttant contre la ségrégation, le culte de
l'ethnicité peut paradoxalement déboucher sur ce qu'il combat: la
fragmentation, la tribalisation.

Ségrégation économique et sociale: troubles, émeutes, insécurité, crime,


violence, drogue, Sida, colère des ghettos urbains, communautés raciales en
concurrence.

Scénario de fiction: A la demande des Nations-Unies, la mission humanitaire


"Restore Hope" (rendre l'espoir) revient de Somalie et débarque à Los
Angeles et dans les quartiers à haute criminalité à l'Est de Washington pour
séparer les factions ennemies . Un général japonais est chargé de distribuer du
riz et de poursuivre les chefs de guerre locaux à la demande de la Cour de
Justice Internationale. Les milices privées prennent le maquis dans les
Rocheuses.

2°) A l'extérieur:

Selon Dominique Moisi (Ramsès 94): "L'Amérique prospère pouvait se


permettre d'être généreuse. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Au
multilatéralisme de principe, s'oppose la nécessité interne d'un nationalisme
économique qui peut être brutal." Erratique et brutal en effet parce que
nostalgique et impuissant comme pourraient l'être un réveil de l'impérialisme
russe ou arabe ou d'autres...

Même en l'absence de tels sursauts dangereux, une Amérique inefficace serait


lourde à porter pour le reste du monde; encore bien plus que n'est la Russie
actuelle. Compte tenu de sa masse, de son goût acquis pour un niveau de vie
élevé, les programmes d'ajustement structurel du type FMI seraient difficiles à
imposer. Le rééchelonnement et le financement d'une énorme dette extérieure
feraient peser une charge insupportable à l'épargne mondiale.

Pour eux et pour nous, God save America!

B- SCENARIO BLANC: God bless America!

" Ce que l'Amérique doit apporter au monde doit d'abord passer par le coeur
de l'Amérique" Dwight Eisenhower, discours inaugural 1953.

1°) A l'intérieur:

Le corps politique rejette Clinton pour incompétence et naïveté. Cela


commence par des blocages au Parlement, puis par un renversement de la
majorité au Congrès en 1994, surtout par des mouvements extra-
parlementaires comme l'Amérique en a connu à certaines périodes (chasse
aux sorcières, refus de l'école intégrée, complexe militaro-industriel, rôle
possible du populisme façon Ross PEROT).

Un président républicain très énergique, sans doute un ancien général


vainqueur ou un riche démagogue, est élu avec le soutien de la publicité
télévisée, de l'Armée, des associations WASP, du Ku Klux Klan, de la CIA, de
la Mafia...

On ressuscite le programme économique et social de Ronald Reagan:


enrichissement libre des catégories moyennes et supérieures par l'emprunt
imposé aux épargnants étrangers et remboursé en dollars fabriqués à volonté.

2°) A l'extérieur:

Les Etats-Unis exploitent leur surpuissance militaire pour imposer à autrui la


démocratie et le marché. Ils se réservent le bénéfice de l'exception américaine
sur le "benign neglect" de la gestion monétaire, du protectionnisme (article
301, autolimitations d'export imposées), de la contrainte internationale (non
ratification par le Congrès des accords négociés par le Président au GATT ou
pour le NAFTA).

Ces comportements suscitent des réactions en Europe, en Russie, en Chine et


au Japon, et bien sûr dans les pays arabes où les monarchies pétrolières
proaméricaines sont renversées par des mouvements populaires...

C- SCENARIO GRISONNANT

L'Amérique se rend compte qu'elle n'a plus forcément le monopole des


solutions techniques à tous les problèmes, ni celui de l'idéal justificateur, ni la
capacité militaire et politique d'imposer ses vues. Elle a lu Paul Kennedy qui
dénonce l'enflure impériale comme source de la décadence des nations. Et
comme tant d'autres puissances impériales de jadis et naguère, elle vieillit et
se calme...

Selon D.Boorstin, "Les Américains veulent à la fois beaucoup manger et


rester minces, beaucoup déménager et garder de bons voisins, révérer Dieu et
être Dieu": ils finiront demain par découvrir la sagesse...

1°) A l’intérieur :

"Changing our ways (changer notre façon d'agir)", titre significatif du rapport
Clinton. Cette surpuissance minée par son délabrement social n'a plus qu'une
issue si elle ne veut pas se laisser gagner par le pourrissement : la priorité au
redressement intérieur (perestroika américaine).

