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Liberté • Égalité • Fraternité

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

MINISTÈRE DE LA DÉFENSE

Gomiié fUHrt, l'cMtitaite de l'Ansnemeat ^e/iAe&bue.

f&Ouk 1945 - 1975

Tome 5

RELATIONS INTERNATIONALES

par l'ingénieur général


Bertrand ROBINEAU

DGA
CENTRE DES HAUTES ÉTUDES DE L'ARMEMENT
COMITE POUR L'HISTOIRE DE L'ARMEMENT (CHARME)
NOTE GÉNÉRALE D'INTRODUCTION

Au milieu des années 1980, quelques personnalités du monde industriel,


ayant contribué par leur créativité au renouveau de l'armement en France à partir
de 1945, exprimaient leur intérêt pour la rédaction de l'histoire de ce renouveau et
en faisaient part au délégué général pour l'armement.
L'aboutissement des réflexions sur ce sujet fut la décision du 26 mai 1986 du
délégué général pour l'armement de créer un Comité pour « l'histoire de l'arme-
ment terrestre dans la période 1945-1975 ».
La présidence de ce Comité m'était confiée, avec pour tâche initiale d'en
déterminer la composition de manière à disposer des compétences nécessaires
pour traiter dans les meilleures conditions l'ensemble des thèmes du plan de tra-
vail envisagé. .

Ces thèmes, qui constituent la trame de rédaction de l'histoire de l'armement


terrestre, se répartissent en deux familles :
- ceux regroupés sous l'appellation « aspects généraux », traitant d'une part du
rôle de l'état-major de l'armée dans l'élaboration des programmes d'armement,
d'autre part du rôle de la DEFA (Direction des études et fabrications
d'armement, puis DTAT, Direction technique des armements terrestres), des
problèmes d'organisation et de moyens, des centres de recherches, d'essais
et d'évaluation, ainsi que des relations internationales, lesquelles se sont dé-
veloppées sous plusieurs formes après la Libération ;
- ceux relatifs à l'équipement de l'armée de Terre, traitant, après un rappel de la
situation en 1945, des systèmes et matériels classés par finalité d'emploi, des
équipements à utilisation diversifiée, et même de constituants - c'est le cas
des poudres et explosifs - qui ont une incidence primordiale sur l'évolution des
caractéristiques techniques et opérationnelles des armes et systèmes d'armes,
quel que soit le milieu d'utilisation (Air, Mer, Terre).

Le traitement de chacun de ces thèmes a été confié à un des membres du


Comité, officiers généraux pour les thèmes où l'armée de Terre est directement
impliquée, ingénieurs généraux de l'armement et personnalités civiles éminentes
de l'industrie d'armement pour les autres thèmes, chaque responsable disposant
d'une totale autonomie pour constituer sa propre équipe de travail.
Chaque document - ouvrage ou article - a son propre style d'écriture, reflet
de la personnalité de son rédacteur, mais, sur le fond, les différents documents
ont des affinités qui tiennent aux recommandations faites dès le lancement des
travaux :
- pour tous les thèmes, la genèse des affaires et les objectifs fixés, les idées
créatrices, les initiatives prises, les résultats atteints doivent être mis en relief ;
lorsque cela est encore possible, les témoignages des personnalités ayant as-
sumé des responsabilités importantes durant la période considérée seront re-
cherchés et des fiches biographiques seront établies pour des personnalités
de haut rang ayant agi de manière déterminante au cours de leur carrière ;
- pour les thèmes de la deuxième famille (systèmes, matériels, équipements...),
la présentation doit être à dominante technique ; on traitera non seulement des
opérations programmées, que ces actions aient été menées à leur terme
(adoption et production) ou stoppées (analyse des échecs), mais également
des actions engagées sur l'initiative de la direction technique dans cette pé-
riode 1945-1975, dont certaines furent des réussites au plan national ; on
mentionnera également les initiatives prises pour des adaptations d'équipe-
ments français à des matériels étrangers en vue de l'exportation.

Les lignes qui précèdent, écrites en décembre 1996 par l'ingénieur général Ma-
rest, expliquent dans quelles conditions et dans quel esprit ont été élaborés les
documents publiés par le Comité pour l'histoire de l'armement terrestre, qui sont
énumérés plus bas dans le plan général d'édition des travaux.
Le tome 5, rédigé pour l'essentiel en 1988-1989, et portant sur la période 1945-
1975, n'a pas été modifié après les bouleversements géopolitiques qui ont pro-
fondément changé les relations internationales au cours des treize dernières an-
nées. Il tient seulement compte des remarques faites par les personnes qui ont
bien voulu me communiquer leurs observations sur la version précédente (octo-
bre 1991), auxquelles je voudrais exprimer ici mes très sincères remerciements.
J'exprime aussi ma gratitude à Mademoiselle Claire Lemercier, secrétaire scienti-
fique du Département d'histoire de l'armement, et à ses collègues, sans lesquels
ce tome n'aurait pu être édité.

Janvier 2003

V
COMITE POUR L'HISTOIRE DE L'ARMEMENT TERRESTRE
PLAN GÉNÉRAL D'ÉDITION DES TRAVAUX

Les ouvrages déjà disponibles sont surlignés.

PREMIÈRE PARTIE : ASPECTS GÉNÉRAUX


- Tome 1 : Rôle de l'état-major de l'armée de Terre dans l'élaboration et la réali-
sation des programmes d'armement suivi de Équipements de l'Armée de
Terre en 1945, par le générai Petkovsek.
- Tome 2 : Organisation et moyens, par l'ingénieur général Dufoux.
- Tome 3 : Centres de Recherches, en deux volumes : 3.1 : Le Laboratoire cen-
tral de l'armement, par l'ingénieur général Cave, et 3.2: Les autres centres de
recherche, par l'ingénieur général Fayolle.
- Tome 4 : Centres d'essais et d'évaluation, par l'ingénieur général Fayolle.
- Tome 5 : Relations internationales, par l'ingénieur général Robineau.

DEUXIÈME PARTIE : ASPECTS TECHNIQUES


- Tome 6 : Véhicules blindés et tactiques, par l'ingénieur général Bodin.
- Tome 7 : Matériel du génie, par l'ingénieur général Brindeau, puis l'ingénieur
général Mallet.
- Tome 8 : Armement de petit et moyen calibre, par l'ingénieur général Lesavre.
- Tome 9 : Armements de gros calibre, par l'ingénieur général Marest (t).
- Tome 10 : Armements antichars, par Monsieur Stauff (t) puis par Messieurs
Guillot et Dubernet.
- Tome 11 : Armements sol-air, par l'ingénieur général Collet-Billon {t) puis l'in-
génieur général Bienvenu.
- Tome 12 : Détection, télécommunications, guerre électronique, systèmes in-
formatiques, par l'ingénieur général Assens.
- Tome 13 : Premiers travaux sur l'arme nucléaire, par l'ingénieur général Bon-

- Tome 14 : Défense NBC, par l'ingénieur général Ricaud.

Cette deuxième partie comprend en outre deux ouvrages :


- un ouvrage édité à part, Propulsion, détonation, pyrotechnie, par l'ingénieur
aénéral Toche :
- un ouvrage conservé en archives, relatif à l'optique militaire, par l'ingénieur
général Deramond (t) puis l'ingénieur général Givaudon.

3
NOTES LIMINAIRES
Ce document présente un exposé aussi complet que possible des relations
internationales concernant l'armement terrestre en France pendant la période du
renouveau ; mais tout ne peut être dit, et chaque chapitre, voire chaque affaire,
pourrait justifier un développement plus détaillé.
Certains aspects sont encore protégés ou sensibles. Les archives relatives
aux négociations internationales ne sont ouvertes au public qu'après 60 ans.
Certaines archives n'ont pas été identifiées ou retrouvées, d'autres n'ont pas pu
être consultées. Il y donc des lacunes dans le déroulement chronologique restitué
dans certains chapitres : faute de documents écrits disponibles, aucune activité
n'a été mentionnée pendant certaines périodes, mais il ne faudrait pas en déduire
que rien d'intéressant n'a alors eu lieu. Ces lacunes pourront être comblées ulté-
rieurement.
Enfin, s'agissant de relations internationales, il serait nécessaire pour être
objectif ou complet de tenir compte du point de vue des autres pays concernés,
par exemple en étudiant leurs archives ; cet aspect n'a pas été abordé ici.

On a en revanche cherché à placer chaque affaire en perspective, soit dans


le temps, en examinant les antécédents et les suites, soit dans le cadre plus gé-
néral de l'ensemble de l'armement et de la défense de la France, c'est-à-dire sans
oublier que l'armement entre pleinement dans le domaine politique.
Le titre initial de cette étude était « Coopération internationale ». Pour plus
de clarté, il a été modifié en « Relations internationales », afin de tenir compte de
la place importante des exportations, forme particulière de coopération.
L'histoire des matériels eux-mêmes, leur description, le déroulement des
programmes, seront examinés dans d'autres fascicules spécialisés ; seront seu-
lement abordés ici les aspects « relations internationales » et leurs conséquences.
On ne parlera pas ici, bien sûr, de la recherche du renseignement militaire
ou technologique. Le domaine des télécommunications et de l'électronique, qui
joue un rôle considérable dans l'armement terrestre, en particulier depuis 1945,
rôle qui n'a pas cessé de croître, a eu cependant une place à part, en raison de
l'organisation du ministère de la Défense. Son caractère interarmées a été, au fil
des années, de plus en plus marqué ; nous verrons que, dans les relations inter-
nationales, il était souvent pris en charge par des structures distinctes de celles
traitant des matériels de l'armée de Terre. Il aurait été possible de lui consacrer un
chapitre spécial. Il a toutefois paru plus clair de le laisser dans le contexte général
correspondant à chaque chapitre.
Dans une certaine mesure, le secteur Protection NBC aurait pu aussi être
traité à part. Le centre d'études du Bouchet fut jusqu'en 1970 rattaché à la direc-
tion des Poudres. On verra que les échanges d'informations avec les Alliés dans
ce domaine très sensible, donc très protégé, donnèrent lieu à des accords spécifi-
ques.

5
« What is past, is prologue »

Inscription gravée au fronton du monu-


ment
des National Archives,
Constitution Avenue
Washington DC, USA

« Le passé est un prologue »

7
SOMMAIRE

INTRODUCTION 11
CHAPITRE 1: GÉNÉRALITÉS - ORGANISATION 15
CHAPITRE 2: L'APRÈS-GUERRE. LE REDÉMARRAGE APRÈS LA LD3ÉRATTON 21
CHAPITRE 3: LES RELATIONS AVEC LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE 25
DES LIENS SE NOUENT 25
LES CONTRATS OFFSHORE 26
LES CONTRATS MWDP (DITS MARIS OU LARHN) 29
LES ACCORDS MWDDEA 33
LE PROGRAMME HA WK EUROPÉEN 35
LES ACCORDS DE COMPENSATIONS 38
LES PROGRAMMES DE COMPLÉMENTARITÉ 39
LE RATAC AMÉRICAIN 40
LE PROGRAMME ROLAND AMÉRICAIN 40
LES AUTRES PROGRAMMES „ 41
QUELQUES ÉVÉNEMENTS NOTABLES 45
CONCLUSION 47
CHAPITRE 4: LES RELATIONS AVEC LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D'ALLEMAGNE 49
PREMIERS CONTACTS 50
LE CHAR STANDARD FRANCO-ALLEMAND 52
LA CRÉATION DE L'INSTITUT FRANCO-ALLEMAND DE SAINT-LOUIS 57
LES AUTRES PROGRAMMES 58
DE NOUVELLES IMPULSIONS 60
UNE COOPÉRATION STRUCTURÉE ET VARIÉE 78
LE DOMAINE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS 81

CHAPITRE 5: LES RELATIONS AVEC LE ROYAUME-UNI 85


PROJETS DE COOPÉRATION 85
LESFERRETS 86
DIFFICULTÉS SPÉCIFIQUES 86
QUELQUES TENTATIVES 87
L'EXEMPLE DE L'AÉRONAUTIQUE 88
LES GROUPES ARTILLERIE 89
LA COMMISSION NBC 90
LES AUTRES GROUPES 90
LES MISSILES ANTICHARS 90
LE DOMAINE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS 91
MISSIONS DIVERSES 92

CHAPITRE 6 : LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE 93


L'UNION DE L'EUROPE OCCIDENTALE (UEO) 93
FINABEL 95
LE TRIPARTISME (FRANCE, ITALIE, RFA) 97
LES COOPÉRATIONS BILATÉRALES 102
L'EUROPE S'AGRANDIT 107
UN AUTRE TRIPARTISME (FRANCE, RFA, ROYAUME-UNI) 108
LE GROUPE DES QUATRE 109
LE TRIPARTISME BELGIQUE-FRANCE-PAYS-BAS 110
L'EUROPE DE L'ESPACE 110
LE GIEP EN GESTATION 111
9
CHAPITRE 7: LES PREMIÈRES EXPORTATIONS 113
L'AMX 13 OUVRE LA VOIE 113
LA LONGUE CARRIÈRE DE L'AMX 1 3 116
LES AUTRES PROGRAMMES IMPORTANTS 117

CHAPITRE 8: LE MONDE ARABE 119


CHAPITRE 9: COOPÉRATIONS ET EXPORTATIONS TOUS AZIMUTS... 123
LES PAYS DE L'ALLIANCE ATLANTIQUE 123
PAYS DE L'UNION EUROPÉENNE 124
AUTRES PAYS D'EUROPE 125
PAYS D'ASIE 126
PAYS D'AFRIQUE 129
PAYS D'AMÉRIQUE 130
CHAPITRE 10 : L'ALLIANCE ATLANTIQUE 133
ORGANISMES OTAN EN FRANCE 134
RECHERCHES DE STANDARDISATION 135
PRODUCTIONS COORDONNÉES 136
LES PROCÉDURES DE COOPÉRATION 137
LES RÉFORMES DE 1966 138
QUELQUES EXEMPLES 139
LA CODIFICATION 140
LE RETRAIT DE LA FRANCE DES ORGANISATIONS MILITAIRES INTÉGRÉES 140
LES FRANÇAIS DANS LES STRUCTURES OTAN 141
CONCLUSION 143
SOURCES 145
USTE DES SIGLES UTILISÉS 151
INDEX DES NOMS DE PERSONNES . 157
LISTE DES ANNEXES 163

10
INTRODUCTION

Dans les activités de la Direction des études et fabrications d'armement


(DEFA), on ne trouve pas mention, avant 1950, de ce qui concerne les relations in-
ternationales, coopérations ou exportations. En 1975, elles sont au contraire omni-
présentes, et leur importance est reconnue au point qu'elles prennent souvent le pas
sur d'autres considérations1.
Cette évolution s'explique bien sûr par les bouleversements que les techniques
ont apportés aux conditions de vie sur notre planète (transports, télécommunica-
tions, etc.) ; elle s'explique peut-être aussi par la reconnaissance d'une solidarité ré-
elle entre les pays qui acceptent l'existence de valeurs humaines universelles et se
préparent à les défendre lorsqu'elles semblent menacées.
On cherchera ici comment l'armement terrestre français a pu participer à ce
grand mouvement de la deuxième moitié du XXe siècle, avec des temps forts et des
temps morts, des succès et des échecs, des intentions politiques et des initiatives
individuelles, sans oublier que l'histoire est faite par des hommes, avec leurs qualités
et leurs défauts.

En fait, les relations internationales ont été prises en compte dès les premières
années de l'après-guerre, à l'état embryonnaire, par les acteurs perspicaces du re-
nouveau de l'armement terrestre en France. On peut ainsi lire dans le rapport d'acti-
vité de la DEFA de 1952 (p. 99), au chapitre « Service des télécommunications »
(TELEC), pourtant créé depuis peu :
« La préoccupation primordiale du Service des télécommunications a toujours
été de réaliser des matériels valables sur le plan international, c'est-à-dire suscepti-
bles d'être acceptés par l'OTAN et fabriqués pour les armées alliées.
Ainsi, il ne faut point s'étonner que certaines études aient porté, et porteront
encore dans les années à venir, sur la reproduction, d'ailleurs toujours difficile, de
certains matériels américains modernes,
Mais des études françaises originales continuent à s'imposer dans les domai-
nes :
- où nous avons une avance intéressante sur les autres pays et où nous avons
des chances raisonnables de développer des matériels supérieurs à ceux des al-
liés (ex : câbles, matériels à courants porteurs, etc.) ;
- où des raisons particulières de secret ne permettent pas d'espérer avant long-
temps un échange d'information avec les services de recherches des autres pays
de la coalition (radars, fusées, matériels infrarouges, détecteurs de mines, etc.).
De telles études sont d'ailleurs indispensables non seulement pour notre dé-
fense nationale, mais aussi pour le maintien dans le monde de notre position indus-
trielle et technique. »
Cette « philosophie », exprimée par la plume de l'ingénieur militaire général
Combaux (ou de l'IMC T. Lacoste), reflétait les idées des responsables français de
l'armement à cette époque, et montrait le chemin à suivre.

1
L'importance de ces activités dans le métier des ingénieurs de l'armement amena l'ins-
pecteur de l'armement à diffuser un guide sur les exportations et la coopération à l'usage de
tous les personnels concernés (note DMA/I du 26 août 1969).
13
CHAPITRE 1
GÉNÉRALITÉS - ORGANISATION

En 1945, la France avait sa place parmi les pays vainqueurs de la Seconde


Guerre mondiale. La Direction des études et fabrications d'armement était reconsti-
tuée. L'un des problèmes majeurs était l'approvisionnement de l'industrie d'arme-
ment renaissante, dont les besoins étaient considérables. Les seules structures spé-
ciales à vocation internationale étaient les missions d'achats, qui existaient aux
États-Unis et en Grande-Bretagne (cf. chapitres 3 et 5). Par ailleurs, une Section
technique avait été créée, auprès de la 1 re armée française en Allemagne ; elle fut
rapidement transformée en mission d'approvisionnement (cf. chapitre 4). Les ingé-
nieurs des fabrications d'armement en service dans ces missions jouèrent par la
suite un rôle important dans le développement des relations avec les pays où elles
étaient implantées.
Par ailleurs, en 1949 probablement, un bureau spécialisé fut mis en place, au
ministère de la Défense nationale, pour centraliser et coordonner les approvisionne-
ments à partir des importants surplus alliés en Europe. L'organe liquidateur de ce
Comité militaire des surplus alliés devint, le 1 er juillet 1952, lorsque ces contrats en-
trèrent en vigueur, le Bureau de centralisation et de coordination des contrats off-
shore (BCCOS) (cf. chapitre 3). Le chef de ce bureau était alors le lieutenant-colonel
Pineau.

Une centralisation semblable fut organisée au Service industriel de la DEFA,


pour les approvisionnements, puis au Service technique (ST), lorsque l'aide améri-
caine prit la forme des contrats du Mutual Weapon Development Program (MWDP),
contrats appelés contrats Maris, puis contrats Larkin. Le département Artillerie
(ST/ART) - e t plus particulièrement l'ingénieur militaire en chef Jean Josset- eut
donc la responsabilité de regrouper les éléments concernant ces contrats franco-
américains, et, ultérieurement, les contrats d'échanges de renseignements Mutual
Weapon Development Data Exchange Agreement (MWDDEA)
La Délégation ministérielle pour l'armement (DMA), créée en avril 1961, com-
prenait un Département expansion-exportation (DEE, dirigé par M. Rouxel), qui de-
vint naturellement la plaque tournante de toutes les relations internationales. Toute-
fois, le Département plans et budget (DPB, dirigé par l'ICAé Dupré) était chargé de
la gestion des contrats MWDP et MWDDEA (cf. chapitre 3). Plus importante encore
avait été la décision de confier les affaires de coopération industrielle au Départe-
ment plans en développement (DEV, IC GM Ravaud). La Direction des affaires in-
ternationales (DAI), créée en 1965 lors de la réorganisation de la DMA, reprit avec
des attributions accrues le rôle joué par le Département expansion-exportation ; son
importance ne cessa pas de grandir. Son premier directeur fut l'ingénieur en chef du
génie maritime René-Moïse Bloch.
Les missions techniques d'achat à Washington, Londres et Bonn furent trans-
formées à partir du 1 er janvier 1966 en missions techniques de l'armement2, placées
directement auprès de l'ambassadeur. Leur rôle, de plus en plus important, fut net-

2
Voir instruction 4252/DN/CAB/ARM du 19 mars 1958 et circulaire 4808/DMA/DAI/O6 du
27 novembre 1965.
15
tement séparé de celui des attachés militaires. Les responsables de ces missions
eurent, à partir de 1968, le statut d'attachés d'armement, en liaison directe avec la
DAI. Le secteur armement terrestre fut, le plus souvent, traité par une section dis-
tincte confiée à un ingénieur venu de la DEFA (puis de la DTAT après 1965) ; il en
alla de même dans le secteur électronique3.

L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) -traité signé en


avril 1949 - avait mis en place progressivement divers organismes civils et militaires.
Le plus connu était le commandement suprême allié en Europe, créé en décem-
bre 1950 et confié au général Eisenhower. Son quartier général, le SHAPE, fut ins-
tallé à Rocquencourt, près de Paris, le 2 avril 1951. Le secrétariat international de
l'OTAN, créé en septembre 1951, fut implanté à Paris4. Une section armement fut
constituée dans la délégation française au Conseil ; elle fut dirigée par un ingénieur
militaire général des fabrications d'armement (de Verbigier de Saint-Paul, puis De-
venne, Lacoste, Brindeau, etc.).

La première exposition de matériels d'armement terrestre eut lieu à Satory en


juin 1967. Elle n'aurait pas été possible sans la participation des armées, et notam-
ment de l'armée de Terre5. Sa réussite conduisit à renouveler cette manifestation
(connue désormais sous le nom de salon de Satory) tous les deux ans, aussitôt
après le salon de l'Aéronautique. Dès 1969, on pouvait compter plus de
5 000 visiteurs, pour 60 exposants et 500 matériels. Parallèlement, le Comité de liai-
son des exposants de Satory (le CLES) installa une exposition permanente sur le
site utilisé généralement pour les présentations de matériels ; cette exposition fut
inaugurée le 23 octobre 1969.

Le rapport d'activités de la DTAT, en 1968, mentionne la création de la section


Exportation, placée dans le cadre du bureau Affaires générales, avec, comme mis-
sion, « l'expansion et la coordination des affaires d'exportation, en confirmation de la
mission confiée antérieurement à l'ICA Sompairac, chargé de ces questions et ini-
tialement rattaché au cabinet du directeur. » Cette section devint en 1969 le bureau
Exportation, et « le chef des sections Programmes-statistiques était chargé de suivre
les questions concernant les programmes internationaux qui étaient antérieurement
du ressort du chef de cabinet. »
La création, en 1971, du Groupement industriel des armements terrestres
(GIAT) au sein de la DTAT entraîna des modifications profondes et durables de l'or-
ganisation de cette direction. Le 1 er février 1971 fut créée la section Affaires interna-
tionales, rattachée directement au directeur; cette section reçut pour mission la
coordination de toutes les actions de la DTAT en matière internationale - le bureau
Exportation, qui avait été inclus dans la division commerciale du GIAT, devant se

3
Ainsi, à Washington, furent en poste les ingénieurs en chef (ou principaux) Devenne, Cau-
chie, Corrihons, Chapouthier, Rétat, Marchand, Serre, etc. ; à Bonn, les ingénieurs en chef
(ou principaux) Bodard, Berger, Vimal du Monteil, Legrand, Decoux, Hoc, Martinet, Leduc,
etc., et, pour la section télécommunications, les ingénieurs principaux (ou en chef) Bédoura,
Proust, Ramé, Bussi, et à Londres Proust, etc.
4
D'abord au Trocadéro (dans des bâtiments préfabriqués), puis dans les bâtiments cons-
truits à cet effet porte Dauphine, jusqu'au transfert à Bruxelles en 1967.
5
Participation, à tous les stades, définie dès l'origine (note 7594 EMAT/3/ARMET du
28 novembre 1966).
16
consacrer exclusivement à l'action commerciale à l'exportation pour les productions
du GIAT6.

Le développement des activités et des programmes menés en coopération in-


ternationale amena, au fil des années, la DEFA, puis la DTAT, à adapter certaines
structures aux problèmes nouveaux posés par ces activités ; il en alla de même pour
les industriels. On trouvera dans les chapitres suivants des exemples de ces structu-
res particulières, allant de l'organisme à statut international, comme l'Institut de
Saint-Louis ou le bureau de gestion OTAN pour le Hawk, à des services spécialisés
d'un établissement (comme l'APX dans le cas du Hawk), en passant par des solu-
tions originales, comme le Bureau de programmes franco-allemand (BPFA).

On ne peut pas parler des relations internationales dans le domaine de l'arme-


ment sans rappeler le rôle majeur joué par l'état-major de l'armée7 et les organismes
qui lui étaient rattachés. Dans un premier temps, jusqu'à la création de la Délégation
ministérielle pour l'armement en 1961, le budget des programmes d'armement ter-
restre français était géré par l'état-major, malgré l'existence du compte de commerce
de la DEFA. Il est vrai que les frais de personnels (y compris ceux des établisse-
ments) et les frais généraux de fonctionnement étaient comptabilisés à part dans le
budget annexe et que, pour les études au moins, ce système réduisait les besoins
entièrement budgétaires aux dépenses d'approvisionnement (matières et marchés).
Par la suite, l'état-major avait la responsabilité de la définition des caractéristi-
ques militaires des matériels. On verra (au chapitre 6) qu'il prit l'initiative de la coopé-
ration européenne sur ce point.
Enfin, l'état-major apporta un soutien sans réserve à tous les programmes ma-
jeurs menés en coopération internationale, en participant activement à tous les sta-
des des programmes et particulièrement aux expérimentations. Représentée par des
personnels de haute qualification dans les comités directeurs, dans les commissions,
dans les groupes de travail OTAN ou UEO, et dans les commandements militaires
alliés jusqu'à la fin de 1966, l'armée de Terre fut l'un des principaux acteurs des suc-
cès internationaux de l'armement français pendant cette période. Il serait également
injuste de ne pas mentionner le rôle des attachés militaires qui, surtout dans les pays
où il n'existait pas de mission technique de l'armement, étaient l'indispensable relais
pour les relations dans les deux sens. Les officiers de liaison auprès des différents
organismes militaires des pays alliés (écoles, commandements divers) jouèrent
également un rôle positif, souvent peu connu.
Il faut enfin mentionner la présence, en nombre de plus en plus grand, d'offi-
ciers et d'ingénieurs étrangers dans les écoles françaises, ou même dans des unités
militaires. Des stagiaires de nombreux pays furent formés en France. Inversement,
des cadres du ministère des Armées séjournèrent parfois pour de longues périodes
dans des pays alliés ou amis. Enfin, suivant l'exemple de l'Institut des hautes études
de la défense nationale (IHEDN), le Centre des hautes études de l'armement
(CHEAr) organisa systématiquement, à partir de sa création en 1964, des voyages
d'études à l'étranger, qui confirmaient la vocation internationale de l'armement fran-
çais.

Compte-rendu d'activités de la DTAT en 1971.


7
Devenu ultérieurement état-major de l'armée de Terre (EMAT), pendant que la Section
technique de l'armée (STA) devenait Section technique de l'armée de Terre (STAT). L'état-
major (général) de la Défense nationale devenait, lui, l'état-major des armées (EMA).
17
L'ouverture vers les autres pays, qu'elle prenne la forme d'une coopération
proprement dite ou d'exportations, obligeait aussi l'administration française, et pas
seulement le ministère de la Défense, à poser, étudier, et finalement résoudre des
problèmes nouveaux. L'adaptation nécessaire pour sortir à cette occasion de la rou-
tine administrative (au prix parfois d'efforts insoupçonnés et ingrats) fait partie des
acquis positifs de cette politique.
On peut mentionner à cet égard la question des taxes et droits de douane. On
verra (au chapitre 3) à propos des contrats offshore que, dès 1950, les États-Unis
avaient introduit une clause spéciale pour que les pays bénéficiaires (le pays pro-
ducteur ou le pays destinataire) ne fassent pas supporter leurs taxes ou leurs droits
de douane au contribuable américain. Cette disposition, utilisée en particulier pour
les matériels provenant des surplus alliés (voir annexes 1.1 et I.2), fut reprise dans
les contrats MWDP (contrats d'études) qui prolongeaient en quelque sorte l'aide des
États-Unis. La même règle s'appliquait aux études en coopération, qui pouvaient
apparaître comme une exportation, résultant d'un contrat provenant d'un pays étran-
ger (ce fut par exemple le cas du char standard franco-allemand - traité au chapi-
tre 4 - ou des premières phases des programmes MILAN, HOT et Roland).
Si le principe était simple, l'application l'était moins, surtout avant la création en
France de la TVA ; les dispositions particulières aux établissements de l'État ne ren-
daient pas la situation plus facile. Lorsque les premières productions coordonnées
furent entreprises (pour le programme Hawk, en 1961), il fallut prendre des disposi-
tions spéciales concernant le régime de douane. Des études furent entreprises par
les services spécialisés, comme la Direction des services financiers (DSF), et des
propositions furent faites (Note 7890/DN/DSF/O du 15 septembre 1969).
Les premières productions du système franco-allemand MILAN, en 1970, ren-
contrèrent les mêmes difficultés pratiques, faute de règlements écrits pour l'applica-
tion des clauses retenues dans les accords intergouvemementaux - dont il faut bien
reconnaître qu'ils étaient des accords entre ministères de la Défense, à juste titre
non divulgués. Cette question des droits de douane et des taxes se retrouva à l'ordre
du jour des comités de direction des programmes franco-allemands pendant plus de
dix ans.

Le problème des taux de change resta lui aussi sans solution pendant de nom-
breuses années. Jusqu'en 1968, les parités officielles, qui demeuraient fixes entre
deux dévaluations, permettaient de déterminer les prix et les contributions de chacun
dans une monnaie choisie comme unité de compte. Par exemple, dans les pro-
grammes de missiles franco-allemands MILAN, HOT et Roland, les contrats princi-
paux, passés par l'État français à une société française, Nord-Aviation, étaient libel-
lés en francs. Le franc était donc l'unité de compte utilisée dans les accords inter-
gouvemementaux. À partir de 1968, les valeurs des monnaies les unes par rapport
aux autres furent soumises, en pratique, à la loi de l'offre et de la demande. La si-
tuation était alors la suivante :
- la France payait, au nom des deux pays, Nord-Aviation en francs ;
- Nord-Aviation achetait, avec les autorisations du contrôle des changes quand
cela était nécessaire, des DM pour payer la firme Bôlkow, son associé désigné ;
- Bôlkow achetait des francs pour payer ses sous-traitants français ;
- le gouvernement de la RFA remboursait, en francs, le gouvernement français de
la moitié des dépenses réelles, ce qui équivalait par principe aux dépenses faites
en Allemagne.
18
On constata vite que les frais de change engagés par les industriels étaient à la
charge des gouvernements, ce qui n'était pas négligeable, en proportion des som-
mes considérables ainsi transférées d'un pays à l'autre. Il était nécessaire de chan-
ger de système. Des réunions furent organisées avec des experts, et une clause fut
introduite dans les accords intergouvernementaux : la clause Troll, du nom du fonc-
tionnaire allemand qui la proposa. Finalement, la solution suivante fut retenue : la
contribution de chaque pays était fixée dans sa propre monnaie ; la RFA versait des
DM à la Banque de France, qui ouvrait un compte spécial à cet effet ; les dépenses
du maître d'œuvre (c'était Euromissile, groupement d'intérêt économique créé pour
ces programmes) étaient facturées selon les deux monnaies et réglées par la Ban-
que de France en utilisant les DM du compte spécial. Une telle solution, qui revenait
à utiliser deux monnaies de compte, put être mise en place en 1974 sans trop de
difficultés, grâce à l'aide du contrôle général des armées et du ministère des Finan-
ces8.
Malheureusement, cette méthode ne réglait pas un autre problème lié aux pa-
rités monétaires. Les contributions financières des États et les charges de travail
dans chacun des deux pays devaient être égales. Ce principe simple, rappelé dans
les accords intergouvernementaux à chacune des phases des programmes en
commun (et quelquefois qualifié de « juste retour »), était d'application d'autant plus
difficile que l'unité de mesure n'était pas définie : nombre d'heures de travail ou va-
leur marchande, et dans quelle monnaie, etc. D'interminables réunions sur ce thème
ont bien souvent failli faire échouer des programmes en coopération - sauvés en
définitive par les initiatives intelligentes de gestionnaires ayant le sens de l'intérêt
général.

Parmi les difficultés des relations internationales, il faut également citer la diffé-
rence des langues, signe visible d'autres différences (organisation, façon de vivre,
etc.). L'administration du ministère de la Défense, pourtant mieux préparée que celle
de la plupart des autres ministères, n'était pas en mesure de fournir pour les ré-
unions et pour un travail quotidien les traducteurs et les interprètes nécessaires.
Pendant très longtemps, on fit appel aux services spécialisés des autres pays et des
missions techniques de l'armement. Il faut rendre hommage au travail souvent écra-
sant que ces interprètes assurèrent dans des conditions difficiles et ignorées. Puis
l'adaptation se fit, au niveau de la profession puis, plus tard, au niveau de l'adminis-
tration.

Les exportations de matériels d'armement supposent, elles, des décisions poli-


tiques, et ce dans différents domaines. Dès 1957, une correspondance entre le mi-
nistre de la Défense nationale et des Forces armées (M. Bourgès-Maunoury) et le
ministre des Affaires économiques et financières (M. Ramadier) confirma la volonté
de favoriser les exportations de matériel de guerre, par des prélèvements sur les
fabrications en cours pour l'équipement des forces françaises. Pour éviter que les
armées, déjà pénalisées par le retard résultant de tels prélèvements, n'aient à sup-
porter les hausses de prix, il fut admis que les crédits non utilisés temporairement
dans de tels cas seraient reportés et augmentés d'un montant correspondant à ces
hausses de prix. Il était également admis que, pour les exportations, l'État pouvait

Particulièrement avec l'aide de M. Peyrou, trésorier payeur général pour les Services in-
dustriels de l'armement, et, par ailleurs, directeur de cabinet d'Alain Poher, président du Sé-
nat.
19
accorder aux fabricants sa garantie contre la hausse éventuelle des prix intérieurs
(voir annexe 1.3). En fait, une telle garantie ne fut pas systématiquement accordée.
De même, la garantie contre les risques liés au client étranger (celle fournie par la
COFACE) fut rarement accordée pendant les premières années. Les conditions de
paiement différé et les diverses formes de crédit n'étaient pas non plus, jusque dans
les années 1960, acceptées ; la règle était que l'armement terrestre devait être payé
comptant. L'évolution des marchés dans ce domaine modifia plus tard quelque peu
les usages.
L'expérimentation des matériels développés pour l'exportation (comme le
VTT M3 Panhard), et non destinés aux armées françaises, ainsi que leur recette
avant livraison, posaient des problèmes nouveaux. La Section technique de l'armée
avait eu la responsabilité de ces expérimentations et de ces recettes. La création de
la DMA en 1961 et du SIAR (Service de la surveillance industrielle de l'armement)
avait quelque peu modifié les rôles. Une adaptation fut nécessaire et, à partir du
1 e r juin 1971, le SIAR devint responsable de la réception des matériels à la place de
la STAT, y compris pour les matériels exportés9.
Le régime des matériels de guerre avait été défini par le décret-loi du 18 avril
1939, les décrets A, B, C, D et les arrêtés E et F du 14 août 1939. Ces textes étaient
toujours en vigueur en 1969 ; des aménagements furent alors proposés pour les
adapter aux réalités de l'époque (Note 072554 DMA/DAI/91).
Les exportations de matériels de guerre ont toujours posé des problèmes diffi-
ciles, aussi bien dans le domaine militaire que diplomatique ou économique. Une
enquête commandée par le ministre (Michel Debré) au Contrôle général des armées
le 20 novembre 1970 permit de préciser un grand nombre de règles, comme celles
concernant la protection du secret. L'état-major des armées expliqua que les procé-
dures de la CIEEMG (Commission interministérielle d'examen de l'exportation des
matériels de guerre) n'étaient pas suffisantes pour les matériels classifiés, donc à
caractère confidentiel. La DAI proposa des méthodes pour recueillir l'avis des états-
majors, notamment dans le cas des équipements électroniques10. Finalement, un
arrêté ministériel du 2 avril 1971 définit la conduite à adopter pour essayer de maîtri-
ser ces problèmes. Dans le cas particulier des matériels développés en coopération,
un accord entre les pays concernés était nécessaire (cf. chapitres 4 et 5).

9
Une note conjointe de l'EMAT et de la DMA fixa certaines règles. Ainsi, lorsqu'un matériel
développé pour l'exportation présentait un intérêt pour l'EMAT, les expérimentations menées
par la STAT étaient gratuites.
10
Lettre 1133, DN/EMA/PROG.2/CD, signée du général Fourquet, et Note 70824,
DMA/DAI/41 du 5 février 1971.
20
CHAPITRE 2
L'APRÈS-GUERRE
LE REDÉMARRAGE APRÈS LA LIBÉRATION

En 1945, l'armée française était équipée essentiellement de matériels étran-


gers, et surtout américains (cf. chapitre 3) ; cette situation, qui résultait de la guerre,
se prolongea avec l'aide économique des États-Unis aux pays européens (le plan
Marshall) et, à partir de 1948, avec son volet militaire (le Plan d'aide militaire, ou
PAM).
À la Libération, l'armement terrestre français avait récupéré son potentiel in-
dustriel, c'est-à-dire des arsenaux et des usines souvent détruits et inutilisables,
mais aussi des personnels (ingénieurs, officiers, techniciens, ouvriers, employés) qui
avaient traversé la tourmente mondiale dans des conditions très variées, et qui sou-
haitaient ardemment reprendre le flambeau. Le Service des usines mécaniques de
l'État (qui avait repris après le désastre de 1940 certaines activités de la DEFA) avait
même pu mener clandestinement certaines études ; ce fut le cas notamment pour un
châssis de tracteur ou chasse-neige qui servit de base au premier matériel français,
l'ARL 44 (aussi appelé char de transition), mis au point et fabriqué sous la direction
de l'IMC Lavirotte. Ce char utilisait le moteur Maybach HL 230 des chars Panther !
Cependant, une partie importante du potentiel devait être utilisée pour assurer
l'entretien du matériel, et plus particulièrement des véhicules, blindés ou non blindés.
On constata vite que la documentation était insuffisante ; certes, les TM (Technical
Manuals) étaient bien conçus, mais pour un usage opérationnel. L'approvisionne-
ment en rechanges était possible à partir de dépôts américains. La reconstruction
(ou « réparation 5e échelon », selon la terminologie américaine) n'avait pas été envi-
sagée en dehors des États-Unis. Or l'utilisation intensive due à la guerre, l'impossibi-
lité de faire appel à des matériels neufs, puis très vite les besoins de la guerre en
Indochine, rendaient cette reconstruction urgente. On peut ajouter les habitudes,
venues de la pénurie, de vouloir faire du neuf avec du vieux. Il fallut se débrouiller
avec les moyens du bord.
Certains établissements furent transformés en dépôts ; ce fut le cas de l'Atelier
de chargement de Saint-Florentin (ASF), où s'accumulèrent des chars et des véhi-
cules (souvent de véritables épaves) et des caisses de pièces de rechange de toutes
natures. L'Atelier de construction de Limoges fut consacré à la reconstruction des
véhicules (Jeep, Dodge, GMC). L'Atelier de construction de Rueil (ARL) fut chargé
des chars Sherman (M 4, M10), Chaffee (M 24), et des automitrailleuses (AM M 8 et
M 20, half-track) ainsi que des chenillettes canadiennes. Un atelier spécial fut orga-
nisé à l'Atelier de construction de Roanne (ARE) et confié à l'ingénieur militaire Be-
daux.
Mais le problème majeur, avec la précarité et la misère des installations, fut
celui de la documentation technique de construction (tracés, procédures de qualifi-
cation, etc.) : en un mot de tout ce qui est indispensable pour la « maîtrise de la qua-
lité » (que l'on n'appelait pas encore ainsi). Ces documentations étaient restées la
propriété des sociétés américaines qui avaient développé ou construit les matériels,
même sous contrat du gouvernement fédéral. Il était donc impossible d'en disposer.
Il fallut les reconstituer. C'est pourquoi, tant à Limoges qu'à Rueil, on utilisa le bu-
reau des méthodes et le bureau de dessin (le traditionnel bureau de fabrication, ou
21
BF) pour faire des dossiers techniques en vue de la fabrication de pièces détachées,
qui n'étaient pas toujours identifiées comme pièces de rechange.
Un département spécialisé fut créé à l'ARL au début des années 1950 : le Dé-
partement pièces de rechange (DPR, confié à M. Ducruet), pour l'approvisionnement
des rechanges destinées non seulement à l'activité des ateliers de cet établisse-
ment, mais aussi à des commandes venues d'autres établissements ou de la Direc-
tion centrale du matériel (DCM). Les listes de rechanges ainsi reçues révélaient
parfois des surprises, surtout lorsqu'elles ne comportaient que des numéros d'identi-
fication ; on risquait d'y trouver des moteurs ou des canons !
Une source possible d'approvisionnement était les énormes surplus alliés. Mais
ces surplus n'étaient pas seulement dans les dépôts officiels, où ils étaient gérés par
des organismes gouvernementaux11. Ils étaient aussi chez des négociants (parfois
appelés des ferrailleurs) proposant des pièces « neuves » à des prix attractifs12.
L'origine de ces pièces n'était généralement pas garantie, et le recours à une telle
solution, malgré son apparente facilité, fut extrêmement rare, car elle n'aurait fait que
reporter les vrais problèmes. On s'engagea donc dans des prévisions quantitatives
pour plusieurs années, de façon à justifier des outillages qui, techniquement, étaient
parfois nécessaires (vilebrequins ou bielles forgés, modèles de fonderie, etc.). De
véritables conditions de recette furent rédigées : au banc d'essai pour les moteurs,
avec épreuves sur route et en terrain varié pour les chars, dont le canon était égale-
ment vérifié au tir après révision.
Cette activité de réparation de matériels étrangers se poursuivit longtemps. Elle
ouvrit des perspectives de commandes de pays alliés. C'est ainsi qu'un soir d'hi-
ver 1953, les cadres militaires de l'ARL furent convoqués par l'ingénieur militaire en
chef Pascal, directeur par intérim, pour préparer, toutes affaires cessantes, une pro-
position pour la reconstruction industrielle de la totalité des chars Patton M 47 que
les États-Unis venaient de fournir à leurs alliés européens au titre du Plan d'aide mi-
litaire. Le plan de reconstruction des bâtiments de l'ARL avait prévu cette activité
pour les besoins français, mais rien n'était encore prêt. L'affaire n'eut pas de suite
immédiate, mais les ateliers modernes construits à l'ARL quelques mois plus tard
furent conçus et équipés dans une telle perspective. L'Atelier de construction de
Roanne prit en 1959, après la liquidation de l'ARL, la suite de cette activité, en récu-
pérant quelques équipements venus de Rueil et l'ensemble des dossiers ; des com-
mandes allemandes de réparation de M 47 furent confiées à TARE de 1961 à 1964.
La responsabilité de l'approvisionnement en pièces de rechange pour les maté-
riels auto-chars d'origine américaine fut transférée, en 1956, au Service central des
commandes (SCC), où fut créé un service spécialisé : le Département de rechanges
auto-chars (DRAC) ; par la suite, cette activité de gestion de commandes venues
exclusivement de la DCM fut assurée par l'administration centrale de la DTAT.
On trouve aisément des exemples des mêmes processus dans d'autres sec-
teurs de l'armement terrestre - exemples qui ne concernent pas tous la DEFA et ses
établissements. Certaines directions d'armes (génie, transmissions, par exemple),
sans parler du Service du matériel, traitaient directement avec des industriels privés

11
En France, le Comité militaire des surplus alliés, présidé en 1951 par le général Mamier. À
l'OTAN, le Bureau de production. Il existait aussi un Office d'aide mutuelle (américain) char-
gé de la liquidation des surplus.
L'ingénieur miltaire Robineau, chef du département Production à l'ARL, reçut ainsi
en 1954 la visite d'un « représentant >> venu proposer des chars Sherman complets « à l'état
neuf » et des moteurs Continental neufs. Cette visite n'eut évidemment pas de suite.
22
pour assurer les réparations de matériels américains. On peut citer le cas des postes
radio réparés par les établissements Drapier à Saint-Cloud.
De cette activité particulière, qui assura un plan de charge significatif à l'indus-
trie d'armement en France à partir de 1945, et pendant près de vingt ans, on peut
retenir qu'elle a contribué à la renaissance de cette industrie, en la contraignant à
découvrir les qualités et les défauts des matériels américains et à acquérir un savoir-
faire (voire un savoir-pourquoi) précieux pour préparer les matériels de la génération
suivante.

23
CHAPITRE 3
LES RELATIONS AVEC LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

À la fin de la guerre, la France, comme le reste du monde non communiste, est


à l'heure américaine. Le soldat américain (le Gl - General Issue-) au volant de sa
Jeep (de GP - General Purpose-) fait partie du paysage quotidien de beaucoup de
régions en Europe. Les États-Unis ont démontré la formidable puissance de leur na-
tion. Dans tous les secteurs économiques de base (énergie, acier, agriculture, tra-
vaux publics, etc.), leurs productions sont supérieures à celles du reste du monde.
Depuis l'entrée de l'Amérique dans la guerre, l'industrie des États-Unis a produit no-
tamment 96 000 chars (dont 50 000 Sherman M 4 en trois ans), 61 000 canons,
1 200 000 appareils de radio, 2 300 000 camions (dont 800 000 GMC),
600 000 Jeeps et 40 000 half-tracks.
La loi Lend and lease (ou loi prêt-bail) de 1942 a permis au président Roosevelt
de fournir une grande quantité de matériels (et notamment des bateaux) à la
Grande-Bretagne. À la conférence d'Anfa13 (janvier 1943), il fut décidé que les États-
Unis fourniraient aux armées de la France libre l'équipement de huit divisions d'in-
fanterie, trois divisions blindées, ainsi que mille avions, l'équivalent de 5 000 chars,
3 000 canons et 160 000 fusils, pour une somme de trois milliards de dollars environ.
Cette somme fut remboursée par la France dans le courant des années 1960.

Après la victoire de 1945, et la création de l'Organisation des Nations unies, les


États-Unis adoptèrent, sous l'impulsion du général Marshall {Secretary of State), une
politique d'aide économique aux pays victimes de la guerre. L'URSS refusa cette
offre. Un accord de coopération économique entre le gouvernement de la Républi-
que française et le gouvernement des États-Unis fut signé à Paris le 28 juin 1948.
Les premiers coups de force de l'Union soviétique de Staline sur les pays d'Eu-
rope de l'Est concrétisèrent une politique du « rideau de fer » (selon la célèbre for-
mule de Winston Churchill), qui entraîna une réaction américaine ; le plan Marshall y
gagna une composante militaire. La France, comme d'autres pays, reçut au titre du
Plan d'aide militaire des quantités importantes de matériels. Ainsi, un millier de chars
Patton M 47 furent mis à la disposition de l'armée française au début des an-
nées 195014.
Ces mêmes raisons conduisirent à la conclusion de l'Alliance atlantique en
avril 1949 (cf. chapitre 10). L'OTAN fournissait un cadre juridique convenable pour la
coopération militaire des États-Unis avec leurs alliés européens.

DES LIENS SE NOUENT

Les ingénieurs des fabrications d'armement qui avaient eu l'occasion de tra-


vailler aux États-Unis pendant la guerre (comme l'ingénieur général Salmon,
l'IMC Roland ou l'IMC Molinié), à la Mission d'achats de New-York en 1940 ou à la

Près de Casablanca, entre Roosevelt et Churchill ; les généraux de Gaulle et Giraud fu-
rent invités à une partie de la conférence.
14
Une fiche de la DMA datée du 27 mai 1971 estime le montant de l'aide au titre du PAM
jusqu'en 1961 à environ 3,6 milliards de dollars.
25
Mission militaire française au Pentagone en 1942, avaient désormais des postes de
responsabilité à la DEFA. De nouveaux matériels, de conception française, venaient
de naître, comme les prototypes du char de douze tonnes. L'IMC Roland alla en
mission aux États-Unis du 11 février au 10 mars 1949, et nota l'intérêt de ses interlo-
cuteurs pour l'originalité du char léger développé en France. À la fin de 1949, le se-
crétaire d'État aux Forces armées-Terre, Max Lejeune, demanda à la DEFA la fabri-
cation de quatre prototypes supplémentaires pour les expérimentations prévues par
les services américains . Après le choix du prototype AMX, à l'issue d'une expéri-
mentation comparée par la Section technique de l'armée, la DEFA obtint très vite les
crédits nécessaires, et le ministre de la Défense nationale (M. Pleven) confirma l'in-
térêt d'une expérimentation aux États-Unis, par une décision de septembre 1950. Le
prototype de char fut embarqué le 18 octobre 1950 au Havre, sur le Liberté ; l'ingé-
nieur en chef Roland accompagna le matériel, et le retour eut lieu le 22 décembre
195016. C'était une première.
Entre-temps, un accord entre les deux pays relatif à l'aide pour la défense mu-
tuelle avait été signé par H. Bonnet et D. Acheson le 27 janvier 1950. Cet accord,
paru au Journal officiel du 18 avril 1950, faisait référence à l'Alliance atlantique et,
conformément aux termes du traité, fut enregistré au secrétariat général des Nations
unies.
Un certain nombre d'ingénieurs militaires des fabrications d'armement purent
bénéficier, en ce début des années 1950, de missions « productivité » aux États-
Unis, parfois directement à la sortie de l'ENSAR (École nationale supérieure de
l'armement) : cela apparaissait comme un complément utile de formation. Toutes
ces expériences individuelles renforçaient les liens entre les deux côtés de l'Atlanti-
que, au moment où les structures de l'OTAN étaient progressivement mises en
place.

LES CONTRATS OFFSHORE

Au cours des entretiens de Washington préliminaires à la conférence d'Ottawa,


en septembre 1951, plusieurs personnalités américaines avaient indiqué au prési-
dent du Conseil français que les conséquences de l'arrêt de la contribution améri-
caine au relèvement économique de la France dans le cadre du plan Marshall pour-
raient être atténuées, grâce à la politique d'achats offshore que l'armée américaine
entendait pratiquer en Europe et proposer à tous les pays du Pacte atlantique.
C'est ainsi que, dès octobre 1951, la Société des procédés Loth (devenue en-
suite Société de télécommunications radioélectriques et téléphoniques) obtint du
Signal Corps un contrat de plus de cinq millions de dollars pour la fabrication de
postes radio de campagne.
Par la suite, de nombreuses commandes furent attribuées, soit directement au
gouvernement français (offshore budgétaires), soit par des marchés importants mis
en adjudication en Europe et enlevés par des entreprises françaises.
Ces commandes offshore furent de trois sortes :
- les commandes dites du type « Lisbonne », ou budgétaires, sur contrats entre
gouvernements, qui reprenaient la fabrication de matériel prévu au budget fran-

15
Note 0813 SEFAG/CAB du 5 octobre 1949.
16
Voir les comptes rendus de l'IMC Roland, de l'ingénieur civil Clabaut et de la STA
(29 janvier 1951).
26
çais. C'était un soutien à l'effort de défense français ; le matériel était remis aux
autorités françaises dès sa livraison ;
- les commandes additionnelles dites du type « Pleven-Dunn », ou extra-
budgétaires, sur contrats entre gouvernements, qui portaient sur du matériel pré-
vu dans les programmes d'équipement français, mais dépourvu de crédits au
budget. Le matériel était, en principe, destiné aux forces françaises. Ce type de
commandes est né de l'échange de lettres des 12 et 21 juillet 1952 entre le mi-
nistre français de la Défense nationale (M. Pleven) et l'ambassadeur des États-
Unis à Paris (M. Dunn)17 ;
- les commandes commerciales, qui faisaient l'objet de contrats avec des sociétés
privées ou avec le gouvernement (pour les arsenaux et établissements d'État). Le
matériel, destiné à l'un des pays de l'OTAN, était remis à celui-ci dans les mêmes
conditions que le matériel américain fourni au titre du PAM.
On trouvera en annexe III.1 une copie d'un protocole d'accord (Mémorandum of
Understanding) concernant les achats offshore, qui fut signé le 12 juin 1953 entre le
gouvernement des États-Unis et le gouvernement français. Les contrats étaient trai-
tés, du coté américain, par un organisme spécial, le MWDPT (Mutual Weapon De-
velopment Program Team), installé à Paris , et du coté français par les directions
spécialisées, dont la DEFA. Un Bureau de centralisation et de coordination adminis-
tratives des contrats offshore (BCCOS) fut créé à la Direction des services financiers
et des programmes du ministère de la Défense nationale. Ce bureau adressait par
exemple des certificats de prix aux services américains de Paris, certificats qui dé-
clenchaient les paiements.

Les commandes offshore intéressant l'armement terrestre pour les années


1951, 1952, 1953 (en fait, elles correspondent aux années budgétaires américaines,
commençant le 1erjuillet de l'année précédente) portent sur un total de
222,86 milliards de francs de l'époque (soit 636,20 millions de dollars), dont
56,3 milliards pour l'Indochine. Il s'agissait là de commandes particulières, résultant
d'un accord spécial du 26 février 1952, pour un montant de 200 millions de dollars.
Les contrats concernaient des chars, des véhicules utilitaires et de liaison, des muni-
tions d'infanterie, des munitions d'artillerie, des armes légères et lourdes, du matériel
pour le génie et des mines, du matériel de télécommunication, etc.
Les rapports d'activité de la DEFA mentionnent ces commandes à partir
de 1952, au chapitre des télécommunications, pour 39 millions de dollars (soit 98 %
des commandes américaines placées en Europe). En 1954, outre des pièces de re-
change auto-chars et des mines, furent reçues des commandes de munitions :
2 millions de cartouches de 40 m m ; 3,1 millions de cartouches de 105 m m ;
1,2 millions de cartouches de 155 m m ; 1 million de cartouches de 90 m m ;
750 000 roquettes de 3,5.

Un échange de lettres entre ministres des Affaires étrangères, en date du 13 juin 1952,
abrogeant un échange de lettres du 13 mars précédent, plaçait les nouveaux accords dans
le cadre de l'accord de janvier 1950.
18
Ce Mutual Weapon Development Team était une mission américaine auprès de l'OTAN
(dont le quartier général était à Paris jusqu'en 1967) et des organismes régionaux. Il était
installé dans l'hôtel Talleyrand, au 2, rue Saint-Florentin. Le nom de Larkin donné aux
contrats du Mutual Weapon Development Program (MWDP) est celui du général américain
qui dirigeait cette mission.
27
Toujours en 1954, le service TELEC reçut des commandes de postes radio
pour un montant de 21 068 milliards de francs.
À partir de 1955, on note une réduction sensible des commandes offshore, et la
liquidation des commandes antérieures (radar COTAL, PHF 90, AN/GRC 5).
Le rapport d'activité de la DEFA en 1958 signale la livraison de
20 000 cartouches de 40 mm, ainsi que de 40 000 (sur 92 000) cartouches de
105 HEAT (High Explosive Anti Tank, c'est-à-dire à charge creuse), sur un contrat de
type UICS repris par Luchaire. La même année, la commande de 102 000 obus de
155 mm (fabriqués par les aciéries de Pompey) est terminée, alors que sont expé-
diées 150 000 (sur 190 000) munitions pour canon 155 Gun.
En 1959, le rapport d'activité signale la liquidation des commandes offshore de
munitions, avec la livraison de :
- 20 000 cartouches de 90 mm ;
- 90 000 cartouches de 105 HEAT ;
- 292 000 obus de 155 mm ;
- 13 900 coups complets de 120 mm.
Récapitulant les contrats offshore de sept années, le Service TELEC compte,
en 1959, vingt-six opérations, pour un montant de 63 millions de nouveaux francs.
On peut également placer dans le cadre des affaires offshore des accords par-
ticuliers relatifs à certains investissements ou installations, concernant par exemple
les poudreries, comme l'échange de lettres du 31 mai 1954 - abrogé par la suite -
ou celui du 23 septembre 1957. On peut signaler aussi l'échange de lettres du
23 septembre 1955 concernant les surplus américains.
L'accord du 30 janvier 1958 (dit accord Monnet-Dillon, voir annexe III.4) confir-
mait l'intérêt de ces contrats.

Il est incontestable que ces commandes américaines ont permis non seulement
d'entretenir l'industrie d'armement en France (établissements d'État, sociétés natio-
nales et industrie privée), en lui assurant une activité que le budget français ne per-
mettait pas de garantir19, mais aussi en la plaçant dans un environnement de
concurrence très bénéfique. La productivité, la qualité des produits, devinrent très
bonnes par rapport aux références américaines - les meilleures du monde à cette
époque. Des chaînes de fabrication de munitions, modernes et bien équipées, ou
encore des ateliers de production de matériels électroniques, ont été créés à l'occa-
sion des commandes offshore. Dans la plupart des cas, les spécifications imposées
ont été les spécifications américaines.
Enfin, et cela est très important, ces commandes ont procuré au Trésor un ap-
port en dollars dont l'économie française avait un besoin extrême à cette époque.

Des commandes offshore.\UXQV\\ passées en France jusqu'en 1964, mais de fa-


çon moins systématique, le dernier cas étant celui des véhicules de combat
d'infanterie (VCI) AMX13 livrés à l'Italie (cf. chapitre 6). Le cas des missiles anti-
chars ENTAC (Engin téléguidé antichar) et SS 11 achetés par WSArmy en 1964
pourrait entrer dans cette catégorie, mais avec des dispositions un peu différentes,
pour tenir compte des compensations pour l'achat par la France d'avions Crusader
américains.

Pour TELEC, l'aide financière est estimée à près de la moitié du budget français des étu-
des, permettant ainsi d'aborder certaines études radar que la France seule serait incapable
de financer (rapport d'activité de 1959, p. 70).
28
LES CONTRATS MWDP (DITS MARIS OU LARKIN)

En 1954, un accord sur une participation financière américaine à des études de


nouveaux matériels d'armement fut conclu entre la France et les États-Unis. Il fut
concrétisé par un échange de lettres datées du 11 juin 1954 entre le ministre fran-
çais des Affaires étrangères (M. Schumann) et l'ambassadeur des États-Unis à Paris
(D. Dillon). Ces lettres font référence à « l'accord d'assistance pour la défense mu-
tuelle entre les deux gouvernements en date du 27 janvier 1950 >> et à « l'acte de
sécurité mutuelle de 1951 ».

Le Service TELEC

Les rapports d'activités de la DEFA permettent de suivre, au chapitre études du


service TELEC, le montant et l'affectation des crédits Maris. Néanmoins, le tableau
qui suit ne peut évidemment prétendre à l'exhaustivité.

29
année nom des contrats et objet montant part part F montant part part
prévu EU après EU F
des contrats avenants
(MF) (MF)
1954 F 03 MWP A 54 mise au point de radars d'acquisition ACAL
F 05 MWP A 54 mise au point de radars de surveillance du sol SDS-3 mm 1087 550 537
F 09 MWP A 54 télécommande radio de mines
Il faut ajouter 265 millions de francs pour le télépointeur-calculateur (TPC), ces crédits
provenant du Service technique.
1955 F 01 MWP A 55 radar anti-mortier
F 02 MWP A 55 radar de conduite de tir pour artillerie de moyen calibre COTAM VI
F 03 MWP A 55 radar de surveillance du sol (SDS-8,6 mm) 1395 895 500 1465,2 907,5 557,7
F 04 MWP A 55 fac-similé de campagne
F 05 MWP A 55 tube transformateur d'image en infrarouge moyen
1956 F 24 MWP A 56 brouilleurs de radars
F 31 MWP A 56 faisceau hertzien transistorisé 910 530 380 1134,8 635,5 499,3
F 32 MWP A 56 téléimprimeur transistorisé
1957 F 28 MWP A 57 radar de poursuite automatique difficilement brouillable 800 500 300
F 38 MWP A 57 poste radio portatif 135,8 68 67,8
1958 F 42 MWP A 58 radar AC 12
F 43 MWP A 58 poste radio de véhicule à 1 000 canaux
F 44 MWP A 58 radar de surveillance et d'observation à deux canaux 2610,8 1304,8 1306
F 45 MWP A 58 récepteur transistorisé de radiocommande de mines
F 51 MWP A 58 matériels annexes de téléimprimeur électronique
1959 F 61 MWP A 59 condensateurs électrolytiques et pseudoélectrolytiques
F 63 MWP A 59 cellules et thermocouples sensibles dans l'infrarouge moyen
F 65 MWP A 59 système de repérage et d'analyse des radars et brouilleurs
F 69 MWP A 59 compression de la parole
1960 F 72 MWP A 60 poste radio portable à bande latérale unique (BLU)
F 73 MWP A 60 tube intensificateur d'image
F 75 MWP A 60 transistor à effet de champ
F 76 MWP A 60 tube transformateur d'image en infrarouge moyen double chambre
F 83 MWP A 60 présérie de trente téléimprimeurs électroniques
1961 F 87 MWP A 61 répondeur Arabelle
Le Service technique (ST)

En ce qui concerne les études du Service technique de la DEFA, on trouve


également des contrats très importants :
- l'engin léger de combat (ELC). Il répondait au besoin d'un véhicule blindé léger
pour l'infanterie, besoin formulé au début des années 1950 et vigoureusement
défendu par l'entourage du maréchal Juin. Les prototypes (Even et AMX), ainsi
que leurs différentes tourelles, firent l'objet du contrat F 12 MWP A 54. Un com-
plément d'études (prototypes supplémentaires, nouvelles tourelles), y compris les
essais, fit l'objet du contrat F 36 MWP A 57, signé le 29 mars 1957 (voir annexe
III.2). Le montant total de ce nouveau contrat était de 1,61 millions de $, avec
une part américaine de 610 000 $. La présérie de dix ELC-Even aurait également
fait l'objet d'un contrat20.
L'un de ces dix engins, avec une tourelle de 90 mm, fut expérimenté aux États-
Unis en 1963, en même temps d'ailleurs que l'automitrailleuse légère Panhard.
Pendant le séjour du matériel à l'établissement d'Aberdeen Proving Ground, il fut
présenté à de nombreux responsables de \'US Army et se comporta brillamment.
Le rapport d'essai {Report n°DPS-1042 on USA TECOM Project n°IF-3212) du
1 e r septembre 1963 souligne la qualité de la conception de cet engin et recom-
mande que l'on tienne compte, pour les études futures de chars, de certaines
solutions techniques mises au point sur l'ELC. Mais WS Army jugea qu'elle
n'avait pas de besoin pour ce genre de matériel. La même décision fut prise en
France, en conclusion de longues expérimentations en corps de troupe (aux FFA
et à la 7e division), par une décision du 10 décembre 196421. À partir de 1962
(lettre de la société Brunon-Valette en date du 22 février 1962), les ELC Even fu-
rent présentés de façon intensive à de nombreux pays (Autriche, Canada, Pérou,
Australie, Italie, RFA, Royaume-Uni, Belgique, Suisse, Malaisie, etc.), mais sans
résultat.
- la tourelle bitube de 30 mm pour char AMX 13. L'étude et la fabrication de deux
prototypes fit l'objet du contrat F 37 MWP A 57, signé le 27 mars 1957 pour un
montant de 873 000 $ (part américaine : 215 000 $, part française : 658 000 $ ;
voir annexe III.3). Demandé dès 1956, ce contrat permit d'élaborer le projet d'une
tourelle avec un radar d'acquisition (le radar Œil noir), puis une conduite de tir
modernisée. Les prototypes, disponibles à partir d'avril 1958 et longuement expé-
rimentés, aboutirent finalement à une production de série (limitée) après un
abandon du programme pendant plusieurs années.
- l'obusier de 105 mm automoteur.
- l'obusier de 155 mm automoteur à casemate tournante. L'étude et la fabrication
de deux prototypes ont fait l'objet d'un contrat qui fut prolongé au-delà du
31 décembre 1957, date fixée initialement. Les caractéristiques militaires de ces
matériels avaient été définies par le comité FINABEL (cf. chapitre 6). Les châssis
furent étudiés et réalisés par Batignolles-Châtillon22, en utilisant des éléments

Selon des souvenirs de l'IG Robineau, non confirmés par les archives qui ont pu être
consultées.
21
Décision communiquée à la DEFA et à l'industriel par une note 22716 DMA/DEV/B1/DR
signée de Nardin, adjoint du délégué ministériel pour l'armement, en date du 24 décembre
1964.
22
Dont le président était L. Delpech, qui fut de 1974 à 1977 délégué ministériel pour
l'armement. Le directeur général était M. Adam, le responsable des études M. Oudry.
développés pour le char de vingt-cinq tonnes de Batignolles-Châtillon. Des ca-
semates tournantes furent étudiées par le bureau d'études Corre, et les prototy-
pes fabriqués par la société Pinguely. Ce programme, confié pour une large part
à l'ABS (Atelier de construction de Bourges), permit bon nombre de travaux inté-
ressants, notamment la mise au point du moteur SOFAM de 500 chevaux, qui
équipa ensuite les prototypes de char de trente tonnes.
- l'artillerie de 90 mm pour chars légers et les munitions correspondantes. Il s'agit
là de l'obus à charge creuse non tournante (obus G). Le contrat F 46 MWP A 58
permit des travaux de mise au point de cet obus.
- le canon de 175 mm tracté. Ce programme avait été proposé avec l'idée que la
munition, à l'instar de ce qui existait aux États-Unis pour un calibre de 203 mm (et
était recherché pour des calibres plus petits), pourrait être ultérieurement une
munition atomique. Les munitions ne faisaient pas partie du contrat, limité à la
seule artillerie. Une maquette en bois existe au musée de Bourges.
- l'automitrailleuse légère (AML).

En 1958 furent également entreprises deux études, au stade du projet, sur


contrat MWDP :
- un obusier de 105 mm sur châssis ELC ;
- un obusier de 155 mm sur châssis AMX 13. Cette dernière étude fut concrétisée
sous la forme de Pautomouvant de 155 mm AMX 13, qui fut sans doute le dernier
matériel commercialisé de la famille AMX 13, encore à la fin des années 1980.

Le missile antichar SS-11

Il convient ici de mentionner le contrat F 19 MWP A 56, signé le 29 mai 1956


par le général Larkin et portant sur le développement de l'engin antichar guidé
SS 11. Ce projet, étudié par le Département des engins spéciaux de Nord-Aviation
(dirigé par E. Stauff), sous la tutelle du Service technique aéronautique (STAé), pou-
vait de cette façon être « activé », c'est-à-dire conduit dans des délais plus courts.
Ainsi, l'expérimentation OTAN était prévue du 1 e r avril au 31 décembre 1958. Les
dépenses déjà effectuées en France étaient estimées à 3 340 000 dollars ;
5 025 000 dollars supplémentaires étaient jugés nécessaires pour terminer le déve-
loppement; la part américaine étant fixée à 1 614 000 dollars au plus. Le rapport de
fin d'études, établi par le STAé, fut diffusé le 9 septembre 195823.

Les autres projets

De nouveaux projets furent proposés à la fin de 1959 (cf. note ARMET du


24 décembre 1959), mais les propositions ne furent pas toujours acceptées par les
services américains. On peut citer le cas du RADAREC, proposé également
en 1960. Avant d'être présentées, ces propositions devaient avoir l'aval des instan-
ces politiques (cf. lettre du ministre des Armées au premier ministre - état-major de
la Défense nationale, en date du 22 novembre 1960).
La diminution des crédits MWDP fut très sensible à partir de 1960, passant par
exemple pour TELEC de 10 MF par an en moyenne à 4 MF puis à 2 MF, avec un
seul contrat en 1961. Cette année-là, le service TELEC écrit à ce sujet : « Cette si-

L'ingénieur responsable de ces programmes était l'ingénieur principal de l'air Bastien-


Thiry, sous l'autorité de l'ingénieur en chef Munnich.
32
tuation nouvelle, que l'on peut attribuer aux difficultés financières des États-Unis et à
la relative prospérité de l'Europe, a peu de chances de s'améliorer dans l'avenir. On
doit prévoir au contraire que l'aide américaine ira en s'éteignant et que l'effort d'étu-
des ne pourra être maintenu que par un accroissement des crédits français et la re-
cherche de contrats de développement en coopération internationale. »

Le mécanisme du financement des contrats MWDP

Les contrats portaient sur des programmes déjà décidés et souvent déjà entre-
pris, avec des autorisations de programmes inscrites au budget français pour l'année
en cours. Mais les possibilités budgétaires, avec la règle des crédits annuels, limi-
taient les activités (nombre de prototypes, d'essais, etc.), et conduisaient souvent à
ralentir les travaux. L'aide américaine, lorsqu'elle était accordée, permettait de reve-
nir à un déroulement plus efficace et plus rapide.
Une autorisation de programme (crédit permettant d'engager des dépenses)
correspondant à la totalité de la part américaine était automatiquement et rapide-
ment accordée après la signature de l'accord, ce qui permettait de passer des mar-
chés beaucoup plus rapidement, d'autant qu'à cette époque, comme bien souvent,
on rencontrait en cours d'année des blocages et des reports de crédits du budget
français.
En ce qui concerne les paiements, les services américains remboursaient rapi-
dement l'avance faite par le Trésor français, sur présentation de relevés de dépen-
ses, comme prévu au contrat.

L'organisation

Les services français (à la DEFA : le Service technique ou le service TELEC)


adressaient au MAAG (Military Assistance Advisory Group) des rapports d'avance-
ment périodiques, ainsi que les rapports d'essais. À la fin des travaux, un dossier
technique complet était fourni. Dans de nombreux cas, les prototypes furent envoyés
aux États-Unis pour une évaluation par les services américains, lesquels adressèrent
leurs rapports en France. Les dépenses liées à cette évaluation (préparation, frais de
transport, frais de mission des personnels accompagnant le matériel, etc.) furent pri-
ses en charge par les États-Unis.

L'importance de ces contrats

Pendant les dix années (de 1954 à 1964) de fonctionnement des contrats
MWDP - années très difficiles pour l'économie française : il faut se rappeler la situa-
tion des premiers mois de 1958 - , le potentiel de création a pu être sauvegardé,
voire développé. Il est clair que ces contrats ont contribué au renouveau de l'arme-
ment terrestre en France, tout en fournissant aux États-Unis des résultats techniques
intéressants à des coûts avantageux. On peut donc dire qu'ils ont été tout à fait bé-
néfiques pour les deux parties.

LES ACCORDS MWDDEA

Faisant référence à l'accord de défense mutuelle du 27 janvier 1950, ainsi qu'à


l'accord du 11 juin 1954 relatif aux contrats MWDP, un accord fut signé le 12 mars

33
1957 entre les deux gouvernements pour faciliter l'échange de droits de propriété
industrielle et d'informations techniques intéressant la Défense (notamment des bre-
vets d'invention). L'instruction 463 DN/CAB/ARMET du 28 septembre 1957 rappela
les règles de sécurité (protection du secret) applicables notamment aux relations
internationales. Mais c'est en avril 1958 que la mission MWDP du général Larkin
proposa un nouveau système d'accords pour l'échange de renseignements techni-
ques, dits accords MWDDEA (DM 293 DN/CAB/ARM du 13 mai 1958, voir an-
nexe III.5). Une lettre du 12 août 195824, adressée au MWDPT, transmit une liste de
trente et un projets MWDDEA ; un complément de neuf projets TELEC et trois pro-
jets pour la protection ABC (atomique, biologique, chimique) fut envoyé le19août
1958.
Les premiers accords MWDDEA (Mutual Weapons Development Data Ex-
change Agreement) furent signés en avril 1959. S'ils concrétisèrent l'accord général
de 1958, ils n'avaient pas de clauses financières directes ; ils définissaient les condi-
tions applicables aux échanges de renseignements (circuits pour les corres-
pondances, les visites, les mesures de sécurité, etc.) pour les objets explicitement
mentionnés dans chacun des accords. On trouvera en annexe III."7 la liste des ac-
cords signés le 25 mai 1959 qui concernent l'armement terrestre.
Le 29 mai 1959, le MAAG-France adressa un mémorandum au général Mo-
relle, chef du GRML (Groupement de réception de matériels et de liaison25), pour
confirmer les façons de procéder.

La plaque tournante de ces accords MWDDEA était à l'origine, en France, le


bureau ARMET de l'état-major de l'Armée, qui transmettait toute la correspondance
au MAAG américain à Paris, via le GRML26. Il faut se rappeler que le responsable
Terre de ces accords - parfois appelé « chef de file Terre » - était le général
conseiller armement du chef d'état-major (les généraux de Chergé, puis Grosgeorge,
Faugère et leurs successeurs). Au cours de réunions périodiques (une fois par an en
moyenne) avec leur homologue américain, la situation de chaque accord était exa-
minée, ainsi que les propositions éventuelles de modification. Ces réunions coïnci-
daient souvent avec celles, de même niveau, de la commission Terre de la coopéra-
tion bilatérale franco-américaine27. Les projets d'accords étaient parfois classés en
plusieurs catégories selon leur intérêt commun. Ainsi, à la réunion du
20 janvier 1964 à Paris, on notait trois projets de catégorie A (poste radio BLU
10 watts, tubes intensificateurs d'images et mitrailleuse de 20 mm AME 621) et deux
de catégorie B, moins intéressante (Orphée et SPIW).
La création de la DMA, en 1961, modifia légèrement la procédure, le bureau
offshore du Département plans et budget ayant repris les attributions d'autres bu-

Lettre 6043 MA/DSFP, signée par l'ingénieur en chef G. Monier, plus tard directeur géné-
ral de la SOFMA.
25
Le GRML était, depuis 1950, l'organisme français chargé des relations administratives
avec le MWDPT américain, notamment pour les contrats offshore et MWDP.
26
Note 22007 EMA/ARMET du 31 décembre 1959.
27
Par exemple les réunions à Paris des 21 mars 1962, 13 juin 1963, 20 janvier 1964 ; des
5 mai 1966 (Faugère, Felder) et 18 janvier 1968 (Faugère, Dawalt) ; les réunions à Was-
hington du 10 au 19 février 1969 (Aussaresses, Legrand, Marchand, Birra) ; à Paris, le
9 février 1970 (Dupont, Dawalt), au cours de laquelle furent abordés les sujets suivants:
ACRA, ACL/STRIM, Javelot, radar de recueil (hélicoptères) ANTPN-18, RATAC, comptabi-
lité Mallard-MCI ; la réunion à Paris du 8 septembre 1970 (Dupont, Birra); celle du
9 octobre 1972 (Vinson, Dubost).
34
reaux du ministère . La volonté de maintenir et de renforcer ces échanges d'infor-
mations fut d'ailleurs confirmée en 1962 par un accord franco-américain (dit Levê-
que-Cormoran). La désignation des responsables français {project officers), ainsi
que l'organisation des relations et des missions, donna parfois lieu à des rivalités
entre services, surtout dans les secteurs intertechniques ou interarmes.

Au fil des années, ces accords ont été complétés, modifiés, regroupés ou au
contraire décomposés en plusieurs, voire annulés, selon l'activité réelle ou les chan-
gements d'organisation dans les services de l'un ou l'autre pays. On peut citer quel-
ques nouveaux contrats (voir des exemples en annexes III.8 à 111.10) :
- A 61 F 151 : défense contre les agents biologiques ;
- A 61 F 168 : intensification d'images ;
- A 61 F 170 : véhicules blindés ;
- A 61 F 189 : système d'exploitation des données pour l'armée de Terre ;
- A 64 F 204 : essais de substances radioprotectrices ;
- A 64 F 1023 : lasers ;
- A 65 F 1041 : technologie des constituants des circuits intégrés ;
- A 65 F 1057 : moteurs pour véhicules militaires.
Il y eut aussi un accord signé en 1964 sur le minage terrestre. On citera égale-
ment, dans le domaine nucléaire, les contrats A 71 F 1145 (effets des armes nu-
cléaires sur les matériels) et A 74 F 1196 (matériels Radiac). Il y eut encore un
contrat sur la protection biologique contre les rayonnements nucléaires, contrat rele-
vant de la DRME, Direction des recherches et moyens d'essais (A 69 F 1125). De
même, il existait un contrat sur les blessures par projectiles et éclats, relevant du
Service de santé (A 61 F 183).
De 1959 à 1968, en moyenne cinq nouveaux accords ont été conclus chaque
année. Un grand nombre étaient encore en activité en 1980 et le sont probablement
encore aujourd'hui.
Au 1 e r janvier 1972, on recensait trente-trois contrats MWDDEA Terre, sur un
total de quatre-vingt-six - mais on a vu que certains contrats non recensés Terre
pouvaient concerner l'armement terrestre.

Il n'est pas exagéré de dire que les accords MWDDEA ont donné à la coopéra-
tion franco-américaine dans le domaine de l'armement terrestre une profonde réalité.
Presque tous les ingénieurs ayant eu des responsabilités dans le domaine des étu-
des ont découvert les États-Unis et le fonctionnement de l'administration américaine
à l'occasion de missions organisées dans le cadre de ces accords, et ont ainsi noué
des relations souvent amicales avec leurs correspondants. Réciproquement, on peut
penser que les ingénieurs américains ont mieux compris et apprécié l'originalité et
les capacités d'innovation de l'industrie d'armement française.

LE PROGRAMME HAWKEUROPÉEN

Ce programme aurait pu être traité dans les chapitres consacrés à l'OTAN ou à


l'Europe, mais il a semblé préférable de souligner le rôle majeur joué par la France
dans cette affaire qui influença durablement le développement de l'industrie d'arme-

Note 454 DMA/DPB/OS du 11 janvier 1962, transmettant une instruction de DMA/CAB


signée du colonel Levêque et faisant référence aux lettres du 11 juin 1954 et du 28 mai
1958.
35
ment européenne et ses relations avec celle des États-Unis. On pourrait dire que le
programme Hawk ouvrit la voie des grands programmes internationaux pour l'arme-
ment terrestre français.

C'est en 1958 que la proposition américaine d'équiper les armées des pays de
l'OTAN d'un système d'armes de défense antiaérienne moderne - l e Hawk- prit
forme, après avoir été longuement étudiée par un groupe de travail OTAN (le groupe
AC/190). Une fiche de l'IMCT Rombout datée du 25 avril 1958 rendait compte d'une
réunion de ce groupe. En mai 1958, le directeur des Études et fabrications d'arme-
ment (l'ingénieur militaire général Carougeau) écrivait, sous le timbre
ST/DEFA/SD.E/HK (le sous-directeur engins du Service technique était
l'IMG Tayeau), à l'inspecteur général des fabrications et programmes des forces ar-
mées (le général Crépin) pour exposer les problèmes de toutes natures posés par la
fabrication du Hawk en Europe dans un cadre tripartite (France, RFA, Italie), comme
cela avait été retenu. La question de la participation française au programme fut po-
sée au secrétaire d'État aux Forces armées-Terre (Lettre 320 IGPFA/SC du 24 mai
1958). Les besoins des armées furent précisés (Note 2356 EMFA/33/TS, adressée
par le général Ely au cabinet armement du ministre des armées) ; ils étaient de dix
bataillons (quarante batteries), dont 40 % pour l'armée de Terre et 60 % pour l'armée
de l'Air.
De nombreuses réunions eurent lieu, notamment à l'OTAN, pour préciser les
conditions de cession, par les Américains, de la licence de production, et surtout
pour estimer les dépenses à prévoir. Finalement, deux autres pays européens - la
Belgique et les Pays-Bas - entrèrent dans le club des pays désireux de s'équiper du
Hawk et de participer à sa production en Europe.
Une importante mission, dirigée par le général Crépin et comprenant les ingé-
nieurs en chef ou principaux Joyau, Mirabel, Usunier, Corrihons, Wenisch et Haas,
se rendit aux États-Unis du 12 au 15 septembre 1958.
Le cabinet armement du ministre des Armées (dirigé par le général Lavaud)
donna des instructions au représentant français au groupe OTAN Hawk
(l'IG Tayeau) pour engager la France sur la base d'un programme de dix groupes
Hawk, soit 40 batteries et 2 000 engins. Le coût estimé, le 6 novembre 1958, sur la
base des prix étudiés à l'OTAN, était de l'ordre de 80 milliards de francs. Fin novem-
bre, il était évalué à 150 milliards (dont 105 pour la partie électronique), ce qui était
d'ailleurs jugé incompatible avec la poursuite des opérations militaires actives en
Algérie.
Dès l'été 1958, il était admis par tous les pays participants (les cinq pays euro-
péens et les États-Unis) que la France jouerait le rôle de pays pijote en Europe,
c'est-à-dire que les organismes de gestion à créer (au niveau des États comme au
niveau des sociétés industrielles) seraient implantés en France, et que le premier
contractant {Prime Contracter, selon l'usage à l'époque aux États-Unis pour les
grands programmes américains, usage préconisé par l'OTAN) serait français (cf. le
premier projet de convention rédigé le 23 septembre 1958). Le choix de ce premier
contractant était important ; la société CSF avait fait des offres de services29. La
DEFA proposa la société Thomson, par une lettre du 14 août 1958. Finalement,
Thomson créa, avec l'accord de ses partenaires, la Société européenne de télégui-

Lettre personnelle, le 22 juillet 1958, de son président, M. Ponte, au ministre des Armées,
M. Guillaumat.
36
dage (SETEL), pour recevoir et gérer les contrats qui seraient passés par l'Etat fran-
çais au nom des cinq pays participants.
Une réunion franco-allemande fut organisée à l'état-major de la Défense natio-
nale, qui dépendait du président du Conseil (le général de Gaulle), le
28 octobre 1958, pour fixer les bases du programme. Elle préparait une réunion des
ministres de la Défense français, allemand et italien, qui eut lieu le 16 décembre
1958.
En 1961, deux problèmes contractuels et financiers furent résolus. Touchant au
régime des douanes et aux clauses de garantie de change, ils étaient entraînés par
la fabrication du Hawk par une société de droit français (la SETEL), mais constituée
de plusieurs partenaires européens.

La fabrication européenne fut lancée en 1962 dans le cadre OTAN, sous la di-
rection du comité des cinq directeurs européens et du Bureau de gestion
OTAN-Hawk (BGOH). Après l'équipement des industriels européens en machines,
outillages et appareils de contrôle, il devenait possible de passer de l'assemblage de
pièces d'origine américaine à une véritable production européenne. La DEFA avait
mis en place, à l'Atelier de construction de Puteaux (APX), une équipe de dix-neuf
ingénieurs et quinze techniciens, pour assurer la surveillance des industriels français
participant au programme Hawk, notamment dans les domaines suivants :
- étude et approbation des dossiers de définition, des gammes de fabrication, des
procédures de contrôle et des cahiers de recette ;
- choix des matières premières, qualification des pièces détachées, autorisation
des lancements de fabrication ;
- approbation des outillages et des investissements ;
- surveillance des plannings et des délais ;
- contrôle des dépenses effectuées suivant le régime de remboursement de frais ;
- exécution des opérations en usine.
L'Atelier de construction de Tarbes (ATS) était chargé du montage de
277 rampes de lancement, ainsi que de la fabrication de certains éléments.
Un centre de montage du missile, avec ses éléments pyrotechniques, fut ins-
tallé à l'Atelier de chargement de Salbris (dépendant de la DEFA). Il assembla,
en 1962, 25 missiles provenant des trois chaînes de production (française, alle-
mande et italienne), et 90 en 1963.
Au Centre interarmées d'essais d'engins spéciaux (CIEES) de Colomb-Béchar,
une base (la base Béatrice) avait été aménagée pour les essais de tirs techniques
Hawk. Le premier tir eut lieu le 28 avril 1962 et dix autres suivirent avant la fin de
cette même année. Dix-sept tirs furent effectués en 1963.

En 1963, la production européenne était de dix batteries et trois cents missiles.


Il devenait nécessaire d'organiser aussi les tâches de soutien logistique. Le 15 mai
1963, le conseil de l'Atlantique Nord confia, à titre provisoire, cette responsabilité du
soutien logistique à l'organisation OTAN de production. Ce soutien était très large-
ment défini :
- documentation technique militaire, codification ;
- approvisionnement des pièces de rechange ;
- entretien et réparation 5e échelon ;
- assistance technique auprès des utilisateurs ;
- rapports sur le fonctionnement et modifications des matériels en service.

37
Pour les pièces de rechange, un dépôt commun à quatre pays du programme
fut installé en 1963 à Châtellerault, dans des locaux de la Manufacture nationale
d'armes (MAC).
Cette responsabilité du soutien logistique fut ensuite transférée à l'agence
OTAN d'approvisionnement (NMSSS, NATO Maintenance Support and Supply Ser-
vice), devenue plus tard la NAMSA {NATO Maintenance and Supply Agency).
Le financement commun du soutien logistique fit l'objet d'un accord spécial, qui
entra en vigueur le 30 novembre 1965. L'État français recevait mandat de passer les
marchés logistiques pour le compte de l'ensemble des pays. La totalité des batteries
avaient été livrées, mais le programme de production n'était pas terminé. 165 tirs
d'essais avaient été effectués, dont 130 au CIEES à Colomb-Béchar (Hammaguir) et
35 à Salto di Queirra, en Sicile.

