Vous êtes sur la page 1sur 7

Dossier du mois de mars 2007

La convergence des réseaux fixes et mobiles

En octobre 2006, Orange a lancé unik, sa première offre de service convergente. Celle-ci permet d'utiliser son terminal mobile de manière totalement unifiée via le réseau cellulaire ou, à la maison, via l'accès WiFi de la livebox. Pour permettre une sortie au plus vite d'autres services convergents, des technologies complémentaires doivent être mises en place. Avant le passage au tout IP, des solutions transitoires doivent en effet être déployées. Tour d'horizon des technologies choisies.

Pourquoi la convergence fixe mobile ?

technologies choisies. Pourquoi la convergence fixe mobile ? La convergence vise à enrichir l'expérience client en

La convergence vise à enrichir l'expérience client en simplifiant et en unifiant l'accès aux services de communication (voix, données, multimédia), quels que soient les réseaux empruntés et leur nature (fixe ou mobile). Cet objectif est placé au cœur du plan NExT (Nouvelle Expérience des Télécoms), le programme de transformation lancé en 2005 qui vise à faire de France Télécom l'opérateur de référence des nouveaux services de télécommunication en Europe.

Pour permettre cette convergence, des implémentations de fonctions avancées au cœur même du réseau et des systèmes d'information doivent être effectuées. Cela peut intervenir aux niveaux :

- des serveurs et des plates-formes de tarification, - des portails, - de la base de données abonnés, - des plates-formes d'identification, d'authentification ou encore d'interconnexion des réseaux fixes et mobiles.

À court terme, les technologies de convergence entre réseaux fixes et mobiles ont bien entendu pour principale ambition de supporter les offres de services convergents fixe-mobile. A moyen terme, elles devront également permettre de simplifier et de rationaliser les architectures des réseaux avec à la clé, une réduction des coûts.

Il existe plusieurs approches technologiques et stratégiques pour développer des fonctions de convergence. Des solutions adaptées doivent être mises en œuvre selon que l'on veuille ouvrir l'accès de l'univers mobile vers celui du fixe ou inversement.

La convergence vers les réseaux mobiles

Le haut débit mobile (porté par la 3G et le 3G+, ou HSDPA) ne peut être aisément déployé partout de manière uniforme, en particulier à cause des différences de pénétration des ondes radio à l'intérieur des bâtiments. Par ailleurs, les accès fixes haut débit de type ADSL ont permis l'émergence de forfaits de communication illimités en VoIP. Sachant que près de 40 % du total des appels émis par les mobiles s'effectuent au domicile, il semble naturel de chercher à offrir aux utilisateurs des tarifications avantageuses pour ces communications, en offrant un accès, depuis un portable, vers la plate-forme domestique. Le mobile peut alors être utilisé à la maison ou en entreprise, en étant connecté non pas directement avec une station de base du réseau cellulaire, mais à travers un point d'accès WLAN privatif (livebox ou point d'accès WiFi d'entreprise), alimenté en haut débit grâce à l'ADSL. Une famille de technologies permet de supporter cet accès aux services mobiles à partir d'accès fixes haut débit : l'UMA/GAN, l'I-WLAN ou les 3G Home Base Stations (appelées aussi "FemtoCells").

Home Base Stations (appelées aussi "FemtoCells"). La technologie UMA/GAN Choisie par le Groupe pour le

La technologie UMA/GAN Choisie par le Groupe pour le support du service unik, la technologie UMA/GAN est actuellement la plus mature. Elle requiert un terminal mobile spécifique, intégrant à la fois les technologies GSM et WiFi, ainsi que les protocoles UMA/GAN. Tant qu'aucun réseau WiFi n'est détecté, le terminal utilise naturellement le réseau mobile GSM. Dès qu'un point d'accès WiFi est accessible (la livebox de l'abonné par exemple), le terminal est capable de s'y associer pour établir un lien sécurisé sur IP, via une passerelle réseau (l'UNC ou GANC). Le basculement (ou "handover") des communications lors du passage d'un accès à l'autre est également supporté, notamment dans le sens WiFi vers GSM, ce qui permet de garantir une qualité constante, en particulier dans le cas d'une dégradation de la connectivité WiFi. Orange est aujourd'hui le seul opérateur en France à offrir cette fonctionnalité.

de la connectivité WiFi. Orange est aujourd'hui le seul opérateur en France à offrir cett e

