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© Velicu 2019-2020, Phrases modalisées en français contemporain.

Modalités d’énoncé

6. Réalisateurs des modalités d’énoncé en français


6.1. Modalités aléthiques. Réalisateurs en français

NÉCESSAIRE
 Verbes modaux : devoir (+infinitif), il faut que + subjonctif, il faut + infinitif

- aucune contrainte pour les énoncés exprimant une « nécessité analytique » (=de


définition – voir exemples (1) et (2)), mais il y a des contraintes sur l’emploi de devoir/il
faut dans des énoncés qui expriment un fait d’observation (comportement régulier,
habituel) : il faut que la régularité observée se laisse interpréter comme le produit d’une
inférence, et que l’inférence ait des amorces (marques linguistiques) dans l’énoncé
(exemples (3a-b)) :

(1) Un nombre premier doit être impair (Krønning 20011 : 77)


(2) Tout ce à quoi on réfère doit exister. Appelons cela l’axiome de l’existence (Searle 1969 :121,
apud Krønning 2001 : 68)
(3)
a. Sous la pression atmosphérique normale, l’eau doit bouillir à 100 degrés
b. ?L’eau doit bouillir à 100 degrés/ OK L’eau bout à 100 degrés (Krønning 19962 : 37)

Tel n’est pas le cas de tout énoncé d’une nécessité d’inférence (= nécessité synthétique), les énoncés
génériques tel (4) sont grammaticaux même si l’inférence n’y a pas d’amorce linguistique, se
rapprochant en cela de la nécessité de définition. Comparer à (5) et (6), qui comportent une amorce
d’inférence (En italiques dans le texte) :

(4) Tous les hommes doivent mourir (Krønning 2001 : 78). [inférence implicite sans amorce autre
que l’entrée lexicale du nom substantif homme : Homme = animal, animal=mortel, donc
homme = mortel]
(5) Si tu lances une pierre dans l’air, il faut qu’elle retombe.

- « futur aléthique » : Est-ce de Galilée que le Christ doit (+va3) venir ? (Jean 7 : 41, Bible
1975, apud Krønning 2001 : 78).
- « futur aléthique du passé » : Cependant, pour Lisbeth, la date du départ approchait :
elle devait (+ allait) quitter Paris le dimanche suivant (Martin du Gard, apud Krønning
2001 : 78).

 Adjectifs opérateurs de phrase : il est nécessaire que (+subjonctif) / de (+infinitif), il est


inévitable que (+subjonctif)

(6) Il est nécessaire d’être exposé à ce type de stimuli avant un âge critique, pour apprendre à
parler.
(7) Il est nécessaire que l’on soit exposé à ce type de stimuli avant un âge critique pour que l’on
apprenne à parler.

(8) Il est inévitable qu’il en soit ainsi (P. Rob.).

1
Krønning, Hans. 2001. « Pour une tripartition des emplois du modal devoir », Cahiers Chronos 8 : 67-84.
2
Krønning, Hans. 1996. Modalité, cognition et polysémie : sémantique du verbe modal « devoir », Uppsala ;
Stockholm : Acta Universitatis Upsaliensis : Almqvist & Wiksell International.
3
Argument linguistique pour l’interprétation aléthique vs épistémique de ces énoncés à lecture futurale : relation
paraphrastique avec : V-FUTUR probablement/ certainement/ sans doute barrée (Krønning 2001 : 74).

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Inévitable a de nombreux synonymes à lecture première 4 aléthique : [conséquence] immanquable,


[coup] imparable, [réformes] incontournable [s], [destin] inéluctable, [conséquence] fatal[e] [du
capitalisme]. Pourtant aucun de ces synonymes n’est susceptible de vrai emploi d’opérateur de
phrase et ne joue donc le rôle d’un modalisateur aléthique.
Quand ils fonctionnent comme attributs de ce, dans le tour (familier), c’est +Adj, employé en incise,
leur interprétation semble être sensible au contexte. C’est en particulier le cas de l’adjectif fatal.
Dans un co-texte déjà aléthique, l’adjectif fatal aura une lecture de <nécessité> aléthique :

(9) Et il faut que ça arrive, c’est fatal (P. Rob. : fam.),

Dans un contexte épistémique (prédiction), la lecture épistémique (de <certitude>) semble s’imposer :

(10) Paul arrivera bien à lui mettre la main dessus, c’est fatal. (« c’est sûr »).