Depuis le début de 1964, un nouvel accord international était envisagé pour la


réalisation d'un système d'armes sol-air dérivé du Hawk et aux performances amélio-
rées. Un programme d'étude pour une amélioration réduite fut financé par trois pays
seulement (RFA, Italie, Pays-Bas). Ce programme européen, appelé HELIP (Hawk
European Limited Improved Program), entra en 1967 dans une phase préparatoire,
ce qui entraîna le ralliement de l'Italie, jusqu'alors réservée ; les cinq pays européens
coopérant sur le Hawk se retrouvaient donc sur le HELIP. Cette phase (phase A1),
d'un montant de 4,7 millions de dollars, devait fournir des données techniques et
financières de décision ; il fallait choisir entre un système américain d'acquisition
basse altitude (fondé sur un radar à ondes continues) et un système européen à
créer (fondé sur un radar pulse-doppler). Des essais de radars (et notamment des
radars américains) eurent lieu en RFA à partir de l'été 1968 et en 1969. Un premier
rapport de la SETEL fut élaboré en 1969. Finalement, la solution américaine (de la
firme Raytheon) fut retenue en 1970.
La DMA décida en 1971 le transfert à la DEN (Direction des engins) du pro-
gramme Hawk, jusqu'alors géré depuis l'origine (1958) par la DTAT (au service RAN,
devenu ASA, et au bureau ASA/PEA depuis 1968).

LES ACCORDS DE COMPENSATIONS

En 1961, la situation économique, financière et monétaire de la France lui per-


mettait d'acquérir aux États-Unis des matériels d'armement qu'elle ne souhaitait pas
développer elle-même. Un accord (Mémorandum of Understanding, MoU) fut donc
négocié, puis signé le 20 décembre 1961 (cf. annexe 111.12). Par cet accord, destiné
à faciliter leurs achats respectifs d'équipements et de matériels militaires, en rédui-
sant l'effet de tels achats sur la balance de leurs paiements, les États-Unis mettaient
des matériels à la disposition de la France, laquelle mettait des francs, pour une va-
leur équivalente, à la disposition des États-Unis pour leurs achats en France (soit
pour leurs forces, soit pour d'autres pays alliés). Les modalités d'application de cet
accord et la procédure à suivre par les services du ministère des Armées furent pré-
cisées par la lettre n°002985 du ministre des Finances et des Affaires économiques,
en date du 5 mars 1962. Comme l'écrivait le service TELEC dans le rapport d'activi-
tés de la DTAT de 1962, ce nouveau « mode de coopération franco-américaine [...]
n'apportera de son côté aucun nouveau crédit. »
La liste (confidentielle) des achats prévus par les Américains comprenait des
véhicules AMX et des missiles antichars. On peut donc dire que les derniers VCI

38
AMX 13 livrés à l'Italie (cf. chapitre 6) entraient d'une certaine façon dans cette caté-
gorie.
Comme cet accord de 1961 couvrait des opérations à conclure entre le
er
1 janvier 1962 et le 30 juin 1963 (fin de l'année fiscale américaine), il fut convenu
qu'il pourrait être prolongé par des échanges de lettres. C'est ainsi que le contrat
offshore EUC 3759, portant sur des missiles SS 11, fait référence au MOU du 12 juin
1953 et à l'échange de lettres entre MM. Messmer et Gilpatric des 1 e r février et
8 mars 1963 (compensation entre missiles antichars et avions Crusade?0). Certai-
nes exportations d'armements français en Europe ont donc le caractère de compen-
sations à des achats aux États-Unis.

LES PROGRAMMES DE COMPLÉMENTARITÉ

À partir de 1963, et pour appliquer à des programmes d'études les mêmes


idées de partage de responsabilités que pour les compensations dans les achats de
matériels, on rechercha des accords prolongeant en quelque sorte les contrats
MWDP.

Dans le secteur électronique, une mission dirigée par l'IG Lacoste (DMA/DEL)
et comprenant le capitaine de vaisseau Cagger (EMA), le capitaine de frégate Maler
(DEL) et l'ICVouillot (DEFA/TELEC) se rendit à Washington du 14 au 19 janvier
1963. Un accord de complémentarité fut ainsi signé, le 8 avril 1964, en vertu duquel
la France termina le développement d'un poste radio portable à bande latérale uni-
que31 de dix watts. Cet accord faisait suite au contrat F 72 MWP A 60 ; huit prototy-
pes de ce poste radio portatif TR-TM 4 avaient été livrés à WSArmy pour essais
en 1963, essais effectués à Fort Monmouth en 1964.
Parmi les premiers accords de complémentarité, on peut signaler l'arme de
20 mm AME 621, qui intéressait YUSArmy et fut classée dans la catégorie A (im-
portante pour les deux pays) en 1963, et les échanges d'informations sur les pro-
grammes de missiles antichars d'infanterie (accord MILAN-MAW), engagés égale-
ment en 1963.

Un accord signé le 17 décembre 1963 par MM. McNamara et Messmer


concernait le financement en commun de recherches et études conduites par l'un
et/ou l'autre des deux pays pour la défense : il officialisa la volonté politique d'une
coopération équilibrée sur des programmes complémentaires.
L'organisation de la coopération fut remaniée. Le Comité directeur (au niveau
du délégué ministériel pour l'armement en France) coordonnait les activités des trois
sous-comités (Air, Terre, Mer) conduits par les chefs de file ; les programmes déci-
dés étaient menés par des chefs de projet.
Le Comité directeur fut réuni une à deux fois par an de 1962 à 1967 (jusqu'au
retrait de la France des organismes militaires intégrés de l'OTAN). Une reprise fut
ensuite cherchée à partir de 1970 (réunion à la DAI les 25 et 26 juin 1970). Une ré-
union entre MM. Blancard et Foster eut lieu à Washington en novembre 1971 ; le
rythme d'une réunion par an fut repris, indépendamment du Groupe des Quatre
(cf. chapitre 6).

Avions toujours en service dans l'aéronautique navale française en 1998.


31
Technique particulière de modulation, dans laquelle la France avait particulièrement bien
réussi : ce qu'on appellerait aujourd'hui une « niche» .
39
Les réunions des chefs de file Terre avaient été poursuivies, avec une fré-
quence réduite. Le général Dawalt avait rencontré à Paris, le 18 janvier 1968, le gé-
néral Faugère, qui s'était ensuite rendu aux États-Unis du 10 au 21 février 1969. Il
faut citer aussi les réunions du 15 décembre 1969 à Paris et du 9 février 1970 (entre
les généraux Dawalt et Dupont)32. Le général Barnes fit des visites en France du
22 au 26 février 1971. Le général Dubost (qui avait remplacé le général Dupont) alla
aux États-Unis du 7 au 17 septembre 1971. Les réunions en France du 21 au
24 avril 1972 et du 9 au 12 octobre 1972 mirent en évidence le problème de l'inter-
changeabilité des munitions de 155 mm, ainsi que l'intérêt de la coopération sur la
guerre électronique (projets ELEBORE, BROMURE, ELODEE, ELFE). Le 10 octobre
1972, un groupe interarmes Guerre électronique franco-américain fut créé par le
Comité directeur33. C'est le Roland qui retint surtout l'attention lors de la réunion
avec le général Boyes à Paris, du 17 au 19 octobre 1973, c'est-à-dire après l'évalua-
tion à Fort Bliss et peu avant l'adoption de ce système par les États-Unis.

LE R A T A C AMÉRICAIN

C'est en 1968 que WSArmy manifesta son intérêt pour le RATAC (radar
d'acquisition et de tir), développé en coopération franco-allemande (LCT et LMT
d'une part, SEL-Lorentz d'autre part). Après une mission de présentation aux États
Unis au printemps 1969, un des prototypes, le prototype de référence, fut prêté gra-
tuitement pour une durée de trois mois, de juillet à octobre 1969.
Un protocole d'accord (rédigé en langues française et américaine) fut signé le
29 janvier 1970 par les représentants de chacun des trois pays : le Dr. Mulhausen
pour la RFA, l'IG Assens pour la France, M. Birra pour les États-Unis. Le RATAC fut
adopté en 1970 par WSArmy, qui acheta la licence de fabrication, fabrication qui
devait être assurée par la société Giïlïllan. Toutefois, les vingt-sept premiers équi-
pements furent commandés en Europe (au consortium LMT et SEL), le premier étant
livré à la fin de 1970. L'USArmy aurait utilisé des RATAC au Vietnam.

LE PROGRAMME ROLAND AMÉRICAIN

En 1971, WSArmy ne disposait pas encore d'un système d'armes de défense


antiaérienne mobile et efficace. Le programme Mauler avait été abandonné. En re-
vanche, les trois systèmes développés en Europe avaient atteint une maturité suffi-
sante pour que la production soit préparée. Le Royaume-Uni avait le Rapier, la
France avait le Crotale de Thomson, la RFA et la France avaient ensemble le Ro-
land.
Au printemps 1971, Thomson-CSF, en liaison avec General Dynamics et North
American, avait proposé à VUSArmy et obtenu (avec un contrat d'environ un million
de dollars sur une durée de trois mois) une évaluation du Crotale, qui était alors le
seul système tous temps disponible. Cette évaluation eut lieu à Fort Bliss (près de
El Paso, au Texas) du 15 février au 15 mai 197134. Ses résultats furent présentés
aux responsables français le 17 septembre 1971. Une évaluation du Rapier (proposé

Les sujets retenus lors de cette discussion étaient le Crotale et le Javelot. En revanche,
les propositions françaises concernant l'ACRA ne furent pas retenues.
33
Les représentants américains étaient l'amiral Weymouth et les généraux Evans et Vinson ;
la délégation française (des trois armes) était menée par l'IGA Bédoura, du SCTI.
34
Le Crotale avait déjà été présenté à l'état-major de VUS Army en novembre 1969.
40
par British Aircraft Corporation et un consortium Norden-Pratt et Whitney) fut organi-
sée, également à Fort Bliss, en juin 1972.

Euromissile, avec l'accord des ministères français et allemand de la Défense,


prit alors l'initiative de faire à VUS Army une offre (Non Sollicitée! Proposai) d'un
montant de 300 000 dollars pour l'évaluation du Roland II. La production sous li-
cence de ce système aux États-Unis était proposée par un consortium Hug-
hes-Boeing. Aussitôt après les premiers essais de tir (au Centre d'essais des Landes
- C E L - à Biscarosse) du Roland II, les prototypes furent embarqués à Bordeaux-
Mérignac, dans des avions C-5AGalaxy et C-141 de VUS Air Force, le 7 février
1973. Un observateur français (le chef d'escadron Auzanneau, de la STAT, membre
de la commission d'expérimentation franco-allemande du Roland) assista à une par-
tie de cette évaluation à Fort Bliss en avril 1973. Le Comité de direction Roland se
réunit à Fort Bliss le 4 avril 1973.
Après cette évaluation comparative, le Roland fut choisi par VUS Army en jan-
vier 1974. La gestion du programme tripartite s'organisa rapidement : Comité direc-
teur, gestion des modifications et améliorations, essais, etc. Un officier de liaison
américain35 fut placé auprès du Bureau de programmes franco-allemand de Rueil.
Finalement, un protocole (MOU) fut signé à Washington le 8 octobre 1975 entre les
trois pays.
Il est juste de dire que les relations avec les services américains furent menées
principalement par la RFA, qui avait choisi de faire étudier seule la version tous
temps Roland II, celle qui fut présentée et adoptée par les États-Unis. Le colonel
Schmetz, du Bureau de programmes franco-allemand d'Ottobrunn, qui était respon-
sable du Roland II, fut l'animateur efficace grâce auquel cette importante affaire fut
une réussite, au moins jusqu'à la fabrication sous licence aux États-Unis, qui ren-
contra des difficultés de diverses natures.

LES AUTRES PROGRAMMES

LeSS11

Les missiles antichars français, en particulier, eurent un grand succès aux


États-Unis.
On a évoqué plus haut le contrat MWDP sur le développement du SS 11.
L'évaluation par les États-Unis se déroula en 1959 et le rapport final, publié le
29 janvier 1960, était très favorable. Parmi les contrats qui suivirent, on citera le
contrat EUC 3343 (1964), pour la fourniture de 8 967 SS 11 et de simulateurs Do-
rand, et le contrat EUC 3759, pour la fournitures de 9 375 SS 11 B1 (dont
3 850 inertes).

Le colonel Marshal, assisté de M. Beauregard (qui parlait français).


41
L'ENTAC (Engin téléguidé antichar)

Il fut expérimenté aux États-Unis en 1962, et le rapport final par Ylnfantry


Board, à Fort Benning, fut très favorable (les résultats étaient jugés encore meilleurs
que ceux du SS 10 !). Ce rapport fut d'ailleurs largement utilisé pour la promotion de
l'ENTAC auprès des pays alliés, par la DEFA puis par Nord-Aviation, après la ces-
sion de la licence de l'ENTAC à cette société nationale. Un important contrat fut
conclu par les États-Unis en mai 1964 (contrat EUC 3344) pour la fourniture de
1 200 missiles par mois. À la fin de 1966, 12 050 engins avaient été livrés. Ce
contrat fut l'occasion de missions aux États-Unis, comme celle, en 1965, de
l'IC Voin, de l'APX, conjointement avec l'IC Lhéritier, qui avait suivi l'ENTAC depuis
ses origines jusqu'à Nord-Aviation.

Javelot

La société Thomson-CSF développait au début des années 1970 un nouveau


concept pour la défense antiaérienne basée à terre, appelé Javelot. Il s'agissait
d'une arme multitube, guidée par radar et tirant par salves, la dispersion des projec-
tiles suivant une loi de probabilités donnée. En avril 1971, YUSArmy signa un accord
selon lequel 50 % des dépenses d'une étude de faisabilité de ce concept seraient
financées par les États-Unis jusqu'à la fin de 1973 (cf. fiche 351 DAI/33/CD du
9 juin 1972).

La vedette de pontage

Un accord fut signé en 1972 pour procéder à une évaluation commune aux
États-Unis de la vedette de pontage modèle F1 adoptée par l'armée française et du
Ribbon Bridge (pont flottant) fabriqué aux États-Unis. Un prototype de vedette fut
prêté pendant un an à partir de novembre 1971.
Une mission comprenant l'ICA Mallet (DTAT/MOB/MG), l'IPA Mounier (ETAS,
Établissement d'expériences techniques d'Angers) et l'IPA de Fournas (DAI) se ren-
dit du 1 au 9 mars 1972, en compagnie de l'IPA Marchand et de l'IETA Demeocq, de
la MTA Washington, à Fort Belvoir, où avait lieu l'expérimentation. Une réunion de
conclusions fut organisée du 19 au 22 juin 1972.

L'aéromobilité

Des expérimentations bilatérales franco-américaines sur les matériels de livrai-


son par air eurent lieu au CAP de Toulouse du 4 au 15 novembre 1963. Il en résulta
une adaptation réciproque de ces matériels pour assurer une interopérabilité des
équipements.

L'armement des hélicoptères

Cette question de l'armement des hélicoptères préoccupait les états-majors


depuis que l'on avait vu, en Algérie puis au Vietnam, le rôle primordial que pouvaient
remplir ces matériels utilisés initialement pour le transport et les liaisons. À partir
de 1965, le montage d'armes automatiques, de lance-roquettes, puis de missiles
guidés transforma le combat des armées de Terre en combat aéroterrestre.

42
L'utilisation du SS 11 sur hélicoptère Alouette, d'abord en télécommande ma-
nuelle, puis les premiers essais en télécommande automatique en 1968-1969, ou-
vrant la voie au montage du HOT sur hélicoptère, montraient la maîtrise des services
français dans ce nouveau secteur. Dans ce contexte, il faut noter le rôle déterminant
des viseurs stabilisés par gyroscopes, ou gyromètres, développés par la DTAT à
partir des idées du service optique de l'APX (avec notamment NC Deramond).
Un viseur APX Bezu M 260 fut prêté aux services américains.
En 1973 (fiche 217 EMAT/Études du 18 avril), parmi les achats possibles aux
États-Unis dans le domaine de l'armement terrestre, on n'envisageait guère que des
équipements pour l'armement des hélicoptères et des capteurs au sol.

L'accord MILAN/MAW

On a déjà vu, à propos des accords de complémentarité de 1962, une volonté


d'éviter des doubles emplois dans le domaine des missiles antichars d'infanterie. La
France, en collaboration avec la RFA depuis 1963, développait le MILAN ; les États-
Unis, eux, développaient le MAW (Médium Antitank Weapon). Un accord tripartite fut
donc négocié à partir de 1963-1964, et finalement signé en 1965, pour échanger des
informations et des résultats d'essais. C'est dans ce cadre que fut présenté au tir à
Mailly, en 1967, le prototype du MILAN. L'abandon du MAW et le succès du MILAN
rendirent cet accord caduc.
Quelques années plus tard, les États-Unis lancèrent le développement du sys-
tème Dragon. Une fiche de Fort Benning (21 février 1973) évoqua des interrogations
sur l'avenir du missile antichar d'infanterie. L'intérêt de WSArmy, et surtout des Ma-
rines, pour le MILAN se confirma périodiquement pendant quinze ans, sans aboutir.

Le système de roquettes multitubes

Des experts américains effectuèrent une mission en France en février 1972


pour s'informer des études concernant des systèmes multitubes lance-roquettes. Ils
visitèrent, sous la conduite de la DTAT, la SEP (Société européenne de propulsion)
et la CNIM (qui développait alors le système RAP 14). Mais il apparut qu'il n'y avait
pas de besoin militaire aux États-Unis pour de tels systèmes.

Le secteur NBC

Le secteur de la protection contre les effets des armes nucléaires, biologiques


et chimiques a toujours présenté des aspects très particuliers (caractère interarmes,
sécurité, etc.), qui justifient une rubrique spéciale. Le Centre d'études du Bouchet
(CEB), rattaché à la Direction des poudres (DP) jusqu'en 1970, était la pierre angu-
laire des activités dans ce domaine en France, avec le groupement Z de la STA. Les
échanges de renseignements avec l'étranger dans le domaine de la guerre chimique
et biologique étaient très réglementés. Les sujets d'informations étaient classés en
trois catégories, selon le degré de restriction ; le 3e degré correspondait à une inter-
diction absolue de communication. Mais des accords spéciaux avaient été conclus
avec les États-Unis, et confirmés par les contrats MWDDEA.
Un expert américain (M. Garono) de Edgewood Arsenal, accompagné du lieu-
tenant-colonel Cook, attaché militaire adjoint, avait visité le CEB le 22 janvier 1959. Il
y eut ensuite deux autres visites (dont l'une du 16 au 23 novembre 1964) au CEB du
Dr. Berger, de Edgewood Arsenal, et d'experts du Dugway Proving Ground. En
43
contrepartie, une mission française menée par le lieutenant-colonel Moulin (chef du
groupement Z de la STA) et comprenant les IP Fulachier (CEB) et Protard (Salbris),
le commandant Bruder et M. Desclaux, se rendit aux États-Unis du 30 mars au
12 avril 1965. Elle alla à Washington, puis à EdgewoodArsenal, à Roc-
ky Mountain Arsenal (Colorado) et au Dugway Proving Ground (Utah).
Les matériels de protection NBC en service dans les forces françaises d'Alle-
magne furent présentés, à l'automne 1965, au chef de la section NBC de la
7e armée américaine.
Du 23 au 27 octobre 1965, le Dr. Berger et deux experts américains assistèrent
à des essais français. Puis une mission française (IG Meyer, colonel Moulin,
IC Fulachier, commandants Bruder, Desclaux, Olleris, M. Giral) se rendit aux États-
Unis du 31 mai au 13 juin 1966. Des ingénieurs du CEB visitèrent Edge-
wood Arsenal les 1 e r et 2 juin 1966, puis du 23 mai au 5 juin 1967. Des experts amé-
ricains (dont M. Rothenberg et le Dr. Berger) assistèrent à des essais du
23 novembre au 7 décembre 1966. Les échanges d'informations étaient activement
poursuivis, ainsi avec la visite du Dr. Berger en France du 6 au 10 mai 1968. Une
importante mission française (ICA Moulin et Fulachier, commandant Desclaux, ca-
pitaine Meyer, M. Giral) se rendit aux États-Unis (Washington, Edgewood, Dugway)
du 5 au 15 novembre 1968. D'autres missions furent régulièrement organisées en-
suite (14 au 28 mai 1970, septembre 1970, 25 mai au 7 juin 1971, etc.) avec des
représentants de la DTAT (IC Moulin) et de la DP (IC Fulachier).
Enfin, dans ce même secteur, il faut mentionner la participation d'officiers fran-
çais aux stages organisés périodiquement à l'école américaine des systèmes d'ar-
mes d'Oberammergau, stages destinés aux pays de l'OTAN.

Le secteur électronique

Quelques années après la décision française (1966) de se retirer des com-


mandements militaires intégrés de l'OTAN, et après le refroidissement des relations
franco-américaines qui en résulta, il apparut opportun aux deux pays de relancer leur
coopération en matière d'armement. Le directeur de la DAI, l'ingénieur général
Bonté, se rendit à Washington du 12 au 16 octobre 1969. Il fut décidé de réunir à
Paris en juin 1970 (période du salon de l'Aéronautique) le Comité directeur et les
quatre sous-comités.
Un peu avant, en matière de guerre électronique (Elint, pour Electronic Intelli-
gence), les États-Unis avaient proposé leur assistance (note de l'EMA/CIREM de
juin 1969).
En 1967, la SEFT avait fait acheter aux États-Unis, pour essais en France, des
lunettes de tir utilisant l'infrarouge passif. On a déjà noté le prêt par les services
américains d'un radar d'atterrissage pour les hélicoptères ANTPN-18 (19 novembre
1970). Les États-Unis avaient ensuite proposé de financer des contrats de recher-
ches en électronique de défense (cf. lettre de M. Foster du 3 mars 1971 et réponse
de M. Blancard du 6 avril 1971). Vingt-trois sujets de recherches étaient envisagés
dans une note du SCTI (Service central des télécommunication et de l'informatique)
en date du 24 mars 1 9 7 1 .

L'ensemble des questions concernant la coopération en matière d'électronique d'arme-


ment fut développé dans une note transmise par le SCTI : BE 28/BE/SCTI du 29 novembre
1971.
44
Une réunion de synthèse franco-américaine eut lieu à Washington les 20 et
21 juin 1973.

QUELQUES ÉVÉNEMENTS NOTABLES

Les essais de matériels aux États-Unis

On ne reviendra pas sur les essais d'un prototype AMX 13 (appelé encore char
de douze tonnes) aux États-Unis, rappelés au début de ce chapitre37. Dans le pro-
longement de cette affaire, une expérimentation à VAberdeen Proving Ground fut
également organisée, en 1952, pour le prototype du char de cinquante tonnes
(AMX 50), armé alors d'un canon de 100 mm à V 0 1000 m/s. L'ingénieur militaire de
1 re classe Bodin dirigeait l'équipe de l'AMX qui accompagna le matériel. Les perfor-
mances du char furent plus qu'honorables38, et l'AMX 50 fut systématiquement pré-
senté aux responsables américains et étrangers, mais l'espoir d'une aide américaine
pour sa production ne fut jamais concrétisé.
On rappellera aussi les essais aux États-Unis de matériels étudiés et fabriqués
à l'occasion d'un contrat Maris (MWDP), comme l'ELC ou l'AML, sans parler des
secteurs électronique ou NBC.

Les missions américaines en France

On ne peut rappeler ici toutes les missions en France de responsables et d'ex-


perts américains. Disons qu'à l'occasion de ces missions, qui furent très nombreu-
ses, surtout après 1950, lorsque la coopération prit la forme que nous connaissons
encore aujourd'hui, les matériels français présentés soulevèrent souvent l'intérêt des
visiteurs, ce qui entraîna d'autres présentations, et une mobilisation salutaire des
établissements concernés.

Les missions françaises aux États-Unis

De la même façon, il n'est pas possible de citer toutes les missions de respon-
sables français aux Etats-Unis pendant la période 1945-1975, missions dont le nom-
bre annuel était devenu très grand - mais sans doute bien inférieur au nombre de
missions des responsables des autres pays alliés. On en rappellera seulement quel-
ques-unes, surtout parmi les plus anciennes.
Le ministre de la Défense nationale, M. Pleven, se rendit aux États-Unis le
26 octobre 1950, accompagné du général Blanc, chef d'état-major de l'armée, et des
ingénieurs généraux Salmon, directeur des études et fabrications d'armement, et
Lafargue, chef du Service technique. Une mission à caractère plus technique eut lieu
en même temps : elle comprenait l'ingénieur général Carougeau (artillerie) et les in-
génieurs en chef Combaux (télécommunications), Roland (autochars), Lemaître (gé-
nie) et Jund (défense contre avions). Cette mission permit certainement de mieux
définir la forme de l'aide militaire américaine, compte tenu des besoins et des capa-
cités de l'industrie d'armement terrestre en France ; le prototype de char léger AMX

Quelques années plus tard (vers 1960), les services américains marquèrent leur intérêt
pour l'AMX 13 à tourelle FL 11, un peu plus léger, donc plus facile à transporter par avion.
Cependant, le rapport d'essais critique une puissance de feu faible compte tenu de la
masse totale.
45
qui venait d'arriver aux États-Unis pour une expérimentation approfondie en était un
exemple.
On signalera ensuite la mission conjointe, en septembre-octobre 1953, de
l'IMP Viviez, responsable des études de tourelles au département Auto-chars de la
DEFA, et de l'IMP Bedaux, chef du service des études de l'AMX. Cette mission per-
mit de bien connaître les travaux américains dans cet important secteur, et eut une
influence certaine et durable sur de nombreuses activités en France (armements
divers de la famille AMX 13, automoteurs, chars de 40 et 50 tonnes) ; elle déboucha
sur les projets de tourelles du char standard franco-allemand, qui devint AMX 30 et
Léopard 1 (cf. chapitre 4).
On a déjà évoqué l'importante mission qui, en 1958, donna le départ du pro-
gramme Hawk pour la France.
Au milieu de l'été 1959, les services américains chargés de centraliser les
contrats d'échange d'informations MWDDEA, qui venaient d'entrer en vigueur, invitè-
rent quelques project officers français à se rendre aux États-Unis, dans le cadre des
contrats dont ils avaient la charge. Finalement, la DEFA décida d'envoyer une mis-
sion d'un niveau plus élevé pour visiter l'ensemble des activités d'études de maté-
riels classiques (conventional) de VOrdnance. Cette mission, placée sous la houlette
de l'ingénieur général Molinié (directeur de l'AMX), comprenait le général de Chergé
(directeur de la STA), l'IG Sutterlin (ST/MU), les IMC Marest (ABS), Tellié (MAS) et
Josset (ST/ART, chargé de la centralisation des contrats MWDP et MWDDEA). Tous
les arsenaux classiques furent visités : Frankfort, Picatinny, Watertown, Watervliet,
Springfield, Détroit, Rock Island, et, bien entendu, Aberdeen Proving Ground et le
Pentagone à Washington. Cette mission, du fait de la diversité et de la quantité
d'informations échangées et des fonctions des participants, servit de référence pour
le catalogue des études d'armement terrestre en France pendant plusieurs années.
Ainsi, l'existence du Red Eye américain (missile sol-air à guidage infrarouge porté
par un fantassin) arrêta le programme de la tourelle bitube de 30 mm destinée à la
défense antiaérienne des unités blindées.
En avril 1961, toujours à l'invitation des services américains, qui prenaient
d'ailleurs financièrement à leur charge les frais de la mission à l'intérieur des
États-Unis, fut organisée une mission pour le secteur auto-chars. Elle comprenait
l'IMC Robineau, chef du département Auto-chars, et les IMP Bagneux et Pommellet,
de l'AMX.
Une mission concernant le secteur Mines alla aux États-Unis en octobre 1966,
dans le cadre d'un accord MWDDEA.
Parmi les missions importantes, il faut enfin noter celle du général de Boissieu,
chef d'état-major de l'armée de Terre, en mars 1972.

46
CONCLUSION

À part un certain ralentissement, pour ne pas dire un gel, des relations avec les
États-Unis de 1966 à 196939, qui s'explique par les décisions françaises relatives au
fonctionnement de l'OTAN et surtout par des analyses différentes de la situation au
Vietnam, la coopération entre les deux pays a toujours été marquée :
- pour les Américains, par la volonté d'avoir avec la France des relations meilleures
que celles auxquelles on aurait pu s'attendre compte tenu de notre position parti-
culière à l'OTAN ; la justification en était politique, militaire et technique ;
- pour les Français, par la conscience que les États-Unis représentaient un marché
potentiel et surtout un réservoir de technologies incomparable.
Cette coopération, mutuellement bénéfique, a été un élément positif de la co-
hésion des pays membres de l'Alliance atlantique. Elle traduit une réalité peu
conforme à certaines apparences.

Jusqu'à l'élection à la Maison Blanche du président Nixon, qui avait été vice-président
de 1952 à 1960 (pendant la présidence du général Eisenhower).
47
CHAPITRE 4
LES RELATIONS AVEC
LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D'ALLEMAGNE

À la fin de la guerre, en mai 1945, l'État allemand, ses institutions, son écono-
mie, sont en ruines. L'armée française occupe une partie du territoire de l'Allemagne
-partie constituée de portions prélevées sur les zones américaine et britannique, car
l'URSS s'était prononcée contre l'attribution d'un territoire d'occupation à la France.
La Sarre, détachée en fait de l'Allemagne, est administrée par un haut commissaire
français. Depuis la libération de son territoire, la France a cherché à reconstruire son
industrie et, en priorité, suivant les instructions du gouvernement du général
de Gaulle, ses capacités de fabrication d'armes. Il était donc naturel d'utiliser ce qui
était encore récupérable dans les usines allemandes situées dans la zone occupée
par l'armée française. La 1 re armée (l'armée du général de Lattre de Tassigny) avait
une section technique (la section T), chargée notamment de rendre possible une
utilisation industrielle des ressources disponibles.

Ainsi, dans le secteur des chars, une mission fut envoyée en Allemagne dès le
er
1 juin 1945 ; elle comprenait notamment l'IMC Roland, l'IMP Fischer et l'IMP Molinié
(responsables désormais du secteur auto-char), et elle travailla, en liaison avec la
section T de la 1 r e armée (IMC de Verbigier de Saint-Paul), à un inventaire des maté-
riels et équipements utilisables dans les usines Maybach (moteurs) et ZF (boîtes de
vitesses).
Il en alla certainement de même dans les autres secteurs, comme l'artillerie, le
génie ou les armes et munitions.
On récupéra d'abord les machines-outils prises par les Allemands de 1940
à 1944 ; des documents techniques, ainsi que des machines réquisitionnées, furent
envoyées dans les établissements de la DEFA.

C'est dans ce contexte qu'il faut placer l'arrivée en France de nombreux ingé-
nieurs et techniciens allemands spécialisés dans les activités d'armement. Il est diffi-
cile d'en connaître le nombre exact (quelques centaines probablement), car leurs
statuts étaient très variés, certains étant d'ailleurs des prisonniers de guerre. Le cas
le plus connu concerne l'équipe du professeur Schardin, qui fut le noyau initial du
Laboratoire de recherches de Saint-Louis (devenu en 1958 l'ISL). Mais il faut aussi
citer les équipes venues au laboratoire de Vemon, l'une travaillant sur les moteurs
de chars, l'autre sur les propulseurs de roquettes (devenues plus tard des missiles
guidés). En 1945 fut constitué à Vernon, sous l'autorité du Dr. Maybach et de son
adjoint M. von Kienlin, le groupe M, chargé d'étudier le moteur HL 295 du char de
50 tonnes (HL signifiant Hochleistungf0. En 1950, le LRBA de Vernon (Laboratoire
de recherches balistiques et aérodynamiques) embaucha des techniciens allemands
de la firme Maybach pour l'étude et le montage en France des moteurs prototypes
de char fabriqués par Maybach pour le compte de la DEFA. En 1955, ce groupe M
fut transféré à l'AMX, qui conservait le HL 295, alors que le HL 235 était envoyé à

Des ingénieurs français travaillaient également à Vernon dans ce domaine, et encadraient


souvent les ingénieurs allemands. On peut notamment citer PIM Bedaux.
49
l'ACAA de Limoges et les moteurs diesel à l'ETAS . Dans des conditions sembla-
bles, on obtint le concours de techniciens allemands pour la mise au point de la
boîte ZF du char de 50 tonnes.
De même, l'atelier de fabrication de Mulhouse comprenait une équipe travail-
lant sur les armes portatives (jusqu'au calibre 35 mm) provenant de l'usine Mauser.
Enfin, il faut rappeler que les établissements de l'aéronautique ont également, à
cette période, fait travailler des ingénieurs et des techniciens allemands, dont cer-
tains s'installèrent en France pour une longue période : ce fut le cas à la SNECMA, à
la SNCASE, chez Turbomeca, aussi bien que dans les arsenaux, comme celui de
Châtillon (notamment dans le secteur des engins spéciaux).

La DEFA organisa une mission permanente à Gengenbach, qui se transporta


ultérieurement à Offenburg, en Forêt Noire, puis à Lahr ; dirigée par l'ingénieur mili-
taire en chef Bodard, cette mission coordonnait l'ensemble des opérations d'achat
en Allemagne, ainsi que les missions temporaires auprès de l'industrie allemande
renaissante. Vers 1956, cet organisme de la DEFA, regroupé avec les organismes
semblables des autres directions de l'armement, fut installé à Coblence, auprès des
services du ministère allemand de la défense (BMVtdg), nouvellement constitué.
Cette mission de l'armement (MTA) fut plus tard transférée à Bad Godesberg, près
de Bonn, capitale provisoire de la République fédérale d'Allemagne.
En 1948, après le début de la guerre froide avec l'URSS, les alliés occidentaux
fusionnèrent leurs zones d'occupations (bizone anglo-américaine, puis trizone), in-
troduisirent une réforme monétaire, créant le nouveau DM, et invitèrent les Lànderà
désigner une assemblée constituante ; cette assemblée, qui reçut le nom de Conseil
parlementaire {Bundesraf), adopta le 8 mai 1949 une loi fondamentale qui entra en
vigueur le 23 mai 1949 et joua le rôle de Constitution (provisoire) de la République
fédérale d'Allemagne. Le parlement {Bundestag), élu à l'été 1949, choisit comme
chancelier le Dr. Adenauer. À partir de cette époque, les relations de la France et
des Alliés avec la RFA consacrèrent la souveraineté du nouvel État.
En 1954, la RFA fut admise (ainsi que l'Italie) dans l'Union de l'Europe occi-
dentale (UEO), créée en 1948 (traité de Bruxelles). Puis, en 1955, après les accords
de Paris d'octobre 1954, elle entra dans l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord,
traité signé à Washington le 4 avril 1949. En mars 1956, la RFA, alliée de ses voisins
européens, entra dans le comité créé par les chefs d'états-majors de l'armée de
Terre : FINBEL devint FINABEL (cf. chapitre 6). On peut dire qu'à partir de 1956, la
RFA devint un partenaire privilégié de la France dans le domaine de l'armement.

PREMIERS CONTACTS

En 1955, une grande présentation de matériels (notamment les véhicules blin-


dés de la famille AMX 13 et les prototypes du char de 50 tonnes) fut organisée au
camp de Mailly, à l'intention des nouveaux partenaires allemands. Elle fut suivie, le
lendemain, d'une grande réunion à Paris organisée par le cabinet du ministre de la
Défense nationale. La RFA commanda un échantillonnage de matériels français
(AMX 13, chenillettes Hotchkiss et Hispano, etc.). Cela fit naître l'espoir d'une très
importante commande de matériels AMX 13 - qui avaient commencé la brillante car-
rière internationale que l'on sait. Cette perspective resta pendant plusieurs années
O'usqu'en 1961 au moins) une hypothèse vraisemblable aux yeux des états-majors

Inventaire 244/064 du Centre d'archives de l'armement de Châtellerault.


50
français (notamment en Allemagne et au commandement des forces OTAN en Cen-
tre-Europe), ainsi que dans certains cabinets ministériels. Cette « grande illusion »
ne fut pas sans conséquences sur les lenteurs et les freins de toutes natures ren-
contrées en France pour le lancement du programme du char moyen, qui aurait pu
être le char standard européen et qui devint l'AMX 30.
Le 28 avril 1956, un Mémorandum du gouvernement français concernant la
coopération franco-allemande en matière d'armement fut remis officiellement au
gouvernement de la RFA. Ce document établissait en fait les bases d'une coopéra-
tion déjà jugée importante pour l'avenir de l'Europe. La France se déclarait disposée
à transformer le Laboratoire de recherches de Saint-Louis (LRSL) en Institut franco-
allemand.
Une importante délégation française se rendit à Bonn, via Coblence, pour ren-
contrer, le 30 mai 1956, au ministère allemand de la Défense, les responsables du
secteur char. Elle comprenait l'ingénieur général de 1 re classe Carré (chef du Service
industriel), l'IMC2 Boffocher et M. Deniau (SI/DEFA/2), l'IMP Bedaux (AMX), le colo-
nel Doin et le lieutenant-colonel Bellot (de Pétat-major de l'Armée), accompagnés de
l'IMCI Berger et de M. van Hill (mission d'achat de la DE FA en RFA). Le général
Lavaud vint en hélicoptère, le 31 mai, pour entendre les conclusions de cette ré-
union, jugée très importante. Il s'agissait surtout de savoir comment les matériels de
la famille AMX 13 pourraient satisfaire les besoins allemands en matière de véhicu-
les blindés.
Pour y voir plus clair dans les intentions allemandes, l'ingénieur général Moli-
nié, directeur de l'AMX et inspirateur de la politique française des études de chars,
prit son bâton de pèlerin et, en novembre 1956, rendit visite au chef du bureau auto-
chars du BMVtdg à Bonn, le colonel Schanze. Il comprit que les services allemands
désiraient en premier lieu un char moyen, capable de rivaliser avec le T 54 soviéti-
que et plus moderne que le M 47 américain. Ils désiraient ensuite une gamme variée
de véhicules de combat d'infanterie, destinés à leurs unités de Panzergrenadiere. Un
document précisant les spécifications du futur char standard (Forderungen fur den
Standard-Panzer) fut remis à l'IG Molinié. Le colonel Schanze, accompagné du colo-
nel Lueder, vint à l'AMX le 14 décembre 1956 pour s'informer des études françaises
relatives aux chars de 25, 40 et 50 tonnes et des possibilités de réalisation du char
standard (30 tonnes).
En janvier 1957, M. Strauss, ministre de la Défense de la RFA, se rendit, après
une courte visite à l'AMX, à Colomb-Béchar, où il fut reçu par son homologue fran-
çais, M. Bourgès-Maunoury. C'est là que fut signé un accord de coopération d'ar-
mement (le premier protocole), daté du 17 janvier 1957, qui prévoyait le lancement
d'études communes dans le cadre d'un programme d'armement européen. Il souli-
gnait en particulier l'intérêt des deux pays pour un char moyen, comme indiqué dans
l'annexe au protocole Suggestions d'accords particuliers à soumettre au Comité mi-
litaire (voir annexe IV. 1). La première réunion du Comité militaire franco-allemand
prévu par ce protocole eut lieu à Bonn le 11 février 1957.
Un autre protocole fut signé le 6 juin 1957 entre les représentants militaires de
la République française et les représentants militaires de la République fédérale
d'Allemagne (le général Ely et le général Heusinger). On trouvera en annexe IV.2 la
liste des armements terrestres à développer incluse dans ce protocole.

51

I
LE CHAR STANDARD FRANCO-ALLEMAND

Les accords de Colomb-Béchar permirent aux services des deux pays d'orga-
niser des réunions d'experts. Ainsi, pour les chars, fut constitué un groupe spécialisé
(le groupe A), qui entreprit de rédiger des spécifications communes, techniques et
militaires, pour la réalisation en commun d'un char moyen.
La première réunion du groupe A eut lieu à Bonn (dans les premiers bâtiments
du BMVtdg, installés sur le plateau de la Hardthôhe) le 12 février 1957. Les discus-
sions suivantes eurent lieu à Paris (Saint-Cloud et Satory) le 27 mars 1957, puis à
Bonn le 12 juillet. Elles aboutirent assez vite à un accord sur les caractéristiques du
nouveau char à développer, conforme pour l'essentiel à l'accord FINABEL3A5
adopté peu avant par les états-majors des alliés européens (fiche 53 EMA/ARMET/F
du 10 février 957).

Les problèmes de l'organisation industrielle et du financement du programme fi-


rent apparaître de premières difficultés, et assez vite de graves divergences. Les
services allemands tenaient beaucoup à une compétition entre différentes solutions
techniques et entre les industriels compétents ; ils demandèrent à la DEFA quels
étaient les industriels français qualifiés pour participer à l'étude et à la fabrication
d'un char moyen. Il leur fut répondu que ces industriels étaient déjà engagés dans le
projet DEFA/AMX, qui comportait des composants de conception allemande. Les
services allemands confièrent alors à deux groupements industriels allemands le
développement de deux projets de chars moyens, appelés char I A et char I B, et
cette décision fut communiquée aux services français à la fin de l'année 1957. Un
expert français, NMC Cahuzac, fut désigné d'un commun accord pour participer à
l'examen des projets allemands.
Le ministère allemand de la Défense avait accepté de participer au finance-
ment du projet de char DEFA/AMX, qui avait servi de base à la mise au net des spé-
cifications techniques, en tenant compte des études effectuées en France et aux
États-Unis depuis 1945. Un contrat fut élaboré, avec l'accord du cabinet du ministre
français de la Défense nationale, pour l'étude et la réalisation de deux prototypes de
char. Le budget français ne prévoyait aucun financement pour ce programme, qui ne
répondait pas à un besoin officiel en France. Néanmoins, comme cela fut précisé
dans le préambule de l'accord, les dépenses faites antérieurement par la France en
corrélation directe avec les études préliminaires d'un char de trente tonnes (dépen-
ses estimées à 1200 millions d'anciens francs au moins) étaient considérées comme
une prestation préliminaire permettant d'entreprendre en commun le développement
prévu au contrat. Deux prototypes du char standard DEFA de 30 tonnes et une ma-
quette en bois, plus quelques ensembles de rechange, devaient être construits dans
un délai de deux ans. Les frais seraient remboursés par le côté allemand, dans la
limite de 6 millions de DM. Les essais devaient être effectués en commun, et les
frais de ces essais partagés par moitié. Ce contrat fut signé à Bonn le 27 octobre
1958 par le ministre fédéral pour la Défense pour l'Allemagne et, au nom du ministre
des Armées, par l'attaché militaire de l'ambassade de France (voir annexe IV.4).

Au début de 1958, le groupe A (chars) du comité franco-allemand devint,


comme tous les autres groupes, un groupe tripartite avec l'Italie (cf. chapitre 6), et
les Italiens, qui ne participaient pas directement à la réalisation des prototypes, fu-
rent des partenaires intéressés et compétents, auxquels revint tout naturellement la
présidence de la commission d'essais. Les réunions du groupe A avaient lieu alter-
52
nativement dans chacun des trois pays. La délégation française était conduite par
l'ingénieur général Molinié et comprenait le colonel Arkwright (remplacé en 1960 par
le colonel Journès), chef du groupement auto-chars de la Section technique de l'ar-
mée (STA), l'IMP Robineau, chef du département Auto-chars du Service technique
de la DEFA, et, selon les cas, d'autres experts, ainsi qu'un représentant de la mis-
sion technique à Coblence. La délégation allemande était conduite par le colonel
Schanze (remplacé en 1960 par le général Braunig), chef du bureau T III (auto-
chars) de la division T (Technik) du ministère fédéral de la Défense (BMVtdg). Elle
comprenait un officier du Truppenamt, ainsi que des officiers des bureaux chars
(T 111-1 et T III-2), comme le lieutenant-colonel Icken ou le lieutenant-colonel Willi-
kens. Elle comprenait aussi, car elle était la seule à pouvoir le faire à cette époque,
un interprète de très haut niveau, M. Benz. La délégation italienne était conduite par
le général Garbari, inspecteur général de la motorisation, et comprenait un officier de
l'état-major de l'Armée (le lieutenant-colonel Galleni) et un officier de l'inspection de
la cavalerie (le lieutenant-colonel Delli Colli).

À la fin de 1957, on pouvait penser que les deux pays adopteraient le même
char, car les divergences étaient plutôt secondaires sur le plan technique. Ainsi, le
canon de 105 mm, tirant à une vitesse initiale de 1000 m/s l'obus à charge creuse
non tournante (l'obus G, du nom de son inventeur, un ingénieur allemand, obus pa-
tiemment mis au point au laboratoire de Saint-Louis et à Bourges) avait reçu l'accord
des spécialistes allemands (dont le colonel von Uslar, chef du bureau artillerie au
BMVtdg) au cours de la réunion du groupe A à Bourges les 5, 6 et
7 novembre 1957 ; les tracés de ce canon (le D 1507) étaient utilisés pour les études
de tourelles en Allemagne depuis l'origine du programme.
Au cours de l'année 1958, une exigence nouvelle apparut : le caractère poly-
carburant du moteur. Il faut rappeler qu'à cette époque, et depuis la fin de la guerre,
le seul carburant disponible en Occident pour les véhicules militaires (y compris les
chars) était l'essence à haut indice d'octane, d'ailleurs normalisée par l'OTAN selon
des spécifications américaines ; les gasoils, réservés à quelques usages spéciaux,
avaient des points de figeage de -18 °C au mieux, donc étaient incompatibles avec
les températures de fonctionnement définies par le Stanag OTAN 2810 (de - 40 °C à
+ 50 °C). Tous les moteurs de véhicules militaires occidentaux étaient donc des
moteurs à allumage commandé. Pour utiliser des moteurs diesel, il fallait que ceux-ci
puissent fonctionner de façon convenable avec de l'essence ou des mélanges de
carburants à faible indice de cétane. Les progrès techniques dans la maîtrise de la
combustion et dans la fiabilité des injecteurs laissaient espérer que l'on disposerait,
à terme, de tels moteurs. Les projets allemands s'orientèrent donc vers l'emploi du
moteur diesel proposé par la firme Daimler-Benz, au lieu du moteur à allumage
commandé Maybach HL 295 (mis au point en France et utilisé sur le char de
50 tonnes).
Du coté français, on remplaça le moteur Maybach par un moteur nettement
plus léger, le SOFAM douze cylindres, mis au point pour le char de 25 tonnes et
pour l'obusier automoteur de 155; ce moteur équipait les prototypes du char
AMX 30 (procès-verbal de la réunion du groupe A à Satory, les 4 et 5 décembre
1958).
Une divergence, plus importante encore par ses conséquences, apparut
en 1959 à propos du canon. Au cours d'une réunion du groupe A à Rome, le
8 avril 1959, la délégation allemande annonça qu'elle avait passé commande de ca-

53
nons de 105 britanniques pour des essais sur des prototypes allemands. Au cours
de la même réunion, les services allemands invitèrent les Français à participer, les
21 et 22 avril 1959, à une présentation des travaux réalisés en RFA par les deux
groupes d'industriels (groupe A et groupe B), en précisant qu'une délégation britan-
nique assisterait à cette présentation43. Des réunions furent alors organisées pour
présenter également les travaux réalisés en France. Des tirs comparatifs furent ef-
fectués à Bourges (ETBS)44. Au cours d'une réunion à Satory, le 20 avril 1959, des
maquettes en bois furent présentées et la discussion s'orienta vers les études de
moteurs polycarburants et les mérites respectifs des différentes méthodes de ré-
glage du tir (mitrailleuse auxiliaire ou télémètre). Puis les trois délégations se rendi-
rent, par le TEE, à Dûsseldorf. Au cours de la présentation des travaux, qui eut lieu
dans les locaux de la firme Rheinsthal, le colonel von Uslar annonça que, sur les
quatre prototypes allemands, trois seraient équipés du canon de 105 mm Rheinme-
tal (en cours d'étude) et le quatrième du canon de 105 mm proposé par les Britanni-
ques (le canon du char Centurion, tirant les munitions APDS et Squash-Head). En
fait, d'après l'exposé du Dr. Bode, de la firme Wegman, l'étude de cette quatrième
solution avait commencé quelques semaines seulement avant la réunion.
Au cours de la réunion du groupe A tripartite (donc avec l'Italie) à Caserta (Ita-
lie), les 16 et 17 novembre 1960, le général Braunig, qui avait succédé au général
Schanze à la tête de la délégation allemande, expliqua que l'on avait vérifié, grâce à
un montage expérimental sur une tourelle Wegman, que le tir était possible avec le
canon anglais (donc sans frein de bouche), et que la construction de deux prototy-
pes de tourelle avec canon anglais avait été décidée ; les essais de ces prototypes
devaient être terminés en juillet 1961.
Quelques jours plus tard, le 24 novembre 1960, avait lieu à Bonn une réunion
des ministres. M. Strauss annonça à M. Messmer que les États-Unis avaient adopté
le canon anglais45 et qu'il serait opportun que la France et la RFA fissent le même
choix pour le futur char standard.

La réunion suivante du groupe A eut lieu à l'Erprobungstelle de Trêves, le


3 février 1961. La délégation allemande annonça son intention de lancer, sans plus
tarder, la fabrication d'une deuxième génération de prototypes (vingt-six chars
type II A et six chars type MB).
Les essais (dits préliminaires), organisés par la commission d'essais tripartite
du groupe A, eurent lieu, selon le programme élaboré en commun (et approuvé le
20 mars 1960), en France (Bourges et Satory) pour le prototype DEFA/AMX n°1, du
20 au 24 février 1961, et en RFA (Meppen/Ems) pour le prototype I A, du 1 e r au
9 mars 1961.

Le canon L7 A1, qui avait une chambre dont le volume était identique à celui du canon
américain ; la rayure du tube anglais était adaptée au tir de munitions sous-calibrées APDS
(Armor Piercing Discarding Sabot).
Comme la délégation française eut la surprise de le constater, cette présentation avait en
fait été organisée dans le cadre d'un accord germano-britannique (groupe de travail n° 8
« blindés »).
44
Les résultats furent les suivants : pour le Centurion avec munition APDS, portée utile de
combat (PUC) de 1600 mètres environ, mais dispersion supérieure ou égale à 2 millièmes et
perforation de la cible OTAN 120 mm à 65 ° jusqu'à 1000 yards seulement.
45
L'annonce de cette adoption (devenue effective par la suite) était alors quelque peu pré-
maturée.
54
Le groupe A fut réuni dès le 10 avril 1961 à Bonn pour examiner les résultats
de ces essais et faire des propositions pour la suite de la coopération46. Le colonel
italien Fiandini, qui présidait la commission d'essais, en présentant le rapport de
cette commission, expliqua que le prototype allemand avait eu des incidents techni-
ques empêchant de terminer les essais et qu'il convenait de refaire les essais de
ce prototype I A.
Quant aux essais de perforation des blindages, ni l'obus APDS ni le
Squash-Head ne perforaient la cible OTAN inclinée à 64° 20, placée à une distance
de 1000 ou 2000 mètres, ce qui était demandé par les spécifications et réalisé par
l'obus G du prototype DEFA/AMX. La réunion, à partir de ces résultats, s'orienta vers
des discussions techniques pour savoir quelles solutions seraient à retenir pour les
prototypes de deuxième génération, prélude à une présérie.
Le Dr. Fischer, chef de la division T (Technik) au ministère fédéral de la Dé-
fense, vint, après le déjeuner, prendre en main la réunion et lui donner l'aspect poli-
tique qu'il souhaitait. Il fit référence à un échange de lettres entre M. Messmer et
M. Strauss et à la nécessité de préparer leur prochain entretien, rappela la volonté
allemande d'aller vite et de s'engager immédiatement sur une présérie, en pensant
déjà à la suite, expliqua qu'il était temps de parler d'accords de production « sans
avoir peur de parler de pourcentages », et, « pour accélérer le débat, sans chercher
à être courtois », présenta les choix proposés par la RFA sur les points essentiels :
- moteur : le moteur polycarburant Daimler-Benz ;
- canon : le canon anglais, « bien que les résultats du canon français aient été très
bons » ; pour les munitions, une standardisation serait nécessaire ;
- châssis : le prototype A amélioré.
L'ingénieur général Molinié répondit « avec sourire et franchise », en deman-
dant quels étaient les éléments français préconisés, sans obtenir de réponse autre
que le souhait d'avoir des tourelles interchangeables. Le Dr. Fischer quitta alors la
réunion. On se sépara ensuite très vite, après avoir convenu de deux réunions d'ex-
perts (le 24 avril à Satory et le 8 mai à Brunswick, au bureau d'études Porsche) pour
étudier les conditions d'interchangeabilité des tourelles. Le Dr. Fischer revint à la fin
de la réunion, pour dire sa déception de ne pas pouvoir proposer aux ministres une
solution commune ou une « déclaration technique commune »48.

M. Strauss proposa d'ailleurs à M. Messmer, au cours de leur réunion du


16 mai 1961 à Paris, que la RFA adopte l'hélicoptère français Frelon et la France le
char allemand. Cette proposition fut jugée acceptable, car il n'y avait pas de besoin

En fait, la réunion avait été avancée à la demande du ministre allemand, M. Strauss, pour
préparer une prochaine rencontre avec M. Messmer, ministre français des Armées.
47
Parmi ces incidents, le plus grave concernait les galets de roulement, qui n'avaient pas
résisté à l'épreuve de déplacement sur route (le 7 mars), après avoir été remplacés la veille
au cours de l'épreuve en tout terrain. Le moteur Daimler-Benz MB 837 (huit cylindres diesel)
n'avait pas non plus l'endurance demandée, et son remplacement par le MB 838 (dix cylin-
dres polycarburant) était jugé nécessaire ; mais, pour des raisons d'encombrement, il ne
pourrait être effectué que sur les prototypes de deuxième génération (appelés II A). Le pro-
totype I B ne put participer aux démonstrations prévues le 8 mars, suite à un accident de
moteur et de boîte de vitesses.
48
D'après les notes manuscrites Verbatim prises en séance par l'IMP Robineau (notes iné-
dites). Voir aussi le rapport particulier fait par l'ingénieur général Molinié au délégué ministé-
riel pour l'armement (SHAT, carton 15 T 221 ).
55
français de chars dans l'immédiat . Cependant, M. Messmer, en signant la décision
2 233 DMA/CAB du 9 juin 1961, engagea le processus de lancement d'une présérie
de sept chars moyens français50.
Les réunions d'experts eurent lieu comme prévu51, mais ne débouchèrent sur
rien - sinon un rapport ; on constata que tourelle et châssis formaient un tout - le
char- et que le choix du canon avait une influence définitive sur le dessin de la tou-
relle ; les choix fondamentaux faits pour le châssis (moteur, largeur52, etc.) rendaient
illusoire l'utilisation par un pays des composants développés par l'autre. Après l'in-
terchangeabilité des tourelles, on parla de celle des canons, puis de celle des muni-
tions53, mais sans résultat54.

La RFA lança la fabrication de vingt-six prototypes II A, ainsi qu'une présérie de


cinquante. La France lança (en août 1961) la fabrication d'une présérie de sept
chars DEFA/AMX, sur la base du prototype n° 1, ainsi que le développement d'un
moteur polycarburant Hispano de 720 chevaux pouvant remplacer le moteur
SOFAM. De la coopération, on était passé à la compétition, car on prévoyait, dans le
cadre du groupe A tripartite, des essais comparatifs à partir d'octobre 1962.
En fait, la position allemande avait déjà été exprimée au cours de la réunion du
groupe A à Caserta, le 17 novembre 1960. Le général Braunig avait alors expliqué
que, pour satisfaire ses besoins urgents et malgré l'achat de chars M 48 A2 améri-
cains, la RFA envisageait la fabrication de « douze prototypes de chars standards
2e type (six chars II A et six chars II B) en même temps que d'une vingtaine de chars
2 e type pour des essais tactiques dans les unités ». Il avait ajouté que la RFA pré-
voyait la fabrication à court terme « de cent cinquante chars standards groupe A, en
attendant une décision tripartite qui ne sera d'ailleurs en rien influencée du côté al-
lemand par cette première fabrication uniquement destinée à satisfaire des besoins
urgents » {sic : voir annexe IV.5).
Chacun des deux pays fabriqua donc les chars, qui furent les premiers Léo-
pard 1 et les premiers AMX 30, pendant que la commission chargée des essais
comparatifs préparait son travail (réunion du groupe A à Meppen les 3 et
4 juillet 1962).
En attendant les essais officiels, il y eut quelques présentations à grand spec-
tacle, comme celle organisée à Munsterlager le 15 janvier 1963, devant plus de cent
cinquante officiers (dont trente-deux généraux) des pays de l'OTAN. La France y
était représentée notamment par le général de Menditte, inspecteur de l'arme blin-
dée-cavalerie, et par l'ingénieur général Rivais.

Cette position résultait des décisions prises au cours du Conseil de défense du


18 septembre 1960.
50
Cette décision portait également sur une commande supplémentaire de camionnettes
Daimler-Benz Unimog.
51
Le 24 avril 1961 à Satory, le 25 mai 1961 à Hanovre, le 2 novembre 1961 à Satory, le
27 novembre 1961 à Satory, les 4 et 5 janvier 1962 à Satory, le 26 février 1962 à Coblence,
les 19, 20 et 21 mars 1962 à Satory, les 3 et 4 juillet 1962 à Meppen.
52
La largeur du char allemand était passée de 3,10 m (spécification FINABEL) à 3,25 m.
53
L'utilisation de la munition américaine M 456 dans le canon français fut sérieusement étu-
diée par la DEFA.
54
Le général Grosgeorge, représentant français à la commission 4 tripartite, reçut, à sa de-
mande, le colonel Willikens, pour tenter de trouver une position commune présentable au
groupe OTAN AC/174. Assistaient à cette réunion les colonels Kôster et Freygang, du côté
allemand, et, du côté français, le colonel Gien et les IC Bodin, Robineau, Legrand.
56
La commission des essais, qui avait déjà eu la tâche de mettre sur pied les es-
sais préliminaires de février-mars 1961, était présidée par le colonel Fiandini (Italie).
La délégation allemande était menée par le lieutenant-colonel Wuste, la délégation
française par le colonel Journès (chef du groupement Auto-chars à la Section tech-
nique de l'Armée) et la délégation italienne par le lieutenant-colonel Nasca. Cette
commission fit un travail remarquable (notamment au cours de la réunion à Châ-
lons-sur-Marne du 24 au 30 mai 1963). Une expérimentation très complète d'un pe-
loton de chars de présérie eut lieu au camp de Mailly, en Champagne, du
15 septembre au 16 octobre 196355. Les équipes qui y participèrent (avec ardeur)
purent montrer aux états-majors (et à quelques observateurs de certains pays al-
liés56) que le Léopard 1 et l'AMX 30 étaient, l'un et l'autre, des chars bien conçus et
que leur mise au point était suffisante pour une fabrication en série. La rédaction du
Rapport d'expérimentation tactique et technique des chars standards, longue et la-
borieuse, ne fut terminée que le 17 novembre 1965. Depuis longtemps, on ne pou-
vait plus croire à une coopération sur ce programme. Il n'y eut donc pas de char
standard européen, comme l'avaient désiré ardemment les promoteurs de cette
idée : l'ingénieur général Molinié et le général Schanze.
Comme l'avait dit le Dr. Fischer au cours de la réunion du 10 avril 1961 à
Bonn : « Nous avons négligé l'amour propre national». On peut rappeler qu'après le
char standard franco-allemand des années 1960, la RFA entreprit le programme
MBT 70 (Main Battle Tank) avec les États-Unis, puis le programme MBT 80 avec les
Britanniques, puis le char 90 avec les Français.
La coopération franco-allemande avait heureusement d'autres perspectives.

LA CRÉATION DE L'INSTITUT FRANCO-ALLEMAND DE SAINT-LOUIS

On a vu que la DEFA avait créé, dès 1945, à Saint-Louis (Haut-Rhin), un éta-


blissement de recherches, dans lequel travaillaient une majorité de chercheurs alle-
mands. Cet établissement, sous le nom de Laboratoire de recherches de
Saint-Louis, fut dirigé par l'ingénieur en chef Cassagnou, à partir du
1 e r novembre 1945, et cet éminent ingénieur resta à sa tête pendant vingt ans, c'est-
à-dire bien après le changement de statut de l'établissement.
Beaucoup d'ingénieurs des fabrications d'armement travaillèrent aussi au
LRSL, entre 1945 et 1958, avant de poursuivre leur carrière dans d'autres établis-
sements (le plus souvent dans le secteur des études). On citera seulement deux
grands programmes dont l'origine est à Saint-Louis : l'obus G (à charge creuse non
tournante) et l'ENTAC (missile guidé antichar), programmes qui marquèrent l'arme-
ment terrestre français des années 1950 et 1960.
C'est le 31 mars 1958 que fut signé un traité créant, à partir du LRSL, l'Institut
franco-allemand de Saint-Louis (ISL). On trouvera dans le volume 3-2 du ComHArT,

Le Dr. Fischer, par sa lettre du 29 août 1963 au général Lavaud, craignant que les essais
de Mailly n'entraînent des articles tendancieux dans la presse allemande (ce qui avait déjà
eu lieu, à son grand regret), suggérait une grande prudence dans les relations avec les jour-
nalistes. La réponse française du 4 septembre 1963 allait dans le même sens.
56
Trois officiers belges et trois officiers néerlandais ; la présence de trois officiers de
WSArmy stationnée en RFA avait été refusée (note 19584 /DMA/DEV/B 1 du 2 octobre). Il
faut rappeler qu'à cette époque, le programme de char moyen germano-américain (MBT 70)
était en cours de lancement.
57
Centres de Recherches - Les autres centres de recherche, par l'ingénieur général
Fayolle, l'histoire de cet établissement57. Il fallait rappeler ici son originalité.

LES AUTRES PROGRAMMES

L'achat par la RFA de matériels français

On a vu que, dès 1955, les services allemands avaient passé commande de


quelques véhicules blindés de la famille AMX 13, de quelques obusiers de 105 et de
155 tractés58. La même année, ils manifestèrent leur intérêt pour la chenillette Hot-
chkiss. Cette chenillette avait été étudiée, sur des crédits du budget français, dans
différentes versions (transport de personnels, cargo, etc.) et avait même été officiel-
lement homologuée en 1952 dans la version cargo (une tonne de charge utile),
après des essais de la STA (dont des essais au camp du Kreider). Une présérie de
100 chenillettes avait été commandée en 195359. La RFA passa à Hotchkiss (deve-
nu ensuite Hotchkiss-Brandt), en 1956, une commande de 2 000 chenillettes, dont
400 en version cargo. Les premières livraisons de cette très importante commande
eurent lieu en avril 1958, et cette activité se prolongea jusqu'en 1966. À cette occa-
sion, la RFA installa en France, auprès de son ambassade à Paris, et dans le cadre
des dispositions prévues par l'OTAN dans des cas semblables, une petite cellule
chargée d'assurer la surveillance de la qualité de la fabrication et de réceptionner les
matériels. Les chenillettes Hotchkiss furent utilisées longtemps par la Bundeswehr
(et parfois modernisées, par exemple pour l'observation d'artillerie).
En avril 1961, la RFA acheta 50 missiles antichars ENTAC. Les résultats des
tirs effectués en Allemagne furent très bons ; néanmoins, il n'y eut pas de suite (en
raison sans doute de l'existence du missile Cobra de Bôlkow).

La réparations de véhicules blindés pour la RFA en France

En 1962, la RFA passa des contrats avec la DEFA pour la réparation indus-
trielle (au niveau 5e échelon) de chars Patton M 47 et d'obusiers M 7 B2. La recons-
truction de ces matériels d'origine américaine fut réalisée respectivement à TARE
(qui avait une chaîne de reconstruction de M 47 pour la France) et à l'ABS60. Ces
contrats durèrent jusqu'en 1966.
On peut également placer dans cette rubrique la fourniture de blindages à la
RFA par la société CAFL en 1963, avec parfois l'intervention d'experts de la DEFA
(IPETA Guichaoua) pour les recettes.

Voir aussi, en annexe IV-3, le texte de la conférence donnée le 20 mars 1992 à la Sor-
bonne par l'IGA Marest.
58
On signalera, parmi les échantillons livrés en RFA : cinq VTT AMX 13 en 1958 ; six obu-
siers de 105 à casemate fixe AMX 13, deux VTT et un AMX 13 de dépannage, et six EBR
en 1959 ; onze artilleries de 90 mm (neuf D 915 et deux D 914) pour véhicules blindés et les
munitions correspondantes (obus G et empennés au calibre) en 1960.
59
La commande fut ensuite retardée à la suite de problèmes techniques sur les blindages
(des fissures), résolus par une augmentation d'épaisseur, et donc de masse acceptable par
les éléments mécaniques ; puis la commande fut annulée en 1956.
60
Cette activité entraîna des missions d'après-vente en RFA, par exemple celle de
MM. Sautereau et Pottelune, de l'ABS, à Augustdorf (près de Hanovre) du 9 au
10 décembre 1962, pour vérification des artilleries réparées.
58
L'achat par la France de matériels allemands

Il porta sur les engins Gillois et sur les camionnettes Unimog.


Il peut paraître curieux que les engins Gillois soient mentionnés dans ce chapi-
tre, lorsque l'on sait que le futur général Gillois exposa ses idées au sujet des maté-
riels de franchissement du génie dès février 1945, puis les développa dans d'autres
rapports les années suivantes. C'est que le commandant Gillois, affecté aux forces
françaises en Allemagne (FFA) en 1951, put conclure avec la société Eisenwerke
Kaiserslautern (EWK) un contrat pour l'établissement des tracés et la fabrication de
prototypes. Le brevet d'invention du 20 avril 1956 cite Gillois comme co-inventeur61
avec EWK. Un autre brevet intervint en juin 1957.
Les prototypes furent expérimentés par la STA en 1958, et l'état-major de l'Ar-
mée adopta le 9 avril 1960 les matériels suivants : engin pont amphibie automoteur
Gillois, bac amphibie automoteur Gillois et engin poseur de rampes Gillois.
Une 2e génération de matériels Gillois apparut en 1965, mais, entre-temps, la
fabrication en France des matériels Gillois avait été réclamée par le ministère des
Finances, pour ne pas utiliser de devises. Les DM avec lesquels les matériels
avaient été achetés depuis l'origine provenaient des crédits particuliers dont dispo-
saient les FFA (en DM, provenant du gouvernement allemand pour les achats en
Allemagne). La fabrication en RFA fut maintenue en 1957, mais on cherchait d'au-
tres solutions. Une société à responsabilité limitée (SARL) de droit français, appelée
Pontesa, fut constituée entre EWK et de Dietrich à partir de 1959 pour recevoir les
marchés du ministère français des Armées. Puis la francisation de certains compo-
sants fut proposée, et les travaux confiés par la DMA à l'arsenal de Lorient.

En 1953, la STA (alors dirigée par le général Lavaud) entreprit les essais d'une
camionnette de 1 000 à 1 200 kg de charge utile, nommée Unimog, proposée par la
firme Daimler-Benz - essais limités réalisés pour comparer ce véhicule avec les ca-
mionnettes Latil et Hotchkiss. Le rapport d'essais, daté du 7 décembre 1953, n'ap-
portait pas de conclusions définitives : il soulignait seulement les améliorations en-
core nécessaires.
Un an plus tard, les forces françaises d'Allemagne ayant acheté, avec les DM
provenant du gouvernement allemand, des camionnettes Unimog S de 1 500 kg de
charge utile, présentant de nombreuses améliorations par rapport à celle essayée
en 1953, une nouvelle expérimentation fut demandée à la STA (note
5579 EMA/ARMET du 29 mai 1955). Cette expérimentation fut menée en 1956
et 1957 et examina - problème supplémentaire - les possibilités de traction de
l'obusier de 105 HM 2. Le rapport d'essais n°9246/STA/S1 du 2 décembre 1957
conclut que l'Unimog était techniquement la meilleure camionnette de cette catégo-
rie, mais que, suivant l'urgence du besoin, l'acquisition pourrait se faire par plusieurs
méthodes, comprenant une fabrication totale ou partielle en France.
Une autre expérimentation fut entreprise, de 1957 à 1960, pour apprécier les
possibilités d'utilisation au Sahara, et, à l'issue de cette évaluation, l'Unimog fut
adoptée (note 1881 EMA/ARMET du 30 mai 1960), sous le nom de « camionnette
4x4 Mercedes-Unimog type 404-114». Puis, le ministre, par décret ministériel
n°10900 EMGA/BT du 9 juin 1960, donna son accord pour l'achat de 1 100 Unimog
au titre des FFA.

La commission des inventions fixa ensuite le taux de dépendance de ce brevet à 50 %.


59
Une certaine « francisation » avait été recherchée, par le montage d'un moteur
Renault-Étendard; mais le procès-verbal d'essais AMX767 du 30 mai 1957 était
très réservé sur la valeur technique de cette opération.
La DEFA rencontra de nombreux problèmes administratifs à l'occasion des
marchés pour l'achat de ces véhicules, qui, finalement, restèrent en service pendant
bien des années, au cours desquelles ils bénéficièrent de plusieurs améliorations
(pneumatiques, radio, etc.).

Une coopération embryonnaire

Comme on l'a vu, les accords de Colomb-Béchar (17 janvier 1957) ne se limi-
taient pas au programme du char standard (engin blindé moyen), et prévoyaient ex-
plicitement une coopération dans d'autres domaines (matériels de DCA, protection
ABC, systèmes antichars, télécommunications), qui donnèrent lieu à des réunions
dès les premiers mois de 1957. Les services français invitèrent leurs homologues
allemands à assister à des présentations de prototypes.
On peut notamment signaler une présentation de canons et de munitions de
chars à Bourges, le 9 juillet 1957, devant de hautes personnalités militaires des deux
pays, dont l'ingénieur général Carougeau, directeur des études et fabrications d'ar-
mement (et de longue date spécialiste mondialement connu des matériels d'artille-
rie). La grande précision montrée ce jour-là par le projectile empenné « au calibre »
développé à TARE62 entraîna la décision de retenir cet armement pour les blindés
légers (cf. chapitre 7).

DE NOUVELLES IMPULSIONS

Le 22 janvier 1963 est un jour historique pour l'Europe et, a fortiori, pour la
France et l'Allemagne. En effet, ce jour-là, fut signé à Paris, par le général de Gaulle
et le chancelier Adenauer, le traité de coopération entre la République française et la
République fédérale d'Allemagne, souvent appelé « traité de l'amitié franco-
allemande » ou traité de l'Elysée. Une déclaration commune était annexée au traité
(voir annexe IV.6). C'était la reconnaissance officielle du fait que la RFA devait être
le partenaire privilégié de la France - mais (comme le précisait le préambule ajouté
à l'unanimité par le Bundestag au moment de la ratification) « dans le cadre des en-
gagements souscrits par la RFA dans les accords européens et le Pacte atlanti-
que». La volonté politique de coopération, toujours nécessaire en matière d'arme-
ment, était désormais confirmée et solennellement consacrée. Elle justifiait les initia-
tives antérieures.

Les missiles antichars de deuxième génération (MILAN et HOT)

Un jour de 1961, dans un bureau de la rue Béranger, à Châtillon, M. Emile


Stauff, directeur des engins spéciaux à Nord-Aviation, présenta M. Ludwig Bôlkow
au président de cette société nationale, qui fit remarquer qu'il ne connaissait pas

62
À l'initiative de l'IMP Arène, qui avait pris la suite de l'IMC Larroumets. Les six projectiles
de 90 mm empennés « au calibre », lancés à V0 700 m/s environ, atteignaient le centre de la
cible, située à 800 mètres, avec une dispersion très faible (H+L inférieure à un mètre). La
dispersion des projectiles de 90 mm à ailettes déployables, étudiés par ST/ART (M. Salaun)
et présentés à cette séance (Vo 600 m/s), fut nettement moins bonne.
60
(encore) la firme Bôlkow et ses réalisations. Cette initiative fut à l'origine d'une des
réussites les plus remarquables de la coopération franco-allemande.
On se souvient que Nord-Aviation avait obtenu de brillants succès avec ses
missiles antichars SS 10, et surtout SS 11. Pour préparer l'avenir, l'étude d'une nou-
velle génération fondée sur des idées techniques prometteuses, comme le guidage
automatique infrarouge63, avait été entreprise. Mais le développement de ces projets
demandait des crédits que le budget français ne pouvait dégager ; ils tenaient d'ail-
leurs compte des réflexions et des recommandations des groupes spécialisés de
l'OTAN (notamment le groupe AC/172). Chercher des partenaires étrangers alliés
semble aujourd'hui naturel, mais, à l'époque, une telle démarche était assez excep-
tionnelle, surtout de la part du leader mondial dans le domaine en cause.
Toujours est-il qu'après quelques mois de préparation intensive (réunions, sé-
minaires, visites réciproques, recherches de sous-traitants possibles, accords de
principe des autorités gouvernementales concernées, etc.), fut conclu, en septem-
bre 1962, entre Nord-Aviation et Bôlkow Entwicklungen KG, un accord de caractère
général sur le principe d'une collaboration en vue de la réalisation d'armes guidées.
Pour l'application, des accords particuliers, sous la forme d'associations de travail,
furent signés pour chaque programme (le MILAN, le HOT et le système antiaérien
Roland, qui commençait à prendre forme).
Ces accords étaient fondés sur deux principes :
- l'égalité des droits et obligations, qui se traduit en particulier par une répartition
égale des tâches, compte non tenu des principaux sous-traitants ;
- le maintien de l'indépendance des deux sociétés, qui n'ont pas de responsabilité
solidaire, mais s'engagent simplement à collaborer.
Le seul organisme commun aux deux sociétés était un comité de coordination.
Des accords analogues furent passés entre les principaux sous-traitants fran-
çais et allemands (SAT et Eltro pour l'optique et l'infrarouge, STRIM et SOB pour les
charges militaires, par exemple).

Parallèlement à cette initiative des industriels, les services du ministère fédéral


de la Défense (sous l'impulsion de M. Hedwig, chef de la division T IV) et de la DEFA
(sous la conduite de l'ingénieur général Joyau, adjoint de l'IG Tayeau), avec le sou-
tien actif de l'état-major de l'armée et de la délégation ministérielle pour l'armement
(département Engins), récemment créée, préparèrent un accord intergouvernemen-
tal pour le MILAN. Cet accord fut signé le 19 mars 1963 par M. Gumbel (par déléga-
tion du Staatssekretàr représentant le ministre fédéral de la Défense), et le
12 avril 1963 par le colonel Levêque (au nom du ministre des Armées). Il prenait ef-
fet au 1 e f janvier 1963 (voir annexe IV.7). Le montant des dépenses prévues était de
40 MF. Dans le même élan, fut préparé et signé le 10 janvier 1964 par le ministre
fédéral de la Défense et le 16 janvier 1964 (pour le ministre des Armées en mission,
et par ordre) par le délégué ministériel pour l'armement (le général Lavaud) l'accord
sur le HOT, accord prenant effet au 1 e r juillet 1963 (voir annexe IV.8) ; le montant
des dépenses prévues pour la phase d'étude était de 30 MF.

Nord-Aviation avait proposé l'étude d'un bazooka guidé (le SS 9), qui avait été retenue par
l'état-major, lequel en avait fixé les caractéristiques militaires le 25 mai 1962. Appelé ensuite
arme légère antichar à fil (ALAF), ce projet fut l'ancêtre du MILAN (Missile léger antichar).
De même, l'origine du HOT (haut subsonique-guidage optique-lancement par tube) se
trouve dans le projet de HSSNA (haut subsonique Nord-Aviation), dont les caractéristiques
militaires avaient été fixées le 10 octobre 1962.
61
Ces accords gouvernementaux tiennent compte de quelques règles simples :
- égalité des droits et obligations, fondée sur le partage par moitié du financement,
et qui entraîne la répartition égale des travaux entre industriels français et alle-
mands ;
- direction conjointe des programmes par les comités de direction.
Les marchés furent passés par la DEFA (Service central des marchés) à la so-
ciété Nord-Aviation, qui se trouvait ainsi désignée, avec l'accord de tous, comme
« premier contractant », à charge pour elle de sous-traiter la moitié des travaux à la
firme Bôlkow.
Cette organisation avait le mérite d'être assez simple, au moins en apparence ;
elle fonctionna d'ailleurs convenablement pendant les premières années.

Le programme Roland

La défense antiaérienne des unités de l'armée de Terre était un point capital


encore mal résolu en 1960 ; de nombreuses réunions avaient lieu à l'OTAN à ce su-
jet, et chacun pressentait que les technologies nouvelles des missiles et de l'électro-
nique allait permettre des progrès significatifs. Pour certains, le Red Eye américain
(missile portable à autodirecteur infrarouge passif) présentait tous les avantages ;
pour d'autres, seuls des systèmes comme le Hawk (cf. chapitre 3) auraient l'effica-
cité nécessaire. Les États-Unis avaient lancé un ambitieux programme (le Mauler)
qui rencontrait, semblait-il, de sérieuses difficultés techniques.
En France, un groupe de travail interarmées sol-air basse altitude avait été créé
(lettre EMGA/BT du 11 mai 1959). On trouvera dans le tome 11 des travaux du
ComHArt (/armements sol-air, par l'ingénieur général Collet-Billon (t) puis l'ingénieur
général Bienvenu) le rappel des activités en France entre 1959 et 1963. Finalement,
les caractéristiques militaires du système d'armes demandé furent établies au début
de 1963.
Des études préliminaires étaient entreprises dans de nombreux pays.
Nord-Aviation en avait effectué plusieurs. Un travail exploratoire lui fut confié par la
DEFA (lettre 0658 RAN/DEFA/D/SABA du 1 er février 1963), sur une demande de
l'état-major de l'armée de Terre transmise par la DMA (24 janvier 1963) pour un
système sol-air basse altitude temps clair (projet SABA)64. Les firmes les plus dyna-
miques, comme la STRIM (dirigée par M. Précoul), précisaient leurs propositions ;
les premiers essais de charges actives avaient ainsi eu lieu à Gramat en octo-
bre 1962.

De son côté, la firme Bôlkow avait développé un projet, le P 250, financé par
les services techniques de la RFA. Industriels et services gouvernementaux des
deux pays cherchèrent naturellement à fusionner ces projets, dont les coûts estimés
apparaissaient trop importants pour chacun. C'était une opération très difficile, car
chacun des deux projets faisait appel, pour les équipements majeurs (radar, télé-
commande, pointages, optique et infrarouge, charges militaires et fusées, etc.) à de
nombreux sous-traitants français (pour le SABA) ou allemands (pour le P 250), les-
quels n'étaient pas tous en mesure de partager le travail avec un coopérant de l'au-
tre pays. En outre, les besoins des états-majors n'étaient pas identiques, même sur
un plan qualitatif. En RFA, on était intéressé seulement par un système utilisable par
presque tous les temps et de nuit, tandis qu'en France, on était surtout intéressé par

Rapport de synthèse 555/DE de Nord-Aviation, en date du 29 juillet 1963 (tomes I à VI).


62
un système utilisable par temps clair, de jour. Cette divergence parfaitement légitime
s'expliquait très bien, par des considérations opérationnelles mais aussi par des
considérations techniques (compte tenu en particulier des possibilités des radars à
cette époque) et surtout de coûts.
Malgré toutes ces difficultés, des compromis furent imaginés. La note
6440 A/DE de novembre 1963 transmettait les Propositions générales pour une
étude de développement en commun par les sociétés Bôlkow et Nord-Aviation. Les
gouvernements allemand et français avaient déjà exprimé l'idée qu'ils étaient prêts à
coopérer (lettre du ministre des Armées au ministre allemand) sur les programmes
antichars (haut subsonique) et SABA temps clair. Un programme fut élaboré de fa-
çon à intéresser les deux pays, tout en ménageant l'avenir. Il s'agissait d'étudier un
système d'armes antiaérien sur véhicule blindé, utilisable par temps clair de jour. Les
recherches nécessaires à l'utilisation de nuit étaient cependant prévues.

La première réunion formelle sur un programme sol-air basse altitude franco-


allemand (préfiguration d'un futur Comité directeur) eut lieu à la DEFA et
Nord-Aviation les 12 et 13 septembre 196365. L'organisation retenue pour les anti-
chars MILAN et HOT fut transposée pour le Roland, aussi bien pour les industriels
(contrats d'association de travail) que pour les services gouvernementaux (Comité
de direction).
Une sous-commission se réunit à Paris le 10 octobre 1963 pour élaborer les
spécifications militaires. Une nouvelle réunion (la seconde du Comité de direction du
futur programme) eut lieu en France, comme la précédente (à Saint-Cloud puis à
Châtillon), les 24 et 25 octobre 196366. Puis une réunion restreinte (le 12 novembre
1963) devait permettre la rédaction d'un projet d'accord entre les gouvernements.
L'accord intergouvernemental pour le programme Roland67 fut signé le
19 octobre 1964 par les deux ministres (MM. Messmer et von Hassel). Le montant
des dépenses pour la phase d'étude était estimé à 72 MF (voir annexe IV.9).

MILAN, HOT, Roland : un bon départ

Au début de 1965, les trois programmes de missiles franco-allemands avaient


donc démarré de façon satisfaisante, et les structures fonctionnaient convenable-
ment. Les personnels commençaient à se connaître ; au moins le croyaient-ils. Les
équipes de projets pouvaient faire état de résultats prometteurs. Il n'y avait aucune
raison de douter. On ne rappellera pas ici en détail l'histoire de chaque pro-

La délégation allemande, menée par M. Hedwig, comprenait le lieutenant-colonel Kublitz,


M. Mùller, les Drs. Pâhler et Eberst, le capitaine Schrôder et M. Hils (interprète). La déléga-
tion française, menée par l'ingénieur général Joyau, comprenaient le colonel Gien et le
commandant du Jeu (EMAT), les IMC Bigeon, Richard, Robelus (DEFA), ainsi que l'IC Morer
et le capitaine de Saint-Mars (DMA/DEN). MM. Stauff et Kuhlo représentaient les industriels.
66
Avec les mêmes participants, plus les IMCT Rombout et Assens ; Mlle Krauss, interprète,
remplaçait M. Hils.
67
Le nom de Roland fut proposé au cours d'une réunion à Paris les 11 et
12 décembre 1963, « en souvenir de la coopération franco-allemande sous le Saint Empire
romain germanique» . Le nom de SABA ne pouvait pas être retenu, car c'était celui d'une
firme allemande.
63
gramme , ni l'aspect technique des matériels, mais il a paru utile de revenir sur
certains événements marquants de la coopération, en essayant de montrer comment
les difficultés ont été surmontées.

Du côté du MILAN, les premiers essais d'un missile lancé à partir d'un poste de
tir prototype (au printemps 1965) mirent en évidence deux problèmes :
- le poids, sensiblement supérieur à ce qui était souhaité pour un matériel portable
destiné à l'infanterie, qui aurait dû pouvoir être tiré « à l'épaule » ;
- la précision du missile au départ, qui conditionnait la prise en charge par la télé-
commande infrarouge.
La répartition du travail avait confié la responsabilité du poste de tir à Bôlkow,
et celle du missile à Nord-Aviation, qui assurait aussi la coordination générale (pour
ne pas employer le mot de maître d'œuvre). Le premier problème concernait donc
principalement Bôlkow, le second principalement Nord-Aviation.
On poursuivit cependant les essais, de façon à pouvoir entreprendre l'industria-
lisation au moment prévu, c'est-à-dire à partir de 1966. Le MILAN prenait forme, et il
fut possible d'organiser, le 30 juin 1966, une démonstration devant le chef
d'état-major de l'armée de Terre et d'autres personnalités importantes, françaises et
allemandes.
L'accord intergouvernemental pour l'industrialisation fut signé par les deux mi-
nistres (MM. Messmer et von Hassel) le 2 mai 1966, pour un montant de 90 MF.
Cette industrialisation fut, comme souvent, l'occasion de modifier sensiblement cer-
tains éléments (comme le générateur de gaz pour la munition ou la batterie thermi-
que), soit pour en améliorer les performances, soit pour permettre une fabrication
plus rationnelle, soit pour se libérer de certains approvisionnements à l'étranger. Le
Comité de direction et ses commissions étaient régulièrement informés de cette
évolution technique (cf. la 21 e réunion du Comité, le 4 octobre 1966), sans avoir les
moyens de l'approuver.
En 1967, l'industrialisation avait suffisamment progressé pour qu'un grand
nombre d'éléments soient « qualifiés », et pour que l'on puisse présenter le MILAN
dans des conditions quasi opérationnelles à des autorités étrangères amies, repré-
sentant les États-Unis, dans le cadre de l'accord MILAN-MAW (cf. chapitre 3), et le
Royaume-Uni, désireux d'acquérir un système antichar moderne (cf. chapitre 5).
En avril 1968, une présentation avec tirs réels fut organisée à Chamonix, et le
Comité directeur (CoDi) se réunit à cette occasion dans les locaux de l'École de
haute montagne. Les tirs (effectués au-dessus du glacier d'Argentières) montrèrent
que, malgré les progrès réalisés, les difficultés techniques n'étaient pas toutes réso-
lues. Beaucoup de travail était encore nécessaire ; malheureusement, les crédits
prévus avaient été dépensés (cf. 28e réunion du CoDi à Ottobrunn du 23 au
25 octobre 1968). Le programme MILAN paraissait compromis.

