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Classe de première : l’autobiographie

Sujet proposé et corrigé par Monsieur R. DECRIAUD, aide I.P.R. professeur de Lettres Modernes au lycée Presles à Cusset
(03306) dans le cadre de la préparation à l'agrégation interne

I. Enoncé et textes littéraires objets de l’étude.

COMPOSITION A PARTIR D'UN OU PLUSIEURS TEXTES D'AUTEUR


A partir du groupement de cinq textes qui vous sont proposés, vous entreprenez, dans une classe de Première, l'étude de
l'écriture littéraire autobiographique. Dans une composition argumentée, vous définirez votre projet d'ensemble et ses
modalités d'exécution. Vous présenterez ensuite le contenu détaillé de l'une des séances, à votre choix.
Texte n° 1 : Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions (1765-1770, édition posthume : 1782-1789)
Texte n° 2 : A. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe (3.12., 1848-1850)
Texte n° 3 : Colette, Journal à rebours (1941)
Texte n° 4 : Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien (1951)
Texte n° 5 : Georges Pérec, Je me souviens (1978)

Texte 1 : Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions (Livre I, 1782)


Intus et in cute
Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes
semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vu ; j'ose croire
n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis un autre. Si la nature a bien ou mal
fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le
souverain juge. Je dirai hautement :"Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la
même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce
n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir
pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus ; méprisable et vil quand je l'ai été, généreux,
sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Etre éternel, rassemble autour de moi
l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent
de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son coeur aux pieds de ton trône avec la même sincérité ; et puis
qu'un seul te dise, s'il l'ose : "Je fus meilleur que cet homme-là".

Texte 2 : Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe (III, 12 - 1848 - 1850)


Mes joies de l'automne
Plus la saison était triste, plus elle était en rapport avec moi : le temps des frimas, en rendant les communications
moins faciles, isole les habitants des campagnes : on se sent mieux à l'abri des hommes.
Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne ; ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent
comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence, ce soleil
qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.
Je voyais avec un plaisir indicible le retour de la saison des tempêtes, le passage des cygnes et des ramiers, le rassemblement
des corneilles dans la prairie de l'étang, et leur perchée à l'entrée de la nuit sur les plus hauts chênes du grand Mail. Lorsque
le soir élevait une vapeur bleuâtre au carrefour des forêts, que les complaintes ou les lais du vent gémissaient dans les
mousses flétries, j'entrais en pleine possession des sympathies de la nature. Rencontrais-je quelque laboureur au bout d'un
guéret ? je m'arrêtais pour regarder cet homme germé à l'ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné, et qui
retournant la terre de sa tombe avec le soc de la charrue, mêlait ses sueurs brûlantes aux pluies glacées de l'automne : le
sillon qu'il creusait était le monument destiné à lui survivre. Que faisait à cela mon élégante démone ? Par sa magie, elle me
transportait au bord du Nil, me montrait la pyramide égyptienne noyée dans le sable, comme un jour de sillon armoricain
caché sous la bruyère : je m'applaudissais d'avoir placé les fables de ma félicité hors du cycle des réalités humaines.
Le soir je m'embarquais sur l'étang, conduisant seul mon bateau au milieu des joncs et des larges feuilles flottantes du
nénuphar. Là, se réunissaient les hirondelles prêtes à quitter nos climats. Je ne perdais pas un seul de leur gazouillis :
Tavernier enfant était moins attentif au récit d'un voyageur. Elles se jouaient sur l'eau au tomber du soleil, poursuivaient les
insectes, s'élançaient ensemble dans les airs, comme pour éprouver leurs ailes, se rabattaient à la surface du lac, puis se
venaient suspendre aux roseaux que leur poids courbait à peine, et qu'elles remplissaient de leur ramage confus.

Texte 3 : Colette, Journal à rebours, La chaufferette, 1941, Fayard


Dans ma jeunesse, je n'ai jamais, jamais, désiré écrire. Non, je ne me suis pas levée la nuit en cachette pour écrire
des vers au crayon sur le couvercle d'une boîte à chaussures ! Non, je n'ai pas jeté au vent d'ouest et au clair de lune des
paroles inspirées ! Non, je n'ai pas eu 19 ou 20 pour un devoir de style, entre douze et quinze ans ! Car je sentais, chaque
jour mieux, je sentais que j'étais justement faite pour ne pas écrire. Je n'ai jamais envoyé, à un écrivain connu, des essais qui
promettaient un joli talent d'amateur ; pourtant, aujourd'hui, tout le monde le fait, puisque je ne cesse de recevoir des
L’autobiographie / R. Décriaud 1
manuscrits. J'étais donc bien la seule de mon espèce, la seule mise au monde pour ne pas écrire. Quelle douceur j'ai pu
goûter à une telle absence de vocation littéraire ! Mon enfance, ma libre et solitaire adolescence, toutes deux préservées du
souci de m'exprimer, furent toutes deux occupées uniquement de diriger leurs subtiles antennes vers ce qui se contemple,
s'écoute, se palpe et se respire. Déserts limités, et sans périls : empreintes, sur la neige, de l'oiseau et du lièvre ; étangs
couverts de glace, ou voilés de chaude brume d'été ; assurément vous me donnâtes autant de joies que j'en pouvais contenir.
Dois-je nommer mon école une école ? Non, mais une sorte de rude paradis où des anges ébouriffés cassaient du bois, le
matin, pour allumer le poêle, et mangeaient, en guise de manne céleste, d'épaisses tartines de haricots rouges, cuits dans la
sauce au vin, étalés sur le pain gris que pétrissaient les fermières... Point de chemin de fer dans mon pays natal, point
d'électricité, point de collège proche, ni de grande ville. Dans ma famille, point d'argent, mais des livres. Point de cadeaux,
mais de la tendresse. Point de confort, mais la liberté. Aucune voix n'emprunta le son du vent pour me glisser avec un petit
souffle froid, dans l'oreille, le conseil d'écrire, et d'écrire encore, de ternir, en écrivant, ma bondissante ou tranquille perception
de l'univers vivant...

Texte 4 : Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, 1951


En Espagne, aux environs de Tarragone, un jour où je visitais seul une exploitation minière à demi abandonnée, un
esclave dont la vie déjà longue s'était passée presque tout entière dans ces corridors souterrains se jeta sur moi avec un
couteau. Point illogiquement, il se vengeait sur l'empereur de ses quarante-trois ans de servitude. Je le désarmais facilement ;
je le remis à mon médecin : sa fureur tomba ; il se transforma en que ce qu'il était vraiment, un être pas moins sensé que les
autres et plus fidèle que beaucoup. Ce coupable que la loi sauvagement appliquée eût fait exécuter sur-le-champ devint pour
moi un serviteur utile. La plupart des hommes ressemblent à cet esclave : ils ne sont que trop soumis ; leurs longues périodes
d'hébétude sont coupées de quelques révoltes aussi brutales qu'inutiles. Je voulais voir si une liberté sagement entendue n'en
eût pas tiré davantage, et je m'étonne que pareille expérience n'ait pas tenté plus de princes. Ce barbare condamné au travail
des mines devint pour moi l'emblème de tous nos esclaves, de tous nos barbares. Il ne me semblait pas impossible de les
traiter comme j'avais traité cet homme, de les rendre inoffensifs à force de bonté, pourvu qu'ils sussent d'abord que la main
qui les désarmait était sûre. Tous les peuples ont péri jusqu'ici par manque de générosité : Sparte eût survécu plus longtemps
si elle avait intéressé les Hilotes à sa survie ; Atlas cesse un beau jour de soutenir le poids du ciel, et sa révolte ébranle la
terre. J'aurais voulu reculer le plus possible, éviter s'il se peut, le moment où les barbares au-dehors, les esclaves au-dedans,
se rueront sur un monde qu'on leur demande de respecter de loin ou de servir d'en bas, mais dont les bénéfices ne sont pas
pour eux. Je tenais à ce que la plus déshéritée des créatures, l'esclave nettoyant les cloaques des villes, le barbare affamé
rôdant aux frontières, eût intérêt à voir durer Rome. Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer
l'esclavage : on ne changera tout au plus le nom. Je suis capable d'imaginer des formes de servitudes pire que les nôtres,
parce que plus insidieuses : soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient
libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du
travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares. A cette servitude de l'esprit, ou de l'imagination
humaine, je préfère encore notre esclavage de fait. Quoi qu'il en soit, l'horrible état qui met l'homme à la merci d'un autre
homme demande à être soigneusement réglé par la loi. J'ai veillé à ce que l'esclave ne fût plus cette marchandise anonyme
qu'on vend sans tenir compte des liens de famille qu'il s'est créés, cet objet méprisable dont un juge n'enregistre le
témoignage qu'après l'avoir soumis à la torture, au lieu de l'accepter sous serment.

