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la rend particulièrement pertinente : il est possible

de voir Mini Surf Car, au départ, à l’arrivée, après la


fête, bouteilles de bière vides, surfs déballés, portes
ouvertes. On s’imagine être convié à l’évènement, on
semble pouvoir participer, pourtant quelque chose est
absent. Le spectateur reste à distance, il cherche ce qu’il
manque, la faille. Et la faille, justement c’est ce que
personne n’a envie de voir : cette débauche de couleurs
qui se joue de nous, tous ces artifices comme autant
d’appel à la vie, à la jeunesse, sont en fait un masque
mortuaire car ici, c’est le passage du temps lui-même
qui a été évincé.

© 2010 A l’arrivée, Mini Surf Car est toujours aussi


propre qu’à son départ, les surfs sont sortis mais ne
« Star Crash » laissent apparaître aucunes traces d’usure, pas de sable,
pas de sel. Et ses restes de beuverie trop bien rangés
pour être vraisemblables… Chose encore plus étrange,
le spectateur remarque, en dernier lieu, qu’il manque
Une paire de chaussure orpheline traîne au sol . les personnes elles-mêmes, les gens qui auraient vécu
A coté, parfois, un banc . ces instants. C’est un décor vidé de ses acteurs, une
A l’absence que faire?
scène idéale et esthétisée, échappant ainsi à la réalité.

De prime abord, le travail de Lionel Scoccimaro Univers séduisant dont l’écho nous rappelle les
semble emprunt de clichés, d’images éculées d’une slogans publicitaires, les œuvres de Lionel Scoccimaro
contre-culture dépassée par son succès. En effet, son restent pourtant silencieuses et c’est peut être cet
œuvre se déploie selon les icônes d’un univers surf, aspect qui les rend, dans un second temps, moins
glisse et mécanique dont le substrat commun porte éblouissantes, dans une sorte de regard trouble.
intrinsèquement une idée particulière de la vie et de Elles s’exposent là, comme de belles mécaniques
la liberté, plus underground, à contre courant. Avalée lisses, froides, parfois hermétiques. Mais à l’image
dans la société de consommation massive, cette marge des techniques de flamming, elles restent figées dans
va devenir commerciale et ses symboles vont apparaître l’ultime couche de vernis apposée pour parfaire l’objet.
comme les nouveaux emblèmes des grandes marques. Cette perfection métallique implique une sensation de
Voici ce qui pétrie les travaux de Lionel Scoccimaro désincarné : la chair n’existe pas dans le travail de cet
dont les références se basent sur cette vague qui artiste, ou tout au plus elle se trouve t’elle glacée en des
n’est aujourd’hui plus qu’un souvenir. C’est avec ce images fixe de pin up dont l’allusion est définitivement
biais que l’on pourrait envisager quelques regards celle des calendriers de camionneur. La chair se
portés sur les œuvres de cet artiste. Il convoque ses présente aussi sous une forme, plus dérisoire, emplie
propres souvenirs, ses propres références artistiques, d’une touchante ironie avec la série Les Octodégénérés
musicales, plastiques. C’est un monde d’images, où le . Mais ici encore, la chair, la peau se fait plastique,
regardeur oscille entre les quarts d’heures publicitaires cireuse. Plus qu’une absence, nous pourrions parler de
télévisuels du mercredi matin et les brèves apparitions retrait. Effectivement, à l’image de la mer qui se retire
de la plantureuse Lulla et son 3615, passé minuit… Le dans son reflux, l’artiste opère un retrait de sa propre
tout, baigné d’une poétique ironie. personne en des formes à la facture quasi industrielle.

