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Louis Pinto

Une fiction politique : la nation
In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 64, septembre 1986. pp. 45-50.

Résumé Une fiction politique : la nation. L'œuvre de Jenö Szücs permet de suggérer quelques hypothèses sur la genèse et les propriétés du concept de nation. Loin d'être une forme accidentelle de la conscience nationale, le populisme exprime une exigence d'ordre indissociablement logique et politique, celle de fonder en nature (dans «la langue et les moeurs») la violence symbolique inhérente aux figures historiquement contingentes que revêt le principe général de la souveraineté populaire. Abstract A Political Fiction : the Nation. The work of Jenö Szücs enables one to suggest some hypotheses regarding the genesis and properties of the concept of nation. Far from being an accidental form of national consciousness, populism expresses a demand for inseparably logical and political order, that of grounding in nature (in «language and customs») the symbolic violence inherent in the historically contingent forms of the general principle of popular sovereignty. Zusammenfassung Eine politische Fiktion : die Nation. Dem Werk Jenö Szücs lassen sich Hypothesen zur Entstehung und Charakteristik des Begriffs der Nation entnehmen. Demzufolge stellt der Populism keine nur zufällige Ausprägung des Nationalbewußtsein dar, sondern bringt einen gleichermafien logischen wie politischen Anspruch zum Ausdruck : die den historisch kontingenten Ausprägungen des allgemeinen Prinzips der Volkssouveränität immanente symbolische Gewalt in der Natur («Sprache und Sitte») zu begrunden.

Citer ce document / Cite this document : Pinto Louis. Une fiction politique : la nation . In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 64, septembre 1986. pp. 45-50. doi : 10.3406/arss.1986.2336 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1986_num_64_1_2336

En premier lieu. Ne peut-on voir en ce fait quelque peu paradoxal l'effet de la logique d'auto censure en laquelle est lui-même pris le discours politique conforme. des discours assez sensiblement opposés engageant des visions différentes du monde social et de l'ordre politique. elle procure aux individus un principe de class ement social dont l'importance ne peut être appréciée sans prendre en compte l'ensemble du répertoire des principes de classement disponibles à un moment donné (classe. avec ses réponses au quand et au comment de la première apparition. L'unicité formelle de la référence à la «nation» de la part des États mo dernes dissimule en fait la diversité considérable des significations que cette référence contient pour des individus ou des groupes. et pu lui c'est-à-dire d'une telle qu'en leilne moins croire. proprement enthousiasme .. il substitue à la voie stérile de la répétition imaginaire la voie de l'ana lyse des choix collectifs qui ont été jusqu'alors assumés sur le mode inconscient et incontrôlé. contre ses propres intentions. voir L. Parmi les analyses récentes consacrées aux relations entre le socialisme et la nation. Médiations. la multiplicité même des usages qu'elle autorise est ce qui lui assure un statut singulier. qui oblige à rompre le cercle de l'exaltation et de la résignation. même s'ils ont en commun de prétendre officiellement combiner socialisme et nation. Kolakowski. religion. ou du moins entre degrés différents d'officialité n'est pas sans évoquer la relation qui. de transférer sur des terrains moins contrôlés le poids des exigences de la communic ation publique (1). dans l'univers économique. dans des régimes inspirés par le «socialisme scienti fique». . faisait Musil. Si les contri butions à ces débats de l'historien médiéviste Jenö Szücs apparaissent remarquables. Philosophie marxiste et réalité nationale in L'esprit révolutionnaire.austro-hongrois sans Hongrois tout. 50-74. des-royaumes-et-pays-de-la-monarchie-austro-hongroiseet d'une les «Ce 'un compliquait Robert ilHongrois se Autrichien sentiment le d'une pour idée d'une fussent. la catégorie de nation tend à devenir un instrument privilégié pour la construction de l'identité collective. elle constitue un principe fondamental de référence pour la légit imité des Etats dans la mesure où elle représente une garantie de l'homogénéité de la population rassemblée dans le cadre étatique. la nation est prédisposée à satisfaire une part non négligeable des intérêts expressifs : plus exactement. c'est parce qu'elles ont pour mérite de représenter une disposi tion intellectuelle exemplaire alliant la conscience politique avec la vigilance scientifique : ses travaux attestent que la lucidité sur le passé.. c'est un Français») dit toujours plus que ce qu'elle paraît énoncer expressément car elle ne peut manquer d'entretenir avec les autres formes de solidarité des relations complexes de conflit ou d'homologie. 