Texte 5 : Georges Pérec, Je me souviens, 1978, Seuil


60
Je me souviens des G-7 avec leurs vitres de séparation et leurs strapontins.
61
Je me souviens que Les Noctambules et Le Quartier Latin, rue Champollion, étaient des théâtres.
62
Je me souviens des scoubidous.
63
Je me souviens de "Dop Dop Dop, adoptez le shampooing Dop."
64
Je me souviens comme c'était agréable, à l'internat, d'être malade et d'aller à l'infirmerie.
65
Je me souviens qu'à l'occasion de son lancement, l'hebdomadaire Le Hérisson ("Le Hérisson rit et fait rire") donna un grand
spectacle au cours duquel, en particulier, se déroulèrent plusieurs combats de boxe.
66
Je me souviens d'une opérette dans laquelle jouaient les Frères Jacques, et Irène Hilda, Jacques Pils, Armand Mestral et
Maryse Martin. (Il y en eut une autre, des années plus tard, également avec les Frères Jacques, qui s'appelait La Belle Arabelle
; c'est peut-être dans celle-là, et pas dans la première, qu'il y avait Armand Mestral).
67
Je me souviens que je devins, sinon bon, du moins un peu moins nul en anglais, à partir du jour où je fus le seul de la classe à
comprendre que earthenware voulait dire "poterie".
68
Je me souviens de l'époque où il fallait plusieurs mois et jusqu'à plus d'une année d'attente pour avoir une nouvelle voiture.

L’autobiographie / R. Décriaud 2
L’autobiographie / R. Décriaud 3
II. Plan du corrigé
Observation et analyse du groupement de textes constitué, et réflexion en vue de son organisation didactique
Organisation générale de la séquence
Contenu détaillé de chacune des quatre séances
Réaliser un groupement de textes sur l'écriture autobiographique relève de la gageure. La littérature autobiographique est si
abondante, en effet, qu'il semble impossible de se limiter à cinq ou six textes : quel que soit le choix réalisé, les lacunes
paraîtront criantes, tant pour le choix des auteurs que pour celui des genres, multiples, qui gravitent autour de ce que l'on est
convenu d'appeler l'"autobiographie".
Il sera donc indispensable de bien définir les objectifs : quels aspects de l'autobiographie avons-nous décidé de faire découvrir
en priorité à nos élèves ? Le libellé du sujet, en parlant "d'écriture autobiographique", nous incite à analyser et à confronter les
textes dans leur énonciation. Mais il pourra sembler pertinent aussi d'envisager l'évolution d'un genre dans une perspective
historique. A la fin de son ouvrage, Le pacte autobiographique, auquel nous serons amenés à nous référer souvent, Philippe
Lejeune met le lecteur en garde contre les anachronismes qu'entraînerait "la première des illusions de perspective" : "l'illusion
de l'éternité" d'un genre (p. 314-315).
Le groupement étant ainsi constitué, il importe donc, dans un premier temps, d'en confronter les textes, afin d'organiser le
déroulement de la séquence.

1 - Observation et analyse du groupement de textes constitué et réflexion en vue de son organisation


didactique.
C'est une partie importante de l'exercice. Rappelons que le professeur est alors à son bureau, non dans sa classe. Il ne s'agit
pas de modifier le groupement de textes mais de l'observer, de l'analyser, de le critiquer, pour en dégager des axes d'étude.
a) On observe d'abord un groupement large, qui s'étale sur trois siècles. On se proposera donc de montrer l'évolution
d'un genre littéraire, tout en gardant à l'esprit la consigne du sujet, orientée vers les caractéristiques de l'écriture de
ce genre. Remarquons au passage que tous les textes sont en prose.
b) Il commence au 18è siècle, avec un texte canonique (inévitable ?) considéré généralement comme le point de
départ de la littérature du moi. Cf. Philippe Lejeune (Le pacte autobiographique, p. 331) : "Nous pouvons appeler
cette forme très importante de la fiction en prose la confession, d'après Saint Augustin, qui semble l'avoir inventée, et
d'après Rousseau, qui en a établi le type moderne".
c) Quoique large, le groupement se limite à trois siècles, ce qui exclut Montaigne et Les Essais. J.-J. Rousseau,
pourtant, fait référence à Montaigne, au chapitre 10 des Confessions, en opposant sa propre sincérité à la coquetterie
de l'auteur des Essais. Il pourrait donc être intéressant - et légitime en classe de Première - que l'étude de Montaigne
ait été abordée auparavant, soit dans un groupement de textes mettant en évidence des sujets ou des aspects divers
des Essais, soit dans d'autres groupements de textes où figureraient des extraits des Essais1.
d) L'absence du 17è siècle, en revanche, ne nous surprend pas. Le moi y est considéré comme "haïssable" et Pascal,
parlant de Montaigne, évoque "le sot projet qu'il a eu de se peindre". Si l'on en croit Philippe Lejeune, pourtant, le 17è
siècle aurait sa place dans une étude de l'autobiographie : "il est difficile de comprendre l'autobiographie à la
Rousseau sans la situer par rapport à la tradition des confessions religieuses, ou sans voir comment, depuis le milieu
du 17è siècle, un jeu d'échanges entre Les Mémoires et le roman avait peu à peu transformé le récit de la première
personne", écrit-il (op. cit. p.316). Mais ce serait amorcer un travail de recherche et d'érudition, qui n'est pas notre but
avec des élèves de Première.
e) De nombreux excellents auteurs, de nombreux ouvrages, sont absents : comment faire autrement ? Citons, pêle-
mêle, outre Montaigne, déjà cité, Saint Simon, le cardinal de Retz, Stendhal (La vie de Henri Brulard), George Sand
(Histoire de ma vie), Jules Vallès, Marcel Proust, Michel Leiris, Albert Cohen (Le Livre de ma mère), Jean-Paul Sartre
(Les Mots), Julien Green, François Mauriac, Claude Mauriac, Nathalie Sarraute (Enfance), le général De Gaulle, Alain
Bosquet (L'enfant que tu étais), Marguerite Duras (L'Amant), ou encore d'autres titres d'auteurs figurant déjà dans
notre groupement : Souvenirs pieux de Marguerite Yourcenar, W ou le souvenir d'enfance de Georges Pérec...
f) L'abondance et la richesse des oeuvres rendent possibles de nombreux autres groupements de textes (voir, à cet
égard, ceux que proposent les différents manuels à l'usage des lycéens), selon la problématique envisagée - ce qui
nous invite à dégager celle de notre groupement, pour envisager un libellé que l'on pourra formuler, éventuellement,
seulement à la fin de l'étude des textes.
g) Dans une littérature aussi abondante et diverse, il conviendra de s'interroger sur le genre littéraire auquel
appartiennent les extraits proposés : s'agit-il de confessions, de Mémoires, d'un journal intime, d'un entretien, d'un
témoignage en forme de récit d'une vie, de lettres, d'une biographie 2, d'un essai, d'un roman autobiographique, de
pseudo-Mémoires, d'une pseudo autobiographie, etc. Le paratexte nous fournira, à cet égard, des indications
précieuses, qu'il faudra, bien évidemment, confronter au texte lui-même.

