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Peut-on prendre des antioxydants quand on a un cancer ?


LaNutrition.fr, le 03/06/2008

Les cancérologues découragent souvent les patients cancéreux de prendre des suppléments antioxydants comme la vitamine C, la vitamine E ou le
sélénium car ils craignent que ces suppléments protègent les tumeurs. Est-ce réellement le cas ? LaNutrition.fr livre son verdict sur ce sujet très
controversé et notamment sur la vitamine C par voie intraveineuse.
Casey Armstrong

Aux Etats-Unis, 54 à 77% des patients traités pour un cancer prennent des suppléments. (1) Ils le font dans l'espoir de stimuler leurs défenses immunitaires, de ralentir la progression de la
tumeur, d'atténuer les effets secondaires des traitements, et de prendre leur santé en main. (2) Cependant, de nombreux médecins et cancérologues déconseillent aux patients soignés pour
un cancer de prendre des suppléments d'antioxydants. Comme les médicaments de chimiothérapie et la radiothérapie tuent les cellules cancéreuses en les exposant à des radicaux libres, ils
soutiennent que les antioxydants, dont l'objectif est justement de neutraliser les radicaux libres, interfèrent avec les traitements. Ils craignent que les suppléments antioxydants favorisent
la prolifération des cellules cancéreuses et la progression des tumeurs en les protégeant des traitements de chimio- ou de radiothérapie. En septembre 2005, un chercheur américain du nom
de Gabriella d'Andrea a d'ailleurs réuni l'ensemble de ces griefs (ou de ces craintes) dans un article retentissant. (3)

Des antioxydants bénéfiques

Pourtant, ces inquiétudes s'appuient pour la plupart sur des travaux de laboratoire qui n'ont pas été confirmés en situation réelle. En réalité, les données dont on dispose aujourd'hui ne
permettent pas dire qu'il faudrait éviter les antioxydants pendant une chimiothérapie.
Les études suggèrent que certains antioxydants peuvent sélectivement inhiber la croissance des tumeurs, favoriser le retour des cellules précancéreuses à leur état normal (différencié) et
stimuler les effets des traitements de chimio- et radiothérapie. Les cancérologues eux-mêmes font appel à des antioxydants synthétiques comme l'amifostine, le mesna et le dexrasoxane
pour contrôler les effets secondaires des traitements.
En 2004, des chercheurs ont analysé l'ensemble des études cliniques et épidémiologiques publiées à cette époque. Ils en ont conclu que la chimiothérapie nuit au statut antioxydant des
patients, et qu'un statut antioxydant altéré peut favoriser l'activité des cellules cancéreuses et nuire à la santé globale du patient, ce qui laisse penser qu'un supplément antioxydant est
bénéfique au moins chez certains patients. Les études cliniques suggèrent qu'une telle supplémentation peut réduire la fréquence et la sévérité des effets secondaires des traitements. En
plus, une supplémentation antioxydante peut permettre d'augmenter les doses des médicaments de chimiothérapie, et donc rendre le traitement plus efficace. (4) Une nouvelle analyse a
été réalisée en 2007 par des oncologistes américains. Ils ont analysé les résultats de 280 études dont 50 conduites chez 8521 patients. Ils conluent que les suppléments antioxydants
n'interfèrent pas avec les traitements habituels, et qu'ils améliorent même leur efficacité, diminuent leurs effets secondaires, protègent les tissus sains. Dans 15 études, 3738 patients qui ont
pris des antioxydants et d'autres suppléments ont vu leur survie augmenter. (5)

Des antioxydants toxiques pour les tumeurs

Kedar Prasad, un professeur de radiologie et spécialiste des vitamines et du cancer à l'université du Colorado soutient l'idée d'accompagner la radiothérapie ou la chimiothérapie de
suppléments d'antioxydants exogènes comme la vitamine C, la vitamine E, les caroténoïdes naturels, en évitant les antioxydants fabriqués par l'organisme (glutathion, acide lipoïque) et les
substances qui élèvent les enzymes antioxydantes comme le sélénium ou le zinc (ce dernier point n'est pas partagé par tous les chercheurs, lire plus loin). A l'issue du traitement
anticancéreux, les suppléments antioxydants devraient être poursuivis, mais à dose plus faible. Prasad préconise l'administration de doses élevées de vitamine C, en particulier en perfusion,
après avoir montré en 2003 que cette vitamine est toxique pour les cellules tumorales. La théorie de Prasad est que les cellules normales ont besoin pour fonctionner de petites quantités
d'antioxydants, et qu'elles rejettent ceux qui sont apportés en excès. Mais les cellules cancéreuses ont perdu la capacité de réguler leur consommation d'antioxydants, en particulier les
vitamines C et E, parce que leurs membranes sont perméables. Ces antioxydants peuvent donc s'accumuler dans les cellules cancéreuses à des niveaux tels qu'ils deviennent toxiques pour
elles. A ces doses anormalement élevées, la vitamine C par exemple devient pro-oxydante en présence de métaux de transition comme le cuivre ou le fer et elle génère des radicaux libres
tels le peroxyde d'hydrogène. Ces radicaux libres ne sont pas neutralisés comme c'est le cas dans une cellule normale, parce que la cellule cancéreuse manque d'enzymes antioxydants. Ils
finissent par tuer la cellule cancéreuse.