 Adverbes modaux : fatalement, forcément, immanquablement, inéluctablement,


inévitablement, nécessairement (phrases simples vs complexes)

(11) Le génie est fatalement condamné à n’être qu’imparfaitement compris de la foule (R.
Rolland, in P. Rob.) ;
(12) L’aventure devait fatalement tourner mal. (P. Rob.)
(13) La cause et l’effet sont liés nécessairement. (P. Rob. : adverbe de manière) / La cause
et l’effet sont nécessairement liés (modalisateur de re).
(14) Le sérieux que donne nécessairement la pensée continuellement fixée sur tout ce qui
est grand (Stendhal, apud P. Rob.).

POSSIBLE

 Verbes modaux : pouvoir +infinitif (possibilité interne (capacité)/ externe (possibilité


matérielle)), il se peut que + subjonctif, savoir au conditionnel présent négatif + infinitif

(15) Elle peut venir à pied, sa jambe est déplâtrée. (capacité)


(16) Elle peut venir à pied, puisqu’il n’y a plus de verglas. (possibilité matérielle)
(17) Si le ciel se couvre, il se PEUT qu’il pleuve. (prémisses non actuelles → possibilité
matérielle5)
(18) Je ne saurais vous remercier assez de votre aide. (capacité)

 Locutions verbales comportant le nom chance (« possibilité de se produire par hasard »)6 : il y


a peu de chances, il y a des chances, il y de fortes chances, il y a une bonne chance (pour) que
+ subjonctif

(19) Il y A des chances que votre fille guérisse, si vous suivez à la lettre ces quelques conseils.
(20) C’est une CHANCE que ce nouveau traitement ait été approuvé par la FDA :il y a des
chances que votre fille GUERIRA. (<probable> – emploi épistémique). C’est une CHANCE <=
évaluation subjective (c'est bien que, il est bon que).
C’est une chance qu’il n’y ait pas d’embouteillage ce matin; il y a des chances que nous arriverons à temps.
http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1973

 Adjectif opérateur de phrase : il est possible que + subjonctif


4
Ainsi que d’autres, dont l’acception « nécessaire » (nécessité aléthique) est dérivée, en français familier, d’un sens premier
« obligatoire » (nécessité déontique) : forcé, obligé, obligatoire. À la faveur d’un co(n)texte orienté vers l’aléthique, ces
adjectifs fonctionneront comme modalisateurs aléthiques, dans la même structure syntaxique. Une fois lancée dans l’air, la
pierre retombera, c’est obligé (+c’est forcé, + c’est obligatoire). C’est forcé connaît même un emploi d’ouvreur de phrase :
une fois lancée dans l’air, c’est forcé qu’elle retombe. Et, dans le P. Rob. : C’est forcé qu’il perde/ Il perdra, c’est forcé.
5
Lecture conditionnée également à certains faits d’intonation (accent focal sur le verbe modal plutôt que sur le verbe
dictal).
6
Expriment, selon T. Cristea, l’« aléatoire virtuel quantifié » (Cristea 1981).

2
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(21) Il est POSSIBLE que votre fille guérisse, sous réserve de suivre à la lettre le traitement
prescrit.

 Adverbes modaux : éventuellement, possiblement (Québec)

(22) Les personnes possiblement (+éventuellement) intéressées par cette offre (P.Rob.).

CONTINGENT

 Verbes factuels : il arrive que+ subjonctif/ il arrive à qqn de +infinitif, il se fait que, il se
trouve que+ indicatif7

(23) II arrive que le mois d’août soit pluvieux (Cristea 1981 :40).


(24) Il lui arrive de se tromper (Cristea 1981 :41).
(25) Il se trouve que, malgré la justesse du raisonnement, la solution est fausse
(Lexis, apud Cristea 1981 :39).
(26) Comment se fait-il qu’il parte déjà (+ qu’il soit déjà parti) ? (P. Rob.)

