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L’UDF d’aujourd’hui

5e CARREFOUR DES CENTRES

Paris - Press Club de France, mercredi 14 octobre 2009

Ascension sociale :
quel espoir pour les jeunes générations ?

Synthèse des débats

Ce débat sur les mécanismes d’ascension et de déclassement social ouvre une série de trois
colloques centrés autour de l’avenir des jeunes générations. En effet, après la question de
l’ascension sociale, nous traiterons de la dette publique le 23 novembre puis des retraites en
début d’année prochaine.

François SAUVADET, Président du Nous avons un véritable défi de formation


groupe Nouveau Centre à l’Assemblée des populations en grande fragilité. Nous
Nationale, rappelle en ouverture voyons des jeunes qui ont travaillé dur
l’importance de ces débats. Il souhaite que pour obtenir un diplôme mais qui ne
soient explorées des pistes qui répondent trouvent pas de travail. C’est la question
non seulement à l’inquiétude mais qui centrale des métiers de demain, des besoins
ouvrent aussi des perspectives nouvelles. futurs des employeurs ? Comment éviter
Le Nouveau Centre, ses élus, ses militants, de conduire nos jeunes dans des impasses ?
ses sympathisants doivent être « les Et enfin, comment leur redonner confiance
éclaireurs du temps » dans un esprit de dans l’avenir ? François Sauvadet conclut
vérité et de responsabilité. en souhaitant que le Nouveau Centre soit le
parti du courage vis-à-vis de l’avenir et du
François Sauvadet ressent sur le terrain, vivre ensemble de toutes les générations.
auprès des jeunes mais aussi auprès des
parents, cette peur du déclassement. Il René SÈVE, Directeur général du Centre
rappelle qu’on a vécu pendant des dizaines d’Analyse Stratégique, présente le rapport,
d’années avec une vraie confiance que publié en début d’été par ses équipes, sur la
l’avenir serait meilleur que le passé, que question du déclassement.
nos enfants auraient une situation bien
meilleure que la nôtre. Aujourd’hui, il y a Sans nier la réalité du phénomène, il
un effet de bascule, un glissement. Les s’interroge sur l’abondance de cette
parents sont vraiment inquiets et les « littérature » concernant le déclassement
chiffres de l’emploi des jeunes ne leur et se demande finalement si cette inflation
donnent pas torts. ne vient pas du fait qu’une partie des
personnes qui se sentent déclassées ou qui
connaissent des personnes déclassées, sont
ceux qui écrivent sur ce sujet. Il évoque la Louis CHAUVEL, Sociologue, Professeur
situation de nombreux journalistes ou les à Sciences Po, ne partage pas le diagnostic
inquiétudes du secteur universitaire des nuancé du directeur du CAS et témoigne
sciences humaines et sociales. d’une réalité différente du déclassement. Il
conteste que le déclassement ne soit pas
Le rapport du CAS ne nie pas l’existence une réalité sociale. Concernant le
du déclassement mais tente de le déclassement intergénérationnel, si l’on
relativiser. Le déclassement générationnel regarde la génération des trentenaires on
est moins important qu’on ne le croit et est aujourd’hui dans un rapport d’égalité
n’est pas majoritaire. L’ascenseur social montant-descendant alors que pour la
fonctionne pour la majorité des personnes génération précédente, on devait avoir un
même s’il y a une certaine amplification du rapport de 2 surclassés à 1 déclassé.
déclassement. Il y avait 18-20 % de
personnes qui étaient déclassées par En 1975, 50 % des bacheliers sont cadres
rapport à leurs parents il y a une trentaine ou professions intermédiaires à 25 ans. En
d’années. On arrive plutôt à des 2006, ils ne sont plus que 24 % à être
proportions de 25 % aujourd’hui. Donc, 40 cadres. « Les titres scolaires sont une
% des gens ont une position sociale condition de plus en plus nécessaire de la
supérieure à celle des parents. La réussite et en même temps de moins en
perception n’est pas celle- là mais les moins suffisante de la réussite », écrit
medias y ont sans doute une part de justement Antoine Prost. Tous ces jeunes,
responsabilité, cultivant nostalgie et auxquels on a expliqué : « Prenez un
sinistrose. baccalauréat, vous échapperez au
chômage, vous connaîtrez une mobilité
L’analyse du déclassement se passe au sein sociale ascendante et vous connaîtrez un
d’une société qui, en valeur absolue, a créé monde meilleur que celui de vos propres
beaucoup de richesses, avec à peu près parents » peuvent légitimement
80 % d’individus ayant des niveaux de vie s’interroger sur ce qui se passe aujourd’hui
