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TRIBUNAL

D E GRANDE
INSTANCE
DE PARIS1


1/1/1 resp profess du
drt

N° RG : 17/15785

N° MINUTE :

Assignation du :
15 Novembre 2017

IRRECEVABILITÉ
JUGEMENT
C. D. rendu le 12 Février 2018

DEMANDEUR

LE SYNDICAT DES AVOCATS DE FRANCE représenté par son


Président Maître Bertrand COUDERC
34 rue Saint-Lazare
75009 PARIS
représenté par Maître Gérard TCHOLAKIAN, avocat au barreau de
PARIS, avocat postulant, vestiaire #B0567, Maître Emeline
GIORDANO, avocat au barreau d’AIX-EN-PROVENCE, avocat
plaidant

Parties intervenantes

BARREAU DES AVOCATS DE BORDEAUX, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Jérôme DIROU
1 rue de Cursol
33000 BORDEAUX

BARREAU DES AVOCATS DE SEINE-SAINT-DENIS,


représenté par son Bâtonnier, Madame Valérie GRIMAUD
11/13 rue de l’Indépendance
93000 BOBIGNY

BARREAU DES AVOCATS DU VAL DE MARNE, représenté par


son Bâtonnier, Madame Pascale TAELMAN
17-19 rue Pasteur Valléry-Radot
94000 CRÉTEIL

Expéditions
exécutoires
délivrées le :
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BARREAU DES AVOCATS DE GRENOBLE, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur David ROGUET
45 rue Pierre Sémard
38000 GRENOBLE

BARREAU DES AVOCATS DE MELUN, représenté par son


Bâtonnier, Madame Hélène THIRION
2 avenue du Général Leclerc
77008 MELUN

BARREAU DES AVOCATS DE L’ESSONNE, représenté par son


Bâtonnier, Madame Hélène MOUTARDIER
11 rue des Mazières
91000 ÉVRY

BARREAU DES AVOCATS DE DIJON, représenté par


Bâtonnier, Madame Dominique CLEMANG
Cité Judiciaire CS 17243
21072 DIJON CEDEX

BARREAU DES AVOCATS DU VAL D’OISE, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Eric BOURLION
6 rue Taillepied
95300 PONTOISE

BARREAU DES AVOCATS DE NANTES, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Jean-René KERLOC’H
25 rue de la Nouë Bras de Fer
BP 40235
44202 NANTES CEDEX 2

BARREAU DES AVOCATS DE POITIERS, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Hervé OUVRARD
12 rue Gambetta BP 373
86009 POITIERS CEDEX

BARREAU DES AVOCATS D’ANNECY, représenté par son


Bâtonnier, Madame Myriam QUERE
9 rue Guillaume Fichet
74000 ANNECY

BARREAU DES AVOCATS DE LIMOGES, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Abel-H PLEINEVERT
8 Place Winston Churchill
87000 LIMOGES

BARREAU DES AVOCATS D’ANGERS, représenté par son


Bâtonnier, Madame Monika PASQUINI
L’Orée du Palais, 4 avenue Pasteur
49100 ANGERS

BARREAU DES AVOCATS DE NÎMES, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Jean-Michel DIVISIA
10 rue Régale
30013 NÎMES CEDEX 1

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BARREAU DES AVOCATS DE LYON, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Farid HAMEL
42 rue de Bonnel
69003 LYON

BARREAU DES AVOCATS DE LILLE, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Stéphane DHONTE
Palais de Justice, avenue du Peuple Belge
59000 LILLE

BARREAU DES AVOCATS DE BETHUNE, représenté par son


Bâtonnier, Monsieur Christophe HARENG
174 place Lamartine
62400 BETHUNE

BARREAU DES AVOCATS DE CLERMONT FERRAND,


représenté par son Bâtonnier, Mme Maud VIAN
Palais de Justice
16 place de l’Etoile
63000 CLERMONT FERRAND

Madame Salomé PERRIER


16 rue de Roussy
30000 NÎMES

représentés par Maître Guillaume GREZE, avocat au barreau de


PARIS, avocat postulant, vestiaire #C2442 et Maître Salomé
PERRIER, avocat au barreau de NÎMES, avocat plaidant