HOT, système antichar à longue portée (4 200 mètres), puissant, à grande vi-
tesse subsonique, était destiné à l'armement de véhicules blindés ; or la France et la
RFA n'avaient pas les mêmes véhicules. Les premiers montages (sur tourelle FL10
du char AMX 13 en France, sur véhicule Hispano en RFA) obligèrent à étudier des
postes de tir assez différents et à imaginer des composants « modulaires »,

Voir pour cela les tomes 10 et 11 des travaux du ComHArT : Armements antichars, par
Monsieur Stauff (t), puis par Messieurs Guillot et Dubernet, et Armements sol-air, par
l'ingénieur général Collet-Billon (t) puis l'ingénieur général Bienvenu.
64
contrainte qui se révéla très bénéfique par la suite, mais qui retarda quelque peu le
développement. Les travaux nécessaires à ces montages n'entraient pas dans le
programme commun (celui des accords franco-allemands), et furent donc traités
comme des programmes nationaux, avec, bien sûr, des financements séparés. Une
autre difficulté importante, d'ordre technologique, apparut assez vite : les fils de télé-
guidage, déroulés à des vitesses très élevées, résistaient mal aux efforts engendrés
par les fortes accélérations ; le traceur pyrotechnique, nécessaire à la localisation du
missile par la télécommande, émettait des particules solides incandescentes qui
détérioraient le fil de télécommande. Bref, il était impossible d'obtenir la longue por-
tée cherchée et la fiabilité requise. Pour ces raisons, un accord additionnel à l'accord
intergouvememental fut signé le 23 juillet 1966 par le ministre fédéral de la Défense
(M. von Hassel) et le 5 novembre 1966 par le ministre des Armées (M. Messmer)
pour prolonger sa durée et relever de 10 MF le montant des dépenses autorisées.
Un deuxième accord additionnel à l'accord intergouvernemental fut signé le
31 octobre 1967 au nom du ministre des Armées par le délégué ministériel pour
l'armement (le général Fourquet), et le 10 novembre 1967 au nom du ministre fédé-
ral de la Défense par M. Carstens. Cet accord portait sur l'industrialisation du HOT ;
son montant était de 62,4 MF.
Les premiers tirs en télécommande automatique eurent lieu en 1967. C'est
également en 1967 que la DTAT proposa l'utilisation du HOT à partir d'hélicoptères
(par exemple le Lynx WG 13, issu de la coopération avec les Britanniques).
En 1968, on constata que la prise en charge du missile par la télécommande
automatique n'était pas assurée de façon fiable, en raison d'une précision insuffi-
sante du missile au départ du tube (départ à vitesse faible, comme celui d'une ro-
quette). Pour remédier à cet inconvénient majeur, Nord-Aviation proposa une
conception nouvelle du lancement du missile (inspirée de la solution retenue pour le
MILAN, à savoir un générateur de gaz). Bôlkow proposa de son côté une modifica-
tion du guidage initial, par l'utilisation d'un gyroscope perfectionné capable de dé-
tecter les mouvements du missile dès le début du vol. Chacune de ces deux solu-
tions avait des avantages et des inconvénients ; les services allemands appuyaient
la solution proposée par Bôlkow (appelée solution H), tandis que les services fran-
çais avaient une préférence pour la solution proposée par Nord-Aviation (appelée
solution D). C'est en février 1969 que la solution H fut retenue par le CoDi, après
qu'il eut jugé qu'elle entraînait moins de bouleversements dans les montages sur
véhicules déjà réalisés (et notamment sur le véhicule allemand SPz), tout en ouvrant
des perspectives prometteuses pour l'utilisation à partir d'hélicoptères, une voie nou-
velle qui posait des problèmes encore mal explorés.
Le programme prenait un nouveau départ, mais les résultats des phases anté-
rieures restaient utilisables.

Enfin, on a vu que l'accord franco-allemand du 19 octobre 1964 sur le Roland


concernait un système temps clair de jour, qui ne répondait pas entièrement aux be-
soins allemands. Le Roland devait en outre être utilisé à partir de véhicules blindés
différents (le SPz pour la RFA et TAMX13 pour la France). Là encore, cette
contrainte incita les bureaux d'études à rechercher une flexibilité dans la conception
des principaux composants du système. En 1965, on avait imaginé une tourelle
commune adaptable aux deux châssis.
En même temps qu'était activement menée la mise au point des différents
sous-ensembles (radar d'acquisition, lunette de pointage et d'écartométrie infra-
rouge, télécommande radio, missile, hydraulique, etc.), les possibilités technologi-
65
ques d'extension au tir de nuit étaient explorées. La poursuite du programme fit l'ob-
jet de l'avenant n° 1 à l'accord intergouvernemental, avenant signé le 5 septembre
1966 par M. von Hassel et le 14 novembre par M. Messmer : le montant des crédits
supplémentaires pour la phase deux du Roland 1 (temps clair) était de 83 MF.
Les détecteurs infrarouges disponibles à cette époque ne permettaient pas
d'espérer des visées optiques de nuit, même par temps clair, aux distances néces-
saires. En revanche, la technologie des radars laissait entrevoir des perfectionne-
ments tels qu'une poursuite automatique des cibles devenait envisageable, de
même qu'une écartométrie en vol du missile. En 1967, les études menées par CSF
et par EMD, à la demande des services allemands et aux frais de la RFA, montrèrent
qu'un radar de poursuite pouvait être développé pour le Roland et qu'une version
tous temps était réalisable.
Malheureusement, la France ne pouvait participer au financement de cette ver-
sion, faute de moyens budgétaires suffisants. Il faut rappeler en outre qu'à cette
époque, Thomson commençait à développer le système d'armes Cactus pour d'au-
tres besoins (cf. chapitre 9).
La poursuite du programme Roland exigeait que les besoins français et alle-
mands soient harmonisés. Le BMVtdg et la DTAT s'y employèrent en 1967 et 1968.
C'est au cours d'une réunion à la DTAT, à Saint-Cloud, au printemps 1968, à la-
quelle participaient notamment M. Mùller, du BMVtdg, et les IC Robineau et Bienve-
nu, que fut élaboré un texte définissant les objectifs communs aux différentes ver-
sions du Roland. Ce système d'armes devait être un système temps clair de jour
pouvant être transformé en système tous temps par l'adjonction de sous-ensembles
complémentaires (radar de poursuite notamment). En fait, cela obligeait à reprendre
certaines études ; mais une grande partie du travail déjà fait était utilisable, et surtout
le programme pouvait se poursuivre en coopération, ce qui semblait une condition
sine qua non de sa survie. On constata ultérieurement, au cours de l'expérimentation
aux Etats-Unis, que cette double capacité du Roland (poursuite automatique et/ou
poursuite optique de la cible) était très bénéfique dans un environnement de contre-
mesures électroniques. Mais la complexité supplémentaire du système risquait de
tout compromettre ; beaucoup étaient sceptiques sur la possibilité de réussir ce que
les États-Unis n'avaient pas su faire. Cependant, l'avenant n° 2 à l'accord gouver-
nemental, prévoyant la poursuite des travaux du Roland 1 compatibles avec le tir
tous temps que voulait la RFA, fut signé le 15 mai 1968 par les deux ministres, pour
un montant supplémentaire de 165 MF.

MILAN, HOT, Roland : l'organisation et les hommes

Le point de départ, le berceau de ces trois programmes était indiscutablement


la division des engins spéciaux à Nord-Aviation. Dirigée par É. Stauff, elle avait ac-
cumulé les succès. Mais il faut citer bien d'autres noms : Beaussart, adjoint de
Stauff, Gien, Bigeon, Fleury ; Aubert, Malaval aux essais ; Guillot avec les équipes
de projet aux études ; sans oublier les responsables des départements spécialisés,
comme de Rougemont, Tcherbatcheff et beaucoup d'autres. Chaque projet était
confié à une équipe : le MILAN à Rafaillac ; le HOT à Collette, puis Dubernet ; le
Roland à Jean-Paul Meyer et Julé. Mais faudrait-il oublier les personnes chargées
des contrats : Bertaux, Marinet, Clerget, et de la coordination avec la RFA (Frie-
drich) ?
Du côté allemand, la firme Bôlkow se développait à une vitesse impression-
nante, sous la direction de son fondateur, L. Bôlkow, et ses équipes acquirent en
66
quelques années une compétence reconnue. M. Kuhlo, chargé du programme Ro-
land, devint le chef de la division UA (Unternehmensbereich Apparate) couvrant ces
programmes, avec particulièrement Stangl, Mundigl, Figge, Stimmel, Schmidt, Klein,
Malisch, Gerloff, Striegel.

On doit également rappeler le rôle déterminant des équipes des sous-traitants :


- pour les charges militaires, en France, chez STRIM, sous la direction de
M. Précoul : Tartaut, François ; puis ultérieurement, chez Luchaire, et en RFA,
chez SOB, sous la direction du Pr. Thomanek (SOB, situé à Schrobenhausen,
devint ensuite un département de MBB) ;
- pour les viseurs et goniomètres infrarouges, en France, chez SAT, avec
MM. Turck et Maison, en RFA, chez Eltro, à Heidelberg ; et chez SAGEM, avec
M. Masson ;
- pour les radars, chez CSF : Paul, Rocard et Rajcom ; chez Siemens : Lindner et
Wolff ;
- pour la télécommande, Scheel, Bub chez Telefunken, etc.

Le Comité de direction MILAN-HOT fut le premier mis en place. La délégation


allemande était menée par M. Hedwig, chef du bureau Rù IV au ministère (BMVtdg),
puis du service homologue au BWB {Bundesamt fur Wehrtechnik und Beschaffung).
La délégation française était menée par l'ingénieur général Joyau, adjoint au chef du
service RAN (Recherches et armes nouvelles) de la DTAT. Le contrôleur général
des armées Vialatte apportait une contribution indispensable, comme il l'avait fait
pour le programme Hawk dans un cadre OTAN (cf. chapitre 3).
Le Comité créa des commissions :
- une commission militaire, pour établir les caractéristiques militaires des systè-
mes, y compris des matériels d'instruction et de soutien ;
- une commission technique, pour étudier les spécifications détaillées des diffé-
rents sous-ensembles et vérifier que les industriels maîtrisaient la qualité ;
- une commission expérimentation, pour préparer, faire approuver, puis diriger
l'expérimentation officielle ;
- une commission pour les affaires juridiques et contractuelles, notamment pour
rédiger les textes des accords intergouvernementaux et donner son avis sur les
marchés.
On ne rappellera pas ici les très nombreuses réunions du Comité ou des com-
missions. On a vu que la première avait eu lieu à la fin de 1962. Lors de la 31 e , qui
eut lieu à Munich (Ottobrunn) du 6 au 8 mai 1969 (on trouvera en annexe IV.15 le
nom des participants), l'ambiance n'était pas à l'optimisme. La 50e réunion fut di-
gnement célébrée à Rottach-Egern, sur les bords du Tegernsee, en Bavière, le
22 juin 1976, dans une toute autre perspective : le succès était définitivement acquis,
et l'on ne se demandait pas encore comment cela avait été possible69.

Le Comité de direction Roland, dirigé à l'origine par les mêmes représentants,


M. Hedwig et l'IG Joyau, était organisé de la même façon que le comité des anti-

En 1976, la délégation allemande était dirigée par M. Deissenberger, Direktor im BWB, qui
avait pris en 1968 la suite de M. Hedwig, Erstedirektor im BWB. La délégation française
avait été menée par l'ingénieur général Joyau de 1963 à 1967, puis par l'ingénieur général
Marty (1967-1969), l'ingénieur en chef Robineau (1969-1970), l'ingénieur en chef Arène
(1970-1974), puis l'ingénieur en chef Meunier (1975-1980).
67
chars, en tenant compte de la complexité plus grande du système, ce qui entraînait
un grand nombre de sous-groupes au sein de la commission technique (radars, opti-
que et infrarouge, tourelles, télécommande, missile, etc.).
Il y avait aussi, comme pour les antichars, une commission militaire (Tauter-
mann, Sommervogel, Poésy, Jean-Paul Meyer, Julé, etc.).
Comme certains représentants étaient les mêmes dans les commissions des
comités antichars et Roland, on les regroupa, pour ne pas trop multiplier les ré-
unions ; ce fut notamment le cas pour les questions administratives et pour la com-
mission VOIR (Vision optique et infra-rouge), puis un peu plus tard pour une com-
mission Fiabilité, environnement, normalisation - dissoute en novembre 1972.
On a vu que la première réunion du Comité de direction Roland avait eu lieu à
Paris les 12 et 13 septembre 1963. La 39 e fut tenue à El Paso (Texas) le 3 avril
1973, à l'occasion des essais terminant l'évaluation du système d'armes par les
États-Unis (cf. chapitre 3). À cette occasion, la délégation française était assistée de
l'ICA Cauchie (DAI), de l'ICA Marchand (MTA Washington) et de l'IPETALeyn
(SEFT). D'autres réunions eurent lieu aux États-Unis après qu'ils eurent adopté le
système (janvier 1974). Tant de représentants éminents des administrations et des
industriels ont participé, à une époque ou à une autre, à cet énorme programme,
qu'il est difficile de les citer tous. On se limitera ici aux chefs de délégations jusqu'en
1976 : pour la RFA, M. Hedwig puis M. Deissenberger ; pour la France, l'IGA Joyau,
puis l'IGA Guilbaud et l'ICA Givaudon.
Les réunions de ces organismes officiels étaient, comme il se doit, organisées
alternativement en France et en RFA. Elles avaient le plus souvent lieu chez les in-
dustriels, c'est-à-dire à Ottobrunn, en Bavière, au siège de Bôlkow, et à Châtillon,
près de Paris, au siège de Nord-Aviation, ou encore parfois chez les principaux
sous-traitants. Cette solution, malgré des inconvénients évidents, avait été retenue
pour des raisons pratiques, les industriels fournissant des moyens (salles de ré-
unions, transports, restauration, éventuellement interprétariat et secrétariat) que ni le
BWB ni la DEFA ne pouvaient fournir, pour des raisons administratives ou budgétai-
res70.

Les programmes avaient démarré dans l'enthousiasme et dans la confiance


mutuelle. Les accords intergouvernementaux fixaient des principes (égalité des
droits et des obligations, partage des résultats, etc.) ; leurs textes tenaient en peu de
pages. Au fil des années, et devant les difficultés imprévues, cet élan s'essouffla
quelque peu.
Les marchés d'étude avaient été conclus selon le régime des dépenses
contrôlées, comme cela était d'usage pour des développements nouveaux, avec des
prix provisoires plafonds. Chaque pays était responsable du contrôle des travaux
faits sur son territoire et de leurs prix. Mais la façon dont ces contrôles étaient faits
n'était pas la même, car elle restait conforme aux règlements en vigueur dans cha-
que pays et aux habitudes. L'équilibre entre les différents partenaires de chaque as-
sociation de travail était facile à réaliser au niveau des plafonds, mais après quel-
ques années, lorsque les dépenses commencèrent à dépasser les plafonds, ce prin-
cipe d'équilibre prit le pas sur la recherche du juste prix. Le souci de chacun était de

Les fonctionnaires français évitaient d'être envoyés en mission à Coblence, où se trouvait


le siège du BWB, car les indemnités étaient faibles et payées en francs (Coblence avait été
en zone française, mais l'infrastructure française n'existait plus). En outre, les transports
pour Munich étaient plus commodes que pour Coblence.
68
ne pas recevoir moins que son partenaire ; si des dépassements étaient justifiés
pour l'un, l'autre devait entreprendre, au nom de l'équilibre, des travaux dont l'utilité
était discutable. La recherche de la symétrie entraînait une augmentation des dé-
penses trop difficile à maîtriser si l'on ne changeait pas le régime des marchés.
En 1969, les responsables de l'armement des deux pays décidèrent que, désormais,
tous les marchés relatifs à ces programmes franco-allemands seraient conclus à prix
forfaitaires. Au lieu de contrôler a posteriori, il fallait désormais étudier en détail, avec
les justifications nécessaires, les offres des industriels ; mais il fallait aussi fixer des
objectifs et les critères pour vérifier les résultats.

MILAN, HOT, Roland : un deuxième souffle

Au début de 1969, la situation des trois programmes de missiles n'était pas très
brillante.
Il y avait des retards et des augmentations de prix, provenant en général de dif-
ficultés techniques réelles ou de hausses économiques. Mais chaque partenaire
avait tendance à accuser les autres d'être responsables de ces erreurs de prévision
ou d'exécution, d'où un climat général qui n'était plus le climat de confiance initial.
Les besoins militaires des deux pays n'étaient plus exactement en phase, soit
sur le plan tactique (Roland tous temps pour la RFA), soit sur le plan des délais (l'ur-
gence de nouvelles armes antichars en RFA explique - en partie - l'intérêt pour le
TOW américain).
La gestion quotidienne des contrats était devenue, pour la DTAT, presque im-
possible, puisque pour chaque décision, même d'importance secondaire, il fallait
l'accord préalable des services allemands : d'où des réunions de plus en plus nom-
breuses, avec des experts non responsables du programme, mais dont le feu vert
était un préalable à la décision du BWB.
Le Comité de direction avait de plus en plus de difficultés à se mettre d'accord
sur des prévisions, ou sur des textes, ou sur les moyens d'assurer le financement
des travaux. Et les industriels, parfois sans contrats des gouvernements, avaient
tendance à travailler chacun de leur côté.

C'est pourquoi les autorités des deux pays demandèrent à Nord-Aviation et


Bôlkow de modifier leurs contrats d'associations de travail, pour désigner un maître
d'oeuvre unique et un responsable pour chaque programme. Les nouveaux textes,
proposés par Nord-Aviation et Bôlkow en juin 1969, furent finalement approuvés au
début de 1970, avec quelques réserves.
Parallèlement, les services gouvernementaux cherchèrent à améliorer leurs
liaisons. Le BWB estimait être mal informé des travaux réalisés en France ; la DTAT,
qui passait les contrats, n'avait pas les moyens de suivre les travaux et les dépenses
réalisés en Allemagne, et qui résultaient parfois d'instructions données directement
par des services du BWB aux industriels allemands. Cette situation peu satisfaisante
était la conséquence du principe inscrit dans les accords gouvernementaux sous la
forme : « Chaque pays contrôlera, dans le domaine de la technique et des prix, les
travaux effectués sur son territoire ». Pour remédier à cette faiblesse de l'organisa-
tion, le bureau Engins de la DTAT avait proposé, dès 1968, la création d'un orga-
nisme permanent capable d'assurer de meilleures liaisons. Cette idée fut retenue au
cours de la réunion franco-allemande du 20 février 1969 à Paris, au niveau du délé-
gué ministériel pour l'armement, et formulée ainsi dans le relevé de conclusions :

69
« // doit exister dans le pays de l'industriel maître d'œuvre une commission
permanente de quatre membres qui constitue un organisme dépendant du Comité
directeur, qui suit les travaux des industriels et prend toutes les décisions qui ne sont
pas du niveau des Comités directeurs. [...]
Le partage des responsabilités est le suivant :
- MILAN, HOT, Roland I : France ;
- Roland II : RFA (sauf pour les questions de compatibilité). »

Les Bureaux de programmes franco-allemands

La mise en application de la décision ci-dessus prit un an ; des réunions de


concertation eurent lieu, entre services français, entre services allemands et entre
les deux ministères de la Défense. Un rapport fut demandé par le ministre au
contrôle général des armées. Ce rapport du contrôleur général Delobeau, relatif aux
programmes MILAN, HOT et Roland, fut diffusé le 31 octobre 1969 sous la référence
55 RD/IA/9. Il analysait, en cinquante-six pages et de nombreuses annexes, les diffi-
cultés rencontrées, et proposait des mesures pratiques pour améliorer la gestion de
ces importants programmes. Finalement, la convention franco-allemande pour l'ins-
titution de Bureaux de programmes chargés de la gestion des programmes MILAN,
HOT, Roland I et Roland II fut signée, le 20 février 1970, par MM. Schiffers et Blan-
card. Une instruction pour les Bureaux de programmes, précisant certaines règles de
fonctionnement, lui était annexée.
Le Bureau franco-allemand installé en France était chargé des programmes
MILAN, HOT, Roland I, ainsi que de la coordination entre Roland I et Roland II. Il
était dirigé par un Français, assisté d'un adjoint allemand. Le Bureau germano-
français installé en RFA était chargé du programme Roland II. Il était dirigé par un
Allemand, assisté d'un adjoint français. Chacun des deux bureaux devait travailler
aussi pour le compte de l'autre.
Faut-il rappeler que le Roland II était la version tous temps et que ce pro-
gramme était un programme entièrement allemand? Dans la répartition des respon-
sabilités entre les industriels et entre les Bureaux de programmes, on avait considé-
ré qu'il y avait en fait quatre programmes.

Le Bureau de programmes franco-allemand de Rueil (qui adopta le sigle


BPFA), sous la direction de l'ingénieur en chef de l'armement Robineau (affecté à
cette fonction le 1 e r avril 1970) et de M. Fleck, adjoint, devint en quelques mois l'in-
terlocuteur naturel de tous les participants aux programmes71. Organisme bilatéral
permanent, chargé de donner, au nom des Comités de direction, les instructions à la
SNIAS72, de négocier les marchés, de préparer les accords intergouvemementaux, il
était la cheville ouvrière désignée pour trouver des solutions aux problèmes et les
faire approuver par les Comités directeurs, dont il assurait le secrétariat. On trouvera
en annexe IV. 16 le texte de la convention du 20 février 1970, ainsi que la lettre du

Dès novembre 1969, la DTAT avait mis en place, à l'Atelier de construction de Puteaux
(APX) à Rueil, un bureau provisoire, confié à l'ingénieur en chef Robelus, pour préparer les
moyens nécessaires, et accueillir les premiers représentants allemands (Note de service
n°31923 C/DTAT/OG du 30 octobre 1969).
72
La Société nationale industrielle aérospatiale (SNIAS) avait été créée le 1er janvier 1970 à
partir des sociétés Nord-Aviation, Sud-Aviation et SEREB. Elle devenait donc le titulaire des
marchés, et le maître d'oeuvre des programmes MILAN, HOT et Roland I.
70
délégué ministériel pour l'armement communiquant ses directives d'orientation à l'in-
génieur en chef Robineau et les premières correspondances de la DTAT.
Le Bureau de programmes germano-français (Deutsch-Franzôsiche Program
Burô ou DFPB), installé à Ottobrunn (près de Munich) auprès de la société Bôlkow,
devenue Messerschmitt-Bôlkow, puis en 1969 Messerschmitt-Bôlkow-Blohm GmbH
(MBB), fut dirigé au départ par M. Deissenberger73, puis par le colonel Schmetz.
L'affectation à Ottobrunn d'un représentant français, prévue par la convention du
20 février 1970, fut laborieuse, pour des raisons administratives (les postes à l'étran-
ger doivent être dotés budgétairement très longtemps à l'avance). Finalement, l'in-
génieur en chef Pignoux (ICETA de la DTCN, Direction technique des constructions
navales) put rejoindre au printemps 1972 un poste dont le statut n'était pas encore
déterminé ; comme officier français, il put cependant être considéré comme apparte-
nant aux forces alliées en RFA.
La présence de fonctionnaires allemands au BPFA à Rueil posa aussi quel-
ques problèmes (cartes de séjours pour ces fonctionnaires et leurs conjoints, par
exemple), qui furent résolus avec un peu d'imagination, et le plus souvent grâce à
l'appui de l'organisme du ministère allemand de la Défense (installé à Fontainebleau)
assurant la gestion administrative des forces allemandes en France.

Le 28 octobre 1971, après quelques mois de fonctionnement (et les premiers


résultats positifs), fut organisée, à l'initiative des Bureaux de programmes, à Otto-
brunn, une réunion destinée à définir (en fait à confirmer) les méthodes de travail
des bureaux et les liaisons entre les différents organismes participant aux quatre
programmes. À cette occasion, se retrouvèrent -peut-être pour la première f o i s -
les fonctionnaires des deux pays chargés du MILAN, du HOT, du Roland I et du Ro-
land II. L'idée d'une répartition équilibrée des travaux à tous les niveaux de respon-
sabilités (en fait une équipe franco-allemande pour chaque affaire importante) - idée
qui n'était pas dans l'esprit et la lettre de la convention de février 1970 - apparut
comme une solution possible. Quelques années supplémentaires furent en fait né-
cessaires pour réaliser cette évolution74.
On ne cherchera pas ici à reconstituer l'histoire des premières années du
BPFA, car elle fait partie de celles des trois programmes dont il fut, après 1970, le
principal animateur, avec les industriels.

Euromissile

Les associations de travail entre Nord-Aviation et Bôlkow conclues en 1962,


même après les modifications de 1969 précisant le rôle des maîtres d'oeuvre, ne
traitaient pas tous les aspects de la coopération entre les deux industriels, notam-
ment l'aspect commercial. Cela avait conduit les deux entreprises à créer dès 1966
une filiale commune appelée UVP (Union pour la vente des produits), destinée à la
commercialisation des systèmes d'armes développés en commun. Mais cela n'avait
pas suffi à éviter la concurrence entre les deux firmes sur les missiles de la généra-

73
Chef de la division Missiles au BWB, et porte-parole allemand aux Comités directeurs.
M. Deissenberger retrouva ces fonctions après quelques mois, jusqu'en 1976.
74
C'est le 25 mars 1977 que fut signé un nouvel accord, remplaçant la convention de 1970,
pour définir les règles de fonctionnement du Bureau de programmes. Ces règles s'inspirent
davantage de l'exemple de l'Institut de Saint-Louis que de celui des agences de l'OTAN.
71
tion précédente, dont la carrière se prolongeait pendant la mise au point laborieuse
des nouveaux systèmes.
L'existence du BPFA et les bons résultats obtenus, notamment sur le MILAN,
avaient ramené la confiance et, en 1971, on commença la négociation du premier
marche de série pour le MILAN. Le BPFA souhaitait n'avoir qu'un interlocuteur, et
insistait pour que la maîtrise d'œuvre soit assurée par un organisme distinct des au-
tres participants aux programmes. Le général Crépin, le président de Nord-Aviation,
devenu vice-président de la SNIAS, y était également favorable, et, le 9 août 1972,
fut créé Euromissile, groupement d'intérêt économique (GIE) de droit français, régi
par l'ordonnance n° 67 821 du 23 septembre 1967 et le décret n° 68 109 du 2 février
1968. En tant que GIE, Euromissile n'a pas de capital propre, puisque cette forme
d'association implique que ses membres soient solidairement responsables et assu-
rent l'assise financière du groupement. Euromissile s'installa à Paris ; le général
Crépin en fut le président et M. Striegel le vice-président. MM. Jean Poggi, Emile
Marinet et Jacques Sorlet participèrent activement à la mise en place de ce nouvel
organisme et lui donnèrent les impulsions nécessaires.
Cette solution, manifestant clairement la solidarité de la SNIAS et de MBB,
donnait à peu près satisfaction aux services gouvernementaux, et tous les contrats
furent désormais passés à Euromissile, y compris ceux relatifs aux programmes na-
tionaux (non financés en commun) et ceux passés antérieurement par le BWB à
MBB pour le Roland II. Euromissile, responsable de la commercialisation, négocia et
reçut également les contrats venant des pays étrangers ; son chiffre d'affaires devint
considérable.

La route du succès - MILAN

Le 2 octobre 1970, les deux ministres de la Défense signaient enfin le


deuxième accord complémentaire à l'accord intergouvernemental MILAN, pour ré-
gulariser la fin du développement de ce système d'armes - accord qui était en sus-
pens depuis presque deux ans. C'est d'ailleurs ce projet d'accord qui avait entraîné
la modification de structures décidée en 1969 et engagée en 1970.
Le 2 décembre 1970, les autorités françaises et allemandes étaient invitées à
l'Établissement d'expériences techniques de Bourges (ETBS) pour assister à la pré-
sentation de tirs du MILAN dans des conditions opérationnelles, prélude aux expéri-
mentations officielles par la commission d'essais franco-allemande, prévues à partir
de mars 1971. Tous les missiles tirés ayant atteint leurs cibles, le succès était total et
la maturité technique démontrée. À sa 34e réunion, à Munich, le 17 décembre 1970,
le Comité de direction décida d'organiser une grande présentation OTAN en RFA.
Cette présentation (assez réussie) fut organisée à Meppen, devant de nombreux
invités des pays alliés, les 3 et 4 mars 1971.
Les essais des services officiels (STAT en France, Erprobungstelle 61 en
RFA)75 furent complétés par des essais aux grands froids en Norvège (à Hjerkinn),

75
Bien que séparés, les essais avaient cependant des aspects complémentaires. Soigneu-
sement élaborés par la commission expérimentation du Comité directeur, les programmes
furent conduits dans un bon esprit et permirent la rédaction d'un rapport commun très satis-
faisant. On peut mentionner les réunions en France de la commission expérimentation pen-
dant la phase critique, sous la présidence du représentant de la Section technique de l'ar-
mée de Terre (STAT) : le lieutenant-colonel Granelle (10 au 12 juin 1969, et 25 au 26 mai
1970), puis le lieutenant-colonel Gleizes (9 au 10 décembre 1970 et 18 au 19 novembre
72
du 20 janvier au 28 février 1972 , puis dans des conditions désertiques à Djibouti -
essais effectués par des équipes franco-allemandes, ce qui était nouveau et tradui-
sait le niveau de coopération auquel on était arrivé. L'EMAT décida l'adoption du
MILAN le 3 août 1972.
La production en série pouvait commencer ; l'accord intergouvernemental pour
la fin du développement précisait en effet qu'en cas d'adoption du système par l'un
des deux pays, une première tranche de fabrication de 10 000 missiles et
200 postes de tir serait lancée en commun. Malgré cette disposition, l'accord inter-
gouvememental franco-allemand sur cette première série se révéla assez long à
établir et surtout à faire signer. Les procédures allemandes supposaient un appel à
la concurrence, qui était juridiquement possible, puisque le marché d'étude passé à
Nord-Aviation accordait à l'État français et à la RFA le droit de reproduction pour
leurs propres besoins. Mais il était bien clair pour tous que cela n'était pas indus-
triellement réaliste, compte tenu des technologies très avancées mises en oeuvre et
des multiples contraintes fixées dans les accords de coopération. Finalement, sur
l'insistance du BPFA, Euromissile, désigné comme maître d'oeuvre, accepta de
consulter quelques industriels français et allemands présentant a priori les capacités
suffisantes pour produire certains composants ou sous-ensembles. Comme on pou-
vait s'y attendre, et compte tenu de frais et de délais supplémentaires (outillages,
qualification des produits, etc.), cet appel d'offres confirma que les industriels ayant
développé le matériel étaient les plus qualifiés, et que leurs prix étaient acceptables.
On retrouva un problème semblable à l'occasion des compensations industrielles
exigées par certains pays pour s'équiper du MILAN.
Heureusement, en raison des perspectives commerciales très prometteuses,
Euromissile et son cortège de coopérants réussirent à lancer la production en série
avec leurs propres financements. Les livraisons eurent lieu très rapidement après la
notification du contrat - lequel ne pouvait être conclu qu'après la signature de l'ac-
cord intergouvememental (les 3 et 16 février 1973, par les ministres). Entre-temps, la
Bundeswehr avait adopté le MILAN, malgré l'avis défavorable de certains hauts res-
ponsables militaires, comme le général Guderian, commandant les troupes de com-
bat.
Les performances de cet armement, sans équivalent au monde à l'époque, sa
facilité d'emploi (instruction, diversité des montages possibles sur véhicules) et une
fiabilité encore jamais obtenue (dépassant les 96 % requis) expliquent le très rapide
succès international du MILAN. Les cadences de production (1 200 missiles et
30 postes de tir par mois) durent être augmentées à des niveaux bien supérieurs à
ce qui avait été prévu par les plus optimistes. En avril 1975, la première tranche de
série était terminée.
Une deuxième tranche de production fut lancée pour les besoins franco-
allemands. Un accord intergouvernemental fut signé à cette occasion en novem-
bre 1974 par M. Delpech, délégué ministériel pour l'armement, et M. Mann, secré-
taire d'État à la défense. Il portait sur 12 000 missiles et 600 postes de tir. L'avenir
était assuré pour longtemps.

1971). Les réunions en RFA étaient présidées par le lieutenant-colonel Mundt (de YErpro-
bungstelle 61).
76
Du 2 au 3 février 1972, la commission expérimentation se réunit à Hjerkinn pour examiner
les résultats (excellents) de ces essais exceptionnels. La délégation française comprenait le
lieutenant-colonel Gleizes, le commandant Dotte et les IPA Mounier et Martin ; celle du
BPFA l'ICA Georges Segrestan, MM. Jansen et Malvin.
73
La route du succès - HOT

Nous avions laissé le HOT, à la fin de 1969, face à de graves difficultés techni-
ques (fil, traceur, dispersion au départ). L'accord intergouvememental arrivait à son
terme sans que les objectifs fixés aient été atteints, mais les industriels avaient dé-
pensé, et au-delà, les crédits prévus au marché. Enfin, entre la concurrence du TOW
(en RFA) et de l'ACRA (en France), l'avenir du programme restait à préciser.
Cependant, les efforts entrepris portèrent leurs fruits, et les essais donnèrent
des résultats encourageants, rapidement confirmés. Après mars 1971, les construc-
teurs accumulèrent les tirs réussis, à partir de véhicules au sol, puis en guidage au-
tomatique à partir d'hélicoptères (ce qui était une première). La portée de 4 000 m fut
concrétisée par de nombreux coups au but à cette distance.
En mai 1971, un avenant à l'accord intergouvememental (voir annexe IV.19)
permit de régulariser la situation. Des marchés à prix forfaitaires, à des prix notable-
ment inférieurs aux propositions des industriels, pouvaient être notifiés, certains pour
des travaux nationaux (c'est-à-dire hors de la coopération, parce que portant sur des
applications ne concernant qu'un des deux pays : montage sur blindé SPz en RFA,
ou sur hélicoptère Gazelle en France). En février 1972, un dernier accord intergou-
vememental pour l'industrialisation avait été signé (voir annexe IV.20). Pourtant, des
problèmes propres à l'administration française (liés à la structure de société natio-
nale de la SNIAS et à ses aspects budgétaires) retardèrent encore les négociations
et risquèrent de perturber une coopération fondée sur la confiance réciproque.
Cette confiance se manifesta - pour une bonne part grâce à l'exemple donné
par le BPFA- à l'occasion de l'expérimentation officielle (par le STAT et YE'Stelle 61)
commencée en 1972, et qui pouvait enfin être vraiment commune : en un même lieu,
l'ETBS, par des équipes françaises et allemandes travaillant en même temps, avec
des moyens de mesures communs, bien que les véhicules de tir fussent différents
(AMX 10 M pour la France, SPz pour la RFA). Cette expérimentation bilatérale fut
terminée en 1973, après le tir de plus de 130 missiles et des résultats très satisfai-
sants. Des essais complémentaires par grands froids furent ensuite réalisés en Nor-
vège, à l'initiative des services allemands.
La même procédure fut appliquée pour l'expérimentation officielle du HOT sur
hélicoptères (SA 341 Gazelle pour la France, Bô 105 pour la RFA), qui se termina au
printemps 1974. L'état-major de l'armée de Terre pouvait adopter le HOT sur Ga-
zelle SA 341, le 22 juillet 1974, et passer la première commande de série. Un
5e accord additionnel à l'accord intergouvememental (compléments et révisions de
prix) fut signé (par l'IGA Martre et le Dr. Sadtler) les 15 août et 10 octobre 1974 (voir
annexe IV.21).
Du côté allemand, l'adoption du HOT sur véhicule blindé SPz fut prononcée en
juin 1975. L'accord intergouvernemental franco-allemand de coproduction fut signé
le 30 septembre 1975 (voir annexe IV.22) ; il portait sur 10 000 missiles, 313 postes
de tir pour SPz et 110 postes de tir pour SA 341. D'autres suivirent, ainsi que des
commandes d'autres pays.

74
La route du succès - Roland

Le programme Roland, qui avait commencé un peu plus tard que les missiles
antichars, était d'une complexité sans précédent pour un système d'armes terrestre,
et les moyens de gestion disponibles en RFA, et surtout en France, étaient très in-
suffisants en nombre. Le système informatique PERT (Program Evaluation and Re-
view Technique), qui avait été imposé aux industriels, à la demande du BWB, énu-
mérait un nombre impressionnant de « tâches » (travaux à faire, reliés suivant leur
durée, les délais, etc.), et on avait dû renoncer à un PERT-coûts que l'on n'aurait pas
su exploiter.
Cependant, la réalisation des matériels de phase deux, qui devaient notam-
ment servir aux évaluations officielles, se poursuivait dans des conditions plutôt sa-
tisfaisantes, malgré un certain retard. Un 3e avenant à l'accord intergouvernemental
était en préparation depuis la fin de 1968, pour tenir compte de certains ajustements
(hausses économiques, variations des taux de change, prestations complémentai-
res) et d'une nécessaire clarification de la situation du Roland II tous temps (partici-
pation française en échange de droits ultérieurs). La préparation des étapes suivan-
tes (phases trois - industrialisation - et quatre - production) supposait que des ob-
jectifs communs aux deux pays fussent trouvés.
Le radar d'acquisition, développé en coopération entre CSF et Siemens (extra-
polation du radar Œil noir 2), fut expérimenté à Brétigny en 1970, puis à YE'Stelle 91
à Greding, et les résultats furent satisfaisants.
Un châssis blindé, dérivé du char AMX 30, fut choisi en France pour le système
Roland, à la place du châssis AMX 13 utilisé pour les phases un et deux.
La fusée optique du missile put être remplacée par une fusée radioélectrique
mise au point par TRT ; le missile devenait ainsi presque le même pour les deux
versions du Roland.
Le 3e avenant à l'accord intergouvernemental, portant sur la fin de la phase
deux du Roland I et sur la phase un du Roland II, fut signé le 6 juillet 1971 ; le mon-
tant des crédits supplémentaires était de 100 MF.
La signature d'un tel accord aurait dû permettre de poursuivre les travaux dans
un climat serein, mais les risques d'un arrêt du programme se dessinèrent clairement
dès les jours suivants, à la suite d'un mémorandum remis par la délégation alle-
mande au Groupe des Quatre (cf. chapitre 6). Conscient de ces risques, le directeur
du BPFA adressa aux autorités des deux pays le rapport BPFA R/10 du 29 octobre
1971, pour que les graves conséquences d'un retrait unilatéral soient bien appré-
hendées. À la 34e réunion du Comité de direction, les 24 et 25 novembre 1971, à
Paris77, la délégation française fit une déclaration plaidant pour la poursuite du pro-
gramme et demandant à connaître la position allemande. Mais il apparut que cette
position ne serait pas connue avant le 13 décembre, date prévue pour une réunion
entre les directeurs de l'armement (MM. Blancard et Schiffers).

Les participants à cette réunion étaient, pour la délégation allemande :


MM. Deissenberger, Rohart, Fuchs, Weyand, Kuhn, Petereit, Tautermann, Eckes, Rema-
klus, Kuntermann, Mme Caillol-Kinder (interprète) ; pour la délégation française :
l'ICA Givaudon, le contrôleur des armées Lapp, l'ICA Raynaud, les commandants Malval et
Lemoinne, l'IPA Dujardin, Mme Espinasse (interprète) ; pour les Bureaux de programme :
l'ICA Robineau, M. Fleck, l'ICA Bienvenu, M. Schultze, l'ICA Bizot, le capitaine Leroy, le co-
lonel Schmetz, M. Schiebel.
75
Une réunion était prévue à Paris, en février 1972, entre les ministres de la Dé-
fense, et un 4 e avenant à l'accord intergouvernemental devait être signé à cette oc-
casion. Cet avenant était très attendu, car il conditionnait le démarrage de la phase
trois, portant sur l'industralisation de la version Roland I. La préparation de cette ré-
union ministérielle mit en évidence la décision de M. Helmut Schmidt, ministre de la
Défense de la RFA (et futur chancelier), de mettre un terme au programme Roland,
sauf si les États-Unis adoptaient le système (en fait le Roland II, qui seul intéressait
la RFA). Cette décision, confirmée au cours de la réunion entre M. Schmidt et
M. Michel Debré, le 16 février, fut communiquée au Comité de direction Roland, qui
était réuni le même jour à Ottobrunn78. Ce fut la consternation générale et la décep-
tion du côté français ; on se sépara assez vite, alors que l'on s'apprêtait à lancer les
expérimentations officielles en commun.
Il eût été regrettable de tout arrêter, sans au moins vérifier les performances
obtenues. Les services allemands de l'armement, dirigés par M. Schiffers, réussirent
à convaincre leur ministre. Une réunion entre MM. Blancard et Schiffers, tenue à
Bonn le 29 février, permit de préciser ce qui était négociable. L'ingénieur en chef Gi-
vaudon (directeur du programme), accompagné du contrôleur des armées Lapp (re-
présentant français à la commission des contrats), se rendirent à Bonn pour négo-
cier une nouvelle rédaction de l'accord intergouvernemental, conforme aux récentes
décisions allemandes et en des termes acceptables par la France. Il fallait égale-
ment tirer les conséquences industrielles et contractuelles de l'abandon allemand
(transfert en France des travaux et des outillages, indemnités éventuelles, etc.). La
négociation aboutit à des résultats positifs, puisque l'accord obtenu accordait à la
RFA un « droit de retrait exceptionnel » à compter du 2 janvier 1973, lui permettant
de se retirer si les États-Unis ou un autre pays de l'OTAN79 n'adoptaient pas le sys-
tème d'armes Roland avant juin 197380.
Une fois cette difficulté surmontée, les événements favorables s'enchaînèrent -
au moins si on les observe quinze ans plus tard. Les expérimentations officielles, en
commun, sous la direction de la commission expérimentation (la COMEX), commen-
cèrent au Centre d'essais des Landes (le CEL) en mars 1972, et les résultats très
satisfaisants contribuèrent à renforcer la cohésion des organismes responsables du
programme : les équipes industrielles, placées désormais sous la bannière d'Euro-
missile, et les services gouvernementaux, avec l'exemple du BPFA, dont l'efficacité
était reconnue. Le nombre de cibles CT 20 abattues étant devenu trop grand, il fallut
remplacer les charges militaires réelles par des charges d'exercice.

78
C'était la 35e réunion du Comité de direction, avec les mêmes participants (sauf en ce qui
concerne les interprètes, à savoir M,,e Brettschneider du côté français et MM. Mangold et
Schmidt du côté allemand), auxquels s'ajoutait M. Klein pour la délégation allemande. Le
procès-verbal de la réunion indique : « Un représentant du BMVtdg (le Min Rat Mueller) ex-
pose aux délégations allemande et française le point de vue du gouvernement allemand sur
la poursuite du programme Roland. Ce point de vue résume les entretiens qui eurent lieu à
Paris le 16 février 1972 entre les représentants des deux gouvernements. Il y a lieu de
considérer que cette déclaration est provisoire. Le texte officiel sera remis sans délai, par
écrit, à la délégation française. Le Comité de direction décide de suspendre la réunion.»
79
II y eut en fait une liste de pays : États-Unis, Canada, Belgique, Danemark, Italie, Pays-
Bas, Norvège, Royaume-Uni.
80
Ce droit de retrait exceptionnel fut ensuite prorogé d'un an, jusqu'en juin 1974. On sait que
les États-Unis ayant adopté le Roland en janvier 1975, la RFA n'a pas fait jouer cette clause.
Un problème de même nature se posa en 1982, lorsque la RFA réduisit notablement le vo-
lume de ses commandes.
76
La 36 e réunion du Comité de direction (à Saint-Cloud, du 15 au 17 mai 1972)
prit note de la préparation d'un MOU (Mémorandum of Understanding) avec les
États-unis, pour des essais à Fort Bliss au début de 1973 (cf. chapitre 3). Finale-
ment, l'avenant n° 4 à l'accord intergouvernemental Roland fut signé par les deux
ministres le 27 octobre 1972 (voir annexe IV.23). D'un montant de 515 millions de
francs, il engageait ce programme dans l'industrialisation et les expérimentations
officielles du système d'armes complet, pour ses deux versions, Roland I et Ro-
land II.
À partir de l'automne 1972, les essais constructeurs du Roland II 81 prouvèrent
la validité technique et les perspectives opérationnelles de cette version du système,
ce qui entraîna l'intérêt des États-Unis (cf. chapitre 3).
Des difficultés subsistaient pour certaines parties du Roland, soit en vertu de
considérations philosophiques, comme pour les matériels de soutien (l'évolution vers
des appareils de test automatiques éventuellement intégrés commençait à se géné-
raliser dans le sillage des technologies les plus avancées), soit en vertu de considé-
rations opérationnelles, comme pour TIFF {Identification Friend or Foe, ou
ami-ennemi, sujet crucial débattu depuis toujours à l'intérieur de l'OTAN).
Euromissile reçut en 1975 le premier marché de série pour les besoins français
(30 véhicules de tir et 1200 missiles, plus des matériels d'instruction et de soutien) et
le premier marché de série pour les besoins allemands (5 véhicules de tir et
500 missiles).

Épilogue et commentaires

Le 6 juin 1990, une réception avait lieu au château de la Petite Malmaison, à


Rueil-Malmaison, à l'occasion du vingtième anniversaire du Bureau de programmes
franco-allemand. Le temps était plutôt maussade, avec un ciel gris laissant tomber
une pluie fine dès le début de la réception. Des discours dans les deux langues des
directeurs d'armement des deux pays (MM. Sillard pour la France et Ruppelt pour la
RFA), on retient un concert de louanges pour cette formule originale de coopération,
qui a su pendant vingt ans donner entière satisfaction à tous les niveaux (ministères,
industriels, clients, etc.) et mener à bien des programmes (MILAN, HOT, Roland)
dont le chiffre d'affaires dépassait les cinquante milliards de francs, dont une très
grande part à l'exportation. On pouvait noter également le grand nombre de partici-
pants (plus de trois cents), pour un organisme peu connu et de dimensions modes-
tes. Mais on pouvait constater que la quasi-totalité des anciens membres du BPFA
avaient tenu à venir, manifestement heureux de se retrouver, tous gardant un bon
souvenir de leur présence et de leur travail dans ce bureau.
Un tel résultat est la conséquence de bien des facteurs favorables. On a déjà
rappelé la qualité et la compétence des équipes au niveau des industriels ; il faudrait
citer également ceux qui s'engagèrent dans cette aventure avec détermination dans
les premières années du BPFA. On a déjà pu lire dans ce chapitre le nom des prin-
cipaux responsables. Mais il serait injuste d'oublier les autres personnels qui, eux
aussi, se sont dévoués pendant ces années cruciales pour le succès d'une opération
exemplaire82. On n'ose pas penser à ce que serait devenue la construction euro-

La cible CT 20 fut abattue au cours du premier tir sur cible.


82
C'est pourquoi on citera, par ordre alphabétique, sans indiquer ici leur fonction ni leur na-
tionalité : Bienvenu, Bizot, Bogenrieder, Brillant, Dritl, Fleck, Forndran, Jansen, Kôhn, Kun-
termann, Kurps, Lair, Leroy, Malvin, Panthou, Pélardy, Pelletier, Robineau, Schultze, Se-
77
péenne dans le domaine de l'armement si cette coopération franco-allemande avait
été un échec.
Mais il semble bien que le facteur le plus important fut la confiance accordée
par tous les partenaires aux responsables du BPFA. Le délégué ministériel pour
l'armement, le directeur de la DTAT (l'ingénieur général Francillon), le chef du ser-
vice Armes et systèmes d'armes (PIG Vernet), les représentants français aux Comi-
tés de direction (l'IG Guilbaud et l'IC Lesavre, puis les IC Arène et Givaudon) et dans
les commissions acceptèrent de donner au directeur du BPFA (l'ingénieur en chef
Robineau) une très large délégation de responsabilités. Il en alla très vite de même
du côté allemand ; le soutien accordé au BPFA par M. Kursch, responsable des mis-
siles au ministère (Rù IV) en était une illustration.

UNE COOPÉRATION STRUCTURÉE ET VARIÉE


83
Les états-majors se reunissaient au moins une fois par an et examinaient
leurs plans d'équipements et leurs besoins ; on explorait ainsi des opportunités ou
des potentialités de coopération dans presque tous les domaines.
Tir indirect antiblindés (TIAB)

Ce sujet était inscrit depuis 1957 parmi ceux pouvant conduire à une coopéra-
tion. Un projet de convention, élaboré par le groupe de travail Tir indirect anti-
blindés, fut présenté à la signature des deux gouvernements en 1965. Il prévoyait
l'étude de trois projets :
- projectile roquette libérant des mines-bâtons ; cette étude était pilotée par la RFA
(mine Pandora) ;
- projectile d'artillerie à fragmentation prédéterminée (FPD), étude pilotée par la
France ;
- projectile roquette à bombettes multiples, étude pilotée par la France (projet
NACEL).
Les études préparatoires furent poursuivies pendant assez longtemps. Du côté
français, l'ECP et l'ABS, rassemblés ensuite dans l'EFAB, et Brandt précisèrent le
projet de l'obus de 155 mm FPD (corps d'obus, ogive, fusée de proximité, explosif). Il
fallait préciser la cible à détruire, à savoir le toit d'un véhicule blindé (un blindage de
15 mm d'épaisseur sous une incidence de 45 °) et la distance d'action (quinze mè-
tres environ). Pour le projet NACEL, des essais d'explosif furent effectués avec un
projectile de la Marine d'un calibre de 305 mm, équipé de vingt-quatre bombettes,
puis, dans un deuxième projet, avec cent quarante bombettes. En 1966, la Société
d'études de la propulsion par réaction (SEPR) fut choisie pour définir une roquette
d'un calibre de 300 mm environ, avec une tête contenant 225 grenades d'un calibre

grestan, Vauché. Une pensée particulière ira à une jeune secrétaire allemande, M e Christine
Tunk, tuée dans un accident de la route à mi-chemin entre Rueil et Coblence. Ce drame
renforça le sentiment de solidarité entre les membres de la petite équipe à laquelle se trou-
vait confiée la responsabilité de montrer que la coopération au quotidien était possible. On
citera aussi l'équipe du Bureau d'Ottobrunn : Schmetz, Pignoux, Schiebel, Burck, Hermann.
83
Au niveau de l'état-major des armées: 17e réunion: Munich, septembre 1968 ;
18e réunion : Paris, 19 et 20 avril 1969 ; 19e réunion : Bonn, février 1970 ; 20e réunion : Pa-
ris, 7 et 8 octobre 1970, etc.
78
de 40 mm. Les études portèrent sur la chaîne pyrotechnique pour découper l'ogive,
sur le dépotage des grenades et sur la définition de la grenade elle-même.
Finalement, un accord intergouvernemental fut signé les 6 février et
10 avril 1967 pour définir le financement de travaux communs pour l'exploitation de
ces trois études nationales : deux études françaises, le 155 mm FPD et le projet
NACEL, et une étude allemande, le projet Pandora.
Un Comité directeur fut créé ; sa première réunion eut lieu le 22 juin 1967. Les
experts réunis à Bonn les 30 et 31 octobre 1967 proposèrent une modification à l'ac-
cord intergouvernemental (note 0035 ASA/DTAT/FEU du 4 janvier 1968). Après plu-
sieurs projets, le Comité directeur, à sa 4 e réunion (à l'Institut de Saint-Louis, le
11 juin 1970, les chefs de délégations étant l'IC Cartoux et M. Bender, du BWB),
donna son accord au texte d'un avenant à l'accord de 1967.

Armement d'infanterie

Le problème de l'arme automatique de moyen calibre pour les véhicules de


combat d'infanterie (VCI) préoccupait depuis longtemps les militaires, car, en 1966,
on ne disposait encore que d'armes anciennes et peu performantes (mitrailleuses de
7,62 ou de 12,7) ; on utilisait aussi des armes de 20 mm, généralement conçues
pour d'autres emplois.
L'idée d'utiliser les compétences de l'Institut de Saint-Louis pour innover dans
ce domaine vint probablement de l'initiative de l'IG Deruelle, responsable de ce sec-
teur à la DTAT. D'un commun accord, le 19 janvier 1966, un Groupe d'études de
concepts (GEC), chargé d'étudier et de proposer des systèmes nouveaux pour l'ar-
mement des VCI, fut créé à l'ISL. À cette réunion constitutive participaient, du côté
français, l'IG Deruelle (DTAT) et l'IG Billion (DRME). Une autre réunion eut lieu le
15 février 1966. Les propositions du GEC furent présentées les 28 et 29 janvier
1971 : c'était le GEC 1, sur lequel travaillèrent l'APX et la firme Diehl (M. Politzer).
On peut placer dans cette rubrique les autres réunions organisées pour les ar-
mes de moyen calibre à partir de 1967. M. Buhler, du BWB, rencontra l'IG Deruelle à
la DTAT ; une mission comprenant l'IG Deruelle, le lieutenant-colonel Bosshardt et
M. Hervier se rendit à Bonn en février 1967 ; l'arme de 20 mm Rheinmetall RH 202
fut présentée les 11 et 12 septembre 1968 à Munsterlager et Unterluss.

Protection NBC

Au cours de réunions d'états-majors, en avril et octobre 1961, on avait convenu


d'organiser des échanges de renseignements sur les matériels de protection contre
les agents chimiques et biologiques. Une réunion franco-allemande eut lieu à l'Er-
probungstelle 53 (Munsterlager) pour préparer des essais en RFA, essais qui eurent
lieu dans la région de Kassel les 9 et 10 mai 1966.

Armement futur des blindés

En 1971, la RFA avait entrepris l'étude du Léopard 2 ; l'armement retenu était


un canon de 120 mm. Des progrès importants étaient attendus dans le domaine des
munitions (projectiles flèches). Il semblait intéressant pour les deux pays d'échanger
leurs informations techniques et d'obtenir, si possible, une certaine standardisation.
Du côté français, la perspective d'une valorisation de l'AMX 30 n'était pas exclue.

79
L'ingénieur en chef Maisonneuve, chef du bureau Artillerie à la DTAT, fut en-
voyé en mission en RFA pour préparer un éventuel accord sur ce sujet, accord qui
fut effectivement conclu le 29 février 1972 entre le délégué ministériel pour l'arme-
ment et M. Wahl.

Techniques du camouflage

Vers 1968, et à la suite de travaux menés dans le cadre OTAN, il apparut que
le camouflage des matériels terrestres pouvait être grandement amélioré par des
techniques nouvelles (peintures non réfléchissantes dans les longueurs d'ondes visi-
bles ou infrarouges, bariolages, élimination des zones chaudes, etc.). On demanda
aux experts français et allemands dans ce domaine de se rencontrer et de proposer
des activités communes ou complémentaires. Les travaux en France étaient menés
par le Laboratoire central de l'armement (LCA), à l'initiative du bureau Matériels du
génie de la DTAT (DTAT/MOB/MG). La première réunion eut lieu au LCA, du 17 au
23 novembre 1968 ; les représentants français étaient les IC Taver, Meunier et Jon-
det. Ce travail en commun se poursuivit pendant plusieurs années84.

Moyen de déminage rapide (MDR)

C'est en 1974 que ce programme, lancé dans un cadre tripartite par le


Groupe D (cf. chapitre 6), devint franco-allemand, après le retrait de l'Italie85. Trois
maquettes allemandes et une française furent essayées en 1975 par un groupe
d'experts créé par le Comité directeur franco-allemand.

Traficabilité des sols

La même situation s'était produite pour les études de moyens pour améliorer la
traficabilité des sols (MATS), études qui donnèrent lieu à de fructueux concours
d'idées en France et en RFA.

Divers

Une présentation du système d'armes ACRA aux services allemands eut lieu à
l'APXIe5mai 1970.
Les accords de coopération de 1963 avaient prévu que les exportations éven-
tuelles seraient décidées d'un commun accord. Cette clause pouvait se révéler
commercialement et politiquement embarrassante pour chacun des deux gouverne-
ments. Les négociations concernant le programme de l'avion Alphajet avaient
conduit à étudier un accord plus souple sur le problème des exportations, et cette
question fut à l'ordre du jour des réunions entre les ministres, notamment celle du
5 mai 1971, pour aboutir à un accord (voir texte du 6 août 1971, non signé).

La 6e réunion eut lieu en avril 1971 à Bonn. La 7e réunion eut lieu du 24 au 29 janvier 1972
à Grenoble, Paris et Angers. La 8e réunion eut lieu du 2 au 5 mai 1972 à Cologne. La
9e réunion eut lieu du 9 au 13 octobre 1972 à Nîmes et Arcueil. La 10e réunion eut lieu du
25 au 28 avril 1973 à Munich.
85
Cf. le tome 7 des travaux du ComHArT, Matériel du génie, par l'ingénieur général Brin-
deau, puis l'ingénieur général Mallet.
80
Les services de l'armement des deux pays se rencontraient fréquemment, et à
tous les niveaux : secrétaires d'État (par exemple rencontre Mann-Blancard à Paris
le 19 mars 1973), directeurs des armements (par exemple rencontre Schif-
fers-Blancard le 29 février 1972), directeur des Affaires internationales (par exemple
Bode-Bonte à Paris le 19 janvier 1967) ou adjoints (Joyau, Mùller, Cauchie).
En 1973, on recherchait toujours de nouveaux sujets possibles de coopération.
Une fiche de la DTAT du 5 février mentionne deux sujets : l'Argus et l'interchangea-
bilité des munitions de 155 mm. Le général Eberhardt, chef de la division T III au
ministère allemand, fut reçu à la DTAT du 5 au 9 mars 1973 ; le procès-verbal de la
réunion fut signé par le général Eberhardt et l'IG Gaudin, directeur des armements
terrestres.
Il y avait également, comme nous l'avons vu, des contacts systématiques entre
les états-majors. Le général Ferber, inspecteur de l'armée de Terre allemande, ef-
fectua une visite officielle en France du 22 au 27 octobre 1972, à l'invitation du géné-
ral de Boissieu, chef d'état-major de l'armée de Terre. En octobre de l'année sui-
vante, le chef d'état-major des armées se rendit en RFA.
À partir de 1975, les réunions « armements terrestres » devinrent régulières
entre les deux pays, au niveau du directeur de la DTAT (accompagné de ses princi-
paux adjoints) et du responsable allemand au ministère (le général Eberhardt, puis
M. Jores).
À partir de 1977, les réunions annuelles franco-allemandes concernant la
DTAT et l'EMAT furent organisées en commun.

LE DOMAINE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS

Comme dans les autres domaines, des relations s'organisèrent entre les servi-
ces responsables des télécommunications, après les accords Strauss-Bourgès-Mau-
noury de Colomb-Béchar, en janvier 1957. Une importante réunion eut lieu à la
SEFT, où l'ingénieur général Combaux reçut le général Karn pour examiner les pos-
sibilités de coopération ; des représentants des secteurs Air et Marine participèrent à
cette réunion.
En 1962, selon le rapport d'activité de la DEFA, pour TELEC, « la coopération
franco-allemande est nettement affirmée, aboutissant à un accord intéressant sur la
production du poste radio de véhicules et à d'importants projets sur les radars de
surveillance au sol ».
Le poste radio Lorenz SEM 25 fut adopté par la France en 1963, et les négo-
ciations se poursuivirent avec la RFA pour sa fabrication ; il fut finalement
« francisé » en 1964.

RATAC

Sur ce matériel, un accord franco-allemand fut signé en 1964. En 1966, trois


prototypes étaient disponibles ; l'un d'eux fut expérimenté par la RFA. L'industrialisa-
tion fut lancée en 1967, après l'adoption de principe du RATAC (modèle F1) ; les
firmes LMT et Lorentz furent choisies pour produire ensemble ce radar, les com-
mandes françaises et allemandes étant jumelées. En 1968, les prototypes 4 et 5
servirent à des essais de détection. En 1969, le simulateur d'instruction fut fabriqué
et un prototype de référence fut prêté (pour une durée de 3 mois) à WSArmy, qui
avait manifesté son intérêt pour le RATAC (cf. chapitre 3).

81
Cette même année, le premier marché de série fut passé. La première réunion
du Comité de direction, pour la phase série, eut lieu à l'École des transmissions de la
Bundeswehr, à Feldafing, les 28 et 29 avril 1969 ; la délégation allemande était me-
née par le Dr. Margraff, la délégation française par l'IC Assens (elle comprenait en
outre les IC ou IP Cantin, Séron, Etienne, Ramé). La réunion suivante eut lieu à Pa-
ris les 13 et 14 novembre 1969.
Les 11 et 12 juin 1970, la réunion du Comité directeur, chez LMT, à Boulogne-
Billancourt, permit d'enregistrer la commande américaine, en présence du général
Dawalt et de M. Birra. Les jours suivants, à Bonn (14 et 15 juin), le problème de la
promotion éventuelle du RATAC à l'étranger fut abordé, certains pays (Suisse,
Royaume-Uni, Colombie, Afrique du Sud) étant déjà intéressés. La livraison des
50 RATAC fut terminée en 1973.

La commutation électronique

En 1968, un accord franco-allemand pour l'expérimentation commune de maté-


riels « fil » avec commutation électronique fut signé86. Après cette expérimentation
tactique en Allemagne, deux centraux automatiques MCI (modulation par codage
d'impulsion) furent commandés par la RFA, en 1968, pour une livraison en juin 1969.
Des essais opérationnels de quatre centraux français et allemands MCI eurent lieu
de janvier 1969 à juin 1971. Des exercices dits ERICA eurent lieu d'abord dans l'ar-
mée française, en France et aux FFA (ERICA 7 du 16 au 25 novembre 1970). Des
essais furent réalisés à \'Erprobungstelle 81, à Greding. Puis les exercices ERICA
furent poursuivis en coopération franco-allemande (ERICA 8 du 19 janvier au
18 février 1971, ERICA 10 du 15 au 23 mars 1971, ERICA 11). La Belgique s'asso-
cia ensuite87 à ce programme de réseau de télécommunications dans la zone de
combat, qui conduisit au RITA (réseau intégré de télécommunications tactiques). Un
accord intergouvernemental tripartite fut signé (à Paris le 21 novembre 1969, à
Bruxelles le 8 janvier 1970 et à Bonn le 13 mars 1970). Le procès-verbal de cette
expérimentation en commun est daté du 13 décembre 1971 et signé par le
RBDir Traub, le colonel Lallemand, et par le colonel Coste pour la France.

Argus

Les présentations du programme Orphée par la SEFT (octobre 1970) amenè-


rent les services allemands à étudier la possibilité d'utiliser une plate-forme volante
(le Kiebitz, en cours de développement) pour un système de radar de surveillance du
sol à très grande portée ; une coopération fructueuse semblait intéressante sur un
tel programme, et les pourparlers commencèrent rapidement (présentation du Kie-
bitz en janvier 1971), notamment dans le cadre du groupe Surveillance du champ de
bataille.

Accord signé le 11 mars 1968 par le général Fourquet, délégué ministériel pour l'arme-
ment, et le 25 mars par M. Wahl, responsable de la division Armement du ministère fédéral
de la Défense ; cet accord fait référence à l'accord du 3 mai 1965 relatif à la coopération
franco-allemande dans le domaine « électronique pour la Défense» .
87
II y eut pendant quelque temps un Comité directeur tripartite : 10e réunion (15 décembre
1970), 12e et 14e réunions (29 et 30 juin 1971) à Rastatt, 11e et 15e (27 au 29 octobre 1971)
à Korntal, près de Stuttgart, 13e (20 et 21 avril 1971) à Cologne.
82
C'est en 1972 que le délégué ministériel pour l'armement (M. Blancard) propo-
sa à son homologue allemand (M. Schiffers) une coopération sur le programme Ar-
gus, c'est-à-dire le montage du radar Orphée sur une plate-forme Domier (Kiebitz).
L'accord de coopération, prêt depuis juillet 1973 (après une réunion à la SEFT entre
PIG Assens et le Dr. Trienes), fut finalement signé en février et mars 1974 ; il portait
sur la réalisation d'une maquette expérimentale. Des difficultés techniques empêchè-
rent d'aller au bout de ce programme.

Autres affaires

Plusieurs sous-commissions étaient rattachées à la commission électronique ;


leur activité fut variable selon les époques. Le SCÏI fut chargé de la coordination et
de l'animation (voir BE 72228 DMA/DAI/35/DR du 3 juin 1966), coordination pouvant
s'étendre à plusieurs ministères (accord interministériel du 3 mai 1965). De toute
façon, ces sous-commissions n'étaient généralement pas limitées à l'armement ter-
restre.
La sous-commission 1 était chargée des systèmes de commandement
(en 1973, ATILA, ARTIS, SYCOMORE, ERVIS).
La sous-commission 2 (guerre électronique) fut présidée très longtemps par
l'IC Assens (de la SEFT).
La sous-commission 3 s'occupait des problèmes de détection.
La sous-commission 4 (télécommunications radio et composants) se limitait à
des échanges d'informations (cf. réunion du 5 mars 1968 à Paris : la délégation fran-
çaise était dirigée par l'IG Albagli). En 1970, une possibilité de coopération fut trou-
vée sur des faisceaux hertziens modulaires (visite de M. Hergt, de T VI.3, à
l'IG Casai au SCTI ; mission à Bonn de l'IC Cance et l'IPJulier, du 9 au 11 mars
1970 ; propositions de TELEC : 3431 TELEC/DTAT du 22 juin 1970). On envisagea
de commander des prototypes à Thomson-CSF.
La sous-commission 5, chargée des systèmes infrarouges, appelés ensuite
optronique, fut animée du côté français par l'IC Casai, puis par l'IC Cance.
La commission électronique se réunissait une fois par an, alternativement en
France et en RFA, pour animer et coordonner l'activité des sous-commissions. La
délégation française était placée sous l'autorité du représentant du Département
électronique de la DMA (DMA/DEL)88, et comprenait souvent une partie des respon-
sables français des sous-commissions (ainsi, les 18 et 19 mars 1968 à Bonn,
l'IG Albagli, l'IG Casai et l'IC Assens). Le 25 mai 1970, à Bonn, la commission prit
note de la décision allemande de ne pas poursuivre les travaux communs sur la
commutation MCI après les expérimentations de Rastatt. En revanche, les faisceaux
hertziens de l'avenir et les systèmes de surveillance du sol (radar Orphée) sem-
blaient permettre une coopération. Le 18 mai 1971, à Paris, les mêmes sujets furent
abordés, mais sans accord concret (les travaux sur le RITA avaient commencé en
France).
La maquette SERPEL (Système d'exploitation du renseignement primaire élec-
tronique) fut présentée le 26 juin 1970.
En matière de guerre électronique, on peut citer les deux systèmes de contre-
mesures passives radars Sphinx livrés à la RFA en 1963, ainsi que la mission grou-

Ce département DMA/DEL disparut en 1965 de l'organisation de la DMA, et la plupart de


ses activités furent reprises par le Service central des télécommunications et de
l'informatique (SCTI).
83
pée SABA et guerre électronique du 18 au 20 novembre 1963 (Siemens, Junkers,
École de Transmissions à Feldafing), avec pour participants français les
IMC Rombout, Assens, Robelus (SEFT et RAN/ENG), MM. Beaussart, Jean-Paul
Meyer, de Rougemont (Nord-Aviation), Naday (DT), Cauchois, Haczek (CSF), ac-
compagnés par l'IMPT Proust, de la MTRFA.

84
CHAPITRE 5
LES RELATIONS AVEC LE ROYAUME-UNI

Le Royaume-Uni, seul rempart, pendant plus de dix-huit mois, des démocraties


occidentales en Europe, avait été en 1940 le berceau de la France libre, et les forces
armées françaises reconstituées autour du général de Gaulle avaient trouvé en
Grande-Bretagne l'asile et le soutien dont elles avaient besoin. Des officiers et des
ingénieurs y avaient longtemps séjourné et travaillé. Le commandant Combaux, par
exemple, avait dirigé le planning du célèbre BCRA (le service de renseignements de
la France libre). C'est dire qu'après la victoire de 1945, les relations avec la Grande-
Bretagne étaient des relations privilégiées.
Le 4 mars 1947, le Royaume-Uni et la France avaient signé à Dunkerque un
traité d'alliance et d'assistance mutuelle, conclu pour une durée de cinquante ans.
La création de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) en mars 1948, puis de
l'OTAN en avril 1949, fournit aux services français de nombreuses occasions de tra-
verser la Manche pour participer aux premières réunions alliées.

PROJETS DE COOPÉRATION

La volonté de collaboration en matière d'armement avait souvent été exprimée


au niveau politique. Elle donna lieu à la signature, le 20 décembre 1957, d'un Mémo-
randum d'accord sur les conventions concernant la collaboration en matière de re-
cherches et de développement entre le Royaume-Uni et la France, document signé
par le général de corps d'armée Lavaud, conseiller technique du ministre de la Dé-
fense nationale et des Forces armées, et M. Wheeler, Under Secretary, United
Kingdom Ministry ofDefence.
Pour animer et contrôler cet accord, un Comité directeur fut créé. La délégation
britannique y fut longtemps menée par M. Dodds, et la délégation française par les
généraux Accart, puis Renauld (IPFA), puis par le directeur de la DAI (ICA Bloch,
IGA Bonté, etc.) ou son adjoint (IGA Joyau, etc.).
Le Comité directeur avait créé cinq commissions : avions, armée de Terre, Ma-
rine, électronique et recherches, auxquelles s'en ajouta une sixième, en 1961, pour
la défense nucléaire, biologique et chimique (NBC).
La délégation française à la commission 2 (armée de Terre) était menée par un
chef de file-Terre, le chef du bureau ARMET, puis par le conseiller pour l'armement
du chef d'état-major de l'armée (colonels Doin, Robin, Beugnet, généraux
de Chergé, Grosgeorge, Faugère, Dupont, Dubost, Crinon, etc.). Elle mit sur pied
quelques groupes pour étudier des sujets d'intérêt commun ; elle créa aussi, le
19 mars 1965, un groupe sur les travaux de recherche opérationnelle appliqués à
l'armée de Terre89.

En fait, il y avait déjà des réunions sur les recherches opérationnelles entre les états-
majors, comme celle des 6 et 7 juillet 1964 à Paris : la délégation française était dirigée par
le général Grosgeorge ou le colonel Petkovsek, la délégation britannique par le brigadier
Homberg.
85
Le Comité directeur se réunissait deux fois par an, alternativement en France et
au Royaume-Uni, les commissions également, et les groupes de travail beaucoup
moins régulièrement90.
L'accord de 1957 servit de cadre pour les programmes franco-britanniques,
surtout dans le domaine aéronautique et dans celui de l'électronique ; mais, pour les
armements terrestres proprement dits, aucun projet ne fut mis sur pied, comme on le
constate dans les rapports d'activité de la DEFA, qui, de 1952 à 1967, ne mention-
nent aucune ébauche de programme avec le Royaume-Uni. On reviendra plus loin
sur ce constat.

LES FERRETS

L'état-major de l'armée avait lancé, à la fin de 1956, un programme d'étude


pour une automitrailleuse légère spécialement conçue pour les opérations en Afrique
du Nord ; mais, bien que les prototypes aient été construits et essayés rapidement,
ces nouveaux matériels ne pouvaient être disponibles aussi vite que cela aurait été
nécessaire. Or l'armée britannique avait fait développer quelques années auparavant
une automitrailleuse, le scout-car Ferret, véhicule blindé léger à quatre roues ; expé-
rimentée par la DEFA (à l'ARL) et par la STA, en 1958, elle avait été jugée assez
bien adaptée aux combats d'Algérie. C'est pourquoi 300 scout-cars Ferret (30 MK1
et 270 MK2) furent commandés, en 1959, au Ministry of Supply du gouvernement
britannique. Une expérimentation opérationnelle fut effectuée par le 2 e régiment de
dragons, commandé par le lieutenant-colonel Perrodon. Livrés en 1959 et 1960, ces
véhicules purent, après quelques adaptations assez simples réalisées par l'ARL (ra-
dio, mitrailleuse française AA 52, pneumatiques), être mis à la disposition des forces
françaises en Afrique du Nord, avant l'arrivée des premières AML Panhard, en 1961.
Une cession au Portugal fut envisagée en 1962 ; peut-être fut-elle conclue quelques
années plus tard.

DIFFICULTÉS SPÉCIFIQUES

Les relations entre les experts britanniques et français de l'armement terrestre


étaient toujours excellentes, mais il n'en résultait pas une réelle coopération. En fait,
comme on pouvait le constater dans les groupes de travail alliés (OTAN ou UEO),
les solutions proposées pour un même problème étaient le plus souvent très diffé-
rentes. Plusieurs explications peuvent être données. D'abord, les caractéristiques
militaires n'avaient pas été élaborées en commun : le Royaume-Uni est entré seule-
ment en 1972 dans le comité FINABEL, qui regroupait la plupart des autres pays
européens de l'OTAN (cf. chapitre 6). Sur le plan technique, les traditions étaient
différentes - et, lorsque l'on a choisi une piste, il est normal que l'on pousse plus loin
les recherches et les mises au point technologiques qui en résultent. En d'autres

90
Réunions de la commission Terre : Paris, 2 et 3 mai 1962 (1re) ; Paris, 26 et 27 février
1963 ; Londres, 23 et 24 février 1966 ; Paris, 24 et 26 octobre 1966 (7e) ; Londres, 11 et
12 octobre 1967 ; Strasbourg, 30 et 31 mai 1968 ; Paris, 10 et 11 octobre 1968 ; Londres,
27 et 28 novembre 1969; Londres, 22 et 23 mars 1972; Paris, 16 et 17 novembre 1972
(13e). Réunions du comité directeur : Paris, 2 mars 1961 (1re) ; Londres, 19 et 20 décembre
1968 ; Paris, 9 juillet 1969 (9e) ; Paris, 3 et 4 décembre 1969 (10e) ; Londres, 2 juillet 1970
(11e) ; Paris, 28 et 29 janvier 1971 ; Paris, 2 et 4 novembre 1971 ; Paris, 8 et 9 juin 1972
(14e) ; Paris, 26 juillet 1973 (16e).
86
termes, Français et Britanniques, partis sur des pistes différentes, se comprenaient
souvent, mais n'arrivaient pas à se rejoindre, malgré une estime réciproque certaine.
De plus, la rivalité commerciale en faisait des concurrents sur la plupart des mar-
chés.

QUELQUES TENTATIVES

Les ministres de la Défense (MM. Messmer et Watkinson) avaient décidé


en 1961 que les états-majors se réuniraient périodiquement, une ou deux fois par
an. Cela fut fait, tant au niveau de l'armée de Terre que de l'état-major des armées
(interarmées). La première réunion Terre eut lieu à Paris les 2 et 3 mai 196291. La
préparation de ces réunions donnait l'occasion de faire l'inventaire des sujets d'inté-
rêt commun. Il en allait de même pour les réunions Armement, ainsi que pour les
réunions des commissions.
Les services britanniques demandèrent le 24 octobre 1962 à l'EMAT des ré-
unions sur la défense contre avions à basse altitude. Rappelons qu'à cette époque,
la France commençait les travaux sur le programme sol-air basse altitude (SABA).
Cet intérêt fut confirmé à la réunion du Comité directeur franco-britannique du
30 novembre 1962, avec cependant une ambiguïté sur les capacités tous temps re-
quises. M. Serby, directeur des Engins (Director of Guided Weapons and Electro-
nics, DGWL) au ministère de l'Aviation du Royaume-Uni, fut reçu, à sa demande, par
l'ingénieur général Tayeau, à la DEFA, le 18 décembre 1962
(PV 7143 RAN/DEFA/D/C02 du 26 décembre 1962). Un sous-groupe de travail Dé-
fense aérienne se réunit le 4 janvier 1963 à Paris. L'IPFA jugeait que beaucoup de
questions restaient à éclaircir avant de s'engager dans un programme en coopéra-
tion (Note 6 IPFA/S.C du 12 janvier 1963). Un groupe franco-britannique sol-air
basse altitude fut créé par le Comité directeur à sa réunion du 2 mai 1963.
L'IMC Joyau, de l'IPFA, fut désigné comme représentant français. Après diverses
correspondances (4097 RAN/DEFA/D/C02 du 5 juillet et 4717 RAN/DEFA/D/C02 du
3 août 1963), la première réunion du groupe eut lieu à Londres, les 18 et
19 septembre 196392. Il apparut clairement que les besoins militaires, face à une
menace perçue de façons comparables, étaient différents ; les Britannique recher-
chaient un matériel très léger, servi par un homme, monté sur Jeep, avec un missile
capable de coups au but directs. On sait que la France et la RFA développèrent en
commun le Roland, tandis que le Royaume-Uni développa le Rapier. Quelques an-
nées plus tard (1969-1973), des conversations eurent lieu activement au sujet d'une
coopération éventuelle sur un sol-air moyenne portée (SAMP), pour donner si possi-
ble un successeur européen au Hawk, en tenant compte de l'évolution de la me-
nace. On en parla en vain pendant vingt ans au moins !
À la réunion de la commission 2 (armée de Terre) d'avril 1963, on dut constater
que tous les groupes étaient en sommeil. Les Britanniques acceptèrent une expéri-
mentation technique à Bourges de leur 105 APDS ; on relança le groupe Artillerie ;
on échangea des idées sur la vulnérabilité des hélicoptères ; on exposa les caracté-
ristiques militaires d'un véhicule de reconnaissance découlant de l'accord
FINABEL13A5.

La troisième aussi, les 26 et 27 février 1963.


92
La délégation française, menée par l'ingénieur général Joyau (DEFA), comprenait
l'IMC Robelus (DEFA) et le commandant du Jeu (EMAT) ; la délégation britannique de sept
personnes était menée par le général Grant.
87
En 1963, les informations échangées concernant les plans d'équipement des
deux armées de Terre montrèrent qu'il existait, pour chacune, un besoin d'un nou-
veau véhicule blindé de reconnaissance. Un groupe de travail fut créé et des ré-
unions furent organisées, à Paris et à Londres ; la délégation française comprenait,
à l'origine, le colonel Perrodon (chef du groupement Auto-chars à la STA) et
l'IMC Robineau (chef du département Auto-chars à la DEFA). Les projets en cours
furent présentés. En France, un programme était déjà lancé sous le nom d'ERAC
(engin de reconnaissance à chenilles), et l'étude des principaux composants était
déjà entreprise ; le calendrier des besoins indiquait une production à partir de 1968.
Le programme britannique n'était pas commencé ; le calendrier indiquait un besoin à
partir de 1972. On imagina une coopération sur les composants, mais sans vouloir
aborder la question du partage industriel (pour les études et pour les fabrications), et
un projet de texte fut élaboré en octobre 1964. Les conversations94 se prolongèrent
jusqu'en 1966 sans aboutir, malgré une réelle pression politique. Le programme
ERAC conduisit à la famille AMX 10, avec la version AMX 10 RC (à roues) pour le
véhicule de reconnaissance.

L'EXEMPLE DE L'AÉRONAUTIQUE

L'impulsion donnée à la coopération franco-britannique porta ses fruits dans le


domaine de l'aéronautique et des missiles. Sans parler du Concorde, qui servit cer-
tainement de « premier de cordée », il faut citer le Jaguar (entre Breguet et BAC -
British Aircraft Corporation) et le missile Martel (entre Matra et HSD - Hawker Sid-
deley Dynamics), qui furent des succès. Un protocole fut signé95 à Londres, le
17 mai 1965, entre les deux gouvernements, pour une coopération dans le domaine
aéronautique. Les ministres de la Défense décidèrent de mettre à profit les dévelop-
pements déjà en cours pour les hélicoptères militaires et qui pouvaient apparaître
comme complémentaires, comme le Puma SA 330 et la Gazelle SA 340, construits
en France, et le Lynx WG 13 britannique. Un Comité directeur Hélicoptères fut créé
en 1971 pour gérer ces programmes. Il était dirigé, du côté français, par l'ingénieur
général Munnich, qui, en 1943, travaillait en Algérie sur le Spitfire et qui était aussi
responsable du Martel.

C'est dans cet esprit que se plaçaient les réunions de la commission 2 (Terre)
et les relances périodiques, à l'initiative d'un pays ou de l'autre, pour rechercher des
sujets possibles de coopération.
Une entrevue entre ministres (M. Debré et lord Carrington), les 22 et
23 septembre 1971 à Londres, entraîna de nouvelles tentatives. Ainsi, des conver-
sations entre responsables des armées de Terre eurent lieu à Londres les 22 et

La première réunion eut lieu à Paris (10 et 12 juillet 1963) ; la deuxième à Londres (2 au
6 décembre 1963); la troisième à Paris et Satory (17 au 19 mars 1964) ; la quatrième à Lon-
dres (30 juin au 2 juillet 1964) ; la cinquième à Paris (3 au 5 novembre 1964).
94
À la sixième réunion (12 et 13 juin 1965), il fut convenu que l'on procéderait à un échange
de matériels pour essais : EBR et AML Panhard iraient à Chobham et un FV 432 irait à la
STA. La délégation française, dirigée par le colonel Perrodon, comprenait les chefs d'esca-
drons Le Sueur et Wolfrom et les ingénieurs en chef Bodin et Chabaud. La délégation bri-
tannique était dirigée par le colonel F. Coates.
95
Par M. Messmer pour la France et par MM. D. Healey, ministre de la Défense, et
R. Jenkins, ministre de l'Aviation, pour le Royaume-Uni.
88
23 mars 1972, à l'issue desquelles on pouvait penser (fiche
231 DN/EMAT/3/Études/CD du 16 août 1972) que des convergences étaient possi-
bles sur un missile sol-air moyenne portée pour la défense aérienne (après 1982),
sur la surveillance du champ de bataille et, peut-être, sur un lance-roquettes multi-
ple.
Un accord sur les exportations des matériels développés en commun avait été
conclu en 1972 (après l'approbation écrite de M. Debré au projet du 18 avril 1972 :
1744 CC/16 du 26 avril 1972).

Une relance de la coopération fut décidée, à la demande des Britanniques,


après une réunion des ministres les 20 et 21 novembre 197296. Les structures de
coopération furent un peu modifiées. Un Comité de coopération franco-britannique
en matière d'équipements (dont le mandat avait été approuvé par les ministres) prit
la relève du Comité directeur. Sa première réunion eut lieu à Londres le 2 février
1973. Les délégations étaient menées par M. Cornford et l'ingénieur général
de l'Estoile. Les directions de la DMA étaient représentées à ce Comité, avec
l'IG Cave pour la DTAT. Deux réunions par an étaient prévues. À la deuxième ré-
union (à Paris, le 6 novembre 1973), il fut surtout question des hélicoptères (démar-
rage de la production du Lynx, évaluation du HOT sur hélicoptères).
C'est à cette époque (novembre 1972) que fut créée la Commission franco-
britannique sur l'équipement de l'armée de Terre (CEAT ou, en anglais, Army
Equipment Commitee : AEC) ; sa première réunion eut lieu à Londres le 30 juillet
1973. Les réunions à haut niveau devinrent régulières ; le directeur de la DTAT reçut
le Master General of Ordnance (MGO), et réciproquement. Il semble cependant que
les informations ainsi échangées n'aient pas modifié notablement la situation. Peut-
être les discussions étaient-elles plus fructueuses dans d'autres cadres ?
Une lettre de M. Debré au ministre britannique de la Défense, datée du
19 décembre 1972, fit d'importantes propositions sur la coopération européenne
dans le domaine de l'aéronautique et des armements, tout en justifiant la décision
française de ne pas participer aux activités de l'Eurogroupe dans le cadre de l'OTAN.
C'était une tentative supplémentaire d'organisation de l'Europe, mais quelques an-
nées furent encore nécessaires avant que l'on ne voie naître un premier forum euro-
péen (cf. chapitre 6).