supérieurs à ce qu’ils étaient il y a trente dans la société française. Le taux de
ans. Donc même déclassé chômage des jeunes bacheliers a été
sociologiquement, leur position est bien multiplié par deux sur la période !
meilleure que celle de leurs parents. Il peut
y avoir des difficultés sociologiques mais Il faut savoir lire entre les statistiques de
dans un cadre général de progrès l’INSEE pour découvrir la réalité du
économique. déclassement, symbole d’une société de
moins en moins accueillante pour les
Cela dit, René Séve constate que la part jeunes. Le déclassement, ce ne sont pas
des dépenses contraintes comme le que des représentations, ce sont aussi des
logement a augmenté dans le budget des réalités d’une société française et
ménages, et donc d’une certaine manière le européenne qui ne va pas très bien. Dans la
gain de pouvoir d’achat qui est absolument société française, il y a un vrai problème de
réel ne se perçoit pas et ne s’apprécie pas. divorce entre les réalités objectives, et
l’ensemble des représentations qu’on peut
Mais l’explication principale pour le en faire.
directeur du CAS est la difficulté du
système éducatif français à adapter ses Pour conclure son propos le Professeur
dispositifs d’orientation et de formation Chauvel rappelle que la mobilité sociale
aux besoins de l’économie. L’éducation ascendante des années 60 et 70 c’était aussi
reste quand même la carte gagnante pour la volonté collective d’une société qui
progresser dans une économie mondialisée faisait face à ses défis passés.
et fortement tournée vers les nouvelles
technologies. Si on veut limiter la réalité
du déclassement c’est dans le progrès du
système éducatif qu’on trouvera
certainement les solutions.
Carine MARCÉ, Directrice associée du c’était les bras, la force. Aujourd’hui,
département Stratégies d’Opinion de TNS l’ordinateur et Internet favorisent les
Sofres, confirme la peur aiguë du « manipulateurs de symboles ». Ceux qui
déclassement des Français. Quand vous sont capables de travailler l’information,
posez la question : « Est-ce que vous de l’exploiter, de la mettre en valeur et
craignez de tomber dans la pauvreté ? » on d’en tirer de la richesse.
obtient le chiffre très élevé de 34 % de
réponses affirmatives ». C’est le niveau le Donc la première révolution industrielle
plus élevé avec la Grèce et les pays baltes. rapprochait le bas du haut et la seconde
révolution industrielle éloigne le haut du
82 % des personnes interrogées pensent bas, étire la société. C’est l’effet sablier – il
aussi que la situation sera plus difficile y a un haut et un bas du sablier.
pour les jeunes. C’est le niveau
d’inquiétude pour les générations à venir le Quels messages peut-on tirer de cette
plus élevé en Europe. analyse ? Premier message, pour les jeunes
en particulier, c’est qu’il va falloir être
Et lorsqu’on pose une question toute entrepreneur de soi-même, organiser sa
simple : « Est-ce que les choses vont plutôt carrière, ce qui pose un problème énorme
dans la bonne direction, ou plutôt dans la pour tous les gens qui ne sont pas capables
mauvaise direction ? », on est à nouveau de faire ça. Deuxième message,
sur des chiffres extrêmement élevés de l’importance d’une formation qui
gens qui pensent que les choses en France débouche sur un emploi, au risque
vont plutôt dans la mauvaise direction. La d’engendrer des frustrations extrêmes.
France se situe parmi les pays les plus Troisième message de nature politique,
pessimistes d’Europe. l’égalité des chances, question qui va
devenir absolument cruciale pour
Ce qui est frappant c’est que lorsque les améliorer notre vouloir vivre ensemble.
Français sont interrogés sur leur situation Les mécanismes de solidarité doivent être
individuelle les réponses sont beaucoup différents, donc repensés et réinventés.
plus sereines. Les gens sont satisfaits de
leur vie à 80 %, de leur travail, de leur Valérie PLAGNOL Directrice de la
logement, de leurs conditions de vie. Tout Stratégie CM-CIC Membre du Conseil
ce qui est à niveau micro est positif. Mais d’analyse économique expertise plus
dès qu’on regarde les choses à un niveau précisément la question des rapports entre
plus macro, on retrouve à ce moment-là un déclassement et logement. Le logement est
pessimisme très élevé, et en particulier un bon miroir social car quand on choisit
chez les jeunes, ce qui est extrêmement son logement on détermine aussi son
inquiétant. environnement social.