L’ORDRE DES AVOCATS DU BARREAU DE ROUEN,


représenté par son Bâtonnier, Monsieur Eric DI COSTANZO
6 allée Eugène Delacroix
76000 ROUEN

représenté par Maître Guillaume GREZE, avocat au barreau de PARIS,


vestiaire #C2442

L’ORDRE DES AVOCATS DU BARREAU DE VERSAILLES,


représenté par son Bâtonnier, Maître Christine BLANCHARD
MASI
20 avenue de l’Europe
78000 VERSAILLES

représenté par Maître Guillaume GREZE, avocat au barreau de PARIS,


avocat postulant, vestiaire #C2442 et Maître Didier LIGER, avocat au
barreau de VERSAILLES, avocat plaidant

L’Association DES AVOCATS PENALISTES (ADAP) représentée


par son Président, Maître Christian SAINT-PALAIS
116 boulevard Saint-Germain
75006 PARIS

représentée par Maître Raffaëlle GUY, avocat au barreau de PARIS, ,


avocat postulant, vestiaire #D01754 et Maître Fabien ARAKELIAN,
avocat au barreau des HAUTS-DE-SEINE, avocat plaidant

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L’ORDRE DES AVOCATS DES HAUTS-DE-SEINE, représenté
par son Bâtonnier, Maître Pierre-Ann LAUGERY
167-191 avenue Joliot Curie
92000 NANTERRE

représenté par Maître Emilie GANEM de l’AARPI CABINET 54,


avocat au barreau des HAUTS-DE-SEINE, vestiaire #Nan 700

LA CONFERENCE DES BATONNIERS DE FRANCE ET


D’OUTRE-MER
12 place Dauphine
75001 PARIS

représentée par Maître Stéphane CAMPANA de la SCP SCP C-L-T


JURIS, avocat au barreau de SEINE-SAINT-DENIS, vestiaire #212

LE BATONNIER DE L’ORDRE DES AVOCATS DU BARREAU


DE PARIS, agissant es qualités
Palais de Justice
4 Boulevard du Palais
75001 PARIS

LE CONSEIL DE L’ORDRE DES AVOCATS DU BARREAU DE


PARIS
Ordre des avocats
11 place Dauphine
75053 PARIS CEDEX 01
représentés par Maître Joris MONIN DE FLAUGERGUES, avocat au
barreau de PARIS, avocat plaidant et postulant, vestiaire #J0033 et
Maître Safya AKORRI, Maître Julia CANCELIER, Maître Etienne de
CASTELBAJAC, Maître Nima HAERI, Maître Pierre JUDE, Maître
Margaux DURAND-POINCLOUX, Maître Guillaume HALBIQUE,
Maître Maxime BAILLY, Maître Vincent LORENZI, Maître Moad
NEFATI, avocats au barreau de PARIS, avocats plaidants

LE BATONNIER DE L’ORDRE DES AVOCATS AU BARREAU


DE TOULOUSE, agissant es qualités
13 rue des Fleurs
31000 TOULOUSE

LE CONSEIL DE L’ORDRE DES AVOCATS AU BARREAU DE


TOULOUSE
13 rue des Fleurs
31000 TOULOUSE

représentés par Maître Emmanuel DAOUD de l’AARPI VIGO, avocat


au barreau de PARIS, vestiaire #G0190

LE CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX (CNB), agissant par


sa présidente, Madame le Bâtonnier Christiane FÉRAL-SCHUL
180 boulevard Haussmann
75008 PARIS

représenté par Maître Béatrice VOSS, avocat au barreau des


HAUTS-DE-SEINE, vestiaire #PN93

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LA FEDERATION NATIONALE DES UNIONS DES JEUNES
AVOCATS
Palais de Justice
4 boulevard du Palais
75001 PARIS

L’UNION DES JEUNES AVOCATS A LA COUR DE PARIS


Palais de Justice
4 boulevard du Palais
75001 PARIS

représentées par Maître Florent LOYSEAU DE GRANDMAISON de


la SELEURL LDG AVOCAT, avocat au barreau de PARIS,
vestiaire #E2146

Monsieur Ioan GANEA, époux BUDARCEA


actuellement détenu au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, faisant
élection de domicile au cabinet de Maître Johann FOUBERT
6 str. Construcorilor
RÉSITA/ ROUMANIE

représenté par Maître Gérard TCHOLAKIAN, avocat au barreau de


PARIS, avocat postulant, vestiaire #B0567 et Maître Johann
FOUBERT, avocat au barreau de l’AIN, avocat plaidant

