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Comptabilité

CONTRÔLE CONJOINT ET CONSOLIDATION


PAR INTÉGRATION PROPORTIONNELLE :
REMISE EN QUESTION PAR L’IASB ET RÉACTIONS
proportionnelle, en s’appuyant sur une incohérence,
jusque-là ignorée, entre ce type d’intégration et le cadre
Pierre SCHEVIN
conceptuel. Or, le projet de l’IASB, bien que motivé, suscite
Professeur à l’Université
de Strasbourg, de nombreuses réactions négatives, elles aussi non dénuées
Ecole de management, de fondement. L’objectif de notre étude est d’analyser
Diplômé d’expertise comptable les propositions qui ont été soumises à discussion et
de présenter les réponses qu’elles ont suscitées.
Dans la première partie de l’article, nous verrons d’abord
quels sont les principes actuels de la norme IAS 31
“Participations dans des coentreprises”. Nous procéderons
ensuite à l’examen du projet de modification ED 9
1RE PARTIE : ÉVOLUTION PRÉVUE
aboutissant à éliminer l’intégration proportionnelle.
DE LA NORMALISATION Dans la seconde partie de l’article (à paraître dans un
prochain numéro de la RFC), nous étudierons les critiques
et commentaires que le nouveau point de vue de l’IASB
a soulevés.
L a consolidation des coentreprises pose un problème
particulier en raison de l’absence de contrôle exclusif,
lequel, s’il existait, caractériserait une filiale, qui serait A l’heure actuelle, il existe trois méthodes principales de conso- 31
intégrée “globalement”. La méthode de référence, lidation : l’intégration globale, l’intégration proportionnelle et la
applicable actuellement en cas de contrôle conjoint, mise en équivalence. Les principes à appliquer découlent de
est l’intégration proportionnelle. Or, cette méthode trois normes internationales : IAS 27 Etats financiers consolidés
recommandée par l’IAS 31 (1) est remise en question par et individuels, IAS 28 Participations dans des entreprises asso-
l’IASB dans le cadre de son projet ED 9 (2), au profit de la ciées, IAS 31 Participations dans des coentreprises, et ont été lar-
méthode de mise en équivalence. Celle-ci était jusqu’à gement repris par la réglementation française du CRC (5). Le
recours à l’une ou l’autre des méthodes de consolidation
maintenant prônée pour les sociétés dites associées (3),
dépend en principe de l’importance du contrôle, mais le cas des
c’est-à-dire non pas contrôlées, mais sous influence notable.
coentreprises apparaît particulier, étant donné qu’une option
Toutefois, l’application de la méthode de mise en équivalence est ouverte dans la réglementation internationale (intégration
constituait déjà une solution alternative pour l’IAS 31 (4). proportionnelle = traitement de référence, ou mise en équiva-
De plus, elle représente la méthode de référence aux USA. lence = autre traitement autorisé), et non dans la réglementa-
Dans une optique de convergence des normes IFRS et tion française (intégration proportionnelle = seule méthode
américaines, l’IASB s’est engagé dans un projet de réforme autorisée). De plus, la réglementation internationale envisage
aboutissant à supprimer la consolidation par intégration des formes particulières d’accords, qui correspondent à des for-
mules différentes des coentreprises au sens strict, et qui ne sont
pas spécifiquement abordées par le CRC.
Dans un premier temps, nous allons présenter la réglementation
actuelle telle qu’elle découle de l’IAS 31 en envisageant les
Résumé de l’article formes possibles du contrôle conjoint, les méthodes à appliquer
et les informations à fournir. Dans un second temps, nous ver-
L’IAS 31 actuellement en vigueur réglemente la consolida- rons quelles sont les raisons justifiant le projet de nouvelle
tion des coentreprises et distingue trois catégories d’accords
découlant d’un contrôle conjoint. Cette norme préconise
l’application de l’intégration proportionnelle pour les entités
contrôlées conjointement, mais le projet ED 9 envisage, pour
plusieurs raisons, internes et externes au référentiel de l’IASB, 1. IASB, IAS 31, Participations dans des coentreprises, 2005, §30.
d’éliminer la méthode préférentielle actuelle au profit de la 2. IASB, ED 9 Joint Arrangements, septembre 2007.
mise en équivalence. De plus, le nouveau texte s’efforce de 3. IASB, IAS 28, Participations dans des entreprises associées, 2005, §13.
renforcer le principe de la prééminence de la substance dans
l’analyse des accords, celle-ci devant être privilégiée pour leur 4. IAS 31, §38.
comptabilisation. 5. Comité de la réglementation comptable, Règlement CRC 99-02 relatif aux
comptes consolidés. 
R.F.C. 423 Juillet-Août 2009
Réflexion

