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Cliniques méditerranéennes, 64

Mouzayan Osseiran-Houbballah

Une jouissance déshumanisante :


une filiation par la terreur

Les enfants-soldats, nouveaux « instruments de mort » de notre siècle,


sont actuellement 300 000 dans le monde. Hormis le fait que ces « outils
vivants » des conflits armés hors les lois de la guerre étaient et sont utilisés,
puis jetés et oubliés par les adultes, leur instrumentalisation en « machines
de mort » provoque chez eux un sentiment déshumanisant et une jouissance
interdite, puisqu’ils s’engagent dans une lutte contre l’autre qui s’inscrit dans
un contexte où le mal est impliqué.
Je tenterai ici essentiellement de dire ce qui, de cette horreur entendue
là-bas, au Liban, lors de mes rencontres avec d’anciens enfants-soldats,
frappe au plus intime, car je ne veux pas en rester au hurlement a-humain,
figée dans une paralysie devant l’horreur et sans aucune efficace ni pour eux,
ni pour moi.
À préciser toutefois que mon approche clinique repose spécifiquement
sur ces rencontres que j’ai pu avoir avec certains ex-enfants-soldats libanais
dix ans après la fin de la guerre. Une lecture psychanalytique de leurs pas-
sages à l’acte de terreur montre qu’il s’agit d’une jouissance déshumanisante
que la majorité des enfants-soldats ont vécue.
Je reprendrai cette question en évoquant ma rencontre avec un ex-
enfant-soldat que j’ai appelé Farid. Sera accentué dans son histoire et ses pro-
pos ce qui fait trait commun avec d’autres anciens enfants combattants.
Il faut cependant souligner que l’histoire personnelle de chacun d’entre
eux offre une lecture particulière de cette jouissance qui est en rapport avec
son expérience subjective.

Mouzayan Osseiran-Houbballah, psychologue, psychanalyste, 17 rue Albert Bayet, 75013 Paris.


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L’HISTOIRE DE FARID

Farid est un grand jeune homme très mince, âgé de 35 ans. Il a un visage
aux traits réguliers mais crispés et ses gestes sont contenus par une cigarette
qui ne s’éteint jamais. Il se dégage de lui l’impression d’un malaise intérieur
profond à la fois réprimé et cependant « offert ».
Il raconte son histoire qui recoupe celle de son engagement dans la
guerre civile sur un mode haineux, où l’affect fluctue entre rage et culpabi-
lité.
« Occasionnellement », c’est-à-dire quand il a besoin d’argent, Farid est
chauffeur de taxi. Célibataire, il vit toujours dans la maison familiale.
Aîné de sept enfants, il ne garde de son enfance que de mauvais souve-
nirs. Avec son père, il avait une relation de terreur. Celui-ci était sombre,
sévère, le frappant pour la moindre faute. Farid n’osait pas le regarder, il
pense que son père était un monstre.
« Relation de terreur », « monstruosité », donc. Deux métaphores pater-
nelles assez terrifiantes qui marquent au fer (comme on le verra par la suite)
les actes et l’histoire de ce combattant.
À 13 ans, Farid a décidé de ne plus aller à l’école. Il était dans une situa-
tion d’échec scolaire difficile à vivre. À 15 ans, il a fait une tentative de sui-
cide. Une question se pose : que s’est-il passé pendant la pré-adolescence et
l’adolescence comme changements physiques et psychiques qui l’ont amené
à prendre la décision consciente d’attaquer son corps avec l’intention de
mourir comme conséquence de cette attaque ?
Entre 14 et 15 ans, Farid a perdu son père. Il a oublié la date. Cette date
réveillerait-elle en lui sa rencontre « réelle » avec l’accomplissement de son
vœu de meurtre à l’égard de ce père ?
Ainsi, l’adolescence a été marquée par l’échec scolaire, la dépression, le
suicide, la mort du père, mais aussi par la mort tragique du frère cadet.

