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Réception des retraitants

Mes chers Messieurs, permettez-moi, en tant que Directeur de la Retraite, de vous


souhaiter une cordiale bienvenue. Soyez ici comme chez vous, dans cette maison si
accueillante !
Vous avez quitté vos familles, vos affaires, vos soucis, certains pour retrouver dans le
calme et la solitude la possibilité d'un renouveau spirituel, d'autres, qui viennent pour la
première fois, pour affronter cette chose inconnue d'eux et qu'ils appréhendent peut-
être: la retraite fermée, une retraite de cinq jours ! … Mais rassurez-vous… Dieu ne
vous a pas tendu un piège en vous appelant ici … Non ! C'est au contraire une très
grande grâce qu'Il vous accorde là…
Oui, la retraite est une très grande grâce; et parce que vous êtes venus ou revenus faire
les exercices, toute votre vie (si vous les faites bien) en sera transformée. Et non
seulement la vôtre, mais celles de votre femme, de vos enfants et aussi peut-être de gens
que vous aurez l'occasion de fréquenter !
Eh bien, nous allons d'ores et déjà en remercier le Seigneur et Le supplier qu'Il veuille
bien nous assister durant ces exercices, car il y a Quelqu'un, mes chers Messieurs,
Quelqu'un qui sera le véritable directeur de la retraite : ce sera l'Esprit-Saint…, le Saint-
Esprit ! Nous ne commencerons d'ailleurs aucun exercice sans Lui demander son aide !
Veuillez prendre votre livre à la page 331 où se trouve la prière du "VENI CREATOR
SPIRITUS" par laquelle nous implorons, au début de cette retraite, l'assistance du Saint-
Esprit. La première strophe se chante à genoux, les autres debout.
"VENI CREATOR SPIRITUS"…
Après l'oraison:
Vous savez aussi, mes chers Messieurs, que toutes les grâces nous sont données par
l'intermédiaire de la très Sainte Vierge, la médiatrice de toutes grâces, et que nous ne
saurions faire une bonne retraite sans la prier ardemment, sans lui demander qu'elle
intervienne auprès de son divin Fils pour nous obtenir de nombreuses grâces de lumière.
Saluons-la, elle aussi, par le chant du "SALVE REGINA", page 69.
Après l'oraison:
Mes chers Messieurs, veuillez vous asseoir quelques minutes. Je ne vous retiendrai pas
longtemps, puisque c'est l'heure du déjeuner.
Je vous disais tout à l'heure que la retraite était une très grande grâce qui vous était
faite. Mais elle ne peut en être une qu'à la condition que vous le vouliez vous-mêmes,
c'est-à-dire que vous fassiez votre retraite avec générosité, avec ponctualité, avec un
grand désir de plaire à Dieu. S'il en est ainsi les conséquences en seront incalculables,
croyez-moi !
On dit qu'après sa retraite, Saint FRANÇOIS XAVIER a converti plus d'un million
d'âmes…
- Que Saint FRANÇOIS de SALES est devenu le grand saint que l'on sait après avoir
fait les exercices;
- Saint VINCENT DE PAUL était un bon prêtre, oui, mais il n'est devenu le grand Saint
Vincent de Paul, celui qui brûlait de charité, qu'après avoir fait, en 1611, les exercices
de SAINT IGNACE…
- De même Saint CHARLES BORROMÉE qui en fut bouleversé.
Eh bien ! parce que vous n'avez pas hésité à laisser votre femme, vos enfants, vos
occupations, pour vous instruire des choses de Dieu, et parce que vous aurez sacrifié ces
cinq jours, votre vie en sera changée, si paradoxal que cela puisse vous apparaître
maintenant.
Et cela sera grâce à des exercices méthodiques, que vous ferez avec une méthode
d'Église … qui nous donne de ce fait toute sécurité, méthode louée par tous les Papes
depuis Paul III et qui constitue, nous dit PIE XI, ,,le code le plus universel des lois du
salut et de la perfection des âmes !”, reçu par Saint Ignace dans sa fameuse retraite de
Manrèse, comme des mains même de la Mère de Dieu !
Ces exercices constituent aussi, nous dit le même Pape, un ,,aiguillon irrésistible”, à
condition évidemment qu'on les fasse, qu'on s'y donne tout entier ! Pour cela, il ne s'agit
pas d'être un érudit ou un savant: ils sont à la portée de toutes les classes sociales et
s'adaptent à tous, que l'on soit riche, pauvre, savant ou primaire, patron ou ouvrier, tiède
ou fervent, croyant ou incroyant. Tous vous y trouverez grand profit à la condition que
votre volonté, votre bon vouloir tendent à les bien faire !
Mais pour faciliter cette condition, il importe au premier chef que les retraitants
observent le silence…
C'est d'ailleurs la seule obligation que nous imposons et qui doit être suivie de bon
gré… Alors, parole d'honneur ! pas de conversation entre vous, pas de regards
complices… etc.… cela serait non seulement l'échec de votre retraite, mais aussi de
celle de votre interlocuteur. Remarquez, Messieurs, que ce silence extérieur est
rigoureusement exigé pour faciliter le silence intérieur dont on vous reparlera, silence
indispensable pour communiquer avec Dieu. ,,Retraite silencieuse = retraite
merveilleuse !” disait le Père VALLET, ,,ce n'est que dans le silence que l'âme
progresse et peut s'entretenir avec le Seigneur !”
Néanmoins, il reste évident que pour vos besoins matériels vous pouvez vous adresser
au frère. De même, pour tous vos besoins spirituels, vous aurez fréquemment à
consulter les Pères qui sont là pour vous aider à faire votre retraite dans les meilleures
conditions possibles.
Cela dit, nous allons nous rendre en silence à la salle à manger pour le dîner, mais
auparavant récitons le saint Angélus, page 13 de votre libre bleu.
"L'Ange du Seigneur

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Leçon d'ouverture
Mes chers Messieurs, au travail ! A votre arrivée tout à l'heure, je vous disais que la
retraite, une retraite bien faite, était une grande grâce, et qu'elle aurait des conséquences
extraordinaires si vous la faites avec générosité ! Que vous serez heureux alors d'avoir
vécu cette expérience ! Un retraitant me faisait part dernièrement de ses joies familiales,
il me disait ne bien comprendre sa femme et ses enfants que depuis sa retraite; et c'est
vrai cela, car ces joies prennent alors, pourrait-on dire, comme une dimension
d'éternité ! Oui, parce que le papa aura fait les exercices le nom du Seigneur sera
respecté dans la famille, la voie restera ouverte aux vocations, il aura fait en sorte que
ceux qu'il aime soient sur le chemin de la vertu et de l'amour de Dieu !
Je vous disais aussi que ces exercices sont irrésistibles. Saint Vincent de Paul, lui, les
faisait deux fois par an, ,,une fois pour lui, une fois pour les autres”, disait-il, et il ne
voulait pas qu'on renvoyât quelqu'un faute de place: ,,Prenez ma chambre si vous
voulez, mais qu'il fasse les exercices !” Une autre fois, il se mit à genoux devant un
évêque qui donnait les exercices chez lui, mais n'en suivait pas la méthode apportée par
Notre-Dame à Saint Ignace !”.
C'est pourquoi il est indispensable de suivre point par point cette méthode. Vous ne
venez pas ici faire la retraite du Père Un Tel, non ! … C'est une grosse erreur de
s'attarder aux qualités purement humaines, car cela peut constituer un obstacle au fruit
spirituel que la méditation doit apporter: nous devons au contraire, nous attacher à la
Vérité qui se dégage de la méthode et repenser, ruminer, (si l'on peut ainsi s'exprimer)
cette vérité pendant la méditation, quelle que soit l'éloquence avec laquelle elle nous a
été présentée.
Le Pape PIE XI appelle ce petit livre un code: Pour le code de la route, par exemple, il
faut bien s'y tenir ! et ils ont raison de l'exiger. Pour la sainteté, c'est exactement pareil,
il y a aussi un code et celui-là,. dit encore Pie XI, est le code le plus sage, le plus
universel des lois du salut et de la perfection des âmes ! Des gens pourraient croire que
les exercices sont bons pour les Jésuites, les Bénédictins, les Dominicains, certaines
familles religieuses. Non, non ! Toutes les écoles de spiritualité ont été transformées par
les exercices ! Et c'est vrai qu'à l'expérience ils se sont avérés irrésistibles, mais à une
condition, c'est qu'on les fasse vraiment ! C'est une vérité de La Palisse, bien sûr: si
vous ne les faites pas, ils ne seront pas irrésistibles, vous n'en retirerez pas tout le fruit,
c'est pour cela d'ailleurs que nous ne voulons pas d'enfants ici: Nous faisons un travail
destiné aux hommes et c'est un travail qui leur est personnel.
Nous, les Père, ne sommes là que pour vous apprendre à les faire, je vous expliquerai
comment bientôt. Mais il y a dans les exercices une suite logique qu'il ne faut pas
couper.
Je m'imagine un retraitant qui a acheté son transistor et qui écoute les nouvelles« c'est
fini ! Il manque sa retraite ! Même un peu de bavardage, (ce n'est pourtant pas grave),
eh bien, cela suffit parfois à vous la couper. Ou bien prendre un livre, même un livre de
spiritualité, s'il n'est pas adapté au moment, il vous sort de la retraite ! …
C'est que celle-ci est un rouage délicat: c'est un peu comme une machine où un peu de
graisse coupe le contact, et vous laisse en panne sur la route ! Alors faites les exercices,
mais faites-les bien. Pour cela, je vais vous donner ce que nous appelons les règles du
jeu… afin que vous les suiviez comme il faut et que vous vous y appliquiez.
- Prenez votre livre bleu: jusqu'à la page 331, c'est un livre de prières. Vous y trouverez
beaucoup de bonnes choses que vous pourrez lire dans votre particulier pour votre
édification, mais pas pendant les méditations.
A la page 335: l'horaire. Nous le suivrons en principe et quand il y aura une
modification, nous vous préviendrons. Par exemple aujourd'hui, la méditation qui est
prévue pour quinze heures a lieu à seize heures…
Remarques importantes au bas de la page 336. Je vous prie de les relire au temps libre.
D'abord sur le silence: ,,retraite silencieuse = retraite merveilleuse”. Je vous l'ai déjà dit,
mais le silence extérieur n'est fait que pour favoriser le silence intérieur auquel nous
devons tendre. On peut ne pas prononcer une parole et malgré cela faire marcher son
imagination en éveillant la curiosité de notre esprit dissipé; en conséquence, il faut
éviter les occasions de marcher côte à côte pendant vos temps libres. Dans la mesure du
possible, évitez de vous rencontrer, du moins ceux qui se connaissent… voire même de
vous regarder. Que vos pensées fuient l'imagination et soient uniquement centrées sur le
sujet des méditations en cours ou précédentes.
Quand la cloche sonne, rapprochez-vous du lieu de l'exercice pour être là dès qu'il
commencera: que le frère ne soit pas obligé de courir après vous ! Au premier temps
libre, vous pourrez écrire une carte à votre famille pour les rassurer, mais de grâce,
évitez tout ce que l'imagination vous apportera soit de la ferme, soit de vos amis, soit de
vos affaires !
Pendant la retraite, il faut être tout à Dieu ! Oui, confiez tous vos tracas aux Saints
Anges. Je vous certifie que si vous priez votre Ange gardien, il protégera votre famille
et vos affaires pendant votre absence ! Concentrez vos facultés pour ne penser qu'à la
retraite. C'est peut-être un peu dur au début, mais c'est indispensable. Il faut y arriver !!!
Profitez de vos temps libres pour vous aérer, pour lire dans les livres mis sur la table à
votre disposition: livres de catéchisme, d'apologétique, d'Évangile, etc., vous pouvez
rendre visite au Saint Sacrement à la chapelle, remercier le Seigneur des grâces et des
lumières reçues, en solliciter d'autres, ou encore continuer à penser aux vérités que l'on
vous a déjà proposées. Profitez-en aussi pour consulter un Père. On ne vient pas les voir
pour bavarder, mais pour leur faire part de la marche de votre retraite: si vous avez été
gêné par telle ou telle méditation, si vous avez ressenti quelque consolation, quelque
désolation, etc.… Qu'il puisse aviser et vous conseiller utilement ! … S'il y a du monde
qui attend: frappez quand même à la porte, n'hésitez pas, de telle sorte que le Père
puisse vous fixer, soit vous faire attendre, soit vous faire revenir au prochain temps
libre.
Il n'est pas interdit de fumer, sauf dans la salle à manger et la salle des exercices: dans
votre chambre, oui, mais ne mettez pas pour cela le feu à la literie, n'est-ce pas ?
S'il vous manque quelque chose de matériel, des fournitures, adressez-vous au frère. Il
se fera un plaisir de vous les procurer.
Nous allons maintenant traiter de la méditation. Que ce mot n'intrigue pas deux qui
viennent ici pour la première fois. Tout le monde médite ! Méditer, c'est réfléchir,
approfondir une idée. Nous faisons cela dans tous les domaines de l'activité humaine.
Un ingénieur reçoit l'ordre de lancer un pont sur une rivière: voilà un problème très
pratique, n'est-il pas vrai ? D'abord, pourquoi s'adresse-t-on à lui ? Parce qu'il a fait des
études particulières. Les principes qu'il connaît, les connaissances qu'il possède, il se les
rappelle d'abord par la mémoire. Puis il applique ces principes au problème: Il s'agit de
lancer un pont sur cette rivière, à tel endroit ! Par son intelligence, il fait tous ses
calculs, dessine ses plans sur le papier en appliquant les principes qu'il connaît, puis,
enfin, il entre dans la phase de l'exécution: il commande des matériaux, il commande
des ouvriers: alors, c'est la volonté qui entre en jeu.
Mémoire, intelligence, volonté.
Pour un paysan, c'est pareil: J'ai une campagne; l'année dernière j'y avais telle
plantation; cette année que vais-je y mettre ? etc. Il met sa mémoire en action pour se
rappeler; ensuite, il se dit: ,,Qu'est-ce que cela va me rapporter ? Comment vais-je m'y
prendre ?” C'est l'intelligence qui calcule… Il passe alors à l'exécution, prend son
tracteur, défonce, etc. L'intelligence a décidé et la volonté a pris les moyens.
Vous le voyez: nous faisons constamment cela pour les choses matérielles en faisant
agir les trois puissances de l'âme: - la mémoire qui rappelle les principes se rapportant à
la question; - l'intelligence, qui applique ces principes au problème pour en dégager la
solution; - la volonté enfin qui exécute les décisions qui en résultent. Nous voyons donc
clairement que nous savons très bien méditer sur les affaires matérielles c'est-à-dire
réfléchir. Eh bien, méditer, c'est réfléchir de la même façon dans un domaine
strictement moral et religieux; c'est réfléchir sur les grandes vérités et les problèmes de
la foi; mais cette réflexion, cette méditation comme il convient de l'appeler, nous ne la
faisons pas seul, nous la faisons en présence de Dieu et avec Lui.
Alors on se sert de la mémoire en Lui demandant qu'Il veuille bien nous aider à nous
rappeler et à nous éclairer sur les vérités proposées. Ensuite par l'intelligence, nous en
demandons le pourquoi (et c'est un malheur que les hommes ne cherchent pas
davantage à approfondir ces questions à la lumière de la raison), mais toujours avec
Dieu. Le prophète Jérémie qui vivait six cents ans avant Jésus-Christ, disait déjà: ,,La
terre est désolée de désolation parce que personne ne médite dans son cœur”.
Il faut croire à la raison, mais à la raison éclairée par la Foi et les dons du Saint-Esprit.
Ainsi cette recherche du pourquoi par l'intelligence se fait toujours avec Dieu.
On fait ensuite des actes de volonté: par exemple on tire des conclusions, on fait des
demandes au Seigneur, on le remercie. On peut aussi avoir à Lui demander pardon et à
Lui promettre nos efforts. Les saints appellent la méditation: ,,la respiration de l'âme”:
l'âme respire Dieu.
Mais appliquez-vous à méditer par votre travail personnel, tout d'abord en n'omettant
pas les actes du début:
1. - Présence de Dieu: Dieu est là, présent. Je Lui dois un grand respect, dans mon
attitude d'abord, ensuite dans ma façon de m'entretenir avec Lui. On appelle cela
adoration.
2. - L'oraison préparatoire: Qu'il y ait en moi un grand désir. Messieurs, il faut être des
hommes de grand désir: grand désir d'aimer Dieu, d'être tout à Dieu.
3. - La composition de lieu: généralement Saint Ignace conseille de se représenter la
scène que l'on va méditer. Certains le font d'emblée, d'autres pendant la méditation, c'est
au gré de chacun, mais cette composition aide beaucoup à fixer l'esprit dans un cadre
approprié qui facilite la réflexion et évite à notre esprit d'être la proie de l'imagination
qui le ferait s'évader du sujet.
4. - Enfin et surtout: la grâce à demander. N'oubliez pas que dans ce livre, les
méditations sont appelées exercices et qu'avant toute méditation, il y a une grâce
spéciale à solliciter. Avant de méditer, on doit demander cette grâce à Dieu. Par
exemple, la prochaine méditation est celle qui aura trait au salut: on demandera donc la
grâce de bien comprendre le but de la vie avant de commencer et on peut même insister
et la redemander en cours de méditation.
Ensuite, sur chacun des points, on applique les trois puissances de l'âme: la mémoire,
qui rappelle la vérité et les commentaires qui l'ont accompagnée. Il faut s'attarder
humblement devant Dieu, à la lumière du Saint-Esprit, sur ces vérités très saintes et
bien s'en pénétrer pour voir plus clair en soi-même.
Quand, par exemple, on se trouve dans une grotte plongée dans les ténèbres, au
commencement on n'y voit goutte, ce n'est qu'après s'y être attardé qu'on devine là un
escalier, là un couloir, etc.
Attardez-vous… Par votre intelligence, voyez le pourquoi, les raisons… Tirez les
conclusions !
Si tout étant bien examiné, vous êtes bien d'accord; si, jusqu'à présent vous étiez sur la
bonne voie; en demandant au Saint-Esprit de vous aider… enfin, vous ouvrir à la prière,
aux inspirations; faire des demandes, des remerciements, des promesses, mais toujours
avec Dieu.
Ensuite, au second point, on recommence de même: mémoire, intelligence, volonté !
Voyons maintenant, page 337, la manière de faire l'examen de sa méditation. Après
chaque méditation, qu'il n'y ait pas de confusion: on sonnera deux fois deux petits
coups: - ding, ding - ding, ding. Il ne faut pas sortir de sa chambre à ce moment-là.
Certains en effet se trompent et la quittent avant le moment voulu, ce qui peut gêner les
autres et les inciter à sortir aussi; donc, attention !
A ces petits coups, cessez la méditation et mettez-vous à votre table pour faire un peu
d'examen et prendre quelques notes en repassant votre méditation à l'aide du
questionnaire de la page 337. Si vous avez eu quelque négligence, vous en demandez
pardon au Bon Dieu; si, au contraire, elle a été fructueuse, remerciez-Le de vous avoir
accordé cette grâce.
A la page 339 vous avez la prière "Âme de Jésus-Christ" ainsi que celle de Saint Ignace
récitées généralement après le colloque de chaque méditation.
A la page 340, nous avons les règles du jeu en annotations qui vous permettront de
mieux comprendre et de mieux faire votre retraite. Je vais vous les commenter, mais
auparavant, il serait bon de voir le pourquoi des exercices.
Saint Ignace nous le dit à la page 348: ,,Exercices spirituels… pour se vaincre soi-
même… et pour ordonner sa vie sans se déterminer sous l'effet d'aucun amour
désordonné”.
Voilà donc le but des exercices.
Nous, hommes, ne manquons pas d'amour, mais, très facilement, nos amours sont pleins
de désordres. L'orgueil n'est pas un manque d'amour, l'avarice non plus, ni la luxure, la
colère, la paresse, l'envie: ces passions ne sont pas des manques d'amour ! Prenez
l'orgueil: quelle est sa définition ? "amour désordonné de soi-même". De même la
gourmandise n'est pas un manque d'amour ! Tout au contraire, et c'est très visible, c'est
un très grand amour… pour la nourriture… ou pour la boisson ! Ce sont des désordres
dans nos amours.
Saint Ignace nous fait faire ces exercices pourquoi ? pour nous vaincre !…
Généralement on fait des exercices pour vaincre les autres: dans les stades, les
vélodromes, les casernes, on fait des exercices pour cela, vaincre, gagner, être le
premier !
Ici, nous allons faire des exercices pour nous vaincre nous-mêmes ! C'est cela la grande
victoire ! se vaincre soi-même !
Et comment ? … En mettant de l'ordre dans nos amours, en réglant notre vie sans
jamais nous laisser commander par nos amours, par nos passions ! C'est magnifique
comme programme, n'est-ce pas vrai ? … Une machine à laver déréglée … au lieu de
vous laver le linge, elle vous le coupe en petits morceaux… c'est intéressant comme
spectacle ! … De même les hommes: très facilement ils se dérèglent en laissant
introduire du désordre dans leurs amours; ils ne sont plus à même alors, de conduire, de
vivre leur vie dans l'ordre voulu par le Créateur …
Il y a désordre aussi lorsque la volonté se complaît dans des amours dont la hiérarchie
n'est pas respectée. Par exemple, on peut préférer les carottes et aimer le bon vin: ce
n'est pas défendu ! Toutefois, il ne faut pas aimer les carottes plus que sa femme, quand
même ! … Ni aimer le bon vin plus que Dieu !
Ce qu'il faut, voyez-vous, est au fond très simple: c'est obéir à Dieu dans l'usage du bon
vin, dans l'usage de toute chose ! … Oui, voilà pourquoi nous faisons les exercices:
pour éliminer de nos attachements, de nos amours, tout ce qui est irrationnel et nous
empêche de vivre selon l'ordre voulu par Dieu.
Dans ce que nous appelons les règles du jeu (page 340), Saint Ignace le dit bien:

1ère Annotation:
Qu'est-ce que vous venez faire ici ? Eh bien, vous venez faire du sport. - Mais quel
sport ? - de la natation, du vol à voile, du ski ? non ! mais des exercices spirituels: un
sport pour l'âme.
,,De même que marcher, courir, sont des exercices corporels, de même les différents
modes de préparer et de disposer l'âme à se défaire de ses attachements désordonnés en
vue de son salut, et, après les avoir enlevés, à chercher et trouver la volonté de Dieu,
s'appellent exercices spirituels”.
Sport le plus noble, le plus enrichissant, le sport de l'âme ! C'est ce que nous allons
faire: un sport spirituel. A certains, cela pourra paraître dur, mais n'ayez aucune crainte,
nous le ferons avec l'aide de notre bonne Mère du Ciel.
Saint Ignace veut déjà nous proposer le but à atteindre: nous allons régler notre vie en
vue du salut, du salut éternel…
Pourquoi sommes-nous là sur la terre ? Voilà… voilà le problème ! Que nous soyons
croyant ou incroyant, qu'est-ce qu'il y a après la vie ? Pourquoi suis-je ici, sur la terre ?
Que de gens courent par le monde sans savoir où ils vont, sans connaître le but de leur
vie ! Mais nous, il faut que nous soyons bien fixés là-dessus. C'est la première des
choses.
Et il ne faut pas me dire: ,,Ça ne me regarde pas; ça ne m'inquiète pas…”. Non, non !
Pour tout le monde la question se pose. Si parmi vous il s'en trouvait qui n'aient pas le
bonheur d'avoir la Foi, eh bien, qu'ils se rassurent, nous ne leur demanderons rien contre
leur conscience; cependant, si certains étaient dans ce cas, ils auraient besoin de
quelques explications supplémentaires – (que nous ne donnons pas généralement car
nous présupposons que notre auditoire est composé de gens croyants) – donc qu'ils
viennent me voir dès cet après-midi et je leur indiquerai comment ils devront agir. Mais
tout incroyant peut faire ces exercices, même les prières, et cela très loyalement, car
enfin, il est facile de voir qu'il y a des gens intelligents qui croient en Dieu (et je
suppose que vous nous prenez pour des gens moyennement intelligents), et donc, celui
qui ne croit pas, même s'il n'est pas sûr que Dieu existe, risque, je dis bien: risque, qu'il
y en ait Un et qu'en conséquence il peut se trouver devant un très grand personnage !
Dès lors, il est normal qu'il puisse le prier tout au moins sous condition: ,,Mon Dieu, si
vous existez, daignez m'éclairer !”. Un homme loyal peut et doit faire cette prière !
Indépendamment, tous les jours à 11 heures, il sera donné un cours d'apologétique. En
cinq jours, on ne peut pas tout voir évidemment, mais l'essentiel sur les preuves de la
divinité de notre religion, Oui ! Tous ceux qui font la retraite pour la première fois
devront s'y rendre, tandis que les autres auront, pendant ce temps, un cours d'ascétisme.
Cette question, le but de la vie, se pose donc à tout le monde. Eh bien pourquoi ne s'en
occupe-t-on pas davantage ? Vous voulez le savoir ? – C'est qu'on n'est pas libre !…
Alors Saint Ignace nous dit: Il faut se rendre libre.
Mais mon Père, je suis libre, moi !
Non Monsieur, vous n'êtes pas libre… Vous, vous aimez la bouteille… Vous,
Monsieur, c'est Georgette… Vous n'êtes pas libre puisque vous faites des sottises à
courir après elle… Vous, c'est ça: c'est l'argent… Ah ! l'argent… les affaires ! Je n'ai
pas le temps: les affaires ! Pas de temps pour l'essentiel ! … Pour les examens: oui…
mais l'essentiel ? on l'oublie.
On a toujours du temps pour devenir ingénieur, mais, malheureux ! Ne voyez-vous
donc pas le poteau télégraphique ou l'arbre de la route qui vous attend au tournant ? …
Alors, vous rendre libres…
C'est vous qui faites les exercices, Messieurs, et vous avez intérêt à relire ces
annotations, même les anciens, pour mieux les comprendre et mieux faire la retraite, si
c'était possible.
Je n'ai pas, quant à moi, à faire des discours pour flatter votre oreille, mais seulement à
vous faire comprendre que chacun, devant Dieu, doit sérieusement étudier la question
… sa question ! Cela vous regarde et personne ne peut le faire à votre place ! Nous les
Pères, on pourrait nous assimiler à des moniteurs de gymnastique qui disent: ,,Un, deux,
trois, quatre - un, deux, trois, quatre” ! afin que vous fassiez bien l'exercice. Croyez-
moi, cela vaut mieux que de vous faire écouter de belles envolées sans exercices ! Notre
rôle consiste à vous aider à les faire !

3ème Annotation:
Attention ! Dieu est Dieu ! C'est un très grand personnage ! … Quand nous nous
adressons à Lui, nous devons le faire dans le plus grand respect ! - C'est un scandale de
constater comment certains journalistes parlent de la Majesté infinie ! - Oui, avec un
grand respect et Dieu parlera… Oui, Messieurs, Dieu vous parlera !
Un ouvrier anarchiste était venu faire sa retraite en Espagne, et le troisième jour, il
arrêtait ses camarades: ,,Dieu m'a parlé ! Dieu m'a parlé !” Très certainement, il avait dû
recevoir quelque grande grâce et, qui sait, peut-être quelque communication mystique !
Je ne sais pas si Dieu vous donnera des grâces de cette nature, mais Il parlera à votre
âme c'est certain, Dieu vous donnera des lumières … Soyez donc toujours pleins d'un
très grand respect et s'il vous est nécessaire, en cours de méditations, d'utiliser les trois
facultés de l'âme en parlant directement à Dieu, ou si Dieu daigne se communiquer à
vous, ayez ce qu'on appelle la vertu de religion, c'est-à-dire le plus grand respect.
De même, lorsqu'il s'agit d'une vérité que Dieu a Lui-même révélée, une vérité "de Foi"
dit-on: alors n'allez pas la discuter, car cela ne se discute pas, que vous soyez d'accord
ou non ! Dieu en sait plus que vous, sans doute et nous devons accepter ces vérités de
foi avec la plus filiale obéissance… C'est Saint Paul qui nous dit: ,,Sans la Foi, il est
impossible de plaire à Dieu…”. L'acte de foi est un acte de totale soumission à Dieu,
n'oublions pas cela mes chers Messieurs…

4ème Annotation:
Nous allons suivre l'itinéraire ignacien: d'abord en première étape la connaissance de
nous-même où nous aurons à pleurer nos péchés, bien sûr; la deuxième nous fera suivre
Notre-Seigneur dans son enfance et sa vie, puis nous contemplerons sa Passion et enfin
sa Résurrection. Voilà les quatre semaines ! Vous êtes ici pour quatre semaines, mais…
n'ayez pas peur, tout sera terminé samedi et vous pourrez repartir.

5ème Annotation:
C'est la plus importante: Saint Ignace nous dit: ,,Il faut y entrer avec le plus grand
courage et une grande générosité”. Il a même un mot plus fort puisqu'il dit: ,,une grande
libéralité”. Voulez-vous faire une bonne retraite ? Entrez-y avec une grande générosité
de cœur et une grande libéralité.
On est heureux d'être généreux ! Saint Ignace fait remarquer que vous ne risquez pas de
trop Lui en donner puisqu'Il est le Créateur et que tout ce que nous avons, c'est Lui qui
nous le donne !
Dieu aime les âmes généreuses: Notre-Seigneur a dit dans les Béatitudes: ,,Heureux
ceux qui ont faim et soif de justice”. Il faut avoir de grands désirs de sainteté, de grands
désirs de plaire à Dieu ! Voulez-vous savoir, Messieurs, quel est celui d'entre vous qui
fera le mieux sa retraite ? Je vais vous le dire: C'est celui qui le voudra le plus !
Un jour, les sœurs de Saint Thomas d'Aquin lui demandèrent comment il fallait faire
pour se sanctifier. Saint Thomas de leur répondre: ,,Il faut le vouloir !”.
Dans le MAGNIFICAT, il y a un mot terrible de Notre-Dame où, sans le vouloir, elle
trahit son âme:
,,Esurientes implevit bonis et divites dimisit inanes”. Esurientes: ceux qui ont faim et
soif de la charité…
Mon Dieu, moi je suis comblé de biens matériels, mais elle, elle était comme dévorée
du désir de se sanctifier, et Dieu l'a comblée, et tous les jours elle avançait en sainteté !

Et divites: Voyons ! Mon Père, c'est moi qui organise les enchères à l'américaine à la
kermesse de Monsieur le Curé, je suis assez bon catholique, non ? Pourquoi changer ?
ce n'est pas pour moi ça !
Alors très bien, Cher Monsieur, si ce n'est pas pour vous, allez donc vous promener !
car … “ceux qui se trouvent riches, Il les renvoie les mains vides !" - Oui Messieurs,
ayons de grands désirs !
Êtes-vous des hommes de désirs ? Demandez cette grâce à Dieu ! Vous ne savez pas les
lumières que vous recevrez si vous êtes bien dans ces dispositions. Mais si vous estimez
au contraire, n'avoir rien à changer parce que vous êtes un Monsieur très bien, vous
resterez dans la médiocrité ! Courage ! Ayez de grands désirs ! Voyez-vous, la
sanctification est une question d'espérance. C'est par Dieu, qui s'emploie à faire du bien,
que nous nous sanctifions. Pour se sanctifier, c'est comme pour traverser l'Atlantique: à
la nage, par vos propres moyens, c'est impossible; en bateau, en avion, c'est très facile:
six heures et quart d'Orly !
Vous seul, cher ami, il n'y a rien à faire; mais si vous vous livrez au Saint-Esprit, c'est
Lui qui vous sanctifiera; l'inconvénient, la difficulté, c'est que nous avons peur de nous
livrer au Saint-Esprit ! Nous voudrions voir d'abord s'il est bien vrai qu'Il nous aime;
puis nous voudrions aussi le corriger un peu, le Saint-Esprit, car nous avons peur qu'Il
aille trop loin, et nous nous rebutons d'avance d'avoir trop à faire, n'est-il pas vrai ? Et
pourtant, si nous le voulons bien, Dieu peut faire de nous des saints …
- Oh, mon Père, pas moi, sans doute, je suis trop vieux pour commencer, c'est trop tard

- Non Monsieur, il n'est pas trop tard. Le Bon Dieu a bien des fois pris justement des
vieux, et il en a fait des saints.
- Mais moi, mon Père, pensez, je suis un jeune fou ! …
- Bon, cher ami, ne vous tracassez pas: le Bon Dieu en a pris aussi de ceux-là et Il en a
fait des saints.
- Et moi, mon Père, je suis un homme très occupé. Comment voulez-vous ?
Non Monsieur, la sainteté d'abord. Dieu fait des offres pour cela, à vous d'accepter. Les
difficultés, c'est Lui qui les aplanira …
- Et qu'est-ce qu'il faut faire ?
- Mes chers Messieurs, ce qu'il faut, c'est avoir confiance. Il faut vous livrer à Dieu de
toute votre âme, sans réserve aucune. C'est le mot de Saint Paul: Le Seigneur le
renverse de son cheval sur le chemin de Damas: ,,Qui êtes-vous Seigneur ?”
- ,,Je suis Jésus que tu persécutes”.
Saint Paul a bien compris, aussi demande-t-il: ,,Que voulez-vous que je fasse ?”.
Cette demande de Saint Paul, faites-la vous aussi au Seigneur. Demandez-Lui du fond
du cœur: ,,Que voulez-vous que je fasse ?” et le Bon Dieu vous le dira ! Oui, voilà le
vrai but de la vie: se livrer à Dieu, mais rassurez-vous, ,,Dieu est fidèle !”. Il fera son
travail même si vous avez toutes sortes de péchés. Il vous aidera, croyez-le, qui que
vous soyez ! …

6ème Annotation:
La bagarre va commencer maintenant et Saint Ignace veut nous prévenir. Notre âme
aura des "consolations", joies spéciales que vous ne trouverez qu'avec Dieu; ou bien des
"désolations"... Les démons, déjà furieux de vous voir en retraite, feront tous leurs
efforts pour vous inquiéter, vous troubler et vous la faire manquer. Sachez que c'est un
très bon signe, cela montre qu'il n'est pas content, donc que vous êtes sur la bonne voie.
Dans les exercices, il y a toujours de la bagarre, et il serait anormal qu'il en soit
autrement: ou consolation ou désolation. Saint Ignace dit: ,,Si un retraitant ne reçoit ni
consolation ni désolation, que le directeur de la retraite l'interroge, c'est qu'il a dû faire
quelque chose: se distrait, bavarde, ne fait pas ses méditations, ou se trouve là en
"observateur" !”
Mais chez quelqu'un qui fait bien sa retraite, cette action du bon ou du mauvais esprit
dans son âme doit être ressentie..

9ème Annotation:
Le directeur de la retraite jugera, selon le mouvement de vos âmes, (mais pour cela il ne
faudra pas hésiter ou négliger d'aller voir un Père), quelle sera la manière la plus
adéquate à retenir pour la poursuite des exercices.
Ne faites pas votre retraite seul, vous la manqueriez ! Il faut confier les mouvements de
votre âme à l'un des Pères qui saura vous conseiller utilement.

11ème Annotation:
Il y en a qui sont tentés de savoir ce que l'on fera après. Vous avez des jeunes gens qui
viennent pour connaître s'ils entrent au séminaire ou s'ils se marient ! Bon, c'est très
bien ! … mais chaque question doit être étudiée à son tour et celle-là le sera au moment
voulu.
Si vous voulez y voir clair: défense d'empiéter sur ce qui se fera le lendemain, car cela
annihilerait immanquablement le fruit de la journée présente. Il y a un itinéraire à
suivre: mettez toutes vos forces, toute votre humilité à garder la paix en vous.
Aujourd'hui, par exemple, ce seront des méditations sur le salut: faites-les en regrettant
vos péchés sans vous inquiéter de ce qui se fera demain. Toutefois, il est toujours
loisible de revenir en arrière. Dans les temps libres, vous pouvez "ruminer" tout ce qui a
été déjà dit sur les vérités qui ont été proposées.
Soyez attentifs à bien suivre ces indications, car la retraite est un ensemble qu'un rien
peut déranger. Par ailleurs, il est certain que le Seigneur Lui-même récompensera votre
bonne volonté à vous assujettir de bon gré à ces règles.

12ème et 13ème Annotations:


Messieurs, ne raccourcissez jamais le temps de la méditation, même si elle vous paraît
ennuyeuse, si c'est dur, si cela vous fatigue… Tant qu'on n'a pas sonné la fin, continuez,
recommencez: mémoire, intelligence, volonté ! Souvent le démon, qui a compris
l'importance de votre méditation, essaie de tout faire rater. Donc, ne la raccourcissez
pas et même (13ème annotation sur la grande tactique ignacienne de la contre-attaque)
si vous vous apercevez qu'au cours de la méditation il est venu vous suggérer d'en
abréger le temps, non seulement il faut en repousser l'idée, mais quand sonnera la fin il
faudra la prolonger quelque peu, pas beaucoup, car le temps libre vous est nécessaire,
mais une à deux minutes. Qu'il comprenne que vous êtes bien décidé.

14ème Annotation:
Ne pas faire de vœux sans venir consulter, car c'est une chose très grave que de faire un
vœu. Dans un moment d'enthousiasme, on serait porté à cela et l'on regretterait ensuite
d'avoir trop promis en n'ayant pas le courage de l'accomplir. Donc, ne pas faire de vœu
inconsidéré. Consulter auparavant.

15ème Annotation:
Sur la vocation: nous en reparlerons.

16ème Annotation:
Le petit lapin blanc. Vous connaissez l'histoire du petit enfant que sa maman
interrogeait avant Noël:
- ,,Quel jouet vas-tu donner pour les pauvres du petit Jésus ?
- Oh ! maman, pour les petits pauvres, oui, je vais donner … tiens, je donne tout”. Puis
il se ravise: ,,Je donne tout, mais pas mon petit lapin blanc, tu sais, le lapin blanc que
m'a donné marraine ! J'y tiens trop !”.
Souvent, nous aussi, nous avons notre petit lapin blanc; ce n'est pas toujours important,
n'empêche que c'est lui qui s'oppose à notre décision. Alors, si vous avez un petit lapin
blanc… je veux dire si vous avez peur que le Bon Dieu vous demande un sacrifice,
qu'est-ce qu'il faut faire ? Eh bien, ne faites pas de prière imprudent, mais dites
seulement:
- ,,Seigneur, si telle est votre volonté, daignez me le montrer, daignez aussi me donner
la force de l'accomplir, mais je veux faire votre volonté … même si elle est ce que je ne
voudrais pas !”.

17ème Annotation:
Très importante; voir un Père dès que quelque chose ne va pas, et même si vous n'avez
rien à lui dire, rendez-lui visite tous les jours, car en vous voyant, il saura si vous faites
bien la retraite ou non.

20ème Annotation:
Avec la 5ème, c'est la plus importante: Retraite silencieuse = retraite merveilleuse ! Il
est indispensable de rester recueilli, et pour cela, de préférer la solitude. Il ne s'agit pas
seulement de la solitude extérieure, mais surtout de l'intérieure. Saint Ignace dit qu'il y a
trois avantages à cela, parmi beaucoup d'autres.
1) C'est d'un grand mérite ! Le jour où nous arriverons devant le Seigneur au Jugement,
nous pourrions nous entendre dire: ,,Tu as un grand mérite: te rappelles-tu à Martillac ?
pendant cinq jours, tu t'es astreint à garder le recueillement et le silence de tout ton
cœur, et grâce à cela tu es arrivé à gagner une couronne éternelle !”.
Un degré de bonheur et de gloire à cause de cela ! …
2) L'esprit ne se partage pas. Or nous avons à régler une grande affaire, l'unique grande
affaire de notre vie ! … Toutes les autres, nous les laisserons. Donc ne pas avoir l'esprit
partagé, mais attentif. Un peu comme la pression dans la machine à vapeur: si vous
laissez les soupapes ouvertes, la machine ne marchera jamais; pour qu'elle démarre, il
lui faut un certain degré de pression. De même ici: pas de contraction, mais de
l'attention.
3) Dans le silence et le recueillement l'âme se prépare à l'union divine. C'est déjà s'unir
à Dieu que de comprendre ce que Saint Ignace veut nous dire. C'est dans le
recueillement que nous obtiendrons cette union.

Dernier avis:
Nous demandons que les deux premiers jours de leur retraite, les laïcs, même s'ils en
avaient la très bonne habitude, s'abstiennent de la Communion et que Messieurs les
Ecclésiastiques s'abstiennent de célébrer. C'est sur la recommandation des Saints que
nous demandons cela. On en retire des avantages: devant Dieu d'abord pour attirer ses
grâces sur nos misères; par charité ensuite pour ceux qui ne pourraient s'approcher
encore du sacrement de l'Eucharistie. Toutefois, il ne s'agit pas là d'une règle absolue et
si notamment un prêtre avait une raison majeure de célébrer, il aurait à en informer le
Père Directeur pour les dispositions à prendre.
Maintenant, mes chers Messieurs, vous avez temps libre pendant trente minutes. Allez
écrire une carte à votre famille pour la rassurer et relisez, réfléchissez, approfondissez
en les relisant ces annotations qu'il est indispensable d'observer pour faire une bonne
retraite.
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Principe et fondement - Première partie


