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LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 1

ANNUAIRE FRANÇAIS DE DROIT INTERNATIONAL


LIX – 2013 – CNRS Éditions, Paris

LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL

PHILIPPE GAUTIER *
&
VIRGINIE J. M. TASSIN **

Résumé : Le progrès continu des techniques depuis les Conventions de Genève de 1958 a favorisé l’expansion
considérable de l’exploration et de l’exploitation du fond des mers à partir de plates-formes installées en surface,
qui se sont multipliées et diversifiées. La Convention des Nations Unies de 1982 ne comporte pas de définition
précise, et les conventions particulières qui leur consacrent certaine de leurs dispositions ne s’accordent pas sur
une définition uniforme. Il est cependant possible de systématiser le régime qui leur est applicable, en tenant
compte de la diversité juridique des espaces dans lesquels elles sont implantées (plateau continental et zone
économique exclusive, haute mer et Zone internationale des fonds marins), des exigences propres aux usages
(forage et production) auxquels elles sont destinées, du statut respectif du lit de la mer et des eaux sur jacentes. Il
en résulte un régime complexe, dans lequel les droits de l’Etat côtier se combinent avec les usages communs des
espaces en cause. Certaines matières spéciales font l’objet d’un traitement propre, à raison des problèmes
concrets qu’elles ont pu voir naître : celles de la navigation des plates-formes, de leur établissement dans des
zones où le titre territorial est contesté, de leur sécurité par rapport aux activités entreprises à leur encontre, de la
protection du milieu marin (prévention et réparation des dommages) contre la pollution qui peut résulter de leurs
activités, de l’enlèvement des plates-formes désaffectées.

Abstract: The continuous technological progress since the Geneva Conventions of 1958 have favoured a
considerable expansion of exploration and exploitation of the seabed through multiplied and diversified surface-
installed platforms. The 1982 United Nations Convention does not include a precise definition, nor do the
specific conventions devoting some of their provisions to the platforms agree on a uniform definition. It is
nonetheless possible to systematise the rules applicable to them, taking into account the diversity of the legal
space in which they are located (the continental shelf and exclusive economic zones, the high seas and the
international seabed area), the specific requirements of uses (drilling and production) for which they are
intended, as well as the respective status of the seabed and of the superjacent waters. The result is a complex
system, in which the rights of the coastal State coexist with the prevailing uses of the areas in question. Some
special materials are subject to proper treatment, because of the practical problems that have emerged: those of
browsing platforms, of their establishment in areas where the territorial title is challenged, of their safety from
commercial activities affecting them, of the protection of the marine environment (prevention and damage
repair) against pollution which may result from these activities, as well as of the removal of disused platforms.

L’attrait pour les richesses des mers et des océans incite les États à multiplier leurs
projets en mer. Qu’il s’agisse d’exploration ou d’exploitation des énergies marines
renouvelables ou des ressources des fonds marins, ou de protection de l’environnement, les
États affirment leur présence en mer par la mise en place de plates-formes. Autrefois très
proches des côtes et de nature peu diversifiée, elles se perfectionnent, se complexifient et
s’éloignent progressivement des côtes pour atteindre la haute mer.

*
Philippe GAUTIER, professeur à l’Université Catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve) ; Greffier,
Tribunal international du droit de la mer. Les vues de l’auteur sont exprimées à titre personnel.
**
Virginie J. M. TASSIN, docteur en droit (Melbourne & Sorbonne) ; Senior Counsel, BHM-Penlaw.
Les vues de l’auteur sont exprimées à titre personnel.
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Le développement de ces nouvelles activités entraîne inexorablement un


accroissement du nombre des plates-formes en mer. Depuis la construction des premières
d’entre elles à la fin de XIXème siècle, ces plates-formes se sont répandues à la surface des
mers et des océans à une vitesse impressionnante, au point de dépasser, pour les structures à
grande échelle, le nombre de 900 en 20141. Ces plates-formes, dont l’exploitation était, il y a
un peu plus d’un siècle, confinée à la mer territoriale dans des eaux peu profondes, opèrent
désormais dans les conditions extrêmes de l’océan Arctique ou s’aventurent dans les grandes
profondeurs, atteignant en 2014 des records d’exploitation de 2934 mètres dans le Golfe du
Mexique2. L’accélération des projets d’exploitation offshore pousse ainsi les États à compléter
le cadre juridique qui s’y applique. On en veut pour preuve l’adoption récente par plusieurs
États (Tonga3 en 2014, Fiji et Belgique en 2013) de législations nationales sur l’exploitation
des ressources minérales, ainsi que l’élaboration en cours du Code d’exploitation des nodules
polymétalliques de la Zone (c’est-à-dire les fonds marins et leurs sous-sol au-delà des limites
de la juridiction nationale) par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), l’institution
qui agit pour le compte de l’humanité tout entière conformément à l’article 137 § 2 de la
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 (ci-après « Convention » ou
« CNUDM »).
Cette multiplication des activités humaines et des plates-formes pose de nouveaux
défis au droit international. Ainsi, bien que la Convention des Nations Unies sur le droit de la
mer – communément considérée comme une « Constitution pour les océans » – définisse les
règles relatives à l’utilisation des espaces marins, elle n’apporte cependant pas de réponses
précises aux nouvelles questions juridiques soulevées par le développement des activités en
mer. D’autres instruments juridiques ont d’ailleurs été adoptés afin d’étoffer le cadre tracé par
la CNUDM. Il est dès lors utile de vérifier si le droit international de la mer permet d’offrir
des réponses permettant d’encadrer le développement des activités menées par les plates-
formes en mer.
Comprendre la complexité de la règlementation des plates-formes en mer nécessite
d’adopter une approche particulière, qui intègre à la fois une dimension horizontale, englobant
les différents espaces maritimes où peuvent opérer les plates-formes, et une dimension
verticale, tenant compte de l’ensemble de l’espace marin, de ses profondeurs à la surface.
La présente contribution entend décrire le régime juridique des plates-formes en droit
international, en examinant plus particulièrement les évolutions qui ont eu lieu et les questions
juridiques que celles-ci suscitent. À cet effet, l’étude s’articulera autour de trois points. Le
premier sera consacré au statut juridique des plates-formes (I). Ensuite, on abordera la
réglementation de leurs activités en fonction des différents espaces maritimes (II). Enfin
seront examinées plusieurs questions qui se posent au cours de la vie des plates-formes,
depuis leur installation jusqu’à leur démantèlement (III).

1
Voy. World Ocean Review, Marine Resources – Opportunities and Risks, vol. 3, Maribus, 2014, p. 10.
2
Ces records d’exploitation concernent l’exploitation du pétrole. Le record d’exploitation du gaz en
2014 a été atteint à 2700 mètres par une plate-forme se situant elle aussi dans le Golfe du Mexique.
3
Tonga, Seabed Mineral Act, 2014, Act 10 of 2014. Voy.
[http://crownlaw.gov.to/cms/images/LEGISLATION/PRINCIPAL/2014/2014-
0008/SeabedMineralsAct2014_1.pdf]. Voy. dans le même sens Secretariat of the Pacific Community, Tonga a
world leader in seabed minerals law, 29 août 2014.
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I. – LE CARACTÈRE IMPRÉCIS DU STATUT JURIDIQUE


DES PLATES-FORMES OFFSHORE

Les activités en mer se diversifiant et s’aventurant vers de nouvelles profondeurs, des


efforts technologiques considérables sont réalisés afin d’adapter les plates-formes aux
contraintes et aux risques rencontrés sur les mers et les océans. Bien que le nombre des plates-
formes soit en progression4 et qu’elles soient déployées de plus en plus vers le large, celles-ci
ont pourtant un statut juridique qui reste de nos jours encore imprécis. Ceci s’explique
principalement par la diversité de leurs structures et de leurs fonctions.

A. La diversité des structures et des fonctions des plates-formes offshore

Traditionnellement, on distingue deux catégories de plates-formes offshore. La


première correspond aux plates-formes menant des activités de forage. Au sein de cette
catégorie, trois types existent permettant de forer à des profondeurs variées :
– les plates-formes métalliques, construites à l’aide d’éléments préfabriqués, qui sont
utilisées pour des forages à une profondeur moyenne de 100 mètres ;
– les plates-formes submersibles autopropulsées ou remorquées ;
– les navires de forage à positionnement dynamique permettant de forer en offshore
« ultra profond »5.
La deuxième catégorie de plates-formes comprend les structures utilisées pour la
production et qui effectuent des opérations d’extraction et de stockage des ressources. Sont
utilisées à ces fins les plates-formes de production auto élévatrices pour des profondeurs
d’environ 400 mètres, et les plates-formes à ligne tendues (TLP), semi-submersibles ou des
plates-formes reposant sur un flotteur cylindrique (SPAR)6.
D’autres distinctions utilisées par la doctrine sont fondées sur le critère de mobilité et
distinguent ainsi trois catégories de plates-formes : les fixes, les mobiles et les semi-
submersibles (flottantes). Ces distinctions ont l’intérêt de correspondre à des qualifications
juridiques utilisées dans des instruments internationaux, permettant ainsi de déterminer
l’application de ceux-ci aux plates-formes7.

B. Quel statut juridique pour les plates-formes ?

4
Conseil de l’Autorité internationale des fonds marins, « Vers l’élaboration d’un règlement relatif à
l’exploitation des nodules polymétalliques dans la Zone », ISBA/19/C/5, 25 mars 2013, p.1.
5
L’offshore « profond » correspond aux forages effectués entre 400 et 2000 mètres de profondeur et
l’offshore « ultra profond » correspond aux forages effectués au-delà de 2 000 mètres de profondeur.
6
J. DRISCH, « L’exploitation pétrolière offshore : enjeux maritimes », Note de synthèse n° 125, Institut
supérieur d’économie maritime de Nantes – Saint Nazaire, mai 2010, p. 1.
7
La doctrine suit de cette manière la distinction de droit civil entre un « meuble » et un « immeuble ».
L’élément principal retenu afin de déterminer si ces plates-formes sont ou non fixes est celui consistant à
déterminer si la plate-forme peut se déplacer de façon autonome. Cette idée de déplacement se retrouve dans les
références faites dans les instruments internationaux à la capacité de « transport » des plates-formes. Voy. à ce
titre la Convention de 1992 sur la responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution par les
hydrocarbures.
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La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 ne contient pas de
règle définissant le statut juridique des plates-formes. Le terme de « plate-forme » est
simplement mentionné dans le cadre de l’article 1er, en relation avec la définition du terme
« immersion ». La CNUDM fait ainsi mention des « navires, aéronefs, plates-formes ou
autres ouvrages placés en mer »8 et semble donc assimiler le statut des plates-formes à celui
des ouvrages en mer. En dehors de cette mention, aucune référence n’est faite au statut
juridique des plates-formes dans les dispositions de la CNUDM définissant le régime
juridique des différentes zones maritimes. Un examen des articles consacrés à ces zones
maritimes révèle que la Convention utilise de manière générale l’expression « îles
artificielles, installations ou ouvrages »9 sans pour autant donner une définition de chacun de
ces termes. La Convention dispose que ces « îles artificielles, installations ou ouvrages » ne
peuvent être assimilés à des îles et ne peuvent donc générer de mer territoriale10. Ils sont par
ailleurs soumis à des obligations relatives à leur emplacement, leur démantèlement et leur
enlèvement, leur signalisation en mer, et à des obligations relatives à la protection du milieu
marin11. Le régime de la Zone ne suit pas exactement la même approche puisque la Partie XI
de la Convention se réfère uniquement aux « installations ou engins utilisés pour l'exploration
ou l'exploitation des ressources naturelles des fonds marins et de leur sous-sol »12, seules les
« installations » étant soumises à des règles de mise en place, de montage et d’enlèvement13,
ainsi qu’à des règles de signalisation. La Convention ne permet donc pas de déterminer avec
certitude le statut juridique des plates-formes. Si, selon elle, une plate-forme n’est pas
assimilable à une île artificielle, un doute subsiste en revanche quant à sa qualification
d’ouvrage ou d’installation14.

Les conventions internationales énonçant des règles applicables aux structures


offshore – ou à certaines d’entre elles – retiennent des définitions hétérogènes et ne permettent
pas, non plus, de déterminer avec précision le statut des diverses plates-formes. Certaines
d’entre elles définissent le terme « navire » en y incluant les plates-formes. Tel est le cas de la
Convention MARPOL 73/78 qui définit le terme « navire » comme « un bâtiment exploité en
milieu marin de quelque type que ce soit et englobe les hydroptères, les aéroglisseurs, les
engins submersibles, les engins flottants et les plates-formes fixes ou flottantes »15 ou des
Règles de Lisbonne de 1987 relatives aux dommages et intérêts en matière d’abordage16
définissant un navire comme « [t]out bâtiment, embarcation, engin, installation ou plate-forme
de forage, apte ou non à la navigation ». Tel est aussi le cas de la Convention dite « Bunker »

8
Article 1, § 1, 5) a) i) et b) i), de la CNUDM.
9
Voy. à ce titre l’article 56, § 1, b), i), l’article 60, l’article 80 et l’article 87, CNUDM.
10
Article 60 § 8 de la CNUDM.
11
Voy. de manière générale l’article 60 de la CNUDM.
12
Article 194 § 3 de la CNUDM.
13
Article 147 de la CNUDM.
14
Le terme « ouvrage » a été introduit par la CNUDM, la Convention de Genève sur le plateau
continental de 1958 n’utilisant que l’expression « installations et autres dispositifs ». Les termes « ouvrage » et «
installation » n’ont pas été définis par la CNUDM Selon V. MAROTTA RANGEL, « [l]e concept d’installation
pourrait trouver […] un point de départ à partir de l’idée dégagée du paragraphe 5 de l’article 6 [de la
Convention de Genève sur le plateau continental], selon laquelle les installations seraient l’objet d’une
construction », V. MAROTTA RANGEL, « Le plateau continental dans la convention de 1982 sur le droit de la
mer », Recueil des cours de l’Académie de droit international de La Haye, 1985 – not. p. 329.
15
Article 2 § 4 de la Convention internationale pour la prévention contre la pollution marine causée par
les navires, 2 novembre 1973.
16
Règles de Lisbonne du 11 avril 1987 relatives aux dommages – intérêts en matière d’abordage.
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de 200117 qui définit un navire comme « tout bâtiment de mer ou engin marin, quel qu’il
soit »18.
Certaines conventions excluent clairement les plates-formes de forage de toute
qualification en tant que navire. C’est le cas de la Convention de 1969 sur l’intervention en
haute mer en cas d’accident entraînant ou pouvant entraîner une pollution par les
hydrocarbures, qui dispose que le terme « navire » s’entend « a) de tout bâtiment de mer quel
qu’il soit, et b) de tout engin flottant, à l’exception des installations ou autres dispositifs pour
l’exploration du fond des mers, des océans et de leur sous-sol ou l’exploitation de leurs
ressources »19.
D’autres conventions ont retenu des définitions plus complexes permettant de qualifier
de « navire », cas par cas, certains types de plate-forme. La convention internationale de 1992
sur la responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures précise
ainsi qu’un navire s’entend de « tout bâtiment de mer ou engin marin, quel qu’il soit, construit
ou adapté pour le transport des hydrocarbures en vrac en tant que cargaison, à condition qu’un
navire capable de transporter des hydrocarbures et d’autres cargaisons ne soit considéré
comme un navire que lorsqu’il transporte effectivement des hydrocarbures en vrac en tant que
cargaison et pendant tout voyage faisant suite à un tel transport à moins qu’il ne soit établi
qu’il ne reste à bord aucun résidu de ce transport d’hydrocarbures en vrac »20. Cette
définition, qui a priori paraît exclure les plates-formes fixes, s’est heurtée à des difficultés de
mise en œuvre. Une question s’est posée notamment concernant les unités flottantes de
stockage (FSU) et des unités flottantes de production de stockage et de déchargement (FPSO),
leurs particularités ne permettant pas de déterminer de manière précise si elles entraient dans
le champ d’application de la définition du « navire » aux termes de la Convention de 1992
précitée. Un groupe de travail a été créé à cette fin lors de la troisième session de l’Assemblée
des Fonds internationaux d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les
hydrocarbures (FIPOL) afin de déterminer le statut de ce type d’engins au regard de la
définition du terme « navire » de la Convention de 1992. Ce groupe a conclu que de tels
engins ne pouvaient être qualifiés de « navire » que s’ils transportent des hydrocarbures en
tant que cargaison à partir de ou vers un terminal se situant en dehors du champ pétrolier dans
lequel ils se trouvent normalement, interprétation qui a été retenue par l’Assemblée FIPOL21.
L’affaire Slops a par ailleurs révélé un manque d’uniformité dans l’interprétation
donnée par les juridictions nationales au terme « navire » au sens de la convention de 199222.
En l’espèce, le Slops était un navire converti en unité flottante de stockage et de traitement
des déchets huileux ne comportant plus d’hélices et dont le moteur avait été désactivé. La
qualification d’un tel engin posait donc la question de l’importance du critère tiré de la

17
Article 1 § 1 : « ‘Navire’ signifie tout bâtiment ou engin marin, quel qu’il soit », convention
internationale de 2001 sur la responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures de
soute. Ci-après dénommée la « Convention Bunker ».
18
Article 1 § 1 de la Convention Bunker.
19
Article II § 2 de la Convention de 1969 sur l’intervention en haute mer en cas d’accident entraînant
ou pouvant entraîner une pollution par les hydrocarbures.
20
Article 1 de la Convention internationale de 1969 sur la responsabilité civile pour les dommages dus à
la pollution par les hydrocarbures, modifiée par le protocole de 1992. Ci-après « la Convention de 1992 ».
21
Voy. à ce titre le document FIPOL, 92FUND/EXC.8/8 en date du 6 juillet 2000.
22
« The interpretations of the term ‘ship’ adopted by the Assembly of the International Fund fall within
the scope of Resolution No 8 and therefore they should at least be taken into account by national courts », J.
HARRISON, « Conflicting Interpretations – The Slops Incident and the Application of the International Oil
Pollution Liability and Compensation Regime to Offshore Storage and Transfer Operations », Journal of
Environmental Law, 2008, p. 460.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 6

mobilité d’un navire au sens de la convention de 1992. La Cour suprême grecque23 a retenu en
juin 2006 une interprétation du terme « navire » différente de celle adoptée par l’Assemblée
FIPOL24. Elle a ainsi qualifié de navire l’unité flottante Slops en retenant une définition large,
ce qui permettait de rendre la convention applicable et partant d’assurer la protection de
l’environnement marin en cas de pollution. Cette différence d’interprétation entre les
juridictions nationales et l’Assemblée FIPOL n’est pas limitée à un cas isolé. Peu de temps
après l’affaire Slops, des Cours écossaises25 et anglaises26 se sont respectivement en 1999 et
2003, elles aussi, écartées de l’interprétation du terme « navire » retenue par l’Assemblée
FIPOL. L’Assemblée FIPOL a cependant maintenu son interprétation du terme « navire »
selon laquelle les plates-formes sont exclues de la définition du « navire » aux termes de
l’article 1 § 1 de la Convention de 1992. Cette interprétation a été confirmée par un avis
juridique rendu en 2011 par V. Lowe à la demande du FIPOL27.
La Commission européenne a, quant à elle, retenu en 2013 une définition semblable à
celle retenue par la Cour suprême grecque dans la directive européenne relative à la sécurité
des opérations pétrolières et gazières en mer. Celle-ci précise que « les unités mobiles de
forage au large doivent être considérées comme des navires et sont donc soumises aux
conventions maritimes internationales, en particulier la Convention SOLAS et la Convention
MARPOL »28. Ces conflits d’interprétation, qui se confirment au fil des années, ne sont pas
sans incidences sur les régimes de responsabilité qui restent dès lors imprécis. Ainsi, comme
le souligne J. Harrison, « Such uncertainty is detrimental to the shipping industry and to
potential claimants as the scope of the international regime is cast into doubt »29.

