Recours pour excès de pouvoir et contrat administratif

L action de l administration peut se manifester de manière unilatérale ou bilatérale, par le biais d actes administratifs unilatéraux réglementaires ou individuels, ou de contrats administratifs. Dans un cas comme dans l autre, l action de l administration est soumise au contrôle du juge administratif, mais la différence de nature des actes unilatéraux et bilatéraux impose une distinction des voies de recours marquée par l existence de deux types de recours différents : le recours pour excès de pouvoir contre les actes unilatéraux, et le recours de plein contentieux contre les contrats. Dans le cadre du recours de plein contentieux, le juge administratif peut, à la demande d une des parties, constater la nullité totale ou partielle du contrat, trancher les litiges relatifs à l exécution du contrat, sa modification ou résiliation unilatérale par l administration, et attribuer le cas échéant au cocontractant l allocation de dommages-intérêts en cas de faute ou de responsabilité objective de l administration. Dans le cadre du recours pour excès de pouvoir, le juge administratif peut, à la demande de tout intéressé, annuler un acte administratif unilatéral garantissant ainsi, conformément aux normes constitutionnelles, internationales et légales, et « conformément aux principes généraux du droit, le respect de la légalité » (arrêt CE Ass. « Dame Lamotte » du 17 février 1950).

Aux deux modes d action de l administration correspondent donc deux recours contentieux différents de par leur nature, leurs fonctions et leurs implications. Cependant, en pratique, la distinction n est pas aussi nette, et l administration peut agir dans le même acte de manière contractuelle et unilatérale. Ainsi, certains actes unilatéraux peuvent être « détachables » des contrats administratifs, et certaines stipulations contractuelles peuvent en réalité prendre la forme de « dispositions réglementaires ». Dans ce cas, la solution classique est de remettre le contrat dans son ensemble en question par le biais du recours de plein contentieux. Mais cette solution présente un énorme inconvénient puisque le recours de plein contentieux n est ouvert qu aux parties au contrat, à l exclusion des tiers même ayant un intérêt légitime à agir. Or, les contrats administratifs peuvent produire des effets sur les tiers qui ne trouveront aucune voie de droit ouverte pour déclarer la nullité du contrat ou de l acte leur portant préjudice. La jurisprudence a trouvé une solution à ce problème dès 1905 en permettant aux tiers d attaquer en excès de pouvoir les actes unilatéraux antérieurs ou postérieurs aux contrats et détachables de ceux-ci. Mais cette solution ne concerne pas le contrat lui-même qui resta pendant longtemps totalement étranger au contentieux de l excès de pouvoir, jusqu à ce que la loi et la jurisprudence reconnaissent la recevabilité du recours pour excès de pouvoir contre le contrat dans certains cas précis. L incompatibilité apparente entre le recours pour excès de pouvoir et le contrat administratif n est donc plus absolue mais relative.

La jurisprudence a longtemps refusé de recevoir les recours pour excès de pouvoir contre les contrats administratifs, ne les acceptant que contre les actes unilatéraux « détachables » du contrat, car il existe

une incompatibilité apparente entre le recours pour excès de pouvoir et la matière contractuelle (I). Néanmoins, cette incompatibilité n est pas totale, la loi et la jurisprudence récente ayant admis que dans certains cas déterminés, un contrat administratif puisse faire l objet d un recours pour excès de pouvoir (II)

I - Incompatibilité apparente entre le recours pour excès de pouvoir et le contrat administratif

Il existe une incompatibilité entre le contrat administratif et le recours pour excès de pouvoir. De manière générale, un contrat ne peut pas faire l objet d un recours pour excès de pouvoir, car c est le « juge du contrat » et non pas le juge de la légalité qui doit connaître du contentieux contractuel. La nature même du contrat administratif et l existence d un recours adapté au contentieux contractuel rendent irrecevable tout recours pour excès de pouvoir dirigé contre un contrat (A). Cependant, certains actes unilatéraux, parce qu ils sont « détachables » du contrat, relèvent du domaine du juge de la légalité et pourront faire l objet d un recours pour excès de pouvoir (B).

A- Le contrat, de par sa nature, ne peut pas faire l objet d un recours pour excès de pouvoir.

Le contrat de droit commun est l acte juridique par lequel des personnes consentent à s obliger réciproquement l une à l égard de l autre. Le contrat est donc en principe un acte bilatéral, chaque partie devenant titulaire de droits subjectifs et d obligations, et la cause abstraite de l obligation d une partie résidant de manière générale pour les contrats synallagmatiques dans l obligation corrélative de l autre partie. Le contrat administratif répond à la même définition générale, mais comporte cependant deux particularités : une des parties doit en principe être une personne publique, et le contrat doit être en relation avec une activité publique.