1— Cette relation fonctionnelle entre l'officiel et l'officieux.. est l'une des conditions intellectuelles et sociales de la maîtrise collective de l'histoire à faire. objet etse qui partie cadre d'un encore partie plus trouvait n'avait d'aversion moins L'homme politique comme lui plus sentiment et l'Autriche. est la forme privilégiée : en prenant au contraire pour objet la mythologie «nationale». ce souffraient. pp.) : l'affirmation d'une appartenance nationale («ça. s'établit entre le marché officiel et le «deuxième marché». appartenance politique. Denoël. En second lieu. de puisqu'il qualités. d'abord entre «spécialistes» (historiens) puis au sein d'un groupe plus large composé en partie d'écrivains et de journalistes.Louis Pinto jne ictipn Dolitique a nation à propos de Jenö Szücs des travaux formé qui bien hongrois ayant autrichien L'Autrichien comme représentés-au-Conseil-de-FEmpire. L'identité nationale peut être envisagée sous deux rapports principaux. que déplaisait. ce se parler sorte ne le que partie qui nommait Hongrie. Paris. L'histo rien prouve qu'il a une autre vocation que celle de participer à la production mythologique dont le roman des origines.) pouvait même complétées. Ce sont donc incontestablement des enjeux proprement politiques qui ont sous-tendu les débats sur la nation menés en Hongrie depuis les années 60. On peut se demander à quoi tient le fait que. hongroise un les d'un par d'existence àon les Hongrois choses». eût chez austro-hongrois.. 1985. Grâce à sa valeur «historique». Sous le couvert d'un même mot peuvent être tenus. sentiment l'amour et citoyensentiment Hongrois' souffrir encore pas ce à dire mais qui . le discours con forme se trouve contraint.. (. d'un que équivalait pour sans ce n'était autrichienne le dernier patrie.. avec une liberté relative. coll. détenteur d'un monopole de la représentation du monde social ? Sans doute parce qu'il accorde aux classes sociales le statut d'un principe officiel de classement.

1981. Plus récemment (1983-84). En récusant l'équivalence du «populaire» et du «national». peut passer pour une provoca tion «élitiste» visant à déposséder les groupes dominés des valeurs d'universalité incarnées dans la «nation». Akadémiai Kiadó. Budapest. de «tradition». montrer qu'aucune fatalité historique ne permet de rattacher de façon exclu- . 1. Gondalat. Szücs rappelle la relativité historique de catégories — le «populaire». reflète les caractères spécifiques d'un mode de domination que le privilège idéologique et épistémologique accordé aux dominés tend finalement à dissimuler. etc. Historien conséquent. 2. l'histoire nationale peut apparaître comme une lutte continuelle et interminable à la fois entre l'auto-affirmation nationale et la négation par l'étranger. Szücs accomplit ce qui. par la ville. Rompant avec une conception empiriste de l'espace géographique européen. elle paraît être aussi le groupe le mieux en mesure d'incarner l'essence nationale non «contaminée» par l'extérieur. Une critique du postulat populiste faisant du «peuple» (les paysans) l'incarnation et le gardien des valeurs «nationales». d'« authenticité». A travers une réévaluation d'événements trad itionnellement présentés d'après le modèle de lutte d'indépendance nationale est avancée une double proposition : au moins jusqu'au 19e siècle. de «simplicité». Ce groupe «pur» de la paysannerie étant aussi un groupe dominé dans lequel tous les groupes dominés peuvent d'ailleurs se reconnaître ou reconnaître leur modèle (qui n'est autre que le précurseur du «prolétariat» organisé et représenté). celle qui s'établit entre pôles extrêmes . Corvina Kiadó. Loin d'être cette construction homogène et systéma tique que la posture éxégétique s'emploie après coup à dégager en y voyant l'expression d'un «projet». puis dans le livre Nation und Geschichte. cette dimension a servi. avec adjonction d'études et de conférences consa crées notamment à la «conscience nationale» au Moyen Age et à la guerre des paysans de 1514. Les travaux de Szücs consacrés au thème de la «nation» peuvent apparaître comme l'invention progressive d'une stratégie intellectuelle qui doit sa cohérence à la critique du populisme et aux effets de renforcement suscités par la controverse. C'est seulement après avoir écarté la question de la ligne de partage entre ce qui est «progressiste» et ce qui est «rétrograde» que l'on peut tenter de rendre compte de la façon dont l'histoire dite «nationale» porte la marque des groupes dominants ou. L'équivalence supposée de ces catégories engendre des «syllogismes» en contradiction avec tout un ensemble de faits qui requièrent de l'expli cation scientifique des instruments plus pertinents : il n'est pas possible de rendre compte de façon univoque de la spécificité d'États tels que la Transylvanie des 16e et 17e siècles (2) . en hongrois). le plus souvent. Or l'intention de ses analyses n'est évidemment pas de favoriser comme garant de la nation. les paysans ont été indifférents à la dimension «nationale» . C'est le propos du livre. d'abord de la tendance spontanée à appréhender les groupes de façon naïvement réaliste et à trouver en eux-mêmes leur principe explicatif . le plus important est certainement constitué par l'obstacle essentialiste : celui-ci