II. – L’EXPLORATION ET L’EXPLOITATION OFFSHORE


ET LE RENFORCEMENT DE LA PRÉSENCE DE L’ÉTAT EN MER

L’expansion des activités en mer, rythmée par les progrès technologiques, a fait naître
de nouvelles préoccupations liées à la planification des usages de l’espace maritime. Il s’agit
de garantir le développement des activités humaines dans l’intérêt du développement
économique tout en assurant la préservation du milieu marin. Cela requiert une coopération
entre les différents secteurs d’activités et une coordination sur le plan international.

23
Pour plus d’informations sur la procédure grecque, voy. Z. PEPLOWKA « What is a ship? The Policy
of the International Fund for Compensation for Oil Pollution Damage: the effect of the Greek Supreme Court
judgment in the Slops Case », Aegan Review of the Law of the Sea, N°1, 2010, p. 160.
24
Voy. Document 92FUND/EXC.34/7, 15 août 2006, §§ 2.21 à 2.26
25
Landcatch Ltd v International Oil Pollution Compensation Fund 1999 SLT 1208 (CSIH). Cité par J.
HARRISON, ibid.
26
Algrete Shipping Co v International Oil Pollution Compensation Fund (2003) Lloyd’s Rep. 327
(EWCA Civ). Cité par J. HARRISON, ibid.
27
« The legal opinion concludes that FSUs are not included within the definition of ‘ship’ under Article
1.1 of the 1992 CLC, and that oil on board the ‘mother’ vessels as described in paragraphs 5.1-5.3 of document
IOPC/OCT10/4/3/1, should not be regarded as ‘received’ contributing oil for the purposes of Article 10 of the
1992 Fund Convention. » International Oil Pollution Compensation Funds, Consideration of the Definition of
Ship, IOPC/OCT11/4/4, 14 September 2011, p. 1.
28
Directive 2013/30/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 juin 2013 relative à la sécurité des
opérations pétrolières et gazières en mer et modifiant la directive 2004/35/CE, par. 32. Publié au Journal officiel
de l’Union européenne, L 178/66 en date du 28 juin 2013. Souligné par nous.
29
J. HARRISON, op. cit., p. 463.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 7

La question de la planification maritime est d’une importance particulière pour les


projets d’exploration et d’exploitation. En effet, les plates-formes s’érigent de plus en plus
loin des côtes afin de répondre aux besoins énergétiques des États. De nouvelles plates-
formes capables d’affronter les dangers de la haute mer et les défis technologiques des
grandes profondeurs sont ainsi installées dans des espaces marins qui jusqu’aujourd’hui
étaient encore vierges de toute installation fixe.
Logiquement, l’organisation de l’espace maritime suppose l’adoption de
réglementations permettant de coordonner les droits et obligations des divers acteurs
concernés. Dans le cas d’activités d’exploration et d’exploitation menées à partir de plates-
formes, cette étape préalable n’est pas réalisée sans difficultés. En effet, par delà les défis
technologiques des activités en mer, l’installation, l’exploitation et la gestion d’une plate-
forme soulèvent de nouvelles questions juridiques. Ces questions sont liées à l’interaction
entre les divers régimes juridiques créés par la CNUDM.

A. L’exploration et l’exploitation offshore :


interaction entre les régimes juridiques prévus par la CNUDM

Avant d’exposer l’interaction entre le régime du plateau continental et celui de la zone


économique exclusive (ZEE) et de la haute mer, ainsi qu’entre le régime de la Zone et celui
de la haute mer, il convient de revenir aux origines du découpage des espaces marins par le
droit international.

1. La dissociation des régimes juridiques applicables aux espaces maritimes

La dissociation des régimes applicables à la colonne d’eau, au sol et au sous-sol


nécessite d’être brièvement abordée dans le cadre de cette étude. En effet, cela permet de
comprendre les difficultés actuelles de la règlementation des activités d’exploitation.
Cette dissociation est le résultat des travaux de la Commission du droit international
(CDI). En examinant la question de l’exploration et de l’exploitation du sol et du sous-sol
marin dès 1950, la CDI décida de séparer cette question de celle du régime de la haute mer
afin de proposer un régime sui generis30, sur mesure, permettant aux États côtiers d’avoir un
accès privilégié aux ressources naturelles de leur plateau continental. Elle réalisa ainsi un
aménagement du principe de la liberté de la haute mer, qui fut repris par la Convention de
Genève sur le plateau continental de 1958 et par la CNUDM, et qui ne fut, depuis, jamais
remis en cause. Cette fragmentation du droit de la mer rencontre cependant des difficultés
d’application dans le cas des activités « verticales », c’est-à-dire utilisant à la fois la surface,
la colonne d’eau et le sol et le sous-sol marin, comme cela est le cas des activités
d’exploitation menées à partir de plates-formes.

2. Les droits et obligations de l’État côtier lors des activités d’exploration et d’exploitation

Lors de toute activité d’exploration ou d’exploitation, l’État côtier est tenu,


conformément à la CNUDM, au respect d’obligations générales de protection et de

30
« There were three possibilities for that area of control. It might be argued that it was res nullius (…)
If the shelf were res nullius, it could be acquired by any States, whether littoral or not, and it was inadmissible. It
could be argued again that it was res communis: but (…) Res communis was common property, and the
continental shelf in that case could not be subject to the control and jurisdiction of any particular State. It would
be better to say that the continental shelf belonged Ipso Jure to the littoral States ». J.L. BRIERLY, « Comptes
Rendus Analytiques », Annuaire de la Commission du Droit International, Vol. 1, 68e Réunion, 14 juillet 1950 §
8 a), p. 227.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 8

préservation du milieu marin31. Les États doivent de plus, séparément ou conjointement,


prendre toutes les mesures compatibles avec la Convention afin de prévenir, réduire et
maîtriser la pollution du milieu marin et mettre en œuvre, à cette fin, les moyens les mieux
adaptés dont ils disposent, en fonction de leurs capacités. Les États doivent de même
« prévenir, réduire et maîtriser la pollution provenant des installations ou engins utilisés pour
l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles des fonds marins et de leur sous-sol
(…) »32.
En sus de ces obligations générales, l’État côtier devra tenir compte du régime
juridique de la zone maritime dans laquelle la plate-forme se trouve : eaux territoriales, ZEE
ou haute mer. Il convient donc de passer en revue les droits et obligations pesant sur l’État
côtier lorsqu’il mène des activités d’exploration et d’exploitation à partir d’une plate-forme.
Deux scénarios seront ici étudiés : le cas d’une plate-forme explorant ou exploitant le plateau
continental d’un État et se situant soit, dans la ZEE, soit en haute mer, et le cas d’une plate-
forme explorant ou exploitant la Zone et se situant en haute mer33.

a) L’interaction entre les régimes du plateau continental, de la ZEE et de la haute mer

Le plateau continental est une notion juridique englobant à la fois le plateau


continental en-deçà des 200 milles marins et le plateau s’étendant au-delà34. Bien que faisant
partie d’un même régime juridique, ces deux plateaux sont soumis à des règles différentes, en
particulier en ce qui concerne la reconnaissance et l’opposabilité du plateau continental au-
delà de 200 milles marins. Ils font face également à des réalités juridiques différentes
puisqu’ils interagissent avec les eaux surjacentes appartenant soit, dans le cas du plateau en-
deçà de 200 milles marins, à la ZEE, soit, dans le cas du plateau continental au-delà, à la
haute mer. Cependant, avant d’aborder la question précise de l’interaction entre ces différents
régimes juridiques, il convient de dresser un tableau général des droits de l’État côtier dans le
cadre de l’exploration et de l’exploitation de son plateau continental.
Les droits d’exploration et d’exploitation de l’État côtier sur les ressources naturelles
de son plateau continental ont été un des premiers piliers du régime du plateau continental
créé par la Convention de Genève de 1958. Ils sont des droits souverains dans le sens où ils
existent ipso facto et ab initio35, en dehors de toute revendication ou occupation du plateau
continental et en dehors de tout exercice effectif des droits de l’État côtier. Ces droits ont été
repris par la CNUDM et n’ont pas été remis en question depuis leur création en 1958.
Bien que les activités d’exploration et d’exploitation ne soient pas définies dans le
cadre du régime du plateau continental, la CNUDM donne quelques indications quant aux
méthodes d’exploitation pouvant être mises en œuvre par l’État côtier. Ainsi, les forages
autorisés peuvent être réalisés « quelles qu’en soient les fins »36, tandis que la construction
d’îles, d’installations et d’ouvrages ne peut être réalisée que pour l’exercice des droits de
l’État côtier sur son plateau continental ou pour l’exercice des droits exclusifs de l’État côtier
dans sa ZEE. Comme l’a souligné M.W. Mouton, représentant des Pays-Bas lors des
négociations de la Convention de Genève sur le plateau continental de 1958, l’exploration et

31
Article 192 de la CNUDM.
32
Article 194 § 3 de la CNUDM.
33
Compte tenu des développements des projets d’exploitation en offshore « profond » et « ultra profond
», nous excluons de nos développements le cas des plates-formes se situant dans les eaux territoriales.
34
Conformément aux critères énoncés par l’article 76 de la CNUDM.
35
Plateau continental de la mer du Nord, arrêt, CIJ Rec. 1969, p. 23, § 19.
36
Article 81 de la CNUDM.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 9

l’exploitation des ressources du plateau continental peuvent s’effectuer par des méthodes
ayant des effets différents, plus ou moins invasifs, sur le milieu marin37. Les activités
d’exploration et d’exploitation sont néanmoins soumises à une règle essentielle : le respect
des droits et libertés de la haute mer reconnus par la Convention38.
S’agissant des activités d’exploration et d’exploitation menées sur le plateau
continental en-deçà de 200 milles marins, l’État côtier bénéficie, dans la colonne d’eau
appartenant à sa ZEE, de « droits souverains aux fins de l’exploration et de l’exploitation de
conservation et de gestion des ressources naturelles, biologiques ou non biologiques, des eaux
surjacentes aux fonds marins et de leur sous-sol, ainsi qu’en ce qui concerne les autres
activités tendant à l’exploration et à l’exploitation de la zone à des fins économiques, telles
que la production d’énergie à partir de l’eau, des courants et des vents ». Et, poursuit l’article
56, « [l]es droits relatifs aux fonds marins et à leur sous-sol énoncés dans le présent article
s’exercent conformément à la partie VI »39. Ces droits souverains entraînent des obligations
particulières relatives à la conservation et à la gestion des ressources naturelles de la ZEE, et
se superposent donc aux droits souverains relatifs au plateau continental.
Notons à cet égard que ces droits et obligations de l’État concernant les ressources
naturelles de la ZEE n’ont pas d’équivalent en ce qui concerne les ressources naturelles du
plateau continental. En effet, même si le champ d’application du régime de la ZEE inclut le
sol et le sous-sol jusqu’à 200 milles marins, ce régime ne concentre les efforts de conservation
et de gestion que sur les seules ressources biologiques, et non sur les ressources minérales,
sédentaires et non biologiques, soit les ressources visées par le régime du plateau
continental40. Ces dernières se retrouvent alors en dehors de toute protection spécifique, la
seule protection qui leur est accordée dans le cadre de la Convention étant celle des
dispositions générales de protection et de préservation du milieu marin.
Les droits et obligations dans la colonne d’eau de la ZEE n’ont pas non plus
d’équivalent dans le régime de la haute mer. En effet, dans le cas d’activités menées sur le
plateau continental étendu, les seules obligations qui pèsent sur l’État côtier à l’égard du
milieu marin sont les obligations générales de protection et de préservation incluses dans la
CNUDM – le régime du plateau continental ne prévoyant pas, contrairement au régime de la
ZEE, des obligations particulières de protection et de préservation du milieu41. Cependant, ces
obligations générales souffrent d’une limite qui a une importance significative dans le cas
d’activités d’exploration et d’exploitation sur le plateau continental étendu. Cette limite
résulte du fait que la préservation et la protection du milieu consacrées par la CNUDM sont
centrées sur la notion de « pollution ». Aux termes de l’article 1.4 de la CNUDM, la pollution
est définie comme toute « introduction directe ou indirecte, par l’homme, de substances ou
d’énergie dans le milieu marin (…) ». Or, toute activité d’exploration et d’exploitation, à
partir d’une plate-forme, entraîne inévitablement un important bouleversement de l’équilibre
marin et de la biodiversité du fait par exemple de l’affouillement des fonds marins, des divers

37
Voy. M.W. MOUTON, Comptes rendus analytique des séances de la quatrième commission, volume
VI : Quatrième Commission (le plateau continental), Documents Officiels, Nations Unies, Genève, 5 e séance, 7
mars 1958, p. 8.
38
« 1. Les droits de l’État côtier sur le plateau continental n’affectent pas le régime juridique des eaux
surjacentes ou de l’espace aérien situé au-dessus de ces eaux. 2. L’exercice par l’État côtier de ses droits sur le
plateau continental ne doit pas porter atteinte à la navigation ou aux droits et libertés reconnus aux autres États
par la Convention, ni en gêner l’exercice de manière injustifiable » : article 78 de la CNUDM.
39
Article 56 de la CNUDM.
40
Article 77 § 4 de la CNUDM
41
Sur les raisons de ce vide juridique, voy. V.J.M. T ASSIN, Les défis de l’extension du plateau
continental: consécration d’un nouveau rapport de l’État à son territoire, Paris, Pedone, 2013, pp. 114-132.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 10

systèmes de ramassage ou d’extraction42, ou encore du fait du rejet en surface de matériaux


extraits43. La synergie entre les ressources biologiques et sédentaires du plateau continental
étendu et celles des eaux de la haute mer implique ainsi que toute perturbation de l’un des
écosystèmes a un impact sur l’autre44. En d’autres termes, la notion de « pollution » stricto
sensu ne rend pas compte d’un effet important causé par les activités menées sur le plateau
continental étendu, c’est à dire la perturbation du milieu marin et des écosystèmes. Cette
dimension est en revanche reconnue dans le cadre des activités menées dans la Zone45.
Le manque d’encadrement des activités d’exploration et d’exploitation, notamment
quant à leur impact sur le milieu marin, est d’autant plus inquiétant que la seule convention
sur la responsabilité pour les dommages de pollution par les hydrocarbures résultant de la
recherche et de l’exploitation des ressources minérales du sous-sol marin, adoptée en 1977,
n’est jamais entrée en vigueur. La Convention de 1992 sur la diversité biologique permet sans
doute l’adoption de mesures additionnelles de protection du milieu marin. Elle s’appuie
cependant sur le découpage existant des espaces marins et renforce ainsi les droits et
obligations des États côtiers sur leur ZEE et leur plateau continental, sans mettre en place une
vision « intégrée » de la protection du milieu marin à l’égard de la réglementation des
activités d’exploration et d’exploitation46. Il en résulte que la protection des ressources et de
l’environnement du milieu marin n’est pas encore adaptée au développement futur des projets
d’exploration et d’exploitation des grands fonds marins.