LES GROUPES ARTILLERIE

La commission 2 avait créé, à l'origine, un groupe Poudres et armements, de-


venu ensuite groupe Artillerie (réunion du Comité directeur du 30 novembre 1962) ;
l'ingénieur général Rivais menait la délégation française97. En novembre 1963, elle
décida de créer deux groupes Artillerie :
- un groupe Tactiques, où la délégation française était menée par le chef du grou-
pement Artillerie de la STAT (colonels Niewenglowski, Grando, etc.) ;
- un groupe Techniques, où l'ingénieur général Sutterlin (qui avait remplacé
l'IG Rivais) retrouvait son homologue britannique, M. Chaddock (Director of Artil-

La coopération avait déjà à son actif le Jaguar, le Martel, les hélicoptères, et la Navy ve-
nait d'accepter l'Exocet (réunion à l'EMA du 30 novembre 1972, et lettre de M. Debré à
lord Carrington : 4406 CC16 du 5 décembre 1972).
97
Le groupe Artillerie fut mené en 1963 par l'EMAT et la STAT (lieutenants-colonels Crépin,
Scotto, Ebert).
89
lery - R and D - jusqu'en avril 1966). Quelques années plus tard, les chefs de
délégation étaient l'ingénieur général Marest et M. Simpson.
Ces groupes permirent des échanges réguliers (une réunion annuelle en
moyenne, alternativement en France ou au Royaume-Uni) dans le domaine de l'ar-
tillerie pris au sens large, puisque, en décembre 1965, l'arme de 20 mm AME 621 fut
présentée à la délégation britannique à Mulhouse (réunion du 15 au 17 décembre du
groupe chargé des problèmes techniques d'armement classique, cf. compte rendu
273 ST/DTAT/AMU-8b du 19 janvier 1966).

LA COMMISSION NBC

Créée en 1961, cette commission eut également des réunions régulières, quoi-
que peu fréquentes (tous les deux ou trois ans environ), à Porton, au Royaume-Uni,
et au Bouchet, en France. Les représentants français furent longtemps les
IG Defrance et Ricaud. Les résultats de l'exercice Tureen, mené au champ de tir
d'Imber (Salisbury) du 6 au 9 novembre 1964, furent soigneusement analysés.
Un groupe de travail Défense chimique fut créé. Coprésidé par le CEB et le di-
recteur de la Défense chimique au ministère britannique (tant que ce poste exista), il
se réunissait tous les ans, alternativement au Bouchet et à Porton. Il créa quatre ac-
cords particuliers, relatifs à la chimie des agents toxiques, à la détection, à la protec-
tion et à la thérapeutique, dont les responsables se rencontraient plus fréquemment.
Cette coopération permit de bons échanges de renseignements, sans débou-
cher sur des développements communs.

LES AUTRES GROUPES

D'autres groupes furent créés, mais leur existence fut souvent éphémère. Ce
fut le cas du groupe créé en 1967, à l'initiative du Royaume-Uni98, au niveau des
états-majors Terre, pour des discussions sur le char futur (post-1980). Le ministre
français, en approuvant les mesures prises par l'EMAT sur cette coopération, insista
pour que les échanges soient essentiellement centrés sur les problèmes tactiques,
c'est-à-dire d'emploi (note 1533 CC du 17 janvier 1968). Après deux réunions
en 1968 et deux en 1969, le groupe fut, peu après, mis en sommeil ; sans doute
cette réflexion était-elle prématurée.
Dans le même cadre eurent lieu en 1969 des réunions de réflexions sur les be-
soins à long terme.

LES MISSILES ANTICHARS

À la fin des années 1960, la France avait obtenu des succès remarqués dans
le secteur des missiles antichars, avec le SS 10, l'ENTAC et le SS 11. La deuxième
génération était en cours de développement, en coopération avec la RFA. Le
Royaume-Uni avait, de son côté, des missiles antichars : le Vigilante et le Swingfire.
Des informations sur tous ces programmes étaient régulièrement échangées,
au cours des réunions du groupe de travail OTAN AC/172. Ce groupe de travail avait
d'ailleurs réussi, avec la contribution active des experts britanniques (comme
M. Jones) et français (comme l'ICA Arène), à normaliser les méthodes d'évaluation

Demandé en fait à la réunion du 10 février du Comité directeur.


90
des missiles antichars. C'est donc tout naturellement qu'une délégation britannique
assista à la première présentation en vol du MILAN, organisée par le Comité direc-
teur franco-allemand à l'intention des États-Unis (dans le cadre d'un accord spécifi-
que : cf. chapitre 3). Cette présentation (d'ailleurs prématurée, car le matériel était
loin d'être opérationnel) eut lieu au camp de Mailly, au printemps 1967. L'intérêt de
l'armée britannique pour le MILAN se confirma, sans cependant se traduire par un
accord avant plusieurs années.
Un accord sur la réciprocité des achats de matériels d'armement avait été signé
le 16 novembre 1973 à Paris, par M. Debré et lord Carrington (Note
085976 DMA/DAI/CD du 10 décembre 1973). Les conversations au sujet du MILAN
reprirent de façon approfondie en 1974, British Aircraft étant disposé à en acquérir la
licence, alors que le Royaume-Uni s'était retiré du groupe de projet OTAN (GP 9) sur
le MILAN en 1973. Mais il y avait toujours la concurrence du Swingfire, puis la de-
mande franco-allemande de voir les hélicoptères britanniques armés du HOT plutôt
que du TOW américain, alors que le projet Hawkswing venait d'être abandonné. Fi-
nalement, c'est en 1978 que le Royaume-Uni entra dans le club des pays produc-
teurs du MILAN. Depuis cette époque, il est également partie prenante des dévelop-
pements en coopération européenne (tripartite, pour les premières phases) des mis-
siles antichars de troisème génération (TRIGAT) ; un Bureau de programmes tripar-
tite fonctionne à Rueil, dans le prolongement du BPFA.

LE DOMAINE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS

La coopération dans le secteur électronique était traitée par la commission 4,


qui était interarmées. Du coté français, le chef de délégation était issu, selon l'an-
cienneté des représentants, soit de la SEFT, soit des constructions navales (comme
NG Giboin), soit de la DTIA (Direction technique et industrielle de l'aéronautique, dé-
pendant du Service technique des télécommunications de l'air, ou STTA).
Dès 1959, existaient des sous-comités Tubes électroniques (IMCT Lacoste et
Laforêt) et Semi-conducteurs (IMCT Laforêt)99, supervisés en France par la DSFP
(IMG Ribes), et qui se réunissaient une ou deux fois par an 100 .
Une mission se rendit en Grande-Bretagne du 2 au 6 mars 1964, pour exami-
ner en commun le problème de la commutation PCM (projet Hobarf).
C'est aussi dans ce cadre qu'eurent lieu des échanges dans le domaine tout
nouveau des circuits intégrés, où le Royaume-Uni avait, à l'époque, une certaine
avance, grâce aux travaux réalisés au RRE (Royal Radar Establisment) de Great
Malvern par le Dr. G. W. Dummer.
La France proposa, le 17 décembre 1972, des travaux en commun pour l'au-
tomatisation des tirs d'artillerie.
Une présentation des réalisations concernant les programmes RITA et
SYCOMORE fut organisée à Paris les 1 e r et 2 mars 1973.

99
Voir note 8428 T/TELEC/DEFA/SC du 22 octobre 1959.
100
À Londres du 29 juin au 2 juillet 1959, à Paris le 22 septembre 1959 et du 19 au 22 juin
1961.
91
MISSIONS DIVERSES

L'IMG Molinié se rendit à l'École des blindés à Bovington à l'automne 1955.


Le 8 juillet 1959, le 105 automoteur X 24 E3 sur véhicule FV 433 fut présenté à
Fort Halstead (Kent). La délégation française comprenait l'IC Rivais, TIC Cholley et le
lieutenant-colonel Laeuffer.
Le 1 er juillet 1960, l'armement de 105 mm du Centurion, le 105 L 7 A1, avec ses
munitions à sabots détachables (APDS), fut présenté à Lulworth (Dorset). La délé-
gation française comprenait les lieutenants-colonels Crépin et deCharnacé,
l'IC Marest et trois autres officiers (cf. chapitre 4).
Au début de l'été 1962, une présentation de chars Chieftain aux délégations
des pays de l'OTAN eut lieu à Kirkudbright (Ecosse) ; la délégation française était
conduite par l'ingénieur général Molinié, et comprenait les IMC Bodin et Robineau.
En septembre 1962, les Britanniques organisèrent, dans leur établissement de
Chobham, une présentation de véhicules militaires. La mission que la DMA envoya à
cette occasion, le 27 septembre, comprenait l'IMC Boffocher, l'IMC Robineau, l'IM-
TA Cantarel (de la DEFA) et le commandant Willard (de la DMA/DEV).
Tous les deux ans, le salon aéronautique de Farnborough était l'occasion de
visites d'ingénieurs de la DEFA ; ainsi, en 1962, ce fut le cas de l'ingénieur général
Combaux, avec les ingénieurs en chef Defrance, Robineau et Thoré.
Le véhicule de recherches FV-1000, construit par les Britanniques pour étudier
les possibilités de virage par glissement (skid-steering), intéressait l'AMX. Une mis-
sion (comprenant l'ingénieur principal Vian et l'IMP Pommellet) alla l'examiner au
FVRDE (Fighting Vehicles Research and Development Establishment) de Chobham,
à la fin de juillet 1964. La solution technique utilisée pour l'AMX 10 RC tient compte
de ces observations.
Parmi les visites en France de responsables britanniques, on notera celles du
général Baker, chef de l'armée de Terre, du 22 au 24 septembre 1969, du major gé-
néral Knutton, Director General of Weapons i/Krmy) au Procurement Executive, les
8 et 9 février 1973 (Bourges et DTAT), et celle de sir Michael Carver, chef de l'armée
de Terre, du 18 au 21 mars 1973.

92
CHAPITRE 6
LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE

L'UNION DE L'EUROPE OCCIDENTALE (UEO)

L'automne 1947 avait vu la confirmation de l'existence d'un bloc des partis


communistes, avec la création du Kominform101, qui apparaissait comme une me-
nace pour les démocraties occidentales. L'idée d'une alliance avait été exprimée par
Winston Churchill dès 1946. Un traité avait été signé en 1947 entre la France et le
Royaume-Uni (cf. chapitre 5). Le Coup de Prague, en février 1948, précipita les
conversations en vue d'un traité défensif. Le 4 mars 1948, des représentants de la
Belgique, de la France, du Luxembourg, des Pays-Bas et du Royaume-Uni se réuni-
rent à Bruxelles pour examiner les termes d'un traité d'assistance mutuelle. Par le
traité de Bruxelles, signé le 17 mars 1948, ces cinq pays s'engagèrent à constituer
un système commun de défense et à renforcer leurs liens économiques et culturels.
L'article 4 du traité de Bruxelles stipulait que, dans le cas où l'une des parties
contractantes serait l'objet d'une « agression armée en Europe », les autres signatai-
res du traité « lui porteraient aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir,
militaires ou autres». Le traité, conclu pour une durée de cinquante ans, prévoyait
comme instance suprême de cette « Union occidentale » un Conseil consultatif,
composé des cinq ministres des Affaires étrangères, dont relevait un Comité de dé-
fense occidentale, composé des ministres de la Défense.
Les ministres de la Défense et les chefs d'état-major des cinq pays se réunirent
à Londres le 30 avril 1948, pour étudier les besoins de leurs pays en matériel mili-
taire et rechercher dans quelle mesure ces besoins pouvaient être satisfaits par leurs
propres productions.

En septembre 1948 (c'est-à-dire pendant le blocus de Berlin-Ouest, déclenché


par les Soviétiques le 24 juin 1948), un organisme militaire fut créé dans le cadre du
traité de Bruxelles : il prit le nom d'Organisation de défense de l'Union occidentale102.
Cette organisation militaire de l'Union occidentale fusionna à la fin de 1950 avec
celle créée par l'OTAN. Pendant cette même année 1950, qui avait vu l'invasion de
la Corée du Sud par les troupes nord-coréennes, les propositions et les pourparlers
commencèrent au sujet de la contribution de la RFA (dont l'existence datait du
20 septembre 1949) à la défense de l'Europe occidentale (négociations de Peters-
berg). M. René Pleven, président du Conseil, avait exposé son projet de création
d'une armée européenne, le 24 octobre 1950, devant l'Assemblée nationale. Ce
projet conduisit à la signature, à Paris, le 27 mai 1952, par les ministres des Affaires
étrangères de six pays (Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, République

Dont les membres étaient les chefs des partis communistes des pays suivants : URSS,
Pologne, Bulgarie, Tchécoslovaquie, Roumanie, Hongrie, Yougouslavie, France, Italie et
plus tard Pays-Bas.
102
Le Fieldmarshall Montgomery, nommé président permanent du Comité des comman-
dants en chef, établit son quartier général à Fontainebleau. Des commandants en chef fu-
rent nommés : le général de Lattre de Tassigny pour les forces terrestres, Y Air Chief Mars-
hall Robb pour les forces aériennes et l'amiral Jaujard pour les forces navales.
93
fédérale d'Allemagne) d'un traité instituant la Communauté européenne de Défense
(CED). On sait que la ratification de ce traité fut rejetée par l'Assemblée nationale
française le 29 août 1954, ce qui entraîna ipso facto l'abandon de l'idée d'une armée
européenne. En contrepartie, une conférence réunit à Londres, du 28 septembre au
3 octobre 1954, les représentants de neuf pays (les six de la défunte CED, plus le
Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni). Les accords de Paris, signés le
23 octobre 1954, en confirmant les décisions de cette conférence des neuf, créèrent
l'Union de l'Europe occidentale (UEO), après l'adhésion de l'Italie et de la RFA au
traité de Bruxelles. Ces accords entrèrent en vigueur le 6 mai 1955.

L'organe suprême de l'UEO est le Conseil, composé de représentants des


États membres (ministres, ambassadeurs), assistés du secrétariat général. Le
Conseil est installé à Londres.
Une Agence pour le contrôle des armements (ACA) était chargée de contrôler
les armements détenus par les États membres sur le continent européen et de veiller
à ce que la RFA ne fabriquât pas ceux des armements de grande puissance dont la
production lui était interdite.
Un Comité permanent des armements (CPA) était chargé de promouvoir la
production coordonnée des armements et leur standardisation.
L'ACA et le CPA étaient installés à Paris, au siège de l'Assemblée (composée
de 89 parlementaires et 89 suppléants), au palais d'Iéna. Le CPA se réunissait très
régulièrement, tous les deux mois en moyenne (la 114e réunion eut lieu le 25 mars
1973). Le représentant français était le conseiller Armement de la délégation perma-
nente de la France à l'OTAN (IG Devenne, puis Lacoste, puis Brindeau) ou son ad-
joint (colonel Chaellter, puis Kauffer, puis de Cointet). Un observateur du secrétariat
international de l'OTAN assistait aux réunions (IG Fischer, puis MM. Stone, Longé,
Abs). Un groupe aûf hoc fut créé pour rechercher les possibilités de standardisation
des armements, et il créa à son tour des sous-groupes, avec des mandats limités
permettant aux experts de travailler103. On mentionnera par exemple les sous-
groupes suivants, entre 1960 et 1966 :
- n° 3 : armes antichars (dont les missiles guidés, comme Vigilante, Swingfire,
MILAN, HOT, etc.) ;
- n° 5 : groupe chargé de définir les caractéristiques militaires des matériels per-
mettant d'améliorer la mobilité tactique des troupes aéroportées après atterris-
sage ;
- n° 6 : groupe chargé de définir les caractéristiques militaires d'une famille de vé-
hicules à roues devant entrer en service dans les années 1970-1980 ;
- n° 7 : obstacles et barrières.
Le CPA diffusait un rapport semestriel, rappelant, entre autres, l'activité du
groupe ad hoc et de ses sous-groupes, ainsi que les accords auxquels on était par-
venu. Parmi ces accords, on mentionnera ceux qui existaient en 1962 :
- n° 2 FT 2, sur les systèmes d'armes sol-air basse altitude ;
- n° 2 FT 3, sur l'arme portative antichar individuelle ;
- n° 3 FT 3, sur les armes antichars longue portée (3000-4000 m).
À partir de 1966, le rapport du groupe ad hoc pour le deuxième semestre éta-
blissait la liste des activités bilatérales ou multilatérales (rarement avec plus de trois
pays).

Le général Grosgeorge fut pendant quelques années, à partir de 1965, le président du


groupe ad hoc.
94
En 1969, on admit que les accords FINABEL seraient automatiquement ac-
ceptés par l'UEO, si le Royaume-Uni était d'accord. Puis les activités furent étendues
aux concepts tactiques et à la recherche opérationnelle.

On ne peut pas dire que l'UEO ait eu une importance primordiale pour les rela-
tions internationales françaises dans le domaine de l'armement terrestre. D'une part,
les activités du CPA faisaient double emploi avec celles d'organismes similaires de
l'OTAN - et certains pays préféraient travailler à l'OTAN. D'autre part, l'UEO connut,
pour des raisons politiques, des périodes de léthargie, malgré ses relances périodi-
ques par les autorités françaises.
On mentionnera tout de même le fait que l'un des postes ouverts à l'ACA fut
régulièrement confié à un ingénieur général de la DEFA (Combes, Laborie, Francil-
lon, Viviez).

FINABEL

En 1953 (après la signature du traité instituant la CED), sur proposition du chef


d'état-major français (le général Blanc), les chefs des états-majors des armées de
Terre de France, Italie, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg, décidèrent, avec l'accord
de leurs ministres de la Défense, de créer un comité de coordination qui fut appelé
FINBEL (d'après les initiales des pays membres). Ce comité s'était initialement fixé
pour objectif le développement de la coopération européenne, dans le but d'atteindre
une standardisation étendue, et, si possible, une production intégrée des arme-
ments. Ce fut la première organisation régionale de pays européens membres de
l'OTAN pour renforcer leurs positions à l'intérieur de l'Alliance. La première réunion
constituant le comité eut lieu le 12 octobre 1953, à Bruxelles.
En mars 1956, après les accords de Paris, la République fédérale d'Allemagne
entra dans le comité, qui prit alors le nom de comité FINABEL. Parallèlement, le co-
mité limita ses objectifs à la définition des caractéristiques militaires des matériels
futurs, en laissant les autres organismes alliés (comme l'UEO et l'OTAN) essayer de
traiter de la standardisation des armements et de la coopération militaire. En ce qui
concerne la France, cette orientation fut confirmée par le secrétaire d'État aux For-
ces armées (Terre) (Note 1525 SEFAT/CAB du 14 mai 1957).
Créé par entente directe entre les chefs d'états-majors, le comité FINABEL n'a
pas d'existence juridique à proprement parler ; mais, relevant directement de la
compétence de ces responsables de très haut niveau, il a toujours été reconnu par
les autres organismes alliés. D'ailleurs, il a lui-même défini ses relations avec ces
organismes par une déclaration, le 21 septembre 1956, réglant ainsi l'utilisation de
ses travaux par l'OTAN (Bureau militaire de standardisation et Comité des arme-
ments) et l'UEO (Comité permanent des armements - créé le 7 mai 1955 - et grou-
pes ad hoc). Après le refus du Royaume-Uni de se joindre au comité FINABEL, un
groupe ad hoc tut créé à l'UEO pour organiser, lorsque cela semblait utile, la coopé-
ration entre le Royaume-Uni et les autres alliés européens. Le Royaume-Uni entra
finalement dans le comité FINABEL en 1972 (lettre du général Carver au général
de Boissieu, le 31 janvier 1972), après plusieurs démarches officieuses depuis 1970
- transmises par la délégation française à l'OTAN.

L'organisation de FINABEL résulte de ses missions de coordination entre des


membres entièrement libres. Au sommet, on trouve le Comité des chefs d'états-

95
majors, qui se réunit en moyenne une fois l'an, et auquel sont directement subor-
donnés104 :
- le comité des experts militaires principaux (EMP)105, qui désigne un président
pour une certaine période ;
- le comité des logisticiens ;
- divers comités et groupes de travail spécialisés, qui relèvent du comité des EMP ;
- un secrétariat permanent, installé à Bruxelles, dirigé par un officier supérieur
français (le colonel Declercq, puis Jeanpierre, Hermann, etc.) assisté d'un officier
belge, et comprenant deux sous-officiers et un secrétaire.
Il n'est pas possible de résumer ici les activités du comité FINABEL, qui se
poursuivent d'ailleurs aujourd'hui, après plus de trente-cinq années. On se limitera à
rappeler les domaines qui ont ainsi été couverts.

Liste des groupes FINABEL en 1962 :


- A : armement portatif d'infanterie ;
- B : armement antichars ;
- C : mortiers d'infanterie ;
- D : armes antiaériennes contre objectifs volant à basse altitude ;
- E : véhicules de combat ;
- F : appui de feu lourd ;
- G : matériels de combat du génie ;
- H : infrarouge ;
- I : matériels de transmission ;
- K : transport par air des matériels de l'armée de Terre ;
- L : appui aérien, moyens de reconnaissance et de surveillance du champ de ba-
taille ;
- M : organisation ;
- comité de protection ABC ;
- comité des constituants interchangeables des véhicules automobiles ;
- comité des constituants interchangeables du matériel électronique ;
- comité des logisticiens.
Cette liste a évolué au fil des années, pour tenir compte des problèmes qui
pouvaient se poser et de l'activité réelle de chacun des groupes. Ainsi, en 1966, les
groupes B, C et M ont disparu, mais on trouve en plus les groupes suivants :
- N : défense nucléaire ;
- O : défense chimique ;
- P : défense combinée NBC ;
- T : études tactiques.

Les travaux de tous ces groupes ou comités devaient se placer dans un cadre
tactique d'ensemble. Il fut défini par les experts militaires principaux, le 13 avril 1957.
Par la suite, les concepts de défense évoluèrent de façon différente en France et
dans les organismes de l'OTAN, mais il fut le plus souvent possible de définir les
bases communes nécessaires.
104
À l'origine, il existait un comité des suppléants au niveau du major général (en France, le
général Conze).
À l'origine, en France, le chef du bureau ARMET (colonels Mirambeau, Derrier, Doin,
etc.)
96
Le comité FINABEL édite, à l'issue de ses travaux, des documents qui, après
ratification par l'état-major de chacun des pays membres, sont promulgués officiel-
lement. Ces documents peuvent être :
- des rapports, comme le rapport FINABEL n° 5 R 17, promulgué le 18 mars 1974 :
Fonctionnement et organisation du commandement et de ses états-majors -
Systèmes de commandement ;
- des conventions, comme la convention FINABEL n ° 1 0 C 6 , promulguée le
16 janvier 1970, sur le marquage des matériels ayant subi une contamination
chimique ;
- des accords, comme l'accord FINABEL n° 3 A 5 promulgué le 6 juin 1957, sur les
caractéristiques militaires du char moyen.
La normalisation de certains essais fut même assurée par FINABEL, jouant un
rôle de coordinateur qui n'existait pas en Europe. Ainsi, en 1968, FINABEL organisa
la répartition entre plusieurs nations des essais de transmissions de données.

Il n'est pas exagéré de dire que le comité FINABEL a eu une influence considé-
rable sur le développement des matériels d'armement terrestre en France et en Eu-
rope, depuis sa création en 1953, particulièrement dans les années 1950 et 1960,
alors que les structures de coopération internationale n'existaient qu'à l'état em-
bryonnaire. Les contacts directs et renouvelés entre les officiers et les ingénieurs
des différents pays européens à l'occasion des travaux de FINABEL (des ingénieurs
de la DEFA ou de la DTAT ont participé à beaucoup de groupes) ont permis, comme
le levain dans la pâte, à la coopération européenne de trouver une réalité.

LE TRIPARTISME (FRANCE, ITALIE, RFA)

C'est le 28 novembre 1957 que fut signé entre les trois pays (France, Italie,
République fédérale d'Allemagne), par les ministres de la Défense, un protocole tri-
partite sur la coopération dans le domaine des conceptions militaires et des arme-
ments.
Pour la mise en œuvre de ce protocole, un Comité militaire tripartite (CMT) fut
institué, au niveau des responsables de l'armement dans chaque pays (voir annexe
VI.1). À son tour, le Comité militaire définit l'organisation de ses travaux.
Il comprenait :
- un Comité directeur, se réunissant trois ou quatre fois par an au début, puis deux
fois par an 106 ;
- six commissions (une par secteur d'activité) : Air (I), engins (II), recherche scienti-
fique et applications (III), Terre (IV)107, Marine (V) , électronique (VI) ;

La délégation française fut longtemps menée par le général Accart, qui fut inspecteur de
l'armement. Après la réorganisation de la DMA en 1965, elle fut menée par le directeur de la
DAI (Bloch, Bonté, de PEstoile, Assens, etc.) ou le sous-directeur de la coopération (Mûller,
Cauchie, etc.). La délégation allemande fut menée par le Pr. Schardin, puis MM. Wahl, Willi-
kens, Engelmann, Eberhardt. La délégation italienne, qui assurait la présidence, fut menée
par les généraux Unia, Giovannozi, Montuori, Commuci. On peut donner les dates de certai-
nes réunions : 16e, à Rome (11 mai 1965) ; 17e, à Munich (18 novembre 1965) ; 18e, à Paris
(5 mai 1966) ; 19e, à Rome (2 novembre 1966) ; 23e, à Florence (16 mai 1968) ; 25e, à Paris
(20 mai 1969) ; 26e, à Naples (12 novembre 1969) ; 27e, à Munich (4 juin 1970) ; 28e, à Paris
(18 janvier 1971) ; 29e, à Venise (13 mai 1971) ; 30e, à Stuttgart (14 décembre 1971) ; 31e, à
Toulon (25 mai 1972) ; 32e, à Tarente (6 décembre 1972).
97
- un comité de défense aérienne109 ;
- des groupes de travail, le plus souvent sous l'autorité des commissions, et éven-
tuellement des sous-groupes.
En outre les règles de sécurité applicables aux informations, ainsi que certaines
méthodes, furent définies. Les procès-verbaux devaient être rédigés en langue fran-
çaise (celle des deux langues officielles de l'OTAN qui paraissait la mieux adaptée).
Les conclusions des travaux devaient aboutir à des accords, à des conventions, à
des rapports ou à des documents d'identification.
À titre d'exemple, on citera les Recommandations du groupe de travail juridi-
que, administratif, financier et économique du Comité militaire tripartite
n°7 CMT/JAFE, rédigées à Bonn le 25 août 1960, révisées et approuvées par le
Comité directeur à Rome le 5 septembre 1960. De même, un Guide à l'usage des
délégations aux organismes du Comité militaire tripartite fut édité à plusieurs repri-
ses.
La présidence des commissions et des groupes était au début laissée à l'initia-
tive de chaque organisme ; en 1964, le Comité directeur décida, dans un souci de
continuité et d'équilibre, que la présidence d'un organisme serait attribuée systémati-
quement au représentant d'un même pays. La commission IV fut désormais présidée
par le représentant français.

On ne pourra ici reprendre ni même résumer les travaux de ces organismes tri-
partites. Chacun d'eux eut non seulement son utilité, mais fut pendant une certaine
période à l'ordre du jour des réunions entre les trois ministres , riches de perspecti-
ves d'une coopération très désirée et rarement réalisée. Les réunions étaient l'occa-
sion de présenter des matériels et de faire visiter des installations (par exemple le
Crotale, le Javelot, le MILAN et l'AMX 10 à la réunion du Comité directeur à Paris, le
18 janvier 1971).
On se limitera à rappeler la liste des groupes spécialisés de la commision IV
(Terre)111, puis pour chacun d'eux quelques points jugés plus importants :
- groupe A : chars (présidence : Italie) ;
- groupe B : antichars (présidence : France) ;
- groupe C : défense NBC ;

107
La délégation française, qui assurait la présidence, fut menée successivement par les
généraux Doin, de Chergé, Grosgeorge, Faugère, Dupont, Dubost, Crinon. Un représentant
de la DEFA participait également aux réunions (IC ou IG Prette, Robineau, Sutterlin, Le-
grand, Deruelle, Tremouilles, etc.). La délégation allemande fut menée successivement par
les généraux Braunig, Willikens, Schônefeld et Eberhardt. La délégation italienne fut menée
successivement par les généraux Pirrone, Frizzele et Piovanno.
108
La commission V jugea très vite que ses activités correspondaient à celles du groupe ad
hoc OTAN sur la Marine, et elle fut en fait mise en sommeil.
109
II se réunit à Friedrichshafen les 8 et 9 octobre 1970, et à Milan les 14 et 15 octobre
1971.
110
Comme celle du 16 décembre 1958.
111
Réunions de la commission IV, de 1962 à 1973: Bonn (25 et 26 janvier 1962), Paris
(21 et 22 juin 1962), Rome (7 et 8 mai 1963), Paris (7 et 8 octobre 1964), Stuttgart (27 avril
1965), Rome (12 octobre 1965), Paris (14 avril 1966), Munich (27 septembre 1966), Flo-
rence (31 mars 1967), Marseille (14 et 15 mars 1968), Munster (7 et 8 novembre 1968), Na-
ples (16 et 17 avril 1969), Rennes (23 et 24 octobre 1969), Bad Reichenhall (23 et 24 avril
1970), Rome (13 et 14 octobre 1970), Paris (20 et 21 avril 1971), Hambourg (22 et 23 février
1971), Turin (28 et 29 septembre 1972), Satory (5 et 6 juin 1973).
98
- groupe D : génie (présidence : France) ;
- groupe E : arme de saturation (présidence : RFA) ;
- groupe F : artillerie (présidence : RFA) ;
- groupe G : véhicules de servitude (présidence : Italie) ;
- groupe H : cartouches de moyenne puissance ;
- groupe I
- groupe J
- groupe K
- groupe L : matériels de surveillance du champ de bataille ;
- groupe sur la défense contre avions à basse altitude (présidence : France).

Le groupe A, prolongement du groupe franco-allemand mis en place pour le


programme du char standard (cf. chapitre 4), eut une activité soutenue jusqu'à la fin
des essais tripartites des chars Léopard I et AMX30, en 1963. Un sous-groupe fut
créé (réunion du 30 juillet 1964) pour élaborer des méthodes d'essais communes. Il
fut ensuite mis en veilleuse, car les perspectives relatives à la modernisation des
chars Patton M 47, qui était à l'ordre du jour, ne paraissaient pas suffisantes. En ou-
tre, les problèmes du char futur (à mettre en service après 1970) étaient abordés à
l'OTAN ou activement gérés en coopération germano-américaine (programme
MBT 70), ce qui excluait les deux autres pays. Restaient les discussions sur l'arme-
ment principal du char moyen (portée optimale, emploi de missiles) ; comme elles
faisaient l'objet de travaux concrets à l'OTAN, le groupe A fut mis en sommeil
en 1966 et jamais réactivé.
Le groupe B n'était pas, à l'origine, chargé des missiles guidés - confiés à la
commission II ; il étudia donc en priorité l'arme individuelle à courte portée (ACL,
etc.). Les armes antichars guidées lui furent attribuées en octobre 1964 ; il chercha
donc à favoriser la mise en œuvre des systèmes existants, tout en observant les
progrès des missiles MILAN et HOT, réalisés en coopération franco-allemande ; il se
concentra ensuite sur l'arme portative de courte portée (500 à 1000 mètres), ques-
tion également traitée par le groupe OTAN AC/172, avant d'être mis en sommeil en
octobre 1969.
Le groupe C était encore actif en 1973112 ; outre les dosimètres (mesure des
radiations nucléaires cumulées), un équipement semblait pouvoir donner lieu à des
actions coordonnées : l'ensemble de reconnaissance radiologique aérienne (ERRA).
Le groupe D obtint des résultats concrets et durables. Si, en juin 1964, il jugeait
qu'une coopération (qui n'aboutit pas) était possible sur un matériel de franchisse-
ment comme l'ENFRAC, qui était à l'étude en France, à partir de 1967, c'est lui qui
mit sur pied une coopération sur l'engin de déminage rapide, pour laquelle un accord
fut signé en 1972 (cf. aussi chapitre 4, car l'Italie se retira en 1974). La commis-
sion IV113 et le Comité directeur félicitèrent le groupe D pour ce programme, auquel
le Royaume-Uni envisagea de participer. Le sous-groupe Amélioration de la trafica-
bilité des sols promut également, de 1970 à 1973, une coopération franco-allemande
sur des travaux concrets (MATS)114.
112
Les représentants français étaient alors le lieutenant-colonel Bruder (STAT), le chef d'es-
cadron d'Anselme (EMAT) et l'ingénieur en chef Malardel (DTAT).
113
À sa réunion de Hambourg, le 23 février 1972 ; les délégations étaient menées par le
colonel Rhenitz, le général Dubost (président) et le colonel Piovanno.
114
La présidence de ce groupe D était confiée au chef de la délégation française : le général
Terrienne, puis le colonel Lopin, le général Gillois, le général Martin ; cette délégation com-
99
Le groupe F avait également à traiter des lance-roquettes ; une démonstration
de l'arme de 110 mm développée par la RFA eut lieu en Allemagne en 1964. Le
groupe fut mis en sommeil en 1972 ; le représentant français était alors le colonel
Gleizes.
Le groupe G eut une activité soutenue pendant près de quinze ans. Dans un
premier temps, il proposa de rédiger les caractéristiques militaires et les spécifica-
tions techniques des véhicules de servitude dont les armées des trois pays auraient
besoin dans les années à venir (après 1965), soit pour remplacer les matériels d'ori-
gine américaine, soit pour tenir compte des nouvelles capacités technologiques et
industrielles en Europe. Ce mandat fut approuvé par la commission IV (réunion du
21 juin 1962). Chaque pays avait ses idées propres sur le sujet ; ainsi, la RFA sou-
haitait que certains composants soient utilisés par plusieurs classes de véhicules (les
mêmes essieux, par exemple, ou les mêmes moteurs).
Pour mieux cerner le problème, le groupe G avait organisé une expérimentation
tripartite, en France, entre juillet et septembre 1958, de tous les véhicules tactiques
européens. À cette occasion, le service Véhicules à roues, transféré de l'ARL à
l'AMX, confirma ses capacités - avant d'être transféré en 1971 à l'ETAS, dans le
cadre des réorganisations de la DTAT.
Finalement, en tenant compte des divers points de vue, y compris ceux débat-
tus sur ce sujet à l'UEO (sous-groupe n° 6) et à l'OTAN (groupe AC/55), le groupe G
définit une gamme de véhicules pouvant couvrir l'ensemble des besoins. Il transmit
le flambeau au Comité directeur du programme VCL (voir plus loin), avant d'être mis
en sommeil en 1972. Le Comité directeur déclara que ce groupe avait bien travail-
lé115.
Le groupe L était encore en activité à la fin de 1972 ; les ingénieurs en chef
Bernadet et Bruneau y participaient régulièrement.
Le groupe sur la défense contre avions à basse altitude fut particulièrement ac-
tif dans les années 1967 à 1970116, sous la présidence du colonel Saulnier. Un rap-
port fut diffusé en septembre 1970. Cette activité européenne permettait aux trois
pays d'avoir des positions concordantes au cours des discussions sur ce sujet qui
avaient alors lieu à l'OTAN de façon intensive.

La commission VI (électronique) avait également créé des groupes de travail,


dont un groupe sur la guerre électronique, dont l'activité se limita souvent à des
échanges d'informations sur les projets ou programmes en cours (comme le projet
Cocktail ou Bérénice en 1965).
La commission II (engins) avait compétence pour traiter des programmes inté-
ressant l'armement terrestre, comme le Roland ou le Hawk. C'est elle qui examina,

prenait en 1972 le colonel Primaux (STAT), le commandant Chaumeret (EMAT) et l'ingé-


nieur en chef Mallet (DTAT). En juillet 1973, le groupe D (les chefs de délégation étant le
colonel Primaux et M. Leue) fut mis en sommeil.
115
La présidence du groupe G était confiée au chef de la délégation italienne (le général
Garbari pour commencer, puis le colonel Volpe) ; jusqu'en 1965, la délégation française
comprenait le colonel Perrodon (STA) et l'ingénieur en chef Boffocher, qui faisait souvent
appel à l'IC Robineau ; l'IPTA Cantarel assurait le secrétariat ; la délégation allemande, me-
née par M. Gôtze, comprenait presque toujours M. Benz, interprète.
116
Réunions à Paris (25 et 26 juin 1968), à Paris (29 et 30 octobre 1969), à Rome (28 et
29 janvier 1969), à Naples (24 au 26 février 1970), à Munich (7 et 8 mai 1969), à Hambourg
(12 et 13 mai 1970).
100
au milieu des années 1960, les différentes possibiltes d'améliorations pour le Hawk
européen (capacités antimissiles balistiques ou non).

Un programme séduisant : le VCL

On a vu que le groupe G tripartite (véhicules de servitude) avait défini différen-


tes classes de véhicules tactiques. La classe d'un véhicule représente le tonnage
utile transportable en tout terrain.
La classe A (0,51) comprenait (première catégorie) le véhicule de commande-
ment et de liaison (VCL). Les spécifications techniques avaient été fixées (réunion
du groupe G à Paris du 20 au 22 janvier 1965), puis approuvées par la commis-
sion IV. Les besoins cumulés des trois pays pour ce VCL étaient estimés en 1965 à
50 000 véhicules, ce qui justifiait une production en commun. Les industries auto-
mobiles des trois pays, sans manifester un grand enthousiasme (le programme res-
tait d'un volume modeste par rapport à leurs énormes chiffres d'affaires), étaient dis-
posés à participer à une telle opération. Le programme intéressait les trois pays,
mais la RFA hésitait. Elle déclara en 1964 qu'elle n'y participerait pas, pour finale-
ment accepter, suite à une lettre de M. Messmer (réunions du groupe G à Rome le
15 avril 1965, de la commission IV à Stuttgart le 27 avril 1965 et du Comité directeur
tripartite à Rome le 11 mai 1965). Un accord (voir annexe VI.2) fut signé par les trois
ministres de la Défense (von Hassel, Messmer, Tremelloni) en juillet-septem-
bre 1966, pour « définir les conditions de la coopération entre les trois hautes parties
contractantes, en vue de l'étude et de la fabrication communes du VCL destiné à
équiper leurs forces armées ». L'accord couvrait « la totalité du programme, jusques
et y compris la fabrication en série du véhicule de commandement et de liaison ».
Quatre phases étaient prévues :
- phase 1 : concours pour l'établissement d'avant-projets ;
- phase 2 : étude, réalisation et expérimentation de prototypes ;
- phase 3 : réalisation et expérimentation de la présérie de fabrication ;
- phase 4 : fabrication de série.
La direction tripartite du programme était confiée à un Comité directeur, com-
posé d'une délégation (trois membres) de chaque pays, les décisions devant être
prises à l'unanimité (une voix par délégation), comme pour le protocole n° 1 daté du
9 mai 1968 (annexe VI.3).
L'idée de base était que le VCL serait réalisé en coopération par un groupe in-
dustriel tripartite (une firme de chaque pays, libre de s'associer, sur le plan national,
avec d'autres firmes). La phase 1 (avant-projets) ne nécessitait pas de moyens bud-
gétaires. Cette phase était d'ailleurs en cours au moment de la signature. La phase 2
(prototypes), présumée s'étendre de 1966 à 1968, était estimée à six millions de
francs français (soit deux millions de francs à la charge de chaque pays). La réparti-
tion des charges de travail était fixée : un tiers dans chaque pays pour les prototy-
pes, et au prorata des commandes pour les productions de série.
Finalement, deux projets furent retenus, et des marchés furent conclus en 1969
pour la réalisation de huit prototypes par deux groupes industriels tripartites : Fiat-
MAN-SAVIEM et Hotchkiss-Bussing-Lancia, placés en concurrence, pour éviter une
éventuelle situation de monopole.
L'expérimentation comparative des prototypes, soigneusement élaborée, com-
mença en 1970. Un avenant à l'accord intergouvememental fut alors signé (juillet-

101
octobre 1970) pour modifier les délais et les coûts de la phase 2 (7,2 MF au lieu
de 6). L'expérimentation dura jusqu'en 1972.
Michel Debré, ministre d'État chargé de la Défense nationale, décida en 1972
d'arrêter la participation française au programme VCL, à l'issue de la phase 2 ; le
Comité directeur fut informé de cette décision au cours de sa 44e réunion (à Rome,
du 5 au 7 décembre 1972). Par la suite, la RFA abandonna également définitivement
le programme VCL.

Ce programme séduisant, apparemment bien construit, mené avec sérieux par


un Comité directeur et des experts compétents, ne conduisit donc à rien. La RFA
s'équipa, à la fin des années 1970, de la Jeep Volkswagen ; la France, après avoir
fait expérimenter un grand nombre de véhicules étrangers, s'équipa de la Jeep Peu-
geot, francisation de la Jeep Daimler-Benz ; et l'Italie s'équipa de la Jeep
Fiat-Campagnola.
Certes, le coût budgétaire était négligeable, mais les dépenses des industriels
étaient largement supérieures au montant des marchés, conclus il est vrai (mais qui
pouvait faire autrement ?) à des prix fermes et non révisables. On garde le sentiment
que sur le chemin de l'Europe de l'armement, une occasion de plus avait été man-
quée.

LES COOPÉRATIONS BILATÉRALES

Avec la Belgique

Après la guerre, la Belgique a très vite retrouvé une place particulière dans les
relations de la France avec ses voisins, amis et alliés, en raison de l'histoire, de la
géographie, et d'une communauté de langue et de culture, c'est-à-dire de destins
inséparables. L'armement terrestre donna de nombreuses occasions de rapproche-
ments et de coopération.

En 1952, le Service TELEC de la DEFA enregistra une commande (de type


UEP, paiement américain d'une production en Europe), d'un montant de douze mil-
lions de dollars, destinée à la Belgique.
Dès 1954, un contrat de postes radio fut passé par les États-Unis (contrat off-
shore commercial) pour fourniture à l'armée belge, pour un montant de 4060 millions
de francs français.

L'année 1961 vit la conclusion d'une affaire très importante dans le domaine
des véhicules blindés, avec le démarrage de la commande de 524 véhicules AMX 13
en coproduction franco-belge.
Cette coproduction de véhicules de combat d'infanterie (VCI) résultait d'un
contrat passé avec la SOFMA (cf. chapitre 7). Elle prévoyait le montage en Belgique
des véhicules, et une participation de l'industrie belge à la production des compo-
sants des véhicules AMX 13 fabriqués en France. Cette coproduction fonctionna très
bien, puisque les livraisons, commencées en 1961 avec quatre VCI construits en
France, vinrent de la chaîne de montage en Belgique dès 1962 (92 livrés) et se
poursuivirent jusqu'en 1964 (243 en 1963, 186 en 1964).
C'est donc dans une ambiance très favorable que les négociations au sujet
d'une éventuelle coproduction du char AMX 30 avec la Belgique furent engagées à
la fin de 1963. Des observateurs belges et néerlandais avaient suivi les essais tripar-
102
tites des chars Léopard 1 et AMX30 en septembre-octobre 1963. Immédiatement
après (12 et 14 novembre), une commission belgo-néerlandaise avait pu procéder à
une expérimentation pratique à sa convenance. On n'envisageait plus un contrat
avec la SOFMA, comme pour l'AMX 13, mais un accord entre les gouvernements ; la
DMA menait les pourparlers (note DMA/DEV du 11 octobre 1963). Le délégué mi-
nistériel pour l'armement rendit visite le 18 décembre 1963 au général Detige, chef
d'état-major de la force terrestre belge. Après de nombreuses réunions en 1964
et 1965, un dossier fut remis par la DMA au gouvernement belge le 31 décembre
1965. M. Messmer, ministre des Armées, reçut, le 26 juillet 1966, la visite de
M. Poswick, ministre belge de la Défense. Cependant, l'affaire n'aboutit pas.

Les missiles antichars fournirent également une excellente occasion de coopé-


ration. La DEFA reçut en 1961 une commande de missiles ENTAC. D'autres com-
mandes d'ENTAC furent passées en 1965 (1 100), en 1966 (400), en 1968, en 1969
(310), et en 1970 (750), pour arriver à un total de 13 000. La Belgique participa,
quelques années plus tard, au programme MILAN.

Les 15 et 16 septembre 1971, la première réunion des états-majors belge et


français des armées de Terre eut lieu à Paris, la délégation française étant dirigée
par le colonel Sabouret. La réunion suivante eut lieu à Bruxelles un an après, et ainsi
de suite.

Sans doute, à l'origine du RITA franco-belge, trouve-t-on des projets français,


puis franco-allemands, pour un réseau de télécommunications de la zone de combat
avec utilisation de centraux à commutation électronique, mis au point dès 1967. À
partir de 1969, la Belgique fut associée, à sa demande117, aux essais, et passa
commande des premiers matériels. La coopération entre les trois pays permit d'ex-
périmenter un réseau de première génération ; le rapport final mit, en 1971, un terme
à cette phase. La réalisation d'un réseau permettant une évaluation tactique fut lan-
cée en 1972, et un accord intergouvernemental de coopération sur la commutation
téléphonique fut signé en 1973 par les ministres français et belge de la Défense118.
Le réseau expérimental de deuxième génération fut mis en place en 1975, l'expéri-
mentation tactique ayant été réalisée en commun. Cette coopération se poursuivit
jusqu'à la fabrication en série et la mise en service dans les deux armées, et à
l'adoption du RITA par d'autres pays alliés (comme les États-Unis).

La réputation des fusils F N était excellente et, après des essais techniques par
la STA, l'EMA choisit le fusil belge, de calibre 7,62 mm, en 1961 (cf. rapport d'activité
de la DEFA). Puis des essais comparatifs eurent lieu, en 1962, dans des unités fran-
çaises, entre le fusil belge et le fusil MAS de même calibre ; mais l'EMAT décida
en 1963 de ne pas retenir de fusil automatique 7,62 mm OTAN.
Au printemps 1970, les armées françaises avaient besoin d'un fusil moderne :
le fusil en dotation dans les unités était toujours le MAS. Le calibre 5,56 était utilisé
par un grand nombre de pays de l'OTAN, dont les États-Unis. Un programme fut en-
trepris, sous le nom « armement léger 75 », pour permettre un équipement à partir
de 1975. L'EMAT et la DMA firent expérimenter par la STAT et l'ETBS le fusil
CAL F N d'Herstal et le fusil HK 33 de Heckler et Koch. Le ministre fit lancer une

Lettre de l'attaché militaire belge à Paris, datée du 21 février 1969.


Selon un projet adressé le 29 novembre 1972 par la DTAT/TELEC à la DAI.
103
étude par la DTAT (fusil 5,56 MAS). En 1973, alors que l'expérimentation des fusils
allemand et belge se poursuivait, le fusil Coït M 16 américain fut à son tour expéri-
menté, et la Manufacture nationale d'armes de Saint-Étienne (MAS) mit au point trois
versions différentes d'un fusil d'une conception originale, le FAMAS. En 1974, on
estima, après ces expérimentations, que le FAMAS n'avait pas la maturité néces-
saire, que le M 16 était trop cher et que la meilleure solution serait d'adopter le fusil
F N ou le HK 33 ; la capacité de tirer des grenades semblait de toute façon mal ré-
solue. Les problèmes industriels furent étudiés en détail et, à la fin d'avril 1975, deux
projets de conventions étaient prêts : l'un avec F N, l'autre avec HK. Mais, pour des
raisons politiques, les propositions conjointes de l'EMAT et de la DMA d'adopter un
fusil étranger ne furent pas acceptées par le ministre, qui demanda à la DTAT, en
mai 1975, de reprendre l'étude du FAMAS, qui fut adopté et fabriqué en série quel-
ques années plus tard.

Bien d'autres thèmes de coopération pourraient être cités, par exemple dans le
domaine des hélicoptères, qui n'est pas traité ici. Ainsi, l'EFAB étudia une munition à
culot creux pour utilisation par les obusiers de 105 mm M 108 de la Belgique. On
mentionnera, comme exemple inverse, la transmission électrique développée par les
Ateliers de Charleroi (ACEC) pour l'AMX 10, puis expérimentée à l'ETAS en 1978.
Mais la coopération fut surtout exemplaire dans un domaine particulièrement
sensible, celui de la protection NBC. Un accord spécial avait été conclu dès 1952 ;
des observateurs belges (et néerlandais) étaient invités à des expérimentations fran-
çaises. Des réunions franco-belges avaient lieu régulièrement au CEB (ainsi les
28 et 29 janvier 1960) ou en Belgique. Des campagnes tripartites (Belgique, France,
Pays-Bas) de décontamination chimique furent organisées en 1964 et 1965 à Zoer-
sel (province d'Anvers). En novembre 1965, trois observateurs belges et trois néer-
landais furent invités pendant une semaine à des essais français, ce qui eut lieu à
nouveau en 1966 (du 19 au 26 novembre). Des observateurs des autres pays
FINABEL furent invités aux campagnes tripartites de décontamination de Zoersel
(réunion tripartite de préparation à Paris du 20 au 22 avril 1966) ; des campagnes
semblables eurent lieu en 1967 et 1968.

Avec l'Italie

Membre de l'Alliance atlantique dès sa création en avril 1949, l'Italie était entrée
en 1954 dans l'UEO. Participant depuis l'origine au Comité FINBEL (devenu
FINABEL), l'armée de Terre italienne, équipée essentiellement, elle aussi, de maté-
riels américains, apportait sa contribution à l'expression des besoins en matériels
nouveaux de conception européenne.
On a vu qu'à la fin de 1957, le tripartisme (Italie, RFA, France) était entré dans
une phase active. Mais les moyens financiers italiens restaient trop faibles pour que
le pays puisse s'engager dans des programmes importants ; on y utilisait au mieux
l'aide américaine.

Un contrat offshore avait été conclu en 1959 (EUC 636) avec les États-Unis
pour la fourniture de 302 véhicules de combat d'infanterie AMX 13 (VCI) destinés à
l'Italie. Ces VCI furent livrés de juillet 1960 à décembre 1961.
En juin 1961, les Forges et chantiers de la Méditerranée (FCM), qui produi-
saient en série, à La Seyne, les véhicules blindés AMX 13 livrés en Italie, prirent
contact avec la société Fiat pour lui proposer de participer à la fabrication des
104
AMX13 supplémentaires dont l'armée italienne avait besoin. Une mission française
conjointe AMX (IMG Rivais, directeur, IMP Bagneux et Despiau) et FCM
(M. Veyssière, directeur général, Girard, etc.) fut envoyée en Italie. La DMA ayant
approuvé cette opération (août 1961), un accord de co-fabrication fut rédigé
(avril 1962).
Mais un différend surgit entre la SOFMA, qui regroupait les industriels français
construisant les AMX 13, et la SOFAM, qui fournissait les moteurs ; le problème (qui
fut ultérieurement reposé plusieurs fois sans recevoir de réponses claires) était de
définir si la SOFMA avait le droit (au sens de la propriété industrielle) de remplacer le
moteur SOFAM 8 Gxb par un autre moteur. Dans le même temps, les VCI déjà livrés
furent modifiés et mis à hauteur sans frais en Italie pour remédier aux défauts cons-
tatés.
Finalement, malgré les efforts de tous, notamment de l'attaché militaire français
à Rome, le colonel Dorange, cette co-fabrication ne put être mise sur pied. Mais le
gouvernement italien réussit à obtenir l'aide financière américaine (contrat offshore)
pour un nouvel achat de VCI construits en France. Le général Lavaud signa, le
30 juin 1962, un contrat avec les autorités américaines (contrat EUC906, d'un
montant de 12 862 290 dollars) pour la fourniture à l'Italie de 270 VCI. Ce contrat,
qui fut le dernier contrat offshore, fut considéré à l'époque comme une performance
commerciale exceptionnelle du président de SOFAM, M. Litman. Selon des informa-
tions non vérifiées (la part de la légende ?), les M 113 américains (alors concurrents
du VCI AMX 13) destinés à l'Italie durent être déchargés du cargo américain sur le-
quel ils étaient déjà embarqués. 193 VCI furent livrés en 1963, et 27 en 1964.

Il n'y avait pas encore, en 1969, de relations bilatérales organiques entre la


France et l'Italie, puisque tous les domaines de l'armement étaient abordés dans le
cadre tripartite. Néanmoins, comme pour les VCI AMX 13, des occasions de coopé-
ration pouvaient se présenter. À la demande de la DMA, la DTAT remit le 1erjuillet
1969 au ministère italien de la Défense une offre pour une coproduction du char
AMX 30, avec de substantielles perspectives de compensations, dans le même es-
prit que la proposition faite à la Belgique. Mais il n'y eut pas de suite.

Le prêt par l'Italie de deux obusiers de 105 de montagne fut envisagé en 1961.

Dans le domaine des télécommunications, les Italiens envoyèrent un observa-


teur aux essais des centraux automatiques MCI franco-allemands en 1969
(cf. chapitre 4) ; un projet de coopération sur les radars RASIT et RATAC fut établi
en 1970 (fiche 1298 TELEC/DTAT/CD du 5 mars 1970), mais resta sans conclusion.

Quelques tentatives eurent également lieu dans le domaine des roquettes et


missiles. L'ACL/APX fut présenté en Italie en juin 1970. Il est vrai que le ministère
italien de la Défense soutenait souvent des programmes développés en Italie. Ainsi,
le système de missile sol-air Indigo (concurrent en quelque sorte du Roland et du
Crotale) fut présenté aux délégations des pays de l'OTAN le 2 décembre 1971.

Comme on a pu le voir plus haut, l'efficacité de la coopération tripartite ne sem-


blait pas suffisante. Pour essayer d'y porter remède, une coopération bilatérale di-
recte fut mise sur pied en 1973 (note 73779 DMA/DAI du 14 juin 1972), sur le mo-

105
dèle des coopérations avec d'autres grands pays. La première réunion d'états-
majors eut lieu en octobre 1973119.

Avec les Pays-Bas

C'est en mars 1961 que les Pays-Bas devinrent des partenaires importants des
services de la DEFA, lorsqu'il signèrent avec la SOFMA le plus important contrat
passé pour la fourniture de matériels blindés : 685 véhicules AMX13 de différentes
versions. Parmi ces versions, on trouvait le plus récent char léger AMX 13, celui à
tourelle FL 12, tirant l'obus de 105 à charge creuse non tournante (l'obus G), c'est-à-
dire l'obus choisi pour l'armement du char moyen. Les Pays-Bas étaient donc le
premier pays allié à utiliser cet armement moderne français.
Une expérimentation particulière avait eu lieu à l'automne 1960 au camp de
La Courtine, mis à la disposition des troupes néerlandaises, puis en Hollande.
En 1962, 40 chars et 40 VCI furent livrés, pendant que le nombre de matériels
commandés passait de 685 à 727. En 1963, 73 chars, 75 obusiers automoteurs
de 105 à casemate fixe120, 15 véhicules de dépannage et 198 VCI furent livrés, et,
en 1964, 193 chars, 38 obusiers et 13 véhicules de dépannage. En 1965, toutes ces
livraisons furent complétées à hauteur des commandes.

Mais tout ne se passa pas pour le mieux. Des incidents techniques, trop nom-
breux, beaucoup plus que lors de la mise en service dans les autres armées étran-
gères, entraînaient de fréquents voyages aux Pays-Bas de techniciens et ingénieurs
français, pour dépanner les matériels, ainsi que des missions de représentants de la
DEFA, de la STA ou de la DCM, invités à constater les difficultés rencontrées. Le
18 novembre 1963, le quartier-maître général de l'armée néerlandaise présenta au
général Lavaud, délégué ministériel pour l'armement, un mémorandum qui accusait,
dans un texte rédigé ou traduit sans nuances, les AMX 13 de « vingt-quatre points
de faiblesse systématique ». Le recours à la garantie contractuelle était demandé, ce
qui était naturel, et correspondait sans doute à l'objectif réel du document ; mais il y
avait aussi une menace de déclaration à l'OTAN expliquant le caractère non opéra-
tionnel des unités équipées d'AMX 13. L'affaire prenait un aspect politique et, après
une agitation fébrile, habituelle dans de tels cas, une mission imposante fut mise sur
pied. Sous la direction de l'ingénieur général Molinié, chef du Service technique de la
DEFA, 26 ingénieurs et officiers partirent, par le TEE du lundi 26 novembre 1963,
pour La Haye. Les difficultés signalées dans le mémorandum furent triées et répar-
ties en catégories pouvant être analysées par des experts, qui se rendirent sur les
sites.
Finalement, deux actions concrètes furent engagées, avec l'accord de l'inspec-
tion technique néerlandaise. D'une part, une opération-choc fut réalisée gratuitement
sur 69 véhicules témoins bénéficiant de quelques aménagements spéciaux (filtres à
air, boucliers pare-sable...), mais utilisés ensuite selon les règles usuelles de service
et d'entretien. D'autre part, une commission de garantie franco-néerlandaise fut
créée, sous la présidence de l'IMC Hébert, du SSFI (Service de la surveillance des

Sur les relations avec l'Italie, il faut aussi citer le cas du SS 11, traité dans le tome 10 des
travaux du ComHArT : Armements antichars, par Monsieur Stauff (t), puis par Messieurs
Guillot et Dubernet.
120
Obusiers dont la bouche à feu longue était interopérable avec la balistique des 105 mm à
casemate tournante.
106
fabrications dans l'industrie, qui devint le SIAR), pour arbitrer les litiges concernant
les éventuels défauts. L'opération-choc donna des résultats probants.
Après le châssis, il y eut la tourelle, avec les fissures du support de vérin,
en 1964, puis des critiques sur la qualité des blindages.
Finalement, avec beaucoup de méthode et de patience, et de nombreuses ré-
unions de la commission de garantie, les relations devinrent meilleures, malgré
l'écho donné à ces difficultés par une presse toujours à l'affût de possibles scanda-
les, aussi bien en France qu'aux Pays-Bas.
Le 14 mai 1965, le secrétaire d'État néerlandais à la Défense pouvait déclarer
dans sa première conférence de presse qu'« /'/ n'y avait aucune raison de limiter
l'emploi des chars AMX 13, en temps de paix comme en temps de guerre » et que
« le choix de ce char ne devait pas être regretté ».

Cette affaire montre que les programmes d'armement sont toujours des sujets
sensibles dans les démocraties, où la presse et l'opposition jouent naturellement un
rôle de critique sans concession, passant parfois, dans l'ardeur du combat, de la
médisance à la calomnie.
La coopération bilatérale s'organisa cependant, comme avec les autres alliés,
avec des réunions périodiques entre les états-majors (par exemple le 6 octobre
1970).
Le MILAN franco-allemand suscita un intérêt pour les armées néerlandaises à
partir de 1971.
Dans un secteur particulièrement sensible (la protection NBC), des accords
avaient été conclus dès 1952 (le 2 septembre, par le chef d'état-major de l'armée) et
les relations très cordiales furent maintenues sans interruption. C'est ainsi que, jus-
qu'en 1960, on invitait des observateurs néerlandais (et belges) à des essais. Il y
avait également des réunions annuelles, à Rijswijk ou au centre du Bouchet121.

L'EUROPE S'AGRANDIT

Il ne serait pas juste de traiter dans un autre chapitre les relations avec les
États entrés après 1970 dans les communautés européennes : la Grèce, l'Espagne
et le Portugal122.

La Grèce

Différents matériels d'armement avaient été présentés à des personnalités mi-


litaires grecques au cours de leur visite en France, du 8 au 13 septembre 1969. Puis
une mission du 501eRCC (régiment de chars de combat), sous l'autorité du capi-
taine Gombeaud, se rendit en Grèce du 25 septembre au 1 er octobre 1969, pour une
présentation de l'AML Panhard.
L'AMX 30 intéressa aussi l'armée grecque ; les premières conversations à ce
sujet commencèrent en mai 1970. C'est finalement en 1974 que la Grèce passa les
premières commandes de véhicules blindés à la SOFMA. Au total, 190 chars
AMX 30 B, 14 chars AMX 30 D (dépannage) et 105 AMX 10 furent livrés entre 1970
et 1980.

1
30 juin et 1 er juillet 1964 ; 23 au 25 mars 1965 ; 7 au 9 mars 1966 ; 6 au 9 mars 1967 ;
17 avril 1967 ; 6 au 8 mars 1968 ; 28 au 30 janvier 1969, etc.
122
On verra au chapitre 7 que le Portugal adopta l'EBR Panhard en 1958.
107
L'Espagne

Des contacts épisodiques avaient eu lieu avec les services de l'armée de Terre
espagnole, sans donner lieu à des réalisations123. Mais, à partir de 1967, date de la
première exposition de Satory, ils devinrent plus fréquents. Une présentation du char
AMX 30 fut organisée spécialement pour les responsables espagnols, en décem-
bre 1969. On aboutit, en 1970, sous l'impulsion de M. Debré, à un protocole de coo-
pération entre les deux pays. On négocia les modalités d'une co-fabrication de chars
AMX 30 et, le 8 octobre 1971, un contrat de concession de licence fut signé pour le
char AMX 30 et ses dérivés. 19 chars avaient été livrés en 1970. La coopération in-
dustrielle s'organisa, y compris au niveau des organismes de surveillance des fabri-
cations (SIAR et son homologue espagnol), de façon à ce que les chars montés en
Espagne, à Santa Barbara, utilisent un pourcentage croissant d'équipements pro-
duits en Espagne. Un contrat général d'assistance pour le développement des pro-
grammes AMX 30 fut signé à Paris le 15 mars 1972, avec un avenant n° 1 signé le
28 juin 1972.
Cette coopération franco-espagnole avait pris une dimension politique et mili-
taire, et des réunions périodiques furent organisées au niveau des états-majors124.
Des conversations relatives à la guerre électronique sont signalées en mars 1972. Il
faut mentionner aussi les commandes passées à Panhard en 1973 et 1974 pour des
AML (226), ainsi que les premières présentations du MILAN et du HOT en Espagne
en 1973.

UN AUTRE TRIPARTISME (FRANCE, RFA, ROYAUME-UNI)

On a vu dans quelles conditions le Royaume-Uni, en entrant dans le pro-


gramme franco-allemand MILAN, l'avait transformé en programme tripartite. C'est
vers la même époque que les directeurs d'armement des trois pays prirent l'habitude
de se rencontrer simultanément pour préparer les réunions au même niveau, soit
avec les États-Unis, soit dans le cadre OTAN. Une coopération à trois pouvait être
systématiquement recherchée lorsque les conditions seraient remplies. Ce fut no-
tamment le cas dans le programme TRIGAT {Tripartite Guided AntitanK) des anti-
chars de troisième génération.
Des tentatives avaient eu lieu antérieurement. Ainsi, un groupe exploratoire
avait été mis sur pied en 1966 dans le domaine des engins de franchissement du
génie. Ce groupe avait permis des échanges d'informations sur deux programmes
en cours : le CET {Combat Engineer Tractor) au Royaume-Uni et l'ENFRAC (engin
d'aide au franchissement et d'accompagnement) en France.

Par exemple, en 1952-1953, une commande avait été reçue à la DEFA pour modifier des
matériels d'artillerie de campagne allemands 105 LFH, afin de tirer des munitions américai-
nes.
124
Par exemple entre l'état-major des Armées et le haut état-major général espagnol à Ma-
drid les 13 et 14 décembre 1972 (troisième réunion) et à Paris les 15 et 16 février 1973, ou
entre l'état-major de l'armée de Terre et son homologue espagnol à Paris les 6 et
7 décembre 1973 (la première réunion de ce genre avait eu lieu en mai 1971).
108
LE GROUPE DES QUATRE

C'est en 1970 que commencèrent les réunions périodiques des directeurs


d'armement de quatre pays : États-Unis, France, RFA et Royaume-Uni. Il faut rap-
peler (cf. chapitre 10) que, depuis 1967, le Conseil atlantique avait créé la Confé-
rence des directeurs nationaux des armements (CDNA ou, en anglais, CNAD). Mais,
pour des raisons peut-être liées à la non-participation de la France aux commande-
ments militaires intégrés de l'OTAN, décidée par le gouvernement français, le délé-
gué ministériel pour l'armement n'assistait pas lui-même aux réunions de la Confé-
rence125. Une concertation entre les principaux partenaires était cependant jugée
nécessaire, pour éviter autant que possible les blocages sur les affaires importantes.
Mais les réunions de ce Groupe des Quatre conservèrent un caractère informel et
semi-confidentiel. L'un des objectifs de ces réunions hors structures était une meil-
leure utilisation par chacun des développements réalisés par les autres.
À partir de septembre 1970 (la première réunion eut lieu à Londres les 5 et
6 septembre126), des réunions du Groupe des Quatre eurent lieu régulièrement au
printemps et à l'automne, quelques jours ou quelques semaines avant les réunions à
l'OTAN de la CDNA127. Pour préparer ces réunions et suivre l'avancement des dos-
siers, des réunions des suppléants (deputies) furent décidées, la première ayant eu
lieu à Paris le 24 novembre 1970. Une liste des programmes en cours ou en projet
dans chaque pays fut établie. La comparaison de ces listes devait permettre d'éviter
les doubles emplois inutiles. Les réunions eurent lieu alternativement dans chacun
des pays ; toutefois, les réunions de la CDNA à l'OTAN fournirent des occasions de
rencontre à Bruxelles (par exemple du 1 e r au 3 février 1972, au cours de laquelle
M. Foster présenta à ses collègues les termes de son importante déclaration devant
l'OTAN).

Les réunions du Groupe des Quatre n'abordaient que quelques sujets d'actua-
lité parmi les plus importants ; l'armement terrestre n'était donc pas souvent directe-
ment en cause. On ne rappellera ici que l'incidence de ces réunions sur certains
programmes.
À la réunion des suppléants du 12 juillet 1971 à Londres, le représentant alle-
mand remit un projet de mémorandum sur le programme Roland. À la réunion sui-
vante (le 4 octobre 1971 à Washington), en remettant aux trois autres pays ce mé-
morandum, il indiqua que la RFA souhaitait organiser un symposium opérationnel
sur la défense contre avions à basse altitude. En fait, ce mémorandum préparait les
conditions d'un retrait du programme. Au cours de la même réunion, une évaluation
commune des armes antichars (MILAN, Swingfire, TOW, etc.) fut également propo-
sée : elle conduisit à l'exercice TETAM.

Il y fut représenté par le conseiller Armement de la délégation permanente de la France


au Conseil, ou par le directeur des Affaires internationales, voire par le sous-directeur Coo-
pération, réputé directeur national d'armement.
126
Avec M. Blancard (France), sir William Cook (Royaume-Uni), le Dr. Foster (Etats-Unis) et
M. Schiffers (RFA).
127
À Paris, les 18 décembre 1970 et 28 novembre 1972 ; à Bonn, en mai 1971 et le 10 mai
1973 (Bad Neuenahr) ; à Washington, les 8 novembre 1971 et 12 novembre 1973 ; à Lon-
dres, le 9 mai 1972. Les réunions de suppléants eurent lieu à Paris, le 24 novembre 1970 ; à
Londres, le 12 juillet 1971 ; à Washington, le 4 octobre 1971 ; à Londres, le 3 juillet 1972 ; à
Monterey, les 4 et 5 octobre 1973.
109
L'un des objectifs du mémorandum était de faire modifier le besoin militaire
OTAN de base (NBMR) n° 24, approuvé depuis 1966 (AC/189-D.45 final du
17 octobre 1966; cf. chapitre 10). Ce besoin, établi peu après l'abandon du pro-
gramme Mauler par les États-Unis en 1964, indiquait que la caractéristique tous
temps du système sol-air demandé était « très désirable ». Les services allemands
demandaient, à la fin de 1971, que l'expression « très désirable » soit remplacée par
« essentielle » (cf. chapitre 4). Les services français pensaient alors que cette nou-
velle exigence n'était pas très réaliste, et pouvait compromettre le programme Ro-
land.
Finalement, après de nombreuses discussions, le symposium des quatre di-
recteurs nationaux d'armement eut lieu à Garmisch-Partenkirschen (RFA) les 13 et
14 mars 1973, devant deux délégués de chacun des pays de l'OTAN. La délégation
française comprenait l'ingénieur en chef Hoffmann, de la DEN, et un officier de
l'EMAT. Entre le mémorandum et le symposium, le programme Roland (et ses
concurrents Rapier, Chapparal et Crotale) avait considérablement avancé.

Un groupe de travail sur les missiles antichars avait été créé dès les premières
réunions, pour mieux connaître les performances des nouveaux systèmes dans des
conditions proches des conditions opérationnelles probables. La première réunion de
ce groupe eut lieu à Paris le 14 juin 1971, la quatrième du 27 novembre au
1 er décembre 1971. Après plusieurs mois de travail, un exercice d'évaluation compa-
rée, appelé TETAM, fut organisé à Monterey (Californie) en 1973. Le représentant
français à ce groupe fut l'ingénieur en chef Arène.
En 1972, un autre groupe fut créé, sur la surveillance du champ de bataille. La
première réunion eut lieu à Bonn les 11 et 12 janvier 1973, et la troisième à Londres,
à l'automne 1973. Le représentant français était l'IC Bernadet.
L'armement des chars en cours de développement (Léopard 2, XM 1, Shir-lran,
modernisation de l'AMX 30) posait un important problème de standardisation au dé-
but des années 1970, et ce sujet fut abordé au cours des réunions du Groupe des
Quatre, surtout à partir de 1972. Là encore, on créa un groupe de travail. Quelques
années plus tard, on constata qu'il n'était pas possible d'étudier ensemble de nou-
veaux missiles antichars sans être d'accord sur des blindages de référence. Le
Groupe des Quatre permit de progresser en définissant des méthodes d'échange
d'informations très confidentielles.

LE TRIPARTISME BELGIQUE-FRANCE-PAYS-BAS

La coopération à trois entre Belgique, France et Pays-Bas commença


dès 1952, pour étudier ensemble les problèmes de la décontamination chimique. En
novembre 1965, trois observateurs belges et trois Néerlandais furent invités pendant
une semaine à des essais français, ce qui eut lieu à nouveau en 1966, du 13 au
16 novembre.

L'EUROPE DE L'ESPACE

Bien qu'il ne s'agisse pas d'armement terrestre, il faut mentionner, pour être
complet, les activités d'établissements comme le LRBA de Vernon ou l'Atelier de
construction de Tarbes (ATS) au profit des programmes et des organismes euro-
péens de l'espace ESRO et ELDO, puis de leurs successeurs. Ainsi, la réalisation du

110
deuxième étage du lance-satellite européen fut confiée au LRBA de Vernon
en 1962.

LE GIEP EN GESTATION

En novembre 1968, quelques semaines donc après l'invasion de la Tchécoslo-


vaquie mettant fin au printemps de Prague, des pays européens membres de
l'OTAN, désireux de coordonner leur effort de défense au sein de l'Alliance, avaient
créé un groupement informel, appelé Eurogroupe. La France, ayant quitté les com-
mandements militaires intégrés de l'OTAN et les organismes qui, à son avis, en dé-
pendaient, avait confirmé à plusieurs reprises son refus de participer à PEurogroupe.
Mais la nécessité d'une coopération incluant la France était admise par tous. On a
vu que le Royaume-Uni était entré en 1972 dans FINABEL (au niveau des chefs
d'état-majors des armées de Terre). L'UEO, qui avait compétence pour une certaine
coopération dans le domaine de l'armement entre pays européens, avait, elle, peine
à assurer cette mission.
En octobre 1975, les directeurs d'armement de pays européens, réunis à
Rome, décidèrent de créer le Groupe indépendant européen de programmes (GIEP
ou, en anglais, IEPG). Le GIEP, parfois appelé GEIP , rassemblait les pays euro-
péens de l'Alliance atlantique (y compris la Turquie, à l'exception de l'Islande). Il ne
prévoyait aucune structure permanente, chacun des pays assurant à son tour (selon
un système de rotation par ordre alphabétique assez souvent appliqué dans les or-
ganisations internationales) la présidence des réunions, leur organisation et les tra-
vaux de secrétariat. Le GIEP chargeait en cas de besoin un groupe de travail d'étu-
dier un sujet précis pouvant donner lieu à coopération. Ainsi, l'un des premiers grou-
pes de travail mis en place prépara la fabrication en Europe d'une munition améri-
caine pour les chars.
Cette forme de coopération sans aucune personnalité juridique formelle prit
une dimension plus politique en 1985, avec les réunions des ministres de la Défense
des pays du GIEP, avant la relance de la construction européenne, puis les boule-
versements géopolitiques des années 1990. En 1992, les ministres du GIEP, réunis
à Bonn, décidèrent de transférer ce forum à l'UEO ; le nouvel organisme prit le nom
de Groupe armement de l'Europe occidentale (GAEO).

128
Cette appellation remplaça peu à peu GIEP, peut-être pour marquer la plus grande im-
portance du mot « européen », au détriment du mot « indépendant », qui visait à souligner le
fait que cet organisme ne faisait pas partie de l'OTAN.
111
CHAPITRE 7
LES PREMIÈRES EXPORTATIONS

On a vu que la fabrication des premiers matériels d'armement terrestre français


conçus après la Seconde Guerre mondiale avait commencé vers 1950. L'engin blin-
dé de reconnaissance (EBR) Panhard avait été adopté avec l'indication
« modèle 1950 », le char léger AMX 13 avec celle de « modèle 51 ». Les solutions
originales qu'ils utilisaient intéressaient les spécialistes, et les présentations à des
délégations étrangères devinrent fréquentes. Elles avaient le plus souvent lieu à
Satory, sur le terrain de l'AMX, utilisé aussi par la STA, ou à Bourges, sur le terrain
de l'ETBS, lorsque des tirs étaient nécessaires, ou encore parfois dans des camps
de manœuvre de l'armée de Terre, comme Mailly.
Il n'y avait encore aucune structure spéciale pour aborder et traiter les ques-
tions d'exportations, ni au ministère de la Défense, ni bien souvent chez les indus-
triels. Mais cette lacune fut peu à peu comblée.
La Société française de matériels d'armement, ou SOFMA, avait été créée
en 1936 (sous le nom de Société de fabrication de matériel d'armement). Les éta-
blissements Schneider avaient reçu, en contrepartie de la nationalisation d'ateliers,
des actions de la SOFMA (qui avait alors un rôle dans les fabrications). Le nom avait
été légèrement modifié en 1946, et la Société des forges et ateliers du Creusot
(SFAC), héritière des établissements Schneider, était ensuite devenue majoritaire.
Les établissements Schneider, qui avaient étudié et fabriqué les tourelles du char de
transition ARL 44 et qui avaient une longue tradition de constructeur de chars, furent
choisis pour réaliser une chaîne de montage du char AMX 13, qui démarra effecti-
vement en 1952. À partir de là, la SOFMA joua, avec le plein accord de la DEFA et
le soutien du service industriel dirigé par l'ingénieur général Carré, le rôle d'agence
pour l'exportation des matériels AMX 13. Son rôle fut précisé et élargi au fil des an-
nées, notamment par des protocoles entre l'État et la SOFMA, le 23 janvier 1970,
puis en septembre 1979 - précisions rendues nécessaires par l'évolution des struc-
tures de la DEFA, devenue DTAT, et par la création du GIAT et de sa division com-
merciale.
Comme on le verra, la SOFMA prospecta, négocia et souvent conclut les
contrats pour le compte de ses actionnaires, l'État en premier lieu. Par exemple,
en 1968, le général (cr) Marzloff, de la SOFMA, se déplaça dans divers pays euro-
péens pour proposer les véhicules blindés français.

L'AMX 13 OUVRE LA VOIE

La Suisse

On peut dire que l'armée suisse fut la première à utiliser le char AMX 13, pres-
que en même temps que l'armée française. Une délégation d'experts menée par le
chef des troupes légères à Berne vint à Satory, en 1951, examiner ce nouveau char
léger, qui leur paraissait capable de remplacer avantageusement leurs blindés G 13
d'origine tchèque, usés et périmés. Un des chars de présérie fut prêté à la Suisse
pour des essais spéciaux (lits de torrents, routes et chemins de montagne, essais
dans la neige et aux grands froids, etc.). Une commande de 200 chars fut reçue
113
en 1952, et huit furent livrés cette année-là. Les ingénieurs responsables (de l'AMX
pour le châssis, de la DEFA/ST/AC pour la tourelle, ainsi que des industriels) prirent
le chemin des ateliers de Thounn, pour tirer, avec les ingénieurs suisses, les ensei-
gnements de la mise en service129. Les dernières livraisons eurent lieu en 1956. La
version automoteur de 105 à casemate tournante fut également retenue par la
Suisse (quatre commandés en 1958, livraison en 1960), ainsi qu'un exemplaire du
VCIen1959.
De son côté, l'industrie d'armement suisse avait des réalisations remarquables,
parfois uniques au monde. Ainsi, les armes automatiques de moyens calibres (20 et
30 mm par exemple) des firmes Hispano-Suiza et Oerlikon étaient très utilisées pour
les systèmes légers de défense antiaérienne. La DEFA étudiait de tels systèmes, et
en particulier des tourelles pour le char AMX 13. Après un prototype de tourelle qua-
dritube de 20 (le 20 MG 151 allemand), puis une tourelle de 40 (le 40 Bofors), on
chercha à monter deux canons de 30 mm HS 831. En 1954, cette arme avait une
alimentation à chargeurs, ce qui semblait un sérieux inconvénient pour l'usage en
tourelle. Un contrat d'étude fut passé à Hispano-Suiza pour la mise au point d'une
alimentation à bande et maillons, cette solution devant être compatible avec un
montage en tourelle d'une conception imposée (deux armes dans un tambour au
centre et à l'avant de la tourelle). La démonstration de la fiabilité d'un tel montage fut
effectuée sur une maquette fonctionnelle longuement expérimentée au champ de tir
de La Renardière, à Toulon, en 1955-1956. L'armement HS 831 A fut donc retenu
pour la tourelle de DCA du char AMX 13.
D'autre part, le même armement était proposé pour une version de l'engin léger
de combat (l'ELC-Even à deux canons de 30). La DEFA acheta donc à Hispa-
no-Suiza, en 1957, la licence de fabrication du HS 831 A (arme et munitions). Cet
armement fut effectivement produit en série dans les établissements de la DEFA
pendant plusieurs années.
Bien plus tard, en 1969, d'autres matériels français intéressèrent l'armée
suisse, qui avait notamment besoin d'un système de défense antiaérienne à basse
altitude. Le Roland fut présenté à plusieurs reprises (mission du colonel Sarda en
avril 1969). Le RATAC également (juillet 1970), puis le MILAN (1973). En sens in-
verse, l'affût antiaérien monotube de 30 mm Hispano intéressa l'armée française.

Israël

L'armée du jeune État d'Israël avait très vite pris contact avec les constructeurs
français d'armement terrestre. Une mission israélienne vint dès 1951, à l'instigation
de Jules Moch, ministre de la Défense, examiner les premiers chars AMX 13 qui ve-
naient d'être expérimentés aux États-Unis. Une importante commande de chars
AMX 13 en résulta en 1953 (quarante livrés en 1955 et vingt en 1956). L'artillerie de
75 mm de ce char (canon et munitions) fut montée sur des chars Sherman israéliens
M 4 et M 10. Des obusiers de 155 mm biflèche furent également acquis par Israël.
La collaboration des services techniques israéliens et français permit
d'améliorer les possibilités d'utilisation en zone désertique. Ainsi, une mission d'in-
génieurs et d'officiers français (dont les IMC Viviez et Bodin et le commandant Rous-
sel, de la STA) se rendit sur place en août 1956. La guerre dans le Sinaï, en octobre

cf. par exemple la mission de PIM1 Viviez du 16 au 18 septembre 1953, pour la mise au
point du nouveau système hydraulique de pointage (pointage vitesse CH 6, au lieu du poin-
tage position CH 2).
114
de cette même année, apporta aux chars AMX 13 l'épreuve de combats réels et de
précieux enseignements pour les techniciens. Peu de temps après, des ingénieurs et
officiers français (dont l'IMC Viviez, en novembre) allèrent également sur place re-
cueillir des informations sur les matériels soviétiques capturés pendant la guerre,
dont certains parvinrent en France.
Peu de temps après, l'armée israélienne cherchait à moderniser à nouveau
l'armement de ses chars Sherman, dont le nombre avait beaucoup augmenté. Au
début de 1958, ayant recueilli des informations sur les performances de l'obus G (à
charge creuse non tournante) et des canons capables de le lancer avec précision et
grande vitesse, les services israéliens passèrent un contrat d'études pour adapter
cet armement moderne aux tourelles du Sherman. Le service des études de l'Atelier
de construction de Bourges (dirigé par l'IMC Marest), chargé de cette étude, réalisa
le canon de 105 L 51 typelS, permettant cette modernisation. À partir de 1961,
Israël devint le premier pays étranger à recevoir des cartouches d'obus G.
Une étude semblable permit de monter, en 1961, un obusier de 155 mm sur
châssis de char Sherman.
L'armement de 90 mm tirant à Vo 800 m/s l'obus empenné à charge creuse (le
90 ARE) intéressa également l'armée israélienne à partir de 1962, pour des canons
antichars et sur des AML Panhard.
Comme on le sait, les autorités françaises décidèrent en janvier 1969 un em-
bargo sur les livraisons d'armes à Israël.

L'Inde

En 1954, l'Inde avait besoin d'un char léger. L'AMX 13 était le plus moderne
disponible à cette époque, et ses performances lui permettaient de rivaliser avec les
chars moyens de la Seconde Guerre mondiale ; son armement était plus puissant
que celui des Sherman et des T 34. Une commande de 150 chars AMX 13 fut pas-
sée à la SOFMA cette année-là - chars qui furent livrés en 1956 et 1957. Un pro-
blème technique particulier fut posé par l'utilisation à des altitudes élevées (celles
des cols de l'Himalaya), où la faible pression atmosphérique réduit la puissance des
moteurs non suralimentés. Il fallut donc mettre au point rapidement un compresseur
adaptable au moteur SOFAM 8 Gxb.
En 1962, l'intervention armée chinoise dans le nord du pays amena l'Inde à uti-
liser ses chars AMX. Des négociations commencèrent au début de 1963 avec la
SOFMA, pour mettre sur pied une production sous licence, en Inde, de l'AMX 13. La
SOFMA, avec l'aide de la DMA, entreprit ces négociations (voyage à Delhi du géné-
ral Buchalet, président de la SOFMA, et du colonel Thoux, de DMA/DEE, en novem-
bre 1963). Une première mission d'experts français (des industriels assistés d'ingé-
nieurs militaires) alla, sur proposition des autorités indiennes, étudier sur place la
capacité technique de l'industrie indienne de fabriquer les principaux composants du
char et les munitions, en janvier-février 1964. D'autres missions suivirent , mais le
projet fut finalement abandonné - peut-être en raison du refus du ministère des Fi-
nances français d'accorder une garantie sur les risques de l'opération. Des dossiers
techniques détaillés avaient été remis ; ils pouvaient probablement aider à fabriquer
sur place des pièces de rechange ; on peut supposer qu'il en alla ainsi.

Dont l'une en février-mars 1964, qui comprenait le colonel Thoux (DMA/DEE), l'IMC Ro-
bineau (DEFA/ST/AC), le commandant Guyot (SGDN) et M. Astruc (secrétaire général de la
SOFMA).
115
L'Autriche

C'est en 1958 que furent livrés à l'Autriche 34 chars AMX13 ; 21 le furent


en 1959 et 17 en 1960, ainsi que trois AMX 13 de dépannage en 1961.
À partir de 1963, le problème de la modernisation des chars AMX 13 fut posé
par les Autrichiens, qui désiraient remplacer l'armement de 75 mm par le 105 mm
(obus G et tourelle FL12). Par la suite, l'industrie autrichienne développa ses pro-
pres véhicules blindés, à partir du transport de troupes Hanomag. Pour le char léger,
il fallait un armement (canon, munitions) et une tourelle ; il se trouva que les tourelles
conçues pour l'AMX 13 et l'EBR pouvaient assez bien s'adapter sur le châssis autri-
chien ; le char K, qui connut dans les années 1970 un beau succès, fut donc fabri-
qué avec la tourelle FL 10 et ses différentes variantes (canon de 75 mm, de 90 ou
de 105).

L'Indonésie

Des véhicules blindés de la famille AMX 13 furent livrés en Indonésie à partir


de 1960 (35 chars et deux chars de dépannage), puis en 1963 (22 chars à canon
de 75, 18 véhicules de combat d'infanterie, quatre obusiers automoteurs de 105 à
casemate fixe) et en 1965 (quatre VCI, quatre poseurs de ponts et quatre chars de
dépannage).

LA LONGUE CARRIÈRE DE L'AMX 13

Parmi les matériels présentés à la onzième exposition de Satory, en 1987, il y


avait, au stand de Creusot-Loire Industrie, les principales variantes de l'AMX 13 :
char à canon de 105 mm, automouvant de 155 mm, véhicule de combat d'infanterie.
Certes, le moteur diesel avait remplacé le moteur SOFAM, et de nombreux perfec-
tionnements avaient été adoptés au fil des années, notamment en ce qui concerne
les munitions, mais, comme la célèbre 2 CV Citroën, l'AMX 13 avait survécu à bien
des changements, après une carrière de plus de trente-cinq ans, commencée peu
de temps après la guerre, sur les planches à dessin de l'AMX à Issy-les-Moulineaux
(d'où le sigle AMX, pour Atelier de construction d'Issy-les-Moulineaux) et du dépar-
tement Auto-chars de la DEFA (ST/AC), avenue Henri-Martin, à Paris.
Cette longue carrière explique que, dans les documents traitant des relations
internationales, l'AMX 13 soit cité dans presque toutes les rubriques. Plus de
7 700 véhicules blindés AMX 13 ont été fabriqués, dont près de 3 400 pour des utili-
sateurs étrangers.
La promotion des ventes à l'étranger des AMX 13 avait été confiée dès 1952 à
la SOFMA ; cela avait été confirmé par le protocole entre l'État et la SOFMA signé le
23 janvier 1970. Par lettre 12089 GIAT/DTAT/EM du 2 février 1972, la maîtrise
d'oeuvre industrielle et commerciale de l'ensemble des matériels de la famille
AMX 13 fut confiée à Creusot-Loire. On ne pourra dire ici les circonstances, et sou-
vent les péripéties, de chacune des opérations liées à ces matériels à travers le
monde. Le tableau en annexe VII.2 tente de résumer ce qu'il en fut des livraisons
jusqu'à la fin de 1977.