norme et quels sont les principes et modalités de consolidation Un exemple d’activité contrôlée conjointement est celui où des
préconisés. coentrepreneurs se regroupent pour produire et commercialiser
un produit particulier, tel qu’un avion. Chacun des coentrepre-
neurs est chargé d’une partie du processus de production.
LA NORME IAS 31
Chacun assume ses propres coûts et obtient une quote-part du
“PARTICIPATIONS DANS DES COENTREPRISES” produit de la vente de l’avion. L’accord prévoit aussi le partage
des charges encourues en commun.
Il importe de préciser que le terme “coentreprises”, tel qu’il est
utilisé dans l’intitulé de la norme, est à entendre au sens large ■ Les actifs contrôlés conjointement
d’« accord de partenariat », et qu’au sein de la norme il va lui Il s’agit d’un autre type d’accord, qui n’implique pas la création
être donné un sens plus restreint, correspondant à une forme d’une société distincte des coentrepreneurs eux-mêmes. Il
particulière de partenariat. prend souvent la forme d’une copropriété. Les actifs sont appor-
tés pour permettre de réaliser l’objectif poursuivi par le partena-
PRINCIPES GÉNÉRAUX riat. « Chaque coentrepreneur peut prendre sa quote-part de la pro-
Existence d’un accord contractuel duction générée par les actifs et assume une part convenue des
charges encourues » (9). Un coentrepreneur exerce, par le biais de
La norme IAS 31 donne d’abord plusieurs définitions qui font
sa quote-part dans l’actif contrôlé conjointement, un contrôle
référence à un contrat :
sur sa part dans les avantages économiques futurs.
• « le contrôle conjoint est le partage convenu par contrat du
Des exemples peuvent être trouvés dans le secteur du pétrole
contrôle sur une activité économique, et il n’existe que lorsque les
(contrôle et exploitation conjointe d’un oléoduc), du gaz et de
décisions stratégiques financières et opérationnelles correspondant l’extraction de minéraux.
à l’activité imposent le consentement unanime des parties parta-
geant le contrôle (les coentrepreneurs) » (6), ■ Les entités contrôlées conjointement