DÉFENDEURS

Madame la MINISTRE DE LA JUSTICE, GARDE DES SCEAUX


Ministère de la Justice
13 PLACE VENDOME
75042 PARIS Cedex 01

représentée par Maître Yvon MARTINET, avocat au barreau de


PARIS, vestiaire #T0007

L’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT


Bâtiment Condorcet
6 rue Louise Weiss - Télédoc 331
75703 PARIS CEDEX 13

représenté par Maître Anne-Laure ARCHAMBAULT de la SELAS


MATHIEU ET ASSOCIE, avocat au barreau de PARIS,
vestiaire #R0079

MINISTERE PUBLIC
Monsieur Yves BADORC, Procureur Adjoint

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COMPOSITION DU TRIBUNAL
Madame Claire DAVID, Première Vice-Présidente
Présidente de la formation

Monsieur Clément BERGERE-MESTRINARO, Juge


Monsieur Gilles CASSOU de SAINT-MATHURIN, Juge
Assesseurs

assistés de Hédia SAHRAOUI, greffière lors des débats

DEBATS
A l’audience du 15 Janvier 2018
tenue en audience publique

JUGEMENT
- Contradictoire.
- En premier ressort.
- Prononcé publiquement, par mise à disposition au greffe, les parties
en ayant été avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de
l’article 450 du code de procédure civile.
- Signé par Madame Claire DAVID, Présidente, et par
Madame Hédia SAHRAOUI, greffier, auquel la minute de la décision
a été remise par le magistrat signataire.

Le syndicat des Avocats de France expose avoir été alerté par ses
membres de l’installation au cours de l’été 2017 de cages de verre dans
les salles d’audience de nombreuses juridictions.

Autorisé par ordonnance sur requête du 10 novembre 2017, le syndicat


des Avocats de France a assigné à jour fixe la ministre de la Justice et
l’agent judiciaire de l’Etat, au visa des articles 3, 5, 6 et 13 de la
convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, de
l’article 318 du code de procédure pénale, de l’article 9 de la
déclaration des droits de l’homme et du citoyen et des articles 9-1 et 16
du code civil et de l’arrêté ministériel du 18 août 2016, aux fins de voir
inviter la ministre de la Justice à faire procéder au retrait immédiat des
dispositifs barreaux, grillages, cages de verre installés sur les box des
salles d’audience des juridictions françaises, sous astreinte de 100 € par
jour de retard et en paiement des sommes de 1 € à titre de dommages
et intérêts et de 2 000 € au titre de l’article 700 du code de procédure
civile.

Dans des écritures du 15 janvier 2018, le syndicat des Avocats de


France forme les mêmes demandes.

Par conclusions du 9 janvier 2018, le Conseil National des Barreaux


intervient volontairement à la procédure en formant les mêmes
demandes.

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Par conclusions du 10 janvier 2018, l’Association des Avocats
Pénalistes intervient volontairement à la procédure à titre accessoire en
formant les mêmes demandes.

Par conclusions du 12 janvier 2018, la Conférence des Bâtonniers de


France et d’Outre-Mer intervient volontairement à la procédure et
s’associe aux demandes présentées par le SAF.

Par conclusions du 12 janvier 2018, l’Ordre des avocats des Hauts-de-


Seine intervient volontairement à la procédure et forme les
mêmes demandes que celles qui sont présentées dans l’assignation.

Par conclusions du 12 janvier 2018, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats


du Barreau de Toulouse et le Conseil de l’Ordre des avocats du Barreau
de Toulouse interviennent volontairement à la procédure à titre
principal et demandent de dire que l’Etat a commis une faute lourde de
nature à engager sa responsabilité en mettant en place des dispositifs de
box vitrés équipant non seulement les salles d’audience du tribunal de
grande instance de Toulouse et de la cour d’appel de Toulouse mais
encore toute autre salle d’audience sur le territoire national où les
avocats du Barreau de Toulouse ont vocation à exercer leur mission.

Ils sollicitent en conséquence de voir condamner l’Etat à mettre un


terme à la situation attentatoire à l’exercice des droits de la défense par
une mesure de remise en état, sous astreinte de 10 000 € par jour de
retard, et en paiement de la somme de 1 € symbolique en réparation du
dommage moral causé par l’entrave à l’exercice de la profession
d’avocat résultant du fonctionnement défectueux du service public de
la justice et de celle de 1 € au titre de l’article 700 du code de procédure
civile, le tout assorti de l’exécution provisoire.

