UNIVERSITÉ PARIS 1 LICENCE PHILOSOPHIE/LOGIQUE

MATHÉMATIQUES L1-S1

EN GUISE D'INTRODUCTION :
I – Ensembles et nombres 1. Les « intelligibles mathématiques. Une science est généralement définie par son objet (ce qu'elle étudie). On a longtemps perçu les mathématiques comme la science de l'espace (géométrie) et des nombres (arithmétique), ce que l'on résumait en disant qu'elle traite de la quantité, discrète ou continue. Á mesure que l'histoire des mathématiques avançait, cette définition s'est avérée réductrice et trop étroite. Mais même si l'on s'en tient aux nombres et aux figures géométriques, leur nature et leur statut ontologique posent déjà quelques problèmes. Je vois deux verres d'eau posés sur la table, mais je ne vois pas le nombre deux ; les côtés du triangle que je dessine sur le papier, ou simplement que j'imagine, ont une épaisseur, ce qui n'est pas le cas de ceux du triangle mathématique. Platon (République, VI, 510c-511d) soulignait que les « vrais » objets d'étude du mathématicien ne peuvent être connus par les sens, mais uniquement par la pensée « pure ». Il admettait cependant la possibilité, pour le mathématicien, de se servir de « dessins sensibles » pour les connaître. C'est pourquoi il voyait dans la pratique des mathématiques une propédeutique à la philosophie, une préparation à l'étude des intelligibles purs (ex : l'Idée de justice). 2. Les nombres naturels. Les premiers nombres que nous apprenons à manipuler dans notre enfance sont les nombres naturels, que nous avons appris à noter : 0, 1, 2, 3, 4, ... Ces nombres servent à compter, et à déterminer combien il y a “d'éléments” dans un “ensemble” d'objets. C'est d'un ensemble d'objets dont on dit qu'il a éléments (c'est à un ensemble que l'on attribue un nombre). Ces éléments sont les “unités” que l'on compte, même si chacun peut lui-même être un ensemble (par exemple, on peut compter les membres d'une famille, mais aussi des familles). C'est cette relation entre les notions de nombre et d'ensemble que nous allons commencer par étudier. Bien entendu, l'étude mathématique des ensembles concernera des ensembles dont les éléments sont eux-mêmes des objets mathématiques : des nombres, des ensembles,... 3. De l’acte de compter au nombre naturel. En pratique, lorsque nous voulons connaître le nombre d'éléments d’un ensemble, nous les comptons. Nous pointons chaque objet, l'un après l'autre, en récitant, dans l'ordre, la suite des nombres (généralement en partant de 1). De cette manière, nous établissons une correspondance entre l'ensemble des nombres énumérés et l'ensemble des objets comptés. Pour que le compte soit bon, la correspondance doit être “un-à-un”, ou bi-univoque : à chaque objet, on doit faire correspondre un et un seul

. -2. Les ensembles que l'on rencontre en mathématiques ont la particularité de pouvoir être infinis. On obtient les nombres complexes.. d'autres nombres ont été introduits. comme l'a démontré Cantor. 4.. dans un stock infini. notamment : ⦁ les nombres entiers négatifs . Au cours de leur histoire. on peut considérer que l'on veut dire que. la suite des nombres naturels n'a pas suffi aux mathématiques. Mais si l'on demandait combien y a-t-il de nombres ? C'est ici qu'on dira qu'il y en a une infinité . 0. a-t-il attendu que nous le construisions pour exister ? La suite des nombres naturels est-elle indéfiniment inachevée (non-finie) et en construction ? Cette conception ne semble pas beaucoup plus claire que celle qui consiste à admettre l'existence d'un stock “actuellement” infini de nombres. de la forme . . mais que veut-on dire par là ? En pratique. en effet. la plupart des points de la droite correspondent à des nombres irrationnels. -4. quel qu'en soit le nombre. où p et q sont des entiers. de la forme . II – Ensembles finis et ensembles infinis. on ne pourra attribuer un nombre rationnel à chaque point de la droite. où et . formés avec le nombre tel que . on obtient ainsi les entiers : . . de même qu'à chaque nombre énuméré on doit faire correspondre un et un seul objet. Fig. Si. 1. ou combien d'habitants résident dans un pays donné. Si l'on demande combien de places contient une salle de conférence. Mais d'où vient ce nombre. On a ainsi ajouté. 1. on peut toujours en donner un plus grand. qui ne peuvent s'écrire sous la forme . 3.. ni en compter un deux fois).. Malgré son infinité. Une telle correspondance est aussi appelée une bijection. on choisit arbitrairement un point origine et une longueur unité (cf. même si ce nombre n'est pas connu..nombre (on ne doit pas oublier un objet. sur une droite donnée. où nous pourrions piocher selon nos besoins ? D'un autre côté. Dans un placard à chaussures bien entretenu. En fait. on sait alors qu'ils ont le même nombre d'éléments. ⦁ les nombres fractionnaires. la réponse est fournie par un nombre. Remarque : L'introduction des nombres irrationnels avait un motif géométrique : elle permet de faire correspondre un (et un seul) nombre à chaque point d'une droite (sa distance à un point pris pour origine). quel que soit le nombre donné. 2. il y a autant de chaussures droites que de chaussures gauches. ⦁ Les nombres dits imaginaires.. où et sont des entiers. Il est à remarquer que lorsque l'on établit une bijection entre deux ensembles. si l'on refuse de considérer que la totalité des nombres naturels existe quelque part (où ?).1). Les nombres rationnels et les nombres irrationnels sont les nombres réels. On obtient ainsi les nombres rationnels (ratio = rapport). -3. ⦁ Les nombres irrationnels.

ℤ. . C'est ainsi que Cantor a démontré les résultats (surprenants) suivants : Les ensembles ℕ. ou ℚ). L'ensemble des réels représente un infini plus grand que celui de ℕ. ℚ peuvent être mis en correspondance biunivoque les uns avec les autres .Notation des ensembles de nombres précédemment cités : ℕ ℤ ℚ ℝ ℂ ensemble des nombres naturels ensemble des entiers ensemble des nombres rationnels ensemble des réels ensemble des nombres complexes On ne peut pas mesurer la taille de ces ensembles infinis en utilisant les nombres naturels. dont nous verrons ici quelques concepts de base. entre eux.  Il n'y a pas de bijection entre ℝ et ℕ (ou ℤ.  C'est dans le but de préciser ces comparaisons d'ensembles infinis que Cantor a fondé la théorie des ensembles. des bijections. ils représentent des infinis “de même taille”. Mais on peut encore comparer leurs tailles en tentant de définir.

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