LA RUPTURE : L’ÉVÉNEMENT TRAUMATIQUE

Farid insiste sur l’ancienneté et la permanence d’un malaise qui fait coïn-
cider le trouble qu’il ressent avec le trouble qu’il a ressenti. Il était en train de
crier son malaise à travers une enfance malheureuse où déjà « son corps »
subissait la fureur et la terreur de l’autre (paternel) au nom de l’Autre (Dieu).
Toutefois, il convient de remarquer que le moment évoqué comme mar-
quant le début de troubles avec son corps, « la rupture », est celui où une
bombe a déchiqueté le corps de son frère.
Il dit : « J’ai continué à vivre dans la souffrance jusqu’au moment où une
bombe a déchiqueté le corps de mon frère… À cet instant, j’ai senti que je
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n’avais plus d’âme, je suis devenu un autre… J’avais l’impression que mon
âme s’était séparée de mon corps… Je n’avais qu’une idée en tête : me ven-
ger. »
Si je m’arrête sur cette énonciation, c’est parce qu’elle constitue, me
semble-t-il, la toile de fond de cette haine fratricide à l’égard de l’autre à la
fois semblable et étranger, dont la transformation en déchet induit une jouis-
sance déshumanisante à laquelle le sujet s’identifie.
En effet, on peut comprendre cette énonciation littéralement de la
manière suivante : « J’ai continué à vivre dans la souffrance jusqu’au moment
où mon frère est mort. » Farid ne se rend pas compte de l’ambiguïté de ce
qu’il dit, à savoir que l’événement malheureux de la mort de son frère a
représenté pour lui une délivrance.
Et, pour satisfaire son désir de vengeance, Farid trouve un cadre idéal, la
guerre civile, dans laquelle vont se jouer tous ses conflits.

LA HAINE FRATRICIDE À L’ÉGARD DE L’AUTRE, À LA FOIS SEMBLABLE


ET ÉTRANGER

La vengeance est devenue son seul objectif : elle lui permet à la fois d’as-
souvir sa haine de l’autre – dont son frère était alors la cible – et de sauve-
garder son amour pour le frère mort. Cette dichotomie entre haine et amour,
entre âme et corps et entre vie et mort est devenue pour lui une sorte de nou-
velle structure déterminant son mode de fonctionnement dans la vie.
De ce fait, la lutte fratricide inconsciente entre ces deux frères (aîné et
cadet) rappelle le drame de Caïn et Abel, avec pour différence la réalisation
de l’acte de mort. Dans le mythe de Caïn et Abel, le meurtre se produit dans
la réalité : Caïn tue son frère Abel 1. Tandis qu’ici, Farid tue fantasmatique-
ment son frère. La bombe qui déchire le corps de celui-ci vient exaucer un
souhait ardent chez lui. Par ailleurs, le dévoilement subit et violent de son
fantasme inconscient l’atteint dans son corps même.
Une sorte de dédoublement s’effectue entre les corps de ces deux frères.
Son propre corps devient cadavre, comme celui de son frère. Celui-ci est « un
double semblable… réel projeté sur une surface extérieure 2 ».
« Mon corps s’est séparé de mon âme », c’est-à-dire qu’il ne sentait plus
son corps. Le corps est alors devenu comme mort, déchet comme le corps de
l’autre. Cependant, il était là pour le constater.
C’est l’accident, à entendre ici dans le sens qui a prévalu depuis Aristote
jusqu’à la fin du XIIe siècle, celui de « hasard malheureux ». « L’accident, tout

1. P. Gibert, 1983, p. 120.


2. Ph. Gutton, 1996, p. 86-87.
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comme l’événement, c’est ce qui arrive, mais de manière contingente […] La


contingence s’oppose à la nécessité qui fait que l’accident est avant tout coïn-
cidence 3. » C’est l’incalculable : c’est ce qui fait rencontre avec le réel.
Cet événement traumatique qui atteint Farid comporte à la fois une part
de réel qui relève de l’accident, l’indicible de la rencontre, et une part de sub-
jectivité par laquelle lui, le sujet, est marqué.
« Je n’avais plus d’âme » est une métonymie qui désigne son être situé
entre le corps et l’âme. Il me semble qu’il était là en dehors de la scène, en
spectateur de lui-même, regardant ce corps et cette âme – un corps mort et
une âme anesthésiée. À partir de cet instant, il est devenu un mort-vivant qui
ne cesse de perpétuer sa souffrance.
Mais cette association : « Je suis devenu un autre », montre à la fois sa
dépersonnalisation devant la métamorphose qu’il vient de subir et son senti-
ment d’inquiétante étrangeté devant la naissance d’un autre (de lui…). La
suite des événements a montré qu’effectivement un nouvel être, avec une
nouvelle identité, un nouveau nom, va se positionner dans ses agirs et ses
actes durant toute la période de la guerre civile.
Économiquement parlant, c’est « un modèle […] de réduction des altéri-
tés ». Farid « y fait appel afin d’aménager les potentialités trop divergentes
qu’il ressent en lui : interrogations… étrangetés et persécutions 4 ». Ce jeune
homme est resté dans l’indifférenciation, la confusion qui interdit l’indivi-
duation. Il n’existe pas. Toutefois, la question litigieuse est celle-ci : pourquoi
le dédoublement se déclare-t-il avec le corps déchiqueté du frère cadet ?