b) L’interaction entre le régime de la Zone et le régime de la haute mer

L’exploitation offshore « ultra profond » attise depuis quelques années l’intérêt sur la
scène internationale. Cette exploitation deviendra tôt ou tard réalité47 et il est possible que des
plates-formes s’érigent alors en haute mer pour des activités sur le sol et le sous-sol de la
Zone. Ces plates-formes, installées à plus de 200 ou 350 milles marins des côtes, utiliseront48,
de la même manière que les plates-formes traditionnelles, à la fois la colonne d’eau et le sol et
le sous-sol des mers et océans. Elles seront ainsi soumises à la fois au régime de la haute mer

42
Il est fait référence aux systèmes de ramassage réalisés à l’aide de bennes traînées sur les fonds
marins ou à l’aide de remontées hydraulique effectuées sous la forme de pompage.
43
M. LENOBLE, « Les problèmes techniques liés à l’exploitation des ressources minérales sous-marines
et en particulier les nodules pollymétalliques », Utilisation du fond des mers et responsabilités, Centre d’Etudes
et de Recherches en Droit de la Mer, Université de Bordeaux 1, 1985, pp. 136-154. Voy. de même J. MASSERON,
« Aspects économiques de la prospection et de l’exploitation des hydrocarbures en mer », Cycle d’étude
interrégional sur les ressources minérales du plateau continental, Nations Unies, New York, 1972, pp. 45-62.
44
Voy. M. SCHRATZBERGER et autres, « The impact of seabed disturbance on nematode communities:
linking field and laboratory observation », Marine Biology, n°156, 2009, pp. 709-724.
45
Il convient de souligner la différence importante entre l’encadrement, sous l’angle de la protection du
milieu marin, des activités menées sur le plateau continental, et la règlementation plus stricte qui encadre les
activités menées dans la Zone.
46
Voy. L.M. ALEXANDER, « A Symposium on Limits of Conflicting Uses of the Continental Shelf »,
The Law of the Sea: Offshore Boundaries and Zones, The Ohio State University Press, 1967, pp. 172-1987. Voy.
dans le même sens « Current policies of habitat conservation, recovery, and management are strongly biased in
favour of terrestrial systems, being poorly applicable to marine environment (…) the motivating idea is to limit
the current emphasis on spatial dominance as the only criteria (…)towards a clearer recognition of the structural
and functional role of biodiversity », S. FRASCHETTI, A. TERLIZZ and F. BOERO, « How many Habitats are there
in the Sea (and where?) », Journal of Experimental Marine Biology and Ecology, n° 366, 2008, p. 109.
47
L’Autorité internationale des fonds marins commence ainsi à élaborer les codes d’exploitation de la
Zone. Voy. à ce titre le document de session du Conseil ISBA/19/C/5 en date du 25 mars 2013. Disponible sur le
site internet de l’Autorité internationale des fonds marins : [www.isa.org].
48
La limite extérieure du plateau continental étant la limite de la Zone. Voy. Article 1, § 1 et article 76
de la CNUDM
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 11

et au régime de la Zone qui est réglementé par l’Autorité internationale des fonds marins
(AIFM).
La CNUDM donne quelques indications sur la nature des activités envisagées dans la
Zone. Ces activités sont de nature exclusivement pacifique49, favorisent le développement
harmonieux de l’économie mondiale et l’expansion équilibrée du commerce international50, et
peuvent se manifester sous la forme de dragage ou d’excavations51. Il peut s’agir d’activités
de recherche scientifique marines52 ou d’activités d’exploration ou d’exploitation53. La
définition des activités menées dans la Zone a été récemment précisée par la Chambre du
règlement des différends relatifs au fonds marins dans son premier avis consultatif :
« l’expression ‘activités menées dans la Zone’, dans le cadre de l’exploration et de
l’exploitation, comprend en premier lieu la collecte des minéraux sur le fond des océans et
leur remontée en surface »54. Cette définition rend bien compte de la dimension verticale des
activités d’exploration et d’exploitation et de la particularité des opérations des plates-formes.
Cette dimension verticale est intégrée dans le régime de la Zone. La partie XI
comporte ainsi des obligations particulières relatives à la compatibilité des activités menées
dans la Zone avec les autres activités s’exerçant dans le milieu marin. À ce titre, l’article 147
énonce le principe selon lequel les activités menées dans la Zone doivent tenir compte
« raisonnablement » des autres activités, et vice versa55. Les installations construites pour les
activités menées dans la Zone doivent par ailleurs être montées, mises en place et enlevées en
se conformant exclusivement au régime de la Zone et aux règles, règlements et procédures de
l’AIFM. Elles ne doivent, par ailleurs, pas gêner les voies de navigation reconnues comme
essentielles pour la navigation internationale, ni être placées dans les zones de pêche
intensive. Elles doivent enfin être entourées de zones de sécurité afin d’assurer la sécurité de
ces installations et de la navigation en haute mer56. Lors de leur mise en place, la Convention
exige que « la configuration et l’emplacement de ces zones de sécurité sont déterminées de
telle sorte qu’elles ne forment pas un cordon empêchant l’accès licite des navires à certaines
zones marines ou la navigation dans les voies servant à la navigation internationale »57.
Les activités menées dans la Zone doivent aussi respecter le milieu marin
conformément aux obligations générales de la CNUDM et notamment à son article 145. La
Convention reconnaît ainsi « les effets nocifs que pourraient avoir ces activités »58. Est laissée
au soin de l’AIFM la tâche d’adopter des règles visant notamment « à prévenir, réduire et

49
Article 141 de la CNUDM.
50
Article 150 de la CNUDM.
51
Article 145 a) de la CNUDM.
52
Article 143 de la CNUDM.
53
Article 142 § 2 et article 153 de la CNUDM.
54
Chambre pour le règlement des différends relatifs aux fonds marins, Responsabilités et obligations
des États qui patronnent des personnes et entités dans le cadre d’activités menées dans la Zone, avis consultatif,
1er février 2011, TIDM Recueil 2011, p. 37, § 94.
55
Article 147 § 1 et article 147 § 3 de la CNUDM.
56
Notons à cet égard la différence entre le régime de la ZEE et du plateau continental prévoyant que les
îles artificielles, installations et ouvrages peuvent « si nécessaire » être entourés de zones de sécurité (article 60,
par.4, CNUDM), et le régime de la Zone prévoyant que « les installations doivent être entourées de zones de
sécurité » (article 147 § 2 c)). Souligné par nous.
57
Article 147 § 2 c), précité, de la CNUDM. Le cas d’une plate-forme fixe, située en haute mer, se
trouvant au centre de barrages flottants sans mailles ni filets visant à piéger, par le biais de la force des courants
marins, les débris plastiques afin de nettoyer les mers et océans, est un cas très intéressant à étudier dans le cadre
de la mise en œuvre de l’article 147 de la CNUDM. C.F. SCHUETZE, « L’océan, nettoyé à la volonté », Le
Monde, 23 septembre 2014, p. 2.
58
Article 145 de la CNUDM.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 12

maîtriser la pollution du milieu marin, et de faire face aux autres risques qui le menacent,
ainsi qu’à toute perturbation de l’équilibre écologique du milieu marin, en accordant une
attention particulière à la nécessité de protéger celui-ci des effets nocifs d’activités telles que
forages, dragages, excavations, éliminations de déchets, construction et exploitation ou
entretien d’installations, de pipelines et d’autres engins utilisés pour ces activités (…) »59.
L’AIFM doit aussi développer les règles visant à protéger et conserver les ressources
naturelles de la Zone et prévenir les dommages à la flore et à la faune marines60. Les
dispositions prévues par le régime de la Zone sont par conséquent beaucoup mieux adaptées
aux risques des activités d’exploration et d’exploitation que le régime du plateau continental.
Le rôle de l’AIFM est à cet égard central, et s’est considérablement renforcé en ce qui
concerne la protection de l’environnement depuis l’Accord sur la Partie XI de 199461.
La protection accordée à l’environnement et aux ressources de la Zone est donc
double. Elle s’exerce par la traduction du principe du patrimoine commun de l’humanité dans
la partie XI. Elle s’exerce aussi à travers les règles additionnelles contenues dans l’Accord de
1994 et la réglementation visant la préservation et la protection du milieu marin adoptée par
l’AIFM.

B. L’exploration et l’exploitation offshore sur le plateau continental


et le rayonnement des droits de l’État côtier sur les libertés de la haute mer

Les droits souverains de l’État côtier sur son plateau continental sont protégés par la
CNUDM, qui soumet au consentement de celui-ci l’exercice d’activités par d’autres États
dans le cadre de la liberté de la haute mer.

1. Le rayonnement des droits de l’État côtier lors de la construction, de l’autorisation et de la


règlementation des installations et ouvrages en mer

Conformément à la CNUDM, l’État côtier a le droit de procéder à la construction,


l’autorisation et la réglementation de la construction, de l’exploitation et de l’utilisation d’îles
artificielles, d’installations et d’ouvrages affectés à des fins économiques ou aux fins prévues
par l’article 56 de la CNUDM62, ou d’installations et d’ouvrages pouvant entraver l’exercice
des droits de l’État côtier dans la Zone63. L’État côtier possède des droits exclusifs relatifs à la
réglementation de ces installations et ouvrages, « y compris en matière de lois et règlements
douaniers, fiscaux, sanitaire, de sécurité et d’immigration »64.
Une distinction fragile existe entre les activités prenant place sur les îles artificielles,
d’une part, et les activités prenant place sur les installations et ouvrages, d’autre part. En effet,
lorsqu’ils se réfèrent au droit exclusif de l’État côtier, les articles 60 et 80 de la CNUDM
mentionnent les îles artificielles, sans aucune autre précision, alors qu’à l’égard des

59
Article 145 b) de la CNUDM. Souligné par nous.
60
Ibid.
61
Selon l’article 2 § 1 de l’Accord : « Les dispositions du présent Accord et de la partie XI doivent être
interprétées et appliquées ensemble comme un seul et même instrument. En cas d’incompatibilité entre le présent
Accord et la partie XI, les dispositions du présent Accord l’emportent ». Assemblée générale des Nations Unies,
Accord relatif à l’application de la partie XI de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer du 10
décembre 1982, Résolution 48/263, New York, 17 août 1994.
62
Dans le cadre de la ZEE, l’État côtier a juridiction en ce qui concerne la mise en place et l’utilisation
d’îles artificielles, d’installations et d’ouvrage, la recherche scientifique marine et la protection et la préservation
du milieu marin. Article 56 § 1 b) de la CNUDM.
63
63 Article 60 § 1 de la CNUDM.
64
64 Article 60 § 2 de la CNUDM.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 13

« installations et ouvrages », ils visent les « installations et d’ouvrages affectés aux fins
prévues à l’article 56 ou à d’autres fins économiques »65. Cette disposition suscite plusieurs
observations.
Il convient tout d’abord de souligner que la finalité d’ordre économique concernant les
installations et ouvrages n’existe pas pour les activités relatives aux îles artificielles. Par
ailleurs, le critère d’ordre économique introduit par l’article 60 soulève des difficultés
d’interprétation lorsqu’il est lu avec l’article 77 relatif aux droits de l’État côtier sur son
plateau continental et avec l’article 87 relatif à la liberté de la haute mer. Ainsi, en prenant en
considération les deux différentes parties du plateau continental, en-deçà et au-delà de 200
milles marins66, la limitation liée aux « fins économiques » de l’article 60 peut être interprétée
de façon différente selon que les activités sont menées dans la ZEE ou en haute mer. Lorsque
les activités sont menées à partir d’ouvrages ou d’installations placées dans la ZEE, les fins
économiques peuvent être définies par les activités découlant directement des droits exclusifs
de l’État côtier dans sa ZEE et des droits souverains de ce dernier sur son plateau continental.
Néanmoins, lorsque les activités sont menées à partir d’ouvrages et d’installations placées en
haute mer, ces limitations économiques sont moins importantes en raison du régime de la
haute mer67. Par conséquent, dans le cas de l’exploration et de l’exploitation sur le plateau
continental étendu, les seules restrictions portant sur les installations et ouvrages sont celles
énoncées par l’objet des droits souverains de l’État côtier sur son plateau continental : ces
installations et ouvrages doivent être érigés aux fins de l’exploration et de l’exploitation du
plateau continental68. Ceci n’empêche aucunement l’État côtier de mener des activités
concurrentes et complémentaires à ces activités d’exploration et d’exploitation dans le cadre
de la liberté de la haute mer. Cette tendance semble se dessiner notamment à travers les
différents projets d’aménagement de plates-formes pour l’exploitation des énergies
renouvelables naturelles, telles que celles de la force des vagues, des courants marins ou de
l’énergie solaire69.
Dans le cadre de la construction, de l’installation et de l’exploitation de ces
installations et ouvrages, l’État côtier possède par ailleurs des droits considérablement
étendus. D’une part, il peut ériger, si nécessaire, des zones de sécurité autour de ces
installations, d’un périmètre de 500 mètres, compte tenu des normes internationales en
vigueur70. L’extension de cette présence en mer de l’État côtier aux fins de la protection de
ces installations et ouvrages sera donc proportionnelle au nombre d’installations et d’ouvrages
qu’il mettra en place. Par ailleurs, les seules restrictions pesant sur l’État côtier lors de la mise
en place d’installations et d’ouvrages consistent dans les obstacles pouvant être occasionnés
« aux voies de circulation reconnues essentielles pour la navigation internationale »71. Ainsi,
les restrictions des droits de l’État côtier aux fins de l’utilisation réservée et protégée des
espaces de la haute mer ne sont plus que celles justifiant la raison d’être du principe de liberté
de la haute mer : sa fonction de voie de communication.

65
Article 60 § 1 de la CNUDM. Souligné par nous.
66
Définis conformément à l’article 76 de la CNUDM.
67
Notons à cet égard que dans le cas d’activités menées sur le plateau continental étendu, l’article 60
devrait renvoyer à l’article 87 de la CNUDM et non à l’article 56 relatif aux droits de l’État côtier dans sa ZEE
68
Article 77 de la CNUDM.
69
M. GAVOUNELI, « The legal treatment of Offshore installations », Pollution from Offshore
Installations, Martinus Nijhoff, 1995, p. 16.
70
Article 60 § 4 et article 60 § 5 de la CNUDM. Voy. aussi la Recommandation A671 (16) de
l’Organisation Maritime Internationale du 19 octobre 1989.
71
Article 60 § 7 de la CNUDM. Le seul risque d’entraver l’utilisation de ces voies de circulation est une
raison suffisante empêchant l’État de construire des installations offshore. Souligné par nous.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 14

Le rayonnement des droits souverains de l’État côtier pourrait être un frein au


développement des activités des États tiers menées dans le cadre de la liberté de la haute mer.
Cependant, la présence renforcée des États côtiers en mer ne devrait pas s’analyser en des
termes nécessairement négatifs. En effet, la présence de ces États sur de nouveaux espaces ne
renforce pas simplement leurs droits, elle accroît également leurs obligations concernant les
espaces et les ressources. Elle permet par conséquent un contrôle accru des activités humaines
et du milieu marin. Par ailleurs, le développement des activités en mer intéresse également les
États tiers qui peuvent mener et développer de nouvelles activités dans le cadre de la liberté
de la haute mer. Des projets tels que celui consistant à mettre en place des plates-formes en
haute mer, fixées au sol de la Zone, visant à piéger les débris plastiques à la surface des mers
et océans, est un bon exemple mettant en lumière les développements juridiques à venir ainsi
que l’importance des enjeux d’une planification intégrée des espaces maritimes.

2. La protection des activités d’exploration et d’exploitation de l’État côtier face aux autres
activités exercées dans le cadre de la liberté de la haute mer

Le régime du plateau continental ne permet pas seulement aux États côtiers de jouir de
droits souverains d’exploration et d’exploitation, il leur confère aussi certaines prérogatives à
l’égard des activités menées par des États tiers qui souhaitent exercer leur droit de poser des
câbles et pipelines sur le plateau continental de ce dernier72. Les États côtiers doivent ainsi
donner leur agrément au tracé des pipelines sur leur plateau continental et peuvent poser
certaines conditions spécialement applicables73.
Ces droits souverains sont aussi particulièrement bien protégés dans le cadre de la
recherche scientifique marine menée par d’autres États. La Convention met ainsi en place un
mécanisme de consentement exprès de l’État côtier pour tout projet de recherches
scientifiques marines que d’autres États ou organisations internationales compétentes se
proposent d’entreprendre dans sa ZEE ou sur son plateau continental74. Ce pouvoir de
consentement est étendu puisque l’État côtier peut ainsi refuser, à sa discrétion, l’exécution
d’un projet de recherche ayant une incidence directe sur l’exploration et l’exploitation des
ressources naturelles, biologiques ou non biologiques – notamment si le projet prévoit des
forages sur le plateau continental, l’utilisation d’explosifs ou l’introduction de substances
nocives dans le milieu marin, ou si le projet prévoit la construction, l’exploitation ou
l’utilisation des îles artificielles, installations ou ouvrages visés aux articles 60 et 80
précités75. Ce pouvoir de consentement vise donc directement à protéger, d’une part les droits
souverains d’exploration et d’exploitation de l’État côtier, d’autre part l’espace nécessaire à
l’État côtier afin d’exercer ces droits – que cet espace se situe autour des installations sur le
plateau continental ou en surface76.