Et puisque les voisins mûrissent et apprennent à s'auto-gérer (ou s'auto-


détruisent), il ne reste plus à l'Amérique qu'à s'occuper d'elle-même. Ce qui
lui ferait le plus grand bien. Après tout, ce sont plus de 258 millions
d'habitants qui ne demandent qu'à revivre The American Dream, et à retrouver
la confiance en eux-mêmes en pratiquant l'art du possible. *

L'effondrement des vieilles industries et la baisse des emplois manufacturiers


amènent une forte progression des emplois de services -beaucoup moins bien
rémunérés-: de 20,8 millions (1984) à 29,3 millions (1992). En bonne
position, les télécommunications, le software, les loisirs, la technologie
médicale représentent un potentiel croissant qui entraîne d'autres secteurs
comme les hôpitaux, l'information.

Lorsque les dettes sont payées, on fait un retour tranquille à la société de


consommation. Les nouvelles technologies attirent, les lobbyistes poussent la
demande, la génération des baby boomers, en pleine force de l'âge (35-55 ans)
arrive sur le marché. Les anciens contestataires redeviennent devenus
consommateurs mais vigilants ( croisade contre Perrier, la marée noire
d'Exxon). L'exigence de qualité à prix réduit. La vague des boycotts de
consommateurs continue (1991: 200).

Modes de vie: Avec le "burrowing", vite rebaptisé "bunkering", les castors se


protègent, réfléchissent, se gardent des tentations inutiles et des dangers: bref,
ils hibernent. Plus de gaspillage, on a besoin de l'argent pour des dépenses
vitales. Economiser, entretenir, réparer, préparer la retraite, épargner pour
offrir l'école privée aux enfants sans faire d'emprunt.
Extension du télé-achat et du télé-travail. On ne sortira de son bunker, de sa
tanière que lorsque la dépression morale, la crise économique, la criminalité,
le sida, le chomâge seront vaincus. Succès des best-sellers du genre "100
great ideas to make money at home". 16 millions d'américains travaillent déjà
chez eux.

Rapports entre groupes:

Le nouveau Congrès est plus représentatif des minorités. L'idéologie de


Political Correctness obtient quelques effets positifs. Cette croisade puritaine
de la gauche est inspirée d'une idéologie généreuse fondée sur l'Affirmative
Action: reconnaissance systématique des droits de l'homme sur le marché du
travail et à l'université.

Les minorités qui deviennent majorité apportent des ingrédients bénéfiques au


mode de vie américain désenchanté

Le boom des écrivains "Spanglish". L'exemple réjouissant des Cubains de


Miami, la réussite scolaire et universitaire des Hispaniques et Asiatiques,
communautés fortifiées par leur sens de la famille, des traditions, du respect
de leur culture, de la solidarité.

Les rebelles, les visionnaires repartent à l'offensive littéraire après les années
conservatrices de Reagan: le rock dénonce la censure, les écrivains produisent
des best-sellers intelligents, des jeunes savants montent des laboratoires, la
culture "native" ou "indian American" retrouve sa dignité, l'élite noire radicale
bouscule les conventions du système dominant.

Respect de la femme: la colère de la jeune femme noire dans l'affaire Tyson a


fait évoluer les mentalités, jeté une lumière sur les idéaux de la communauté
noire et les lacunes qu'elle rencontre quotidiennement.

Ce renouveau d'idéalisme dans la vie quotidienne renforce la présence du


leader américain dans le monde sous la forme de l'aide humanitaire, une façon
plus digne de se faire connaître et respecter.

2°) A l'extérieur:

Même si elle ne veut pas se limiter à la défense de ses intérêts directs et


souhaite contribuer à la défense de la démocratie et du marché, l'Amérique ne
peut plus tout faire et le sait.

Sa position, idéaliste et réaliste à la fois, pourrait être:


" You alone can do it, but you can't do it alone"

Ce qui implique d'accepter, voire encourager la multipolarisation du monde,


avec des accords appropriés, ainsi que d'agir par la voie des Nations- Unies.

Pax Americana: les méchants sont inhibés par l'harmonie universelle et tout
est bien dans le meilleur des mondes.

a) La politique: démocratie

b) L'économie: le marché, l'American way of life

c) La société, retour au politique;

brasilianisation, libanisation de la société américaine: impacts par l'inflation,


la désorganisation, la réaction

IMPACTS

Maître d'école et gendarme de l'économie et de la politique internationale,


pompe aspirante de matières premières et de ressources fiancières, c'est par
son seul poids un facteur et centre de risque essentiel pour l'ensmble du
Monde.

Espérons que l'Amérique pratique la "governance" qu'elle réclame à


autrui!