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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Au même titre que les autres secteurs d’activité, l’agriculture a connu plusieurs changements
s’inscrivant dans le sillage des réformes économiques entreprises dans le but de réussir le
passage à l’économie de marché.

Les mesures prises dans le domaine agricole concernent le volet organisationnel du


secteur public d’Etat, mais aussi, l’aspect relatif à la politique de crédit et de financement du
secteur agricole d’une manière générale.

Les changements opérés n’ont pas tranchés sur la question du foncier agricole du
domaine public d’où le soulèvement de cette question par les différents intervenants dans le
secteur, la classe politique et même les partenaires étrangers.

Le passage à l’économie de marché a eu des conséquences négatives, sur le plan de


financement du secteur agricole, qui sont les résultats de ce qui a été entrepris jusque là.

Pour aborder tous ces éléments, on se propose d’étudier dans cette section la question du
foncier et les différents changements opérés, ainsi que les propositions retenues en guise de
solutions.
On abordera, également, les réformes prises sur le plan financier destinées à palier aux
difficultés de financement résultant de la nouvelle politique du crédit. Enfin, on touchera aux
résultats enregistrés dans le domaine de la production des principales cultures.

I. Le problème du foncier agricole


En Algérie, le foncier agricole a constitué à travers l’histoire un enjeu social,
économique, politique et juridique important1. L’existence de multiples formes juridiques
d’appropriation des terres n’a pas aidé l’agriculture algérienne à se développer. Cette confusion
au niveau des rapports de propriété dans le domaine du foncier agricole, particulièrement dans le
secteur public, a entraîné un disfonctionnement au plan organisationnel et financier.

Le secteur agricole était en effet le premier secteur a être touché par les réformes
entamées au milieu des années 80 ; Cependant, des actions de restructuration ont été opérées bien
avant cette date. Plusieurs mesures ont été entreprises par les pouvoirs publics pour essayer de
surmonter les différentes contraintes qui s’imposaient ; celles ci sont d’ordre juridique,
financière, organisationnel.

1.La restructuration du secteur agricole

1
Voir le chapitre I.

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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Comme nous l’avons mentionné précédemment, le secteur public est composé


d’un ensemble de domaines et de coopératives à organisations différentes, ce qui a gêné
le bon fonctionnement de ces entités de production agricole.

La première tentative de redressement consiste à restructurer les unités de


production : les domaines autogérés, le secteur de la révolution agraire et les coopératives
2
d’anciens moudjahiddines à travers une réduction des superficies comme première
étape, et par la suite, à uniformiser la propriété dans le secteur public comme seconde étape.
La nouvelle forme d’organisation est appelée domaine agricole socialiste (DAS). Après la
restructuration, un nombre de 3.429 de DAS sont constitués regroupant une superficie de
3
2 .830 518 hectares .

A ceci s’ajoute et dans le cadre de l’extension de la superficie agricole, la promulgation


4
de la loi sur l’appropriation des terres de mise en valeur , notamment au Sud et les hauts
plateaux.

2. La réorganisation du secteur public agricole (1987)


La restructuration effectuée en 1981, n’a pas pu résoudre les problèmes de l’agriculture
liés à la structure foncière de l’exploitation (800 ha en moyenne par DAS), au financement des
opérations de l’activité en question et à l’endettement des exploitations, à leur mauvaise
gestion,…. A ces différents problèmes, s’ajoute le contexte de libéralisation qui commence à
prendre de l’ampleur à l’échelle mondiale et la situation de crise financière dans lequel le pays se
trouvait (contre choc pétrolier de 1986). Ces facteurs vont constituer des éléments qui vont
accélérer la mise en œuvre des efforts dans le secteur. La promulgation de la loi 87/19 du
08/12/1987 relative à la réorganisation du secteur public agricole entre dans ce cadre.

Cette loi vise à opérer des changements importants puisqu’elle prévoit la dissolution de
l’ancienne forme d’organisation des DAS. Les nouvelles entités constituées sur la base de cette
loi ont été dotées du statut de sociétés civiles ou de personnes physiques, appelées Exploitations
Agricoles Collectives (EAC) ou bien des Exploitations Agricoles Individuelles (EAI).

En outre, et comme nouvelle forme d’organisation, la loi 87/19 consacre aux EAC et EAI
le droit de jouissance perpétuelle sur les terres attribuées et un droit de propriété sur le patrimoine

2
-L’opération de restructuration a été mise en place à travers la circulaire présidentiel n°14 du 17.03.1981.
3
- M. GHERDI, Les effets de l’endettement sur le secteur agricole, Mémoire de magistère, Alger, 2003. P.11
(Arabe).
4
-Cette loi est promulguée en 13 Août 1983 n° 18-83.

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de l’exploitation (matériel roulant, cheptel etc.…), à l’exception bien entendu de la terre qui
reste la propriété de l’Etat.

Le regroupement, au sein des EAC, se fait par le choix des attributaires, à condition que
les membres d’une EAC dépassent le nombre de trois (03) éléments ; ces attributaires ont des
parts égales, en indivision, et de plus, ils ont une autonomie de gestion de leur exploitation.

2.1. Le bilan de la réorganisation des exploitations agricoles issues de la loi 87/19


L’objectif recherché, par cette loi sur le plan de l’organisation, consiste à diminuer la
superficie des exploitations, laquelle est considérée jusque là très vaste. A l’issue de cette
opération, Il est donc évident de voir, d’une part un nombre plus important de ces exploitations
5
et d’autre part, elles sont inférieures à ce quelles étaient auparavant. Le premier bilan dressé par
le Ministre de l’agriculture à la fin 1987, fait ressortir :

- 21.235 EAC regroupant 159.987 attributaires ;


- 4.122 EAI regroupant 4.122 attributaires ;
- 180 fermes pilotes qui se chargent de la reproduction animale et de la production
végétale (de plants végétaux).

La superficie moyenne de ces fermes pilotes est de 1.028 ha par ferme pilote, soit une
superficie totale de 185 000 hectares.

En ce qui concerne la taille des exploitations, celle ci diffère d’une région à une autre.
Ainsi, au Nord du pays, la taille moyenne est de l’ordre de 85 hectares. D’après A. DJENANE,
une distorsion importante au niveau local : c’est le cas de la wilaya de SETIF qui a, comme on le
sait, une vocation céréalière, où la taille moyenne est de 291 hectares par exploitation, avec une
superficie moyenne de 405 hectares pour les EAC et 29 hectares pour les EAI. Pour la wilayade
TIPAZA produisant, par contre, des cultures maraîchères, la superficie moyenne par exploitation
collective est de 34 hectares pour une EAC et de 6 hectares pour une EAI.

Dans les zones agropastorales, les exploitations s’étendent sur des superficies plus
importantes atteignant des tailles moyennes de 267 hectares avec un effectif moyende huit (8)
attributaires.
Toutefois, malgré la clôture de l’opération de réorganisation des DAS en 1989, le nombre
des exploitations agricoles n’a cessé d’augmenter d’une année à une autre et cela pour différentes

5
- Cité par, A. DJENANE, op. Cit, p.160.

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raisons, principalement par les situations conflictuelles liées à la divergence d’intérêts qui existait
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entre les membres des entités agricoles .

Tableau n°01 : Bilan de l’opération de remembrement des exploitations agricoles (situation


du 09/93).
DESIGNATIONS E.A.C. E.A.I. Total

Effectif (Nombre d’exploitations) 29.481 18.024 47.506


Superficie totale 1.819.065 170.036 1.989.101
Nombre de bénéficiaires 157.426 18.024 175.450
Superficie moyenne par exploitation (ha) 61,7 9,4 41,06
Superficie moyenne par bénéficiaire (ha) 11,55 9,4 11,33
Source : MA, BM 1994 Cité par Mr. A.DJENANE,op.Cit , p.161.