résulte. dont la tâche est double : présenter l'opposition entre «région occidentale» et «région orientale» comme étant l'opposition principale. mais il résulte également de la logique de sacralisation idéologique qui implique de célébrer l'identité de groupe par la négation de la contingence historique. Parce que la paysann erie apparaît comme détentrice des attributs d'« ancienneté». voire même en 1848. Budapest.46 Louis Pinto Parmi les obstacles que doit surmonter l'étude scientifique de la constitution de l'identité. bien sûr. On peut voir dans tout populisme. par la culture : c'est sur le mode immédiat de l'«instinct» —dans les mœurs. Budapest. Szücs propose un corps d'hypot hèses permettant d'engendrer une sorte de système européen des modes de domination. mais de déconstruire le travail d'universalisation qui a imposé à tous les groupes sociaux de se reconnaître dans une catégorie politique dont l'apparition est liée à des intérêts sociaux hist oriquement conditionnés. et entre les opprimés et les puissants : faut-il dire que l'un ou l'autre aspect de cette lutte peut être mis en avant dans une perspective popul iste selon qu'il s'agit de privilégier les valeurs de «tradition» ou les valeurs «progressistes» ? Propice à des utilisations idéologiques multiples et. à occulter les intérêts spécifiques d'ordres privilégiés qui étaient en conflit notam mentavec la domination des Habsbourg. 1970 — qui a été repris d'abord dans le livre Nemzet es torténelem (Nation et histoire. Szücs a publié une étude d'histoire comparative des différentes régions de l'Europe (voir plus loin). la forme accomplie d'un discours de légitimation visant à fonder la nation en nature. qui autorisent des degrés d'adhésion inégaux. la caté gorie de «nation» apparaît ainsi comme l'exemple même d'une machine de guerre dont il importe de démonter conceptuellement les mécanismes. ces travaux peuvent être considérés comme le produit de la mise en œuvre d'au moins trois opérations logiques distinctes. la langue. 1974. La définition des traits distinctifs récurrents de l'histoire «nationale» hongroise grâce à la cons truction d'un système de relations intelligibles entendu comme système d'oppositions.il n'est pas possible de tenir pour «rétrograde» dans tous ses aspects la domination turque et comme nettement «progressiste» la vision du monde à forte compos ante religieuse de la paysannerie de l'époque médiévale. Les trois Europes (3). donc. tenues pour des expressions «spontanées» de soi— que le «peuple» est réputé manifester le mieux son essence. au regard de la vision populiste. Le premier livre de Jenö Szücs publié sur la nation a été une réflexion sur le débat contemporain — A nemzet histoñkuma es a torténetszemlélet nemzeti látoszb'ge (hozzdszólás egy vitahoz). qui n'est pas une simple reprise du texte hongrois. etc. le «progrès»— qui ne devraient jamais fonctionner à la façon de catégories intemporelles de l'entendement histo rique. qui oscille entre la mise en valeur des «ressemblances» et celle des «différences». plus exactement. à un jeu diversifié d'alliances politiques. Nation und Geschichte. le «national». la noblesse au détriment de la paysannerie. Les textes traduits ici sont tirés du texte allemand. et pas seul ement dans le populisme hongrois qui est à l'arrièreplan de la réflexion critique de Szücs.

la «société civile». un Etat roumain. difficilement classable. il faut apercevoir la multiplicité des dimensions sociales concernées : composition et caractéristiques des groupes sociaux. dans le cercle fantasmatique du délibab. 131-184. la «conscience de communauté» nationale comme des produits historiques. Le sens pratique. 3— J. la noblesse. on peut dire que la première région a été marquée par l'existence de modes d'autoadministration ayant permis de rompre avec la reproduction simple du face-à-face entre couches féodales et paysannerie asservie . Pour beaucoup d'intellectuels hongrois. Une analyse de l'historicité des instruments de construction de l'identité collective. cela va de soi. l'instrument logique grâce auquel est garantie la pensée d'une identité. la «rationalité». Braudel. et opposé aux Habsbourg en raison de son adhésion à la Réforme.). Or en traitant l'appartenance à la nation. pour récompense de son intégration bureaucratique à cet appareil. Au dessus d'une paysannerie à majorité roumaine.. Au-delà des connotations éthiques assez manifestes. corporations. de la bravade et de la démission collectives. analyse dont les raisons n'ont pas été. Pour exprimer schématiquement l'opposition entre Ouest et Est. C'est dire que «l'absolutisme» a des significations très diffé rentes selon les régions : dans un cas. chez ces intellectuels d'Europe du Centre. Szücs s'efforce de dégager les instr uments conceptuels d'une «troisième voie» européenne : rarement le discours scientifique sur le passé et le discours politique sur l'avenir possible auront été aussi étroitement liés. dans l'autre cas. reçoit une confirmation des préro gatives de sa domination foncière (le second servage). dans son principe même. par référence au développement de mécanismes d'«autorégulation» (marché. pure ment intellectuelles : à travers le «concept» d'Occident. 