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Le sacrifice d'Iphigénie chez Euripide (Iphigénie à Aulis, 406 av J.C.)

Agamemnon vient d'apprendre de Ménélas que celui-ci accepte de ne pas obéir aux dieux qui exigent le sacrifice d'Iphigénie. Soudain un messager lui annonce l'arrivée de sa fille. Elle est accompagnée de sa mère et son tout jeune frère, Oreste. Agamemnon est d'autant plus désemparé qu'il venait de faire annuler leur venue en envoyant auprès d'eux un messager. Face à ses responsabilités de chef grec, Agamemnon se résigne à accomplir le sacrifice car il craint les représailles des soldats, avertis par le devin Clachas et l'ambitieux Ulysse. Bien que résigné, il ne peut taire le chagrin qu'il ressent.

AGAMEMNON.

Hélas ! que dire, infortuné ? par où commencer ? Dans quels liens inextricables m'a fait tomber le sort ! Un dieu m'a tendu ce piège : je me croyais habile, il l'a été bien plus encore. Ah ! qu'une humble naissance a d'avantages ! Alors on a le droit de pleurer et de tout dire : mais, si un homme est de sang noble, sa haute fortune le lui défend. C'est l'orgueil qui dirige toute notre vie, et nous sommes les esclaves de la multitude. Ainsi, moi, j'ai honte de verser des larmes, et j'aurai honte aussi de ne pas pleurer, dans l'abîme de maux où je suis tombé. Et puis, que dire à ma femme ? Comment rencontrer son regard ? Ce n'était pas assez des malheurs qui m'accablent : elle y met le comble, en venant ici sans être appelée. Elle avait pourtant bien le droit d'accompagner sa fille pour la marier, pour donner ce qu'elle a de plus cher ; mais c'est alors qu'elle découvrira mes coupables desseins. Et la vierge infortunée, — que dis-je ? vierge ! Hadès, je pense, va tout à l'heure la prendre pour épouse, — combien j'ai pitié d'elle ! Je crois entendre sa prière : « O mon père, tu veux donc me faire périr ? Je te souhaite un pareil hymen à toi et à tous ceux qui te sont chers. » Oreste sera là, à ses côtés, et poussera des cris inintelligibles pour tout autre que pour un père : car il ne parle pas encore. Hélas ! hélas ! combien m'a été fatale l'union adultère d'Hélène et du fils de Priam ! De là viennent tous nos malheurs.

ΙΦΙΓΕΝΕΙΑ

IPHIGÉNIE.

µή, πρός σε Πέλοπος καὶ πρὸς Ἀτρέως πατρὸς καὶ τῆσδε µητρός, ἣ πρὶν ὠδίνους´ ἐµὲ νῦν δευτέραν ὠδῖνα τήνδε λαµβάνει. τί µοι µέτεστι τῶν Ἀλεξάνδρου γάµων Ἑλένης τε; πόθεν ἦλθ´ ἐπ´ ὀλέθρωι τὠµῶι, πάτερ; βλέψον πρὸς ἡµᾶς, ὄµµα δὸς φίληµά τε, ἵν´ ἀλλὰ τοῦτο κατθανοῦς´ ἔχω σέθεν µνηµεῖον, ἢν µὴ τοῖς ἐµοῖς πεισθῆις λόγοις. ἀδελφέ, µικρὸς µὲν σύ γ´ ἐπίκουρος φίλοις, ὅµως δὲ συνδάκρυσον, ἱκέτευσον πατρὸς τὴν σὴν ἀδελφὴν µὴ θανεῖν· αἴσθηµά τοι κἀν νηπίοις γε τῶν κακῶν ἐγγίγνεται. ἰδού, σιωπῶν λίσσεταί ς´ ὅδ´, ὦ πάτερ. ἀλλ´ αἴδεσαί µε καὶ κατοίκτιρον βίον. ναί, πρὸς γενείου ς´ ἀντόµεσθα δύο φίλω· ὁ µὲν νεοσσός ἐστιν, ἡ δ´ ηὐξηµένη. ἓν συντεµοῦσα πάντα νικήσω λόγον· τὸ φῶς τόδ´ ἀνθρώποισιν ἥδιστον βλέπειν, τὰ νέρθε δ´ οὐδέν· µαίνεται δ´ ὃς εὔχεται θανεῖν· κακῶς ζῆν κρεῖσσον ἢ καλῶς θανεῖν.