Selon le tableau ci dessus, on constate que le nombre des EAI a augmenté plus de trois
(03) fois, comparativement à la date initiale du premier bilan, alors que le nombre des EAC n’a
progressé que légèrement. La superficie moyenne des exploitations a diminué de plus de moitié,
en passant de 85 hectares à 41,06 hectares seulement. Et au début de ce nouveau millénaire, la
7
parcellisation des terres ne s’est pas arrêtée dans la mesure où on note en 1999 l’existence de
94.860 exploitations (EAC et EAI).

Il ressort de ces données que la loi 87/19 a favorisé la parcellisation et la division des
terres des exploitations du secteur agricole public, qui sont un phénomène qui a engendré un
véritable problème au développement de l ‘agriculture intensive, dans la mesure où il est difficile,
vu l’exiguïté des exploitations, de mettre en place les moyens indispensables pour la réussite des
itinéraires techniques modernes.

2.2. Les contraintes nées de l’opération de réorganisation


Comme nous l’avons signalé auparavant, cette réorganisation, nonobstant de la
libéralisation des initiatives, a engendré d’énormes problèmes dont les plus essentiels sont :

- Les nouvelles exploitations sont inégalement dotées des éléments pouvant apporter leur
savoir-faire et leur compétence en matière de gestion et d’encadrement technique. Cette inégalité,

6
-Le rapport des collectifs CNES, problématique de développement agricole : élément pour un débat national,
14ème session plénière, Novembre 1999, p .3 «les quelques 155000 attributaires collectifs ont mis fin de
facto à l’état d’indivision, en attendant que soit consacrée dans leur vision et à leur profit, la propriété
foncière».
7
- Les données sont du Ministère de l’agriculture 1999.

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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

8
comme le notait A.DJENANE est "le résultat de la tendance quasi générale à la concentration
du personnel d’encadrement (ingénieurs, techniciens, agents techniques, comptables) dans un
nombre réduit d’exploitations abandonnant l’immense majorité des autres exploitations à un
personnel doté, certes, d’une expérience professionnelle, mais ignorant dans la plus part des cas,
les techniques agronomiques modernes à haute productivité."

- La répartition est faite sans se soucier de sa rationalité économique, ce qui a provoqué la


constitution des exploitations agricoles avec des superficies très variables, dont la nature du sol
est parfois riche et dans certains cas très pauvre. De plus, les moyens de production se
répartissent d’une façon très inégale entre les exploitations ;

- L’apparition des litiges, entres les membres d’une même exploitation agricole, a donné
naissance à une nouvelle division au sein de ces exploitations, ce qui a fait augmenter leur
nombre d’une année à une autre et a constitué un facteur contreproductif dans le secteur. A cela
s’ajoute les problèmes de délimitation auquel sont confrontées certaines d’entre elles ;

- Le problème de financement n’a pas été résolu par cette réorganisation, ce qui va
compliquer davantage la tâche compte tenu des exigences d’une agriculture performante, et ce
9
malgré les possibilités de crédits accordées par cette nouvelle loi 87/19 aux producteurs .

- Le détournement de la vocation des terres agricoles à d’autres fins car cette opération est
rendue possible par le laxisme des autorités et l’absence d’une politique claire d’occupation des
10
sols. Ce point est souligné dans le rapport du CNES dans son introduction.

En définitif, tous ces problèmes entraînés par cette réorganisation a pénalisé le


développement de l’agriculture du secteur public et a donné naissance à des pratiques de
dilapidation du foncier agricole, notamment la vente sur pieds des vergers, recours à des
transactions sur des terres agricoles, le transfert de la vocation agricole des terres…

3. Les tentatives de reformes depuis le début des années 90 à nos jours


Le débat sur l’agriculture n’a cessé d’alimenter des positions contradictoires et parfois
antagonistes. La question centrale, qui est toujours d’actualité, s’articule autour du patrimoine
foncier du domaine privé de l’Etat. Il est clair, donc, que la loi déterminant le mode

8
-A.DJENANE, la restructuration foncière des exploitations agricoles publiques de la wilaya de Sétif(les
agriculteurs …présent et avenir, in les cahiers du CREAD, n°22,24, p.149.
9
-"Les producteurs et leur collectif peuvent accéder aux crédits dans les conditions fixées par la législation en
vigueur", article 4.
10-14 ème session plénière .Novembre 1999, p. 3.

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d’exploitation des terres agricoles du domaine national (87/19) a été contestée par l’ensemble des
intervenants du secteur agricole et de la classe politique nationale.

L’argument développé est l’insuffisance des résultats du secteur agricole et la volonté


affichée par certains acteurs de s’inscrire dans la libéralisation, qu’à connu le pays durant cette
phase. Néanmoins, la solution et la réforme à introduire sur cette question mobilisent, en gros,
deux (02) tendances : celle de la privatisation et celle de la concession.

3.1. La question de la privatisation des terres agricoles

Pour les adhérents à cette formule de "vente des terres" agricole du secteur public, le
problème réside dans l’instabilité qui caractérise les exploitations issues de l’opération de
réorganisation (EAC et EAI). Il est donc plus judicieux de stabiliser les attributaires des
exploitations par un acte de propriété au lieu d’un acte de jouissance. En d’autres termes,
l’attributaire deviendra par le biais de la privatisation, propriétaire de la terre. Les avantages
attendus de cette opération de privatisation sont multiples selon les promoteurs de cette analyse :

- Un attachement plus sûr à la terre et une confiance totale permettra d’investir dans ce
domaine puisque l’acquéreur ne craindra plus l’intervention d’une nouvelle donne qui
remettra en cause les efforts déployés jusque là. A l’image de la Loi 90-2511, portant
l’orientation foncière, qui a restitué les terres nationalisées dans le cadre de la Révolution
Agraire.
- Mettre le facteur de production le plus prisé "la terre" à l’abri des luttes idéologiques
et à des fins de propagande à l’approche des rendez-vous électoraux.

- Faire appliquer les règles de la rentabilité et de la logique strictement économique à ce


secteur, et par là, éviter de verser dans la logique sociale. En somme, le secteur agricole doit
être géré par les règles de l’économie de marché au même titre d’ailleurs que le secteur
industriel.
Pour faire aboutir ces aspirations, un nombre important de projets de loi visant à
introduire ces changements, se sont succédé depuis le début de 1990. Cependant, les
différentes tentatives émanant des gouvernements successifs, depuis le gouvernement Bélaid

11
-La loi 90-25 les 10.11.1990 portantes lois d’occupation foncière, qui annule la loi de réforme agraire de 1971
et restitue les terres expropriées dans le cadre de cette loi. Au total 400.000 ha sont restitués.

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ABDESLAM à nos jours, n’ont pas pu régler cette question, malgré l’insistance et l’intérêt
qui lui ont été accordées12

3.1.1. Les difficultés relatives à la privatisation (vente de la terre)


La concrétisation de l’opération de privatisation se heurte à certains nombres d’obstacles.
13
Le rapport du CNES énumère quelques difficultés à la vente des terres publiques.

3.1.1.1. La vente des terres est une opération complexe dans la mesure où elle nécessite la
détermination de la valeur de celle-ci (la terre.). Et pour pouvoir accomplir cette tache, il faut
14
trancher la question en choisissant entre :

- Les prix réels sur le marché : en procédant de la sorte, il y a risque d’écarter les anciens
attributaires, de facto, vu la faiblesse des capacités financières chez cette catégorie d’agriculteurs.
Par ailleurs, la voie est ouverte aux détenteurs de capitaux
d’investir le terrain et de mettre la main sur les meilleures terres agricoles en Algérie.
Forcément, cette option sera accompagnée de l’apparition des grands propriétaires terriens et par
ricochet l’émergence d’une classe bourgeoise.

- La vente des terres aux bénéficiaires (attributaires 87/19) : Les premiers concernés sont
les attributaires qui exploitent ces terres.