1 On peut envisager un groupement de textes autour de Montaigne que l'on intitulerait : "A la découverte de Montaigne" ou encore "Montaigne, homme et
philosophe", qui partirait des textes les plus simplement autobiographiques pour aller vers des textes plus philosophiques illustrant le stoïcisme, le scepticisme,
et pour en finir, la sagesse humaniste de Montaigne.
2 Une biographie peut être écrite à la première personne, sans être, pour autant, une auto-biographie.. Ainsi, Marcel Jullian a écrit un ouvrage intitulé Je suis
François Villon dans lequel il retrace la vie du poète. Un écrivain américain contemporain comme Paul Auster se présente comme le biographe de ses
personnages. Dans Léviathan, par exemple, (Ed. Actes Sud, 1993), le narrateur, Peter Aaron, dont les initiales sont celles de l'auteur, rédige la biographie de
son ami Benjamin Sachs. Mais leurs vies ont été si étroitement mêlées qu'il est conduit de la sorte à raconter de larges épisodes de sa propre vie.
L’autobiographie / R. Décriaud 4
2 - Organisation générale de la séquence
a) Une explication du texte de J.-J. Rousseau, le premier dans l'ordre chronologique, pourrait être judicieuse. Elle
permettrait, en effet, de mettre en évidence la notion de "contrat de lecture", établi implicitement ou explicitement,
entre l'auteur et son lecteur et qui, selon P. Lejeune (op. cit. p. 44) "détermine le mode de lecture du texte et
engendre les effets qui, attribués au texte, nous semblent le définir comme autobiographie". Les traits caractéristiques
de ce premier texte permettront une confrontation avec les autres textes du groupement, à partir d'un certain nombre
de critères précis. Ceux-ci pourront donner lieu à un tableau (cf plus bas), que l'on remplira progressivement au cours
de la séquence. (On se reportera au tableau lui-même pour en connaître, dès maintenant, les différentes "entrées").
b) Rien ne nous interdit de suivre l'ordre chronologique des textes... Au contraire, celui-ci nous permet de faire
apparaître devant une classe de Première, un demi-siècle environ après la publication des Confessions, l'une des
caractéristiques fondamentales du Romantisme : l'émergence de la littérature du moi, ou "littérature personnelle"
(l'expression est de Brunetière, mais elle est reprise par P. Lejeune - op. cit. p. 335). La même critique déclare encore
voir dans le Romantisme "l'un des aspects les plus fascinants d'un des grands mythes de la civilisation occidentale
moderne, le mythe du moi". (P. Lejeune, L'autobiographie en France, A. Colin, 1975, p. 105).
c) Si la littérature romantique est caractérisée par l'invasion du moi, la vague autobiographique s'enfle encore au 20è
siècle jusqu'à éclater sous des formes diverses. Les récits autobiographiques, témoignages personnels, essais,
mémoires, journaux intimes s'y multiplient. Il n'est donc pas étonnant que trois textes sur cinq appartiennent au 20è
siècle. L'abondance et la multiplicité des formes prises par la littérature autobiographique nous ramènent encore au
problème de la pertinence des textes choisis. Par opposition au texte précédent, de Chateaubriand, on rangera
aisément l'extrait des Mémoires d'Hadrien dans le genre littéraire des Mémoires fictifs, ou pseudo-Mémoires. On
s'attachera à en préciser la définition, en s'interrogeant sur leur but, leur pertinence, leur intérêt, leurs différences
aussi avec les vrais textes littéraires du même auteur (Souvenirs pieux, 1974, Archives du Nord, 1977, Quoi
l'éternité ?, 1988, ouvrage posthume).
d-e) Classés parfois dans la rubrique des jeux littéraires, avec des pseudo journaux intimes, pseudo biographies et
autres pseudo correspondances (voir, à cet égard, l'ouvrage de Marie-Madeleine Touzin, L'écriture autobiographique,
Ed. Bertrand Lacoste, 1993), les pseudo Mémoires présentent une variante originale d'un genre surexploité. On aurait
donc pu associer l'analyse de ce texte avec celle de l'extrait de l'ouvrage de G. Pérec pour confronter deux formes
originales de jeu littéraire. Toutefois, il nous a paru préférable d'associer ce dernier texte avec celui de Colette, de
manière à rapprocher deux formes de contestation et de rejet d'un genre littéraire. Le titre même de l'ouvrage de
Colette, Journal à rebours, marque une volonté de contestation et de rejet : rejet du contenu des autobiographies,
trop nombreuses, déjà publiées, et que l'auteur, comme son lecteur, garde implicitement en mémoire (G. Genette
parlerait d'hypotexte) ; rejet délibéré, aussi, d'un stéréotype bien installé : celui de l'enfant précoce, doué pour
l'écriture, devenu par la suite, tout naturellement, écrivain.
La présentation du texte de G. Pérec marque, à elle seule, le point d'aboutissement d'une réflexion sur les limites et
les lacunes du genre autobiographique : les défaillances de la mémoire ne sont plus éludées ni dissimulées, mais, au
contraire, acceptées comme inévitables. Il en va de même pour la mauvaise foi, inévitable dans un genre totalement
subjectif. Il soulève en outre le problème de l'ordre dans la reconstitution du souvenir, et du caractère artificiel d'une
re-création rédigée. Il pourra être intéressant, comme nous l'avons proposé pour Marguerite Yourcenar, de mettre ce
texte en relation avec d'autres oeuvres autobiographiques du même écrivain (W. ou le souvenir d'enfance, récit,
1975), déjà porteur d'interrogations sur le processus du souvenir et sur l'écriture autobiographique. Celui-ci semble
être le point d'aboutissement de la réflexion sous-jacente dans le précédent. Il fait figure de constat d'échec, incitant
l'écrivain à proposer à son lecteur un matériau brut, une succession d'images. Il propose un nouveau pacte avec le
lecteur (le lecteur privilégié étant, de toute évidence, celui qui a le même âge que l'auteur, et qui a connu l'époque
évoquée). C'est aussi une tentative d'écriture nouvelle, plus efficace dans son dépouillement, dans son parti pris de
sobriété : tentative intéressante, au même titre que beaucoup d'autres, du même auteur, mais dont les limites
apparaissent néanmoins très vite, le refus de l'écriture entraînant peut-être le refus du plaisir du texte.
Au terme de l'examen critique de ce groupement de textes, on pourra regretter l'absence d'un extrait de roman
autobiographique, permettant d'illustrer ce que les critiques appellent "l'espace autobiographique", et de répercuter
ici, peut-être, l'interrogation de P. Lejeune sur la pertinence des Mémoires autobiographiques chez les écrivains
comme François Mauriac ou André Gide, qui ont mis beaucoup d'eux-mêmes dans leurs romans, et ont déclaré que la
fiction romanesque seule dit la vérité' Mais l'étude de l'interaction entre la fiction et la confession, entre
l'autobiographie déclarée et "l'espace autobiographique" offre, à elle seule, la possibilité d'un autre groupement de
textes.

Pour nous en tenir à celui qui nous est proposé, on pourrait donc envisager ainsi l'organisation de la séquence.
Première séance : J.-J. Rousseau, explication de texte. Cette séance s'achèvera par l'audition d'un concerto, par exemple le
concerto en la mineur de J.-S. Bach, N°1, considéré comme le premier du genre, afin de démontrer, dans un autre art,
l'affirmation parallèle du moi, la revendication de l'individualisme.
Deuxième séance : Chateaubriand, lecture méthodique et préparation au commentaire composé - en attendant les
directives concernant les nouvelles épreuves du baccalauréat.
Troisième séance : Marguerite Yourcenar et les pseudo mémoires.
Quatrième séance : Colette et Georges Pérec : deux formes modernes du refus du genre.
L’autobiographie / R. Décriaud 5
La séquence aura pour but de faire découvrir à des élèves de Première les caractéristiques de l'"écriture autobiographique",
par l'analyse de deux textes canoniques et de trois avatars - parmi tant d'autres - d'un genre surabondant et protéiforme.
En cela, notre projet ne sera pas différent de celui que présente Philippe Lejeune dans l'avant-propos du Pacte
autobiographique :
- confronter des techniques d'écriture à l'intérieur d'un même genre, très vaste,
- sur le plan de l'histoire littéraire, essayer de faire apparaître l'évolution d'un genre sur trois siècle (son point de départ, son
évolution et ses multiples avatars).
Le groupement de textes pourrait donc être envisagé à la fois d'une manière thématique et sous un angle problématique. Il
est possible, maintenant, de proposer un libellé, par exemple : L'écriture autobiographique : son évolution et ses
formes ou bien encore Quelques aspects de l'écriture autobiographique, du 18è au 20è siècle.

3 - Le contenu détaillé de l'une des séances

NB : Nous présenterons ici toutes les séances. Mais il est bien évident que cinq heures ne permettent pas, au concours, d'en
présenter plus une.

première séance : Les Confessions de J.J.Rousseau (explication linéaire)


deuxième séance : Les mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand (lecture méthodique)
troisième séance : Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar
quatrième séance : Colette et Georges Pérec, deux formes modernes du refus de l'autobiographie traditionnelle
Conclusion du devoir

PREMIERE SEANCE : J.-J. Rousseau, les Confessions, EXPLICATION LINEAIRE

J.-J. Rousseau rédige Les Confessions entre 1767 et 1771 malgré sa vie errante. Elles furent publiées après sa mort,
entre 1782 et 1789. Notre extrait, préambule de l'ouvrage, est le premier texte de notre groupement, non seulement en raison
de l'ordre chronologique mais aussi parce qu'il est une sorte de manifeste, auquel nous serons amenés à nous référer pour
l'étude de chacun des autres textes. Il est le représentant du "pacte autobiographique" tel que le définit Philippe Lejeune, dans
lequel "l'auteur s'est déclaré explicitement identique au narrateur (et donc au personnage puisque le récit est autodiégétique"
(op. cit. p.29).Nous nous attacherons donc tout particulièrement à mettre en relief les éléments du texte qui ouvrent la voie à
une littérature autobiographique ultérieure.
En guise de préparation, (prérequis), deux questions pourraient amorcer l'exercice réalisé oralement en classe :
1°) Relevez les occurrences du "je" et des autres pronoms personnels de la première personne du singulier.
2°) A qui s'adresse J.-J. Rousseau dans cette page ? Pourquoi, selon vous ?
La séance se déroulera sous la forme d'une explication de texte linéaire, au fil de chacun des deux paragraphes du passage,
qui en forment les deux parties :
1°) Une revendication orgueilleuse, par le narrateur, de sa singularité ;
2°) Une exhortation pathétique à Dieu - et aux hommes.