 Adverbiaux modalisateurs de sémantique [+contingent] : par hasard, incidemment8 

(27) Est-ce que par hasard vous ne seriez pas complice ? (P. Rob.)
(28) Si par hasard tu le vois, préviens-le (« au cas où ») (P. Rob.).
(29) Dinde : Gros oiseau dont la chair, quand on la mange à l'occasion de certains anniversaires
religieux, a des vertus de ferveur et de grâces. Incidemment, c'est un excellent mets [Le Dictionnaire
du Diable (1911)].

 Marqueurs non spécifiques :


- Adjectifs opérateurs qui réalisent, à la forme affirmative, le <nécessaire>, employés à
la forme négative9 : il n’est pas nécessaire de + infinitif/ que + subjonctif

(30) Il n’est pourtant pas nécessaire que tous les événements finissent mal. (Cristea 1981 : 42).

- Adverbes de modalisation qui réalisent, à la forme affirmative, le <nécessaire>,


employés dans des phrases négatives : pas forcément, pas nécessairement 

(31) Tu n’auras pas forcément raison10 (P. Rob.).


(32) Tous les événements ne finissent pas nécessairement mal.

IMPOSSIBLE

Pas de réalisateurs spécifiques, hormis l’adjectif impossible lui-même (opérateur de phrase il est
impossible de + infinitif/ que + subjonctif) : formes négatives de certains réalisateurs du
POSSIBLE.

7
Excepté : comment se fait-il que + subjonctif.
8
Noter que l’adverbe accidentellement, synonyme des deux modalisateurs invoqués, ne fonctionne, lui, qu’en tant
qu’adverbe de manière (modificateur du verbe, susceptible de porter l’accent focal, et donc de faire l’objet d’une restriction –
sachant que les marqueurs restrictifs du type de seulement, ne… que sont des opérateurs de focalisation ) : je l’ai avalée
accidentellement. Je ne suis qu’accidentellement impliquée dans cette affaire.
9
Le contingent étant le contradictoire du nécessaire, rien d’étonnant que les formes négatives des réalisateurs du nécessaire
réalisent le contingent.
10
« Il peut arriver que tu te trompes ».

3
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(33) Il m’est impossible sur ce point d’être de leur avis (Renan, in P. Rob.)
(34) Impossible de le joindre (P. Rob.)).
(35) Il est impossible que tous les étudiants aient fait la même erreur.

(36) Il n’est pas possible que tous aient fait la même erreur.
(37) Elle ne peut pas venir à pied, sa jambe est dans le plâtre.
(38) Elle ne peut pas venir à pied, à cause du verglas.

Verbes factuels et modalisation aléthique : le contingent actuel

(39) Comment se fait-il qu’il parte déjà (+ qu’il soit déjà parti) ? (P. Rob.)

Le subjonctif après comment se fait-il que s’explique par la remise en cause du contingent actuel : « je
n’en crois pas à mes yeux/ à mes oreilles ». Le contingent (aléthique) y est intégré à une stratégie
discursive épistémique (de doute). Exemple de sur-modalisation.

En bref : les principaux marqueurs de la modalité aléthique

Il est nécessaire/possible que l’on+ subj = il est nécessaire/possible de + inf


Il faut que l’on + subj = il faut + inf
Devoir/ pouvoir + inf

6.2. Modalités épistémiques. Réalisateurs en français.

CERTAIN
 Verbe modal dédié : savoir (vs croire, penser)

(1) Je sais que Paul est malade. (= « je crois que Paul est malade et Paul est de fait malade » :
savoir = croyance vraie)

(a) Savoir est un verbe factif (vérité du dictum présupposée), croire et penser, non :

(2) Je savais que Paul était malade. →11  Paul était malade.
(3) Je ne savais pas que Paul était malade. → Paul était malade 12.
(4) Vous savez que Paul est parti. → Paul est parti.
(5) Vous ne savez pas que Paul est parti. → Paul est parti.

Ni « Je crois que Paul est malade » ni « Je pense que Paul est malade » n’impliquent la vérité de
« Paul est malade ».

La croyance est donc (au mieux) un savoir faible, un savoir par défaut. D’où la possibilité de dire :
(6) Je crois (+pense) que Paul est malade, mais je n’en suis pas sûr. (où il est évident que les
verbes modaux croire et penser n’expriment plus la certitude, fût-ce faiblement, mais la
simple probabilité).