• « une coentreprise est un accord contractuel en vertu duquel deux Ces entités correspondent aux coentreprises au sens strict, et
parties ou plus conviennent d’exercer une activité économique sous impliquent la création d’une société, ou d’une autre entité, dis-
contrôle conjoint » (6). tincte des coentrepreneurs, dans laquelle chacun de ceux-ci
détient une participation. « L’entité fonctionne de la même maniè-
Ensuite, la norme donne des précisions au sujet de la nature des re que toute autre entité, si ce n’est qu’un accord contractuel conclu
32 questions traitées par le contrat (8) : entre les coentrepreneurs établit le contrôle conjoint sur l’activité
• l’activité, la durée et les obligations de communication finan- économique de l’entité » (10). L’entité contrôle les actifs, contracte
cière de la coentreprise, des dettes, supporte des charges et réalise des produits. Chaque
coentrepreneur a droit à une quote-part dans les bénéfices de
• la désignation des membres du Conseil d’administration (ou
l’entité contrôlée conjointement.
autre organe de direction) et les droits de vote des coentrepre-
neurs, Un exemple particulier concerne une entreprise qui désire s’im-
planter dans un pays étranger et qui est amenée à s’associer
• les apports en capital des coentrepreneurs,
avec l’Etat étranger (ou un organisme public du pays) par le
• le partage entre les coentrepreneurs de la production, des biais d’une entité distincte, contrôlée conjointement.
produits, charges ou résultats de la coentreprise. L’acceptation de cette formule d’association est une condition
pour s’implanter dans le pays en question.
Formes des accords
La norme procède à l’identification de trois grandes catégories
Dans l’IAS 31 la forme juridique apparaît déterminante pour
d’accords.
distinguer les entités contrôlées conjointement, qui seront
■ Les activités contrôlées conjointement consolidées, des autres formules d’accords conjoints.
Elles consistent en l’utilisation d’actifs et autres ressources
appartenant aux coentrepreneurs, plutôt qu’en la création
d’une société particulière. Chaque coentrepreneur se sert de ses
propres immobilisations corporelles et a recours à ses propres Abstract
stocks. Chacun assume ses propres charges et ses propres
dettes, et il recherche des financements, qui représentent des
obligations qui lui sont propres. The IAS 31 currently in force regulates the consolidation of
joint ventures and distinguishes 3 categories of agreements
ensuing from a joint control. This standard advocates the
application of proportional integration for jointly control-
led entities, but project ED 9 considers, for several reasons,
internal or external as regards the IASB system of reference,
6. IAS 31, §3 Définitions, alinéa 4.
eliminating the present preferential method in favour of
7. IAS 31, §3 Définitions, alinéa 5. equity method. Moreover, the next text endeavours to rein-
8. IAS 31, §10. force the principle of pre-eminence of the substance in the
analysis of agreements, which is to be favoured for entering
9. IAS 31, §18.
them in the accounts.
10. IAS 31, §24.