Nous allons maintenant, mes chers Messieurs, faire la première des méditations de la
retraite: page 348 de votre livre, la belle méditation du "PRINCIPE ET FONDEMENT"
de Saint Ignace, celle qui sera comme la clé de toutes les autres.
Mais d'abord, pourquoi ce titre ? Principe et fondement, qu'est-ce que cela veut dire ?
Eh bien, voyez dans le mot "principe" son radical: prince. Qu'est-ce qu'un prince ? Un
prince, dans la vie sociale, civique ou politique, est celui qui dirige les autres. Même en
démocratie, nos préfets, nos maires par exemple sont ceux qui dirigent les autres. Des
princes ! …
Eh bien, un principe est une vérité qui en dirige d'autres, qui en éclaire d'autres, qui
donne à d'autres leur raison d'être. Nous sommes ici dans le domaine de l'intelligence…
ce qu'il faut connaître, ce qu'il faut savoir. Le principe: idée qui préside à notre activité,
qui lui donne des directives, sur laquelle nous avons constamment à nous appuyer…
Puis il y a le fondement. Avec lui, nous passons dans le domaine de l'activité libre, dans
les modalités d'exécution, dans ce qu'il faut faire, mais en se basant toujours sur ce que
définit le principe. Car, si on ne sait pas comment il faut agir, comment agira-t-on ?
Prenons un exemple: Chez ceux qui admettent que la vie de l'homme commencée au
sein maternel, se termine au trou du cimetière et que c'est fini, plus rien après
(remarquez Messieurs, que nous retrouvons là le principe même du matérialisme !), il
est évident qu'ils envisagent la vie de façon à en profiter le plus possible, en trafiquant
ou non, selon le tempérament de chacun !
Mais si l'on part du principe - vrai, celui-là autant que le précédent est faux - que la vie
ne se termine pas à la mort, mais a, à ce moment-là, un prodigieux et formidable
rebondissement, c'est-à-dire, s'il est vrai que l'homme soit créé pour une vie éternelle et
que sur cette terre il ne fait qu'ébaucher cela, il est certain que ce principe nous amène,
logiquement, à conduire notre vie d'une tout autre façon ! …
Ainsi donc, le principe, c'est ce qu'il faut savoir; et le fondement, c'est ce qu'il faut faire,
compte tenu de ce que l'on sait.
Je m'excuse, Messieurs, de ces explications un peu spéculatives, mais la suite vous en
fera mieux connaître le pourquoi. La méditation que nous allons faire est en effet
capitale, fondamentale.
Le Pape Léon XIII, qui écrivit plus de cent encycliques sur tous les problèmes humains
qu'il connaissait bien, qu'ils soient individuels, familiaux, professionnels, sociaux,
politiques, internationaux, avait coutume de dire que la méditation du principe et
fondement de Saint Ignace était capable, à elle seule, de résoudre dans un sens chrétien
tous les problèmes de la cité.
Le Pape Pie XII écrivait à son tour, qu'il apparaissait bien que Saint Ignace était comme
"fait" pour notre époque troublée. Sa méthode, dit-il, est ,,le code des grandes batailles
des grandes victoires de la vie”.
Récemment encore, le Pape Paul VI félicitait l'Archevêque de Boston de ce que quatre
cents maisons de retraite aient pu donner la retraite fermée à cinq mille participants, et
recommandait la méthode de Saint Ignace comme le modèle de toutes les méthodes
utilisées. Vous voyez ainsi, mes chers Messieurs, qu'en la suivant nous sommes en
bonne compagnie et que nous ne risquons pas de nous fourvoyer !
Cette méditation du "Principe et fondement" compte une quinzaine de lignes, mais elle
est tellement importante dans son développement que nous la ferons en deux parties.
Pour le moment, nous ne retiendrons que le premier paragraphe:
,,L'homme est créé pour … louer Dieu notre Seigneur, le révérer, le servir, et:
moyennant cela, sauver son âme” … Bien !
Dès le commencement, voyez-vous, Saint Ignace pose le problème, et c'est devant Dieu
que vous aurez à méditer cette phrase à la fois si courte et si capitale.
Après les explications que je vais vous donner, vous irez dans votre chambre, et là, bien
recueillis, restez une minute debout, réalisant la présence de Dieu avec le plus grand
respect ! … Dieu me voit. Il est là, présent: ce n'est pas une fiction mais une réalité …
Mon Dieu, je vous adore … Vous vous mettez ensuite à genoux pour faire l'oraison
préparatoire:
- ,,Mon Dieu, vous m'avez mis sur cette terre pour vous aimer et vous servir. Que je ne
manque pas ma vie, que j'aie un grand désir de vous aimer et de réaliser ma destinée !
…”
Puis la grâce à demander. Pour cette méditation, la grâce à demander sera celle qui a
fait Saint François Xavier: celle de bien comprendre le but de la vie. Ignace lui
répétait: ,,Quid hoc ad aeternitatem ?” François, à quoi cela sert-il pour l'éternité ? Et
François, qui pensait à ses projets d'avenir, qui était un jeune homme plein
d'enthousiasme, parlait sans arrêt, mais quand il avait fini, Ignace lui répétait: ,,Quid
hoc ad aeternitatem ?” et tout s'évanouissait, s'écrasait devant cette question …
Oui, il faut que vous compreniez bien le but de la vie, notre destinée éternelle; c'est la
grande grâce de la retraite que vous devez demander au Seigneur et que, de toutes vos
facultés, vous devez étudier. Pour faciliter votre méditation, les compositions de lieu n'y
manquent pas: vous pourriez par exemple, retenir l'histoire de Damoclès, ce serviteur
plein de suffisance, qui prit place au festin de son maître et qui, tout en savourant son
bonheur, surprit l'œillade de ses voisins, ce qui lui fit lever la tête. Et il vit, là, au-
dessus, la lourde épée, le glaive tranchant suspendu et retenu par un cheveu !
Vous pouvez prendre, si vous la préférez, l'image du manège de foire sur lequel les
enfants s'amusent bien, y montent puis en descendent, figure de notre passage sur cette
terre tournant autour du soleil … Nous avons un certain nombre de révolutions à faire:
la moyenne est de cinquante-six, certains un peu plus, d'autres moins, mais comme les
enfants sont obligés de quitter le manège, nous aussi serons obligés de quitter la terre,
avec la différence que si les enfants rentrent à la maison pour continuer à se divertir,
nous, les hommes, nous rentrerons à la maison du Père pour rendre compte de notre
activité ici-bas ! …
Vous pourriez aussi retenir pour mieux fixer en vous la vanité des choses d'ici-bas, cette
histoire authentique du chasseur d'aigles…
Une certaine année, où en Suisse les lois n'étaient pas aussi sévères pour la chasse aux
aigles, un paysan avait repéré, dans la falaise du Vanil Noir, une aire d'aigle, d'aigle
royal. Il en avait averti deux amis, montagnards comme lui, et au printemps, alors qu'ils
pensaient trouver quelque chose au nid, ils montèrent par derrière, côté le moins
escarpé, et l'un d'eux, un bon varapeur, descendit avec une corde vers l'aire qui se
trouvait environ vingt mètres au-dessous du sommet… En effet, il y avait là deux
aiglons que l'on pouvait emporter. Cela se vend bien, aux zoos, à Bâle ou ailleurs. Il mit
les deux oiseaux dans la musette et, au moment où il allait tirer sur la ficelle d'appel
pour avertir les copains, deux grandes ombres au-dessus de lui. Ah !… le père et la
mère qui revenaient ! Les hommes, nous n'aimons pas qu'on nous enlève les enfants: les
animaux non plus, surtout ceux-là. Mais il avait plus ou moins prévu le cas et s'était
muni d'un gros couteau de boucher. Il le sortit et se mit à fourrager avec. Il reçut un bon
coup de bec qui lui ouvrit le cuir chevelu, se convrit de sang, pas très dangereux mais
très gênant ! puis quelques coups de serres dans les mains; cependant il réussit à blesser
l'un, à blesser l'autre et à s'en débarrasser…
Mais, au moment où, soulagé, il allait demander à être remonté, il s'aperçoit qu'en
jouant du couteau, il a sectionné les trois quarts de sa corde ! Ah !…
Alors, mes chers Messieurs, vous êtes hommes, vous aussi, vous voyez la situation ? Je
vous demande de vous imagnier qu'à ce garçon, suspendu au-dessus d'un abîme (la
chute ne pardonnerait pas évidemment), imaginez qu'à ce moment-là, ses camarades
commencent à lui raconter quelque histoire, quelque cancan de village: ,,Hé ! tu sais, il
paraît que la vieille Rosalie a trouvé Philibert… il paraît que Marguerite va se
marier…”.
Vous croyez qu'il écouterait volontiers ces cancans alors que peut-être, sans doute, il va
tomber… il va décrocher, comme disent les alpinistes… et sans rémission, Hein ? …
Essayez de vous imaginer, de vous mettre dans sa peau, de vous mettre plutôt dans son
état d'âme à ce moment-là… Essayez ! d'autant plus, mes chers Messieurs, que c'est
votre histoire que je raconte là, c'est votre histoire à tous ! … même à vous, là,
Monsieur, et au plus jeune aussi. Et c'est la mienne aussi; c'est notre histoire ! …
J'ai là, devant moi, soixante-quinze Messieurs, avec votre serviteur, cela fait soixante-
seize. Lorsque nous sommes arrivés au monde, nous avions une belle corde neuve qui
nous a tirés du néant, oui ! mais à dix ans, nous avons cassé un premier cordonnet; à
vingt ans, nous avons cassé un deuxième cordonnet; à trente ans un troisième, à
quarante ans un quatrième ! Il peut y en avoir huit ou neuf; c'est rare qu'il y en ait dix.
On fait alors une grande fête quand on s'en aperçoit… pour le centenaire… mais c'est
rare ! … Combien vous en reste-t-il de cordonnets ?
J'ai ici quelques notes prises en 1961. Cette année-là, on parlait beaucoup de Gérard
Philippe, le premier du cinéma français ! On lui présidait un avenir extraordinaire. On
disait qu'un jour, probablement, il aurait plus de films que Fernandel, ce qui n'était pas
peu dire ! mais, en réalité, Monsieur Gérard Philippe n'avait aucun avenir de cinéaste
devant lui ! Pourquoi ? Parce qu'à sa corde il n'avait que trois cordonnets et trois
ficelles… et à trente-six ans, il est parti, il est mort !
La même année, M. Albert Camus, écrivain réputé, reçut le prix Nobel. A lui aussi on
prédisait un avenir extraordinaire; il aurait disait-on une œuvre littéraire considérable.
Mais M. Albert Camus n'avait en fait aucun avenir littéraire. Pourquoi ? parce que
quelques jours après avoir reçu le prix Nobel, il s'est tué en automobile ! … A sa corde,
il n'avait que quatre cordonnets et une ficelle…
La même année encore, rappelez-vous Fausto Coppi, le campionissimo, l'Anquetil
italien italien: il est allé, avec des amis, faire un tour en Afrique noire pour donner
quelques coups de pédale et quelques coups de fusil à des fauves, si c'était possible. Il
en est revenu après avoir attrapé le microbe de la malaria. C'était banal, n'est-ce pas ?
Mais, mal soigné, Coppi, à quarante-deux ans: Pfuit ! il est parti lui aussi; un homme
qui avait une musculature formidable ! Lui également n'avait à sa corde que quatre
cordonnets et une ficelle…
Combien en avez-vous, vous ? Qui saura le dire ?
En tous cas, je vais faire une prophétie à peu de frais: il est possible qu'en l'an de grâce
2047, dans quatre-vingts ans, il y ait encore des retraites ici… la maison paraît assez
solide… mais aucun de vous ne les suivra; ce n'est pas moi qui les prêcherai, pourquoi ?
C'est facile, c'est que toutes les cordes qui sont ici se seront cassées… toutes ! … et
beaucoup d'autres cordes (je vois là quelques têtes qui sont un peu comme la mienne,
qui blanchissent bien), beaucoup de cordes seront cassées depuis fort longtemps ! Nous
sommes d'accord n'est-ce pas ? Et même parmi les plus jeunes ! …
Quelquefois les jeunes, quand on parle de ça, ont l'air de regarder les têtes blanches à
côté: ,,Tiens le Père parle pour les vieux !” Mais non, je parle pour tout le monde, nous
avons tous notre corde, elle est déjà abîmée, combien reste-t-il de cordonnets ?
Et un jour, sans être averti – vous ne serez pas avertis – on n'est jamais averti, mes chers
Messieurs; il n'a pas été averti Albert Camus, de son dernier voyage ! Il n'a pas été
averti Coppi, lorsqu'il est parti en Afrique noire qu'il en rapporterait la mort. Il n'y serait
sans doute pas allé ! Vous ne serez pas avertis non plus, c'est très rare, très, très rare, il
ne faut pas y compter, c'est un miracle…
Oui, alors, qu'est-ce que nous faisons là, suspendus à la corde, nous ne savons même
pas combien il nous reste de cordonnets !
Qu'est-ce que nous faisons ? … Monsieur le Curé, c'est très clair, disait un jour un
bonhomme pendant la guerre, nous sommes ici pour gagner du "fric", du "pognon" …
Voyez en effet, le pauvre monde autour de vous, demandez, posez la question: pourquoi
ils sont sur la terre ? Ils vous feront à peu de chose près la même réponse…
Voici des gens intelligents: prenez cet industriel, il se donne un mal fou pour son usine
et tous ses tracas, conférences, affaires (il faut qu'il s'en occupe, c'est vrai), mais,
Monsieur, tout cela vous le laisserez, que vous le vouliez ou non, la mort arrive et les
autres se débrouilleront à votre place ! Mais vous, vous aurez à rendre compte ! …
Ce jeune ingénieur, ce jeune docteur, ils sont pleins d'avenir, travaillent à plein,
prennent femme, ont des enfants. Cela dure vingt ans, trente ans, et puis après, vous
aussi Messieurs, il faudra mourir ! …
Et toute cette jeunesse qui travaille d'arrache pied pour le diplôme, pour avoir la place,
mais pour l'éternité ils ne font rien ! ou presque rien !
Eh oui ! je regrette beaucoup, mes chers Messieurs, que beaucoup n'y pensent pas, car
nous sommes immortels ! Le fait est que notre corde cassera un jour et nous tomberons
alors dans l'éternité ! nous continuerons à dire "je", à dire "moi", pas sur la terre, mais
ailleurs ! La négation de cent mille ou de cent millions d'hommes ne change rien à cette
réalité: deux et deux font quatre, c'est comme ça ! Ce "je", ce "moi", qui sont la marque
de l'esprit, sont comme lui immortels. Le fait de quitter la terre ne nous fera pas quitter
la vie… nous resterons en vie ! … Notre principe vital, l'âme, ne dépend pas des sens, il
est immatériel et n'a pas de parties; il est donc simple et ne peut se diviser…
Un principe chimique dit que rien ne se crée, rien ne se perd et, à la mort, le corps se
séparant de l'âme se désagrège en poussière, en gaz, en liquide… rien ne se perd !
Pourquoi voudriez-vous que l'âme disparaisse ? Il n'y a aucune raison à cela ! Et, par
ailleurs, si elle est simple, elle ne peut se désagréger ! Notre intelligence en conclut
donc que notre âme est immortelle !
Mais notre raison, que Dieu nous a donnée en partage, peut-elle aller plus loin ? Bien
sûr que oui: Voyez les infiniment grands, les infiniment petits, voyez, sans aller dans
ces mystérieuses profondeurs, notre propre corps, cette merveilleuse usine à
transformation, voyez ce monde si beau, ce haricot, cette petite fleur. Cette châtaigne si
bien préparée et si bien enveloppée !
Mais si ce monde est beau, il y a aussi des choses qui ne le sont pas beaucoup: par
exemple le mal que l'on oublie de punir, le bien qui ne se récompense pas toujours;
aussi notre intelligence est-elle conduite à conclure que cet Ingénieur suprême, qui a
tout si bien préparé, doit avoir prévu un endroit où le mal serait puni et le bien
récompensé ! Remarquez que ces convictions morales que nous donne l'intelligence et
la raison, sont déjà, par elles-mêmes des certitudes, mais ce n'est pas tout. Peut-on en
savoir encore davantage ? – Oui, on peut en savoir davantage, si Celui qui a créé le
monde révèle ce qu'il y a après ! Et là, mes chers Messieurs, nous n'avons pas affaire
aux tireuses de cartes, hein ? … Oh non !
Mais, mon Père, à moi Dieu ne m'a rien dit…
Voyons, cher Monsieur, quand une loi entre en vigueur, le gouvernement est-il obligé
d'aller le dire à chacun ? il y a des preuves, c'est affiché, les journaux en parlent, nul
n'est censé l'ignorer: si vous n'y faites pas attention, on "vous met dedans" et c'est tout !
Eh bien, Dieu a parlé, Dieu a donné des preuves qu'Il a parlé. C'est dans le cours
d'apologétique qu'on vous développera celles qui sont essentielles: les miracles, la
notion indirecte du bien et du mal, la contingence des êtres, la révélation et la survie
permanente de l'Eglise de Jésus-Christ.
Mais si Dieu a parlé, Il nous a donné aussi l'intelligence pour comprendre sa parole et
cette intelligence (qui nous autoriserait à ne pas croire si elle pouvait discerner que Dieu
n'a pas parlé), doit au contraire, si elle établit bien que Dieu a parlé, nous obliger à
croire cette parole ! …
C'est ainsi que nous sommes fixés sur notre sort, sur le but de la vie ! Et Saint Paul dit
qu'ils sont "inexcusables" ceux qui ne veulent pas croire, avec toutes les preuves que
Dieu donne à leur intelligence.
Je vous disais donc que dans quatre-vingts ans, chez nous tous, la corde aurait cassé et
que nous resterions en vie… Oui ! Et nous aurons les mêmes besoins d'amour, d'absolu,
de joie, de bonheur, de perfection ! La négation d'un tas de malheureux ou de fous ne
change rien à cette réalité: nous sommes immortels et nous irons ailleurs…
Alors, qu'est-ce que nous faisons ici ? Saint Ignace nous le dit: ,,L'homme est créé
pour… etc…”. Je vous disais que dans quatre-vingts ans, on ne parlera plus de vous; et
si je remonte à quatre-vingts ans en arrière, parlait-on de vous ? Même lorsque votre
mère vous portait dans son sein, elle ne savait pas qui vous seriez: garçon ou fille !
Maintenant, je sais bien qu'au bout d'un certain temps de gestation on arrive à connaître
plus ou moins le sexe par la radio, mais en se trompant souvent… oui ! Garçon ou
fille ? grand ou petit ? quelle couleur auront ses yeux ? Brun ou blond ? gentil ou
méchant ? Intelligent ou bèbête ? … Votre mère ne vous connaissait pas. Votre mère,
comme votre père, n'ont été que des instruments ! Eux-mêmes sont passés par là,
comme leurs parents à eux ! Mais il y avait Quelqu'un qui vous connaissait ! Oui,
Quelqu'un ! Et l'explication à cela, Saint Jean nous la donne: ,,Deus caritas est”.
Saint Thomass nous dit que le propre de l'amour est de se donner et de se répandre. On
le voit déjà sur la terre: lorsque le mariage est bien compris, il tend à cela, autrement il
est un égoïsme à deux ! Mais Dieu, qui est infini, a un besoin infini de se donner et de
se répandre ! Cela se réalise tout d'abord dans le mystère de la Sainte Trinité: cet amour
infini de Dieu s'étanche (si l'on peut s'exprimer ainsi, bien imparfaitement), dans
l'amour réciproque des trois personnes divines et cet amour, je dirai incommensurable,
déborde en quelque sorte la très Sainte Trinité, et Dieu, dans toutes les possibilités de sa
puissance et de son amour, nous a choisis, nous: c'est pourquoi nous sommes sur la
terre…
Mes chers Messieurs, nous sommes créés, comme toutes les choses d'ici-bas d'ailleurs,
nous sommes créés pourquoi ? Mais pour faire la joie de Celui qui nous a créés ! pour
réaliser son rêve d'amour ! pour que nous acceptions son plan d'amour sur nous, son
plan d'amour à Lui ! … pas le nôtre… le sien !
Remarquez une chose, mes chers Messieurs: Dieu a imposé une perfection relative aux
êtres non libres: le soleil, par exemple, obéit parfaitement à Dieu; les étoiles, les
planètes, les animaux: le chat est chat vingt-quatre heures par jour; un chien fait le
chien, il ne sait pas faire autrement; nous avons deux vaches à l'étable, là, vingt-quatre
heures par jour elles font la vache; heureusement d'ailleurs pour notre café du matin !
De même les végétaux: le Bon Dieu a dit au haricot: tu feras des haricots… et il obéit; il
ne fait jamais de lentilles ! … il obéit ! Il a dit au pommier: toi, tu feras des pommes…
Tous obéissent: les minéraux, les végétaux, les animaux, la lumière, tous obéissent !
Heureusement qu'ils obéissent ! Imaginez que le soleil un jour oublie de se lever ou que
le plant de vigne se mette à donner des figues ! … Oui, la perfection relative que Dieu a
donnée aux êtres non libres se réalise parfaitement, mais ils n'ont aucun mérite à le
faire, pourquoi ? parce qu'ils ne sont pas libres, parce que cela leur est imposé !
Mais, entre les êtres non libres et nous, il y a des différences essentielles. Nous allons le
voir:
Même un enfant peut établir la distinction entre les êtres non libres et des êtres
libres: ,,Dis, Janot, pourquoi n'amènes-tu pas ton chat à l'école, il pourrait apprendre à
lire lui aussi !”. Eh bien, l'enfant vous répondra: ,,Non, le chat est une bête”. Il sait que
le chat n'est pas fait pour ça; ce qu'il sait, et il le sait bien, c'est que le chat court plus
vite que lui, que le cheval est plus fort que lui; mais il sait que le chat est une bête ainsi
que le cheval et il a compris cette différence essentielle entre les bêtes et nous.
C'est que chez l'homme existe un principe vital que Dieu met en nous, qui ne dépend
pas des sens, tandis que le principe vital de l'animal dépend exclusivement des sens.
C'est ce qui fait aussi que nous sommes libres, tandis que l'animal ne l'est pas. Si nous
étions des bêtes, la doctrine du déterminisme marxiste serait vraie, du moins en partie,
mais nous ne sommes pas déterminés, nous sommes libres ! L'animal est conditionné
par ses seuls sens, sens de la vue, de l'odorat, du goût, du toucher et par certains sens
internes tels que l'imagination et la mémoire sensible qui interviennent dans certains de
ses comportements.
Prenons des exemples: le chien qui voit un bifteck et qui a faim, saute dessus et le
mange; s'il n'a pas faim, il le laisse, ou bien, s'il a déjà reçu des coups pour avoir mangé
du bifteck, s'il aperçoit un bâton au moment où il s'apprête à sauter sur la viande, la peur
des coups – mémoire sensible – sera plus forte que son instinct qui le pousse à se jeter
sur le bifteck ! …
On dit aussi que les bêtes font des choses intelligentes: l'abeille fait son miel, elle
fabrique les alvéoles utiles; les oiseaux font leurs nids, les castors leurs huttes, oui, tout
cela paraît intelligent, mais l'intelligence n'est pas dans la bête, l'intelligence est dans
Celui qui a donné à la bête un instinct qui la conduit à travailler avec l'ordre et la
précision que nous admirons en elle. Mais, cet instinct, elle ne peut le changer, il lui est
imposé, elle n'est donc pas libre…
Nous-mêmes, les hommes, avons en nous certains instincts de cet ordre… Par exemple
le petit enfant tète sa mère sans savoir pourquoi; cet après-midi, nous digérons le plat de
macaronis du déjeuner et nous avons, à cette fin actionné divers muscles, sans savoir
lesquels, et tout cela automatiquement. Mais, en dehors de ces instincts, le principe de
liberté qui découle de notre volonté autorise celui qui a faim à ne pas manger
(notamment ceux qui font la grève de la faim) et autorise celui qui n'a pas faim de
manger quand même ! C'est que nous sommes libres ! De plus existent en nous des
notions diverses, telle la notion de patrie, la notion d'humilité, la notion de bonheur, etc.
… cela ne se voit pas… Nous avons la possibilité de former des jugements, de
raisonner, comparer, tirer des conclusions ! Non et non ! rien de semblable chez les
êtres non libres ! En bref: Dieu nous a dotés d'intelligence pour raisonner et de volonté
pour nous déterminer, c'est ce qui fait que nous sommes libres. Mais qu'est-ce que la
liberté ? …
Ah ! voilà ! A notre époque, on fausse comme à plaisir la notion de liberté. Certains
s'imaginent qu'être libre, c'est faaire ce que l'on veut ! Oh non ! Messieurs, on n'a pas le
droit de faire ce que l'on veut: ni vous ni moi nous n'avons le droit de faire ce que nous
voulons. La liberté ainsi comprise s'appellerait du libertinage, ni plus ni moins ! La
liberté découle de ce que Dieu nous a donné la possibilité, avec notre intelligence, de
discerner où est le bien, et avec notre volonté d'opter pour lui sans aucune coercition
externe… de nous-mêmes ! Voilà la liberté !
Et pour respecter cette liberté, Dieu ne nous impose pas la perfection qu'Il a imposée
aux êtres non libres, car Il ne peut pas nous l'imposer. Nous l'imposer consisterait en
effet à nous contraindre, à violenter notre choix. Or l'amour procède de la liberté. Il ne
doit pas être forcé; il ne doit pas être contraint ! Alors Dieu fait beaucoup mieux. Il nous
offre cette perfection ! Il nous offre de la réaliser avec Lui, en collaborant avec Lui,
avec sa grâce, pour arriver à faire un jour de nous des élus dans le ciel. Et Dieu nous
aidera à cela ! …
Effectivement, le Principe et Fondement, mes chers Messieurs, vaut pour Dieu avant de
valoir pour nous ! je veux dire que dans son plan, dans sa Création, Dieu ne voit que
cela, son but: donner à des êtres sortis du néant une joie divine ! ,,Haec est voluntas Dei
sanctificatio vestra” – Dieu veut que nous soyons des saints, que nous soyons dans
l'éternité comme Lui, que nous partagions son bonheur ineffable dans un mariage
divin ! Et cette joie divine que Dieu possède de toute éternité, Il nous l'offre ! Mes chers
Messieurs, comprenons bien cela, c'est à la fois inconcevable et véridique !!
Oui, nous sommes libres pour accepter le plan de Dieu et mériter de devenir des saints
dans une éternité qui dépasse toutes nos conceptions ! Vous savez que Saint Paul, qui
avait un peu connu cela, l'homme du troisième ciel, nous dit: ,,L'œil de l'homme n'a pas
vu… son oreille n'a pas entendu… son esprit ne peut même pas concevoir ce que Dieu
réserve à ses élus !”. Une joie divine, la joie même de Dieu, Il nous l'offre ! … Et voilà
pourquoi nous faisons, comme on dit, quelques tours sur la machine ronde: dix, vingt,
trente, soixante, quatre-vingts … guère plus, vous savez, d'après le nombre de
cordonnets que nous avons à notre corde ! Et puis, un jour, la corde casse et c'est fini !
nous tombons dans l'éternité et rendons compte à Dieu de la collaboration que nous
avons réalisée ou non ici-bas.
L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu ! Si oui: une joie divine ! Nous
verrons Dieu face-à-face, tel qu'Il est, nous dit Saint Jean. Une joie qui dépasse tout ce
que nous pouvons imaginer ! Et Saint Paul, toujours lui, regardant les choses de la terre,
même les plus belles qu'il avait connues (il était très artiste, on le voit bien dans ses
lettres, il était très enthousiaste et aimait la vie), eh bien ! Saint Paul, regardant toutes
ces choses belles qu'il avait connues auparavant et les comparant à la connaissance du
Christ et aux joies spirituelles qui étaient maintenant son partage, dit: ,,Tout ça =
Stercora !”. On ne peut traduire en français, alors on traduit: ,,Tout ça = de la boue, du
fumier !” … Saint Paul écrivant sous l'inspiration du Saint-Esprit ! à côté de ce qui nous
attend dans l'éternité ! …
Une joie que toutes les joies de la terre réunies ne peuvent approcher… Joie de la
musique, joie de connaître les sciences, les arts, les étoiles, les secrets atomiques
maintenant, joies très pures de l'affection et de l'amour d'ici-bas: tout ça, … c'est rien…
zéro… stercora ! …
Mais hélas, de cette liberté que Dieu nous donne, nous pouvons abuser et cet abus, s'il
montre bien que nous sommes libres, n'est pas une perfection de la liberté (tout comme
un malade montre qu'il est en vie, mais la maladie n'est pas, pour autant la perfection de
la vie), ainsi apparaît-il impensable qu'on puisse choisir cet abus de la liberté et,
délibérement, refuser la perfection que Dieu nous offre !
Pourtant sur cette terre, nous obéissons bien à tous les impératifs d'ordre matériel qui
nous contraignent: nous obéissons bien dans les gares, par exemple, où l'on nous traite
comme des enfants: ,,Ne traversez pas les voies, ne descendez pas à contre voie,
empruntez le passage souterrain” … On obéit, là ! On obéit en temps de guerre à un
officier qui vous envoie à la mort ! oui, on obéit ! Aussi apparaît-il insensé de ne pas
obéir à Celui qui, en jouant, a fait les étoiles dans le ciel ! "Ludens in orbe terrarum".
Eh oui ! nous sommes libres de refuser… hélas ! … On peut refuser de deux façons: il y
a d'abord la façon bête et absurde des sans-Dieu et des marxistes: beaucoup de gens qui
ne réfléchissent pas, qui suivent de mauvais bergers: ,,Il n'y a pas de bon Dieu ! Ce sont
les curés qui ont inventé ça !”. Remarquez, Messieurs, qu'ils ne suppriment pas Dieu: ils
le suppriment dans leur tête, maisa cela ne change rien à la question ! En tous cas, s'il y
a une chose que je trouve stupide, c'est la vaine gloriole que l'on donne à ces hommes,
francs-maçons pour la plupart, – ils ont là une espèce de paradis sur terre avec leurs
noms inscrits sur les plaques de rue – et qui maintenant traînent peut-être leur misère
devant le Seigneur ! Je n'ai pas reçu de révélation spéciale à leur sujet et s'ils se sont
convertis au dernier moment, tant mieux, oh oui, tant mieux ! mais ce dont je suis sûr et
certain, c'est qu'ils ne sont plus francs-maçons ni marxistes après leur mort, et savent
très bien que c'est Dieu qui a le dernier mot ! …
Il y a aussi une deuxième façon de refuser: celle de beaucoup de catholiques qui ne
refusent pas Dieu, ni son plan, qui trouvent même que le Bon Dieu et bon… ah oui,
bien sûr, mais qu'Il est un peu ancien ! Il ne lit pas les journaux sans doute et ne doit pas
être au courant de certaines besoins de l'âme contemporaine ! comme on écrit parfois…
Alors le Bon Dieu, on peut en prendre et en laisser, hein ? … Il est bon, ah oui, Il est
même si bon qu'on peut arranger, qu'on peut corriger son plan !
Voyons, Monsieur le Curé: alors, d'après vous, nous sommes encre régis, en 1967, par
la loi de Moïse ? loi qui avait été faite pour des tribus, une loi tribale, en 1967 ? mais
vous retardez, Monsieur le Curé ! Restons bons amis, mais vous ne me ferez pas suivre
le sixième commandement tel qu'il est encore conçu… rien à faire ! Le sixième
commandement, il faut me l'arranger…”.
,,Pardon, pardon, cher Monsieur, mais vous me demandez là quelque chose d'insensé…
Prenez donc un crucifix entre vos mains et, en regardant le Seigneur pantelant sur la
Croix, demandez-Lui vous-même s'Il peut vous faire un rabais ? Cela m'étonnerait,
vous savez, qu'Il y consente: cela Lui a coûté si cher ! Quant à moi, cher Monsieur, je
ne suis qu'un employé… oui, l'oint du Seigneur, celui qu'Il a envoyé non pour altérer sa
loi, mais pour la transmettre avec fidélité, pour être, en bref, un simple écho de sa
parole…”.
,,Comment ? Comment ? Vous ne pouvez pas, vous ne voulez pas ? Eh bien, je me
l'arrange tout seul ! Avec un commandement de moins, surtout celui-là, ça va déjà
mieux: au lieu de dix feux rouges, plus que neuf ! …”.
,,Ah ! Monsieur le Curé, tant qu'on est à arranger: il y a aussi le septième: ce n'est pas à
la page ça ! il n'y a pas de mensonge… il y a des "business" … imaginez que tous les
avocats, les représentants de commerce, les hommes d'affaire se mettent à dire la vérité
au sens où vous l'entendez… Il n'y aurait plus moyen de s'entendre, on se ferait rouler
par les autres… alors, la notion de mensonge: il faut me l'arranger aussi…
Vous ne voulez pas ? vous ne pouvez pas ? alors je vais l'arranger moi-même ! Tant
pis !
Oh ! mais faisons les choses bien, monsieur le CUré, tant qu'on y est, il y a aussi le
huitième commandement: … il n'y a pas de vol… voyez là (gentiment… doucement…
à cause des gendarmes !) mais on ne peut pas faire autrement, vous devriez le
comprendre ! vous seriez dans le commerce, vous feriez pareil, Monsieur le Curé… je
suis bien obligé de vivre, hein ? et de faire vivre ma famille, n'est-ce pas vrai ?
Comment, celui-là non plus, vous ne pouvez pas ? Eh bien, nous l'arrangerons quand
même ! et avec sept commandements au lieu de dix, cela commence à mieux aller ! …”.
Sur les routes de la terre, il y a de plus en plus de feux rouges… Imaginez un professeur
d'auto-école qui dirait à ses élèves: ,,Voyez-vous, Messieurs, il y a un peu trop de feux
rouges, c'est une vraie calamité, il n'y a plus moyen de circuler en ville, alors, moi, je
fais une petite moyenne… Oui, je m'arrête évidemment, quand l'agent est là, il faut être
prudent, bien sûr, mais s'il n'y a rien ? "Pfuit" ! tant pis pour le feu rouge !”.
Vous croyez que cela marcherait longtemps comme cela ?
Mes chers Messieurs, il faut obéir, sur la route, ou on devient un danger public !
Dans les chemins de fer, les usines, les barrages, partout il faut obéir à l'ingénieur en
chef et à son plan préétabli, qui organise le rendement, la sécurité ! Il faut suivre
toujours le plan, si l'on veut que ça marche… évidemment !
Chez les êtres libres la chose se réalise d'abord là, dans le cerveau: même un paysan qui
veut construire une baraque, si la baraque n'est pas d'abord là, dans sa tête, elle
n'existera jamais dans la réalité (ce qu'il veut réaliser, le but qu'il poursuit, les matériaux
qu'il devra acquérir, etc.). Un plan est toujours préétabli.
De même Dieu a fait le plan, le plan qui doit nous permettre de suivre la route qui
conduit à l'éternité. Voilà comment il faut faire: les feux rouges, les commandements de
Dieu…
Notre-Seigneur est venu nous expliquer à cet effet la loi évangélique et depuis vingt
siècles, les Souverains Pontifes ajoutent (ou plutôt n'ajoutent pas mais précisent)
certains comportements devant des problèmes nouveaux, mais en partant des mêmes
principes.
Il y a toujours un plan préétabli, mes chers Messieurs, et un plan oblige toujours à agir
d'une certaine façon, suppose des contraintes, requiert telles exigences, telles modalités,
autrement c'est la catastrophe ! …
Ce que j'ai dit du plan peut se dire des lois.
Quand les lois civiles sont un dictamen de la raison, il faut les suivre: exemple le code
de la route; – évidemment il faut les suivre ! … – Celui qui se croit malin sur la route
devient un danger public dès qu'il ne suit plus le code. Eh bien, sur la route qui mène à
Dieu, c'est identique, il faut obéir aux lois de Dieu; c'est autrement un effroyable péril
qui est encouru, rendons-nous en compte ! …
Voilà par exemple des écrivains qui sont non seulement des dangers publics mais de
véritables catastrophes lorsqu'ils perdent les pédales, comme on dit, lorsqu'ils perdent
les principes… Ils scandalisent les âmes !
L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu: voilà la raison de notre présence
sur la terre. Dieu est Amour, Il ne nous impose pas la perfection, Il nous l'offre et nous
obtenons cette perfection, évidemment, à condition de collaborer avec Lui.
Si au contraire, nous voulons faire nos caprices ? Ah ! alors, mes chers Messieurs, nous
jouons gros jeu: nous sommes sur terre pour mériter notre destinée éternelle, mais, si
nous ne la méritons pas, nous ne l'aurons pas ! Si nous la voulons, nous l'aurons, parce
que Dieu est fidèle ! Mais si nous ne nous inquiétons pas de faire ce qu'il faut pour
l'avoir: nous ne l'aurons pas ! L'apôtre Saint Paul nous dit encore:
,,Attention, Dieu est fidèle, mais Il ne peut se renier, et si nous le renions, Lui, Il nous
reniera”.
Voilà l'alternative tragique, voilà pourquoi on l'appelle "LE SALUT" ! Tant qu'on ne l'a
pas, on n'est pas sauvé ! Je m'imagine des naufragés en mer, ils se cramponnent là où ils
peuvent pour ne pas couler; arrive une chaloupe qui les repêche: sont-ils sauvés pour
cela ? Non, et même arrivés en vue du port, ils ne le sont pas encore ! On en a vu qui se
sont noyés même dans le port !
De même pour notre salut, nous pouvons au dernier moment le manquer, le perdre !
C'est pourquoi Saint Paul nous dit: ,,Opérez votre salut avec crainte et tremblement”, et
afin d'attirer notre attention sur cette alternative terrible, Saint Ambroise disait: ,,Il est
nécessaire que nous tombions dans l'une ou l'autre éternité”. Ou ce sera un bonheur
éternel, un bonheur que nous ne pouvons même pas concevoir, ou ce sera le malheur
éternel. Je vous ai déjà cité ce mot terrible de Notre-Seigneur:
,,Allez, maudits, au supplice éternel”.
Alors, mon Père, du premier coup vous nous parlez de l'enfer ?
Oui Messieurs, soit le ciel, soit l'enfer; nous sommes devant ces deux issues possibles.
Voilà pourquoi nous devrions avoir une véritable angoisse de ne pas faire assez pour
gagner ce qui est le but de la vie, le but de notre passage ici-bas: celui de jouir de Dieu
pendant l'éternité ! …
Malheureusement, à notre époque, beaucoup de chrétiens se sont peu à peu laissés
pénétrer par cette impiété satanique: la foi sans les œuvres… Dieu est bon, et, parce
qu'Il est bon, je peux faire impunément ce que je veux et me moquer de Lui !
Ah ! non ! c'est justement parce que Dieu est bon qu'Il ne peut pas tolérer le mal… Si
vous faites ce que vous devez faire, vous aurez votre salut… Dieu est fidèle !
Mais si vous ne faites pas ce que vous devriez faire, ne vous faites pas d'illusion ! Vous
ne l'aurez pas ! Notre-Seigneur nous a prévenus: ,,Les uns iront à la vie éternelle et les
autres iront au supplice éternel”.
Et Saint Paul ajoute: ,,Nolite errare, Deus non irridetur” – ne vous faites pas d'illusion,
on ne se moque pas de Dieu – et il ajoute des paroles que tout cultivateur comprendra
bien: ,,Ce que l'homme aura semé, c'est ce qu'il récoltera”.
Il est évident qu'une religion au rabais serait plus facile à observer, mais soyons
logiques: … Comment ! Le Fils de Dieu se fait homme, passe trente ans sur terre et
nous laisse sa loi évangélique; Il nous invite à Lui ressembler par le renoncement et
nous montre le chemin de la Croix pour nous permettre de trouver celui du ciel: de plus,
Il meurt Lui-même sur la croix pour nous racheter ! Et ceux-là seraient assez illogiques
pour décider d'une petite religion à eux ? et assez absurdes pour penser que la justice
divine tolérerait – et ici j'emprunte les paroles mêmes de Pie XII – : ,,une telle
déformation de son image et de ses desseins, un tel abus de ses dons, un tel mépris de sa
volonté et, surtout, une telle dérision pour le sang innocent de Son Fils versé pour
nous ? …”.
Quand même ! Réfléchissons ! Et si, au jour du jugement, ceux-là sont accueillis avec
sévérité et mis au nombre des réprouvés, qu'ils n'en accusent pas le juste Juge !
Remarquez d'ailleurs comment Saint Ignace nous précise cet effroyable risque: Au lieu
de dire: ,,et en faisant cela, sauver son âme”, il aurait pu avec autant de vérité dire: ,,et
en faisant cela, arriver au ciel”, ou ,,en faisant cela, contempler l'éternelle béatitude”,
etc.… Non, au contraire, il met en relief la notion de notre salut, l'alternative terrible de
la damnation si nous refusons Dieu et de la gloire infinie qui sera notre partage si nous
acceptons et suivons son plan d'amour !
L'homme est créé pour louer Notre-Seigneur, le révérer, le servir, et en faisant cela,
sauver son âme…
Je termine cet exposé par une histoire aussi absurde que tragique mais qui peut vous
aider à graver dans vos cœurs le but de la vie, celui de gagner Dieu dans une éternité
bienheureuse…
Au Mexique, il y a une loterie nationale, et pour l'année 1961, le gros lot consistait en
deux millions de dollars.
Ce gros lot a été gagné par un paysan des environs de Mexico. Il avait fait une folie,
s'était payé un billet complet ! Il avait commencé par faire une crise de larmes, et à
chaque instant, il demandait à Pierre et à Paul: ,,C'est bien moi qui ai gagné ? c'est bien
moi ? ”.
A tel point que l'alcade du pays avait fait faire une grande banderole sur laquelle était
porté: ,,C'est notre concitoyen Perez qui a gagné le gros lot avec le numéro …”.
Ainsi, même en pleurant, il pouvait voir les numéros hauts d'un mètre ! Bien…
Trois semaines plus tard, il devait se rendre à Mexico pour toucher la somme. Il avait
invité tous les hommes du coin à qui il devait payer là-bas une tournée à tout casser;
cinq ou six cars partirent. Mais en route, d'autres hommes voulaient profiter de l'aubaine
et chaque fois que quelqu'un montait, mon Perez recommençait son manège: ,,C'est bien
moi qui ai gagné ? c'est bien moi ? ”.
Alors les gens lui disaient: ,,Mais tu es idiot, Perez, si tu n'avais pas gagné, on ne
t'accompagnerait pas, tu comprends bien, ne viens pas encore nous ennuyer avec ta
marotte !”. Enfin, on fait quelques kilomètres de plus, le chemin tournait, là, sur un pont
de bois ou trois bonshommes attendaient. Ils montent dans le car où se trouvait Perez
qui, une fois de plus, recommence son manège: ,,C'est bien moi qui…”. Tout d'un coup,
une rafale de vent… Pouf… le billet qui voltige dans la nature… Catastrophe: une
rivière rapide, des buissons épineux… Ah !
Ces hommes descendent, on commence à pérorer. Bref, ils ont cherché un jour, ils ont
cherché deux jours, là, pays désert, puis, tout d'un coup, l'un d'eux s'écrie: ,,Mais Perez,
avec ton imbécillité de nous montrer ton billet, tout le monde sait, tout le monde a vu
ton billet, nous sommes trois cents à témoigner pour toi, allons à Mexico !”.
Ils sont allés à l'hôtel des monnaies, et après les avoir écoutés, on leur dit: ,,Vous êtes
bien gentils, Messieurs, mais il ne s'agit pas d'une question de témoignage, vous seriez
trois mille, cela serait pareil. Il s'agit d'un billet: si vous avez le billet, vous aurez les
sous… Vous savez bien où vous l'avez perdu ce billet ? Il est bien quelque part, allez le
chercher !”.
Ils ont repris les cars, ils ont encore cherché le billet; cela faisait quatre, cinq jours déjà.
Ils se sont lassés, plus d'espoir. Et ils sont repartis dans leur village, assez penauds de
l'aventure; et les derniers ont vu Perez qui ne voulait pas partir, lui… Il était accoudé à
la balustrade du pont et regardait l'eau qui défilait ! On ne l'a plus revu… On ne l'a plus
revu ou plutôt on l'a revu trois semaines plus tard, là-bas, tout gonflé, beaucoup plus bas
! Il n'avait pu supporter l'aventure. Avoir eu en mains, lui, paysan, une somme
équivalente à dix millions de nos francs et bêtement la perdre ! Il n'avait pu le supporter
!
Mes chers Messieurs, lorsque vous êtes arrivés sur la terre, vous avez reçu, tous, en
même temps qu'une corde un billet d'éternité: le jour du baptême, un billet d'entrée au
ciel, un billet de grâce sanctifiante, un billet qui valait plus d'un million de dollars, qui
valait plus d'un milliard de dollars, un billet d'une éternité de joie indicible, tout petit,
vous ne vous rendiez pas compte… tandis qu'il s'inscrivait dans votre âme d'enfant de
Dieu ! …
Réalisez le jour où votre corde cassera, peut-être au moment où vous y penserez le
moins, si vous vous présentez devant le Seigneur sans avoir le billet, sans avoir la grâce
qu'il représente ! … Que ferez-vous à ce moment-là ?
Vous restez immortels ! Le Seigneur vous dira:
,,Mon petit, tu n'as pas voulu de moi pendant ta vie, Moi je ne veux plus de toi
maintenant !”. Où irez-vous ?
Voilà votre méditation, mes chers Messieurs.
Je vous rappelle l'histoire de l'aigle. Qu'est-ce que nous faisons ici-bas ? Nous sommes
suspendus au-dessus de l'éternité.
Combien reste-t-il de cordonnets à notre corde ? Qu'est-ce que nous faisons ? L'homme
est créé par amour, Dieu nous propose un plan d'amour. Si nous acceptons ce plan, en
collaborant avec Dieu, nous atteignons cette perfection que Dieu nous destine. Et si, au
contraire, nous refusons ce plan, en abusant de notre liberté, en faisant nos caprices ?
C'est très grave, mes chers Messieurs, c'est très, très grave… C'est le Seigneur qui le dit
Lui-même dans l'Évangile.
Vous allez donc méditer là-dessus, Comme je vous le disais au début, dès que vous
serez dans votre chambre, attachez-vous bien à faire les actes préliminaires: présence de
Dieu, oraison préparatoire, la grâce à demander, puis, avec votre mémoire, en gros,
vous revoyez l'histoire qui vous sert de composition de lieu et vous aidera dans vos
réflexions avec Dieu. Attardez-vous en revoyant l'importance du salut, l'importance du
salut, l'affaire la plus importante de votre vie ! Il faut que je le fasse coûte que coûte !
sinon tout est perdu ! c'est le malheur éternel ! si oui, le bonheur ineffable de jouir de
Dieu, voilà le problème ! C'est Notre-Seigneur, Lui-même qui l'a défini. Est-ce que,
jusqu'à présent, je m'en suis préoccupé ?
Au contraire, ai-je suivi la mauvaise voie en me mettant au nombre de ces moutons de
Panurge qui suivent de mauvais bergers ?
Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux qu'ils ont raison ! Le nombre des fous est infini,
dit la sainte Écriture. L'homme aura beau faire, il ne changera rien à la Vérité ! Et
qu'est-ce que Dieu exige de moi ? Qu'est-ce qu'un père exige de son enfant pour lui
laisser son héritage ? Oh rien ! ou presque rien ! Qu'il le reconnaisse comme son Père et
qu'il obéisse aux commandements que, dans sa sagesse, il a établis pour le protéger…
Dans une vingtaine de minutes, on sonnera les coups doubles… Ne partez pas, ne
quittez pas vos chambres, mais arrêtez la méditation…
Dans la méditation, vous allez demander la lumière à Dieu. Au fond, vous savez, vous
connaissez déjà ce que je vous ai dit: pas les détails, mais la chose, oui ! Alors
demandez à Dieu une pleine, une vive lumière sur ce problème du salut !
Bien souvent, et peut-être parmi vous, y en a-t-il dont les accus spirituels sont à plat…
Les accus vous les avez… Demandez au Seigneur de vous les recharger, vos accus, de
vous donner une grande lumière !
Alors, à la sonnerie double, disais-je, faites un colloque avec Dieu pour le remercier
dans un cœur-à-cœur plein de ferveur: Dieu est Dieu. Écoutez ce qu'Il vous dit, offrez-
vous à Lui, puis vous réciterez un Pater noster avec un grand respect, à genoux si vous
le pouvez. Ensuite, à votre table, avec votre carnet et la page 337 de votre livre, vous
ferez un peu d'examen de la méditation: Qu'est-ce qui m'a frappé, qu'est-ce qui aurait dû
me frapper ? que faut-il que j'en garde, etc.… Quelques minutes plus tard, seconde
sonnerie, un roulement, vous aurez alors temps libre.
Allez ! Allez vite faire cette méditation: c'est très important !

Principes et fondement - Deuxième partie


Nous allons voir, Messieurs, la suite du "PRINCIPE ET FONDEMENT", page 348, au
bas de la page. Dans la première partie nous avons retrouvé deux, on pourrait même
dire trois grandes vérités: d'abord Dieu, le Créateur, le Père, le Tout-Puissant… l'Infini,
l'Immense… Dieu qui est Amour ! C'est la plus belle définition qu'on puisse donner de
Dieu. Or, c'est le propre de l'amour de se donner et de se répandre… C'est pour cela que
tout existe ! Alors, d'abord: DIEU.
Et puis l'homme: créature de Dieu, qui a été fait pour réaliser un plan d'amour. Dieu est
l'Être aussi, sans limite: Il a répondu à Moïse: ,,Je suis celui qui suis”. Notre-Seigneur
dit un jour à Sainte Gertrude: ,,Moi, je suis celui qui "est" et toi, tu es celle qui n'est
pas”. Nous sommes les créatures de Dieu, mais ses enfants aussi, et, nous traitant
comme des êtres libres, Il nous offre de collaborer avec Lui ! …
Dieu, qui a imposé une perfection relative aux êtres non libres, minéraux, végétaux,
animaux, ne l'impose pas aux hommes. Mais sa volonté est que nous devenions des
saints: ,,Haec voluntas Dei sanctificatio vestra”. Il nous l'offre sans nous forcer, sans
nous contraindre, nous traitant comme des êtres libres, comme ses enfants ! Alors Dieu:
Première vérité. Seconde vérité: l'HOMME, enfant de Dieu.
Dès qu'on écarte l'homme de Dieu, on ne sait plus ce que c'est que l'homme ! Après
tout: les négations de Dieu ne peuvent rien contre Dieu, mais elles peuvent contre
l'homme. Parce que si l'homme n'est plus enfant de Dieu, qu'est-ce qu'il est ? Ah ! …
L'empereur Néron, il y a dix-neuf siècles, après avoir mis, semble-t-il, l'incendie à
Rome et en avoir accusé les chrétiens, avait trouvé un moyen de les utiliser: il faisait
enduire ces chrétiens de poix et s'en servait comme lampadaires pour éclairer ses fêtes
du Vatican ! Néron avait trouvé un emploi pour l'homme: l'homme va servir de
lampadaire, voilà !
On prétend que Napoléon Ier, s'adressait un jour à Metternich et le menaçant, lui
disait: ,,Monsieur, j'ai derrière moi un capital dépensable de cinq cent mille hommes”.
Napoléon avait trouvé un autre sens de l'homme, lui… l'homme chair à canons !
Karl Marx: l'homme est un fabricant d'outils, l'animal qui fait des outils… oui, tout est
matière… matière première, transport, usinage, outils ! Quel est donc l'idéal ? … un peu
plus de matières premières, un peu plus de transport, un peu plus d'usinage, un peu plus
d'outils… L'homme est un robot, il faut qu'il soit bien nourri ! bien, oui… c'est ça: bien
nourri, pas de souci, un peu comme les animaux du zoo ! Ils n'ont pas de souci non plus,
ils sont bien nourris: on ne veut pas les perdre évidemment car ils coûtent cher, ils sont
même climatisés ! Les fauves du zoo de Vincennes sont climatisés, mais si on pouvait
leur demander leur avis, peut-être préféreraient-ils leur savane ou la jungle ?
Les soldats aussi sont climatisés maintenant dans les casernes: ils sont bien nourris, ils
ont la télévision, et pourtant, ils rêvent toujours de la "quille" ! Comme c'est curieux
cela ! Eh oui, remarquez que si l'homme n'est pas un enfant de Dieu, tout devient
possible comme tentative sur l'homme ! …
Si l'Église nous trompe en nous disant par saint Ignace ce que nous avons médité tout à
l'heure: à savoir que l'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu… Si ce n'est
pas vrai, cela, qu'est-ce que c'est que l'homme ? N'importe quel tyran qui aura avec lui
la puissance pourra toujours imposer sons sens de l'homme: Kroutchev l'a fait
récemment, il n'y a pas beaucoup plus de dix ans, aux ouvriers de Budapest ! …
Eh oui, mes chers Messieurs, ce qui libère l'homme c'est cela: c'est la réalité de Dieu qui
nous libère et il n'y a que cela qui puisse nous libérer… Il n'y a que l'Eglise qui libère, et
n'importe quel tyran qui se dresse à l'hoprizon comprend toujours que l'Eglise, l'Eglise
catholique et romaine est pour lui l'ennemi numéro un, pourquoi ? … Parce qu'elle
rappelle la grandeur de l'homme ! Parce que l'homme a été créé par Dieu, pour réaliser
avec Dieu, aidé par Dieu, mais librement, son plan d'amour. C'est ça qui fait la grandeur
de l'homme ! Oui, nous avons retrouvé cela:
DIEU, l'HOMME et le PLAN de DIEU: trois vérités.
Mais nous n'avons qu'à ouvrir les yeux pour voir des choses qui ne sont pas Dieu, qui
ne sont pas l'homme non plus; eh bien, ces choses, il faut maintenant que nous en
connaissions la signification.
Voulez-vous prendre votre livre, page 348: je cite: ,,Les autres choses (je dis les autres
choses parce que nous avons déjà expliqué Dieu et l'homme créature et enfant de Dieu),
les autres choses, sur la face de la terre sont créées pour l'homme, pour l'aider dans la
poursuite de la fin pour laquelle il a été créé”, (cette fin qui est la gloire de Dieu,
évidemment, mais qui est aussi la gloire de l'homme).
Dans cette phrase, il y a des mots plus importants: "pour l'aider", les choses sont là pour
nous aider.
… ,,d'où il suit (nouvelle conséquence) que l'homme doit faire usage de ces choses afin
qu'elles l'aident à poursuivre sa fin, à atteindre son but, et qu'il doit s'en défaire, de ces
choses, autant qu'elles l'en empêchent”.
Dans cette dernière phrase, il y a aussi des mots plus importants: les mots répétés:
"autant que…"
,,Pour cela (garder le "autant que…") il est nécessaire de nous rendre indifférents, (voilà
un mot qu'il faudra expliquer aussi) à toute chose créée, à tout ce qui est laissé au choix
de notre libre arbitre et ne lui est pas défendu, de telle manière que nous ne voulions, de
notre part, pas plus la santé que la maladie, pas plus la richesse que la pauvreté, pas plus
l'honneur que le mépris, pas plus une vie longue qu'une vie courte et ainsi de tout le
reste, désirant et choisissant seulement ce qui nous conduit davantage à éla fin pour
laquelle nous sommes créés”.
Vous avez remarqué au passage, mes chers Messieurs, une série de vérités qui se
dégagent par voie de conséquence logique les unes des autres. Je vais donc les
reprendre, vous les commenter un petit peu et puis, comme tout à l'heure, vous irez dans
votre chambre pour "ruminer", pour méditer.
On ne vous demande pas de vous casser la tête dans votre chambre pour faire de belles
méditations, on vous demande seulement de vous efforcer… l'un de vous me disait, tout
à l'heure, qu'il en avait mal à la tête !
Si vous partiez d'ici la tête cassée, cela n'arrangerait rien… Alors, faites cela
gentiment… demandez aussi au bon Dieu de vous aider. Sachons demander à Dieu
comme des mendiants, dans des colloques fervents… Le colloque est une prière, une
conversation encore plus intime avec Dieu et le colloque ne fatigue pas: cela ne fatigue
pas d'aimer !
Voilà une maman qui est professeur de mathématiques: si elle fait huit heures de
mathématiques par jour, cela doit la fatiguer, bien sûr, mais aimer son mari et ses
enfants vingt-quatre heures par jour ne la fatigue pas !
Je veux dire que, dans votre chambre, faites pour le mieux, efforcez-vous et le bon Dieu
fera le reste…
Ainsi donc, mes chers Messieurs, nous nous trouvons devant le problème des choses –
les autres choses – c'est-à-dire, tout ce qui n'est ni Dieu, ni nous… Ces autres choses,
vous l'avez appris en classe, déjà tout petits, peuvent se classer en trois grandes
catégories: les minéraux, les végétaux, les animaux, parmi lesquels l'homme: animal
raisonnable.
Mais, si vous voulez un peu plus de détails, les choses, ce sont d'abord les biens: les
biens immeubles, maisons, prairies; les biens meubles: valeurs financières, bancaires,
l'or, l'argent, les outils… avions, tracteurs, autos et autres machines ! Les choses, c'est
aussi la science, la possession d'une science qui est une richesse intellectuelle, qui rend
de grands services d'ailleurs, et, avec la science, les études, les diplômes…
Les choses, c'est encore l'art, la musique, la peinture, l'architecture, la sculpture, etc.
C'est aussi la nourriture, la boisson, les petits plats et les gfrands, les banquets, les
liqueurs, les vins…
Les choses, c'est aussi les loisirs et les moyens que nous prenons pour les occuper: les
stades, la télévision, le cinéma, le théâtre, le chant, la plage, la montagne, le ski, la
varape, le cyclisme, le hockey…
Bien ! tout cela ce sont les choses.
Les choses, sont aussi les événements qui passent, les situations sociales plus ou moins
belles et aussi les circonstances dont nous ne sommes pas toujours les maîtres, le milieu
social dans lequel nous sommes obligés de vivre; nous sommes toujours obligés d'avoir
un milieu social et civique qui nous entoure, un milieu familial aussi ! On peut en
changer, bien entendu, de temps à autre, mais pas trop souvent quand même parce que
pierre qui roule…
On ne peut pas changer de famille n'est-ce pas ! et s'il est permis de changer de rue ou
de quartier, on ne peut le faire quatre fois par mois comme les quartiers de la lune !
Alors donc un milieu social qui s'impose à nous et, dans ce milieu social des contraintes
à subir, certaines qui nous portent au bien, d'autres qui nous gênent.
Je me rappelle un retraitant qui me racontait ses petites misères, il habitait dans une
banlieue de petite ville et il me disait qu'à hauteur de son appartement il avait à sa
gauche un voisin qui était "un poison" ! ,,Il est toujours, me confiait-il, en procès avec
quelqu'un, un mauvais coucheur ! Un poison embêtant au poswsible” ! Et il me dit: ,,Je
ne peux tout de même pas déménager pour cela: je risquerais d'en trouver un autre !”.
,,Mais par contre, à ma droite, j'ai une voisine… ah ! charmante, gentille comme tout !
sympathique et veuve… elle est veuve par-dessus le marché ! Alors mon travail permet
de lui donner quelques conseils ! Ma femme est jalouse ! pourtant je ne cherche rien !
… Eh bien, vous savez, la petite veuve me pose plus de problèmes que le voisin
empoisonnant de gauche, mais pas les mêmes problèmes, tout à fait différents, opposés:
problèmes d'antipathie et problèmes de… sympathie ! …
Eh oui, le social … Tout cela c'est les choses !
Et d'où viennent-elles ?
Elles viennent du même constructeur, du même ingénieur en chef ! Vous savez que
Dieu a créé les ANGES. Les anges n'ont pas de corps et par cette seule remarque, que
les anges n'ont pas de corps, nous comprenons que le problème des anges (il y a eu un
problème pour eux, évidemment), était très différent du nôtre ! Pour l'instant, nous le
laissons de côté.
Alors Dieu a voulu créer des êtres qui soient à la fois esprit et matière: l'homme, esprit
et corps. Mais, pour que Dieu résolve ce problème, se sont posées à Lui toute une série
de conditions: Dieu n'était pas obligé de nous créer, mais du moment qu'Il décida de le
faire dans ces conditions, c'est-à-dire, esprit et corps, Dieu, pour suivre les lois de son
Être à Lui, dut réaliser un certain nombre de conditions préliminaires, nécessaires à la
vie du corps. Car c'est ce dernier qui pose des problèmes, ce n'est pas l'âme !
L'âme évidemment a des problèmes d'un autre ordre comme celui de la collaboration
avec DIeu, celui de l'éternité … mais le problème quotidien de la vie, c'est le corps qui
le pose ! …
Tenez, prenez la vie d'un catholique français moyen: il y vingt-quatre heures par jour,
comme tout le monde, mais regardez comment il passe ces vingt-quatre heures: D'abord
un tiers couché, soit huit heures où il essaie de perdre connaissance et d'être homme le
moins possible. Bien, il reste à table environ deux heures et demie à faire des choses pas
très spirituelles, vous savez ! Le reste du temps, il travaille pour se gagner sa croûte,
toujours pour le corps. Acheter des vêtements, faire bâtir une maison: c'est pour le corps
et le reste, s'il en reste, pour l'âme, pour l'esprit. Oui, c'est le corps qui pose tous les
problèmes matériels !
Alors, Dieu décide de nous créer et pour cela, il a dû envisager une machine pour
recevoir les hommes: Il a créé la terre à cet effet.
Il aurait pu la faire plus grande, comme Jupiter, ou plus petite comme Mars, mais pour
que l'homme puisse vivre sur terre avec son corps, il a fallu que Dieu réalise d'autres
conditions: Physico-chimiques, hydrogène, oxygène et autres gaz; il fallait une
température adéquate parce que la matière et les gaz se comportent différemment selon
la chaleur, alors le Seigneur a dû créer un calorifère qui serait en même temps un phare
pour réchauffer et éclairer; et Il a mis cela à huit minutes de marche et quelques
secondes: la petite banlieue, quoi ! Et grâce au soleil, la lumière, la chaleur, le
rayonnement avec le jeu admirable de la physique, de la chimie, de la chlorophylle,
etc… et grâce à cela: les plantes … et puis un jour… les animaux … et lorsque tout a
été prêt: l'homme ! Tout ça pour l'homme, pour aider l'homme ! …
Messieurs, rappelons-nous le but: c'est la possession de Dieu dans l'éternité, une joie
divine ! La petite Thérèse de l'Enfant Jésus, écrivant à sa sœur, s'enthousiasmait en
pensant que bientôt elles seraient comme des dieux ! Les saints pensaient souvent à
cela, à cette destinée inconcevable, dont nous connaissons le but: c'est Dieu. Nous
sommes ici de passage, nous sommes ici en transit; nous allons ailleurs, nous devons
vivre ailleurs !
Qu'est-ce que c'est que les quatre-vingts ans à passer ici-bas pour ceux d'entre nous qui
arriveront au bout de huit ou neuf cordonnets, qu'est-ce que quatre-vingts ans en regard
de l'éternité ? Mes chers Messieurs, dans mille ans, lorsqu'on se rappellera (je ne sais
pas où nous serons, mais je pense que la retraite étant une grande grâce et marque
d'amour de la part de Dieu, nous nous reverrons là-haut, tous), alors on parlera de la
terre: ,,Vous vous rappelez, en 1964, oui, le tour de France, la chaleur, le général de
Gaulle, Kroutchev, tout ça ! … les réunions par-ci, les réunions par-là, les bombes
atomiques … bah ! au fond, on était bien bêtes de se créer tant de soucis ! …
Evidemment, il faut avoir des soucis, mais le Seigneur nous a dit: ,,Cherchez d'abord le
royaume des cieux” … Oui, mes chers Messieurs, nous connaissons le but, la
possession de Dieu, nous sommes les enfants de Dieu, un jour notre corde cassera …
Alors, ces choses qui nous entourent, ces autres choses ne sont que des moyens pour
atteindre ce but, cette destinée. Tout est moyen et dès qu'on parle de moyen, on parle
d'une notion corrélative; celle de mesure. Voilà deux choses qui vont toujours
ensemble.
C'est facile à prouver: vous prenez un train qui est un "moyen" de transport, vous le
prenez "autant que…": la mesure.