Nous voici dans un espace où une voiture  Moteur de grosse cylindrée sans sa moto ; bruit, flammes,
est exposée, entièrement customisée de flammings et fumée sans la vitesse ; culbutos sans les enfants, et les
rutilants. Sur son toit, des planches de surf. Voici une pins up nues sans le poids lourd avec son chauffeur. Ce
pièce de Lionel Scoccimaro qui assemble plusieurs retrait est à l’intérieur même du processus de la production
aspects de son travail. La notion d’évolution de l’œuvre des différents objets de son travail ; et parler d’objet n’est

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pas non plus une erreur, car ce système de création est se revendique comme sculpteur, bien que ses œuvres
proche du design. C’est d’ailleurs quelque chose auquel entrent toujours dans une composition de l’espace, une
l’artiste tient beaucoup, ce processus. Après avoir scénographie sans acteurs que nous pourrions appeler
décidé de son idée, l’artiste la réalise en collaboration installation. Ses partis pris sont souvent à la limite de la
avec, non pas des artisans d’art, mais des fondeurs dérision, du cynisme et de la provocation. Nous pensons
de mobilier urbain, des carrossiers, des tourneurs sur alors à la pièce Strictly Décorative Object , qui consiste
bois, etc. L’artiste délègue donc une part de réalisation en une sorte de mobile de casques colorés d’où pendent
technique à différents corps de métier, c’est là une phase différentes formes. Dans cette pièce, il semble répondre à
importante du travail car, de son point de vue, c’est une des accusations sur l’utilité de l’art, voir sur la validité de
façon de faire entrer les pratiques dites populaires – ou son propre travail. Cette forme d’humour imprègne toute
du moins des pratiques qui n’ont pas l’appellation d’art son œuvre dont le ludique rejoint l’ambiance colorée et
– dans l’art. Ce déplacement repositionne les frontières flamboyante des couleurs pops.
d’un art qui serait parfois installé en des esthétiques
précises qui refuseraient ces formes d’art mineur. C’est Il re-convoque dans son travail des références
également une manière de placer son travail dans une à l’enfance ou aux grands enfants : les jeux ludiques
rencontre de savoir-faire qui aboutisse à une sculpture, dans la série photographiques Les Octodégénérés, les
une hybridation technique, humaine et esthétique. jeux de constructions avec les architectures de la série
Peut-être est-ce là le contrepoint de cet éloignement Architecures of happyness , et toutes ces flammes
qui implique, tel un négatif, une présence humaine, une colorées qui ne sont pas sans rappeler les petites voitures
chaleur dans le processus de fabrication. pour enfant. En effet au regard de cette idée, il est difficile
de ne pas songer au lieu commun qui veut que l’homme
Ce retrait se dévoile dans une œuvre assez soit un grand enfant. Traditionnellement le monde adulte
particulière puisque à l’occasion d’une exposition, se vit en rupture avec l’enfance mais dans les sociétés
dans un lieu lié au dessin, l’artiste pose sa réflexion modernes où les rituels initiatiques ou de passages ont
en ces termes : il n’est pas dessinateur et décide donc laissé place aux trop fameuses crises d’ados, les frontières
de commander à une artiste (contemporaine cette ne sont plus clairement établies et permettent alors une
fois) de faux croquis préparatoires de pièces déjà sorte de transgression d’un évolutionnisme qui voudrait
réalisées. Lionel Scoccimaro achète ces dessins. Ils lui que les vieux soient tristes et enfermés. Lionel Scocciamro
appartiennent donc de façon mercantile mais ne les a repose certaines frontières et permet à ses grands parents
pas signés ni réalisés. Pourtant, il va les utiliser en son de poser en petite tenue, jouant, dansant, riant, grimaçant.
propre nom, dans une exposition que le concerne lui.
Dégagé, retiré de ce travail, il se sert de l’artiste comme Sur ces différents territoires, l’artiste met sous
d’un prestataire et de son propre statut d’artiste comme tension un univers très personnel, dont les mécanismes
validation du renversement qui vient de s’opérer. sont les mêmes pour chacun d’entre nous, mais dont les
composantes collectées aux détours des expériences sont
Tout comme dans la sculpture Customized propres à chacun. Pour lui, il s’agira des marginalités du
Bench, l’artiste fait fabriquer ce banc scarifié par un surf, du skate, des belles mécaniques et des carrosseries
fondeur industriel qui ne fond habituellement pas flamboyantes, films undergrounds et stars éphémères.
l’aluminium et un compagnon qui façonnera et gravera Reste à dire que le terme enfantin est un mauvais
les différents insignes de cette contre culture dans le qualificatif, car Lionel Scoccimaro ne parle pas de l’enfance
bois. Encore une fois l’artiste se retire, et opère un acte en tant que telle, mais davantage du sentiment de liberté
symbolique d’autorité sur l’œuvre. Ce banc, sur lequel qu’elle suppose, sentiment que l’on retrouve justement
personne ne s’est assis est déjà marqué par la trace dans ce mouvement originalement à contre culture. Il nous
des marques d’un hypothétique rassemblement d’une donne à voir un référentiel dont les étoiles brillent au néon
bande de jeunes. La facture est trop parfaite pour que ces et dont la beauté chromée frôle la mort.
inscriptions soient des cicatrices urbaines, de véritables
tags… Et toujours cette absence à la fois du temps et
de ceux qui auraient pu commettre ces marques. Pour
autant, ce retrait ne signifie pas que l’artiste ne soit pas
impliqué dans son propre travail et Lionel Scoccimaro