72
J.V.R. PRESCOTT identifie à ce sujet quatre problèmes principaux découlant de ces droits : la
détermination de la limite extérieure du plateau continental, les conflits relatifs aux étendues du plateau
continental détachées de ce dernier dans le cas d’une faille, la difficulté de séparer les plateaux continentaux qui
sont partagés par des États adjacents ou opposés, et enfin les désaccords liés au partage de compétences entre
l’État fédéral et les États fédérés. J.V.R. PRESCOTT, « The continental shelves », The Political Geography of the
Oceans, Charles & David, Londres, Vancouver, 1975, p. 156.
73
73 Article 79 de la CNUDM.
74
Article 246 de la CNUDM.
75
Article 246 § 5 a), b) et c) de la CNUDM.
76
« L’analyse du projet de convention montre sans nul doute que la balance penche beaucoup plus du
côté des États côtiers que du côté des États chercheurs et ce, peut être au détriment de la recherche en général.
[…] La liberté de recherche est évincée par les nouveaux pouvoirs de contrôle donnés à l’État côtier sur les
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 15

La protection de la surface spatiale nécessaire à la mise en œuvre des droits


d’exploration et d’exploitation de l’État côtier est étendue au plateau continental au-delà de
200 milles77. L’article 246 § 6 de la CNUDM permet ainsi à l’État côtier d’établir des « zones
spécifiques de travaux d’exploration et d’exploitation poussée », et de refuser ainsi tout projet
de recherche scientifique marine que souhaiterait entreprendre un autre État ou une
organisation internationale dans le cadre de la liberté de la haute mer. Cette possibilité donnée
à l’État côtier d’établir des « zones spécifiques » laisse à ce dernier une grande marge de
manœuvre, étant donné l’imprécision de la notion de « zone spécifique de travaux
d’exploration et d’exploitation poussée » et la discrétion laissée à l’État côtier pour définir le
contenu de ces activités – sans devoir fournir de détails sur les travaux dont ces zones sont
l’objet78.
Les droits souverains de l’État côtier sur son plateau continental rayonnent par
conséquent bien au-delà des simples activités d’exploration et d’exploitation. L’État côtier
renforce ainsi considérablement sa présence et son droit de regard sur l’ensemble des espaces
concernés.

III. – NAVIGATION ET INSTALLATION DES PLATES-FORMES, PRÉVENTION


DE LA POLLUTION, RÉPARATION DES DOMMAGES ET DÉMANTÈLEMENT

Après avoir décrit les éléments essentiels du statut des plates-formes, il est utile de
s’intéresser à certaines questions juridiques qui font ou ont fait l’objet de différends entre
États ou de développements récents. On examinera ainsi successivement la liberté de
navigation des plates-formes (A), l’installation de plates-formes dans des zones maritimes
contestées (B), la sécurité des plates-formes, la protection du milieu marin et la réparation des
dommages en cas de pollution (C), enfin l’enlèvement des plates-formes désaffectées (D).

A. Plates-formes et liberté de navigation

Les plates-formes bénéficient-elles de la liberté de navigation traditionnellement


reconnue aux navires, ainsi que les droits qui y sont liés, à savoir le libre passage inoffensif
dans la mer territoriale, le droit de passage archipélagique et le droit de passage en transit ou
inoffensif par les détroits servant à la navigation internationale ? C’est à ce type de questions
que fut confrontée la CIJ à l’occasion de l’affaire du passage par le Grand-Belt – un des

zones sous juridiction nationale ». A. de MARFFY, « Le nouveau régime de la recherche scientifique », R.-J.
DUPUY, La gestion des ressources pour l’humanité : le droit de la mer, Martinus Nijhoff, 1982, n. 387.
77
« Les États côtiers ne peuvent exercer leur pouvoir discrétionnaire de refuser leur consentement en
vertu de la lettre a) de ce paragraphe, en qui concerne les projets de recherche scientifique marine devant être
entrepris, conformément à la présente partie, sur le plateau continental, à plus de 200 milles marins des lignes de
base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale, en dehors de zones spécifiques qu’ils
peuvent à tout moment, désigner officiellement comme faisant l’objet, ou devant faire l’objet dans un délai
raisonnable, de travaux d’exploitation ou de travaux d’exploration poussée. Les États côtiers notifient dans des
délais raisonnables les zones qu’ils désignent ainsi que toutes modifications s’y rapportant, mais ne sont pas
tenus de fournir des détails sur les travaux dont elles font l’objet » Article 246 § 6 de la CNUDM. Souligné par
nous.
78
Ce droit d’établir des « zones spécifiques » au titre de l’article 246 § 6 de la CNUDM est
remarquablement bien protégé par les dispositions relatives au règlement des différends et le principe de
consentement exprès de l’État côtier qui joue comme un mécanisme de blocage immédiat. Voy. à ce titre l’article
264 de la CNUDM.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 16

détroits danois reliant la Baltique au Cattégat – qui opposa la Finlande au Danemark. Dans le
cadre de ce litige, la Finlande invoquait le droit de libre passage par le Grand-Belt au profit
des « navires de forage, plates-formes pétrolières et futurs navires »79. Cette thèse était rejetée
par le Danemark qui soutenait que le terme « navire », dans son acception internationalement
convenue, n’incluait pas les plates-formes flottantes, celles-ci ne bénéficiant donc pas d’un
droit de passage par les détroits danois80.
L’affaire fut réglée à l’amiable par les deux parties et la Cour n’eut pas à se prononcer
sur ce point. Si la question reste donc posée, on trouve certains développements intéressants
dans les écritures des parties. On observe ainsi que la Finlande, dans son mémoire, opère une
distinction entre les différents types de plates-formes, celles-ci ne bénéficiant pas toutes au
même titre de la liberté de navigation. En ce qui concerne les navires de forage et les navires
transportant des engins autoélévateurs, la Finlande estimait qu’il n’y avait en principe pas lieu
de leur dénier le statut de navire aux fins de la navigation81. Elle ajoutait que la liberté de
navigation profitait également aux « plates-formes semi-submersibles qui ont leurs propres
moyens de propulsion et que l'on ne remorque que pour en accélérer le passage »82.
L’approche est logique si l’on privilégie « l’aptitude à la navigation », chère à G.
Gidel83, comme élément décisif de la définition du navire. La Finlande notait en outre qu’
« [u]n certain nombre de conventions internationales les considèrent comme des navires »84.
Enfin, s’agissant des engins flottants effectuant une navigation en étant remorqués par un
navire, ce qui est le cas de certaines plates-formes autoélévatrices (jack-up barges), la
Finlande observait que certaines conventions internationales les incluent dans la définition du
terme « navire »85.
Comme on peut s’en rendre compte, la démarche suivie par la Finlande, pour
déterminer si les plates-formes semi-submersibles, équipées ou non de moyen de propulsion,
jouissent de la liberté de navigation reconnue aux navires, consistait à utiliser les définitions
contenues dans les conventions internationales. L’approche est à première vue logique mais
son effet utile reste limité. En effet, comme cela a déjà été précisé plus haut, il n’y a pas de
définition internationalement convenue du terme « navire » et les définitions incluses dans les
conventions existantes sont rédigées en fonction de leur objet ou de l’approche adoptée par
leurs auteurs86. Alors que plusieurs d’entre elles utilisent le terme « navire » sans le définir87,
les conventions qui contiennent une définition de ce terme, soit y incluent les plates-formes de
manière générale, qu’elles soient « fixes ou flottantes »88, ou uniquement celles qui effectuent
une navigation89, soit énoncent une définition qui exclut les plates-formes90.

79
Requête introductive d’instance de la Finlande, 17 mai 1991, § 27.
80
« Floating offshore units such as jack-ups and semisubmersibles do not come within an
internationally recognized concept of ships and are, therefore, not entitled, as a matter of legal right, to
unimpeded passage through the Danish straits »: contre-mémoire du Danemark, 18 mai 1992, p. 263, § 797.
81
Requête, op. cit., supra n. 79, § 28.
82
Ibid.
83
G. GIDEL, Le droit international public de la mer, Paris, 1981 (réimpression de l’éd. de 1932), p. 70.
84
Requête op. cit., supra n. 79, § 28.
85
Mémoire de la Finlande, 20 décembre 1991, p. 348, § 454
86
Voy. H. ESMAEILI, The Legal Regime of Offshore Oil Rigs in International Law, Ashgate, 2001.
87
Voy. par exemple la Convention de Bruxelles du 10 mai 1952 pour l'unification de certaines règles
relatives à la compétence civile en matière d'abordage.
88
Voy. par exemple la Convention MARPOL 73/78, art. 2 §. 4, ainsi que la définition du terme
« navire » incluse à l’article 2 de la Convention de Hong Kong de 2009 pour le recyclage sûr et écologiquement
rationnel des navires (« les engins flottants, les plates-formes flottantes, les plates-formes auto-élévatrices, les
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 17

Dès lors, c’est essentiellement la pratique des États qui peut ici servir de guide pour
rechercher s’il existe une règle coutumière consacrant la liberté de navigation au profit des
plates-formes. Sur ce point, il est intéressant d’observer que, dans la cadre de l’affaire du
passage par le Grand-Belt, la Finlande avait envoyé un questionnaire à plusieurs États
riverains de détroits (Argentine, Australie, Chili, Corée du Sud, Malaisie, Mexique, Singapour
et Turquie) qui tous confirmèrent qu’aux fins de la navigation et du passage inoffensif, ils
assimilaient les plates-formes aux navires91.
Si, dans le cadre de la navigation, l’analogie entre plates-formes et navires représente
donc une hypothèse plausible, il en découle toutefois certaines conséquences quant à
l’exercice de la juridiction sur les plates-formes lorsqu’elles effectuent un voyage. Les articles
27 et 28 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, qui se rapportent
respectivement à l’exercice de la juridiction pénale et civile dans la mer territoriale, sont alors
applicables mutatis mutandis dans la mer territoriale tandis que la juridiction exclusive de
l’État d’immatriculation devrait s’exercer dans la zone économique exclusive, le plateau
continental et la haute mer.
Cela dit, les développements qui précèdent concernent le voyage des plates-formes
vers leur lieu d’exploration et d’exploitation. En revanche, lorsqu’elles mènent des activités
d’exploration et d’exploitation, le régime qui leur est applicable est différent. Dans la mer
territoriale, elles sont soumises à la souveraineté de l’État côtier, alors que sur le plateau
continental et dans la zone économique exclusive, elles constituent des « îles artificielles,
installations et ouvrages » au sens de la CNUDM et sont soumises à la juridiction de l’État
côtier92.

B. Plates-formes et zones maritimes contestées

Une autre difficulté se rencontre lorsque des plates-formes se livrent à des activités
d’exploration ou d’exploitation dans des zones maritimes qui sont l’objet de revendications de
la part de différents États93. Les tensions diplomatiques qui se sont manifestées en mai 201494

unités flottantes de stockage (FSU) et les unités flottantes de production, de stockage et de déchargement
(FPSO) »).
89
Voy. par exemple la Convention SUA de 1988 pour la répression d’actes illicites contre la sécurité
de la navigation maritime qui dispose qu’un navire désigne un « bâtiment de mer de quelque type que ce soit qui
n’est pas attaché en permanence au fond de la mer et englobe les engins à portance dynamique, les engins
submersibles et tous les autres engins flottants ».
90
Voy. l’article 1er § 1 de la Convention internationale de 1992 sur la responsabilité civile pour les
dommages dus à la pollution par hydrocarbures, qui dispose, qu’au sens de la Convention, un navire est un
bâtiment « construit ou adapté pour le transport des hydrocarbures en vrac en tant que cargaison ».
91
Annexe 36 du mémoire de la Finlande, op. cit., supra n. 85. Voy. H. ESMAEILI, op. cit. supra n. 86,
pp. 40-41.
92
Incidemment, on observera que l’existence d’une pluralité de régimes en fonction du type d’activités
visées n’est pas propre aux plates-formes. Ainsi, selon l’avis consultatif de 2011 rendu par la Chambre pour le
règlement des différends relatifs aux fonds marins du TIDM, les activités d’un navire transportant des ressources
minérales «vers des destinations terrestres … depuis une partie de haute mer située au-dessus de la partie de la
Zone » ne constituent pas des « activités menées dans la Zone » au sens de la Convention. Il s’agit d’activités de
transport maritime qui relèvent de la liberté de navigation en haute mer. Par contre, les transports effectués en
haute mer et « qui sont directement liés à l’extraction et à la remontée » des ressources sont inclus dans « les
activités menées dans la Zone » (Responsabilités et obligations des États dans le cadre d'activités menées dans
la Zone, avis consultatif, 1er février 2011, TIDM Recueil 2011, p. 37, § 96).
93
Voy. par exemple Y. LYONS, « Transboundary Pollution from Offshore Oil and Gas Activities in the
Seas of Southeast Asia », R. WARNER & S. MARSDEN (dir.), Transboundary environmental governance: inland,
coastal and marine perspectives, Ashgate, 2012, pp. 173-177.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 18

à la suite de l’installation par la Chine d’une plate-forme semi-submersible (Haiyang Shiyou


981) appartenant à la compagnie nationale chinoise du pétrole offshore (China National
Offshore Oil Corporation – CNOOC) dans une zone que le Vietnam considère comme faisant
partie de son plateau continental, illustrent l’actualité de la question.
Le problème n’est pas nouveau. On rappellera à ce sujet que l’affaire du Plateau
continental de la mer Egée (Grèce c. Turquie) avait été soumise à la CIJ en 1976 par la Grèce
à la suite de l’octroi par la Turquie de « permis de recherche pétrolière à la Société nationale
turque des pétroles (TPAO) dans une zone qui emp[iétait] sur le plateau continental
revendiqué par la Grèce comme relevant de certaines îles grecques de la mer Egée »95. En
l’espèce, il ne s’agissait pas d’activités menées à partir d’une plate-forme mais de recherches
sismiques entreprises par un navire turc de recherche, le MTA Sismik 1. Sur le fond, la
question de principe reste cependant la même. Dans le cadre de cette affaire, la Grèce avait
demandé à la Cour d’indiquer des mesures conservatoires, en expliquant que
« les explorations sismiques effectuées par la Turquie dans les zones contestées du plateau
continental risquent de porter atteinte aux droits souverains et exclusifs revendiqués par la Grèce
dans ces zones; et […] en outre […] menacent en particulier de réduire à néant le droit exclusif [de
la Grèce] d'acquérir des renseignements sur l'existence, l'importance et la localisation des ressources
naturelles de ces zones; que l'acquisition et la diffusion de ces renseignements sans le consentement
de la Grèce mettent celle-ci dans une situation défavorable pour négocier avec les acquéreurs
éventuels de permis d'exploitation, ce qui constitue une atteinte permanente à ses droits souverains
en matière de formulation de sa politique nationale d'énergie »96.

La Cour n’accéda pas à la demande grecque ; elle considéra que ces activités ne
risquaient pas d’occasionner un préjudice irréparable aux droits de la Grèce justifiant
l’indication de mesures conservatoires. Sa décision est motivée essentiellement par le
caractère temporaire97 des activités d’exploration et par le fait que celles-ci ne
s’accompagnaient pas d’une « appropriation effective ou [de] tout autre usage des ressources
naturelles dans les zones contestées du plateau continental »98. La Cour observe également
que la Grèce n’a pas prétendu « que ce genre d'exploration sismique risquait de causer un
quelconque dommage physique au lit de la mer, à son sous-sol, ou à leurs ressources
naturelles »99 et que ces activités « ne s’accompagnent pas de l’établissement d'installations
sur le fond ou au- dessus du plateau continental »100.
La décision adoptée par la Cour en 1976 appelle trois observations :
– Premièrement, s’il est clair que la position adoptée par une juridiction dans ce type
de litiges dépend largement des circonstances de l’espèce, il n’est cependant pas certain que la
Cour adopterait aujourd’hui une attitude semblable à propos d’activités d’exploration menées
au moyen de techniques scientifiques actuelles plus performantes. En effet, on peut
difficilement contester que les informations obtenues grâce à des techniques d’exploration

94
Voy. par exemple The Economist, 10 mai 2014 (« Not the usual drill Tensions mount dangerously in
contested waters »).
95
Plateau continental de la mer Egée, mesures conservatoires, ordonnance du 11 septembre 1976, CIJ
Rec. 1976, p. 9, § 26.
96
Ibid.
97
La Cour précise: « les explorations sismiques sont effectuées par un bâtiment qui navigue à la surface
de la haute mer et procède de temps à autre à de petites explosions sous-marines; …ces explosions ont pour but
d'envoyer des ondes sonores à travers le lit de la mer et de recueillir ainsi des renseignements sur la structure
géophysique de la terre sous-jacente », Id., § 30.
98
Ibid.
99
Ibid.
100
Ibid.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 19

performantes donnent un avantage à la partie qui les recueille, par exemple dans le cadre de
négociations relatives à la délimitation des espaces maritimes. Il y a là un droit dont l’exercice
peut être compromis et qui est dès lors susceptible d’être protégé.
– Deuxièmement, la Cour, dans son ordonnance de 1976, donne, a contrario, certaines
indications sur des éléments qui appelleraient à ses yeux des mesures conservatoires. Ainsi,
des activités d’exploration qui comprendraient l’appropriation de ressources, l'établissement
d'installations sur le fond ou au-dessus du plateau continental, ou qui causeraient un dommage
grave au milieu marin (par exemple par l’utilisation de produits chimiques toxiques pour de
activités de forage), seraient de nature à justifier une action de la Cour.
– Enfin, il faut souligner que la Cour se prononce dans l’urgence sur une demande de
mesures conservatoires, et non pas sur le fond du litige. Elle prend d’ailleurs le soin de
préciser que « l'exploration sismique des ressources naturelles du plateau continental
effectuée sans le consentement de l'État riverain pourrait sans doute soulever une question de
violation du droit d'exploration exclusif de cet État »101. Dès lors, « si la Cour devait donner
gain de cause à la Grèce sur le fond, l'activité d'exploration sismique de la Turquie pourrait
alors être considérée comme une telle violation et être invoquée comme une cause de
préjudice éventuel aux droits exclusifs de la Grèce »102.
Une autre question – plus délicate – liée aux activités d’exploration dans des zones
contestées se pose lorsque la force est utilisée pour en assurer ou pour en empêcher le
déroulement. C’est à ce scénario que fut confronté le tribunal arbitral constitué pour délimiter
les espaces maritimes entre la Guyane et le Suriname. En l’espèce, une plate-forme pétrolière
(CGX) avait été autorisée par la Guyane à mener des activités d'exploration dans une zone du
plateau continental qui était également l'objet de prétentions de la part du Suriname. Un
bâtiment des forces navales du Suriname avait alors donné l’ordre à la plate-forme de quitter
les lieux, faute de quoi elle en subirait les conséquences. En examinant la licéité de cette
mesure, le tribunal arbitral considéra que cet acte s’apparentait plus à une menace d’une
action armée qu’à une simple mesures de police et qu’il constituait donc une menace de
l’emploi de la force contraire à la Charte des Nations Unies103.
D’emblée, on peut s’interroger sur la pertinence de la qualification de « menace de
l’emploi de la force contraire à la Charte des Nations Unies » dans l’incident mentionné plus
haut. Certes, l’utilisation de la force contre la marine civile d’un État peut être constitutif d’un
acte d’agression selon l’article 3, paragraphe d) 104 de la résolution 3314 sur la définition de
l’agression, mais cela requiert un seuil de gravité qui ne semble pas atteint dans
l’avertissement assorti de menace donné à la plate-forme, et ce d’autant plus si on le compare
avec les incidents armés dont il était question dans l’affaire des Plates-formes pétrolières
ayant opposé l’Iran aux États-Unis105.