Le recours pour excès de pouvoir est une voie de droit destinée à apprécier la validité d un acte administratif unilatéral, réglementaire ou individuel. Sont ainsi susceptibles de faire l objet d un recours pour excès de pouvoirs les actes de l administration faisant grief, parce qu ils sont imposés unilatéralement aux administrés par des personnes publiques. Le recours pour excès de pouvoir est donc l outil juridique destiné à veiller à ce que l action de l administration ne sorte pas du cadre de la légalité. Or, le contrat est « la loi des parties », parce que ses effets obligatoires existent uniquement entre les parties, et qu ils n existent que parce que celles-ci ont volontairement choisi de s engager. Il serait donc incohérent d utiliser un recours prévu pour le contrôle de légalité d actes administratifs unilatéraux, pour contrôler la validité d actes bilatéraux résultat de l accord des volontés des parties.

et posant étape par étape les règles générales de recevabilité d un recours pour excès de pouvoir contre un acte détachable du contrat. admettant que des actes unilatéraux ne soient pas « absorbés » par le contrat. Ils ne pourront pas non plus former de recours pour excès de pouvoir contre le contrat. et les effets sur le contrat de l annulation de cet acte détachable. les moyens ne pourront pas porter sur la méconnaissance par l une ou l autre des parties des stipulations contractuelles. Or. le juge administratif a considéré qu il existait des actes unilatéraux « détachables » du contrat administratif.Les actes unilatéraux « détachables » du contrat peuvent. les tiers. Cela implique que dans le cas d un acte postérieur à la conclusion du contrat. Les contractants ayant automatiquement un intérêt légitime à demander l annulation ou la réformation du contrat (puisque c est eux qu il oblige). sa modification ou sa résiliation. et tout acte postérieur à sa conclusion concernant son exécution. et que ces actes pouvaient en toute logique faire l objet d un recours pour excès de pouvoir. elle reste un acte unilatéral que les tiers peuvent déférer au juge de l excès de pouvoir. même ayant un intérêt à agir. ou à l existence d un vice de forme ou de procédure. Dans le cadre de ce recours. ne pourront pas utiliser cette voie de droit. B . La jurisprudence ultérieure est allée dans le même sens que l arrêt « Martin ». et a admis qu ils pouvaient faire l objet d un recours pour excès de pouvoir.De plus. Le Conseil d Etat a reconnu dans l arrêt « Martin » (1905) l existence d actes unilatéraux « détachables » du contrat. puisque celui-ci n est pas adapté à la matière contractuelle. il existe une voie de recours plus appropriée pour juger de la validité des contrats : le recours de plein contentieux (ou de pleine juridiction). Cependant. Pour sortir de cette logique et éviter que toute voie de droit ne soit fermée aux tiers. ils pourront exercer un recours de plein contentieux. Est ainsi considéré comme acte détachable du contrat tout acte antérieur à sa conclusion (par exemple. L apport direct de cet arrêt est d établir que la décision prise par un conseil général de passer un contrat ne rentre pas dans le champ contractuel. et imposer une condamnation pécuniaire à l administration. faire l objet d un recours pour excès de pouvoir. eux. la décision de passer le contrat). Les moyens invocables contre l acte détachable du contrat en recours pour excès de pouvoir sont limités à l illégalité de l acte. le recours de plein contentieux n étant ouvert qu aux parties au contrat. le juge administratif dispose de pouvoirs plus étendus que dans le cadre du recours pour excès de pouvoirs. les deux recours ne pouvant être cumulés. les contractants ne pourront pas exercer de recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif qui les lie. Par conséquent. la possibilité d exercer un recours de plein contentieux exclut la possibilité d exercer un recours pour excès de pouvoirs. Il peut ainsi annuler ou réformer un acte. .