29. Paris. 3. pp. est aussi la plus radicale intellectuellement puis qu'elle vise à récuser. par ailleurs. était placé l'ordre de la noblesse. préface de F. Mais il y a dans la démonstration de Szücs un objet et une motivation plus spécifiques : l'analyse de la corrélation entre les régularités de l'histoire «nationale» et les caractéristiques du groupe dominant. 5— Sur les principes permettant de rendre compte du système des «modes de domination». prend pour objet ce qui va le plus de soi. 127 p. Cette opération. mais il a été tout aussi peu une principauté 'national-hongroise* souveraine : il a été un territoire linguistique et culturel hongrois à gouvernement princier. Une liberté pathologiquement assumée. ce qui a attiré longtemps sur sa personne et ses œuvres la disgrâce du pouvoir politique. ou bien remonter aux «premières manifestations» encore imparfaites de l'époque médiévale. 1980. que la seconde région a été marquée durablement par ce face-à-face dont elle n'a pu sortir qu'à la faveur de l'action «modernisatrice» de l'appareil d'Etat. partagé en trois couches (hongroise. un membre eminent du parti populiste.. principe du contraste entre région «occidentale» et région «orientale». A sa manière. plus exactement. les «franchises») puisqu'il contribue à briser les cadres du mode de domination personnelle (5). le sent iment national ou. a fait partie du gouvernement d'Imre Nagy en 1956. En anglais : The Three Historical Regions of Europe. important théoricien populiste.. en position incertaine sur le plan du droit constitutionnel et. cessant d'être l'œuvre d'un récitant-participant. au lendemain de la dernière guerre. l'une des variables considérées comme essentielles est le degré de développement des «libertés». Szücs. de l'antisémitisme. Acta Histórica Academiae Scientiarum Hungaricae. Mais il est intéressant de noter que l'initiative d'un hommage collectif à Bibtí (dont les œuvres ne sont pas aisément accessibles en Hongrie) a pris naissance hors du cadre académique officiel.209 et sq. c'est-à-dire à substituer le couple État —«citoyens» (membres du «corps politique» ou «société civile») au couple seigneur— serf impliqué par le «mode de production féodal» . villes. en particulier. l'historien s'expose à un dilemme : ou bien s'en tenir à la nation du 19e siècle consi dérée comme forme «pure». Paris. voir le chapitre portant ce titre dans le livre de Pierre Bourdieu. Le point de départ assez semblable a été une analyse des caractéristiques du développe ment propre à une région déterminée (Prusse. en se posant de façon exclusive comme «corps politique» et comme totalité de la «nation». savoir «rationnel». tout essentialisme. 2-4. entre l'appareil monarchique et la noblesse qui. pp. 1985. auquel il se réfère ouverte ment (4). de Minuit. Les trois Europes. Avec le risque que comporte pareille entreprise : la construction méthodique d'un modèle conceptuel tend parfois à se confondre avec le dévoilement d'un principe téléologique —la «ville» (titre d'un texte de Weber). Rappelons que István Bibd (191 l-1979)>après avoir été. La connaissance historique. doté d'une forte coloration locale». la possibilité de faire le bilan critique d'une tradi tion culturelle et politique. Székely). favoriser les transformations écono miques. «l'absolu tisme»constitue le produit d'une «transaction» 2— «L'ütat de Transylvanie n'a guère été. Hongrie). pour autant. etc. forme de leurs rapports récipro ques considérée. alors allié au parti communiste. lui-même bilingue. du privilège distinctif et de l'autonomie collective. et a ainsi contribué de façon décisive à perpétuer les inégalités sans. inhérente à la logique occidentale des associations «civiles» —sinon des «ordres»—. constituent une référence essentielle. elle a empêché la dialectique. se dessine pour eux un enjeu actuel. aux 16e et 17e siècles. etc— qui est posé à la fois au commencement et à la fin. L'Europe du Centre correspond —si l'on permet cette expression que tout suggère par ailleurs dans Les trois Europes— à une forme historique «pathologique» de dominat ion politique : tout se passe comme si la noblesse avait donné une interprétation tronquée et partielle des «libertés» car. L'Harmattan. Éd. A la façon de István Bibó. la réflexion de Szücs sur les régions de l'Europe retrouve l'interrogation quasi obsessionnelle de Max Weber sur la spécificité de l'Occident. il fonctionne —malgré les apparences— de façon «émancipatrice» (cf. telle serait la force compulsive qui permettrait le mieux de caractériser la «troisième» Europe. 4— L'étude en question lui est dédiée. politico-administratives et culturelles qu'a rendu possibles la logique «orientale» de redistr ibution. En effet. ses essais consacrés en particulier aux problèmes des pays d'Europe centrale. les «libertés». La collecte purement empiriste . 1983.Une fiction politique : la nation 47 sive la Hongrie à l'un de ces pôles. la plus «abstraite» en apparence. saxonne.