1°) La singularité revendiquée avec orgueil


D'emblée, la singularité de l’œuvre est associée à celle de l'homme, sur un ton péremptoire. La phrase liminaire, en deux
volets, proclame la singularité de l’œuvre : affirmation catégorique, mais néanmoins erronée pour la référence au passé et
quelque peu téméraire pour ce qui est de l'avenir. Certes, Rousseau ne pouvait pas deviner qu'il ferait école au point de
donner naissance à un mouvement littéraire fondé sur l'exaltation du moi, la narration des aventures personnelles et l'analyse
des états d'âme individuels. Mais quant à la référence au passé, la mauvaise foi est évidente, puisque le titre est emprunté à
saint Augustin, et que la deuxième phrase aurait pu être écrite par Montaigne. Il est vrai que J.-J. Rousseau fera explicitement
référence à l'auteur des Essais au chapitre 10 des Confessions, pour souligner sa coquetterie, à laquelle il oppose sa propre
sincérité. L'intertextualité est donc ici manifeste, revendiquée : même s'il prétend s'opposer à lui, Rousseau ne s'en inscrit pas
moins dans la lignée d'un auteur, et ce préambule rappelle inévitablement "l'Avis au lecteur" des Essais.
La similitude s'arrête d'ailleurs là. Elle ne se prolongera pas dans le deuxième paragraphe car si Montaigne cherche à peindre,
à travers lui-même, l'humaine condition et trouve là une excuse au caractère personnel et anecdotique des Essais, Rousseau,
au contraire, affirme délibérément son moi, dans une phrase nominale lapidaire, que l'on peut rapprocher de l'épigraphe
("intérieurement et dans ma chair"). Il est vrai que dans l'Avertissement il propose ce portrait sincère comme "première pièce
de comparaison pour l'étude des hommes, qui certainement est encore à commencer", mais le préambule est surtout marqué
par l'orgueil agressif d'un homme qui revendique sa différence avec force, ce qui le présente, aux yeux du lecteur moderne,
comme le père de héros romantiques tels que le René de Chateaubriand (1802), le Dom Juan de Byron (1824), le Moïse de
Vigny (1826) ou encore Julien Sorel, dans le Rouge et le Noir de Stendhal (1834). Vers le milieu du dix-neuvième siècle,
Baudelaire verra dans la différence qui l'oppose au commun des mortels le fondement même de sa personnalité d'artiste et la
source de sa poésie (cf. dans les Fleurs du Mal, des poèmes comme l'Albatros, Recueillement).
L'agressivité du ton, marquée par des phrases courtes, des asyndètes brutales, peut s'expliquer par les déboires antérieurs
d'un philosophe abondamment attaqué et qui va essayer de se justifier (retenons, entre autres, la condamnation de l'Emile par
le Parlement de Paris, la fuite vers la Suisse pour éviter une arrestation, la parution, à Genève, en 1764, d'un pamphlet
anonyme - en réalité oeuvre de Voltaire, Le sentiment des citoyens, où est révélé l'abandon des enfants'). Il a conscience de la
L’autobiographie / R. Décriaud 6
difficulté de la tâche qui l'attend, puisqu'il est un pionnier qui s'aventure sur des chemins inconnus. Derrière l'orgueil, affleure
donc la blessure d'un homme qui demande à être entendu avant d'être condamné : "' on ne peut juger qu'après m'avoir lu".
2°) Exhortation, adjuration à Dieu et aux hommes
Sans doute est-ce le verbe "juger" qui marque la transition vers l'appel au "souverain juge". Le ton change. D'agressif, il
devient solennel. Rousseau revendique sa bonne conscience, face à un tribunal divin, devant lequel les hommes,
conformément à la tradition biblique, devront répondre à leurs actes. Ce tribunal seul compte, et non celui des hommes, dont
le jugement, comme seront attachés à le montrer Montaigne et Pascal, est incertain. Une succession de phrases juxtaposées,
toutes commençant par "je", dessinent l'attitude d'un homme que sa bonne conscience rend sûr de lui. Le rythme est
mimétique de la démarche ferme de celui qui s'avance sans crainte pour affronter "le souverain juge". Le livre qu'il tient à la
main est emblématique : c'est le livre de la vie, où sont énoncés avec force ("hautement"), sur un rythme ternaire bien martelé,
ses actes, ses pensées, son être.
Son aplomb s'explique par sa franchise : ni modeste vis à vis du bien, ni hypocrite vis à vis du mal. Le titre prend ici toute sa
signification : c'est une confession que le lecteur va lire - et la confession est suivie de l'absolution. Une phrase beaucoup plus
longue développe, en la nuançant, l'affirmation précédente, concernant le respect de la vérité. La possibilité d'un défaut de
mémoire n'est pas rejetée, mais elle n'a pu porter que sur des détails. Quant à l'erreur, toujours envisageable, elle n'aura
jamais été délibérée. Une formule reprend, en conclusion, ce qui vient d'être dit : "tel que je fus", en énumérant à nouveau des
séries d'adjectifs antithétiques, qu'oppose encore beaucoup mieux la reprise d'une formule identique ("quand je l'ai été"). La
phrase se développe, le rythme devient lyrique, pour préparer la prière finale, annoncée, dans la dernière proposition, par le
tutoiement et par l'allusion à l'"intérieur", que l'on peut dissimuler aux hommes, mais pas à Dieu.
La prière finale s'étale sur deux longues phrases, rythmées comme le serait la péroraison d'un sermon. L'apostrophe adressée
à l'"être éternel" suscite, après la vision prophétique du jugement dernier et de l'homme seul devant le tribunal suprême, une
scène de confession publique. Car si le jugement suprême n'appartient qu'à Dieu, la confession n'en est pas moins adressée
aux deux hommes. N'est-il pas remarquable de rencontrer, pour la deuxième fois en moins de vingt lignes, l'expression "mes
semblables", dans un texte où l'auteur revendique hautement sa différence et sa singularité ' On s'aperçoit ainsi que Rousseau
n'a pas oublié le fonds commun de l'"humaine condition". C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il fait appel aux autres hommes,
qui l'on malmené, condamné, et qu'il leur lance un appel, en trois propositions bien rythmées : appel à l'attention, d'abord ; à la
sympathie (au sens étymologique du mot), ensuite. Il n'est question ici que du mal, regrettable, honteux : ce sont les péchés,
que l'on confesse. Mais Rousseau le fait sans crainte, car il a la certitude de partager toutes ces turpitudes avec ses
"semblables", comme le montre la chute du discours direct, savamment préparée par une protase en deux temps, dont
l'ascension oratoire jusqu'à l'acmé confirme, pour finir, le ton solennel et grandiloquent du sermon. Soucieux de l'opinion de
ses semblables plus que du jugement divin, Rousseau manifeste ici une volonté de justification qui risque fort de tourner à
l'apologie de soi-même.
En conclusion, on s'efforcera de mettre en évidence les divers intérêts du texte :
1°) C'est, dès le préambule des Confessions, un texte capital pour la connaissance de Jean-Jacques : provocateur et
orgueilleux mais en même temps humble et déchiré, différent des autres, mais aussi semblable à eux, il utilise la sincérité, de
mise dans une confession, comme une arme vis à vis de ceux qui l'ont condamné. Sa souffrance et ses contradictions ne font
que le rapprocher de nous. Le lecteur pourra simplement se montrer quelque peu méfiant quant au contenu du récit d'une vie,
annoncée ici, craignant que l'on ne passe trop aisément à l'expiation vers l'apologie personnelle.
2°) Sur le plan de l'histoire littéraire, la présentation, la description, l'analyse du moi, revendiquées hautement, avec une force
arrogante, mais aussi avec un lyrisme pathétique, pas toujours exempt de grandiloquence, marquent, en cette fin du 18è
siècle, la naissance du Romantisme (on parle, en France, de Pré-romantisme, alors que le mouvement est déjà en plein essor
dans d'autres pays d'Europe), qui va s'épanouir au début du 19è siècle et s'étendre sur toute la première moitié de ce siècle.
Illustrée par des écrivains comme Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine, Vigny, Musset, c'est une littérature intime, axée sur
l'évocation lyrique du moi. C'est pourquoi l'explication du texte de Rousseau nous conduit, tout à fait logiquement, à consacrer
notre deuxième séance au deuxième texte, selon l'ordre chronologique : l'extrait des Mémoires d'Outre Tombe, de
Chateaubriand.
Auparavant, toutefois, nous souhaiterions montrer que l'émergence du moi dans la littérature n'est pas un phénomène isolé au
18è siècle. IL est lié, historiquement, à la montée de la nouvelle classe dominante, la bourgeoisie : "A travers la littérature
autobiographique se manifestent la conception de la personne et de l'individualisme propres à nos sociétés : on ne trouverait
rien de semblable ni dans les sociétés anciennes, ni dans les sociétés dites primitives, ni même dans d'autres sociétés
contemporaines des nôtres, comme la société chinoise communiste, où l'on cherche justement à éviter que l'individu
n'envisage sa vie personnelle comme une propriété privée susceptible de devenir valeur d'échange", écrit encore Philippe
Lejeune (op. cit. p.340).
Ce phénomène apparaît aussi dans d'autres domaines artistiques. Ainsi, en musique, il se manifeste dans la naissance du
concerto, où un instrument se détache du reste de l'orchestre. On passe ainsi du concerto grosso, dont Corelli avait élaboré la
forme classique à la fin du 17è siècle, au concerto pour un seul instrument (piano, violon, violoncelle, etc.). L'audition du
concerto n°1, en la mineur, de J.-S. Bach, pour violon et orchestre, considéré comme le premier du genre, paraît dont tout à
fait indiquée ici, à titre d'illustration : un véritable travail interdisciplinaire requerrait une préparation plus approfondie, ainsi que
la collaboration du professeur de musique.
NB : Il va de soi qu'un tel texte peut être intégré à de nombreux autres groupements. Le manuel Littérature (18è siècle) des
éditions Nathan, propose, par exemple :
- ROUSSEAU : ses devanciers et sa postérité (p. 307), avec un nombre important d'auteurs, parmi lesquels il faut choisir ; ou
encore (p. 307 toujours) :
- Le sentiment de la singularité. On peut envisager aussi : - Les incipit autobiographiques ou au contraire la dernière page de
l'autobiographie (clôture).
On peut encore, même s'il est banal, étudier le thème de l'automne, à travers les différentes images qu'en donnent des
écrivains comme J.-J. Rousseau, Lamartine, Chateaubriand, Hugo (Toute la Lyre, 35), Baudelaire, Verlaine, Apollinaire...
L’autobiographie / R. Décriaud 7
Le manuel Itinéraires littéraires (18è siècle) des Editions Hatier suggère quant à lui, un groupement de textes intitulé "Parler de
soi", de Montaigne à Nathalie Sarraute, et propose, en complément à l'étude de notre texte de Rousseau, le Préambule du
Manuscrit de Neufchâtel, qui ne figure pas, habituellement, dans les éditions des Confessions, dans lequel Rousseau réfléchit
sur les difficultés que présente la nouveauté de son ouvrage.
Préambule du Manuscrit de Neufchâtel
Dans cet extrait du "Préambule du manuscrit de Neufchâtel", qui ne figure pas, habituellement, dans les éditions des
Confessions, Rousseau analyse la nouveauté et les difficultés de son entreprise.
Il faudrait pour ce que j'ai à dire inventer un langage aussi nouveau que mon projet : car quel ton, quel style prendre pour
débrouiller ce chaos immense de sentiments si divers, si contradictoires, souvent si vils et quelquefois si sublimes dont je fus
sans cesse agité ? Que de riens, que de misères ne faut-il point que j'expose, dans quels détails révoltants, indécents, puérils
et souvent ridicules ne dois-je entrer pour suivre le fil de mes dispositions discrètes, pour montrer comment chaque impression
qui a fait trace en mon âme y entra pour la première fois ? Tandis que je rougis seulement à penser aux choses qu'il faut que
je dise, je sais que des hommes durs traiteront encore d'impudence l'humiliation des plus pénibles aveux ; mais il faut faire ces
aveux ou me déguiser ; car si je tais quelque chose on ne me connaîtra sur rien tant tout se tient, tant tout est un dans mon
caractère, et tant ce bizarre et singulier assemblage a besoin de toute les circonstances de ma vie pour être bien dévoilé.
Si je veux faire un ouvrage écrit avec soin comme les autres, je ne me peindrai pas, je me farderai. C'est ici de mon portrait
qu'il s'agit et non pas d'un livre. Je vais travailler pour ainsi dire dans la chambre obscure ; il n'y faut point d'autre art que de
suivre exactement les traits que je vois marqués. Je prends donc mon parti sur le style comme sur les choses. Je ne
m'attacherai point à le rendre uniforme ; j'aurai toujours celui qui me viendra, j'en changerai selon mon humeur sans scrupule,
je dirai chaque chose comme je la sens, comme je la vois, sans recherche, sans gêne, sans m'embarrasser de la bigarrure.
En me livrant à la fois au souvenir de l'impression reçue et au sentiment présent je peindrai doublement l'état de mon âme,
savoir au moment où l'événement m'est arrivé et au moment où je l'ai décrit ; mon style inégal et naturel, tantôt rapide et tantôt
diffus, tantôt sage et tantôt fou, tantôt grave et tantôt gai fera lui-même partie de mon histoire. Enfin, quoiqu'il en soit de la
manière dont cet ouvrage peut être écrit, ce sera toujours par son objet un livre précieux pour les philosophes : c'est je le
répète, une pièce de comparaison pour l'étude du coeur humain, et c'est la seule qui existe.
Rousseau, Les Confessions, "Préambule du Manuscrit de Neufchâtel"