depuis l arrêt « Epoux Lopez » CE Sect. mais un acte détachable donc à priori autonome. son recours contre les actes détachables antérieurs à la conclusion du contrat sera donc recevable. A cette solution traditionnelle vient s ajouter une nouvelle solution qui trouve son fondement à la fois dans la loi et dans la jurisprudence récente du Conseil d Etat et qui consiste à admettre dans certains cas très précis le recours pour excès de pouvoir non plus contre des actes unilatéraux en marge du contrat. Si l acte détachable a été annulé en raison d un vice qui lui est propre. le contrat pourra continuer à produire ses effets dès lors que l annulation de l acte n y fait pas obstacle. Si le requérant est un tiers. qui connaît cependant des exceptions. Les tiers n ayant en aucun cas accès au recours de plein contentieux contre le contrat. Du 7 octobre 1994. II . il devra justifier d un intérêt légitime à agir découlant par exemple du fait de ne pas avoir été retenu par l administration pour passer le contrat. mais contre les clauses du contrat ou contre le contrat luimême. la possibilité de demander au juge d astreindre l administration à saisir le juge du contrat pour qu il détermine si le contrat peut être maintenu ou doit être déclaré nul en conséquence de l annulation de l acte détachable. il aura automatiquement intérêt à agir. La théorie de la . Cette solution s explique logiquement par le fait que ce n est pas le contrat qui est attaqué. qui ne peuvent exercer de recours de plein contentieux contre le contrat. il ne pourra attaquer les actes postérieurs à la conclusion du contrat en excès de pouvoir. Les tiers. Si le requérant est partie au contrat. est que l annulation de l acte détachable n entraîne pas directement la nullité du contrat. ou si le requérant est un tiers. mais contre des actes unilatéraux détachables de celui-ci. Le recours pour excès de pouvoir n est donc normalement pas dirigé directement le contrat. La règle générale. Les contractants disposent du recours de plein contentieux pour demander au juge la nullité du contrat s il estime que celui-ci ne peut être maintenu suite à l annulation de l acte détachable. c est-à-dire antérieurs ou postérieurs. il devra être déclaré nul. le recours pour excès de pouvoir contre les actes détachables leur est ouvert. la nullité du contrat ne sera pas automatique.Concernant la recevabilité du recours. puisque le recours de plein contentieux contre le contrat lui-même lui est ouvert. ont. A l issue du recours pour excès de pouvoir. il faut distinguer deux cas : si le requérant est partie au contrat. En revanche.L admission du recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif Si les actes unilatéraux détachables du contrat peuvent faire l objet d un recours pour excès de pouvoir c est parce qu ils sont extérieurs au contrat. l acte irrégulier est annulé. si c est le contrat même qui a été vicié par l irrégularité de l acte. Par contre. que l acte attaqué soit antérieur ou postérieur à la passation du contrat. Ainsi.

En l espèce. Cette solution provient de l arrêt CE Sect. A. le juge estime que le contrat liant l administration à un de ses agents contractuels place ce dernier dans une situation proche de celle des fonctionnaires. et par la jurisprudence contre les clauses du contrat et contre le contrat lui-même (A). mais contre le contrat lui-même. mais elle sont considérées comme ayant un caractère réglementaire en raison des effets qu elles produisent. Dans ce contexte. existent deux solutions jurisprudentielles. qu elles peuvent. Formellement. C est dans ce contexte que le recours pour excès de pouvoir a été reconnu par la loi contre le contrat. mais aussi pour les tiers au contrat. Cependant.Le recours pour excès de pouvoir contre des clauses du contrat et contre le contrat lui-même.détachabilité des actes du contrat administratif ne concerne donc pas le contenu même du contrat . cette extension du champ d action du recours pour excès de pouvoir a de multiples implications (B). Le quatrième Considérant de l arrêt « Cayzeele » se réfère ainsi clairement aux « dispositions » contenues dans le contrat. « Ville de Lisieux » du 30 octobre 1998. c est-à-dire dans une « situation réglementaire ». La loi de décentralisation du 2 mars 1982 a instauré un mécanisme très proche du recours pour excès de pouvoir. puisqu elle admet la possibilité d un recours pour excès de pouvoir non pas contre une clause du contrat. La deuxième solution jurisprudentielle semble aller encore plus loin. La première d entre elles ressort de l arrêt CE Ass. Il s agit du « déféré préfectoral » par lequel le préfet peut saisir le tribunal administratif contre les actes unilatéraux et les contrats des personnes publiques décentralisées. par suite. car elles résultent de la rencontre des volontés des contractants. les clauses attaquées sont contractuelles. non seulement entre les parties. « Cayzeele » du 10 juillet 1996 qui admet que les tiers y ayant un intérêt légitime puissent attaquer les « dispositions réglementaires » d un contrat administratif devant le juge de l excès de pouvoir pour obtenir leur annulation. et non pas à ses « stipulations » : « les dispositions ( ) ont un caractère réglementaire . or. le contrat est assimilable à un acte unilatéral et peut donc faire l objet d un recours pour excès de pouvoir : « eu égard à la nature particulière des liens qui s établissent entre une collectivité publique et ses agents non titulaires les contrats par lesquels il est procédé au recrutement de ces derniers sont au nombre des actes dont l annulation peut être demandée au juge administratif par un tiers y ayant un . être contestées devant le juge de l excès de pouvoir ». et non pas de manière générale par n importe quel tiers ayant un intérêt à agir. Cette solution venant directement de la loi. certaines clauses peuvent prendre la forme de « dispositions réglementaires » et produire des effets sur des tiers qui ne peuvent normalement exercer aucun recours contre le contrat. elle s impose aux tribunaux qui ne pourront refuser d examiner un déféré portant sur un contrat. elle reste limitée car la saisine du juge administratif ne peut être faite que par le préfet. A côté de la solution établie par la loi. Et bien que récente et limitée.