101
Id., § 31.
102
Ibid.
103
Sentence du 17 septembre 2007 rendue par le tribunal arbitral “constituted Pursuant to Article 287,
and in Accordance with Annex VII, of the Convention Nations Convention on the Law of the Sea, in the Matter
of an Arbitration Between Guyana and Suriname”, texte disponible sur le site internet de la Cour permanente
d’arbitrage, § 445: «… this Tribunal is of the view that the action mounted by Suriname on 3 June 2000 seemed
more akin to a threat of military action rather than a mere law enforcement activity ... [and] therefore constituted
a threat of the use of force in contravention of the Convention, the UN Charter and general international law ».
104
« L'attaque par les forces années d'un État contre les forces armées terrestres, navales ou aériennes,
ou la marine et l'aviation civiles d'un autre État ».
105
Voy. Plates-formes pétrolières (République islamique d'Iran c. États-Unis d'Amérique), arrêt, CIJ
Rec. 2003, voy. en particulier le § 64, pp. 191-192.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 20

Par ailleurs, la force prohibée par la Charte à son article 2 § 4, est celle « dirigée contre
l'intégrité territoriale ou l’indépendance politique d'un État ». Or, dans le cas d’espèce, on
pourrait prétendre qu’il s’agit de mesures d’exécution forcée ou des mesures de police prises
par un État pour assurer le respect de ses lois et règlements. C’est en quelque sorte l’argument
invoqué par le Canada dans l’affaire de la Compétence en matière de pêcheries (Espagne c.
Canada)106 en réponse à l’Espagne qui prétendait devant la CIJ que l'arraisonnement du
navire de pêche espagnol (Estai) en haute mer par le Canada constituait une violation de
l’article 2 § 4 de la Charte107.
Dans les deux cas, l’affaire Guyane c. Suriname et l’affaire Espagne c. Canada, la
qualification de mesures de police ou d’exécution forcée est cependant discutable dans la
mesure où l’État qui y a recours le fait dans une zone où l’exercice de sa juridiction est
clairement contestée (affaire Guyane c. Suriname) ou dans un espace (haute mer) où un navire
étranger est soumis à la juridiction exclusive de l’État du pavillon.
Ce qui est manifeste, en tout cas, est que l’emploi de la force ou la menace de son
utilisation, même si elle reste limitée à un navire privé battant le pavillon d'un État tiers,
constitue un acte grave qui risque d'entraîner de sérieuses conséquences. Les arguments
développés par les conseils de l’Espagne dans l’affaire de l’Estai montrent que l’on peut
difficilement contourner la difficulté en utilisant simplement la notion policée de « mesures
d’exécution ». En effet dans cette affaire, des coups de semonce furent tirés108, ce qui atteste
la volonté de recourir à la force, avec les risques qui en découlent pour la vie des marins
concernés. De plus, face aux actions canadiennes, l’Espagne dépêcha des bâtiments de guerre
dans la zone litigieuse afin d’assurer la protection des navires battant son pavillon, ce qui
inévitablement accroît le risque d’incidents armés109.
Dans ce contexte, on peut s’interroger sur la question de savoir si un État, dans le
cadre d’un différend qui l’oppose à un autre, peut recourir à des mesures armées – fussent-
elles qualifiées de mesure d’exécution – dans une zone où sa juridiction est contestée, sans
méconnaître son obligation de régler pacifiquement ledit différend en vertu de l’article 33 de
la Charte des Nations Unies et de l’article 279 de la CNUDM. Somme toute, si l’obligation de
régler pacifiquement les différends a un sens, elle doit imposer cependant une certaine retenue
dans les moyens d’action utilisés par les États pour affirmer ou protéger leurs droits. Sous cet

106
Compétence en matière de pêcheries (Espagne c. Canada), compétence de la Cour, arrêt, CIJ Rec.
1998, pp. 432 et s.
107
Dans le même sens, voy. le § 6 des déclarations interprétatives de la Communauté européenne lors
de la signature de l'accord sur les stocks chevauchants de 1995 : « 6. La Communauté européenne et ses États
membres réaffirment que tous les États doivent s'abstenir, dans leurs relations, de recourir à la menace ou à
l'usage de la force, conformément aux principes généraux du droit international, de la Charte des Nations Unies
et de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Par ailleurs, la Communauté européenne et ses États
membres soulignent que l'usage de la force visé à l'article 22 constitue une mesure exceptionnelle qui doit être
fondée sur le respect le plus strict du principe de proportionnalité et que tout abus engagera la responsabilité
internationale de l'État d'inspection. Tout cas de non-observation doit se régler par des moyens pacifiques,
conformément aux procédures applicables en matière de règlement des différends ».
108
Voy. le mémoire de l’Espagne du 28 septembre 1995, par. 13, qui mentionne quatre coups de
semonce.
109
Mémoire de l’Espagne, § 13 : « Pour faire face aux conséquences de l'application en haute mer de la
législation canadienne, notamment à la menace ou à l'emploi de la force par des garde-côtes canadiens à
l'encontre des bateaux de pêche espagnols, et afin de sauvegarder le droit à la vie et le droit à l'intégrité physique
de leurs équipages et les autres droits en cause, le Gouvernement espagnol s'est vu obligé d'envoyer trois navires
de la Marine de Guerre dans la zone en conflit. Ces navires sont restés dans la zone presque trois mois, pendant
lesquels un danger sérieux d'action navale entre navires canadiens et espagnols a existé. Ce danger ne s'est pas
matérialisé grâce à la grande prudence de la flotte de pêche et des navires de guerre espagnols ».
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 21

angle, on comprendrait alors mieux la déclaration du tribunal arbitral dans l’affaire Guyane c.
Suriname, selon laquelle les actions du Suriname sont contraires à la Charte des Nations
Unies. De même, cela expliquerait le raisonnement du tribunal arbitral qui affirme que, si le
Suriname considérait que l’installation d’une plate-forme dans la zone contestée lésait ses
droits, il pouvait recourir aux mécanismes de la partie XV de la CNUDM et demander au
Tribunal international du droit de la mer la prescription de mesures conservatoires110. On peut
également considérer que l’obligation énoncée aux articles 74 § 3 et 83 § 3 de la CNUDM va
dans le même sens, en cherchant à éviter une aggravation du différend : il est demandé aux
« États concernés, dans un esprit de compréhension et de coopération, [de faire] tout leur
possible pour conclure des arrangements provisoires de caractère pratique et pour ne pas
compromettre ou entraver pendant cette période de transition la conclusion » d’un accord
définitif de délimitation. Ces développements peuvent présenter un intérêt pour les procédures
de règlement des différends. En effet, dans la mesure où un État contrevient à l’obligation de
régler pacifiquement un différend, il méconnaît ses obligations en vertu de la CNUDM et peut
faire l’objet d’une procédure judiciaire ou arbitrale sur la base de la partie XV de la
Convention.
La question qui subsiste toutefois est de déterminer si un tel litige, lié à un différend
concernant la délimitation des espaces maritimes, constitue un différend autonome ou plutôt
un différend « concernant l'interprétation ou l'application des articles 15, 74 et 83 relatifs à la
délimitation de zones maritimes ». Si on adopte cette dernière hypothèse, cela signifie qu’une
déclaration faite en vertu de l’article 298 § 1 (a) de la CNUDM par une des parties au
différend aurait pour effet d’exclure l’application des mécanismes de règlement obligatoire
des différends contenus dans la section 2 de la partie XV de la CNUDM.

C. Sécurité des plates-formes, protection du milieu marin


et réparation des dommages dus à la pollution

1. Sécurité

L’installation de plates-formes en mer entraine certains risques. Des navires peuvent


entrer en collision avec celles-ci111 ; les plates-formes peuvent faire l’objet d’attaques, par
exemple par des groupes terroristes, ou être la cible d’actions politiques, comme l’illustre
l’incident de l’Arctic Sunrise112, brise-glace exploité par Greenpeace, à partir duquel des
militants de cette ONG menèrent une action à l’encontre de la plate-forme russe
Prirazlomnaïa dans la mer de Barents, afin de protester contre les risques environnementaux
liés à l’exploitation du pétrole offshore dans l’océan Arctique.
La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer reconnaît le droit de l’État
côtier d’adopter des mesures destinées à assurer la sécurité des plates-formes dans sa mer
territoriale (article 21 § 1 b), sur son plateau continental (article 80) et dans sa zone
économique exclusive (article 60 § 4)113. Dans le cas de plates-formes situées dans la zone
économique exclusive et sur le plateau continental, la Convention prévoit l’établissement de
zones de sécurité autour des plates-formes d’une distance de 500 mètres114, « sauf dérogation
110
Sentence du 17 septembre 2007, op. cit., supra n. 103, § 446.
111
Voy. par exemple H. ESMAEILI, op.cit., supra n. 86, p. 122, qui mentionne qu’entre 1973 et 1995,
463 collisions ont été recensées sur le plateau continental du Royaume-Uni.
112
Voy. l’Affaire de l’« Arctic Sunrise » (Royaume des Pays-Bas c. Fédération de Russie), mesures
conservatoires, TIDM, ordonnance du 22 novembre 2013.
113
Voy. également l’article 147 § 2, concernant les activités menées dans la Zone.
114
Voy. l’article 60 § 5 de la CNUDM : « L’État côtier fixe la largeur des zones de sécurité compte tenu
des normes internationales applicables. Ces zones de sécurité sont conçues de manière à répondre
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 22

autorisée par les normes internationales généralement acceptées ou recommandées par


l'organisation internationale compétente »115. Sur le fondement des articles 60 et 80 de la
CNUDM, l’Organisation maritime internationale (OMI) a adopté des résolutions concernant
la sécurité des plates-formes et les zones de sécurité autour de celles- ci116.
À ce propos, on notera que, à la suite de l’incident au cours duquel des membres de
Greenpeace, à bord de canots pneumatiques, pénétrèrent sans autorisation dans la zone de
sécurité autour de la plate-forme Prirazlomnaïa, la Fédération de Russie inspecta le navire
Arctic Sunrise – d’où étaient partis les militants – qui se trouvait dans sa zone économique
exclusive, en l’absence du consentement de l’État du pavillon, et justifia son action en
invoquant notamment les articles 60 et 80 de la Convention117.
On ajoutera que la protection des plates-formes contre tout acte de violence dirigée
contre celles-ci fait l’objet d’un protocole à la convention de 1988 pour la répression d’actes
illicites contre la sécurité de la navigation maritime. Le protocole118, qui fut adopté en même
temps que la convention, est entré en vigueur le 1er mars 1992. Il fait l’objet d’une large
adhésion de la communauté internationale puisque 151 États y sont parties contractantes.

2. Pollution

Les activités menées par des plates-formes en mer peuvent être sources de pollution119
du milieu marin. Tout d’abord, l’exploitation normale d’une plate-forme peut entraîner une
pollution par le rejet de fluides de forage120 – qui peuvent contenir différents produits toxiques
–, de déblais de forage121 et d’hydrocarbures. Le déversement en mer de déchets en
provenance de plates-formes habitées peut également générer une pollution. Enfin, des
accidents peuvent survenir avec, comme conséquence, la destruction de la plate-forme, une
marée noire, ou une éruption incontrôlée de pétrole brut ou de gaz. Afin de donner un aperçu

raisonnablement à la nature et aux fonctions des îles artificielles, installations et ouvrages et elles ne peuvent
s'étendre sur une distance de plus de 500 mètres autour des îles artificielles, installations ou ouvrages, mesurés à
partir de chaque point de leur bord extérieur, sauf dérogation autorisée par les normes internationales
généralement acceptées ou recommandée par l'organisation internationale compétente. L'étendue des zones de
sécurité est dûment notifiée ».
115
Dans la Zone, voy. l’article 147 § 2 c de la CNUDM.
116
116 Voy. les résolutions A.341 (IX), A.370 (X), A.621 (15), ainsi que la résolution A.671(16) du 19
octobre 1989 (« Safety zones and safety of navigation around offshore installations and structures ») qui contient
des dispositions relatives à la navigation dans les parages de plates-formes, aux actions à prendre par les États en
cas de violation de zones de sécurité, et aux mesures destinées à assurer la diffusion des informations sur leur
emplacement.
117
Voy. TIDM, ordonnance du 22 novembre 2013, op. cit., supra n. 112, § 64.
118
Protocole du 10 mars 1988 pour la répression d’actes illicites contre la sécurité des plates-formes
fixes situées sur le plateau continental. Le protocole de 1988 a fait l’objet d’une révision par le protocole de 2005
qui est entré en vigueur le 28 juillet 2010 et qui compte 27 parties contractantes.
119
Selon l’article 1 § 4 de la CNUDM, la pollution du milieu marin s’entend de « l'introduction directe
ou indirecte, par l'homme, de substances ou d'énergie dans le milieu marin, y compris les estuaires, lorsqu'elle a
ou peut avoir des effets nuisibles tels que dommages aux ressources biologiques et à la faune et la flore marines,
risques pour la santé de l'homme, entrave aux activités maritimes, y compris la pêche et les autres utilisations
légitimes de la mer, altération de la qualité de l'eau de mer du point de vue de son utilisation et dégradation des
valeurs d'agrément ».
120
Selon l’article 1.1 c) de la décision OSPAR 2000/3 « relative à l’utilisation des fluides de forage à
phase organique (OPF) et au rejet des déblais de forage contaminés par des OPF », l'expression « ‘fluide de
forage’ désigne le fluide de base ainsi que les produits chimiques ajoutés qui constituent le fluide utilisé pendant
les opérations de forage ».
121
Selon l’article 1.1 f) de la décision OSPAR 2000/3, l'expression « ‘déblais de forage’ désigne du
matériau solide extrait de la roche en cours de forage, ainsi que tous les autres solides et liquides quels qu’ils
soient provenant de tout fluide de forage en adhérence ».
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 23

de la règlementation internationale existante, on abordera successivement les questions de


prévention et celles liées à la réparation des dommages dus à la pollution.

a) Prévention

La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer établit un cadre juridique
cohérent en matière de prévention des dommages résultant d’activités menées sur les fonds
marins. Tout d’abord, comme cela a été mentionné plus haut122, l’article 192123 et l’article 194
§ 2124 de la CNUDM énoncent des obligations générales de protection et de préservation du
milieu marin et de due diligence. Ces obligations sont complétées et renforcées par des
d’autres plus précises demandant notamment aux États de « ne pas déplacer […] le préjudice
ou les risques d’une zone dans une autre et [de] ne pas remplacer un type de pollution par un
autre »125, de surveiller « constamment les effets de toutes les activités qu'ils autorisent ou
auxquelles ils se livrent afin de déterminer si ces activités risquent de polluer le milieu
marin »126, de mener une évaluation des effets sur le milieu marin « des activités envisagées
relevant de leur juridiction ou de leur contrôle [qui] risquent d'entraîner une pollution
importante ou des modifications considérables et nuisibles du milieu marin »127, et de publier
régulièrement des rapports sur les résultats obtenus à la suite des activités de surveillance et
des études d’impact qu’ils ont menées128.
De plus, l’article 194 § 3 c) de la Convention oblige les États parties à adopter des
mesures en vue de limiter « la pollution provenant des installations ou engins utilisés pour
l'exploration ou l'exploitation des ressources naturelles des fonds marins et de leur sous-sol ».
L’intérêt de cette disposition est qu’elle donne un catalogue de matières devant faire l’objet
d’une réglementation : « mesures visant à prévenir les accidents et à faire face aux cas
d'urgence, à assurer la sécurité des opérations en mer et à réglementer la conception, la
construction, l'équipement, l'exploitation de ces installations ou engins et la composition du
personnel qui y est affecté ». On observera à ce sujet que l’OMI a adopté des
recommandations concernant les normes de construction des plates-formes, destinées à
renforcer la sécurité de celles-ci129.
Pour le reste, les activités relatives aux fonds marins sont soumises à différentes
obligations selon les zones concernées. Sur le plateau continental et dans la zone économique
exclusive, l’article 208 § 1 demande aux États côtiers d’adopter « des lois et règlements afin
de prévenir, réduire et maîtriser la pollution du milieu marin qui résulte directement ou
indirectement d'activités relatives aux fonds marins et relevant de leur juridiction ou qui
provient d'îles artificielles, d'installations et d'ouvrages relevant de leur juridiction en vertu
des articles 60 et 80 ». « Ces lois, règlements et mesures ne doivent pas être moins efficaces