12
-Le gouvernement a essayé de changer les choses dans le sens de la privatisation. Néanmoins, l’Union
Nationale des Paysans Algériens (UNPA), à sa tête Mr NAIMI, a mis en garde le Gouvernement contre toute idée
de privatisation des terres et les conséquences y découlant.
Selon CHABANI Smail, in les cahiers du CREAD, n°49/1999, cette opposition est motivée par l’absence
d’une assemblée nationale élue, étant donné qu’à cette époque (1993), il y avait encore le Conseil National de
Transition (CNT) qui ne pouvait trancher sur une question aussi importante d’intérêt national.
Le processus d’élaboration du projet de loi fixant les conditions et les modalités de vente ou de location
des terres agricole du domaine national a été présenté par le quotidien national « la Tribune » du lundi
13.04.1998 comme suit :
- Consultation nationale sur l‘agriculture, Mai 1992.
- Examen par le Comité Inter ministériel du foncier, Septembre 1994.
- Séance de travail organisée conjointement avec les Ministères (Budget, Justice, Plan et Equipement,
Intérieur, Affaires Religieuses, Moudjahiddines), en Novembre 1994.
- Journée nationale d’information sur le foncier, Avril 1994.
- Transmission du projet de texte aux organisations syndicales et professionnelles du secteur agricole, Mars
1995.
- Examen en Conseil du Gouvernement (pour la 1ère fois) le 30 Août 1995.
- Confirmation de la démarche par la Conférence Nationale sur le Développement Agricole en Juin 1996.
- Examen en Conseil du Gouvernement (pour la 2ème fois), le 18 Décembre 1996.
- Examen et adoption par le Conseil des Ministres, le 14 Décembre 1997.
- Transmission à l’APN, Décembre 1997.Projet de loi sur la concession des terres agricoles appartenant à
l’Etat est proposé en 2002.
13
-Rapport du CNES, de Juillet 2001, session plénière relative au projet d’étude de la stratégie de
développement de l’agriculture
14
- S.CHABANI, les cahiers du CREAD, le problème du foncier agricole du domaine public en Algérie, n°49/1999
(version arabe).

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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Néanmoins, cette catégorie ne pourra jamais acheter avec les prix réels appliqués sur le
marché. La solution possible est donc d’appliquer des prix symboliques, ce qui pose un autre
problème d’inégalité sociale. A cet effet, S.BEDRANI qualifie cette démarche de vente
symbolique d’inégalité envers des milliers de chômeurs se trouvant à travers le pays.

3.1.1.2. La vente des terres engendre le problème du non homogénéité des exploitations agricoles
qui découleront de l’opération de la cession, ce qui constituerait un frein à l’avènement d’une
agriculture moderne. En somme, la vente des terres pose, en amont, quelques questions à prendre
en compte.

- La question de la valeur à appliquer ;


- La question de son acquisition.(L’achat se fera par qui ?) ;
- La question de celui qui se chargera de déterminer son évaluation?

3.2. Les partisans de la concession


L’alternative donnée à l’option de la vente des terres est la formule consistant à garder les
terres publiques au profit du domaine public, c’est à dire que l’Etat reste propriétaire de ces
terres. Tandis qu’en ce qui concerne l’aspect relatif à son exploitation, la nouveauté consiste à
introduire la concession comme moyen de cultiver ces terres en établissant une permission, une
15
autorisation ou encore celle d’un droit accordé par l’administration à un particulier

Cette formule ''concession'' semble être retenue définitivement, vu la volonté de ces


dernières années des pouvoirs publics, à leur tête, le Président de la République qui a tranché en
Novembre 2000, à l’occasion du 26ème anniversaire de l’Union Nationale des Paysans Algériens
16.
(UNPA), en faveur de la concession Un projet de loi a été élaboré dans le but de concrétiser
cette politique. Le gouvernement a été exhorté par le Président d’aller plus vite dans la mise en
17 18
place de cette concession des terres publiques

Selon la première nomenclature de ce projet, les exploitations agricoles collectives et


individuelles (EAC et EAI) seront remplacées par des sociétés civiles d’exploitation agricole. Les
membres de ces sociétés reçoivent des parts sociales transmissibles, cessibles et saisissables en

15– Rapport du CNES, op, cit, p.15.


16-Quotidien «El Watan», les terres agricoles en concession, N.B, 12/10/2002.
17
- Mr Saïd BERKAT, lors de son passage au forum d’El Moudjahid a déclaré : "Nous avons opté pour une
gestion privative, mais les terres resteront propriété de l’Etat". Pour expliquer le choix des pouvoirs publics
concernant la nouvelle décision prise pour la concession des terres publiques régies jusque là par la loi 87/19.
18-Quotidien « El-Watan», op. cit, 12.02.2004.

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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

rapportant leurs apports. Ces derniers (apporteurs de capitaux) ne leur est pas exigé la nécessité
d’être professionnel du secteur. Cette volonté délibérée de permettre aux détenteurs de capitaux
de pouvoir faire partie de ces sociétés civiles est faite dans le but d’attirer les investissements
privés dans le secteur agricole, de créer des possibilités accrues de financement qui font défaut
jusque-là dans le secteur agricole d’état.

Pour finir avec la question du foncier agricole en Algérie, il y a lieu de signaler que les
terres privées ne sont pas touchées par les réformes successives qu’a connu le secteur agricole du
domaine public, excepté la loi sur la Révolution Agraire qui a amputé une partie de ces terres
privées au profit du Fonds National de la Révolution Agraire. (Figure 3).

Organigramme : Evolution des structures agraires

Terres agricoles
1962-1963

Terres du secteur Autres terres Terres


autogéré (Domaines Publiques Privées
autogérés)

Terres versées au
Fonds de la
Révolution Agraire
1971-1973

Coopératives de la Exploitations
Révolution Agraire privées
1981-1984

Domaines Agricoles
Socialistes DAS.

Exploitations Agricoles Collectives (EAC)


1987 à ce

Exploitations Agricoles Individuelles Exploitations


jour

(EAI)
privées

Recherche de nouvelle forme Idem

Source: S.TIRANTI, la privatisation du foncier agricole en Algérie ; plus de dix ans de débats silencieux,
communication du Fourthpen – Arican program on laud and resourcerights workshop, copetowth, mai
2003.

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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

19
Cet organigramme retrace les principales étapes d’évolution des structures
agraires qu’à connu l’Algérie depuis 1962 à nos jours.

II. Le financement de l’agriculture


La question du financement de l’agriculture a été au centre des préoccupations des
intervenants dans le secteur agricole durant cette phase de réformes économiques. Dans ce point,
on essayera de voir comment a évolué le financement du secteur agricole en prenant en compte le
volet relatif au financement bancaire et au financement public, qui est caractérisé par la création
de plusieurs fonds destinés à accompagner le passage d’une agriculture planifiée à une
agriculture libéralisée.

1. Le financement bancaire (La politique du crédit)


La politique de financement bancaire s’est dotée en 1982 d’une banque spécialisée, en
l’occurrence la Banque Agricole de Développement Rural (BADR). Sa création a pour finalité de
prendre en charge les actions liées à l’activité agricole en octroyant des crédits d’investissement
et des crédits de campagne et en collectant l’épargne des agriculteurs. Cette spécialisation n’est
20
plus en vigueur après la réforme bancaire introduite en 1990 . Des lors, les banques sont régies
par un nouveau mode de fonctionnement qui consiste à appliquer les règles de la commercialité
lors de l’octroi des crédits bancaires. A l’instar de ces banques, la BADR s’est conformée à
l'application de ces règles dans les opérations de financement des exploitations agricoles
publiques ou privées.

1.1. La baisse de la contribution de la BADR dans le financement de l’agriculture


L’autonomie bancaire instaurée par la réforme a lourdement pénalisé les exploitations
agricoles. La banque exige des cautions et des gages lors des opérations de financement. Cette
rigueur financière dans l’octroi des crédits, a sensiblement baissé les crédits octroyés par la
BADR. Cette évolution des crédits est résumée dans le tableau suivant, en ce qui concerne les
crédits d’investissement.