selon une partie de la doctrine. il faudrait soit admettre que les dispositions réglementaires d un contrat sont automatiquement séparables du contrat lui-même. dans le futur. qui admet que des dispositions réglementaires du contrat peuvent faire l objet d un recours pour excès de pouvoir. Si la loi de décentralisation a ouvert la voie au recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif. En effet. En effet. l arrêt « Cayzeele » n admet le recours pour excès de pouvoirs que contre certaines clauses du contrat. et le principe général reste celui de la distinction entre le recours de plein contentieux destiné à juger le contrat et le recours pour excès de pouvoir destiné à juger l acte unilatéral. pour que le principe posé par l arrêt « Cayzeele » se développe. En effet. elle ne l a fait que dans le cas très précis de l action du préfet fondée sur ses pouvoirs de contrôle des actes administratifs pris par les autorités locales. en l état actuel de la jurisprudence. trouve sa portée limitée par le fait que le contrat dans son ensemble ne puisse pas faire l objet d un tel recours. mais garantit d un autre côté le principe des engagements basés sur l autonomie de la volonté. il est hasardeux bien qu assez logique de penser que cette solution pourrait être étendue. les tribunaux administratifs continuent de rejeter les demandes d annulation de contrats administratifs autres que ceux de recrutement d agents publics formulées par des tiers dans le cadre d un recours pour excès de pouvoir eu égard à « la matière contractuelle ». la réticence du juge administratif à accepter la généralisation du recours pour excès de pouvoir . L arrêt « Cayzeele ».Les implications de l admission du recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif. B .intérêt suffisant ». et l arrêt « Ville de Lisieux » contre certains contrats très ciblés. La portée de cet arrêt est néanmoins à nuancer : en l absence de confirmation dans d autres domaines. difficile à envisager. Ainsi. soit généraliser la jurisprudence « Ville de Lisieux » en admettant la recevabilité du recours pour excès de pouvoir contre tous les types de contrats. Cette réticence du juge de l excès de pouvoir de juger la matière contractuelle pose d un côté un problème quant à l appréciation de la légalité des contrats administratifs. le juge administratif devra rejeter les demandes d annulation limitées à une partie d un acte administratif dès lors que les dispositions de cet acte ne sont pas séparables les unes des autres. L admission du recours pour excès de pouvoir contre le contrat administratif n est donc pas encore généralisée en droit français. voire généralisée. les contrats de recrutement d agents publics. Or. De même. la généralisation de la solution apportée par l arrêt « Ville de Lisieux » pour les contrats de recrutement d agents publics à tous les autres contrats administratifs est.

alors que tous les actes unilatéraux faisant grief sont susceptibles de faire l objet d un contrôle de légalité. Dans cette optique. Néanmoins. . admettre la généralisation d un contrôle objectif de légalité des contrats serait nier l origine et la spécificité des obligations des parties nées des stipulations contractuelles.contre le contrat entre en contradiction avec les pouvoirs étendus qu il dispose quant à l appréciation de la légalité des actes unilatéraux. Ainsi. les contractants pourront en partie s affranchir de cette légalité qui ne pourra être contrôlée par le juge administratif sur demande des tiers. en matière contractuelle c est le principe de l autonomie de la volonté qui fonde la force obligatoire entre les parties des clauses du contrat.