122
Voy. supra I, A, b).
123
« Les États ont l'obligation de protéger et de préserver le milieu marin ».
124
Article 194 § 2 de la CNUDM : « Les États prennent toutes les mesures nécessaires pour que les
activités relevant de leur juridiction ou de leur contrôle le soient de manière à ne pas causer de préjudice par
pollution à d'autres États et à leur environnement et pour que la pollution résultant d'incidents ou d'activités
relevant de leur juridiction ou de leur contrôle ne s'étende pas au-delà des zones où ils exercent des droits
souverains conformément à la Convention ».
125
Article 195 de la CNUDM.
126
Article 204 de la CNUDM.
127
Article 206 de la CNUDM.
128
Article 205 de la CNUDM.
129
Voy. la résolution A.1023 (26) du 2 décembre 2009 ayant adopté le « Code for the construction and
equipment of mobile offshore drilling units, 2009 (2009 MODU Code) », qui remplace et fait suite aux codes
adoptés en 1989 (résolution A.649 (16)) et en 1979 (résolution A.414 (XI)).
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 24

que les règles et les normes internationales ou les pratiques et procédures recommandées de
caractère international ». Dans la Zone, ces règles sont adoptées par l’Autorité internationale
des fonds marins, celle-ci devant accorder « une attention particulière à la nécessité de
protéger [le milieu marin] des effets nocifs d’activités telles que forages, dragages,
excavations, élimination de déchets […] »130. Les États doivent également adopter des lois et
règlements en ce sens – qui ne doivent pas être moins efficaces que les règles adoptées par
l’Autorité – à l’égard des activités menées dans la Zone « par des navires ou à partir
d'installations, ouvrages ou autres engins, battant leur pavillon, immatriculés sur leur territoire
ou relevant de leur autorité, selon le cas »131.
Les dispositions contenues dans la CNUDM en matière de prévention sont complétées
par d’autres instruments. Ainsi, sur le plan universel, la convention internationale de 1990 sur
la préparation, la lutte et la coopération en matière de pollution par les hydrocarbures132
impose aux États parties contractantes qui ont juridiction sur des plates- formes133 une série
d’obligations de prévention. Les États doivent ainsi exiger des exploitants d’unités au large la
tenue de plans d’urgence à bord (article 3 § 2) et le signalement de tout événement qui
entraîne ou risque d’entraîner un rejet d’hydrocarbures (article 4) ; ils ont également
l’obligation d’évaluer les informations reçues et d’adopter sur ce fondement les mesures
appropriées (article 5), et de mettre en place des systèmes nationaux et régionaux de
préparation et de lutte contre les événements de pollution par les hydrocarbures.
Plusieurs conventions régionales134 s’appliquent également à des degrés divers aux
activités des plates-formes. Par exemple, l’article 5 de la Convention OSPAR dispose que les
« Parties contractantes prennent, individuellement et conjointement, toutes les mesures
possibles afin de prévenir et de supprimer la pollution provenant de sources offshore »135,
selon ce qui est prévu à son annexe III136. Elle requiert en outre des parties contractantes
qu’elles appliquent le principe de précaution, le principe du « pollueur-payeur » ainsi les
meilleures techniques disponibles et la meilleure pratique environnementale. De la sorte, en
intégrant certains principes du droit de l’environnement dans ses dispositions, la convention
leur confère une valeur obligatoire en tant que normes conventionnelles, ce qui contribue à
leur reconnaissance en tant que normes de droit international général. Dans d’autres
conventions, l’affirmation de tels principes est plus feutrée. Ainsi, le préambule de la
convention de 1990 sur la préparation, la lutte et la coopération en matière de pollution par les

130
Article 208 § 3 de la CNUDM.
131
Article 145 de la CNUDM.
132
La Convention est entrée en vigueur le 13 mai 1995. 107 États y sont parties contractantes.
133
La Convention se réfère aux « unités au large ». Selon son article 2 § 4, une « Unité au large »
désigne « toute installation ou tout ouvrage au large, fixe ou flottant, menant des activités de prospection,
d’exploitation ou de production gazière ou pétrolière, ou de chargement ou de déchargement d’hydrocarbures ».
134
Par exemple : Convention pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution, Barcelone,
1976 (amendée en 1995) ; Convention régionale de Koweït pour la coopération en vue de la protection du milieu
marin contre la pollution, 1978 ; Convention d’Helsinki sur la protection du milieu marin dans la zone de la mer
Baltique, 1974 (révisée en 1992).
135
Article 1er : « (l) On entend par ‘installation offshore’ : toute structure artificielle, installation ou
navire, ou des parties de ceux-ci, flottante ou fixée sur le fond de la mer, et placée dans la zone maritime aux fins
d'activités offshore. » « (k) On entend par ‘sources offshore’ : les installations offshore et les pipelines offshore, à
partir desquels des substances ou de l'énergie parviennent à la zone maritime ».
136
Ainsi, l’article 4 de l’annexe III soumet à autorisation et règlementation « [l]'utilisation, le rejet ou
l'émission par des sources offshore de substances qui peuvent atteindre et affecter la zone maritime ». Certaines
décisions adoptées par la Commission instituée par la Convention concernant également les plates-formes ; voy.
par exemple la Décision OSPAR 2000/3 relative à l’utilisation des fluides de forage à phase organique (OPF) et
au rejet des déblais de forage contaminés par des OPF.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 25

hydrocarbures dispose que les Parties « tiennent compte du principe ‘pollueur-payeur’ en tant
que principe général du droit international de l’environnement ».
De même, les conventions qui traitent de l’immersion des déchets sont susceptibles
d’intéresser les activités des plates-formes. Ainsi, la CNUDM demande aux États d’adopter
des règles pour prévenir, réduire et maîtriser la pollution du milieu marin par immersion137, ce
terme étant entendu comme « tout déversement délibéré de déchets ou autres matières »
notamment à partir de « plates-formes ou autres ouvrages placés en mer »138. Toutefois, il faut
préciser que, dans les conventions concernées, le terme « immersion » exclut généralement le
déversement de déchets provenant des activités opérationnelles des plates-formes139. C’est le
cas de la Convention MARPOL 73/78140 ; celle-ci contient cependant des règles particulières,
applicables aux plates-formes fixes ou flottantes, qui sont contenues dans ses annexes I
(Chapitre 7, règle 39141) et V (règle 4142).
Comme on peut s’en rendre compte, l’arsenal juridique que renferme la CNUDM en
matière de prévention est étoffé, les obligations qu’elle énonce étant développées par la
Convention OMI de 1990 ainsi que par les conventions régionales existantes. Dans ce
contexte, les conventions, lignes directrices et standards adoptés au sein de l’OMI ont une
importance particulière. En effet, en vertu de l’article 208 de la Convention, les lois,
règlements et mesures que les États doivent adopter pour « prévenir, réduire et maîtriser la
pollution du milieu marin qui résulte directement ou indirectement d'activités relatives aux
fonds marins et relevant de leur juridiction »143 « ne doivent pas être moins efficaces que les
règles et les normes internationales ou les pratiques et procédures recommandées de caractère

137
Voy. l’article 210 de la Convention.
138
Convention, article 1 § 5, a) i).
139
Convention, article 1 § 5 b) : « Le terme « immersion » ne vise pas: i) le déversement de déchets ou
autres matières produits directement ou indirectement lors de l'exploitation normale de… plates-formes ou autres
ouvrages placés en mer, ainsi que de leur équipement ».
140
La Convention MARPOL 73/78 prévoit à l’article article 2 § 3 (b) (ii) que ses dispositions ne
s’appliquent pas aux déversements « de substances nuisibles qui résultent directement de l’exploration, de
l’exploitation et du traitement connexe au large des côtes des ressources minérales du fond des mers et des
océans ».
141
« Chapitre 7 – Prescriptions spéciales applicables aux plates-formes fixes ou flottantes. Règle 39 –
Prescriptions spéciales applicables aux plates-formes fixes ou flottantes. 1 La présente règle s’applique aux
plates-formes fixes ou flottantes, y compris les plates-formes de forage, les installations flottantes de production,
de stockage et de déchargement (FPSO) servant à la production et au stockage au large des hydrocarbures, et les
unités flottantes de stockage (FSU) servant au stockage au large des hydrocarbures de production. 2 Les plates-
formes fixes ou flottantes, lorsqu’elles se livrent à des activités d’exploration, d’exploitation ou de traitement au
large des ressources minérales du fond des mers et les autres plates-formes doivent se conformer aux
prescriptions de la présente Annexe applicables aux navires d’une jauge brute égale ou supérieure à 400 tonnes,
autres que les pétroliers, à ceci près que : 1 elles doivent être équipées, dans toute la mesure du possible, des
installations prescrites aux règles 12 et 14 de la présente Annexe; 2 elles doivent tenir un registre, d’une forme
approuvée par l’Autorité, de toutes les opérations entraînant des rejets d’hydrocarbures ou de mélanges
d’hydrocarbures; et 3 sous réserve des dispositions de la règle 4 de la présente Annexe, le rejet à la mer
d’hydrocarbures ou de mélanges d’hydrocarbures doit être interdit, à moins que la teneur en hydrocarbures des
rejets non dilués ne dépasse pas 15 parts par million… ».
142
L’annexe V interdit le déversement d’ordures ( plastiques, emballages, papiers, chiffons, bouteilles,
déchets alimentaires non broyés ou concassés – le déversement de déchets alimentaires broyés ou concassés est
permis s’il a lieu au moins à 12 milles marins au large et si les ordures broyées ou concassées passent à travers
un tamis dont les ouvertures ne dépassent pas 25 mm) à partir de plates-formes fixes ou flottantes en cours
d’exploitation ou d’exploitation au large. Voy. également la résolution MEPC.139 (53) du 22 juillet 2005
(« Guidelines for the application of the revised M.A.R.P.O.L. Annex I requirements to floating production,
storage and offloading facilities (FPSOs) and floating storage units (FSUs) »).
143
Article 208 § 1. Voy. également le § 2 qui se réfère à « toutes autres mesures qui peuvent être
nécessaires pour prévenir, réduire et maîtriser cette pollution ».
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 26

international »144. Dès lors, on peut considérer que les conventions, lignes directrices et
standards adoptés au sein de l’OMI constituent lesdites « règles, normes ou pratiques et
procédures recommandées » visées à l’article 208, et que les États parties à la Convention
doivent donc s’y conformer lorsqu’ils adoptent des lois, règlements et mesures en vertu de
l’article 208.

b) Réparation

La réparation des dommages causés par la pollution provenant de plates-formes a


récemment suscité l’attention de la communauté internationale en raison de plusieurs
accidents145 ayant entraîné des pollutions catastrophiques. À ce sujet, l’explosion de la plate-
forme de forage semi-submersible Deepwater Horizon en 2010 dans le golfe du Mexique et la
marée noire qui en est résulté démontrent l’importance des dommages qui peuvent être causés
par des activités offshore146.
Alors que les dommages résultant de marées noires causées par des tankers
transportant des hydrocarbures font l’objet d’un régime de responsabilité civile mis en place
par voie de traités (convention internationale de 1992 sur la responsabilité civile pour les
dommages dus à la pollution par les hydrocarbures et convention internationale de 1992
portant création d’un Fonds international d’indemnisation pour les dommages dus à la
pollution par les hydrocarbures), aucun traité à caractère universel147 en vigueur ne règle
spécifiquement les questions de réparation des dommages causés par l’exploitation offshore.
Comme cela a été mentionné précédemment, une convention internationale avait bien été
conclue en 1977148, qui suivait l’approche de la convention sur la responsabilité civile de 1969
(remplacée depuis lors par celle de 1992) en prévoyant une responsabilité objective canalisée
– et limitée – vers l’exploitant de l’installation concernée. Elle n’est cependant jamais entrée
en vigueur. Dans ce domaine, on dispose tout au plus d’un arrangement de nature privée, mis

144
Article 208 § 3. Voy. également le § 5.
145
Le tableau ci-dessous reprend les cas important de pollutions par hydrocarbures causées par des
plates-formes (voy. S. VINOGRADOC, « The Impact of the Deepwater Horizon : The Evolving International
Regime of Offshore Accidental Pollution Prevention, Preparedness, and Response », Ocean Development &
International Law, 44, 2013, pp 338) :
Année Importance de la pollution Lieu de l’incident
(en barils)
2010 4,900,000 États-Unis (Deepwater Horizon)
2009 30,000-200,000 Australie (plate-forme Montara)
1986 247,000 Mexique
1980 200,000 Nigéria
1980 100,000 Iran
1979 3,000,000 Mexique
1977 158,000-200,000 Mer du Nord – Norvège
1973 2,000,000 Dubaï
146
Voy. S. VINOGRADOC, « The Impact of the Deepwater Horizon: The Evolving International Regime
of Offshore Accidental Pollution Prevention, Preparedness, and Response », op.cit., supra n. 146, pp. 335-362;
M. SMITH, « The Deepwater Horizon Disaster: An Examination of the Spill’s Impact on the Gap in International
Regulation of Oil Pollution from Fixed Platforms », Emory International Law Review, 25, 2011, pp. 1477-1516;
R. ABEYRATNE, « The Deepwater Horizon Disaster – Some Liability Issues », Tulane Maritime Law Journal, 35,
2010, pp. 125-152.
147
Cela n’exclut pas que des régimes particuliers soit convenus par traité, telle la convention sur la
protection de l’environnement conclue le 19 février 1974 (ILM, 1974, p. 591) qui, de manière générale, prévoit
la possibilité de recours de droit interne en cas de dommages causés par la pollution.
148
Convention du 1er mai 1977 relative à la responsabilité civile pour les dommages de pollution par
des hydrocarbures résultant de la recherche et de l’exploitation des ressources minérales du sous-sol marin.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 27

en place en 1974 par les entreprises concernées149 (Offshore Pollution Liability Agreement –
OPOL150) afin d’assurer sur une base volontaire une réparation pour les dommages causés par
une pollution par hydrocarbure. Toutefois, cet accord a un champ d’application limité
puisqu’il est mis en œuvre en cas d’accident survenu dans une installation soumise à la
juridiction des États suivants : Royaume-Uni, Danemark et Groenland, Allemagne, France,
Irlande, Pays-Bas, Norvège. De plus, le plafond de responsabilité, qui a été réévalué et qui se
monte actuellement à 250 millions de dollars des Etats-Unis par incident, n’est pas à la
hauteur des montants que représente une catastrophe récente telle que l’éruption et l’explosion
de la plate-forme Deepwater Horizon en 2010151.
Devant ce vide juridique, la question s’est posée de savoir si la Convention
internationale de 1992 sur la responsabilité civile ne pouvait pas être applicable aux accidents
impliquant des plates-formes. Comme cela a été mentionné plus haut, au terme d’un examen
de la question, le FIPOL a maintenu sa position, qui consiste à inclure dans la définition du
navire les seuls engins qui sont construits ou adaptés pour le transport, et qui transportent
effectivement, des hydrocarbures en vrac en tant que cargaison. Si cette position a pour effet
d’exclure la plupart des plates-formes du champ d’application de la convention de 1992, il
reste cependant quelques types d’engins susceptibles d’être qualifiés de navire. Il s’agit des
« barges remorquées par des navires effectuant une navigation maritime »152 et des « unités
flottantes de stockage et de déchargement (FSO) disposant d’une propulsion autonome et d’un
équipement de direction pour la navigation en mer spécifiquement construites pour être
employées comme unités de transport des hydrocarbures en vrac en tant que cargaison »153.
La convention internationale de 2001 sur la responsabilité civile pour les dommages
dus à la pollution par les hydrocarbures de soute présente également un certain intérêt pour les
questions de réparation liées aux activités de plates-formes en mer. Elle s’applique en effet à
tout navire, c’est-à-dire « tout bâtiment de mer ou engin marin, quel qu’il soit »154, ce qui
englobe les plates-formes flottantes. Elle n’est cependant applicable qu’aux dommages causés
à la suite d’une fuite ou d’un rejet d’hydrocarbures de soute, à savoir « tous les hydrocarbures
minéraux, y compris l’huile de graissage, utilisés […] pour l’exploitation ou la propulsion du
navire […] »155. Cela ne couvre donc pas les dommages catastrophiques qui résultent d’une
marée noire à la suite d’une éruption ou explosion. Par ailleurs, si la convention de 2001 suit
la démarche générale de la convention de 1992 (canalisation de la responsabilité sur le
propriétaire du navire (article 3), limitation de la responsabilité (article 6) et assurance
obligatoire – article 7), elle ne prévoit pas la constitution d’un fonds additionnel pour couvrir
les dommages excédant le plafond de responsabilité.
149
Cet arrangement privé est comparable aux accords Tovalop « Tanker Owners Voluntary Agreement
Regarding Liability on Pollution » et Cristal « Contrat Regarding a supplement to Tankers Liability for oil
Pollution » conclus par le secteur privé dans le domaine du transport d’hydrocarbures, avant l’adoption des
conventions de 1969 sur la responsabilité civile et de 1971 portant établissement d’un fonds d’indemnisation.
Sur ces accords, voy. par exemple R. DUPUY et D. VIGNES (dir.), Traité du nouveau droit de la mer, Paris,
Economica, 1985, p. 986.
150
Sur l’arrangement OPOL, voy. par exemple M. S MITH, « The Deepwater Horizon Disaster: An
Examination of the Spill’s Impact on the Gap in International Regulation of Oil Pollution from Fixed
Platforms », op. cit., supra n. 147, pp. 1491-1495.
151
Selon les informations rendues disponibles par la compagnie BP sur son site internet
[www.bp.com/en/global/corporate/gulf-of-mexico-restoration/], BP a déjà payé depuis 2010 un montant de 11
milliards de dollars US à titre de réparation à des personnes privées.
152
FIPOL, Document IOPC/OCT11/4/4 du 14 septembre 2011 (« Examen de la définition du terme
‘navire’ »), p. 5, § 3.10 a).
153
Id., p. 5 § 3.10 b) et c).
154
Voy. la définition du navire à l’article 1 § 1 de la Convention.
155
Article 1 § 5.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 28