DEUXIEME SEANCE : Chateaubriand, Mémoires d'Outre Tombe


- Lecture méthodique
Pré requis : une préparation pourra être effectuée à la maison, à partir de deux questions :
1) Compléter le tableau, dans la colonne réservée à Chateaubriand
2) Montrer que ce texte s'inscrit dans le prolongement du précédent (Jean-Jacques Rousseau)

La lecture méthodique de l'extrait pourrait être orientée autour de deux axes :


1) L'héritage rousseauiste
2) Au-delà de cet héritage, l'exploitation de la voie ouverte par Rousseau : le romantisme
1 - L'héritage rousseauiste apparaît dans :
- L'omniprésence du moi, marquée par les nombreuses occurrences du "je". Chateaubriand évoque ici des souvenirs
personnels, concernant les "deux années de délire" qu'il passa à Combourg, entre seize et dix-huit ans. J.-J. Rousseau avait
mis l'accent sur l'importance capitale de l'enfance et de l'adolescence dans la formation de la personnalité. Dans la même
optique, Chateaubriand consacre une place importante à cette période déterminante de sa vie, dans le récit de ses mémoires.
("C'est là que l'enfant disparut et que l'homme se montra, avec ses joies qui passent et ses chagrins qui restent", dit-il, dans un
autre passage des Mémoires, à propos de ces deux années passées dans "le calme morne du château de Combourg").
- L'expression du sentiment de la nature, qui rappelle le Rousseau des Rêveries du promeneur solitaire (le rapprochement est
aisé avec la deuxième ou la cinquième promenade). La nature bienveillante est présentée comme un refuge contre la
méchanceté des hommes. Elle est aussi la représentation concrète de la vie et de la mort : le rythme du deuxième paragraphe
renforce le sentiment de souffrance inhérent à la vie, en même temps qu'il développe l'idée de fatalité. La vie et la mort
s'interpénètrent, tandis que l'auteur, simple spectateur, s'efface progressivement devant la nature.
2 - Au-delà de l'héritage rousseauiste et dans le prolongement de celui-ci, on fera apparaître :
- L'adéquation entre une saison (l'automne) et un état d'âme : thème romantique qui se prolongera, par l'intermédiaire des
poètes symbolistes ("Votre âme est un paysage choisi") jusqu'au vingtième siècle où Guillaume Apollinaire, en désignant
l'automne comme sa "saison mentale", a peut-être trouvé, après un siècle de décantation, la formule définitive, pur joyau dans
lequel se concentre l'idée. Le lecteur d'Apollinaire, aujourd'hui, est obligatoirement influencé par une intertextualité, plus ou
moins implicite, comme toujours, qui le renvoie au deuxième paragraphe du texte de Chateaubriand : une affirmation illustrée
par une succession de comparaisons entre les éléments naturels et certains aspects de la vie humaine, dans une période
lyrique bien rythmée.
- La complaisance dans un état d'esprit mélancolique, source de délectation
- La méditation sur la fuite du temps et la brièveté de la vie humaine, thème éternel, réactivé par le Romantisme
- Le goût proclamé pour "la saison des tempêtes" marque l'entrée dans la littérature française du "sturm und drang", importé
d'Allemagne et d'Angleterre.
- Le goût de l'ailleurs : les voyages, à travers l'allusion à "Tavernier enfant" (les écrivains romantiques seront de grands
voyageurs) ; l'Histoire, par l'intermédiaire des vestiges qui témoignent de la fragilité des civilisations et de la vanité des
hommes et de leurs travaux (la pyramide égyptienne "noyée dans le sable" se superpose, dans l'imagination de l'auteur, à la
vision du sillon, labouré aujourd'hui, mais appelé à être "caché sous la bruyère" après la mort du laboureur).

L’autobiographie / R. Décriaud 8
- Un goût prononcé pour le rêve, enfin, qui permet de s'évader hors d'une réalité terne et toujours décevante : c'est la sylphide
("mon élégante démone"), représentation imaginaire que l'auteur se fait de la femme idéale, qui guide sa méditation, en le
transportant "sur le bord du Nil" et en le conduisant à "placer les fables de (sa) félicité hors du cercle des réalités humaines).
- Le lyrisme, enfin, met les images, la musicalité, le rythme des phrases au service de l'évocation nostalgique des souvenirs.
Une prose musicale et rythmée exprime la jubilation que procure la reconstitution mentale du monde de l'enfance par un
auteur vieilli, riche de voyages, d'expériences et de connaissances, comme le montre ici l'allusion à la civilisation égyptienne.
On pourra donc s'attacher à l'étude approfondie du rythme de certaines phrases, celle du deuxième paragraphe, par exemple,
ou encore depuis "Rencontrais-je'". Un commentaire détaillé pourrait être envisagé en séances de modules, en guise de
préparation à un commentaire composé de texte, qui pourrait être organisé autour de :
1) La connivence entre la saison et l'état d'esprit du narrateur
2) Les images du temps et de la mort
3) La jouissance de l'introspection et de l'écriture autobiographique
Cet extrait des Mémoires d'outre tombe montre la place importante qu'occupe la narration autobiographique dans les
"Mémoires". Spectateur d'événements historiques auxquels il a quelquefois participé, le narrateur est conduit à évoquer des
souvenirs intimes. Dans le cas présent, il fait revivre ses années qu'il a passées à Combourg, déterminantes pour la formation
de sa personnalité. Par la suite, les anecdotes relatives à sa vie personnelle se méleront tout naturellement aux "pages
d'histoire" dont il a été le témoin ou l'acteur.