Oh! non, par Pélops, par Atrée, ton père, par cette mère qui m'a jadis enfantée dans la douleur, et qui pour la deuxième fois aujourd'hui souffre pour moi la même torture! Suis-je pour quelque chose dans les amours de Pâris et d'Hélène? Et parce que ce Pâris est venu en Grèce, faut-il donc que je meure, ô mon père? Tourne les yeux vers moi :

donne-moi un regard et un baiser, pour que j'emporte au moins ce souvenir de toi en mourant, si tu ne te laisses pas fléchir par mes prières. Et toi, mon frère, tu n'es encore qu'un faible soutien pour ceux qui t'aiment ; pleure cependant avec moi, et supplie notre père de ne pas faire mourir ta sœur : les petits enfants eux-mêmes ont quelque sentiment de nos misères. Vois comme, sans parler, il t'implore, ô mon père. Eh bien! épargne-moi : pitié pour ma vie ! Oui, par ce menton que je touche, nous t'en supplions, nous deux que tu aimes, lui, petit oiseau encore, et moi déjà grande. Je résume ma prière en ce seul mot, plus fort que tout ce qu'on pourrait dire : la lumière est bien douce à voir, la nuit souterraine ne l'est pas. Insensé qui souhaite de mourir! Mieux vaut une misérable vie qu'une mort glorieuse.

ΧΟΡΟΣ

LE CHOEUR.

ὦ τλῆµον Ἑλένη, διὰ σὲ καὶ τοὺς σοὺς γάµους ἀγὼν Ἀτρείδαις καὶ τέκνοις ἥκει µέγας.

Malheureuse Hélène! C'est à cause de toi et de ton hymen que s'engage ce terrible débat entre les Atrides et leurs enfants.

ΑΓΑΜΕΜΝΩΝ

AGAMEMNON.

ἐγὼ τά τ´ οἰκτρὰ συνετός εἰµι καὶ τὰ µή, φιλῶ τ´ ἐµαυτοῦ τέκνα· µαινοίµην γὰρ ἄν. δεινῶς δ´ ἔχει µοι ταῦτα τολµῆσαι, γύναι, δεινῶς δὲ καὶ µή· ταὐτὰ γὰρ πρᾶξαί µε δεῖ. ὁρᾶθ´ ὅσον στράτευµα ναύφαρκτον τόδε χαλκέων θ´ ὅπλων ἄνακτες Ἑλλήνων ὅσοι, οἷς νόστος οὐκ ἔστ´ Ἰλίου πύργους ἔπι οὐδ´ ἔστι Τροίας ἐξελεῖν κλεινὸν βάθρον, εἰ µή σε θύσω, µάντις ὡς Κάλχας λέγει. ἐλευθέραν γὰρ δεῖ νιν ὅσον ἐν σοί, τέκνον, κἀµοὶ γενέσθαι, µηδὲ βαρβάρων ὕπο Ἕλληνας ὄντας λέκτρα συλᾶσθαι βίαι.

Je sais quand il faut céder à la pitié, je sais aussi quand il ne le faut pas, et j'aime mes enfants : autrement je serais un insensé. Femme, il est terrible pour moi de consentir à ce sacrifice, terrible aussi de m'y opposer. Que faire ? Voyez cette nombreuse armée navale, voyez tous ces Grecs armés d'airain, qui ne pourront, si je ne t'immole, comme l'ordonne l'oracle de Calchas, marcher contre les remparts d'Ilion ni renverser les illustres remparts de Troie. Une passion furieuse pousse l'armée grecque à faire voile au plus tôt vers les rivages des Barbares, pour mettre un terme au rapt des femmes de Grèce. Ils tueront mes filles restées à Argos, et vous deux, et moi-même, si je n'obéis pas aux ordres sacrés de la déesse. Non, mon enfant, ce n'est pas Ménélas qui me tient asservi, ce n'est pas à sa volonté que je cède, mais à la Grèce : que je le veuille ou non, c'est à elle que je dois t'immoler. Contre cette nécessité nous ne pouvons rien.

L’apprenti étymologiste !

Le mot traduit par « amours » signifie aussi « mariage ». Et vous le retrouvez dans le nom

qui désigne un mariage avec plusieurs femmes. Retrouvez le mot grec dans le texte et soulignez-le.

L'adjectif traduit par « faible » signifie aussi « petit ». Il est devenu, en français, un préfixe

qui signifie « un millionième plus petit ». Retrouvez le mot grec dans le texte et soulignez-le.

». Retrouvez le mot grec dans le texte et soulignez-le. Commentons ! 1) Dans le plaidoyer

Commentons ! 1) Dans le plaidoyer d'Iphigénie, relevez le champ lexical de la religion. A quoi ressemble alors Iphigénie ?

2) Avec qui Iphigénie se présente-t-elle devant Agamemnon ? Dans quel but ?

3) Quelle est la responsable du sacrifice d'Iphigénie selon le chœur ?

4) Relevez le champ lexical du devoir. Agamemnon est-il responsable du sacrifice de sa fille ?

5) Dans sa réplique, comment Agamemnon désigne-t-il les Troyens ? Comment présente-t-il alors le sacrifice d'Iphigénie ?

6) Comment évolue le personnage d'Agamemnon ?