En dehors des hypothèses limitées exposées ci-dessus, il n’y a donc pas de régime
généralement accepté de responsabilité pour dommages par pollution causés par des plates-
formes. Le règlement des questions de réparation est alors assuré par le droit interne – et les
règles de droit international privé – de l’État côtier exerçant sa juridiction (plateau continental
ou zone économique exclusive) sur la plate-forme concernée. Cela ne pose pas de difficultés
en droit international lorsque la catastrophe cause des dommages limités aux espaces sous la
juridiction de l’État côtier. Ce fut par exemple la situation rencontrée avec l’accident de la
plate-forme Deepwater Horizon. Dans d’autres hypothèses, l’accident a des conséquences sur
le milieu marin et l’environnement d’États tiers ou la haute mer. On peut ainsi faire référence
à la marée noire causée par l’explosion en 1977 de la plate-forme mexicaine Ixtoc I dans le
golfe du Mexique. L’accident eut des effets dommageables sur l’environnement, les pêcheries
et l’industrie du tourisme du Texas156. Plus récemment, en 2009, une éruption d’un puits de
forage sur la plate-forme mobile West Atlas, dans le champ pétrolier Montara situé dans la
zone économique exclusive de l’Australie, a provoqué une importante marée noire, estimée à
environ cinq millions de barils. La nappe de pétrole a dérivé pendant plusieurs semaines et a
atteint les eaux de la partie indonésienne de l’île de Timor, ce qui, selon l’Indonésie, a causé
des dommages graves aux ressources marines et aux pêcheries. Malgré la demande de
l’Indonésie, aucun accord sur les réparations n’a été conclu, ni avec l’Australie, ni avec la
compagnie en cause. La commission d’enquête mise en place par l’Australie a estimé que le
dommage aurait pu être évité si la compagnie privée avait respecté ses obligations157. À la
suite de cette catastrophe, l’Indonésie a proposé qu’une convention fût conclue au sein de
l’OMI pour régler les questions de responsabilité en cas de pollution causée par des plates-
formes158. En raison de l’opposition de plusieurs États, ce projet n’a pas abouti159. Une des
objections soulevées à l’encontre de cette proposition est le manque de compétence de l’OMI
pour légiférer en la matière. L’objection paraît cependant plus politique que juridique étant
donné l’existence de plusieurs instruments adoptés par l’OMI qui sont applicables aux plates-
formes160. L’OMI semble à présent favoriser une approche régionale en préconisant
l’adoption de lignes directrices pour les accords bilatéraux ou régionaux concernant les

156
Selon M. SMITH, op.cit., supra n. 147, « Mexico …avoided suit in U.S. domestic courts because it
was able to rely on U.S. foreign sovereign immunity rules »
157
Le rapport de la commission d’enquête mise en place après la catastrophe a notamment conclu: «
Despite the deficiencies in the administration by the Northern Territory Department of Resources (DoR) of its
Designated Authority functions, the Report concluded that the incident could have been avoided if PTTEP AA
had adhered to the well control practices approved by the regulator and its own well construction standards »,
Final Government Response to the Report of the Montara Commission of Inquiry, 2011, ISBN 978-1-921812-
37-8.
158
Voy. document OMI LEF 97/14/1 du 10 septembre 2010, « Proposal to add a new work programme
item to address liability and compensation for oil pollution damage resulting from offshore oil exploration and
exploitation », submitted by Indonesia.
159
Voy. le rapport de l’OMI (« On-going discussion at IMO on matters concerning liability and
compensation for oil pollution damage resulting from offshore exploration and exploitation activities », présenté
en 2013 à l’occasion de l’atelier organisé sur « the Regional Response Capacity and Coordination to Major Oil
Spill in the Mediterranean Sea » par le Regional Marine Pollution Emergency Response Center for the
Mediterranean Sea (REMPEC) à Athènes du 10 au 12 décembre 2013, document REMPEC/WG.34/INF.4 du 5
décembre 2013.
160
Voy. R. BALKIN, « Is there a place for the regulation of offshore oil platforms within international
law? If not, then where? », exposé présenté à l’occasion de la réunion du Comité maritime international, Dublin
symposium, texte disponible sur le site du Comité Maritime International ; J. A. R OACH, «International
Standards for Offshore Drilling », in M. Nordquist et al., The Regulation of Continental Shelf Development,
Martinus Nijhoff, 2013, pp. 112-212.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 29

questions de responsabilité et d’indemnisation dans le cas de dommages résultant de


l’exploitation du pétrole en mer161.
L’absence d’un régime international de responsabilité civile ne signifie pas que le droit
international est inopérant. En vertu de l’article 235 § 1 de la CNUDM, les États doivent
« veiller à l'accomplissement de leurs obligations internationales en ce qui concerne la
protection et la préservation du milieu marin. Ils sont responsables conformément au droit
international ». Comme on l’a vu, les États qui exercent leur juridiction sur les plates-formes
doivent respecter des obligations générales de prévention et de due diligence. Il s’agit
essentiellement d’obligations de comportement obligeant les États à agir avec vigilance afin
d’éviter que des activités sous leur contrôle ne causent de dommage grave à un autre État ou
au milieu marin. Le caractère général de ces obligations ne signifie cependant pas que celles-
ci sont dépourvues d’efficacité. La question de savoir si un État les a respectées peut
parfaitement être soumise à une juridiction internationale et, à titre d’illustration, on
rappellera que dans plusieurs affaires soumises au TIDM ou à la CIJ, les arguments avancés
dans la requête reposaient essentiellement sur des obligations générales de coopération162 ou
de prévention163.
Il faut ajouter que les obligations générales de coopération ou de diligence requises
sont complétées par des obligations plus spécifiques. Par exemple, les États concernés doivent
adopter des législations et réglementations qui donnent effet aux normes et standards définis
par l’OMI ; ils doivent mener des études d’impact lorsque les activités projetées risquent
d’avoir des répercussions dommageables sur l’environnement ; ils doivent en outre veiller « à
ce que leur droit interne offre des voies de recours permettant d'obtenir une indemnisation
rapide et adéquate ou autre réparation des dommages résultant de la pollution du milieu marin
par des personnes physiques ou morales relevant de leur juridiction »164. De même, la
convention internationale de 1990 sur la préparation, la lutte et la coopération en matière de
pollution par les hydrocarbures impose aux États des obligations directes qui s’appliquent à
toute partie à la CNUDM sur la base de l’article 208 de celle-ci – si l’on considère que la
convention de 1990 énonce des normes internationalement acceptées. Les obligations qui
précèdent sont à la charge des États et requièrent de leur part l’adoption d’actes précis. Leur
méconnaissance (par exemple, l’absence d’études d’impact, le défaut de législation interne
réglementant l’exploitation off-shore ou mettant en place des recours internes en cas de
dommages, l’absence de plan d’urgence requis par la convention de 1990) pourra entraîner la
mise en cause de la responsabilité de l’État. Cela dit, s’il s’avère que l’État qui exerce sa
juridiction sur la plate-forme a méconnu ses obligations internationales, il faudra encore que
l’État qui a subi un préjudice apporte la preuve de l’existence d’un dommage ainsi que celle
du lien de causalité entre la violation commise et la survenance du dommage.
S’agissant de la Zone, on dispose de l’avis consultatif rendu en 2011 par la Chambre
pour le règlement des différends relatifs aux fonds marins du TIDM, qui porte sur la

161
Voy. le compte-rendu de la réunion du comité juridique qui a eu lieu du 28 avril au 1er mai 2014 :
[http://www.imo.org/MediaCentre/MeetingSummaries/Legal/Pages/LEG-101.aspx].
162
Dans l’affaire de l’usine MOX, l’Irlande invoquait les articles 123 et 197 de la Convention des
Nations Unies sur le droit de la mer, énonçant des obligations de coopération. Dans l’affaire concernant la
conservation et l'exploitation durable des stocks d'espadon dans l'océan Pacifique sud-est (Chili / Union
européenne), les arguments invoqués par le Chili sont essentiellement basés sur les obligations de coopération
incluses aux articles 64 et 116 à 119 de la Convention.
163
Dans l’affaire relative à la Construction d'une route au Costa Rica le long du fleuve San Juan
(Nicaragua c. Costa Rica), la requête du Nicaragua est fondée sur l’obligation générale de ne pas causer de
dommages aux États voisins (voy. requête, § 46). Voy. cet Annuaire.
164
Article 235, § 2.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 30

responsabilité des États qui patronnent des entités menant des activités dans la Zone pour des
dommages causés par de telles activités. Selon cet avis, en vertu de l’article 139 de la
Convention, la responsabilité de ces États peut être retenue s’ils méconnaissent leur obligation
de comportement consistant à s’assurer que les personnes placées sous leur juridiction
respectent les obligations qui leur sont imposées en vertu de la Convention, ou bien en cas de
violation des obligations directes que la Convention met à leur charge – par exemple
l’obligation de procéder à des évaluations de l’impact sur le milieu marin des activités menées
dans la Zone ou l’obligation d’adopter une législation réglementant les activités dans la Zone
et de contrôler les entités sous leur juridiction qui mènent des activités dans la Zone. L’avis
démontre que les obligations contenues dans la Partie XI ne doivent pas être prises à la légère.
Le raisonnement de la Chambre peut du reste éclairer la manière dont l’État côtier doit
s’acquitter de ses obligations concernant les activités menées sur son plateau continental ou
dans sa zone économique exclusive.
On terminera ce panorama des questions de responsabilité par deux observations :
– Sur le plan international, l’État lésé est en droit de réclamer la réparation de
l’intégralité du préjudice subi, ce qui inclut le dommage causé au milieu marin. Devant un
juge interne ou dans le cadre de régimes conventionnels, des limites peuvent être imposées en
ce qui concerne la prise en compte et l’évaluation du dommage à l’environnement. Par
exemple, sur la base de la définition du dommage contenue dans la convention sur la
responsabilité de 1992165, le FIPOL n’accepte que les demandes de réparation basées sur un
préjudice économique précis (manque à gagner de pêcheurs ou d’hôteliers à la suite d’une
marée noire, par exemple) ou sur les coûts raisonnables de mesures de remise en état
réellement entreprises et refuse les demandes de réparation du préjudice à l’environnement
per se qui reposent sur des modèles théoriques. Le juge international n’est pas tenu par ces
limites, comme le démontrent les décisions adoptées par le panel F4 de la Commission de
compensation des Nations Unies instituée pour examiner les demandes de réparation liées à
l’invasion du Koweït par l’Irak166.

165
Article 1 § 6, a) : « le préjudice ou le dommage causé à l'extérieur du navire par une contamination
survenue à la suite d'une fuite ou d'un rejet d'hydrocarbures du navire, où que cette fuite ou ce rejet se produise,
étant entendu que les indemnités versées au titre de l'altération de l'environnement autres que le manque à gagner
dû à cette altération seront limitées au coût des mesures raisonnables de remise en état qui ont été effectivement
prises ou qui le seront ».
166
Voy. Report and Recommendations Made by the Panel of Commissioners Concerning the Fifth
Instalment of « F4» Claims, S/AC.26/2005/10, 30 juin 2005. Au cours de la procédure devant le panel, l’Irak
contesta l’utilisation par les demandeurs de méthodes d’évaluation théoriques afin de calculer le préjudice
écologique (par ex, la méthode “Habitat Equivalency Analysis” (“HEA”)) utilisée pour évaluer la nature et
l’étendue de la perte de services résultant de l’atteinte à l’environnement et déterminer “compensatory
restoration projects that are intended to offset the ecological services that have been lost between the time of
initial damage to the resources and the time of their full recovery”(par. 73)). Sur ce point, le Panel considéra que
« in the absence of precise rules or prescriptions on the methods for evaluating damage, courts and tribunals are
entitled and required to evaluate damage and determine appropriate compensation, relying on general
principles for guidance, particularly the principle that reparation must, as far as possible, wipe out all the
consequences of the illegal act » (§ 80). Tout en reconnaissant les difficultés liées aux méthodes d’évaluation du
préjudice écologique, c’est-à-dire pour des ressources qui n’ont pas de valeurs commerciales, le panel n’estima
pas que cela constituait une raison suffisante pour rejeter ces méthodes de calcul. En même temps, le panel
souligna que les demandes basées sur ce type de méthodes « should be accepted only after the Panel has
satisfied itself that the extent of damage and the quantification of compensation claimed are appropriate and
reasonable in the circumstances of each claim » (§ 82). A ce sujet, voy par exemple Ph. GAUTIER,
«Environmental damage and the United Nations Claims Commission - New developments for future
international environmental cases? », in T. NDIAYE and R. WOLFRUM (dir.), « Law of the Sea, Environmental
Law and Settlement of Disputes », Liber Amicorum Judge Thomas A. Mensah, Nijhoff, 2007, pp. 177-214.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 31

– Lorsque l’État côtier a manqué à ses obligations, la question se pose de savoir quels
États sont en droit de mettre en cause sa responsabilité. Sur la base de la définition de l’État
lésé contenue dans l’article 42167 du texte de la CDI sur la responsabilité, il peut tout d’abord
s’agir d’un État à l’égard duquel l’obligation violée est due168 – on peut songer par exemple à
l’obligation de ne pas déplacer le dommage vers les espaces maritimes d’un État voisin.
Ensuite, dans le cas d’obligations dues à un groupe d’État ou à la communauté internationale
– ce qui semble être le cas pour la plupart des obligations générales en matière
d’environnement incluses dans la Convention –, tout État Partie à la CNUDM qui est
spécialement atteint par cette violation pourra également agir. Le commentaire de la CDI
donne ainsi l’exemple d’une pollution en haute mer en violation de l’article 194 de la
CNUDM qui entrainerait une pollution de la côte d’un autre État169. Dans le cas d’un
dommage par pollution causé à la haute mer par des activités menées dans la Zone, l’Autorité
internationale des fonds marins – agissant pour le compte de l’humanité en vertu de l’article
137 § 2 de la Convention – est en principe habilitée à mettre en cause la responsabilité de
l’État patronnant l’entité qui a causé le préjudice. Dans les autres cas de pollution de la haute
mer, différentes possibilités s’offrent aux États Parties à la Convention. Dans certains cas, un
État pourra invoquer le fait qu’il est spécialement atteint par la violation d’une obligation due
à la communauté internationale (par exemple, si les navires de pêche de cet État mènent des
activités de pêche dans la zone polluée par une marée noire), sur la base de l’article 42 § 2 (b)
du texte de la CDI. Plus généralement, tout État partie à la Convention pourrait être habilité à
agir, au moins pour exiger la cessation de l’acte illicite, dans la mesure où la violation affecte
une obligation due à la communauté internationale dans son ensemble, aux termes de l’article
48170 du même texte.
D. Enlèvement des plates-formes désaffectées
Le démantèlement des plates-formes est une question dont l’actualité ne doit pas être
sous-estimée. Ainsi, dans la seule zone maritime couverte par la Convention OSPAR, on
compte environ 1300 plates-formes171. Parmi celles-ci, de nombreuses installations ont été
installées dans les années 1970 et ont à présent servi cinquante ans alors que leur durée de vie
était au départ estimée à vingt ans172. Selon les données publiées par la Commission OSPAR,
entre 2009 et 2012, 145 plates-formes ont été déclassées173. Dans le Golfe du Mexique, selon

167
« Un État est en droit en tant qu’État lésé d’invoquer la responsabilité d’un autre État si l’obligation
violée est due :
a) A cet État individuellement; ou
b) A un groupe d’États dont il fait partie ou a la communauté internationale dans son ensemble, et si la
violation de l’obligation :
i) Atteint spécialement cet État; ou
ii) Est de nature à modifier radicalement la situation de tous les autres États auxquels l’obligation est
due quant à l’exécution ultérieure de cette obligation ».
168
Article 42, a).
169
Annuaire de la Commission du droit international, 2001, vol. II (2), p. 322.
170
« 1. …tout État autre qu’un État lésé est en droit d’invoquer la responsabilité d’un autre État, si :
a) L’obligation violée est due à un groupe d’États dont il fait partie, et si l’obligation est établie aux fins de la
protection d’un intérêt collectif du groupe; ou
b) L’obligation violée est due à la communauté internationale dans son ensemble ».
171
Selon les données fournies par la Commission OSPAR, au 23 juillet 2013, l’on comptait 1340
installations dans la zone OSPAR (2013 Update of the Inventory of Oil and Gas Offshore Installations in the
OSPAR Maritime Area, OSPAR Commission, 2013, ISBN 978-1-909159-34-1).
172
Voy. D. JOHNSON, « Regional Regulation of Offshore Oil and Gas Industry Decommissioning », in
M. Nordquist et alia, The Regulation of Continental Shelf Development, Martinus Nijhoff, 2013, p. 289.
173
« 145 installations ont été déclassées. Sur celles-ci, 45 installations sont des installations sous-
marines en acier, 59 sont des installations fixes en acier et 25 sont des installations flottantes en acier », 2012
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 32

des informations publiées en 2010, ce sont plus de 600 plates-formes de production qui sont
désaffectées et qui devraient être enlevées174. Le démantèlement des plates-formes – dont le
poids n’est nullement négligeable175 – représente ainsi un marché en expansion176.
Alors que la Convention de Genève de 1958 sur le plateau continental disposait que
« [t]outes les installations abandonnées ou ne servant plus doivent être complètement
enlevées », cette règle est assouplie dans la CNUDM dont l’article 60 § 3, prévoit :
« Les installations ou ouvrages abandonnés ou désaffectés doivent être enlevés afin d'assurer la
sécurité de la navigation, compte tenu des normes internationales généralement acceptées établies en
la matière par l'organisation internationale compétente. Il est procédé à leur enlèvement en tenant
dûment compte aussi de la pêche, de la protection du milieu marin et des droits et obligations des
autres États. Une publicité adéquate est donnée à la position, aux dimensions et à la profondeur des
éléments restant d'une installation ou d'un ouvrage qui n'a pas été complètement enlevé »177.