Par conclusions du 12 janvier 2018, l’Ordre des avocats du Barreau de


Rouen intervient volontairement à la procédure aux fins d’enjoindre la
ministre de faire procéder au retrait immédiat des dispositifs barreaux,
grillages, cages de verre installés sur les box des salles d’audience
des juridictions françaises et dans la salle de la Cour d’assises de la
Seine-Maritime et dans la salle d’audience correctionnelle du tribunal
de grande instance de Rouen, sous astreinte de 100 € par jour de retard
et en paiement des sommes de 1 € à titre de dommages et intérêts et de
2 000 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile, le tout
assorti de l’exécution provisoire.

Par dernières conclusions du 13 janvier 2018, le Bâtonnier de l’Ordre


des avocats du Barreau de Paris et le Conseil de l’Ordre des avocats du
Barreau de Paris interviennent volontairement à la procédure à titre
principal et demandent de dire que l’Etat a commis une faute lourde de
nature à engager sa responsabilité en mettant en place des dispositifs de
box vitrés équipant non seulement les salles d’audience du tribunal de
grande instance de Paris et de la cour d’appel de Paris, mais encore
toute autre salle d’audience sur le territoire national où les avocats du
Barreau de Paris ont vocation à exercer leur mission.

Ils sollicitent en conséquence de voir condamner l’Etat à mettre un


terme à la situation attentatoire à l’exercice des droits de la défense par
une mesure de remise en état, sous astreinte de 10 000 € par jour de
retard, et en paiement de la somme de 50 000 € au Bâtonnier et de
50 000 € au Conseil de l’Ordre en réparation du dommage moral causé

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par l’entrave à l’exercice de la profession d’avocat résultant du
fonctionnement défectueux du service public de la justice et de celle de
1 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile, le tout assorti
de l’exécution provisoire.

Par dernières conclusions du 15 janvier 2018, les Barreaux “des


avocats” de Bordeaux, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, de
Grenoble, de Melun, de l’Essonne, de Dijon, de Nantes, du Val d’Oise,
de Béthune, de Poitiers, d’Annecy, de Limoges, d’Angers, de Nîmes,
de Lyon, de Lille et de Clermont-Ferrand, ainsi que Madame Salomé
Perrier, interviennent volontairement à la procédure et forment les
mêmes demandes que celles qui sont présentées dans l’assignation
introductive d’instance, pour toutes les juridictions et notamment dans
les Cours d’assises, les salles d’audience correctionnelles, celles des
tribunaux pour enfants et de police des cours d’appel et des tribunaux
de leurs ressorts.

Madame Salomé Perrier sollicite également la condamnation solidaire


des défendeurs à lui verser la somme de 1 € à titre de dommages et
intérêts pour atteinte aux droits de la défense et la somme de 2 000 € au
titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Par conclusions du 15 janvier 2018, l’Ordre des avocats du Barreau de


Versailles intervient volontairement à la procédure à titre accessoire et
forme les mêmes demandes que celles qui figurent dans l’assignation
introductive d’instance, avec cette précision que les demandes formées
à titre de dommages et intérêts et au titre de l’article 700 du code de
procédure civile le sont pour le compte du SAF.

Par conclusions du 15 janvier 2018, la Fédération Nationale des Unions


des Jeunes Avocats et l’Union des Jeunes Avocats interviennent
volontairement à la procédure à titre principal et forment les mêmes
demandes que celles qui figurent dans l’assignation introductive
d’instance.
Par conclusions du 15 janvier 2018, M. Ganea intervient
volontairement à la procédure. Il demande de dire qu’il a été victime
d’une faute lourde de la part du service public de la justice et il sollicite
l’octroi de 1 € à titre de dommages et intérêts et celle de 2 000 € au titre
de l’article 700 du code de procédure civile.

Dans des écritures signifiées le 11 janvier 2018, Madame la ministre de


la Justice, garde des Sceaux soulève à titre principal l’incompétence
matérielle du tribunal de grande instance au profit du tribunal
administratif de Paris.

A titre infiniment subsidiaire, elle conclut à l’irrecevabilité de l’action


principale et des interventions volontaires, au motif que cette action
n’est pas rattachée à une procédure particulière à laquelle les
demandeurs auraient été parties au procès.