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Voici l’article :


« Star Crash »
autour de Lionel Scoccimaro
REVu est un format hybride entre revue et objet
d’art ! REVu, un espace de création, de réflexion
critique et analytique.
Né de rencontres, REVu, est un projet éditorial
plastique, artistique et critique composée autour de l’art
contemporain.
REVu se construit autour et avec les rencontres.
 Vans Number 1 Skate Board Shoes, Lionel Scoccimaro, Ses entrevues - parcours à entrées multiples où se
sculpture : résine acrystal, peinture, 2008. croisent le dessin, la peinture, le volume et autres
formes plastiques - sont l’occasion d’échange, de
 Customized Bench, Lionel Scoccimaro, sculpture : bois et questionnement, de débat
aluminium, 2008.
Ce qui nous intéresse c’est ce que disent les artistes.
 Mini Surf Car, Lionel Scoccimaro, Austin mini 850, planches Ce que nous proposons, un article critique, analytique,
de surf système de sonorisation (sélection 13 disques), une revue hybride où, sur deux faces, dialoguent l’œuvre
peinture de carrosserie et stickers, pièce unique et évolutive
et le texte.
dans le temps mise en installation à partir de 2004. Nous ne nous voulons pas sentence - cette veine critique
 Les octodégénérés, Lionel Scoccimaro, série de n’est définitivement pas la notre.
Pour autant, notre engagement vis à vis de l’art et des
photographies numériques sur dibond, 90 x 120 cm et 60 x artistes est bien réel : notre volonté de nous tenir à l’écart
80 cm, 3 tirages par format, 2001. du milieu marchand de l’art (la revue est disponible en
une centaine d’exemplaires à votre libre disposition et nos
 Strictly Décorative Object, Lionel Scoccimaro, installation de écrits, via notre site), notre ligne directrice d’indépendance,
asques customisés, chaînes et formes pendulaires, 2009. nos choix esthétiques mais aussi, simplement, notre
 Divers sculptures en sucre, dimensions variables, à partir de 1999. existence (associative) face aux différents monstres et
piliers, commerciaux ou non, du monde de l’art actuel.
REVu est un univers diaphane, délicat, qui se pose - un
regard - sur l’œuvre d’un l’artiste.
C’est une édition confidentielle qui demande une
attention de votre part, lecteurs. Cette attention, c’est
votre regard, votre curiosité, vos impressions. Cette
attention, c’est ce qu’a toujours demandé l’art ; c’est la
condition pour l’appréhension d’une œuvre. De cet égard
nait le dialogue qui donne à l’art son sens : sa formidable
capacité d’éveiller en vous, en nous, le trouble, les
émotions, les réflexions, les questionnements, ... quant à
notre contemporanéité.

Association REVu - 6 rue Cerisaie, 92700 Colombes

http://www.e-revu.org
e-mail : contact@e-revu.org
rev.u@free.fr

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