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Comptabilité

MÉTHODES DE COMPTABILISATION ■ Formats de présentation


Absence de consolidation Deux possibilités sont ouvertes pour la présentation des postes
intégrés de façon proportionnelle.
■ Activités contrôlées conjointement
Le premier format correspond à une sommation “ligne par
Elles n’entraînent pas la mise en œuvre d’une consolidation. Les
ligne”. Elle consiste en un regroupement de la quote-part de
partenaires procèdent chacun de leur côté à une comptabilisa-
chacun des actifs, passifs, produits et charges avec les postes
tion dans leurs propres états financiers :
similaires (immobilisations corporelles, stocks…) dans les états
• d’une part des actifs contrôlés et des dettes encourues, étant financiers de l’entreprise consolidante.
donné qu’il s’agit d’éléments individuels,
Le second format établit une distinction entre les éléments
• d’autre part des charges supportées et de la quote-part des contrôlés conjointement et ceux contrôlés exclusivement. La
produits leur revenant. présentation sous forme de “postes distincts” permet de ne pas
L’absence d’obligation d’une comptabilité séparée correspon- mettre sur un pied d’égalité du point de vue de l’information
dant à l’activité contrôlée conjointement n’exclut pas la possibi- financière des éléments dont le degré de contrôle n’est pas le
même.
lité de présenter des états financiers spécifiques. En particulier,
l’établissement de comptes de gestion permet d’évaluer la per- Les deux formats de présentation aboutissent à des montants
formance au niveau de l’activité considérée. identiques pour le résultat et pour chaque grande catégorie
d’actifs, de passifs, de produits et de charges.
■ Actifs contrôlés conjointement
Il n’y a pas non plus de consolidation à effectuer. Chaque par- La mise en œuvre de la méthode recommandée, à savoir
tenaire comptabilise dans ses états financiers la quote-part dans l’intégration proportionnelle, peut s’effectuer selon deux
les actifs contrôlés conjointement, classée selon la nature des modalités de présentation différentes : totalisation “ligne par
actifs, et non comme une participation. En outre, chaque parte- ligne” ou décomposition en “postes distincts”.
naire comptabilise :
• tout passif qu’il encourt, par exemple ceux qu’il a encourus ■ Mise en équivalence
pour financer sa quote-part des actifs, La norme autorise la mise en équivalence, en tant que méthode
• sa quote-part de tout passif encouru conjointement. alternative (11). Elle précise que cette méthode est préconisée par
Les mêmes principes s’appliquent aux charges et aux produits.
deux catégories distinctes d’utilisateurs des états financiers (12) : 33
Toutefois, malgré l’absence de consolidation, il est possible de • ceux qui font valoir qu’il est inapproprié de regrouper des élé-
présenter une comptabilité distincte pour déterminer les ments contrôlés totalement avec des éléments contrôlés
charges correspondant à l’accord ou encore d’établir des conjointement,
comptes de gestion pour déterminer un résultat. Cependant, in • ceux qui estiment que les coentrepreneurs exercent une
fine, les charges et produits seront répartis entre les partenaires influence notable et non un contrôle sur une entité contrôlée
en fonction des termes du contrat. conjointement.
Cette méthode n’est pas recommandée par l’IASB parce que la
Nécessité d’une consolidation
consolidation proportionnelle rend mieux compte de la sub-
■ Justification stance et de la réalité économique de la participation d’un coen-
Elle concerne les entités contrôlées conjointement. En effet, une trepreneur, c’est-à-dire de son contrôle sur sa quote-part des
telle entité tient sa propre comptabilité. Elle prépare et présen- avantages économiques futurs (13).
te des états financiers de la même manière que les autres entre-
INFORMATIONS À FOURNIR
prises, conformément aux normes d’information financière. Les
apports effectués par les coentrepreneurs peuvent prendre dif- Elles sont nombreuses et on peut distinguer :
férentes formes (trésorerie ou autres ressources). Ils sont comp- 1) les informations concernant les participations dans les coen-
tabilisés dans les états financiers du coentrepreneur en tant que treprises :
participation dans l’entité contrôlée conjointement.
• liste et description des participations dans les coentreprises
■ Intégration proportionnelle importantes,
L’objectif de la présentation des états financiers est de rendre • quote-part d’intérêt détenue dans les entités contrôlées
compte de la substance de l’accord de contrôle conjoint. Or, conjointement,
dans une entité contrôlée conjointement, un coentrepreneur
• méthode utilisée pour comptabiliser les participations dans
contrôle sa part des avantages économiques futurs par le biais
des entités contrôlées conjointement.
de sa quote-part des actifs et passifs de la coentreprise. Le prin-
cipe de la méthode de l’intégration proportionnelle est de faire 2) les informations concernant les postes se rapportant aux par-
ressortir l’absence de l’exclusivité du contrôle, tout en mettant ticipations dans les coentreprises : indication des montants glo-
en évidence l’existence d’un contrôle partagé. Cet objectif est
atteint par l’application du pourcentage de participation de
l’ “entité de reporting” aux actifs et aux passifs d’une part, aux
11. IAS 31, §38.
produits et aux charges d’autre part, de l’entité contrôlée


conjointement. Il en résulte notamment la non-présentation des 12. IAS 31, §40.
intérêts hors groupe. 13. Ibid.

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Réflexion

baux respectifs des actifs courants, actifs non courants, passifs


La détection d’une incohérence découlant de la définition des
courants, passifs non courants, produits et charges (en cas d’uti-
actifs et passifs figurant dans le cadre conceptuel justifie prin-
lisation de l’intégration proportionnelle par regroupement des
cipalement l’élimination de la méthode préférentielle actuelle.
éléments ligne par ligne ou d’application de la méthode de mise
en équivalence).
CATÉGORISATION DES PARTENARIATS
3) les informations concernant des passifs éventuels et des
engagements : indication non seulement des quotes-parts Compte tenu de la pluralité des formes de partenariats, l’ED 9
découlant de la propre participation du coentrepreneur, mais est amené à distinguer trois catégories d’accords, auxquelles
aussi des montants correspondant à la responsabilité qui peut seront appliqués des traitements différents. La distinction en
lui être attribuée. trois classes était déjà effectuée par l’IAS 31, mais on peut noter
un changement de qualificatif (“commun” au lieu de “contrôlé
conjointement”). De plus, le projet donne d’autres descriptions
LE PROJET ED 9 et d’autres exemples, ce qui pourrait aboutir à des modifications
“JOINT ARRANGEMENTS” du classement de certains accords.