même sans texte. dans une décision du 21 janvier 1994 (93-335 DC. n avait pas pu avoir pour effet d exclure ce recours. Le Conseil d État avait annulé à chaque fois ces décisions. p. dont le but manifeste était de contourner la résistance des juges à l application de la loi de 1940. Mais une loi du 23 mai 1943. C est en application de cette loi que. le législateur. 40). même sans texte. Ass. En application de cette jurisprudence. s il le précisait. le Conseil constitutionnel a rattaché le droit des individus à un . d un recours pour excès de pouvoir et que la disposition de la loi du 23 mai 1943. une telle disposition se heurterait sans doute aux stipulations du droit international relatives aux droits des individus à exercer un recours effectif contre les décisions administratives. 1651) et l article 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l homme et des libertés fondamentales prévoit le droit à un recours effectif pour toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la Convention auraient été méconnus. le Conseil d État juge qu il existe un principe général du droit selon lequel toute décision administrative peut faire l objet. faute de l avoir précisé expressément. Johnston. Par un arrêté du 10 août 1944. dans le contexte normatif actuel. confirmée par une décision du 9 avril 1996 (96-373 DC). 50).. 7 février 1947. La loi du 17 août 1940 avait donné aux préfets le pouvoir de concéder à des tiers les exploitations abandonnées ou incultes depuis plus de deux ans aux fins de mise en culture immédiate. aux termes d un raisonnement très audacieux mais incontestablement indispensable pour protéger les administrés contre l arbitraire de l État. Mais. pourrait interdire le recours pour excès de pouvoir contre certaines décisions. avait prévu que l octroi de la concession ne pouvait "faire l objet d aucun recours administratif ou judiciaire". le pouvoir réglementaire ne peut jamais interdire le recours pour excès de pouvoir contre les décisions qu il prend. confirmée à plusieurs reprises. en principe. Le même raisonnement prévaut s agissant du droit au recours en cassation (CE. La Cour de justice des communautés européennes en a fait un principe général du droit communautaire (15 mai 1986. Certes. p. par deux fois sans compter un arrêté de réquisition. Sur le fondement de cette disposition. d Aillières. p.17 février 1950 . qu il existe un principe général du droit selon lequel toute décision administrative peut faire l objet. le préfet de l Ain avait de nouveau concédé les terres en cause.Conseil d Etat . Elle serait également et surtout contraire aux normes et principes de valeur constitutionnelle puisque. Le Conseil d État ne retint pas cette solution en estimant. le juge administratif aurait dû déclarer le quatrième recours de la dame Lamotte irrecevable.Ministre de l agriculture c/ Dame Lamotte PGD du REP contre toute décision administrative Conditions Par la décision Ministre de l agriculture c/ Dame Lamotte. d un recours pour excès de pouvoir. les terres de la dame Lamotte avaient fait l objet d un arrêté préfectoral de concession.

.recours effectif devant une juridiction en cas d atteintes substantielles à leurs droits à l article 16 de la Déclaration des droits de l homme et du citoyen qui fait partie du bloc de constitutionnalité.

ou contentieuse . Le ministre estime la requête de D. une règle s appliquant au thème. Replacer la décision commentée dans son contexte : année. Ici : REP : recours en annulation. Lamotte irrecevable. si c est pour le CE. en sous-section. Cela montre la force de l arrêt). c est sur le second plan qu il faut se placer. la phrase choc de l arrêt commenté. il faut également présenter le thème général de l affaire.Phrase d accroche : une citation sur le thème principal. Litige en cause: ministre de l agriculture demande l annulation de l arrêté du Conseil de Préfecture. Il estime que ce dernier n était pas compétent en raison d une loi interdisant les recours administratifs et judiciaires contre certaines décisions.. Décision en cause : arrêté du Conseil de préfecture ayant annulé le dernier arrêté préfectoral. . etc. Fiche d arrêt : Rappel des faits et du contexte historique / Rappel des procédures précédentes. CC. si l arrêté est rendu en Assemblée. etc. mais aussi. TC. Remarque : Il ne suffit pas de rédiger une fiche d arrêt . juridiction (CE. Dire qu il existe plusieurs types d « annulation » : par l auteur de l acte. Définition du REP: demande adressée à un juge tendant à l annulation d un acte administratif (AA). etc.