INSTRUMENTALISÉ EN MACHINE DE MORT,


OU JOUISSANCE ET SENTIMENT DÉSHUMANISANT

La jouissance inconsciente qu’on a pu déduire de la mort de ce frère a


déclenché une culpabilité immense. Et cela parce qu’il était confronté à l’hor-
reur de sa jouissance ignorée de lui-même. Ainsi le fantasme dévoilé l’a-t-il mis
devant « le vertige de sa nuit intérieure 5 ».
Par ailleurs, Farid était sidéré, fasciné par une jouissance qui l’envahis-
sait quand il tirait sur les autres, jouissance dont il était à la fois conscient et
saisi, particulièrement quand il a été surnommé « père de la terreur » (je
reviendrai sur ce point par la suite).
Voyons d’abord d’où émane cette jouissance et quelle est sa source ?
Selon la thèse de Freud sur le principe de plaisir, le sujet cherche une autre

3. G. Briole et al., 1994, p. 95.


4. Op. cit., p. 86.
5. R. Gori, 1991, p. 21.
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satisfaction au-delà du plaisir conçu comme apaisement de la tension, une


autre satisfaction. C’est cela que Lacan va désigner du terme de jouissance.
« Et satisfaire la pulsion, comme l’indique le terme d’au-delà, c’est donc fran-
chir une limite : la barrière du plaisir. » Ce franchissement qui est un débor-
dement « par rapport aux fonctions vitales, au maintien de la vie, implique
une mise en jeu de la vie du sujet ». De ce fait, ce franchissement inhérent à
la pulsion sera appelé pulsion de mort 6.
C’est une jouissance déshumanisante. Une jouissance où le sujet trans-
forme l’autre en déchet auquel il s’identifie. Il rejoint par son acte la part de
lui-même qu’il a exclue (« mon corps s’est séparé de mon âme », dit Farid)
« et dont paradoxalement il ne peut se séparer 7 ». Il frappait là où l’avait
atteint le corps (de l’autre). C’est, selon R. Gori 8, une aliénation spéculaire.
Dans son agir, il cherchait en vain sur les visages de ses victimes la réminis-
cence d’un affect, « cherchant à fixer […] spéculairement les traces d’une
jouissance qui s’envole […] dans la contrainte de répétition 9. »
Ce qui s’impose à lui, c’est donc une jouissance interdite, une jouissance
du corps hors symbolique, non corrélée à la castration et sur laquelle rien ne
peut être dit. D’ailleurs, la jouissance (comme l’expliquent Freud et Lacan)
est tout ce qui n’est pas couvert par le langage. Elle ne relève donc pas de
l’ordre du symbolique, c’est-à-dire que, comme tout ce qui échappe au sym-
bolique, elle est de l’ordre du réel.
Mais, à côté de cette jouissance, de cette mise en jeu de la vie, coexiste,
comme je l’ai mentionné plus haut, une autre jouissance qui est en rapport
avec l’utilisation de son arme. D’un côté, « la prise du pouvoir par les armes
et la jouissance non barrée par la castration qui s’ensuit » représentent un
« enjeu incestueux [qui] engendre une violence sans limites 10 », particulière-
ment dans les guerres civiles. D’un autre côté, cette arme « qui relève de
l’ordre de la jouissance phallique 11 » est destinée à lancer des rafales et à
atteindre le corps de l’autre, le pénétrer, le déchiqueter, le posséder.
Cette jouissance d’être instrumentalisé par les armes en machine de mort
a valeur d’une passion narcissique. Ce qui est retiré à l’objet revient dans le
moi : de ce fait, il y a une relation de compensation entre investissement d’ob-
jet et investissement du moi (auto-érotisme) 12. L’équivalence entre l’arme et
le membre viril fait de la première un substitut auto-érotique.