(7) « Jean croit que Paul est malade » oriente plutôt vers le faux, du point de vue du locuteur
(« je ne le crois pas », « je sais que tel n’est pas le cas »).

11
La flèche se lira ici : « présuppose ».
12
Rappel : la présupposition est une relation d’implication non affectée par la négation de l’antécédent.
P implique Q (« si P vrai, alors Q vrai »). La vérité de la proposition « Pierre est étudiant » (P) implique la vérité de la
proposition « Pierre est un homme » (Q). Notée P  Q ou P  Q.
P présuppose Q : P implique Q et non-P implique toujours Q (la vérité de Q est une condition nécessaire de la vérité ou de la
fausseté de P). Notée P→ Q. Cf. Tuţescu 1978 : 224-225.

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(8) « Jean pense que Paul est malade » ne préjuge en rien de l’opinion du locuteur.

(b1) <X sait que p> → <Je sais que p>


(b2) <Je savais que p> → <Je sais que p>

Hiérarchie des univers de croyance (Martin 198713) :


L’univers de croyance du locuteur actuel (je) > l’univers de croyance d’autrui (« hétéro-univers ») :
interlocuteur, tiers ou locuteur lui-même par le passé.

(9) « Jean sait que Paul est malade ». → « Je sais que Paul est malade ».
(10) « Jean ne sait pas que Paul est malade ». → « Je sais que Paul est malade ».

(11) « Je savais que Paul était malade » → « Je sais que Paul était malade ».
(12) « Je ne savais pas que Paul était malade » → « Je sais que Paul était malade ».

La logique épistémique, inaugurée par les travaux de Hintikka14, se présente comme une logique
de l’épistémologie étudiant l’ensemble des conséquences logiques relatives aux affirmations de
connaissance. Quelle conséquence puis-je tirer par exemple du fait de savoir qu’il pleut dehors ? Si
je sais que telle chose est vraie, alors : je ne sais pas qu’elle n’est pas vraie, je crois qu’elle est vraie,
je sais que je sais qu’elle est vraie, je connais toutes les conséquences logiques de sa vérité, etc.

 Adjectifs opérateurs de phrase (il est… que + indicatif) : sûr, certain, incontestable, vrai,
évident + indicatif15

(13) Il est sûr que les cours seront suspendus jusqu’à nouvel ordre.
(14) Il est vrai que le mont Everest est le plus haut sommet du globe (Bordas).
(15) Son mari l’ayant giflée, il est évident que votre fille le quittera.
(16) Il est incontestable que ce trajet est plus pittoresque.

 Adverbes modaux : certes, certainement, assurément, sûrement, absolument, à coup sûr,


évidemment, manifestement

(17) Les cours seront assurément suspendus jusqu’à nouvel ordre.


(18) Cela étant, votre fille va évidemment quitter son mari.
(19) Manifestement, votre fille a eu raison de quitter son ivrogne de mari.
(20) Ce trajet est incontestablement plus pittoresque, même s’il est un peu plus long.
(21) Incontestablement, le mont Everest est le plus haut sommet du globe.

 Négativisation de réalisateurs de l’incertitude16 : ne pas douter (+indicatif17), sans doute

13
Martin, Robert. 1987. Langage et croyance. Les univers de croyance dans la théorie sémantique, Bruxelles : Pierre
Mardaga.
14
Jaakko Hintikka. 1962. “Knowledge and Belief (An Introduction into the Logic of the two Notions)”. New York: Ithaca
Press.
15
Noter cependant que il est exact que peut être suivi du subjonctif, en raison sans doute de son glissement vers l’évaluation
subjective (modalités axiologiques, thymiques) comme marqueur d’une « constatation vigoureuse » – cf. Mauger 1968 : 303,
citant à ce sujet G. Gougenheim, Structure et économie en linguistique.
16
Rappel du carré sémiotique : CERTAIN a INCERTAIN (DOUTEUX) pour contradictoire, PROBABLE a IMPROBABLE
(EXCLU) pour contradictoire (diagonales).
17
Pour insister sur la réalité de l’état de chose décrit dans la subordonnée. Car en principe, le subjonctif reste de mise après
douter, y compris à la forme négative ou interrogative: Je ne doute pas qu’il (ne) le fasse, Doutez-vous qu’il (ne) vienne ?
(ne dit « explétif » optionnel, aux formes négative et interrogative du verbe modal) – cf. Hanse 1991 : 351-352). Mais ces
énoncés-ci exprimeront une valeur modale de <probabilité> (voire de <probabilité faible> – cf. P. Rob. 2007, douter, 1°, ne
pas douter que : « avec subj., si la chose est très peu probable ») plutôt que de <certitude>.