19
- Note : La volonté du gouvernement de trouver une nouvelle forme d’exploitation des terres agricoles
publiques, s’est matérialisée par l’avant projet relatif à la concession : de plus, le Gouvernement par le biais des
Ministres de l’Agriculture et de la Justice a manifesté la volonté de poursuivre en justice tous ceux qui ont été
impliqués dans des malversations et des dilapidations des terres publiques. (Quotidien «la tribune» en dates du :
18/01/2005 et 19/01/2005.)

20
- La réforme bancaire est introduite par le biais de la loi 90/14 relative à la monnaie et au crédit, 4.04.1990,
Journal Officiel de la République Algérienne Démocratique et Populaire n°16 de l’année 1969.

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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

TABLEAU n°02: Evolution des crédits d’investissement (1987/1996 ; Unité: million de DA.)
Années 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996

Type de crédit

Crédits a long terme 491 1973 346 89 31 14 27 22 30 24

Crédits moyen terme 732 1459 459 201 592 452 255 165 78 22

Total 1223 3432 805 290 623 466 282 187 108 46

Source:BADR/DRF, Situation des crédits d’investissement, arrêtée en 31/12/96,citée par M.GHERDI,op. Cit, p.43.

Nous constatons que les crédits d’investissement à long terme ont enregistré une
chute très importante, puisqu’ils étaient de 1973 millions de dinars en 1988 et seulementde
24 millions de dinars en 1996. Les crédits à court terme étaient quant à eux, de 1.459
millions DA en 1988, pour n’être que de 22 millions DA en 1996.

Les crédits d’exploitation ont enregistré une baisse continuelle, sauf que la tendance est un
peu moins brutal comparativement aux crédits d’investissement. Le tableau ci-dessous retrace
l’évolution de ces crédits entre 1987-96.

Tableau n° 03 : Evolution des crédits d’exploitation (1987-1996 ; Unité : Million de DA.)

Année 1987-88 1988-89 1989-90 1990-91 1991-92 1992-93 1993-94 1994-95 1995-96
Crédits
d’exploitation
(millions DA) 4128 5590 5025 3314 2183 1706 988 1231 407

Source :BADR/DRF. Situation des crédits d’exploitation au 31/22/1996. Citée par M. GHERDI, op.Cit, P43.

Selon les données contenues dans ce tableau, on constate qu’il y a une régression des
crédits d’exploitation, en passant de 5.590 millions de dinars en 1988-1989 à seulement 47
millions de dinars en 1996. Le caractère dérisoire de ce type de crédits bancaires s’explique
de la manière suivante :

En 1999, seulement 112 dossiers de crédit à moyen et long terme et 1.168 dossiers à
court terme ont bénéficié de financement auprès de la BADR. Par contre, en 1996-97, il n’y
avait que 44 dossiers qui ont été financés, alors que pour la campagne agricole 1997-98, le
21
nombre de dossiers est de l’ordre de 45 uniquement

21
- A.DJENANE, op, Cit .p .204.

11
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Ces réalisations insignifiantes, dans le financement de l’agriculture par la BADR,


découlent d’une part, de la politique préventive poursuivie à l’égard des exploitations
22
agricoles surendettées, atteignant le seuil de 8 milliards de dinars au début des années 1990
23
et 35 milliards de dinars en 1999 , et d’autre part de la réticence des agriculteurs à consentir
des garanties à leurs emprunts lorsqu’ils leurs sont accordés. En effet, dans la plus part des
cas, les agriculteurs privés ne détiennent pas de titres de propriétés leurs permettant
24
d’hypothéquer la terre qu’ils exploitent, vu la situation d’indivision qui y règne .

En tout, deux tiers (⅔) des exploitations privées, totalisant une superficie de 3.000.000
25
ha, ne sont pas régularisées sur le plan des titres de propriété . De même, les exploitations
relevant du domaine public (EAC et EAI) ne peuvent pas faire l’objet d’une hypothèque.

La résolution du problèmefoncier,particulièrement en ce qui concerne les


exploitations (EAC et EAI) aura un impact certain sur la politique du crédit. Le PDG de la
BADR déclarait ceci : "Je représente une banque dont la fonction est de donner des crédits.
Si demain, j’ai en face de moi un agriculteur désirant hypothéquer son terrain lequel
disposant d’un acte de propriété, je serai moins regardant et moins exigeant dans l’octroi
d’un crédit. Ceci m’encouragera d’avantage à accompagner l’agriculteur. Aujourd’hui
malheureusement, l’agriculteur n’apporte en guise de garantie que sa notoriété et sa
solvabilité que je connais dans le cadre de mes relations avec lui. Quand il s’agit
26
d’investissement, on prend en gage le tracteur, la moissonneuse batteuse etc.…"

On conclue que l’acte de propriété est un élément de stabilité et de garantie pour la


banque qui s’engage avec plus de confiance et de sérénité avec les agriculteurs.

En revanche, les difficultés des agriculteurs à rembourser leurs dettes datent déjà
depuis des années et à ce jour, aucun traitement similaire n’a pu être trouvé comme celui

22
- S.BEDRANI, l’agriculture et le rural de 1990 à 2000, ouvrage collectif, Où va l’Algérie ? Karthala, 2001.
23
-Selon Mr BENFODIL, Président Directeur Général de la BADR, dans une interview accordée au quotidien
« La Tribune » du lundi 29.11.1999.
24
-Voir Chapitre I.
25
-Rapport du CNES, Stratégie de développement de l’agriculture 2000,op,Cit p.13.
26
- Mr BENFODIL, PDG de la BADR en1989 ;Interview au quotidien «La Tribune» ...
D’après toujours Mr BENFODIL, " Cela ne veut pas dire que la BADR n’accorde pas de crédits puisque nous
avons eu recours à des crédits aux alentours de 31 Milliards de dinars en direction du secteur agricole, Cela
prouve clairement que nous ne sommes pas désintéressés en matière de financement de l’agriculture…et ce
n’est pas parce que nous rencontrons des difficultés de remboursement avec certains agriculteurs qu’il faut
blâmer tout le secteur… J’ai parlé d’un total de 31 milliards de dinars de créances non honorées, il faut préciser
que figure 9 milliards de dinars de créances rééchelonnées dans le secteur agricole afin de donner la
possibilité à ces débiteurs d’avoir accès à d’autres crédits bancaires qui leur permettront de donner un nouveau
souffle à leur exploitation pour pouvoir continuer à travailler ”.

12
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

concernant les crédits octroyés au secteur industriel. Pourtant, les crédits du secteur agricole
représentent moins de 1% en comparaison aux subventions accordées au secteur
industriel. Il faut rappeler que le secteur industriel public a été subventionné en deux étapes,
entre 92-94 et 95-97 avec des sommes respectives de 550 milliards de dinars et de 350 milliards
27
de dinars .

Par ailleurs, d’autres problèmes viennent se greffer aux réticences des


banques concernant les taux d’intérêts appliqués après les réformes et qui sont passés de 5,6%
avant les réformes à 22% après celles-ci. Ce qui a éloigné les agriculteurs des crédits qui leurs
ont été alloués (25% seulement des montants ont été consommés en 1993). Par la suite, les
pouvoirs publics ont essayé de remédier à cette situation en accordant des subventions pour
alléger les effets de ces taux d’intérêts exorbitants. Ils sont fixés dans la fourchette de 6 à 8%. En
1993, une enveloppe d’un montant de 1 milliard de dinars a été dégagée au profit de la BADR
afin de prendre en charge la différence des prêts interbancaires, où les taux d’intérêts appliqués
28
sont de l’ordre de 20% .

De ce qui précède, on peut dire que le coût de l’argent, dont les effets étaient
fortement ressentis par les petites exploitations agricoles, était un élément important dans le
recul des concours bancaires dans la structure de financement du secteur agricole. Pour
surpasser les effets de cette contrainte, les agriculteurs étaient astreints de faire appel à
l’autofinancement de leurs investissements et de leurs opérations courantes
(fonctionnement).