Elle conclut enfin au rejet des demandes et elle sollicite la


condamnation du SAF à 5 000 € au titre de l’article 700 du code de
procédure civile et la condamnation solidaire du Conseil National des
Barreaux et de l’Association des Avocats Pénalistes à 2 000 € au titre
de l’article 700 du code de procédure civile.

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Par conclusions du 12 janvier 2018, l’agent judiciaire de l’Etat soulève
l’incompétence du tribunal de grande instance au profit du tribunal
administratif de Paris pour statuer sur ce qui a trait à l’organisation du
service public de la justice et l’incompétence du tribunal de grande
instance au profit du Conseil d’Etat pour statuer sur les demandes du
SAF tendant à l’appréciation de la légalité d’un arrêté ministériel.

A titre subsidiaire, il sollicite le rejet des demandes.

Il forme en tout état de cause une demande en paiement de 3 500 € au


titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Dans des conclusions signifiées le 12 janvier 2018, le ministère public


rappelle qu’il est attaché aux principes fondamentaux régissant le
procès et que les box sécurisés ont été mis en place en concertation avec
les barreaux, à tout le moins au tribunal de Paris.

Il conclut à l’irrecevabilité, et subsidiairement au rejet de la demande.

SUR CE,
Le SAF, comme tous les intervenants volontaires, dont l’intervention
doit être déclarée recevable en l’absence de contestation, reprochent au
ministère de la Justice d’avoir mis en place, sans concertation, des box
de verre sécurisés dans les salles d’audience pénale des juridictions
françaises, au cours de l’été et de l’automne 2017.

Ils estiment que ces constructions sont contraires à l’article 318 du code
de procédure pénale, qu’elles portent atteinte à la présomption
d’innocence, à la dignité de la personne et au principe de l’oralité des
débats en matière pénale et qu’elles affectent les droits de la défense et
la fonction même de l’avocat.
Sur l’exception d’incompétence

La ministre de la Justice, garde des Sceaux, et l’agent judiciaire de


l’Etat soulèvent l’incompétence du tribunal de grande instance au profit
du tribunal administratif de Paris, qui doit être déclaré seul compétent,
dès lors que le litige porte sur l’organisation du service public de la
justice, et non sur l’activité juridictionnelle ou le déroulement d’une
procédure judiciaire déterminée.

Le tribunal est saisi sur le fondement de l’article L.141-1 du code de


l’organisation judiciaire, qui dispose que “l’Etat est tenu de réparer le
dommage causé par le fonctionnement défectueux du service public de
la justice ; sauf dispositions particulières, cette responsabilité n’est
engagée que par une faute lourde ou par un déni de justice”.

Si, parmi les principes directeurs du procès, l'article 12 du code de


procédure civile oblige le juge à donner ou restituer leur exacte
qualification aux faits et actes litigieux invoqués par les parties au
soutien de leurs prétentions sans s’arrêter à la dénomination que les
parties en auraient proposée, il ne lui fait pas obligation, sauf règles

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particulières, de changer la dénomination ou le fondement juridique de
leurs demandes.

Dès lors qu'au cas particulier, l'action est expressément fondée sur les
dispositions de l'article L141-1 du code de l'organisation judiciaire, dont
l'application relève de la compétence du juge judiciaire, il y a lieu de se
déclarer compétent.

S’agissant de l’exception d’incompétence au profit du Conseil d’Etat


relevée par l’agent judiciaire de l’Etat, aux fins de statuer sur la légalité
d’un arrêté ministériel, il convient de constater que les parties ne
forment aucune demande à ce titre.

L’exception d’incompétence n’a donc pas lieu d’être examinée.

Sur la recevabilité des demandes présentées par les avocats

La faute lourde, qui peut se définir comme toute déficience caractérisée


par un fait ou une série de faits traduisant l’inaptitude du service public
de la justice à remplir la mission dont il est investi, peut être invoquée
par l’usager du service public de la justice qui dénonce un
dysfonctionnement susceptible d’engager la responsabilité de l’Etat.

Pour pouvoir invoquer utilement l’article L. 141-1 du code de


l’organisation judiciaire, il faut donc établir l’existence d’un lien
effectif et personnel entre l’usager du service de la justice et la
procédure pour laquelle il dénonce un possible dysfonctionnement.

Or l’avocat, pris en sa qualité d’auxiliaire de justice, ne peut pas être


considéré comme usager du service public de la justice au sens de
l’article L. 141-1 du code de l’organisation judiciaire.