6. D. Sylvestre, 1995, p. 237.


7. R. Gori, 1993, p. 51.
8. Ibid., p. 50.
9. R. Gori, 1991, p. 18.
10. A. Houbballah, 1996, p. 110.
11. Ibid., p. 124.
12. S. Freud, 1907, p. 87.
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LA « TERREUR », UNE MÉTAPHORE DU NOM-DU-PÈRE

En accédant à un grade supérieur dans la milice, Farid fut surnommé


« père de la terreur ». Cet enfant-soldat était particulièrement sensible à
l’image que lui renvoyaient ses pairs. Mais cet effet miroir le rendait dépen-
dant des catégories de combattants les plus impitoyables dans lesquelles son
comportement et les catégorisations de ses chefs l’avaient enfermé. En effet,
ceux-ci ont favorisé la formation insufflée par le monstre de cruauté, « son
père ».
C’est un signifiant qui lui est attribué et qui l’autorise à toutes sortes de
violences. Cette appellation, « père de la terreur », fait de lui une source
inépuisable d’initiation à l’horreur. En effet, chaque acte commis consolide sa
réputation et anticipe sur ce qu’il est capable de faire. Rien ne l’arrête et
aucune instance n’a le pouvoir de le réfréner. Farid a fait de sa violence une
base de son identité, un socle qui ne peut être ébranlé sans le mettre en péril.
Avec ce surnom, il est devenu le père de son père 13. Autrement dit, il est
devenu le père d’une métaphore du nom de son père, c’est-à-dire qu’il a
dépassé son père dans la cruauté. Ce trait unaire avec le père l’a placé dans
« un rapport intime d’inquiétante étrangeté 14 » qui lui a révélé son erreur.
Par ailleurs, les combattants s’approprient souvent une telle appellation
dans un sens dissuasif, indiquant qu’ils s’installent dans la paternité de la
violence et demeurent esclaves de cette fonction.
Cette paternité trouve sa justification dans la langue, à partir des lettres
qui la constituent : A-B (Père) représente les premières lettres de l’alphabet ;
A (aleph) désigne Dieu, et Aleph-Bé désigne le père. La langue est donc struc-
turée dans son essence même à partir du fondement « Dieu-Père », ce qui
donne au signifiant une légalité et une légitimité suffisantes à tout passage à
l’acte. De ce fait, il ne peut avoir un effet que menaçant lorsqu’il représente le
sujet dans la position du père de la chose.
Dans cette métaphore de « père de la terreur », Farid « cherchait en vain
les traits et le visage de l’horreur », de la terreur que lui inspirait son père,
afin « d’imprimer ce qu’elle échoue à figurer dans le langage 15 ». Car la ter-
reur paralyse la parole. Elle réalise par l’acte (visuel) ce qui était exclu du
psychisme. Faute d’être symbolisés, les événements traumatiques se maté-

13. En Orient, le fils aîné, en général, nomme son fils aîné par le prénom de son père. D’emblée,
il est désigné par une nomination qui porte le mot père : abou, et le prénom de son propre père.
Par exemple, Abou Ali : abou, père ; Ali étant le prénom de l’aïeul et du fils.
14. J.J. Rassial, 1990.
15. R. Gori, 1993, p. 55.
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rialisent par la compulsion, d’où l’expression de R. Gori, « la terreur appelant


la terreur 16 ».
Cette formule constitue le prototype même de l’acte qui répète et fait
revenir la terreur du père. Ces répétitions obéissent à quelque chose d’autre
qui outrepasse le principe de plaisir et que Freud a appelé un « au-delà du
principe de plaisir ». Dans ce cas, le champ est ouvert à une jouissance ima-
ginaire sans limite. Le sujet s’installe dans la répétition sans fin puisqu’il
échappe à cette instance qu’est la castration symbolique.
À l’extérieur, Farid était dans le rôle de son père face à la fratrie, il terro-
risait les autres.
Dans ce contexte, la douleur de l’autre vient à la place de la sienne qui
est restée « forclose ». Elle vient suppléer son moi anéanti. En infligeant aux
autres sa souffrance physique, qui est restée non symbolisée, il cherche à la
voir sur leurs visages. Il devient de ce fait « l’auteur et le produit de son
acte 17 ».
Cet ex-enfant-soldat est devenu ce qu’il ne voulait pas être, ce qu’il
détestait, une copie de l’autre. Il s’efforçait ainsi de n’être que l’autre recom-
mencé.
Enfin, ce que j’ai essayé de souligner me semble essentiel quant à l’im-
pact du traumatisme dans la violence des guerres. Il ne s’agit pas seulement
d’une maladie de l’appareil psychique ou du soma, mais d’une souffrance
qu’il faut inscrire dans une pandémie de l’humanité, et qui touche environ
300 000 enfants-soldats.
Un exemple saisissant à cet égard est le cri qui traverse toute l’œuvre de
Primo Levi : ce ne sont pas seulement le corps et l’âme qui demeurent bles-
sés, c’est aussi « le sentiment d’appartenance à l’espèce humaine ». Ce cri-là
a pu être entendu, de façon ambiguë, dans le discours des combattants ren-
contrés, notamment à travers celui de Farid, qui se sentait « déshumanisé ».
Celui-ci découvre que, dans la guerre, il était à la recherche de quelque
chose, et qu’il a abouti par ses actes à ce sentiment de déshumanisation. Il
était en train de me demander une confirmation de son appartenance à l’es-
pèce humaine – « Dites-moi que je suis encore un être humain » –, parce qu’il
regrette… parce que ce n’est pas ça qu’il voulait, parce qu’il a commis beau-
coup de fautes…
La revendication d’appartenance à l’espèce humaine est légitime. Il n’y
a pas une idéologie, une religion, une race ou une couleur qui puisse empê-