116
LES AUTRES PROGRAMMES IMPORTANTS

L'EBR

L'engin blindé de reconnaissance Panhard, né à peu près en même temps que


l'AMX 13, présentait beaucoup de solutions techniques originales ; sa tourelle FL 11,
armée d'un canon de 75 mm (Vo 600 m/s), était plus légère que la tourelle FL 10 de
l'AMX 13, armée d'un canon de 75 mm (Vo 1 000 m/s). Sa puissance de feu était
donc plus faible, mais sa mobilité plus grande (vitesse sur route, consommation)
pour une protection équivalente (l'EBR résista plutôt bien aux mines rencontrées à la
frontière algéro-tunisienne). Sa maturité technique, après une mise à hauteur (amé-
lioration des premiers véhicules fabriqués) sérieuse, avait été démontrée au cours
des manœuvres Javelot en 1953 et 1955. Cependant, il ne trouva pas une aussi
brillante consécration internationale, même dans une version utilisant la tourelle
FL 10 - version expérimentée avec succès dès 1952. La société Panhard réalisa un
véhicule de transport de troupes (VTT) dérivé de l'EBR, avec une variante ambu-
lance. Enfin, l'EBR utilisa à partir de 1963 l'armement de 90 mm à charge creuse
(munition à obus empenné 90 ARE).
Le Portugal commanda des EBR et des VTT en 1958. Ces matériels furent li-
vrés à partir de 1958, c'est-à-dire pratiquement à la suite des livraisons à l'armée
française : 14 en 1958 et 64 (dont 13 VTT) en 1959. Trois EBR furent livrés à l'Indo-
nésie en 1956 et six à la RFA en 1957.

Les AML

L'automitrailleuse légère Panhard, dont l'étude avait été décidée par l'état-
major de l'armée vers la fin de 1956, fut fabriquée en série à partir de 1961, pour les
besoins des forces françaises ; c'est également en 1961 que fut présenté le proto-
type de tourelle de 90 mm (tourelle conçue à la DE FA ST/AC, étudiée et réalisée à
l'Atelier de fabrication du Havre, l'AHE).
Cette AML, dont les performances étaient sans égales à l'époque, rencontra
très vite le succès auprès d'un grand nombre de pays. Dès 1962, l'Afrique du Sud
reçut 93 AML HE 60 et passa commande de 150 tourelles AHE 90. En 1963, on no-
tait deux AML pour le Cambodge et sept AML HE 60 pour l'Afrique du Sud ; en 1964,
16 pour l'Irlande ; en 1965131, 20 pour le Congo (Zaïre), sept pour le Portugal, sept
pour l'Algérie ; en 1967, 14 HE 90 pour Israël.
Ce succès se poursuivit pendant une vingtaine d'années, si l'on tient compte
des nombreux dérivés de l'AML, dont un VTT. Ainsi, Panhard enregistra en 1968 des
commandes de divers pays pour 282 AML, puis 259 en 1969, 95 en 1970,
198 en 1972, 157 en 1973, 182 en 1974, 384 en 1975.
À la fin de 1975, on pouvait récapituler ainsi les livraisons à l'étranger de
2 446 AML : 718 à tourelle HE 60 ; 1 122 à tourelle HE 90 ; 595 VTT/M3 ; 11 à tou-
relle bitube de 20 (S 530). Au total, plus de 4 900 AML ont été fabriquées, dont plus
de 4 000 exportées dans plus de 37 pays

La société Panhard fusionna en 1965 avec Citroën.


117
LeVAB

Le véhicule de l'avant blindé ne sera pas mentionné ailleurs dans ce fascicule,


car sa carrière internationale ne donna lieu à des livraisons qu'après 1978 (au Ma-
roc). Bien que soumis à une concurrence redoutable, il fut mis en service sur tous
les continents.

Les missiles antichars

On a vu dans les chapitres antérieurs que les missiles antichars français de


première génération (SS 10, SS 11, ENTAC) avaient connu un grand succès aux
États-Unis et dans les pays alliés de la France en Europe. Ce succès s'est très vite
étendu à de nombreux autres pays132.

Les munitions d'artillerie

Les importantes commandes étrangères de chars ont naturellement entraîné


d'importantes commandes de munitions. On a déjà mentionné les tourelles de
90 mm (AHE 90 et FL 11, puis FL10) utilisant l'artillerie et les munitions de 90 mm
(ARE 90, souvent attachées au nom de l'ingénieur en chef Arène, qui avait brillam-
ment réussi à mettre au point cette munition d'un type nouveau, sur des idées de
l'ingénieur en chef Larroumets).
Bien entendu, il en alla de même pour les munitions du char moyen, et notam-
ment les cartouches de 105 mm. Ainsi, le rapport d'activités de la DTAT en 1970
signale la livraison de 66 000 munitions de char, dont 58 000 cartouches de 105 G.
Les importantes commandes rappelées au chapitre 8 prolongèrent cette situation, au
moins durant la décennie suivante.
Il est juste de dire que les performances de l'armement au sens strict (le couple
canon-munition), ainsi que la bonne conception des tourelles, contribuaient beau-
coup au succès des véhicules blindés français.

132
À propos du bilan exceptionnel de ces programmes, cf. le tome 10 des travaux du Com-
HArT : Armements antichars, par Monsieur Stauff (t), puis par Messieurs Guillot et Duber-
net.
118
CHAPITRE 8
LE MONDE ARABE

Par son importance, démographique, historique, culturelle, le monde arabe a


tenu une place très importante dans la politique internationale de la France. Il était
donc naturel que des liens privilégiés soient établis avec ces pays dans le domaine
de l'armement, une fois la paix revenue. L'armement terrestre y contribua largement.
Cependant, il y eut longtemps des obstacles considérables. La guerre d'Algérie,
l'expédition de Suez, le soutien à Israël, ont entraîné un handicap certain pour l'in-
dustrie française d'armement vis-à-vis d'éventuels partenaires arabes. Puis,
en 1967, au lendemain de la guerre des Six-Jours, après l'embargo décidé par le
général de Gaulle sur les livraisons d'armes à Israël, l'industrie militaire française se
tourna résolument vers le monde arabe, alors que les relations avec les autres pays
de l'OTAN n'avaient pas encore « digéré » la position particulière de la France dans
l'Alliance.
Sur des directives du ministre de la Défense, un organisme spécial fut créée
en 1974 pour apporter aux arsenaux de l'État une aide indispensable à la conclusion
de relations commerciales à l'exportation. Cet organisme, la SOFRESA (Société
française d'exportation de systèmes d'armement), devenu en 1979 société d'écono-
mie mixte, assure, pour les produits des arsenaux de l'État (GIAT, DCN : Direction
des constructions navales) et de grands industriels de l'armement, des missions
commerciales (promotion, négociation, gestion de contrats, contrôle) vis-à-vis des
pays arabes, particulièrement de ceux du Moyen-Orient. Cette dernière région, qui
représentait à peine 11,8 % des exportations d'armements français en 1967, en re-
présentait presque les trois quarts au début des années 1980.
On ne pourra malheureusement pas relater, dans ce tome, l'histoire des rela-
tions de la France, entre 1945 et 1975, avec chacun des pays arabes dans le do-
maine de l'armement terrestre. On citera seulement quelques faits ayant eu lieu (ou
trouvant leur origine) pendant la période considérée. Il conviendra donc de compléter
ce qui suit, en particulier lorsque les documents d'archives seront mieux connus.

Abu-Dhabi

Livraisons de matériels blindés :


- 6 AMX 13 obusiers automoteurs de 155 mm ;
- 11 VTT AMX 13, en 1975 et 1976;
- 64 AMX 30 B, de 1972 à 1978, et 4 AMX 30 de dépannage ;
- 23 AMX 10, de 1977 à 1980;
- 106 AML 90 et 200 AML VTT/M3, de 1973 à 1977.
Bien entendu, ces relations ont continué après 1980.

L'Algérie

De 1965 à 1967, l'Algérie indépendante reçut 54 AML 60 ; elle en reçut d'autres


après 1983.

119
L'Arabie Saoudite

C'est à partir de 1968 que des relations étroites furent établies avec les autori-
tés du ministère de la Défense du royaume d'Arabie Saoudite. Un conseiller Arme-
ment (le commandant Coquet) fut installé dans ce pays, en août 1968, pour renfor-
cer les moyens de l'ambassade (décision confirmée par une note signée de
M. Messmer, ministre des Armées, le 19 janvier 1969). Des militaires et techniciens
saoudiens firent des stages en France à l'occasion d'un contrat de fourniture
d'AML Panhard (84 AML 60, 168 AML 90 et 154 VTT/M3, de 1968 à 1972).
Au début de 1970, au cours d'un entretien entre Michel Debré, ministre d'État,
chargé de la Défense nationale, et le ministre saoudien de la Défense, une assis-
tance technique et tactique substantielle fut associée à la fourniture éventuelle de
chars AMX 30, ainsi que l'entraînement du personnel. Une importante mission se
rendit en Arabie du 9 au 14 avril 1970133.
D'autres réunions eurent lieu, des propositions techniques et financières furent
négociées et des contrats signés. 290 chars AMX 30 S (S pour saoudiens), 58 chars
de dépannage AMX 30, 12 chars AMX 30 poseurs de pont, 52 chars AMX 30 bitube
de 30 et 51 obusiers de 155 automoteurs furent livrés de 1972 à 1981. Une lettre de
M. Debré au Prince Sultan Ben Abdul Aziz confirma le 20 novembre 1971 qu'un ac-
cord existait pour une assistance étendue, avec des moyens particuliers. C'est à la
suite de cet accord que fut créée la COFRAS (cf. chapitre 9) et que fut mise en place
la MMF (Mission militaire française) en Arabie Saoudite, qui joua un rôle très impor-
tant.
L'équipement des armées saoudiennes amena également la livraison de véhi-
cules blindés AMX 10 P et AMX 10 PC (517 entre 1974 et 1982).
Les contrats relatifs à ces équipements entrèrent ensuite dans le cadre plus
général du projet Palmier, portant sur une véritable coopération au niveau de la Dé-
fense (systèmes antiaériens, systèmes navals, aériens et terrestres), qui conduisi-
rent à de nouvelles livraisons.

Bahrein

Des AML Panhard furent achetés en 1976 (71 VTT/M3, livrés de 1977 à 1979).

L'Egypte

Comme on l'a vu au chapitre précédent, l'Egypte avait reçu 30 chars AMX 13


en 1956. Elle eut également des obusiers de 155 mm biflèche tractés.

L'Irak

Les premiers matériels livrés à l'Irak furent des AML Panhard (86 AML 60 et
76 AML 90, de 1969 à 1975, et 123 VTT/M3, de 1972 à 1975).
Au début des années 1970, l'armée irakienne se montra désireuse d'acquérir
d'autres matériels français (faisceaux hertziens TFH 665/4 et Multiplex CIT).
D'autres commandes (notamment AMX 10 et AML) eurent lieu après 1975.

Elle comprenait le colonel de Saboulin, sous-directeur Expansion à la DMA/DAI, le colo-


nel Huberdeau et le commandant Vergnas, de l'EMAT, et l'ICA Sompairac, de la DTAT
(compte rendu 073446 DMA/DAI/45/DR du 24 avril 1970).
120
Le Koweït

Une mission se rendit au Koweit du 8 au 14 novembre 1968, pour mieux


connaître les besoins militaires de ce pays et proposer quelques matériels, comme
le mortier de 120 et le SS 11.
Une autre mission sur place, du 8 au 15 mars 1969 (colonel Aussaresses),
permit de préciser des possibilités concernant l'AML, le 155 mm automouvant sur
châssis AMX 13 et les mortiers rayés de 120 mm ; on enregistra en 1969 les com-
mandes suivantes pour le Koweit : un char de dépannage AMX 13 (livré en 1971) et
18 obusiers de 155 mm automouvants AMX 13 (livrés en 1971). D'autres comman-
des furent enregistrées après 1975.

Le Liban

La France a naturellement conservé des liens privilégiés avec le Liban après


avoir proclamé, à la fin de 1941, l'indépendance de ce pays sur lequel elle avait reçu
un mandat de la Société des Nations.
On peut noter 22 AMX 13 à tourelle FL12, commandés en 1969 et livrés
en 1972 et 1973, ainsi que 52 AML 90, livrés de 1970 à 1974 (et d'autres dans les
années 1980).

La Lybie

À partir de 1971, la Lybie demanda des matériels français, notamment pour la


défense antiaérienne (radars, Roland, Crotale), sans parler des avions. Des réunions
furent organisées (à la DAI le 28 mai 1971) pour examiner les possibilités de ré-
ponse à ces demandes. L'existence d'un protocole intergouvernemental fut mention-
née.

Le Qatar

Des livraisons de véhicules blindés commencèrent en 1977, avec 24 chars


AMX 30 et 30 AMX 10; elles se poursuivirent ensuite au-delà de 1980: un char
AMX 30 de dépannage, 32VTTAMX13, 22 automouvants de 155 mm, ainsi que
185 VAB.

La Tunisie

On retrouve les livraisons de 15 AMX 13 avec canon de 90 mm (chars revalori-


sés), en 1970-1971, puis de 33 AML 90, de 1972 à 1980, et 11 VXB Berliet, de 1976
à 1978.

Le Yemen

Le Yemen (du Nord), qui avait adhéré à la Ligue arabe en 1945 et était mem-
bre de l'ONU depuis 1947, s'approvisionna en matériel français à partir de 1977:
146 AML 90 et 93 VTT/M3, livrés avant 1979.

121

I
CHAPITRE 9
COOPÉRATIONS ET EXPORTATIONS TOUS AZIMUTS

Presque tous les pays du monde connaissent et souvent - en dehors des pays
de l'ancien bloc de l'Est - utilisent des matériels d'armement terrestre français. Pour
certains, la coopération a pris une forme particulière, pouvant aller jusqu'à des dé-
veloppements en commun ou des coproductions.
C'est à l'occasion de la fourniture de matériels modernes à des armées étran-
gères parfois peu préparées à les mettre en œuvre que le ministère de la Défense
français fut amené à organiser, en plus de cette fourniture, une assistance pour des
services complémentaires. En 1972, la Compagnie française d'assistance spéciali-
sée, plus connue sous le sigle de COFRAS, fut créée. La COFRAS, dont la siège est
à Paris, assure la formation militaire des personnels des armées de Terre étrangères
utilisant des matériels français ; elle est capable de fournir, sous le contrôle du mi-
nistère, toute la gamme possible de conseils et d'assistance pour l'ensemble des
matériels de conception française134. Des équipes d'instructeurs peuvent assurer en
France la formation des premiers spécialistes du soutien, de façon à ce qu'ils soient
opérationnels dès la livraison des premiers matériels. À l'extérieur, elle remplit le
même genre de missions, par l'intermédiaire d'établissements permanents ou par le
détachement de spécialistes (ingénieurs, officiers, logisticiens).
On ne reviendra pas ici sur les cas déjà rappelés dans les chapitres précé-
dents, mais on mentionnera quelques pays dont il n'a pas encore été question.

LES PAYS DE L'ALLIANCE ATLANTIQUE

Le Canada

C'est à partir de 1960 que les contacts avec le Canada furent organisés. Une
note du Bureau technique de l'état-major général des Armées (EMGA), signée du
colonel Levêque, proposait alors au Centre d'action scientifique de la Défense natio-
nale (CASDN), rattaché au premier ministre, des coopérations avec le Canada, qui
furent surtout orientées vers les secteurs de l'aéronautique et de l'électronique, ainsi
que vers les protections contre les armes NBC et la recherche opérationnelle.
En 1965, on peut noter des pourparlers concernant le 155 mm tracté.
Un protocole d'accord entre les armées française et canadienne fut signé à Pa-
ris, le 16 février 1966 : il organisait notamment des échanges d'officiers, dans le ca-
dre d'un Comité franco-canadien de coopération militaire. Mais il ne semble pas que
les armements terrestres aient constitué une part importante de cette coopération.
Un groupe exploratoire sur la protection NBC fut cependant créé en 1967.

Le Danemark

Malgré des contacts réguliers, on ne trouva pas beaucoup d'occasions de coo-


pération avec le Danemark, au moins pour les armements terrestres (mission de

Avec ses homologues pour les Marines et les armées de l'Air, elle appartient maintenant
au groupe COGEPA.
123
l'IMC Joneaux, de l'IPFA, en juin 1962). La SOFMA (général de Chergé) rencontra
les autorités danoises en octobre 1969. Des propositions furent faites pour des chars
AMX 30 et pour des systèmes antichars et antiaériens ; des responsables du minis-
tère danois de la Défense vinrent en France du 22 au 25 avril 1970, mais aucun ré-
sultat concret ne semble pouvoir être noté.

La Norvège

Les relations avec la Norvège étaient normalement assurées dans le cadre de


l'Alliance atlantique. Mais cela n'excluait bien sûr pas les contacts directs et les visi-
tes réciproques (voir par exemple la mission de l'IMC Joneaux, de l'IPFA, en
juin 1962).
Au début des années 1960, la Norvège demanda l'étude de la modernisation
de l'armement des chars légers M 24 {Chaffee) en utilisant les solutions disponibles
en France.
À partir de 1970, ces relations bilatérales furent organisées de façon plus for-
melle, et les réunions annuelles, généralement organisées à l'initiative de la SOFMA
(M. Morel), devinrent celles d'un groupe franco-norvégien de coopération. Un projet
de protocole fut établi (29 novembre 1971) : il portait sur les programmes ACL/APX
et le Crotale (de Thomson) pour la France et, en compensations, sur 500 affûts de
DCA HS 669 avec 500 000 munitions, pour la Norvège. La lettre 84558 DAI/42/CD
du 24 novembre 1972 citait parmi les matériels proposés à la Norvège, outre le
Crotale ou le Roland, l'ACL/APX, le MILAN, les mines antichars, et, dans le domaine
électronique, l'Olifan, le BROMURE et le RITA.

La Turquie

Malgré son importance stratégique, démographique et culturelle, malgré son


appartenance à l'Alliance atlantique (depuis octobre 1951) et sa participation à tous
les organismes de l'OTAN depuis leurs origines, la Turquie n'a pas concrétisé jus-
qu'en 1975, dans le domaine des armements terrestres, ses relations amicales avec
la France. Cette situation peut sans doute s'expliquer par l'importance de l'aide amé-
ricaine, par les liens historiques avec l'Allemagne, et peut-être aussi par les rivalités
séculaires avec la Grèce.

PAYS DE L'UNION EUROPÉENNE

L'Irlande

Membre de la Communauté économique européenne (CEE), mais pas de l'Al-


liance atlantique, la république d'Irlande fut un des premiers pays dont l'armée utilisa
des AML Panhard, à partir de 1964 (32 AML 60 et 20 AML 90 entre 1964 et 1980).

La Finlande

Elle vendit à la France des mortiers Ternpela, de 1955 à 1961.

124
La Suède

Le char AMX 13 fut expérimenté en Suède en 1954, c'est-à-dire à un moment


où plusieurs autres pays commençaient à recevoir les livraisons de leurs premières
commandes. Certaines solutions techniques intéressaient les services suédois ; ré-
ciproquement, la compétence et l'expérience particulières des experts de ce pays
furent utiles aux ingénieurs français. Cela amorça une coopération dans le domaine
des blindés et de l'artillerie135 qui ne se démentit pas depuis. S'il ne fut pas possible
de mettre sur pied des programmes communs, des échanges d'idées, avec des ex-
perts mondialement connus, comme M. Berg, furent organisés périodiquement.
Entre-temps, un accord général de coopération franco-suédois (entre
MM. Blancard et Wahlin) avait été signé en octobre 1970. Il prévoyait la création de
cinq commissions : Terre, Air, Marine, engins, électronique. La première réunion du
Comité directeur avait eu lieu à Stockholm en mars 1972. C'est dans ce cadre qu'il
faut placer la mission conjointe du général Crinon (EMAT) et de l'ingénieur général
Bodin (DTAT/MOB) à Stockholm, du 16 au 22 septembre 1973. Un accord sur les
procédures de sécurité des informations échangées fut signé en décembre 1973.
Dans le domaine des missiles antichars, les contacts furent rapidement trans-
formés en contrats pour le SS 10 et le SS 11. Des essais du SS 11 eurent lieu à
Ravslunda, dans le sud de la Suède, en juillet 1963 ; ils montrèrent d'intéressantes
performances de ce missile contre des navires. Par la suite, les missiles de
deuxième génération furent présentés à la Suède ; ainsi, une mission franco-
allemande (ICA Robineau, M. Schiebel, et des représentants de Nord-Aviation et de
Bôlkow) se rendit à Stockholm en avril 1968.
Des accords furent également conclus dans le domaine de la guerre électroni-
que.
Il faut aussi signaler l'utilisation en France du canon de 40 mm Bofors, qui
s'était illustré pendant la guerre et avait été modernisé. On signalera le prototype de
tourelle antiaérienne pour l'AMX 13, réalisé en 1954 avec un 40 L 60, ainsi que les
affûts de 40 mm, dont la conduite de tir fut modernisée par l'APX.
Enfin, des filets de camouflage Barracuda ont été, depuis 1962, fabriqués sous
licence suédoise.

AUTRES PAYS D'EUROPE

La Roumanie

Elle montra de l'intérêt pour les hélicoptères - intérêt concrétisé par une fabri-
cation sous licence.

La Yougoslavie

À la fin des années 1960, la Yougoslavie, confirmant son rôle de pays non ali-
gné et ayant alors peu de liens avec le bloc de l'Est, cherchait à se rapprocher de la
France, même dans le domaine militaire, et certains armements français corres-

Dans les années 1950, la Suède, comme beaucoup d'autres pays, s'intéressait à Pobusier
de 155 mm biflèche en service en France. Malheureusement, un accident de mise à feu fut
déploré au cours des essais.
125
pondaient à ses besoins136. Une visite du général Ljubicie, secrétaire d'État à la Dé-
fense, en mai 1970, confirma cet intérêt, notamment pour des hélicoptères et des
véhicules blindés de transport de troupes (note 73711 DMA/DAI/CD du 8 mai 1970).
Un protocole signé à la fin de 1971 organisa cette coopération, avec des ré-
unions périodiques à différents niveaux.

PAYS D'ASIE

Le Cambodge

Le Cambodge fut un des premiers pays étrangers équipé d'AML60 (deux


en 1963).

L'Indonésie

Après les trois EBR Panhard livrés en 1956, l'Indonésie avait été un des pre-
miers pays à utiliser le char AMX 13, à partir de 1960.
De nouvelles occasions furent cherchées après la visite du général Fourquet en
Indonésie, en octobre 1968. Une mission d'experts se rendit sur place du 13 au
26 novembre 1968. Outre des officiers de l'EMAT, elle comprenait les ingénieurs
principaux Tauzin (DAI), Viche (DTAT/ASA-ENG) et Betbeder (ARE). Des relations
étroites furent maintenues avec cet important pays, qui s'équipa de nouveaux maté-
riels français (AMX 10 notamment) dans les années 1980.

L'Iran

L'importance stratégique, économique et politique de l'Iran restait très grande


dans les années 1950, malgré les bouleversements internes (conflits entre le Shah
et le parti nationaliste de Mossadegh, nationalisation de VAnglo-lranian OU Company,
attentats, assassinats, expulsion de l'ayatollah Khomeiny, etc.). L'influence militaire
américaine avait largement remplacé celle de la Grande-Bretagne. La France n'était
pas un partenaire commercial actif, et l'armée iranienne ne semblait pas intéressée
par les armements français.
Quelques matériels français, comme des machines de cartoucherie Manurhin,
des mortiers, et surtout des missiles antichars (SS 10 et SS 11) avaient été livrés à
l'Iran ; des missions s'étaient rendues sur place (dont celle de M. Moisant, de
Nord-Aviation, en août 1961).

En octobre 1963, le général de Gaulle fit un voyage officiel en Iran, et le prin-


cipe d'une coopération militaire et industrielle entre les deux pays fut posé par les
deux chefs d'État. En décembre 1963, au cours de son voyage en France137, l'amiral
Raafat, chef du service de l'armement iranien et envoyé spécial du Shah, rappela la

136
Répondant aux questions de la DMA (lettre 72779 DAI/47 du 2 mai 1969), les états-
majors avaient donné leur avis (lettre 2793 EMAT/3/TAC du 12 mai 1969) et formulé des
réserves.
137
Voyage qui eut lieu du 25 novembre au 13 décembre 1963. Il se rendit notamment à
Nord-Aviation, chez Manurhin, à Cusset et dans les poudreries. Le département DEE de la
DMA (colonels Thoux, Jacquemot et Germain, sous l'autorité de M. Rouxel) pilotait l'ensem-
ble de cette visite.
126
demande iranienne de recevoir un ou deux ingénieurs français détachés auprès de
lui, comme conseillers techniques, pour l'assister dans la gestion et l'organisation de
l'arsenal. Cette demande fut renouvelée au cours de la mission en Iran, en février-
mars 1964, de l'ingénieur général Sorlet, directeur des études et fabrications d'ar-
mement, et de l'ingénieur général Tavemier, directeur des Poudres138.
L'IMC2 Robineau fut envoyé précipitamment à Téhéran, « pour une mission de trois
mois, dans le cadre de l'assistance technique», à l'issue de laquelle il devait être
« détaché comme conseiller technique auprès du directeur des arsenaux en Iran
pour une durée de deux ans » (note 6153 MA/DMA/DAG du 18 mars 1964).
Mais la situation réelle était différente de celle qui avait été imaginée. Les servi-
ces iraniens n'étaient pas prêts pour les modifications de structures qu'ils avaient
envisagées ; il y avait encore un conseiller technique américain auprès de l'amiral
Raafat ; Pétat-major impérial, auquel les arsenaux étaient encore rattachés, restait
en relations étroites et permanentes avec les forces des États-Unis, qui fournissaient
souvent une assistance gratuite. En outre, les projets iraniens à court et moyen
terme concernaient la construction d'une nouvelle poudrerie et d'une nouvelle car-
toucherie.
Un protocole entre le ministère français des Armées et le gouvernement iranien
fut signé le 22 avril 1964 par M. Asfia, directeur de l'organisation du Plan, responsa-
ble de l'équipement du pays, et le 4 mai par le délégué ministériel pour l'armement.
Ce protocole portait sur l'assistance technique pour la réalisation de projets comme
la nouvelle poudrerie - laquelle était considérée en Iran comme une usine fabriquant
des explosifs à usage civil. La mise en œuvre de ce protocole demanda quelques
mois, et l'IMC Robineau reprit sa place à la DEFA.

L'ingénieur en chef Parenteau, de la direction des Poudres, se rendit en Iran du


11 au 30 septembre 1964, pour étudier à nouveau le problème du choix du lieu d'im-
plantation de la future poudrerie. Finalement, les responsables iraniens décidèrent
de construire la poudrerie à Partchin (près de Téhéran)139, l'acide nitrique nécessaire
provenant toutefois de la région de Chiraz (il serait issu d'un complexe industriel pé-
trochimique existant). M. Asfia accepta que les contrats soient conclus avec une so-
ciété privée française, désignée comme maître d'oeuvre par la DMA, à condition
qu'un ingénieur des poudres assure en Iran l'assistance technique de la DMA prévue
par le protocole du 4 mai 1964. Restait à régler la question du crédit demandé par
les Iraniens, à savoir une extension du crédit déjà accordé pour la pétrochimie. Des
propositions techniques et financières pour la construction de la poudrerie furent
présentées, avec l'aval de la DMA.
Dans le même temps (en septembre 1964), à la demande de la DMA, la DEFA,
en liaison avec la société Manurhin, présenta un projet pour l'équipement d'une car-
toucherie moderne à Sultanatabad (près de Téhéran).
Une mission se rendit à Téhéran en janvier 1965, pour présenter ces proposi-
tions ; elle comprenait, sous la conduite de l'IMC Robineau, l'ingénieur principal des

La fiche de poste diffusée par la DMA le 15 mars 1964 concernait deux conseillers fran-
çais Armement auprès du gouvernement iranien, pour participer à la modernisation des ar-
senaux et à l'organisation des services de l'armement (structures, rémunération du person-
nel, mode de fonctionnement).
139
Une poudrerie, construite par Bofors dans les années 1950, existait déjà à Partchin, mais
sa production et sa productivité était très insuffisantes par rapport aux besoins futurs envi-
sagés.
127
poudres Pianasso (désigné pour occuper le poste de conseiller technique Armement
en Iran140), l'ICTA Mouton, de la cartoucherie du Mans, et le directeur commercial de
Manurhin.
La proposition concernant la cartoucherie n'eut finalement pas de suite, les Ira-
niens réussissant à obtenir gratuitement des États-Unis la fourniture de machines
(usagées) pour équiper la nouvelle usine.
La poudrerie de Partchin fut en revanche réalisée par un consortium français
constitué pour ce programme, sous le nom d'ENSA : il comprenait notamment Spei-
chim et la direction des Poudres. Le règlement du contrat (d'un montant de 81 MF)
donna lieu, comme souvent, à des contestations. Ce contentieux (prévisible) fut ré-
gulièrement abordé au cours des visites en France du général Toufanian, qui avait
succédé à l'amiral Raafat comme directeur des armements, ou de celles de son ad-
joint, le général Nemati. De même, les responsables de la DAI - notamment l'ingé-
nieur général Joyau - ou de la direction des Poudres - comme l'ingénieur en chef
Toche - furent amenés à se rendre à plusieurs reprises en Iran pendant les an-
nées 1968 et 1969, pour chercher et finalement trouver, après plusieurs années, une
solution à ces problèmes.

La coopération franco-iranienne entraîna des stages en France de nombreux


officiers iraniens, à partir de septembre 1964, soit à la poudrerie de Bergerac, soit
comme auditeurs à l'École supérieure de l'armement. Le lieutenant-colonel Etchke-
wari fit un séjour de plusieurs années à Bergerac (de 1966 à 1968).
D'autres occasions de coopération furent recherchées. Ainsi, du 5 au 14 mars
1971, une mission se rendit en Iran, pour examiner les possibilités d'une aide
concernant les troupes de montagne ; cette mission, dirigée par le lieutenant-colonel
de Monicault, de la DTAI (Direction technique des armes et de l'instruction), compre-
nait un représentant de la SOFMA, M. Masson-Régnault.
On mentionnera aussi des commandes de missiles antichars ENTAC et SS 11,
en 1964-1965.

Le Japon

Une mission française se rendit au Japon, sous la conduite de l'ingénieur géné-


ral Casai (SCTI), du 26 septembre au 9 octobre 1969 ; elle comprenait des repré-
sentants du SPER (Syndicat des industriels de matériel professionnel électronique et
radioélectrique) et de nombreuses firmes françaises d'électronique (SAT, EMD,
Thomson-CSF, etc.).
Un peu plus tard, le général Kondo et le colonel Tobari firent une visite en
France et se rendirent notamment chez Panhard (pour l'AML), chez Creusot-Loire
(pour le 155 mm automouvant sur châssis AMX13), chez Nord-Aviation (pour
MILAN, HOT et Roland) et chez Thomson (pour le Crotale).
Ces visites n'eurent pas de suite.

L'ingénieur en chef Gautier lui succéda après l'été 1969. Par la suite, une véritable mis-
sion d'assistance technique DMA fut mise en place à Partchin, avec l'ICA Brissaud, puis
l'ICA Paget (de mars 1974 à mai 1975), puis Gaudillière, Rogé, Béra, etc., et avec un ingé-
nieur de l'armement adjoint à l'attaché militaire à Téhéran.
128
La Malaisie

Notons, en 1972 et 1973, la livraison de 44 AML Panhard (VTT/M3).

Le Pakistan

Les relations prirent forme à partir de 1970 (demande de l'attaché militaire pa-
kistanais, le 3 septembre 1970, pour la fourniture de matériels électroniques militai-
res). On trouve aussi cinq AML 60 livrées en 1976.

PAYS D'AFRIQUE

L'Afrique du Sud

Le mortier de 120 mm rayé fut présenté dans ce pays vers 1961.


L'artillerie de 90 mm empenné (canon et munitions) fut adoptée en 1962,
d'abord en même temps que l'AML Panhard, puis pour d'autres montages. Cette
année-là, 93 AML et 150 tourelles de 90 (AHE 90) furent livrées à l'Afrique du Sud.
Les livraisons de tourelles et de munitions se poursuivirent les années suivantes.
Quelques années plus tard, Thomson reçut un contrat pour l'étude et le déve-
loppement d'un système antiaérien sur véhicule, capable de tirer par tous les temps.
Ce système, nommé Cactus, connut ultérieurement une seconde carrière - avec
bien des améliorations il est vrai - sous le nom de Crotale.

Le Burundi

Le Burundi reçut quinze AML 60 entre 1971 et 1976.

L'Ethiopie

En dehors d'une visite remarquée de Sa Majesté Impériale le Négus en 1962,


au cours de laquelle les matériels français lui furent présentés à Satory, on doit
mentionner le succès de l'AML Panhard dans ses différentes versions, ainsi que ce-
lui du SS 11.
Un protocole pour l'aide à l'instruction et au soutien technique fut signé entre
les deux pays en août 1967. À la suite de ce protocole, le chef d'escadron Loubens
dirigea sur place, du 1 e r avril au 20 décembre 1968, une mission d'assistance tech-
nique, suite à la livraison de cinquante AML 60 Panhard.

Le Kenya

Le Kenya reçut douze AML 90 en 1971, et d'autres après 1978.

Le Maroc

Ce grand pays, proche de la France, s'équipa d'AML Panhard à partir de 1976


(182 AML 90, 20 AML 60, et 60 VTT/M3 avant 1982). Huit chars AMX 13 furent livrés
en 1977 et 1978, puis quatre ultérieurement, suivis de 426 VAB, de 1978 à 1981.
Enfin, il reçut un nombre important de chars AMX 10 RC après 1980.

129
Le Zaïre

On notera que les AML Panhard intéressèrent le Zaïre dès 1963. 135 AML60
et 47 AML 90 furent livrées de 1965 à 1974, ainsi que 86 VTT/M3 de 1971 à 1974.

Autres pays africains

De nombreux pays d'Afrique, autrefois colonies françaises et devenus indé-


pendants en 1960, furent équipés de matériels français, principalement des blindés
légers (AML Panhard). Nous citerons seulement :
- Côte d'Ivoire : dix AML 60, en 1970 et 1971 ;
- Gabon: neuf AML 60 et onze VXB Berliet (pour la gendarmerie), entre 1975
et 1978;
- Haute-Volta (Burkina-Faso) : quatre AML 60 et treize VTT/M3, en 1975 ;
- Mauritanie : 39 AML 60, quatorze AML 90 et douze VTT/M3, en 1976 et 1977 ;
- Niger : dix-huit AML 60, vingt AML 90 et quatorze VTT/M3, à partir de 1976 ;
- Sénégal: 30AML60 et 24AML90, de 1972 à 1979, ainsi que douze VXB,
de 1975 à 1978;
- Togo : trois AML 60, en 1973.
Ce mouvement se confirma dans les années suivantes, et la liste des pays uti-
lisateurs devint plus longue, surtout après 1980.

PAYS D'AMÉRIQUE

L'Argentine

On connaît l'histoire de ce grand pays d'Amérique du Sud, les raisons de son


isolement international après la guerre, l'instabilité politique interne après le déclin
(temporaire) du péronisme (1955). Le général de Gaulle fit une visite officielle en
Argentine en octobre 1964. Les négociations pour l'acquisition de chars AMX 13 fu-
rent poursuivies, et les livraisons eurent lieu en 1969 : 58 AMX 13 à tourelle FL 12,
deux AMX 13 poseurs de pont, et huit automouvants de 155 - p l u s quatre livrés
en 1970.
Devenu ensuite lui-même producteur de véhicules blindés (chars légers et
moyens), ce pays s'intéressa activement aux services et industriels capables de lui
fournir des matériels modernes ou des composants majeurs (moteurs, artillerie et
munitions, conduites de tir). C'est sans doute dans ce cadre que l'on doit placer une
mission en 1974 de l'IG Marest, accompagné de l'IC Guély.
Un peu plus tard, à partir de 1978, l'Argentine reçut livraison de véhicules Panhard
(60 AML 90, puis des ERC Lynx en 1981 et des V Î T M3/B).

Le Brésil

Gigantesque territoire, partie principale d'un immense continent, le Brésil a


connu un développement démographique considérable, qui se poursuit encore ac-
tuellement (41 millions d'habitants en 1940 et 120 millions en 1980). L'économie n'a
malheureusement pas connu un développement aussi rapide, mais la croissance

130
constatée dans les années 1968-1973 (11 à 12 % en moyenne annuelle) a conduit
les économistes à parler de « miracle brésilien ».
Les services de la DMA ont évidemment recherché activement les perspectives
de coopération avec un grand pays plein d'avenir. Parmi les missions, on notera
celle de l'IG Marest, accompagné de PIC Guély, en novembre 1970, au cours de la-
quelle furent examinées les possibilités de modernisation de l'armement des chars
(notamment ceux ayant des canons de 90 mm).
À partir de 1973, l'intérêt du Brésil pour le Roland entraîna également des visi-
tes en France de responsables brésiliens, ainsi que des négociations à l'initiative
d'Euromissile - il s'agissait du Roland II.

Le Chili

On note une commande de huit automouvants de 155 en 1971 (livrés en 1975)


et de quatre après 1978. Vingt chars AMX 30 furent livrés ensuite (dont un char de
dépannage).

L'Equateur

Furent livrés 108 chars AMX 13 à tourelle FL 12, de 1971 à 1977 ; un AMX 13
de dépannage, en 1971, et cinq en 1977; douze AMX 13 obusiers automouvants
de 155, en 1976 et 1977, et 93 AMX 13 VTT ou dérivés, de 1976 à 1978.

Le Mexique

C'est seulement dans les années 1980 que le Mexique reçut des matériels
français (Panhard).

Le Pérou

Trente AMX 13 furent livrés en 1956, et 78 AMX 13 à tourelle FL12 en 1968


et 1969.

Saint-Domingue

En 1959, quinze chars AMX 13 furent livrés à Saint-Domingue.

Le Salvador

En 1979, douze AML 90 furent livrés.

Le Venezuela

Dès 1954, le Venezuela reçut quarante chars AMX 13 à tourelle FL10. En


1973-1974, s'y ajoutèrent quarante VTT AMX 13 et douze AMX 13 155 automou-
vants. 81 chars AMX 30, quatre poseurs de pont et deux chars de dépannage furent
livrés en 1971. On note aussi onze AML Panhard bitube de 20 (S 530) en 1973.

131
CHAPITRE 10
L'ALLIANCE ATLANTIQUE

On a vu au chapitre 6 dans quelles conditions avait été signé le traité de


Bruxelles, le 17 mars 1948, entre cinq pays européens, pour faire face à la menace
d'une agression soviétique. Les États-Unis d'Amérique, par la résolution Vanderberg,
votée au Sénat le 11 juin 1948, proposèrent de s'associer par un traité - avec le Ca-
nada - à l'organisation de défense de l'Union occidentale. Les pourparlers, engagés
à Washington le 6 juillet 1948, furent achevés en septembre 1948, et, après un ac-
cord de principe annoncé à la fin d'octobre par le conseil du traité de Bruxelles, le
texte du traité de l'Atlantique Nord fut publié le 18 mars 1949. Malgré les protesta-
tions du gouvernement soviétique, le traité fut signé à Washington le 4 avril 1949 par
les ministres des Affaires étrangères de douze pays : Belgique, Canada, Danemark,
États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et
Royaume-Uni. Le traité entra en vigueur le 24 août 1949, après avoir été dûment
ratifié par les parlements des États-membres.
Des demandes d'assistance militaire et financière étaient adressées aux
États-Unis par les pays de l'Union occidentale, le Danemark, l'Italie et la Norvège. La
« loi d'aide militaire pour la défense mutuelle » fut signée par le président Truman le
6 octobre ; un crédit de 900 millions de dollars était ouvert à cet effet. Dans la chro-
nologie de cette année 1949, on peut noter aussi la levée du blocus de Berlin, le
9 mai, et la première explosion atomique en URSS, le 22 septembre.
La Grèce et la Turquie accédèrent officiellement au traité le 18 février 1952, et
la RFA le 9 mai 1955. Une seizième nation -l'Espagne- entra dans l'Alliance
en1984 141 .
L'histoire de l'armement terrestre français depuis 1945 est évidemment profon-
dément marquée par l'existence du Pacte atlantique et par l'organisation créée pour
le mettre en oeuvre, l'OTAN. La France, comme tous les autres pays de l'Alliance, a
toujours été (et est donc restée jusqu'à ce jour, contrairement à ce qui a parfois été
dit) membre à part entière de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, et elle y a
joué un rôle conforme à sa position de grande puissance mondiale, membre perma-
nent du conseil de sécurité de l'ONU. On examinera seulement ici les instances
traitant des armements, leur fonctionnement et leur influence sur l'armement terres-
tre en France.

Trois ex-satellites de l'URSS : République tchèque, Hongrie, Pologne, sont devenus


membres en 1999.
133
Le Conseil (composé des ministres des Affaires étrangères), réuni pour la pre-
mière fois le 17 septembre 1949 à Washington, créa un Comité de défense (compo-
sé des ministres de la Défense) et un certain nombre d'organismes militaires :
- Comité militaire (les chefs d'état-major) ;
- groupe permanent, organisme exécutif du Comité militaire composé de repré-
sentants de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis ;
- cinq groupes stratégiques régionaux.
Au cours de la deuxième réunion, le 18 novembre 1949 à Washington, le
Conseil décida de créer deux nouveaux organismes pour étudier de façon approfon-
die des questions telles que la production des armements, la standardisation et
l'amélioration des matériels militaires, ou les répercussions économiques et financiè-
res de l'effort de défense : ce furent le Comité de défense économique et financier
(les ministres des Finances) et le Comité militaire de production.
Ce Comité militaire de production fut remplacé, en décembre 1950, par un Bu-
reau de production de défense, doté de pouvoirs plus étendus et chargé d'intensifier
la production et de faciliter l'utilisation commune des installations industrielles des
États-membres.
Le Conseil des suppléants, créé en mai 1950 pour contrôler et superviser les
organismes militaires et civils de l'Alliance, et qui se réunissait en permanence à
Londres, entreprit une réorganisation complète des structures, avec un seul Conseil
(les suppléants eux-mêmes, chacun représentant l'ensemble de son gouvernement),
et un secrétariat international financé en commun. Cette structure fut progressive-
ment mise en place en 1951, alors qu'étaient signées des conventions sur le statut
des forces et sur le statut de l'OTAN (convention d'Ottawa).
Le personnel international du secrétariat international, placé sous l'autorité de
lord Ismay, nommé secrétaire général de l'OTAN, fut installé à Paris en avril 1952, et
le Conseil de l'Atlantique Nord fut réuni en session permanente au siège provisoire
de l'organisation (au palais de Chaillot). Le siège de l'OTAN fut transféré porte Dau-
phine le 15 décembre 1959. Une division de production et de logistique fut créée au
secrétariat international. Elle devint, en octobre 1960, la division Production, logisti-
que et infrastructure.
Le Comité de production de défense fut transformé, en 1958, en Comité des
armements, avec un mandat élargi aux questions de recherche appliquée et de dé-
veloppement, correspondant au souci que la coopération alliée puisse commencer le
plus possible en amont et avant la production proprement dite. Pour promouvoir
cette coopération, le Comité des armements créa un groupe consultatif naval
(AC/221), suivi en 1962 du groupe consultatif pour les forces terrestres (AC/225) et
d'un groupe pour les forces aériennes (AC/224). Un groupe pour la recherche
(AC/253) fut créé ultérieurement.

ORGANISMES OTAN EN FRANCE

Le siège de l'OTAN à Paris, dans lequel se trouvaient le Conseil et le secréta-


riat international, disposait des installations (salles de réunions, services de traduc-
tion et d'interprétariat, etc.) nécessaires au fonctionnement des nombreux organis-
mes de l'organisation. Les comités et groupes de travail, de plus en plus nombreux,
s'y réunissaient le plus souvent. Mais certains organismes étaient installés ailleurs.
On a déjà cité le groupe permanent (Standing Group) à Washington, organe exécutif

134
(États-Unis, France, Royaume-Uni) du Comité militaire jusqu'au 1erjuillet 1966. On
rappellera aussi l'existence du SHAPE, à Rocquencourt.
En avril 1958, le Conseil approuva la création d'un système OTAN d'approvi-
sionnement et d'entretien (NMSSS), qui prit, en 1964, le nom de NAMSO (en fran-
çais : organisation OTAN d'entretien et d'approvisionnement). Cette organisation
comprenait, sous l'autorité d'un comité de directeurs (représentant les quatrorze
pays membres - l'Islande, n'ayant pas d'armée, ne participait pas aux activités à ca-
ractère militaire), une agence appelée NAMSA. La NAMSA était à la disposition des
pays membres pour les aider à s'approvisionner en pièces de rechange et leur four-
nir les moyens d'entretenir et de réparer leurs systèmes d'armes. La NAMSA, dont le
siège était à Paris, créa à Châteauroux un centre OTAN d'approvisionnement (COA)
en 1960, puis un autre à Rueil, pour le Hawk. Au début de 1968, la NAMSA et le
COA furent transférés à Capellen, au Luxembourg.

RECHERCHES DE STANDARDISATION

Le mot de standardisation (aux États-Unis standardization) recouvre en fait


deux notions : celle de normes applicables à des produits, des composants, des pro-
cédures, etc., et celle de communauté ou d'identité des matériels. Dans le premier
sens, il vaut mieux parler de normalisation. L'interopérabilité des matériels, notion
utilisée à partir des années 1970, suppose, elle, l'existence de normes communes.
Ces ambiguïtés compliquèrent évidemment le travail des organismes de l'OTAN
chargés de promouvoir la coopération dans le domaine des armements, qui était un
des objectifs officiels de l'Alliance atlantique.
Le Bureau militaire de standardisation (BMS), qui est une agence de l'OTAN,
fut créé à Londres en 1951, pour faciliter l'élaboration et l'approbation de normes
applicables aux procédures et aux matériels utilisés par les pays membres, de façon
à permettre aux forces armées de ces pays d'opérer, éventuellement ensemble, de
la manière la plus efficace. Le BMS, installé au siège de l'OTAN, à Bruxelles, de-
puis 1970, a été rattaché au Comité militaire, au profit duquel il travaillait, mais son
activité a toujours concerné également des structures civiles, comme celles char-
gées des armements.
La standardisation s'organisa naturellement, dans les premières années, autour
des normes américaines (qui étaient souvent les seules existantes) et autour des
matériels américains, qui équipaient la plupart des pays (en application du PAM :
cf. chapitre 3). L'un des premiers accords de standardisation, ou StanAg (Standardi-
zation Agreemenf), promulgué par le BMS portait sur le calibre de l'armement indivi-
duel, le célèbre 7,62 mm OTAN. La cartoucherie de Valence avait commencé à fa-
briquer la cartouche OTAN dès 1952 (d'après les tracés de la cartouche américaine
T 65) ; il fallait ensuite vérifier que cette cartouche fabriquée en France pouvait être
utilisée sans restrictions à partir des armes fabriquées dans d'autres pays : des es-
sais eurent lieu au Canada. Il fallut aussi vérifier que les armes de 7,62 mm fabri-
quées en France pouvaient tirer les cartouches OTAN fabriquées dans d'autres
pays. En 1958, le problème n'était pas entièrement résolu, et aucun des prototypes
de fusils français 7,62 mm OTAN (MAT, MAS, AME) n'était retenu. L'arme automati-
que de Châtellerault, l'AA 52, en revanche, pouvait passer au calibre OTAN, mais il
fallait aussi standardiser les maillons : un groupe d'experts fut chargé en 1960 de
cette étude. Cette expérience, longue et instructive, montrait les problèmes difficiles
de l'interopérabilité.

135
L'élaboration des StanAg a été le plus souvent confiée à un groupe d'experts,
groupe de travail ou groupe ad hoc, mis en place par le Comité des armements.
Dans cette recherche de coopération, on peut aussi classer les essais en
commun réalisés par les pays de l'OTAN sous l'égide de cette organisation. On a
déjà parlé des armes et munitions de 7,62 mm. Il faut citer aussi les activités dans
les domaines de l'électronique et des télécommunications, de la guerre électronique
ou de la protection NBC. Ainsi, en 1963, on trouve mentionnés les essais OTAN au
Danemark du système infrarouge actif IRIS. La même année, les systèmes de chif-
frement Ulysse et Myosotis, après approbation par l'organisme américain SECAN,
furent présentés au concours OTAN. Un système de contre-mesures passives radar,
TAPIR, fut présenté à l'OTAN en 1963, et un radar de surveillance du champ de ba-
taille, Olifan, fut soumis à une évaluation OTAN à Meppen (RFA) en juillet 1966.

PRODUCTIONS COORDONNÉES

Produire les mêmes matériels est la meilleure façon d'obtenir une réelle stan-
dardisation, et les commandes offshore (cf. chapitre 3) furent une bonne occasion
pour cela. Les produire ensemble est encore préférable. C'est ce qui fut recherché
par l'OTAN dans les années 1950, avec des résultats certains dans le domaine aé-
ronautique (le Fiat G 91, et surtout le Breguet1150, avion patrouilleur maritime
OTAN, bien connu sous le nom de Breguet Atlantic).
Pour l'armement terrestre, on rappellera le programme Hawk (cf. chapitre 3),
suivant la proposition faite par le président Eisenhower, au cours de la réunion des
chefs de gouvernement à Paris en décembre 1957, de mettre le savoir-faire améri-
cain dans des technologies « avancées » à la disposition des pays européens de
l'Alliance. Comme on l'a vu, la France joua un rôle particulier dans ce programme.
Une Organisation OTAN de production et de logistique (OPLO ou, en anglais,
NPLO) fut mise en place sous l'autorité d'un comité de directeurs représentant les
pays membres. Cette Organisation OTAN de production et de logistique Hawk
(OPLOH, ou NHPLO), dépendant directement du Conseil, avait à sa disposition le
Bureau de gestion OTAN Hawk (BGOH, ou NHMO), implanté à Rueil depuis 1959,
dans l'enceinte de l'APX.
Ce bureau, encore en activité en 1998, et qui possède le statut international
des agences de l'OTAN, a souvent recruté des personnels français, provenant par-
fois de la DEFA-DTAT, et des ingénieurs de l'armement ont pu y tenir, en service
détaché, des postes à responsabilités. L'ingénieur général G. Wenisch, entré au
BGOH avec le grade d'ingénieur principal, en fut le directeur général au début des
années 1980. Après l'achèvement du programme initial en 1967, l'étude, puis les
essais, d'un programme Hawk européen amélioré (le HELIP, pour Hawk European
Limited Improved ProgramU2) furent lancés, avant que ne soit entreprise la produc-
tion du système amélioré. La Grèce adhéra au programme en 1972 et le Danemark
en 1974. D'autres améliorations furent décidées en 1979, et le système Hawk devrait
rester en service longtemps après l'an 2000.

En mars 1970, l'état-major des armées confirma qu'il n'était pas favorable à une partici-
pation française au programme HELIP.
136
LES PROCÉDURES DE COOPÉRATION

On a déjà vu que les StanAg étaient souvent élaborés par des groupes spécia-
lisés, créés par le Comité des armements. Chaque groupe était facilement identifié :
il avait en fait un numéro, par ordre chronologique, précédé du sigle du comité ayant
créé le groupe. Par exemple, le groupe OTANAC/176 Véhicules de transport de
troupes blindés fut le 176eorganisme créé -vers 1961 - par le Comité des arme-
ments, ou ses successeurs143. Chaque nouveau groupe, ou sous-groupe, établissait
d'abord son mandat (Terms of Référence), qu'il faisait approuver par l'organisme
supérieur (le Comité des armements, par exemple). Puis il élisait son président,
choisissait son ordre du jour, et, bien sûr, la date et le lieu de la prochaine réunion.
Le secrétariat international apportait son aide et son soutien (support) aux travaux
des groupes, en fournissant presque toujours le secrétaire du groupe, parfois le pré-
sident, et les moyens de travailler (documents, traductions dans la mesure du possi-
ble, interprétariat, etc.).
En fait, à travers tous ces organismes, il était possible, dans un domaine don-
né, d'explorer toutes les potentialités de coopération, les besoins et les capacités de
chaque pays. Une certaine planification, reconnue utile et souvent nécessaire, deve-
nait possible ; mais il aurait fallu que tous les pays acceptassent des procédures
communes. À partir de 1959, on demanda aux autorités militaires de l'OTAN (c'est-
à-dire, à cette époque, le Comité militaire) de définir les besoins militaires de base
OTAN (NBMR, pour Nato Basic Military Requirement), à partir desquels seraient dé-
finies les caractéristiques opérationnelles et les spécifications techniques - dans
l'espoir qu'il serait ensuite possible de mettre au point des matériels communs pour
répondre à ces besoins.
Les différents groupes spécialisés furent alors souvent chargés de rédiger le
projet de NBMR correspondant à un matériel donné, par exemple le char principal de
combat, ou le véhicule blindé transport de troupe. Les experts, officiers et ingénieurs
ou, dans certains cas, industriels, échangèrent leurs idées. Chaque pays justifiait
parfois les choix qu'il avait déjà faits, dans l'espoir que les matériels qu'il produisait
ou développait seraient conformes au NBMR. Ainsi, les partisans de véhicules blin-
dés transports de troupe (comme le M 113 américain) s'opposaient aux partisans de
véhicules de combat d'infanterie (comme l'AMX 13 français). Comme un compromis
n'était guère possible, on proposa finalement, après bien des réunions, d'approuver
deux NBMR - ce qui était peut-être une solution réaliste et militairement souhaitable.
Dans d'autres cas, le groupe fut conduit à organiser des études préliminaires ou des
exercices pour préciser certaines données essentielles. Ainsi, en 1964, plusieurs
pays participèrent aux essais menés notamment aux États-Unis (à VAberdeen Pro-
ving Ground) pour déterminer la portée maximale du char principal de combat (à ins-
crire dans le besoin militaire).
La procédure des NBMR ne se révéla pas très féconde, bien que le groupe
permanent ait pu approuver, au nom du Comité militaire, 49 besoins militaires de
base OTAN : aucun ne donna directement lieu à une coopération au niveau de
l'OTAN. Mais on doit se demander si des programmes bilatéraux, comme les missi-
les franco-allemands MILAN, HOT et Roland, n'ont pas trouvé leur justification ini-
tiale dans les travaux d'élaboration de besoins OTAN. C'est également dans ce ca-

On peut également citer les groupes suivants: ACM: infrastructure; AC/172: armes
antichars ; AC/174 : groupe mixte ad hoc chars de combat ; AC/196 : protection NBC ;
AC/220 : électronique.
137
dre que fut organisée, en juin 1962, la production du missile air-sol AS 30 par la
RFA, la France et le Royaume-Uni. Bien qu'il ne s'agisse pas là d'armement terres-
tre, cette production coordonnée constitua un terrain favorable aux coopérations
franco-allemandes.
Quoi qu'il en soit, on pouvait penser en 1965 que la coopération OTAN dans le
domaine des armements pouvait et devait être améliorée.

LES RÉFORMES DE 1966

En octobre 1965, le Conseil demanda à un groupe exploratoire d'examiner les


modifications de procédures ou d'organisation pouvant conduire à une coopération
plus efficace dans le domaine de l'armement. On remarquait, par exemple, que le
Comité militaire, qui approuvait les NBMR, n'avait pas de responsabilités pour le dé-
veloppement et la production des matériels.
Le rapport de ce groupe exploratoire, approuvé par le Conseil en mai 1966,
constitua en quelque sorte, pendant plus de vingt ans, la charte de référence pour
toutes les questions relatives à la coopération dans le domaine de la recherche, du
développement et de la production de matériel d'armement (document CM/66-33).
Sans entrer dans les détails, disons que l'on cherchait à favoriser la coopéra-
tion à partir d'initiatives des pays, plutôt que des structures OTAN les rassemblant
tous. Il suffisait que deux pays au moins se déclarent intéressés par un projet pour
que l'OTAN apporte l'aide éventuellement demandée, puis pour que le projet de-
vienne un projet ou un programme OTAN.
À la tête de cette organisation, le Conseil créa, à la place du Comité des ar-
mements, la Conférence des directeurs nationaux d'armement (CDNA ou, en an-
glais, CNAD), placée sous l'autorité du Conseil. Six groupes principaux relevaient de
la CDNA :
- le groupe des armements des forces navales (NNAG) ;
- le groupe des armements des forces aériennes (NAFAG) ;
- le groupe des armements des forces terrestres (NAAG), ou AC/225 ;
- le groupe sur la recherche pour la Défense (DRG) ;
- le groupe inter-armes sur les télécommunications et le matériel électronique
(TSGCEE) ;
- le groupe inter-armes sur la défense aérienne.
À chacun de ces groupes principaux furent subordonnés, sous des appellations
diverses (sous-groupe, groupe d'étude, commission, etc.), les groupes de travail ou
groupes ad hoc correspondant à son domaine de responsabilités144 ; d'autres grou-
pes furent créés en fonction des besoins, de façon à ce que tous les secteurs puis-
sent être abordés.

144
Sur proposition des États-Unis, les groupes existants furent placés sous l'égide des grou-
pes principaux, selon les nouvelles procédures. On citera quelques commissions créées par
le groupe principal AC/225 : commission VI (surveillance du champ de bataille) ; commis-
sion VII (défense NBC) ; commission XIII (traitement automatique des données). La com-
mission VI du groupe principal AC/243 (groupe de recherches pour la Défense) fut chargée
des systèmes d'identification « ami-ennemi» (IFF), en liaison avec le groupe AC/280 (dé-
fense aérienne).
138
Pour les activités présentant un intérêt général pour tous les groupes, il existe
aussi des organismes connus sous le nom de groupes-cadres :
- le groupe des directeurs nationaux de la codification ;
- le groupe des directeurs nationaux pour l'assurance de la qualité ;
- le groupe sur la propriété industrielle et les marchés ;
- le groupe sur la rationalisation des principes de conception, des critères d'essais
et de sécurité pour les matières explosives et les dépôts d'explosifs ;
- le groupe sur la standardisation des matériels.
Là encore, chaque groupe-cadre pouvait avoir des organismes subordonnés.
Un groupe particulier fut toujours considéré comme un groupe principal : le
Groupe consultatif industriel OTAN (NIAG, pour Nato Industrial Advisory Group),
composé d'industriels, et chargé de fournir à la CDNA et à ses organismes des avis
sur les questions industrielles, et éventuellement de faire des propositions.
Pour animer, coordonner, orienter et contrôler l'activité de cette vaste organisa-
tion, la CDNA utilise les représentants des directeurs nationaux d'armement (les
NADREP : National Armaments Director Représentatives), qui sont des membres
des délégations permanentes nationales auprès du Conseil. Les NADREP se ré-
unissent périodiquement, sous la présidence du secrétaire général adjoint pour le
soutien de la Défense, qui préside aussi les réunions semestrielles de la CDNA.
Enfin, au secrétariat international, la Division soutien de la Défense (et ses sec-
tions), dirigée par le secrétaire général adjoint pour le soutien de la Défense, apporte
à cet ensemble une aide permanente et la compétence de personnels hautement
qualifiés.

QUELQUES EXEMPLES

Les premiers résultats obtenus par cette nouvelle organisation ont été jugés
très encourageants. Les propositions furent beaucoup plus nombreuses, et l'on
constata qu'une coopération à deux est plus facile à réaliser qu'une coopération à
quatorze, et qu'elle a souvent un effet d'entraînement pour les autres pays.
Ainsi, les hélicoptères franco-britanniques (cf. chapitre 5) entrèrent dans un
projet OTAN en février 1969, et d'autres pays OTAN furent associés, par l'intermé-
diaire d'un Comité directeur, à la gestion des programmes d'hélicoptères SA 330
(Puma), SA 341 (Gazelle) et WG 13 (Lynx).
Le MILAN devint à son tour, en 1973, un projet OTAN (groupe de projet n° 9 de
l'AC/225), ce qui permit aux nombreux pays de l'Alliance équipés de ce système
d'être associés aux décisions concernant son emploi (gestion de la configuration,
améliorations, tirs de nuit, formation des tireurs, etc.).
Il faut citer aussi le cas des armes légères. Après la standardisation du calibre
7,62 mm dans les années 1950, il fallait tenir compte des évolutions technologiques
en évitant une multiplication des calibres. La CDNA décida qu'un seul nouveau cali-
bre devait être retenu ; encore fallait-il définir lequel. Un programme conjoint d'éva-
luation des armes et des munitions fut élaboré en 1976 ; onze pays y participèrent
(tous sauf le Luxembourg, le Portugal, la Turquie et l'Islande). À la suite de ce pro-
gramme technique et militaire, le calibre 5,56 mm fut adopté comme deuxième cali-
bre standard OTAN pour les armes légères, et la munition belge SS 109 fut retenue
comme base de la standardisation. Il est vrai que la plupart des pays s'étaient déjà
équipés de telles armes, sans attendre la standardisation.

139
À la réunion du 2 février 1972 de la Conférence des directeurs nationaux d'ar-
mement (CDNA), le Dr. Foster, représentant des États-Unis, exposa la politique
adoptée par le président Nixon pour réduire les dépenses américaines de recherche
et développement (R and D), jugées trop importantes. Les États-Unis pourraient dé-
sormais adopter pour leurs forces armées des matériels étrangers, fabriqués éven-
tuellement sous licence aux États-Unis. On peut penser que le Roland bénéficia de
cette nouvelle mesure.

LA CODIFICATION

L'effort important entrepris pour la codification, c'est-à-dire l'attribution pour


chaque article de ravitaillement d'une seule référence alphanumérique permettant
son identification, indépendamment de son origine, mérite d'être mentionné ici. Pour
simplifier la logistique des pays de l'OTAN, dont la responsabilité appartient aux
États et qui entraîne la gestion d'énormes stocks, comprenant des millions d'articles
différents, on chercha à faire en sorte que cette référence soit commune à tous. Les
États-Unis avaient utilisé des méthodes de cette nature pendant la guerre (cross
number), et par la suite, en France, on avait procédé à l'attribution, par un bureau
interarmées, d'un numéro d'identification des composants. Le système OTAN de
codification est intégralement informatisé, et les données sont échangées entre les
pays par informatique. Le pays producteur codifie les données d'identification des
articles et les met à la disposition des autres pays (acquéreurs, le plus souvent).
L'emploi de ce système s'étend maintenant aux départements ministériels civils gou-
vernementaux, aux organisations internationales et à des pays extérieurs à l'Alliance
(des pays équipés d'armements français, par exemple). L'OTAN a donc ouvert la
voie ; mais cette activité demanda beaucoup d'efforts aux services et aux industriels
de l'armement, et de l'armement terrestre en particulier.
C'est en 1963 que le rapport d'activité de la DEFA mentionne pour la première
fois les travaux entraînés par la codification OTAN des matériels. Après un démar-
rage assez lent, on pouvait assurer en 1965 la codification de 10 000 articles, et par-
ticiper aux travaux du groupe OTAN de codification (troisième colloque OTAN, orga-
nisé à Rome en septembre 1965). Au premier semestre 1967, la DTAT soumit au
Bureau interarmées de codification des matériels (BICM) les dossiers de
20 109 articles. Les procédures étaient bien rodées, et ce travail indispensable en-
trait dans les habitudes des bureaux d'études.

LE RETRAIT DE LA FRANCE DES ORGANISATIONS MILITAIRES INTÉGRÉES

Le 9 septembre 1965, le général de Gaulle annonça, au cours d'une confé-


rence de presse, qu'en ce qui concernait la France, l'intégration militaire au sein de
l'OTAN prendrait fin au plus tard en 1969. Le 7 mars 1966, il informa, par écrit, le
président Johnson de l'intention de la France de cesser sa participation aux com-
mandements militaires intégrés de l'OTAN. Le 10 mars, il demanda le retrait des for-
ces militaires et des quartiers généraux alliés du territoire français. Le 29 mars, des
dates étaient fixées pour l'application de ces décisions : respectivement le
1 er juillet 1966 et le 1eravril 1967.
C'est ainsi que le SHAPE fut transféré à Casteau, près de Mons, en Belgique,
que le siège de l'OTAN fut transféré à Evère, dans la banlieue de Bruxelles, que le
Collège de défense de l'OTAN fut transféré à Rome, que AFCent (le commandement

140
Centre Europe) fut transféré à Brunnsum, aux Pays-Bas et que la NAMSA fut trans-
férée à Luxembourg.
À la suite de ces décisions, l'organisation des structures militaires de l'OTAN fut
profondément modifiée (suppression du groupe permanent, constitution d'un nouvel
état-major militaire international sans la France). Le Comité militaire quitta Was-
hington pour Bruxelles. Le Comité des plans de Défense (DPC) prit les décisions qui
ne concernaient pas la France, soit au niveau des représentants permanents, soit au
niveau des ministres de la Défense.
En ce qui concernait directement les questions d'armement, qui étaient traitées
par des structures civiles, il n'y eut pas de bouleversements. Les réformes de 1966,
déjà engagées, furent poursuivies. Mais, dans les années qui suivirent le retrait de la
France, la participation française aux structures de l'OTAN, au demeurant mal expli-
quée, fut rarement bien comprise, et nombreux furent les représentants de la France
-ingénieurs ou officiers- dans l'un ou l'autre des multiples organismes OTAN qui
débarquèrent à Bruxelles sans savoir s'ils venaient en observateurs ou en acteurs. Il
est vrai que la confusion était entretenue par des déclarations officielles pas toujours
conformes aux réalités. L'information préalable qui aurait été nécessaire pouvait
heureusement être fournie sur place par les membres de la délégation permanente
de la France, et notamment par la section Armement. Heureusement aussi, les ex-
perts connaissaient souvent remarquablement bien les sujets à débattre, et appor-
taient aux travaux une contribution efficace.

LES FRANÇAIS DANS LES STRUCTURES OTAN

Comme tous les pays membres de l'Alliance atlantique, la France a une délé-
gation permanente au siège de l'OTAN, à la tête de laquelle se trouve l'ambassadeur
représentant permanent de la France au Conseil. En raison de l'importance des
questions concernant l'armement, la délégation comprend une section Armement,
dont le chef est le conseiller Armement de l'ambassadeur, et qui est formée d'un pe-
tit nombre d'ingénieurs, officiers et sous-officiers. Cette situation n'a pratiquement
pas changé depuis les origines, même après les réformes de 1966 et le transfert à
Bruxelles. Le chef de la section Armement fut presque toujours un ingénieur militaire
général provenant des armements terrestres (Devenne, Lacoste, Brindeau, Cauchie,
etc.) ; un autre ingénieur des fabrications d'armement (Descroix, Cauchie) fut parfois
affecté à cette section Armement.
Par ailleurs, les organismes intégrés de l'OTAN recrutaient des personnels de
tous les niveaux, parmi lesquels des Français : au groupe permanent
(IMC Brindeau), au secrétariat international (Fischer, Naslin) ou dans les agences
(Cauchie à la NAMSA, Wenisch et beaucoup d'autres au BGOH). Presque toujours,
ces Français eurent, grâce à d'éminentes qualités personnelles, une réelle influence
sur le fonctionnement de ces organismes ; ils contribuèrent à donner de la France
une image conforme à son prestige international.

141
CONCLUSION

La participation active des ingénieurs de la DEFA aux commissions et groupes


de travail internationaux est mentionnée pour la première fois dans le rapport d'acti-
vités de la DEFA de 1961. Le service TELEC écrit alors :
« Sur le plan de l'industrie militaire, on doit noter enfin l'influence grandissante
prise par les facteurs internationaux. Le coût élevé des études, la faiblesse des be-
soins de certains matériels incitent à rechercher des débouchés hors de nos frontiè-
res. Le même problème se pose aux autres industries nationales : américaine, bri-
tannique, allemande, néerlandaise et même italienne. Il s'ensuit une confrontation
générale des besoins et des moyens qui revêt tous les aspects, depuis la franche
coopération jusqu'à la concurrence impitoyable. Il est inutile de souligner l'impor-
tance de cette évolution et la nécessité des changements de méthodes qu'elle impli-
que dans beaucoup de domaines ».
Un peu plus loin, le même service écrit encore :
« Sur le plan international, la pullulation des organismes n'a fait que s'amplifier :
multiplication des groupes OTAN, FINABEL, coopération franco-allemande, franco-
germano-italienne, franco-britannique...
Il est par ailleurs devenu de plus en plus fréquent de donner des informations
et d'assurer des présentations à des représentants étrangers plus ou moins ache-
teurs. L'ensemble de ces travaux pèse lourdement sur le service, et n'apporte pas de
profits en rapport avec la dépense d'énergie qu'elle exige. »

En regardant, trente ans après, le chemin parcouru et la place conquise par


l'armement terrestre dans les relations internationales de la France, les acteurs de
ce renouveau ont des raisons légitimes de croire que leurs efforts n'ont pas été
vains.

143
SOURCES

Tous les rapports d'activités de la DEFA-DTAT de 1952 à 1976. Les rapports anté-
rieurs à 1952, s'ils existent, n'ont pas été retrouvés.

Souvenirs d'une carrière à la DEFA, par l'ingénieur général Molinié : ouvrage non
publié, d'une diffusion probablement très restreinte, portant sur la période 1932-
1967. Un exemplaire a été adressé par l'auteur, le 10 juillet 1967, à
l'IMC Robineau.

Des layettes (cartons) d'archives déposées au Service historique de l'armée de Terre


(à Vincennes), provenant presque exclusivement de la section ARMET, intégrée
ensuite au 3e Bureau :
15T105 Électronique
Coopér. franco-allem. et NATO 1962-65
Franco-britannique 1964-65
15T106 Franco-britannique 1972
15T106 Tripartisme 1972
15T107 Franco-américaine 1972-73
15T122 Relations internationales
15T123 Relations internationales
15T152 Guerre élec, coopér. tripartite 1961-66
15T163 Codification OTAN 1963-68
15T 204 à 209 Groupe tripartite antichar et
franco-allemand MILAN-HOT 1959-66
15T 221 Cellule Auto-chars (char moyen
franco-allemand) 1957-61
15T 222 Cellule Auto-chars (char moyen
essais comparatifs) 1962-64
15T 238 Cellule Auto-chars (ELC-Even)
15T 258 Cellule Auto-chars (automitr. Ferret)
15T 276 Cellule Auto-chars (coopér. F-brit) 1964-69
15T 279 Cellule Auto-chars (camions)
15T 282 Cellule Auto-chars (Unimog)
157 309 Artillerie - coopération étranger 1958-64
15T337 Artillerie RATAC
15T 358 EMAT/4 Protection aérienne du corps
de bataille - coopération interalliée
Tripartisme 1968-72
Groupe des Quatre 1971 -73
15T 361 à 373 Hawk (Comité Directeur, HELIP, SETEL)
15T379à394 Roland
15T401 SABA 1959-64
Commission franco-allemande 1963
15T 433 à 437 Matériels G illois
15T 441 ENFRAC. Correspondances avec l'étranger
15T501 ERICA (franco-allemand) 1970-71

145
15T510 Guerre électronique - coopération
15T511 Guerre électronique
OTAN 1957-64
Coopération franco-américaine 1956-64
15T512 Guerre électronique - coopér. tripartite 1961-66
15T579à581 Protection NBC (FINABEL) 1962-68
15T609 Cellule 8 guerre électronique
15T555 3e bureau/ARMET Défense chimique 1958-68
15T557 1959-68
15T609 Électronique. Coopération. Export.
15T643 Hélicoptère SA 340 (coop. F-brit)
15T651 WG13
15T654 Coopération franco-brit. hélico.
15T703 Coopération interalliée
Synthèse d'activité des principaux
groupes de travail interalliés 1963-67
15T704 idem 1967-76
15T707à720 OTAN (BMS, Stanags, NIAG, groupes)
15T791 à 801 UEO, CPA 1962-73
157 802 à 837 FINABEL 1953-73
15T838 Groupe des Quatre 1970-73
15T839 Tripartisme 1957-70
15T840 Tripartisme (Commission IV) 1963-73
15T841 Tripartisme (Groupe G)
15T842 Tripartisme (guerre élec.)
15T843 Bipartisme franco-britannique 1961-73
15T844 Bipartisme franco-britannique
15T845 Bipartisme franco-britannique 1968-71
15T846 Bipartisme franco-britannique 1959-73
15T848 Bipartisme franco-allemand 1956-73
15T849 Bipartisme franco-allemand
(Commission Air)
15T 850 Bipartisme franco-allemand
MILAN-HOT-Roland-RATAC, Argus,
camouflage, armt des blindés, guerre élec
15T851 Bipartisme franco-allemand
Électronique 1966-72
GEC 1966-71
15T852 Franco-américain . 1950-73
15T853 Franco-américain
Électronique 1969-73
Achats, prêt et ventes diverses 1962-71
15T854et855 Franco-américain 1962-72
MWDDEA
15T856 Relations diverses bilatérales
Arabie Saoudite 1970-73
Belgique 1966-73
Canada 1960-69
Danemark 1969-71
Ethiopie 1967-69
146
Espagne 1972-73
Grèce 1969-70
Indonésie 1968
Italie 1968-73
15T 857 Bipartisme
Japon 1969
Koweït 1969
Lybie 1971
Malaisie
Norvège 1971-73
Pakistan 1970-71
Irak
Pays-Bas 1952-73
Roumanie 1967-73
Suède 1971-73
Suisse 1968-73
Venezuela 1970-71
Yougoslavie 1969-73

Des layettes (cartons) des archives déposées au Centre d'archives de l'armement, à


Châtellerault.

Gisement Période et thème


Inventaire 022/15S de DMA/CAB
1.1.0.02.03.03.1 1963-1964: dossier 791 (missions techniques au
Japon et en Iran)
1.1.0.02.02.01.3 1949-1954 : dossier 181 (surplus alliés)
1.1.0.02.02.01.3 1952-1959 : commandes offshore
1.1.0.02.01.05.4 1958- : Hawk
1.1.0.02.02.01.3 1953-
1.2.0.04.02.02.3 1963-1964

Inventaire 571/022 de DMA/CAB


1.1.0.01.07.14.5 1973-1978 : missiles (Cactus-Crotale) : carton 30
1.1.0.01 07.18.1 1974-1976 : Moyen-Orient, Inde, Pakistan

Inventaire 034/19S de DMA/DAI


1.1.0.01.03.04.5 relations franco-américaines (cartons 1 à 3)
1.1.0.01.03.06.2 cartons 21, 22, 24
1.1.0.01.03.10.4 cartons 133, 134
1.1.0.01.02.07.5 1967 à 1971 : SOFMA (carton 708)
1.1.0.01.02.07.3 1966 à 1968 : carton 426

Inventaire 090/07/19
1.2.1.02.08.01.2 1964-1970 : tripartisme
1.2.1.03.05.17.1 1949-1951
1.2.1.03.05.17.1 1959-1963 : char standard (carton 28) ; AMX 13 améri-
cain (carton 24)
1.2.1.03.05.17.3 1944-1978 : relations franco-britanniques (carton 61)
147
Inventaire 032/02/03 de EMA/ARMET
1.1.0.01.01.18.1 1958-1962: MWDP et MWDDEA
1.1.0.02.02.01.3 1953-
1.1.0.01.01.16.6 1958-1962

Inventaire 543/033 de DP Al
1.1.0.01.05.04.6 1963-1967 : Hawk, dépôt commun à la MAC
1.1.0.01.06.03.6 1968-1970 : AMX 30 Pays-Bas, Italie (carton 563)
1.1.0.01.06.07.5 après 1971 : cartons 653 à 656
1.2.0.04.18.07.6 1947 : carton 159
1950 .-carton 161
1.1.0.01.01.16.6 1958 à 1962: carton 1
1.1.0.01.01.18.1 1958 à 1962: carton 2
1.1.0.01.01.08.5 1963 à 1966: carton 9
1.2.0.03.03.22.6 carton 10

Inventaire 571/022 de DGA/CAB


1.1.0.01.07.14.5 1973 à 1978 (carton 30): missiles sol-air (Cactus-
Crotale)
1.1.0.018.07.18.1 1974 à 1976 (carton 94) : Moyen-Orient, Inde, Pakistan

Inventaire 543/033 de DPAI


1.1.0.01.05.04.6 1963-1967 : Hawk, dépôt commun à la MAC
1.1.0.01.06.03.6 1968 (carton 563) : AMX 30 Pays-Bas
1969-70: AMX 30 Italie
1.1.0.01.06.07.5 Cartons 653 à 656 : Coopération armement auto-chars
1.2.1.03.05.13.3 Cartons 3 et 5
1.2.1.03.05.17.5 1959
1.2.1.03.05.15.4 Cartons6à9

Inventaire 396/057 (Fonds 057/STAT)


Hispano ; Bofors ; interrogatoire de techniciens allemands (rapport de mis-
sion 1947) ; rapport de mission en Suisse (septembre 1950) ; expérimentation du
BrunnBar15cmSTUH43.

Inventaire 268/005 (SIAR)


Chemise 14 : incidents AMX 13 Hollande (1963-1967).

Inventaire 74/032 (Fonds 032/ARMET/Trans, 1958-1962)


FINABEL ; contrat F 87 MWDP A 61 (répondeur Arabelle) ; évaluation du Mohawk ;
contrats MWDDEA.

Inventaire 503/090
Engins blindés.

Inventaire 268/005
Fiche du SIAR sur Garantie AMX 13 Hollande.