1.2.Implication de la CNMA dansle financement agricole


29
La Caisse Nationale de Mutualité Agricole, qui a été mise sur pied en 1972 sur la base
30
d’un regroupement de trois (03) caisses (CRMA, CCMSA, CMAR) , est spécialisée dans les
opérations d’assurance. Par la suite, sa mission a connu des changements puisque cette caisse
s’est vue attribuer une vocation de banque à partir de 1995. Cette structure d’organisation fait
désormais ressortir un réseau constitué de 62 caisses régionales éparpillées à travers le territoire

27
- D’après A.DJENANE, op.Cit, p.205.
28
-Idem.
29
- Ordonnance 72-64 du 02.12.1972.
30
- Les trois (03) caisses sont:
- La caisse centrale de réassurance des mutuelles agricoles (CCRMA) fondée en 1907.
- La caisse centrale de la mutualité sociale agricole (CCMSA) fondée en 1949.
- La caisse mutuelle de retraites (CMAR) créée en 1958.

13
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

national et appelées Caisses Régionales de Mutualité Agricole (CRMA). Toutefois, et faute de


ressources celle-ci n’a pas pu satisfaire les nombreuses sollicitations des agriculteurs.

Comme innovation importante, on a assisté à la création de la société algérienne de


leasings mobiliers (SALEM) qui aura comme mission le financement des petits investissements
agricoles et agro-alimentaires. La SALEM est très sollicitée puisque le montant représentant la
demande de crédit émanant des agriculteurs a très vite atteint le niveau de 4,5 milliards de dinars.
31
Cependant, et pour le premier semestre de 1999 , celle-ci n’a pu contribuer qu’avec le concours
de105 millions de dinars.

Après la mise en place du Fonds National de Régulation et de Développement agricole


(FNRDA), la CNMA est chargée de domicilier toutes les opérations financières de ce fonds, à
travers ces caisses agricoles.

A cet effet, pour la période allant du lancement du FNDRA, en Août 2000, jusqu’au
32
21.12.2001, la CNMA a enregistré les résultats suivants .

- Les dossiers conventionnés par la CRMA……..78. 676 dossiers


- Total des engagements………………………76,4 milliards DA
Dont FNRDA…………………………51,3 milliards DA
Dont crédits………………. .. ………..17,7 milliards DA
Dont autofinancement ……… ………..7,4 milliards DA

Les décaissements opérés dans le cadre de PNDA sont, quant à eux, de l’ordre de 45
milliards de dinars, dont 09 milliards de dinars sont des crédits accordés par la CNMA.

De même, la société SALEMest impliquée dans le dispositif de soutien à


l’investissement d’appui à l’exploitation agricole par le financement des frais d’installation
ou de location de bâtiments d’exploitation et des frais d’achat de matières premières
nécessaires au démarrage des activités, ainsi que pour le financement des équipements
(tracteurs, camions de collecte de lait,….).

La demande adressée aux services du SALEM est prise en charge sur la base d’un
financement de 50% sous forme de crédit bail et sur la base d’un financement sous forme de
dotations définitives accordées par le FNRDA.

31
- S.BEDRANI, Où va l’Algérie ?Op,Cit, p.218.
32- Données du CNMA.

14
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

2.Le financement public


Comme nous l’avons signalé au début, le financement de l’agriculture ne relève pas
exclusivement des opérations bancaires (crédits), mais aussi des divers fonds publics
(Comptes spéciaux de trésor) créés dans le but de stimuler l’agriculture et de stabiliser, un
tant soit peu, la production et les prix pratiqués. Parmi ces fonds, on peut citer :

- FNDA :Fonds national du développement agricole ;


- FGPPA:Fonds de garantie des prix à la production agricole ;
- FGCA : Fonds de garantie des calamités agricoles ;
- FPZ : Fonds de Protection zoo sanitaire.

2.1. Le Fonds National du Développement Agricole (FNDA).


Le FNDA est créé par la loi de finances pour l’année 1988. Le FNDA est un compte
d’affectation spécial sous le n° 302-052. Toutefois, ce compte n’est devenu fonctionnel qu’en
1990, en guise de la publication du décret exécutif n° 90-208 du 14 juillet 1990, fixant les
modalités de son fonctionnement et définissant les agriculteurs et les producteurs pouvant
bénéficier de l’aide de ce fonds.

Cependant, le cadre juridique et réglementaire va connaître des modifications avec la


promulgation du décret exécutif n° 95-73, fixant les modalités de fonctionnement du compte
d’affectation spéciale. A travers ce décret, le Ministère de l’Agriculture, vise une meilleure
efficacité de l’intervention du soutien accordé par l’Etat à la promotion des investissements.
Désormais, les subventions vont concerner :

- Le soutien aux investissements productifs initiés par les agriculteurs ou éleveurs


professionnels ;
- La bonification des intérêts pour les crédits d’investissement et d’exploitation pour les
activités contenues dans la liste fixée par un arrêt interministériel ;
- L’aide financière pour la promotion de la production laitière, versée aux producteurs et
collecteurs de lait cru.

Les opérations financières de ce fonds sont effectuées par les structures de la CNMA qui
est une institution financière chargée de l’exécution des opérations liées au FNDA,
conformément à l’arrêté interministériel du 20/06/1995.

Par ailleurs, l’allocation des ressources accordées aux wilayas par le Ministère de
l’Agriculture est établie, après avoir étudié les propositions émanant de la direction des services

15
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

agricoles de chaque wilaya, en précisant la nature des investissements, le coût des projets, la liste
des bénéficiaires, l’apport des candidats, les montants des subventions demandées pour chaque
projet et ne dépassant pas le plafond fixé par le FNDA. De plus, une estimation des effets attendus
des projets doit être mentionnée pour ce qui concerne l’emploi et la production.

On remarque, selon les textes régissant le FNDA, que la logique centraliste dans l’octroi
des aides prédomine dans la mesure où, pour chaque projet à réaliser, la tutelle doit donner son
aval pour sa réalisation, en s’appuyant sur les dossiers qui parviennent des services agricoles de
la wilaya. Et ce n’est qu’après étude du dossier, à son niveau, que les subventions seront
accordées. Cette logique de centralisation, qui est à la base du financement du fonds n’a pas
permis d’utiliser la totalité des disponibilités existantes. A titre d’exemple, pour l’année 1992, le
fonds dispose de 750 millions de dinars et n’a utilisé que 10% de ces sommes33. Il y va de même
pour les années 1995 à 1999. Cette faiblesse de la consommation des disponibilités se poursuit, en
ce qui concerne les activités liées à la production laitière, plus particulièrement aux
investissements à la production et la collecte de lait cru.

Les disponibilités étaient de l’ordre de 5,174.250 milliards de dinars, tandis que la


consommation cumulée était de l’ordre de 1,458.645 milliards de dinars, soit un taux de
réalisation de 28%. Ce qui signifie que le montant des restes à réaliser dépasse largement le taux
34
de réalisation, soit 72 %, l’équivalent de 3,715.605 milliards de dinars .

2.2.Le Fonds de Garantie des Calamités Agricoles (FGCA)


Ce fonds est institué en 1990 pour faire face aux dommages et calamités, touchant
l’agriculture algérienne, dont la production agricole est fortement liée aux variations annuelles et
saisonnières des précipitations, en particulier la production céréalière (blé tendre, blé dur, orge,
avoine), qui reste dépendant à concurrence de 90% du régime pluvial. Les montants des
indemnités accordées sont déterminés sur la base des recettes et des ressources du soutien. Le
tableau ci-dessous retrace les montants accordés durant la décennie 1990-2000 pour la
céréaliculture.

Il ressort du tableau n°29, ci-après, que les soutiens pour les calamités agricoles accordés
par le FGCA, pour la période de 1990-2000, sont en moyenne de 1 milliard et demi de DA par
an, et cela pour faire face à la sécheresse, les gelées et les inondations etc…Les zones les plus
touchées sont les zones semi arides, vu leur dépendance exclusive de la pluviométrie.