Les promesses thérapeutiques de la vitamine C

La vitamine C est administrée en intraveineuse dans un certain nombre d'établissements de soins américains sur la base des études conduites dans les années 1970 par Linus Pauling et sur la
base d'un petit nombre de cas cliniques.
Par exemple, en 2003, Jeanne Drisko de l'université du Kansas a rapporté le cas de deux patientes traitées chirurgicalement pour un cancer des ovaires. (6) La première a décidé de prendre
des suppléments antioxydants avant sa chimiothérapie (vitamine E à 1,200 IU, coenzyme Q10 à 300 mg, vitamine C à 9,000 mg, caroténoïdes à 25 mg et vitamine A à 10,000 IU). Après les
premières séances de chimiothérapie, mais avant les séances de consolidation, de la vitamine C a été administrée par voie intraveineuse, d'abord à raison de 15 grammes, puis 60 grammes
deux fois par semaine ce qui a permis de maintenir les taux de vitamine C plasmatique à 200 mg/dL. A ce niveau en effet, la vitamine C est toxique pour les cellules cancéreuses. Après la
chimiothérapie, la patiente a poursuivi pendant un an les perfusions de vitamine C (60 grammes une fois par semaine). Par la suite, la perfusion de 60 grammes n'a plus été administrée que
tous les 10 à 14 jours. Au moment de la parution de ce rapport, 40 mois s'était écoulés depuis le diagnostic initial et aucun signe de la maladie n'apparaissait sur les scanners.
La seconde patiente a commencé la chimiothérapie 3 mois après son opération. Avant cela, elle a décidé de prendre par voie orale de la vitamine C (3 g/j), de la vitamine E (1200 UI/j) du
bêta-carotène (25mg/j) et de la vitamine A (5,000 UI/j). Après les premières séances de chimiothérapie, une masse tumorale a été identifiée dans le pelvis. La patiente a refusé de
poursuivre la chimiothérapie, mais opté pour des perfusions de vitamine C (15 grammes, puis 60 grammes quotidiennement pendant une semaine, puis pendant deux semaines). Au moment
où le cas était rapporté, 36 mois s'étaient écoulés depuis le diagnostic et la patiente poursuivait ses perfusions. La patiente a décliné des examens d'imagerie médicale, mais les autres
examens étaient normaux.
De leur côté des chercheurs américains ont rapporté des cas similaires concernant d'autres cancers. (7) Un homme de 49 ans a été diagnostiqué avec un cancer de la vessie avec des tumeurs
satellites. Après une résection chirrugicale, l'homme a décliné la chimiothérapie et la radiothérapie et a choisi à la place des perfusions de vitamine C. Il a reçu 30 g de vitamine C deux fois
par semaine pendant 3 mois, puis 30 g tous les mois ou tous les deux mois pendant 4 ans. Neuf ans après le diagnostic, il était en bonne santé, sans aucun signe de rechute ni de métastase. Il
prenait aussi les suppléments suivants : sulfate de chondroïtine, sulfate de glucosamine, picolinate de chrome, huile de lin, acide alpha-lipoïque, Lactobacillus acidophilus, L. rhamnosus et
sélénium.
Une autre patiente de 66 ans a été diagnostiquée avec un lymphome. Les médecins ont recommandé des séances de radiothérapie et de chimiothérapie, mais après avoir accepté 5 semaines
de radiations, la patiente a refusé la chimiothérapie et préféré commencer un traitement de vitamine C en intraveineuse. Elle a reçu 15 g de vitamine C deux fois par semaine pendant 2
mois, 15 g par semaine pendant 7 mois puis 15 g tous les deux ou trois mois pendant un an. Dix ans après le diagnostic la patiente était en bonne santé. Elle prenait les suppléments suivants :
bêta-carotène, bioflavonoides, sulfate de chondroïtine, coenzyme Q10, DHEA, N-acétylcystéine, du bismuth et une multivitamine.