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(22) Je ne doute pas qu’il est sincère (P.Rob18). Je ne doute pas qu’il le fera
(Hanse 1991 : 351).
(23) Il est sans nul doute (+sans aucun doute) sincère.

 Mode indicatif – réalisateur grammatical typique de la certitude (modalité d’énonciation


assertive) : fait réel (Paul est parti, Il est encore là, Elle riait à gorge déployée), fait réalisable
(Il va partir sous peu), voire non réalisé (mais qui a été sur le point de l’être – imminence
contrecarrée : Encore un pas et tu tombais dans l’abîme).

PROBABLE

 Verbes modaux d’opinion et d’apparence : croire que, penser que ; se douter que/ de ce que ;


paraître que, sembler que + indicatif (ou conditionnel)

(24) Je crois que cet enfant sait déjà lire.


(25) Je pense que les étudiants ont compris votre explication.
(26) Je me doute qu’il s’est trompé.
(27) Il me paraît (« j’ai l’impression, je crois ») que Paul a tort.
(28) Il me paraissait que le départ était proche.
(29) Il paraît que cet enfant sait déjà lire (« d’après ce qu’on en dit »19).
20
(30) Il me semble que vos bons amis vous laisseraient tomber volontiers, n’était-ce votre beau-
père21. (Comparer à la phrase racine22 correspondante, toujours au conditionnel : Vos bons amis vous
laisseraient tomber volontiers).
(31) Il semble bien23 que Paul s’est rendu compte de votre trahison.
(32) Il semblait24 que personne n’avait rien à leur reprocher.

 Verbes modaux à sémantique initiale non épistémique (polysémie de marqueurs) : pouvoir,


devoir +inf.

(33) Sylvie peut (bien) être rentrée à pied.


(34) Les lumières sont éteintes : ils doivent être déjà partis.

 Adjectifs opérateurs de phrase (il est … que) : vraisemblable, probable + indicatif

(35) Vu le nombre d’absents, il est probable que la réunion sera ajournée.


(36) Il est vraisemblable que vos bons amis vous laisseront tomber sans crier gare,
maintenant que votre divorce vient d’être prononcé.

 Adverbes modaux : probablement, vraisemblablement, apparemment, peut-être ; peut-être


que25 + indicatif

18
En alternance sémantique (nuances de sens distinctes) avec le subjonctif (attracteur lexical – le nom doute), selon le même
dictionnaire.
19
Probabilité alléguée. Forme de discours rapporté, avec effet de distanciation : refus du locuteur d’assumer la responsabilité
du dire rapporté.
20
L’opinion prend plus de crédit quand elle est rattachée à une personne déterminée  : il semble que + subj. (<incertain>), il
me (te, lui…) semble que + indicatif (<probable>).
21
Macrostructure conditionnelle (n’était-ce = s’il n’y avait)
22
Non enchâssée.
23
L’adverbe épistémique (confirmatif) bien infléchit l’interprétation dans le sens de la certitude (plus exactement : vers la
probabilité).
24
Noter le tiroir verbal (l’imparfait) : le subjonctif domine nettement (toutes choses égales par ailleurs) après il semble que et
l’indicatif, dans la mesure où il convient aussi, est plus fréquent (sans toutefois s’imposer) en particulier après il semblait que
– cf. Hanse 1991 : 869.
25
Peut-être + inversion du sujet (Peut-être est-il parti plus tôt).

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(37) Vos bons amis vous laisseront vraisemblablement tomber, maintenant que votre
divorce vient d’être prononcé.
(38) La réunion sera probablement reportée à la semaine prochaine.
(39) Peut-être que les étudiants ont compris votre explication.