Activité commune
OBJECTIFS POURSUIVIS
Ce type de partenariat « consiste à utiliser les actifs, et autres res-
Ils sont de plusieurs ordres : sources, des partenaires, souvent en vue de fabriquer et de vendre
• assurer la convergence avec les normes américaines, au niveau des produits communs » (17). Chaque partenaire utilise ses propres
desquelles la méthode de consolidation préconisée pour les actifs, assume ses propres dettes et réunit son propre finance-
coentreprises (14) est la méthode de mise en équivalence, ment. L’accord précise le mode de répartition du produit de la
• supprimer les options contenues dans les normes, en l’occur- vente des produits communs et des charges partagées.
rence le choix entre l’intégration proportionnelle et la mise en Chaque partenaire comptabilise dans ses états financiers les
équivalence, actifs consacrés à l’activité commune, étant donné qu’il contrô-
• améliorer la cohérence interne du référentiel IFRS. le ses propres actifs. Le même traitement est appliqué aux pas-
sifs.
Ce dernier objectif a les conséquences les plus importantes,
parce qu’il justifie, selon le raisonnement de l’IASB, la suppres- Un exemple d’activité commune est fourni par l’industrie phar-
34 sion de l’intégration proportionnelle. Cette méthode de consoli- maceutique, où deux sociétés peuvent conclure un accord où
dation conduit en effet à faire apparaître respectivement à l’actif l’une a pour mission de mettre au point un médicament et
et au passif des fractions d’éléments qui ne sont pas contrôlés par l’autre d’en assurer la commercialisation.
l’entité et qui ne sont pas des obligations de l’entité consolidan-
te (ou de ses filiales), en raison de la nécessité de l’accord des Actif commun
autres coentrepreneurs. Ces éléments ne répondent donc pas à La caractéristique essentielle d’un actif commun est que « chaque
la définition des actifs et des passifs du cadre conceptuel (15) : partenaire a des droits exclusifs sur une quote-part de l’actif et des
• « un actif est une ressource contrôlée par l’entreprise du fait avantages économiques générés par celui-ci » (18).
d’événements passés et dont des avantages économiques futurs La quote-part de l’actif commun va être comptabilisée à l’actif
sont attendus par l’entreprise », du bilan consolidé. Elle correspond à la prise en compte du droit
• « un passif est une obligation actuelle de l’entreprise résultant d’utilisation, mais l’IASB établit une liste (non limitative) de cri-
d’événements passés et dont l’extinction devrait se traduire pour tères plus large, permettant de démontrer les droits d’un parte-
l’entreprise par une sortie de ressources représentatives d’avan- naire sur une quote-part de l’actif commun (19) :
tages économiques ». • le partenaire a le droit de vendre sa participation dans l’actif,
Pour respecter la cohérence avec le cadre conceptuel, l’IASB • le partenaire a le droit d’utiliser l’actif pour ses propres fins
propose que ne soient comptabilisés que les droits et obliga- durant tout ou partie de la durée de vie utile de cet actif,
tions directs du groupe du fait de l’accord, et non des quotes-
• le partenaire a le droit de donner en garantie sa participation
parts d’actif ou de passif. De plus, le projet met en avant un
dans l’actif pour son propre financement,
principe fondamental qui ne figure pas explicitement dans la
norme actuelle : « Les partenaires comptabilisent leurs droits et • le partenaire a l’obligation contractuelle de payer sa quote-
obligations contractuels découlant de l’accord de partenariat » (16). part du coût de l’actif commun et, par conséquent, a des droits
contractuels sur cette quote-part de l’actif.
L’IASB fournit un exemple d’actif commun dans le domaine des
télécommunications : les câbles de réseau exploités conjointe-
14. Accounting Principles Board Opinion, APB 18, The Equity Method of ment par plusieurs sociétés.
Accounting for Investments in Common Stock.
15. IASB, Cadre conceptuel, §49. Coentreprise
16. ED 9, §1. Le terme de “coentreprise” est utilisé dans l’ED 9 dans un sens
17. ED 9, §8. précis, et ne concerne que la 3e catégorie des accords de parte-
nariat. Une coentreprise est définie comme « un partenariat, ou
18. ED 9, §12.
un élément de partenariat, sur lequel les coentrepreneurs exercent
19. ED 9, §13. un contrôle conjoint » (20). Les coentrepreneurs n’ont pas de droits
20. ED 9, §15. sur des actifs isolés de la coentreprise, et ils ne sont pas tenus