4562. Mohr Verlag. soient présents simultanément le mythe des origines et l'argumentation «rationnelle» caractéristique de la théorie politique contemporaine illustrée par différents philosophes (Thomas d'Aquin). En substituant au cadre narratif de la vie de personnages singuliers —rois. selon Szücs. pp. indissociablement les contraintes de la politique et les contraintes de la pensée de l'ordre politique. saints— un cadre plus ample approprié à un acteur collectif. jusque dans ses caractéristiques structurelles.C. Loin d'être un être transcendant situé au-delà des fantasmagories mythiques (origines. C'est dans la «pensée» même qu'apparaît la nécessité de recourir à la forme du récit.428 p. Gallimard. à un travail symbol ique marqué par un processus d'abstraction qui se manifeste au 13e siècle dans tout un ensemble de signes et. The Invention of Tradition. ancêtres. de caractère hypot hétique. 308 p. épisodes fondateurs) dont elle aurait été affublée au départ. 7— La démarche semble donc très proche de celle suivie par Georges Duby dans Les trois ordres ou l'imaginaire féodal. la gesta participe. Le choix d'interroger des textes savants. 1985. Paris. Si l'histoire mythique des Huns et des Hongrois du «sixième âge» n'est pas ajoutée de l'extérieur au discours «théorique». Certes. a été marquée aussi bien par une «rationalisation» (c'est la contribution spécifique des lettrés) que par un renforcement du pouvoir de groupes dont le mode de légitimation supposait une relative imper sonnalité (dignitas nunquam moritur) : il s'agit. il existe peu de précédents à la démarche de Szücs. Sur ce point. peut apparaître comme une propriété fondamentalement inscrite dans le discours sur la nation et. Or ce «voisinage». Naissance de la nation France. mais il est remarquable que. PUF. en dernière instance. Gallimard. donc. Kantorowicz. Szücs consacre à ce problème des dévelop pements de type comparatif très instructifs. novembre 1980. Sur ce point. Comme le montre Szücs dans son étude minutieuse de la Gesta Hungarorum de Simon de Kézai —un clerc de la cour royale—.48 Louis Pinto de données ne pouvant jamais véritablement permettre de trancher —puisque manque préc isément le moyen logique de délimiter ce que l'on prétend par ailleurs «décrire»—. si l'on préfère. Actes de la recherche en sciences sociales. Bertho. on peut se reporter à C. 1984. la loyauté politique. 1931. 1982 .. T. comme un produit symbolique qui existe pour autant qu'on en parle et de la manière dont on en parle. 105-141. le discours médiéval sur la nation peut être considéré comme «genre» : cette configuration symbolique reflète. la nation doit être. et à la poser en objet prioritaire de loyauté {patria. Beaune. 10— Sur ces points. à sa manière. pp. regnum) (11) et. une contribution à l'analyse des systèmes de classement du monde social (7). la suivante : ce que l'on appelle nation est le produit de l'asso ciation de trois catégories jusqu'alors séparées. L'apparition synchrone dans l'Europe du 13e siècle de mythes nationaux construits selon des canevas quasi identiques ne saurait être expliquée sans l'existence d'une culture savante européenne commune.Die moderne Nation. Ziegler. et sur le discours des origines des Français en général. héros. Ranger. 1 1— Voir E. inséparable de celui-ci (9). dans la même œuvre. loin d'être attribuable aux maladresses d'une parole «primitive». 9— Sur l'invention moderne du passé voir E. et l'intérêt porté à la catégorie de nation en tant que telle. à travers la genèse historique du concept de nation (6). J.. des États nationaux. Genèse sociale d'un stéréotype. même que celui des Français aux Troyens (8)— comme une affabulation plus proche des «contes populaires» que de la pensée conceptuelle. la coappartenance à un groupe «culturel» identique (nationalité). plus précisément. etc. 433 p. le ratt achement des Hongrois aux Huns apparaît —de 6—11 existe un contraste impressionnant entre l'intérêt porté à la formation des nations. . dans les productions savantes de la pensée politique. Camb ridge University Press. l'entité abstraite de l'Etat ou de la monarchie. voir les développements. c'est parce qu'elle vise à remplir la plupart des tâches logiques suscitées par celui-ci : fixer dans les origines le fondement de la monarchie. Paris. 