En principe.AA matériel : acte visant un individu. AA formel : toute décision prise par une autorité administrative. Objectif : atténuer la situation de déséquilibre A° / Aés.E. ou des individus identifiés ou identifiables. Remarque : Retour à l espèce. Il s agit de faire « coller » le plan avec . (I) (II) Remarque de méthode (pour votre culture juridique) : Justification du plan adopté. même sans texte express le prévoyant. retour à la situation originelle. contre les abus potentiels. en présentant la problématique Présenter la solution du CE : Annulation de l arrêté du Conseil de préfecture et annulation de l arrêté préfectoral octroyant la concession car détournement de pouvoir. donc n avoir entraîné aucun effet. La méthode « SVP » peut être utilisée aussi bien en dissertation qu en commentaire.P. de type SVP. Dire également la spécificité de la solution et raisonnement adopté par le Conseil d Etat : praeter legem ou contra legem ? Remarque : Présenter la portée générale de l arrêt : découverte d un Principe général du droit : le R. est ouvert pour contester la légalité de tout acte administratif. Le REP est un procès fait à l acte. C est une arme à la disposition des administrés pour faire respecter leurs droits. l acte est réputé n avoir jamais existé. de divers types. Annulation : effet rétroactif. Annonce du plan : . de l administration.

I UNE OBSESSION DU JUGE ADMINISTRATIF : ASSURER L EXÉCUTION DES DÉCISIONS JURIDICTIONNELLES L autorité de la chose jugée est un point essentiel de cet arrêt.les objectifs suivants : S = Sens = sens du thème. P = Portée = mise en perspective du thème. en premier lieu. Correspond à I B et II A. le CE n a de cesse d annuler les arrêtés de « rébellion » du préfet. V = Valeur = le fond du problème. le plus intéressant. Le CE. A. Attention : un plan de ce type n est pas valable à chaque fois ! Il existe un grand nombre de cas où il ne sera pas acceptable : par exemple lorsque dans un arrêt. le plus délicat. la loi interdisant les recours a manifestement été adoptée pour éviter les recours en ce sens. etc. assurer l exécution de ses décisions . alors que visiblement. bien évidemment. deux questions de droit très différentes se posent. Correspond en général au I A. ce sont les points à analyser juridiquement. présentation générale. Peu d entre vous l ont vu. De plus. souhaite donc. non pas pour s assurer la suprématie face à l administration. dans sa Jpdce Lamotte. mais pour lui permettre d assurer la protection des administrés. Sans. se défaire du thème ni de l arrêt. Correspond au II B. Pourtant. l octroi de concession est illégal. Une évidence : l autorité de la chose jugée ( sens ) Remarque (explication du chapeau)C est la partie qui se rapporte le moins à .

. Attention tout de même à ne pas vous lancer dans une dissertation sur l ACJ. un dépassement abusif est constitutif d une faute. Parfois difficultés dans l exécution du fait d un défaut de bon vouloir de la part des autorités administratives. de l arrêt. et que vous avez des connaissances. ni de les ignorer. même secondaire. CE. C est surtout le principe de l ACJ qu il convient de présenter.la lettre de l arrêt. Peyrat : si un délai raisonnable est laissé à l administration pour exécuter la décision. Inscrire l arrêt dans une ligne jurisprudentielle évolutive pour prouver au correcteur que vous avez bien senti l intérêt. bien faire remarquer que vous utilisez cette expression pour souligner l intérêt du principe : principe immuable qui a trouvé consécration tardive dans l art. 1. « Les jugements sont exécutoires » Pour éviter les anachronismes. Les parties doivent tirer les conséquences logiques de la décision. 1960. Ni voies de recours. ni difficultés ne sauraient justifier l inertie dans l exécution des décisions. Mais principe relatif qui s impose au juge et aux particuliers pour l objet de la décision et pour la seule cause qui a fait l objet de la requête. 11 du code de justice administrative = interdiction de contredire les sentences des détenteurs du pouvoir de juris dictio.

bien faire attention à la manière de présenter votre réflexion. risques d anachronismes . Pendant longtemps. d adresser à l administration des injonctions assorties d astreintes (cf. pour le juge.2. Ce n est que récemment que se sont développées les possibilités. Une tentative volontairement avortée : interprétation restrictive des textes (Valeur 1) Remarque (explication du chapeau) : Cette partie a pour objectif d entrer . Remarque (explication de la transition) : Pourquoi parler de ces éléments. qui en apparence n ont que peu de lien avec l arrêt commenté ? Parce que l opiniâtreté de l administration. Les moyens mis à la disposition des juridictions contre l opiniâtreté des autorités administratives Là aussi. cours du Pr. la jurisprudence en la matière. le juge administratif avait trop peu de possibilités de forcer l administration. Cf. c est justement ce que combat le Conseil d Etat en l espèce. Truchet). B.