TROISIEME SEANCE : Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien


Ecrire les mémoires d'un empereur romain au deuxième siècle après Jésus-Christ, et se glisser en lui, en lui donnant la parole,
à la première personne du singulier, relève d'un jeu littéraire séduisant, certes, mais subtil et délicat.
Il ne s'agit pas, pourtant, d'un simple exercice de style. Ce fut, au contraire, l'ouvrage de toute une vie, entreprise de longue
haleine, difficile, maintes fois abandonnée, reprise, plusieurs fois réécrite. Rappelons brièvement les principales étapes de la
mise en oeuvre des Mémoires d'Hadrien : en 1924-1925, l'auteur brûle tous les manuscrits. Elle reprend le travail en 1934,
pour l'abandonner entre 1937 et 1939 : il n'en restera qu'une seule phrase ! Le projet, totalement abandonné entre 1939 et
1948, est repris en 1948, à partir de papiers familiaux, dans lesquels l'auteur retrouve la lettre... adressée par Hadrien à Marc
(Marc Aurèle), par laquelle commence l'ouvrage. Viennent trois années de recherches érudites, associées à la rédaction de
l'ouvrage, qui paraîtra en 1951.
Les carnets de note de Marguerite Yourcenar apportent un éclairage précieux :
- sur le choix de l'époque (le deuxième siècle), "siècle des derniers hommes libres") (Carnets de notes de Mémoires
d'Hadrien p.342, éditions Folio n° 921), siècle où, selon la phrase relevée dans la correspondance de Flaubert : "les
dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme
seul à été" (Carnets de notes de Mémoires d'Hadrien p.322, éditions Folio n° 921)
- sur le choix de la forme romanesque : "Ceux qui auraient préféré un Journal d'Hadrien à des Mémoires d'Hadrien
oublient que l'homme d'action tient rarement de journal : c'est presque toujours plus tard, du fond d'une période
d'inactivité, qu'il se souvient, note, et le plus souvent s'étonne" (Carnets de notes de Mémoires d'Hadrien p.339,
éditions Folio n° 921), ou encore cette simple constatation : "Le roman dévore aujourd'hui toutes les formes : on est
peu à peu obligé d'en passer par lui. Cette étude sur la destinée d'un homme qui s'est nommé Hadrien eût été une
tragédie au dix-septième siècle ; c'eût été un essai à l'époque de la Renaissance" (Carnets de notes de Mémoires
d'Hadrien p.340 éditions Folio n° 921).
- sur le choix de la première personne du singulier : "Portrait d'une voix. Si j'ai choisi d'écrire ces Mémoires d'Hadrien à
la première personne du singulier, c'est pour me passer le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de moi-même.
Hadrien pouvait parler de sa vie plus fermement et plus subtilement que moi". (Carnets de notes de Mémoires
d'Hadrien p.330, éditions Folio n° 921)
L'entreprise requiert une grande érudition, sur l'époque et sur le personnage. Mais celle-ci ne suffit pas à éclairer Hadrien de
l'intérieur. Il faut encore "cette magie sympathique qui consiste à se transporter en pensée à l'intérieur de quelqu'un" (Carnets
de notes de Mémoires d'Hadrien p.330, éditions Folio n° 921). Elle seule pourra faire vivre le personnage et permettra de
"refaire du dedans ce que les archéologues du dix-neuvième siècle ont fait du dehors" (Carnets de notes de Mémoires
d'Hadrien p.327, éditions Folio n° 921). L'érudition permettra à l'auteur d'éviter les erreurs et les anachronismes. La sympathie,
en revanche, comporte des dangers, car deux voix vont se superposer, et l'auteur risque de se substituer entièrement à son
personnage. Marguerite Yourcenar en avait pleinement conscience, puisque selon elle, ce problème de la double voix explique
le temps de gestation de l'ouvrage (plus de trente ans). Plus jeune, elle n'aurait pas su prendre ses distances vis à vis du
personnage : "Il m'a fallu toutes ces années pour apprendre à calculer exactement les distances entre l'empereur et moi"
(Carnets de notes de Mémoires d'Hadrien p.323, éditions Folio n° 921). Elle rejette comme "une grossièreté" l'assimilation que
l'on a pu faire d'elle-même à son personnage, sur le modèle de Flaubert et de "la Bovary" (Carnets de notes de Mémoires
d'Hadrien p.341, éditions Folio n° 921), mais elle écrit, tout de suite après : "tout être qui a vécu l'aventure humaine est moi"
(Carnets de notes de Mémoires d'Hadrien p.342, éditions Folio n° 921). Sans vouloir jouer au petit jeu, d'ailleurs fort peu utile
et pertinent, qui consiste à chercher la part de "vérité" autobiographique dans un roman, on n'éliminera donc pas non plus la
possibilité que l'auteur ait prêté à son personnage ses propres vues, ses propres réactions sur certains sujets.
D'emblée, cet épisode de la conquête de l'Espagne rappellera au lecteur moderne combien l'histoire procède d'un éternel
recommencement. Il lui remettra en mémoire un épisode identique, lors de l'invasion de l'Espagne par les troupes françaises,
où le général Hugo, attaqué par un pauvre bougre, fit preuve de la même clémence qu'Hadrien : "Donne-lui tout de même à
boire, dit mon père" ( La légende des Siècles, Victor Hugo, "le temps présent" IV, "Après la bataille"). L'empereur et le général,
à dix-sept siècles d'intervalle, comprennent tous les deux la révolte d'un désespéré, qui n'a plus rien à perdre.
Il est vain de chercher à savoir si l'auteur s'est souvenu ici d'un célèbre épisode de La légende des siècles, si elle a trouvé une
trace dans des documents, ou si elle a simplement, ainsi qu'elle l'a fait maintes fois, reconstitué une réalité possible, l'essentiel
étant, bien évidemment, le caractère plausible, sur le plan historique, de l'anecdote.
L’autobiographie / R. Décriaud 9
D'autre part, l'anecdote offre surtout l'intérêt d'ouvrir une réflexion de l'empereur Hadrien sur un problème majeur de la
civilisation antique : l'esclavage. L'analyse du passage pourrait donc être orientée autour de deux axes :
1) Une interrogation sur la pertinence politique et économique de l'esclavage
2) Une réflexion sur la notion de liberté
1) Une interrogation sur la pertinence politique et économique de l'esclavage
A partir de cas particulier que constitue cet incident, l'empereur essaie de se hisser vers des considérations générales : "La
plupart des hommes ressemblent à cet esclave", "ce barbare condamné au travail des mines devint pour moi l'emblème de
tous nos esclaves, de tous nos barbares". L'assimilation des deux termes n'est pas fortuite, puisque les "barbares" (peuples ne
connaissant pas encore la civilisation romaine), dès qu'ils étaient vaincus, étaient réduits en esclavage. Quelles réflexions un
empereur romain du deuxième siècle après Jésus-Christ pouvait-il faire sur la question de l'esclavage ?
- Le Romain fier comprend la révolte. L'anecdote, rapportée dans des petites phrases courtes, en asyndète, minimise
l'importance d'une agression qui aurait dû coûter la vie à l'agresseur ;
- Le Romain intelligent comprend le parti personnel qu'il peut tirer d'une grâce ;
L'empereur tente surtout une expérience : sans ignorer l'aspect humain du problème, il déplace celui-ci vers un plan politique,
les deux aspects de la question étant liés. A travers cet homme, devenu un emblème, le politique se demande si l'on ne
pourrait pas traiter les vaincus autrement qu'en les réduisant à l'esclavage, en les rendant "inoffensifs à force de bonté". Il
imagine une forme de "participation" à la prospérité romaine, redoutant une révolte des désespérés, qui, semblables à
l'homme qui l'a agressé, n'ont rien à perdre. Des exemples mythologiques et historiques viennent étayer le bien-fondé de sa
réflexion : Atlas et Spartes. Tout le monde y trouverait son compte, y compris "le barbare affamé rôdant aux frontières", qui
aurait intérêt à se laisser conquérir pour améliorer sa condition. Même si l'homme Hadrien est loin d'être dépourvu de
sensibilité, il est important de le tenir à l'écart d'un comportement moderne. La sécheresse que confère l'asyndète au récit, la
brièveté même de l'anecdote, suffisent à montrer que l'Espagnol ne compte pas vraiment comme individu aux yeux d'un
Romain. Il ne prend d'importance, aux yeux de l'empereur, que comme moteur de l'économie romaine, qui a besoin de main
d'oeuvre, et qui n'a peut-être pas choisi le meilleur moyen de l'exploiter. Limiter les mauvais traitements, ne pas conduire la
condition des hommes jusqu'à l'insupportable, serait bénéfique à tous, et surtout à Rome, qui, seule, importe aux yeux
d'Hadrien. La réflexion s'élargit encore, dans le paragraphe suivant, jusqu'au problème de l'esclavage en général.
2) Une réflexion sur la notion de liberté : la pérennité de l'esclavage.
C'est dans le deuxième paragraphe que la présence de l'auteur se manifeste le plus. En effet, sans contester l'immense
intelligence de l'empereur, qui, associé à sa connaissance des hommes, lui permet d'envisager la pérennité de l'exploitation de
l'homme par l'homme dans les siècles à venir, la remarque sur le simple changement de nom du phénomène, sur des "formes
de servitudes pires que les nôtres parce que plus insidieuses", sur les hommes transformés en "machines stupides et
satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies", ou encore sur "le goût du travail forcené", est une référence
transparente à notre vingtième siècle. Il est clair que Marguerite Yourcenar, par la bouche d'Hadrien, stigmatise ici le
machinisme, le taylorisme, ainsi que le travail érigé en valeur fondamentale dans les pays industrialisés.
Le coupe de griffe, quoique indirect, porte donc la marque inéluctable de l'époque à laquelle l'ouvrage a été rédigé : le
vingtième siècle industriel, le siècle aussi de la décolonisation (Marguerite Yourcenar est d'ascendance belge). Il porte aussi la
marque personnelle de son auteur, érudit fortement imprégné de culture grecque et latine, irritée par la bonne conscience
d'une époque moderne qui condamne sans appel l'esclavage antique, sans même avoir conscience d'être tombée dans une
forme d'esclavage pire encore, mais qui ne dit pas son nom : "A cette servitude, je préfère encore notre esclavage de fait". Au
delà de la satire, c'est une réflexion très moderne, elle aussi, sur la notion de liberté, à l'époque même où Albert Camus écrit le
mythe de Sisyphe (1942) ou L'homme révolté, publié en 1951, la même année que les Mémoires d'Hadrien. Les hommes ne
sont pas nés pour la liberté, ils réinventeront toujours l'esclavage. Il importe en revanche, pour des raisons à la fois
humanitaires et politiques, que la servitude reste supportable, faute de quoi, l'esclavage se révolte, mettant ainsi en péril le
système économique et social auquel il participe.
Par rapport au premier paragraphe, la phrase s'est allongée, mais la syntaxe reste dépouillée, à l'image de la pensée, claire,
précise, incisive, du narrateur. Deux voix se superposent donc dans ce texte : celle du narrateur, Hadrien, et celle de l'auteur,
Marguerite Yourcenar (1). Le procédé est trop évident pour avoir été inconscient, il est renouvelé trop souvent dans l'oeuvre
pour être fortuit : il s'agit bien d'un jeu libéré sur la double voix narrative : à aucun moment, la réflexion d'Hadrien ne s'éloigne
de ce qui est historiquement possible. A peine peut-on juger parfois sa vision du monde futur un peu trop clairvoyante et sa
sensibilité humaniste un peu trop moderne. A l'image de notre extrait, le récit tout entier propose, par la double voix du
narrateur et de l'auteur, à partir du fait historique, une méditation sur la pérennité des grands problèmes philosophiques et
humains. La réflexion d'Hadrien (narrateur) : cet "humaniste moderne", si souvent évoqué, notamment à propos de la trilogie
familiale, réellement autobiographique, apparaît déjà dans les réflexions d'un empereur romain du deuxième siècle après
Jésus-Christ. Sans doute est-ce là que réside le plus grand intérêt de ce jeu littéraire, (les faux Mémoires), à la fois subtil et
ambigu.
(1) Rappelons ici, en citant Philippe Lejeune, qu'"un auteur n'est pas une personne. C'est une personne qui écrit et qui publie."
(Le pacte autobiographique, p. 23)