Terminal Nokia 6136, compatible avec l'offre unik d'Orange

La technologie I-WLAN L'I-WLAN a été normalisé par le 3GPP pour permettre l'accès aux services paquets de la 3G à travers un accès WLAN. Son architecture est similaire à celle de l'UMA/GAN, à savoir le déploiement d'une passerelle d'interconnexion, la PDG (Packet Data Gateway). Le mobile sous couverture WiFi établit un lien IP sécurisé avec cette passerelle (via l'accès ADSL) positionnée directement dans le réseau cœur, au même niveau que les GGSN (Gateway GPRS Support Node). Contrairement à l'UMA/GAN qui supporte indifféremment les modes "circuit" et "paquet", l'I-WLAN ne permet d'accéder qu'au mode "paquet". Les communications téléphoniques ne deviennent alors possibles que grâce au déploiement d'une infrastructure de voix sur IP située dans le cœur du réseau (reposant par exemple sur le protocole SIP, voire sur l'architecture IMS). Le 3GPP normalise actuellement les extensions du standard permettant un basculement des communications en cours de communication ("handover") entre la 3G et le WiFi. Dans un premier temps, le "handover" entre le réseau GSM/UMTS et le service de voix sur IP sur WLAN sera contrôlé par un serveur d'application de l'IMS.

Les 3G Home Base Stations Cette approche consiste à introduire des micro-stations de base 3G dans les équipements d'accès, tels que la livebox, afin d'améliorer la couverture des services mobiles à l'intérieur de bâtiments. Comme ces solutions sont utilisables avec tout terminal mobile 3G déjà commercialisé, elles permettent de développer de nouveaux usages mobiles haut débit indoor, et des modèles de tarification préférentiels (offres illimitées), de diminuer la charge sur le réseau 3G outdoor, et d'augmenter la capacité globale du réseau 3G. Par contre, elles posent quelques difficultés côté ingénierie radio, notamment en termes de compatibilité avec le plan de fréquence des réseaux 3G, puisque l'on va ajouter un nombre important de nouvelles antennes 3G, dont le nombre et le positionnement peuvent varier au cours du temps (on passe d'un planning radio prédictif à un planning radio statistique). L'intégration des composants 3G dans les passerelles domestiques, l'architecture d'accès IP et d'interconnexion au réseau 3G, ou encore la gestion d'une volumétrie importante de stations de base sont autant d'éléments à prendre également en compte dans le cadre d'un déploiement à grande échelle. La prochaine évolution des réseaux d'accès 3GPP (accès radio 3G évolué appelé "LTE") prend déjà en compte des scénarios basés sur ces Home Base Stations, et Orange a participé à l'écriture du cahier des charges grâce aux projets de la r&d de France Télécom et des Orange Labs. Cela devrait, à l'avenir, faciliter leur déploiement.

L'IMS, pierre angulaire de la convergence des réseaux

La migration vers l'IMS, orientation prise par France Télécom dès fin 2003, constitue un élément central, au cœur de la convergence du plan de commande des réseaux.

L'IMS permet en effet la généralisation de fonctions communes à l'ensemble des services fixes et mobiles. De plus, ce standard est reconnu aussi bien par les opérateurs mobiles – pouvant alors proposer une offre fixe – que par les opérateurs fixes, les constructeurs, etc. L'IMS permet une véritable convergence des réseaux cœurs grâce à une authentification unique du client, une architecture de facturation unique, une architecture de commande et un protocole de signalisation identique pour tous les services. Une base de données globale des profils réseaux et services des clients est également prévue, ainsi que des fonctionnalités d'exploitation- maintenance communes à tous les réseaux et services. L'IMS suppose dans un premier temps la mise en œuvre d'une architecture de commande de services conversationnels sur IP, à travers le déploiement de la technologie SIP. Issue du monde Internet et définie à l'IETF, celle-ci a été adoptée par les instances de normalisation des opérateurs pour uniformiser la signalisation des réseaux multiservices.

L'IMS ne spécifie donc pas les services eux-mêmes, mais offre une infrastructure unifiée et indépendante de l'accès permettant leur déploiement rapide dans un environnement sécurisé. Il peut s'agir de services conversationnels et multimédias convergents, quel que soit le réseau d'accès utilisé. La généralisation du standard IMS à d'autres services tels que l'audiovisuel est encore à l'étude.