35. en lequel on peut voir l'expression d'un habitus sociologique imprégné de culture philosophique et historique qui a été illustré par la figure de Max Weber. notamment. Mourir pour la patrie {Pro Patria Mori) dans la pensée politique médiévale. Cambridge. pourrait sembler dicté par un parti-pris intellectualiste («l'idéologie de la nation précède le sentiment national») seulement si l'on oubliait que les propriétés attachées au mode d'engendrement des principes de classement constituent le premier objet qu'une analyse scientifique se doit de consi dérer. tenue pour coextensive au genre de la gesta ou. Paris. 8— Sur ce point. L'invention de la Bretagne. On peut néanmoins citer le livre de Heinz O. Tübingen. qui a été réalisée avec l'appareil conceptuel de la doctrine corporative. Szücs qui repousse la vision de l'histoire comme alternance de «cosmopolitisme» (l'Anti quité) et de «nationalisme» (l'époque des invasions) entend apporter. d'une part du monarque en tant qu'il vise à libérer son autorité d'un réseau de dépendances au sein duquel il apparaît seulement comme primus inter pares. qui était conforme aux exigences de formes de sujétion de personne à personne. L'objectivation des personnes collectives et publiques. Hobsbawm. des nationalismes.B. 1978. les expressions de «sécu larisation» ou de «rationalisation» peuvent s'avérer trompeuses en semblant implicitement valider un modèle «positiviste» d'évolution. Ce processus d'abstraction reflète les contraintes objectives associées aux formes de domination politique en voie de format ion: la catégorie éthique de la fidelitas. La formule qui exprime ce «modèle conceptuel» est. des «ordres» et. déjà cités. C. m Mourir pour la e. au contraire. ne peut subsister qu'en vertu d'une profonde réinterprétation dès lors que le principe de souveraineté tend à être attribué à des symboles dépassant les limitations des personnes physiques (10).. plutôt que les profondeurs de «l'âme» ou de la «mentalité» du «peuple». de la communauté «nationale» sur laquelle le monarque étend son pouvoir. il ne reste d'autre voie pour échapper à pareille difficulté que celle de la construction d'un «modèle conceptuel» de la nation dont les propositions. appellent une démarche de type comp aratif : comprendre la nation moderne en tant que telle suppose de comprendre ce qui a été inventé par le Moyen Âge. de Pierre Bourdieu concernant les «modes de domination». Dans Nation und Geschichte .

. ou politique) fait exister des unités qui. cela tient à ce que le mode de légitimité et la théorisation politique correspondante imposaient un tout autre horizon problématique. on court le risque de laisser échapper l'essentiel : la question n'est pas de savoir comment la «nation» a imposé sa souveraineté. à la mort. le doute finit par resurgir ^ur la question de savoir si. et ce n'est pas sans embarras que Sziics invoque à ce sujet «l'impossibilité de se passer d'un compromis conceptuel». {«de nullo potest aliquid faceré»). Kantorowicz. in Mourir pour la patrie. nécessité» (13). le sentiment de coappartenance ethnique a été.Une fiction politique : la nation 49 d'autre part. la question serait plutôt de comprendre pourquoi la souveraineté populaire a été politiquement et logiquement contrainte de prendre la forme «nationale». Parce que. fictions en lesquelles la propriété de généralité a pour corrélat la propriété d'universalité : leur indépendance par rapport à leurs parties naturelles et périssables implique. depuis la fin du 18e siècle. le traitement de «fictions» (12) : l'ordre social (ou civil. il a donc fallu associer cette autre «fiction» qu'est la communitas d'un peuple. la pensée politique a été portée à s'attribuer explicitement. imputable à «l'insuffisance des systèmes catégoriels dont nous disposons». Il est indé niable que. les sociétés et l'Église elle-même. la validité non limitée que seules peuvent procurer la réunion. des fractions dominées de la noblesse qui peuvent trouver dans la fusion dans un «corps» ou dans un «ordre» communs un mécanisme part iculièrement ajusté à leur recherche de protection et de promotion collectives. comme le montre en détail Sziics. c'est le «peuple» qui l'a fait en tant que réunion de volontés égales en dignité . voir E. le rex Francorum en rex Franciae) . la catégorie de nation possède une validité rigoureuse . Mais en voyant dans l'histoire un processus d'émancipation des acteurs nationaux. celle du souverain. puisque. Mais du coup. sans nul doute. il a fallu. dissocié des liens proprement dits de la loyauté politique). en toute rigueur. en effet. au moins de façon relative.. op... Si la question ne s'était pas posée auparavant. à proprement parler. le plus souvent dans l'histoire. Ainsi. Ce faisant. et l'exigence de fonder «l'association». la philosophie scolastique et la doctrine chrétienne du «corps mystique». par exemple. l'autorité tend à être pensée par contraste avec les propriétés des personnes naturelles vouées à la dégradation. Notes sur quelques maximes jur idiques et les théories de l'art à la Renaissance. la cohésion de toutes les parties {universitas). Entre les deux époques. à savoir —pour reprendre les catégories des théories du contrat— l'exigence de fonder la «sujétion». les corporations. 