16. Ibid.
17. Ibid., p. 51.
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cher cette appartenance. Et pourtant, la politique qui consiste à enrôler de


force les enfants dans les groupes armés, à les instrumentaliser en machines
de guerre, non seulement dénie leur appartenance à l’espèce humaine, mais
efface ensuite leur trace de la mémoire humaine.
Le déni et l’effacement ne sont qu’une forme de destruction psychique
totale, de meurtre collectif.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

BRIOLE, G. et al. 1994. « L’événement traumatique », dans Le Traumatisme psychique, ren-


contre et devenir, Paris, Masson, p. 95.
FREUD, S. 1907. « Les explications sexuelles données aux enfants », dans La Vie sexuelle,
Paris, PUF, 1969, p. 87.
FREUD, S. 1920. « Au-delà du principe de plaisir », dans Essais de psychanalyse, Paris,
Payot, 1981, p. 43-116.
GIBERT, P. 1983. Mythes et récits de commencements, Bible, Paris, Grasset, p. 120.
GORI, R. 1991. « Acting out-de-parole », Cliniques méditerranéennes, 29/30, p. 18-21.
GORI, R. 1993. « L’horreur en vue », Cliniques méditerranéennes, 29/40, p. 51-55.
GUTTON, Ph. 1996. « La preuve par les autres », dans Adolescens, Paris, PUF, p. 86-87.
HOUBBALLAH, A. 1996. Le Virus de la violence, Paris, Albin Michel, p. 103-130.
RASSIAL, J.J. 1990. « Moments de folie », dans L’Adolescent et le psychanalyste, Paris,
Payot, p. 133.
SYLVESTRE, D. 1995. « Pulsion de mort et jouissance », dans La Haine, la jouissance et la
loi, Paris, Anthropos, p. 237.

Résumé
La fin du XXe siècle est marquée inéluctablement par ces nouveaux « instruments de
mort », les enfants-soldats que l’adulte utilise dans ses guerres.
L’auteur analyse, à partir de ses rencontres au Liban avec quelques ex-enfants-soldats,
cette horreur entendue dans leurs actes de terreur, qui frappe au plus intime et qui
induit une jouissance déshumanisante, une jouissance interdite dans laquelle la majo-
rité d’entre eux ont été impliqués.
À travers la présentation de l’histoire d’un ex-enfant-soldat, l’auteur s’interroge éga-
lement sur la filiation de cette terreur – de père en fils –, qui marque au fer les actes
de ce dernier. Par leur répétition compulsive, ceux-ci font revenir la terreur du père
qui, faute d’avoir pu être symbolisée, est restée « forclose » dans le psychisme du fils.

Mots clés
Guerre civile, relation de terreur, haine fratricide, jouissance interdite, passion narcissique,
souffrance psychique, meurtre collectif.
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A DESHUMANISING PLEASURE : A FILIATION BY TERROR

Summary
The end of the 20th century was inescapably marked by these new « instruments of
death », the child-soldiers used by adults in their wars.
Based on interviews with a number of former child-soldiers in Lebanon, the author
analyses the implicit horror of their acts of terror, that strikes so intimately and leads
to a deshumanising pleasure, a forbidden pleasure in which the majority of them
were involved.
The author also investigates, through a presentation of the story of one of these for-
mer child-soldiers, the filiation of this terror – from father to son – that permanently
brands the acts of the latter. By their compulsive repetition, they bring back the terror
of the father which, not having been symbolised, has remained « debarred » from the
psyche.

Key words
Civil war, relationship of terror, fratricidal hatred, forbidden pleasure, narcissistic passion,
psychic suffering, collective murder.