Par exemple, vous allez de Valence Dijon: d'abord il n'y a pas de train dans tous les
villages, alors, vous allez à Valence, à dix kilomètres. Là, dans la gare, il y a des salles
d'attente. Pourquoi ? Parce que le train bon pour moi n'est pas toujours en gare.
Remarquez qu'en soi, tous les trains sont bons, mais ils ne sont pas tous bons pour moi,
c'est pour cela qu'il y a des salles d'attente et lorsque le train bon pour moi arrive, je le
prends, mais je le prends "autant que…" c'est-à-dire qu'arrivé à Dijon je descends.
Il y a trois catégories de gens qui ne font pas "l'autant que" et qui restent dans le train
bien qu'ils soient arrivés au but: d'abord les petits enfants, les tout petits; heureusement
les parents veillent sur eux et les font descendre quand il faut; il y a aussi les vieux
pépés qui, passé quatre-vingt-dix ans, sont dans la deuxième enfance comme les petits,
ils prennent le train sans trop savoir où ils vont; c'est d'ailleurs assez gênant ! … et puis
il y a les gens qui dorment. Les premiers n'ont pas encore la raison, les seconds ne l'ont
plus et les troisièmes n'en ont pas l'usage au moment où il faut. D'ailleurs en se
réveillant à Paris, ils sont sans doute bien ennuyés… ,,et dire que j'avais un rendez-vous
urgent !” … Mais un homme conscient, en prenant le train fait "autant que …". Le seul
fait de ne pas faire "autant que…" montre que, dans sa tête il y a quelque chose qui ne
marche pas bien ! Même chose dans les cars: on prend le bon, celui qui vous mène au
but, même s'il n'est pas rouge (moi j'aime beaucoup le rouge …).
A chaque instant, nous faisons cela: l'autant que, la mesure. Vous payez une facture:
,,Autant que”. ,,Combien vous dois-je boulanger pour le pain de la quinzaine ?” ,,Cher
Monsieur, vous me devez dix-huit francs”. Eh bien, vous alignez dix-huit francs. Vous
ne devez pas plus, vous ne pouvez donner moins! ,,Quand même, je peux bien donner
vingt francs si ça me plaît! … Remarquez que le boulanger ne demandera pas mieux et
les gardera, mais dès que vous serez sorti, il dira à sa femme, j'en suis certain: ,,Ce
Monsieur est bien gentil, mais doit avoir quelque chose qui ne va pas bien! Pourquoi ?
Regarde, il me doit dix-huit francs et m'en donne vingt sans raison”. Quand votre
famille apprendra que sans motif, vous donnez vingt pour cent de plus en payant vos
factures, on va parler de psychiâtre, croyez-moi!
Oui, ,,autant que”, c'est pareil pour tout! On construit un immeuble "autant que"… Il y a
des lois d'équilibre dont on ne peut ignorer l'existence et qu'il faut appliquer, sinon
l'immeuble dégringolera sur la tête des gens! On ne fait pas ce qu'on veut, les lois de
pesanteur jouent. On ne fait pas ce qu'on veut en construisant les barrages… Ah! Il y a
des lois. Partout c'est l'admirable nécessité de l'"autant que", de la mesure…
Imaginez qu'en France on supprime la mesure dans la musique. Nous, Français, gardons
la musique, mais supprimons la mesure… Hé! si vous supprimez la mesure, il n'y a plus
de musique, il n'y a plus d'immeubles, il n'y a plus de barrages, plus de machines, plus
de technique… Il n'y a plus rien sans la mesure!
Donc, à la mesure, nous ne pouvons manquer, parce que si on oublie la mesure dans
une fabrique pyrotechnique, dans une usine chimique, attention, hein! cela peut être la
catastrophe. Si on oublie la mesure dans les chemins de fer, c'est pareil. Partout nous
trouvons l'insécurité et la catastrophe.
Alors, pour tout ça, dans tous ces domaines matériels, nous faisons attention et avec
raison… Le grand malheur, c'est que nous manquons à la mesure dans nos relations
avec Dieu… pour l'essentiel…
Nous savons que Dieu a posé des défenses, qu'Il a fait un CODE pour aller à Lui, mais,
nous les hommes, nous faisons un peu comme le petit que je voyais un jour dans un
train, sur les genoux de sa mère, une jeune maman et son fils qu'elle appelait Riri: trois
ans environ. A chaque instant, elle le menaçait: ,,Si tu continues, Riri, tu vas recevoir
une gifle!” Et comme la gifle ne descendait jamais, Riri continuait de plus belle! A un
moment donné, il met la main dans le sac de sa mère… ,,Si tu mets la main dans le sac,
tu vas voir!” Elle y était déjà la main!… ,,Si tu sors quelque chose du sac, gare à toi!”.
Et comme le petit voyait que tout le monde souriait et que la claque ne descendait pas, il
sort la boîte de poudre de riez! ,,Si tu ouvres la boîte, tu vas voir ce que tu vas recevoir!
… Et le petit, non seulement ouvre la boîte, mais ils étaient tous couverts de poudre de
riz, après! Alors la mère, voyant qu'elle avait affaire à un petit prodige, a refermé la
boîte sur le peu qui restait et elle l'a embrassé. Elle était heureuse!…
Eh bien, nous, nous avons la tentation de faire un peu comme cela: on touche au plan
divin, on regarde le patron – d'ailleurs on ne le voit pas – on continue à tricher, on fait
comme Riri. Et comme la gifle ne descend pas, on croit… Hein ? … Oui! Nous avons
facilement tendance à manquer à l'"autant que"… à nous laisser entraîner par nos
passions, nos passions qui ne voient que le plaisir immédiat, qui ne voient pas le but et
nous entraînent de ce fait; les passions qui nous portent à ce qui nous plaît, qui nous
portent à échapper à ce qui nous déplaît aussi…
Je me rappelle encore une histoire: ce petit soldat avait eu un accident, on l'avait mené à
l'hôpital et, quelques jours après, le chirurgien passe dans les chambres. Il regarde la
fiche du blessé et dit à l'infirmière: ,,Ma Sœur, aujourd'hui trois pansements! pas un,
trois! et pour le remonter, vous lui donnerez un doigt de champagne”. Bien, la journée
se passe et la sœur revient dans la soirée voir le petit blessé: Ah! troisième pansement!

,,Encore, ma Sœur, trois!”
,,Mais, mon petit, ce n'est pas vous qui commandez; le chirurgien, ce matin a dit trois!”
,,Oh! le chirurgien, le chirurgien… Il a dit: ce soir vous lui donnerez du champagne,
voilà ce qu'il a dit le chirurgien!”
Bien, elle est patiente, elle s'en va et revient avec une bouteille de champagne et un
verre, puis elle lui verse un doigt de champagne.
,,Comment, ma Sœur, c'est ça que vous me donnez?”
,,Mon petit, je l'ai marqué sur ma feuille, un doigt!”
,,Oui, ma Sœur, j'ai entendu qu'il a dit un doigt, mais pas un doigt comme ça, j'en suis
sûr ma Sœur, je suis sûr de ça! Allez, ne faites pas de chichis, versez, ma Sœur!…”
Et il le fait durer le plaisir… Enfin, il arrive au bout, elle est là, patiente…
,,Et le pansement?”
,,Oh! encore, ma Sœur…”
,,Allez, allez, mon petit, moi je n'ai pas de temps à perdre, allez ouste! Trois
pansements, pas deux”
Et malgré ses cris, elle lui fait le troisième pansement!
Eh bien, c'est l'image de notre comportement à tous! Quand cela nous plaît, nous avons
tendance à augmenter la dose, tous – même Monsieur le chanoine, là – et même moi
aussi! nous avons tous la tendance, tous, même les saints l'avaient, la tendance! Ah! ils
ne cédaient pas à la tendance, mais ils l'avaient: augmenter la dose lorsque ça nous
plaît!
Nous sommes faits pour le bonheur et, comme Adam, nous voudrions l'avoir ici-bas;
par contre, lorsque ça nous déplaît, nous avons la tentation de supprimer la chose! Mais,
mes chers Messieurs, c'est dangereux cela, pourquoi ?
Parce que, pour réaliser le plan de Dieu, il y a un code à suivre, comme sur les routes de
la terre; il y a des contraientes à subir et il faut faire, pour arriver au but, des choses
pénibles!…
Mes chers Messieurs, vous ne réaliserez pas le plan de Dieu si vous ne voulez pas faire
des choses pénibles!… On n'a pas encore trouvé le moyen sur la terre d'arriver à Dieu
sans faire des choses pénibles.
Je parle au moins pour les adultes: Il y a quelquefois des enfants qui meurent dès le
baptême et ne sont pas dans ce cas; mais en ce qui concerne les hommes, depuis l'âge
de raison, il n'y a pas moyen d'arriver au but sans faire au moins quelques petites choses
pénibles!
L'Eglise, dans son martyrologe, nous rappelle tous les jours quelques saiants,
quelquefois nombreux et parmi eux nous trouvons des fillettes: le 31 janvier, nous
fêtions sainte Agnès, douze ans, une patricienne de Rome. Pour arriver au but, elle a dû
passer par la prison et a été décapitée.
Je cite sainte Agnès, parce qu'il semblerait qu'elle aurait dû avoir un rabais, cette petite
de douze ans! Elle n'a pas eu de rabais! Saint Tarcisius non plus n'a pas eu de rabais, ce
petit garçon de dix ans, enfant de chœur. Saiante Foy, la patronne d'Agen, à côté de
Bordeaux, là-bas, elle non plus n'a pas eu de rabais. Sainte Cécile, une patricienne de
dix-huit ou dix-neuf ans, non plus! pas plus que sainte Catherine d'Alexandrie, ni sainte
Marguerite. Elle n'a pas eu de rabais sainte Jeanne d'Arc qui avait dix-neuf ans! Notre-
Seigneur ne lui a pas fait cadeau d'une nuit de Rouen ou du bûcher!…
Quelquefois, c'est la maladie qu'il faut accepter pour arriver au but, c'est parfois le
déshonneur. Des quantités de saints ont été déshonorés; des martyrs ont été déshonorés;
Jeanne d'Arc, par exemple et bien d'autres! Oui, mes chers Messieurs, pour arriver au
but, il faut faire parfois, avec la grâce de Dieu des choses pénibles…
Et voyez la contre-partie: des hommes vont rater leur éternité pourquoi ? parce qu'ils
veulent abuser des choses qui leur plaisent. Vous avez des hommes qui vont rater leur
éternité parce que, là, c'est bon dans la gorge, sur quatre centimètres!…
D'autres, ce sera à cause de la pêche: ce n'est pas mal de pêcher. C'est peut-être
légitime, mais… "autant que" … le dimanche, pour eux, c'est la truite! Voilà! …
d'autres, c'est la chasse: Ah! la chasse!… d'autres, c'est le sport, c'est la plage, c'est tout
ce que l'on voudra! il ne manque pas de moyens de remplacement maintenant!…
Et donc, mes chers Messieurs, il ne me semble pas que le Seigneur ait annoncé un
rabais pour les hommes vivant au vingtième siècle! Et la Sainte Vierge, apparaissant à
La Salette, à Lourdes, à Fatima ou ailleurs n'a pas annoncé, ce me semble, un rabais
pour nous, tout au contraire!
Aussi reste-t-il très dangereux de nous laisser entraîner par nos passions qui, elles, ne
voient pas le but, qui ne voient que le plaisir immédiat.
Nous devons, avec la grâce de Dieu, réfréner nos passions. C'est diofficile et c'est
pourquoi saint Ignace nous dit: ,,Il faut nous rendre indifférents”. Pour garder l' "autant
que", il est nécessaire de nous rendre indifférents. Qu'est-ce que cela veut dire?
Eh bien, il y a trois sortes d'indifférences … différentes. Il y a d'abord l'indifférence des
stoïciens, de ceux qui ne sentent rien. On prétend que l'un d'eux (c'était un philosophe
esclave en même temps) était torturé par son maître à cause d'une vétille et son maître
lui faisait tordre la jambe pour le faire souffrir. Alors, il paraît que ce philosphe esclave
et stoïcien lui disait: ,,Si tu me la tords comme ça, tu vas me la casser … tu vas me la
casser … et qu'est-ce que je ferai pour travailler avec une jambe cassée ? … Tu vas me
la casser … Crac! … Tu vois, tu me l'as cassée … Je suis beau, maintenant, avec une
jambe en moins!…”.

Mais ça, c'est dans les livres!… Mais même si un homme était capable de faire ça en
stoïque, l'indifférence dont nous parle saint Ignace, n'est pas celle-là, celle des stoïciens.
Il y a aussi l'indifférence d'apathie. Un jour, un garçon me dit: ,,Alors, mon Père, si je
comprends bien, il faut se fiche de tout… Si je me marie, je prends la plus vilaine du
pays ?” – Eh non! Si vous prenez la plus vilaine du pays, trois mois après, vous serez
séparés tous les deux! Ce n'est pas ça non plus! Celle-ci est une indifférence d'apathie…
or le chrétien n'est pas un apathique.
Il s'agit, suivant saint Ignace, d'une indifférence de volonté. Moi, je veux réaliser ce
plan en moi, ce plan qui est général, mais aussi particulier à chacun de nous. Je veux le
réaliser quoiqu'il arrive! les autres, faites ce que vous croyez devoir faire, mais moi,
mon Dieu, donnez-moi la force de réaliser votre plan sur moi!
C'est quelquefois très pénible. Vous croyez que c'était amusant pour les martyrs, de
réaliser ce plan ? Mais, avec sa grâce, ils l'ont fait et ils l'on fait en beauté, tous ces
martyrs et bien d'autres qui ne sont pas martyrs, mais qui, pour réaliser le plan de Dieu,
ont dû faire des choses très pénibles!
Donc, nous rendre indifférents! Pas plus portés à ceci qu'à cela: Qu'est-ce qui est le
mieux pour moi ? – Je n'en sais rien, mais jamais un péché, même véniel, pour tout l'or
du monde! Être indifférent à tout ce qui se présente. Une indifférence de volonté à tout
ce qui se présente sur notre route.
Comme dit l'oraison d'une messe: ,,A travers toutes les choses de la terre, je veux
partout suivre le plan de Dieu…”.
C'est exactement comme pour un voyage: Tenez, l'an passé, je suis allé au Canada, mais
pour y aller, j'ai dû d'abord passer par l'Italie, c'est-à-dire prendre un moyen qui tournait
le dos à l'endroit où je voulais me rendre. Ici, pour prendre le train de Paris, on
commence à prendre la route qui va directement vers le sud, puis on bifurque sur une
route qui va droit sur l'ouest et cela parce qu'il faut se rendre à la gare de Valence. Tout
est commandé par le but.
De même nous devons être indifférents aux cheminements que Dieu nous impose…
Moi, je veux arriver au but, je veux réaliser le plan de Dieu quoiqu'il arrive. Alors saint
Ignace nous dit: ,,pas plus porté à la santé qu'à la maladie”.
Nous ne sommes pas fous, les catholiques, nous ne voulons pas dire par là que santé
égale maladie! nous savons bien que la santé est un bien naturel que nous devons
sauvegarder autant qu'il est en notre pouvoir! Mais s'il y a un litige entre ma santé d'ici-
bas et ma santé de l'éternité: tant pis pour ma santé d'ici-bas!…
C'est ce que Notre-Seigneur nous dit: ,,Ton œil te scandalise ? arrache-le et jette-le loin
de toi parce qu'il vaut mieux entrer borgne au ciel que d'aller avec deux yeux en enfer”.
De même, nous dit Notre-Seigneur, que vous vous livrez au chirurgien pour perdre un
œil afin de sauver le reste, faites pareil pour l'éternité, et à plus forte raison faites pour
l'âme ce que vous faites pour le corps! Alors, mon Dieu, bien sûr, je préférerais aller à
Vous avec la santé, mais si vous comprenez que par la santé je vais perdre mon éternité,
alors envoyez-moi la maladie!…
C'est une grande chose de comprendre cela. Tout ce que Dieu nous envoie est
commandé par la Providence et n'a pas d'autre but que de nous faire gagner le ciel.
Vous avez un cancer: vous devez tout faire pour vous soigner, ça bien sûr, mais en
l'acceptant comme purification de vos péchés, en offrant vos souffrances à Dieu, vous
ne savez pas quel degré de mérite vous pouvez obtenir…
Mais si, au contraire, quelqu'un se sert de l'épreuve que Dieu lui envoie pour
blasphémer le Ciel, on peut dire qu'après avoir passé un enfer sur la terre, il se prépare à
avoir l'enfer pour l'éternité!…
Il en est de même pour la richesse: Nous savons bien que la richesse peut être un don de
Dieu, mais la richesse peut être aussi une gêne pour le salut puisqu'il sera très difficile
aux riches de se sauver. Alors, mon Dieu, comme le disait Salomon, envoyez-moi non
pas la misère, mais envoyez-moi la pauvreté plutôt que la richesse, si par la richesse je
dois perdre mon éternité…
C'est identique pour l'honneur et le mépris: je préférerais évidemment aller à vous par
l'honneur, l'honneur est une valeur naturelle, mais si, par l'honneur et les honneurs qu'on
me fera je dois perdre mon éternité, mon Dieu, tant pis pour les honneurs de la terre!…
Pareil pour notre vie: c'est le plus grand bien que nous ayons ici-bas, la vie!… mais,
mon Dieu, je ne veux pas garder la vie de mon corps si elle doit entraîner la mort de
mon âme et me faire perdre la vie éternelle! Plutôt mourir si telle est votre volonté!
C'est un choix, voyez-vous, mais pour choisir, il faut être indifférent, ne pas mettre en
avant ces valeurs: santé, richesse, honneur, pour les conserver!…
Vous avez beaucoup de catholiques maintenant qui, pour conserver un certain standard
de vie, manquent aux lois de Dieu! Ah non! on n'a pas le droit! on n'a pas le droit, pour
obéir à un certain respect humain devant les autres de manquer à la loi de Dieu; pour
faire le malin!
Comme disait un jour un jeune homme: ,,Moi, je lis Sartre parce que, dans une réunion
d'étudiants, si on n'a pas lu Sartre, on passe pour un ballot”. Alors voilà!… On se
pourrit l'âme, et souvent le corps…
Eh non! Tant pis, la loi de Dieu avant tout! Être indifférent en allant au plus sûr,
désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle
nous sommes créés!…
Mes chers Messieurs, voyez-vous, cette indifférence, il faut bien la comprendre!…
L'indifférence de volonté dont parle saint Ignace est une attitude préliminaire qui nous
permet de bien choisir.
Reprenons l'exemple de la gare: je veux prendre à Valence le train qui me mènera à
Perpignan. Bien. Mais le train de Perpignan n'est pas en gare! Alors, je dois attendre
avec indifférence. Cette indifférence me permettra de bien choisir le train qui me
mènera à Perpignan. Que ferait quelqu'un qui manquerait d'indifférence à ce moment-
là ? Il verrait au troisième trottoir un joli train rouge et vert: Hou! Il me plaît ce train-là,
je le prends…
– Mais, où mène-t-il, ce train, cher Monsieur ?
– Il est rouge et vert, il me plaît, je le prends…
Vous êtes sûr que ce Monsieur, qui manque d'indifférence n'arrive pas à Perpignan. Il
arrivera plutôt de l'autre côté du Rhône, à Privas, dans la grande maison de psychiatrie!
Là, oui!
Mais, si je suis bien indifférent, il m'importera peu que le train soit rouge, jaune ou vert,
qu'il parte de la voie "1" ou de la voie "5", faisant en sorte de prendre le train de
Perpignan et non un autre.
De même pour aller au but, pour bien choisir, nous devons faire abstraction de ce qui
nous entoure. Qu'aucune considération ne joue sur notre volonté d'indifférence.
Par exemple: où me mènera la richesse ? Je ne veux rien en savoir. La pauvreté serait-
elle mieux ? Je n'en sais rien et ne veux pas le savoir! Pour bien choisir: être d'abord
indifférent! Cette indifférence de volonté permettra seule de bien choisir les moyens.
Ensuite, je ferai une enquête pour savoir ce qui est le mieux pour moi. Dans l'exemple
choisi: arriverais-je mieux au but par la richesse que par la pauvreté, etc…
Mais partout, dans toutes les choses qui m'entourent, je veux d'abord faire la loi de Dieu
en allant au plus sûr, oui, en allant au plus sûr… Il s'agit de travailler à ma destinée
éternelle, il s'agit donc pour moi de prendre le meilleur moyen de faire la volonté de
Dieu le mieux possible, en allant au plus sûr, en mettant tout le prix qu'il faut…
Dans l'Évangile, Notre-Seigneur, pour nous le montrer utilise la parabole de la
marguerite, c'est le nom que les anciens donnaient au diamant: Voilà un employé qui
laboure un champ où il y a beaucoup de cailloux, ce qui rend le travail difficile, mais il
a trouvé dans ce terrain des diamants: le tout est de les extraire. Lui, ne voit qu'un
moyen, c'est d'acheter le champ. Le propriétaire veut bien, mais lui n'a pas assez
d'argent pour le payer: que fait-il ? Il remonte à la maison, vend tous ses biens, ses
meubles, pourquoi ?
,,Mais, vous n'êtes pas fou, Monsieur, de tout vendre ainsi pour un champ de
cailloux ?”.
Que non pas! il réalise tout et, une fois le champ acheté, il sait que la fortune est à lui.
C'est ainsi, si nous avons compris la valeur de notre destinée éternelle, que nous serons
décidés à y mettre le prix, n'importe quel prix…
Dans notre vie de tous les jours, c'est pareil. Partout nous allons u plus sûr, si nous
réfléchissons tant soit peu.
Voilà un papa qui a son fils malade et on lui dit: oui, tel docteur pourrait sans doute le
sauver, mais vous savez, les docteurs se trompent parfois! Un autre lui dit: Cher
Monsieur, je ne vous cache pas que votre fils est en danger. Dans ce cas-là, l'opération
s'impose et je connais un bon chirurgien. Il est vrai que c'est plus cher, mais c'est plus
sûr. Que fait le Papa ? Eh! Il ne regarde rien pour le bien de son fils. Il va au plus cher
et au plus sûr! Il opte pour l'opération! Il n'hésite pas!
Vous avez un litige d'environ – mettons cinq mille francs – avec un de vos voisins.
Vous ne voulez pas perdre cinq mille francs, n'est-ce pas ? mais, pour cette somme
relativement modique, vous n'allez pas voir le plus grand avocat de la ville, quand
même! Il vous demanderait plus de la moitié en honoraires! C'est vraiment idiot de faire
un procès pour ne rien y gagner! Bien! Alors, vous allez voir un petit avocat, vous lui
confiez votre affaire et vous lui promettez dix pour cent; vous sacrifiez cinq cents francs
afin de sauver le reste.
Maintenant, vous avez un litige plus important: mettons de cinq millions. Alors, là,
vous allez voir un avocat de renom, qui a ses entrées, et à lui aussi, vous promettez dix
pour cent!
Mais, voici que votre oncle d'Amérique vient de mourir et vous lègue une formidable
fortune, estimée huit cent millions de dollars (or)… Il y a des bateaux, des mines de
zinc et d'étain, des pétroles, que sais-je, moi, des actions haut comme ça!… huit cent
millions de dollars or, au bas mot!…
Malheureusement, vous portez un nom ennuyeux pour un français, vous vous appelez
DUPONT, ou bien pour un valaisan RODUIT ou CARRON: qu'est-ce que vous faites
alors ? Eh bien, pour un cas pareil, vous allez voir le plus grand avocat de la capitale,
car tous les DUPONT de France et tous les CARRON de Suisse vont vouloir leur part
du gâteau! Vous lui dites: ,,Maître, voilà mon histoire (d'ailleurs, il la connaît déjà
mieux que vous, votre histoire) et vous lui promettez deux pour cent… Cela fait déjà
une grosse somme: seize millions de dollars! (Or). Mais le maître dit non! ,,Monsieur,
vous savez que je suis dans la politique, aussi, je vous fais réussir, hein! mais je réclame
cinq pour cent! Ah!… 5 % … Ca fait quarante millions de dollars. Qu'est-ce que vous
allez faire ? Eh bien, vous allez au plus sûr, vous acceptez!… Pourquoi sacrifiez-vous
quarante millions de dollars (or), une grosse fortune ? … Pour sauver le reste: vous
allez au plus sûr!…
Si vous ne faites pas cela, qu'est-ce qui va vous arriver ? Dans sept ou huit ans, vous
aurez cent procès avec quelques DUPONT de France ou CARRON de Suisse, vous
aurez mangé votre fortune, elle aura fondu: il y a des gens experts à cela, à faire fondre
les fortunes, ce n'est pas perdu pour tout le monde, mais pour vous, oui! Vous aurez
perdu aussi les quelques sous que vous aviez avant et vous serez dans une maison de
santé… voyez! Alors, vous allez au plus sûr et vous sacrifiez une partie de la fortune
pour sauver le reste…
Eh bien! Notre-Seigneur nous dit: Faites-le pour les yeux, sacrifiez la main, sacrifiez un
pied! ce que vous faites pour le chirurgien faites-le pour l'éternité!
C'est une question de FOI: allez au plus sûr, jamais de péché délibéré! nous rendre
indifférents. Voilà une belle méditation mes chers Messieurs.
Alors, il s'agit du problème des choses, minéraux, végétaux, animaux; ces choses-là,
l'argent, les situations, les diplômes, les loisirs, tout… tout… tout est là pour nous aider.
Donc "autant que".
Est-ce que je fais "autant que", moi ? Ah! voilà le problème! Est-ce que je fais "autant
que" pour la boisson… pour le vin ? Ah! Mon Père, le bon vin de Bourgogne, ah! ce
Beaujolais… "autant que"! … Ah! Ce Ricard 45! Ce pastis de Marseille! … "autant
que" … La pêche, nous avons une rivière, "autant que" ! … La musique, le ski, le sport,
la plage! … "autant que"! L'habillement … l'habillement, mes chers Messieurs: "autant
que" "pas plus que", "pas moins que" … nous rendre indifférents, aller au plus sûr! Il
s'agit de l'éternité, il ne s'agit pas de huit cent millions de dollars or! C'est fabuleux, cela
fait, je crois quatre milliards de nouveaux francs et j'ai pris ce chiffre astronomique
exprès pour vous faire comprendre combien l'enjeu est bien plus grand que cela! Mes
chers Messieurs! Il s'agit, rappelez-vous, d'un billet d'éternité, d'un billet de joie divine!

Dieu, qui t'a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi! Que chacun, dans sa chambre,
s'examine: ,,Est-ce que moi, je fais "autant que" ? Est-ce que je fais "autant que" pour
ça… pour certains plaisirs… dans les affaires… Est-ce que je fais "autant que" pour la
boisson… pour la nourriture ? "Autant que, pas plus que" …
Est-ce que je fais "autant que" pour la prière, pour les communions, pour les
confessions, pour ma vie spirituelle ? Chez beaucoup de catholiques, il y a des abus et il
y a des manques: trop de boissons, trop de bavardages, trop de manger, trop
d'amusements, trop de… Pas assez de prière, pas assez de communions, pas assez de
confessions, pas assez de vie surnaturelle, pas assez de lecture spirituelle, pas assez…
pas assez…
Voyez, Messieurs, dans votre chambre, sous le regard de Dieu, allez réfléchir à cela:
c'est très important, vous le comprenez bien! Et puis, comme tout à l'heure: mémoire,
intelligence, volonté…
Et lorsque sonneront les coups doubles, vous réciterez un "Pater" bien fervent, et sur
votre carnet, en faisant l'examen de la méditation, vous prendrez quelques notes, vous
aurez temps libre après le roulement jusqu'à l'heure à laquelle aura lieu dans la chapelle
la récitation du chapelet.
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PÉCHÉ- Premier exercice


Vous voyez, Messieurs, la marche des exercices: Nous avons commencé, et c'est
normal, par voir de quoi il s'agit. Il paraît que c'était la remarque de Foch lorsque des
officiers d'État-major plus ou moins nombreux, lui amenaient un tas de renseignements,
parlaient, commentaient, etc… Et aussitôt il demandait: ,,De quoi s'agit-il ?”.
A nous aussi saint Ignace dit d'emblée: Voilà de quoi il s'agit: L'homme est créé pour
louer, honorer et servir Dieu, et en faisant cela, sauver son âme. Dieu est amour, nous
l'avons vu; amour infini et le propre de l'amour est de se donner et de se répandre, voilà
la grande raison pour laquelle nous sommes ici-bas.
Dieu, qui a imposé une perfection relative aux êtres non libres, ne nous impose pas cette
perfection, Il nous l'offre et nous arrivons au but à condition de collaborer avec Lui:
L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, mais saint Ignace, je vous le
faisais remarquer, a pris la question sur le plan négatif, qui est plus effrayant, n'est-ce
pas ? … ,,et en faisant cela, sauver son âme”… ,,les choses qui nous entourent sont
faites pour nous aider”…
En effet, tout est bien, tout est bon, (je le prends au sens universel: "bonum" en latin),
mais tout n'est pas bon pour moi. J'ai justement une intelligence pour discerner ce qui
est un bien, ce qui est bon pour moi; c'est l'exemple des trains: tous les trains sont bons,
mais tous les trains ne sont pas bons pour moi, pour m'emmener à mon but…
Vous avez donc bien compris cela, qu'il faut une mesure dans le choix des choses qui
nous entourent: elles sont tellement différentes, multiples, disparates… A l'avance, tant
qu'on ne sait pas, devant le choix, il faut être indifférent. Puis, le choix étant fait en
toute indifférence, des enquêtes nous montrent ensuite: ça, oui… ça, non… et en allant
toujours au plus sûr!
Pour l'exemple que je vous citais dans la précédente méditation, j'avais pris exprès
l'image d'une formidable fortune: huit cent millions de dollars (or); mais il s'agit de bien
plus que cela: il s'agit de notre éternité! Nous sommes immortels et la négation de
millions d'hommes levant le poing et vivant comme des sans-Dieu, ne change pas la
réalité! Dieu existe. Ils suppriment Dieu dans leur tête, mais pas plus! Dieu continue
d'exister, on ne peut pas le supprimer, Dieu est l'Être Nécessaire… et nous, nous
sommes immortels; un jour il nous faudra quitter le manège!…
Alors, maintenant se pose un problème pratique: (ce sont des problèmes pratiques que
nous vous posons les uns après les autres): L'homme est créé pour louer, honorer, … si
je ne veux pas ? Si je veux faire mes caprices ? Ah! mes chers Messieurs, nous
comprenons déjà la gravité de faire ses caprices sur une route goudronnée… c'est grave!
Mais c'est plus grave à priori ici, avant toute discussion et information, puisque l'enjeu
est l'éternité… voyez! et nous en tirons une première conséquence: ,,L'Homme est
créé… et en faisant cela…” – ,,Les choses sont là pour nous aider…” et si je ne veux
pas le faire ? Eh bien, vous mettez en jeu ce qui est annoncé au premier paragraphe que
vous avez médité: ,,en faisant cela sauver son âme”.
Il semble qu'il ne devrait pas y avoir de problème là!… De même qu'on obéit à
l'ingénieur en chef qui est à l'usine: celui qui ne veut pas, c'est vite fait, il est prié de
passer à la caisse et de s'en aller; ou bien dans un barrage où le plan est toujours fait à
l'avance, si un ouvrier ou un ingénieur veut faire à sa tête on l'envoie promener. Oui! il
semble qu'il n'y a pas de problème…
Lorsque l'Ingénieur en Chef a créé le monde en se jouant: ,,ludens in orbe terrarum” ce
petit microbe d'homme qui a reçu la vie de Lui grâce à son amour, il semblerait qu'il
n'ait qu'une chose à faire, celle d'obéir… suivre le Code, les modalités du plan… Mais
nous sommes libres, libres pour mériter… libres pour que nous puissions collaborer
avec Dieu et gagner le Ciel, pourrait-on dire, à la pointe de l'épée, aidés par Sa Grâce.
Mais cette liberté nous laisse également libres d'en abuser. De ce fait, nous pouvons
manquer au plan de Dieu. Nous pouvons faire ce que les théologiens appellent:
"PECCATUM", nous pouvons faire le péché.
Faire un péché n'est pas une perfection de cette liberté; cela montre simplement la
présence de cette liberté en nous, cela en est une preuve, non une perfection. De même
être malade n'est pas une perfection de la vie; être malade montre qu'on est encore en
vie, (un mort n'est plus malade), mais la maladie n'est pas une perfection de la vie…
imaginez un bossu qui crierait à tous les échos: ,,Moi, j'ai une bosse, j'ai une bosse… tu
n'en as point, toi! … Moi, j'ai une bosse!”.
On ne se vante pas d'une infirmité, pourquoi ? parce que ce n'est pas une perfection.
Alors faire le péché est possible parce que nous sommes libres, mais ce n'est pas une
perfection de la liberté. Le péché, au fond nous le comprenons déjà, est un suicide
moral; nous pouvons le faire, nous sommes libres… Nous pouvons dire à Dieu: ,,Non!”.
Un tas de gens disent non à Dieu d'une façon radicale, un tas de marxistes, un tas de
sans-Dieu, de francs-maçons, d'athées, etc… Alors, pour eux, il n'y a pas de Dieu et
donc… il n'y a pas de plan de Dieu et il ne restera que des plans d'hommes… Et nous
les connaissons, les plans d'hommes, depuis ceux de Néron et de Dioclétien jusqu'à
celui de Napoléon, de Karl Marx, de Staline, et des autres…
Certains catholiques ne font pas cela, ils ne suppriment pas Dieu, ni son plan, mais ils
trouvent – on ne le dit pas comme ça mais on le pense quand même – que le Bon Dieu
exagère un peu et qu'Il ,,n'est pas au courant des besoins de l'âme contemporaine”!
comme disait quelqu'un… oui… Ou alors, le Bon Dieu ne lit pas "Le Monde" ni "La
Gazette de Lausanne", certaines de ses prescriptions ne sont plus à la page, sont
anciennes, anachroniques!… Alors on se permet d'arranger… de corriger le plan… Il
faut modifier un peu, là, on transforme, on embellit… en bref, ils font mieux que le
Seigneur!…
Ils disent eux, qu'ils embellissent et eux… moi j'en suis et vous aussi d'ailleurs… Alors,
est-ce grave de faire ainsi ? Dieu nous a donné des lois, des commandements pour bien
user des créatures; mais en face d'un commandement de Dieu, moi je dis: ,,non”…
aujourd'hui c'est moi qui suis dieu; aujourd'hui je ne tiens pas compte de ses
commandements. Aujourd'hui, je sais que Dieu le défend, mais je le fais quand même.
Aujourd'hui, j'aime mieux Georgette! Aujourd'hui j'aime mieux la bouteille, j'aime
mieux le péché, j'aime mieux cet argent qui ne m'appartient pas, j'aime mieux
m'occuper de mes affaires que de m'occuper de Dieu; aujourd'hui, je ne veux pas passer
pour un imbécile devant les hommes du café, tant pis pour les commandements de
Dieu: voilà ce qu'on appelle le péché.
Saint Thomas le définit: se détourner de Dieu pour lui préférer la créature – avec son
intelligence, avec plein consentement en matière grave …. Eh bien! est-ce grave d'agir
ainsi ? Que dit-on autour de nous ? On dit que ce n'est pas grave; que tous les jeunes
gens le font… que tous les hommes le font… Si vous lisez les journaux, on vous
représente ces choses-là comme normales; on n'ose l'écrire, mais ils laissent entendre
qu'il n'y a que les imbéciles qui se gênent!
La créature qui ose dire à son créateur: ,,Moi, je n'obéirai pas!” c'est devenu quelque
chose de normal. Le livre de Job disait déjà: ,,ils boivent l'iniquité comme l'eau”!.
Et vous Messieurs, que pensez-vous du péché ?…
Nous subodorons déjà que cela doit être très grave… il y a un problème à notre époque,
pourquoi ? Justement parce qu'un grand nombre de gens qui trônent dans nos facultés,
surtout de lettres, dans les écoles célèbres, écrivains, académiciens, diplômés, disent: ,,il
n'y a pas de péché!”. Selon eux un acte peut faire tort à l'homme dans son
comportement, un homme entraîné par ses passions peut nuire à sa famille, à la
société… mais une dette envers un Être infini qui demandera des comptes ? Non, cela
n'existe pas! La notion de péché n'est plus soutenable à notre époque… d'autant moins
que certaines catégories de péchés sont, au contraire, des choses très bien, qui
enrichissent l'homme et permettent des expériences très riches! … Il y a GIDE (André)
qui a dit cela: et d'autres… SARTRE a écrit au moins deux fois, donc cela n'a pas
échappé à sa plume: ,,Le meurtre est l'un de ces actes où l'homme montre le mieux sa
personnalité”… voilà, un universitaire… payé par le gouvernement français pour faire
des conférences en Amérique, au Brésil et ailleurs!…
Oui, c'est un problème, précisément pour cela!…
Alors, d'un côté, d'une part, ces gens-là et leurs disciples plus ou moins nombreux vous
disent: ,,Le péché ? mais non, il n'y a pas de péché; il y a des actes qui peuvent être
nocifs à l'homme ou à la société, mais une dette envers un Être éternel au sens compris
par l'Église catholique ? tout ça, ça n'existe pas!…
Mais d'autre part, la théologie catholique, les Saints, la Vierge Marie, et tous les
Souverains Pontifes vous disent: ,,Voilà comment il faut faire; le péché est une chose
très grave, très grave… on perd en le faisant, le sens de la route, on marche à l'envers…
Alors qui ? … que ? … quoi ? … que faut-il en penser ?
C'est grave ou ce n'est pas grave ? Qui faut-il écouter, ceux-ci ou ceux-là ? … Vous
voyez le problème!
Car il y a un problème d'autant plus que chez beaucoup de catholiques on minimise de
plus en plus… de plus en plus… dans certaines revues, dans certains propos on ergote,
on coupe les cheveux en quatre, puis en huit, puis en douze pour arriver à prouver, à
force de fin du fin que, dans ce cas-là…
On nous dit aussi que d'une part il y a une montée formidable de l'Humanité vers
Dieu… vers Dieu ? plutôt vers un Christ cosmique… que sais-je moi! une montée
formidable… et d'autre part, on nous dit que la plupart de nos contemporains sont
incapables de faire un péché… Pourtant, au temps de Sodome et Gomorrhe le Bon
Dieu: … Paf! … il les a arrangés, hein ? parce qu'ils savaient ce qu'ils faisaient! Oui! Et
Saint Paul nous dit des païens eux-mêmes ,,qu'ils sont inexcusables!”.
Oui, mes chers Messieurs, il y a un problème tragique, très grave, très important, qui
engage l'éternité de chacun de nous et notre vie ici-bas.
Lorsqu'un enfant se trouve devant un problème auquel il ne sait pas donner de réponse,
l'enfant a une norme très sûre, une règle très facile: il regarde son père, ou sa mère, c'est
la même chose pour lui. Je me rappelle un jour à un enterrement, on y avait conduit un
petit de cinq ans (on aurait mieux fait de la laisser à la maison, mais enfin il était là et
on comprenait combien ce petit était déconcerté). Les gens étaient endimanchés comme
pour un jour de fête, et fête pour un enfant, est synonyme de joie! Mais lorsqu'il
regardait les gens qui avaient pris le masque du jour, l'enfant ne savait que penser: mais
c'est fête ou c'est pas fête ? Il se met à regarder son père. Son père avait également mis
le masque du jour. Alors, lui aussi prend le même masque renfrogné, triste… puis il voit
que son père se met à pleurer, il fait comme papa!
Le même phénomène se renouvelle de façon opposée au cinéma, au théâtre.
Quelquefois, il y a sur la scène quelque passage désopilant, tout le monde rit, mais le
petit, qui ne comprend pas bien ce mouvement de foule, il en a même peur, regarde sa
mère et voit que sa mère est en train de rire, alors, il se met à rire! Voyez, en regardant
son père ou sa mère, l'enfant a une règle très sûre…
Eh bien, chers Messieurs, nous allons maintenant faire pareil, nous allons regarder notre
Père des cieux, pour voir sa réaction à Lui, pour voir ce qu'Il en pense, du péché… Page
355… nous avons là le premier exercice.
Voyez où nous en sommes, n'est-ce pas, devant ce problème du péché, d'un homme qui
fait ses caprices face à la loi de Dieu, qui supprime cette loi ou la corrige, l'arrange…
Qu'est-ce qu'il faut en penser ?

Premier exercice: c'est la méditation des péchés.