14— De là l'invitation insistante de la part du médiéviste à relativiser les innovations des théories politiques de l'âge classique. concilier l'homog énéité «nationale» présumée et la division de la société en ordres. ont ce privilège d'échapper. l'époque moderne peut être caractérisée par l'accès de la nation à la souveraineté au détriment des principes monarchiques. c'est-à-dire la configuration historique la plus proche du «modèle conceptuel» proposé par lui. . c'est bien «pour la défense de la patrie» dont il participe comme membre que le sujet-citoyen est appelé à risquer sa vie «en cas de 12— Sur le pouvoir créateur du juriste. n'est pas un quelconque «sentiment national» qui traverserait l'histoire : toute théorie «émotionnelle» de la nation s'avère fallacieuse dans la mesure où elle occulte le travail d'élaboration théorique ayant rendu possible la création de cette «fiction» qu'est le «corps» du royaume et de la patrie (s'il a comporté une composante affective. 3 1-57 . plus encore. En passant de la forme de l'«honneur» à celle de la «dignité» (ou de la charge»). jadis comme aujourd'hui. toute une histoire sociale de l'économie pulsionnelle mettant en relation les dispositions les plus profondément intériorisées dans le corps et les mécanismes de fonctionne ment de champs de plus en plus autonomes dont la logique n'est pas déductible de propriétés attachées à la personne. au temps. de l'artiste. La sou veraineté de l'artiste. appliquée au Moyen Âge puis à l'époque des grandes monarchies absolutistes. cit. conçues sur le modèle du corps organisé. appro priée si ce n'est par une personne créée par la pensée {persona ficta) et représentée par une personne physique.. rapport «communautaire» entre individus définis comme identiques : non arbitraire et. A la dignité monarchique conçue dans la logique politique nouvelle comme corps immortel. c'est en elle qu'il voit finalement la réalisation eminente du principe national. l'invariant principal réside plutôt dans la constitution de «personnes fictives» comme acteurs privilégiés de l'histoire : après tout. en tant qu'être singulier. la «nation médiévale» se trouve définie par son écart au modèle représenté par la forme actuelle. la transmissibilité. rapport de pouvoir entre individus définis comme différents. pp.. 13— Rendre compte de ce point engagerait. A lire plusieurs passages du texte de Sziics. l'autonomie (ainsi qu'en témoigne le processus de territorialisation qui transforme. au point d'en faire quasiment son objet propre. dans une constellation intel lectuelle marquée par l'alliance entre le droit romain. elle ne peut pas être. C'est dans la doctrine de la souveraineté que Sziics entend situer le principe de la différence entre (si l'on permet ces expressions raccourcies) la «nation médiévale» et la «nation moderne» : la seconde étant la seule à être définie comme véritablement souveraine. ne retrouve-t-il pas la voie éternelle des comparaisons ressemblances-différences (distincte de la méthode comparative) ? Cette difficulté nous paraît mériter réflexion dans la mesure où l'enjeu n'est autre que la spéci ficité même de la catégorie de nation. on finit par éprouver un sentiment de familiarité pour ces époques de loin antérieures à celles habituellement associées à l'éveil des «nationalités» : une bonne partie de l'appareil conceptuel caractéristique du cadre national semble avoir été construit dès le 13e siècle (14). Ils satis faisaient simultanément deux exigences distinctes. ou simplement à l'erreur. En contradiction avec l'ambition inhérente au travail de construction théorique. Ce qui relie les systèmes symboliques de la seconde moitié du Moyen Âge et ceux de l'époque moderne. Tels sont les «ordres». Fautorité acquiert les propriétés d'une chose ou d'un capital —la permanence.