Noter la « fuite vers le probable » de marqueurs à sens premier de certitude :


- les réalisateurs d’incertitude négativisés :
(40) Sans doute est-il sincère.
(41) Sans doute arrivera-t-elle demain. (syn. apparemment, vraisemblablement,
probablement)
 tout autre adverbial de la série :
(42) Il est sûrement parti (en l’absence d’évidence du contraire, mais aussi sans preuve de
l’état de chose décrit dans le dictum).

(INCERTAIN=) DOUTEUX

 Verbe modal dédié : douter26 + subjonctif

(43) Paul doute que vous puissiez me remettre le mémoire à temps.

 Verbe d’apparence (réserve subjective) + subjonctif (« hésitation à affirmer »):

(44) Il semble que nous nous soyons trompés.

 Formes négative et interrogative de croire, penser27 ; sembler, paraître + subjonctif

(45) Je ne crois pas qu’il sache jouer du piano.


(46) Je ne pense pas que les étudiants aient compris votre explication.
(47) Crois-tu que Marie revienne parmi nous avant Pâques ? (Comparer à : Tu crois donc
que Marie reviendra parmi nous avant Pâques).
(48) Pensez-vous que la réunion doive être ajournée ?28 (Comparer à : Vous pensez donc
que la réunion doit être ajournée).
(49) Le visage si froid, si parfaitement impassible qu’il ne semblait pas que le moindre
sentiment pût l’habiter (Vercors, Le silence de la mer, p. 67, apud Hanse 1991 : 869).
(50) Semble-t-il seulement qu’on s’en soit aperçu ? (Hanse 1991 : 869)
(51) Il ne me paraissait pas que le départ fût proche.
(52) Il ne paraît pas que ce soit bien.

 Verbe modal à sémantique initiale aléthique (<possible>, <contingent> – polysémie


de marqueurs) : il se peut que (y compris dans des structures de sur-modalisation : il
se peut faire que, il peut se faire que) + subjonctif

(53) Le ciel est gris : il se peut qu’il pleuve cet après-midi.

26
Définition lexicographique : « être dans l’incertitude de la réalité d’un fait, de la vérité d’une assertion » (P. Rob., douter,
v. tr. ind., 1).
27
Mais pas de se douter :
 Elle ne s’était pas doutée qu’on l’observait.
 Te doutais-tu qu’on t’observait ?
dont les formes négative ou interrogative ne seraient suivies du subjonctif que rarement  (Hanse 1991 :352) : Il ne se doutait
pas qu’on eût des preuves contre lui.
28
Interprété à : « je ne pense pas que la réunion doive être ajournée » (question rhétorique), ou comme vraie question portant
sur les opinions de l’interlocuteur.

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 Adjectifs opérateurs (Il est/ paraît … que +subjonctif) : possible, douteux ; marqueurs
de certitude négativisés : il n’est pas certain que…, il ne paraît pas certain que…
+subjonctif ; marqueur de probabilité négativisé : il est improbable que…29

(54) Il est possible qu’il vienne demain soir.


(55) Il paraît douteux qu’il vienne.
(56) Il ne me paraît pas certain qu’il vienne.
(57) Il est improbable qu’il vienne.

En résumé (verbes d’apparence) :


Il paraît que + indicatif/ Il ne paraît pas que + subjonctif (impression produite par l’état de chose
décrit dans le dictum, sur le sujet) : TESTIMONIAL (mise à distance)

Il semble que + subjonctif (impression ressentie par le sujet) / RÉSERVE SUBJECTIVE

Il me (te, lui…) semble que (« avoir l’impression » : affirme la réalité de notre pensée), Il me (te,
lui…) paraît que (« donner l’impression » : affirme la réalité de l’impression produite sur le
sujet) + indicatif/ Il ne me semble pas que, Il ne me paraît pas que + subjonctif
Il semble bien que + indicatif
Il semblait que + indicatif30 (fréquent)/ subjonctif imparfait (plus rare)

(IMPROBABLE►) EXCLU

 Adjectifs opérateurs (ou locutions): (il est… que +subjonctif) : exclu, hors de


question ; impossible (attraction de l’aléthique vers l’épistémique)

(58) Il est exclu que vous soyez licenciée dans ces conditions.
(59) Il est impossible qu’il revienne avant midi.