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par des obligations au titre des charges de la coentreprise. Par chaque passif de cette entité. Chaque coentrepreneur exerce un
contre, « chaque coentrepreneur a droit à une quote-part du résul- contrôle sur sa participation respective. Par suite, l’application
tat des activités de la coentreprise » (21). de la méthode de l’intégration proportionnelle ne respecte pas
L’ED 9 est plus précis que l’IAS 31, en indiquant que la coentre- les définitions des actifs et des passifs figurant dans le Cadre
prise comprend les actifs et les passifs qui ne sont pas contrôlés conceptuel (28) :
par les coentrepreneurs et qui ne représentent pas des obliga- • « un actif est une ressource contrôlée par l’entreprise du fait
tions pour eux. Le projet de norme ajoute qu’il s’agit des actifs d’événements passés et dont des avantages économiques futurs
et des passifs du partenariat qui ne constituent ni une activité sont attendus par l’entreprise »,
commune ni un actif commun pour les coentrepreneurs.
• « un passif est une obligation actuelle de l’entreprise résultant
Par rapport à l’IAS 31, on peut relever une différence concernant d’événements passés et dont l’extinction devrait se traduire pour
la forme juridique d’une coentreprise. En effet, pour la norme l’entreprise par une sortie de ressources représentatives d’avan-
actuelle, l’existence d’une coentreprise implique la création tages économiques ».
d’une société ou d’une autre entité dans laquelle chaque coen-
L’IASB en déduit que « les montants comptabilisés ne constituent
trepreneur détient une participation. L’ED 9 est plus nuancé :
pas une représentation fidèle des actifs et des passifs de l’entité » (29).
« La coentreprise suppose souvent la constitution d’une entité juri-
dique, telle qu’une société par actions » (22). La caractéristique Cette méthode pourrait même induire en erreur le lecteur des
essentielle d’une coentreprise est qu’elle « contrôle des actifs, états financiers. Un exemple est trouvé dans les postes de tréso-
assume des passifs et des charges et réalise des produits » (23). rerie. Un coentrepreneur comptabilise des soldes de trésorerie
(limités à sa quote-part), mais il n’a pas la possibilité de les utili-
De plus, le projet précise les pouvoirs et responsabilités des
ser sans l’accord des autres partenaires.
coentrepreneurs (24) :
• « aucun des deux coentrepreneurs ne contrôle les actifs pris isolé- Primauté de la réalité économique
ment ni n’a l’obligation d’assumer les passifs et charges de la coen-
L’IASB reproche également à l’IAS 31 de mettre l’accent sur la
treprise »,
forme du partenariat. La comptabilisation des participations
• « en revanche, ils dirigent ensemble ses politiques financières et dans des partenariats selon la norme actuelle est différente selon
opérationnelles et chacun a droit à une quote-part du résultat qu’une entité juridique est constituée ou non. Or, une entrepri-
généré par ses activités ». se pourrait transférer un actif qui lui appartient à une entité
qu’elle contrôle. Cette technique lui permet de limiter sa res- 35
PRÉSENTATION DES ÉTATS FINANCIERS ponsabilité à l’égard de cet actif grâce à une structure juridique.
Consolidation des coentreprises Inversement, « l’entité propriétaire pourrait également renverser
Dans le cas d’une “activité commune” et d’un “actif commun”, les effets de cette structure juridique au moyen de garanties ou
la méthode de comptabilisation préconisée par l’IAS 31 n’est d’une clause d’exonération » (30).
pas modifiée. Par contre, dans le cas spécifique de la “coentre- L’IASB s’est efforcé de préciser le contenu de chacune des caté-
prise”, un changement de méthode est prévu. L’intégration pro- gories de partenariat, et de réserver l’appellation “coentreprise”
portionnelle est supprimée et est remplacée par la mise en équi- aux situations de contrôle conjoint. La définition proposée pour
valence. un partenariat (qui correspond à l’ensemble des formules visées)
La méthode de mise en équivalence qui était la méthode alter- retient le critère du partage des décisions entre tous les parte-
native dans l’IAS 31 devient la seule méthode autorisée. Le pro- naires, plutôt que celui du contrôle conjoint. En effet, le contrô-
jet ne traite pas directement de cette méthode, mais il renvoie le est défini dans l’IAS 27 Etats financiers consolidés et indivi-
à l’IAS 28 Participations dans des entreprises associées. duels par référence au pouvoir sur les politiques financières et
opérationnelles de l’entité. Or, cette définition du contrôle s’ap-
En outre, l’ED 9 souligne (25) que dans le cas où la participation
plique mal à un actif ou à une activité, étant donné qu’il semble
dans une coentreprise devient nulle, le coentrepreneur doit
rare que des partenaires définissent des politiques financières et
continuer à comptabiliser les pertes supplémentaires, et par
opérationnelles pour une activité commune ou un actif com-
conséquent un passif, sous forme d’une provision. Cette
mun (31).
contrainte existe dès lors qu’il a des obligations juridiques ou
implicites ou qu’il a effectué des paiements au nom de la coen-
treprise (26).
Par ailleurs, en cas de perte du contrôle conjoint, la méthode 21. Ibid.
applicable à la coentreprise ne s’applique plus. Cependant, la 22. ED 9, §17.
mise en équivalence peut être maintenue si l’entité conserve 23. Ibid.
une influence notable. Si la consolidation n’a plus lieu d’être
24. ED 9, §19.
(perte de contrôle conjoint et absence d’influence notable), la
participation restante doit être comptabilisée à sa juste valeur, 25. ED 9, §26.
avec imputation au résultat de la différence par rapport à la 26. IAS 28, Participations dans des entreprises associées, §30.
valeur comptable (27). 27. ED 9 §30.
28. IASB, Cadre conceptuel, §49.
Respect des définitions du cadre conceptuel
29. ED 9, BC 8.
Lorsqu’un coentrepreneur exerce un contrôle conjoint, il parta-