,,Elle renferme, après l'oraison préparatoire, deux préambules, trois points et un
colloque.
La prière préparatoire consiste à demander à Dieu notre Seigneur la grâce nécessaire
pour que tous mes choix, toutes mes intentions, mes options intérieures et extérieures,
que tout cela soit sûrement dirigé au service et à la louange de Notre Seigneur”.
Voyez: ,,L'homme est créé pour…” Mon Dieu, donnez-moi la grâce dont j'ai besoin
afin que, malgré ma faiblesse, désormais dans mes activités j'agisse toujours par rapport
au but, par rapport à ma fin. C'est une très belle prière, vous voyez, orientée vers Dieu,
vers ma fin dernière. En bref, nous demandons de réaliser en nous le "Principe et
Fondement" que vous avez déjà médité.
Premier préambule: Saint Ignace pour nous aider à bien faire nos méditations et capter
notre imagination qui a tendance à s'évader, attire notre attention: pendant la
méditation, ne regardez pas, par exemple par la fenêtre – vous pouvez voir des avions!
Passe une comète blanche dans le ciel: ,,Hou! qu'il va vite celui-là!”. Et vous partez
avec l'avion vous aussi. Hé non! Laissez les avions: Ils font leur travail, mais vous,
faites le vôtre. Saint Ignace donc, pour capter votre attention, vous propose une
composition de lieu, un cadre si vous préférez, plus ou moins artificiel dans lequel nous
ferons nos réflexions.
Alors, page 356:
,,Dans la contemplation d'une chose invisible comme est ici celle des péchés, la
composition de lieu, ce cadre, sera de voir avec les yeux de l'imagination et de
considérer mon âme comme en une prison dans ce corps mortel”.
Pourquoi sommes-nous dans un corps mortel ? au début de l'humanité, à la création, il
n'y avait pas la mort! Comment la mort est-elle entrée dans le monde ? Saint Paul
répond dans l'épître aux Romains: ,,C'est par le péché que la mort est entrée dans le
monde” et l'homme se trouve maintenant placé dans une vallée de larmes (lacrymarum
valle).
Quelques-uns parmi vous viennent du Valais. Avez-vous remarqué hier en chantant le
Salve Regina, il y a ces mots "lacrymarum valle", dans une vallée de larmes! Le Valais,
du nom de "Vallis" donné par les Romains, est une vallée caractéristique entre deux
formidables murailles de montagnes: L'Oberland bernois avec ses pics de plus de 4'000
et les Alpes Pennines avec le Cervin, la Dent Blanche, le Weisshorn, le Grand
Combin… Et dans le fond de la vallée, le début du Rhône. Il n'est pas fier, vous savez!
En sautant, on peut le franchir! Cependant, parfois, je le regarde aussi à Tarascon, il est
large, fier, majestueux, comme un gros bourgeois! pourquoi ? parce que depuis son
départ, là-haut, de la Furka, tout le long, il a reçu des affluents et grossi… grossi,
jusqu'à avoir plusieurs centaines de mètres de large à Tarascon…
Eh bien l'Église nous fait chanter que nous sommes dans une vallée de larmes, oui, sur
les bords d'un fleuve de larmes. Où prend-il sa source ? Dans un paradis de délices… et
par un seul péché, cette source a jailli et est devenue un immense fleuve alimenté par
des millions d'yeux qui pleurent.
En ce moment-ci, des millions d'yeux pleurent, depuis les enfants qui arrivent jusqu'aux
vieux qui vont partir et puis toute la gamme des larmes, des angoisses morales ou
physiques… in hac lacrymarum valle, à cause du péché, conséquence du péché…
Je continue: ,,parmi des animaux privés de raison”:
Qu'est-ce qui fait paraître l'homme privé de raison ? Eh bien, c'est de se laisser entraîner
au péché. En trois traits, comme un peintre qui produirait une fresque belle et riche de
sens, Saint Ignace nous dresse le tableau du péché, le cadre du péché: la mort, les
larmes, la déraison… Prenons donc ce cadre comme le veut Saint Ignace.
Deuxième préambule: ,,Pourquoi vais-je faire ces réflexions ? Quelles grâces voudrais-
je obtenir ? Alors, ici, je demanderai la honte, la confusion de moi-même en voyant
combien ont été condamnés pour un seul péché mortel et combien de fois, moi, j'ai
mérité d'être condamné pour toujours à cause de mes nombreux péchés”.
Voilà ce que nous recherchons: honte et confusion. Pour cela, Saint Ignace va nous faire
considérer trois péchés types:
- premier point: le péché des anges
- deuxième point: le péché de nos premiers parents
- troisième point: le péché d'un homme quelconque

PREMIER POINT: Le péché des ANGES


,,J'appliquerai ma mémoire pour me rappeler, puis mon intelligence pour en tirer les
conséquences, ma volonté enfin pour en déduire les conclusions. Me rappeler comment
les anges ont été créés par Dieu dans la grâce et, ne voulant pas faire ce qui dépendait
de leur liberté pour rendre révérence et obéissance à leur Créateur et Seigneur, ils sont
tombés dans l'orgueil. Ils furent alors changés de grâce en malice et précipités du ciel en
enfer. Je raisonnerai avec mon intelligence pour essayer de mieux assimiler cette vérité
qu'il m'importe tellement de comprendre parce que c'est mon sort qui se joue là aussi; et
ensuite, j'exciterai en moi des affections de mon cœur avec la volonté”.
Alors, maintenant, mes chers Messieurs, quelques traits pour vous aider à faire cette
partie de votre méditation.
Vous savez que Dieu, avant de créer l'homme, avait créé les anges qui, eux, n'ont pas de
corps: purs esprits doués d'une intelligence, d'une puissance formidables.
Ce qu'il y a en nous, ce qui nous fait homme, ce n'est pas tant la force du corps, parce
qu'au point de vue force, le moindre bœuf est plus fort que nous, a fortiori l'éléphant ou
la baleine… Mais nous, nous avons autre chose: nous avons l'intelligence, nous avons
l'esprit. Plus un homme est intelligent, plus il arrive à capter les forces de la nature et à
les mettre à son service. Les anciens avaient bien compris cela: ,,c'est l'esprit qui
entraîne la matière”. Dieu a donc créé de purs esprits, n'ayant pas comme nous ce
mélange avec la matière: des intelligences d'une puissance incomparable que nous ne
pouvons concevoir parce que nous sommes très limités à ce point de vue. Il est facile de
voir que nous sommes limités: nous ne pouvons assimiler les diverses connaissances,
science et technique, par exemple, que par petits morceaux, au fur et à mesure,
exactement comme dans l'exemple du pain. Si vous avez très grand faim et avez devant
vous un pain de quatre livres bien doré, bien croustillant, vous ne pouvez pas le manger
d'un coup, n'est-il pas vrai ? Il faut d'abord le couper en tranches, puis ces tranches en
bouchées et celles-ci, les mastiquer une à une. Au point de vue intellectuel, c'est la
même chose: devant la vérité qui nous est extérieure et que nous voulons connaître,
nous sommes contraints à la décomposer par arguments. Deux et deux font quatre, cela
se voit d'un coup, mais dès que la vérité devient un peu complexe, devant des
problèmes de mathématiques, de biologie, de physique nucléaire extrêmement ardus,
nous sommes obligés d'aller pas à pas. Pourquoi ? Parce que nous sommes limités. Mais
les anges, eux, ne sont pas limités et de même qu'on pourrait imaginer quelqu'un
capable d'assimiler un pain de dix kilos d'un coup, on peut dire que les anges n'ont en
fait aucun des problèmes intellectuels qui assaillent les hommes: pas besoin d'école, les
Anges n'ont pas de problème naturel. Tous les problèmes devant lesquels les hommes
se penchent depuis des millénaires: sciences, origines, formation des étoiles,
rayonnement de la lumière, – par exemple, nous savons que c'est la lumière qui nous
éclaire, mais on ne sait pas comment elle rayonne, c'est un mystère… – Problèmes des
origines de la vie, des galaxies, de physique ondulatoire, atomique, etc… Tout cela n'est
rien pour la puissance intellectuelle des anges.
De même pour l'action sur la matière: nous, les hommes, notre puissance se limite à nos
membres; avec ces membres, nous pouvons faire des outils, et, avec ces outils, des
choses grandioses comme des croiseurs de bataille et des avions… Mais, au départ,
nous n'avons pouvoir que sur nos membres tandis que les Anges ont pouvoir direct sur
la matière par la puissance de leur intelligence de sorte que, s'il y avait une raison de le
faire, un ange de la dernière hiérarchie pourrait prendre Paris et le transporter au
Sahara!
On pense qu'il y en a des milliards: Saint Thomas d'Aquin dit que l'une des marques de
la puissance de Dieu est que, plus les êtres sont parfaits, plus ils sont nombreux.
Lorsqu'on parle des végétaux et des animaux qui n'ont pas d'âme, seule l'espèce compte,
tandis que les hommes, dont chacun est un monde de par l'esprit, se dénombrent tous.
Que dire par rapport à nous de ce monde grandiose des Anges rangés hiérarchiquement
et très aimés de Dieu ?
Dieu a dû leur proposer une épreuve en rapport avec leur liberté et avec leur puissance.
Des théologiens pensent… (mais ce n'est pas de foi) que Dieu a proposé aux Anges
l'Incarnation de son Fils se faisant Homme-Dieu dans le temps pour sauver les hommes
et leur a demandé d'adorer ce Fils devenu homme! (Les Anges étaient très éclairés sur
le plan naturel, mais ne voyaient pas Dieu face à face; ils n'en avaient qu'une
connaissance naturelle étant, comme nous sommes maintenant, en temps d'épreuve).
Nous savons aussi, par la Sainte Écriture, qu'un certain nombre d'entre-eux, entraînés
par Lucifer, ont refusé d'obéir.
Certains théologiens estiment que pour refuser ils mirent en avant que pour l'honneur
même de Dieu on ne pouvait adorer un dieu-homme. Mais en fait, ce motif
apparemment noble, n'était que la manifestation de leur orgueil. Si Dieu demande
d'obéir, il n'y a qu'à le faire, n'est-il pas vrai ? car si quelqu'un est au courant de
l'honneur de Dieu, c'est bien Dieu Lui-même!…
Aussitôt dit la Bible, Dieu créa l'enfer qui n'existait pas. On pense (tout n'est pas de foi
dans le trésor de l'Église) que le tiers des anges y aurait été précipité pour ce seul péché
d'orgueil. Péché mortel évidemment, les anges ne pouvant faire de péché véniel: c'est la
faiblesse de notre nature, à nous, qui permet de minimiser la gravité de certains de nos
péchés, mais la puissance de la nature des Anges fait qu'ils s'engagent à fond et en
voient les conséquences dans une lumière que nous ne pouvons comprendre!
Voilà comment Dieu réagit pour le premier péché! Imaginons cette formidable armée
de puissances merveilleuses foudroyées par Dieu pour un seul péché de pensée, de
pensée d'orgueil!…
Cependant pourriez-vous dire: Oh, mon Père, tout ça, allez-y voir… Les Anges, leur
problème n'est pas le nôtre! Les Anges des esprits si puissants, si riches, si éclairés,
après tout qu'est-ce que ça peut nous faire ? Cela ne nous concerne pas…
Oui Messieurs, cela vous concerne: il y a là un péché, une désobéissance à Dieu. Voyez
la réaction qu'elle a provoquée!…
Mais abandonnons les ANGES:

DEUXIÈME POINT:
Faire la même chose, nous dit Saint Ignace, ,,appliquer les trois facultés de l'âme:
mémoire, intelligence, volonté, au péché de nos premiers parents. Rappeler à la
mémoire comment, pour ce péché, ils firent tant de pénitences, quelle corruption en
découla pour le genre humain, tant de personnes depuis se dirigent vers l'enfer!
Alors, nous rappelant comment Adam, alors au paradis terrestre, reçut de Dieu une
compagne avec la permission de se servir de toutes les richesses du paradis. Mais Dieu
leur avait dit ,,Cet arbre, là, vous n'y toucherez pas”.
Remarquez qu'Adam et Eve avaient sûrement un code, comme nous, mais ces
commandements leur étaient adaptés et la Bible ne fait ressortir que celui auquel ils
manqueront après… Il y avait ce commandement-là: ,,Cet arbre-là, je me le réserve,
vous n'y toucherez pas”.
Vous savez qu'un jour, Eve, plus accessible, plus faible, a été prise à partie par un ange
déchu. Remarquez aussi que l'ange déchu ne peut pas nous obliger à pécher: s'il nous
forçait, nous ne serions plus libres et de ce fait il n'y aurait pas de péché; trop malin
pour forcer la créature, il insinue, il suggère dans sa pensée.
Pour son malheur, Eve a discuté avec lui et a désobéi! ,,Mange du fruit et tu sauras le
bien et le mal, tu sauras tout, tu seras comme Dieu, tu n'auras plus besoin de Dieu!…”.
Celui qui sait n'a pas besoin de l'autre! Un de vos enfants trafique avec s bicyclette;
vous vous penchez pour l'aider, mais le petit vous dit: ,,Non, Papa, je sais!”. Cela veut
dire: Je n'ai pas besoin de toi, je sais!…
,,Tu sauras tout, le bien et le mal, tu n'auras plus besoin de Dieu, tu seras Dieu!”. Alors
elle a mangé du fruit défendu et puis elle en a présenté à son mari. Son mari, lui, n'a pas
été trompé, nous précise saint Paul, il n'a pas été trompé par la chose, mais c'est pour
faire plaisir à sa femme qu'il l'a fait. C'est banal, cela!
Eh bien, pour ce péché banal, Dieu les chasse du paradis! Ils n'y rentreront plus, c'est
fini! Ils ne rentreront plus au paradis terrestre. Vous mourrez de mort! et avant la mort,
la souffrance… et Adam a commencé à souffrir, la terre était dure: ,,tu gagneras ton
pain à la sueur de ton front” et ,,toi, la femme, tu enfanteras dans la douleur…”.
Dieu voyait les conséquences de l'acte qu'Il faisait en chassant l'humanité du paradis, il
voyait chaque génération gravissant son calvaire… finissant à la mort, après tant de
souffrances, tant d'angoisses, tant de larmes! Dieu a vu les conséquences de l'acte qu'Il
faisait en chassant l'humanité du paradis et Il a dit: ,,Dignum et justum est!”: cela est
digne et juste.
Les hommes sur la terre disent que Dieu a exagéré. Dieu ne peut pas exagérer, mes
chers Messieurs, s'Il a fait cela, c'est qu'Il devait le faire. Oui, c'est ce qui nous apparaît
banal qui a déterminé cette désharmonie de l'humanité.
Adam, donc était pris entre deux amours: l'amour de son Dieu qui se rappelait à lui par
ses exigences et ses commandements et l'amour de sa femme. Il y a eu un semblant de
litige, un faux litige parce que, s'il avait obéi à Dieu, il n'aurait pas manqué à sa femme!
un faux litige, oui, alors il a dû hésiter devant le risque, il a dû hésiter un moment entre
ces deux amours, puis il a dit à Dieu: ,,Mon Dieu, on reste bons amis, mais, aujourd'hui,
ce n'est pas à vous que je veux faire plaisir, aujourd'hui, je vais faire plaisir à ma petite
femme!…”.
Ah! Catastrophe!… Parce qu'Adam devait aimer comme ceci- Dieu d'abord, Dieu
premier servi, et puis la femme… C'est là qu'il aurait fait du bien à sa femme, en
gardant l'ordre! Mais lui, il a renversé l'ordre: d'abord ma femme, d'abord elle, et Dieu
après… s'il en reste; Dieu ? Après! Catastrophe!… Il a détruit la grande loi de l'amour,
il a détruit l'équilibre de l'amour, c'est fini… Il faudra désormais les souffrances d'un
Dieu pour le rétablir, car c'est fini, il a tout brisé, il a détruit la grande loi de l'amour!
Voyez, il a fait passer sa femme avant Dieu… Cela paraît banal! Pourquoi ? Parce que,
au cours des siècles, des millions d'hommes, des milliards d'hommes vont recommencer
cela pour faire plaisir à leur femme… ou à une autre… Pour faire plaisir à eux-mêmes
sous le couvert de faire plaisir à leur femme, car c'est son égoïsme personnel que
l'homme recherche le plus souvent, très souvent… Voilà!
Cependant, Messieurs, vous pourriez dire encore: Oh! Adam et Eve, tout ça est bien
loin: deux êtres créés dans la justice et la sainteté, deux êtres qui étaient immaculés dans
leur conception – et c'est vrai – ils étaient sortis directement des mains de Dieu, l'un et
l'autre; ils n'avaient pas notre atavisme, ils n'avaient pas hérité d'une humanité abîmée
comme celle que nous recevons en naissant, fatiguée d'un voyage millénaire où
s'accumulent tous les actes, tous les désordres commis par nos ancêtres et qui se
retrouvent dans notre chair à nous. Alors le problème d'Adam et Eve, quand même est
différent du nôtre!…
Alors Saint Ignace nous met face au troisième point: le seul péché mortel d'un homme
qui mourrait sans être pardonné:

TROISIÈME POINT:
,,De la même manière, utiliser les trois facultés de l'âme sur le cas particulier d'un
homme qui a commis un seul péché mortel et qui est mort sans qu'il soit pardonné”.
Mes chers Messieurs, nous sommes tous des pécheurs, nous sommes tous des
descendants d'Adam: nous le savons par expérience et nous savons aussi que nous
sommes mortels. Saint Alphonse de Liguori dit: ,,Il y a un péché pour toi qui sera le
dernier!”. Est-ce que tu auras le temps de demander le pardon ? Nous sommes pécheurs,
mais nous sommes mortels et tous les jours meurent des gens qui n'ont pas été avertis.
On n'est pas averti! D'après certaines statistiques, un individu sur cinq meurt
subitement. J'ai toujours été étonné de cette forte proportion et dans les vallées, en
Valais notamment, cette proportion est encore plus forte, à Aoste et en Suisse.
Nous sommes mortels et obligés de descendre du manège sans en être avertis; et alors,
si nous venons de pécher juste avant et que nous n'ayons pas le temps de nous en
repentir ?
Un de nos pères a bien connu à Barcelonne un jeune qui désirait entrer dans les ordres,
vingt ans, très bon, pieux même, de bonne famille. Ses frères et amis, assez mondains,
voulurent le sortir et lui faire faire une virée avant qu'il entre au noviciat: opérette plus
ou moins propre et quelques danses ensuite dans un cabaret: Il était un peu inquiet et ne
voulait pas y aller.
Mais, viens donc, sois tranquille! tu rentres au noviciat après, tu t'en confesseras!
Enfin, à force d'insister, ils l'emmenèrent à ces danses, opérette, promenade. Et il rentra
chez lui, à quatre heures du matin, fatigué… ,,Mais qu'as-tu donc ? Tu feras peau neuve
là-bas!” Il s'est couché et il ne s'est jamais réveillé; il avait quelque chose au cœur, on le
savait plus ou moins, cela ne paraissait pas grave, mais il ne s'est pas réveillé… Où
était-il allé ? Je n'en sais rien, mais c'est tout de même navrant. Et Notre-Seigneur ne
nous a pas pris en traître, Lui, Il nous a dit: ,,J'arriverai comme un voleur”, c'est-à-dire,
au moment où vous y penserez le moins: les voleurs, en général, n'avertissent pas…
Que nous comprenions, mes chers Messieurs, qu'il nous faut aller au plus sûr: jamais de
péché – être toujours prêt – comprendre que le péché ça ne se fait pas! que cela ne doit
même pas être mis en discussion! Laisser de côté tout ce qui est de nature à entraîner au
péché: les fausses théories, le respect humain, les slogans, les illustrés corrompus. Avoir
présent à l'esprit ce que mérite le péché, en voyant comment Dieu a puni le péché des
Anges, a puni le péché de nos premiers parents, a puni le péché d'un homme
quelconque…
Or les sentences que Dieu a portées ne peuvent être que parfaites et la sentence est
équivalente à la gravité de la faute! Nous ne pouvons pas douter de la bonté de Dieu et
de sa justice, puisque c'est Lui qui a payé! Il a payé en nous donnant son Fils! C'est dire
si le péché est grave, si l'offense faite à Dieu est infinie!…
Tous les malheurs de la terre, toutes les souffrances, toutes les larmes réunies depuis le
paradis terrestre jusqu'à la fin du monde ne pouvaient pas payer un seul péché, s'il n'y
avait eu la mort du Fils de Dieu qui, elle, ayant un prix infini, a pu apaiser la justice
divine! Si nous voulions mettre cela en formule algébrique, l'inconnue X (gravité du
péché) on pourrait dire: X = les souffrances du monde… non, ce ne serait pas exact. Il
faudrait dire:
X plus grand que toutes les souffrances du monde réunies, sans la mort du Fils de Dieu!

Voilà notre méditation, mes chers Messieurs, très virile, très belle et qui doit nous
mettre devant la réalité. C'est la vérité qui délivre et on doit regarder en face la réalité,
les perspectives, les risques aussi…
Sur la route, on doit circuler sans prendre de risques, mais sur la route de l'éternité non
plus il ne faut pas en prendre, et à plus forte raison car il s'agit là d'un risque effroyable:
l'enjeu, c'est votre éternité!…
Alors, en deux mots, je résume tout cela et vous rappelle le cadre de votre méditation:
Notre âme est dans un corps mortel, dans une vallée de larmes, au milieu d'animaux
privés de raison, des hommes qui se laissent entraîner par leurs passions. Quelle grâce
voudrais-je obtenir ? Pourquoi, dans ma chambre, vais-je faire cette méditation ? –
mémoire, intelligence, volonté – sur le péché des anges, sur le péché de nos premiers
parents, sur le péché d'un homme quelconque. Oui… Pourquoi ? … Pour obtenir la
grâce d'avoir honte et confusion de moi-même en pensant combien de fois j'ai pu
commettre le même péché d'orgueil et manquer au plan de Dieu.
Combien de fois j'ai fait passer les créatures avant mon Dieu, comme Adam! Combien
de fois j'ai accepté l'effroyable risque de me coucher après avoir commis un péché
grave! Combien de fois ? Honte et confusion! Qu'est-ce qui aurait pu m'arriver!
Alors, quand sonneront les petits coups doubles, dans vingt ou vingt-cinq minutes,
n'oubliez pas non plus, je vous le conseille fortement, d'écrire vos principales
réflexions. Faites vos méditations dans une semi-obscurité, tant qu'on le peut, car cette
belle lumière de printemps pousse à la joie évidemment. Pendant la première semaine
d'exercices, supprimez cette clarté en fermant vos volets, il est ainsi plus facile de
méditer. D'ailleurs celle-ci est simple, vous n'avez même pas besoin du livre, je vous l'ai
assez expliquée.
Alors, aux coups doubles, en faisant un peu de clarté, vous ferez le colloque page 330.
Je vous l'ai déjà dit, le colloque est une prière plus intime avec Notre-Seigneur ou avec
Dieu le Père, ou avec le Saint-Esprit, ou avec la Très Sainte Vierge parfois. Le colloque
est au milieu de la page et vous le faites comme un ami qui parle à son ami ou comme
un serviteur à son Seigneur, à qui vous voulez communiquer vos problèmes et solliciter
ses grâces.
Le colloque sera d'imaginer Notre-Seigneur en Croix, là, devant moi, et je Lui
demanderai pourquoi Il a accepté de quitter sa vie éternelle pour venir dans une vie
temporelle souffrir et mourir pour moi, pour mes péchés ? Et puis je me regarderai moi-
même, je me demanderai: ,,Qu'ai-je fait pour Jésus-Christ, pour vous, Seigneur, pour
répondre à votre appel, à votre amour ?…
Je lui demanderai aussi ce que je fais pour Lui et enfin ce que je devrai faire dorénavant
pour le Christ , Lui qui m'a sauvé et qui m'offre sa grâce!… Et en le voyant en cet état,
crucifié sur la Croix, je raisonnerai ce qui s'offrira à mon esprit.
Pour parler à Notre-Seigneur, je pense que vous avez tous un crucifix dans votre
chambre; vous ferez cela à genoux, pour ceux qui le peuvent bien entendu. Et vous
terminerez par un "Notre Père" bien fervent et aussitôt après, votre carnet habituel, et
avec la page 337, vous ferez un peu d'examen et prendrez quelques notes.
Allez dans vos chambres, Courage!
Mémoire – Intelligence – Volonté!
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Rappel des points (le matin, avant la Messe)
Il consiste en un résumé de l'exposé précédent. Après la méditation proprement dite, le
père conclut:

COLLOQUE
Tombons à genoux pour faire notre colloque au pied du Crucifix ensanglanté!… Si
nous avons commis ces fautes, et peut-être combien de fois, tout espoir est-il perdu ?
Sachons qu'il n'y a pas de plus grand malheur que de ne pas vouloir revenir à Dieu.
Mais nous voulons nous convertir:
Regardons Celui qui est Dieu, le Créateur, cloué sur la Croix. Il a pris une nature
humaine, un corps et une âme pour pouvoir souffrir et c'est Lui qui a payé, donnant à sa
Passion un prix infini, car Il est vraiment Dieu et Il a payé pour nous.
Il nous tend les bras, regardez-le: Il nous dit à tous: ,,Reviens à moi, aie confiance. Tu
as peut-être mérité d'être éternellement condamné, malheureux! Reviens! J'ai payé pour
toi! Mais reviens loyalement; reviens décidé à ne plus jamais remettre en question cela,
décidé à ne plus te détourner de Dieu. Reviens à moi et tu vivras, aie courage, crois-
moi, Je t'aiderai, Je te soutiendrai, Je veux que tu reviennes à Moi!
Malheureux! si la mort te surprenait dans le péché mortel, cela serait trop tard…
Reviens à moi et tu vivras”.
Oh! Jésus, oui, je reviens à vous, je vous demande pardon d'avoir fait tant de fois cette
folie du péché, cette monstruosité du péché. O ma bonne Mère, refuge des pécheurs,
daignez intercéder pour moi auprès de votre divin Fils. Daignez offrir Son sang d'un
prix infini, Ses saintes plaies très cruelles, Sa couronne d'épines, Sa flagellation pour
mes péchés. Daignez l'offrir pour moi qui suis votre enfant, moi qui me consacre à
vous: O Cœur Immaculé et douloureux de Marie, daignez venir à mon secours,
intercédez auprès de Jésus crucifié, promettez-lui de ma part, dites-lui que je veux à
l'avenir l'aimer et ne plus jamais l'offenser; qu'avec sa grâce je suis prêt à mourir plutôt
que de mettre en discussion cette folie, cette monstruosité, cette méchanceté qu'est le
péché; à fuir toute cette quincaillerie du monde où tout essaie de me séduire; je suis
décidé, ô ma bonne mère à ne plus pécher. Daignez m'aider pour cela.
Père Éternel, par les mains très pures de ma Mère Immaculée, je vous offre les saintes
plaies de votre divin Fils. Vous ne pouvez pas me les refuser, elles sont d'un prix infini!
Daignez me pardonner, daignez m'accorder la grâce de la persévérance et de mourir
plutôt que de pécher.
Ensemble:
,,Notre Père qui êtes aux Cieux… etc. AMEN
En attendant la messe, continuez ce colloque. Écoutez ce que Jésus vous dit au fond du
cœur.
-+-+-+-+-

PÉCHÉ - Deuxième exercice


Mes chers Messieurs, avec notre guide Saint Ignace, nous vous avons rappelé la vision
catholique des choses, la seule réelle, la seule vraie. De même que deux et deux font
quatre et que les réponses qui s'en écartent: deux et deux font trois, deux et deux font
cinq, deux et deux font mille… sont fausses, de même les réponses qui s'écartent de
cette vision catholique des choses s'écartent de la vérité!
Dans les méditations précédentes, Saint Ignace vous a mis en face de cette réalité et il
vous a demandé ce que vous faisiez ici-bas… Il y a quelques décades, personne ne
parlait de vous; votre mère, quand elle vous portait, ne savait pas qui vous seriez! Votre
mère, comme votre père, n'ont été que des instruments. Eux-mêmes sont passés par là et
son arrivés par le même moyen, admirable d'ailleurs: la famille!
L'homme est créé pour quoi ? – Pour gagner du "fric" comme ont dit dans certains
milieux, ou du "flouse" ou du "pognon" ? Quoi! C'est ça la vie ?… Ah non, Messieurs,
vous n'êtes pas là pour ça! Il faut en gagner, bien sûr et vivre à la sueur de votre front,
mais vous n'êtes pas sur la terre pour ça! Vous êtes sur la terre pour accepter les
modalités que l'Ingénieur en chef a édictées lorsqu'il a bâti le monde: vous êtes là pour
louer, honorer, et servir Dieu et, en faisant cela, sauver votre âme…
Saint Ignace vous a aussi rappelé qu'il y a un plan préétabli: un plan est toujours préparé
à l'avance. On veut faire un immeuble, il faut d'abord faire appel à un architecte, puis il
y a des études, des travaux préliminaires. On fait un barrage, grand ou petit, c'est pareil.
Si on fait une nouvelle route ou une nouvelle ligne de chemin de fer, il y a toujours des
travaux qui précèdent afin d'établir un plan, dans l'ensemble et dans le détail. Et puis
ensuite, il faut suivre ce plan.
Dans ce qui nous occupe, c'est identique. L'Ingénieur en chef qui a fait le monde, que
l'on considère celui-ci sous n'importe quel aspect, qu'il soit nucléaire, astronomique, ou
empruntant tous les aspects que nous découvrent les sciences humaines, lesquelles
d'ailleurs ne font que retrouver le plan original dans sa matérialité, on voit bien que c'est
un joli travail, du travail ordonné, fini! Nous sommes là pour accepter les modalités de
ce plan qui a un but.
Quel but ?
Dieu est Amour, dit Saint Jean, et Dieu, dans l'infini de son amour, a voulu que nous
puissions jouir de Lui pendant l'éternité et son plan n'a d'autre but que de nous y faire
parvenir.
Et ce plan préétabli (rappelons-nous que tout plana est préparé d'avance et que la
construction d'une simple baraque par un paysan exige qu'il en ait d'abord le plan dans
la tête, dans son intelligence, sinon elle ne sera jamais dans la réalité) Dieu l'a donc
préparé, ce plan. C'est pourquoi l'on dit communément que c'est de toute éternité que
Dieu a pensé cela, a eu son dessein et puis, un jour dans le temps, Il l'a réalisé avec
toutes les admirables choses que les sciences modernes retrouvent: vraiment
admirables! On y voit un ordre, un ordre relatif mais parfait. Oui, il y a un plan préétabli
et Dieu, par ce plan, a imposé une perfection relative aux êtres non libres, aux choses
qui nous entourent et qui atteignent cette perfection lorsqu'elles sont dans l'habitat voulu
parce qu'elles obéissent à ce plan. Mais elles n'ont aucun mérite à cela puisqu'elles ne
sont pas libres.
Mais nous, nous sommes libres… Et ce plan ne nous laisse pas libres pour que nous
abusions de notre liberté, non! Il nous laisse libres pour pouvoir acquérir des mérites et
atteindre cette perfection. Nous devons rechercher, mériter cette perfection, c'est-à-dire
devenir des êtres qui acceptent parfaitement toutes les modalités du plan… pour être
des saints comme Dieu le veut.
L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu et, en faisant cela, sauver son âme.
Et les choses qui nous entourent, nous devons nous en servir autant qu'elles nous
permettent de réaliser ce plan d'amour, pas plus.
Mes chers Messieurs, comprenons bien cela: que le plan est préétabli. Les
commandements de Dieu nous le rappellent et depuis deux mille ans l'Église le fait
aussi (et même les lois civiles quand elles sont un dictamen de la raison) car si pour
l'essentiel rien ne change, l'Église peut avoir à édicter des formules nouvelles imposées
par les évolutions successives du monde et des divers peuples, par une humanité de plus
en plus grande et de plus en plus modernisée dans ses attributions et ses occupations,
mais tout cela dans le respect absolu des normes qui reviennent toutes au plan de DIEU.
La sainteté nous est donc offerte mes chers Messieurs, mais encore une fois, elle
sollicite de nous une collaboration pleine et entière au plan de Dieu. Et nous l'aurons si
nous le méritons!… Mais si nous ne la méritons pas, nous ne l'aurons pas!…
Et oui! c'est qu'étant libres, nous pouvons abuser de notre liberté, évidemment! Nous
pouvons refuser cette collaboration d'une manière radicale, comme font ceux qui nient
l'Ingénieur en chef et son plan. Je m'excuse, Messieurs, pour les nouveaux venus dont je
ne connais pas les idées, mais je suis obligé de vous parler franchement!
Que dit l'Écriture Sainte ? (et moi, je crois à l'Écriture) ,,Le nombre de fous sur terre, on
ne peut pas le compter!”.
Et quels sont les fous ?
,,Seul l'insensé a dit dans son cœur: il n'y a pas de Dieu!”. L'insensé, c'est-à-dire celui
qui a perdu le sens de la vie.
Imaginez quelqu'un qui, sur une autoroute perdrait le sens et marcherait à l'envers! Ce
serait du joli!… et il n'irait pas loin d'ailleurs! Il y a un mois, sur l'autostrade Genève-
Lausanne, une voiture, dans une embardée, a coupé la ligne de ceux qui passaient de
l'autre côté: cinq morts… et ça a été vite fait!… Ca ne pardonne pas si quelqu'un perd le
sens de la route!
Pour les avions aussi, au-dessus de certains aérodromes, New-York, Orly, Tempelhof
ou ailleurs, il faut obéir: et l'altitude, et la vitesse, et la piste, etc.… Il faut obéir… vous
avez parfois une douzaine d'avions au-dessus, dans le brouillard! Il faut obéir…
L'avion qui perd son contrôle parce que ses appareils ne marchent pas bien, devient un
danger effroyable, là, en l'air, au-dessus des grands aérodromes!… De même, un
homme qui devient "insensé" est un danger, non seulement pour lui, mais pour les
autres aussi… Comme sur la route! Ce n'est pas moi qui le dit: c'est l'Écriture!
,,Insensé celui qui dit dans son cœur: Il n'y a pas de Dieu!”.
Insensé, car il a perdu la compréhension même de la vie, il ne sait plus diriger sa vie, il
ne sait plus où il va!
Oui, alors les choses, les autres choses sont là pour nous aider; ce sont des moyens,
nous devons les prendre "autant que". D'abord on prend le bon train, on ne prend pas
n'importe lequel et puis, ce bon train, on le prend "autant que": au but, on descend!
Voilà! Si nous nous servons de notre liberté pour faire nos caprices, comme sur la route,
c'est très grave… très grave! C'est une question de logique cela! Voyez mon argument:
si, sur la terre, pour des choses purement matérielles, un homme insensé qui veut faire
ses caprices: à l'usine, il ne veut pas obéir, au barrage, il veut faire à son idée, dans le
chemin de fer, sur une belle locomotive, ,,les feux rouges, moi je m'en balance!” … –
mais ils deviennent des dangers ces gens-là!… Sur la route ils récriminent contre le
code et traitent de "poison" l'ingénieur qui l'a conçu, ou enfreignent les prescriptions
qu'il édicte en pressant sur le champignon sous prétexte qu'ils ont une puissante voiture!
Imaginez, mes chers Messieurs! – Alors, dis-je, si pour les choses matérielles les
conséquences sont terribles, que sera-ce sur le plan spirituel ?…
Vous savez que les théologiens ont un mot pour exprimer cela: ils appellent ce geste de
l'homme qui veut faire ses caprices, ce geste de l'homme qui fait passer les créatures, les
autres choses, avant Dieu, ce geste qui refuse de se soumettre au plan: ils l'appellent
"PECCATUM", le péché.
Alors se pose un problème: est-ce grave, le péché ?
Pourquoi y a-t-il un problème là, alors qu'il ne devrait pas y en avoir ? C'est pourtant
logique: si dans les contingences terrestres c'est grave de faire ses caprices, de ne pas se
soumettre aux lois de la physique, de la chimie, aux lois de la biologie, aux lois de
l'électronique et des autres techniques, – car nous devons nous soumettre, les hommes,
à ce plan naturel – si sur ce plan-là déjà la désobéissance amène des catastrophes,
imaginez donc sur le plan spirituel, pour l'essentiel, sur le plan de l'esprit, sur le plan de
Dieu, d'où dépend notre éternité!
Par simple logique, nous devrions déduire qu'il ne devrait pas y avoir de problème!
Mais voilà: il y a beaucoup d'insensés sur la terre… des gens qui ont perdu le sens et
qui veulent le faire perdre aux autres; des gens qui marchent sur la tête et qui prétendent
que tout le monde doit faire pareil et marcher sur la tête! C'est pour cela qu'il y a un
problème.
Il y a un problème parce que les gens disent: ,,Il n'y a pas de péché!” – ,,La notion de
péché, au vingtième siècle est ((impensable))
((fin de la page 60))

PRINCIPES ET FONDEMENT - Deuxième partie

Nous allons voir, Messieurs, la suite du "PRINCIPE ET


FONDEMENT", page 348, au bas de la page. Dans la première
partie nous avons retrouvé deux, on pourrait même dire trois
grandes vérités: d'abord Dieu, le Créateur, le Père, le Tout-
Puissant… l'Infini, l'Immense… Dieu qui est Amour ! C'est la plus
belle définition qu'on puisse donner de Dieu. Or, c'est le propre de
l'amour de se donner et de se répandre… C'est pour cela que tout
existe ! Alors, d'abord: DIEU.
Et puis l'homme: créature de Dieu, qui a été fait pour réaliser un
plan d'amour. Dieu est l'Être aussi, sans limite: Il a répondu à
Moïse: ,,Je suis celui qui suis”. Notre-Seigneur dit un jour à Sainte
Gertrude: ,,Moi, je suis celui qui "est" et toi, tu es celle qui n'est
pas”. Nous sommes les créatures de Dieu, mais ses enfants aussi,
et, nous traitant comme des êtres libres, Il nous offre de collaborer
avec Lui ! …
Dieu, qui a imposé une perfection relative aux êtres non libres,
minéraux, végétaux, animaux, ne l'impose pas aux hommes. Mais
sa volonté est que nous devenions des saints: ,,Haec voluntas Dei
sanctificatio vestra”. Il nous l'offre sans nous forcer, sans nous
contraindre, nous traitant comme des êtres libres, comme ses
enfants ! Alors Dieu: Première vérité. Seconde vérité: l'HOMME,
enfant de Dieu.
Dès qu'on écarte l'homme de Dieu, on ne sait plus ce que c'est que
l'homme ! Après tout: les négations de Dieu ne peuvent rien contre
Dieu, mais elles peuvent contre l'homme. Parce que si l'homme
n'est plus enfant de Dieu, qu'est-ce qu'il est ? Ah ! … L'empereur
Néron, il y a dix-neuf siècles, après avoir mis, semble-t-il, l'incendie
à Rome et en avoir accusé les chrétiens, avait trouvé un moyen de
les utiliser: il faisait enduire ces chrétiens de poix et s'en servait
comme lampadaires pour éclairer ses fêtes du Vatican ! Néron avait
trouvé un emploi pour l'homme: l'homme va servir de lampadaire,
voilà !
On prétend que Napoléon Ier, s'adressait un jour à Metternich et le
menaçant, lui disait: ,,Monsieur, j'ai derrière moi un capital
dépensable de cinq cent mille hommes”. Napoléon avait trouvé un
autre sens de l'homme, lui… l'homme chair à canons !
Karl Marx: l'homme est un fabricant d'outils, l'animal qui fait des
outils… oui, tout est matière… matière première, transport, usinage,
outils ! Quel est donc l'idéal ? … un peu plus de matières premières,
un peu plus de transport, un peu plus d'usinage, un peu plus
d'outils… L'homme est un robot, il faut qu'il soit bien nourri ! bien,
oui… c'est ça: bien nourri, pas de souci, un peu comme les animaux
du zoo ! Ils n'ont pas de souci non plus, ils sont bien nourris: on ne
veut pas les perdre évidemment car ils coûtent cher, ils sont même
climatisés ! Les fauves du zoo de Vincennes sont climatisés, mais si
on pouvait leur demander leur avis, peut-être préféreraient-ils leur
savane ou la jungle ?
Les soldats aussi sont climatisés maintenant dans les casernes: ils
sont bien nourris, ils ont la télévision, et pourtant, ils rêvent toujours
de la "quille" ! Comme c'est curieux cela ! Eh oui, remarquez que si
l'homme n'est pas un enfant de Dieu, tout devient possible comme
tentative sur l'homme ! …
Si l'Église nous trompe en nous disant par saint Ignace ce que nous
avons médité tout à l'heure: à savoir que l'homme est créé pour
louer, honorer et servir Dieu… Si ce n'est pas vrai, cela, qu'est-ce
que c'est que l'homme ? N'importe quel tyran qui aura avec lui la
puissance pourra toujours imposer sons sens de l'homme:
Kroutchev l'a fait récemment, il n'y a pas beaucoup plus de dix ans,
aux ouvriers de Budapest ! …
Eh oui, mes chers Messieurs, ce qui libère l'homme c'est cela: c'est
la réalité de Dieu qui nous libère et il n'y a que cela qui puisse nous
libérer… Il n'y a que l'Eglise qui libère, et n'importe quel tyran qui se
dresse à l'hoprizon comprend toujours que l'Eglise, l'Eglise
catholique et romaine est pour lui l'ennemi numéro un, pourquoi ?
… Parce qu'elle rappelle la grandeur de l'homme ! Parce que
l'homme a été créé par Dieu, pour réaliser avec Dieu, aidé par Dieu,
mais librement, son plan d'amour. C'est ça qui fait la grandeur de
l'homme ! Oui, nous avons retrouvé cela:
DIEU, l'HOMME et le PLAN de DIEU: trois vérités.
Mais nous n'avons qu'à ouvrir les yeux pour voir des choses qui ne
sont pas Dieu, qui ne sont pas l'homme non plus; eh bien, ces
choses, il faut maintenant que nous en connaissions la signification.
Voulez-vous prendre votre livre, page 348: je cite: ,,Les autres
choses (je dis les autres choses parce que nous avons déjà
expliqué Dieu et l'homme créature et enfant de Dieu), les autres
choses, sur la face de la terre sont créées pour l'homme, pour
l'aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il a été créé”, (cette
fin qui est la gloire de Dieu, évidemment, mais qui est aussi la gloire
de l'homme).
Dans cette phrase, il y a des mots plus importants: "pour l'aider", les
choses sont là pour nous aider.
… ,,d'où il suit (nouvelle conséquence) que l'homme doit faire usage
de ces choses afin qu'elles l'aident à poursuivre sa fin, à atteindre
son but, et qu'il doit s'en défaire, de ces choses, autant qu'elles l'en
empêchent”.
Dans cette dernière phrase, il y a aussi des mots plus importants:
les mots répétés: "autant que…"
,,Pour cela (garder le "autant que…") il est nécessaire de nous
rendre indifférents, (voilà un mot qu'il faudra expliquer aussi) à toute
chose créée, à tout ce qui est laissé au choix de notre libre arbitre et
ne lui est pas défendu, de telle manière que nous ne voulions, de
notre part, pas plus la santé que la maladie, pas plus la richesse
que la pauvreté, pas plus l'honneur que le mépris, pas plus une vie
longue qu'une vie courte et ainsi de tout le reste, désirant et
choisissant seulement ce qui nous conduit davantage à éla fin pour
laquelle nous sommes créés”.
Vous avez remarqué au passage, mes chers Messieurs, une série
de vérités qui se dégagent par voie de conséquence logique les
unes des autres. Je vais donc les reprendre, vous les commenter
un petit peu et puis, comme tout à l'heure, vous irez dans votre
chambre pour "ruminer", pour méditer.
On ne vous demande pas de vous casser la tête dans votre
chambre pour faire de belles méditations, on vous demande
seulement de vous efforcer… l'un de vous me disait, tout à l'heure,
qu'il en avait mal à la tête !
Si vous partiez d'ici la tête cassée, cela n'arrangerait rien… Alors,
faites cela gentiment… demandez aussi au bon Dieu de vous aider.
Sachons demander à Dieu comme des mendiants, dans des
colloques fervents… Le colloque est une prière, une conversation
encore plus intime avec Dieu et le colloque ne fatigue pas: cela ne
fatigue pas d'aimer !
Voilà une maman qui est professeur de mathématiques: si elle fait
huit heures de mathématiques par jour, cela doit la fatiguer, bien
sûr, mais aimer son mari et ses enfants vingt-quatre heures par jour
ne la fatigue pas !
Je veux dire que, dans votre chambre, faites pour le mieux,
efforcez-vous et le bon Dieu fera le reste…
Ainsi donc, mes chers Messieurs, nous nous trouvons devant le
problème des choses – les autres choses – c'est-à-dire, tout ce qui
n'est ni Dieu, ni nous… Ces autres choses, vous l'avez appris en
classe, déjà tout petits, peuvent se classer en trois grandes
catégories: les minéraux, les végétaux, les animaux, parmi lesquels
l'homme: animal raisonnable.
Mais, si vous voulez un peu plus de détails, les choses, ce sont
d'abord les biens: les biens immeubles, maisons, prairies; les biens
meubles: valeurs financières, bancaires, l'or, l'argent, les outils…
avions, tracteurs, autos et autres machines ! Les choses, c'est aussi
la science, la possession d'une science qui est une richesse
intellectuelle, qui rend de grands services d'ailleurs, et, avec la
science, les études, les diplômes…
Les choses, c'est encore l'art, la musique, la peinture, l'architecture,
la sculpture, etc. C'est aussi la nourriture, la boisson, les petits plats
et les gfrands, les banquets, les liqueurs, les vins…
Les choses, c'est aussi les loisirs et les moyens que nous prenons
pour les occuper: les stades, la télévision, le cinéma, le théâtre, le
chant, la plage, la montagne, le ski, la varape, le cyclisme, le
hockey…
Bien ! tout cela ce sont les choses.
Les choses, sont aussi les événements qui passent, les situations
sociales plus ou moins belles et aussi les circonstances dont nous
ne sommes pas toujours les maîtres, le milieu social dans lequel
nous sommes obligés de vivre; nous sommes toujours obligés
d'avoir un milieu social et civique qui nous entoure, un milieu familial
aussi ! On peut en changer, bien entendu, de temps à autre, mais
pas trop souvent quand même parce que pierre qui roule…
On ne peut pas changer de famille n'est-ce pas ! et s'il est permis
de changer de rue ou de quartier, on ne peut le faire quatre fois par
mois comme les quartiers de la lune !
Alors donc un milieu social qui s'impose à nous et, dans ce milieu
social des contraintes à subir, certaines qui nous portent au bien,
d'autres qui nous gênent.
Je me rappelle un retraitant qui me racontait ses petites misères, il
habitait dans une banlieue de petite ville et il me disait qu'à hauteur
de son appartement il avait à sa gauche un voisin qui était "un
poison" ! ,,Il est toujours, me confiait-il, en procès avec quelqu'un,
un mauvais coucheur ! Un poison embêtant au poswsible” ! Et il me
dit: ,,Je ne peux tout de même pas déménager pour cela: je
risquerais d'en trouver un autre !”.
,,Mais par contre, à ma droite, j'ai une voisine… ah ! charmante,
gentille comme tout ! sympathique et veuve… elle est veuve par-
dessus le marché ! Alors mon travail permet de lui donner quelques
conseils ! Ma femme est jalouse ! pourtant je ne cherche rien ! …
Eh bien, vous savez, la petite veuve me pose plus de problèmes
que le voisin empoisonnant de gauche, mais pas les mêmes
problèmes, tout à fait différents, opposés: problèmes d'antipathie et
problèmes de… sympathie ! …
Eh oui, le social … Tout cela c'est les choses !
Et d'où viennent-elles ?
Elles viennent du même constructeur, du même ingénieur en chef !
Vous savez que Dieu a créé les ANGES. Les anges n'ont pas de
corps et par cette seule remarque, que les anges n'ont pas de
corps, nous comprenons que le problème des anges (il y a eu un
problème pour eux, évidemment), était très différent du nôtre ! Pour
l'instant, nous le laissons de côté.
Alors Dieu a voulu créer des êtres qui soient à la fois esprit et
matière: l'homme, esprit et corps. Mais, pour que Dieu résolve ce
problème, se sont posées à Lui toute une série de conditions: Dieu
n'était pas obligé de nous créer, mais du moment qu'Il décida de le
faire dans ces conditions, c'est-à-dire, esprit et corps, Dieu, pour
suivre les lois de son Être à Lui, dut réaliser un certain nombre de
conditions préliminaires, nécessaires à la vie du corps. Car c'est ce
dernier qui pose des problèmes, ce n'est pas l'âme !
L'âme évidemment a des problèmes d'un autre ordre comme celui
de la collaboration avec DIeu, celui de l'éternité … mais le problème
quotidien de la vie, c'est le corps qui le pose ! …
Tenez, prenez la vie d'un catholique français moyen: il y vingt-
quatre heures par jour, comme tout le monde, mais regardez
comment il passe ces vingt-quatre heures: D'abord un tiers couché,
soit huit heures où il essaie de perdre connaissance et d'être
homme le moins possible. Bien, il reste à table environ deux heures
et demie à faire des choses pas très spirituelles, vous savez ! Le
reste du temps, il travaille pour se gagner sa croûte, toujours pour le
corps. Acheter des vêtements, faire bâtir une maison: c'est pour le
corps et le reste, s'il en reste, pour l'âme, pour l'esprit. Oui, c'est le
corps qui pose tous les problèmes matériels !
Alors, Dieu décide de nous créer et pour cela, il a dû envisager une
machine pour recevoir les hommes: Il a créé la terre à cet effet.
Il aurait pu la faire plus grande, comme Jupiter, ou plus petite
comme Mars, mais pour que l'homme puisse vivre sur terre avec
son corps, il a fallu que Dieu réalise d'autres conditions: Physico-
chimiques, hydrogène, oxygène et autres gaz; il fallait une
température adéquate parce que la matière et les gaz se
comportent différemment selon la chaleur, alors le Seigneur a dû
créer un calorifère qui serait en même temps un phare pour
réchauffer et éclairer; et Il a mis cela à huit minutes de marche et
quelques secondes: la petite banlieue, quoi ! Et grâce au soleil, la
lumière, la chaleur, le rayonnement avec le jeu admirable de la
physique, de la chimie, de la chlorophylle, etc… et grâce à cela: les
plantes … et puis un jour… les animaux … et lorsque tout a été
prêt: l'homme ! Tout ça pour l'homme, pour aider l'homme ! …
Messieurs, rappelons-nous le but: c'est la possession de Dieu dans
l'éternité, une joie divine ! La petite Thérèse de l'Enfant Jésus,
écrivant à sa sœur, s'enthousiasmait en pensant que bientôt elles
seraient comme des dieux ! Les saints pensaient souvent à cela, à
cette destinée inconcevable, dont nous connaissons le but: c'est
Dieu. Nous sommes ici de passage, nous sommes ici en transit;
nous allons ailleurs, nous devons vivre ailleurs !
Qu'est-ce que c'est que les quatre-vingts ans à passer ici-bas pour
ceux d'entre nous qui arriveront au bout de huit ou neuf cordonnets,
qu'est-ce que quatre-vingts ans en regard de l'éternité ? Mes chers
Messieurs, dans mille ans, lorsqu'on se rappellera (je ne sais pas où
nous serons, mais je pense que la retraite étant une grande grâce
et marque d'amour de la part de Dieu, nous nous reverrons là-haut,
tous), alors on parlera de la terre: ,,Vous vous rappelez, en 1964,
oui, le tour de France, la chaleur, le général de Gaulle, Kroutchev,
tout ça ! … les réunions par-ci, les réunions par-là, les bombes
atomiques … bah ! au fond, on était bien bêtes de se créer tant de
soucis ! …
Evidemment, il faut avoir des soucis, mais le Seigneur nous a
dit: ,,Cherchez d'abord le royaume des cieux” … Oui, mes chers
Messieurs, nous connaissons le but, la possession de Dieu, nous
sommes les enfants de Dieu, un jour notre corde cassera …
Alors, ces choses qui nous entourent, ces autres choses ne sont
que des moyens pour atteindre ce but, cette destinée. Tout est
moyen et dès qu'on parle de moyen, on parle d'une notion
corrélative; celle de mesure. Voilà deux choses qui vont toujours
ensemble.
C'est facile à prouver: vous prenez un train qui est un "moyen" de
transport, vous le prenez "autant que…": la mesure.