33
-Données contenues dans M.GHERDI, op, Cit, p.47.
34
-Données recueillies auprès du Ministère de l’Agriculture.

16
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Tableau N°04 : Tableau retraçant l’indemnisation accordée à la céréaliculture(FGCA)

Etendue
Taux
de la
Nature de la Montant
Campagnes calamité Montants globaux
calamité d’indemnisation d’indemnisation
Agricoles Nombre de
%
Wilaya
1998-1990 Sécheresse 36 204.3.50.242.322,10 58 141.1852.463,.25
1990-1991 Inondation 15
et 1991-1992 sécheresse 2 1.028.157.560,14 438.251.488,61
1992-1993 Sècheresse 17 2.372.680..514,64 40 9234150890,62
et sirocco
Sécheresse 26
1993-1994 gelés 2 4.950.377.226,63 40 1.980.150.890,62
inondations 2
Sécheresse 12
1994-1995 gelés 01 4.961.380.201,07 35 2.045.669.786,00
inondations 01
Inondations 03
1995-1996 vents violents 01 349 221. 604,00 35 12.227.56.1,00
1996-1997 Sécheresse 28 10.649..994.897,00 35 3587498200,00
1997-1998 Sécheresse 16 77. 000. 000, 00 11 3587498200,00
1998-1999 Sécheresse 18 7.368.000.000,00 20 1515439264,00
1999-2000 Sécheresse 26 15. 000 000 0,00 1.200.000.000,00
Total 26.463.284.326,00 1.408.505.127,00

51.3.3025.847,00 34 1.408.150.512,00
Source : Ministère de l’Agriculture.

35
2.3. Le Fonds de Garantie des Prix à la Production Agricole (FGPPA)
Le FGPPA est destiné à garantir les prix de la production des produits stratégiques
(céréales, légumes secs,…) et les produits de large consommation (pomme de terre). Notons
que les prix des produits de large consommation ne bénéficient plus des aides de ce fonds
après la libéralisation de leurs prix. Il n’y a que les blés qui continuent d’être subventionnés
par l’octroi d’une prime incitative à la collecte et des primes incitatives à l’élévation des
rendements.

Cependant, à partir de l’avènement du plan national de développement agricole, ces


deux fonds (FGPPA et le FNDA) ont été fusionnés pour donner naissance au Fonds National
de Régulation et du Développement Agricole (FNRDA). Les ressources de ce nouveau fonds
émanent du budget de l’Etat et des résultats excédents du CNMA (à hauteur de moins
de 5%).
35
- Ce fonds est ouvert sous le compte n°302-067. Les modalités et les mécanismes d’évolution et d’affectation
des subventions du FGPPA sont fixés par le décret exécutif promulgué en 1993.

17
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

2.4. Fonds de Protection Zoo sanitaire (FPZ)


Le fonds de protection zoo sanitaire est institué en 1993 dans le but d’améliorer la
prise en charge de la santé animale. Ce fonds est financé par des dotations du budget de l’Etat
et les produits des taxes parafiscales instituées à son profit. En termes de dépenses, il
enregistre les opérations liées au développement de la santé animale, à l’abattage obligatoire
décidé à la suite d’épizooties ou de maladies infectieuses et aux campagnes prophylactiques.

2.5.Fonds National de Régulation et de développement Agricole (FNRDA)


La mise en place du FNRDA en 2000, à la suite de la fusion des deux fonds existants
auparavant, le FNDA et le FGPPA, s’inscrit dans les mesures prises par l’Etat de relancer le
secteur agricole par une politique s’inscrivant dans le cadre du plan national de
développement agricole (PNDA).
36
Le FNRDA bénéficie de l’expérience acquise par la mise en place du FNDA, d’où
le maintien de la démarche adoptée jusque là. Cependant, il s’agira dans ce nouveau
dispositif d’être plus rapide dans l’exécution, en assouplissant les procédures et en
responsabilisant les services déconcentrés de l’agriculture.

III. Evolutions des rendements de la production


1. Evolution de la production céréalière
Les céréales constituent des produits de base dans la structure de la consommation
pour la population algérienne. Cette spécificité se traduit par l’importance accordée à cette
matière de première nécessité, ce qui explique l’étendue de la superficie consacrée à cette
culture des céréales (3,5 millions d’hectares, en moyenne, lui sont consacrés chaque année
pendant la décennie 90). Toutefois, les caractéristiques spécifiques sont souvent contrariées
par le fait que la production céréalière est fortement dépendante de la pluviométrie comme
le montre le tableau n° suivant :

On constate que la production moyenne céréalière de la décennie 1980 a atteint


16.024.000 quintaux alors que durant la décennie 1990, la production moyenne est de l’ordre de
23.318.180 quintaux, avec une production record jamais égalée auparavant de l’ordre de
49.000.000 quintaux en 1995-1996.

36
- Nous signalons que ce dispositif fera l’objet d’une analyse dans les chapitres suivants.

18
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Tableau n° 05 : Evolution du rapport superficie / production céréalière.


Superficies Quantités
Campagnes agricoles (ha) (Qx)

1989 / 1990 02.365.440 016.247.170


1990 / 1991 03.417.700 038.076.880
1991 / 1992 03.529.91 033.279.320
1992 / 1993 01.958.930 014.517.720
1993 / 1994 01.286.740 09.632.350
1994 / 1995 02.579.920 021.380.000
1995 / 1996 03.663.300 049.000.000
1996 / 1997 03.483.090 08.682..210
1997 / 1998 03.659.720 030.200.000
1998 / 1999 03.158.300 020.200.000
1999 / 2000 03.483.380 09.318.180
Moyennes Décennies
1980 - 1985 02.526.000 16.024.000
1991 – 2000 03.787.962 023.432.243
Sources : 0.N.S, série B, Ministère de l’agriculture p. 37.
- L’agriculture dans l’économie nationale pp14 – 15 ;
- Rapport sur la situation du secteur agricole 2002 pp 9-10.

En ce qui concerne les superficies emblavées et selon le tableau ci-dessus, on


constate une progression de un (01) million d’hectares comparativement à la décennie 80.
Néanmoins, à cause de la sécheresse, près de 33% en moyenne des superficies emblavées ne
sont pas récoltées. De plus, une très grande fluctuation est enregistrée d’une année à une
autre. A cet effet, si la campagne agricole 95/96 est marquée par une production record, la
saison 96/97 est marquée, par contre, par une production médiocre de l’ordre de 8.695.980
quintaux. Ce qui représente une baisse de 83% par rapport à la campagne précédente.

La structure des espèces céréalières cultivées a connu un certain changement durant


la décennie 90, étant donné que l’orge a observé une progression au détriment du blé : la
part de l’orge ayant été inférieure de 25% dans la décennie 80, alors que dans la décennie
90, elle dépassait les 35% ; ce qui représente 8,5 millions de quintaux. Le blé (dur et tendre)
occupe la première position, mais avec un taux de 63%, l’équivalant de 15 millions de
quintaux. Et enfin, l’avoine avec un taux inférieur à 1% (0,55), et il représente 03 % de la
production totale.Les rendements pendant cette période sont très faibles et n’atteignent pas07
Qx/ha pour toutes les espèces. Cette performance est inférieure à celle des pays voisins tels
37
que la Tunisie . Nonobstant l’amélioration des productions céréalières dans la décennie 90,
le taux de couverture de la consommation nationale était de l’ordre de 30% uniquement. Ce

37
- D’après A. DJENANE, Le rendement des céréales en Algérie, en 1991 (Une très bonne performance) alors
qu’en France, il était de l’ordre de 67 qx/ha, au Portugal, 13 qx/ha et enTunisie:17qx/ha,op,Cit pp.242-252.

19
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

qui constitue une forte régression par rapport aux années 70 (80%). Le recours aux
importations est devenu systématique pour combler le déficit enregistré.Les USA, le Canada
et la France constituent les fournisseurs principaux de l’Algérie.