Des antioxydants pour prévenir les effets secondaires

Une étude polonaise de 2004 a porté sur la prévention des effets secondaires de la chimiothérapie lors d'un traitement du cancer des ovaires chez 62 patientes. Des médicaments comme la
cisplatine et le cyclophosphamide empêchent les cellules cancéreuses de grossir, mais ils affectent aussi la santé des cellules normales et provoquent divers troubles : anémie, chute des
cheveux, diarrhée, augmentation de la susceptibilité aux infections, aphtes. La chimiothérapie a d'autres effets secondaires : fatigue, nausées, vomissements, perte d'appétit, malaises. La
chimiothérapie fait baisser le niveau de sélénium, ce qui peut favoriser des maladies rénales. Un manque de sélénium peut augmenter la toxicité du platine, un composant du cisplatine. A
l'inverse, un taux suffisamment élevé de sélénium diminue la toxicité du cisplatine en se liant au platine.
L'étude a consisté à donner à des femmes ayant bénéficié d'une chirurgie et suivant des séances de chimiothérapie soit un complexe antioxydant faiblement dosé (sauf pour le sélénium)
apportant chause jour pendant trois mois du bêta-carotène (25000 IU), de la vitamine C (200 mg), de la vitamine E (27 UI), de la vitamine B2 (4,5 mg), de la B3 (45 mg), et du sélénium (200
mcg), ou la même formule sans sélénium.
Les femmes qui ont pris le sélénium ont vu le nombre de leurs neutrophiles (globules blancs anti-infectieux) augmenter; elles ont eu aussi significativement moins de nausées, de
vomissements, de douleurs abdominales, d'aphtes, de chutes de cheveux, de fatigue, de perte d'appétit et de malaise. En revanche, l'incidence des diarrhées n'a pas été différente d'un
groupe à l'autre. (8)
Les études montrent aussi que la vitamine E améliore les mucosites dues aux radiations; que la vitamine E et la pentoxifylline corrigent les effets secondaires de la chimiothérapie ; que la
vitamine A (rétinol palmitate) est un bon traitement des proctopathies radio-induites.

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Si vous souhaitez entreprendre un traitement antioxydant, par voie orale ou intraveineuse, vous devez au préalable prendre l'avis d'un médecin connaissant bien ces questions, qui saura
vous conseiller, vous évaluer et vous suivre sur le plan biologique. Les perfusions de vitamine C obéissent à des protocoles stricts et ne devraient être entreprises qu'une fois que des
examens ont établi que le patient peut les supporter (fonction rénale normale, pas de déficit en glucose-6-phosphate déshydrogenase ou G6PD, une enzyme des globules rouges), et toujours
en commençant par des doses modérées.

Références

(1) Sparreboom A, Cox MC, Acharya MR, Figg WD. Herbal remedies in the United States: potential adverse interactions with anticancer agents. J Clin Oncol. 2004;22:2489-2503.
(2) Chong O. An integrative approach to addressing clinical issues in complementary and alternative medicine in an outpatient oncology center. Clin J Oncol Nurs. 2006;10:83-88.
(3) D'Andrea GM. Use of antioxidants during chemotherapy and radiotherapy should be avoided. CA Cancer J Clin. 2005 Sep-Oct;55(5):319-21.
(4) Ladas EJ, Jacobson JS, Kennedy DD, Teel K, Fleischauer A, Kelly KM. Antioxidants and cancer therapy: a systematic review. J Clin Oncol. 2004;22:517-528.
(5) Simone CB 2nd, Simone NL, Simone V, Simone CB. Antioxidants and other nutrients do not interfere with chemotherapy or radiation therapy and can increase kill and increase
survival, Part 2. Altern Ther Health Med. 2007 Mar-Apr;13(2):40-7.
(6) Drisko J. The Use of Antioxidants with First-Line Chemotherapy in Two Cases of Ovarian Cancer. J Am Coll Nutr 2003;22(2):118-123.
(7) Padayatty S.J. Intravenously administered vitamin C as cancer therapy: three cases. CMAJ • March 28, 2006; 174 (7).
(8) Sieja K, Talerczyk M. Selenium as an element in the treatment of ovarian cancer in women receiving chemotherapy. Gynecol Oncol. 2004 May;93(2):320-7.

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