QUATRIEME SEANCE : Colette et Georges Pérec, deux formes modernes de refus de l'autobiographie traditionnelle
"Dans L'autobiographie en France, je désirais donner une définition de l'autobiographie, et constituer un corpus cohérent. En
face d'un domaine aussi flou et multiforme, il était tentant de décider qu'un certain type de récit était conforme à l'essence du
genre. J'ai suivi sur ce point la voie indiquée par Roy Pascal, dans son ouvrage fondamental Design and truth in
autobiography, identifiant l'autobiographie avec un type particulier d'autobiographie, celle où l'individu met l'accent sur la
genèse de sa personnalité", écrit Philippe Lejeune, dans Le pacte autobiographique (p.323).
Le texte de Colette appartient à cette catégorie mais il fonctionne sur le mode négatif, Colette rejetant énergiquement
l'idée d'une vocation d'écrivain comparable à celles dont elle a pu lire le récit dans maint ouvrage autobiographique.

L’autobiographie / R. Décriaud 10
Tous les poncifs vont donc être passés en revue pour être niés, ce qui implique une référence constante à une multitude
"d'hypotextes" (selon les catégories établies par G. Genette Palimpsestes, l'hypotexte est inclus, d'une manière évidente, dans
un autre texte qu'il appelle l'hypertexte : la parodie renvoie à un hypertexte connu ) autobiographiques stéréotypés, qui restent
implicites. Le titre de l'ouvrage lui-même participe à cette démarche : le "journal" s'inscrit dans le genre autobiographique,
comme le confirment l'usage de la première personne et l'évocation de souvenirs personnels. "A rebours" indique très
vraisemblablement une démarche régressive (l'évocation de souvenirs au jour le jour, comme dans un journal intime, mais en
partant du présent pour remonter vers le passé) mais cette expression peut aussi marquer une volonté d'opposition à ce mode
d'expression.
Nous pourrions donc envisager, successivement, dans le texte :
1) Le rejet catégorique des poncifs sur la "vocation littéraire"
2) L'affirmation d'une absence de vocation littéraire
3) L'évocation de souvenirs d'enfance

1) Colette rejette ici énergiquement les stéréotypes concernant la vocation littéraire


Le ton est catégorique, presque virulent, marqué par la répétition de "jamais" (souligné la deuxième fois, comme le sera, plus
loin "pas"), par la triple occurrence, anaphorique, de "non", par l'abondance de négations dans les six premières phrases. Les
clichés évoqués renvoient implicitement à toute une littérature personnelle dans laquelle l'écrivain raconte comment, tout
jeune, il a pris conscience de sa vocation, et comment celle-ci s'est manifestée :
- inspiration nocturne, notée sur le premier objet disponible (le couvercle d'une boîte à chaussures) ;
- déclamations solitaires dans un cadre naturel qui nous renvoie à la littérature romantique : le vent d'ouest, le clair de lune, et
l'inspiration née de l'émotion ;
- dons littéraires révélés très tôt grâce à un professeur de français ;
- premiers essais, prometteurs, envoyés à un écrivain connu.
Colette a parfaitement conscience de s'opposer au type commun de l'écrivain doué, qui perçoit très tôt ses dons, et à qui
l'écriture s'impose d'elle-même : "j'étais donc bien seule de mon espèce". Elle s'en déclare satisfaite : "quelle douceur j'ai pu
goûter à une telle absence de vocation littéraire" !

2) Un écrivain sans vocation ?


Cette déclaration de Colette soulève un problème, car c'est un écrivain confirmé qui parle. En 1941, Colette à soixante-huit
ans, elle est célèbre, elle a publié la plus grande partie de son oeuvre. Depuis 1935, où elle a épousé en troisièmes noces
Maurice Goudebek, elle s'est installée au Palais Royal, où elle égrène des souvenirs (elle mourra en 1954). Les jeunes
écrivains lui envoient leurs manuscrits : le ton de l'expression "des essais qui promettaient un joli talent d'amateur" est
péjoratif, protecteur. C'est celui de l'écrivain confirmé qui s'adresse au débutant.
Le lecteur se trouve donc confronté à une sorte d'énigme : comment devient-on l'un des écrivains les plus célèbres de sa
génération lorsqu'on se déclare destiné à ne pas écrire ? Le caractère hyperbolique du superlatif "la seule mise au monde
pour ne pas écrire" nous alerte : ce rejet des comportements convenus, conventionnels, s'apparente à un mouvement
d'humeur de l'écrivain. Le souvenir est manifestement déformé par les réactions présentes de l'adulte. Une remarque comme
"je sentais que j'étais justement faite pour ne pas écrire" ne peut se faire que rétrospectivement : comment aurait-elle pu
refuser l'écriture, alors même que personne ne l'y incitait, dans son enfance ? Faut-il voir ici une réaction contre Willy qui, un
peu plus tard, l'a poussé - pour ne pas dire contrainte - à écrire, alors qu'elle ne se sentait pas destinée à cette activité ? C'est
à la fin de son adolescence, en effet, c'est-à-dire au début de sa vie de femme, qu'elle a cessé d'être "préservée du souci de
(s')exprimer".
Irritation d'un écrivain contre l'auto-portrait stéréotypé de l'écrivain-enfant, et d'un adulte qui, au moment où il écrit ses
souvenirs, refuse les poncifs ? Agacement d'un écrivain confirmé, célèbre, qui reçoit trop de manuscrits de jeunes "amateurs"
pleins de promesses, à qui il faut répondre ? Refus rétrospectif d'une voie qui lui a été imposée plus qu'elle ne l'a choisie, et
dont elle se serait passée volontiers ? La suite du texte, dans laquelle Colette évoque son enfance, va nous aider à préciser
notre réponse.

3) L'enfance de Colette
C'est le volet positif de notre extrait, commencé de façon virulente sur le mode négatif. Elle y fait la peinture d'un monde
dominé par la sensation à l'état brut : "ce qui se contemple, s'écoute, se palpe et se respire", perçu par de subtiles antennes".
L'enfant y est présenté comme un animal sensuel, entièrement accaparé par la sensation, bien éloignée du désir d'expression.
La peinture que Colette nous donne ici du monde de son enfance dépasse l'évocation empreinte d'une nostalgie d'adulte pour
les jours enfuis. C'est un monde de pureté (désert, blancheur), un "rude paradis", pour reprendre la métaphore que filent
ensuite les "anges ébouriffés" et "la manne céleste", la nature y apparaît dans sa splendeur première, loin des pollutions de la
technique (chemins de fer, électricité, collège, grande ville), dans un dénuement roboratif qui permet d'opposer le confort à la
liberté. Un psychanalyste verrait sans doute dans ce texte la nostalgie du monde pré pubertaire. L'allusion à l'adolescence
libre et solitaire nous rapproche de Chateaubriand ; la peinture de ce monde rural mais bon n'est pas éloignée de la
conception rousseauiste de "l'homme naturel".
La conclusion nous ramène toutefois à l'interrogation de l'écrivain, non seulement sur l'origine d'une prétendue vocation, mais
encore sur le bien fondé même du métier d'écrivain. Le lien entre l'intensité de la sensation et la nécessité de son expression
n'apparaît pas. "Ecrire, écrire encore", c'est ce qu'a fait Colette - jusqu'à satiété, comme le montrent la répétition du verbe,
l'adverbe "encore", et l'expression "le souffle froid du vent" - mais cette nécessité lui a été imposée plus tard ; elle aurait aussi
bien accompli une autre profession, peut-être mieux, car celle-ci n'aurait pas "terni" la fraîcheur de la sensation, présentée ici,
"in absentia", comme un lièvre agile ("ma bondissante ou tranquille perception de l'univers vivant").