Par exemple, vous allez de Valence Dijon: d'abord il n'y a pas de


train dans tous les villages, alors, vous allez à Valence, à dix
kilomètres. Là, dans la gare, il y a des salles d'attente. Pourquoi ?
Parce que le train bon pour moi n'est pas toujours en gare.
Remarquez qu'en soi, tous les trains sont bons, mais ils ne sont pas
tous bons pour moi, c'est pour cela qu'il y a des salles d'attente et
lorsque le train bon pour moi arrive, je le prends, mais je le prends
"autant que…" c'est-à-dire qu'arrivé à Dijon je descends.
Il y a trois catégories de gens qui ne font pas "l'autant que" et qui
restent dans le train bien qu'ils soient arrivés au but: d'abord les
petits enfants, les tout petits; heureusement les parents veillent sur
eux et les font descendre quand il faut; il y a aussi les vieux pépés
qui, passé quatre-vingt-dix ans, sont dans la deuxième enfance
comme les petits, ils prennent le train sans trop savoir où ils vont;
c'est d'ailleurs assez gênant ! … et puis il y a les gens qui dorment.
Les premiers n'ont pas encore la raison, les seconds ne l'ont plus et
les troisièmes n'en ont pas l'usage au moment où il faut. D'ailleurs
en se réveillant à Paris, ils sont sans doute bien ennuyés… ,,et dire
que j'avais un rendez-vous urgent !” … Mais un homme conscient,
en prenant le train fait "autant que …". Le seul fait de ne pas faire
"autant que…" montre que, dans sa tête il y a quelque chose qui ne
marche pas bien ! Même chose dans les cars: on prend le bon, celui
qui vous mène au but, même s'il n'est pas rouge (moi j'aime
beaucoup le rouge …).
A chaque instant, nous faisons cela: l'autant que, la mesure. Vous
payez une facture: ,,Autant que”. ,,Combien vous dois-je boulanger
pour le pain de la quinzaine ?” ,,Cher Monsieur, vous me devez dix-
huit francs”. Eh bien, vous alignez dix-huit francs. Vous ne devez
pas plus, vous ne pouvez donner moins! ,,Quand même, je peux
bien donner vingt francs si ça me plaît! … Remarquez que le
boulanger ne demandera pas mieux et les gardera, mais dès que
vous serez sorti, il dira à sa femme, j'en suis certain: ,,Ce Monsieur
est bien gentil, mais doit avoir quelque chose qui ne va pas bien!
Pourquoi ? Regarde, il me doit dix-huit francs et m'en donne vingt
sans raison”. Quand votre famille apprendra que sans motif, vous
donnez vingt pour cent de plus en payant vos factures, on va parler
de psychiâtre, croyez-moi!
Oui, ,,autant que”, c'est pareil pour tout! On construit un immeuble
"autant que"… Il y a des lois d'équilibre dont on ne peut ignorer
l'existence et qu'il faut appliquer, sinon l'immeuble dégringolera sur
la tête des gens! On ne fait pas ce qu'on veut, les lois de pesanteur
jouent. On ne fait pas ce qu'on veut en construisant les barrages…
Ah! Il y a des lois. Partout c'est l'admirable nécessité de l'"autant
que", de la mesure…
Imaginez qu'en France on supprime la mesure dans la musique.
Nous, Français, gardons la musique, mais supprimons la mesure…
Hé! si vous supprimez la mesure, il n'y a plus de musique, il n'y a
plus d'immeubles, il n'y a plus de barrages, plus de machines, plus
de technique… Il n'y a plus rien sans la mesure!
Donc, à la mesure, nous ne pouvons manquer, parce que si on
oublie la mesure dans une fabrique pyrotechnique, dans une usine
chimique, attention, hein! cela peut être la catastrophe. Si on oublie
la mesure dans les chemins de fer, c'est pareil. Partout nous
trouvons l'insécurité et la catastrophe.
Alors, pour tout ça, dans tous ces domaines matériels, nous faisons
attention et avec raison… Le grand malheur, c'est que nous
manquons à la mesure dans nos relations avec Dieu… pour
l'essentiel…
Nous savons que Dieu a posé des défenses, qu'Il a fait un CODE
pour aller à Lui, mais, nous les hommes, nous faisons un peu
comme le petit que je voyais un jour dans un train, sur les genoux
de sa mère, une jeune maman et son fils qu'elle appelait Riri: trois
ans environ. A chaque instant, elle le menaçait: ,,Si tu continues,
Riri, tu vas recevoir une gifle!” Et comme la gifle ne descendait
jamais, Riri continuait de plus belle! A un moment donné, il met la
main dans le sac de sa mère… ,,Si tu mets la main dans le sac, tu
vas voir!” Elle y était déjà la main!… ,,Si tu sors quelque chose du
sac, gare à toi!”. Et comme le petit voyait que tout le monde souriait
et que la claque ne descendait pas, il sort la boîte de poudre de
riez! ,,Si tu ouvres la boîte, tu vas voir ce que tu vas recevoir! … Et
le petit, non seulement ouvre la boîte, mais ils étaient tous couverts
de poudre de riz, après! Alors la mère, voyant qu'elle avait affaire à
un petit prodige, a refermé la boîte sur le peu qui restait et elle l'a
embrassé. Elle était heureuse!…
Eh bien, nous, nous avons la tentation de faire un peu comme cela:
on touche au plan divin, on regarde le patron – d'ailleurs on ne le
voit pas – on continue à tricher, on fait comme Riri. Et comme la
gifle ne descend pas, on croit… Hein ? … Oui! Nous avons
facilement tendance à manquer à l'"autant que"… à nous laisser
entraîner par nos passions, nos passions qui ne voient que le plaisir
immédiat, qui ne voient pas le but et nous entraînent de ce fait; les
passions qui nous portent à ce qui nous plaît, qui nous portent à
échapper à ce qui nous déplaît aussi…
Je me rappelle encore une histoire: ce petit soldat avait eu un
accident, on l'avait mené à l'hôpital et, quelques jours après, le
chirurgien passe dans les chambres. Il regarde la fiche du blessé et
dit à l'infirmière: ,,Ma Sœur, aujourd'hui trois pansements! pas un,
trois! et pour le remonter, vous lui donnerez un doigt de
champagne”. Bien, la journée se passe et la sœur revient dans la
soirée voir le petit blessé: Ah! troisième pansement!…
,,Encore, ma Sœur, trois!”
,,Mais, mon petit, ce n'est pas vous qui commandez; le chirurgien,
ce matin a dit trois!”
,,Oh! le chirurgien, le chirurgien… Il a dit: ce soir vous lui donnerez
du champagne, voilà ce qu'il a dit le chirurgien!”
Bien, elle est patiente, elle s'en va et revient avec une bouteille de
champagne et un verre, puis elle lui verse un doigt de champagne.
,,Comment, ma Sœur, c'est ça que vous me donnez?”
,,Mon petit, je l'ai marqué sur ma feuille, un doigt!”
,,Oui, ma Sœur, j'ai entendu qu'il a dit un doigt, mais pas un doigt
comme ça, j'en suis sûr ma Sœur, je suis sûr de ça! Allez, ne faites
pas de chichis, versez, ma Sœur!…”
Et il le fait durer le plaisir… Enfin, il arrive au bout, elle est là,
patiente…
,,Et le pansement?”
,,Oh! encore, ma Sœur…”
,,Allez, allez, mon petit, moi je n'ai pas de temps à perdre, allez
ouste! Trois pansements, pas deux”
Et malgré ses cris, elle lui fait le troisième pansement!
Eh bien, c'est l'image de notre comportement à tous! Quand cela
nous plaît, nous avons tendance à augmenter la dose, tous – même
Monsieur le chanoine, là – et même moi aussi! nous avons tous la
tendance, tous, même les saints l'avaient, la tendance! Ah! ils ne
cédaient pas à la tendance, mais ils l'avaient: augmenter la dose
lorsque ça nous plaît!
Nous sommes faits pour le bonheur et, comme Adam, nous
voudrions l'avoir ici-bas; par contre, lorsque ça nous déplaît, nous
avons la tentation de supprimer la chose! Mais, mes chers
Messieurs, c'est dangereux cela, pourquoi ?
Parce que, pour réaliser le plan de Dieu, il y a un code à suivre,
comme sur les routes de la terre; il y a des contraientes à subir et il
faut faire, pour arriver au but, des choses pénibles!…
Mes chers Messieurs, vous ne réaliserez pas le plan de Dieu si
vous ne voulez pas faire des choses pénibles!… On n'a pas encore
trouvé le moyen sur la terre d'arriver à Dieu sans faire des choses
pénibles.
Je parle au moins pour les adultes: Il y a quelquefois des enfants
qui meurent dès le baptême et ne sont pas dans ce cas; mais en ce
qui concerne les hommes, depuis l'âge de raison, il n'y a pas moyen
d'arriver au but sans faire au moins quelques petites choses
pénibles!
L'Eglise, dans son martyrologe, nous rappelle tous les jours
quelques saiants, quelquefois nombreux et parmi eux nous trouvons
des fillettes: le 31 janvier, nous fêtions sainte Agnès, douze ans,
une patricienne de Rome. Pour arriver au but, elle a dû passer par
la prison et a été décapitée.
Je cite sainte Agnès, parce qu'il semblerait qu'elle aurait dû avoir un
rabais, cette petite de douze ans! Elle n'a pas eu de rabais! Saint
Tarcisius non plus n'a pas eu de rabais, ce petit garçon de dix ans,
enfant de chœur. Saiante Foy, la patronne d'Agen, à côté de
Bordeaux, là-bas, elle non plus n'a pas eu de rabais. Sainte Cécile,
une patricienne de dix-huit ou dix-neuf ans, non plus! pas plus que
sainte Catherine d'Alexandrie, ni sainte Marguerite. Elle n'a pas eu
de rabais sainte Jeanne d'Arc qui avait dix-neuf ans! Notre-Seigneur
ne lui a pas fait cadeau d'une nuit de Rouen ou du bûcher!…
Quelquefois, c'est la maladie qu'il faut accepter pour arriver au but,
c'est parfois le déshonneur. Des quantités de saints ont été
déshonorés; des martyrs ont été déshonorés; Jeanne d'Arc, par
exemple et bien d'autres! Oui, mes chers Messieurs, pour arriver au
but, il faut faire parfois, avec la grâce de Dieu des choses
pénibles…
Et voyez la contre-partie: des hommes vont rater leur éternité
pourquoi ? parce qu'ils veulent abuser des choses qui leur plaisent.
Vous avez des hommes qui vont rater leur éternité parce que, là,
c'est bon dans la gorge, sur quatre centimètres!…
D'autres, ce sera à cause de la pêche: ce n'est pas mal de pêcher.
C'est peut-être légitime, mais… "autant que" … le dimanche, pour
eux, c'est la truite! Voilà! … d'autres, c'est la chasse: Ah! la chasse!
… d'autres, c'est le sport, c'est la plage, c'est tout ce que l'on
voudra! il ne manque pas de moyens de remplacement maintenant!

Et donc, mes chers Messieurs, il ne me semble pas que le Seigneur
ait annoncé un rabais pour les hommes vivant au vingtième siècle!
Et la Sainte Vierge, apparaissant à La Salette, à Lourdes, à Fatima
ou ailleurs n'a pas annoncé, ce me semble, un rabais pour nous,
tout au contraire!
Aussi reste-t-il très dangereux de nous laisser entraîner par nos
passions qui, elles, ne voient pas le but, qui ne voient que le plaisir
immédiat.
Nous devons, avec la grâce de Dieu, réfréner nos passions. C'est
diofficile et c'est pourquoi saint Ignace nous dit: ,,Il faut nous rendre
indifférents”. Pour garder l' "autant que", il est nécessaire de nous
rendre indifférents. Qu'est-ce que cela veut dire?
Eh bien, il y a trois sortes d'indifférences … différentes. Il y a
d'abord l'indifférence des stoïciens, de ceux qui ne sentent rien. On
prétend que l'un d'eux (c'était un philosophe esclave en même
temps) était torturé par son maître à cause d'une vétille et son
maître lui faisait tordre la jambe pour le faire souffrir. Alors, il paraît
que ce philosphe esclave et stoïcien lui disait: ,,Si tu me la tords
comme ça, tu vas me la casser … tu vas me la casser … et qu'est-
ce que je ferai pour travailler avec une jambe cassée ? … Tu vas
me la casser … Crac! … Tu vois, tu me l'as cassée … Je suis beau,
maintenant, avec une jambe en moins!…”.

((fin page 40))

((page 4l ss))

Mais ça, c'est dans les livres!… Mais même si un homme était
capable de faire ça en stoïque, l'indifférence dont nous parle saint
Ignace, n'est pas celle-là, celle des stoïciens.
Il y a aussi l'indifférence d'apathie. Un jour, un garçon me dit:
,,Alors, mon Père, si je comprends bien, il faut se fiche de tout… Si
je me marie, je prends la plus vilaine du pays ?” – Eh non! Si vous
prenez la plus vilaine du pays, trois mois après, vous serez séparés
tous les deux! Ce n'est pas ça non plus! Celle-ci est une indifférence
d'apathie… or le chrétien n'est pas un apathique.
Il s'agit, suivant saint Ignace, d'une indifférence de volonté. Moi, je
veux réaliser ce plan en moi, ce plan qui est général, mais aussi
particulier à chacun de nous. Je veux le réaliser quoiqu'il arrive! les
autres, faites ce que vous croyez devoir faire, mais moi, mon Dieu,
donnez-moi la force de réaliser votre plan sur moi!
C'est quelquefois très pénible. Vous croyez que c'était amusant
pour les martyrs, de réaliser ce plan ? Mais, avec sa grâce, ils l'ont
fait et ils l'on fait en beauté, tous ces martyrs et bien d'autres qui ne
sont pas martyrs, mais qui, pour réaliser le plan de Dieu, ont dû
faire des choses très pénibles!
Donc, nous rendre indifférents! Pas plus portés à ceci qu'à cela:
Qu'est-ce qui est le mieux pour moi ? – Je n'en sais rien, mais
jamais un péché, même véniel, pour tout l'or du monde! Être
indifférent à tout ce qui se présente. Une indifférence de volonté à
tout ce qui se présente sur notre route.
Comme dit l'oraison d'une messe: ,,A travers toutes les choses de
la terre, je veux partout suivre le plan de Dieu…”.
C'est exactement comme pour un voyage: Tenez, l'an passé, je suis
allé au Canada, mais pour y aller, j'ai dû d'abord passer par l'Italie,
c'est-à-dire prendre un moyen qui tournait le dos à l'endroit où je
voulais me rendre. Ici, pour prendre le train de Paris, on commence
à prendre la route qui va directement vers le sud, puis on bifurque
sur une route qui va droit sur l'ouest et cela parce qu'il faut se
rendre à la gare de Valence. Tout est commandé par le but.
De même nous devons être indifférents aux cheminements que
Dieu nous impose… Moi, je veux arriver au but, je veux réaliser le
plan de Dieu quoiqu'il arrive. Alors saint Ignace nous dit: ,,pas plus
porté à la santé qu'à la maladie”.
Nous ne sommes pas fous, les catholiques, nous ne voulons pas
dire par là que santé égale maladie! nous savons bien que la santé
est un bien naturel que nous devons sauvegarder autant qu'il est en
notre pouvoir! Mais s'il y a un litige entre ma santé d'ici-bas et ma
santé de l'éternité: tant pis pour ma santé d'ici-bas!…
C'est ce que Notre-Seigneur nous dit: ,,Ton œil te scandalise ?
arrache-le et jette-le loin de toi parce qu'il vaut mieux entrer borgne
au ciel que d'aller avec deux yeux en enfer”. De même, nous dit
Notre-Seigneur, que vous vous livrez au chirurgien pour perdre un
œil afin de sauver le reste, faites pareil pour l'éternité, et à plus forte
raison faites pour l'âme ce que vous faites pour le corps! Alors, mon
Dieu, bien sûr, je préférerais aller à Vous avec la santé, mais si
vous comprenez que par la santé je vais perdre mon éternité, alors
envoyez-moi la maladie!…
C'est une grande chose de comprendre cela. Tout ce que Dieu nous
envoie est commandé par la Providence et n'a pas d'autre but que
de nous faire gagner le ciel. Vous avez un cancer: vous devez tout
faire pour vous soigner, ça bien sûr, mais en l'acceptant comme
purification de vos péchés, en offrant vos souffrances à Dieu, vous
ne savez pas quel degré de mérite vous pouvez obtenir…
Mais si, au contraire, quelqu'un se sert de l'épreuve que Dieu lui
envoie pour blasphémer le Ciel, on peut dire qu'après avoir passé
un enfer sur la terre, il se prépare à avoir l'enfer pour l'éternité!…
Il en est de même pour la richesse: Nous savons bien que la
richesse peut être un don de Dieu, mais la richesse peut être aussi
une gêne pour le salut puisqu'il sera très difficile aux riches de se
sauver. Alors, mon Dieu, comme le disait Salomon, envoyez-moi
non pas la misère, mais envoyez-moi la pauvreté plutôt que la
richesse, si par la richesse je dois perdre mon éternité…
C'est identique pour l'honneur et le mépris: je préférerais
évidemment aller à vous par l'honneur, l'honneur est une valeur
naturelle, mais si, par l'honneur et les honneurs qu'on me fera je
dois perdre mon éternité, mon Dieu, tant pis pour les honneurs de la
terre!…
Pareil pour notre vie: c'est le plus grand bien que nous ayons ici-
bas, la vie!… mais, mon Dieu, je ne veux pas garder la vie de mon
corps si elle doit entraîner la mort de mon âme et me faire perdre la
vie éternelle! Plutôt mourir si telle est votre volonté!
C'est un choix, voyez-vous, mais pour choisir, il faut être indifférent,
ne pas mettre en avant ces valeurs: santé, richesse, honneur, pour
les conserver!…
Vous avez beaucoup de catholiques maintenant qui, pour conserver
un certain standard de vie, manquent aux lois de Dieu! Ah non! on
n'a pas le droit! on n'a pas le droit, pour obéir à un certain respect
humain devant les autres de manquer à la loi de Dieu; pour faire le
malin!
Comme disait un jour un jeune homme: ,,Moi, je lis Sartre parce
que, dans une réunion d'étudiants, si on n'a pas lu Sartre, on passe
pour un ballot”. Alors voilà!… On se pourrit l'âme, et souvent le
corps…
Eh non! Tant pis, la loi de Dieu avant tout! Être indifférent en allant
au plus sûr, désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit
davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés!…
Mes chers Messieurs, voyez-vous, cette indifférence, il faut bien la
comprendre!… L'indifférence de volonté dont parle saint Ignace est
une attitude préliminaire qui nous permet de bien choisir.
Reprenons l'exemple de la gare: je veux prendre à Valence le train
qui me mènera à Perpignan. Bien. Mais le train de Perpignan n'est
pas en gare! Alors, je dois attendre avec indifférence. Cette
indifférence me permettra de bien choisir le train qui me mènera à
Perpignan. Que ferait quelqu'un qui manquerait d'indifférence à ce
moment-là ? Il verrait au troisième trottoir un joli train rouge et vert:
Hou! Il me plaît ce train-là, je le prends…
– Mais, où mène-t-il, ce train, cher Monsieur ?
– Il est rouge et vert, il me plaît, je le prends…
Vous êtes sûr que ce Monsieur, qui manque d'indifférence n'arrive
pas à Perpignan. Il arrivera plutôt de l'autre côté du Rhône, à
Privas, dans la grande maison de psychiatrie! Là, oui!
Mais, si je suis bien indifférent, il m'importera peu que le train soit
rouge, jaune ou vert, qu'il parte de la voie "1" ou de la voie "5",
faisant en sorte de prendre le train de Perpignan et non un autre.
De même pour aller au but, pour bien choisir, nous devons faire
abstraction de ce qui nous entoure. Qu'aucune considération ne
joue sur notre volonté d'indifférence.
Par exemple: où me mènera la richesse ? Je ne veux rien en savoir.
La pauvreté serait-elle mieux ? Je n'en sais rien et ne veux pas le
savoir! Pour bien choisir: être d'abord indifférent! Cette indifférence
de volonté permettra seule de bien choisir les moyens.
Ensuite, je ferai une enquête pour savoir ce qui est le mieux pour
moi. Dans l'exemple choisi: arriverais-je mieux au but par la
richesse que par la pauvreté, etc…
Mais partout, dans toutes les choses qui m'entourent, je veux
d'abord faire la loi de Dieu en allant au plus sûr, oui, en allant au
plus sûr… Il s'agit de travailler à ma destinée éternelle, il s'agit donc
pour moi de prendre le meilleur moyen de faire la volonté de Dieu le
mieux possible, en allant au plus sûr, en mettant tout le prix qu'il
faut…
Dans l'Évangile, Notre-Seigneur, pour nous le montrer utilise la
parabole de la marguerite, c'est le nom que les anciens donnaient
au diamant: Voilà un employé qui laboure un champ où il y a
beaucoup de cailloux, ce qui rend le travail difficile, mais il a trouvé
dans ce terrain des diamants: le tout est de les extraire. Lui, ne voit
qu'un moyen, c'est d'acheter le champ. Le propriétaire veut bien,
mais lui n'a pas assez d'argent pour le payer: que fait-il ? Il remonte
à la maison, vend tous ses biens, ses meubles, pourquoi ?
,,Mais, vous n'êtes pas fou, Monsieur, de tout vendre ainsi pour un
champ de cailloux ?”.
Que non pas! il réalise tout et, une fois le champ acheté, il sait que
la fortune est à lui.
C'est ainsi, si nous avons compris la valeur de notre destinée
éternelle, que nous serons décidés à y mettre le prix, n'importe quel
prix…
Dans notre vie de tous les jours, c'est pareil. Partout nous allons u
plus sûr, si nous réfléchissons tant soit peu.
Voilà un papa qui a son fils malade et on lui dit: oui, tel docteur
pourrait sans doute le sauver, mais vous savez, les docteurs se
trompent parfois! Un autre lui dit: Cher Monsieur, je ne vous cache
pas que votre fils est en danger. Dans ce cas-là, l'opération
s'impose et je connais un bon chirurgien. Il est vrai que c'est plus
cher, mais c'est plus sûr. Que fait le Papa ? Eh! Il ne regarde rien
pour le bien de son fils. Il va au plus cher et au plus sûr! Il opte pour
l'opération! Il n'hésite pas!
Vous avez un litige d'environ – mettons cinq mille francs – avec un
de vos voisins. Vous ne voulez pas perdre cinq mille francs, n'est-ce
pas ? mais, pour cette somme relativement modique, vous n'allez
pas voir le plus grand avocat de la ville, quand même! Il vous
demanderait plus de la moitié en honoraires! C'est vraiment idiot de
faire un procès pour ne rien y gagner! Bien! Alors, vous allez voir un
petit avocat, vous lui confiez votre affaire et vous lui promettez dix
pour cent; vous sacrifiez cinq cents francs afin de sauver le reste.
Maintenant, vous avez un litige plus important: mettons de cinq
millions. Alors, là, vous allez voir un avocat de renom, qui a ses
entrées, et à lui aussi, vous promettez dix pour cent!
Mais, voici que votre oncle d'Amérique vient de mourir et vous lègue
une formidable fortune, estimée huit cent millions de dollars (or)… Il
y a des bateaux, des mines de zinc et d'étain, des pétroles, que
sais-je, moi, des actions haut comme ça!… huit cent millions de
dollars or, au bas mot!…
Malheureusement, vous portez un nom ennuyeux pour un français,
vous vous appelez DUPONT, ou bien pour un valaisan RODUIT ou
CARRON: qu'est-ce que vous faites alors ? Eh bien, pour un cas
pareil, vous allez voir le plus grand avocat de la capitale, car tous
les DUPONT de France et tous les CARRON de Suisse vont vouloir
leur part du gâteau! Vous lui dites: ,,Maître, voilà mon histoire
(d'ailleurs, il la connaît déjà mieux que vous, votre histoire) et vous
lui promettez deux pour cent… Cela fait déjà une grosse somme:
seize millions de dollars! (Or). Mais le maître dit non! ,,Monsieur,
vous savez que je suis dans la politique, aussi, je vous fais réussir,
hein! mais je réclame cinq pour cent! Ah!… 5 % … Ca fait quarante
millions de dollars. Qu'est-ce que vous allez faire ? Eh bien, vous
allez au plus sûr, vous acceptez!… Pourquoi sacrifiez-vous
quarante millions de dollars (or), une grosse fortune ? … Pour
sauver le reste: vous allez au plus sûr!…
Si vous ne faites pas cela, qu'est-ce qui va vous arriver ? Dans sept
ou huit ans, vous aurez cent procès avec quelques DUPONT de
France ou CARRON de Suisse, vous aurez mangé votre fortune,
elle aura fondu: il y a des gens experts à cela, à faire fondre les
fortunes, ce n'est pas perdu pour tout le monde, mais pour vous,
oui! Vous aurez perdu aussi les quelques sous que vous aviez
avant et vous serez dans une maison de santé… voyez! Alors, vous
allez au plus sûr et vous sacrifiez une partie de la fortune pour
sauver le reste…
Eh bien! Notre-Seigneur nous dit: Faites-le pour les yeux, sacrifiez
la main, sacrifiez un pied! ce que vous faites pour le chirurgien
faites-le pour l'éternité!
C'est une question de FOI: allez au plus sûr, jamais de péché
délibéré! nous rendre indifférents. Voilà une belle méditation mes
chers Messieurs.
Alors, il s'agit du problème des choses, minéraux, végétaux,
animaux; ces choses-là, l'argent, les situations, les diplômes, les
loisirs, tout… tout… tout est là pour nous aider. Donc "autant que".
Est-ce que je fais "autant que", moi ? Ah! voilà le problème! Est-ce
que je fais "autant que" pour la boisson… pour le vin ? Ah! Mon
Père, le bon vin de Bourgogne, ah! ce Beaujolais… "autant que"! …
Ah! Ce Ricard 45! Ce pastis de Marseille! … "autant que" … La
pêche, nous avons une rivière, "autant que" ! … La musique, le ski,
le sport, la plage! … "autant que"! L'habillement … l'habillement,
mes chers Messieurs: "autant que" "pas plus que", "pas moins que"
… nous rendre indifférents, aller au plus sûr! Il s'agit de l'éternité, il
ne s'agit pas de huit cent millions de dollars or! C'est fabuleux, cela
fait, je crois quatre milliards de nouveaux francs et j'ai pris ce chiffre
astronomique exprès pour vous faire comprendre combien l'enjeu
est bien plus grand que cela! Mes chers Messieurs! Il s'agit,
rappelez-vous, d'un billet d'éternité, d'un billet de joie divine!…
Dieu, qui t'a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi! Que chacun,
dans sa chambre, s'examine: ,,Est-ce que moi, je fais "autant que" ?
Est-ce que je fais "autant que" pour ça… pour certains plaisirs…
dans les affaires… Est-ce que je fais "autant que" pour la boisson…
pour la nourriture ? "Autant que, pas plus que" …
Est-ce que je fais "autant que" pour la prière, pour les communions,
pour les confessions, pour ma vie spirituelle ? Chez beaucoup de
catholiques, il y a des abus et il y a des manques: trop de boissons,
trop de bavardages, trop de manger, trop d'amusements, trop de…
Pas assez de prière, pas assez de communions, pas assez de
confessions, pas assez de vie surnaturelle, pas assez de lecture
spirituelle, pas assez… pas assez…
Voyez, Messieurs, dans votre chambre, sous le regard de Dieu,
allez réfléchir à cela: c'est très important, vous le comprenez bien!
Et puis, comme tout à l'heure: mémoire, intelligence, volonté…
Et lorsque sonneront les coups doubles, vous réciterez un "Pater"
bien fervent, et sur votre carnet, en faisant l'examen de la
méditation, vous prendrez quelques notes, vous aurez temps libre
après le roulement jusqu'à l'heure à laquelle aura lieu dans la
chapelle la récitation du chapelet.
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PÉCHÉ- Premier exercice


Vous voyez, Messieurs, la marche des exercices: Nous avons
commencé, et c'est normal, par voir de quoi il s'agit. Il paraît que
c'était la remarque de Foch lorsque des officiers d'État-major plus
ou moins nombreux, lui amenaient un tas de renseignements,
parlaient, commentaient, etc… Et aussitôt il demandait: ,,De quoi
s'agit-il ?”.
A nous aussi saint Ignace dit d'emblée: Voilà de quoi il s'agit:
L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, et en faisant
cela, sauver son âme. Dieu est amour, nous l'avons vu; amour infini
et le propre de l'amour est de se donner et de se répandre, voilà la
grande raison pour laquelle nous sommes ici-bas.
Dieu, qui a imposé une perfection relative aux êtres non libres, ne
nous impose pas cette perfection, Il nous l'offre et nous arrivons au
but à condition de collaborer avec Lui: L'homme est créé pour louer,
honorer et servir Dieu, mais saint Ignace, je vous le faisais
remarquer, a pris la question sur le plan négatif, qui est plus
effrayant, n'est-ce pas ? … ,,et en faisant cela, sauver son
âme”… ,,les choses qui nous entourent sont faites pour nous
aider”…
En effet, tout est bien, tout est bon, (je le prends au sens universel:
"bonum" en latin), mais tout n'est pas bon pour moi. J'ai justement
une intelligence pour discerner ce qui est un bien, ce qui est bon
pour moi; c'est l'exemple des trains: tous les trains sont bons, mais
tous les trains ne sont pas bons pour moi, pour m'emmener à mon
but…
Vous avez donc bien compris cela, qu'il faut une mesure dans le
choix des choses qui nous entourent: elles sont tellement
différentes, multiples, disparates… A l'avance, tant qu'on ne sait
pas, devant le choix, il faut être indifférent. Puis, le choix étant fait
en toute indifférence, des enquêtes nous montrent ensuite: ça,
oui… ça, non… et en allant toujours au plus sûr!
Pour l'exemple que je vous citais dans la précédente méditation,
j'avais pris exprès l'image d'une formidable fortune: huit cent
millions de dollars (or); mais il s'agit de bien plus que cela: il s'agit
de notre éternité! Nous sommes immortels et la négation de millions
d'hommes levant le poing et vivant comme des sans-Dieu, ne
change pas la réalité! Dieu existe. Ils suppriment Dieu dans leur
tête, mais pas plus! Dieu continue d'exister, on ne peut pas le
supprimer, Dieu est l'Être Nécessaire… et nous, nous sommes
immortels; un jour il nous faudra quitter le manège!…
Alors, maintenant se pose un problème pratique: (ce sont des
problèmes pratiques que nous vous posons les uns après les
autres): L'homme est créé pour louer, honorer, … si je ne veux
pas ? Si je veux faire mes caprices ? Ah! mes chers Messieurs,
nous comprenons déjà la gravité de faire ses caprices sur une route
goudronnée… c'est grave! Mais c'est plus grave à priori ici, avant
toute discussion et information, puisque l'enjeu est l'éternité…
voyez! et nous en tirons une première conséquence: ,,L'Homme est
créé… et en faisant cela…” – ,,Les choses sont là pour nous
aider…” et si je ne veux pas le faire ? Eh bien, vous mettez en jeu
ce qui est annoncé au premier paragraphe que vous avez
médité: ,,en faisant cela sauver son âme”.
Il semble qu'il ne devrait pas y avoir de problème là!… De même
qu'on obéit à l'ingénieur en chef qui est à l'usine: celui qui ne veut
pas, c'est vite fait, il est prié de passer à la caisse et de s'en aller;
ou bien dans un barrage où le plan est toujours fait à l'avance, si un
ouvrier ou un ingénieur veut faire à sa tête on l'envoie promener.
Oui! il semble qu'il n'y a pas de problème…
Lorsque l'Ingénieur en Chef a créé le monde en se jouant: ,,ludens
in orbe terrarum” ce petit microbe d'homme qui a reçu la vie de Lui
grâce à son amour, il semblerait qu'il n'ait qu'une chose à faire, celle
d'obéir… suivre le Code, les modalités du plan… Mais nous
sommes libres, libres pour mériter… libres pour que nous puissions
collaborer avec Dieu et gagner le Ciel, pourrait-on dire, à la pointe
de l'épée, aidés par Sa Grâce. Mais cette liberté nous laisse
également libres d'en abuser. De ce fait, nous pouvons manquer au
plan de Dieu. Nous pouvons faire ce que les théologiens appellent:
"PECCATUM", nous pouvons faire le péché.
Faire un péché n'est pas une perfection de cette liberté; cela montre
simplement la présence de cette liberté en nous, cela en est une
preuve, non une perfection. De même être malade n'est pas une
perfection de la vie; être malade montre qu'on est encore en vie, (un
mort n'est plus malade), mais la maladie n'est pas une perfection de
la vie… imaginez un bossu qui crierait à tous les échos: ,,Moi, j'ai
une bosse, j'ai une bosse… tu n'en as point, toi! … Moi, j'ai une
bosse!”.
On ne se vante pas d'une infirmité, pourquoi ? parce que ce n'est
pas une perfection. Alors faire le péché est possible parce que nous
sommes libres, mais ce n'est pas une perfection de la liberté. Le
péché, au fond nous le comprenons déjà, est un suicide moral; nous
pouvons le faire, nous sommes libres… Nous pouvons dire à
Dieu: ,,Non!”.
Un tas de gens disent non à Dieu d'une façon radicale, un tas de
marxistes, un tas de sans-Dieu, de francs-maçons, d'athées, etc…
Alors, pour eux, il n'y a pas de Dieu et donc… il n'y a pas de plan de
Dieu et il ne restera que des plans d'hommes… Et nous les
connaissons, les plans d'hommes, depuis ceux de Néron et de
Dioclétien jusqu'à celui de Napoléon, de Karl Marx, de Staline, et
des autres…
Certains catholiques ne font pas cela, ils ne suppriment pas Dieu, ni
son plan, mais ils trouvent – on ne le dit pas comme ça mais on le
pense quand même – que le Bon Dieu exagère un peu et qu'Il
,,n'est pas au courant des besoins de l'âme contemporaine”! comme
disait quelqu'un… oui… Ou alors, le Bon Dieu ne lit pas "Le Monde"
ni "La Gazette de Lausanne", certaines de ses prescriptions ne sont
plus à la page, sont anciennes, anachroniques!… Alors on se
permet d'arranger… de corriger le plan… Il faut modifier un peu, là,
on transforme, on embellit… en bref, ils font mieux que le Seigneur!