Cette dépendance du marché mondial est une menace pour l’économie nationale au
vu des variations des cours du blé. A titre d’exemple, celui-ci a atteint 200 dollars la tonne
38
en 1997 soit 70 dollars de plus par rapport à ce qui a été l’année précédente .

2. La production des légumes secs et les cultures maraîchères.


La production des légumes secs, à l’image de la céréaliculture, est soumise aux
fluctuations de la pluviométrie, étant donné qu’elles sont cultivées dans des zones de grandes
cultures. Ce type de production est dominé par les fèves et féverole dont la part qui lui est
réservée est de plus de 53% de la production totale et pour les pois chiche, elle est de 34%.

Les cultures maraîchères, quant à elles, sont cultivées dans des zones irriguées, d’où la
régularité dans la production des produits maraîchers. Le grand intérêt accordé au maraîchage est
le résultat de la politique des prix appliqués sur le marché. La libéralisation des prix a permis aux
agriculteurs d’augmenter leurs marges bénéficiaires, contrairement aux autres cultures (telles que
les céréales) dont les prix sont administrées. L’évolution des légumes secs et les cultures
maraîchères est donnée dans le tableau suivant :

Tableau n°06 : Evolution des légumes secs et des cultures maraîchères.


Type de spéculations Moyenne Moyenne 1999/
1991/2000 2000
Légumes secs
Superficie (ha) ….…………………….. 90.833 63.140
Production (tonnes) …….……………. 45.630 21.864
Rendement (Qx/ha) ……………..……. 05 3,5
Cultures maraîchères
Superficie plantée (ha) ………………. 289.463 274.930
Production (tonnes) …………………. 3.080.410 3.308.156
Rendement (tonnes/ha) ……………… 10,64 12,03
Pomme de terre
Superficie (ha) ……………………….. 84.000 73.000
Production (Tonnes) ………………… 1.100.000 1.200.000
Rendement (tonnes/ha) ……………… 12,6 16,6

Source : Ministère de l’agriculture, rapport sur la situation agricole 2002.

38
- Le Quotidien « La tribune »du 15.02.1989.

20
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Les données de ce tableau nous renseignent sur la situation des légumes secs et des
maraîchages pendant la décennie 90. En terme de superficie, les légumes secs occupent, en
moyenne, 90.833 hectares chaque année durant cette période. Mais sur le plan du rendement, les
résultats sont très faibles avec cinq (5)qx/ha. Et durant la dernière année de la décennie, le
rendement était de l’ordre de 3,5 qx/ha : la production a donc chuté de plus de la moitié par
rapport à la moyenne de la période en passant de 45.630 tonnes à seulement 21.864 tonnes.

Par contre, les cultures maraîchères enregistrent des performances très importantes grâce
à l’engouement des agriculteurs vers des cultures spéculatives. La production moyenne
décennale, mise à part la culture de la pomme de terre, est de l’ordre de 3.080.410 tonnes/an. Le
seuil des 3 millions de tonnes est atteint en 1995 (3.200.000 tonnes) et depuis, la production
n’estjamais descendue au dessous de ce seuil. La superficie moyenne consacrée au maraîchage
est de 289.463 hectares/an. Le rendement par hectare est passé de 10,64 tonnes/ha pourla
campagne agricole1991-2000 avec un pic de 12,03 tonnes/ha pour la dernière année. Cette
évolution dans les rendements est le résultat de l’utilisation des engrais et d’autres intrants. Les
cultures pratiquées sont en premier lieu, la pomme de terre avec un taux de 34,5% et une
production de plus de 1.100.000 tonnes, suivi par les pastèques et le melon avec un taux de
14,3%, les oignons avec un taux de 10,2% et enfin, la tomate à hauteur de 10% de la production
globale.

Ces taux placent la pomme de terre au premier rang soit plus de 1/3 du maraîchage
algérien. La superficie qui lui est consacrée varie entre 118.720 hectares (maximum) à 64.890
hectares en 1999. Les rendements de la dernière année sont supérieurs au rendement moyen de
la décennie 90, soit 16,6 tonnes/ha et 12,6 tonnes/ha respectivement. Notons aussi que la pomme
de terre de saison domine avec 60,3 % en superficie et 62,2 % en production.

3. Evolution des cultures fruitières, des agrumes et de la vigne


Les cultures fruitières ont évolué de manière positive durant cette période, que ce soit sur
le plan des superficies cultivées ou bien sur le plan de la production. Cette allure favorable aux
cultures fruitières trouve son origine dans la reconversion de certaines zones de faibles
rendements céréaliers à la plantation des arbres fruitiers.

D’après les données contenues dans ce tableau, nous constatons que les cultures
fruitières occupent une superficie de 153.248 Ha en moyenne par an, durant la décennie 91-2000
dont les principales productions sont : les pommes, les poires et les pêches. Les rendements ont
augmentés pour la saison 99-2000 en passant de 30,7Qx/ha par la moyenne décennale à
36,5Qx/ha, avec une augmentation de la superficie totale de plus de 20 %.

21
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

La production des agrumes a évolué positivement en passant de 2.803.500 Qx(en1989-


1990) à 4.326.350 Qx (en 1999- 2000) soit plus de 50% de croissance. Alors que la production
moyenne durant la période de 91-2000 est de 03.733.400 Qx/ha. Toutefois, la superficie
complantée n’a pas connu une progression significative malgré les efforts déployés dans le cadre
des programmes du FNDA.

TABLEAUn°07 : Evolution des cultures fruitières, agrumes et vigne.


ANNEE
DESIGNATION Moyenne Moyenne
1999-2000 1991-2000
o Cultures fruitières (noyaux et pépins)
- Superficie en hectares
Complantée …………….. 153.248 154.090
En rapport ………………. 121.513 1232.920
- Production (en quintaux) ………. 3.728.106 4.523.370
- Rendement ( Qx / Ha ) …………. 30,7 36,5
o Agrumes :
- Superficie (ha)
Complantée ……………… 45.620 46.010
En rapport ……………….. 40.160 41.680
- Production (en quintaux) …………… 3.733.400 4.326.350
- Rendement (Qx / ha) ………………. 93 105
o Vignes :
- Superficie (ha)
Complantée ……………… 68.300 58.800
En rapport ……………….. 61.100 51.000
- Production (en quintaux) …………. 1.902.500 2.038.800
- Rendement (Qx/ ha) ……………… 31 41
Source : Constitué à l’aide des données des tableaux du rapport sur la situation du secteur agricole 2002.

En ce qui concerne le vignoble, la campagne agricole 1999-2000 est marquée par une
baisse significative de plus de 14 % des superficies complantées, résultat d’arrachage des vieux
vignobles. Néanmoins, sur le plan des rendements, on passede 31Qx /ha en moyenne
(1991-2000) à 40Qx /ha (1999-2000), soit une évolution de près de 30%. C’est ainsi que la
production est passée de 1.902.500 Qx à 2.068.000 Qxpour la même période. Les types de raisin
produits sont : le raisin de cuve et le raisin de table avec une légère domination de ce dernier.

4.Evolution des produits de l’oléiculture, des cultures industrielles et de la phoéniciculture


L’Algérie détient un avantage comparatif concernant la phoéniniculture grâce à l’étendue
des terres sahariennes, particulièrement dans certaines régions telles que : BISKRA, El-OUED,
OUARGLA … Pendant la décennie 1991-2000, comme le montre le tableau n° 33,ci-après, la
superficie consacrée à cette culture a évolué de 1.600.000 ha.

22
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Pour les cultures industrielles, elles ne cessent de progresser durant ces dernières années. La
superficie qui leur est consacrées est passée de près de 20.000 hectares en 1990 à plus de
37.000 hectares en 2000, soit une évolution de 85%.Quant à l’oléiculture, elle a enregistrée une
légère augmentation dans la superficie dans la décennie 1990. Le tableau n°08suivant montre
l’évolution de ces différentes cultures :

TABLEAU n°08: Evolution des produits oléicoles, cultures industrielles et phoéniciculture.