Inventaire 244/064
Groupe Maybach à Vernon.
148
LISTE DES SIGLES UTILISES

ABC Atomique, biologique, chimique


ABS Atelier de construction de Bourges
AC Armaments Committee
ACA Agence pour le contrôle des armements
ACAA Atelier de construction automobile de l'armement
ACAL Acquisition pour l'artillerie lourde
ACEC Atelier de Charleroi
ACL Ateliers et chantiers de la Loire
ACRA Antichar rapide
AEC Army Equipment Commitee
AFCent Commandement Centre-Europe de l'OTAN
AHE Atelier de fabrication du Havre
ALAF Arme légère antichar à fil
AME Atelier de fabrication de Mulhouse
AML Automitrailleuse légère
AMX Atelier de construction d'Issy-les-Moulineaux
APDS Armor Piercing Discarding Sabot
APX Atelier de construction de Puteaux
ARE Atelier de construction de Roanne
ARL Atelier de construction de Rueil
ASA Armes et systèmes d'armes
ASF Atelier de chargement de Saint-Florentin
ATILA Automatisation des tirs et des liaisons d'artillerie
ATS Atelier de construction de Tarbes
BAC British Aircraft Corporation
BCCOS Bureau de centralisation et de coordination
des contrats offshore
BCRA Bureau central de renseignements et d'action
BF Bureau de fabrication
BGOH ou NHMO Bureau de gestion OTAN Hawk
BICM Bureau interarmées de codification des matériels
BLU Bande latérale unique
BMS Bureau militaire de standardisation
BMVtdg Bundesministerium der Verteidigung
(ministère de la Défense)
BOGH Bureau de gestion OTAN-HavWc
BPFA Bureau de programmes franco-allemand
BROMURE Brouilleur multifréquence des réseaux
BWB Bundesamt fur Wehrtechnik und Beschaffung
CAA Centre d'archives de l'armement
CAP Centre aéroporté de Toulouse
CASDN Centre d'action scientifique de la Défense nationale
CDNA Conférence des directeurs nationaux d'armement
(en anglais CNAD)
CEAT Comité franco-britannique sur l'équipement
de l'armée de Terre
CED Communauté européenne de Défense
CEE Communauté économique européenne
CEL Centre d'essais des Landes
CET Combat Engineer Tractor
CHEAr Centre des hautes études de l'armement
CIAS Commandant interarmées des armes spéciales
CIEEMG Commission interministérielle d'examen
de l'exportation des matériels de guerre
CIEES Centre interarmées d'essais d'engins spéciaux
CLES Comité de liaison des exposants de Satory
CMT Comité militaire tripartite
CNAD voir CDNA
CNIM Constructions navales et industrielles de la Méditerranée
COA Centre OTAN d'approvisionnement
CoDi Comité directeur
COFACE Compagnie française d'assurances
pour le commerce extérieur
COFRAS Compagnie française d'assistance spécialisée
COMEX Commission expérimentation
COTAL Conduite de tir pour l'artillerie légère
COTAM Commandement du transport aérien militaire
CPA Comité permanent des armements
CSF Compagnie générale de télégraphie sans fil
DAI Direction des affaires internationales
DC District of Columbia
DCM Direction centrale du matériel
DCN Direction des constructions navales
DEE Département expansion-exportation
DEFA Direction des études et fabrication d'armement
DEN Direction des engins
DEV Département plans en développement
DFPB Deutsche Franzôsiche Program Burô
DGWL Director of Guided Weapons and Electronics
DM Deutsche Mark
DMA Délégation ministérielle pour l'armement
DP Direction des poudres
DPB Département plans et budgets
DPC Comité des plans de Défense
DPR Département pièces de rechange
DRAC Département de rechange auto-chars
DRG Groupe sur la recherche pour la Défense
DRME Direction des recherches et moyens d'essais
DSF Direction des services financiers
DTAI Direction technique des armes et de l'instruction
DTAT Direction technique des armements terrestre
DTCN Direction technique des constructions navales
DTIA Direction technique et industrielle de l'aéronautique
EBR Engin blindé de reconnaissance
152
voir GIEP
ELC Engin léger de combat
ELEBORE Ensemble de localisation et d'écoute des réseaux
ELFE Ensemble d'écoute et de localisation
des faisceaux hertziens
ELODÉE Ensemble de localisation des émissions par densité
EMA État-major de l'armée, ou état-major des armées,
suivant la période
EMAT État-major de l'armée de Terre
EMD Électronique Marcel Dassault
EMGA État-major général des armées
EMP Experts militaires principaux
ENFRAC Engin d'aide au franchissement et d'accompagnement
ENSAR École nationale supérieure de l'armement
ENTAC Engin téléguidé antichar
ERAC Engin de reconnaissance à chenilles
ERRA Ensemble de reconnaissance radiologique aérienne
ETAS Établissement d'expériences techniques d'Angers
ETBS Établissement d'expérience technique de Bourges
EWK Eisenwerke Kaiserslautern
FCM Forges et chantiers de la Méditerranée
FFA Forces françaises en Allemagne
FINABEL France, Italie, Pays-Bas, Allemagne, Belgique et
Luxembourg
FINBEL France, Italie, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg
FPD Projectile d'artillerie à fragmentation prédéterminée
FVRDE Fighting Vehicles Reserch and
Development Establishment
GAEO Groupe armement de l'Europe occidentale
GEC Groupe d'étude de concepts
GEIP voir GIEP
Gl General Issue
GIAT Groupement industriel des armements terrestres
GIE Groupement d'intérêt économique
GIEP Groupe indépendant européen des programmes
GM Génie maritime
GMC General Motors Corporation
GP General Purpose
GRML Groupement de réception de matériels et de liaison
HEAT High Explosive Anti Tank
HELIP Hawk European Limited Improved Program
HL Hochleistung
HOT Haut subsonique - guidage optique - lancement par tube
HSD Hawker Siddeley Dynamics
HSSNA Haut subsonique Nord-Aviation
IC Ingénieur en chef
ICA Ingénieur en chef de l'armement
ICETA Ingénieur en chef des études et techniques d'armement
IETA Ingénieur des études et techniques d'armement
IFF Identification Friend or Foe
IG Ingénieur général
IGA Ingénieur général de l'armement
IGPFA Inspecteur général des programmes et
fabrications des forces armées
IHEDN Institut des hautes études de la Défense nationale
IM1 Ingénieur militaire de 1 r e classe
IMC Ingénieur militaire en chef
IMC1 Ingénieur militaire en chef de 1 r e classe
IMC2 Ingénieur militaire en chef de 2 e classe
IMCT Ingénieur militaire en chef des télécommunications
IMG Ingénieur militaire général
IMP Ingénieur militaire principal
IPA Ingénieur principal de l'armement
IPETA Ingénieur principal des études et techniques d'armement
ISL Institut de Saint-Louis
LCA Laboratoire central de l'armement
LCT Laboratoire central des télécommunications
LMT Le matériel téléphonique
LRBA Laboratoire de recherches balistiques et
aérodynamiques
LRSL Laboratoire de recherche de Saint-Louis
MAAG Military Assistance Advisory Group
MAC Manufacture nationale d'armes de Châtellerault
MAS Manufacture d'armes de Saint-Étienne
MAT Manufacture d'armes de Tulle
MATS Moyens pour améliorer la traficabilité des sols
MAW Médium Antitank Weapon
MBB Messerschmitt - Bôlkow - Blohm GmbH
MBT Main Battle Tank
MCI Modulation par codage d'impulsion
MDR Moyen de déminage rapide
MF Millions de francs
MGO Master General of Ordnance
MILAN Missile léger antichar
MMF Mission militaire française
MOU Mémorandum of Understanding
MTA Mission technique de l'armement
MTRFA Mission technique de l'armement en RFA
MWDDEA Mutual Weapon Development Data
Exchange Agreement
MWDP Mutual Weapon Development Program
MWDPT Mutual Weapon Development Program Team
NAAG Groupe des armements terrestres
NADREP National Armaments Director Représentative
NAFAG Groupe des armements aériens
NAMSA NATO Maintenance and SupplyAgency
NAMSO Organisation OTAN d'entretien et d'approvisionnement
NATO voir OTAN
NBC Nucléaire, bactériologique, chimique

154
NBMR Nato Basic Military Requirement
(besoin militaire OTAN de base)
NHMO voir BGOH
NIAG Nato Industrial Advisory Group
NMSSS NATO Maintenance Support and Supply Service ;
système OTAN d'approvisionnement et d'entretien
NNAG Groupe des armements des forces navales
NPLO voir OPLO
NPLOH voir OPLOH
ONU Organisation des Nations unies
OPLO ou NPLO Organisation OTAN de production et de logistique
OPLOH ou NPLOH Organisation OTAN de production et de logistique Hawk
OTAN ou NATO Organisation du traité de l'Atlantique Nord
PAM Plan d'aide militaire
PCM Puise Code Modulation
PERT Program Evaluation and Review Technique
PUC Portée utile de combat
RAN Recherches et armes nouvelles
RAP Roquette antipersonnel
RASIT Radar de surveillance des intervalles
RATAC Radar d'acquisition et de tir
RBDir Regierungsbau Direktor
RCC Régiment de chars de combat
RFA République fédérale d'Allemagne
RITA Réseau intégré de télécommunication tactique
RRE Royal Radar Establishment
SABA Sol-air basse altitude
SAGEM Société d'applications générales d'électricité et de mécanique
SAMP Sol-air moyenne portée
SARL Société à responsabilité limitée
SAT Société anonyme des télécommunications
SCC Service central des commandes
SCTI Service central des télécommunication et
de l'informatique
SDS Surveillance de détection au sol
SEP Société européenne de propulsion
SEPR Société d'étude de la propulsion par réaction
SEREB Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques
SERPEL Système d'exploitation du renseignement primaire
électronique
SETEL Société européenne de téléguidage
SFAC Société des forges et ateliers du Creusot
SGDN Secrétariat général de la Défense nationale
SHAPE Suprême Headquarters ofAllied Powers in Europe
SIAR Service de la surveillance industrielle de l'armement
SNCASE Société nationale de's constructions aéronautiques du Sud-Est
SNECMA Société nationale d'études et de constructions
de moteurs d'aviation
SNIAS Société nationale industrielle aérospatiale
SOFAM Société française de moteurs
1
SOFMA Société française de matériel d'armement
SOFRESA Société française d'exportation de systèmes d'armement
SPER Syndicat des industriels de matériel professionnel
électronique et radioélectrique
SSFI Service de la surveillance des fabrications dans
l'industrie (plus tard le SIAR)
ST Service technique
STA Section technique de l'armée
STAé Service technique aéronautique
StanAg Standardization Agreement
STAT Section technique de l'armée de Terre
STRIM Société technique de recherches en
industries mécaniques
SYCOMORE Système de commandement opération renseignement
TAPIR « Truc » pour avertir une patrouille
d'une illumination radar
TEE Trans Europe Express
TELEC Service des télécommunications de la DEFA
TIAB Tir indirect et anti blindés
TM Technical Manuals
TPC Télépointeur calculateur
TRIGAT Tripartite Guided Aniitank
TRT Télécommunications radioélectriques et téléphoniques
TSGCEE Groupe inter-armes sur les
télécommunications et le matériel électronique
TVA Taxe sur la valeur ajoutée
UA Unternehmensbereich Apparate
UEO Union de l'Europe occidentale
URSS Union des républiques socialistes soviétiques
US United States
UVP Union pour la vente des produits
VAB Véhicule de l'avant blindé
VCI Véhicule de combat d'infanterie
VCL Véhicule de commandement et de liaison
VOIR Vision optique infrarouge
VTT Véhicule de transport de troupes
INDEX DES NOMS DE PERSONNES145

Bonnet • 26
Bonté • 44, 81, 85, 97
Bosshardt • 79
Abs•94 Bourgès-Maunoury • 19, 51, 81,152
Accart • 85, 97 Boyes • 40
Acheson • 26 Braunig • 53,54,56, 98
Adam • 31 Brettschneider • 76
Adenauer • 50, 60 Brillant • 77
Albagli • 83 Brindeau • 3,16, 80, 94,141
d'Anselme • 99 Brissaud • 128
Arène • 60, 67, 78, 90,110,118 Brader • 44,99
Arkwright • 52 Bub • 67
Asfia•127 Buchalet • 115
Assens • 3,40, 63, 82,83, 84, 97 Buhler • 79
Astruc-115 Burck • 78
Aubert • 66 Bussi • 16
Aussaresses • 34,121
Auzanneau • 41

Cagger • 39
B Cahuzac • 52
Bagneux • 46,105 Caillol-Kinder • 75
Baker • 92 Cance • 83
Bames • 40 Cantarel • 92,100
Bastien-Thiry • 32 Cantin • 82
Beauregard • 41 Carougeau • 36, 45, 60
Beaussart • 66, 84 Carré • 51,113
Bedaux • 21,46,49,51 Carrington • 88, 89, 91
Bédoura • 16, 40 Carstens • 65
Bellot • 51 Cartoux • 79
Bender • 79 Carver • 92, 95
Benz • 53, 100 Casai • 83,128
Béra • 128 Cassagnou • 57
Berg • 125 Cauchie • 16, 68, 81, 97,141
Berger, Dr. • 43,44 Cauchois • 84
Berger, IMC1 • 16, 51 Cave • 3, 89
Bertaux • 66 Chabaud • 88
Betbeder • 126 Chaellter • 94
Beugnet • 85 Chapouthier • 16
Bienvenu • 3, 62, 64, 66, 75, 77 de Charnacé • 92
Bigeon • 63, 66 Chaumeret • 100
Billion • 79 de Chergé • 34,46, 85, 98,124
Birra • 34,40, 82 Cholley • 92
Bizot • 75, 77 Churchill • 25, 93
Blanc • 95 Clabaut • 26
Blancard • 39, 44, 70,75,76, 81,83,109,125 Clerget • 66
Bloch • 15, 85, 97 Coates • 88
Bodard • 16,50 de Cointet • 94
Bode • 54, 81 Collet-Billon • 3, 62, 64
Bodin • 3,45, 56, 88, 92,114,125 Collette • 66
Boffocher • 51, 92,100 Combaux • 13,45, 81, 85, 92
Bogenrieder • 77 Combes • 95
de Boissieu • 46, 81, 95 Commuci • 97
Bôlkow • 60, 66 Conze-96

' Cet index n'inclut pas les textes des annexes.

157
Cook • 43,109 Fischer • 49,55,57, 94,141
Coquet • 120 Fleck • 70, 75, 77
Cormoran • 35 Fleury • 66
Comford • 89 Forndran • 77
Corrihons • 16, 36 Foster • 39, 44,109,140
Crépin • 36, 72, 89, 92 Fourquet • 20, 65, 82,126
Crinon • 85, 98,125 Francillon • 78, 95
François • 67
Freygang • 56
D Friedrich • 66
Dawalt • 34, 40, 82 Frizzele • 98
de Foumas • 42 Fuchs• 75
Debré • 20,76,88,89,91,102,108,120 Fulachier • 44
Declercq • 96
Decoux • 16
Défiance • 90,92
G
Deissenberger • 67,68,71,75 Galleni • 53
Delli Colli • 53 Garbari • 53,100
Delobeau • 70 Garono • 43
Delpech • 31, 73 Gaudillière • 128
Demeocq • 42 Gaudin • 81
Deniau • 51 de Gaulle • 25,37,49,60, 85,119,126,130,140
Deramond • 3,43 Gerloff-67
Derrier • 96 Germain • 126
Deruelle • 79,98 Gien • 56, 63, 66
Desclaux • 44 Gillois • 59, 99
Descroix • 141 Gilpatric • 39
Despiau • 105 Giovannozi • 97
Devenne • 16, 94,141 Giral • 44
Dillon • 28, 29 Girard • 105
Dodds • 85 Giraud • 25
Doin • 51, 85, 96, 98 Givaudon • 3, 68, 75, 76,78
Dorange • 105 Gleizes • 72, 73,100
Dotte • 73 Gôtze • 100
Dritl • 77 Grando • 89
Dubernet • 3,64, 66,106,118 Granelle • 72
Dubost • 34, 40,85,98, 99 Grant • 87
Ducruet • 22 Grosgeorge • 34,56, 85, 94, 98
Dujardin • 75 Guderian • 73
Dummer • 91 Guély • 130,131
Dunn • 27 Guichaoua • 58
Dupont • 34,40, 85, 98 Guilbaud • 68,78
Dupré • 15 Guillaumat • 36
Guillot • 3, 64, 66,106,118
Gumbel • 61
E Guyot • 115
Eberhardt • 81,97,98
Eberst • 63
Ebert • 89
H
Eckes • 75 Haas • 36
Eisenhower • 16,47,136 Haczek • 84
Ely • 36, 51,152 von Hassel • 63,64,65, 66,101
Engelmann • 97 Healey • 88
Espinasse • 75 Hébert • 106
de lEstoile • 89, 97 Hedwig • 61, 63, 67, 68
Etchkewari • 128 Hergt • 83
Etienne • 82,104,158 Hermann • 78, 96
Evans • 40 Hervier • 79
Heusinger • 51
van Hill • 51
F Hils • 63
Faugère • 34, 40, 85, 98 Hoffmann • 110
Ferber • 81 Homberg • 85
Figge • 67 Huberdeau • 120
Fioc • 16 Huntziger • 152

158
Leue • 100
Levêque • 35,61,123
Ismay • 134 Leyn-68
Lhéritier • 42
Lindner • 67
Litman • 105
Jacquemot • 126 Ljubicie • 126
Jansen • 73, 77 Longé • 94
Jaujard • 93 Lopin • 99
Jeanpierre • 96 Lueder• 51
Jenkins • 88
du Jeu • 63, 87
Johnson • 140
Jondet • 80 Maison • 67
Joneaux • 124 Maisonneuve • 80
Jones• 90 Malardel • 99
Jores• 81 Malaval • 66
Josset • 15,46 Maler • 39
Jouniès • 53,57 Malisch • 67
Joyau • 36,61, 63, 67, 68, 81, 85, 87,128 Mallet • 42, 80,100
Juin • 31 Malval • 75
Julé • 66, 68 Malvin • 73, 77
Julier • 83 Mamier • 22
Jund • 45 Mangold • 76
Mann • 73,81
Marchand • 16,34,42, 68
Marest • 3,46,58,90,92,115,130,131,152
Kauffer • 94 Margraff • 82
Khomeiny • 126 Marinet • 66,72
von Kienlin • 49 Marshal • 41
Klein • 67, 76 Marshall • 25
Knutton • 92 Martin • 73,99
Kôhn•77 Martinet -16
Kondo • 128 Martre • 74
Kôster • 56 Marty • 67
Krauss • 63 Marzloff-113
Kublitz • 63 Masson • 67
Kuhlo • 63,67 Masson-Régnault -128
Kuhn • 75 Maybach • 49
Kuntermann • 75, 77 McNamara • 39
Kurps • 77 Messmer • 39,54, 55, 63, 64, 65, 66, 87, 88,101,103,
Kursch • 78 120
Meunier • 67,80
Meyer, capitaine • 44
Meyer, Jean-Paul • 66,68, 84
Laborie • 95 Meyer, Maxence • 44
Lacoste • 13,16, 39, 91, 94,141 Mirabel • 36
Laeuffer • 92 Mirambeau - 96
Laforgue • 45 Moch • 114
Laforêt • 91 Moisant -126
Lair • 77 Molinié • 25,46,49,51,52,55,57, 92,106,145
Lapp • 75, 76 de Monicault • 128
Larkin • 15, 27, 29,32,34 Monier • 34
Larroumets • 60,118 Monnet • 28
de Lattre de Tassigny • 49,93 Montgomery • 93
Lavaud • 36,51,57, 59,61, 85,105,106 Montuori • 97
Lavirotte • 21 Morel • 124
Le Sueur • 88 Morer • 63
Leduc • 16 Mossadegh -126
Legrand • 16,34, 56, 98 Moulin • 44
Lejeune • 26 Mounier • 42,73
Lemaître • 45 Mouton • 128
Lemoinne • 75 Mulhausen - 40
Leroy • 75,77 Millier • 63, 66, 81, 97
Lesavre • 3,78 Mundigl • 67

1
Mundt • 73 Richard • 63
Munnich • 32, 88 Rivais • 56, 89, 92,105
Robb• 93
Robelus • 63,70,84,87
N Robin • 85
Naday • 84 Robineau • 3, 22,31, 46,53,55,56, 66, 67, 70,75, 77,
Nardin • 31 78, 88, 92,98,100,115,125,127,145,153
Nasca • 57 Rocard • 67
Nemati • 128 Rogé • 128
Niewenglowski • 89 Rohart • 75
Nixon • 47,140 Roland • 25, 26,45,49
Rombout • 36,63, 84
Roosevelt • 25
o Rothenberg • 44
Olleris • 44 de Rougemont • 66, 84
OudTy • 31 Roussel • 114
Rouxel • 15,126
Ruppelt • 77

Paget • 128
Pàhler • 63
Panthou • 77 de Saboulin • 120
Parenteau • 127 Sabouret • 103
Paul • 67 Sadtler • 74
Pélardy • 77 de Saint-Mars • 63
Pelletier • 77 Salaun -60
Perrodon • 86, 88,100 Salmon • 25,45
Petereit • 75 Sarda • 114
Petkovsek • 3, 85 Saulnier • 100
Peyrou • 19 Sautereau • 58
Pianasso • 128 Schanze • 51,53,54,57
Pignoux • 71, 78 Schardin • 49, 97
Pineau • 15 Scheel • 67
Piovanno • 98, 99 Schiebel • 75, 78,125
Pirrone • 98 SchifEers • 70, 75, 76, 81,83,109
Pleven • 26, 27, 45, 93 Schmetz • 41, 71, 75, 78
Poggi • 72 Schmidt • 67
Poher • 19 Schmidt, Helmut • 76
Politzer • 79 Schônefeld • 98
Pommellet • 46,92 Schrôder • 63
Ponte • 36 Schultze • 75, 77
Poswick • 103 Schumann • 29
Poésy • 68 Scotto • 89
Pottelune • 58 Segrestan • 73,78
Précoul • 62, 67 Serby • 87
Prette - 98 Séron • 82
Primaux • 100 Serre • 16
Protard • 44 Sillard • 77
Proust • 16,84 Simpson • 90
Sommervogel • 68
Sompairac • 16,120
R Sorlet • 72,127
Raafat • 126,127,128 Stangl • 67
Rafaillac • 66 Stauff • 3,32,60,63,64,66,106,118
Rajcom • 67 Stimmel • 67
Ramadier • 19 Stone • 94
Ramé • 16,82 Strauss • 51,54,55,81,152
Ravaud • 15 Striegel • 67, 72
Raynaud • 75 Sultan Ben Abdul Aziz • 120
Remaklus • 75 Sutterlin • 46, 89, 98
Renauld • 85
Rétat • 16
Rhenitz • 99
Ribes • 91
Ricaud • 3, 90
160
T V
Tartaut • 67 Vauché • 78
Tautermann • 68, 75 de Verbigier de Saint-Paul • 16,49
Tauzin • 126 Vergnas • 120
Taver • 80 Vemet • 78
Tavernier • 127 Veyssière • 105
Tayeau • 36, 61, 87 Vialatte • 67
Tcherbatcheff • 66 Vian • 92
Terrienne • 99 Viche • 126
Thomanek • 67 Vimal du Monteil • 16
Thoré • 92 Vinson • 34, 40
Thoux • 115,126 Viviez • 46, 95,114
Tobari • 128 Voin • 42
Toche • 3,128 Vouillot • 39
Toufanian • 128
Tremelloni • 101
Trémouilles • 98
w
Trienes • 83 Wahl • 80,82, 97
Tunk• 78 Wahlin • 125
Turck • 67 Watkinson • 87
Wenisch • 36,136,141
u Weyand • 75
Weymouth • 40
Unia • 97 Wheeler • 85
von Uslar • 53,54 Willard • 92
Usunier • 36 Willikens • 53,56,97, 98
Wolff-67
Wolfrom • 88
Wûste • 57
LISTE DES ANNEXES

Certains documents d'archives, dont l'état de conservation ne permettait pas


la reproduction par photocopie, ont été retranscrits. On a essayé de conserver
autant que possible la présentation matérielle du document original.

ANNEXE 1.1 p.170


Lettre adressée le 20 septembre 1951 par le président du Comité militaire des sur-
plus alliés à la délégation française au Bureau de production pour la Défense. Objet :
Gratuité douanière pour les matériels de guerre attribués à la France.

ANNEXE I.2 p.172


Lettre adressée le 22 septembre 1951 par le président du Comité militaire des sur-
plus alliés au cabinet du ministre de la Défense nationale. Objet : Gratuité douanière
pour les matériels de guerre attribués à la France.

ANNEXE 1.3 p. 174


Lettre CB N° 1627 JLC/SR adressée le 1er juin 1957 par le ministre des Affaires
économiques et financières au ministre de la Défense nationale et des Forces ar-
mées. Objet : Exportation de matériel de guerre.

ANNEXE II 1.1 p.175


Mémorandum d'accord entre le gouvernement des États-Unis et le gouvernement
français concernant les achats offshore, daté du 12 juin 1953.

ANNEXE IIL2 p.183


Contrat n° F 36 MWP A 57 relatif à l'étude de l'armement d'un engin chenille de dé-
fense des intervalles, daté du 29 mars 1957, avec son annexe.

ANNEXE III.3 p.191


Contrat n° F 37 MWP A 57 relatif à l'étude d'une tourelle de char armée du canon
bitube antiaérien, daté du 29 mars 1957, avec son annexe.

ANNEXE III.4 p.197


Mémorandum d'accord et échange de lettres en date du 30 janvier 1958. Arrange-
ments financiers.

ANNEXE III.5 p.199


Lettre N° 293 DN/CAB/ARM du ministre de la Défense nationale et des Forces ar-
mées en date du 13 mai 1958. Objet : Accords franco-américains dits MWDDEA.

ANNEXE III.6 p.201


Lettre de la mission américaine près l'OTAN et près les organismes régionaux euro-
péens en date du 5 novembre 1958. Objet : MWDP.

163
ANNEXE II 1.7 p.203
Liste des accords MWDDEA signés le 25 mai 1959, concernant l'armement terrestre.

ANNEXE III. 8 p.205


Project n° MWDDEA A 61 F170. Mutual Weapons Development Data Exchange
Agreement concerning Armored Vehicles, avec annexe, 27 novembre 1961.

ANNEXE III.9 p.211


Mutual Weapons Development Master Data Exchange Agreement, 21 mai 1962.

ANNEXE 111.10 p.213


Annexe n° DEA A 65 F 1057 au contrat d'échange de renseignements daté du
5 février 1968. Moteurs pour véhicules militaires.

ANNEXE 111.11 p.215


Procès-verbal commun des conversations franco-américaines du 5 au 16 mars 1962
concernant les problèmes d'armement et de logistique.

ANNEXE 111.12 p.217


Accord de compensation franco-américain du 20 décembre 1961. Texte du mémo-
randum d'accord et traduction, lettres d'accompagnement, lettre adressée par le mi-
nistère des Finances et des Affaires économiques le 5 mars 1962 au ministère des
Armées au sujet de cet accord.

ANNEXE IV. 1 p.231


Extraits du protocole entre le ministre de la Défense nationale et des Forces armées
de la République française et le ministre de la Défense de la République fédérale
d'Allemagne, daté du 17 janvier 1957 et signé par M. Bourgès-Maunoury et
M. Strauss.

ANNEXE IV.2 p.233


Extraits du protocole entre les représentants militaires de la République française et
les représentants militaires de la République fédérale d'Allemagne, daté du
6 juin 1957 et signé par le général Ely et le général Huntziger.

ANNEXE IV.3 p.235


L'Institut franco-allemand de Saint-Louis (conférence donnée le 20 mars 1992 à la
Sorbonne par l'IGA Marest)

ANNEXE IV.4 p.245


Contrat d'étude entre la République fédérale d'Allemagne et la République française,
chars DEFA de 30 tonnes, 27 octobre 1958.

ANNEXE IV.5 p.261


Procès-verbal de la réunion du groupe A du comité tripartite, 16 et 17 novembre
1960, à Caserta (Italie).

164
ANNEXE IV.6 p.265
Extrait de la déclaration commune du 22 janvier 1963.

ANNEXE IV. 7 p.266


Accord intergouvememental franco-allemand MILAN : 19 mars-12 avril 1963.

ANNEXE IV.8 p.270


Accord intergouvernemental franco-allemand HOT : 10 -16 janvier 1964.

ANNEXE IV.9 p.274


Accord intergouvernemental franco-allemand Roland : 19 octobre 1964.

ANNEXE IV. 10 p.280


Accord intergouvernemental franco-allemand MILAN (industrialisation) : 2 mai 1966.

ANNEXE IV. 11 p.284


Accord intergouvernemental franco-allemand HOT (complément) : 23 septembre-
5 novembre 1966.

ANNEXE IV. 12 p.286


Accord intergouvernemental franco-allemand HOT (fin d'études) : 31 octobre-
10 novembre 1967.

ANNEXE IV. 13 p.290


Accord intergouvernemental franco-allemand Roland (phase 2 du Roland I) :
5 septembre-14 novembre 1966.

ANNEXE IV. 14 p.293


Accord intergouvernemental franco-allemand Roland (complément) : 15 mai 1968.

ANNEXE IV. 15 p.297


31 e réunion du Comité de direction MILAN-HOT, Ottobrunn, du 6 au 8 mai 1969 (liste
des participants).

ANNEXE IV. 16 p.298


Convention franco-allemande ayant pour objet l'institution de Bureaux de program-
mes franco-allemands pour le MILAN, le HOT et le Roland I et II (20 février 1970).
Instruction pour les Bureaux de programmes. Lettre du délégué ministériel pour l'ar-
mement à l'ICA Robineau (12 mai 1970).

ANNEXE IV. 17 p.310


Accord intergouvernemental franco-allemand MILAN : 2 octobre 1970.

ANNEXE IV. 18 p.317


Accord intergouvernemental franco-allemand MILAN (production et achat en com-
mun, 1 re tranche): 6-16 février 1973, et accord complémentaire des 30 août-
11 octobre 1974

165
ANNEXE IV. 19 p.332
Accord intergouvernemental franco-allemand HOT : 5 mai 1971.

ANNEXE IV.20 p.340


Accord intergouvernemental franco-allemand HOT (industrialisation) : 4-29 février
1972.

ANNEXE IV.21 p.348


Accord intergouvernemental franco-allemand HOT (complément et révisions de
prix) : 15 août-10 octobre 1974.

ANNEXE IV.22 p.352


Accord intergouvernemental franco-allemand HOT (production et achat en commun
du système d'armes HOT) : 30 septembre 1975.

ANNEXE IV.23 p.373


Avenant n° 4 à l'accord intergouvememental Roland (fin d'étude Roland II et indus-
trialisation Roland I) : 27 octobre 1972, et modificatif du 14 décembre 1973.

ANNEXE VI. 1 p.398


Comité militaire tripartite en 1959.

ANNEXE VI.2 p.401


Accord pour l'étude et la fabrication en commun du véhicule de la classe A (0,51) :
Italie, France, RFA, 26 juillet-19 août-4 septembre 1966, et annexe A (caractéristi-
ques militaires et spécifications techniques).

ANNEXE VI .3 p.415
Protocole n° 1, en date du 9 mai 1968.

ANNEXE VI 1.1 p.420


Lettre du 2 février 1972 adressée par le GIAT à Creusot-Loire. Commercialisation
des chars de la famille AMX13 tonnes. Lettre du 30 juin 1972 adressée par Creusot-
Loire à la SOFMA.

ANNEXE VII.2 p.424


Véhicules blindés de la famille AMX 13 (livraisons à l'étranger jusqu'à la fin de 1977).

166
ANNEXES
ANNEXE 1.1
Lettre adressée le 20 septembre 1951 par le président du Comité militaire
des surplus alliés à la délégation française au Bureau de production pour
la Défense. Objet: Gratuité douanière pour les matériels de guerre
attribués à la France.

Paris le 20 septembre 1951

Le Général MAMIER
Président du Comité Militaire des Surplus

Monsieur le Vice Président du Conseil


Ministre de la Défense Nationale
Délégation française au bureau de Production pour la Défense

O B J E T : Gratuité douanière pour les matériels de guerre attribués à la France par le


Bureau de Production pour la Défense.

Le 19 juillet 1951, sous N° AEB 599/51 vous m'avez adressé copie


d'une note destinée à l'Ingénieur Général de l ere Classe représentant la France au
Bureau de Production pour la Défense et relative à la franchise de tous les surplus de
type américain livrés gratuitement.

Grâce à lettre de Monsieur HEROD, coordonnateur, j'ai obtenu de la


Direction Générale des Douanes l'entrée gratuite en France des matériels de Surplus
d'origine U.S qui nous sont attribués.

Cette décision ne nous donne qu'en partie satisfaction sur de


nombreux matériels qui nous sont destinés sont d'origine britannique ; par exemple, les
395 véhicules stockés à HAMBOURG, les carabines Lanchester, les mitraillettes
Thomson, 4 500 000 cartouches diverses (objet de la Note P.W.S -Staff 80).

Si les départements intéressés doivent acquitter les taxes douanières,


ils refuseront certainement le matériel pour lequel il leur faudra payer outre le transport
la remise en état ; ils préféreront dans ces conditions acquérir du matériel moderne et
neuf.

Or, dans la note AEE 599/51 vous avez indiqué que "la question des
barrières douanières fera certainement l'objet de délibérations ultérieures au sein du
Bureau de Production, car Monsieur HEROD est conscient du fait que l'organisation

170
d'un programme intégré souffrirait de l'existence de barrières douanières s'appliquant
aux matériels militaires entre les différents Pays Nord Atlantique".

En conséquence, j'ai l'honneur de vous demander de bien vouloir me


faire connaître si les intentions de Monsieur HEROD sont de faire obtenir la gratuité
pour tous les matériels de quelque origine qu'ils soient.

Les véhicules d'HAMBOURG attribués aux T.O.A sont en cours de


livraison (26 reçus) ; pour ceux destinés à la Métropole (349) j'attendrai une décision de
Bureau de Production avant de demander leur expédition ou de saisir les départements
intéressés dans le cas où la gratuité serait refusée.

P.O. Le Chef d'Escadron DECLERT


Chargé de l'Expédition des Affaires courantes.
COPIES à :
Secrétariat Général aux Forces Armées
Services Communs (1)
Archives : (3)

171
ANNEXE 1.2
Lettre adressée le 22 septembre 1951 par le président du Comité militaire
des surplus alliés au cabinet du ministre de la Défense nationale. Objet :
Gratuité douanière pour les matériels de guerre attribués à la France.

Paris, le 22 septembre 1951

Le Général MAMIER
Président du Comité Militaire des
Surplus alliées

Monsieur le Vice Président du Conseil


Ministre de la Défense Nationale
Cabinet

Lorsque le Comité Militaire des Surplus alliés eut obtenu en 1950 de


l'Office d'Aide Mutuelle (organisme chargé de la liquidation des Surplus Américains en
Belgique) la cession gratuite de matériels de guerre pour une valeur d'environ huit
milliards, il a engagé des tractations avec la Direction des Douanes en vue de faire
exonérer ces cessions des droits et taxes habituels.

Après de longues négociations, l'accord a pu être réalisé.

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'il m'a paru opportun de faire
bénéficier de la même mesure les importations des matériels attribués par le Bureau de
Production pour la Défense ; aussi dès janvier 1951 ai-je demandé à la délégation
française au Bureau de Production, de me procurer une attestation du délégué américain
précisant que les échanges de matériels décidés à Londres avaient bien lieu dans le
cadre de l'accord d'Aide Mutuelle et que les matériels qui allaient nous être attribués
pouvaient être rattachés à ceux livrés au titre du P.A.M.

Le 16 Juillet 1951, Monsieur HEROD, coordonnâtes U.S au Bureau


de Production, a adressé à notre Délégué à Londres la lettre, dont ci-joint copie,
demandant aux pays NATO de faire bénéficier les dites livraisons du régime appliqué à
celles faites par les U.S.A au titre de l'aide Mutuelle.

Sur le vu de cette lettre, le Ministre du Budget a bien voulu donner


son accord par lettre N° 5812 en date du 14 Septembre 1951. Or, cette décision ne nous
donne qu'en partie satisfaction, puisque parmi les matériels attribués à la France
figurent des matériels d'origine non américains, mais britannique et canadienne qui,

172
d'après la lettre du Ministre du Budget, ne peuvent bénéficier de la gratuité douanière,
bien que cédés gratuitement par le Gouvernement du Royaume Uni.

Je me permets d'attirer votre attention sur le fait que ces matériels


d'origine britannique nous ont été proposés par le Bureau de Production au même titre
que les Surplus U.S.

D s'agit entre autres de 4 500 000 cartouches diverses, 1 000 obus de


mortiers, 6 000 carabines Lanchester, 300 mitraillettes Thomson et 349 véhicules dont
319 sont destinés à la Protection Nationale (équipement d'unités de C.N.S.).
Les départements militaires ont demandé l'attribution de ce matériel
sous réserve de n'avoir à payer que les frais d'emballage et de transport.

Les frais de douane représenteraient une sérieuse dépense qui n'avait


donc pas été envisagée au début de l'opération et il se peut que les départements
intéressés, n'ayant pas les crédits nécessaires, refusent ces attributions qui sont
cependant pour eux d'une grande importance.

La question des barrières douanières doit bien faire l'objet de


délibérations au sein du Bureau de Production de Londres, mais la décision risque
d'intervenir à longue échéance : or les véhicules cités plus haut, stockés à
HAMBOURG, sont en instance de livraison car le dépôt doit fermer incessamment et le
Gouvernement britannique nous presse pour faire rapidement l'enlèvement.

Je vous serais obligé de bien vouloir intervenir auprès de la Direction


Générale des Douanes afin d'obtenir pour ces matériels d'origine britannique la même
faveur que pour les matériels d'origine U.S. bien que Monsieur HEROD ne les ait pas
mentionnés dans sa lettre.

Signé : MAMIER

COPIES à :
Secrétariat Général aux Forces Armées
Services Communs (1)

Archives : (3)

173
ANNEXE 1.3
Lettre CB N° 1627JLC/SR adressée le 1er juin 1957 par le ministre des
Affaires économiques et financières au ministre de la Défense nationale et
des Forces armées. Objet : Exportation de matériel de guerre.

Ministère des affaires économiques et financières République française


Le Ministre
CB N° 1627-JLC/SR Paris, le 1er juin 1957
Le ministre des affaires économiques et financières à
Monsieur le ministre de la Défense Nationale et des Forces Armées
Cabinet, 14, rue Saint-Dominique, Paris 7°

OBJET : Exportation de matériel de guerre

Par lettre n°3785 DN/CAB/ARM du 16 mars 1957, vous avez bien voulu
m'exposer la politique que vous entendez suivre en matière d'exportation de matériel de
guerre.
Je prends acte du projet de décision dont vous avez bien voulu me faire part et
qui serait particulièrement intéressant.
Les prélèvements que vous comptez opérer sur les fabrications en cours pour
l'équipement des Forces françaises afin de pouvoir répondre rapidement aux
commandes étrangères sont en effet un moyen permettant d'accroître de façon notable
les exportations de ces matériels. La brièveté des délais de livraison devrait jouer, en
notre faveur plus que les considérations de prix.
Je conçois que la substitution des commandes étrangères à celles du Ministère de
la Défense Nationale présente cependant l'inconvénient de faire supporter
éventuellement, dans l'avenir, aux budgets des Départements militaires, les hausses de
prix qui pourraient être enregistrées au moment où les commandes de remplacement
seront passées.
Aussi, en contrepartie de la contribution que vous proposez pour tâcher
d'augmenter dans une certaine mesure notre approvisionnement en devises vous vous
préoccupez de retrouver dans les budgets ultérieurs les crédits qui seraient nécessaires
pour remplacer les matériels distraits des commandes de l'Armée.
Cette préoccupation me paraît d'autant plus légitime que si les commandes
étrangères étaient exécutées avec des délais de livraison importants, les fabricants
obtiendraient la garantie de l'Etat contre la hausse éventuelle des prix intérieurs. Cet
avantage aurait une incidence budgétaire comparable à celle que, dans le cas où, pour
répondre rapidement aux commandes étrangères des matériels destinés à satisfaire les
commandes de l'armée seraient distraits des fabrications en cours pour l'équipement des
forces françaises, les crédits non utilisés temporairement par votre Département soient
reportés et augmentés, le cas échéant, de la différence entre la valeur actuelle des
matériels prélevés pour l'exportation et leur prix au moment de leur fabrication
effective.

Le ministre des Affaires économiques Le secrétaire d'Etat au Budget


et financières
Signé : P. Ramadier Signé : Filippi

174
ANNEXE III.1
Mémorandum d'accord entre le gouvernement des États-Unis et le
gouvernement français concernant les achats offshore, daté du 12 juin
1953.

le 12 Juin 1953

MEMORANDUM D'ACCORD ENTRE LE GOUVERNEMENT DES ETATS


UNIS ET LE GOUVERNEMETN FRANÇAIS CONCERNANT LES ACHATS

« OFF SHORE »
Le présent mémorandum expose les principes et les directives que le
Gouvernement français et le Gouvernement des États-Unis sont convenus d'adopter
pour l'exécution du programme d'achats « off shore » des États Unis en France.

1. Objectifs du programme d'achats « OFF SHORE ».

Le programme d'achats « off shore » a pour objectifs principaux :

a) de fournir aux forces armées américaines les produits, services, fournitures et


équipements nécessaires,
b) d'accroître l'aptitude des pays de l'OTAN à équiper et entretenir leurs propres
forces,
c) et de fournir aussi rapidement que possible l'équipement nécessaire pour répondre
aux objectifs fixés, notamment à ceux répondant aux directives de l'OTAN.

Le gouvernement des États Unis, pour le développement et


l'application du programme d'achats off shore, se propose de donner toute l'attention
désirable aux recommandations de TO.T.A.N. touchant la partie du programme d'achats
« off shore » qui la concerne. Il est spécifié que le programme d'achats « off shore » est
destiné à soutenir et à renforcer les programmes de production militaire des pays
bénéficiaires, et non à se substituer à ces programmes.
L'ampleur du programme d'achats « off shore » en France dépendra de diverses
considérations, et notamment de la possibilité qu'aura le gouvernement des États Unis
de négocier des contrats comportant des prix raisonnables et des dates de livraison
satisfaisantes. Il est également entendu que tous les avantages d'ordre économique de ce
programme - recettes en dollars et activité économique accrue - ne sont que des
conséquences accessoires des objectifs primordiaux exposés ci-dessus.

175
2. Champ d'application du programme d'achats OFF SHORE.

Les articles susceptibles d'être achetés au titre de ce programme


comprennent toutes les catégories de produits, services, fournitures et équipement
entrant dans le cadre des approvisionnements militaires des États Unis qui peuvent être
demandées, soit au titre du programme américain d'aide en produits finis, soit pour les
forces armées des États Unis. Sauf dispositions contraires, le présent mémorandum n'est
applicable qu'aux achats rentrant dans les deux catégories indiquées ci-dessus, à
l'exclusion des catégories d'achats couverts par d'autres accords particuliers.

Le gouvernement des États Unis se propose de procéder aux achats


« off shore » conformément aux lois américaines qui s'appliquent aux achats militaires
et, en tant que de besoin, au Programme de Sécurité Mutuelle. Le gouvernement des
États Unis prévoit également que le programme d'achats « off shore » devra être
exécuté en France, par application des principes formulés dans l'article 516 du « Mutual
Security Act » de 1951, dans le « Mutual Défense Assistance Control Act » de 1951 et
dans l'article 11 (3) de l'accord de Coopération Économique entre le gouvernement de
la République Française et le gouvernement des États Unis, signé à Paris le 28 Juin
1948, tel qu'il été modifié.

3. Coordination intergouvernementale.

Les autorités françaises et américaines qualifiées se consulteront


fréquemment, d'une part afin de coordonner le programme d'achats « off shore » et les
programmes de défense financés par la France pour ses propres forces ou celles d'autres
États, aussi bien que les programmes passés en France par d'autres pays pour leurs
besoins, d'autre part pour assurer que ce programme s'intègre harmonieusement dans
les plans généraux du Gouvernement français.

Le gouvernement des États Unis tiendra le gouvernement de la


République française informé des contrats qu'il envisage de conclure avec les
fournisseurs privés français. Le gouvernement de la République française fera
promptement savoir au gouvernement des États Unis s'il estime ne pouvoir accorder les
avantages prévus par les articles 7, 8 et 11 du présent mémorandum dans un cas
particulier, de telle sorte qu'il puisse être procédé aux arrangements nécessaires.
Le gouvernement des États Unis tiendra en outre le gouvernement de
la République française informé des contrats qu'il a conclus avec des fournisseurs
privés français.

4. Passation des contrats avec les officiers d'approvisionnement.

Les contrats d'achats « off shore » seront passés et leur exécution


suivie par les officiers d'approvisionnement appartenant aux administrations militaires
des États Unis.

176
5. Parties aux contrats.

Les officiers d'approvisionnement américains peuvent contracter


directement avec le Gouvernement français, des personnes privées, des entreprises, ou
toutes autres personnes morales, leur choix à cet égard étant déterminé, dans chaque cas
particulier, par des raisons d'opportunité.

6. Concours prêté par le gouvernement français dans les contrats avec des
entreprises privées.

Le gouvernement français est disposé à prêter son concours à la


demande des officiers d'approvisionnement américains, pour le choix des fournisseurs
et des sous-traitants éventuels dans les contrats « off shore » placés par le gouvernement
des États Unis directement auprès de fournisseurs privés. Ce choix sera fonction des
installations industrielles des entreprises, de leur réputation, de leurs ressources
financières, des rapports avec leur personnel, et des garanties de sécurité qu'elles
présentent. Le gouvernement français est disposé à prêter ses bons offices lorsqu'il
s'agira de faire appliquer les stipulations du contrat.

7. Fourniture d'équipement, de produits et de main d'œuvre.

Le gouvernement français accordera aux titulaires de contrats «off


shore » et à leurs sous-traitants des priorités pour l'équipement, les matériaux, la main
d'oeuvre et les services, aussi bien que pour les autorisations d'importation, égales à
celles qu'il accorde à tout autre fournisseur exécutant des contrats d'armement
analogues. Bien qu'il soit entendu qu'aucune obligation d'aide en fournitures ne sera
assumée par le gouvernement des États Unis du fait qu'il aura passé ces contrats, l'aide
en fournitures que le gouvernement des États Unis pourra être disposé à accorder sera
apportée dans le cadre des opérations normales d'approvisionnement pour la défense et
de façon compatible avec le mécanisme international d'allocations plutôt que par le
recours à des procédures américaines particulières ou à une intervention spéciale des
États Unis dans les comités internationaux.

8. Destination des articles achetés et autorisations d'exportation.

Considérant que le besoin de déterminer les types, calibrages,


systèmes, moteurs, etc.. peut souvent entraîner la nécessité de connaître rapidement le
pays destinataire, le gouvernement des États Unis donnera, dès qu'il le pourra, cette
indication au gouvernement français. Toutefois, cette notification ne sera pas
automatique, et elle ne constituera pas un engagement pour la livraison finale.
Le gouvernement de la République française accordera les
autorisations nécessaires pour l'exportation d'articles acquis par le gouvernement des
États Unis au titre du programme d'achats « off shore ». A la demande du
gouvernement français, les deux gouvernements se consulteront au sujet de l'octroi de
licences d'exportation concernant les articles de cette nature à des pays ne faisant pas
partie de l'OTAN et n'appartenant pas à la Communauté Européenne de Défense. Cette
disposition ne dispense pas les fournisseurs privés français de se conformer aux
prescriptions du Décret-loi du 18 avril 1939 et du Décret du 14 août 1939.

177
9. Sécurité.

Dans le cadre de contrats d'achats passés par le Gouvernement des


États Unis avec le gouvernement français, tous éléments classés par mesure de sécurité,
y compris les renseignements livrés par l'un des gouvernements à l'autre, se verront
attribuer par le gouvernement destinataire une classification de sécurité qui leur
conférera substantiellement le même degré de sécurité que celui conféré par le
gouvernement dont ils émanent et seront traités par le gouvernement destinataire
comme s'il s'agissait de documents lui appartenant qui auraient une classification de
sécurité identique. Le gouvernement destinataire n'utilisera pas et ne permettra pas que
soient utilisés de tels éléments, à des fins autres que militaires et ne les divulguera ni
n'en permettra la divulgation à une autre nation sans le consentement du gouvernement
d'origine.

Dans le cas de contrats d'achats passés par le gouvernement des Etats


Unis avec des fournisseurs privés français, les mêmes dispositions de sécurité seront
observées en ce qui concerne les éléments classés.

Dans ce cas, le gouvernement des États Unis insérera dans le contrat


un clause établissement que, dans l'application des termes du contrat, le fournisseur est
soumis aux lois et réglementations françaises de sécurité. Les éléments classés du
gouvernement des États Unis dont un fournisseur français pourrait avoir besoin seront
remis au représentant du gouvernement français approprié pour être transmis au
fournisseur dans les conditions telles qu'ils seront alors soumis aux lois et
réglementations françaises de sécurité. Ces éléments recevront, de la part du
gouvernement français, avant d'être transmis, une classification de sécurité qui leur
conférera substantiellement le même degré de sécurité que celui conféré par le
gouvernement des États Unis, et, au moment de leur transmission, le gouvernement
français fera savoir au fournisseur que les éléments classés qui lui ont été livrés sont
aussi éléments classés au regard du gouvernement français, et tombent sous le coup des
lois et réglementations françaises de sécurité.

Afin de sauvegarder le secret des informations touchant la sécurité, le


gouvernement français procédera, sur demande, dans des cas particuliers, à une enquête
relative aux garanties de sécurité que présente tel ou tel fournisseur éventuel comme il
l'aurait fait dans un cas semblable s'il s'était agi de contrats à passer pour son propre
compte.

10. Inspections.

Les représentants du gouvernement des États Unis sont responsables


de l'inspection de tous les matériels, services, fournitures et équipements achetés au titre
du programme d'achats « off shore ».

Toutefois, le gouvernement français effectuera l'inspection de tous les


matériels, services, fournitures et équipements achetés par le gouvernement des États
Unis au gouvernement français. A la demande du gouvernement des États Unis, le
gouvernement français effectuera dans toute la mesure possible l'inspection des

178
matériels, services, fournitures et équipements achetés par le gouvernement des États
Unis à des entreprises privées françaises en vue d'en assurer la conformité avec les
spécifications et stipulations des contrats.

Les services et les installations nécessaires aux inspections effectuées


par le gouvernement français seront fournis gratuitement. Toutefois les représentants
qualifiés des deux gouvernements se consulteront, s'il y a lieu, au sujet du
remboursement des frais spéciaux entraînés par ces inspections ; il est précisé cependant
qu'aucun remboursement de frais, à quelque titre que ce soit, ne pourra être demandé
pour de telles inspections toutes les fois que le gouvernement français sera le
destinataire des produits finis.

Dans le cas où le gouvernement français aura assumé la responsabilité


des inspections, il reconnaîtra néanmoins aux représentants du gouvernement des États
Unis le droit de procéder à des inspections similaires et leur accordera les facilités
nécessaires. Il n'est pas cependant dans l'intention du gouvernement des États Unis de
refaire, de façon générale, les inspections effectuées par le gouvernement français. Les
représentants du gouvernement américain feront savoir raisonnablement à l'avance aux
représentants qualifiés du gouvernement français quand ils se proposeront d'effectuer
des inspections, et celles-ci se feront autant que possible conjointement avec ces
derniers. Les représentants qualifiés des deux gouvernements fixeront les modalités
selon lesquelles les observations éventuelles seront communiquées au fournisseur.

11. Réception.

Dans les contrats passés entre les deux gouvernements, le


gouvernement des États Unis s'efforcera dans toute la mesure possible de procéder à
l'inspection et à la réception finales au lieu même où le gouvernement français effectue
la réception des matériels et dès que possible après que cette opération a eu lieu.

12. Facilités de crédit.

Le gouvernement français proposera aux autorités monétaires


françaises que, dans le cadre de la réglementation du crédit actuellement en vigueur en
France, les besoins de crédit des titulaires de marchés « off shore » fassent l'objet de la
même attention que ceux dont les opérations contribuent à accroître les recettes en
devises fortes.

13. Impôts et taxes.

Les paiements faits au titre des contrats d'achats « off shore » ne comporteront
aucun des impôts ou droits dont l'exemption est prévue par le Mémorandum d'accord
entre le gouvernement français et le gouvernement des États Unis en date du 13 juin
1952 (qui annule le Mémorandum d'accord du 13 mars 1952) et par tout autre accord
applicable.

179
14. Immunités de juridiction et d'exécution.

Les deux gouvernements sont d'accord pour considérer que les


contrats « off shore » n'ont pas un caractère commercial à l'égard du gouvernement des
Etats Unis, mais sont passés en exécution des dispositions de l'accord relatif à l'aide
pour la défense mutuelle du 27 janvier 1950 entre les États Unis et la France. En
conséquence, le gouvernement des États Unis dans l'exécution du programme «off
shore » a droit aux immunités de juridiction et d'exécution reconnues par la
jurisprudence française aux États étrangers dans l'exercice de la puissance publique.

15. Protection du personnel américain.

Les officiers d'approvisionnements des États Unis et les autres


personnels d'approvisionnement autorisés, de nationalité américaine, qui sont en France
à l'occasion du programme d'achats « off shore » et dont les noms ont été dûment
portés à la connaissance du gouvernement français et acceptés par lui, bénéficieront des
privilèges et immunités énumérés aux paragraphes (b) ou (c) de l'annexe D de l'Accord
relatif à l'Aide pour la Défense mutuelle du 27 janvier 1950, avec cette réserve que, dès
l'entrée en vigueur de l'Accord sur le statut des forces de l'O.T.A.N passé entre les
États Unis et la France, les deux gouvernements se consulteront afin de déterminer si les
dispositions de cet accord doivent s'appliquer aux officiers d'approvisionnement ainsi
qu'aux autres personnels de l'approvisionnement autorisés.

16. Clauses des contrats.

Les clauses types annexées au présent document ont reçu


l'approbation des deux gouvernements, qui les considèrent comme propres à être
utilisées dans les contrats passés entre eux. D'autres clauses pourront être incorporées
dans des contrats individuels.

Si le gouvernement français considère que l'inclusion d'une clause


particulière dans des contrats entre le gouvernement de États Unis et des compagnies
privées françaises est contraire à la loi française ou préjudiciable à l'intérêt national
français, les deux gouvernements entreront en pourparlers pour procéder aux
arrangements nécessaires.

17. Modification et résiliation des contrats.

Afin d'éviter autant que possible à la production militaire ou à


l'activité économique françaises de subir les conséquences dommageables des
modifications majeures ou de résiliations apportées du fait du gouvernement des États
Unis aux contrats « off shore » placés en France, et afin que le gouvernement français
soit mieux à même de prêter ses bons offices dans l'exécution des dispositions du
contrat, il est entendu que :

a) avant que le gouvernement des Etats Unis prenne des mesures pour
assurer le respect d'un ordre de modification émis conformément aux dispositions

180
du contrat, mais considéré par le fournisseur français comme étant d'une exécution
impossible ;

b) avant que le gouvernement des États Unis résilie le contrat pour défaut
du fournisseur ou ;

c) avant que le gouvernement des États Unis résilie le contrat pour sa


propre convenance,

il proposera de s'entretenir avec les représentants qualifiés du gouvernement français en


vue de déterminer si ces modifications sont réalisables ou si la résiliation est souhaitable
et de réduire au minimum tous effets fâcheux qui pourraient résulter de ces
modifications ou de cette résiliation.

Au cas où une modification prescrite par le gouvernement des Entas


Unis serait considérée par les représentants qualifiés du gouvernement français comme
étant d'une exécution impossible, il est entendu que le gouvernement des États Unis,
avant de résilier le contrat pour défaut, examinera avec le plus grand soin la possibilité
de continuer l'exécution du contrat sans la modification prescrite ou, à défaut, de résilier
le contrat pour sa propre convenance.

A la demande du gouvernement français, les deux gouvernements se


consulteront au sujet de la possibilité pour le premier de reprendre à son compte la
partie interrompue de tout contrat résilié par le gouvernement des États Unis. Dans ce
cas, les deux gouvernements procéderont à tous les arrangements nécessaires.

18. Termes des contrats.

Dans la mesure où les règlements américains interdisent l'utilisation


d'un contrat dont le prix est basé sur le coût de production majoré d'un pourcentage, il
est entendu que ce mode de détermination du prix ne devra pas être utilisé dans les
contrats passés entre le gouvernement des États Unis d'une part et, soit les fournisseurs
privés, soit le gouvernement français d'autre part. En outre, le gouvernement français
fait connaître qu'il n'utilisera pas le type du contrat dans lequel le prix est déterminé sur
la base du coût de production majoré d'un pourcentage dans les sous-contrats passés au
titre de tout contrat entre le gouvernement des États Unis et le gouvernement français.

19. Profits.

Il est entendu qu'aucun profit, de quelque nature que ce soit, y


compris les gains nets résultant des fluctuations des taux de change, ne sera réalisé par
le gouvernement français. Le gouvernement français convient de déterminer s'il a
réalisé un tel profit. Dans ce cas, ou dans le cas où le gouvernement des États Unis
considérerait qu'un profit de cette nature pourrait avoir été réalisé, le gouvernement
français convient d'entrer immédiatement en pourparlers avec le gouvernement des
États Unis afin de déterminer l'existence et le montant de ce profit. Au cours de ces
pourparlers, il est convenu que le gouvernement français mettra à la disposition du

181
gouvernement des Etats Unis les documents et pièces comptables qui pourront être
nécessaires pour déterminer les faits.
Pour le calcul des profits réalisés à ce titre, les contrats seront pris collectivement. S'il
ressort des pourparlers entre les deux gouvernements qu'un profita été réalisé par le
gouvernement français à l'occasion de ces contrats, ce dernier devra rembourser au
gouvernement des États Unis le montant de ce profit, sans intérêt, en vertu
d'arrangements et de procédures sur lesquels les deux gouvernements devront se mettre
d'accord. A la demande de l'un ou de l'autre gouvernement, tous les ajustements de
fonds s'effectueront pour des contrats terminés et le plus tôt possible. Mais cet
ajustement devra être effectué avant le 31 décembre 1955 au plus tard ou à telles dates
plus tardives que les deux gouvernements auront déterminées d'un commun accord. Le
présent article ne devra pas être interprété comme modifiant en aucune manière aucune
des dispositions concernant le reversement des profits qui peuvent figurer dans les
contrats individuels.

20. Informations sur les sous-contrats.

Sur les contrats passés entre le gouvernement des États Unis et le


gouvernement français, celui-ci fournira aux officiers d'approvisionnement américains
tous renseignements qui pourront être nécessaires au gouvernement des États Unis
concernant le placement par le gouvernement français de sous-contrats et d'ordres
d'achats au titre de tels contrats intergouvernementaux.

182
ANNEXE 111.2
Contrat n°F36MWPA57 relatif à l'étude de l'armement d'un engin
chenille de défense des intervalles, daté du 29 mars 1957, avec son
annexe.

CONTRAT N° F-36-MW P-A-57

RELATIF A L'ETUDE DE L'ARMEMENT


D'UN ENGIN CHENILLE DE DEFENSE
DES INTERVALLES

Le présent contrat, et son annexe qui en fait intégralement partie,


exposent en détail les accords, conclus entre le Gouvernement Américain et le
Gouvernement Français, concernant l'une des Études du Programme d'Eudes
d'Armement effectuées en commun (précédemment appelé Programme Commun à
certaines armes déterminées) : programme faisant l'objet de l'échange de notes,
datées du 11 juin 1954, entre les deux Gouvernements.

1 - Le Gouvernement français effectue actuellement l'étude de


l'armement d'un engin chenille de défense des intervalles décrite ci-après dans
l'annexe A du présent contrat. Le Gouvernement français poursuit activement cette
Étude et continue son financement à l'aide de ses propres crédits pendant la période
et à concurrence du montant spécifié par l'annexe A traitant de cette question. Étant
donné la poursuite de ces travaux et les autres engagements pris par le
Gouvernement français spécifiés ci-inclus, le Gouvernement Américain accepte de
participer au financement effectué en commun, de cette Étude, pendant la même
période, à concurrence du montant stipulé par l'annexe A du présent accord, et
conformément aux termes et conditions exposés ci-inclus.

2 - (a) - Après la signature du présent contrat, le Gouvernement


français communiquera, dans un délai raisonnable, aux représentants autorisés du
Gouvernement américain, un état mentionnant les résultats obtenus, dans la
progression de l'Étude à la date du 1er Avril 1957. Pendant la durée du contrat, une
situation d'avancement, aux dates des 30 juin et 31 décembre de chaque année, sera
ensuite adressée : cette situation contiendra un état détaillé des progrès réalisés
depuis l'envoi de la dernière situation et tout renseignement, se rattachant à l'Étude,
jugé nécessaire pour donner une image compréhensive de l'état de la question. En
plus de ces situations, des notes seront communiquées de temps en temps afin de
donner tout renseignement supplémentaire qui pourrait être demandé par le
Gouvernement américain.
(b) - Si l'Étude est terminée le 31 décembre 1958, le
Gouvernement français établira et communiquera un rapport de fin d'études sur la
question : rapport comprenant les tracés d'ensemble croquis, graphiques
schématiques, photographies et toute autre documentation indispensable à la

183
compréhension de ce rapport. Il mentionnera également en détail les travaux
effectués, y compris : inventions, améliorations ou découvertes, ayant pris naissance
ou découlant des travaux réalisés.
(c) - Le Gouvernement français accepte également de fournir au
Gouvernement Américain les procès-verbaux d'essais concernant l'objet de l'Étude,
effectués dans des conditions simulées ou réelles.

3 - (a) - Si l'Étude n'est pas terminée le 31 décembre 1958, ou si la


fin de l'Étude n'a pas été prévue à cette date, ou si l'on estime que le total des
dépenses concernant le projet dépassera, à cette date, les crédits totaux, mentionnés
en annexe A, que les deux Gouvernements ont décidé d'y consacrer, les signataires
acceptent de revoir, avant cette date, l'état de la question, sa progression en direction
de l'objectif fixé et les crédits nécessaires pour terminer : ils acceptent également
d'examiner l'extension éventuelle du présent contrat et l'affectation de crédits
supplémentaires par l'un ou l'autre des Gouvernements, dans l'intention de terminer
l'Etude.
(b) - En supposant, après examen de ces considérations, que le
Gouvernement américain décide de ne pas affecter de crédits supplémentaires au
financement de l'Étude, et en l'absence de tout autre accord, le Gouvernement
français établira un rapport de fin d'études, conforme aux termes du § 3 (b) du
présent contrat et relatif à l'état de l'étude à la date de la fin du financement
américain. De plus, dans un tel cas, les droits du Gouvernement américain seront
maintenus en ce qui concerne les tracés, terminés ou partiels, les renseignements
techniques et tout matériel qui auraient été soumis à ces droits si l'Étude avait été
terminée pendant la durée du financement américain.

4 - A intervalles raisonnables et à la demande, le Gouvernement


Français accepte de permettre aux personnalités américaines autorisées d'accéder
aux Établissements dans lesquels les travaux d'Étude, faisant l'objet du présent
contrat, sont en cours, afin de suivre leur progression et de faciliter l'échange de
renseignements jugés nécessaires et appropriés. Ces visites et ces réunions seront
organisées de façon à ne pas retarder indûment les travaux.

5 - En ce qui concerne le matériel faisant l'objet du présent contrat,


le Gouvernement français accepte de recevoir du Gouvernement américain toute
demande de prototypes et de leurs pièces détachées : de brochures de
fonctionnement, d'emploi et d'entretien de ce matériel, si elles existent : de tracés
détaillés, tables de construction, photographies, et de tout autre élément analogue
établi au cours de l'Étude. Ces éléments seront cédés au Gouvernement américain
au prix coûtant, en ce qui concerne les prototypes et leurs pièces détachées, et
gratuitement en ce qui concerne les autres fournitures.

6 - Le Gouvernement français accepte d'indemniser et de préserver


le Gouvernement Américain de toute réclamation, préjudice et poursuite, de quelque
nature que ce soit, provenant directement ou indirectement de l'exécution du présent
contrat.
7 - L'échange de notes datées du 11 juin 1954, entre les deux
parties signataires du présent contrat, comporte une clause préalable selon laquelle
le matériel, faisant l'objet du présent contrat, auquel le Gouvernement américain a
participé financièrement, sera rendu disponible, si la demande lui en est adressée,
pour l'usage des Forces Armées Américaines, mais selon laquelle toute production
aux États-Unis, pour un tel usage, sera l'objet de négociations ultérieures. Dans
l'éventualité d'un tel accord, les droits de propriété nécessaires seront alors
transférés dans les conditions prévues par l'échange de notes.

8 - (a) - Le Gouvernement français pourra adresser au


Gouvernement américain une situation certifiée conforme du montant des dépenses
réelles effectuées par le Gouvernement français ou par les titulaires de marchés, au
titre de l'Étude, ou imputées normalement à celle-ci, pendant la période du 1er avril
1957 au 30 juin 1957. Au cours de chacun des trimestres suivants, des situations
analogues des dépenses réelles imputées à l'Etude pourront être également fournies.
Le Gouvernement français aura droit au remboursement par le Gouvernement
américain, dans le délai d'un mois à partir de la date de réception de chaque
certificat convenablement rempli. Le pourcentage du montant, mentionné sur la
situation certifiée conforme et devant être payé par le Gouvernement américain
devra être identique au pourcentage spécifié en annexe A pour la période couverte
par cette situation de dépenses, sous la réserve de limiter le remboursement
américain au financement maximum convenu pour cette Étude.
(b) - En même temps que la situation certifiée conforme relative
er
à la période du 1 avril 1957 au 30 juin 1957, le Gouvernement français accepte
d'établir un relevé des dépenses effectuées antérieurement et des dettes encourues
concernant tout travail relatif à l'Étude depuis le 1er juillet 1956 jusqu'au 1er avril
1957.

9 - Ainsi que l'échange des notes datées du 11 juin 1954 le prévoit,


lorsque, lorsque le matériel faisant l'objet du présent contrat sera prêt à être
fabriqué, le Gouvernement Français entreprendra la fabrication, si celle-ci lui est
demandée, et livrera le matériel, à des prix raisonnables et à des conditions
équitables, aux nations de l'OTAN pour l'usage de leurs Forces Armées : s'il ne
peut, à son avis, réaliser cette fabrication, le Gouvernement français transférera les
droits et renseignements, nécessaires à la fabrication, aux nations de l'OTAN
consentantes et capables de l'entreprendre dans les conditions prévues par l'échange
de notes.

10 - Le Gouvernement français accepte de ne pas réaliser de profit,


quel qu'il soit, dans l'exécution des travaux ou des services concernant cette Étude
ou en fonction d'accords résultant du présent contrat et conclus en vue de la défense
de la zone Nord Atlantique.

11 -Dans l'exécution du présent contrat, les dépenses effectuées en


France par le Gouvernement Américain ou pour son compte, ne seront imposées
d'aucune taxe ni d'aucun droit, en vertu d'accords actuels, ou futurs, conclus entre
les deux Gouvernements.

185
12 - Tout matériel ou document, classé « secret » ou « confidentiel »,
échangé par les signataires du présent contrat, conformément aux accords relatifs à
cet échange, bénéficiera des garanties de sécurité en vigueur dans les pays du
Gouvernement cédant ce matériel ou ces documents. Le Gouvernement destinataire
appliquera les règles administratives du Gouvernement cessionnaire concernant la
procédure d'échange de tel matériel ou de tels renseignements.

Les règles de sécurité de l'OTAN seront appliquées si la cession


s'exerce au profit de cette Organisation.

13 - Si, à une date quelconque, les résultats attendus de l'Étude ne


semblent pas justifier la poursuite du financement, chaque Gouvernement pourra,
après avoir consulté l'autre Gouvernement, arrêter sa participation à ce financement.
Dans cette éventualité, les deux Gouvernements décideront d'abord d'une date à
partir de laquelle sera arrêtée la participation américaine aux dépenses et ensuite la
date effective d'arrêt du présent contrat. Le Gouvernement Américain ne sera pas
dans l'obligation d'effectuer un paiement quelconque résultant du présent contrat
après la date convenue de cessation de participation, à l'exception et dans la limite
des paiements ou remboursements de frais réels concernant l'Étude et encourus à
une date antérieure par le Gouvernement français ou les titulaires de marchés.

Les remboursements de tels frais seront effectués par le


Gouvernement américain selon les pourcentages fixés par l'annexe A, mais limités
au montant maximum spécifié dans cette annexe, et en se basant sur les situations,
adressées par le Gouvernement français, certifiant que de tels frais sont
normalement imputables à l'Étude et ont été encourus par le Gouvernement français
et les titulaires de marchés à une date antérieure à l'interruption du contrat.

Dans le cas d'une interruption, le Gouvernement français


établira et adressera un rapport de fin d'Étude, conforme à la description mentionnée
au paragraphe 2 (b) du présent contrat : ce rapport donnera la situation de l'Étude à
la date de l'arrêt du financement américain.

De plus, dans cette éventualité, le Gouvernement Américain


conservera les mêmes droits concernant les plans terminés ou non, les tracés, les
renseignements techniques et tout autre droit de propriété auquel il aurait pu
prétendre dans le cas d'exécution complète de l'Étude.

14-Aucun membre ou aucun représentant du Congrès des États-


Unis, aucun résident américain commissionné par son Gouvernement, ne sera admis
à participer au présent contrat, ou à en tirer bénéfice : mais cette réserve n'est pas
opposable à l'extension du présent contrat à une Société pour son propre profit.

En foi de quoi, les parties intéressées ont souscrit le présent


contrat ce jour, en date du 29 mars 1957.

186
Pour le Gouvernement français Pour le Gouvernement américain

Pour le Secrétaire d'État signé : T.B. LARKIN


et par délégation
Le Directeur Adjoint du Cabinet T.B. LARKIN
signé : JEANNEAU Général de C.A. (C.R.)
Directeur du Programme
Le présent marché a reçu d'Études d'Armement effectuées
le 26 mars 1957 en commun
le visa n° 1130
du Contrôle des dépenses
engagées du Département de
la Guerre sans observations

Le Conseiller Référendaire à la
Cour des Comptes
Contrôleur Financier
signé : CAUSSIN

Pour le Ministre de la Défense


Nationale et des Forces Armées,
et par délégation
signé : Abel THOMAS
Abel THOMAS
Directeur du Cabinet
ANNEXE AU CONTRAT PASSE LE 29 MARS 1957
ENTRE LE GOUVERNEMENT DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE
ET LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS
CONCERNANT L'ETUDE DE L'ARMEMENT D'UN ENGIN CHENILLE
DE DEFENSE DES INTERVALLES

1 - Généralités

Le Gouvernement français poursuit un programme d'étude de deux


types d'engins chenilles légers, de défense des intervalles, et comportant plusieurs
variantes d'armement. Les deux types de véhicules sont l'engin EVEN et l'AMX,
dérivés de la chenillette Hotchkiss. Les prototypes de ces engins ont fait l'objet du
contrat F-12-MWP-A-54 du Programme d'Etudes d'Armement effectuées en
commun.

2 - Objet de la présente étude

L'objet de la présente étude est d'étudier le perfectionnement des


tourelles, de l'armement, et des munitions des véhicules EVEN et AMX en
pratiquant des essais de fonctionnement. Les efforts porteront principalement sur les
points suivants :

En ce qui concerne le véhicule EVEN :

Construction d'un châssis prototype, qui doublera celui du contrat


F-12-MWP-A-54.

Étude et construction d'une tourelle munie d'un télémètre et d'un


canon de 90 mm tirant PENERGA ou un projectile amélioré.

Étude et construction d'une tourelle bi-tube de 30 mm HS-831 pour


combat terrestre seulement.

En ce qui concerne le véhicule AMX

Etude et construction d'une tourelle munie d'un télémètre et d'un


canon de 90 mm tirant l'ENERGA ou un projectile amélioré.

Étude et construction de deux tourelles munies d'un télémètre et


armées d'abord d'un canon (à lien élastique) tirant la munition U.S. de 106 mm
(sans recul) remplacé par la suite par un canon de 90 mm à vitesse initiale élevée.

Étude et construction d'une tourelle, sans télémètre, armée


d'abord d'un canon (à lien élastique) tirant la munition U.S. de 106 mm (sans recul)
remplacé par la suite par un canon de 90 mm à vitesse initiale élevée.
Étude de construction d'une tourelle armée d'un 30 mm HS 831
pour tir terrestre et antiaérien.

3 - Dates prévues

On suppose d'une manière générale que la progression se l'étude


sera la suivante :

Pour l'engin EVEN :


Châssis fabriqué en juillet 1957 environ.
Tourelle munie d'un canon de 90 mm avec télémètre construite en
octobre 1957 environ.
Tourelle armée d'un canon bi-tube de 30 mm construite en
octobre 1957 environ.
Essais et modifications terminés en juin 1958 environ.

Pour l'engin AMX :


Tourelle avec canon de 90 mm et télémètre construite en
décembre 1957 environ.
Tourelle avec canon de 106 mm sans télémètre construite en
décembre 1957 environ.
et, avec substitution d'un 90 mm, construite en avril 1958 environ

2 tourelles avec canon de 106 mm et télémètre construites en


janvier 1958 environ
et, avec substitution d'un 90 mm, construites en avril 1958
environ.

Tourelle avec canon de 30 mm construite en juillet 1958 environ.

Essais et modifications terminés en décembre 1958 environ.

4 - Financement.

a - On estime que le Gouvernement français aura dépensé pour la


présente étude, y compris les dettes contractées au titre de cette étude, entre le
1er juillet 1956 et le 1er avril 1957, la somme approximative de 572 000 dollars.

b - On estime que le total des frais additionnels nécessaires pour


terminer l'étude s'élèvera à environ 1 610 000 dollars.

c - On estime que les sommes approximatives suivantes seront


nécessaires pour poursuivre l'étude au cours des périodes suivantes :

Période Montant
er
1 avril 1957 - 30 juin 1958 1 250 000 dollars
1er juillet 1958 - 31 décembre 1958 360 000 dollars

189
d - Sous réserve d'une participation maximum de 610 000 dollars et
conformément aux termes des paragraphes 8 (a) et 13 du présent contrat, le
Gouvernement des U.S.A. remboursera au Gouvernement français 38 % des
dépenses réelles relatives et directement imputables à l'étude, entre le 1er avril
1957 et le 31 décembre 1958, ou jusqu'à la date de la fin de l'étude, ou de l'arrêt
du présent contrat, selon la date qui se présentera la première.
e - Le Gouvernement français paiera le solde des dépenses réelles,
s'élevant à 1 000 000 de dollars environ, relatives et directement imputable à
l'étude au cours de la période mentionnée au paragraphe d ci-dessus.

Pour le Gouvernement français Pour le Gouvernement Américain

Pour le Secrétaire d'État signé :T.B. LARKIN


et par délégation T.B. LARKIN Général de C.A.
(C.R.)
Le Directeur Adjoint du Cabinet Directeur du Programme
signé : JEANNEAU d'Études d'Armement effectuées
en commun
Le présent marché a reçu
le 26 mars 1957
le visa n° 1130
du Contrôleur des dépenses
engagées du Département de
la Guerre sans observations

Le Conseiller Référendaire
à la Cour des Comptes
Contrôleur Financier
signé : CAUSSIN

Pour le Ministre de la Défense


Nationale et des Forces Armées,
et par délégation
signé : Abel THOMAS
Abel THOMAS
Directeur du Cabinet

190
ANNEXE 111.3
Contrat n° F 37 MWP A 57 relatif à l'étude d'une tourelle de char armée du
canon bitube antiaérien, daté du 29 mars 1957, avec son annexe.

CONTRAT N° F 37 - MWP-A-57
RELATIF A L'ETUDE D'UNE TOURELLE
DE CHAR ARMEE DU CANON BITUBE
ANTIAERIEN DE 30 mm

Le présent contrat, et son annexe qui en fait intégralement partie,


exposent en détail les accords, conclus entre le Gouvernement américain et le
Gouvernement français, concernant l'une des Études du Programme d'Études
d'Armement effectuées en commun (précédemment appelé Programme Commun à
certaines armes déterminées) : programme faisant l'objet de l'échange de notes, datées
du 11 juin 1954, entre les deux Gouvernements.

1. Le Gouvernement français effectue actuellement l'Étude d'une


tourelle de char armée du canon antiaérien de 30 mm, décrite ci-après dans l'annexe A
du présent contrat. Le Gouvernement français poursuit activement cette Étude et
continue son financement à l'aide de ses propres crédits pendant la période et à
concurrence du montant spécifié par l'annexe A traitant de cette question. Étant donné
la poursuite de ces travaux et les autres engagements pris par le Gouvernement Français
spécifiés ci-inclus le Gouvernement américain accepte de participer au financement
effectué en commun, de cette Étude, pendant la même période, à concurrence du
montant stipulé par l'annexe A du présent accord, et conformément aux termes et
conditions exposés ci-inclus.

2. (a) - Après la signature du présent contrat, le Gouvernement


français communiquera, dans un délai raisonnable, aux représentants autorisés du
Gouvernement américain, un état mentionnant les résultats obtenus, dans la progression
de l'Étude à la date du 1er avril 1957. Pendant la durée du contrat, une situation
d'avancement, aux dates des 30 juin et 31 décembre de chaque année, sera ensuite
adressée : cette situation contiendra un état détaillé des progrès réalisés depuis l'envoi
de la dernière situation et tout renseignement, se rattachant à l'étude, jugé nécessaire
pour donner une image compréhensive de l'état de la question. En plus de ces situations,
des notes seront communiquées de temps en temps afin de donner tout renseignement
supplémentaire qui pourrait être demandé par le Gouvernement américain.

(b) - Si l'Étude est terminée le 30 juin 1958, le Gouvernement


français établira et communiquera un rapport de fin d'études sur la question : rapport
comprenant les tracés d'ensemble, croquis, graphiques schématiques, photographies et
toute autre documentation indispensable à la compréhension de ce rapport. Il
mentionnera également en détail les travaux effectués, y compris inventions,
améliorations ou découvertes, ayant pris naissance ou découlant des travaux réalisés.

191
(c) - Le Gouvernement français accepte également de fournir au
Gouvernement américain les procès-verbaux d'essais concernant l'objet de l'Étude,
effectués dans des conditions simulées ou réelles.

3. (a) - Si l'Étude n'est pas terminée le 30 juin 1958, ou si la fin de


l'Étude n'a pas été prévue à cette date, ou si l'on estime que le total des dépenses
concernant le projet dépassera, à cette date, les crédits totaux, mentionnés en annexe A,
que les deux Gouvernements ont décidé d'y consacrer, les signataires acceptent de
revoir, avant cette date, l'état de la question, sa progression en direction de l'objectif
fixé et les crédits nécessaires pour terminer: ils acceptent également d'examiner
l'extension éventuelle du présent contrat et l'affectation de crédits supplémentaires par
l'un ou l'autre des Gouvernements dans l'intention de terminer l'Étude.

(b) - En supposant, après examen de ces considérations, que le


Gouvernement Américain décide de ne pas affecter de crédits supplémentaires au
financement de l'Étude, et en l'absence de tout autre accord, le Gouvernement Français
établira un rapport de fin d'études, conforme aux termes du § 2 (b) du présent contrat et
relatif à l'état de l'Étude à la date de la fin du financement américain. De plus, dans un
tel cas, les droits du Gouvernement américain seront maintenus en ce qui concerne les
tracés, terminés ou partiels, les renseignements techniques et tout matériel qui auraient
été soumis à ces droits si l'Étude avait été terminée pendant la durée du financement
Américain.
4. A intervalles raisonnables et à la demande, le Gouvernement
Français accepte de permettre aux personnalités américaines autorisées d'accéder aux
Établissements dans lesquels le travaux d'Étude, faisant l'objet du présent contrat, sont
en cours, afin de suivre leur progression et de faciliter l'échange de renseignements
jugés nécessaires et appropriés. Ces visites et ces réunions seront organisées de façon à
ne pas retarder indûment les travaux.

5. En ce qui concerne le matériel faisant l'objet du présent contrat,


le Gouvernement français accepte de recevoir du Gouvernement américain toute
demande de prototypes et de leurs pièces détachées : de brochures de fonctionnement,
d'emploi et d'entretien de ce matériel, si elles existent : de tracés détaillés, tables de
construction, photographies, et de tout autre élément analogue établi au cours de
l'Étude. Ces éléments seront cédés au Gouvernement américain aux prix coûtant, en ce
qui concerne les prototypes et leurs pièces détachées, et gratuitement en ce qui concerne
les autres fournitures.

6. Le Gouvernement Français accepte d'indemniser et de préserver


le Gouvernement Américain de toute réclamation, préjudice et poursuite, de quelque
nature que ce soit, provenant directement ou indirectement de l'exécution du présent
contrat.

7. L'échange de notes datées du 11 juin 1954, entre les deux parties


signataires du présent contrat, comporte une clause préalable selon laquelle le matériel,
faisant l'objet du présent contrat, auquel le Gouvernement américain a participé
financièrement, sera rendu disponible, si la demande lui en est adressée, pour l'usage
des Forces Armées Américaines, mais selon laquelle toute production aux États-Unis,

192
pour un tel usage, sera l'objet de négociations ultérieures. Dans Péventualités d'un tel
accord, les droits de propriété nécessaires seront alors transférés dans les conditions
prévues par l'échange de notes.

8. (a) - Le Gouvernement Français pourra adresser au


Gouvernement Américain une situation certifiée conforme du montant des dépenses
réelles effectuées par le Gouvernement Français ou par les titulaires de marchés, au titre
de l'Étude, ou imputées normalement à celle-ci, pendant la période du 1er Avril 1957 au
30 juin 1957. Au cours de chacun des trimestres suivants, des situations analogues des
dépenses réelles imputées à l'Étude pourront être également fournies. Le Gouvernement
français aura droit au remboursement par le Gouvernement Américain, dans le délai
d'un mois à partir de la date de réception de chaque certificat convenablement rempli.
Le pourcentage du montant, mentionné sur la situation certifiée conforme et devant être
payé par le Gouvernement américain devra être identique au pourcentage spécifié en
annexe A pour la période couverte par cette situation de dépenses, sous la réserve de
limiter le remboursement américain au financement maximum convenu pour cette
Étude.

(b) - En même temps que la situation certifiée conforme relative à la


er
période du 1 Avril 1957 au 30 juin 1957, le Gouvernement Français accepte d'établir
un relevé des dépenses effectuées antérieurement et des dettes encourues concernant
tout travail relatif à l'Étude jusqu'au 1er avril 1957.

9. Ainsi que l'échange des notes datées du 11 juin 1954 le prévoit,


lorsque le matériel faisant l'objet du présent contrat sera prêt à être fabriqué, le
Gouvernement Français entreprendra la fabrication, si celle-ci lui est demandée, et
livrera le matériel, à des prix raisonnables et à des conditions équitables, aux nations de
l'OTAN pour l'usage de leurs Forces Armées : s'il ne peut, à son avis, réaliser cette
fabrication, le Gouvernement Français transférera les droits et renseignements,
nécessaires à la fabrication, aux nations de l'OTAN consentantes et capables de
l'entreprendre dans les conditions prévues par l'échange de notes.

10. Le Gouvernement français accepte de ne pas réaliser de profit,


quel qu'il soit, dans l'exécution des travaux ou des services concernant cette Étude ou
en fonction d'accords résultants du présent contrat et conclus en vue de la défense de la
zone Nord Atlantique.

11. Dans l'exécution du présent contrat, les dépenses effectuées en


France par le Gouvernement américain ou pour son compte, ne seront imposées
d'aucune taxe ni d'aucun droit, en vertu d'accords actuels, ou futurs, conclus entre les
deux Gouvernements.

12. Tout matériel ou document, classé « secret » ou « confidentiel »,


échangé par les signataires du présent contrat, conformément aux accords relatifs à cet
échange, bénéficiera des garanties de sécurité en vigueur dans le pays du Gouvernement
cédant ce matériel ou ces documents. Le Gouvernement destinataire appliquera les
règles administratives du Gouvernement cessionnaire, concernant la procédure
d'échange de tel matériel ou de tels renseignements.

193
Les règles de sécurité de l'OTAN seront appliquées si la cession
s'exerce au profit de cette Organisation.

13. Si, à une date quelconque, les résultats attendus de l'Étude ne


semblent pas justifier la poursuite du financement, chaque Gouvernement pourra, après
avoir consulté l'autre Gouvernement, arrêter sa participation à ce financement. Dans
cette éventualité, les deux Gouvernements décideront d'abord d'une date à partir de
laquelle sera arrêtée la participation américaine aux dépenses et ensuite la date effective
d'arrêt du présent contrat.
Le Gouvernement américain ne sera pas dans l'obligation d'effectuer
un paiement quelconque résultant du présent contrat après la date convenue de cessation
de participation, à l'exception et dans la limite des paiements ou remboursements de
frais réels concernant l'Étude et encourus à une date antérieure par le Gouvernement
Français ou les titulaires de marchés.
Les remboursements de tels frais seront effectués par le
Gouvernement américain selon les pourcentages fixés par l'annexe A, et en se basant
sur les situations, adressées par le Gouvernement Français, certifiant que de tels frais
sont normalement imputables à l'Étude et ont été encourus par le Gouvernement
Français et les titulaires de marchés à une date antérieure à l'interruption du contrat.
Dans le cas d'une interruption, le Gouvernement Français établira et
adressera un rapport de fin d'Étude, conforme à la description mentionnée au
paragraphe 2 (b) du présent contrat : ce rapport donnera la situation de l'Étude à la date
de l'arrêt du financement américain.
De plus, dans cette éventualité, le Gouvernement américain
conservera les mêmes droits concernant les plans terminés ou non, les tracés, les
renseignements techniques et tout autre droit de propriété auquel il aurait pu prétendre
dans le cas d'exécution complète de l'Étude.

14. Aucun membre ou aucun représentant du Congrès des États-Unis,


aucun résident américain commissionné par son Gouvernement, ne sera admis à
participer au présent contrat, ou à en tirer bénéfice : mais cette réserve n'est pas
opposable à l'extension du présent contrat à une Société pour son propre profit.

En foi de quoi, les parties intéressées ont souscrit le présent contrat ce


jour, en date du 29 mars 1957.

P. le Gouvernement français P. le Gouvernement Américain

Pour le Secrétaire d'État


et par la délégation
Le Directeur Adjoint du Cabinet
signé : JEANNEAU signé :T.B. LARKIN
Général de C.A. (C.R.)
Pour le Ministre de la Défense Directeur du Programme
Nationale et des Forces Armées d'Eudes d'Armement
et par la délégation effectuées en commun
signé : Abel THOMAS
Directeur du Cabinet

194
ANNEXE AU CONTRAT PASSE LE 29 MARS 1957
ENTRE LE GOUVERNEMENT DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE
ET LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS,
CONCERNANT L'ETUDE D'UNE TOURELLE
DE CHAR ARMEE DU CANON BITUBE ANTI-AERIEN DE 30 mm

1 -Généralités

Le Gouvernement français étudie actuellement une tourelle de char


armée d'un canon bi-tube anti-aérien, destinée au châssis de char de 13 tonnes existant
déjà, et pouvant jouer le rôle secondaire d'agir dans les combats à terre entre le
personnel et les véhicules légèrement blindés. L'arme prévue est le canon Hispano-
Suiza (HS) B31 de 30 mm, dont les caractéristiques sont les suivantes :
Poids de canon 130 kg
Réaction aux tourillons 2 tonnes
Poids du projectiles 430 grammes
Vitesse initiale 885 à 1005 m/soc.
Cadence de tir 600 à 700 eps.sin.
Portée maximum 3000 mètres
Système de pointage Appareil optique Reille-Soult

Poursuite de l'objectif :
Vitesse maximum de pointage en direction 90° sec
Accélération maximum en direction 120 °sec
Vitesse maximum de pointage en hauteur 45° sec
Accélération maximum en site 60° sec
Alimentation en munitions 250 coups par arme
Épaisseur du blindage de la tourelle 1 5 - -30 mm

En outre, les tracés d'un systèmes de pointage comprenant une poursuite


à vue de l'objectif, un radar de portée seulement et un calculateur mécanique, seront
établis.

2 -Obiet de l'Étude

Dessiner et construire deux tourelles prototypes destinées au châssis de


char de 13 tonnes existant déjà, armées de canons de 30 mm bi-tubes anti-aériens.
Adapter le système de pointage optique Reille-Soult afin de le monter sur la tourelle.
Une alimentation par bande sera substituée au système actuel de
chargeurs. Les prototypes subiront des essais de fonctionnement qui, associés à l'étude
de systèmes de pointage plus compliqués permettront de prendre une décision relative à
la construction de prototypes comportant ce système de pointage plus compliqué. Si les
essais de fonctionnement donnent satisfaction, une présérie sera mise en route.

3 -Dates prévues

D'une manière générale, on peut estimer que la progression de l'Étude


sera la suivante :

195
a- construction des sous-ensembles aux environs de juillet 1957.
b- construction du premier prototype aux environs d'octobre 1957.
c- construction du second prototype aux environs d'avril 1958.
d- essais et modifications terminés aux environs de juillet 1958.
e- tracés de présérie terminés aux environs de novembre 1958.

4 -Financement

a- On estime qu'à la date du 1er avril 1957 le Gouvernement


Français aura dépensé pour cette étude ou aura contracté des obligations à son sujet,
une somme approximative de 228 570 dollars.
b- On estime que les sommes supplémentaires totales nécessaires
pour terminer l'étude seront approximative de 644 500 dollars.
c- On estime que la poursuite de l'étude pendant les périodes
indiquées ci-dessous, nécessitera les sommes approximatives suivantes :

Période Montant

1er avril 1957 - 30 juin 1958 616 000 dollars


1er juillet 1958 - 30 novembre 1958 28 500 dollars

d- Sous réserve d'une participation maximum de 215 000 dollars et


en se conformant aux termes du § 8 (a) et du § 13 du présent contrat, le
Gouvernement des Etats-Unis remboursera au Gouvernement Français 35 % des
dépenses réelles relatives, et directement, imputables à l'étude, entre le 1er avril
1957 et le 30 juin 1958, ou jusqu'à la date de la réalisation complète de l'étude ou
de la fin du présent contrat selon la date qui se présentera la première.
e- Le Gouvernement français paiera :
(1) Le solde des dépenses réelles se montant à un total
approximatif de 401 000 dollars, des dépenses réelles relatives et
directement imputables au projet pendant la même période
spécifiée en 4. (d) ci-dessus, et,
(2) Toutes les dépenses se montant approximativement à 28 500
dollars, relatives à la préparation des tracés de présérie.
L'établissement des tracés de présérie s'effectuera pendant la
période du 1er juillet 1958 au 30 novembre 1958 et les dépenses y
relatives ne doivent pas être considérées comme faisant partie de
celles dont il est question en 4. (a) et 4. (e) (1) ci-dessus.