6.3. Modalités déontiques. Réalisateurs en français.

OBLIGATOIRE (DEVOIR FAIRE, NE PAS POUVOIR NE PAS FAIRE)

 Verbes modaux, expressions verbales

- Obligation interne (morale) : se devoir de + inf., avoir à + inf., force m’(t’, lui,
nous, vous, leur) est de + inf., il me (te, lui, nous, vous, leur) faut (fallait, faudra,
faudrait, …) + inf. ; devoir + inf., falloir + subj.,

(1) Je me dois de le prévenir.


(2) Force lui fut de reconnaître qu’il avait tort.
(3) J’ai à lui parler/ Je n’ai rien à faire/ Avoir des lettres31 à écrire

29
Qui ne fonctionne pas comme réalisateur de l’<EXCLU>, mais comme réalisateur de l’<INCERTAIN> (<DOUTEUX>).
C’est plus qu’improbable, c’est impossible (P. Rob). Le carré épistémique recèle une inexactitude en regard des langues
naturelle : si l’incertain peut être entendu en langue naturelle come synonyme de douteux, improbable ne peut pas être
entendu comme synonyme de exclu ; les valeurs épistémiques sont donc plutôt à ordonner sur un axe graduel (<certain-
probable-incertain (=douteux)-improbable (= très douteux)-exclu>).
30
Peut-être est-ce suite à l’éloignement du <moi-ici-maintenant> propre à l’imparfait, que l’expression connaît un
affaiblissement de son caractère fortement subjectif à l’origine de la sélection du subjonctif par ailleurs (sorte de glissement
vers l’objectif).
31
Où le syntagme nominal des lettres (en fait : un syntagme déterminant indéfini DP[-déf]) est objet direct dans le dictum
(COD de l’infinitif enchâssé sous à), et c’est la subordonnée infinitive introduite par à qui sera l’objet du verbe avoir (=
dictum objet du modus) :
Des lettres, j’ai à en écrire pas mal/ *Des lettres, j’en ai à écrire pas mal
Ces lettres, j’ai à les envoyer d’ici ce soir/ * Ces lettres, je les ai à envoyer d’ici ce soir

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© Velicu 2019-2020, Phrases modalisées en français contemporain. Modalités d’énoncé

(Nouv. P. Rob.2007)

 Obligation externe : devoir, falloir + inf., falloir + subj. ; être tenu à (+inf.) /de (+inf.),
être forcé de, être obligé de, être dans l’obligation de + inf.32; valoir mieux (il vaut mieux
(+mieux vaut)) + inf., subj., il convient de + inf. (« être conforme aux usages, aux
nécessités, aux besoins »), il convient que, il est souhaitable que + subj. 

(4) Le médecin est tenu à garder le secret professionnel.


(5) Le prince était tenu à ne pas quitter le sol de l’Inde (Lotti).33
(6) Il convient de respecter une minute de silence.
(7) Il convient que nous restions à la maison.
(8) Vous n’avez qu’à tourner le bouton.
(9) Il n’a qu’à bien se tenir.
(Nouv. P. Rob.2007)

 obligation théorique :

(10) Nous devons nous opposer à l’injustice autant que les lois le permettent
(Montherlant, apud Krønning 2001 : 67).
(11) Il faut manger pour vivre, non vivre pour manger (lecture générique vs
spécifique → obligation « théorique »).

 obligation pratique :

(12) Pour atteindre le boulevard Montparnasse, j’ai dû me frayer un chemin à


travers les couples dansants (Mauriac, apud Krønning 2001 : 67).

 Adjectif opérateur de phrase dédié : obligatoire (il est obligatoire de+ inf., que + subj.).

(13) Il est obligatoire de passer une visite médicale. (Nouv. P. Rob. 2007)

 Adverbe modalisateurs : obligatoirement.

(14) Vous devez obligatoirement présenter votre passeport à la frontière. (Nouv. P.