Les entités fonctionnelles de l'IMS L'IMS définit un ensemble d'entités fonctionnelles pour la commande des services. Elles communiquent grâce à un nombre limité de protocole : SIP essentiellement, Diameter et H248. Ces entités sont :

- le P-CSCF (Proxy Call Session Control Function), qui est le point d'entrée du réseau IMS pour les terminaux. Il assure le relais des messages d'enregistrement terminaux et de commande d'appel, en les régulant pour la protection du réseau de signalisation, ainsi que le contrôle d'admission des appels. Il compresse et décompresse également les messages SIP pour économiser la bande passante ;

- le I-CSCF (Interrogating CSCF), qui est le point d'entrée du réseau IMS pour les réseaux tiers IMS. Il masque la topologie du réseau et achemine l'appel vers le S-CSCF adéquat ;

- le S-CSCF (Serving CSCF), qui assure principalement l'enregistrement et l'authentification des utilisateurs, le routage des appels et l'interaction avec la logique de service ;

- l'AS (Application Server), qui héberge la logique des services à valeur ajoutée (présence, centrex pour les entreprises, etc.) ;

- le HSS (Home Subsciber Server), qui est la base de données utilisateur. Y sont notamment stockées : l'identité, les informations d'enregistrement et d'authentification, les données de déclenchement des services souscrits ;

- le MRF (Multimedia Ressource Functions) et le MRFC (Media Resource Control Function), qui offrent des fonctions relatives aux flux médias (annonces vocales ou visio, ponts de conférence, transcodages, etc.) ;

- le MG (Media Gateway) et le MGCF (Media Gateway Control Function), qui assurent l'interfonctionnement avec les réseaux

circuits existants (passage du mode de transfert paquet, en IP, au mode synchrone, transcodage et conversion des protocoles de signalisation).

Cette convergence des réseaux cœurs par la mutualisation de leurs éléments et de leurs modes opératoires est gage de simplification et d'économies substantielles, tant pour l'opérateur que pour le client final.

A quand la véritable convergence des réseaux ?

L'interconnexion des réseaux fixes et mobiles permet la continuité des services entre accès mobiles et privatifs. Au-delà de cette première étape, se pose la question de la véritable convergence des réseaux, qui ne pourra s'effectuer qu'à travers une unification des protocoles réseaux, rendue possible par l'IP. L'IMS tire déjà parti de ce protocole en proposant un plan de contrôle unifié, indépendant du type d'accès fixe ou mobile. À plus long terme, le réseau d'accès sera ainsi apte à supporter un ensemble de services basé sur l'IP. De nombreuses technologies d'accès telles que l'UMTS, le WiFi, le Wimax ou la fibre optique pourront ainsi être mises à contribution pour porter des services intelligents de mobilité sans couture.

Une avancée significative vers l'IP Sur le réseau fixe, la VoIP remporte un succès très important. Fin 2006, elle comptait près de 4 millions d'utilisateurs en France et 80 millions dans le monde. Les prévisions pour 2010 sont respectivement de 20 millions et 450 millions (source :

Ovum, février 2007). Sur le réseau mobile, Orange va généraliser le transport de la voix via l'IP dans le cœur du réseau à partir de 2007, en se basant sur la release 4 de l'UMTS. Dans cette phase, alors que l'accès radio reste en mode synchrone, ce sont les MSC (Mobile Switching Center, commutateurs des réseaux GSM et UMTS) qui évoluent vers l'IP pour acheminer les appels entre eux. Dans un avenir proche, ces mêmes MSC offriront les interfaces de l'IMS, déjà annoncées aujourd'hui chez les constructeurs. L'interconnexion de ces réseaux en IP pour la partie transport, et en SIP IMS pour la commande, est la première étape de la convergence des réseaux. L'augmentation progressive de la part des terminaux IP par rapport à celle des terminaux circuit, déjà bien entamée sur le fixe avec la VoIP, va également dans ce sens. Le nombre d'accès PLMN (Public Land Mobile Network) et de PSTN (Public Switched Telephony Network) devrait de ce fait diminuer, pour aboutir progressivement à une convergence globale, avec la technologie IMS en cœur de réseau.

Quelle convergence demain pour le Groupe ?

Avec le lancement d'unik, le Groupe a été l'un des premiers opérateurs à proposer commercialement une offre de convergence fixe mobile avec une réelle continuité de service entre le WiFi et le réseau GSM. Cette offre est actuellement basée sur la technologie UMA/GAN mais, à terme, elle sera portée par l'IMS. Orange travaille donc aujourd'hui avec les meilleurs équipementiers du domaine à la construction du réseau IMS, annoncé pour 2008. D'ici là, plusieurs schémas de migration sont

envisagés : basculer l'offre unik sur une architecture SIP, utilisant une architecture I- WLAN, évaluer les meilleures pistes technologiques pour le déploiement de solutions type "Home Base Stations", etc.