Pour le Secrétaire d'État


et par délégation Signé : T.B. LARKIN
le Directeur Adjoint du Cabinet Général de C.A. (C.R.)
Signé : JEANNEAU Directeur du Programme
Pour le Ministre de la Défense d'Études d'Armement
Nationale et des Forces Armées effectuées en communs.
et par délégation
Signé : Abel THOMAS
Directeur du Cabinet

196
ANNEXE 111.4
Mémorandum d'accord et échange de lettres en date du 30 janvier 1958.
Arrangements financiers.

Mémorandum d'accord

1- Le Gouvernement des Etats-Unis, compte tenu de la situation de la balance des


paiements de la France au cours de l'année 1958, mettra à la disposition du
Gouvernement français, conformément aux dispositions de l'accord pour la Défense
Mutuelle du 12 janvier 1950 et des accords connexes, dans la limite de 30 millions
de dollars, des équipements, matériels et services, payables en francs. Une tranche
supplémentaire d'un montant de 15 millions de dollars pourra, si les parties
l'estiment nécessaire et si les crédits correspondants sont disponibles, être mise à la
disposition du Gouvernement français.
2- Le Gouvernement français déposera au compte du Gouvernement des Etats-Unis la
contre valeur en francs du montant en dollars des équipements, matériels et services
qu'il fait connaître périodiquement comme étant dans ses intentions de se procurer
sur le crédit de 30 millions ouvert au paragraphe 1 ci-dessus. Ces fonds seront
utilisés par le Département de la Défense soit pour l'achat en France de matériel
militaire destiné à être livré à d'autres nations bénéficiaires du programme d'aide
militaire soit pour l'achat de biens et services destinés aux forces américaines, dans
la mesure où ces achats viendraient en excédent des dépenses en dollars
normalement prévues par le Département de la Défense en France pour les mêmes
buts.
3- Dans l'utilisation des équipements, matériels et services achetés sur les crédits
ouverts au titre du paragraphe 1 le Gouvernement français accordera :
1) La première priorité à la satisfaction des besoins en pièces détachées et autres
besoins d'entretien courants des unités françaises de l'OTAN stationnées en Europe
et plus particulièrement en ce qui concerne les matériels antérieurement fournis par
l'aide militaire gratuite et qui ne le sont plus à ce titre ;
2) La deuxième priorité à la satisfaction des besoins hautement prioritaires de
développement ou de modernisation dans le cadre des tableaux de dotation et
d'organisation des unités françaises de l'OTAN stationnées en Europe.
Fait à Washington le 30 janvier 1958.
Pour le gouvernement de la République française :
Alphand - Jean Monnet
Pour le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique :
Dillon

197
Son Excellence Monsieur C. Douglas Dillon
Département d'Etat - Washington

Monsieur,
J'ai reçu votre lettre en date du 30 janvier 1958 dont le texte en français est le suivant :
« J'ai l'honneur de vous confirmer l'accord de mon Gouvernement sur les dispositions
additionnelles suivantes concernant le mémorandum d'accord sur les ventes de matériel
militaire, signé aujourd'hui.
1. Le montant de la contrevaleur en francs à déposer au compte du Gouvernement des
Etats-Unis, conformément au paragraphe 2 du mémorandum d'accord, sera calculé
au taux le plus élevé coté en France pour le dollar à la date du dépôt des francs et
que le Gouvernement des Etats-Unis peut légalement utiliser pour le règlement de
ses dépenses en francs.
2. A la date du dépôt en francs mentionné ci-dessus, ces francs seront portés, au taux
auquel ils ont été déposés, au crédit d'un compte libellé en dollars spécialement
ouvert au nom du Gouvernement des Etats-Unis à la Banque de France.
Le montant des tirages effectués sur ce compte spécial par le Département de la
Défense sera exprimé en dollars ; il sera payé par la Banque de France en francs au
taux le plus élevé coté pour le dollar en France à la date du tirage et que le
Gouvernement des Etats-Unis peut légalement utiliser pour le règlement de ses
dépenses en francs.
3. Le Gouvernement français fera connaître aussi rapidement que possible le montant
total qu'il prévoit d'utiliser en ce qui concerne l'ouverture de crédit de 30 millions
de dollars mentionnés au paragraphe 1 du mémorandum d'accord. Il effectuera
immédiatement un dépôt en francs égal au quart de ce montant au compte du
Gouvernement des Etats-Unis ainsi qu'il est prévu au paragraphe 2 dudit
mémorandum.
Il effectuera par la suite, à des intervalles de trois mois, un dépôt complémentaire
égal au quart du montant total. Le montant total des dépôts trimestriels
complémentaires sera révisé compte tenu des modifications apportées par le
Gouvernement français dans l'estimation du montant total qu'il prévoit d'utiliser,
mentionné ci-dessus. Le Gouvernement français indiquera s'il y a lieu au début de
chaque intervalle de trois mois les modifications à apporter au montant total prévu
pour l'année. Au cas où le Gouvernement français ferait savoir, au cours du
quatrième trimestre, qu'il n'utilisera qu'une partie du montant total antérieurement
indiqué, le Département reverserait au Gouvernement français une somme égale à la
différence.
4. Le Gouvernement des Etats-Unis consultera au préalable le Gouvernement français
au sujet des achats qu'il effectuera, conformément au paragraphe 2 du mémorandum
d'accord.

J'attacherais du prix à ce que vous vouliez bien me confirmer que les dispositions
précédentes ont reçu l'accord de votre Gouvernement.
J'ai l'honneur de vous confirmer l'accord de mon Gouvernement sur les dispositions
contenues dans cette lettre.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, les assurances de ma haute considération.

Signé : Jean Monnet.

198
ANNEXE 111.5
Lettre N° 293 DN/CAB/ARM du ministre de la Défense nationale et des
Forces armées en date du 13 mai 1958. Objet : Accords franco-américains
dits MWDDEA.

Paris, le 13 mai 1958


N° 2 9 3 / D N / C A B / A R M
Le ministre de la Défense nationale et des forces armées
à
- Monsieur le secrétaire d'Etat aux forces armées (Marine)
- Monsieur le secrétaire d'Etat aux forces armées (Terre)
- Monsieur le secrétaire d'Etat aux forces armées (Air)
- Monsieur l'ingénieur général directeur des Poudres

Objet : Accords franco-américains dits MWDDE

1. Par lettre n° 252 IGFPFA / SL du 23 avril 1958, le général de division, inspecteur


général des fabrications et programmes des forces armées vous a transmis un dossier
relatif à un nouveau système d'accords proposés par la mission du général américain
Larkin, dite mission MWDP déjà chargée des contrats franco-américains d'études
du matériel d'armement.
Le nouveau système d'accords (programme MWDDE) porte sur l'échange de
renseignements techniques militaires secrets entre les Etats-Unis et la France dans
des domaines bien délimités et sans avoir en vue a priori la réalisation d'un matériel
précis.
Cet échange de renseignements s'effectuera par correspondance et au moyen de
visites d'experts d'un pays à l'autre.
Il est admis qu'un échange de renseignements de ce genre dans le cadre d'un projet
MWDDE pourrait conduire à la conclusion d'un contrat d'études MWDP du type
normal si l'on en arrivait à envisager la réalisation d'un matériel complet déterminé.
2. J'ai donné au général Larkin mon plein accord à ses propositions relatives au
programme MWDDE et je vous invite à utiliser dès maintenant les possibilités qui
vous sont ainsi offertes.
La procédure à employer du côté français sera la suivante :
a) Préparation d'un accord MWDDE :
Tout sujet d'étude qu'un secrétaire d'Etat désirerait proposer dans le cadre d'un
accord MWDDE me sera adressé sous le présent timbre avec tous les
renseignements utiles pour la préparation de l'accord et en particulier le nom du
Project Officer proposé et des bureaux, services ou établissements que le secrétaire
d'Etat considère comme devant participer à l'étude.
La proposition du secrétaire d'Etat, transmise par mes soins au général inspecteur
des fabrications et programmes des forces années pour avis technique et
coordination éventuelle avec les autres secrétaires d'Etat, sera ensuite transmise
sous sa forme définitive par le bureau dit « des contrats offshore » à la mission du
général Larkin qui est habilité à signer les contrats MWDDE.

199
Dans le cas où la proposition d'un contrat MWDDE émanerait des services
américains, cette proposition serait reçue par le BCCOS et transmise par ce dernier
au général inspecteur des fabrications et programmes des forces armées pour avis
technique et coordination éventuelle entre les secrétaires d'Etat.
b) Echange de correspondance dans le cadre du MWDDE :
La correspondance émanant des services français à l'adresse du Project Offîcer US
sera adressée au MAAG par le Project Ojficer français.
La correspondance émanant des services américains sera reçue par le MAAG qui la
transmettra au Project Ojficer français.
Le secrétaire d'Etat dont dépend le Project Ojficer français, à vocation Défense
nationale, pourra exercer le contrôle qu'il jugera nécessaire sur la correspondance
entre Project Officers, sous réserve que ce contrôle ne ralentisse pas sensiblement
l'échange de renseignements.
Le Project Ojficer français conservera dans ses archives toute la correspondance
« arrivée » et « départ » relative au projet dont il sera chargé et la tiendra à la
disposition du ministre de la Défense nationale et de l'EGFPFA.
Les propositions relatives aux visites d'experts aux Etats-Unis seront adressées
directement, non au Project Ojficer US mais à mon cabinet « Armement » qui
traitera la question.
Pour le ministre de la Défense nationale et des forces armées,
Le général de corps d'armée G. Lavaud
Chargé de mission :
Signé : LAVAUD

Copies à : - M. le général inspecteur des fabrications et programmes des forces


armées (11 ex)
- M. le général, chef du service de sécurité de la Défense nationale et des forces
armées (1)
- DSFP (M. le contrôleur général LABE) (1)
- DSFP/BCCOS (3)
- Archives DN/ CAB/ ARM (2)
ANNEXE 111.6
Lettre de la mission américaine près l'OTAN et près les
organismes régionaux européens en date du 5 novembre
1958. Objet : MWDP.

TSA-LtrCTÎON

ER35 l'O.T.^N. & L3S OS&ŒISiSS RSGIO^IK


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p-^f2jA8/B 5 Wwnfang f?58'

i — j

I« but do cette lettre est do vous Informer dos plans du ii,W^B#J, on


oo qujL concerna les propositions annulles de nouveaux projets d'études a *±j^5crir9
au titpo do l'année fiscal© angrioainp 1960 (1 j u i l l e t 1959 * .50 juin 196$)* ainsi
que do la situation des études souraises prépédocraent au t i t f o âe 1 '• année fiscale
, _;.,-. .. . ... . . . . . . ............ ...... v . . . ^ v _ . .... . ^ ^ ..,
J4a lettre du 5. août 1958 ( l ) vous a inferiaé des projets approityés
au titre de l»'annéa fisoale I959 et pour lesquels l a %$$*;•'• eh plaoo dés Jfonds
était attendue* Cette lettre indiquaiti que doux jdjeM». projets ("détecteurs, à infra»
rouge* et "tubes électroniques à grande puissanoe*) devaient faire l'objet d'une
nouvelle présentation pour la Franco en tonant coqpte des observations do la mis»
sion A,3.iS.T, Celles-ci ont-été reçues oa^-s sont.l'objet do nouvelles négocia-
tions en raison du pourcentage élevé de la part américaine, deaandé par la Franoef
11 est très ioprobable que les iltats-ffnis soient à mêoe de fournir une aide f i -
nancière de plus de 50^. Toutefois l'accord financier pour l e s projets finanv
oiers a jaaintenant été reçu et les démarches sont, en cours pour obtenir des estl»
nations à jour avant la signature finale» Le 4i¥;D;T, a sQiuais à Washington le
projet intitulé "Prototype do définition de brouilleurs^, av'oo une deoando ftîap-.
• èJroba^Qn au titre do l'année: fisealç IjtéQ*

&**:-7» 8 et 9 janvier 1959» sf teukr£ois la pho$a vous pq,nyien.t» la


Ù+W+Pït» opooanocrà 3,'ètude 4o nouyoàtuc projeta de *re«horpne ej;dé.veloppeàe.nt?
pour losquels l'aidedos llta^i^nis est dei»h4éef ïrôs projets proposés daifjs 00 •
pàà'tf. aevronlt représenter u»>. ay^ce, réel3£, $br« ••*& la;"point®flu.'progrès?'et;"ne
, pas oonstituôr "fies ^ i f i c a t ^ fabri-
cation. l e s projets qui auront été oemsidérés favorableiiiont par l e i4,W,,D#T; ser-
, ront transois au Départenont dis la Défense américaine pour qu'ils soient approu-
vés «4 titre de l'année fiscale, U,S. i960.- -Los crédits ainsi engagés seront;
disponibles pour régler les dépenses affére*ntes à, ces études appuis la date de la
signature<-àes contrats pondanrips années 19^># i^6i-"ki"-i$0:- (àusq^au 50 jui^'
1?6ë* 9$ Jusf*!&"la^fin du •èjb$j*raf s j ^ b e l u l ^ v s s ÏW?i?isé '$&*. W®*i
... .,. .... ^. .... .. ^

(1} Nota du B.0.C»0TS. i La toneur de cette lettre a été oonuniiniquéo et explici-


tée par la note d'ipforjaation 6k2i l&yïEBlP/OS du 27 août 1958
i*%ï?féï&ï-;v.::fS-:A.•• ^ \ > •- -•.•--.•- •/.• :-y,:-.>.«^ :3 . :;7; ,

ï l est deaandé quo vous infprfflioz l e s services Intéressés d« Ministère


des lsoé|@s dés dispositions définies ^paragraphe précédent, XX est. demandé paj?
ailleurs quo ces services préparent des propositions écrites pour les projets
valables q u ' i l s souhaitent voir inclure au it.W»P»P» pour l'année fiscale 1960»
Silos'deyrontêtre.présentées oQnforjftéaent à la brochure *M.W,p»F»" on.date du
JQ septeobro 1^5<5 dont vous avez été destina t a i r e . Une réinpressipn de oetto
brochure sera publiée bientôt. Btont donné que l e s chàngenents dans le code do
présentation dos projets sont minicfâs, des extraits appropriés de l a nouvelle
brochure sent joints à l a présente l e t t r e pour information ut eraploj»

I l est nécessaire qus l'échéevncior des études et l e plan de finance*


jaânt soient eii accord avoç* les années fiscales ai^riçainos^ Les crédits e p t i ^ S
nécessaires devront ' être expriaés en francs (ce qui constitue un changement pac •
rapport à la précédente procédure). La oontribution financière' américaine d e -
vra 5trc fondée sur l'estination des dépenses entre le 3? ^ n v i o r i960 et l e }Q
juin 1^62. Coei suppose que a i lo projet est approuvé par les autorités BE.S» »
:le contrat sera:t signé et l ' a i d e financier^ îJ,S»^ceaaûnc.era aux envi^tis
vV du, -2C*
$f#tfS0ly$0ï: \ ''""'• '•"' ;;_'..,. ' .''" ,.' \; '/'.T:' " 't: \\
- ' 3Û. e s t i n s i s t é sur l e f a i t que, on .raison des .âélais.11/ ces proposi* -
tii^j.ns: éçritQ^;1fl«vrQnt:'etre' souiàisps. aù'"apiaent \dp ' IÀ p r é s p n l ^ i ^
qiî*oiiles puissent $-trp aooej||4os'.8j^ ^fcçt du. prfjgre^ae'.'.do "1$ ÏSTf#50*
BOUT assurer une aida financière ininterrox^ue des projets ÎY 1957^,
ou de. tous autpos projets itéoossll^t. u ^
au delà du 30 juin 1959, l e ^W.D.T# prendra on considération l e s extensions
nécessaires au ooaont de la. visite» Sans chaque cas p a r t i c u l i e r où.r une donande
d'extension est denandée, une justification écrite^' co^reî)ant'un $]^\d&/lJïLf^v
p<§^^^Spa flé^ssa|^p»::. '•;.:'"?' ":' ' " ."v'r '•';"' ••••••••/^\
. fin'ce qui. cpneorne les plans dp f^nanceae.n^ des projet» pou? les?*.
qupls i l pst aô^©nd4-vune p'ttblo^àtioni r .'l^s^ b ^ é t t ' q ^ ' o o u x ' u W ' j ^ '
l a politique dy Gk>uvernéuent. U . ^ e s t de'"no pas financer pour plus do $# des :
crédits nécosséiros, à aoins que dps cirppnstanoes exceptipn^alleB ^ . j u s t i f i e n t
Uh''pOUrJeQBt8^Sllfé.^élpVBV ; '• : " <*:)',<*•>•. ,!V............ •;. -..-• ,;v, ; i i ; ; ;.;. ! y : :-; : V ï :

J e vous âonanâcrai de bien vouloir rae faire connaître dès que pos- <
siblp, s i l e s dates des 7> 8 e t 9 janvier vous conviennent» •' Nos intpntipns s e -
raient d'étudier l e s projets de l'inaéo de Terre l e 7, oeux do l'-ônaéii do l ' i i r
lo 8, et ceux dd l a Harino lo $, . Tout changeiaent dans ces dates vous serait
soumis pour approbation avant de prendre "une décision,

Lieutenant-général USA(en r e t r a i t e )
MroQfcux du &W.IWÏ*
ANNEXE 111.7
Liste des accords MWDDEA signés le 25 mai 1959, et concernant
l'armement terrestre

Pour le Service technique


A 59 F 79 Systèmes asservis de pointage hydraulique
A 59 F 80 Pneumatiques pour véhicules militaires
A 59 F 81 Boîte de vitesses pour véhicules blindés chenilles
A 59 F 82 Moteurs de véhicules blindés chenilles
A 59 F 83 Véhicules amphibies (blindés)
A 59 F 84 Systèmes de visée contre aéronefs (véhicules blindés)
A 59 F 85 Équipements de conduite de tir et de visée pour véhicules blindés
A 59 F 86 Tubes pour armes de petits et moyens calibres (7,5 à 30 mm)
A 59 F 87 Armes de petits et moyens calibres (7,5 à 30 mm)
A 59 F 88 Munitions de petits et moyens calibres (7,5 à 30 mm)
A 59 F 89 Armes automatiques de moyens calibres (12,7 à 30 mm)
A 59 F 90 Armes à âmes lisses et leur balistique
A 59 F 91 Mécanismes de recul et récupérateurs
A 59 F 92 Traitement anti-usure des tubes de canons
A 59 F 93 Calculateurs électroniques pour l'artillerie de campagne
A 59 F 94 Effets des charges creuses sur les blindages
A 59 F 95 Effets des obus d'artillerie sur le personnel et le matériel
A 59 F 96 Cartouches pour grenades à fusil
A 59 F 97 Fusées de proximité pour mortiers
A 59 F 98 Sécurité de bouche des fusées à percussion
A 59 F 99 Technologie des essais de munitions
A 59 F100 Essais de composants de missiles
A 59 F101 Gyroscopes et gyromètres pour missiles
A 59 F 102 Charges militaires de missiles

Pour TELEC
A 59 F 103 Radar anti-mortier
A 59 F 104 Radar monopulse
A 59 F 105 Infrarouge moyen
A 59 F106 Brouillage et contre-mesures radio

Pour la Direction des poudres


Une liste complémentaire fut signée le 14 juin 1960, pour la Direction des Poudres et
concernant la protection NBC.
Ce « retard » s'explique par le caractère particulier de ce domaine, qui faisait intervenir
des structures spécifiques : commandant interarmées des armes spéciales (CIAS, le
général Ailleret en 1959), inspecteur technique des armes spéciales, groupement Z de
la STA. Une réunion avait eu lieu le 13 mai 1958 au CIAS pour examiner les dix
projets américains de contrats (lettre S du général Larkin du 22 avril 1959) et en
proposer deux autres. L'intérêt de ces contrats était jugé indiscutable.

203
A 59 F 107 Protection contre les radiations
A 59 F 109 Matériaux de protection (vêtements)
A 59 F 112 Moyens de protection contre les agents chimiques
A 59 F 113 Détection chimique hors méthodes biochimiques
A 59 F 114 Détection chimique par méthodes biochimiques
A 59 F 116 Décontaminants contre les agents chimiques

On doit y ajouter les contrats suivants, placés comme les précédents sous la
responsabilité du chef de file NBC, mais relevant de la compétence du Service de
l'intendance :
A 59 F 108 Vêtements de protection (conception et réalisation)
A 59 F 110 Masques de protection
A 59 F111 Protections collectives
A 59 F 115 Méthodes et équipements de décontamination chimique

Remarques
Les numéros alphanumériques permettent d'identifier :
- le service américain intéressé (A pour Army, AF pour Air Force, N pour Navy)
- l'année de signature (1959 par exemple)
- le pays concerné (F pour la France), car les États-Unis conclurent des accords
semblables avec d'autres pays (dont ceux de l'OTAN).

Certains missiles (antichars et antiaériens) étant sous la responsabilité de la Direction


technique et industrielle de l'Air, les contrats correspondants ne sont pas cités plus
haut.

204
* "•->; "'fx&g'Kai
F&
ANNEXE 111.8
Project n°MWDDEA A 61F170. Mutual Weapons
Development Data Exchange Agreement concerning — ;-^-=
Armored Vehicles, avec annexe, 27 novembre 1961. Project NO. MWDDEA-A-6I-F-I70
-
*^ UTUAL WEAPONS DEVELOPMENT
s l ue DATA EXCHANGE AGREEMENT
| sur ordre de t
^{.».iîm^m^>
!ît -' CONCERNING
ARMORED VEECIES

This is an Agreement betveen the Government of the United States and

the Government of France governing the exchange of information of mutual


interest concerning the proJect descrlbed in Annex A vhich is a part hereof.

This Agreement is subject to the Mutual Défense Assistance Agreement dated

27 January 1950, and ail applicable related or supplemental agreements

includlng the Exchange of Notes betveen the tvo Governments, dated 11 June
1 9 5 ^ relating to the Mutual Weapons Development Program, and the provisions

of the Agreement to Facilitate the Interchange of Patent Rights and .


Technical Information for Défense Purposes betveen the tvo Governments,

dated 12 March 1957.

1. SCOPE OF THE PROJECT ,


Consistent with their respective national lavs and pollcies, the

Government of the United States, through the Department of Défense, and the
Government of France, through the Minlstry of Défense shall provide information

to each other on ail aspects of the proJect as descrlbed in Annex A hereof,


includlng ail information nov avallable and any developed subséquent to entering

into this Agreement, subject to the provisions bf paragraph 7 belov.

2. ESTABLISHMENTS AND AUTHORITIES CONCERHED

The establishments and authorities listed in Annex A hereof are those

knovn to be involved in the initial stages of this proJect. Modifications to


this list may be effected by mutual agreement betveen the Project Officer for

France, and the Project Officer for the United States.

3- CHANNEIS OF CORRESPONDENCE. VTSITS AND REQUESTS FOR INFORMATION

a. In the implementation of this proJect, authorities of France and of

the United States of America listed In Annex A hereof are authorized to initlate
correspondence addressed to listed authorities of the other country. Such

correspondence, howèver, shall be forwarded to the Project Officer of the country

initiating the correspondence for transmittal, via the Chief, United

f, Û N IF H rn> FroT n A n i^
-2-

States Military Assistance Advisory Group, France, to the Project Officer of

the other country for necessary distribution.

b. Visits may be made only to establishments llsted in Annex A.

Requests for visits of personnel (i.e., authorities and personnel of estab-

lishments listed in Annex A) of one country to listed establishments of the

other shall be submitted for approval to the Project Officer of the country to

be visited. Such requests shall be transmitted through the channels for

correspondence prescribed in subparagraph a. above.

c. Requests by personnel of ose country for classified military

information originated by the other country and withln the scope of paragraph

1 above shall be addressed to the Project Officer of such other country.

Such requests shall be transmitted through the channels prescribed for corres-

pondence in subparagraph a. above, and, if the request is classified, it shall

be afforded the same de grée of security protection as that prescribed for

classified information under paragraph k of ihls Agreement.

if. SECURITY MEASPRES AND ASSURANCES

In considération of the assistance to be mutually provided by the

Govemment of the United States through the Department of Défense and the

Government of France through the Ministry of Défense in this project, it is

agreed that:

a. The information exchanged shall be used only for military purposes.

Each Government undertakes to maintain the security classifications assigned

to such information by the orlglnatlng Government and shall, afford to such

Information substantially the same degree of security protection afforded it

by the orlglnatlng Government. Heither Government shall disclose such informa-

tion to a thlrd Government or thlrd party wlthout the consent of the orlglnatlng

Government. The same security protection shall also be afforded to information

originated by one Government but received indlrectly be the other Government

through a thlrd Government.

b. At each industrial, commercial, or other non-Governmental facillty

vherein classified information fumlshed by the other Government is to be used,

(T, <T>I IM F II P E N T 0 A L
• h y l^j U- U P IL n U U A IL
-3-

the receiving Government shall assign a person, vho may or may not be the

Project Officer, of sufflcient rank to exercise effectively the responslbilities

for safeguarding at such facility the information pertaining to the project.

After consultation with the appropriate security agencies, this officer or

officiai shall be responsible for limiting access to classifled material in-

volve d in this project to those persons vho hâve been properly cleared and are

under pertinent obligations.

c. The Government of France assures the Government of the United

States that adéquate provisions for security exist in the facilitles to be

utilized and assumes responsibility for safeguarding, by ail available means,

ail United States classified information that may be transmitted hereunder.

d. The Government of the United States assures the Government of

France that adéquate provisions for security exist in the facilities to be

utilized and assumes responsibility for safeguarding, by ail available means,

ail French classified information that may be transmitted hereunder.

5. TRANSMISSION OF DOCUMENTS

a. In the implementatlon of this Agreement documents shall be trans-

mitted through the channels for correspondence prescribed in .paragraph 3»a.-

above. .*'

b. Receipts shall be provided to the transmitting Government for ail

classified information received, vhich shall'shov the identity of the document,

and the Project Number of this Agreement.

6. USE OF FOREIGM-COBTROUED OR DIRECTED FACIIITIES

In connection with the project covered by this Agreement, neither

Government shall utilize, vithout the prior consent cf the other Government,

a facility in vhich use is made of information furnished by the other Govern-

ment, if the financial, administrative, policy or management control of such

facility is directed by persons or entities vho are nationals of any country

other than the host country.

4P?
-h-

7. TERMINATION OF BSCHANGE OF INFORMATION

The mutual exchange of information provided for under paragraph 1

of this Agreement sball terminate upon completion of the proJect, or may

be terminated at any earlier tlme by eîther Government, tfith respect to

information already excbanged, bovever, the obligations hereunder sball

remain in full force and effect. The tvo Governments agrée that in connection

with the termination of the exchange of information, they shall consult

beforehand on various appropriate matters, includlng the continued use vhich

may be made by one Government of information fumished to it under

paragraph 1 above by the other Government.

IN WITNESS WHEREOF, the parties hereto hâve executed this Agreement

this 27th day of November 196l.

FOR THE GOVERNMENT OF FRANCE: FOR THE GOVERNMENT OF i*ffn


UNITED STATES OF AMERICA:

L'Ingénieur Militaire General de 1,re Cl. GORDON B. ROGERS


des F. A. SORLET Lieutenant General, U.S. Army (Ret.
Directuer des Etudes et des Fabrications Director
d'Armement Mutual tfeapons Development Team
> MJMJ/INJU U IU> LL_ 1 ^ U IJ /-^u LL_

ABBEX A
TO THE MUTUAL WEAPOHS DEVELOPMENT
DATA EXCHANGE AGREEMEHT
CONCERNTNG PROJECT NO. MWDDEA-A-61-F-170
DATED 27 NOVEMBER 196l

1. PROJECT DESCRIPTION AND CLASSIFICATION

a. Armored Vehieles

Research and development, lncludlng feasibility, concept and


évaluation studies, of existing and future tanks and otber armored
fighting vehieles; and also eomponents and assemblies of thèse vehieles
to include "but not to be limited to armement, ammunition, sighting and
fire control.

h. Highest Classification of Data to be Exehanged: SECRET

2. ESTABLISHMENTS AND AUTHORITIES CONCERNED

a. For the United States:

. (l) Establishments

(a) Office of the Chlef of Ordnance


Department of the Army
Washington 25, D. C.

(b) Ordnance Tank-Automotive Commaad


Détroit, Mlchigan

(c) Aberdeen Proving Ground


Aberdeen, Maryland

(d) . Frankford Arsenal


t '' Fhiladelphia, Pennsylvania

(e) Picatinny Arsenal


..*' Dover, New Jersey

(f ) Watervllet Arsenal
Watervliet, New York

(2) Authorities

(a) Chlef MAAG, France

(b) Project Officer:


MWDP Staff Officer, ORDTP
Research and Development Division
Office of the Chlef of Ordnance
(c) Teehnlcal Project Officer:
Ordnance Engineer
Ordnance Tank-Automotive Conmand
Détroit, Michigan
-2-

b. For France:

(1) Establishments

(a) Service Technique


Direction des Etudes e t Fabrication d'Armement
Saint-Cloud (Seine-et-Oise)
(b) Atelier de Construction d'Issy-les-Moulineaux
Eoute de l a Minière
Satory (Seine-et-Oise)
(c) Bureau Armement et Etudes
Etat - Major de l'Armée
231 Blvd. Saint-Germain
Paris 7 e
(2) Authorities
(a) Project pfficer:
Chef du Département Autochar Service Technique
Direction des Etudes e t Fabrication d'Armement

a,io (T.ÛM FiïrerwTnAii


- ,.. MUTUAL WEA PONS DEVELOPMENT MASTER DATA EXÇHANCE AGREEMENT

Thls ls an Agreement between tbe Government of the United States of America and the Government of Francs govecnlng tha
exchange of Information of mutuai Interest concsrnlng ail projects descrlbed in présent or futur* Annexes of thls Agreement.
Thls Agreement I* subject to the Mutual Défense Assistance Agreement dated 27 January 1930, and ail applicable ralated or
supplementel agreements includlng the Exchange of Notes between the two Governnenta, dated 11 June-1934, celatlng to the
Mutual Ucapona Development Program, and the provisions of the Agreement to Facilltate the Interchenge of Patent Rlghts and
Technlcal Information for Défense Purposes between the two Governments, dated 12 Harch 1937.

. 1. SCOFE

Consistent wlth their respective national laws and pollcles, the Government of the United States, through tha Départ»
ment of Défense, and the Government of France, through.the Mlnlstry of Défense, shall provlde information to each other on ail
aspects of each data exchange project deacrlbed In an Annex héreof, lncludlng ail Information now avallabla and any developed
subséquent to enterlng lnto thls Agreement, subject to the provision» pf paragreph 7 below.
2. E3TABL1SIBIEHT3 AMD AUTHOMTIES COHCEMIED

The establishments and authoritlea llsted In each Annex hereof ace those known to be lnvolved In the Initial stages
of the data exchange project descrlbed in tbat Annex, Modification to each such llst mey be effected by mutual agreement
between the Project Offlcer for the Government of France and the Project Offlcer for the Unltad States deeignated In the Annax
for that project.

3. CHANNELS Pf CORRESPOHDEHCg. VIS1TS AHD REQUESTS FOR INFORMATION

a. In the lmplementatlon of each data exchange project descrlbed In an Annex hereof, authoritlea of the Government
of France and of the United States of America llsted In the Annex for that project are «uthocteed to Initiât* correspondance
relating to that project addresaed to llsted authoritlea of the other country. Such correspondance, bowevar, shall be forwardad
to the Project Offlcer of the country inltiatlng the correapondence for transmlttal, via the Chlef, United States Hllltary
Assistance Advtsory Group (MAAG), France, to the Project Offlcer of the other country for necessary distribution.

b. Visita of personnel of one country to establishments of the' other llsted for a project in an Annex hereof shall be
made only by tha personnel (l.e., suthoritles and personnel of establishments) covered In the Annex for that project. For
each such project, requests for visita of personnel of one country to llsted establishments of the other shall tltst be sub-
mltted for approval In prlnciple to the Project Offlcer of the country to be vlslted. Such requests «hall be tranamltted
through the channela for correspondence prescrlbed In subparagraph a. above. After approval In. prlnciple haa been received
from tbe Project Offlcer of the country to be vlslted, a formai vlslt request forwardlng the requlslte certiflcate of securlty
clearance for the personnel maklng the vlslt shall be transmltted to that country (1) in the case of a vlslt to tha United
States, through the spproprlate armed forces attache In Washington, D.C., or (2) In the case of a vlslt to France, through
the MAAG, France. Project Offlcers shall be kept apprlsed of ail formai vlslt requests and action taken thereon.

c. Requests by personnel covered In sn Annex hereof for classlfled mllltsry Information on tha project deacrlbed in
that Annex and orlglnated by the other country shall be addreased to the Project Offlcer of such other country, 'Such requests
shall be transmltted through the channela prescrlbed for correspondence in subparagraph a. above, and, lf the request ls
classlfled, it shall be afforded.tha saine degree of securlty protection es thet prescrlbed for clasaifled information under
paragraph À of thla Agreement.

4. SECURITY HEASURES AHD ASSURANCES

In considération of the assistance to be mutually provlded by the Government of the United States through the Départ»
ment' of Défense and the Government of France through the' Mlnistry of Défense, lt la agreed that for eech data exchange projacc
descrlbed In an Annex hereof)
~..j ..*.. mM.xM.uatj purposes.» Each Government undertakea to malntaln the '
g n u i c ; classifications asslgned to auch Information by the orlglnatlng' Government and ahall afford to auch Information
subatantlally the same degree of aecurlty protection afforded lt by the orlglnatlng Government. Nelther Government ahall
dlacloae auch information to a thlrd Government or thlrd party wlthout the consent of the orlglnatlng Government. The same
aecurlty protection ahall alao be afforded to information orlginated by one Government but recelved lndlrectly by the other
Government tbrough a thlrd Government.
't.
b. At each Industriel, commercial, or other non-Governmental faclllty wbereln claaaifled Information- furnlahed'by
the other Government ls to be used, the recelvlng Government «hall aaalgn a peraon, vho may or may not be the Project Offlcer,
of sufflclent rnnk to exercise effectlvely the responslblUtlea for aafeguardlng at auch faclllty the Information pertalnlng
to the proJect. After consultation wlth the approprlate aecurlty agenclea, thla offlcer or officiai ahall be zaaponaible
for llmitlng access to claaaifled materlai Involved In the proJect to those persons vho hâve been propecly cleared and are
under pertinent obligation. . " .
c. The Government of France assures the Coverraient of the United Statea that adéquate provisions for aecurlty exlat
In the facllltles to be utlllsed and assumes reaponalblllty for aafeguardlng, by al, avallable means, ail United Statea
claaaifled Information that may be tranamltted hereunder.
d. The Government of the United Statea aasures the Government of France that adéquate provlaiona for aecurlty exlat
In the facllltles to be utllleed and assumes responslblllty for aafeguardlng, by ail avallable means, ail French claaaifled
Information that may be tranamltted hereunder. % ,
5. TRANSMISSION OF DOCUMENTS
à. In the lmplementatlon of thla Agreement documenta ahall be tranamltted through the channala for correspondance
prescrlbad In paragraph 3.a. above.
b. Receipta ahall be provlded to the tranamittlng Government for ail claaaifled Information recelved, vhlch ahall
show the ldentlty oC the document, end the number of the approprlate Anne» hereof. ,
6. USE OF FOREIGN COHTROLLED OR D1RECIED FACIUTIES

In connection wlth each data exchange proJect covered by thla Agreement, nelther Government ahall provide, wlthout
the prlor consent of the other Government, information furnlahed by the other Covernment to any faclllty vhoae flnancial,
administrative, pollcy or management control la dlrected by peraona or entltlea who are nationale of any country other than
the host country. s
7. TERMINATION OF BXCUAMCE OF INFORMATION
The mutuel exchange of information provlded for under paragraph l of thla Agreement ahall termlnate for each data
exchange proJect descrlbed in an Annex hereof upon completlon of that project, oc may be termlnated et any earller tlme by
elther Government. Wlth reapect to Information already exchanged, however, the obligations hereunder ahall remein in full
force and effect. Speclflcally, the contlnued uae by elther Government of Information already exchanged under that proJect
will remain aubject to the aecurlty provisions of paragraph A'above and to the provisions of the Agrorirent to'Fecllltete the
Interchange of Patent Rtghta and Technlcal Information for Défense Purpoaas between the two Covernments dated 12 March 1937.
The two Governments agrée that In connection wlth the termlnatlon of the exchange of Information, ihey shsll consult before-
hand on varlous approprlate mattera, lncludlng the contlnued use whlch'may be made by one Government of Information furnlahed
to lt under paragraph l above by the other Government.
. ; IN HITNESS HIIEREOF, the parties horeto hâve executed* thla Agreement thla 21 at day of Harch .1962.
FOR THE GOVERNMENT OF FRANCEl FOR THE COVERNMENT OF TUE UNITED STATES
OF AMERICA I
/a/ LEVEQUE /•/ JAMES R. CORCORAN, JR.
Four le Délègue Ministériel JAMES R. CORCORAN, JR.
- pour l'Armement . Acttng Director
Le Directeur de' Cabinet Mutual Heapona Development Team
ANNEXE 111.10
Annexe n° DEA A 65 F1057 au contrat d'échange de
renseignements daté du 5 février 1968. Moteurs pour
véhicules militaires.

POWER PLANTS FOR MILITARY VEHICLES

Pursuant to the tenus and conditions of the Mutual Weapons Development

Master Data Exchange Agreement between the Government of the United States

and the Government of France signed 21 March 1962, attached hereto, the two

Governments hereby establish the following data exchange project to replace

MWDDEA-A-59-F-82 which is cancelled as of the date this agreement is signed:

1. DESCRIPTION AND CLASSIFICATION

a. The exchange of information on the research and development of

power plants for military vehicles including but not limited to air-coôled,

gasoline, diesel.and multi-fuel engines.

b. Highest Classification of Data to Be Exchanged: CONFIDENTIAL

2. ESTABLISHMENTS AND AUTHORITIES CONCERNED

a. For the United States:

(1) Establishments

(a) Headquarters
U. S. Army Matériel Command
Washington, D. C. 20315

(b) U. S. Army Tank-Automotive Command


Warren, Michigan 48090

(c) U. S. Army Test and Evaluation Command


Aberdeen Proving Ground, Maryland 21005

(2) Authorities

(a) Chief, MAAG, France

(b) Project Officer:

Chief, Data Exchange Branch (AMCIL-ID)


International Development Division
Directorate of International Logistics
U. S. Army Matériel Command
Washington, D. C. 20315

ZM
Annex No. DEA-A-65-F-1057

(c) Technical Project Officer:

Chiefj Propulsion Systems Laboratory


Components Research and Developments Laboratory
Research and Engineering Division
U. S. Army Tank-Automotive Command
Warren, Michigan 48090

b. For the Gcvernment of France:

(1) Establishments

(a) D i r e c t i o n Technique des Armements T e r r e s t r e s


A t e l i e r de C o n s t r u c t i o n d ' I s s y - l e s - M o u l i n e a u x
Route de l a Minière - SATORY (78)

(2) Authorities

(a) Ingénieur Charge du Service des essais


Atelier de Construction d'Issy-les-Moulineaux
Route de la Minière
SATORY, près VERSAILLES (78)

(NOTE: Only those Authorities listed herein are authorized to initiate


correspondence. Such correspondence will be transmitted through
the Project Officer channel as prescribed in paragraph 3.a. of
the Mutual Weapons Development Master Data Exchange Agreement.)

IN WITNESS WHEREOF, the parties hereto hâve executed this Annex No.

DEA-A-65-F-1057 to thé Mutual Weapons Development Master Data Exchange

Agreement on this 5th day of February 1968

FOR THE GOVERNMENT OF FOR THE GOVERNMENT OF THE


FRANCE: UNITED STATES OF AMERICA:
(signed) (signed)
Pour l e M i n i s t r e des Armées e t par Délégation KENNETH F . DAWALT
L ' I n g é n i e u r General de l ' A i r BONTE B r i g a d i e r General, GS
D i r e c t e u r des A f f a i r e s I n t e r n a t i o n a l e s Deputy Chief of Research and
Development ( I n t e r n a t i o n a l
Programs)

2
ANNEXE 111.11
Procès-verbal commun des conversations franco-américaines du 5 au
16 mars 1962 concernant les problèmes d'armement et de logistique.

Le 16 mars 1962

Procès-vebral commun des conversations franco-américaines du 5 au 16 mars 1962


concernant les problèmes d'armement et de logistique

I- Sur l'invitation du Département de la Défense des Etats-Unis le général Lavaud,


délégué ministériel pour l'armement de la France, accompagné de quelques
collaborateurs s'est entretenu avec M. R.L. Gilpatric, secrétaire adjoint pour la
Défense et diverses hautes personnalités du Pentagone sur les problèmes en
suspens, entre les Etats-Unis et la France dans le domaine des armements et de
la logistique, notamment en ce qui concerne les mesures les mieux adaptées pour
améliorer la balance des paiements des Etats-Unis et développer la coopération
technique.
Ces conversations avaient pour but de dégager tous les moyens possibles qui
permettraient une amélioration de la collaboration qui existe déjà entre les deux
pays pour la défense du monde libre.

II- A l'occasion des visites et des entretiens nombreux qui se sont déroulés :
a) Une revue très complète a été faite des programmes d'armement en cours ou
en projet dans les deux pays.
b) Une recherche a été entreprise des mesures qui permettraient de réduire les
dépenses en France des forces armées des Etats-Unis par une coopération
française au système de soutien de ces forces.
c) Les perspectives d'un développement important d'achats français en
Amérique ont été discutées dans l'esprit des demandes exprimées en
novembre 1961 par M. McNamara à M. Messmer, ministre des Armées
français.

ni- Ces échanges de vues ont permis de mettre en évidence les points suivants :
a) La France devrait examiner tous les moyens possibles de participer au
soutien des unités des Etats-Unis stationnées en Europe, en particulier sous
la forme des services rendus aux forces armées des Etats-Unis dans le
fonctionnement de leurs lignes de communications. Un groupe de travail se
réunira à Paris au début du mois d'avril pour mettre au point les dispositions
pratiques correspondantes.
b) Dans le domaine de la recherche une coopération est possible et devrait faire
l'objet d'entretiens prochains.
c) Dans le domaine des programmes d'études et de réalisation, les deux pays
ont l'objectif commun d'obtenir une plus grande normalisation de leurs
matériels de défense et d'augmenter l'efficacité du personnel et des fonds
affectés aux études et réalisation des matériels modernes de défense. A cet
effet, il est souhaitable que les deux pays étudient, dès le stade de

215
l'élaboration des programmes et de la conception de matériels choisis, la
possibilité de déterminer des spécifications communes et d'établir des
programmes de travail complémentaires.
Afin de définir et de diriger les travaux communs, un Comité directeur
composé de représentants techniques et opérationnels de rang élevé devrait
être créé incessamment.
Il dirigerait le travail d'un petit nombre de groupes spécialisés. Ce Comité
suivrait également les recherches de base communes intéressant les deux
pays.
H rendrait compte aux ministres responsables aussi souvent que nécessaire
des accords possibles ou des besoins d'arbitrage.
Après une période d'essai de six mois, la procédure ci-dessus serait
réexaminée et pourrait être modifiée en fonction de l'expérience acquise.
d) Dans le domaine de l'amélioration de la balance des paiements les faits
suivants ont été mis en évidence :
- Les nouvelles possibilités ouvertes par un accroissement de la coopération
des systèmes logistiques devraient permettre de réalisation des progrès
spécifiques.
- La France est prête à examiner les moyens et les bases d'une augmentation
des achats aux Etats-Unis pour le ministère des Armées : les achats de
routine se développeront selon toute probabilité mais un accroissement
substantiel des achats français peut seulement s'appliquer à des matériels
de techniques avancées. Une première liste concernant ces types de
matériel a été remise aux représentants des Etats-Unis.

IV- Les représentants des Etats-Unis font savoir qu'ils ont l'intention d'arranger une
réunion entre des représentants des deux gouvernements à Paris pendant la
semaine commençant le 2 avril pour examiner les problèmes financiers de base
de la balance des paiements provenant des dépenses des forces des Etats-Unis en
France et les méthodes générales pour la solution de ces problèmes. Cette
réunion serait de caractère principalement financier, mais des représentants des
Affaires étrangères et des Armées y assisteraient également.

V- Une réunion devrait avoir lieu ensuite aussitôt que possible entre des
représentants des ministres français des Affaires étrangères, des Armées et des
Finances et des représentants des ministres américains des Affaires étrangères,
de la Défense et des Finances pour examiner les progrès réalisés sur les sujets
faisant l'objet du présent procès-verbal et discuter des actions ultérieures à
entreprendre dans le domaine considéré.

VI- Les conclusions ci-dessus seront portées dans le plus bref délai à la connaissance
du secrétaire de la Défense des Etats-Unis et du ministre des Armées de la
France, ce qui permettra de prendre rapidement les mesures d'applications
correspondantes.

Le délégué ministériel pour l'armement The Assistant Secretary of Défense


for International Security Affairs
G. Lavaud P. Nitze.
ANNEXE 111.12
Accord de compensation franco-américain du 20
décembre 1961. Texte du mémorandum d'accord et
traduction, lettres d'accompagnement, lettre adressée par
le ministère des Finances et des Affaires économiques le
5 mars 1962 au ministère des Armées au sujet de cet
accord.

MEOSÏERE DES ARMEES PARIS, l e 14 Mars 62


Tel, IHV. 6 8 . 7 0 - P o s t e 24.316
Délégation Ministérielle pour l'Armement
Département Flans à long terme et Budget N° 4043 EMA/DPB/QS

IW'/,\KÏ.:~ ; ,:'

BORDEREAU D1 ENVOI

—-1"^L"«——»-—SS»Œi"

Désignation' Observations

Lettre 2985 du 5 mars 1962 du Ministre des i Suite aux bordereaux 4199
Finances r e l a t i v e aux modalités d'exécution : OS/SC du 5 mars 1962* e t 4795/DKA
de l'accord de compensation franco-américain du s DPB/OS/SC du 13 mars 1962.
20 décembre 1961.

i
•;i.
.i.
: «j; Destinataires j •j"».-.
:
:Ï. ' ]i '•
•• t.'
- M.T.A, Washington - pour exécution :
'i • Le Lt-Colonel RAÏHATJD.
: - E.M,IiA i
l - D.E.P.A t
i -D.!M.A i
: - D.C.CA.N. :
t - D.R.M.E :
? - E.M.A.. . >.
* -E.M.A.A. pour .information :
t - E.M.M :
: - I.P.F.A t
i
: - DEV ; :
: - Dctt/DEL i
t - DMâ/DAS. •
i - DSP SE1/!!! ».-••

t i
(pour diffusion des instructions
» SP/A (nécessaires aux services gestion-
t
i »
SP/4 )naires intéressés.
: t
: . -Direction des Poudres ) t

- Direction des essences . )pour exécution le

t
i - Gendarmerie (cas échéant. :
t - Direction des services de Santé
-. Service Vétérinaire. ) t
MR/AMC.

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MEMORANDUM OF UNDERSTANDING'
" l ' A

The United States Government and the French Government, in order to


facilitate their respective purchases of military equipment and materials
necessary to the common défense, and to reduce the effect of such purchases
on-the balance ofpayments, agrée as- follows : '

1. Pursuant to the provisions of the Mutual Défense Assistance Agreement


of January 27, 1950, and related agreements, the United States Government will
make avàilable to the French Government on terms of payment in Frehch francs,
equipment, materials, and services of a value of $ 50 million. Orders for ail such
equipment, materials and services, shall be placed by the Governmeht of France with
the United States,Government before,July I, 1963. ,

2 . Ths Frehch Government will deposit to'the account of the United States
Government the franc équivalent of $ 5 0 million. The francs will be utilised by
the United States Government to settle expenses in France of the United States
armed forces after January I, 1962 ; and to purchase military materials and
equipment destined for delivery to Military Assistance Program countries or.for
use by the United States armed.forces, Orders will be placed by the United States
Gnyernment befors July I, 1963. Every effort «ill be made to assure that équivalent
amounts will be utilised for the two purposes. In order to màintain such parit\t,
:.n:\mts usert at any time for the United States armed forces will be kept within
the limit of the àmount considerëd as already availa'-:.e for purchases of military
material and equipment. If by January I, 1963, i't appears that such purchases will
hot reach a total of $ 25 million, consultations will be held between the two
; gpvernménts, " .-•••.,'

3» The materials to be purchased within the framcwork of this Mémorandum


of Understanding, as well as the schedule.of payments, will be agreed upon.
separately.
• « . • ' • ' • " • ' • ' • ' • . ' " ' ,

- 4. It is understwd that the. fdregoihg obligations >y both governments will


be subject to the availability of'funds. .".'
" • fc '' '. • • -: ' • • . . ' • • ; . ; • :
''• • '• ' • . • . ' ' ' • ' . • • ' " " * ' • •

5. It is understaod that new opérations of the same type cculd be contem-


pl-ted upon çomplëtion of the. présent arrangement.

Dcne induplicate in the English and French languages,, at. Washington, 2 0


December, 1961. .'_
For the Government-of the United States of America :
William R. Tyler... ::
Asting Assistant Secretary«f State for Eurppean Àffairs,
Department of State
For the Government of the French Republic :
Hervé ALPHAND '•
Ambajsador Extraordinary and Plenipotantiary
of the French Republic in. Washington.
TRADUCTION FAITE PAR DMA/DPB/OS

Mémorandum d'Accord*

* ,< 4,
/ ' ' 1

*&~

Le Gouvernement des Etats-Unis et le Gouvernement Français, dans l e but


de f a c i l i t e r leurs achats respectifs d'équipements e t de matériels m i l i t a i r e s néces-
saires à l a défense commune, et afin de réduire l ' e f f e t de t e l s achats sur l a balan-
ce de leurs paiements, conviennent de ce qui .suit :
'•• 1. Conformément aux dispositions de l'accord d'Aide pour l a Défense ttituelle
du 27 janvier 1950, e t des accords s'y rapportant, le Gouvernement américain mettra
' à l a disposition du gouvernement français des équipements,matériels e t servioes d'une
valeur de 50. millions de dollars payables en francs français. Les ecmmandes se rap-
portant à ces achats d'équipements, matériels e t services seront passées par l e gou-
vernement. français au gouvernement américain,, avant l e ,1er j u i l l e t 1963»

2, Le Gouvernement français versera au compte du gouvernement américain l a ^


coiitrevaleur en francs français de 50 millions de d o l l a r s . Les francs seront u t i l i s e s
par le gouvernement des Etats-Unis pour régler les dépenses en France des foroes ^ar-
mées des Etats-Unis après l e 1er janvier 1962 e t pour l'achat de matériels et équi-
pements m i l i t a i r e s appelés à être fournis aux pays bénéficiant du Programme d'aide
militaire ou aux forces armées des Etats-Unis»
Les ofimmandes correspondantes seront passées par l e gouvernement des, .••.
Etats-Unis ayant le 1er j u i l l e t 1963.
Tous l e s efforts seront f a i t s pour s'assurer que des sommes équivalentes
. s e r o n t u t i l i s é e s pour, cea deux f i n s .
Afin de maintenir une t e l l e p a r i t é , l e s sommes u t i l i s é e s , à tout instant,
pour'les forces armées des Etats-Unis seront maintenues inférieures aux sommes oonsi-
• dérées comme déjà disponibles pour l e s achats de matériels et d'équipements nrLli-
tairec . . • :-.,"*.,
Si^ au 1er janvier 1963 i l apparait que ces aohats ne. s »élève»at pas 4
25 millions de d o l l a r s l e s deux gouvernements se consulteront» .

2/13
- 2 -

3. Les matériels devant être achetés au t i t r e de ce Mémorandum d'Accord,


ainsi': que l'échéancier de paiements, feront l'objet d'accords séparés»

4,' I l est entendu que les obligations ci-dessus des deux gouvernements sont
sujettes à la disponibilité des "crédits.:• v;. ".;
,5.' .-'••' H est entendu que de nouvelles opérations du même type pourraient être
envisagées après l'achèvement de cet arrangement.

Pait en 2 exemplaires en langue anglaise et en langue française à Washington


le 20.Décembre 1961.
Pour le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique i
William E..TÏLBR

Pour le gouvernement de la République Française


Hervé ALPHAND.
December 20, 196I.

Dear Mr* Chargé d'Affaires : , ''

In connection with paragraph 3 of the Mémorandum of Under standing on


military "sales signed today, I wish to confirm to you the agreement of my
Government to the follôwing arrangements regarding payments :

I. The franc équivalent to be deposited te the account of the" United .. .


States Government pursuant to paragraph 2 of the Mémorandum of Understanding
will be computed at the highest rate quoted in France for the dollar on the
date of the franc deposit and legally available to the United States Government.

',..''•2. On the date of franc deposit reférred to above, thèse francs shall,-
at the same rate a± which they'were deposited, be accredited to a spécial
dollar-denominated account in thé name of the Unitéd States Govprnment at the
Bank of France. Drawings on such spécial account by the Départaient of Défense
shall be exprèssed in terms of dollars and shall be paid by the bank of France
in francs at the highest rate quoted in France for the dollar on the date of the
drawing and legally available tô the United States Government for its expanditurec
in francs.... ... ;••.:'••.- ,.'

3. The French Government will make franc deposits to the above account
on demand by the United States Government up to thé franc équivalent of $ 5 0
million. Payments will be made into this account équivalent to payments made to
suppliers of equipment, materials and services ordered by the French Government
in accordance with paragraph I of the Mémorandum of Understanding. In the event
that amounts available in the above account are not sufficient to meet the actual
requirements for drawings, the United States Government may request advances an
francs up to a total of 50 million new francs. . .

I should appreciate your confirming :to me that the foregoing points hâve
also received the agreement of your Government.

'The Honorable »' Sincèrely yours,


Claude LEBEL, For the Secretary of State t
Chargé d'Affaires ad intérim
of the French Republic. William R. TYLER
Acting Assistant Secretary
for European Affairs.

an
* -
v t
' \ December 20, 1961,

CONFIDENTIAL
c • / <

Dear M. Chargé d'Affaires : " - " < •>


* '
In connection w ith paragraph 3 of the Mémorandum of Understànding on
military sales signed today, I wish to confirm to you the agreement of my
Government to the following arrangements regarding materials to be purchased :.'
1. Subjéct to the availability of funds, French purchases under this
agreement will be as follows. .:• j

: 17 F-IOO aircraft'. ..-•'•' i-


3 Tartar batteries-and one set of miss lies. j •. '
• 3 MSQ-I8 . " • .•'•'.•-•. -•.,V.~.;X-.^;-;
NIKE training missiles
•'• '- - Other missiles.,; rockets andmunitions ' ^ ï : • :
:
.'•'•• . ' ASW equipment •'. : , v ^ . ".'.'•'. •' •
2. Subject to the availability of funds, United States purchases under
this- agreement will b é a s follows : • •
., AMX vehicles '. , -*
Anti-tank missiles
Other equipment
3. Agreement on further détails regarding amounts and costs, as well as
any changes in the respective lists that may be requ-ired due to changing
circunstances, will be reached directly between the designated agencies of the
two Governments. It is understood that unexpended dollar deposits made by the
French Government for the purchase of materials covered by paragraph 1 above
which may hâve been made before procédures hâve been agreed upgn under the •
Mémorandum of Understànding, will be leimbursed by the United States Government
as Jooi. as possible after thèse procédures hâve been agreed upon, and that an
équivalent amount will be immediately deposited by the French Government to the
franc account »»f the^United States Government.

I "sheuld appréciate your confirming to me that the fcregoing points hâve


aise received the agreement of your Government. _ .;
The Honorable Sincerely yovrs,
. C h a r g ^ S f a i r e s ad intérim • ^ / f o r the Secretary of State :,;
of the French Flepublic. .."• William R. Tylor .
Acting Assistant Secretary
for European Affairs.

- CONFIDENTIAL -
20'Décembre 1961.

-Ho

--> — - i

Monsieur l e Secrétaire d t Btat,

J ' a i 1!honneur d'accuser réception de votre l e t t r e du 20 décembre 19^1 .


dont l e texte en français e s t le suivant }' ,•".
m
Au sujet du paragraphe 3 du Mémorandum d'Accord sur'-les ventes de matérie
m i l i t a i r e s , signé aujourd'hui, je désire vous confirmer l'accord de mon Gouvernement
aux arrangements ci-aprts concernant: les conditions do paiement :

1. . L a contrevaleùr en francs français devant être déposée au compte du


Gouvernement des Etats-Unis, conformément au paragraphe 2 du Mémorandum d'Accord,
sera calculée au cours le plus élevé du dollar que le Gouvernement des Etats-».
Unis pourra .légalement obtenir en France à la date du versement*

2. A la date du dépôt en tràncff. mentionné ci-dessus, ces francs seront cré~


, d i t e s , au taux auquel i l s ont été déposés, à un compte spécial l i b e l l é en dollar*!
. ouvert à la Banque de France au nom du Gouvernement des Etats-Unis. Les sommes
t i r é e s sur ce compte spécial par l e Département do l a Défense seront libellées en
dollars e t payées par l a Banque de France en francs au cours l e plus élevé du-'dc.l
. l a r ' que le Gouvernement des Etats-Unis pourra légalement obtenir en France à l a
date du tirage, pour régler, ses dépenser en francs.

, . Le Gouvernement Français déposera des francs au compte mentionné ci-des3U


sur la demande du Gouvernement des Etats-Unis, jtsçru'à concurrence de l'équivalen
en francs de 50 millions de dollars. Des versements seront f a i t s au crédit de ce
compte jusqu'à concurrence du montant des paiements effectués aux fournisseurs
d 1 équipement, matériels e t services commajidés par l e Gouvernement Français» su t i t
du paragraphe 1 du Memcrandumm d'Accord. Dans l e cas où l e s sommes figurant au
compte, ne seraient, pas suffisantes peur far'-xe face aux besoins réels de t i r a g e ,
J.e Gouvernement des Etats-Unis pourra demander des avances en francs jusqu'à
concurrence Ce 50 millions de nouveaux francs» .

=Sos;.; Excellence •' •" •;•.'"'


; ' r , Monsieur : Dean RUSK • i•/••a

" ^ S e c r é t a i r e d'Etat

in
mrn&m

wmrn^. ^^ÎWSVHV..

Je vous serais reconnaissant de bien •vouloir- me oonfirmer que ce qui


précède rencontre également l'accord de votre Gouvernement»"
J ' a i l'honneur de vous confirmer l'açoord de mon Gcuverneaeat aux dis-
positions contenues dans oette lettre.- •
Veuillez agréer, IfcnsieurU^vSe^rétaiïeaWi^^ assurances de ma
très haute considération!

' Claude ISH3L


Chargé d'Affaires de France a . i .

::.\-,

\, •*r:''''••-&Ï:-:?:~F'-*.; >:'>•'.. .'-'-> ':•-.•

;
•'•' : * - S ;

mmgmm
'Confidentiel 20 Décembre 1961

Monsieur le Secrétaire d'Etat,


•m
J ' a i l'honneur d'accuser réception de'votre l e t t r e du 2Q. Décembre 1961 '
dont le teste en français e s t le. suivant : \. -•

"Au sUjet du paragraphe 3 du Mémorandum d'Accord sur l e s ventes de matériels


m i l i t a i r e s , signénaujourd : .hui, je désire vous confirmer l'accord de mon Gouvernement
aux dispositions ci-après ayant t r a i t aux matériels.devant être achetés j

1. A condition que l e s crédits aient été rendus disponibles, l e s achats fran-


çais, aux termes de cet accord, porteront sur r
1
' - 17 avions SM 00.
3 • ' • ' .
- b a t t e r i e s de Tartars e t un ensemble d'engins
^ - 3 MSQ-Î8 - "
- Missiles d'entraînement HIKE
- Àut,res Missiles
- ïusées e t Munitions
- Matériel de l u t t e antL-sous-marine»

2. A condition que l e s crédits aient été rendus diaponiblea, l e s achats


américaine' porteront sur :
- Véhicules AMX , *
- Missiles. antL--i!2niB
- Autres équipements» • -

Son Excellence
i r • • • «•*

" . _Monsieur Dean RUSK


" t

. ' • , Secrétaire d'Etat

X73
~ 2-

Un accori sur les autres détails ayant t r a i t aux quantités et aux coûts,
ainsi que sur l e s modifications des l i s t e s respectives qui pourraient ê t r e
demandées par s u i t e d'un changement de, circonstances, sera mis au point direc-
tement entre l e s représentants dési jiés' des deux Gouvernements. I l e s t entendu -
.que l a portion non u t i l i s é e des dépfits en dollars effectués par le Gouvernement
français pcur'l'aohat de matériels au t i t r e du paragraphe 1 ci-dessus, lesquels
dépôts peuvent avoir été faits avant que l ' o n altconvenu de l a prrcedure à sui-
vre aux termes du Mémorandum d.'Acoord, sera remboursée par l e Gouvernement des
Etats-Unis l e plus t ô t possible après que ladite procédure aura été arrêtée»
I l est également entendu qu'une somme éçuivalente sera immédiatement versée par le
Gouvernement Français au .compte, en francs, du Gouvernement des Etats-Unis.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir me confirmer que ce qui


précède rencontre, également l'accord de votre Gouvernement.* .

J ' a i l'honneur de vous confirmer l ' a o o o r i de m a Gouvernement aux disposi-


tions oontenues dans cette l e t t r e .

Veuillez agréer, Monsieur'le Secrétaire d'Etat, l e s assurances de ma.très


haute considération.

Claude LEBEL
Chargé d'Affaires de Irance aJLt

^-
A PP/mas ' . , 2 2 Décembre 1961
V No,286J5/SP * ' "' "~
_ TU*
t i :

CLAUDE LEBEL, MINISIEB . PLENIPOTENTIAIRE,


CHARGE! D'AFFAIRES DE FRANCS a . i . AUX ETATS-UNIS

SON EXCELLENCE MONSIEUR CODVE DE MURVILLE


MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

- Service du Protocole -

a/s t Accord de compensation*

u>*
Ainsi que j ' e n ai rendu compte au .Département par ma communication du
20 MSSSiJBi£&/miL^SS/Sîâm^e compensation entre l a France et les Etats-Unis a été s
le/20 décembre 1 9 6 1 . /

J ' a i l'honneur d'adresser ci-joint au Département t

- le texte du Mémorandum d'Accord, 'v


- une l e t t r e que m'a adressé M* TÏLER, -/",
- une lettre, confidentielle également signée de M. TÏLER.

Je joins à ces documents une oopie des deux l e t t r e s que j ' a i adressées
à M. TÏLER en réponse aux deux communications mentionnées ci-dessus*
t

^ _\v
-.PifeoeB .Jointes j 5
•* - •, ,„ j . -

S2JÊ22. ** * ' . ~
- Affaires Economiques e t Financières
- i Direction d'Amérique
- Service des Archives
- Secrétariat Général/Bureau des Traités
- Service des Prii©».

&.J.
• A :-ï.:.-nnŒ8!fiRB DES ÏIHANCES PARIS, le 5'mars 1962.
ê-J.:.- ' ETBES '
'?; " .AFFAIRES EÇOMCIQPES. .

LE KOTISTEB BBS FINANCES ET


Direction des Finances BES AFFAIRES ECONOMIQJES
Extérieures
Monsieur le MINISTRE BES ARMEES
'Délégation Ministérielle pour l'Armement
4° Bureau A
Département Flans à long terme et Budget
10, rue Saint-Dominique
;ï».0P-2 9 8 5
PARIS. : '

.•• t* • . • • •

0 B J E Ttt.Accord de compensation franco-américain du 20 décembre 1961.

Comme suite aux entretiens qu'ont eus -les représentants de nos Départements
au sujet des modalités d'application de l'accord de compensation franco-américain du
20 décembre 1961 pour l'achat de matériels d'armement, j'ai l'honneur de vous précise:
ci-dessous la procédure à suivre par vos. services pour le règlement des dépenses
faites au titre dé cet accord.

1.- EXECUTION DES DEFEH5SS

D'après les indications fournies par le Chef de la Missicn Technique d'Ache-


(M.T.A) à. Washington, sur les 50 millions de dollars prévus à l'accord, environ 47
millions de dollars de contrats avaient été passés à la date de la signature de
l'accord, les dépenses correspondantes ayant été engagées sur des demandes d'auto-
risation de paiement mises en place auprès du Contrôleur Financier des Services
Français e,t Payeur aux Etats-Unis.

Je suis d'accord poux que les commandes restant à passer soient exécutées
selon la même procédure. Il y aurait toutefois lieu de centraliser sur une même
lettre d'accord les demandes d'autorisation de paiement de dépenses à l'étranger et
portions de B.A.P. sur lesquelles ont été imputées les commandes déjà passées.

2.- •VERSEMENT DE LA COHTRJJ!VAT,BnR m FRANCS DES FOORMITUBES AMERICAIMES

Il convient de distinguer entre les acomptes versés par la M.T.A sur les
commandes passées avant la signature de l'accord de compensation, mais reprises dans
l'accord, et les paiements qui seront effectués par le Gouvernement américain en
exécution des clauses de l'accord.

%.«/..»

2.18
'•••'•• v a ) Acomptes versés par la M.T.A avant la signature de l'accord . '
' Ces acomptes, dont le montant s'élève à $ 6.359.683,57, ont fait '
l'objet d'une demande de remboursement auprès du Ministère américain de la Défense
Le chèque dais par les autorités américaines devra être remis, pour eneaissenenl, sa.
Contrôleur Financier des Services Français et Payeur aux Etats-Unis. Ce dernier
transférera, la contrevaleur en francs des dollars encaissés a l'Agent Comptable
Central du.Trésor, par l'intermédiaire de l'Agent Comptable des Avoirs du Trésor à
l'étrangers L'Agent Comptable Central du Trésor imputera cette somme «a recette n u
:-,. compte spécial 12-012 "Réception et ventedes marchandises de l'aide américain^1! *

• b)'Paiements effectués par le Gouvernement américain en exécution :


''."' -/. ' • : des clauses de l^acoord
•>, ;v;:'v !•;.;.; Je suis d'accord pour que l'on suive, en ce;qui concern« le versénani:
. de la contrevaleur en francs de ces paiements, la procédure qui avait été arrêtés
J'Vv>-v'v>vv pour .l'accord tyonne-WDillon. ••
/N'^JV'V-•,•'••>.-..'•'• ' Lea lettres de commande, établies par le Chef de là MissioB. T e ç h n l n »
d'Achats et accompagnées d'un échéancier, seront soumises au visa du Contrôleur.
Financier des Services Français et Payeur aux Etats-Unis. Un exemplaire ainsi visé
sera adressé par le Chef de la M.T.A au service du Winisfe-e des Armées gestionnaire».
des crédits. Ce service émettra, conformément à l'échéancier, des ordonnances de
paiement au profit de l'Agent Comptable Central .du Trésor en vue du versement arj.
compte spécial 12-012 de la contrevaleur en francs du prix approximatif du matériel
;' •. porté, sur la lettre de commande. --•
'•':/-. ,: '".• ••.• Après livraison par le Pentagone du matériel et fixation par les aervi
, ces américains du. prix exact de la fourniture, le Chef de la- Mission d'Achats éta-,
blira un certificat de- livraison se référant à la lettre de commande et précisant la
prix dumatériel reçu. Ce certificat, auquel seront jointes les pièces justificitivaB
sera, remis au Contrôleur Financier des Services Français et Payeur aux Etats-UhiB
qui, après examen de ces justifications, visera le certificat et adressera l'ensemble
du dossier au service ordonnateur du Département intéressé. Ce service fera parvenir,
en faisant référence à l'ordonnance de paiement émise au vu de la lettre de eonnande,
le certificat et les pièces justificatives à l'Agent Comptable Central du Trésor e-fc
établira, le cas échéant, une ordonnance complémentaire destinée à créditer le -.
compite 12-012 de la différence pouvant exister entre le prix porté sur la lettr* de
commande et le prix réel du matériel livré par le Pentagone.. .

'" '•• -T •-•'•••'• ?.-*ALIMENTATION DP COMPTE DU G O U y E R M . « T AMERICAIN CHB2 LA BANCPE BB FRANCE '

Sur demande du Gouvernement américain et après accord de la Direction


du Trésorj le Service des Péréquations, garanties et liquidations diverses de la,
Comptabilité Publique invitera l'Agent Comptable Central du Trésor à débiter le;
compte spécial 12-012 de la contrevaleur en francs des paiements effectués par la
Gouvernement américain pour le compté'du Gouvernement français-et éventuellement du
montant des' avances qui pourraient être consenties au Gouvernements américain

213
jusqu'à concurrence de 50 millions de nouveaux francs^et à porter ces sommes au
crédit d'un compte libellé en dollars spécialement ouvert au nom du Gouvernement
des Etats-Unis chez la Banque deïrance. .-.

Le détail.des instuctions comptables relatives à ces différentes


opérations sera adressé directement par la Direction de la Comptabilité Publique
à tous les services intéressés de nos deux Départements.

Pour le Ministre et par autorisation

Le Directeur des Finances Extérieures


Pour le Directeur
, Le sousxDirecteur.
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13.0
ANNEXE IV.1
Extraits du protocole entre le ministre de la Défense nationale et des
Forces armées de la République française et le ministre de la Défense de
la République fédérale d'Allemagne, daté du 17 janvier 1957 et signé par
M. Bourgès-Maunoury et M. Strauss.

Accord pour... « la création d'un Comité militaire [... ] pouvant conduire à des études
communes puis à des programmes d'armement communs. »
On trouve, en annexe, une liste de « Suggestions d'accords particuliers à soumettre au
Comité militaire :
- recherche fondamentale scientifique et technique ; la transformation du Laboratoire
de Saint-Louis en Institut franco-allemand contribuera à cet objectif ;
- engin blindé moyen ;
- systèmes antichars (obus G, obus à ailettes, engins guidés à fil) ;
- protection ABC ;
- blindages modernes (plastic, etc) ;
- artillerie de DCA moyen calibre et conduite de tir ;
- engins de DCA utilisables sur des navires, engins téléguidés (radar optique pour la
Marine);
- matériel de dragage ;
- etc. »

231
ANNEXE IV.2
Extraits du protocole entre les représentants militaires de la République
française et les représentants militaires de la République fédérale
d'Allemagne, daté du 6 juin 1957 et signé par le général Ely et le général
Huntzinger

[... ] « Matériels d'armement à développer en commun :[...]


- engins guidés ;
- armements terrestres répondant :
- aux concepts de mobilité et de puissance des unités aérotransportables destinées
aux actions d'exploitation des feux atomiques,
- aux armements antichars conçus dans le style européen franco-allemand,
- aux besoins européens d'un char moyen,
- aux formules de matériels susceptibles de constituer l'artillerie de l'avenir,
- électronique de guidage et contre-mesures ;[...]»

233
ANNEXE IV.3
L'Institut franco-allemand de Saint-Louis

Conférence donnée le 20 mars 1992 à la Sorbonne par l'IGA (cr) Marest, à


la demande du professeur Maurice Vaïsse, devant un groupe d'étudiants
en 3e cycle.

L'Institut franco-allemand de Saint-Louis, l'ISL, implanté sur territoire français


près du point triple frontalier entre l'Allemagne, la Suisse et la France, est un
établissement binational public de recherche, géré suivant les principes du droit privé
français. L'activité de recherche est centrée sur l'aérodynamique, la balistique et la
détonique, branches scientifiques ayant un rapport étroit avec l'élaboration des matériels
d'armement. L'ISL a été créé le 22 juin 1959 ; il est placé, du côté français, sous la
tutelle de la DRET, direction technique appartenant à la DGA. Il a contribué et il
continue à contribuer efficacement à l'évolution de l'armement des deux pays
propriétaires, plus particulièrement dans le domaine de l'armement terrestre, grâce à
l'étroite coopération qui y règne entre Français et Allemands, tant au niveau du conseil
d'administration que de la direction locale et des équipes spécialisées de chercheurs.
Cette forme d'organisation très intégrée de la coopération franco-allemande dans le
domaine de l'armement est un succès. Elle résiste à l'épreuve du temps, et cependant elle
reste unique en son genre à ce jour.
Elle n'est pas née subitement en 1959 par l'effet d'un heureux hasard. Pour en
rechercher l'origine, il est nécessaire de remonter à la fin du second conflit mondial, en
mai 1945 - ce qui paraît, au premier abord, insolite dans le cas d'une coopération
franco-allemande.
Mai 1945 : la guerre est terminée. Le territoire allemand est divisé en quatre zones
occupées par chacun des alliés. La zone française s'étend sur les pays de Bade, du
Wurtemberg et du Palatinat. Des actions y sont engagées pour récupérer et ramener en
France des moyens de production nécessaires à la reprise d'activité de nos
établissements industriels d'armement, qui ont été pillés par les Allemands entre 1940
et 1942. Mais les Alliés savent aussi que les Allemands ont acquis certaines positions
d'avant-garde dans plusieurs domaines techniques majeurs « intéressant l'armement »,
comme les moteurs fusées, la propulsion par réaction des avions, la puissance de feu des
chars de combat. La détection des «cerveaux» et des installations spécifiques est
engagée par les Alliés, chacun dans sa propre zone et à son propre profit ; un
aboutissement au moins est bien connu : il concerne les engins balistiques américains et
le rôle joué dans leur développement par von Braun, l'ancien de Peenemûnde, père des
V1 et des V 2. En zone française d'occupation, un laboratoire est repéré à Biberach,
dans le Wurtemberg. Il s'agit du laboratoire de l'Institut de recherche balistique de la
Luftkrieg Akademie de Berlin/Gatow, replié dans le sud de l'Allemagne vers la fin de la
guerre, dont le directeur scientifique est le professeur Schardin, assistant avant guerre du
professeur Cranz à l'Institut de physique de l'École polytechnique de Berlin. Cranz et
Schardin sont bien connus des spécialistes de la balistique en France pour leurs travaux
sur la cinématographie rapide, moyen d'investigation indispensable pour avoir une

235
connaissance précise des phénomènes se déroulant à de très grandes vitesses, comme
c'est le cas de l'armement.
L'ingénieur en chef Lhomme, chef du service technique de la DEFA, accompagné
de l'ingénieur de première classe Fayolle, du Laboratoire central de l'armement (LCA),
se rend à Biberach le 29 mai 1945. Le professeur Schardin leur présente ses principaux
collaborateurs et leur fait visiter ses laboratoires. Le transfert en France est décidé dès
cette visite ; la totalité du matériel des laboratoires est expédié à Versailles/Satory, où le
LCA dispose d'une annexe (il est implanté place Saint-Thomas-d'Aquin, à Paris). Le
professeur Schardin et dix de ses collaborateurs directs acceptent librement de venir à
Versailles poursuivre leurs travaux, les uns pour une période limitée (1 à 2 ans), le
professeur SCHARDIN pour une période plus longue. En outre, quinze ouvriers du
laboratoire de Biberach acceptent, pour un temps réduit, de venir à Versailles réinstaller
les matériels spéciaux. Pour les autorités responsables du LCA et de la DEFA,
l'opportunité de créer en France un établissement de recherche de cette nature devenait
une évidence à partir du moment où la participation librement consentie du professeur
Schardin était acquise.
Mais l'arrivée d'Allemands en région parisienne à cette époque, même si elle
devait être bénéfique pour l'armement national futur paraissait indésirable à l'état-major
des armées, lequel prescrivait à la DEFA de rechercher une implantation à proximité de
la frontière franco-allemande, les laboratoires étant installés en France, le logement des
familles allemandes en territoire allemand (zone d'occupation française), et la direction
de ce laboratoire devant être assumée par un officier supérieur de l'armée française.
C'est ainsi que fut choisi au début de juillet 1945 le site de Saint-Louis, en Alsace, pour
les laboratoires, les villages de Weil et Haltingen pour la résidence des familles
allemandes, avec un transit routier possible par le barrage de Kembs, seul moyen restant
de franchissement du Rhin sans traverser le territoire suisse à Bâle.
Ces nouvelles conditions d'implantation sont plus attrayantes pour ceux des
chercheurs de l'équipe Schardin qui n'ont pas accepté de suivre leur maître en région
parisienne. Le nombre de volontaires passe ainsi d'une dizaine à plus de trente-cinq
(scientifiques, techniciens et ouvriers), qui signent un contrat de travail à dater du
1er août 1945. Les matériels de laboratoire qui avaient été expédiés à Versailles/Satory
sont ramenés à Saint-Louis et installés dans une ancienne fonderie d'aluminium,
appartenant à une famille allemande et placée sous séquestre en tant que propriété de
l'État Français (le décret d'expropriation ne fut toutefois pris par le gouvernement
français que le 5 octobre 1950). Cette usine est relativement récente. Elle est
suffisamment isolée de la ville, et entièrement clôturée. Elle est dotée de bâtiments
facilement utilisables pour l'installation de laboratoires ; elle possède de grands espaces
libres permettant une extension future des moyens de recherche. L'installation est
réalisée suivant un plan directeur établi par le professeur Schardin, et, le 15 août 1945,
le Laboratoire de recherches de Saint-Louis (LRSL) est créé, sous la forme
administrative d'une annexe du Laboratoire central de l'armement. L'opération avait pu
être menée en deux mois et demi grâce à la coopération très active de l'équipe du
professeur Schardin. En attendant la désignation par l'état-major de l'officier supérieur
qui devait prendre la direction du LRSL, cette fonction fut assumée successivement par
deux jeunes ingénieurs militaires du LCA, Mitjaville et Cave (ils avaient à l'époque
26 ans). Le directeur désigné par l'état-major prit ses fonctions le 1er novembre 1949. Il
s'agit du chef d'escadron d'artillerie Cassagnou (X1923), ultérieurement intégré dans le

236
corps des ingénieurs militaires. Il joua un rôle important, avec le professeur Schardin,
dans l'évolution du LRSL vers un statut d'établissement binational.
À la fin de 1945, le LRSL, établissement de recherche français dans le domaine
des sciences et techniques de l'armement, dispose de 40 personnels contractuels
allemands, dont 23 du niveau docteurs en physique ou chimie et ingénieurs, alors que
les effectifs français se résument au directeur et à quelques personnels détachés du
LCA.
Dix laboratoires sont installés avec les moyens provenant de Biberach : cinq
laboratoires de recherche scientifique sur la balistique, les charges creuses, les ondes de
choc, la chimie appliquée aux explosifs et aux amorçages, et cinq autres laboratoires
traitant de nouveaux moyens d'investigation et de l'application de techniques nouvelles :
laboratoire de cinématographie par étincelles, de radiographie éclair, de mesures
balistiques, d'application des ondes courtes et de l'électronique à l'instrumentation et aux
mesures.
L'origine de 1TSL d'aujourd'hui remonte donc à la création en août 1945 du LRSL,
cette création découlant d'une part de la volonté du professeur Schardin et de son équipe
de venir poursuivre en France leurs travaux de recherche, d'autre part de l'intérêt initial
marqué dès mai 1945 par quelques ingénieurs chevronnés de la DEFA (dont 11G
Libessart, connu pour ses travaux en balistique fondamentale, et l'IG Nicolau, directeur
du LCA) pour un approfondissement scientifique des connaissances en amont des
développements de matériels. En outre, il y a lieu de retenir que si l'implantation à
Saint-Louis a été bénéfique pour la récupération de la plupart des chercheurs de haut
niveau de l'équipe Schardin, ce choix frontalier est uniquement dû à une décision de
l'état-major français, s'opposant pour des raisons que l'on comprend - si on se reporte à
la mi-1945 - à la présence de personnels allemands libres de leurs mouvements en
région parisienne.
Comment évolua le LRSL entre 1945 et 1958-1959, époque de sa transformation
en établissement public franco-allemand ?
Schématiquement, cette évolution se situe sur trois plans :
- la situation du LRSL au sein de la DEFA ;
- l'accroissement du potentiel de recherche en moyens humains et matériels ;
- la vocation de l'établissement.
Sur le premier point, le LRSL devient un établissement à part entière de la DEFA,
obéissant aux mêmes règles d'administration et de gestion que les autres établissements,
avec toutefois des dispositions particulières de rémunération des personnels allemands.
Cette situation resta inchangée jusqu'à la création de l'ISL.
Sur le deuxième point, en ce qui concerne les personnels, il y a, entre 1945
et 1959, un renforcement important des effectifs scientifiques allemands (de 23 en 1945,
cet effectif passe à 50 en 1959). Dans le même temps, le potentiel scientifique et
technique français reste excessivement modeste ; il n'est en 1968 que de neuf personnes,
hormis le directeur, à savoir quatre ingénieurs militaires, jeunes, affectés à des postes
d'adjoints aux recherches, et cinq ingénieurs civils contractuels. Si, dans l'effectif total
du LRSL en 1958, on dénombre 216 Français et 80 Allemands, c'est essentiellement
parce que, du côté français, il y a 200 personnes environ de niveau m (ouvriers,
personnels de bureau...), de telle sorte qu'en 1959, lorsque le LRSL évolue vers la
binationalité, la « productivité » de cet établissement public français est en quasi-totalité
allemande.

237
En ce qui concerne les moyens de recherche, l'évolution entre 1945 et 1959 est
marquée par la création de nouveaux laboratoires, en particulier dans le domaine de
l'aérodynamique théorique et expérimentale, et également par l'aménagement de terrains
extérieurs à l'enceinte principale de l'établissement, permettant l'exécution de tirs en
vraie grandeur.
À propos du troisième point, concernant la vocation du LRSL, un certain
détournement de la vocation de recherche de l'établissement apparaît à la fin de 1947,
provenant de la volonté de la France - état-major et DEFA - de confier au LRSL des
développements de nouveaux matériels, de manière à profiter le plus rapidement
possible, sans transfert industriel, de l'acquis des équipes de recherche. Parmi ces
développements engagés au LRSL, certains furent des réussites, qui eurent un
retentissement international au-delà de l'équipement des forces françaises. On peut citer
en particulier :
- l'engin antichar filoguidé de première génération ENTAC, étudié au LRSL par
l'ingénieur militaire français Lhéritier, fabriqué ensuite par la DEFA, adopté par
l'état-major de l'armée de Terre et exporté ;
- le projectile à charge creuse non tournante dit obus G, du nom de son concepteur,
l'ingénieur allemand Gessner, qui fut le projectile principal du char AMX30 et de
nombreuses versions de chars modernisés.
Cette situation de détournement de la vocation fondamentale du LRSL dura
jusqu'en 1958 ; mais, pendant cette période, le professeur Schardin veilla à ce que les
laboratoires du LRSL conservent un niveau d'activité suffisant en recherches théoriques
et expérimentales.
À la fin des années 1950, le LRSL a pris corps par le développement de son
potentiel humain et matériel ; sa notoriété s'est affirmée par la qualité des recherches qui
y sont effectuées. Le personnel allemand, sous la houlette du professeur Schardin, est
bien intégré, mais, depuis 1954-1955, les charges financières deviennent lourdes pour le
budget de la Défense, alors même qu'une extension des missions est envisagée. Dans le
même temps, après l'échec de la CED, la RFA a reconstitué son armée, et certains, en
Allemagne, souhaitent récupérer l'équipe Schardin à des fins strictement nationales, au
bénéfice de l'industrie d'armement qui renaît. Le professeur Schardin et l'ingénieur
général Cassagnou, directeur du LRSL, sont au contraire convaincus de l'intérêt d'une
étroite coopération franco-allemande dans le domaine des recherches sur l'armement, où
le LRSL aurait sa place, mais dans une structure juridique et administrative nouvelle,
adaptée à la binationalité.
La DEFA adhère aux idées du tandem Cassagnou-Schardin et, à l'occasion du
10e anniversaire de l'établissement, en 1955, l'ingénieur général Lafargue, chef du
Service technique de cette direction technique, prononce à Saint-Louis une allocution
dont j'ai extrait le passage suivant :
«Ainsi donc, c'est sous le signe d'une harmonie profonde que vit et se développe
cet établissement. Vous êtes un exemple et vous êtes aussi un modèle pour l'avenir.
Je ne sais sous quelle forme cet avenir prendra corps. De grands projets sont en
marche qui prennent leur source dans la sagesse et la générosité. La coopération des
peuples n'est peut-être plus une chimère et l'on sent un besoin pour de vieilles nations
comme les nôtres, l'Allemagne et la France, de se rapprocher et de travailler pour des
buts communs.

