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Métiers

LE SOIR MERCREDI 6 JANVIER 2016

© Alice Van de Vyvere

Pics d’élagage, tronçonneuse et baudrier, Mathieu est lourdement équipé. Ses chaussures de protection, à plus de 400 euros, il les use jusqu’à la semelle.

Au
sommet
des cimes

15 ans séparent Arnaud et Mathieu. Mais
malgré la différence d’âge, une même passion
habite ces deux hommes : la hauteur. Passion
concrétisée dans la profession assez peu
connue qu’est celle d’élagueur-grimpeur

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Alors qu’il débute seulement, Arnaud a déjà tout l’équipement
d’un professionel.

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Travail en duo : Arnaud grimpe, Pierrot déblaye le sol. Pour le prochain arbre, l’équipe inversera les rôles.

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Arnaud passe une corde autour de la branche et en coupe le
début. Pierrot la fera tomber au sol grâce à la corde.

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Fin du mois de décembre, le soleil et les températures clémentes sont encore au rendez-vous à Molenbeek. Une aubaine pour les élagueurs, qui ne peuvent travailler dans des conditions climatiques trop difficiles.

Par ALICE VAN DE VYVERE

A

rnaud et Mathieu ont
tous deux suivi la formation
«
arboriste
grimpeur-élagueur » à
l’Institut Technique Horticole de
Gembloux. Arnaud est aujourd’hui
en 7ème et dernière année professionnelle de cette formation, alors
que Mathieu pratique le métier depuis une quinzaine d’années. Lourdement équipés, les deux hommes
ont la même mission : se hisser à la
force de leurs muscles au sommet
des arbres pour en tailler peu à peu
les branches. Avec une agilité impressionnante, ils virevoltent dans
les branchages, toujours assurés par
de solides cordes et un baudrier.
Arnaud, meilleur bûcheron de
Belgique à 18 ans (ci-dessous)
Etre bûcheron, c’est un rêve qu’Arnaud entretient depuis son enfance.

Il n’a dès lors pas hésité à s’engager
dans ce domaine peu connu. Á 18
ans, il est élu Champion de Belgique
de bûcheronnage. Mais sa vraie passion est l’élagage. Alors, même s’il est
encore en formation, le jeune namurois saisi toutes les opportunités
pour mettre ses acquis en pratique.
Quand il n’a pas cours, le mercredi
ou le week-end, il cherche des chantiers dans le namurois. Pour lui, la
profession, bien que peu connue, est
fort demandée. Ce mercredi il est à
Beez, en région namuroise, pour
couper et élaguer deux thuyas. Pour
des questions de sécurité, il est toujours accompagné de son ami Pierrot, également en 7ème année grimpeur-élagueur. Plusieurs de leurs
collègues ont déjà été blessés à cette
hauteur, avec leur tronçonneuse ou
des branches coupées. D’où l’importance d’être toujours accompagné
d’un collègue, ne fût-ce que pour
appeler les secours si le GSM est en
bas. Alors que son ami déblaye les

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Le jeune namurois rétrécit peu à peu la branche qu’il a coupée. Il
en fait des bûches.

branches tombées par terre, Arnaud
progresse dans l’arbre. Le thuya fait
une douzaine de mètres. A la fin de
la matinée, il n’en fera plus que cinq,
avec un tronc dépouillé de toutes
ses branches.
Mathieu, 35 ans dont 15 de pratique (ci-dessus et en 2ème page)
A l’époque où Mathieu est sorti de
l’Institut de Gembloux, il n’était
qu’une dizaine de gars, «pas comme
maintenant, où ils diplôment 40
d’jeunes d’un coup» explique-t-il.
Lui aussi a commencé ses chantiers
sur le namurois. Mais, avec tous ces
petits nouveaux, la concurrence devient féroce. Les prix baissent et les
chantiers s’éloignent du domicile.
Originaire de Floreffe, Mathieu se
rend aujourd’hui sur un terrain en
plein centre de Molenbeek.
C’est un chantier technique qu’il
aborde : il lui faut élaguer trois peupliers d’Italie dans un jardin grand

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Les nombreuses cordes d’escalade et un solide baudrier permettent à Arnaud de s’assurer une certaine stabilité dans l’arbre.

comme une salle de classe, et entouré de trois abris de jardin flambant
neufs.
Lui travaille seul. Il a l’expérience
suffisante, et surtout pas les moyens
de se payer un employé. Encore
moins un jeune qui se tourne les
pouces. Alors, quand il le peut, Mathieu met le client à contribution
pour l’aider à déblayer les branches.
Depuis deux ans, ses revenus d’élagueur ne lui suffisent plus. Il exerce
donc un second emploi, toujours
dans la hauteur, mais plus dans les
arbres : dans les pylônes électriques.
Un domaine qui l’enthousiasme
drôlement moins.
Mathieu grimpe à un rythme impressionant et vante la vitesse qu’il
a acquise avec les années : «Avant,
un arbre comme celui-ci, me fallait
deux jours». Et Mathieu peut bien
être fier de son ancienneté, car des
dix gars de sa promotion, ils ne sont
plus que quatre sur le terrain.

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Après avoir vérifié son équipement, Arnaud reprend l’ascension.
Objectif : le sommet.

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En plein centre de Molenbeek, Mathieu doit faire élaguer et couper ces trois peupliers d’Italie. Un challenge dans un jardin de 40 m² entouré de trois abris de
jardin.

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“Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire le pitre parfois...”. Dans une position assez inconfortable, Mathieu
attache la prochaine branche qu’il fera tomber.

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La longue corde accroché au sommet de l’arbre central au début du chantier lui permet de passer
d’un arbre à l’autre en sécurité.
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Chaque branche coupée doit être lancée dans le jardin du propriétaire : pas question qu’elle
tombe sur l’abri de jardin de la voisine. Un travail de longue haleine...

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Mathieu retend la corde accrochée à l’arbre central. Arrivé au sommet, il va peu à peu redescendre en coupant le tronc par bûche d’une trentaine de centimètres.

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Mathieu est à une vingtaine de mètres du sol. A cette hauteur, les rafales de vent sont conséquentes
et l’obligent à redoubler de prudence.
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La descente est éprouvante : à chaque étape il doit d’abord couper la bûche, puis la jeter à bout
de bras dans le jardin du propriétaire.

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Toujours solidement appuyé à l’arbre, Mathieu continue sa descende en coupant peu à peu le tronc central. Plus la journée avancera, plus les copeaux s’accumuleront.