le seul moyen de lui assigner malgré tout un fondement est de constituer l'ordre social en quasi-nature : plus précisément. Sewell. trad. qui rend une la personne». même dans la sphère la plus «naturelle». T. ce qui tend à être refoulé est «l'artificialisme» patent des théories antérieures de l'ordre «civil ou politique». Or les deux notions distinguées plus haut. en outre. apparition politique plus tardive. F. paradoxalement. en particulier Livre II. 1962.) car c'est l'unité de celui qui repré sente. 49-55. du même coup. à la danse en cercle ou qui placent une nature morte au gouvernail du monde. mais dans les cœurs des citoyens (. 133 et sq. Aubier. . qui en est une étape décisive.. engendré au sein de la théorie de la souveraineté populaire. G.. sont dans un rapport dissymét rique: elles se prêtent. Du Contrat Social. théoricien du Volksgeist . en quelque sorte. la facticité «empirique» de chaque Etat n'en est que plus apparente : des possibilités illimitées d'« association» risqueraient de se trouver libérées en l'absence d'un principe d'unification susceptible de contrecarrer les effets de la logique d'universalisation (17). Fichte. bref la «culture») et de naturaliser des différences «politiques» (la citoyenneté). 1952.) je parle des mœurs. l'unité du représentant (le «souverain») est le principe ultime de l'unité du représenté (le «peuple» distinct de la pure «multitude») (15). la «sujétion» et «l'association». en effet. à s'incarner — «l'homme extraordinaire» («le législ ateur») et. 52-53. de la «volonté de tous») ne peut être objet d'une codification : elle a des dépositaires en lesquels elle trouve. p. quels que soient leur pays d'origine et leur langue. Dans ce cadre. pp. ceux qui veulent faire progresser cette spiritualité par la liberté. juin 1984. comme le disait à peu près Hobbes. «l'essence de la germanité» semble se confondre avec l'essence universelle de l'humanité telle qu'elle avait été décrite quelques années plus tôt dans un texte aussi «universaliste» et «cosmopolite» queLa destina tion du savant : il ne s'agit pas tant d'exalter une «race supérieure» que de montrer que. de la translatio imperii qui consistait à donner un fondement universel au pouvoir du roi à travers la fiction d'une autodépossession du «peuple». mentionnée plusieurs fois par Sziics. Actes de la recherche en sciences sociales . Leviathan. et surtout de l'opinion» (18). Aubier. la nation est le moyen permet tant à la fois de «politiser» des différences «natur elles» (la langue et les mœurs. Discours à la nation allemande. l'autorité et la communauté. Tricaud. Paris. 16— La logique d'universalisation était déjà à l'œuvre dans cette doctrine. ils nous sont étrangers. 17— Sur la difficulté des contemporains à penser l'unité populaire hors des cadres corporatifs de l'Ancien Régime. politique de la nation. p. Curieusement. 1983. voir W.5Ü Louis Pinto justifiable par l'argumentation. chapitres 7 et 12. de S. non l'unité du représenté. Sur la représentation. La déléga tion et le fétichisme politique. celle de la «langue» par exemple. s'inscrit dans l'horizon de la Cité des fins de Kant sous l'idée régulatrice de volontés auto nomes conformes à une Loi commune (16). 1971. On peut penser que telle est précisément la fonction remplie par la catégorie de nation. l'universalité et l'unité. n'ont rien d'allemand. Paris. s'unissant à tous» n'obéit «pourtant qu'à lui-même») et la propriété d'« indivisibilité» du «souverain» se trouve porté au jour chez Rousseau que l'on peut tenir pour le premier théoricien 15— «Une multitude d'hommes devient une seule personne quand ces hommes sont représentés par un seul homme ou une seule personne (. et il est à souhaiter qu'ils se séparent de nous totalement» (19). Bourdieu. En soutenant en outre que la volonté générale ne peut «errer». ni sur l'airain. trad.. En maints passages est exprimée l'idée que la «volonté générale» (distinguée.-J. La définition d'une «culture nationale» fait partie du travail politique d'«authentification» de l'iden tité collective : la vertu essentielle du «peuple» célébré par le populisme —cette tentation natural iste de la pensée politique— est d'être l'opérateur de la conciliation entre le social et le naturel. Et tous ceux qui croient à l'immobilité. Ainsi. «la plus impor tante de toutes qui ne se grave ni sur le marbre. comme la garantie de la cohésion du «corps politique» puisque. classiques Garnier. 19— J. en particulier le chapitre intitulé «des gens de métier aux sans-culottes». pp. Hobbes. cette «loi» non écrite. tous ceux-là. voir P. Or. Le conflit. Rousseau. l'autorité du monarque apparaissait. sont avec nous et pour nous. elle était rejetée dans l'ordre «naturel» : c'est pour marquer son caractère politiquement non pertinent que Sziics parle de «nationalité» — pour la distinguer de la «nation». des coutumes. Le découpage de popul ations entre différents Etats souverains n'étant pas justiciable d'une argumentation rationnelle. à la régression. Gens de métier et révolutions. La légitima tion de l'autorité paraît marquée par un processus quasi infini d'universalisation : la théorie de la souveraineté populaire. H.. 18— J. de façon inégale au travail de justification rationnelle. Rousseau était finalement très proche de Hegel. tous ceux-là. on le sait. Paris. 164. «l'allemandfcest l'être le plus «spiritualise» : «Tous ceux qui croient à la spiritualité et à la liberté. Sirey. entre la validité univers elle de la volonté générale (qui fait que «chacun. «Universalismo) et «nationalisme» sont loin de constituer deux pôles opposés. Paris. Jankélévitch. la coappartenance par la langue et les mœurs (lingua et moribus) n'ayant guère de chances d'accéder à l'ordre «civil». surtout. 166. chez le théoricien du nationa lisme allemand qu'on a pu voir dans le Fichte des Discours à la nation allemande . quels que soient leur pays d'origine et leur langue.