Il en va de même, à plus forte raison, des barreaux et associations


représentatives de la profession d’avocat.
En conséquence, la demande en dommages et intérêts formée par
Madame Perrier, prise en sa qualité d’avocate, en réparation du
préjudice qu’elle a subi pour avoir plaidé aux côtés de son client dans
un box sécurisé devant le tribunal correctionnel de Nîmes, est
irrecevable.

De même, est irrecevable la demande formée par les barreaux de France


et associations représentatives de la profession d’avocat, portant sur
l’ensemble des constructions réalisées dans les juridictions françaises.

Sur la demande formée par M. Ganéa

M. Ganea forme une demande en paiement de dommages et intérêts en


réparation du préjudice qu’il a subi lors de l’audience à laquelle il a
comparu le 8 janvier 2018 devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-
Bresse. Il reproche au tribunal d’avoir rejeté la demande qu’il avait
présentée aux fins d’être extrait du box dans lequel il avait été conduit.

Aux termes de l'article 5 §1 de la Convention de sauvegarde des droits


de l'homme et des libertés fondamentales, toute personne a droit à la

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liberté et à la sûreté et nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les
cas précisés par la Convention et selon les voies légales.

L’article 318 du code de procédure pénale prévoit que “l’accusé


comparaît libre et seulement accompagné de gardes pour l’empêcher
de s’évader”, étant précisé que la Directive européenne (UE) 2016/343
du parlement européen et du conseil du 9 mars 2016, portant
renforcement de certains aspects de la présomption d'innocence et du
droit d'assister à son procès dans le cadre des procédures pénales,
précise en son article 5 que :
“1. Les États membres prennent les mesures appropriées pour veiller
à ce que les suspects et les personnes poursuivies ne soient pas
présentés, à l'audience ou en public, comme étant coupables par le
recours à des mesures de contrainte physique.

2. Le paragraphe 1 n'empêche pas les États membres d'appliquer les


mesures de contrainte physique qui s'avèrent nécessaires pour des
raisons liées au cas d'espèce relatives à la sécurité ou à la nécessité
d'empêcher les suspects ou les personnes poursuivies de prendre la
fuite ou d'entrer en contact avec des tiers”.
Il s’ensuit que la comparution dans un box sécurisé à l’occasion d’un
procès pénal déterminé n’est pas en soi constitutive d’un
dysfonctionnement du service public de la justice, ni d’une atteinte aux
droits de la défense ou à la dignité du mis en cause.

Pour que la responsabilité de l’Etat soit engagée, encore faut-il


démontrer, au cas particulier, soit que les conditions de l’article 318 du
code de procédure pénale et de la Directive européenne précitée ne sont
pas remplies, soit que le box effectivement utilisé entrave l’exercice des
droits de la défense ou ne permet pas une comparution digne à
l’audience.

En l’espèce, M. Ganéa ne démontre pas que son maintien dans le box


sécurisé pendant l’audience du 8 janvier 2018 a porté atteinte à ses
droits de la défense et à sa dignité, la seule photographie communiquée,
censée représenter la salle d’audience concernée, étant à cet égard
insuffisante.

Et en ne produisant pas la réponse du tribunal correctionnel de Bourg-


en-Bresse à ses conclusions demandant à être extrait du box avant
d’être jugé, M. Ganéa ne met pas la présente juridiction en mesure
d’évaluer le caractère éventuellement fautif de son maintien.

Sa demande doit en conséquence être rejetée.

Il n’est pas inéquitable de laisser à la charge des défendeurs les frais


qu’ils ont pu exposer au titre de l’article 700 du code de procédure
civile.

PAR CES MOTIFS,

Reçoit les demandeurs en leur intervention volontaire aux côtés du


syndicat des Avocats de France,

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Rejette les exceptions d’incompétence,

Déclare les demandes formées par les barreaux, les associations


représentatives de la profession d’avocat et par Madame Perrier
irrecevables,

Déboute M. Ganea de ses demandes,

Rejette les demandes formées au titre de l’article 700 du code de


procédure civile,

Condamne les parties en demande aux dépens, qui pourront être


recouvrés conformément aux dispositions de l’article 699 du code de
procédure civile.

Fait et jugé à Paris le 12 Février 2018

Le Greffier Le Président

H. SAHRAOUI C. DAVID

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