238
Peut-être cet anniversaire qui marque une période de dix années passées
ensemble sera-t-il cité un jour, comme le début d'une nouvelle période aux vastes
horizons. »
Ainsi, la DEFA, direction technique de tutelle du LRSL, affichait les orientations
qu'elle souhaitait voir prises pour l'avenir de l'établissement. En parallèle, l'état-major
des armées demandait qu'on lui soumette un projet de structure d'établissement
binational. Ce projet était établi par l'ingénieur en chef Cassagnou, en coopération avec
le professeur Schardin. Il servit de base aux échanges de vues sur le sujet entre la France
et la République fédérale d'Allemagne, au cours de réunions périodiques tenues
alternativement à Paris et à Bonn. La gestation fut délicate, compte tenu de la grande
diversité des facteurs à prendre en considération pour aboutir à une intégration
complète. Ce n'est que le 31 mars 1958 qu'eut lieu à Saint-Louis, au cours d'une
cérémonie officielle très solennelle, la signature par MM. Chaban-Delmas et Strauss,
ministres de la Défense des deux pays, de la convention relative à la création et à
l'exploitation de l'Institut franco-allemand de Saint-Louis : I'ISL d'aujourd'hui.
Cette convention, après ratification, entre en vigueur le 22 juin 1959. Elle stipule
en particulier que la République française et la République fédérale d'Allemagne
conviennent d'exploiter en commun un institut de recherches et d'études scientifiques
fondamentales d'armement, c'est-à-dire qu'il est exclu, par définition, que I'ISL engage
lui-même (sauf agrément exceptionnel des deux États) des développements
exploratoires en aval des résultats de ses propres recherches - de telles actions devant
être traitées par les industriels d'armement compétents des deux pays. Ainsi le
détournement de vocation vécu par le LRSL est-il écarté a priori.
Dans ce mariage franco-allemand, la France apporte une dot, qui est le LRSL,
constitué par son domaine foncier, ses bâtiments, ses installations de laboratoire, ses
moyens d'essais extérieurs. La dot allemande est faite d'un apport en capital équivalent à
la dot française, utilisé pour l'achat de nouveaux terrains, la construction de nouveaux
bâtiments d'administration, l'installation de nouveaux moyens de recherche et la
modernisation des moyens existants.
Établissement binational public, I'ISL est géré selon les principes du droit privé
français. La tutelle des États est exercée de manière paritaire à trois niveaux :
- le conseil d'administration ;
- la direction de I'ISL ;
- la commission de contrôle financier.
Le conseil d'administration (CA) est composé de six membres : trois Allemands et
trois Français fonctionnaires en service dans leur propre pays. Chacune des deux
représentations nationales comprend un chef de délégation et deux assesseurs. Les deux
chefs de délégation se partagent alternativement, par année légale, la présidence et la
vice-présidence du conseil ; les deux assesseurs, dans chaque délégation, ont des
compétences complémentaires, l'un dans le domaine scientifique et technique de
l'armement, l'autre dans le domaine financier et administratif, de manière à constituer au
sein du CA, par regroupement des mêmes compétences, une «commission
scientifique » et une « commission administrative ». Ces commissions préparent, en
liaison avec les directeurs de I'ISL et pour ce qui les concerne, les propositions de
décisions à prendre en séance plénière du CA.
Du côté français, les trois membres du conseil d'administration ont rang d'officiers
généraux. Ils sont désignés par le ministre de la Défense. Le chef de délégation
représente le directeur de la Direction des recherches et des études techniques (DRET),

239
direction de tutelle de l'ISL. L'assesseur membre de la commission scientifique est un
ingénieur général dont la compétence en matière de recherches d'armement et de
besoins militaires est reconnue. L'assesseur membre de la commission administrative est
un contrôleur général des armées. Pour l'élaboration des programmes annuels de
recherches, le CA dispose d'un organisme binational consultatif, composé de 9 membres
allemands et 9 membres français, appelé Conseil consultatif de recherches et études, le
CCRE. Dans chaque délégation, les membres du CCRE couvrent par leurs compétences
réunies l'ensemble du domaine scientifique et technique de l'ISL. Pour la France, les
9 représentants sont désignés par les directions techniques et organismes de la DGA
concernés par les travaux de 11SL.
La direction de l'ISL est confié à deux directeurs, l'un allemand, l'autre français,
égaux en droits, qui sont des fonctionnaires en service détaché nommés par leur propre
ministre de la Défense. Avant toute nomination, le ministre concerné recherche au
préalable l'agrément de son collègue, en lui communiquant le curriculum vitae de la
personne pressentie. Aucune opposition ne s'est jusqu'à présent manifestée dans ce
processus de nomination.
Les premiers directeurs de 1TSL, en 1959, furent l'ingénieur général Cassagnou et
le professeur Schardin, qui avaient été les grands artisans de l'évolution du LRSL vers la
binationalité. Pour le professeur Schardin, c'était la reconnaissance de 14 ans de
coopération volontaire et loyale avec la France ; de l'état de scientifique allemand, de
renommée internationale, en situation contractuelle dans un laboratoire français, il
devenait sur place co-directeur, représentant local de la RFA. L'ingénieur général
Cassagnou resta directeur de l'ISL jusqu'à son passage dans la 2e section des ingénieurs
généraux en 1965. Le professeur Schardin fut, lui, rappelé en RFA un an plus tôt,
en 1964 pour occuper un poste important au ministère de la Défense. Il décéda
brutalement un an plus tard. Sa succession à la direction allemande de l'ISL fut assurée
par des membres de son équipe de Biberach qui l'avaient suivi au LRSL, comme
Kutterer et Schall, de telle sorte que jusqu'à la fin des années 1970 l'esprit des pionniers
allemands souffla sur l'ISL
Cet esprit continua à régner grâce à la formation qu'avaient reçue à l'ISL les plus
jeunes générations de chercheurs.
Les directeurs sont chargés de la gestion de l'établissement et de l'application des
décisions du CA. Les départements de recherche sont rattachés administrativement par
moitié à chacun des directeurs. Chaque directeur est assisté d'un sous-directeur,
fonctionnaire en service détaché. Les sous-directeurs ont chacun un domaine de
responsabilité propre ; le sous-directeur allemand dirige les services administratifs et
financiers, le sous-directeur français a compétence sur l'activité scientifique et
technique. Depuis la création de 11SL, le directeur français a toujours été un ingénieur
de l'armement, ingénieur en chef ancien ou ingénieur général, le sous-directeur français
est un ingénieur en chef de l'armement.
La commission de contrôle financier, composée d'un fonctionnaire allemand et
d'un fonctionnaire français, effectue tous les deux ans un contrôle de gestion de l'ISL.
Elle établit un rapport détaillé destiné aux autorités de tutelle, comportant observations
et questions, auxquelles le CA doit répondre en apportant les éclaircissements
nécessaires et en annonçant éventuellement les mesures envisagées ou déjà prises pour
corriger les anomalies.
Le fonctionnement de l'ISL est assuré par financement paritaire, sur la base d'un
budget prévisionnel préparé par les directeurs, approuvé par le CA après discussion et

240
remaniement éventuel, et en dernier lieu entériné au niveau ministériel en Allemagne et
en France. Le budget est établi en francs ; la subvention allemande, en marks, dépend du
taux de conversion des monnaies, et les périodes de turbulence sur le taux de change ont
compliqué non seulement la tâche des services administratifs de l'ISL, mais également
les relations au sein du CA.
Jusqu'à la fin des années 1970, la part du budget consacrée aux activités
scientifiques de l'ISL n'était couverte qu'à 80 % par les deux subventions des États ; les
autres 20 % étaient financés par des contrats de recherches relevant d'une prospection de
chaque directeur de l'ISL dans son pays d'origine, avec un objectif de parité dans la
répartition financière des contrats allemands et des contrats français. Cette dichotomie
entre subventions et contrats a été abandonnée à la fin des années 1970, car les
demandeurs nationaux de contrats étaient le plus souvent des organismes budgétisés, et
le financement des contrats n'était en fait qu'une forme déguisée de subvention
complémentaire en deux temps.
La binationalité intégrale aboutit à un traitement spécifique des questions de
personnels, dont je citerai trois aspects :
- les effectifs ;
- les rémunérations ;
- les droits à l'intérieur de l'établissement.
L'effectif total maximum, par catégories professionnelles, étant fixé pour des
raisons budgétaires, la particularité de l'ISL, au sens du respect de la parité, est de
rechercher un équilibrage par niveau entre personnels allemands et personnels français.
Cet objectif a conduit à un gros effort de recrutement du côté français en ce qui
concerne les chercheurs, dont la population, à la fin de l'existence du LRSL, était dans
sa très grande majorité allemande. Le CA resta plus libéral dans la surveillance de la
parité par niveau pour ce qui concernait les personnels de niveau m - ouvriers,
personnels de bureau - , le plus souvent recrutés sur place. L'effectif total est de l'ordre
de 450 personnes, dont 90 à 100 chercheurs, ce qui marque une progression importante
par rapport à la situation héritée en 1959 du LRSL ; le personnel scientifique a presque
doublé.
Le système général de rémunération est classique, fondé sur une grille catégorielle
en points d'indice. La spécificité de l'ISL se situe d'une part dans l'élaboration de la
grille et d'autre part dans la formule de calcul du point d'indice. L'échelle des points
d'indice de la grille a été arrêtée assez facilement en tenant compte des situations en
Allemagne et en France dans le secteur public et para-étatique. La grille est longtemps
restée inchangée ; un toilettage a été opéré au début des années 1980 pour tenir compte
des évolutions constatées en France et en Allemagne. La formule de calcul du point
d'indice est en revanche complexe : elle prend en considération d'une part la valeur des
deux monnaies nationales, d'autre part des paramètres relatifs aux rémunérations dans
certains secteurs de l'activité scientifique et industrielle dans les deux pays. Pour la
RFA, il est tenu compte en particulier de références salariales dans les Lànder
limitrophes de l'Alsace.
La valeur du point d'indice, compte tenu des références monétaires et salariales
qui entrent dans la définition de la formule de calcul, a tendance à fluctuer
fréquemment. Afin d'éviter une charge trop importante des services administratifs de
l'ISL pour des variations faibles des rémunérations, le CA a décidé, dans les
années 1970, de ne prendre en compte ces fluctuations qu'au-delà d'un certain seuil,
avec des modalités de rappel de salaires. Comme pour la gestion budgétaire, les

241
difficultés rencontrées dans la gestion salariale auraient été notablement réduites dans le
cas d'une monnaie unique de référence.
La troisième spécificité de l'ISL en ce qui concerne les personnels est celle de
leurs droits au sein de l'établissement. Un statut du personnel particulier à IISL a été
instauré, tenant compte, comme pour les rémunérations, des situations nationales. Dans
ce domaine où des différences sensibles existent entre les deux pays, la recherche d'une
unité ne pouvait se faire que par le biais d'un compromis, même sur des sujets qui
n'étaient pas de première importance (par exemple la liste des jours fériés). Parmi les
différences notables entre la France et l'Allemagne concernant les personnels dans
l'entreprise figure le droit syndical. Le statut du personnel, à la création de l'ISL, écartait
l'exercice de ce droit, à cause des réticences de la RFA, sensibilisée par les différences
fondamentales entre syndicats allemands et syndicats français, les premiers étant
essentiellement corporatifs, et les seconds, au moins pour une partie d'entre eux, étant
teintés de nuances politiques. Les droits du personnel à l'intérieur de l'ISL étaient
toutefois reconnus par le statut : un organisme appelé « représentation du personnel »
était créé, formé de délégués élus par collège. Ces délégués sont les porte-parole des
personnels auprès de la direction de l'ISL. Ils sont reçus périodiquement par le CA.
Actuellement, le droit syndical a été introduit dans le statut du personnel, à la
demande de la France, sans opposition mais également sans grande satisfaction de la
part de la RFA. La représentation du personnel créée en 1959 a été maintenue, créant
une certaine confusion des attributions entre représentations syndicales françaises et
allemandes, d'une part, et représentation du personnel franco-allemande, d'autre part.
Un point particulier où la parité n'est pas toujours appliquée est celui de la
fiscalité. L'ISL, étant en France, est soumis à la fiscalité de notre pays. Certains aspects
de la fiscalité ne posent pas de problème ; c'est le cas par exemple de l'impôt foncier : le
domaine de l'ISL appartenant par moitié à chacun des deux pays, l'impôt est réparti de
manière paritaire dans le budget. Il n'en va pas de même pour certaines taxes tenant
compte des effectifs de l'établissement; c'est le cas par exemple de la taxe
d'apprentissage, pour laquelle 50 % de l'impôt payé est remboursé à la RFA, pour tenir
compte de la répartition paritaire des effectifs.
Un autre volet de spécificité binationale que je voudrais évoquer concerne le
transfert des résultats de l'activité scientifique, sur trois points :
- le transfert aux deux États propriétaires ;
- le transfert aux industriels d'armement des deux pays ;
- le transfert à des pays tiers amis.
Le transfert aux deux États, la France et l'Allemagne, doit être fait simultanément
et également sans retard, s'agissant de recherches intéressant la Défense. Ce transfert
simultané suppose une capacité de traduction technique de valeur, à 1TSL même,
compte tenu de la confidentialité des documents en cause.
Le transfert aux industriels des deux pays suppose que l'ISL ait pris au préalable
les précautions indispensables pour faire couvrir par brevet en Allemagne et en France
tous les résultats brevetables. Pour accélérer le transfert aux industriels d'armement
français et allemands accrédités - au sens de l'autorisation d'accès aux documents
classifies -, l'ISL organise des réunions par axe de recherche, auxquelles participent
également les membres du CCRE et les utilisateurs militaires, de manière à engager une
concertation plus approfondie avec les chercheurs sur les résultats ; mais il serait encore
plus souhaitable que les résultats des recherches de IISL puissent déboucher sur des
programmes binationaux, de manière à réduire les coûts de développement, puis ensuite

242
les coûts de production, par le jeu des quantités de produits à fabriquer. C'est ce que la
Direction des programmes et affaires industrielles de la DGA, la DPAI, a proposé en
demandant que soit créé un axe de recherche supplémentaire dénommé Groupe d'études
de concepts, le GEC. Le but du GEC est de choisir, d'un commun accord, au plan
binational, un sujet de « développement exploratoire » - c'est-à-dire situé en amont des
programmes d'études décidés par les états-majors - , ce développement exploratoire
mettant en œuvre certains résultats importants acquis à 11SL, directement applicables,
apportant un progrès notable dans la panoplie des matériels d'armement. Dans le GEC,
l'ISL est le pilote pour ce qui concerne l'innovation qu'il apporte, mais la responsabilité
du développement exploratoire complet est confiée à des industriels allemands et
français associés, choisis par les deux États. Le premier sujet GEC, appelé GEC I, relatif
à l'armement terrestre, n'a pas débouché sur un programme d'armement commun. Un
deuxième sujet baptisé GEC II lui a succédé, dans un domaine d'actualité, celui des
munitions dites « intelligentes », l'organisation générale du développement restant
inchangée.
La possession par chacun des deux pays des résultats des recherches de l'ISL pose
le problème des conditions de communication de ces résultats à d'autres pays amis, de
telle sorte que les avantages à retirer, en retour, de ces communications profitent
également à la France et à l'Allemagne. Mais les deux pays ont, chacun, leur propre
réseau d'échanges d'informations techniques, en particulier avec les États-Unis, et il se
crée parfois des situations de déséquilibre, sortes de grains de sable fâcheux dans une
coopération intime entre la France et l'Allemagne à l'ISL.
Le dernier sujet dont je voudrais vous dire quelques mots est la protection de cet
établissement binational traitant de problèmes de Défense. L'ISL étant installé en
France, sa protection courante est assurée par du personnel de gardiennage français
appartenant à l'ISL. En cas de besoins de protection accrus, le gouvernement français
assure le renforcement de la sécurité. En ce qui concerne les conditions de protection
interne des locaux et des documents, les services de sécurité nationaux français et
allemands mènent des inspections pour vérifier que les règles de protection prévues sont
rigoureusement appliquées.
Pour conclure, je voudrais vous lire un extrait d'une allocution prononcée à Saint-
Louis, le 15 juin 1982, à l'ouverture d'un colloque scientifique à la mémoire du
professeur Schardin, qui aurait eu, ce jour-là, 80 ans.
«Avec le recul du temps, nous pouvons mesurer l'importance de ce qui a été
engendré ici en 1945 et qui est aujourd'hui une institution exemplaire et originale de la
coopération franco-allemande dans le domaine de la Défense. Elle est exemplaire et
originale par la mise en commun de moyens humains, matériels et financiers dans une
structure unitaire, en vue de satisfaire à des programmes de recherche d'armement sur
lesquels la RFA et la République française se sont accordés. Elle est également
exemplaire par le courant de coopération qu'elle suscite au niveau des organismes
internationaux et des industries d'armement de nos deux pays. Elle est encore
exemplaire par le renom que l'Institut s'est fait dans les manifestations scientifiques
internationales, à la fois par la qualité des communications de ses chercheurs et par sa
capacité d'organisation de congrès importants. »
Cette constatation très favorable amène à s'interroger sur l'absence d'extension du
« modèle ISL » à un plus large domaine de recherches intéressant l'armement, dans le
cadre de la coopération franco-allemande.

243
À mon avis, l'unicité de 11SL résulte des conditions de création de son ancêtre, le
LRSL, en 1945, près de la frontière franco-allemande, des conditions favorables
d'insertion de l'équipe Schardin, de la volonté tenace et de l'effort de persuasion du
tandem Cassagnou-Schardin pour désamorcer, à partir de 1955, les tentations de
séparation qui apparaissaient de part et d'autre dans les organismes gouvernementaux et
pour, au contraire, cimenter la coopération franco-allemande en faisant évoluer le LRSL
vers la binationalité.
Sans trop exagérer, je serais tenté de dire que quelques hommes ont compté plus
que les administrations dans la création de l'ISL.
Une extension sensible des axes de recherches de l'ISL s'est produite au cours du
temps, sans pour autant couvrir tous les domaines intéressant l'armement, les domines
non traités à l'ISL ayant fait l'objet d'un effort national en France et en Allemagne, aussi
bien dans le secteur public que dans celui de l'industrie.
Cela n'empêche pas de réfléchir à de futurs organismes de recherches d'armement
plurinationaux, où l'unification résultant de l'évolution de l'Europe occidentale
simplifierait les problèmes administratifs et financiers connus à l'ISL. Ayant vécu, par
une présence de 12 années au conseil d'administration de l'ISL, les avantages retirés au
plan scientifique et humain de la coopération franco-allemande, j'ose espérer que cet
optimisme sur l'avenir n'est pas du domaine du rêve.

244
ANNEXE IV.4
Contrat d'étude entre la République fédérale d'Allemagne
et la République française, chars DEFA de 30 tonnes,
27 octobre 1958.

C 0 H T R A T- d'ETUDï '

; entra .

U REPUBLIQUE JSSERAIE d'ALLEMAGNE

•t
v-U BIPUBLIQUE FRANÇAISE
ir0-! i.504 /AM, • :; •

C ON T E AT 4«B TU'-D E
XcAusferttgungcn
entre /
/ , Ausfertî^ung
La République Fédérale d'Allemagne
- r e p r é s e n t é e par l e Ministre F é d é r a l ' d e l a Défense
à BONN, ErmekeilBtrasse, 27
désigné o i - a p r è s l e "BMVtdg"

e t
. ' • . . ' . ' • ' •:. ' .

La République Française
• représentée par le Ministre des Armées .../;•
';•-. '• à PARIS
:
désigné c i - a p r è s l e "MA," ,' •-.'..

Préambule 1 Le MA affirme par l a signature du présent c o n t r a t que


1.200 m i l l i o n s de francs au moins ont é t é dépensés en c o r r é l a t i o n d i -
r e c t e aveo l e s travaux d'étude p r é l i m i n a i r e , concernant un char de
30 Tonnée. En c o n s i d é r a t i o n de oette p r e s t a t i o n p r é l i m i n a i r e , l e s
p a r t i e s c o n t r a c t a n t e s conviennent, dans l ' e s p r i t de l a coopération
franco-allemande'', d ' a s s u r e r en commun l e développement c i - a p r è s aux
oonditions s u i v a n t e s 1
' . ' • • ' ' " • ' • - • * * • ' • • ' . . ' • . ' - ' • . " • •

1
* • - • • ; \ . . . - . .

Ob.let de l'Etude -

I, (l) ... Conformément aux stipulations du présent contrat, le MA assume


l'exéoution du travail d'étude relatif au problème d'étude indiqué dans
les alinéas ci-après du présent chiffre.

(2) Ob.let de l'Etudei


C'est l'engin précisé dans l'annexe A, c'est -à-dire l'élabora-
tion des plans, la fabrication et.la livraison de 2 (deux) prototypes
du char standard "DEFA" de 30 Tonnes, y compris la boite de vite33ef.
le meteur, la tourelle et le canon-et une naquette en bois correspon-
dante^
V+L V , :V:.'
* •

2
; • • • " ' " " - - *

Un troisième moteur* aveo boîte de vitesse, sera livré- au titre de


rechange pour les deux prototypes.
Lors de la remise au BMVtdg, les deux prototypes deviendront la proprié-
té commune des.deux parties contractantes, à parts «gaLes.
(3) Des stipulations particulières relatives a l'étad-e», s« trouvent indi-
quées dans l'annexe A, par exemple en ce qui concerne .La puissance, les
dimensions, le poids.
(4) L'étude et la fabrication des matériaux, des éléments et groupés de
OOnetruotlon ainsi que les droits de propriété industrielle (demandes de
titre de propriété industrielle), les coneeptions et las tracés tombent
sous le ooup du présent contrat.
(5) Délaie de livraison : : Pour la maquette en bois l i (six) mois, et
pour les deux prototypes 2 (deux) ans, chacun des délais se comptant de
•'.-.là conclusion du contrat. Compte tenu de l'urgence de l'affaire, le MA
peut commencer l'élaboration des projets et la fabrication des prototypes
de char avant que la maquette en bois ait été présentée au BMVtdg.
Si le BMVtdg exprime par écrit le désir d'une modification ce délai de
livraison est prolongé, chaque fois, de la période nécessaire convenue,
par écrit, paroles deux parties contractantes.
II. Le BMVtdg conserve le droit de passer également à de .s Hleroes parties des
commandes analogues à celle de l'annexe A, mais une .exploitation de la
propriété intellectuelle ou une remise des tracés de la D.E.F.A. existant
déjà ne pourront avoir lieu dans ce but-qu'après la prive en charge des
•prototypes*
$11. Au cas où le MA voudrait faire participer dee "tiers n'appartenant pas
, aux servioes de la D.E.F.A. à l'exécution de la présente commande et où
des éléments essentiels de cette commande devraient être portés à la
< „* connaissance de ce tiers, ceci ne sera admissible qu'avec l'accord du
BMVtdg. La participation des Etablissements S.O.F.A.Jfi. est considérée
comme étant accordée en ce qui concerne le moteur.

' • • • • • • . . . / 3 ,
Des études seront poursuivies par le M,À. en dehors du présont
contrat, sans participation financière du BMVtdg, en vue de trans-
formerais moteur S,O.P.A.M. .on un moteur polyçarburant. Lo M.A,
tiendra le BMVtdg au courant de ces travaux. Au cas où O G 3 travaux
aboutiraient à une solution acoeptable, le M.A. aura pour oblige- •
tion d'éohanger, sur la demande du BMVtdg, les moteurs des proto-
types faisant l'tbjet du présent contrat, contre vies " moteurs .
polycarburants dans des conditions nouvelles do prix ot de livrai-
son à définir par un. avenant".

;
•'.•. = • § ;* > ; ••. ;..;.''•. y -

Indemnisation ' > ' '


Les parties contractantes conviennent que' les frais réels résultant
de l'exécution de l'étude conformément au § 1 I seront remboursc'3
au M.A.; par les soins du BMVtdg à concurrence de 6 (slx)milHons
de D,M,, étant stipulé que ios dépassements éventuels de ce plafond
resteront à la charge du M.A.
Les frais pour les deux prototypes conformément au:§l l(2) nont com-
pris dans ce montant.
Dès la conclusion du contrat, le BMVtdg versera D?.î.900.00C,- (en
toutes lettres i Neuf cent mille Deutsche Mark) en une 3eule fois
au M.A, pour l'achat des matières premières,
Par ailleurs, un règlement aura lieu entre les parties contrac-
tantes tous les trimestres, étant entendu que. s
a/ seuls les frais ooeasionnés aprè's la mise en vigueur du con-
:
trat seront déeomptés,
b/ l'addition de tous les frais à rembourser par le BMVtdg ne de-
vra pas exoider là somme de 6 millions do DM, et que la déduc-
: tion des DM.900,000,-mentionnés à l'alinéa 1 ne .se.fera qu'en
demie* lieu,
.": " 4 " . :

III, Les faotures devront, être remises en, quatre exemplaires selon le mode- •
le figurant dans l'annexe B, Les faotures seront vérifiées et certifiées
par un. fonctionnaire désigné par le Gouvernement Français et ne dépondant
pas de la Direction des Etudes et Fabrications d'Armement, Le Ministère
Fédéral de la Défense a le droit de demander, de.s éclaircissements et des
justifications qui lui seront fournis par le fonctionnaire français char-
gé du contrôle des prix. Les versements seront à adresser, dans le cadre
de l'accord de paiement fraooo-allëmand, en Deutsche Mark, au cours offi-
ciel de FRANCFORT en vigueur au. Jour de la facturation, à la Banque de ,
France, 39 rue Croix des petits Champs; à Paris, pour le compte du Trésor
français-Compte Spécial des Cessions aux Gouvernements Etrangers - Pro-
• i' duit e.?i.
IV, Le BMVtdg pourra demander une déclaration au M.A, selon l'annexe B mê-
me pour les dépassements du montant maximum fixé au paragraphe I, Le
M.A.affirme que le prix précité (§ 2 I) ne. comprend ni de frais d'étu-
des préliminaires, ni des bénéfices pour autant que les dépenses ont été
oooasionnées à l'intérieur d'un établissement en,régie.
V, Les essais des deux prototypes seront effectués en commun selon un program-
me et dans des conditions à définir par un avenant au présent contrat. Les
frais en résultant sont supportés par les deux parties contractantes, en r. I
- prinoipe à raison de la moitié pour chacune.
VI, Après l'exécution des essais des deux prototypes, un prototype .deviendra
la propriété du M,A, et l'autre, la propriété du-BMVtdg et oeoi à la suite .
du dernier Jour des essais, au plus tard 1 (un; an après la remise dos
: ' • prototypes. Au cas où. un accord né serait; pas réalisable, un mandataire
•', du BMVtdg décidera par tirage au sort. . :.
§ } _ ' \ . •'•: _ •

Exécution de la commande d'étude


I, L'exécution du contrat d'étude devra répondre à l'état d'avancement le
* plus..,réoent de la technique. Le MA s'offorcera, en c.ppli ;iuat los soins
usuels dans les transactions, de découvrir les droits de propriété indus-
, trielle qui s'y opposeraient,
II, Le MA exécutera l'étude en contaot permanent avec le BMVtdg et le tiendra
au oourantj oe faisant, il prendra en considération los âôsirs de modifi-;
cation et les suggestions utiles en la matière que le BMVtdg lui communi-
quera par éorit. Quant au remboursement des frais et des prestations supplé-
taires oauséa ainsi au MA, oes frais seront-pirtoc^s ontro les parties con-
tractantes lorsque la somme maxima de 6 millions est dépassée.
• • ' . • • - 5 -

, Lorsque le BMVtdg mettra des suggestions., des propositions et d'autres


apports de nature à faire avancer les travaux d'études, à la disposi-
tion du HA, oes appetts devront faire l'objet de prooès-verbaux dressés
en oommun, par éorit, par les parties contractantes.
§4 ' <-
Jtrolts de propriété industrielle appartenant à des tiers
(1) .Le MA devra informer le BMVtdg dèB qu'il s'apercevra, lors de.
l'examen de l'état d'avancement de la technique, et notamment, lors du
dépouillement de la documentation ayant trait aux brevets - examen qui
lui est Imposé par le § 3, Alinéa I- que les travaux d'études ou les pro-
positions y relatives mèneraient à un résultat dbjrt la réalisation ou l'ex-
ploitation exigerait l'utilisation de droits de propriété industrielle ( y
compris de demande de titre de propriété industrielle publiée) ou de plans
et procédés appartenant à des tiers,
(2) Au oas où le MA voudrait utiliser des droits appartenant à des tiers
pour la oonstruotion des deux prototypes, utilisation dont résulteraient des
frais particuliers dans le cadre de la limite des'6 millions de D,M,prévus
au § 2,11, 2b, il lui faudrait obtenir l'accord du BMVtdg et informer ce-
lui-oi de la tcnsw essentielle des contrats éventuellement déjà existant
concernant de tels droits de. tiers,
Cette .obligation subsistera même lorsqu'il sera douteux que des frais
puissent être oocaslonnés. L'utilisation de droits de : licence appartenant
à la S.O,F,A;M.est considérée comme étant accordée.
Le BMVtdg informera le MA de son côté lorsqu'il s'apercevra qu'un droit
de propriété, industrielle appartenant à un tiers ou à lui-môme s'oppose
aux travaux dlétude ou à l'exploitation du résultat de l'étude,
Sans les oas précités (alinéa I et II) le MA s'engage vis-à-vis du BMVtdg
à poursuivre ses travaux jusqu'à ce que le -BMVtdg déolore que ceux-ci
doivent être arrêtés ou poursuivis dans un autre sens,
A la .suite du procès-verbal final dressé en commun (§ 10); le MA com-
muniquera au BMVtdg, à sa demande, les droits de propriété industriel-
le et les demandes de titre de propriété industrielle dont il dispose
lui-même et qu'il aura utilisé pour l'aboutissement de l'étude, A la
suite du procés-verbal final, il sera convenu si et dans quelle mesure
il y aura lieu de conserver les droits de propriété industrielle et de
maintenir les demandes de titre de propriété industrielle communiqués
pour les besoins du BMVtdg,
••6 *• i

: : : :
' . ' . • • • • . . • • ' • . : • : • ' • ' . - • ' ^ ^ ^ ' ; ^ v ' : ^ ; : ; • ' . ' . ; , .

Résultat d'étude
Dans le sens du présent contrat, toutes les solutions et solutions
partielles du problème trouvées.par le.MA constituront le résultat
de l'étude, même au cas où oelles-ci ne seraient pas approuvée." et
ou n'auraient pas été exploités dans le résultat final,

T
• ' ;. §6. ' 'f:;;-\. .'•;. ;

Droit d'utilisation pour les besoins propres


de la défense de chacune des parties contractantes.
C,-(l) Là propriété intellectuelle formée lors de l'étude deviendra, dés son
origine, la propriété commune des deux parties contractantes, à parts
égales. Ceci signifié que les deux parties contractantes ont un droit
d'utilisation non exclusif, gratuit et transmissible, portant sûr le
résultat des études, y compris tous les droits de propriété industriel-
le et demandes de titre de propriété industrielle nationaux et étran*
gers, plans de construction et documents ( § 7 ), ^Ceci se rapporte au..
même titre aux études poursuivies en régie par le MA, ou à ses frais,
ou indirectement aux frais du BMVtdg.
. (2) Ce droit d'utilisation s'applique aussi bien au résultat intégral de
l'étude qu'à des résultats partiels. .

,- . Le MA s'engage à prêter son assistance technique à des tiers en vue


dé toute reproduction éventuelle, contre remboursement des frais ain-
si oausés, dans l'a mesure où le demandera le BMVtdg et où ceci n'af-
feoterâ pas des droits de tierces parties.

I.-' Le MA s'efforcera -de convenir également au profit du BMVtdg, d!ws lee


contrats à conclure avec les sous-traitants, des droits visés aux
alinéasl et II à des conditions équitables -et ceoi en accord avec
le BMVtdg. Le MA mettra une copie de ces contrats à la disposition du
BMVtdg et les redevanoes à payer par le BMVtdg seront réglés directe-
ment aux souà-traitants. Par s oua- traitant a en ce sens il f'tut enten-
dre les tiers, qui ont fait des études à leurs propres frais ou on
partie seulement à'leurs propres frais, ou qui fournissent des pié-
oes fabriquées en séries.
§ 7
Cessions des documents, innovation
- Le BMVtdg à droit à la cession d'un jeu reproductible de tous,
...A
tracée «t descriptions du résultat de 1'étudef le remboursement
def frais ainsi oausés inooabera au BMVtdg dans le cadre de la
H a l t e supérieure fixée,à 6 millionr le DM selon le § .2, I. l ) .

A la suite de l'exécution du contrat d'étude, les parties contrac-


tant •• •• communiqueront mutuellement toutes les innovations.et
amélioration* pour autant que ceci sera possible sans porter at-
teinte aux droits de tieroe» parties.

Iel-ctaf, les partie* contractantes se déclarent disposées à trou-


ver un aooord concernant l'exploitation de telles innovations et
•aélloratioa*.
:' ••; § V
Commandes de fabrication pour les besoin*
allemand* '
Au ea* où de*, commande* de fabrication devraient être passées sur
la base de l'étude, le BMVtdg demandera au HA ses conditions.
Ceoi ne confère, toutefois, pas au MA un droit lui réservant
l'obtention de commandes de fabrication.
§ 9 = ' . ' • • '
Utilisation du résultat de l'étude par des tiers pour les besoins
propres des parties contractantes

Le* partie* contractantes sont libres du ohoix des tiers qu'elles


désireront appeler à coexploiter le résultat de l'étude.

Le* parties contractantes obligeront le tiers à n'exploiter les


doouaente mi* à sa disposition qu'uniquement aux fins de l'exé-
oution de la commande. Le tiers se verra interdire toute ex-
ploitation dans d'autres buts, sauf convention expresse contrai-
re entre les parties contractantes.
:
...•- •. § xo
Expertises

Lors de la remise des deux prototypes, ceux-ci seront examinés


par le* deux parties qui fixeront le résultat de oet examen dans
un procès-verbal commun. Ce procèr •var^n!' aura pour effet de

' /THB
.A • fïWti
-8-

déoharger le MA de la responsabilité eondernant les défauts ap-


parenta du, résultat de l'étude,

Le BMVtdg ne pourra faire valoir des droits portant sur la garantie'


vis à vis du MA que dans la mesure où celle-ci disposera desdits
droits ris à ris des sous-traitants. Le MA présentera lès documents.
nécessaires au BMVtdg. . ,

Exploitation du résultat de l'étude au profit de tieroes parties..".;,'


Indépendamment des dispositions du § 6, alinéa I, et en vue d'uni-
fier l'équipement d'autres pays et notamment des pays fle l'OTAN il
est envisagé de leur offrir le droit d'utilisation. Le choix des
Nations entrant en ligne de compte ainsi.que La définition dos con-
ditions précises (par exemple» participation aux frais d'étude ou
éventuellement non application de l'alinéa V ) seront réserrés aux
conventions que les deux Ministres de la Béfense concluront per-
sonnellement ou qu'ils feront conclure par des personnes commi-
ses a oet effet par leurs soins.

Les deux parties ne transféreront le droit d'utilisation qui leur'


revient, à un Etat étranger ou à un groupe d'Etats qu'à condition
que oe droit,,d'utilisation ne soit pas transmiseible» s nouveau, à
d'autres^

Les parties contractantes s'efforoeront d'exploiter avantogeu- . -


sèment le résultat de l'étude (§ 5) en.son entier ou en partie.

A cet effet, des négociations pourront être entamées par chacune


des parties avec l'agrément de l'autre. L'exploitation intégrale
ou partielle des résultats d'étude ainsi que la cession de licen-
ce sont permises aux deux parties moyennant des accords, mutuels,

En oas de fabrication pour le compte de. tiers, le prix de vente


subira une majoration de 5 (cinq) $. S'il y a concurrence ce
taux pourra être abaissé après accord mutuel.

\,J3
1 ' . . • • ï . . I

,. '• • 1

• , ' • • - . • /

• ' " • " . • : . ' • • • ' ' ' - • '

Le bénéfice résultant de ceci ou de la cession de licence


devra être-réparti de façon à ce que le MA en obtienne 1/2
(un demi) et le BMVtdg l/2 (un demi). Pour ce qui est des
revenus, les parties contractantes présenteront un décompte
annuel, à terme échu; elles le feront réciproquement, sans
qu'une demande leur soit adressée à ce sujet.
! ;
• § 1 2 r .'.•• .
Résiliation et règlement de l'indemnité de liquidation
Le BMVtdg est autorisé, sans justification,des motifs, à rési-
lier lé contrat à tout instant entièrement ou en partie et avec
effet immédiat. Le MA est tenu d'appeler l'attention des SOUB-

traitants sur cette convention dans la mesure où il s'agira de


contrats dont l'importance technique et financière sera oon-
sidéreble en ce qui conoerne cette commande.
• v . • .

Dans le cas d'une résiliation, le MA aura l'obligation de ré-


silier ou d'annuler immédiatement pour la date la plus proche
possible les sous-commandes passées en,raison de ee marché s'il
n'entend $as perdre, vis à vis du BMVtdg, des titres éventuels
portant sur le paiement de l'indemnité de liquidation, à moins
que le MA ne poursuive l'étude après dénonciation du contrat.,
En cas" de résiliation, le MA se verra indemnisé des frais réels eru
gés par elle pour les objets partiels déjà fabriqués et ceux qui
eero&t. encore à fabriquer sur les instructions du BMVtdg ainsi que
pour les résultats partiels des travaux d'études qui*auront été
réalisés, le jour de la résiliation, en conformité des clauses
fixées dans ce contrat.
Dans le cas d'une résiliation intervenue pour des raisons non
imputables au MA, les dispositions suivantes seront, par ail-
leurs, valables au sujet du règlement du solde i '
l) Le BMVtdg paiera les salaires et appointements jusqu'à le
date de résiliation la plus proche admissible. Dans les cas de
rigueur, qui devront être prouvés par le MA et qui concernent des
ingénieurs et autres spécialistes avec contrat d'emploi de longue
••}•••/•

;V;;;;;y >/îHB
- 10 -

durée, un accord particulier pourra être conclu mais celui-ci ne


pourra pas comporter des périodes de paiement exoédant six mois.
2) En ce qui concerne les objets partiels de contrat mi-finis et
non terminés, ainsi que pour les travaux imposés par le contrat qui
n'auront été exécutés que partiellement, les frais admis par la
réglementation française des prix seront remboursés. Il n'y aura
pas d'indemnité pour les parties de la commande qui n'auront pas
encore occasionné de fraj.s. .
3) En ce qui concerne les matières premières, les matières auxiliâa*fc
ree et d'usinage, ainsi que les pièces finies et accessoires pro-
venant de sous-traitants, les stipulations du 2) ci-dessus seront
applicables mutatis mutandis.
4) Quant aux obligations résultant des comma/ides résiliées en
raison du chiffre II ci-devant, le BMVtdg remboursera au MA les
frais encourue par elle, admissibles aux termes du présent con-
trat et de la réglementation française, pour autant que ces frais
ne tombent pas sous l'application d'aut'res stipulation de la clause
de liquidation du solde.
5) Le droit au remboursement devient caduc :
a) Si le MA omet fautivement de sauvegarder les intérêts du BMVtdg
relatifs à la réduction des dépenses remboursables, soit lorsqu'il
liquidera des obligations contractuelles envers des tiers, soit lorS -
qu'jX tirera parti, à d'autres fins, des objets visés au présent
contrat.
ou
b) Si le MA poursuit l'étude après dénonciation du contrat.
6) Les objets dont le coût est remboursé par le BMVtdg, ain^i quu
les machines et dispositifs deviennent sa propriété dès le règleuen,t
du solde et doivent être livrés à tin Service désigné par lui. Dans
ce cas, la phrase 3 du § 1, 1, (2), n'est pas applicable. Le MA nurà-
l'obligation de conserver ces objets, gratuitement et d'une munièr^
réglementaire, durant un mois au maximum, le BMVtdg aura l'obliga-
tion de prendre à sa charge lés frais de garde pour la périodu dé-
passant un mois et d'enlever ces objets du terrain du KA dans los
4 (quatre) mois.

/THB

Z$5
7 ) Il laoéaba au MA de fournir la preuve du actif et du montant
das rovaodlsations,
8) Las résultat* das travaux aoootnplls an exécution de la présen-
t e eosnands doivent dtre nia à la disposition du BWVtdg et li-
•** trfe sMsr*a«f*oas & déeignsr-pejr lui.
9) Lee droits at obligations contractuels relatifs à l'utilisation
dès résultats das études, nés jusqu'au nouant de la résiliation,
*• M seront pas affaotés par eelle-oi,
Las droits do brevet at laa invtsJttlons entrant dans le oadre des
travaux d'étude tombant sous ls coup das conventions du présent
contrat ait* si nés déjà pandant la période d'étude, ils n'ont
été déposés par ls MA qu'après la fin du 0entrât.
10)Le MA a l'obligation d'affiraer le oaraotèrs équitable des reven-
dleations oonoarnant la règlement de solde, par une déclaration
selon ls aodll* annexé (annexa B ) ,
Le solda à pajsr .par la BsWtdg ne pourra pas dépasser le montant
aaxlawi prévu par le $ 2„
ll)Le BMVtdé? est tenu de payer le montant du solde avec célérité et
da varsar das aooaptes appropriés sur les revendications partiel-
las n«B discutables.
I2)iu cas O Ù la MA peut utiliser par ailleurs le résultat de l'étude9
11 a l'obligation de rembourser sur le bénéfioe réalisé les frais
d'étudee et le montant du solde de liquidation accordés par le
BMTtdg. conformément à l'Article 11 du présent oontrat,
•--'• § 13
C o n W tations
(1) Les contrats devront fftre rédigés en-langue allemande et française
et seront valables à titre égal, sauf les documents techniques énu-
mérée au V* 5 de l'Annexe A, pour lesquels le texte allemand seul
fait foi an eas de doute.
(2) Sans l'éventualité de dlvergenoes de vues surgissant du contrat,
les parties contractantes s'efforceront de réaliser pour chaque
eas un accord à l'amiable. Si l'aooord à l'amiable n'est pas

.../12
- 12 -

réalisé', les deux parties désigneront de commun accord une


tierce partie neutre, appartenant à un pays de l'Union Oc-
cidentale, qui décidera. Les f r a i s a i n s i causes sont à
l a charge de l a p a r t i e perdante.

Le Ministre Fédéral pour la Défense

2£?
A N S E j ? A,

L<ofcjet de 1«<tude «et défini pur le plan AMX Pi,0.2602


du 27*1*1956 «t par lee stipulations suivantes »

1/ Le oorps et les tourelles seront en aoier homogène,


2 / Le moteur sera un moteur à essenoe, marque SOPAM, à 12 oylindres.
La puissanee du moteur sera d'environ 800 CV et aura par ailleurs
les propriétés détaillées sur le plari/AMX P1 .-0.2602.
3/ Les deux prototypes seront identiques en oe qui concerne les
ehassls.
4/ Les prototypes seront armés oh&oun d'une pièoe de 105 mm,
5/ Par ailleurs, lee lettres du BMVtdg XIl/XII C Tgl5.N°255l/57
VS-Vertr. du 25.7.1957 et T.III 2 a«.90-23-50-23 Tgb,N02328/58
YS-Vertr, du 1,4*1958, dont les deux parties contractantes con-
naissent la teneur, Talent comme base de l'étude et de la fabri-
cation du modèle en soie des 2 prototypes»
6/ Les tourelles seront équipées de telle manière, que dans l'un
des prototypes l'optique sera chez le ohef do char, et que dans
l'autre l'optique sera chea le pointeur,
7/ La rlteBse maximum sera oonforme au programme gennano-fraaoal*
de chars standardisés, dont les détails ont été mis au point.
A N N E X E B

République Française
Ministère des ARMEES
PARIS, le

Le . . . . . . . .
(Fonctionnaire chargé du oontrôle du financement)
atteste que le montant des frais pour les travaux d'étudo coneernant

le char DEPA Standard de 3 0 t .


a été de
.FF
pour la période du . . au .
Ce montant global est oaloulé sur la base du prix de revient et se
compose des postes suivants i
a/ Matériel ...,...• FF*
b/ ....... fo pour frais généraux sur matériel . . . . . . . . FF»
0/ Traitements
1/ heures d'ingénieur à - ,. FF.
2/,..... heures de dessinateur à ........ « FF,
FF.

d/ . . . . . . . $ pour f r a i s généraux sur c / FF.


e/ Salaires
1/ heures d'ouvriers spécialistes
à » .FF,
2/ heures de main d'oeuvre auxiliaire
~à «.•••»•»... •= ........ F F .
f/ ....... # pour frais généraux sur e/ « FF,
g/ Frais spéciaux ( à indiquer séparément)
1/Brevets, licences FF.
2/Eoballages , FF.
irv
5/Essais ,. .•••.••• ».
4 / s û . . - y , . . . . . . , , . . , , 4 . , ; . : . ' , .•»;.'.» ;......• »• FF..
pp
h/ Frai* généraux d ' a d m i n i s t r a t i o n (sans ventée • v
1/ Impôt sur l a f a b r i c a t i o n ( c h i f f r e d ' a f f a i r e s ) FF.

/
Annexe B ( suite)

- • -

Diaprés le oours officiel de Fxanofort a la date de la facture,


la oontre valeurs du montant ci-devant est de « DM
2,e présent déoompte a été établi sur la base du procédé reoonnu
par le Ministère Français des Armées pour les commandes passées
par lui* Les chiffres proviennent des livres de comptabilité véri-
fiées par • (non), Les vérifioateurr
ont confirmé que la comptabilité est tenue régulièrement et en
particulier que tous les frais sont appuyés'par des pièoea jus-
tificatives» Les avantages fiscaux et autres accordés par le Gou-
vernement de la République Française ont été comptabilisés; en
partlouller, on a pris en conBidératlpn, pour le oalcul des frais
oi-devant, tous les avantages prévus dans les stipulations fran-
çaises relatives à l'exportation «
En oonséquenoe, nous attestons par la présente que les frais ont
été encourus uniquement en oorrélatlon direote aveo les travaux
d'étude oonoeraant le ohar BEFA standard de 30 t et que oes fraie
sont équitables*

v.

(•)....
ANNEXE IV.5
Procès-verbal de la réunion du groupe A du comité tripartite, 16 et
17 novembre 1960, à Caserta (Italie).

SAINT-CLOUD, le 13 décembre 1960

PROCES VERBAL DE LA REUNION DU GROUPE A


DU COMITE TRIPARTITE LES 16 ET 17 NOVEMBRE 1960 A CASERTA
(ITALIE)

Le groupe A du Comité Tripartite s'est réuni les 16 et 17 novembre 1960 en Italie, à


l'Ecole des Troupes Blindées de CASERTA.

Ont assisté à cette réunion :

DELEGATION ALLEMANDE

Général BRAUNIG B M V Tdg TIII


Lieutenant Colonel SEIDENSTICKER TRUPPENAMT
Lieutenant Colonel WILLIKENS BMVTdgTffll
Lieutenant Colonel WÛST BMVTdgTIïï2
Monsieur BENZ Interprète

DELEGATION ITALIENNE

Général GARBARI Inspecteur Général de


la Motorisation
Lieutenant Colonel GALLENI Etat-Major de l'Armée
Lieutenant Colonel DELLI COLLI Inspection de l'Infanterie et de
la Cavalerie
Capitaine PARRI Ecole des Troupes Blindées.

DELEGATION FRANÇAISE
Ingénieur Général MOLINIE D.E.FA./A.M.X.
Colonel JOURNES S.T.A.
Ingénieur Principal ROBINEAU D.E.F.A.

Le Général BRAUNIG. qui préside la réunion, après avoir remercié la délégation


italienne de son accueil, propose l'ordre du jour suivant, aucune observation n'ayant été
faite sur le procès-verbal de la réunion précédente.

1) Etat d'avancement des travaux en France et en Allemagne sur les prototypes de


chars « standards » de 30 Tonnes,

261
2) Résultats des essais actuellement en cours, ces résultats confidentiels étant fournis à
titre d'information,
3) Intention des 3 pays du comité tripartite en ce qui concerne le développement et les
fabrications futures de chars de bataille,
4) Examen des problèmes relatifs aux essais tripartites des prototypes et aux travaux du
sous-groupe chargé de définir ces essais,
5) Travaux futurs du groupe A. Date et lieu de la prochaine réunion.

L'Ingénieur Général MOLINIE rappelle que 2 prototypes ont été construits en France ;
les 2 châssis sont identiques, les tourelles différent par la conception de la conduite du
tir. Le premier prototype est en cours d'essai depuis le mois de septembre : le deuxième
châssis profite des essais du premier et est destiné aux essais tripartites. D'autre part les
développements et améliorations suivantes sont actuellement envisagées :

- pour l'armement, la possibilité de tirer dans le même canon l'obus « G », un obus


sous-calibré et un projectile à ogive plastique (squash-head), les premiers résultats
sont très encourageants,
- pour le moteur, la possibilité de remplacer le moteur actuel à carburateurs (donc
fonctionnant à l'essence) par un moteur polycarburant de même encombrement et
d'une puissance suffisante avec l'emploi éventuel d'une suralimentation. 2 firmes
françaises étudient actuellement ce problème, l'une de ces firmes étant en relation
technique avec les ETATS-UNIS,
- pour la protection contre les effets des armes atomiques, a possibilité d'une bonne
protection contre les radiations par l'emploi d'un plancher assez épais (30 à 40
mm) ; les devis de poids déjà faits montrent que ceci est possible sans une trop
grande augmentation du poids total,
- pour la simplification de la conduite du char, l'emploi d'un embrayage
automatique GRIVINA largement expérimenté en France, et la synchronisation de
la Boîte actuelle.

La Délégation Allemande rappelle que 4 prototypes ont été construits en République


Fédérale. Les essais d'usine ont commencé au mois de mai. Les kilométrages suivants
ont été atteints à la date du 10 novembre 1960,

Prototype A 1 (Ju?enthal) 1500 km


Prototype A 2 (MAK) 2891 km
Prototype B 1 (Rheinstall-Hanomag) 773 km
Prototype B 2 (Henschell) 906 km

Les prototypes du groupe A emploient des solutions mécaniques classiques, et


les essais d'usine de A 1 ont quelque peu profité à A 2.
Les prototype du groupe B sont un peu en retard car ils utilisent des solutions
(suspension et boîte de vitesse) nouvelles dont la mise au point nécessite de fréquentes
modifications.
En ce qui concerne les tourelles, existent actuellement deux prototypes :
- 1 prototype WEGMAN (armée d'un canon de 105 Rheinmetal),
- 1 prototype RHEINMETAL (armée d'un canon de 105 RHEINMETAL)

262
Un montage de circonstance d'un canon anglais sur une tourelle Wegman a
permis de constater que sur le char standard (prototype A) le tir était possible sans frein
de bouche (effort de recul mesuré : 45 Tonnes). Des films ont été réalisés à cette
occasion.
Deux prototypes de tourelle avec canon anglais doivent être construits pour le
printemps 1961. A cette époque il y aurait donc 4 prototypes complets. La fin de leurs
essais est prévue pour le mois de juillet 1961. Pour certains prototypes, les essais
nationaux ne dureraient donc que 6 mois (au lieu de 10 mois initialement prévus).
Les prototypes allemands seront présentés au groupe A à l'occasion de la
prochaine réunion en Allemagne.

L'Ingénieur Général MOLINIE remet à chaque délégation un document


indiquant brièvement l'avancement des essais en France (1500 km dont 30 heures de
terrain difficile) ainsi que certaines conditions de ces essais.

Le Général BRAUNIG rappelle que le problème des engins blindés a été


examiné récemment au cours de réunions à l'OTAN. On peut actuellement élaborer des
spécifications militaires, mais une standardisation OTAN ne sera sans doute pas
possible avant 1965 ou 1970. A ce moment de nouvelles techniques existeront
vraisemblablement. En attendant il faut choisir une solution « européenne » qui n'a
malheureusement pas l'adhésion du Royaume-Uni. La République Fédérale possède
actuellement des M 47, M 48 Al et M 48 A2 ; de plus elle a un besoin de chars de
bataille pour 1961 et 1962; elle envisage donc l'achat de M 48 malgré leurs
inconvénients (canon, moteur, largeur etc..) car les M 60 ne seraient pas disponibles. A
partir de 1963, il serait possible d'avoir un char plus moderne en fabriquant par
exemple des chars du groupe A. C'est pourquoi on envisage la fabrication pour cette
date de chars améliorés (largeur, épaisseur des blindages, etc..) ou chars standards 2°
type. Il est prévu d'en fabriquer 12 (6 A et 6 B) car il semble intéressant de poursuivre
la mise au point des solutions B pour des essais techniques qui pourraient commencer
en juillet 1961 et être suivis des essais tripartites prévus à partir d'octobre 1961. D'autre
part on envisage la fabrication d'une vingtaine de ces chars 2° type pour des essais
tactiques dans les unités.
Les essais tripartites, qui pourraient donc commencer en octobre 1961, seraient
terminés vers juillet 1962 et à cette date on pourrait obtenir une décision d'adoption
tripartite d'un modèle qui serait alors fabriqué en série et qui serait en service à partir de
1965.
Ces prévisions concordent d'ailleurs avec les prévisions OTAN, le char futur ne
pouvant guère être en service avant 1968.

Le Général BRAUNIG conclut ensuite les informations confidentielles qu'il


vient de fournir : il est envisagé de fabriquer 150 chars standard groupe A en attendant
une décision tripartite qui ne sera d'ailleurs en rien influencée du côté allemand, par
cette première fabrication uniquement destinée à satisfaire des besoins urgents.

L'Ingénieur Général MOLINIE fait ensuite quelques remarques techniques.


Les ETATS-UNIS tendent comme nous vers un char 30-35 tonnes. Il est probable que
vers 1970, l'armement des chars aura évolué de façon importante ce qui aura des
conséquences sur la conception des matériels blindés.

263
Il sera techniquement possible de lancer en France la fabrication d'une présérie
de char de 30 tonnes vers le mois de mai ou juin 1961, mais l'Etat-Major n'a pas encore
décidé cette fabrication. De toute façon le prototype N° 2 destiné aux essais tripartites
sera disponible avant le mois d'octobre 1961.

La Délégation Italienne observe à propos des essais tripartites que la réunion du


sous-groupe prévu en septembre en Allemagne n'a pas encore eu lieu et qu'elle ne
connaît pas encore les éléments indispensables pour prendre une décision concernant la
participation italienne à ces essais. Il est notamment indispensable de connaître
l'importance des dépenses.

Après discussion, il est décidé que le sous-groupe chargé de la définition des


essais tripartites et d'évaluer leur prix se réunira à BONN dès que possible ; la date des
7 et 8 décembre1 est prévue. Ce sous-groupe sera présidé par le Lieutenant-Colonel
ITALIEN NASCA, la délégation allemande sera présidée par le Lieutenant-Colonel
WÙST, la délégation française par le Colonel JOURNES.

Le Sous-groupe devra examiner les points suivants :


- dates et lieux des essais,
- problèmes financiers et administratifs

et faire un rapport au groupe A.

La délégation allemande demande que lui soient précisées les caractéristiques


les plus récentes des prototypes français, surtout en ce qui concerne le poids et les
épaisseurs de blindages.

Le président lève ensuite la séance après avoir proposé que la prochaine réunion
ait lieu en Allemagne à la fin du mois de janvier ; une réunion commune avec le groupe
G (protection A B C ) sera en principe prévue.

A l'occasion de cette réunion, le groupe A a pu visiter l'Ecole des Troupes


Blindées à CASERTA et à PERSANO.

1
Ces dates viennent d'être changées et remplacées par celles des 18 et 19 décembre 1960 à la demande
des ITALIENS.

264
ANNEXE IV-6
Extrait de la déclaration commune du 22 janvier 1963.

Le Dr. Konrad Adenauer, chancelier de la République fédérale d'Allemagne, et le


général de Gaulle, président de la République française,

CONVAINCUS que la réconciliation du peuple allemand et du peuple français,


mettant fin à une rivalité séculaire, constitue un événement historique qui transforme
profondément les relations entre les deux peuples,

CONSCIENTS de la solidarité qui unit les deux peuples tant du point de vue de leur
sécurité que du point de vue de leur développement économique et culturel,

CONSTATANT en particulier que la jeunesse a pris conscience de cette solidarité et


se trouve appelée à jouer un rôle déterminant dans la consolidation de l'amitié
germano-française,

RECONNAISSANT qu'un renforcement de la coopération entre les deux pays


constitue une étape indispensable sur la voie de l'Europe unie, qui est le but des deux
peuples,

Ont donné leur accord à l'organisation et aux principes de la coopération entre les deux
États tels qu'ils sont repris dans le traité signé en date de ce jour.

Fait à Paris le 22 janvier 1963 en double exemplaire en langue allemande et en langue


française.

Le chancelier de la Le président de la
République fédérale d'Allemagne République française
Adenauer C. de Gaulle
ANNEXE IV.7
Accord intergouvernemental franco-allemand MILAN :
19 mars-12 avril 1963.

Référence : bordereau 8.317 DMA/DEN/BET du 16.4.63 (conservé par RAN/D)

ACCORD

Entre
- La République Fédérale d'Allemagne représentée par le Ministre Fédéral de la
Défense à BONN, Ermerkeilstrasse 27 (désignée ci-après BRD).
Et
- La République Française représentée par le Ministre des Armées (désignée ci-après
RF), 14, rue Saint-Dominique PARIS (7°).

Les Hautes parties contractantes sont convenues d'effectuer, à des fins de


défense, dans l'esprit des conversations entre les Ministres du 23 Janvier 1962,
l'étude en commun d'un missile sol-sol antichar léger pour l'infanterie. En
conséquence elles se mettent d'accord sur ce qui suit :

§1
I- Les documents de base de l'opération sont :
1) Les spécifications militaires et techniques communes pour un missile
antichar léger pour l'infanterie (données en annexe).
2) Le protocole de fonctionnement du Comité Technique de Direction
sur les missiles antichars établi le 12 Décembre 1962.
U- Le programme sera dirigé par les représentants au Comité Technique de
Direction, des nations qui auront signé ce contrat (désigné ci-après
Comité). Celui-ci examinera et approuvera les clauses techniques, la
consistance des travaux et les délais fixés pour les différentes étapes. De
plus, toutes les demandes des parties contractantes résultant de l'étude et
visant à une modification ou à une extension technique essentielle
devront être présentées à l'approbation du Comité. Les Etats-Majors
Allemand et Français désigneront les délégués auprès de ce Comité
quand cela sera nécessaire.
Le Comité ne disposera pas du droit d'intervention directe dans les
contrats passés. Les décisions du Comité devront toutefois être respectées
par la RF et la BRD.

§2
La contribution de la BRD et de la RF seront égales et auront pour objet
de couvrir les frais d'étude, de construction et d'expérimentation d'un
système d'armes antichar destiné à l'équipement de l'infanterie ou
éventuellement de véhicules légèrement protégés, allemands ou français.

266
Pour les essais «constructeurs» effectués par les Centres Officiels
français, la RF facturera à la BRD la moitié des frais correspondants.
Pour les essais « constructeurs » faits dans des Centres Officiels
allemands, la réciprocité s'exercera. Pour les essais « Etat » effectués
dans l'un ou l'autre pays seuls seront facturés réciproquement et par
moitié les frais de personnels et les frais divers qui seront exposés
spécialement dans des cas particuliers, c'est-à-dire qu'il ne sera facturé
aucun des frais de personnels et des frais divers qui sont en tout état de
cause exposés de manière courante.
Les parties contractantes conviennent de couvrir le financement de la
phase d'étude, qui s'étend sur les années 1963, 1964 et 1965, à
concurrence d'un montant de 40 millions de F.Fr. Un échéancier de ce
financement sera établi sur proposition des Sociétés NORD-AVIATION
et BOLKOW au cours du 1er trimestre 1963 et sera approuvé par le
Comité.

§3
Le ou les marchés d'étude seront passés par la RF en utilisant les formes
connues de la BRD, en s'efforçant de couvrir la plus grande partie
possible des travaux par un contrat à prix forfaitaire et en appliquant les
dispositions législatives et réglementaires françaises et matière de prix et
de contrôle des prix. En ce qui concerne les commandes exécutées en
BRD, ces dispositions pourront être adaptées au droit local, pour tenir
compte des méthodes des services de contrôle allemands. La RF
assumera, de ce fait, la fonction de pilote en ce qui concerne toutes les
dispositions à prendre pour la rédaction et l'exécution des marchés dont
le texte sera soumis au Comité.
Au titre de cette étude, les charges des industriels allemands et français
doivent être en principe égales. Le Comité appliquera cette directive
générale dans la mesure où les conditions techniques et technologiques le
permettront.
(1) Les parties contractantes jouissent entre elles de l'égalité des droits et
des obligations.
(2) Le ou les contrats passés sur la base de cet accord par la RF à NORD-
AVIATION (cf. §4.1) comporteront une disposition selon laquelle les
droits de reproduction appartiendront en commun aux deux
Gouvernements, chacun se réservant de pouvoir en disposer librement
dans son propre pays en acceptant de les céder d'un commun accord à un
pays tiers, à condition de payer les redevances d'utilisation à l'industriel.
(3) Les droits de reproduction mentionnés ci-dessus comprendront
également :
a) le droit à la réception des documents -
b) le droit à la communication de nouveautés et d'améliorations -
c) le droit à l'assistance technique en matière de fabrication à
fournir, par BLOKOW ou NORD-AVIATION en faveur de la
firme ou du pays bénéficiaire de ces droits.
La BRD et la RF seront tenus périodiquement informées par le Comité
de l'état des travaux, de même que des paiements et de tout événement

267
susceptible d'avoir une influence sur l'avancement prévu des travaux.
Une consultation des Parties Contractantes par le Comité aura lieu
chaque fois que l'une d'elles en fera la demande et qu'elle jugera
nécessaire pour modifier une ou plusieurs des données essentielles telles
que les spécifications militaires, les caractéristiques techniques, le
plafond des frais ou l'organisation générale.
V- Dans la mesure où l'un des pays acquerrait juridiquement la propriété
exclusive de moyens d'exploitation spéciaux, matériels divers et
prototypes, l'autre pays conserverait des droits égaux à la moitié de la
valeur de ces moyens, matériels et prototypes au moment où aurait cessé
leur utilisation dans le cadre du projet par cession ou destruction.
VI- Chaque pays contrôlera, dans les domaines de la technique et des prix,
les travaux effectués sur son territoire au titre des contrats passés dans le
cadre du présent accord. La BRD mettra la RF immédiatement au
courant de toute difficulté qui viendrait à sa connaissance. Chaque pays
gérera, les moyens d'exploitation spéciaux, matériels divers et le ou les
prototypes se trouvant sur son territoire. Les décisions importantes
devront être soumises au Comité.
VII- Les contrats passés aux Industriels devront préciser que, dans le cas
d'exploitation des résultats de l'étude par un pays tiers autre que les pays
participants (vente de matériel ou cession de licence), des redevances
seront versées aux Etats. Les sommes perçues seront partagées sur la
base de l'égalité entre les parties contractantes.

§4
I- Les contrats passés par la RF à NORD-AVIATION dans le cadre du
présent accord stipuleront que cette Société devra les exécuter en
association avec la Société BOLKOW dans le cadre de l'accord conclu
entre les deux Sociétés et approuvé par les Gouvernements.
H- Au cas où interviendrait dans le cadre du présent accord une fabrication
en série pour les deux pays, les Parties s'efforceront de répartir les
commandes dans des conditions techniques et économiques raisonnables
de telle sorte que la charge de travail envisagée, évaluée suivant une
méthode encore à préciser, soit partagée également entre les Industriels
des deux pays.

§5
I- La RF procédera à l'apurement du marché en présentant à la BRD tous
les trois mois, les attestations des dépenses réelles effectuées en la priant
de lui en payer la moitié. La BRD s'engage à faire des avances
adéquates, c'est-à-dire celles qui doivent être usuellement faites - contre
caution - à une firme chargée d'une étude pour lui permettre par exemple
de régler les factures des sous-traitants ou de couvrir les salaires d'un ou
plusieurs mois.
H- Les paiements seront effectués en francs français convertibles.
§6
Les questions relatives aux taxes, impôts et douanes feront l'objet d'un examen
de la part des services des deux pays en vue d'un accord ultérieur.

§7
Dans le cas de divergences de vues sur le plan technique et financier, et un
accord à l'amiable ne pouvant se faire entre les parties, l'arbitrage sera fourni
par un agent accepté par les Parties et membre d'un pays OTAN tiré au sort.

§8
D'autres pays peuvent être associés au projet à la suite d'un accord
complémentaire entre les Parties Contractantes.

§9
Le présent accord sera rédigé en langues allemande et française, les deux textes
faisant également foi.

BONN, le 19 Mars 1963 PARIS, le 12 avril 1963


Le Ministre Fédéral de la Défense, Le Ministre des Armées,
In Vertretung des Staatssekretârs
Signé : GUMBEL Signé : LEVEQUE

269
ANNEXE IV.8
Accord intergouvernemental franco-allemand HOT: 10
16 janvier 1964.
' 4.
A C C O R D
A
M *• - *

entre
- La République Fédérale .d'.Allemagne représentée par l e Ministre Fédéral
de l a Défense à BONN, Ezuierkeilstrasse 27 (désignée ci-après B«R.D.)

et
- La République Française représentée par l e Ministre desAimées, (dési-
gnée ci-après R.F.), 14 rue Saint Dominique PARIS (7èoe)

Les Hautes parties contractantes sont convenues d'effectuer, à des


fins de défense, dans 1'esprit des conversations entre l e s Ministres du 23
Janvier 1962, l'étude en commun d'un système d'ame Sol-Êbl Antichar Haut
Subsonique, par abréviation H.O.T. En conséquence elles se mettent d'accord
sur ce qui s u i t :
§ - 1 -
I - Les docunents.de base de l'opération sont :

1°) - Les spécifications m i l i t a i r e s et techniques ecœunea pour un


systène d'arme antichar à Songue portée de seconde génération (don-
nées en annexe).

2°) - Le protocole de fonctionnement du Conité Technique de Direction


sur les missiles antichars signé l e s 23 Déceabre 1962 et 14 Jan-
v i e r 1963.

I I - Le programme sera dirigé par l e s représentants au Conàté Technique do


Direction des nations qui auront signé ce contrat (désigné ci-après
Conité). Celui-ci examinera et approuvera les clauses techniques, l a
consistance des travaux et l e s délais fixés pour l e s différentes éta-
pes. De plus, toutes l e s deaandes des parties contractantes résultent
de l ' é t u d e et visant à une codification ou à une extension technique
essentielle devront ê t r e présentées à l'approbation du Comités Los
Etats-Majors Allcnand et Français désigneront l e s délégués auprès de
ce Conité quand cela sera nécessaire*

Le Conité ne disposera pas du droit d'intervention directe dans


l e s contrats passés» Les décisions du Conité devront toutefois ê t r e
respectées par l a R.F. et l a £>£*£»

§-2-

La contribution de l a S.R.D. et de l a R.F. seront égales et au-


ront pour objet de couvrir l e s f r a i s d'étude, de construction et d'expéri-
mentation d'un système d'armes antichar destiné à l'équipement de véhicules
de conbat alienarjds ou français eu évontuelleaent de l'infanterie.» Pour i o s
essais "coristructsurs" effectués par l e s Centres Officiels Français, l a lu F,
facturera à l a B.R.D. l a moitié des f r a i s correspondants.» Pour l e s cesais
"constructeurs" f a i t s dans des Centres Officiels Allemands, l a r é c i p r o c i t é
s'exercera. Pour les essais "Etat" effectués dans l'un ou l ' a u t r e pays
seuls seront facturés réciproquement et par n o i t i é les frai3 de perscir.als
et l e s f r a i s divers qui seront exposés specialesent dans des cas part:'.eu-
- 2 - - _ • . • - - •

l i e r s , c ' e s t - à - d i r e q u ' i l ne sera facturé aucun des. f r a i s de personnels et


des f r a i s divers qui sont en tout état de cause exposés de manière cou-
rante.

Les p a r t i e s contractantes conviennent de couvrir l e financement i e


l a phase d'étude, qui s'étend sur l e s années 1963, 1964 et 1965, à coa.ao~
ronce d'un montant de 30 a i l l i o n s de F. Fr. Un échéancier de co f i -
nancement sera établi sur proposition des Sociétés NORD-AVIAEI'JI et JBOUXJW
au cours du 2èmc semestre 1963 ot sera approuvé par l e Comité.

§-3-
I - Le ou l e s marchés d'étude seront passés par l a R.F. en u t i l i s a n t les
formes connues de l a B.R.B., en s'efforçant de couvrir l a plus grasà*
p a r t i e possible des travaux par un contrat à prix f o r f a i t a i r e et os —
appliquant l e s dispositions l é g i s l a t i v e s et réglementaires françaises
en matière de prix et de contrôle des p r i x . En co qui concerne les
commandes exécutées en B.R.D., ces dispositions pourront être adapte-oc •
au droit local, pour t e n i r compte des -méthodes des services de contrô-
l e allemands. La R.F. assumera, do ce f a i t , l a fonction de pilote ca
ce qui concerne toutes les dispositions à prendre pour 1?. rédactiora -et
l'exécution des sarchés dont l e texte sera soumis au Comité»

I I - Au t i t r e de cotte étude, les charges dos i n d u s t r i e l s allemands et


français doivent ê t r e en principe égalés» Le Comité appliquera cctt«e
directive générale dans l a mesure où l e s conditions techniques et
technologiques l e permettront.

I I I - ( l ) - Les parties contractantes jouissent entre e l l e s de l ' é g a l i t é


des droits et des obligations.
(2) - Le ou les contrats passés sur l a base de cet accord par le E.F»
à NOKD-AVIATION (cf. § 4.1.) comporteront une disposition selon lajuoL-
1G l e s droits de reproduction appartiendront en commun aux deux Gou-
vernements, chacun se réservant de pouvoir en disposer librement <Lans
son propre pays ou acceptant de l e s céder d'un commun accord à un pays
t i e r s , à condition de payer l a s redevances d ' u t i l i s a t i o n à l'indus-
triel.

(3) - Les droite do reproduction mentionnés ci-dessus comprendront


également

(a) - l e d r o i t à l a réception des documents.


(b) - l e droit à l a communication de nouveautés et d'améliora-
tions.
(c) - l e droit à l ' a s s i s t a n c e technique on matière de fabrica-
tion à fournir, par BOLKOW ou HuRD-AVLATIUK en faveur
de l a firme ou du pays bénéficiaire do ces d r o i t s .

IV - La B.R.D. et la R.F. seront tenus périodiquement informées par l e


Comité do l ' é t a t des travaux, de même que des paiements et de tout
événement susceptible d'avoir une influence sur l'avancement prévu dis
travaux.. Une consultation des Parties Contractantes par l e Comité aura-
l i e u chaque fois que l'une d ' e l l e s en fera l a demande et qu'elle jugera

.•/...

£?1
fiécessairo pour jaodifier une ou plusieurs des données essentielles
t e l l e s que les speci.fi cet ions jailit aires, les caractéristiques techni-
ques, le. plafond cUs frais ou 1 ' organisation générale.

V - Dons la- mesuré où l'un des pays requerrait 'juridiquement l a propriété.


exclusive de moyens; d'exploitation spéciaux, matériels divers et pro-
totypes, l ' a u t r e pays conserverait'<Jes <k-o£ts «Jgaux à l a u o i t i é de la..
• valôur à-2 ces moyens, tsatérielc e t prototypes au moment où aurait
cessé- leur u t i l i s a t i o n dans l e cadre du-jarojet par cession ou destruc-
tion.

VI— Chenue pays contrôlera/dans 1*5 doRaizîes de l a techr.itpe. et des prix,


l e s travaux effectués sur son t e r r i t o i r e èti t i t r e dos contrats passés
dans l e cadre du, présent accord. La Ê.R.D. Mettra la.R.Ï 1 . iraiéài&te-
mer.t au courant.à& toute difficulté qui viendrait à sa. connaissance.
Chaque pays gérera JfeS «oyens d'exploitation SpdciSNK., matériels d i -
vers. e i r l e o u l e s prototypes £ c trouvant sur son t e r r i t o i r e . Les dé-
cisions importantes devront être soumises su. Ocrait©.

VII - Las contrats passés aaj& Industriels devront précis-er qu*, dans le cgg
d'exploitation des r é s u l t a t s de l'étude par un pays t i e r s a u t r e que.
les yay.s participants- (vente.de.Matériel pu cession de. licence-), des
redevances seront versées Èxn&.EteArs..Les sonnas perçues seront par-
tagéessur IL&ba&fe. de. l'-égalité entre. l « s parties contractantes.

§-'<-

I - Les contr&tp passés par l a R.p. à KOKù-AVIAllôd âm& Ifc cadre âa. pei-
-SÔRV accord stipuleront (%&& ceH-e Société devra-lés exécuter en asso-
ciation S#ec 1B- Société BOfcKPW dan-S l é cûàrîi eut 1 ' accord conclu exitrfi
lgS dcw. Sociit-Cs et approuvé, par l e s Gouvernecaents.

I I - Aa. CAS ôtt interviendrait èsns l e - c a i r e <à».]pr£sent accord w*- fabrica-


tion 6ft Stri-e. povr les MvX fd*l$> l e s j ^ r t i e s s'efforceront de réças^
t i r l t s cooMba»â«jS dôn£ ciftS condition technijpês et éccftomàwaes- -
r»iS0nK@KL6S'- d e t î i i t s o r t e q»« le, charge {le t r a v a i l envisagée, éva-
luée suivant uh&'n&tfiodt' encore- ?- préciser, soit p a r t a g e éâalepent-
entre- lfcs JnckastanUl* «t&s çlgjsx p y * .

I - La O.P. procixfer© s-l'apûreastot à».marché en présentant à l a B.&&.


tous l e s t r o i s jnoi& 1*S att-gît»Kons êts (impenses r é e l l e s effectuées en
l a priant as l u i en payer"l*-noiti£. l a S.R.D. s'engageù f a i r e ^es
avances adéquates, c '-est-à-dire. c e l l e s qui doivent être- uouellenent
f è i t e s - contre cs^Éiorv - &. ~uc\t fijrœt. chargée d'une étude pour lui per-
«i9ttr-e per exerçait'-ri/e r t g i ê r 1-ts factures <Jes sous-traitants ou dé-
couvrir It*. sal*ir©s à'ua o« ©Lusi^urs «\ois.

I I - Lt£. p^ttpJb-hj ^trjnpt: df£âcfcui5.yHi ATÔACS fraacais convertibles.


I I I - Dws l , ^tfevl3L.<t ! ïifM^rt^.e contractuelle J'ôide. fflârnielle entre lis coiars
des cctRpçes-fTênçêLst. -et allemande, i l est convenu <sjué It-Couvcmi'OfcSftt
François tA ce qui concerne ses enquêtes coaptables u t i l i s e s » rè.?le~
**tttatiçR «àvéralé, -et «we-i'action de 1». Dirêcti-on d* Contrôle et «&g_
• •/ • • •
- 4 -

l a Comptabilité Générale du Ministère des Armées s'exerce au pro-


f i t des deux p a r t i e s , La R,F. transmettra*à l a B.R.D. l e s conclu-
sions d'enquête.

§ - 6- ' ,

Les questions relatives aux taxes, impôts et douanes feront


l'objet d'un examen de la part des services des deux pays en vue
d'un accord ultérieur.

§ -7 -
Dans le cas de divergences do vues sur l o plan technique et
financier, et un accord à l'amiable no pouvant se f a i r e entre l e s
p a r t i e s , l ' a r b i t r a g e sera fourni par un agent accepté par les Par-
t i e s et membre d'un pays OTAII t i r é au s o r t ,

§-•8-

D'autres pays peuvent être associes r.u projet à l a suito d'un


accord complémentaire entre l e s Parties contractantes.

§ - 9 -

Le présent accord sera rédigé en langues allemande et fran-


çaise, l e s deux textes faisant également f c i .

a ^ i * 1 0 JASV1964 PARIS, l e 16 JJLTVTSÏÎ 1?Ô4

Lo Ministre Fédéral de la Défense, pour l e iiinistre des Armées en ïdnaiiwv


e t psr oïùro
" ' O
l e lfeié--u4''ird;stvjriol -ovr l"Arr:C!:e;vt

V\2>
ANNEXE IV.9
Accord intergouvernemental franco-allemand Roland : 19
octobre 1964.

' *"-" ' . - A C C 0 R'D,---' " • ' •

Eïitro :
- In Républiquo Fédérale d'Allemagne représentée p a r ' l o Ministre Fédéral'
do l a Défcnso à BONN, Éraorkeilstrasstf 27, (désignée ci-après B»R»D»)

'n ' ','••;:.'.:';• -.: '.'':;V.;- '^z..::- i'-y, \ .••.-.: - : ' ' : •.'"••'.' \u7
- la République Françaiso représentée par la Ministre dos Armées, (désignée
ci-après R»Fi) ,14> ruo Sàint-Doniniquo - PARIS (7èmc) ' ; ^!,

Los Hautes p a r t i e s contractantes sont convcriuo3 d'offoctuor, à dos fins ' .


. do défonsq, dans 1•esprit dos conversations entra l o s Ministres du 23 Jan-
vier 1962/'l'étudo ch commun d'un-systèrao Sol-Air Basse Altitudo Taâps Clair
qui porto l e nom do ROLAND, .Eh conséquenco e l l e s so mettent d'accord sur co
q u i "suit :•••;. • "':•;]•'"'• •>. •:l.:<-^-,'<i •"•"•. 'y ," ":"'"'-'•'-.-''•..'••.'• '..'•••'':'•. " •'' ' - • ? • )• -

U1 t ',*» Los documents de baso dp l'opération sont : - :

a) •* Lc3 spécifications générales m i l i t a i r e s ,ot tochniqùos pour, un


». • • . systèmo d'aune SolrAir-- Basse Altitude Temps. Clair (données en
Ï-:' '.'. \" V ' - ' / ' - ' ••'• a n n _ e x e . A).-""-' v .V-y-'Vv= V""- •'••:..'.' ^.-- '•"••.'*••>•>'•' ••-"'; '• •"'•' ""•'- '•'''•'' '"'"'•'••
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1
'•• ' ..'• . ' . " ' * ' ' •' ••" . " ' • : • ' . . ' " - , ' • • • : ' - • ' - . z ' '•••'\'','r'Vi-'' ''• ••'•:-•"•• "' ' * . . - ' • ' A•''•.""'••-''."••' '•''"'•'•:. ' • ' • . . ;
/ : . ' • • s : A J i

• ;....''•. b) - La protocole do fonctionnement du Comité'do Diroetion: (donné .'en^/.'


t.;'.- .'••:„.{. '.' ' annoxo B)»'.,; '')}yty.:l ^: ••'•':••• .' •;."'•','•': ' A • ••. •'•"•:- ' --v.:',. ' :'.*!«•-.':M

. 1»-2.- La programma sora dirige par los représentants au Comité d e D i r e c t i o n , ^


, V'?. des nations qui' auront signé c o contrat (désigné ci-après Comité)i ?;":., J

V. ..'.5 k a conpétence et' los modalités d'action du Comité do Direction . '" ...
.:'•"•*• ,1 sont fixées dans l o protocole joint on annoxo B,: ;;•_.> •.-•'".';'.

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.. • "-..;• vention directe dans les contrats passés...Los Décisions"'dû' Comitéi .'••. '•£?$'
"•'•' .dovront toutofoio Ôtro rospccté'os par les organisuos coûpétents d o l e • £ -'•
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2«'1»«- La B.R.D.- ot l a R,F.. fb^irniront dos .contributions financières égales ".v'v-^
. /:v;v-, ayant pour objet do 'couvrir los f r a i s dorechorchos et d'étude, -ainsi v | >
' •; ",i ^o.;do";cohstructicmvot*'4Vc^riiaentati'(jn.''idb firototypoa d'un aystèmo ^ ^ l
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l •'" "* d'armes Sol-Air Basso Altitudo Temps Clair dostiné a accompagner 16s fïj?&
:• :.y. unités' combattantos#-::^;.'-;,;;<;ï;.;';;--!;>/^ .. :;{.;:_:-;•,••; '.^-. :••'../:. .v-:^.-'-...-;. ''. ^y£&k
:';."/ Pouf l o s o s s a i à H eonstruptoura , ^offoctués.'par : iosrCcfttros Offi-.^.;^
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; " ; c i o l a d'un pays, co pays facturera à l r a u t r o l a moitié dos f r a i s -^V>;^v
••••'••• •"• 'v'- - •• . -\•..•,-•-•••:>%,.>;4v^^=r';'v^v"-;v^'-.;>;^i-..-• • ; • ' ' • ' ' ^ À . ^ - r o - , / ' < • --^.•.;^>,îv:-;.;,;
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'>'• Lon" cosais "Etat' 1 cffoetu(Î3 dàn3 un paya no donneront lieu à . '^-I.,::
?:X<* aucune facturation à l'autre-pays, ni do-frais de poraonnols, n i do ; : ; ' ^ .
"v -frais divdrs, dans l à mesure oii.il s ' a g i t do frais qui* dont en tout l ^ 1 ^
'-.'-..l'état do cause exposés de façon courante. Par contre l e s fraie do , - '.:>f.
.;."'••''•'. personnels e t l e s fraie-divers 'qui "seront spécialement exposés pour ces .v
.'V, ,v' essais "Etat" seront facturés à 1 lautro-pays à raison do ,50 J» do leur^ifv'
_'' ..montant» ; •'• •';"','"' •:."'."'.'r-'>";'.; •'.''' -';. '•"'• • • r -• • ..- ^ '• •• '_•• J ^ I ' A ^
, • - • : • ' . • • • . • • • ' : " • ; ' ' ; " • • ' • ' . • > ' • ' . • ' • * ' • • • ' • • ' • ' • ' • • ' • • • ; . - • • _ . • • • • • ' . • • • • • ' ' » • . ' : - • ' . . - • ' ' • ; • ^ M % k

<S2*t Los partios contractantes conviennent do consacrer un montant do. *' ;'-Kçf^
' 7 2 ililliona de franca au financement de Ifétudo, aoit 36" millions • d o ^ J i f
' '• - francs à l a chargo do chaque pays.» ••"?•?••.'. . -.-- '•^•0^3;a
2.JV-. L'étude comportera uno phase préliainaire e t deux phases u l t ê r i c u r e s ^ ' v ^
••'• '••' ' À '•.-.'-. ' • ' • ' " • . • • ' -'.' . . • • . : . • .: .,. . - ' ••' •' ' . •. "; ': . .-. i^i'ZtS1
*•'*?.!• •-• "'•\*> - '• ''. "-'.-' t "' " T ' •*•"•" ..'."-: '-?^éJS?
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;;;-,; a; Dans uno phase ^préliminaire a l l a n t jusqu'au 30 Juin 1964 chaque "3|£p£
••••'. pays poursuivra l e s travaux 'déjà entrepris e t susceptibles do " '''M§0.
v
,:.•/:• s'appliquer à l*étude p r o j e t é e Lés dépenses ainsi effectuées, dans'•&*'•?•
:'"Y4>~\:'.ï'î chaque pays du 1er janvior-1964 au 30 .Juin 1964 no pourront ôtro
M
{•••X- .;-;.. déduitos de l a quota part*prévue à l ' a r t i c l e 2-2 quo dans l a mesure;
< ^>v : où l a consistance des travaux correspondants s'appliquant au projet:
. . ; • ; . . aura éré approuvée-par l o Comité. A cet effet un rapport sera preVJ^
t r ': sente par chaque pays à ce Comité pour l e 1er Octobre 1964» ot la>^
doci3ion du Comité interviendra avant l o 31 Déocmbro 1964.' V~"

b) La première phase d r étudo financéo en* commun commencera l e 1er Juil— "-";'
lot 1964» Cotte phase' correspondra essentiellement à l ' é t u d e e t à ''•;"'
la réalisation de prototypes d'un" 3V3tèmo d'armo pour l o t i r do jour
. - ; conformo aux spécifications m i l i t a i r e s et techniques j o i n t e s en ' ,.:~:ï.£
•*annoxe.. '•,- ;; . . ' : ' ; • .'•'•Vv:-,v • ":•[••• ••':•••' :
" • .• " y " ' : > ' i ; : ^

c ) ( La deuxième phaosd'étudb financée on commun, dont l e s travaux .de basa" ;


î commenceront également l o . î e r J u i l l e t 1964 correspondra essentiel- - ^ : .
i';.-;•'• lemcnt à l'adaptation de 1!arme au t i r do nuit dans ioa mêmes con-/.•(•?•>•
.H" ••. • ditions atmosphériques dt' quelles que soient l e s conditions d ' é c l a i ^ -
•: V' ri- ,' rcraont naturel» Los porformenecs dovraient r e s t e r loa mémos quo . . v - r
-.'•'•/;•-.• v. "001103 prévuos à la-phase précédente. ,/ • 'v'^
2*4»?' Si certains travaux do l a phoao préliminairo n'ont pu ôtro-tontines au.; •
••••'• "1er J u i l l o t 1964, ceux-ci pourront être poursuivis sur autorisation ^':\Kyi
-•• ...J\ expresse du Comité» ': 'J:. ,...-,•.:,,...!.,;. • / .,.'''••..'•'' . .. " • : w .; '%•':?&

-r'V-.'..'v-*•'•;• Los dépensos correspondantes pourront 3trc déduites-do.ïa quoto^>:^


>- --J"- part "prévue à l ' a r t i c l e 22 dans l a racsuro où l a consistanco dc3 t r a - -%^ï
>••:'•; vaux correspondants s'appliquant au projet aura é t é approuvée par l e '-c;!
.••>"••'•••;•'>,'OcmitAi, ' ' •-.-- ' ' " ; . ; : • . ' ' , . - - • ' . : • . . :. •>•.".-••. , - . - . • • : . z - J ? & : î

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2..5i»r? Les p a r t i e s ccartractantea s'engagent à prendre, avant l e 31 Décembre


' " %1964, aur l a base dos premiers r é s u l t a t s obtenus jusque l à , uno d é c i » ^ i v
sion sur
sur l a poursuite de .1!étude» décision qui pourra ctre : *; > ^ ^ | S ^