L’autobiographie / R. Décriaud 11
Le rejet irrité d'une vocation littéraire stéréotypée s'accompagne ici d'une réflexion de l'écrivain sur la faiblesse des mots pour
traduire et faire partager les sensations éprouvées. Peut-être Colette est-elle venue à l'écriture par un simple concours de
circonstances ? Peut-être n'aurait-elle jamais songé à nous faire partager les sensations de son enfance campagnarde si elle
n'avait entrepris d'abord la série des Claudine ? Peut-être, sans ces dernières, n'aurions-nous jamais eu Les vrilles de la vigne
ni Sido, récits poétiques dont la qualité atteste que le caractère fortuit des débuts de Colette comme écrivain a, en fait, révélé
des dons véritables, sans lesquels le métier - qui effrayait Colette au point de lui faire abandonner la page blanche pour une
feuille bleue - ne suffit pas : la richesse métaphorique du texte, évoquant chez le lecteur le souvenir d'autres textes, encore
plus riches, du même auteur, suffit à le prouver. Alors même qu'elle renie sa vocation littéraire, c'est encore vers l'univers
paradisiaque de son enfance qu'elle se tourne, pour faire partager à son lecteur les sensations puissantes, emmagasinées au
cours d'une enfance de sauvageonne, et qui l'ont, peut-être, comme Du Bellay, Ronsard ou Chateaubriand conduite vers
l'expression artistique. Le fait qu'elle s'en dise insatisfaite n'enlève rien à la qualité de ses écrits.
Cette réflexion sur l'insuffisance des mots à exprimer et à faire partager des sensations, du reste déformées par la
mémoire, trouve son prolongement dans le texte suivant, de Georges Pérec.
Dans W ou le souvenir d'enfance, G. Pérec avait déjà réfléchi sur les limites de la mémoire et sur les déformations que
l'écriture apporte aux souvenirs : "Mes deux premiers souvenirs ne sont pas entièrement invraisemblables, même s'il est
évident que les nombreuses variantes et pseudo-précisions que j'ai introduites dans les relations - parlées ou écrites - que j'en
ai fait les ont profondément altérés, sinon complètement dénaturés" ( G. Pérec, W. ou le souvenir d'enfance, Récit 1975, Ed.
Denoël).
Si écrire revient à trahir, le meilleur moyen d'éviter cette trahison est peut-être alors de restituer le souvenir à l'état brut : c'est
ce qu'il fait trois ans plus tard, en 1978, dans un ouvrage qui doit son titre à la formule initiale, répétée sans aucune recherche
de style, les souvenirs étant, au gré de la mémoire, simplement numérotés. "Le principe est simple, écrit G. Pérec dans le
post-scriptum de l'ouvrage : tenter de retrouver un souvenir presque oublié, essentiel, banal, commun, sinon à tous, du moins
à beaucoup". On notera ces deux différences essentielles, par rapport aux textes autobiographiques précédents :
1) La banalité du souvenir évoqué (et non les événements essentiels, déterminants pour l'expérience et la formation du
narrateur
2) L'appel à une connivence de souvenir avec le lecteur, supposé avoir le même âge que l'auteur,
qui déclare : "Ces souvenirs s'échelonnent pour la plupart entre ma dixième et vingt-cinquième année, c'est-à-dire entre 1946
et 1961"
On pourra dresser un inventaire des souvenirs évoqués, en notant s'ils sont accompagnés ou non de précisions :
60 : Le lecteur qui l'ignorait pourra quand même reconnaître dans les G7 des taxis anciens, avec leurs "vitres de
séparation et leurs strapontins".
61 : Pérec se remémore le nom de deux théâtres, sans autres indications. Existent-ils toujours, ou ont-ils disparu ?
62 :Les "scoubidous" sont mentionnés simplement, sans autre précisions. Leur notoriété justifie sans doute cette
absence de précision.
63 Il est question ici d'un slogan publicitaire chanté, qui accompagnait une émission radiophonique très populaire
64 L'allusion à l'internat permet de situer approximativement les souvenirs de l'auteur, pensionnaire dans un lycée.
65 Les circonstances du lancement d'un hebdomadaire satirique
66 Des opérettes et le nom des chanteurs : l'incertitude fait son apparition
67 Un souvenir personnel de lycée, rapporté avec humour
68 Le monde des adultes : l'attente (longue) d'une nouvelle voiture
Nos jeunes élèves auront-ils du mal à entrer dans cet univers ? La forme brute de l'évocation fait appel à une connivence entre
personnes de la même génération (les scoubidous, dop-dop-dop, etc.), ce que G. Pérec nous confirme, nous l'avons vu, dans
son post-scriptum. Que cet univers soit nouveau, perçu comme un autre monde par une nouvelle génération, ou qu'il éveille
chez le lecteur des souvenirs personnels, il est intéressant de voir comment une époque (la décennie 50-60) émerge peu à
peu de cette évocation brute, et de constater que la négation de l'écriture, le refus d'une relation construite et rédigée, peuvent,
paradoxalement, avoir un impact plus puissant, en laissant le lecteur, à partir d'un mot, d'une expression, construire lui-même
son propre souvenir.
On pourra peut-être terminer la séance en invitant la classe à jouer, à son tour, à "je me souviens". On respectera les principes
énoncés par Pérec dans son post-scriptum, concernant le caractère "inessentiel, banal" du souvenir évoqué. Peut-être sera-t-il
prudent de limiter le nombre des souvenirs, à une dizaine, par exemple...( L'ouvrage de Pérec en propose 480, mais il porte la
mention "à suivre").

CONCLUSION

L'analyse de "l'écriture" des cinq textes proposés peut conduire nos élèves de Première à formuler une définition de
l'autobiographie voisine de celle que donne Philippe Lejeune : "Récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa
propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité " ( Le pacte
autobiographique, p. 14)
En abordant le groupement de textes, nous avions parfaitement conscience de laisser dans l'ombre maint aspects d'un genre
protéiforme, qui a éclaté en multiples sous-genres, jusqu'à poser le problème de ses limites et de son intérêt. Conscients de
ne pas avoir épuisé un sujet aussi vaste, nous souhaiterions néanmoins que nos élèves disposent maintenant de quelques
outils leur permettant de s'orienter dans la forêt de la littérature personnelle, et de quelques instruments d'analyse susceptible
de leur faire comprendre que, au-delà de la satisfaction d'une curiosité légitime, qui pousse le lecteur à confronter son
expérience avec celle de l'auteur, seule la qualité de l'écriture a donné et donnera à la littérature du moi la dimension
esthétique qui distingue l’œuvre littéraire véritable du témoignage ou du document historique. Au regard de la postérité, le
plaisir du texte reste encore le critère le plus sûr.

L’autobiographie / R. Décriaud 12
L’autobiographie / R. Décriaud 13
TABLEAU

Marguerite
J.-J. Rousseau Chateaubriand Colette G. Pérec
Yourcenar

Je (une quinzaine
de fois)
Personne(s) Je Je Je Je
Tu : adresse à
l'éternel

passé (imparfait et
présent
passé simple) pour
imparfait
l'anecdote présent (du
Temps passé passé
souvenir)
descriptif et itératif
présent pour la
futur
réflexion

narrateur =
Voix narrative Jean-Jacques personnage on suppose que le
narrateur=auteur (Hadrien) narrateur = auteur narrateur est aussi
(qui parle ?) narrateur=auteur l'auteur
narrateur / auteur

épigraphe
numérotation de
Paratexte titre non non
souvenirs
"intus et in cute"

Place dans
l'ensemble
3ème partie, 3ème
(en se référant chapitre
début (enfance et
uniquement aux prologue ? souvenirs n° 60-68
adolescence)
indications que Hadrien est
nous fournissent empereur
les extraits
proposés)

Marc Aurèle
les lecteurs, par les lecteurs, après l'auteur lui-même
Narrataire l'intermédiaire de la mort de l'auteur (lettre qui se (journal) et ses les lecteurs
dieu ("outre-tombe") développe en récit lecteurs
de souvenirs)

Mémoires ("de ma
vie" en 1803 lors
du projet initial ;
journal intime
Genre Confessions "d'outre-tombe" en mémoires ?
(mais " à rebours")
1832 à cause des
événement
historiques)

L’autobiographie / R. Décriaud 14
Chateaubriand

1768-1848
Marguerite
Mémoires Yourcenar
J.J. Rousseau Colette
commencées Georges Perec
depuis 1803 à 35 1903-1987
1712-1778 1873-1954
Age de l'auteur ans (!) 1936-1982
publication en
publication publication en
Publication 1951, après une publication : 1978
posthume 1941
posthume entre très longue
1848 et 1850 en gestation
volumes et
épisodes dans la
presse.

L’autobiographie / R. Décriaud 15