CE. 1947: Interprétation restrictive de l article 4 de la loi de 1943. Rappel de la jurisprudence antérieure. un principe général (que l on verra en partie II). sur lesquelles se fondent les . 1. un « octroi de concession ». ensuite. Arguments de D. qui n exclut nullement le recours contre la décision de « classement ». ou même de « reclassement ». et le casse-tête de la dénomination de l acte Acte en cause : l interdiction des recours portait sur les « octrois de concession ». ne les interdisent pas pour les décisions de classement (ou de reclassement) d état d abandon. en raison d une loi de 1943. Lamotte : en reprenant la jurisprudence Yards et par analogie : si la décision de classement est attaquable. Ici. s ils interdisent les recours contre les concessions. mais plutôt un acte de « classement ». décision de concession prise sur ce fondement aussi ! L acte du Préfet qu elle avait soumis au Conseil de préfecture n était pas. Rappelons que le litige a pour origine l incompétence présumée du Conseil de préfecture. Pourquoi ? Les textes. en cause Le litige. il faut présenter les différents arguments permettant au juge de prendre sa décision. Le titre de ce B se justifie par le fait que NOUS (je) pensons que le CE a volontairement accueilli la demande du ministre (incompétence du Conseil de préfecture pour annuler l arrêté préfectoral) pour se délier du carcan de la loi de 1943 et dégager.dans le vif du sujet et de présenter les éléments de fond. demoiselle Yards. selon elle.

Gomel. Donc nullité de l acte du Conseil de préfecture. ni les arguments de la D. a déclaré les arrêtés illégaux : il avait opéré ce qu on appelle une « qualification juridique des faits » (CE.concessions. - Le Commissaire du Gouvernement semble pencher dans le même sens. surtout. le texte reste applicable. en tant qu il était incompétent. Donc. mais la simple affirmation des précédents. dans les précédentes solutions en faveur de Dame Lamotte.P. Le refus stratégique du Conseil d Etat CE n a pas suivi les conclusions du Commissaire du Gouvernement. aussi . 2. . le texte supprimait tout recours. Lamotte.E. objectivement. 1913). Donc irrecevabilité du recours . Pourquoi ? Qu il nous soit ici permis d émettre une hypothèse. l acte du préfet n est pas un nouvel acte. Raisonnement : jeu sur le flou des textes : «tant que la nullité n est pas prouvée . » Le CE considère que puisque le texte n est pas expressément déclaré invalide par la loi de 1944. Donc. Il accueille la demande du Ministre : annulation de la décision du Conseil de préfecture. ne pas faire reposer un principe sur acte dont on ignore la valeur. le CE. Il est possible que le CE n a pas voulu restreindre les cas du R. En outre.

E. d assurer le respect de la légalité par les autorités administratives. Retourner les textes contre leurs auteurs Jouer sur les mots : «interdiction des recours administratifs ou judiciaires».actuelle que future. parmi d autres. ni un RJ. n est ni un RA. rien ne dit qu il est interdit.. Le CE opère un contrôle de légalité de l acte du 23 mai 1943 car ce n est pas une loi (pas votée selon les formes prévues) ! Pour cela.E. Donc. etc. Rappeler ici le principe de légalité : Etat de droit.P. A. Les audaces du Conseil d Etat (Valeur de l arrêt 2) 1. C est pour mieux dégager un principe immuable et général.P. n est qu un moyen. le R. Analyse de l analyse du Conseil d Etat : exégèse ou analyse littérale du texte en cause ? Contrôle de la valeur de la norme litigieuse. d après le CE. Rappel du contexte juridique et historique. . éviter l arbitraire. Or. II L AFFIRMATION D UNE REGLE ABSOLUE : LE RESPECT DU PRINCIPE DE LÉGALITÉ Remarque : Ne pas oublier que le R.

Tous les actes Législatif du Gouvernement de Vichy étaient nuls et de nul effet. Remarque : Cela peut paraître paradoxal avec ce qui a été dit plus haut mais justement. le texte a méconnu le principe le plus important du droit public. les recours contre ses propres actes. de la volonté d une autorité qu il qualifie d autorité de fait. Faire dire à un texte deux choses différentes. Une loi qui y contreviendrait se détruirait elle-même. même sans texte .interprétation de la volonté du législateur de la IVe (ordonnance du 9 août 1944) = Ce n est pas un contrôle de constitutionnalité. aucune force obligatoire et sont appelés à demeurer inefficaces. Il résulte de l évidence de ces expressions que la législation de Vichy ne peut puiser aujourd hui de force obligatoire que dans la volonté du législateur de 1944. Le principe de légalité s impose au législateur lui-même. c est cela qui est audacieux pour le CE. Par analogie : l administration ne peut pas interdire. Interprétation extensive de l intention des auteurs pour rétablir la légalité : ici. Un nouveau PGD: le REP toujours possible. mais de la légalité républicaine. Ces actes ne peuvent tirer. 2. par un texte. Susceptibles d un contrôle de légalité.