ge le contrôle des activités d’une entité, mais il ne contrôle pas 30. ED 9, BC 6.
chaque actif et il n’est pas tenu à une obligation actuelle pour 31. ED 9 BC 17.

R.F.C. 423 Juillet-Août 2009


Réflexion

En outre, l’IASB établit une analogie entre l’entreprise associée Ainsi, une entité doit indiquer, séparément du montant des
et la coentreprise. Elles correspondent toutes deux à des partici- autres engagements, le montant global des engagements sui-
pations que l’entité ne contrôle pas, mais dont elle a le pouvoir vants :
d’influencer les décisions stratégiques (32). • tout engagement en capital pris par elle au titre de ses parti-
cipations dans des partenariats,
INFORMATIONS À FOURNIR
• sa quote-part des engagements en capital pris conjointement
Les informations complémentaires à fournir sur les participations
avec ses partenaires.
dans des coentreprises devraient, a priori, correspondre à celles
qu’impose l’IAS 28 pour les entreprises associées. Par ailleurs, on peut relever deux types d’informations spéci-
fiques (39) :
Il s’agit notamment (33)
:
• « la nature et l’étendue de toute restriction importante (résultant
• de la juste valeur des participations dans des entreprises asso-
par exemple de toute convention d’emprunt ou de la réglementa-
ciées pour lesquelles il existe des prix cotés publiés,
tion) de la capacité des coentreprises de transférer des fonds au
• des informations financières résumées des entreprises asso- coentrepreneur sous forme de dividendes en trésorerie ou de rem-
ciées, comprenant les montants agrégés des actifs, passifs, du boursement de prêts ou d’avances » (la norme actuelle donnant
chiffre d’affaires et du résultat. la possibilité d’écarter le contrôle conjoint « lorsqu’une entrepri-
Cependant, le projet prévoit aussi le cas des participations dans se est soumise à des restrictions sévères et durables qui limitent de
des coentreprises importantes (34), comme le fait la norme actuel- façon importante sa capacité de transférer des fonds au coentre-
le (35) : preneur » (40)),