Ils disent eux, qu'ils embellissent et eux… moi j'en suis et vous
aussi d'ailleurs… Alors, est-ce grave de faire ainsi ? Dieu nous a
donné des lois, des commandements pour bien user des créatures;
mais en face d'un commandement de Dieu, moi je dis: ,,non”…
aujourd'hui c'est moi qui suis dieu; aujourd'hui je ne tiens pas
compte de ses commandements. Aujourd'hui, je sais que Dieu le
défend, mais je le fais quand même. Aujourd'hui, j'aime mieux
Georgette! Aujourd'hui j'aime mieux la bouteille, j'aime mieux le
péché, j'aime mieux cet argent qui ne m'appartient pas, j'aime mieux
m'occuper de mes affaires que de m'occuper de Dieu; aujourd'hui,
je ne veux pas passer pour un imbécile devant les hommes du café,
tant pis pour les commandements de Dieu: voilà ce qu'on appelle le
péché.
Saint Thomas le définit: se détourner de Dieu pour lui préférer la
créature – avec son intelligence, avec plein consentement en
matière grave …. Eh bien! est-ce grave d'agir ainsi ? Que dit-on
autour de nous ? On dit que ce n'est pas grave; que tous les jeunes
gens le font… que tous les hommes le font… Si vous lisez les
journaux, on vous représente ces choses-là comme normales; on
n'ose l'écrire, mais ils laissent entendre qu'il n'y a que les imbéciles
qui se gênent!
La créature qui ose dire à son créateur: ,,Moi, je n'obéirai pas!” c'est
devenu quelque chose de normal. Le livre de Job disait déjà: ,,ils
boivent l'iniquité comme l'eau”!.
Et vous Messieurs, que pensez-vous du péché ?…
Nous subodorons déjà que cela doit être très grave… il y a un
problème à notre époque, pourquoi ? Justement parce qu'un grand
nombre de gens qui trônent dans nos facultés, surtout de lettres,
dans les écoles célèbres, écrivains, académiciens, diplômés, disent:
,,il n'y a pas de péché!”. Selon eux un acte peut faire tort à l'homme
dans son comportement, un homme entraîné par ses passions peut
nuire à sa famille, à la société… mais une dette envers un Être infini
qui demandera des comptes ? Non, cela n'existe pas! La notion de
péché n'est plus soutenable à notre époque… d'autant moins que
certaines catégories de péchés sont, au contraire, des choses très
bien, qui enrichissent l'homme et permettent des expériences très
riches! … Il y a GIDE (André) qui a dit cela: et d'autres… SARTRE a
écrit au moins deux fois, donc cela n'a pas échappé à sa plume:
,,Le meurtre est l'un de ces actes où l'homme montre le mieux sa
personnalité”… voilà, un universitaire… payé par le gouvernement
français pour faire des conférences en Amérique, au Brésil et
ailleurs!…
Oui, c'est un problème, précisément pour cela!…
Alors, d'un côté, d'une part, ces gens-là et leurs disciples plus ou
moins nombreux vous disent: ,,Le péché ? mais non, il n'y a pas de
péché; il y a des actes qui peuvent être nocifs à l'homme ou à la
société, mais une dette envers un Être éternel au sens compris par
l'Église catholique ? tout ça, ça n'existe pas!…
Mais d'autre part, la théologie catholique, les Saints, la Vierge
Marie, et tous les Souverains Pontifes vous disent: ,,Voilà comment
il faut faire; le péché est une chose très grave, très grave… on perd
en le faisant, le sens de la route, on marche à l'envers…
Alors qui ? … que ? … quoi ? … que faut-il en penser ?
C'est grave ou ce n'est pas grave ? Qui faut-il écouter, ceux-ci ou
ceux-là ? … Vous voyez le problème!
Car il y a un problème d'autant plus que chez beaucoup de
catholiques on minimise de plus en plus… de plus en plus… dans
certaines revues, dans certains propos on ergote, on coupe les
cheveux en quatre, puis en huit, puis en douze pour arriver à
prouver, à force de fin du fin que, dans ce cas-là…
On nous dit aussi que d'une part il y a une montée formidable de
l'Humanité vers Dieu… vers Dieu ? plutôt vers un Christ cosmique…
que sais-je moi! une montée formidable… et d'autre part, on nous
dit que la plupart de nos contemporains sont incapables de faire un
péché… Pourtant, au temps de Sodome et Gomorrhe le Bon Dieu:
… Paf! … il les a arrangés, hein ? parce qu'ils savaient ce qu'ils
faisaient! Oui! Et Saint Paul nous dit des païens eux-mêmes ,,qu'ils
sont inexcusables!”.
Oui, mes chers Messieurs, il y a un problème tragique, très grave,
très important, qui engage l'éternité de chacun de nous et notre vie
ici-bas.
Lorsqu'un enfant se trouve devant un problème auquel il ne sait pas
donner de réponse, l'enfant a une norme très sûre, une règle très
facile: il regarde son père, ou sa mère, c'est la même chose pour lui.
Je me rappelle un jour à un enterrement, on y avait conduit un petit
de cinq ans (on aurait mieux fait de la laisser à la maison, mais
enfin il était là et on comprenait combien ce petit était déconcerté).
Les gens étaient endimanchés comme pour un jour de fête, et fête
pour un enfant, est synonyme de joie! Mais lorsqu'il regardait les
gens qui avaient pris le masque du jour, l'enfant ne savait que
penser: mais c'est fête ou c'est pas fête ? Il se met à regarder son
père. Son père avait également mis le masque du jour. Alors, lui
aussi prend le même masque renfrogné, triste… puis il voit que son
père se met à pleurer, il fait comme papa!
Le même phénomène se renouvelle de façon opposée au cinéma,
au théâtre. Quelquefois, il y a sur la scène quelque passage
désopilant, tout le monde rit, mais le petit, qui ne comprend pas bien
ce mouvement de foule, il en a même peur, regarde sa mère et voit
que sa mère est en train de rire, alors, il se met à rire! Voyez, en
regardant son père ou sa mère, l'enfant a une règle très sûre…
Eh bien, chers Messieurs, nous allons maintenant faire pareil, nous
allons regarder notre Père des cieux, pour voir sa réaction à Lui,
pour voir ce qu'Il en pense, du péché… Page 355… nous avons là
le premier exercice.
Voyez où nous en sommes, n'est-ce pas, devant ce problème du
péché, d'un homme qui fait ses caprices face à la loi de Dieu, qui
supprime cette loi ou la corrige, l'arrange… Qu'est-ce qu'il faut en
penser ?
Premier exercice: c'est la méditation des péchés.
,,Elle renferme, après l'oraison préparatoire, deux préambules, trois
points et un colloque.
La prière préparatoire consiste à demander à Dieu notre Seigneur la
grâce nécessaire pour que tous mes choix, toutes mes intentions,
mes options intérieures et extérieures, que tout cela soit sûrement
dirigé au service et à la louange de Notre Seigneur”.
Voyez: ,,L'homme est créé pour…” Mon Dieu, donnez-moi la grâce
dont j'ai besoin afin que, malgré ma faiblesse, désormais dans mes
activités j'agisse toujours par rapport au but, par rapport à ma fin.
C'est une très belle prière, vous voyez, orientée vers Dieu, vers ma
fin dernière. En bref, nous demandons de réaliser en nous le
"Principe et Fondement" que vous avez déjà médité.
Premier préambule: Saint Ignace pour nous aider à bien faire nos
méditations et capter notre imagination qui a tendance à s'évader,
attire notre attention: pendant la méditation, ne regardez pas, par
exemple par la fenêtre – vous pouvez voir des avions! Passe une
comète blanche dans le ciel: ,,Hou! qu'il va vite celui-là!”. Et vous
partez avec l'avion vous aussi. Hé non! Laissez les avions: Ils font
leur travail, mais vous, faites le vôtre. Saint Ignace donc, pour
capter votre attention, vous propose une composition de lieu, un
cadre si vous préférez, plus ou moins artificiel dans lequel nous
ferons nos réflexions.
Alors, page 356:
,,Dans la contemplation d'une chose invisible comme est ici celle
des péchés, la composition de lieu, ce cadre, sera de voir avec les
yeux de l'imagination et de considérer mon âme comme en une
prison dans ce corps mortel”.
Pourquoi sommes-nous dans un corps mortel ? au début de
l'humanité, à la création, il n'y avait pas la mort! Comment la mort
est-elle entrée dans le monde ? Saint Paul répond dans l'épître aux
Romains: ,,C'est par le péché que la mort est entrée dans le monde”
et l'homme se trouve maintenant placé dans une vallée de larmes
(lacrymarum valle).
Quelques-uns parmi vous viennent du Valais. Avez-vous remarqué
hier en chantant le Salve Regina, il y a ces mots "lacrymarum valle",
dans une vallée de larmes! Le Valais, du nom de "Vallis" donné par
les Romains, est une vallée caractéristique entre deux formidables
murailles de montagnes: L'Oberland bernois avec ses pics de plus
de 4'000 et les Alpes Pennines avec le Cervin, la Dent Blanche, le
Weisshorn, le Grand Combin… Et dans le fond de la vallée, le début
du Rhône. Il n'est pas fier, vous savez! En sautant, on peut le
franchir! Cependant, parfois, je le regarde aussi à Tarascon, il est
large, fier, majestueux, comme un gros bourgeois! pourquoi ? parce
que depuis son départ, là-haut, de la Furka, tout le long, il a reçu
des affluents et grossi… grossi, jusqu'à avoir plusieurs centaines de
mètres de large à Tarascon…
Eh bien l'Église nous fait chanter que nous sommes dans une vallée
de larmes, oui, sur les bords d'un fleuve de larmes. Où prend-il sa
source ? Dans un paradis de délices… et par un seul péché, cette
source a jailli et est devenue un immense fleuve alimenté par des
millions d'yeux qui pleurent.
En ce moment-ci, des millions d'yeux pleurent, depuis les enfants
qui arrivent jusqu'aux vieux qui vont partir et puis toute la gamme
des larmes, des angoisses morales ou physiques… in hac
lacrymarum valle, à cause du péché, conséquence du péché…
Je continue: ,,parmi des animaux privés de raison”:
Qu'est-ce qui fait paraître l'homme privé de raison ? Eh bien, c'est
de se laisser entraîner au péché. En trois traits, comme un peintre
qui produirait une fresque belle et riche de sens, Saint Ignace nous
dresse le tableau du péché, le cadre du péché: la mort, les larmes,
la déraison… Prenons donc ce cadre comme le veut Saint Ignace.
Deuxième préambule: ,,Pourquoi vais-je faire ces réflexions ?
Quelles grâces voudrais-je obtenir ? Alors, ici, je demanderai la
honte, la confusion de moi-même en voyant combien ont été
condamnés pour un seul péché mortel et combien de fois, moi, j'ai
mérité d'être condamné pour toujours à cause de mes nombreux
péchés”.
Voilà ce que nous recherchons: honte et confusion. Pour cela, Saint
Ignace va nous faire considérer trois péchés types:
- premier point: le péché des anges
- deuxième point: le péché de nos premiers parents
- troisième point: le péché d'un homme quelconque
PREMIER POINT: Le péché des ANGES
,,J'appliquerai ma mémoire pour me rappeler, puis mon intelligence
pour en tirer les conséquences, ma volonté enfin pour en déduire
les conclusions. Me rappeler comment les anges ont été créés par
Dieu dans la grâce et, ne voulant pas faire ce qui dépendait de leur
liberté pour rendre révérence et obéissance à leur Créateur et
Seigneur, ils sont tombés dans l'orgueil. Ils furent alors changés de
grâce en malice et précipités du ciel en enfer. Je raisonnerai avec
mon intelligence pour essayer de mieux assimiler cette vérité qu'il
m'importe tellement de comprendre parce que c'est mon sort qui se
joue là aussi; et ensuite, j'exciterai en moi des affections de mon
cœur avec la volonté”.
Alors, maintenant, mes chers Messieurs, quelques traits pour vous
aider à faire cette partie de votre méditation.
Vous savez que Dieu, avant de créer l'homme, avait créé les anges
qui, eux, n'ont pas de corps: purs esprits doués d'une intelligence,
d'une puissance formidables.
Ce qu'il y a en nous, ce qui nous fait homme, ce n'est pas tant la
force du corps, parce qu'au point de vue force, le moindre bœuf est
plus fort que nous, a fortiori l'éléphant ou la baleine… Mais nous,
nous avons autre chose: nous avons l'intelligence, nous avons
l'esprit. Plus un homme est intelligent, plus il arrive à capter les
forces de la nature et à les mettre à son service. Les anciens
avaient bien compris cela: ,,c'est l'esprit qui entraîne la matière”.
Dieu a donc créé de purs esprits, n'ayant pas comme nous ce
mélange avec la matière: des intelligences d'une puissance
incomparable que nous ne pouvons concevoir parce que nous
sommes très limités à ce point de vue. Il est facile de voir que nous
sommes limités: nous ne pouvons assimiler les diverses
connaissances, science et technique, par exemple, que par petits
morceaux, au fur et à mesure, exactement comme dans l'exemple
du pain. Si vous avez très grand faim et avez devant vous un pain
de quatre livres bien doré, bien croustillant, vous ne pouvez pas le
manger d'un coup, n'est-il pas vrai ? Il faut d'abord le couper en
tranches, puis ces tranches en bouchées et celles-ci, les mastiquer
une à une. Au point de vue intellectuel, c'est la même chose: devant
la vérité qui nous est extérieure et que nous voulons connaître,
nous sommes contraints à la décomposer par arguments. Deux et
deux font quatre, cela se voit d'un coup, mais dès que la vérité
devient un peu complexe, devant des problèmes de
mathématiques, de biologie, de physique nucléaire extrêmement
ardus, nous sommes obligés d'aller pas à pas. Pourquoi ? Parce
que nous sommes limités. Mais les anges, eux, ne sont pas limités
et de même qu'on pourrait imaginer quelqu'un capable d'assimiler
un pain de dix kilos d'un coup, on peut dire que les anges n'ont en
fait aucun des problèmes intellectuels qui assaillent les hommes:
pas besoin d'école, les Anges n'ont pas de problème naturel. Tous
les problèmes devant lesquels les hommes se penchent depuis des
millénaires: sciences, origines, formation des étoiles, rayonnement
de la lumière, – par exemple, nous savons que c'est la lumière qui
nous éclaire, mais on ne sait pas comment elle rayonne, c'est un
mystère… – Problèmes des origines de la vie, des galaxies, de
physique ondulatoire, atomique, etc… Tout cela n'est rien pour la
puissance intellectuelle des anges.
De même pour l'action sur la matière: nous, les hommes, notre
puissance se limite à nos membres; avec ces membres, nous
pouvons faire des outils, et, avec ces outils, des choses grandioses
comme des croiseurs de bataille et des avions… Mais, au départ,
nous n'avons pouvoir que sur nos membres tandis que les Anges
ont pouvoir direct sur la matière par la puissance de leur intelligence
de sorte que, s'il y avait une raison de le faire, un ange de la
dernière hiérarchie pourrait prendre Paris et le transporter au
Sahara!
On pense qu'il y en a des milliards: Saint Thomas d'Aquin dit que
l'une des marques de la puissance de Dieu est que, plus les êtres
sont parfaits, plus ils sont nombreux. Lorsqu'on parle des végétaux
et des animaux qui n'ont pas d'âme, seule l'espèce compte, tandis
que les hommes, dont chacun est un monde de par l'esprit, se
dénombrent tous. Que dire par rapport à nous de ce monde
grandiose des Anges rangés hiérarchiquement et très aimés de
Dieu ?
Dieu a dû leur proposer une épreuve en rapport avec leur liberté et
avec leur puissance.
Des théologiens pensent… (mais ce n'est pas de foi) que Dieu a
proposé aux Anges l'Incarnation de son Fils se faisant Homme-Dieu
dans le temps pour sauver les hommes et leur a demandé d'adorer
ce Fils devenu homme! (Les Anges étaient très éclairés sur le plan
naturel, mais ne voyaient pas Dieu face à face; ils n'en avaient
qu'une connaissance naturelle étant, comme nous sommes
maintenant, en temps d'épreuve). Nous savons aussi, par la Sainte
Écriture, qu'un certain nombre d'entre-eux, entraînés par Lucifer,
ont refusé d'obéir.
Certains théologiens estiment que pour refuser ils mirent en avant
que pour l'honneur même de Dieu on ne pouvait adorer un dieu-
homme. Mais en fait, ce motif apparemment noble, n'était que la
manifestation de leur orgueil. Si Dieu demande d'obéir, il n'y a qu'à
le faire, n'est-il pas vrai ? car si quelqu'un est au courant de
l'honneur de Dieu, c'est bien Dieu Lui-même!…
Aussitôt dit la Bible, Dieu créa l'enfer qui n'existait pas. On pense
(tout n'est pas de foi dans le trésor de l'Église) que le tiers des
anges y aurait été précipité pour ce seul péché d'orgueil. Péché
mortel évidemment, les anges ne pouvant faire de péché véniel:
c'est la faiblesse de notre nature, à nous, qui permet de minimiser
la gravité de certains de nos péchés, mais la puissance de la nature
des Anges fait qu'ils s'engagent à fond et en voient les
conséquences dans une lumière que nous ne pouvons comprendre!
Voilà comment Dieu réagit pour le premier péché! Imaginons cette
formidable armée de puissances merveilleuses foudroyées par Dieu
pour un seul péché de pensée, de pensée d'orgueil!…
Cependant pourriez-vous dire: Oh, mon Père, tout ça, allez-y voir…
Les Anges, leur problème n'est pas le nôtre! Les Anges des esprits
si puissants, si riches, si éclairés, après tout qu'est-ce que ça peut
nous faire ? Cela ne nous concerne pas…
Oui Messieurs, cela vous concerne: il y a là un péché, une
désobéissance à Dieu. Voyez la réaction qu'elle a provoquée!…
Mais abandonnons les ANGES:
DEUXIÈME POINT:
Faire la même chose, nous dit Saint Ignace, ,,appliquer les trois
facultés de l'âme: mémoire, intelligence, volonté, au péché de nos
premiers parents. Rappeler à la mémoire comment, pour ce péché,
ils firent tant de pénitences, quelle corruption en découla pour le
genre humain, tant de personnes depuis se dirigent vers l'enfer!
Alors, nous rappelant comment Adam, alors au paradis terrestre,
reçut de Dieu une compagne avec la permission de se servir de
toutes les richesses du paradis. Mais Dieu leur avait dit ,,Cet arbre,
là, vous n'y toucherez pas”.
Remarquez qu'Adam et Eve avaient sûrement un code, comme
nous, mais ces commandements leur étaient adaptés et la Bible ne
fait ressortir que celui auquel ils manqueront après… Il y avait ce
commandement-là: ,,Cet arbre-là, je me le réserve, vous n'y
toucherez pas”.
Vous savez qu'un jour, Eve, plus accessible, plus faible, a été prise
à partie par un ange déchu. Remarquez aussi que l'ange déchu ne
peut pas nous obliger à pécher: s'il nous forçait, nous ne serions
plus libres et de ce fait il n'y aurait pas de péché; trop malin pour
forcer la créature, il insinue, il suggère dans sa pensée.
Pour son malheur, Eve a discuté avec lui et a désobéi! ,,Mange du
fruit et tu sauras le bien et le mal, tu sauras tout, tu seras comme
Dieu, tu n'auras plus besoin de Dieu!…”.
Celui qui sait n'a pas besoin de l'autre! Un de vos enfants trafique
avec s bicyclette; vous vous penchez pour l'aider, mais le petit vous
dit: ,,Non, Papa, je sais!”. Cela veut dire: Je n'ai pas besoin de toi, je
sais!…
,,Tu sauras tout, le bien et le mal, tu n'auras plus besoin de Dieu, tu
seras Dieu!”. Alors elle a mangé du fruit défendu et puis elle en a
présenté à son mari. Son mari, lui, n'a pas été trompé, nous précise
saint Paul, il n'a pas été trompé par la chose, mais c'est pour faire
plaisir à sa femme qu'il l'a fait. C'est banal, cela!
Eh bien, pour ce péché banal, Dieu les chasse du paradis! Ils n'y
rentreront plus, c'est fini! Ils ne rentreront plus au paradis terrestre.
Vous mourrez de mort! et avant la mort, la souffrance… et Adam a
commencé à souffrir, la terre était dure: ,,tu gagneras ton pain à la
sueur de ton front” et ,,toi, la femme, tu enfanteras dans la
douleur…”.
Dieu voyait les conséquences de l'acte qu'Il faisait en chassant
l'humanité du paradis, il voyait chaque génération gravissant son
calvaire… finissant à la mort, après tant de souffrances, tant
d'angoisses, tant de larmes! Dieu a vu les conséquences de l'acte
qu'Il faisait en chassant l'humanité du paradis et Il a dit: ,,Dignum et
justum est!”: cela est digne et juste.
Les hommes sur la terre disent que Dieu a exagéré. Dieu ne peut
pas exagérer, mes chers Messieurs, s'Il a fait cela, c'est qu'Il devait
le faire. Oui, c'est ce qui nous apparaît banal qui a déterminé cette
désharmonie de l'humanité.
Adam, donc était pris entre deux amours: l'amour de son Dieu qui
se rappelait à lui par ses exigences et ses commandements et
l'amour de sa femme. Il y a eu un semblant de litige, un faux litige
parce que, s'il avait obéi à Dieu, il n'aurait pas manqué à sa femme!
un faux litige, oui, alors il a dû hésiter devant le risque, il a dû
hésiter un moment entre ces deux amours, puis il a dit à Dieu: ,,Mon
Dieu, on reste bons amis, mais, aujourd'hui, ce n'est pas à vous que
je veux faire plaisir, aujourd'hui, je vais faire plaisir à ma petite
femme!…”.
Ah! Catastrophe!… Parce qu'Adam devait aimer comme ceci- Dieu
d'abord, Dieu premier servi, et puis la femme… C'est là qu'il aurait
fait du bien à sa femme, en gardant l'ordre! Mais lui, il a renversé
l'ordre: d'abord ma femme, d'abord elle, et Dieu après… s'il en
reste; Dieu ? Après! Catastrophe!… Il a détruit la grande loi de
l'amour, il a détruit l'équilibre de l'amour, c'est fini… Il faudra
désormais les souffrances d'un Dieu pour le rétablir, car c'est fini, il
a tout brisé, il a détruit la grande loi de l'amour!
Voyez, il a fait passer sa femme avant Dieu… Cela paraît banal!
Pourquoi ? Parce que, au cours des siècles, des millions d'hommes,
des milliards d'hommes vont recommencer cela pour faire plaisir à
leur femme… ou à une autre… Pour faire plaisir à eux-mêmes sous
le couvert de faire plaisir à leur femme, car c'est son égoïsme
personnel que l'homme recherche le plus souvent, très souvent…
Voilà!
Cependant, Messieurs, vous pourriez dire encore: Oh! Adam et
Eve, tout ça est bien loin: deux êtres créés dans la justice et la
sainteté, deux êtres qui étaient immaculés dans leur conception – et
c'est vrai – ils étaient sortis directement des mains de Dieu, l'un et
l'autre; ils n'avaient pas notre atavisme, ils n'avaient pas hérité d'une
humanité abîmée comme celle que nous recevons en naissant,
fatiguée d'un voyage millénaire où s'accumulent tous les actes, tous
les désordres commis par nos ancêtres et qui se retrouvent dans
notre chair à nous. Alors le problème d'Adam et Eve, quand même
est différent du nôtre!…
Alors Saint Ignace nous met face au troisième point: le seul péché
mortel d'un homme qui mourrait sans être pardonné:
TROISIÈME POINT:
,,De la même manière, utiliser les trois facultés de l'âme sur le cas
particulier d'un homme qui a commis un seul péché mortel et qui est
mort sans qu'il soit pardonné”.
Mes chers Messieurs, nous sommes tous des pécheurs, nous
sommes tous des descendants d'Adam: nous le savons par
expérience et nous savons aussi que nous sommes mortels. Saint
Alphonse de Liguori dit: ,,Il y a un péché pour toi qui sera le
dernier!”. Est-ce que tu auras le temps de demander le pardon ?
Nous sommes pécheurs, mais nous sommes mortels et tous les
jours meurent des gens qui n'ont pas été avertis.
On n'est pas averti! D'après certaines statistiques, un individu sur
cinq meurt subitement. J'ai toujours été étonné de cette forte
proportion et dans les vallées, en Valais notamment, cette
proportion est encore plus forte, à Aoste et en Suisse.
Nous sommes mortels et obligés de descendre du manège sans en
être avertis; et alors, si nous venons de pécher juste avant et que
nous n'ayons pas le temps de nous en repentir ?
Un de nos pères a bien connu à Barcelonne un jeune qui désirait
entrer dans les ordres, vingt ans, très bon, pieux même, de bonne
famille. Ses frères et amis, assez mondains, voulurent le sortir et lui
faire faire une virée avant qu'il entre au noviciat: opérette plus ou
moins propre et quelques danses ensuite dans un cabaret: Il était
un peu inquiet et ne voulait pas y aller.
Mais, viens donc, sois tranquille! tu rentres au noviciat après, tu t'en
confesseras!
Enfin, à force d'insister, ils l'emmenèrent à ces danses, opérette,
promenade. Et il rentra chez lui, à quatre heures du matin, fatigué…
,,Mais qu'as-tu donc ? Tu feras peau neuve là-bas!” Il s'est couché
et il ne s'est jamais réveillé; il avait quelque chose au cœur, on le
savait plus ou moins, cela ne paraissait pas grave, mais il ne s'est
pas réveillé… Où était-il allé ? Je n'en sais rien, mais c'est tout de
même navrant. Et Notre-Seigneur ne nous a pas pris en traître, Lui,
Il nous a dit: ,,J'arriverai comme un voleur”, c'est-à-dire, au moment
où vous y penserez le moins: les voleurs, en général, n'avertissent
pas…
Que nous comprenions, mes chers Messieurs, qu'il nous faut aller
au plus sûr: jamais de péché – être toujours prêt – comprendre que
le péché ça ne se fait pas! que cela ne doit même pas être mis en
discussion! Laisser de côté tout ce qui est de nature à entraîner au
péché: les fausses théories, le respect humain, les slogans, les
illustrés corrompus. Avoir présent à l'esprit ce que mérite le péché,
en voyant comment Dieu a puni le péché des Anges, a puni le
péché de nos premiers parents, a puni le péché d'un homme
quelconque…
Or les sentences que Dieu a portées ne peuvent être que parfaites
et la sentence est équivalente à la gravité de la faute! Nous ne
pouvons pas douter de la bonté de Dieu et de sa justice, puisque
c'est Lui qui a payé! Il a payé en nous donnant son Fils! C'est dire
si le péché est grave, si l'offense faite à Dieu est infinie!…
Tous les malheurs de la terre, toutes les souffrances, toutes les
larmes réunies depuis le paradis terrestre jusqu'à la fin du monde
ne pouvaient pas payer un seul péché, s'il n'y avait eu la mort du
Fils de Dieu qui, elle, ayant un prix infini, a pu apaiser la justice
divine! Si nous voulions mettre cela en formule algébrique,
l'inconnue X (gravité du péché) on pourrait dire: X = les souffrances
du monde… non, ce ne serait pas exact. Il faudrait dire:
X plus grand que toutes les souffrances du monde réunies, sans la
mort du Fils de Dieu!…
Voilà notre méditation, mes chers Messieurs, très virile, très belle et
qui doit nous mettre devant la réalité. C'est la vérité qui délivre et on
doit regarder en face la réalité, les perspectives, les risques aussi…
Sur la route, on doit circuler sans prendre de risques, mais sur la
route de l'éternité non plus il ne faut pas en prendre, et à plus forte
raison car il s'agit là d'un risque effroyable: l'enjeu, c'est votre
éternité!…
Alors, en deux mots, je résume tout cela et vous rappelle le cadre
de votre méditation: Notre âme est dans un corps mortel, dans une
vallée de larmes, au milieu d'animaux privés de raison, des hommes
qui se laissent entraîner par leurs passions. Quelle grâce voudrais-
je obtenir ? Pourquoi, dans ma chambre, vais-je faire cette
méditation ? – mémoire, intelligence, volonté – sur le péché des
anges, sur le péché de nos premiers parents, sur le péché d'un
homme quelconque. Oui… Pourquoi ? … Pour obtenir la grâce
d'avoir honte et confusion de moi-même en pensant combien de fois
j'ai pu commettre le même péché d'orgueil et manquer au plan de
Dieu.
Combien de fois j'ai fait passer les créatures avant mon Dieu,
comme Adam! Combien de fois j'ai accepté l'effroyable risque de
me coucher après avoir commis un péché grave! Combien de fois ?
Honte et confusion! Qu'est-ce qui aurait pu m'arriver!
Alors, quand sonneront les petits coups doubles, dans vingt ou
vingt-cinq minutes, n'oubliez pas non plus, je vous le conseille
fortement, d'écrire vos principales réflexions. Faites vos méditations
dans une semi-obscurité, tant qu'on le peut, car cette belle lumière
de printemps pousse à la joie évidemment. Pendant la première
semaine d'exercices, supprimez cette clarté en fermant vos volets, il
est ainsi plus facile de méditer. D'ailleurs celle-ci est simple, vous
n'avez même pas besoin du livre, je vous l'ai assez expliquée.
Alors, aux coups doubles, en faisant un peu de clarté, vous ferez le
colloque page 330. Je vous l'ai déjà dit, le colloque est une prière
plus intime avec Notre-Seigneur ou avec Dieu le Père, ou avec le
Saint-Esprit, ou avec la Très Sainte Vierge parfois. Le colloque est
au milieu de la page et vous le faites comme un ami qui parle à son
ami ou comme un serviteur à son Seigneur, à qui vous voulez
communiquer vos problèmes et solliciter ses grâces.
Le colloque sera d'imaginer Notre-Seigneur en Croix, là, devant
moi, et je Lui demanderai pourquoi Il a accepté de quitter sa vie
éternelle pour venir dans une vie temporelle souffrir et mourir pour
moi, pour mes péchés ? Et puis je me regarderai moi-même, je me
demanderai: ,,Qu'ai-je fait pour Jésus-Christ, pour vous, Seigneur,
pour répondre à votre appel, à votre amour ?…
Je lui demanderai aussi ce que je fais pour Lui et enfin ce que je
devrai faire dorénavant pour le Christ , Lui qui m'a sauvé et qui
m'offre sa grâce!… Et en le voyant en cet état, crucifié sur la Croix,
je raisonnerai ce qui s'offrira à mon esprit.
Pour parler à Notre-Seigneur, je pense que vous avez tous un
crucifix dans votre chambre; vous ferez cela à genoux, pour ceux
qui le peuvent bien entendu. Et vous terminerez par un "Notre Père"
bien fervent et aussitôt après, votre carnet habituel, et avec la page
337, vous ferez un peu d'examen et prendrez quelques notes.
Allez dans vos chambres, Courage!
Mémoire – Intelligence – Volonté!
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Rappel des points (le matin, avant la Messe)
Il consiste en un résumé de l'exposé précédent. Après la méditation
proprement dite, le père conclut:
COLLOQUE
Tombons à genoux pour faire notre colloque au pied du Crucifix
ensanglanté!… Si nous avons commis ces fautes, et peut-être
combien de fois, tout espoir est-il perdu ? Sachons qu'il n'y a pas de
plus grand malheur que de ne pas vouloir revenir à Dieu.
Mais nous voulons nous convertir:
Regardons Celui qui est Dieu, le Créateur, cloué sur la Croix. Il a
pris une nature humaine, un corps et une âme pour pouvoir souffrir
et c'est Lui qui a payé, donnant à sa Passion un prix infini, car Il est
vraiment Dieu et Il a payé pour nous.
Il nous tend les bras, regardez-le: Il nous dit à tous: ,,Reviens à moi,
aie confiance. Tu as peut-être mérité d'être éternellement
condamné, malheureux! Reviens! J'ai payé pour toi! Mais reviens
loyalement; reviens décidé à ne plus jamais remettre en question
cela, décidé à ne plus te détourner de Dieu. Reviens à moi et tu
vivras, aie courage, crois-moi, Je t'aiderai, Je te soutiendrai, Je veux
que tu reviennes à Moi!
Malheureux! si la mort te surprenait dans le péché mortel, cela
serait trop tard… Reviens à moi et tu vivras”.
Oh! Jésus, oui, je reviens à vous, je vous demande pardon d'avoir
fait tant de fois cette folie du péché, cette monstruosité du péché. O
ma bonne Mère, refuge des pécheurs, daignez intercéder pour moi
auprès de votre divin Fils. Daignez offrir Son sang d'un prix infini,
Ses saintes plaies très cruelles, Sa couronne d'épines, Sa
flagellation pour mes péchés. Daignez l'offrir pour moi qui suis votre
enfant, moi qui me consacre à vous: O Cœur Immaculé et
douloureux de Marie, daignez venir à mon secours, intercédez
auprès de Jésus crucifié, promettez-lui de ma part, dites-lui que je
veux à l'avenir l'aimer et ne plus jamais l'offenser; qu'avec sa grâce
je suis prêt à mourir plutôt que de mettre en discussion cette folie,
cette monstruosité, cette méchanceté qu'est le péché; à fuir toute
cette quincaillerie du monde où tout essaie de me séduire; je suis
décidé, ô ma bonne mère à ne plus pécher. Daignez m'aider pour
cela.
Père Éternel, par les mains très pures de ma Mère Immaculée, je
vous offre les saintes plaies de votre divin Fils. Vous ne pouvez pas
me les refuser, elles sont d'un prix infini! Daignez me pardonner,
daignez m'accorder la grâce de la persévérance et de mourir plutôt
que de pécher.
Ensemble:
,,Notre Père qui êtes aux Cieux… etc. AMEN
En attendant la messe, continuez ce colloque. Écoutez ce que
Jésus vous dit au fond du cœur.
-+-+-+-+-
PÉCHÉ - Deuxième exercice
Mes chers Messieurs, avec notre guide Saint Ignace, nous vous
avons rappelé la vision catholique des choses, la seule réelle, la
seule vraie. De même que deux et deux font quatre et que les
réponses qui s'en écartent: deux et deux font trois, deux et deux
font cinq, deux et deux font mille… sont fausses, de même les
réponses qui s'écartent de cette vision catholique des choses
s'écartent de la vérité!
Dans les méditations précédentes, Saint Ignace vous a mis en face
de cette réalité et il vous a demandé ce que vous faisiez ici-bas… Il
y a quelques décades, personne ne parlait de vous; votre mère,
quand elle vous portait, ne savait pas qui vous seriez! Votre mère,
comme votre père, n'ont été que des instruments. Eux-mêmes sont
passés par là et son arrivés par le même moyen, admirable
d'ailleurs: la famille!
L'homme est créé pour quoi ? – Pour gagner du "fric" comme ont dit
dans certains milieux, ou du "flouse" ou du "pognon" ? Quoi! C'est
ça la vie ?… Ah non, Messieurs, vous n'êtes pas là pour ça! Il faut
en gagner, bien sûr et vivre à la sueur de votre front, mais vous
n'êtes pas sur la terre pour ça! Vous êtes sur la terre pour accepter
les modalités que l'Ingénieur en chef a édictées lorsqu'il a bâti le
monde: vous êtes là pour louer, honorer, et servir Dieu et, en faisant
cela, sauver votre âme…
Saint Ignace vous a aussi rappelé qu'il y a un plan préétabli: un plan
est toujours préparé à l'avance. On veut faire un immeuble, il faut
d'abord faire appel à un architecte, puis il y a des études, des
travaux préliminaires. On fait un barrage, grand ou petit, c'est pareil.
Si on fait une nouvelle route ou une nouvelle ligne de chemin de fer,
il y a toujours des travaux qui précèdent afin d'établir un plan, dans
l'ensemble et dans le détail. Et puis ensuite, il faut suivre ce plan.
Dans ce qui nous occupe, c'est identique. L'Ingénieur en chef qui a
fait le monde, que l'on considère celui-ci sous n'importe quel aspect,
qu'il soit nucléaire, astronomique, ou empruntant tous les aspects
que nous découvrent les sciences humaines, lesquelles d'ailleurs ne
font que retrouver le plan original dans sa matérialité, on voit bien
que c'est un joli travail, du travail ordonné, fini! Nous sommes là
pour accepter les modalités de ce plan qui a un but.
Quel but ?
Dieu est Amour, dit Saint Jean, et Dieu, dans l'infini de son amour, a
voulu que nous puissions jouir de Lui pendant l'éternité et son plan
n'a d'autre but que de nous y faire parvenir.
Et ce plan préétabli (rappelons-nous que tout plana est préparé
d'avance et que la construction d'une simple baraque par un paysan
exige qu'il en ait d'abord le plan dans la tête, dans son intelligence,
sinon elle ne sera jamais dans la réalité) Dieu l'a donc préparé, ce
plan. C'est pourquoi l'on dit communément que c'est de toute
éternité que Dieu a pensé cela, a eu son dessein et puis, un jour
dans le temps, Il l'a réalisé avec toutes les admirables choses que
les sciences modernes retrouvent: vraiment admirables! On y voit
un ordre, un ordre relatif mais parfait. Oui, il y a un plan préétabli et
Dieu, par ce plan, a imposé une perfection relative aux êtres non
libres, aux choses qui nous entourent et qui atteignent cette
perfection lorsqu'elles sont dans l'habitat voulu parce qu'elles
obéissent à ce plan. Mais elles n'ont aucun mérite à cela
puisqu'elles ne sont pas libres.
Mais nous, nous sommes libres… Et ce plan ne nous laisse pas
libres pour que nous abusions de notre liberté, non! Il nous laisse
libres pour pouvoir acquérir des mérites et atteindre cette perfection.
Nous devons rechercher, mériter cette perfection, c'est-à-dire
devenir des êtres qui acceptent parfaitement toutes les modalités du
plan… pour être des saints comme Dieu le veut.
L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu et, en faisant
cela, sauver son âme. Et les choses qui nous entourent, nous
devons nous en servir autant qu'elles nous permettent de réaliser ce
plan d'amour, pas plus.
Mes chers Messieurs, comprenons bien cela: que le plan est
préétabli. Les commandements de Dieu nous le rappellent et depuis
deux mille ans l'Église le fait aussi (et même les lois civiles quand
elles sont un dictamen de la raison) car si pour l'essentiel rien ne
change, l'Église peut avoir à édicter des formules nouvelles
imposées par les évolutions successives du monde et des divers
peuples, par une humanité de plus en plus grande et de plus en
plus modernisée dans ses attributions et ses occupations, mais tout
cela dans le respect absolu des normes qui reviennent toutes au
plan de DIEU.
La sainteté nous est donc offerte mes chers Messieurs, mais encore
une fois, elle sollicite de nous une collaboration pleine et entière au
plan de Dieu. Et nous l'aurons si nous le méritons!… Mais si nous
ne la méritons pas, nous ne l'aurons pas!…
Et oui! c'est qu'étant libres, nous pouvons abuser de notre liberté,
évidemment! Nous pouvons refuser cette collaboration d'une
manière radicale, comme font ceux qui nient l'Ingénieur en chef et
son plan. Je m'excuse, Messieurs, pour les nouveaux venus dont je
ne connais pas les idées, mais je suis obligé de vous parler
franchement!
Que dit l'Écriture Sainte ? (et moi, je crois à l'Écriture) ,,Le nombre
de fous sur terre, on ne peut pas le compter!”.
Et quels sont les fous ?
,,Seul l'insensé a dit dans son cœur: il n'y a pas de Dieu!”.
L'insensé, c'est-à-dire celui qui a perdu le sens de la vie.
Imaginez quelqu'un qui, sur une autoroute perdrait le sens et
marcherait à l'envers! Ce serait du joli!… et il n'irait pas loin
d'ailleurs! Il y a un mois, sur l'autostrade Genève-Lausanne, une
voiture, dans une embardée, a coupé la ligne de ceux qui passaient
de l'autre côté: cinq morts… et ça a été vite fait!… Ca ne pardonne
pas si quelqu'un perd le sens de la route!
Pour les avions aussi, au-dessus de certains aérodromes, New-
York, Orly, Tempelhof ou ailleurs, il faut obéir: et l'altitude, et la
vitesse, et la piste, etc.… Il faut obéir… vous avez parfois une
douzaine d'avions au-dessus, dans le brouillard! Il faut obéir…
L'avion qui perd son contrôle parce que ses appareils ne marchent
pas bien, devient un danger effroyable, là, en l'air, au-dessus des
grands aérodromes!… De même, un homme qui devient "insensé"
est un danger, non seulement pour lui, mais pour les autres aussi…
Comme sur la route! Ce n'est pas moi qui le dit: c'est l'Écriture!
,,Insensé celui qui dit dans son cœur: Il n'y a pas de Dieu!”.
Insensé, car il a perdu la compréhension même de la vie, il ne sait
plus diriger sa vie, il ne sait plus où il va!
Oui, alors les choses, les autres choses sont là pour nous aider; ce
sont des moyens, nous devons les prendre "autant que". D'abord on
prend le bon train, on ne prend pas n'importe lequel et puis, ce bon
train, on le prend "autant que": au but, on descend! Voilà! Si nous
nous servons de notre liberté pour faire nos caprices, comme sur la
route, c'est très grave… très grave! C'est une question de logique
cela! Voyez mon argument: si, sur la terre, pour des choses
purement matérielles, un homme insensé qui veut faire ses
caprices: à l'usine, il ne veut pas obéir, au barrage, il veut faire à
son idée, dans le chemin de fer, sur une belle locomotive, ,,les feux
rouges, moi je m'en balance!” … – mais ils deviennent des dangers
ces gens-là!… Sur la route ils récriminent contre le code et traitent
de "poison" l'ingénieur qui l'a conçu, ou enfreignent les prescriptions
qu'il édicte en pressant sur le champignon sous prétexte qu'ils ont
une puissante voiture! Imaginez, mes chers Messieurs! – Alors, dis-
je, si pour les choses matérielles les conséquences sont terribles,
que sera-ce sur le plan spirituel ?…
Vous savez que les théologiens ont un mot pour exprimer cela: ils
appellent ce geste de l'homme qui veut faire ses caprices, ce geste
de l'homme qui fait passer les créatures, les autres choses, avant
Dieu, ce geste qui refuse de se soumettre au plan: ils l'appellent
"PECCATUM", le péché.
Alors se pose un problème: est-ce grave, le péché ?
Pourquoi y a-t-il un problème là, alors qu'il ne devrait pas y en
avoir ? C'est pourtant logique: si dans les contingences terrestres
c'est grave de faire ses caprices, de ne pas se soumettre aux lois
de la physique, de la chimie, aux lois de la biologie, aux lois de
l'électronique et des autres techniques, – car nous devons nous
soumettre, les hommes, à ce plan naturel – si sur ce plan-là déjà la
désobéissance amène des catastrophes, imaginez donc sur le plan
spirituel, pour l'essentiel, sur le plan de l'esprit, sur le plan de Dieu,
d'où dépend notre éternité!
Par simple logique, nous devrions déduire qu'il ne devrait pas y
avoir de problème! Mais voilà: il y a beaucoup d'insensés sur la
terre… des gens qui ont perdu le sens et qui veulent le faire perdre
aux autres; des gens qui marchent sur la tête et qui prétendent que
tout le monde doit faire pareil et marcher sur la tête! C'est pour cela
qu'il y a un problème.
Il y a un problème parce que les gens disent: ,,Il n'y a pas de
péché!” – ,,La notion de péché, au vingtième siècle est
((impensable))
((fin de la page 60))

((page 61 ss))