Outre ses actions auprès des instances de normalisation, la r&d de France Télécom mène actuellement des études afin d'évaluer les différents scénarios d'évolution. Ces travaux portent sur les différentes architectures possibles (solutions de mobilité sans couture multi-accès, architecture I-WLAN, enrichissement fonctionnel des passerelles résidentielles pour l'IMS, etc.) et sont validés grâce à des démonstrateurs avancés développés en interne ou en partenariat.

Au niveau technologique, la convergence est donc possible, à travers l'interconnexion des réseaux existants ou via de nouvelles solutions (tout IP, IMS, etc.). Mais au-delà de ces aspects, les offres convergentes peuvent se trouver limitées par la réglementation. En effet, le code de la consommation impose la possibilité d'achat séparé des offres fixe et mobile, même lorsque celles-ci sont "packagées" (limitation des offres subordonnées). De plus, l'Arcep (l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) impose à France Télécom d'offrir à ses concurrents le même niveau de service d'accès au réseau IP que celui dont dispose Orange, ce qui peut complexifier les mises en œuvre techniques et l'équation économique de telles offres. Ces verrous sont donc également à prendre en compte pour proposer, demain, une offre convergente fixe mobile la plus complète possible.

Liens

de

du

29

Glossaire :

3GPP : 3rd Generation Partnership Project. Accord de collaboration datant de décembre 1998 qui rassemble un certain nombre d'organismes de normalisation des télécommunications.

GAN : Generic Access Network. Solution UMA standardisée par le 3GPP.

HSDPA : High Speed Downlink Packet Access. Protocole pour la téléphonie mobile aussi appelé 3,5G ou 3G+. Il offre, grâce à une évolution logicielle, des performances dix fois supérieures à la technologie 3G (UMTS). Il supporte des hauts débits en mode paquet dans le sens descendant. Cette évolution a été normalisée au 3GPP dans le cadre de la release 5 entre janvier 2000 et septembre 2003.

IMS : Standard tout d'abord dédié aux mobiles et étendu au monde du fixe, l'IMS (IP Multimedia Subsystem) est en cours d'adoption sur le réseau de France Télécom. Il a été adopté dans le cadre de l'UMTS release 6 du 3GPP, repris par l'ETSI - Tispan pour une généralisation aux accès fixes. Il s'agit de la seule architecture de référence pour les réseaux de télécommunication convergents fixe et mobile actuellement standardisée.

LTE : Long Term Evolution. Réseau d'accès successeur de la 3G, actuellement en cours d'écriture au 3GPP. Le LTE promet des débits descendants de l'ordre de 100 Mbits/s. Les premiers produits commerciaux ne sont attendus que vers 2010.

I-WLAN : 3GPP-WLAN Interworking. Standard 3GPP visant à favoriser l'interfonctionnement entre les réseaux 3G et les réseaux WLAN.

IP : Internet Protocol. Son rôle est la transmission des données sur le réseau Internet. Pour cela, un système dit de commutation de paquets est utilisé. L'information est en effet fragmentée en blocs appelés datagrammes. Ceux-ci comprennent l'adresse de l'émetteur et du récepteur sous la forme d'une série de chiffres propre à chaque ordinateur.

SIP : Session Initiation Protocol. Protocole normalisé et standardisé par l'IETF (Internet Engineering Task Force, communauté internationale de concepteurs de réseaux, opérateurs ou chercheurs concernés par l'évolution de l'architecture d'Internet) qui a été conçu pour établir, modifier et terminer des sessions multimédias. Il s'agit du standard ouvert de voix sur IP le plus interopérable. Il tend à devenir le standard le plus utilisé pour les télécommunications multimédias (son, image, etc.). SIP n'est en effet pas seulement destiné à la VoIP mais aussi à de nombreuses autres applications telles que la visiophonie, la messagerie instantanée, la réalité virtuelle ou même les jeux vidéo.

UMA : Unlicensed Mobile Access. Architecture définie par un consortium industriel ayant spécifié une technologie de convergence supportant l'accès aux services mobiles à partir d'un terminal multi-mode pouvant se connecter en WiFi sur un accès IP.

VoIP : Voice over Internet Protocol. Téléphonie via Internet. Le principe de la voix sur IP est de faire circuler sur Internet, grâce au protocole IP, des paquets de données correspondant à des échantillons de voix numérisée.