Rob. 2007 – noter le cumul de marqueurs d’une seule et même valeur :
surenchérissement)

PERMIS (POUVOIR FAIRE, NE PAS DEVOIR NE PAS FAIRE34)

 Métalangue vs réalisateurs en langue naturelle : pouvoir faire (MAIS AUSSI : pouvoir ne


pas faire35) ; ne pas devoir faire (plutôt que : ne pas devoir ne pas faire, par trop
analytique) ;

La préposition à joue ici le rôle de complémenteur plutôt que celui de préposition qui assigne à son complément un Cas
Oblique – la preuve, on ne peut pronominaliser la complétive par y : je n’arrive pas à résoudre ce problème/ je n’y
arrive pas// je n’ai pas à écrire de lettres /*je n’y ai pas (OK je n’ai pas à le faire).
32
En revanche, obliger qqn à faire qqch (en particulier avec un sujet animé) a un fonctionnement descriptif vs modal : Ses
parents l’ont obligé à travailler (Nouv. P. Rob. 2007). La chose est moins assurée avec un sujet générique (inanimé,
abstrait) : Tout nous oblige à admettre son existence (Paulhan, apud Nouv. P. Rob. 2007).
33
Dans le tour juridique (droit commercial), Le preneur est tenu des dégradations, être tenu de + SN signifie «[ référent
du SN] est/sont à la charge du [référent du sujet] » (« les dégradations sont à la charge du preneur »). Emploi descriptif
et non pas modal.
34
Prédicats abstraits logiques et leurs reformulations l’un à l’aide de l’autre (équipollences).
35
Métalinguistiquement définitoire du FACULTATIF.

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 Lexèmes dédiés : permettre (à qqn, de faire qqch), autoriser (qqn à faire qqch.) ;
permettre que + subj. 

(15) Vous pouvez y aller (si vous en avez envie) / Vous pouvez ne pas y aller, si
vous n’en avez pas envie.
(16) Tu ne dois pas y aller, si tu ne veux pas.
(17) Son patron lui a permis de ne pas venir travailler ce matin (Nouv. P. Rob.
2007)
(18) Elle me permit plusieurs fois de lui donner un baiser (Rousseau, apud Nouv.
P. Rob. 2007)
(19) Je vous autorise à ne pas y aller (Nouv. P. Rob. 2007)
(20) Vous permettez que je fasse quelques pas avec vous ? (SIMENON, Vac.
Maigret, 1948, p.43)

INTERDIT (DEVOIR NE PAS FAIRE, NE PAS POUVOIR FAIRE)

 Métalangue vs réalisateurs en langue naturelle : ??devoir ne pas faire/ OK ne pas devoir faire ;
ne pas pouvoir faire 
 Verbes dédiés : interdire, défendre (à qqn, de faire qqch) ; expression performative : défense
de + infinitif.

FACULTATIF (NE PAS DEVOIR FAIRE, POUVOIR NE PAS FAIRE)

 Métalangue vs réalisateurs en langue naturelle : ne pas DEVOIR faire (accent focal sur le
modal plutôt que sur la négation) ; pouvoir ne pas faire (MAIS AUSSI : pouvoir faire36),
surtout en présence de l’adverbial toujours
 Marqueurs d’obligation niés : ne pas être obligé de
(21) Vous n’êtes pas obligés de copier la consigne de l’exercice)

 Modaux dédiés (verbes + adv. toujours) : avoir (toujours) la faculté de + inf., pouvoir
(toujours) + inf.

 N’avoir qu’à avec le sens de pouvoir toujours :

(22) Tu n’as qu’à t’en aller, si ça ne te plaît pas

(23) Vous avez toujours la faculté de refuser (Nouv. P. Rob. 2007)/ Vous pourrez
toujours refuser/ Vous pourrez toujours ne pas y aller.

(24) Tu ne dois PAS y aller, quoi qu’il arrive (INTERDIT)


(25) Tu ne dois PAS y aller si tu ne veux pas (PERMIS)
(26) Tu ne DOIS pas y aller (FACULTATIF)37

(items en majuscules = porteurs de l’accent de phrase ou : accent focal)

36
Métalinguistiquement définitoire du PERMIS.
37
Suite attendue : ____mais tu PEUX le faire.

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