donc le CE peut donc dégager un PGD d une valeur supérieure. recours en cassation contre les décisions administratives rendues en dernier ressort. actes de gouvernements. Valeur supra réglementaires. D Aillières. Tropic. . CE. Valeur de ces deux jurisprudences : consécration de deux recours de droit commun. en raison de la consécration du REP à un niveau supérieur. représentée par des règles obligatoires pour l administration et dont l existence est affirmée de manière prétorienne par le juge. Mais cette dérogation potentielle perd de sa force. etc. par nature. Seule une loi peut y déroger. CE. paragraphe précédent). AC ! . pour assurer le respect des droits fondamentaux des administrés. insusceptibles de faire l objet d un REP : lois. GAJA et manuels). Mais limites : certains actes sont. Jurisprudence pas si révolutionnaire que cela. (Cf. société ATOM . mais infra législative (Cf. jurisprudence sur ce point particulier) L acte en cause n est pas une loi (cf. etc. CE. consécrations de procédures contentieuses. Rappel également de la Jp récente sur le REP : CE. même sans texte. CE.Rappel et principe des PGD : source non écrite du DA.

Le recours pour excès de pouvoir.B. cela tombe bien. Attention : les développements qui vont suivre concernent bien évidemment toujours le thème de l arrêté commenté ! 1. Dès lors. Vous devez démontrer que vous avez des connaissances sur le thème du REP . un outil désormais intouchable (Portée et mise en perspective) Remarque : On sort ici du texte strict de l arrêt. la possibilité pour les administrés de contester la légalité de certains actes administratifs est reconnue. D un principe général du droit à un principe de valeur constitutionnelle Deux jurisprudences du CC érigent et confirment la valeur constitutionnelle du REP : CC. il n est pas porté atteinte au trois des intéressés d exercer des recours ». Ici. notamment en ce qui concerne la jurisprudence. autant au niveau constitutionnel qu international. 21 janvier 1994 (loi portant diverses dispositions en matière d urbanisme et de construction) : les dispositions n ont ni pour objet ni pour effet de limiter la possibilité ouverte à tout requérant de demander l abrogation d actes réglementaires illégaux ou devenus illégaux et de former des REP contre d éventuelles décisions de refus explicites ou implicites. .

L'incapacité à obtenir un recours devant une instance nationale pour une violation de droits de la Convention est ainsi. en soi. qui est totalement différent du premier cas ) CESDH : article 13 définit le droit à un recours effectif devant les autorités nationales en cas de violation de droits protégés par la Convention. une infraction à la Convention. l une des traductions juridiques du principe d égalité. En effet. Le droit à un recours effectif doit toujours être couplé à une autre liberté fondamentale qui doit être protégée. un recours effectif contre des atteintes mineures ou ne relevant pas des compétences de la Cour n'a pas de valeur. 9 avril 1996. a droit à l'octroi d'un recours . commun La reconnaissance internationale de ce recours de droit Reconnaissance aussi bien au niveau communautaire (Union européenne) qu internationale (notamment CEDH = Conseil de l Europe. rattache le droit des individus à un recours effectif devant une juridiction en cas d atteinte substantielle à leurs droits /° l article 16 DDHC. susceptible de poursuites séparées.CC. 2. Texte de l article 13 : Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés. Le REP.

CJCE. c est évident. alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. Conclusion générale : arrêt difficile à commenter. Il n y avait pas beaucoup de matières (ni de notes ou de commentaires). . 1986.effectif devant une instance nationale. Il s agit de mettre cette dernière en perspective avec les thèmes auxquels elle se rapporte. Attention : un commentaire d arrêt n est pas la paraphrase de la décision commentée. Il convenait surtout de s attacher à la lettre du texte et de comprendre la méthode de raisonnement du conseil d Etat. Érection d un nouveau principe. Johnston : REP contre décisions du pouvoir réglementaire = Principe général du droit communautaire. Celui-ci avait un but : respect de la légalité. Conclusion possible : rôle de la jurisprudence en droit public .

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