Années
Désignation Moyenne Moyenne
1991 - 2000 1999-2000

OLEOCULTURE
o Superficie (ha) ……………………… 163.658 168.080
o Nombre d’oliviers (arbres) …………… 16.721.687 16.702.610
o Nombre d’oliviers en rapport (arbres)…. 3.160.2 15.035.200
o Production totale d’olives (qx)………. 2.161.293 2.171.120
o Rendement d’olives Kg/arbres ………… 14 14
CULTURES INDUSTRIELLES
Tomates industrielles
o Superficie filière (ha)GGGGGGGG.
28.024 27.200
o Production (qx) ……………………
4.363.664 4.753.920
o Rendement (qx/ha) …………………
155,7 174,8
Le tabac
o Superficie (ha) ……………………
4.932 6.450
o Production (qx) ………………………
54.524 71.530
o Rendement (qx/ha)…………………….
11,1 11,1
Les Arachides
o Superficie (ha )………………………
2.943 4.020
o Production qx ) ………………………..
33.539 38.940
o Rendement (qx/ha)…………………….
11,4 9,7
Phœniciculture
o Nombre arbres complantés…………… 10.300.000 11.900.000
o Nombre arbres en rapport……………… 7.700.000 8.900.000
o Production ( qx )…………………… 3.200.000 3.700.000
o Rendement Kg / arbre………………… 41,6 42

Source : constitué à l’aide des données des tableaux du rapport sur la situation du secteur agricole 2002,
Ministère de l’Agriculture.

39
Par ailleurs, la production oléicole pour la décennie 1990 a connu une
augmentation, en passant de 1.779.070 qx en 1988-90 à 2.171.120 qx en 1989-2000 soit une
progression de 22%. La répartition de la superficie complantée est située en grande partie dans
cinq (05) wilayas, en l’occurrence : BEJAIA 30,8%, TIZI-OUZOU 18,9%, BOUIRA 8,7%, au
Centre et JIJEL 5,6%, SETIF 5,8% à l’Est.

39
-Données tirées de documents du Ministère de l’Agriculture, "l’agriculture dans l’économie nationale", 2000.
23
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

Les cultures industrielles ont progressé de plus de 300% entre 1989-2000. Ces cultures sont
constituées en grande partie de la tomate industrielle (98%). La progression importante de cette
culture est le fruit notamment des subventions de l’Etat et la concrétisation des contrats entre les
agriculteurs et les confiseries permettant ainsi la stabilité du marché.

La progression des dattes a aussi augmenté pendant cette période, passant de 2.059.070
qx en 1989-1990 à 3.7000.000qxpour la période de1999-2000. Le nombre de palmiers a atteint un
nombre de 10 millions dont plus de 7 millions en rapport (en production).

5. Evolution des productions animales et des élevages


Les productions animales constituent une importante stratégie sur l’équilibre alimentaire
du citoyen algérien. Notre analyse est portée sur l’évolution des effectifs des animaux au cours
des années 1990 et aussi sur la production des viandes (rouges et blanches), la production laitière
sera étudiée dans un autre point. Le tableau ci-dessous résume l’évolution des effectifs des
principales espèces animales.

TABLEAU n°09 : Evolution des effectifs animaux.


Années 1990-1998
Désignations 1990 1995 1998
Moyenne %

Vaches Laitières GG... 797.410 698.650 832.580 753.228 3,43


Autres bovins GGGG. 595.290 567.970 484.660 545.060 2.48
BrebisGGGGGGG... 11.529.900 11.062.790 11.403.930 11.403.930 51,97
Autres ovinsGGGGG 6.167.370 6.238.770 6.265.039 6.265.039 28,55
ChèvresGGGGGG.. 1.475.700 1.647.400 1.706.530 1.621.826 7,39
Autres caprinsGGGG 996.250 1.132.390 1.550.050 1.157.214 5.27
Equins adultes GGG.. 66.260 218.370 33.310 53.181 0,24
Equins noirs de 2 ansG 14.760 13.790 12.680 13.491 0,06
Camélidés GGGGG. 122.450 126.350 154.310 128.783 0,59

To t a l G 21.765.390 21.536.480 22.443.089 21.941.752 100

Source : L’agriculture dans l’économie nationale, 2000. p.21.

La lecture de ce tableau nous permet de constater que l’effectif moyen durant la


période 1990-98 avoisine, en moyenne annuelle, près de 22 millions de têtes toutes espèces
confondues, dont les ovins occupent la première place avec 17,7millions de têtes , soit un
peu plus de 80% de l’effectif global. L’élevage caprin occupe la deuxième place avec 12,7%
devant l’élevage bovin (6%) avec un effectif de 1,3 millions de têtes dont 753.228 (58%)
sont des vaches laitières.

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CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

La production des viandes, elle a progressée durant cette décennie en passant de


2.445.000 Qx en 1990 à 3.100.000 Qx en 1999, quant à la viande blanche, elle a régressé en
passant de 2.110.000 Qx en 1990 à 1.900.000 Qx en 1995 pour reprendre et atteindre les
2.000.000 Qx en 1999.

6. Evolution de la production laitière


Malgré son importance, la production laitière n’arrive toujours pas à satisfaire la demande
nationale en matière de ce produit de première nécessité, d’autant plus que l’Algérien
consomme en moyenne 100 litres par an. D’énormes efforts sont déployés dans le but
d’encourager cette activité en question. Depuis le début de cette décennie, la production
moyenne annuelle est de 1 milliard et 200 millions de litres qui correspondent à la couverture
de 60 % des besoins nationaux et la réalisation d’un taux d’intégration de 25 % des capacités
40
installées, l’équivalent de 350 millions de litres par an .
Conclusion du chapitre

Pour conclure, il y a lieu de signaler que l’agriculture algérienne a ressenti les


changements opérés au niveau du système économique. A cet effet, les différentes tentatives
sur le plan organisationnel, en passant de la restructuration à la réorganisation du secteur,
n’ont pas abouti à régler tous les problèmes dont souffre l’agriculture algérienne,
particulièrement la question foncière qui reste toujours posée malgré la dernière loi adoptée
en 2010 concernant les terres publiques agricoles.

Au même titre que les autres secteurs, l’agriculture a subi ces retombées en matière
de financement des investissements et d’exploitation. Une chute vertigineuse en matière de
crédits, passant de 1.223 millions de dinars en 1987 à seulement 46 millions de dinars en
1996 pour les crédits d’investissements et de 4.128 millions de dinars à 407 millions de
dinars pour la même période en ce qui concerne les crédits d’exploitation.

Dans le but d’aider un tant soit peu l’agriculture, les pouvoirs publics ont mis en place
plusieurs fonds publics tel que : Le FNDA, FGPPA, FPZ…Durant cette période, ces
programmes n’ont pas eu un grand impact à cause de la somme dérisoire dépensée dans le
cadre de ces fonds. Tandis que sur le plan de la production, l’évolution est différente d’une
culture à une autre et d’une saison à une autre en fonction de la pluviométrie et des
conditions climatiques.

40
–Données puisées dans le document du Ministère de l’agriculture et de la pêche, Evolution des productions
agro industrielles et des produits agricoles (1990-1991), p.3.

25
CHAPITRE 4 :L’agriculture algérienne pendant la période des réformes économiques

En plus du manque de financement qui caractérise cette période, la question foncière


vient se greffer à ce problème concernant les terres appartenant à l’Etat. Cette question n’est
pas tranchée au moment où deux hypothèses sont développées et qui sont la privatisation et
la location.
Enfin, nous pouvons dire qu’il existe de grandes potentialités de reprise de la
dynamique de développement au vu de la situation actuelle caractérisée par une stabilité
politique et une aisance financière.L’étude de l’étape succédant à cette période des réformes
pour le secteur agricole sera analysée dans le dernier chapitre.

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