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° UNIVERSITE DE PARIS BIBLIOTHEQUE DE LA FACULTE DES LETTRES ° XVII RECHERCHES LE DISCOURS AUX GRECS DE TATIEN SUIVIES D'UNE TRADUCTION FRANGAISE DU DISCOURS AVEC NOTES PAR AIME PUECH warrae De conréaunces iA racuuré pas Lerrars PARIS FELIX ALCAN, EDITEUR ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIERE ET Cl 108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 1903 DEUXIEME PARTIE Traduction francaise du « Discours » avec notes. TATIEN AUX GRECS 1. — Ne soyez pas si hostiles aux Barbares, Grecs, et ne jalousez pas leurs doctrines. Y a-t-il en effet une de vos institutions qui ne doive 4 des Barbares son origine ? Ce sont les plus illustres des Telmessiens * qui ont inventé la divination par les songes, les Cariens, l'art de prédire Favenir par les astres, les Phrygiens et les plus anciens Isauriens, celui d'interpréter le vol des oiseaux, les Chypriotes la divination par les sacrifices*, les Babyloniens l'astronomie, les Perses la magie, les Egyp- tiens la gé Jométrie, les Phéniciens la transmission du savoir par l'écri- ture. Ainsi cessez d‘appeler inventions vos imitations! C’est Orphée qui vous a appris la poésie et le chant ; c'est de lui que vous tenez les initiations aux mystéres ; ce sont les Toscans qui vous ont enseigné les arts plastiques ; les chroniques en usage chez les Fgyptiens vous ont appris 4 composer des histoires. Vous avez emprunteé l'art de la flate a Marsyas et a Olympos ; or tous deux étaient Phrygiens; quant a l'art 1. Tation cite plus bas uno de sos sources (Hellanicus) ; est-ce une source directe ? G'eat peu probable, et tout ce premier chapitre, ainsi que le second, vient plutst de manuels (ef. Harnack : Die Ueberlieferung, etc. ; — et supra, p. 38). indique en derniére analyse deux sources différentes ; mais la con- vraic que pour le manuel dont ‘Tationdépond. — Tout co début 4 616 utilisé par Clément, Stromates, I, 16, p. 361 et Grégoire de Nezianze, 4, 109, * p. 137. 2. Tv Outunjy. Mot & mot l'art des sacrifices ; mais le contexte paralt exiger quo l'on intorprite cotto exprossion conciseau sens de : divination par les sacrifices (Harnack : Die Kingeweideschau). Le pscudo-Plutarque (Placita, V, 1) omploie avec le méme sens 15 Qutixdv. ke 108 TATIEN — LE DISCOURS AUX GRECS de moduler avec la syrinx, ce sont des paysans qui l'ont imaginé'. Les Tyrrhéniens ont inventé la trompette, les Cyclopes l'art du forgeron, et celui d'écrire des lettres-missives, est da, selon Hellanicus, & une femme qui a régné jadis sur les Perses ; Atossa était son nom *. Renon- cez donc a cet orgueil, et ne nous opposez pas le faste de votre élo- quence, vous qui, vous louant vous-mémes, ne prenez pas ailleurs que chez vous vos avocats ; c'est cependant au témoignage d’autrui qu'il faut ‘en rapporter, quand on est raisonnable. Il faut aussi s‘accorder dans l'expression du discours ?. Or vous étes les seuls & quiil soit arrivé de n'avoir pas pour commercer entre vous un seul langage. Le dialecte des Doriens en effet n'est pas le méme que celui des gens de I’Attique, et les Eoliens ne parlent pas comme les Ioniens; quand done un tel désaccord régne entre gens parmi lesquels il ne devrait pas régner*, ne sais plus & qui je dois donner le nom de Gree. Mais ce qui est le plus absurde, c'est que vous honorez les langues qui ne sont point 1. J'ai acceptéla ponctuation de Schwarz: bpsyes 83 of aupdcepor- chy Bxk adpeyy0s dppoviay Sypowx0: avvearyeavro. Si, comme on le faisait auparavant, on réunit les doux membres de phrase, on comprend mal la mention de la syrinx aprés celle de Ja flate, et on construit difficilement le mot dypoiot. En construisant isolément le premier membre, on obtiont une phrase plus claire et micux construite (qui a pour équivalent dans limitation de Clément: daiyss 8'¥tqy); il est vrai qu’alors le second membre se rattache mal au sens général du morceau; c’est une addition superflue, puisqu’il importe peu au raisonnement de Tatien que la syrinx ait été inventée par des paysans; il ne devrait atre question que de Barbares ; mi Tation travaille ici sur des notes prises dans un maruel ; el il conserve, dans une sorte de parenthése, un détail sans rapport direct avec son objet. Nous trouverons ailleurs des cas du méme genre. — Par contre il faut probablement garder dans la locution of aupdzepo: article supprimé par Wilamowitz ot Schwartz, Cf. sur cot, emploi Jannaris, an historical greek grammar, § 131h. 2. Ce racontar provient sans doute des Persica, qui n’étaient probablement qu’one partic des Bapbapixz wiutua, et cot ouvrage Iui-méme n’était peut-étre autre chose que celui qui est cité aussi sous le titre xepi H0wév. En tout cas, Hellanicus attribuait toutes sortes d'inventions & cette Atossa Iégendaire (Miller F. H. G; Hellanicus, 163 a, 163 b. Dans le second de ces textes, Emiatdhas ovvedassty a pour équivalent Bz BlEhwy ag droxplacts roxtala. Miller a omis de citer Tatien et cite (163a) seulement la phrase de Clément d’Alexandrie (Strom., I, p. 307D) qui n'est qu’un emprunt & Tatien). — Je ne sais si Tatien (ou sa source) ne fait pas, dans tout ce passage, plus d’emprunts & Hellanicus qu'il ne le dit formellement ; car Hellanicus parait avoir eu la manic de rechercher les premiers inventeurs de tous les arts : of. le fr. 163 . cité plus haut, et le frg. 113 (d'aprés Tretzt’s, ad Lyko- phronis 460): Axuso:, &s gnaw ‘BXavxds, eipov dxhorovlav. 3. Cortainement rien n’est plus brusque que ce passage d'une idée & l'autre. Co saut imprévu n’est pas cependant une preuve suflisante, chez un écrivain comme Tation, que notre texte présento une lacune, ainsi que I’a pensé Schwartz. 4. La conjecture de Wilamowitz nap'iutv tv of obx éypiv (au lieu de nap‘ofs ode izpiy), admise par Schwarz, est bien ingénieuse. Mais le toxte des manuscrits donne un sens intelligible et ne nécessite pas une correction. abd saee!