• nécessité de fournir une liste descriptive des participations • « la quote-part non comptabilisée des pertes de la coentreprise,
dans des coentreprises importantes, en précisant la part de capi- tant pour l’exercice qu’au cumul, lorsque le coentrepreneur a cessé
tal détenue, de comptabiliser sa quote-part des pertes de la coentreprise ».

• pour chaque coentreprise individuellement significative, et au


total pour l’ensemble des autres coentreprises, obligation de CONCLUSION
fournir des informations financières condensées comprenant,
sans nécessairement s’y limiter, la participation du coentrepre- Le projet de modification de la consolidation des coentreprises
neur dans le montant de chacun des éléments suivants : actif présente à la fois des avantages et des inconvénients. Du point
36 courant, actif non courant, passif courant, passif non courant, de vue des avantages, on peut citer tout d’abord la suppression
produits, résultat. d’une option de comptabilisation qui nuit incontestablement à
la comparabilité des états financiers des groupes à l’échelle
Mais le projet prévoit, sur un plan général, des informations sup-
internationale. En second lieu, il s’efforce de renforcer le princi-
plémentaires relatives :
pe de la prééminence de la substance sur l’apparence juridique,
• d’une part à la nature et à l’étendue des activités menées par en insistant sur le fait que les partenaires doivent comptabiliser
l’entremise de chacun des trois types de partenariats (36), leurs droits et obligations contractuels, sans qu’une priorité soit
• d’autre part aux engagements en capital (37), cette demande donnée à la forme de l’accord.
d’informations figurant également dans la norme actuelle (38). Cependant, les inconvénients ne sont pas absents. La mise en
œuvre de ce projet aboutirait à remettre en question les bases
d’un système d’informations financières consolidées auquel les
utilisateurs étaient habitués, notamment au niveau de l’interpré-
32. ED 9 BC 23. tation de certains agrégats et ratios. Ensuite, il renforce les exi-
33. IAS 28, §37. gences d’informations complémentaires, qui vont alourdir le tra-
vail d’établissement de l’annexe consolidée, sans garantie d’utili-
34. ED 9, §39 a et b.
té véritable pour la compréhension et l’interprétation des états
35. IAS 31, §56. financiers primaires. Enfin, la convergence avec les US GAAP
36. ED 9, §36. n’est pas évidente. La seconde partie de l’article (à paraître) va
consister à approfondir l’étude des faiblesses de la réforme
37. ED 9 §37.
annoncée, en analysant les critiques émanant des répondants
38. IAS 31, §55. (organismes et entreprises) au projet soumis à discussion.
39. ED 9, §39 d et e.
40. IAS 31, §8. Pierre SCHEVIN

POCKET : LOI DE FINANCES 2009


Une publication complémentaire du “Kit fiscal 2009”, pour être sûr de ne pas passer à côté de l’essentiel et d’appréhender
rapidement le contenu des lois de finances de fin d’année, le “Pocket Loi de Finances 2009” vous présente les principales
mesures issues des textes adoptés en fin d’année sous la forme de fiches synthétiques et pratiques.
Grâce à son classement par thèmes vous retrouvez rapidement l’information dont vous avez besoin.
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R.F.C. 423 Juillet-Août 2009