Pour Jean-Marc VITTORI, journaliste Les paradoxes déjà relevés entre réalité et
aux Echos, il y a bien un phénomène de perception se retrouvent dans le logement.
déclassement à étudier, mais il existe aussi On n’a jamais été aussi largement et aussi
des sur classements même si chercheurs et confortablement logés en France. La part
journalistes s’intéressent peu à cette des logements sans confort sanitaire est
seconde catégorie (cf. les traders ou les tombée à 1,3 % du parc contre 26,9 % en
stars de la téléréalité). Ce sont des formes 1978. Ce n’est pourtant pas le sentiment
d’ascension qui n’existaient absolument des français.
pas il y a vingt ou trente ans.
Autre paradoxe, la diversité de l’offre du
Selon l’intervenant, le mode de production, marché français n’est pas vécue comme un
la façon dont nous produisons détermine avantage: on a une offre de locatif social,
assez largement la forme de la société. de locatif privé, de la propriété en
immeuble, de la propriété individuelle. Et
L’imprimerie, c’était l’apparition des pourtant ces coexistences de parcs
intellectuels, la révolution industrielle différents sont vécues comme des
cloisonnements et pas du tout comme un Beaucoup parlent d’ascenseur social ou de
ascenseur social vertical. descenseur social. J’aime bien la notion
d’escalier social. Parce que dans la notion
L’accès au HLM est de plus en plus d’escalier social vous avez la notion
difficile. Deux français sur trois auraient d’effort, vous avez la notion de mérite. Ce
les ressources nécessaires pour accéder au que doit être une société, c’est une société
HLM, mais un sur deux seulement en qui doit promouvoir l’égalité et la
bénéficie. possibilité de la mobilité pour chacun
d’entre nous, quelle que soit son origine,
De ce fait, le turnover est très faible, ce qui quel que soit le quartier d’où il vient. C’est
ne permet plus au logement social de jouer une société qui doit permettre de prendre
un rôle d’aspirateur et d’initiateur vers les cet escalier de manière à pouvoir grimper
autres maillons de la chaine du logement les marches une à une et de pouvoir arriver
telle que l’accession. là où l’on a envie d’arriver.
A l’inverse, le coût du logement privé est Francis VERCAMER, Député du Nord et
une contrainte de plus en plus forte. Le spécialiste des questions de formation et
taux d’effort moyen hors aides des d’emploi s’inquiète aussi de l’inadéquation
ménages du parc privé est passé à peu près du système de formation français.
de 35,9 % en 2002 à 39,1 % en 2006, hors
aides. Quelles propositions peut-on faire ?
D’abord le coaching, le tutorat des jeunes
Damien ABAD, député européen, et pourquoi pas avec l’aide des seniors. On
Président des jeunes centristes réagit aux pourrait, en diminuant les charges sur les
propos de nos différents intervenants. Il seniors, utiliser leur expérience et leurs
ressent bien sur le terrain cette peur du compétences dans l’entreprise plutôt que
déclassement y compris chez les cadres. de les licencier à des coûts astronomiques
et de perdre cette compétence.
D’où l’intérêt du concept de flexisécurité,
c’est-à-dire la flexibilité des emplois et la Autre idée, la flexisécurité. Pour cela, il
sécurité du parcours. Ça veut dire quoi ? faudrait passer d’une société de statuts à
Ça veut dire qu’au-delà du statut en lui- une société de talents. Essayer de valoriser
même, ce qu’il faut garantir c’est le les personnes et non les statuts. Cela passe
maintien d’un certain niveau de vie et le par la portabilité des droits, notamment en
maintien d’un certain niveau de matière de formation. Plus on est formé,
qualification. plus on est qualifié, plus on a de facilités à
se reclasser. Il n’est pas normal de mettre
Le déclassement intergénérationnel lui le même accompagnement pour quelqu’un
paraît le plus dangereux. Toute une classe qui est fortement qualifié et celui qui est
d’âge, toute une génération au peu qualifié.
baccalauréat, c’est bien si derrière cela
débouche sur quelque chose de concret, Francis Vercamer décrit aussi l’idée du
une équivalence entre le diplôme que vous contrat de transfert qui consiste pour une
avez obtenu, le niveau de qualification que entreprise à verser des indemnités de
vous avez et l’emploi que vous obtenez. licenciement non pas aux salariés
Parce que sinon, vous avez un hiatus qui concernés mais à une structure
crée un sentiment de frustration sociale et intermédiaire, qui les prendrait en charge,
donc un sentiment de déclassement. qui les formerait et qui les adapterait à un
nouveau métier, plus proche du marché de
Damien Abad se bat notamment pour un l’emploi actuel.
Erasmus des apprentis afin que l’accès à la
mobilité en Europe ne soit pas toujours
réservé aux plus diplômés.

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