Conformément à cette disposition, l’OMI a adopté des lignes directrices et standards


concernant le démantèlement178 des installations et ouvrages sur le plateau continental et dans
la zone économique exclusive. En vertu de ce texte, toute installation ou ouvrage abandonné
ou désaffecté doit, en principe, être enlevé. L’État côtier qui a juridiction sur cette installation
ou ouvrage peut cependant, cas par cas, décider de procéder à un enlèvement partiel ou de
laisser la structure sur place, et ce, en tenant compte de différents critères liés notamment au
risque encouru par la navigation, aux effets sur le milieu marin, au coût de l’enlèvement ainsi
qu’aux raisons justifiant un tel choix. Si le choix revient à l’État côtier, celui-ci doit cependant
respecter les procédures prévues par les lignes directrices – par exemple la décision doit être
fondée sur des preuves scientifiques au terme d’une procédure d’autorisation et être
accompagnée de mesures de surveillance. Par ailleurs, dans certains cas, l’État côtier a
l’obligation de procéder à un enlèvement complet de la structure. Il en va ainsi de toute
installation et de tout ouvrage abandonné ou désaffecté reposant sur des fonds de moins de
100 mètres, pesant moins de 4 000 tonnes, non compris le pont et la superstructure, et dont la
mise en place sur le fond de la mer s'est effectuée à partir du 1er janvier 1998179. Bien que ces
directives ne soient pas obligatoires, elles constituent des « normes internationales
généralement acceptées » dont tous les États Parties à la Convention doivent tenir compte, en
vertu de son article 60 § 3180.
Afin de se débarrasser de plates-formes désaffectées en évitant les coûts d’un
démantèlement, il peut être tentant d’envisager de procéder simplement à l’immersion de
celles-ci. Cette option est toutefois soumise à des règles particulières. L’immersion telle que
définie dans la CNUDM comprend d’ailleurs cette hypothèse puisqu’elle vise « tout

Update of the Inventory of Oil and Gas Offshore Installations in the OSPAR Maritime Area, OSPAR
Commission, 2012, p. 6, ISBN 978-1-909159-21-1).
174
Voy. [http://www.nbcnews.com/id/39195347/ns/us_news-environment/t/us-unused-gulf-wells-must-
be-plugged/#.VCR2_Pl_uGx].
175
À titre d’illustration, l’enlèvement de 9 plates-formes dans le champ d’Ekofisk (Norvège) représente
un total de 113,500 tonnes (voy. Decommissioning in the North Sea, Royal Academy of Engineering, mars 2013).
176
On estime ainsi qu’en mer du nord, le coût du démantèlement s’élève à environ 1 milliard de dollars
US par an de 2010 à 2040 ; voy. [http://www.bbc.com/news/uk-scotland-11472352].
177
Voy. également l’article 80.
178
Résolution A.672 (16), adoptée le 19 octobre 1989.
179
Id., annexe, § 3.2. De même, « aucune installation ni aucun ouvrage ne devrait être mis en place sur
le plateau continental, ou dans la zone économique exclusive, s'il n'a pas été conçu et construit de telle façon
qu'après son abandon ou sa désaffection définitive, son enlèvement complet s'avère possible », Id., §.13.
180
Voy. R. BECKMAN, « Global Legal Regime on the Decommissioning of Offshore Installations and
Structure », in M. Nordquist et al., The Regulation of Continental Shelf Development, Martinus Nijhoff, 2013, p.
264.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 33

sabordage en mer de […] plates-formes ou autres ouvrages »181. Sur ce plan, l’article 210 de
la Convention oblige les États à adopter « des lois et règlements afin de prévenir, réduire et
maîtriser la pollution du milieu marin par immersion » (§ 1er) ; ces lois et règlements « ne
doivent pas être moins efficaces pour prévenir, réduire et maîtriser cette pollution que les
règles et normes de caractère mondial » (§ 6) – lesquelles doivent être élaborées par les États
agissant « par l'intermédiaire des organisations internationales compétentes ou d'une
conférence diplomatique » (§ 4)182. Un instrument antérieur à la Convention de 1982 a été
adopté dans ce domaine : la convention de Londres de 1972 (entrée en vigueur le 30 août
1975) sur la prévention de la pollution des mers résultant de l’immersion de déchets. Cette
Convention subordonne l’immersion d’une plate-forme à la délivrance d’un permis, au terme
d’une procédure qui doit prendre en compte plusieurs critères énoncés par la Convention et
après « étude préalable des caractéristiques du lieu de l'immersion »183. En cas d’immersion,
l’État concerné doit notifier à l’OMI « la nature et les quantités de toutes les matières dont
l'immersion est autorisée, ainsi que le lieu, la date et la méthode d'immersion »184. Une refonte
de la convention de 1972 a été réalisée par le protocole de 1996 (entré en vigueur le 24 mars
2006), destiné à actualiser et à remplacer celle-ci185. En outre, des lignes directrices, adoptées
en 2000 par l’Assemblée des États parties à la convention de Londres, contiennent des
précisions destinées à aider les États parties à remplir leurs obligations en vertu de la
convention de 1972 ou du protocole de 1996186. Étant donné que la convention de 1972
contient les normes qui recueillent l’adhésion la plus large (87 parties contractantes contre 45
pour le protocole)187, on peut estimer qu’elle énonce les règles et normes de caractère mondial
qui doivent être appliquées par les États parties à la Convention des Nations Unies, en vertu
de son article 210 § 4188.
Les définitions contenues dans la CNUDM, la Convention de 1972 et le Protocole de
1996 ne s’appliquent pas à l’immersion de plates-formes « à des fins autres que leur simple
élimination »189, sauf si le but poursuivi est en réalité la seule élimination de l’installation.
Afin de recycler les plates-formes désaffectées, certains préconisent ainsi de les transformer
en récifs artificiels destinés à abriter la faune et la flore marine (« rigs to reefs ») En 2008, la
réunion des États parties à la Convention de 1972 ainsi que la réunion des États parties au

181
La définition du terme immersion incluse dans la Convention comprend d’ailleurs cette hypothèse
puisqu’elle vise expressément « tout sabordage en mer de… plates-formes ou autres ouvrages » (article 1, par. 1
5) ii)).
182
On observera que le paragraphe 4 de l’article 60 fait également référence à l’adoption par les
organisations internationales de « pratiques et procédures recommandées ».
183
Article IV § 2, et Annexe III.
184
Article VI § 1 c) et 4.
185
Le Protocole ajoute à la définition du terme immersion contenue dans la convention de 1972 « tout
abandon ou renversement sur place de plates-formes ou autres ouvrages artificiels en mer, dans le seul but de
leur élimination délibérée » (article 1 § 4, 4). Pour le reste, le protocole, qui prévoit l’application de l’approche
de précaution et de l’approche du pollueur payeur (article 3, par. 1 et 2), interdit toute immersion à l’exception
des matières énumérées à l’annexe 1. Pour ces matières – qui comprennent les plates-formes ou autres ouvrages
artificiels en mer – toute immersion est soumise à la délivrance d’un permis.
186
Voy. point 3 in « Platforms/Structures: Waste Management Options », Specific Guidelines for Assessment of
Platforms or Other Man-Made Structures at Sea. Le texte est disponible à l’adresse:
[http://www.imo.org/blast/blastdatahelper.asp?data_id=17024&filename=5-platforms.pdf].
187
Voy. le document OMI « Status of multilateral Conventions and instruments in respect of which the
International Maritime Organization or its Secretary-General performs depositary or other functions – Status on
31 August 2014». Voy. R. BECKMAN, op. cit., supra n. 181, pp. 272-273.
188
De même, les lignes directrices de 2000 peuvent être considérées comme « procédures
recommandées » aux termes de l’article 210, par. 4, de la Convention et, à ce titre, doivent être prises en compte
par les États Parties à la CNUDM.
189
Convention de 1972, article III, par. b, ii); Protocole de 1996, article 1 § 2 2).
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 34

protocole de 1996 ont adopté des directives sur cette question190, sur la base d’un projet
préparé avec l’aide du PNUE191. Comme il ne s’agit pas ici d’une immersion stricto sensu, ce
n’est pas l’article 210 de la CNUDM qui est applicable, mais plutôt l’article 208 – « pollution
résultant des activités relatives aux fonds marins relevant de la juridiction nationale ». Comme
on sait, cette disposition prévoit que les lois et règlements pris par l’État côtier « ne doivent
pas être moins efficaces que les règles et les normes internationales ou les pratiques et
procédures recommandées de caractère international »192 qui sont adoptées « par
l'intermédiaire des organisations internationales compétentes ou d'une conférence
diplomatique »193. Sur cette base, il est logique de considérer que les directives adoptées en
2000 représentent ces pratiques et procédures recommandées.
On précisera que la réutilisation de plates-formes ne se limite pas à l’installation de
récifs artificiels. L’utilisation de plates-formes désaffectées à des fins scientifiques,
touristiques et environnementales est également, en effet, à l’ordre du jour. S’agissant de ce
dernier point, la possibilité d’utiliser les plates-formes pour capturer et stocker les émissions
de CO2 a fait l’objet de discussions au sein de différentes enceintes internationales. Ainsi, les
parties contractantes au protocole de 1996 sur l’immersion des déchets ont adopté un
amendement à l’annexe I au protocole en 2006 afin de fournir une base juridique pour le
stockage de CO2 dans des formations géologiques sous-marines194.
Il faut enfin ajouter que le régime relatif à l’élimination des plates-formes, esquissé ci-
dessus, peut être complété par des accords régionaux. Ainsi, l’article 5 de l’annexe III à la
convention OSPAR dispose qu’aucune installation offshore désaffectée n'est immergée ou
laissée en place, en totalité ou en partie, « sans un permis émanant au cas par cas à cet effet de
l'autorité compétente de la Partie contractante concernée ». Un système de notification
obligatoire et de consultation est par ailleurs prévu par cette disposition195. En 1998, faisant
suite aux mouvements de protestation à l’égard de l’immersion de plates-formes196, une
interdiction de principe a été décidée par la Commission OSPAR 197. Des dérogations sont
cependant possibles sur la base d’un permis délivré par la partie contractante concernée si
celle-ci est « convaincue », après avoir réalisé une évaluation des « options d’élimination »,
« qu'il existe des raisons sérieuses pour lesquelles une autre option d'élimination, telle que
visée ci-après, est préférable à la réutilisation, au recyclage ou à l'élimination finale à terre ».
Si la décision est en définitive prise par l’État concerné, c’est au terme d’une procédure qui
instaure une forme de contrôle international. Ainsi, le projet d’immersion doit être notifié aux

190
Directives pour l’implantation de récifs artificiels, document publié par l’OMI en 2009 (ISBN: 978-
92-807-3053-1).
191
Voy. R. BECKMAN, op. cit., supra n. 182, pp. 277-278.
192
Art. 210, § 3.
193
Art. 210, § 5.
194
Sur ce point, voy. également la décision OSPAR 2007/1 qui interdit le stockage des flux de dioxyde
de carbone dans la colonne d’eau ou sur le fond marin et la décision OSPAR 2007/2 qui autorise moyennant
conditions le stockage des flux de dioxyde de carbone dans des structures géologiques.
195
OSPAR, annexe III, art. 5 : « 3. Toute Partie contractante qui a l'intention de prendre la décision
d'émettre un permis d'immersion d'une installation désaffectée offshore, ou d'un pipeline désaffecté offshore qui
aura été mis en place dans la zone maritime après le 1er janvier 1998, fait connaître aux autres Parties
contractantes, par l'intermédiaire de la Commission, les raisons pour lesquelles elle accepte cette immersion, de
manière à permettre une consultation 4. Chaque Partie contractante tient un relevé des installations offshore
désaffectées et des pipelines offshore désaffectés qui auront été immergés ainsi que des installations offshore
désaffectées qui auront été laissées en place conformément aux dispositions du présent article, de même que des
dates, lieux et méthodes d'immersion, et le communique à la Commission. »
196
On peut songer en particulier à la campagne de protestation menée par Greenpeace en 1995 contre le
projet de la compagnie Shell d’immerger la plate-forme désaffectée Brent Spar.
197
Décision OSPAR 98/3 sur l'élimination des installations offshore désaffectées.
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 35

autres parties contractantes et, en cas d’objection, une procédure de consultation est mise en
place avec la possibilité de convoquer une réunion des parties pour examiner le problème
posé. Par ailleurs, l’État qui accorde un permis d'immersion ou d’abandon sur place, en
totalité ou en partie, d’une installation offshore désaffectée doit remettre un rapport à la
Commission OSPAR198. Un rapport est également requis dans un délai de six mois après
l’immersion ou l’abandon199.
*
Après un examen du cadre normatif entourant l’activité des plates-formes en mer, ce
qui transparaît est un bilan en demi-teinte. Tout d’abord, il faut bien observer que, si des
règles existent, elles sont complexes et ne favorisent pas une approche cohérente du droit
applicable aux plates-formes. Ainsi, le fait que les conventions pertinentes contiennent des
définitions à la carte, incluant ou non les plates-formes ou certaines d’entre elles, n’est pas de
nature à créer un statut clair. Les incertitudes qui entourent le champ d’application de la
convention internationale de 1992 sur la responsabilité civile en constituent en exemple. De
même, l’existence de différents régimes juridiques épousant le découpage des espaces
maritimes ne favorise pas une approche intégrée des questions relatives aux plates-formes.
Comme on l’a constaté, la juxtaposition des régimes relatifs aux différents espaces maritimes
engendre certaines lacunes, par exemple en ce qui concerne la protection du milieu marin
dans le cas d’exploitations prenant place en haute mer sur le plateau continental étendu. Il est
à ce titre paradoxal de constater que, par comparaison, le milieu marin de la Zone est soumis à
des règles internationales de protection plus strictes.
L’accroissement des activités en mer comporte également des risques de tension, en
particulier lorsque les plates-formes sont installées dans des espaces maritimes qui font l’objet
de prétentions concurrentes. Le recours au mécanisme de règlement des différends prévu par
la CNUDM conserve ici toute son utilité. On peut également soutenir que l’obligation
générale imposant aux États de régler pacifiquement leurs différends entraîne pour ceux-ci
l’obligation de faire preuve de retenue afin de ne pas aggraver le litige.
Une autre constatation concerne la prévention de la pollution et des dommages qui en
résultent. Sur ce plan, la CNUDM recèle un arsenal de normes qui ne sont pas dépourvues
d’efficacité. Les États Parties ont en effet l’obligation d’adopter des mesures dans différents
domaines en respectant les normes et standards établis par l’OMI La violation de ces
obligations de prévention peut engager la responsabilité des États exerçant leur juridiction sur
les plates-formes en cas de dommages causés par les activités de celles-ci.
Enfin, c’est essentiellement la pratique qui rend nécessaire un développement du cadre
juridique existant. Si les incertitudes théoriques concernant le statut des plates-formes
n’empêche nullement leurs activités en mer, il faut reconnaître que sur certains aspects, le
régime juridique est lacunaire. Ainsi, l’accroissement du nombre de plates-formes et des
risques de pollution y relatifs ainsi que leur éloignement des côtes renforcent le besoin de
disposer de règles en matière de responsabilité pour dommages. De même, la multiplication

198
Décision OSPAR 98/3 § 9. Le rapport doit ainsi contenir : « a. les motifs de la décision d'accorder un
permis…; b. la mesure dans laquelle les points de vue relevés dans le rapport issu de la réunion consultative
spéciale …, ou les points de vue exprimés par d'autres Parties contractantes au cours de la procédure prévue…,
ont été acceptés par l'autorité compétente de la Partie contractante concernée ; c. le permis accordé ».
199
Décision OSPAR 98/3 § 10. Le rapport doit faire état « a. des diverses étapes de l'opération
d'élimination en mer ; b. de toutes les conséquences immédiates de l'élimination en mer, telles qu'observées ; c.
de tout renseignement complémentaire sur la façon dont il a été procédé aux mesures de gestion, à la surveillance
ou à la publication, telles que stipulées par le permis ».
LES PLATES-FORMES EN MER ET LE DROIT INTERNATIONAL 36

des utilisations des plates-formes (captage et stockage de CO2 ou récifs artificiels) requiert du
droit qu’il s’adapte à cette évolution pour éviter un développement anarchique des activités en
mer, ce qui en définitive ne serait pas de nature à favoriser l’utilisation pacifique des mers et
des océans.