impensable”, écrivent Sartre… et les autres. ,,Du moment qu'il n'y a


pas de Dieu, il n'y a pas de péché!”. – A ce point de vue là, il aurait
raison, étant parti du faux principe qu'il n'y a pas de Dieu; il
continuait: ,,Et s'il n'y a pas de Dieu, il n'y a plus de morale!”. Là
aussi, il aurait raison, mais pourquoi les philosophes du dix-
neuvième siècle qui avaient supprimé Dieu nous disaient-ils: ,,Ah!
mais ça continue quand même, la morale! Il faut continuer à
convoler en justes noces… Il faut continuer à faire des enfants… Il
faut continuer à ne pas trop embêter ses voisins!…”.
Mais de qui se moque-t-on ? … Non, Monsieur, il ne faut plus
continuer, dans ce cas. S'il n'y a plus de Dieu, moi, Monsieur, je fais
ce qui me plaît. Pourquoi garder une morale à ce moment-là ?
Pourquoi y aurait-il deux règles ? Pourquoi faudrait-il que je
respecte le voisin ? Moi je m'en … fiche du voisin!
On nous dit encore, après avoir rejeté Dieu (mais pas les devoirs
envers le voisin), que le singe est notre arrière-grand-père… Alors,
si je comprends bien, lui qui est plus démuni que mon voisin, voilà
que j'aurais des devoirs aussi envers le singe ? … Histoire à dormir
debout! S'il n'y a pas de Dieu, encore une fois, tout ce qui est
possible est permis…
Les sophistes grecs l'avaient remarqué comme un philosophe
allemand: ,,S'il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de morale…”.
Eh oui! problème: Le péché, est-ce grave ou non ?
Dans la méditation précédente, notre guide Saint Ignace nous a fait
voir les réactions divines. Devant un problème, c'est un geste très
humain: quand un enfant se trouve devant un cas embarrassant, il
regarde ses parents pour voir leur réaction. Vous avez fait pareil.
Qu'est-ce qu'il faut penser du péché ? … Vous avez regardé ce que
fait le Père. Un père de la terre pourrait se tromper, mais Celui-là ne
peut pas se tromper et vous avez vu ses réactions ? … Des anges
qui ont dit "non"! ,,Non serviam!” dans un cas pareil on n'obéit pas,
on ne peut pas obéir! Remarquez qu'ils ont pu mettre en avant un
motif très noble: l'honneur de Dieu: ,,pour l'honneur de Dieu, nous
ne pouvons pas!”. Mais le vrai motif était l'orgueil! Vous avez vu la
réaction de Dieu devant cette autonomie déclarée par les
anges ? …
Cependant, nous pourrions échapper à ce spectacle terrible de
milliards d'anges semble-t-il, d'intelligences merveilleuses qui
tombent en enfer, alors Saint Ignace nous dit: ,,regardez maintenant
vos premiers parents”. C'est eux qui ont commencé l'aventure
humaine les premiers. Un jour Adam, qui devait avoir au cœur deux
amours: il devait aimer son Dieu, il devait aimer sa femme aussi –
s'il y a eu une femme belle sur la terre, ce dût être celle-là, sortie
immaculée des mains de Dieu, la première Eve – il devait y avoir
deux amours; mais un jour, il y eut un litige entre ces deux amours.
Adam a dû hésiter un moment, il était trop intelligent pour ne pas
voir la gravité de son acte, puis il a dit: ,,Seigneur, Seigneur, on
reste bons amis, mais aujourd'hui, c'est à ma petite femme que je
vais faire plaisir… Eve d'abord, vous ensuite… s'il en reste!”.
C'est le péché, ça, voyez: dans les deux amours, Dieu, et sa femme
au-dessus. Adam a renversé l'ordre: madame d'abord et puis Dieu
après. Il a tout défait. C'est fini, et pour réparer cette coupure, il
faudra tout le sang d'un Dieu fait homme, il faudra toutes les
souffrances du Christ, et il faut en ce moment quatre cent mille
messes par jour pour nous ramener à son plan depuis cette casse-
là, depuis cette fracture, depuis ce renversement…
Mais vous pourriez dire encore: Oh! ça s'est cassé, c'est entendu,
mais avec le temps, les réflexes s'émoussent… Alors Saint Ignace
vous a précisé: Un homme qui paraît ce jour devant le Seigneur,
avec un seul… un seul… un seul péché mortel non pardonné: la
réaction divine est la même: ,,Allez, va-t-en… tu n'as pas voulu
m'écouter, va-t-en!…
Voilà, nous continuons notre étude sur un sujet pénible, mais elle
est salutaire… Voyez à la page 358 de votre livre, deuxième
exercice. C'est la méditation des péchés. Elle renferme, après
l'oraison préparatoire deux préambules, cinq points et un colloque.
Je vais vous expliquer cela rapidement, les anciens le savent, les
autres non. Alors rappelez-vous ces points et vous irez dans vos
chambres continuer le bon travail de réflexion en vous servant de la
mémoire pour essayer de vous rappeler, de votre intelligence pour
appliquer ces données à vos problèmes à vous et enfin de votre
volonté pour en tirer des conclusions pratiques pour votre vie.
Ces conséquences pratiques, vous ne pouvez les réaliser ici
d'ailleurs, mais vous les réaliserez lorsque vous serez revenus dans
vos milieux dans quelques jours, sous la forme de résolutions,
résolutions qui devront se prendre et se préciser au cours des cinq
jours.
Si vous étiez capables de prendre des résolutions pratiques dès le
début, vous n'auriez plus besoin de nous, n'est-ce pas ? Donc vos
résolutions ne doivent avoir pour le moment qu'un caractère
général.
Dès que vous êtes distraits dans votre méditation, recommencez:
mémoire, intelligence, volonté! un peu comme la ménagère du
siècle dernier qui travaillait encore au rouet avec des morceaux de
laine: mettait au rouet, hop, ça casse… on recommence. Hop, ça
casse… on recommence… Vous faites de même, dès que le fil de
la méditation est cassé, recommencez… Mais avec calme quand
même, en y mettant tout votre cœur et toute votre bonne volonté!
Vous verrez, le Bon Dieu ne sera pas sourd s'il en est bien ainsi!
Premier Préambule:
La même composition de lieu que dans l'exercice précédent. Nous
reprenons donc ce cadre tragique qui nous rappelle le péché, la
mort, les douleurs de la terre et l'imbécillité des hommes lorsqu'ils
se laissent entraîner par leurs passions. Il y en a sept, vous le
savez, qui nous poussent à manquer au plan de Dieu, toutes…
toutes… les sept passions capitales!
Deuxième Préambule:
Que voudrais-je obtenir en faisant ces réflexions ? Eh bien, ici, je
demanderai une forte et intense contrition pour toutes les fois où j'ai
manqué à ce plan, où j'ai manqué au code de la route de l'éternité,
où j'ai fait des folies, et je demanderai des larmes pour cela.
Demandez-le, moi je ne peux pas vous donner les larmes! Alors, en
allant dans votre chambre, demandez déjà cette grâce d'avoir une
ferme et intense contrition et des larmes!
L'âme reçoit la grâce de la componction quand elle a compris la
gravité du péché… Si vous voulez être admis par Dieu à une union
d'amour intime, il faut commencer par pleurer, sinon de vos yeux,
du moins de votre cœur, vos péchés. Ceux qui veulent parler
d'amour sans parler du péché, Saint Augustin dit d'eux ,,qu'ils ne
savent pas de quoi ils parlent”.
Le péché est juste le contraire de l'amour et si nous voulons que
Dieu nous octroie des grâces de prédilection et d'amour qu'on
appelle componction, il faut que nous fassions effort pour
comprendre la gravité de nos péchés, pour pleurer nos péchés.
Puis je vous expliquerai les cinq points de votre méditation.
Messieurs, vous n'êtes pas obligés de voir les cinq points dans
l'exercice. Saint François de Sales, qui était un fils spirituel de Saint
Ignace et se réclamait par ailleurs de cette filiation, nous donne une
belle image pour nous faire comprendre cela. Il nous dit: ,,Regardez
un petit veau qui tette sa mère: le petit veau a quatre tétines à sa
disposition; alors il e prend une, tire, tette… sans succès. Ah! le lait
ne vient pas! Il passe à l'autre, toujours rien; passe de l'autre côté,
s'impatiente, donne un coup de tête à la mamelle et tire encore.
Mais dès que le lait arrive, il cesse d'être impatient… il boit… il boit
la vie. Il ne va pas chercher ailleurs pour voir si c'est meilleur, non, il
boit…
Eh bien, de même dans ce qui nous occupe, vous avez à votre
disposition cinq tétines… pardon cinq points, si vous trouvez à
pleurer vos péchés, la compréhension et la grâce au premier point,
abandonnez les autres: règle générale, voyez! Si le premier ne vous
fait pas obtenir ce regret, passez au second point, puis au troisième,
etc… Saint Ignace le dit dans sa règle: ,,Si vous trouvez la grâce de
pleurer vos péchés à un point, abandonnez les points suivants”.
Premier point:
,,Je ferai le procès de mon passé. Je me rappellerai par la mémoire
les péchés de ma vie, la regardant d'année en année, d'époque en
époque. Là, trois choses me seront profitables: regarder les lieux et
les maisons où j'ai habité, les relations que j'ai eues avec d'autres
personnes, les endroits où j'ai vécu”.
Mes chers Messieurs, dans les vingt-cinq minutes de votre
méditation, vous n'aurez pas beaucoup la possibilité de voir tout
votre passé dans le détail, mais il ne s'agit pas de cela d'ailleurs.
Vous avez pu remarquer, dans le parc, un bassin qu'on appelle le
lac. L'eau y est très limpide, c'est une eau de source qui vient de
très loin grâce à des souterrains recouverts. Lorsqu'il faut beau
temps, l'eau très transparente laisse voir quelques truites. Mais il y a
des arbres avec des dépôts de feuilles mortes et pourries en
certains endroits et lorsqu'on s'amuse à remuer un peu le fond avec
un bâton, l'eau est polluée, troublée de milliers de petits points
noirs…
Eh bien! c'est ce qu'il faut faire, voyez… chacun de vous va remuer
le fond de sa conscience en se rappelant les endroits où il a habité
étant tout petit d'abord, voir le grouillement du passé, les relations
avec les voisins, voisines, etc.
Plus tard, les responsabilités acceptées dans la vie, pour ceux
d'entre vous qui en ont eues déjà, voyez, se servir de votre mémoire
pour regarder ce grouillement. Ces multiples points noirs, ce sont
des péchés mortels ou d'autres qui sont un peu moins grands mais
qui sont des péchés quand même…
Jean-Jacques Rousseau, le grand Genevois, comme on l'appelle
parfois, un utopiste… il avait une belle plume et c'est tout! avec la
tête un peu tordue, le pauvre! il a dit que les enfants naissaient
bons… Et dans ses livres, il nie le péché originel et ses suites: les
enfants naissent bons, voilà!… Le plan de Dieu tel que l'Église nous
le rappelle, lui ne l'accepte pas dès le départ. C'est pourquoi je dis
qu'il est un peu tordu, même beaucoup!… Et selon lui, ces enfants
qui naissent bons, c'est la société qui les abîme après! Mais
Rousseau qui a eu plusieurs enfants, de femmes différentes
d'ailleurs, comme ces enfants le gênaient, ce grand philanthrope les
mettait à l'assistance publique… donc il ne pouvait pas savoir
comment cela se passait! Mais n'importe quel père de famille sait si
les enfants naissent bons!…
J'ai appris beaucoup de choses, un jour, dans un jardin d'enfants.
Un salle très aérée, un peu moins grande que celle-ci.! il y avait là
une trentaine de petits hommes et de petites femmes de trois à six
ans. Heureusement il y avait une jeune assistante pour les
surveiller, car à certains moments on surprenait comme un
commencement d'émeute, de petites révolutions, et toujours pour
les mêmes motifs que ceux qui divisent les hommes: il y avait des
tas de sable et des jouets, alors c'était des bagarres pour les tas de
sable; on s'égratignait par-ci, on se tirait par-là… Et des bagarres
aussi pour la possession des automobiles et des avions. Il y avait
des bagarres pour la possession d'images et des bagarres pour la
possession de poupées et de poupons… Tout comme les
hommes… comme les hommes!…
Lorsque je parcours le vaste monde, j'ai toujours cette impression
du jardin d'enfants qui me revient… Oui, dans ce monde qui est un
grand jardin d'enfants et où se trouvent des millions et des millions
de gamins de vingt ans, de trente ans, de soixante ans même qui se
battent… et pourquoi ? pour des espèces de tas de sable aussi; et
si dans le sable il y a du pétrole, la bagarre est encore plus terrible.
Il y a des bagarres aussi pour des jouets…
Comme Saint Bernard le disait, ,,les enfants ont des jouets à leur
grandeur, mais les hommes, ils ont des jouets un peu plus gros”.....
Des jouets qui nous rendent service, je le sais bien, mais pour
lesquels on se bat… Les hommes se bagarrent aussi pour des
images, des images sales où il paraît qu'il y a des millions de
microbes, mais où il y a des chiffres aussi: 100 francs 500 francs…
On aime beaucoup ces images-là. Et puis les hommes se bagarrent
aussi pour des poupées et pour des poupons… Je n'insiste pas!…
Le grand jardin d'enfants!
Alors, rappelez-vous, tout petit, là, à l'ouverture de la raison, j'avais
affaire à mes petits frères, mes petites sœurs, mes camarades; déjà
je sentais en moi le grouillement des sept vipères, comme on les a
appelées: L'ORGUEIL… MOI!
Souvent, cela arrive comme ça dans les familles: le petit de six ans
reçoit une tape de sa sœur qui est plus grande. Il tombe, se relève
et pour se rappeler, pour échapper au complexe, s'en va frapper sa
sœur… celle qui est plus petite… Alors elle pleure un peu, se
relève, et à son tour, va donner une gifle au frère qui est encore
plus petit. Il en est toujours ainsi: ça descend! Ah oui! les enfants
naissent bons! Et même les meilleurs, Hein!
L'orgueil, l'avarice, l'égoïsme… il y a combien de petits Hitler qui
sommeillent dans le cœur des enfants!…
Puis, un peu plus grands, comme une recherche de certaines
choses mystérieuses, on savait que c'était malhonnête, on se
cachait, n'est-ce pas ?
La gourmandise, la colère, la paresse… Il y en a qui prennent des
colères folles, à en mourir… Oui, puis j'ai grandi… à l'école j'avais
affaire à de petits camarades et un jour, quel âge avais-je, dix ans,
onze ans ? un camarade m'a expliqué certaines choses… il m'a
initié… et il y a eu une recrudescence de certains péchés
mystérieux!… Je n'aurais jamais osé faire ça devant ma mère!… Je
me cachais, je comprenais bien que c'était mal! bien sûr que l'on
comprend quand c'est mal. Il n'y a pas besoin de faire des études
pour comprendre que c'est péché!
Voyez, mes chers Messieurs, la nature humaine, elle est bien
faite… on sait très bien que ce n'est pas bien de voler… de… oui!
même les petits le savent. Rappelons-nous, la puberté…
quelquefois le premier vol, les mensonges… ça marche ensemble
le vol et le mensonge! Eh oui, nécessairement! Quelquefois, vers
l'âge de treize ans, on vole pour s'acheter des cigarettes, on croit
que, pour être un homme, il faut faire de la fumée! on n'est pas un
homme si on ne fait pas de la fumée… Et puis, le même
bonhomme, à trente-cinq ans, vous dit: ,,Je suis un homme, je ne
fume plus!”.
Drôle de bonhomme, cet homme, quand même! A treize ans il fume
pour être un homme et à trente-cinq il ne fume plus pour paraître un
homme!
Oh, je ne dis pas qu'il ne faille pas fumer, je le comprends très bien,
et le soldat, à quoi passerait-il son temps ? Mais enfin, quand on
pense qu'en 1962, un spécialiste de la régie des tabacs de Paris
m'a fourni ces chiffres: les Français, chaque année, dépensent 360
milliards d'anciens francs pour fumer. Un milliard par jour s'en va en
fumée!
La même année, il a été donné seulement 25 milliards, soit dix fois
moins, pour l'ensemble des missionnaires du monde entier, pas de
la France, non du monde!
Je veux dire par là que de temps en temps on pourrait penser un
peu à ça, à ces missionnaires qui sont freinés dans leur travail
parce qu'ils auraient besoin d'un bulldozer, par exemple, c'est un
rêve qu'ils ne pourront jamais réaliser, ou plus simplement d'une
jeep qui leur rendrait des services énormes… Et le Français, lui,
préfère s'attarder à faire de la fumée… on commence à dix ans à
faire de la fumée!
Puis, en revoyant ma vie, je suis allé faire un tour du côté de la ville
pour voir certaines choses… On ne voulait pas me laisser entrer…
J'ai failli même avoir un coup de pied au derrière pour cela, parce
que je voulais entrer… Mais quand j'ai eu l'âge… il a fallu que j'y
entre… parce que je suis un homme… moi! Moi! Là aussi est le mal
moderne, pour l'âme et le corps… Et qu'on ne vienne pas nous
raconter des histoires pour vouloir défendre cela!… Oui, seize ans,
dix-sept ans, l'âge ingrat…
J'ai pu faire quelques études, moi, en tout cas plus que mes
parents, alors, à la maison, on veut jouer au professeur, on se croit
un petit quelqu'un… la vanité… bête!… devant les autres on croyait
tout savoir, et encore toujours les sept vipères qui s'agitaient: la
gourmandise… la paresse… tout ça pallié par des mensonges,
coloré d'intentions fausses, tout un domaine d'hypocrisie
grandissant avec l'âge.
Voyez… essayez de voir clair là-dedans! dans ce grouillement…
Puis la caserne… la caserne, mes chers Messieurs, qui est un
désastre pour certaines âmes plus ou moins conservées jusque
là… le déracinement…
Et puis, ces choses pénibles dans les récents événements,
l'Indochine, l'Algérie, toutes ces promiscuités… Puis, plus tard, j'ai
accepté des responsabilités familiales – les règles du mariage: il y a
beaucoup de gens maintenant qui s'en croient dispensés et ils
pèchent parfois très gravement parce que, même par simple
réflexion, on peut comprendre que notre activité conjugale ne peut
être laissée au caprice des époux! C'est une question de logique!
On (peut) mettre beaucoup de sauce sur ce sujet, même dans les
revues dites catholiques, le problème est toujours le même! Oui, le
Pape a dit que la science cherchait pour l'avenir, mais il n'y a rien
de changé dans la morale, et la morale ne changera pas, quoiqu'en
disent certains organes de presse plus ou moins fous! Sachez qu'il
y a pas mal d'écrivains un peu tordus qui écrivent dans les
journaux…
Puis, voyez aussi dans les affaires, dans les "business" comme on
dit maintenant, les affaires… TOUT … TOUT … TOUT … est régi.
Toute l'activité humaine est régie par les principes… la justice, par
exemple. etc…
Vous pouvez, n'est-il pas vrai trouver beaucoup de choses dans ce
premier point.
Deuxième point:
,,Peser nos péchés, regardant la laideur et la malice que chaque
péché commis renferme en soi, même s'il n'était pas défendu”.
Mes chers Messieurs, le péché est un acte irrationnel; c'est un acte
passionnel, donc l'homme, qui est un être raisonnable, ne doit pas
faire de péché, même en dehors de toute religion. Les païens
savent qu'il ne faut pas être orgueilleux, qu'il ne faut pas voler, qu'il
ne faut pas prendre la femme du voisin, qu'il ne faut pas être
paresseux, qu'il ne faut pas s'adonner à la boisson; ils le savent
cela, pourquoi ? Parce que raisonnables, eux comme nous! Ils le
savent, les païens, en dehors de toute religion. Sur le plan
simplement humain, il est irrationnel de se laisser entraîner par les
passions et si Dieu nous a donné la liberté et la raison, c'est pour
que nous puissions recevoir de Lui sa grâce, mais chaque fois que
nous quittons ce domaine du raisonnable, du rationnel, nous
échappons à la grâce de Dieu, nous ne pouvons plus recevoir les
grâces de Dieu, c'est facile à comprendre.
Prenons un homme pris de boisson: Il y a quelque temps, je me
rendais de Bordeaux à La Rochelle. Dans le compartiment voisin
est monté un vieux légionnaire – il était saoul, le pauvre! – alors, il
s'est mis à côté de moi pour me raconter ses histoires… Qu'y faire ?
On ne peut rien pour ces gens-là, ils ne font que vous faire perdre le
temps… Pourquoi ? Mais parce qu'ils ont quitté le rationnel! On ne
peut rien faire pour eux si ce n'est de les empêcher de tomber et de
se casser la tête, mais pour le reste, non! Alors, je l'ai pris par les
épaules, je l'ai ramené à son compartiment et j'ai refermé la porte
sur lui pour qu'il me laisse tranquille!
Oui, les passions font quitter le domaine du rationnel et, par le fait
même, les grâces de Dieu ne peuvent plus nous atteindre et c'est
grave cela! et chaque fois que nous faisons un péché, en nous
laissant entraîner, nous quittons le rationnel. Le bonhomme qui
avait son compte reviendra de sa soulographie, du moins, je le
pense, mais celui qui est orgueilleux, quand reviendra-t-il de son
orgueil ? Ah! Alors vous comprenez le danger de l'orgueil ? …
Le péché est une chose irrationnelle, même si le Bon Dieu ne s'en
occupait pas! Que nous comprenions cela, de ne pas nous laisser
entraîner. Je parle de l'orgueil, mais toutes les passions peuvent
nous amener à quitter le rationnel…
Voilà un homme qui a trois enfants, même de beaux enfants, mais
ce sont les voisins qui s'en occupent et leur mère quand son travail
le lui permet. Lui, il est incapable de s'en occuper, pourquoi ? parce
que presque tous les soirs il rentre éméché; puis il a une façon à lui
de dire bonjour à sa femme, surtout le samedi soir… il a une drôle
de façon de lui montrer son amour! … Mais ce n'est pas normal,
cela! Pourquoi scandalise-t-il ses enfants, ses voisins, se rend-il
malade lui-même ? Il désespère sa femme, il perd son Dieu, il perd
sa nature humaine, il perd son argent, pourquoi ? Parce que c'est
bon, là… sur deux centimètres! Voilà! … C'est lui-même qui se rend
malade, mais à cause de ces deux centimètres, il sacrifie sa femme,
sa santé, sa raison, sa réputation… tout… tout… tout…
C'est pareil pour toutes les passions, mes chers Messieurs, la
luxure aussi, on appelle ça l'amour! Pardons, gardons le mot amour
pour des choses plus propres, je vous en prie! Tous nos films, nos
magazines, sont remplis de cette pourriture! Ce n'est pas de l'amour
cela, c'est de la luxure… Laissons aux choses leur caractère et
l'expression pour le désigner que le bon sens leur donne… luxure…
pas amour. L'amour est un trésor qui vient de Dieu, ne le
mélangeons pas avec cette pourriture-là! Oui, voyons la malice et la
laideur du péché, c'est laid, le péché!…
Troisième point:
,,Je considérerai qui je suis en m'efforçant par diverses
comparaisons de paraître de plus en plus petit à mes yeux”.
Mais comment, mon Père ? Comme vous nous parlez! Qu'on me
parle comme ça, à moi qui suis avocat, moi qui suis fondé de
pouvoir dans ma maison, moi qui suis professeur, moi qui suis
médecin ?
Eh bien, regardez qui je suis, mais dans la bonne lumière. Non pas
dans la lumière des hommes, non, non! mais dans la lumière de
Dieu…
Premièrement: ,,Voyons comme je suis petit en comparaison de
tous les hommes”.
Trois milliards d'êtres humains sur la terre! Avez-vous vu cette
fourmilière ? Quelquefois, en montagne, les grandes fourmilières
ressemblent à de grosses éminences, surtout dans les sapinières,
vous y donnez un coup de pied… ouf, ça grouille, il y en a des
millions!… A Paris, c'est pareil: des trous partout et les Parisiens
comme des fourmis partout qui font ta, ta, ta, ta, ta, ta, très vite dans
leurs évolutions. Et il y en a sept ou huit millions de ces fourmis-là
et, dans le vaste monde, des milliards… et moi, je suis une de ces
fourmis-là, pas la plus grosse, d'ailleurs! Qu'est-ce que je suis, moi,
en comparaison de tous ceux-là ?
Deuxièmement: ,,Qu'est-ce que je suis en comparaison des Anges
et de tous les saints du Paradis ?”
Rien qu'un Ange, nous ne pourrions le voir sans mourir! Les saints
divinisés, nous ne pourrions les voir, la joie nous tuerait.
Troisièmement: ,,Que sont toutes les créatures en comparaison de
Dieu ?”
Qu'est-ce que cela en comparaison de Dieu ? de Dieu qui a tout fait
en se jouant ,,lumens in orbe terrarum…”. Qu'est-ce que les
milliards d'Anges, les milliards de saints, les milliards d'étoiles à côté
de Dieu ? Le néant… comme le néant.
Quatrièmement: ,,Je considérerai et regarderai toute la corruption et
la laideur de mon corps”.
Cinquièmement: ,,Je me regarderai comme un abcès ou une plaie
purulente d'où sont sortis tant de péchés, tant de méchancetés, une
peste si grande!… Je m'abîmerai, je verrai combien ma bassesse
est grande!”
Regardez ces jeunes gens qui sortent "impecs" le dimanche. Vous
les voyez, là, la raie au pantalon, bien rasouillés, bien poudrés, oui,
ça, c'est l'extérieur!… mais à l'intérieur ? Ils ne sortiraient jamais,
n'est-ce pas, avec une tache de cirage sur le nez, ils seraient trop
vexés qu'on la leur fasse remarquer, mais en ce qui concerne
l'intérieur ? … Pouah! … Notre-Seigneur a eu une parole terrible
aux pharisiens: voyez à l'extérieur vous êtes beaux, mais à
l'intérieur, quelle pourriture "sépulcres blanchis !" leur a-t-il dit.
Oui, sépulcres blanchis a dit Notre-Seigneur aux pharisiens, mais
c'est aussi valable pour nous!
Quatrième point:
,,Considérez qui est Dieu suivant ses attributs et les comparant à
ma petitesse: la sagesse de Dieu à mon ignorance… sa toute-
puissance à ma faiblesse… sa justice à mon iniquité… sa bonté à
ma malice”.
Même lorsque je fais le bien, il se mêle très facilement dans mes
intentions des motifs inavouables, que je n'oserais voir révéler au
grand jour, même lorsque je fais le bien. C'est pourquoi le prophète
Isaïe, que nous fêtions la semaine dernière, le grand Isaïe disait:
,,Un jour Dieu sondera tes justices…”. Même tes actes bons, Dieu
les pèsera dans ses balances à Lui. Oui, je regarderai ce que je
suis devant Dieu.
Cinquième point:
,,Un cri d'étonnement, avec une grande adhésion du cœur. Je
raisonnerai face aux créatures, leur demandant comment elles
m'ont laissé la vie ? comment elles ont concouru à me la
conserver ? Je demanderai aux Anges, qui sont le glaive de la
justice divine comment ils m'ont supporté et gardé ? comment ils ont
même prié pour moi; aux saints comment ils ont aussi intercédé et
prié pour moi. Je m'étonnerai que le soleil, la lune, les étoiles et les
éléments, les fruits de la terre, les oiseaux, les poissons et les
animaux, que toutes les créatures aient continué à me servir et ne
se soient point élevées contre moi; que la terre ne se soit pas
entrouverte pour m'engloutir, creusant de nouveaux enfers où je
devais brûler éternellement!”.
Mes chers Messieurs, j'ai mieux compris ce cinquième point, qui
apparaît assez mystérieux à première vue, il y a quelques années à
peine. Ici même un séminariste de Bretagne qu'on avait renvoyé
d'Allemagne où il était prisonnier, comme grand malade, me
racontait le jour où il a le plus souffert là-bas. ,,Un jour de grande
fête, Toussaint, si mon souvenir est exact, les Allemands nous
laissaient tranquilles dans le stalag où je me trouvais. Dans cette
baraque, nous nous rappelions entre camarades les joies familiales
passées et chacun de sortir de son portefeuille une ou plusieurs
photos, qui de sa femme, qui de ses enfants, qui de sa toute
dernière, qui d'un groupe familial. Moi, séminariste, j'ai sorti la photo
de ma mère, ma mère qui, restée veuve à vingt-cinq ans, m'a élevé,
car mon père avait été tué dans un accident de travail; moi, je
n'avais que ma mère, elle n'avait plus que moi; tenez, voilà sa
photo, une sainte femme. Et on voyait en effet une bonne Bretonne
de 45 ans environ. Alors, je leur ai montré la photo de ma mère, et,
tout d'un coup, je suis appelé pour une corvée qui devait durer trois
minutes et je laisse mon portefeuille et la photo de ma mère sur la
table, pensant revenir aussitôt. En réalité, la corvée dura plus de
trois quarts d'heure. Quand je revins, grand émoi dans la baraque,
tout le monde riait! Contraste, de qui riait-on ? on riait de ma mère:
un camarade, après mon départ, pour réagir contre leur désolation,
s'était mis à rire en dessinant une barbe et des moustaches à la
photo de ma mère. Tout le monde se moquait! Je n'avais que cette
photo, je dus la déchirer. Voilà le jour où j'ai le plus souffert en
Allemagne!”.
Après l'histoire du séminariste, j'ai mieux compris ce 5ème point. En
effet, au baptême, le Bon Dieu a mis en nous une beauté indicible.
Sainte Thérèse d'Avila, qui avait vu cela, disait qu'il y avait de quoi
mourir de joie de voir une âme en état de grâce, tellement c'est la
beauté de Dieu qui se reflète là, c'est Dieu qu'on voit.
Eh bien, le péché salit, abîme, détruit, souille ce qu'il y a de plus
beau en nous.
Pourquoi les Anges n'ont-ils pas bondi de me voir salir en moi
l'image de Dieu ? Pourquoi les Anges continuent-ils à prier ?
Pourquoi le soleil continue-t-il à m'éclairer, me réchauffer, oui,
pourquoi ?
C'est parce que Dieu, qui est père, leur a dit: ,,Mes Anges, j'ai
besoin que vous continuiez d'intercéder pour lui, de prier pour lui.
Toi soleil, j'ai besoin que tu continues à lui permettre de vivre…
Peut-être que si je lui fais faire une retraite comprendra-t-il alors,
peut-être trouvera-t-il quelques larmes pour pleurer ce qu'il a abîmé
en lui de ces splendeurs que je voulais y mettre, Moi…”.
Voilà une belle méditation, mes chers Messieurs, très virile, qui doit
vous mettre devant la réalité. Vous ne pouvez pas tout voir, mais
lorsqu'on sonnera les coups doubles, faites le colloque de la
miséricorde, en prenant le crucifix dans vos mains, demandez-lui
pardon. Qu'il vous donne la grâce de pleurer vos péchés et d'avoir
abîmé en vous la grâce de votre baptême. Oui, demandez-Lui
pardon et récitez ensuite le Pater Noster du fond de votre cœur.
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PÉCHÉ - Troisième exercice
On demandait un jour à Saint Ignace quel jésuite, de son temps,
donnait le mieux les exercices. Sans hésiter, Saint Ignace
répondit: ,,C'est Favre”. On peut dire, en effet, que ce dernier a
arrêté le protestantisme en donnant les exercices dans les
couvents, car, à ce moment-là, tout le monde était un peu
déboussolé – un peu comme aujourd'hui – et Favre, le Bienheureux
Pierre Favre avait un don et l'exploitait aux endroits où il sentait
psychologiquement qu'il devait se rendre, et plus spécialement dans
les couvents dont il convertissait les moines en leur donnant les
exercices.
Et le second ? le second était Salmeron, un des sept qui
prononcèrent leurs vœux à Montmartre avec Pierre Favre. Celui-ci
était le seul prêtre, Saint Ignace ne l'était pas encore.
C'était un homme savant qui avait fait des livres de morale; il fut l'un
des deux que Saint Ignace envoya au Concile de Trente, à la
demande du Pape Pie IV pour en activer la finition. Le Pape dit à
Saint Ignace: ,,N'auriez-vous pas deux des vôtres qui pourraient me
faire marcher cela, qui soient saints et savants ?” … Saint Ignace
envoya Lahimet qui fut son premier successeur et Salmeron; mais
des deux, au dire de Saint Ignace, Salmeron était le plus fort pour
donner ces exercices.
Un petit détail, en passant, montre l'importance de l'humilité: Saint
Ignace leur commanda d'aller deux heures à l'hôpital tous les
matins pour y vider les pots de chambre et faire les lits. A ce mont-
là, c'était loin d'être aussi confortable et commode qu'aujourd'hui! Et
ce n'est qu'après qu'ils allaient servir de conseillers aux Pères du
Concile!
Et le troisième ? Le troisième fut Domenech; le quatrième ? sans
hésiter, Saint Ignace répondit: le quatrième est Villanueva. Le père
Villanueva était un Jésuite espagnol: il vivait du temps de Saint
Ignace, mais la congrégation s'étant propagée très vite, on peut
considérer qu'il était de la deuxième vague des Jésuites.
Or, voici ce qui arriva: Villanueva était un homme très savant,
recteur des facultés de l'Université d'Alcala, dans la banlieue de
Madrid. Près d'Alcala, il y avait justement un couvent de religieux,
"frères", non prêtres. C'était au moment de l'extension du
protestantisme et dans les couvents, dans certains couvents, on
était très relâché.. Ce couvent de frères était presque un scandale
dans la région… et surtout son économe! Il faisait beaucoup parler
de lui et s'enrichissait; tout le monde tremblait devant lui et on
n'osait rien lui dire, mêmes ses confrères! Entre eux, parlant de la
conduite de leur économe, procurateur du couvent, ils disaient: ,,Il
se damne! Il se damne!”. Il y avait malgré tout la foi à l'époque! … Il
se damne et qu'y faire ?
L'un dit: ,,Oh! il n'y a rien à faire, il faudrait l'envoyer en prison pour
l'empêcher de faire le mal!”, C'était une solution, mais n'en
trouverait-on pas de meilleure ?
Un autre suggéra: ,,Je connais un remède! Il faudrait l'envoyer au
Père Villanueva!”. On dit qu'avec ses exercices fameux, il change
un homme du tout au tout. C'est vrai, il faut faire ça. Il faut faire ça.
Le tout était de pouvoir attacher le grelot… et nous avons peur
généralement de le faire… Et nous avons tort d'avoir peur, mes
chers Messieurs, parce que, dans le cœur des autres, même
endurcis, le Saint-Esprit travaille pour nous! On a tort d'avoir peur
d'aller proposer!
Enfin, quelqu'un se risqua à dire au Procureur: ,,Oh! Cher frère
Procureur, vous devriez aller chez le Père Villanueva; on dit que
c'est un homme extraordinaire, il convertit beaucoup de monde”. Et
l'autre, qui comprenait qu'il en avait lourd sur la conscience et qu'il
en aurait besoin, répondit: ,,Eh oui! c'est vrai, il faudrait que j'y aille
un jour”.
On avertit immédiatement le supérieur de cet accueil et de ce désir.
Le supérieur l'appela et lui dit: ,,Voilà, frère Procureur, j'ai une
commission pour le Père Villanueava, allez lui porter cette lettre de
ma part, et je vous permets, si cela vous fait plaisir, de rester
quelques jours avec lui, on dit que c'est un homme extraordinaire!
faites donc comme il vous plaira!”.
Il se mit alors à préparer son petit baluchon et alla à Alcala, à la
résidence des jésuites. Là, il voit un petit bonhomme perché sur une
échelle en train de peindre. ,,Hé! dis-donc, tu ne connais pas le
Père Villanueva ?”. L'interpellé descend et dit: ,,C'est moi!” … ,,C'est
toi ?” … Le procureur s'attendait à voir un grand homme et un
homme grand, or le père était tout petit, avec un sarrau et ne payait
de mine! ,,Bon, mais je m'en retourne, alors…”.
Mais le père prit la lettre; c'était un homme savant, grand en
sainteté, connaissant le scandale de ce couvent, il comprit très
vite. ,,Non, non, ne partez pas! nous allons vous soigner; on va
vous donner une belle chambre, venez vous rafraîchir, le frère va
s'occuper de vous!”. Et faisant le tour du couvent, à tous les moines
qu'il rencontrait, il disait: ,,Faites des prières et des pénitences, il
nous arrive un "gros poisson", faites des sacrifices pour qu'il se
convertisse!” …
Bien! la retraite commence comme vous l'avez vu hier: le but de la
vie, l'usage des créatures, puis le lendemain, les deux méditations
que vous avez faites ce matin, le Premier Exercice: comment Dieu
punit le péché: celui de Lucifer, celui d'Adam, celui d'un homme qui
n'a fait qu'un seul péché mortel. Ensuite, au deuxième exercice, les
péchés personnels… 
Il faisait assez bien ses méditations, avait l'air bien recueilli, mais
tous les soirs, le Père Villanueva venait se rendre compte:
,,Alors, ça va ?”
,,Oui, ça va…”
,,Vous avez bien médité ?”
,,Oui, mon Père…”
,,Vous avez de la douleur de vos péchés ?”
,,Heu! Oui, mon Père…”
,,Mais avez-vous eu honte de vous ?”
,,Oh ça non, mon Père…”
,,Mais est-ce que vous avez pleuré vos péchés ?”
,,Oh non, mon Père!”
,,Mon cher ami, vous n'avez rien compris, alors, il faut remettre ça,
recommencer; il faut que vous arriviez à comprendre la gravité du
péché! Bien… ”
Le lendemain:
,,Ca va ?”
,,Oui, mon Père…”
,,Vous avez compris ?”
,,Oui, mon Père…”
,,Vous avez eu honte de vous ?”
,,Oh non, mon Père…”
,,Mais, mon cher ami, vous n'y êtes pas, vous n'avez pas encore
compris, il faut recommencer…”
Troisième jour, quatrième jour, dixième jour...
,,Vous avez pleuré vos péchés ?”
,,Non, mon Père…”
,,Vous avez eu honte de vous ?”
,,Non, mon Père…”
Vingtième, vingt et unième jour, vingt-deuxième jour! Mais alors,
cette fois-là, il avait sans doute compris! Dans toute la maison on
entendait des cris: ,,Mon Dieu, mon Dieu, je suis un misérable…
Mon Dieu… Pardonnez-moi!…”
Tous les moines étaient étonnés, disant: ,,Padre, que passa ?”
,,Heu, Heu! ça va bien, ça va bien, il commence à comprendre
maintenant!…”
Oui, certains critiquent les pères de Chabeuil, disent qu'ils
exagèrent en donnant les exercices!… Ce que je sais, est que celui
désigné par Saint Ignace comme le quatrième au monde à donner
le mieux les exercices, a laissé ce pauvre procureur vingt-deux
jours, vous entendez! vingt-deux jours sur la méditation que vous
avez faites ce matin! Je crois qu'en tout il l'a gardé quarante jours,
soit dix jours de plus que les trente jours que durent les exercices
complets. Mais je vous assure que revenu à son couvent, il était
tout changé: d'abord, il avait maigri, puis il était devenu modeste; les
autres, en le voyant, se mettaient à rire: ,,Mais qu'est-ce qu'on t'a
fait ?”. Et lui de se rendre à la communauté où il demanda à genoux
pardon de tous les scandales qu'il avait pu provoquer; puis il se
releva et leur dit: ,,Vous m'avez envoyé là-bas, je ne vous en
remercierai jamais assez! Je pense que le Bon Dieu m'a pardonné,
car j'étais scandaleux, mais vous aussi, hein ? Vous ne suivez pas
la règle, vous aussi vivez dans le péché! Vous m'y avez envoyé et
je vous en remercie, mais maintenant il faut que vous y alliez tous,
et vous irez tous les faire!
Et le supérieur les y a tous envoyés et ils se sont convertis. Se
convertissant, ce couvent qui avait fait tant de mal, convertit toute la
région qui constata la conversion de ces moines!
Eh bien, Messieurs, nous ne pouvons vous laisser vingt-deux jours
sur les deux méditations de ce matin, mais il ne faut pas passer
dessus aussi rapidement. Saint Ignace ne veut pas que nous
quittions trop vite cette notion du péché pour plusieurs raisons.
Voyez page 341, la remarque en lettres grasses: ,,Ce n'est pas de
savoir beaucoup qui remplit et rassasie l'âme, mais de sentir et
goûter les choses intérieurement”.
Comme l'indique un philosophe contemporain, certaines choses qui
nous entourent ont un aspect "problème", par exemple toutes les
techniques, tandis que d'autres ont un aspect "mystère". C'est ainsi
qu'en face d'un problème technique, une fois résolu, on n'y trouve
plus d'intérêt: c'est compris, c'est fini. Comme une orange pressée,
on jette le zeste et c'est fini…
Mais dans les choses qui ont un aspect "mystère", on n'arrive
jamais au bout et on peut toujours y entrer davantage… Ici il s'agit
d'approfondir le mystère du péché et cette étude nous permettra
d'abord de mieux comprendre la Rédemption.
Pourquoi la Rédemption ? Eh bien pour détruire le péché, et comme
la finalité d'une chose fait comprendre la chose elle-même,
lorsqu'on explique la finalité de la Rédemption, qu'est le péché, on
comprend mieux la Rédemption elle-même!
C'est pourquoi, Saint Ignace ne veut pas que nous quittions trop vite
cette notion du péché, parce qu'ainsi nous saisirons mieux, en
lumière indirecte, la nécessité de la crèche, les humiliations de
Notre-Seigneur, la Croix, la messe, le pourquoi de la souffrance, la
nécessité de la mortification, du renoncement, et de la lutte contre
nos tendances mauvaises, etc…
Car le péché a infligé à la nature humaine une telle blessure qu'elle
ne peut s'en relever maintenant que par le sang du Christ.
Nous allons donc faire à cet effet le troisième exercice: veuillez
prendre à la page 332 de votre livre. C'est la répétition du premier et
du deuxième exercice; on y ajoute trois colloques.
On se doute que Saint Ignace veut nous faire arracher le morceau,
c'est-à-dire obtenir de haute lutte la grâce demandée.
On fera le premier colloque à Notre-Dame, le deuxième au Sacré-
Cœur de Jésus, le troisième au Père Éternel.
Voici comment vous ferez cet exercice: après la prière préparatoire
et les deux préambules, recueillez-vous profondément à genoux:
,,Dieu me voit”, adorez le front jusqu'à terre si la santé le permet,
puis la prière préparatoire: ,,Mon Dieu, que je ne gâche pas ma vie,
que je l'emploie à vous aimer et vous servir”.
Comme premier prélude, je vous conseille beaucoup de prendre
celui de la miséricorde. Vous avez peut-être admiré ce tableau si
évocatif de Fra Angelico, où Saint Dominique est au pied d'une
grande croix d'où le sang de Jésus lui tombe dessus. Eh bien,
représentez-vous au pied de la croix de Jésus avec son sang qui
coule sur vous pour pardonner vos péchés si vous le voulez…
La grâce à demander: c'est d'avoir honte de nous et de pleurer nos
péchés, de comprendre que le péché dépasse tout, qu'il est quelque
chose d'abominable, quelque chose que l'on ne doit pas faire pour
rien au monde; et de demander cette grâce comme de vrais
mendiants. C'est une très grande grâce que d'obtenir cela;
demandez aussi un ferme propos, la ferme résolution de mourir
plutôt que de mettre en discussion si nous pécherons ou non! Que
je comprenne qu'on ne se moque pas de Dieu!
Voilà ensuite la façon de faire: je vous l'ai dit, c'est une répétition,
mais une répétition qui s'attache à revoir surtout les points où déjà
vous auriez ressenti quelque consolation ou quelque désolation au
cours des deux précédents exercices.
La consolation est cette joie intérieure, inexprimable, que seul le
Seigneur donne à l'âme, qui se concrétise parfois par des larmes
d'amour. Commencez alors par cet endroit; Saint Ignace pense que
la source est là et qu'elle continuera à donner. De toutes façons,
ces larmes, qu'elles soient réelles ou non, il faut les demander au
Seigneur… Je ne puis vous les donner; comme disait un jour Saint
Bernard à ses moines: ,,Bien heureux quand on peut en avoir un
peu pour soi, mais en donner aux autres, on ne peut pas!”.
Alors demandez, criez au Seigneur, dans le silence de votre cellule,
qu'il vous donne des larmes de repentir! Et si Dieu vous donne une
lumière sur le péché, vous en trouverez, des larmes!… Notre-
Seigneur, au jardin de Gethsémani a trouvé non seulement des
larmes, mais il a voulu encore pleurer des larmes de sang par tous
les pores de son corps!
Si vous avez trouvé une consolation dans les méditations des
premier et deuxième exercices, encore une fois revenez-y, on
pourrait la considérer comme étant un filon à exploiter.
La désolation, maintenant: c'est le contraire de ce que nous avons
dit pour la consolation. Obscurité dans l'âme, trouble, excitation aux
choses basses et terrestres, inquiétude qui vient de diverses
agitations et tentations qui portent à la défiance, sans espérance,
sans amour. L'âme est toute paresseuse, tiède, triste, comme
séparée de Dieu.
D'abord, on ne voit plus clair: ,,Mon Père, moi je suis un bon
catholique, me disait un retraitant, voyez, je suis arrivé dans cette
maison, décidé à faire une bonne enquête religieuse, et depuis
qu'on a commencé à parler de l'éternité, moi je ne sais plus où j'en
suis, je vois tout trouble!…”.
Excitation aux choses basses et terrestres, c'est-à-dire, évasion:
dans la vie courante, on a quelquefois des désolations qui
commencent, mais on a aussi des facilités d'évasion pour échapper
au "cafard" comme on dit. Il y a quelque temps, en face de moi,
dans l'autobus de Grenoble, il y avait des Marseillaises (des
vraies!), deux femmes du peuple qui discutaient. L'une d'elles
regardait un hameau perdu là-haut sur la montagne au-dessus de la
vallée de la Durance: ,,Dis-moi, ma belle, ces femmes qu'elles sont
en haut, quand elles ont le cafard, comment elles font ?” – ,,Quand
tu as le cafard, toi, comment que tu fais à Marseille ?…” – ,,Moi, je
vais à la Canebière, je regarde les magasins!…” – ,,Tiens, et moi je
vais au cinéma pour le passer, et puis il y a un grill-room en haut: on
s'amuse un peu…”.
Eh oui! Les hommes, eux, vont au café et ils boivent un déci! …
deux, trois, quatre s'il faut, pour noyer le cafard! Mais voilà, à la
retraite, on ne peut pas faire ça… Il y a bien quelques temps libres,
mais d'abord il ne fait pas beau, et si l'on se promène dans le parc
on en rencontre d'autres… qui ont aussi leur tête d'enterrement…
Ah! Ah! la cloche sonne et il faut rentrer et même pas le temps de
finir la cigarette!… on se précipite à la chapelle et puis ça
recommence… Oh! la la la la … et puis les méditations n'en parlons
pas! … Le péché, le péché… puis le repéché! Et il faut encore
approfondir, qu'ils nous disent, et puis… et puis je sens venir la
chose, vous allez voir qu'on va nous parler encore ce soir de l'enfer,
puis de la mort… Ah non! … : la désolation, quoi! …
Mais la désolation, mes chers Messieurs, c'est très bon! C'est le
signe infaillible que le démon n'est pas content et qu'il a intérêt à
torpiller votre méditation! … Retournez-la: mémoire, intelligence,
volonté. Insistez!
Vous commencez donc par le premiers exercice, puis par le
second, aux points où votre âme a ressenti, a éprouvé un goût
spirituel plus marqué. Et s'il n'y a eu aucun de ces mouvements,
vous revoyez les trois points du premier exercice et les cinq points
du second en vous servant de votre livre. Je vous les rappelle
rapidement:
Comment Dieu, la Bonté Infinie, n'a pas pu ne pas punir le péché
d'orgueil de Lucifer et de ses anges entraînés par lui, un tiers des
anges, peut-être des milliards! on ne sait pas le nombre des anges,
mais d'après un texte de l'apocalypse, il semble bien qu'un tiers des
anges ait suivi Lucifer! Et si chaque homme a un ange gardien
différent, comme le pensent les théologiens (et les anges gardiens
ne sont pas tous les chœurs des Anges, car il y a neuf chœurs
différents dans cette hiérarchie céleste), cela doit faire des milliards
de ces intelligences supérieures condamnées au feu éternel pour
un péché en face de Dieu! ,,Non serviam!”…
Est-ce que c'est grave, le péché ? Je ne sais pas. Eh bien regardez
cette réaction divine instantanée; pourtant Dieu les aimait infiniment
et Dieu, la Bonté même, n'a pas pu exagérer, puisque sa Justice est
infinie!…
Pour Adam et Eve et pour toute l'humanité, c'est pareil. Cela n'a pas
été l'enfer parce que nous ne voyons pas comme les anges les
conséquences de nos actes, notre nature étant faite d'esprit et de
chair, mais la réaction divine, toutes proportions gardées, a puni la
désobéissance de nos premiers parents avec la même promptitude,
la même rigueur… Et pourtant on ne peut pas douter de l'amour de
Dieu!…
Quand le communisme veut se propager dans un pays, il fait du
travail d'approche: il a le roman classique… on commence par
féliciter les jeunes mamans de leurs beaux petits, à leur promettre
monts et merveilles. Quand le grelot est attaché, on parle tout à
coup de l'horrible… de l'horrible guerre… et puis les bombes, les
enfants innocents écrasés et les cris d'épouvantes des mamans.
Alors, quand le cœur de ces dernières commence à faire toc-toc, on
lance le blasphème: S'il y avait un Dieu, ça n'arriverait pas!…
MENTEURS! … IGNORANTS! … C'est le Seigneur qui a tout payé!
Dieu a aimé le monde au point de lui donner son Fils unique! Vous
n'avez pas à hésiter sur l'amour de Dieu: C'est Lui qui a payé!
Alors, il faut comprendre: la leçon à comprendre, c'est la gravité du
péché. Pour que cela mérite cette punition, cette souffrance, ces
deuils, ces guerres, ces morts, qu'est-ce donc qu'un péché ? Et ce
qu'Adam n'a fait qu'une fois, combien de fois l'ai-je fait, moi ? Et si
Dieu n'a pas rendu aux hommes les privilèges qu'Adam avait
perdus, c'est que nous autres, nous les aurions perdus aussi, cela
ne fait pas l'ombre d'un doute: Et pas une fois, mais très souvent!
Dieu a payé l'essentiel, il a payé pour nous rouvrir la porte du ciel
que le péché d'Adam avait fermée.
Dans le deuxième exercice, vous verrez d'abord le nombre de nos
péchés, la multitude de nos pensées. Il y en a qui se confessent
tous les cinquante ans et ils vous disent ingénument qu'ils n'ont pas
de péché: ,,Moi, je n'ai pas de péché, je n'ai ni tué, ni volé…”. Mais,
à l'œil nu on pourrait leur en découvrir! Que de péchés dans la vie
des hommes! Que de péchés!
Il faut revoir, voyez-vous, Saint Ignace vous dit, année par année,
période par période… et il vous demande aussi de les peser pour
voir leur gravité.
Quelle injure pour Dieu! Qu'est-ce que vous avez préféré au Bien
Infini… Dites-moi, si c'était encore quelque chose de bien!… mais
nous avons préféré quoi ? des choses dont nous aurions honte
qu'on le dise!… Nous avons préféré au Bien Infini, à l'Éternel,
quelque chose qui dure un instant à peine, un spasme… ou quelque
chose qui soit doux, qui caresse la gorge sur quatre centimètres!
Quelle honte! Quelle injure à Dieu!…
Saint Ignace vous dit: faites-vous petit pour bien comprendre
l'offense contre Dieu… Montez sur la montagne, là-bas, vous voyez
sur la route cet homme ? cette femme ? Qui est-ce ? Je n'en sais
rien, un Préfet ? un ministre ? un mendigot ? C'est pareil!…
Mais, au lieu de monter sur la montagne, montez dans la lune,
prenez une longue-vue, voyez-vous là-bas ce crachat sur la terre ?
ça, c'est Rome, ça c'est Londres, ça Paris, je crois. Et ce petit point
noir ?
- Ca ? c'est l'auto du roi du pétrole, Monsieur…
- Alors, ce sont ces petits points noirs qui s'attaquent à Dieu ?
- Hé oui, Monsieur…
- Mais, ils vivent longtemps ?
- Oh non! Monsieur, un certain nombre d'années, quelques minutes
quoi! (Même si vous vivez quatre-vingt-quinze ans, cela ne fait
qu'un nombre limité de minutes!).
- Alors, ce sont eux qui s'attaquent à l'Éternel ?
- Oui, Monsieur.
- Mais, ils sont fous!
- Oui Monsieur, mais des fous responsables hein!…
- Mais est-ce qu'ils sont costauds, ces gens-là ?
- Non Monsieur, non! Quelques degrés de froid, quelques degrés de
chaud et il n'y a plus d'hommes! Est-il malade, il faut que sa femme,
avec une petite cuiller, lui fasse passer quelques gouttes de liquide,
encore en verse-t-il la moitié à côté!…
- Et c'est lui qui se révolte ? Mais il est fou, alors!
- Oui, Monsieur, mais un fou responsable, et ce fou c'est moi: un fou
qui sait ce qu'il fait!
- Puissant ? non, un tout petit peu de pus au fond de la dent et il
n'est plus bon à rien. Un Monsieur vient le voir: ,,Cher Monsieur, j'ai
une affaire urgente à traiter de suite…
- Oh non! monsieur, repassez!
- Mais je vous assure que c'est très presse!
- Non, non, aïe! aïe!
- Mais, Monsieur, qu'est-ce donc ?
- C'est terrible, Monsieur, j'ai un peu de pus au fond de la dent,
j'attends le dentiste, je souffre trop… on verra après! - Voilà!
- Et c'est ce monsieur qui se révolte contre Dieu ?
- Oui Monsieur!
- Mais il est donc fou!… et ce fou c'est moi!
Je ne sais pas si vous avez bien compris le numéro 59.. Voulez-
vous le prendre, c'est la base de la contrition parfaite.
C'est là que l'on comprend pourquoi nous ne comprenons pas!
Saint Ignace nous dit: faites l'antithèse entre Dieu, la sagesse
infinie et mon ignorance (car je ne sais même pas ce qu'il y a
derrière cette porte), entre sa toute-puissance et mon impuissance
(car sans Lui, je ne peux pas faire ça, remuer le petit doigt), même
pour offenser Dieu, ils sont obligés d'utiliser les secours que Dieu
leur donne… Ces jeunes gens qui pèchent le dimanche après-midi,
si Dieu ne leur donnait pas l'après-midi, si Dieu ne leur donnait pas
l'intelligence, si Dieu ne leur donnait pas la santé, ils ne pourraient
pas pécher! Même pour offenser Dieu, ils sont obligés d'utiliser les
forces qu'Il leur donne…
Voyez cette antithèse, cette justice en face de ma méchanceté;
cette bonté infinie en face de ma malice… Dites-moi!
Saint Thomas d'Aquin nous explique la gravité du péché par ces
paroles:
,,Le péché commis contre Dieu possède une certaine malice infinie
qui vient de la Majesté divine offensée, laquelle est infinie”.
Je ne sais si vous avez compris! Saint Thomas nous dit en
substance qu'on mesure la gravité du péché, non pas à la force du
coup donné, mais à la dignité de la personne offensée. Or Dieu
offensé ayant une Majesté infinie, le péché a une malice infinie!
Quand j'étais aumônier militaire, j'avais une comparaison que les
soldats comprenaient de suite: Voilà un jeune soldat qui donne un
soufflet à son camarade: très mal! deux jours de salle de police et
on n'en parle plus!
Ce même soldat donne le même soufflet à un autre camarade du
même âge, mais qui a sur la manche deux sardines: un caporal,
Messieurs, j'ai vu passer en conseil de guerre pour moins que cela!
- Mais je n'ai pas frappé plus fort!
- Non, mais tu as frappé plus haut. Au lieu d'un caporal, c'est un
officier… on sera beaucoup plus sévère! C'est maintenant le tour du
Colonel dans l'exercice de ses fonctions!… Mon cher Ami, tu
risques d'être fusillé et tu l'aurais bien cherché!
- Mais je n'ai pas frappé plus fort!
- Oui, mais tu as frappé encore plus haut et c'est encore plus
grave… Mais au lieu du colonel, c'est l'empereur… Malheureux!
mais tu as offensé tout un peuple!
- Monsieur, je n'ai pourtant pas frappé plus fort!…
- Cela n'a rien à voir, mais c'est d'autant plus grave que tu as frappé
plus haut.
Après tout, entre le deuxième classe et l'empereur, ce sont deux
hommes; mais si je m'attaque maintenant à l'ÊTRE INFINI, la
gravité de l'acte devient en quelque sorte infinie; mais comme notre
esprit limité ne peut pas comprendre l'infini, il n'a de l'infini qu'une
idée toute négative, il ne peut pas comprendre la gravité du péché
dans toute son horreur! S'il pouvait discerner un peu cette gravité, il
conclurait de suite: ,,Mais oui, la punition est méritée!”.
C'est parce que nous ne comprenons pas cela que Saint Ignace
nous dit:
Cri d'étonnement de mon âme, comment Dieu me supporte-t-il ? et
vous les Anges, glaives de la justice divine, qu'attendez-vous pour
me jeter en enfer ? Comment la terre ne s'entrouvre-t-elle pas pour
m'engloutir, creusant de nouveaux enfers où je devais brûler
éternellement ?
Sainte Gertrude, la grande mystique du Moyen Age, disait au
Sacré-Cœur que la plus grande grâce qu'elle trouvait qu'Il fasse
était de supporter que la terre la porte… Et elle n'exagérait pas,
cette sainte, elle avait compris la gravité du péché et il lui semblait
que Jésus devait faire un miracle pour qu'elle ne soit pas engloutie.
Voilà la gravité du péché! Voilà pourquoi Saint Ignace ne veut pas
eu nous passions trop rapidement sur cette notion du péché.
Il insiste aussi pour que nous fassions trois colloques au lieu d'un.
Le premier à la très Sainte Vierge, le refuge des pécheurs, notre
Bonne Mère. Et que doit-on lui demander ? on doit lui demander
trois doubles grâces. Saint Ignace veut par là qu'elle nous aide à
comprendre suffisamment la gravité du péché pour décider notre
volonté:
- Trois grâces de lumière pour notre intelligence et trois grâces pour
notre volonté, afin de voir tous nos péchés, le nombre de nos
péchés, leur injustice, leur impiété! pour voir aussi la malice, la
monstruosité, l'audace et le ridicule de nos péchés…
Que nous voyons cela: voilà ce que j'ai fait envers ce Père si bon,
que je le comprenne!…
Puis enfin, une grâce de force pour pleurer mes péchés:
- Sainte Vierge, faites-moi cette grâce que je sois prêt à mourir
plutôt que de discuter, plutôt que d'accepter de mettre en discussion
si je vais pécher ou non…
Que je voie ensuite le désordre de mes opérations; que je voie au
fond de mon cœur de quel côté je suis porté: moi c'est vers l'orgueil,
moi c'est vers la sensualité, moi vers l'avarice, etc…
Mais, ne voyez pas seulement vos petites misères: beaucoup de
gens disent ,,mon gros péché, c'est l'impureté”. Non, voyez surtout
la cause de vos péchés! Pourquoi êtes-vous dans l'impureté ?
Parce que vous êtes un paresseux… la paresse est la mère de tous
les vices, voyez-vous; ou bien vous, vous êtes trop gourmand et
sujet aux excès, vous prenez trop d'excitants: viande, fumée, café,
alcool! Vous, vous êtes imprudent, vous voulez tout voir, vous
passez des heures sur la plage, et, forcément, vous avez des
tentations terribles… Voyez donc la cause de vos péchés, le
désordre de vos actions. De quel côté suis-je porté ? Soyez décidé,
coûte que coûte à lutter courageusement!
Enfin, tout ce qui me porte au péché du dehors: que de gens se
laissent influencer par la mode, les femmes surtout, pourquoi ?
Parce qu'elles ont vu ce journal de modes, mais, Mesdames,
attention! Suivez la mode pour vous habiller, mais laissez donc de
côté celles qui sont impudiques et où vous manqueriez de respect
envers vous-mêmes.
Et les jeunes gens, ah!… Qu'est-ce qu'ils en disent les copains ?
Que pense-t-on autour de moi, qu'est-ce que disent les confrères ?
Et ça y est! Voilà, on subit ainsi l'emprise du monde sur nous…
Puis, quelles sont les influences qui nous portent à pécher.
Malheureux! Défendez-vous à coups de hache s'il le faut, plutôt que
de pécher!
Le terminer par un AVE MARIA.
Dans le colloque au cœur de Jésus, de Jésus si bon qui a vu tous
mes péchés et qui me les montrera au jour du Jugement, je lui
demanderai de daigner me les montrer dès maintenant avec toute
leur malice, dégoûtants, odieux; ce manque de réflexion, cette folie,
cette impiété, ce ridicule! Oh! Jésus, Vous qui les avez pleurés au
Jardin des Oliviers, à la colonne de la Flagellation, et du haut de la
Croix, daignez m'accorder de les pleurer, coûte que coûte et que je
voie tout ce qui me porte vers le péché. Vous qui avez maudit le
monde: ,,Malheur au monde et à ses scandales!”. Faites que je ne
sois plus l'esclave du respect humain et que je me décide à lutter
contre lui par la prière.
Terminer par la prière: ÂME DE JÉSUS-CHRIST (page 339).
Dans le troisième colloque au Père Éternel, au Fils et au Saint-
Esprit, offrez-Lui la Passion de Jésus. Le Père ne peut pas refuser
cela: qu'Il me donne de voir mes péchés et leur cause, toute leur
malice; que je les pleure. Qu'Il me donne de voir mes tendances
dans ce monde pervers; que je réagisse, que je ne me laisse pas
entraîner et que je ne recherche que Dieu seul!
Terminer par le PATER NOSTER.
Vous prendrez le Crucifix à la main et vous essaierez de lui arracher
ces trois doubles grâces. Que de péchés, Messieurs!
((fin page 80))

((page 81 ss))

D'abord les péchés contre la Foi:


A notre époque, tout le monde discute tout. Même des revues
catholiques qui vous demandent votre avis! Alors, sur cent
réponses, il y en a soixante affirmatives et quarante de négatives!
Qu'est-ce que cela peut faire ? Si Dieu a parlé, cela ne se discute
pas! Et votre avis, pas plus que celui des autres n'a rien à voir là-
dedans… Dieu est Dieu! On doit obéir à la Foi dit Saint Paul, que ça
nous plaise ou non! car Dieu ne peut ne se tromper, ni nous
tromper.
L'Eucharistie, l'Enfer, l'Église, on discute tout maintenant… Non et
Non! Il s'agit de péchés graves contre la Foi: attention! ça ne se
discute pas!
Un jour, j'étais à Paris, invité par un retraitant; on se mit à parler et
la conversation s'aiguilla sur l'enfer, sans doute parce que j'étais là.
A côté de moi, une petite dame dit: ,,Vous savez, mon Père, ce
n'est pas mon avis…”. - ,,Heu, ma pauvre dame, sachez donc que
votre avis n'a rien à voir là-dedans! Il s'agit de savoir si Dieu a parlé
de l'enfer ou non! Or, Il en a parlé”.
Le plus fort est que cette dame allait paraît-il à la messe et allait
communier! Je pense qu'elle croyait certaines choses, mais si elle
ne le croyait que parce que c'était "son avis", l'avis de madame! ce
n'est pas la Foi, cela!… Or, nous n'avons pas à croire parce que
c'est notre avis, nous devons croire parce que Dieu l'a révélé et que
Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper. Voilà pourquoi on dit
que la Foi est "irréfragable", parce que c'est basé sur la parole
même de Dieu, et Dieu n'accepte pas que l'on doute de Lui…
Et les péchés contre l'Espérance:
Il y en a qui pensent ne pas pouvoir vivre en chrétien parce que
c'est trop difficile. Par exemple ne pas pouvoir vivre en chrétien
dans le mariage parce que l'on aura trop d'enfants et qu'on ne
pourra pas les nourrir tous ? Il s'agit là de péchés contre
l'espérance, car ce ne sont pas les parents qui nourrissent les
enfants, (ils ne sont que les intermédiaires) c'est le Bon Dieu qui les
nourrit tous!… Moi, je suis issu d'une famille pauvre et nombreuse
et il a fallu que je prenne la robe pour être habillé de neuf: cela ne
m'a pas empêché de devenir grand et gros comme vous le voyez!…
C'est le Bon Dieu qui nourrit tout le monde et c'est pécher contre
l'espérance que de faillir à son devoir par manque de confiance en
sa Providence…
Et les jeunes gens qui pensent que les tentations sont plus fortes
que notre nature et qu'ils doivent y céder! la belle excuse, n'est-ce
pas ? Non, non! vous ne devez pas céder! fuyez les occasions,
priez, faites des pénitences, allez vous confesser, communiez, et
vous verrez que vous y arriverez et beaucoup plus facilement que
vous ne croyez. Il est plus facile de se sauver que de se damner,
mais à une condition: il faut en prendre les moyens. Si vous ne
voulez pas en prendre les moyens, vous n'y arriverez pas…
Maintenant, les péchés contre l'ESPÉRANCE, mais en sens
inverse: ,,Moi, je crois, mon Père, que Dieu est bon et que,
finalement, nous serons pardonnés”… Bien sûr qu'Il est bon et qu'Il
vous pardonnera si vous travaillez à vous convertir, oui, mais si
vous vous moquez de Lui! Non, mon cher Monsieur, ne savez-vous
pas que la bonté de Dieu, la patience de Dieu, la longanimité de
Dieu, sont pour vous amener à la pénitence ? Attention, Dieu est
Dieu! et ,,De Dieu, on ne se moque pas” répète Saint Paul. C'est un
péché contre l'espérance d'agir ainsi et Dieu n'accepte pas cela…
Et la Charité ?
On n'a peut-être jamais tant parlé de charité qu'à notre époque, et
peut-être jamais plus mal compris ce qu'est la charité. Qu'est-ce que
la charité ?…
Mon Père, c'est de faire faire un repas à tous les vieux du quartier!
… La charité c'est d'envoyer un colis aux soldats! La charité c'est de
boire des apéritifs à la kermesse de Monsieur le Curé! La charité
c'est d'être un chic type avec les autres!
Non! Monsieur, vous vous trompez, la charité, ce n'est pas cela! La
charité c'est d'aimer Dieu par-dessus tout! pardessus votre femme,
par-dessus vos enfants, par-dessus votre place et même par-
dessus votre vie! Et cela n'est pas destiné aux seuls curés et
bonnes sœurs, non, non! C'est le premier des commandements.
Attention, ce n'est pas quelque chose de facultatif! Dieu veut que
nous l'aimions par-dessus tout!
Cela ne veut pas dire toutefois que nous manquions de sensibilité à
l'égard de ceux qui nous sont chers et aux choses d'ici-bas, non!…
Mais ne pour plaire à votre femme, ni pour plaire à vos enfants, ni
pour plaire au qu'en dira-t-on, ni pour sauver votre peau, vous
m'entendez ? vous ne devez pécher, tout au moins mortellement!
Dieu doit être au-dessus de tout, voilà ce que doit être pour vous la
charité; et puis, alors, l'amour du prochain par amour pour Dieu,
c'est-à-dire voir Dieu dans votre prochain…
Saint Paul le confirme assez clairement: ,,Quand même je
donnerais tous mes biens aux pauvres (et ce n'est pas peu de faire
cela!) si je n'ai pas la charité, cela ne me servira de rien!”. Tout ce
que je fais, c'est par amour pour Dieu que je dois le faire.
Et les sacrilèges!… On appelle sacrilège profaner des personnes ou
des choses (saintes) sacrées. Le sacrilège le plus fréquent se
trouve dans les confessions et les communions mal faites: certains
osent recevoir le Corps du Christ en état de péché mortel, sans se
réconcilier au préalable avec le Christ. Voilà le sacrilège et celui qui
le fait de façon déterminée mange et boit sa propre condamnation,
nous dit Saint Paul.
Évitons donc en confession de cacher des péchés mortels (je ne dis
pas oublier, non, je dis cacher sciemment). Parmi les hommes, il y a
beaucoup de confessions sacrilèges: pourquoi ? Parce qu'ils sont
généralement orgueilleux et certains éprouvent le besoin de
camoufler la vérité. Ils peuvent tromper le confesseur, mais ils ne
trompent pas Dieu!
Et la confession sacrilège qui entraîne la communion sacrilège!
Quand je pense que de pauvres gens vivent toute leur vie dans le
sacrilège, dites-moi s'il n'y a pas de quoi frémir!
Et le blasphème! Je ne parle pas ici des gros mots de charretiers,
mais de ceux qui accusent Dieu de manquer de bonté et de justice
parce qu'il a plu ou parce qu'il n'a pas plu, et parce qu'il y a des
inondations ou des incendies! On accuse Dieu de manquer de
justice! Mais Dieu n'accepte pas ces blasphèmes!
Et les dimanches ? Combien d'hommes croient, que de jeunes gens
s'imaginent avoir le droit de faire ce qu'ils veulent le dimanche. Eh
bien, Messieurs, le dimanche, on n'a pas le droit de faire ce qu'on
veut; le dimanche est le jour du Seigneur, voilé! On doit s'en servir
pour le sanctifier, au moins par le saint sacrifice de la messe.
Combien de gens ne connaissent pas le B A = BA de la religion…
C'est parce qu'ils ne sanctifient pas le dimanche! Qui pensera à
s'accuser de ne pas connaître sa religion ? Et il y a tant de
catholiques qui ne connaissent même pas leur catéchisme. Mais
c'est grave! Le pape Jean XXIII nous le dit: ,,C'est un grand
malheur!”. Voilà des gens qui ont poursuivi des études jusqu'à
trente ans pour être physiciens ou techniciens, et, au point de vue
religion, ils n'en savent – si encore ils se les rappellent – que les
rudiments appris lorsqu'ils avaient huit ans! C'est un scandale! Et
vous vous étonnez qu'ils perdent la foi, ces gens-là ? Est-ce qu'ils
songeront à s'en accuser ?
Et le quatrième commandement: Oui, tu sais, mon petit, il faut bien
obéir à papa et à maman, autrement le Bon Dieu te punira… Et
c'est vrai, il faut le leur dire parce que c'est vrai, mais ce
commandement n'est pas seulement pour les petits, hein ? Il est fait
aussi pour les parents; il est fait aussi pour tous ceux qui exercent
une autorité à quelque titre que ce soit. Que l'on soit chef
d'entreprise, directeur, ou tout autre état, il y a là de nombreux
devoirs. Ce n'est pas toujours amusant d'être patron, n'empêche
qu'on aura bien des comptes à rendre à Dieu!
Sur les devoirs de JUSTICE: il y a différentes justices. La justice
commutative se rapporte à l'individu: tant d'heures, tant de travail,
tant de salaire. Il y a aussi la justice sociale: celle-ci n'est pas en
rapport seulement avec l'individu, elle doit être considérée comme
une vraie dette envers la société. Celle-ci se doit de faire vivre les
vieux qui ne peuvent plus gagner leur vie, de faire soigner les
malades, de secourir les sinistrés, de venir en aide aux jeunes
mamans et cette justice sociale n'est pas facultative. A elle se
rattachent aussi les impératifs du code de la route: Beaucoup trop
de gens en prennent à leur aise avec le code et on peut faire bien
des péchés mortels en ne le respectant pas: vous prenez le
tournant à toute allure à votre gauche! Il n'y avait personne en face,
heureusement!… remerciez-en le Bon Dieu! Mais vous auriez pu
faire une catastrophe! Et le péché, vous l'avez fait quand même,
ayant commis l'imprudence de propos délibéré! Peu de gens
s'accusent de péché mortel contre le code de la route, et pourtant il
y en a combien ? Faites seulement trois cents kilomètres sur la
grande route, vous m'en donnerez des nouvelles! Il y a aussi le
devoir d'assistance en cas d'accident: Il est aussi impératif et c'est
un péché grave de s'y dérober.
Et sur le cinquième commandement: le meurtre!
Pauvre France… C'est par millions maintenant qu'avec ces
méthodes nouvelles on assassine des enfants dans le sein de leur
mère. Dès l'enfant conçu, Dieu lui donne une âme: que de péchés
graves, dites-moi! Car, en plus de la maman, il y a généralement le
papa qui y consent et tous ceux qui y participent, la tireuse de
cartes qui a vendu la drogue, comme l'amie qui a cru rendre service
en disant comment il fallait s'y prendre et qui a peut-être facilité la
chose! Que de crimes, en France, en Suisse, sans parler des autres
pays, que de péchés! Et vous ne voulez pas que Dieu nous châtie ?
Il y a aussi un autre assassinat qu'on appelle le scandale. Je
n'appelle pas scandale le fait de faire crier les gens du village, –
quand ces derniers crient, cela peut leur faire du bien –, mais
j'appelle scandale être responsable des péchés mortels commis par
d'autres! Et puis, généralement cela se propage!
Et le pardon: c'est parfois très ennuyeux et très pénible de
pardonner, et pourtant, Messieurs, si nous ne pardonnons pas,
nous ne serons pas pardonnés! Notre-Seigneur le dit Lui-même
dans la prière à son Père, donc attention!
Quelle responsabilité, mes chers Messieurs! Le Saint roi David
faisait cette prière au Seigneur:
,,Daignez me purifier de mes fautes cachées!”.
Effectivement, nous ne connaissons pas tous nos péchés. Ne vous
désespérez pas car ces péchés, Dieu accepte de vous les
pardonner à condition que vous demandiez pardon de tous ceux
dont vous vous souvenez et de tous ceux dont vous ne vous
souvenez pas. Dans sa bonté, Dieu vous les pardonnera tous: c'est
ce qu'on appelle la contrition universelle. Mais ils ont pu être
commis! Que de péchés!
Et les péchés contre l'impureté: Saint Alphonse de Ligori nous dit
que sur cent pécheurs qui tombent en enfer, quatre-vingt-dix-neuf y
sont à cause du péché d'impureté: regards, pensées, paroles,
péchés de désir… mais attention, ne confondez pas tentation et
péché, ne confondez pas voir et regarder, ne confondez pas sentir
et consentir. Pour qu'il y ait péché mortel, tant pour l'impureté que
pour les autres commandements, il faut trois choses (Si les trois n'y
sont pas, il n'y a pas de péché mortel) il faut d'abord que ce soit un
commandement grave (et l'impureté l'est toujours), qu'il y ait pleine
advertance et qu'il y ait plein consentement. Si vous dormez à
moitié, il n'y a pas pleine advertance; sachant ce que l'on fait, il peut
y avoir alors péché plus ou moins grave dans la mesure de cette
advertance même. Il faut qu'il y ait plein consentement: quelquefois
on ne veut pas, on s'en défend, puis on y pense quand même: le
péché mortel n'est pas évident. Mais les trois conditions réunies, il y
a péché mortel, même si ce n'est qu'en pensée ou en désirs. Que
de péchés!
Et les bals!… Alors, mon Père, les bals ce sont des péchés ? – Non,
les bals en eux-mêmes ne sont pas des péchés, mais ils sont la
source de péchés, l'occasion de péchés. Quand on organise un bal
dans une paroisse, sachez qu'il y aura beaucoup de péchés mortels
qui se feront soit pendant le bal, soit à côté du bal, soit après le bal,
même longtemps après le bal. Qu'on ne vienne pas me raconter
des histoires sur ce sujet! Que de péchés, Messieurs!
Et le péché solitaire… Pauvres jeunes gens, chez beaucoup, quelle
obsession tyrannique qui en devient un vice!
Et le péché de fornication qui est celui de relations sexuelles entre
deux sexes différents en dehors du mariage… Dans le mariage, ces
relations constituent un acte sain, noble, grand, quand elles sont
pour la fin à laquelle elles doivent tendre, mais en dehors du
mariage, c'est toujours un péché mortel grave. Si l'un d'eux est
marié, cela se double d'un adultère et si tous les deux sont mariés, il
y a double adultère.
Et le péché qu'on appelle le divorce, dites-moi! Le Bon Dieu a fait
une loi, les hommes se permettent de légiférer en cette matière et
promulguent cette injustice: le divorce, qu'ils appellent loi. Pour tous
ceux qui ont fait un peu de droit, ils savent bien qu'on ne peut
appeler loi ce qui n'est pas porté par l'autorité compétente et n'est
pas fait en faveur du bien public. S'il n'y a pas ces deux conditions,
ce n'est pas une loi. Sont-ils une autorité compétente, ces députés
qui ont décidé qu'il est loisible de séparer ceux que Dieu a unis ?
Dites-moi: ils ne sont pas l'autorité compétente? Et croyez-vous
qu'ils travaillent au bien public, quand on pense à ces millions de
petits laissés à la traîne ? Quel malheur!
Et le péché dans le mariage ? Dieu a mis un plaisir à cet acte pour
favoriser l'échange, mais vouloir goûter le plaisir par des moyens
qui interdisent la procréation, c'est ce qu'on appelle l'onanisme, du
nom d'Onan. Ce dernier était un petit-fils de Jacob qui fit cela et la
Sainte Écriture dit qu'Onan commettait un crime abominable et qu'il
fut condamné à mort par Dieu pour avoir osé faire cela.
- Mais, mon Père, tout le monde fait cela maintenant!…
- Oui, ils font cela, mais s'ils ne se convertissent pas ils se damnent
parce que Dieu est Dieu et Dieu n'a pas démissionné.
- Mais pourtant, mon Père, on m'a déjà donné l'absolution…
- Mon cher ami, la loi de Dieu reste toujours la même: ce n'est pas
le vingtième siècle qui la fera changer, car elle ne changera jamais,
et personne au monde n'a le droit de modifier cette loi qui est la
doctrine de la Sainte Église. On peut peut-être tromper le
confesseur par l'ambiguïté de certains aveux, et généralement, ce
dernier fait confiance au pénitent qui récite: ,,Mon Dieu, j'ai une
extrême douleur…” mais si dans la pensée le pénitent a l'intention
de recommencer autant dire qu'une absolution ainsi reçue est un
emplâtre sur une jambe de bois, car elle n'est valable qu'autant qu'il
veut se convertir.
Et les péchés contre la justice ?
A notre époque on n'en parle presque pas. Attention! Notre Dieu est
un Dieu de justice et Il n'a pas démissionné! Restitution ou
Damnation! A chacun son dû, ne l'oubliez pas! car ,,Le Ciel et la
terre passeront plutôt que soit retranché un seul iota de ma loi!”.
On s'imagine qu'au vingtième siècle on n'est plus obligé de tenir
compte du décalogue comme au Moyen-âge! – cela m'a été dit à
Paris! – Oui, là aussi, Dieu est Dieu, et la justice doit être
intégralement observée, pas seulement en paroles, mais en
pensées aussi: tous ces jugements téméraires, ces médisances,
toutes ces calomnies; nous sommes tenus de réparer le mal que
nous avons pu faire!
Et les commandements de l'Église ? L'Église a le droit de porter des
commandements. Si l'on désobéit à l'Église, c'est à Dieu qu'on le
fait. Il y en a, ô combien! qui s'arrogent le droit de critiquer le Pape,
de critiquer les Évêques… Attention, mes chers Messieurs, il nous
faut sentir avec l'Église… Dans les réunions de onze heures on
vous développera cela…
Et les péchés capitaux ? On les appelle ainsi parce qu'ils sont la
source des péchés. L'orgueil, la gourmandise, la luxure, la jalousie,
l'avarice, avec tous les péchés que cela entraîne; par exemple, ceux
qui se livrent au jeu… On n'a pas le droit de jeter son argent comme
cela alors que votre famille en a besoin pour vivre, que vos enfants
ont leurs études, que vous risquez peut-être des dettes!
Et la colère, la gourmandise et l'ivrognerie: des vices dont il faut se
corriger! C'est d'ailleurs relativement facile, mais quelqu'un qui ne
voudrait pas s'assujettir à se corriger pècherait gravement. C'est
encore Saint Paul qui dit à ce sujet: ,,Ni les incrédules, ni les
impudiques, ni les voleurs, ni les onanistes, ni les ivrognes
n'entreront dans le royaume des cieux…”.
C'est Saint Paul qui dit ça, inspiré par le Saint-Esprit!
Que de péchés, mes chers amis, et si vous y ajoutez les occasions
de péché, les habitudes de péché!…
On en prend l'habitude, mon Père, ce n'est plus grave!…
Mon cher ami, sachez que c'est encore plus grave et, si vous ne
voulez pas vous corriger de l'habitude, vous compromettez
gravement votre salut éternel!
Et ces états de péché, état de sacrilège, état d'incrédulité, état de
pécheur public, que de péchés!… Et vous ne voulez pas que Dieu
nous châtie ?
Allez faire, mes chers Messieurs, cette méditation salutaire. Il s'agit
de revoir devant Dieu votre passé, non pour préparer point par point
votre confession, mais surtout pour voir votre passé en général à
l'aide des divers points des premier et deuxième exercices où vous
avez déjà senti quelque mouvement en votre âme. Devant toutes
ces bassesses du genre humain et vos propres fautes, criez vers le
Seigneur qu'Il vous accorde les larmes d'une contrition parfaite qui
vous réconciliera avec Lui.
Je vous rappelle les trois colloques que vous ferez en Lui
demandant pardon du fond du cœur, quand sonneront les coups
doubles:
- Le premier à la Sainte Vierge, terminé par AVE MARIA
- Le deuxième au Sacré-Cœur, terminé par ÂME DE JESUS-
CHRIST
- Le troisième au Père Éternel, terminé par PATER NOSTER.

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ENFER : Peine du Sens
En préambule: sur le mariage

Mes chers Messieurs, les confessions seront entendues demain.


Que chacun la prépare tranquillement… Nous avons tous notre
paquet n'est-ce pas ?… On vous conseille beaucoup de faire une
confession générale prenant toute la vie ou une partie de la vie; on
vous en parlera d'ailleurs plus longuement tout à l'heure. A la page
323 de votre livre, vous avez une préparation assez bien faite, mais,
(et je dis cela pour les hommes mariés) pensez, dans votre examen
de conscience, à cette question du mariage sur laquelle on dit
beaucoup de bêtises, surtout en ce moment…
Je mettrai les choses au point par quelques lignes du Pape PIE XII
à ce sujet, car il s'agit d'inepties que l'on colporte même dans des
revues et journaux catholiques.
Saint Paul nous dit que la femme se sauvera par l'enfantement, non
pas que l'Église soit nataliste "à tout crin" comme on dit. Non! …
mais l'Église nous dit que les gens mariés ne doivent pas pécher
dans le mariage, et l'onanisme est une chose contre nature que
Dieu lui-même appelle dans l'Écriture "Pessimachose très
mauvaise" . Dans cette fonction humaine de collaborer au plan de
Dieu par la procréation, afin que le Ciel se peuple d'élus, on prend
le plaisir qui y est attaché tout en écartant les conséquences de
l'acte. C'est ce qu'on appelle l'onanisme conjugal… une chose très
mauvaise que les époux n'ont jamais le droit de faire.
Je vous rappelle, à la suite du Pape qui le fait avec grande force,
que lorsqu'on limite l'acte aux périodes de stérilité naturelle – ce
qu'on dénomme méthode OGINO-KNOX ou semblables, de
températures, ou autres que la science pourrait définir – il est licite
d'en faire usage, mais il faut en avoir des raisons graves.
,,Cependant (c'est le Pape qui parle), la permission morale d'une
telle conduite des époux serait à affirmer ou à nier, selon que
l'intention d'observer constamment ces périodes est fondée ou non
sur des motifs suffisants et sûrs. Le seul fait pour les époux de ne
pas pervertir l'acte naturel et d'être prêts à accepter l'enfant qui,
malgré leurs précautions, viendrait au monde, ne suffirait pas à lui
seul à garantir la rectitude des intentions et la moralité absolue des
motifs. La raison est que le mariage oblige à un état de vie, qui, s'il
confère des droits certains, impose aussi l'accomplissement d'une
œuvre positive qui est en rapport avec ce même état. Alors dans ce
cas, on peut appliquer le principe général suivant lequel une
prestation, c'est-à-dire de fournir des enfants, peut être omise si de
graves motifs, indépendants de la bonne volonté de ceux qui y sont
tenus, établissent que cette fourniture, cette prestation est
inopportune et même, n'est-ce pas, que le requérant (le genre
humain) ne peut pas la réclamer”.
Alors, quand est-ce que cette chose est inopportune ? Eh bien le
Pape dit: ,,Il suit que l'observation des périodes d'infécondité peut
être licite (méthode Ogino ou autres semblables) permise, morale,
lorsque ces conditions se réalisent. Certains peuvent être dispensés
en effet, même pour longtemps, même pendant toute la durée du
mariage, pour des motifs sérieux comme ceux qu'il n'est pas rare de
compter dans ce qu'on appelle "l'indication médicale", c'est-à-dire le
médecin qui dit: Non, votre femme en ce moment ne peut pas avoir
d'enfant! Alors, dans cette hypothèse, on peut se servir de la
méthode Ogino, ou bien dans l'indication eugénique, voire même
économique; dans les difficultés passagères, économiques et
sociales, dans les perturbations sociales: guerres ou autres. Si
cependant, ajoute le pape, il n'y a pas selon un jugement
raisonnable et juste de semblables raisons personnelles ou graves,
ou provenant de circonstances extérieures, la volonté d'éviter
habituellement la fécondité de leur union, tout en continuant à
satisfaire leur sensualité ne peut provenir que d'une appréciation
fausse de la vie et de motifs étrangers aux droites règles de la
morale”.
Et dans un autre endroit, le Pape fait remarquer:
,,Il est un terrain sur lequel cette éducation de l'opinion publique et
sa rectification s'impose avec une urgence tragique. Elle s'est
trouvée sur ce terrain pervertie par une propagande que l'on
n'hésiterait pas à appeler funeste (bien qu'elle émane cette fois de
sources catholiques) et qu'elle vise à agir sur les catholiques,
même si ceux qui l'exercent ne paraissent pas se douter qu'il sont, à
leur insu, illusionnés par l'esprit du mal : nous voulons parler
d'écrits, de livres, d'articles touchant l'initiation sexuelle qui souvent
obtiennent de nos jours d'énormes succès de librairie, inondant le
monde entier, envahissant l'enfance, submergeant la génération
montante, troublant les fiancés et les jeunes époux”.
Alors, mes chers Messieurs, si quelques-uns d'entre vous ont des
difficultés à ce sujet, des inquiétudes, des choses pas claires, nous
ne pouvons pas, même en assemblée de seuls hommes, entrer ici
dans trop de détails, vous le comprenez ? … Venez donc nous
trouver en particulier avant ou après la confession; mais il y a là, à
notre époque, c'est certain, un sujet très important, voire même
essentiel, sur lequel les catholiques ne sont pas toujours éclairés
comme il se devrait. Ce que je vous ai dit à ce sujet, ce sont les
paroles même du Pape Pie XII, et sur cette question, il avait quand
même quelque chose à dire, n'est-il pas vrai ?
Tout récemment encore, cet enseignement vient d'être confirmé on
ne peut plus clairement par le pape Paul VI, actuellement régnant,
dans l'encyclique sur la régulation des naissances "HUMANAE
VITAE" qui vient de paraître. Nous vous conseillons de vous la
procurer et de l'étudier. Après tout le bruit qu'on a fait sur les
contraceptifs, il est bon que vous soyez bien instruits de cette
question pour être à même de rétablir la vérité si contestée de nos
jours.
Mes chers Messieurs, nous allons maintenant faire la première des
deux méditations sur l'enfer.
Voulez-vous prendre la page 450 de votre livre; il y a là les
dernières lignes écrites par Saint Ignace dans sa méthode:
18ème Règle pour sentir avec l'Église:
,,Bien qu'on doive estimer par-dessus tout le service généreux de
Dieu, Notre-Seigneur, par le motif du pur amour, nous devons
cependant louer beaucoup la crainte de la Divine Majesté parce que
non seulement la crainte filiale est chose pieuse et très sainte, mais
même la crainte servile, quand on ne s'élève à rien de meilleur et de
plus utile, aide beaucoup à sortir du péché mortel, et lorsqu'on en
est sorti, on parvient facilement à la crainte filiale qui est tout aussi
agréable et chère à Dieu parce qu'elle ne fait qu'un avec son
amour”.
J'attire d'abord votre attention sur le fait que ce livre de Saint
Ignace, cette méthode approuvée depuis quatre siècles par les
Souverains Pontifes, ne les a pas amenés à dire, ce me semble,
que cette dernière règle était de trop et qu'il fallait arracher cette
dernière page! … C'était d'autant plus facile qu'il s'agissait des
dernières lignes! … C'était fini et on n'en aurait plus parlé! … Non,
non ! et que nous dit Saint Ignace dans cette dernière Règle sinon
que, dans nos rapports avec Dieu, il devrait y avoir de la part de
l'homme une réponse d'amour ?
Dieu est amour, amour éternel. Dieu nous a créés par amour. Dieu,
répétons-le, nous a proposé de collaborer avec Lui pour réaliser son
rêve d'amour qui dépasse toutes nos conceptions; alors, nous dit
Saint Ignace, la réponse de l'homme devrait être du même ordre
semble-t-il! L'Amour nous ayant sortis du Néant, nous devrions
répondre à cet Amour par notre amour! … cela serait normal: dans
les familles où les enfants sont ce qu'ils doivent être, il n'est pas
nécessaire que la maman ou le papa, à chaque instant, brandisse
un martinet ou tende une pièce de 5 francs pour les faire marcher ?
… Non ! … papa commande, maman demande et on obéit pour
faire plaisir. Et après avoir rappelé ce qui devrait être, ce qui serait
normal dans nos rapports avec Dieu, Saint Ignace nous prend
comme nous sommes: pauvres hommes avec nos passions, nos
défaillances, nos faiblesses, nos misères et il ajoute: ,,que bien
qu'on doive estimer par-dessus tout le service généreux de Dieu par
pur amour, nous devons cependant louer beaucoup la crainte de la
Divine Majesté, non seulement la crainte filiale qui est chose pieuse
et très sainte, mais même la crainte servile”.
A ce point de vue, Messieurs, il faut nous rappeler qu'il y a trois
sortes de crainte: une crainte excellente, une crainte bonne, une
crainte mauvaise.
La crainte excellente est celle qu'on appelle la crainte filiale: elle
regarde la faute mais ne la fait pas parce que cela va faire de la
peine… voyez… c'est par amour qu'elle ne commet pas la faute…
le motif qui fait agir ainsi est en soi très noble, très élevé…

La crainte qu'on appelle servile est bonne, quoique pas excellente:


cette crainte regarde la faute, mais elle regarde aussi les
conséquences de la faute, c'est-à-dire la punition qui doit en résulter
pour rétablir la justice. Pour ne pas encourir cette punition, elle évite
la faute… Vous le voyez vous-même, ce n'est pas très relevé! …
Cependant, nous dit encore Saint Ignace, ,,la crainte simplement
service, lorsqu'on n'a pas de motif meilleur, aide beaucoup à sortir
du péché mortel et même de l'habitude du péché véniel qui conduit
au péché mortel”.
Et puis il y a enfin une crainte mauvaise qu'on appelle "servilement
servile" : par exemple quelqu'un qui dirait à Dieu: ,,Mon Dieu, vous
savez, heureusement qu'il y a un Enfer, parce que s'il n'y en avait
pas, j'en ferais des cabrioles avec votre loi, hou là là! … mais
comme il y en a un, je vais tâcher de me tenir à carreau…”.
C'est mauvais, même blasphématoire, c'est se moquer de Dieu…
Alors résumons: une excellente, une bonne, une mauvaise.
L'excellente marche avec l'amour, la bonne, bien que très peu
relevée, peut conduire à l'amour, et enfin, la crainte servilement
servile, mauvaise en soi.
Et que pense-t-on de l'Enfer ?
J'ai ici un discours du Pape Pie XII aux prédicateurs du Carême lors
de l'année sainte à Rome. Il leur fait d'abord un tableau du monde
moderne qui n'est pas très réjouissant, et termine en disant que
,,pour réveiller l'esprit de pénitence et de prière, la prédication des
vérités fondamentales de la Foi et des fins dernières de l'homme,
non seulement n'a rien perdu de son opportunité en notre temps,
mais elle est devenue plus nécessaire et plus urgente que jamais”…
Qu'appelle-t-on prédication des vérités fondamentales ?
Eh bien, rappelez-vous hier, au commencement de la retraite, nous
avons vue le "Principe et Fondement", la Vérité fondamentale; et le
devoir pour les prédicateurs est de rappeler à leurs auditeurs, aux
fidèles, ce qui pour eux est le fondement de leur destinée: le salut et
l'éternité…
Qu'appelle-t-on prédication des fins dernières ?
Comme le mot l'indique, c'est ce qui arrive à l'homme en dernier
lieu, c'est-à-dire après la dernière maladie: la mort, le jugement
particulier, le jugement général, le Ciel, l'Enfer… Voilà ce que la
prédication apostolique pendant vingt siècles désigne comme "fins
dernières", et le pape nous dit que ,,non seulement elle n'a rien
perdu de son opportunité, mais qu'elle est devenue plus urgente et
plus nécessaire que jamais”.
,,Cette remarque, dit encore le Saint-Père, vaut aussi pour les
sermons sur l'Enfer (remarquez que ces derniers sont déjà inclus
dans la prédication des fins dernières, donc le Souverain Pontife en
fait une mention spéciale). Certes, continue-t-il, il s'agit d'un sujet
qui doit être traité avec dignité et avec sagesse, mais, quant à la
substance de cet enseignement, l'Église a, devant Dieu et devant
les hommes, le devoir sacré de l'annoncer sans aucune atténuation,
comme le Christ l'a révélé. Sans doute, le désir du Ciel est en soi un
motif plus parfait que la crainte des peines éternelles, mais il ne s'en
suit pas qu'il soit toujours et partout le plus efficace pour écarter les
hommes du péché et pour les ramener à Dieu”.
Donc, au témoignage du Saint-Père, un motif peut être plus parfait
qu'un autre et être moins efficace…
Saint Ignace disait: ,,Seul devrait nous guider le seul motif de
l'amour” cela serait normal, mais il nous dit cependant ,,que le motif
de la crainte servile est bon”. D'où conclusions identiques, bien
qu'exprimée différemment.
Alors, mes chers Messieurs, pour en tenir compte et suivre notre
guide, nous allons faire une méditation sur l'Enfer…
Beaucoup de catholiques, à notre époque surtout, font ce qu'on
appelle l'argument de l'autruche: ils pensent que de fermer les yeux
à la réalité vont les libérer de cette réalité, alors que cela ne change
absolument rien.
On veut bien nous dire que l'autruche, quand elle se voit en danger,
poursuivie par les chasseurs, les lions ou autres fauves, met sa tête
dans le sable derrière une pierre, se croyant sauvée parce que ne
voyant plus le danger. (Remarquez en passant que les autruches
ne sont pas si bêtes que ça, hein! J'ai vu un jour un spécialiste de la
grande chasse en Afrique, et il m'a dit: ,,Pensez-vous que les
autruches soient si bêtes, quand même!”). Ainsi, les autruches, en
réalité, ne le font pas! Mais les hommes, oui! Et il y a combien de
catholiques qui le font ? …
C'est formidable! … lorsqu'on entend ce qu'en dit le Pape; lorsqu'on
sait ce qu'en ont dit les Saints; lorsqu'on sait ce qu'en a dit Notre-
Seigneur lui-même, on se demande vraiment si c'est sérieux de leur
part! …
J'ai pris la peine de relever dans les évangiles les endroits où Notre-
Seigneur parle de l'Enfer, directement ou en parabole indirectement:
eh bien 63 fois, alors qu'il n'a parlé qu'à deux reprises du baptême,
et chaque fois que je vois une Croix, je comprends, moi, que cela
doit être sérieux!…
Si Notre-Seigneur Jésus-Christ a pris un moyen pareil, Lui, le Fils
de Dieu, cela doit quand même nous inciter à réfléchir, non ? …
A voir tant de gens déboussolés à notre époque, on aurait parfois
l'impression que ce n'est pas sérieux, que c'est de la rigolade cette
histoire-là, que tout le monde va au Ciel en 404, sans rien faire,
quoi!…
Pourtant, c'est partout que nous voyons chez les hommes l'épreuve
s'installer: il y a des épreuves à subir pour obtenir des diplômes,
pour des situations, pour être député… Il y a des épreuves pour les
sportifs… pour tout… pour tout il y a des concours, des
éliminatoires… et ce n'est que pour le Ciel qu'il n'y aurait plus
d'épreuve maintenant ? Tout le monde pourrait y arriver sans rien
faire ? … au fond, les imbéciles… ce sont ceux qui se gênent, qui
croient encore à l'Enfer… d'après ce que pensent tous ces gens-
là…
Mes chers Messieurs, je vous l'ai déjà dit et j'y reviens: lorsqu'on
sait ce qu'en pensent Notre-Seigneur, la Sainte Vierge, les Saints et
les Papes, croyez-moi, on est en bonne position, car ils en ont parlé
eux, de l'Enfer…
Un jour, un religieux me dit: ,,Mais, mon Père, vous devez leur faire
peur à ces hommes!… moi, je crois qu'en leur parlant d'amour…".
Écoutez, mon Révérend Père, lui ai-je rétorqué, je voudrais que
Saint Bernard vous prêche une retraite, lui, le chantre de Marie!
Vous en entendriez des choses! Et Saint Thomas d'Aquin, Saint
Louis Marie de Montfort, le Saint Curé d'Ars, et même Saint
François d'Assise, hein ?… oui, je voudrais que vous puissiez les
écouter… La Sainte Vierge aussi y croyait à l'Enfer, et s'il était
tombé en déconfiture depuis le moyen-âge, elle nous l'aurait sans
doute dit!…
Mais, comme vous le savez, elle est apparue à La Salette, là-bas
dans les Alpes, puis elle est revenue à Lourdes, dans les Pyrénées,
réclamant toujours des pénitences et des prières, et puis au
Portugal à Fatima; et si une bombe atomique était tombée sur
l'enfer, elle nous l'aurait dit: ,,Mon petit, maintenant, moi, lo, (((???)))
hein ?… L'enfer "Ffuit"… Vous serez bien tranquilles dorénavant…”.
Mais voilà, la Sainte Vierge a exactement dit le contraire: A Fatima,
en plein 20ème siècle, elle a entrouvert l'enfer à trois petits enfants,
et pour accréditer cela, elle a confirmé son message par un miracle
extraordinaire, le Prodige solaire…
Lorsqu'on lit la Bible, l'Ancien Testament et qu'on arrive par
exemple au miracle des Hébreux qui traversaient la Mer Rouge, ou
bien au miracle de Josué qui a arrêté le soleil pour avoir la victoire,
il y a des gens qui se croient malins en laissant entendre que tout
cela c'était du folklore… alors qu'il y a à peine 50 ans, et que vivent
encore des témoins oculaires, le prodige solaire a été constaté à
Fatima par 70'000 spectateurs venus de partout!… Les francs-
maçons, qui pullulaient au Portugal et se trouvaient nombreux dans
cette lande pour en ricaner ont vraisemblablement dû se rappeler
quelques prières quand ils ont vu le soleil leur tomber dessus… Ah!
ils y ont cru à ce moment-là… même le rédacteur en chef du "O
Seculo" journal libre-penseur qui, relatant le prodige parce qu'il
l'avait constaté, fut mis à la porte du parti par son Comité Central
l'accusant d'avoir touché de l'argent des Curés pour dire cela…
Et oui, Messieurs, la Sainte Vierge a montré l'enfer et elle a prouvé
que c'était elle qui parlait et un évêque italien a appelé les
apparitions de Fatima "une nouvelle révélation de l'Enfer à un
monde qui ne veut plus y croire". Par ailleurs, Lucie, encore en vie,
l'aînée des trois (les deux autres ont été rappelés à Dieu peu après)
a écrit ,,qu'il était certain qu'on n'avait pas donné à ces apparitions
les suites qu'elles auraient dû compter”. En France, on a appris ces
choses-là plusieurs années plus tard!… et Dieu sait pourtant si les
journaux savent nous raconter des histoires plus ou moins vraies,
même les "oh" d'une vedette plus ou moins connue… mais de ces
choses-là, ils ne veulent pas en parler… ou le moins possible,
lorsqu'il y sont contraints…
Et le Saint Curé d'Ars en a parlé lui aussi, quand il disait tous les
dimanches à ses jeunes ,,vous vous damnez” … Pourtant il
connaissait l'amour brûlant du Cœur de Jésus, et les bals, à cette
époque, étaient plus convenables que maintenant, cela ne fait
aucun doute, mais il savait que pour gagner le Ciel il faut laisser de
côté toutes les occasions, toutes les sources de péchés, et qu'il vaut
mieux cent fois faire des sacrifices que de se dissiper…
Oui, mes chers Messieurs, je voudrais bien pouvoir vous faire un
rabais, mais croyez-moi, si cela était possible, je le ferais d'abord
pour moi, n'est-il pas vrai ?… Un jour Saint Augustin dit à ses
auditeurs d'Hippone: ,,Vous avez tremblé, mais j'ai tremblé avant
vous!” … parce que les prêtres, nous, nous serons soignés au
passage, hein ?… C'est évident! et c'est normal! C'est normal,
parce que c'est nous qui détenons les plus grosses responsabilités
puisque c'est nous qui devons rappeler aux autres leurs devoirs…
Alors, moi, je vais essayer de dégager la mienne… Vous, vous êtes
libres, mais remarquez que vous aussi, comme moi, vous aurez à
rendre compte!……
Eh oui, il y a un Enfer et c'est une méditation très salutaire que vous
allez faire. Je n'ai pas le temps de vous lire la vision qu'a eue Sainte
Thérèse d'Avila, la grande Thérèse, mais je peux vous dire
cependant les effets de sa vision qu'elle raconte au chapitre 32ème
de sa vie par elle-même.
Elle a écrit cela par obéissance.
Elle se voit donc en enfer, à l'endroit où ses péchés l'auraient
conduite, si elle ne s'était pas ressaisie et convertie. Remarquez
que Sainte Thérèse s'est convertie assez tard. Elle était auparavant
une bonne religieuse, mais sans plus, elle ne "cassait" rien! vous
voyez ce que je veux dire, et puis, à 40 ans, elle a complètement
changé de vie et c'est à partir de là qu'elle a avancé à pas de géant
dans la sainteté.
Effets de la vision: Premièrement du courage.
,,Je ne sais, écrit-elle, comment cela se fit, mais je compris que
c'était pour moi une très grande grâce. La torture du feu de ce
monde est bien peu de chose en comparaison du feu de l'enfer.
Aussi, je fus épouvantée et je ne crains pas de le dire, c'est là une
grâce des plus insignes que le Seigneur m'ait jamais accordée; j'en
ai tiré le plus grand profit. Elle m'a ôté la crainte des tribulations et
des contradictions de la vie; elle m'a donné le courage de tout
supporter; cette vision m'a procuré en outre une douleur immense
de la perte de tant d'âmes. Il me semble en vérité que pour délivrer
une seule âme d'aussi horribles tourments, je souffrirais volontiers
mille fois la mort. Je ne sais comment nous pouvons vivre en repos
quand nous voyons tant d'âmes que le démon entraîne avec lui en
enfer”.
Dieu sait pourtant si cette Sainte connaissait l'amour de Dieu, elle,
la grande amante de Notre-Seigneur Jésus-Christ!…
Deuxièmement:
,,Désireux de sauver notre âme à tout prix, cela conduit à désirer
que dans l'affaire si importante du salut, nous ne soyons satisfaits
qu'à la condition de faire tout, tout ce qui dépend de nous. Ainsi est-
il dangereux de nous contenter de nos faibles vertus et une âme
qui, à chaque pas tombe dans le péché mortel, ne devrait goûter ici-
bas, ni repos, ni joie. Aussi, pour l'amour de Dieu, retirons-nous des
occasions dangereuses et Notre-Seigneur nous aidera comme Il l'a
fait à mon égard. Plaise à la Divine Majesté de ne point
m'abandonner de sa main, afin que je ne retombe plus à l'avenir,
car j'ai déjà vu la demeure où je devais aboutir. Que le Seigneur ne
le permette jamais, je l'en supplie par ses perfections infinies”.
Je vous disais ce matin, qu'au témoignage de ses confesseurs (ils
ont pu le faire après sa mort), Sainte Thérèse n'a jamais commis de
péché mortel, mais elle était dans une vie facile, dans un couvent
de carmélites qui se trouvait quelque peu relâché. Et puis, elle a
changé de vie; elle a compris par cette vision que si elle ne l'avait
pas fait, elle serait allée beaucoup plus loin. On voit comment tous
les petits désordres mènent loin parfois, car les habitudes de péché
véniel conduisent tôt ou tard au péché grave.
Nous allons donc faire cette méditation que Sainte Thérèse appelle
"une très grande grâce".
Mais pourquoi les prédicateurs modernes ne peuvent-ils plus
généralement faire obtenir cette grâce ? Eh bien, parce qu'ils
restent impuissants devant beaucoup de catholiques qui ne croient
plus à l'enfer, ou bien, s'il y en a un, on ne sait pas si c'est un
endroit: ou une idée: ou un folklore du moyen-âge!…
Il y a quelques années, je prêchais une retraite à Chaillé les Marais,
dans la Vendée; un jeune étudiant catholique de Niort, dans les
Deux-Sèvres, vint me voir au temps libre qui suivait cette méditation
en entrant en coup de vent dans ma chambre:
– ,,Mon Père, moi, je n'encaisse pas l'enfer” …
– ,,Mais moi non plus, mon Cher, que je lui dis… d'abord calmez-
vous, asseyez-vous là… il ne s'agit pas, voyez-vous de savoir si
vous encaissez l'enfer, vous et moi, … il s'agit de savoir ce qui "est",
du verbe ÊTRE, ce qui est… s'il existe ou non…”.
Alors, un peu déconcerté, il me dit:
– ,,Mais alors, c'est sérieux ? C'est que moi, je n'en ai jamais
entendu parler… ou si peu! Je croyais que c'était une histoire
inventée pour faire peur aux types, n'est-ce pas, aux pauvres
chrétiens infantiles, mais maintenant que nous sommes adultes…”.
Ah! ce jargon d'à présent… Chrétiens adultes! quelle absurdité! un
mot plein d'ambiguïté, pourquoi adultes ? Est-ce parce que nous
avons pris de l'âge ? Mais alors chrétiens conscients de nos
responsabilités serait mieux, ou même "chrétiens" tout court, n'est-il
pas vrai ? Mais dans cet esprit moderniste qui envahit tout,
chrétiens adultes devient le synonyme de chrétiens affranchis, de
chrétiens qui discutent, de chrétiens qui contestent quoi!… Allons
donc, Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus a été proclamée par le Pape
Pie XII la plus grande Sainte des temps modernes parce qu'elle a
su nous rappeler justement que nous devions rester "enfants", pas
adultes, non, "enfants" dans notre vie de chrétiens.
Chrétiens adultes!… Évidemment qu'il faut être des chrétiens
raisonnables et avertis, mais nous devons rester "enfants" à ce
point de vue surtout, Notre-Seigneur l'a assez dit…
Oui, Messieurs, Notre-Seigneur a parlé de l'enfer, la Sainte Vierge a
parlé de l'enfer… donc il y a un enfer!…
Mais attention! C'est que quelquefois, on nous dit qu'il y a un enfer,
mais qu'il n'y a personne dedans… Hé! c'est pareil, c'est comme si
on le niait! Mais les saints, eux, ne sont pas de cet avis, je vous le
faisais remarquer. Lisez donc ce qu'en disent tous les saints à ce
sujet, ceux que je vous citais et les autres… Saint Jean Bosco: on a
découvert un peu avant la guerre de 1938, dans un vieux bahut
niché dans un grenier à Turin, 60 schémas de sermons pour ses
jeunes gens et enfants, 40 étaient axés sur les fins dernières… on
est quand même sur le bon chemin en écoutant les saints… il n'y a
pas que Saint Ignace qui en parle…
Et vous verrez aussi qu'il s'agit d'une méditation très sanctifiante…
Je me souviens à ce sujet d'une retraite à Montmartre, où, il y a
quelques années, un jeune publiciste était venu faire une enquête
religieuse entraîné par un ami.
Élevé dans un milieu bien pensant, il avait eu la foi, mais l'avait
perdue. Il s'est converti et, à la fin de la retraite, il me disait:
,,Au début, je m'amusais follement dans ma chambre; je rigolais de
bon cœur, parce que je retrouvais là des notions qui me
paraissaient folkloriques, en bref ce qu'on m'avait appris dans mon
enfance, c'est-à-dire: le Paradis terrestre, Adam et Eve, rien n'y
manquait!…
Je m'amusais… Ah! ça fait du bien de rire un peu… et puis vous
êtes arrivé au "truc" de l'enfer… moi, je n'y croyais pas et vous,
vous aviez l'air d'y croire!… Alors, je me suis dit: des deux, il y en a
bien un qui se trompe… ou c'est le Curé… ou c'est moi! Et puis,
vous avez mis en avant des arguments (que j'avais connus étant
enfant sans pouvoir les approfondir) alors ces arguments oubliés, je
les ai retrouvés ici et j'ai ensuite essayé de voir, moi, sur quelles
bases j'établissais ma croyance qu'il n'y avait pas d'enfer… et je me
suis trouvé bien obligé d'admettre que je n'avais aucune certitude et
que ma croyance était absurde, qu'elle était uniquement centrée sur
les dires de certains bonshommes de mon genre qui avaient intérêt
à ce qu'il n'y ait pas d'enfer et qui, au fond, pratiquaient l'argument
de l'autruche, en voulant se faire croire à eux-mêmes, qu'il n'y avait
pas d'enfer…
A ce moment, m'a-t-il dit, j'ai commencé à avoir "mal au ventre",
parce que, vous savez, je n'ai quand même pas envie de souffrir
éternellement, je ne suis pas fou à ce point!…
Elle a commencé comme cela, ma conversion, par un "mal au
ventre", et si, auparavant, je n'étais pas dans la retraite, à partir de
ce moment-là, je me suis mis à la faire sérieusement, avec ce mal
au ventre qui s'est par ailleurs accentué…”.
Eh oui, Messieurs, très souvent (cela fait plus de 700 retraites que
je prêche en 25 ans), j'en ai vu des "mal au ventre", mais rassurez-
vous, c'est très salutaire et très sanctifiant; ne vous étonnez pas,
c'est un mal qu'on ne ressent qu'ici! Avec beaucoup de raison
d'ailleurs, on a parfois comparé la première semaine de Saint
Ignace à une purge… et si l'on prend une purge, c'est que d'abord,
ça ne va pas« puis après l'avoir prise, il est normal que "ça
gargouille" un peu, mais on est bien… après, et après, pour vous,
cela sera demain, après les confessions…
Alors, courage, si vous ressentez un peu cela, c'est bon signe, c'est
que le courant passe… que cela produit son effet…
Veuillez donc prendre la page 361. Nous avons là le 5ème exercice:
la méditation sur l'enfer.
Elle renferme, outre la prière préparatoire, deux préambules, cinq
points et un colloque.
La prière préparatoire ne change pas.
Le premier préambule ou composition de lieu:
Je verrai ici, avec l'imagination, la longueur, la largeur, la profondeur
de l'enfer.
Messieurs, l'enfer est un lieu. L'enfer n'est pas une imagination
d'illuminés du moyen-âge. Il n'est pas une idée baroque! L'enfer est
un endroit, un lieu…
L'Église ne l'a pas défini comme tel, c'est pourquoi on ne présente
pas cela comme étant de "foi", mais l'Écriture et l'Église sont
tellement pourvus de citations à ce sujet qu'on dit que c'est de la foi
divine, voyez… c'est Dieu lui-même qui a révélé qu'il y a un enfer…
Il en est de même de beaucoup de vérités qui découlent du trésor
de la Révélation non encore définies par l'Église, raison pour
laquelle on dit communément qu'elles ne sont pas de foi, bien
qu'elles aient été révélées.
Ainsi donc, composition de lieu: nous allons en enfer, voir par
l'imagination ce qui s'y passe. Nous pourrions nous servir très
utilement de la vision même des trois pastoureaux de Fatima,
puisque c'est la Sainte Vierge elle-même qui la leur a présentée.
Ils nous ont raconté cette vision: De même qu'au Portugal en
automne on brûle des monceaux de feuilles mortes, ce qui produit
des flammes dans une épaisse fumée avec de nombreux remous
projetant les feuilles enflammées, soulevées qu'elles sont par les
courants ascendants de l'air chaud, eh bien, dans cette vision, il y
avait aussi un abîme effroyable, un abîme de flammes et de fumées
où l'on voyait monter des choses brillantes comme le sont les
feuilles incandescentes et cela était les âmes reprises dans de
terribles remous, comme des explosions d'étincelles dans les
grands incendies.
C'est la vision des 3 enfants de Fatima: vous pouvez vous en servir
comme cadre de méditation, si vous le voulez.
Deuxième préambule: la demande de grâce.
Que voudrais-je obtenir en faisant cette méditation ?
Saint Ignace nous dit:
,,Ici, je demanderai une connaissance intime des peines que
souffrent les damnés, afin que, si j'oubliais l'amour du Seigneur
éternel à cause de mes fautes, la crainte des peines éternelles
m'aidât à ne point tomber dans le péché”.
Vous voyez, toujours la même idée: nous devons aller tout à Dieu
par amour, mais nos passions nous faisant oublier cet amour,
(combien de fois, comme je vous le disais ce matin, combien
d'hommes ont promis un amour "éternel" à une pauvre fille qui leur
a fait confiance et puis la passion de boire, celle de la chasse, la
passion d'une autre femme, que sais-je, leur font oublier leurs
serments… et à ce moment-là, ils s'en moquent bien de leur femme,
de la vraie… de la légitime! Ah! les passions sont terribles)… eh
bien, quand les passions parlent trop fort, il faudrait nous souvenir
que Dieu, un jour, nous demandera des comptes "afin que si
l'amour du Seigneur, qui seul devrait nous conduire, était oublié à
cause de mes passions et de mes fautes, du moins la crainte des
peines m'empêche de tomber dans le péché”.
Alors, quelle grâce vais-je demander ? Eh bien, celle qu'a eue
Sainte Thérèse, la grâce qu'ont eue aussi les 3 enfants de Fatima et
combien d'autres! Oui, demandez cette grâce. Tâchez de l'obtenir…
Il est évident que si vous compreniez un peu la souffrance des
damnés, le péché deviendrait pour vous impossible à envisager…
Sainte Thérèse disait que c'était l'une des plus grandes grâces que
le Seigneur ait pu lui faire! alors… demandez-la!
Mais en même temps, faisons bien nos petits efforts personnels
pour ne pas nous évader de cette méditation. A cet effet, Saint
Ignace va nous la simplifier: il va nous faire faire une méditation par
application de nos cinq sens. C'est très facile: il vous suffira de voir,
d'entendre, de respirer, de goûter et de toucher, voyez-vous!… vous
servir de vos sens pour mieux comprendre (je vous recommande
aussi de tirer vos volets pendant la méditation, cette lumière crue du
soleil contribuerait à vous sortir du sujet). Donc, après la prière
préparatoire, et la demande de grâce:
Premier point - Regarder
Nous regardons l'enfer en nous servant de la vision des enfants de
Fatima: Nous regardons ce feu immense comme le dit Saint Ignace
et ces âmes comme des corps de feu.
Vous l'avez peut-être remarqué: Saint Ignace est très sobre
d'expressions et de mots… A notre époque nous avons des images
tout aussi effroyables.
Pendant la dernière guerre, par exemple, la capitale de la Saxe,
Dresde, ville ouverte de plus d'un million d'habitants, qui en avril
1945 était par surcroît encombrée de gens, femmes et enfants
fuyant devant les armées russes triomphantes, fut le théâtre, au
cours d'une nuit, d'un bombardement terrible de forteresses
volantes anglaises et américaines. Sur le moment, on avait parlé de
500'000 morts; par la suite ce chiffre a été ramené à 200'000, mais
quand même ce fut une formidable hécatombe!… sans compter
d'innombrables blessés et disparus… C'était la fin du IIIème
Reich…
Vous pouvez aussi vous rappeler celui d'Hiroshima au Japon avec
les effroyables effets d'une seule bombe atomique… On chiffra
80'000 morts d'un seul coup et plus de 120'000 dans la seule année
qui suivit, tués des rayonnements de la radioactivité. Sans compter
tous ceux qui sont décédés depuis. Et maintenant, il y a paraît-il,
des bombes H mille fois plus fortes que celle qui fut utilisée à ce
moment-là, et on expérimente toujours davantage, là-bas en
Arizona, dans le Névada et dans le Pacifique où des Atolls ont été
complètement détruits…
Mais, si puissantes que soient ces bombes, si nombreux que soient
les morts qu'elles entraînent, qu'est-ce cela en comparaison de
l'enfer, où se trouvent les âmes perdues depuis le commencement
pour l'éternité ? On ne peut avancer de chiffres, mais si vous faites
bien votre méditation, peut-être vous demanderez-vous sans vouloir
pour autant préjuger sur leur sort que Dieu seul connaît, s'il ne se
trouve pas parmi les réprouvés certaines connaissances, certains
parents peut-être ?
Si vous montez dans le séjour des bienheureux, là aussi, sans
doute, trouveriez-vous parmi les élus des Saints de votre paroisse,
qui vous ont approché et précédé dans la vie… sans les connaître
et les préciser, il est certain qu'il y a en enfer bien des gens que
nous avons connus… Et ils y sont pour l'éternité… C'est fini pour
eux… fini… fini…
Deuxième point - Entendre
Quelquefois, sur la terre, on parle de bruits d'enfer, de cris de
damnés. Sauf miracle, sur la terre, il ne peut pas y avoir de bruits
d'enfer, ni de cris de damnés. Cependant, il peut y avoir des bruits
effroyables comme certains bombardements: Berlin, par exemple,
vers la fin d'avril 1945, Berlin qui était bombardé plusieurs fois en 24
heures, de jour comme de nuit.
La population vivait dans des caves, mais il fallait bien manger
n'est-ce pas ? Alors, on sortait pour faire la queue et à la nouvelle
alerte, au nouvel hululement de la sirène, on reprenait le souterrain,
mais, entre temps, on s'apercevait qu'il manquait de nouvelles
maisons et que certains qui se trouvaient avec vous n'y étaient plus!
Quelle horreur! Ensevelis dans les décombres…
On s'habituait néanmoins à tout; on pensait que ce n'était que
provisoire, que la guerre finirait bien un jour!…
Mais en enfer, c'est beaucoup plus terrible: là oui, il y a des bruits
d'enfer! là oui, il y a des cris de damnés! Si vous prêtez attention,
vous percevrez un cri qui revient souvent, qui se répète sans cesse,
des phrases qui commencent toujours ainsi: Ah! si… Ah! si… Ah! si
j'avais écouté ma femme qui me disait que je devenais
insupportable… ah! si j'avais écouté cet ami qui s'est dérangé
plusieurs fois pour me faire faire une retraite, et je l'envoyais
promener en lui disant que je n'avais pas le temps!… Vous êtes 30
ici, alors qu'il y a des milliers de gens à la ronde qui devraient (au
moins) essayer de se rendre compte, de faire un minimum
d'enquête et la seule enquête qu'ils font c'est, pour y revenir encore
une fois: l'argument de l'autruche… se fermer les yeux… se
boucher les oreilles… Vous avez des milliers de personnes dans les
Landes, le Gers, et les Pyrénées qui devraient venir, on devrait faire
la queue pour s'inscrire à une retraite, mais non… Ils n'ont pas le
temps! Que c'est navrant!!…
Mais, ceux qui par leur négligence sont maintenant en enfer, ils ont
le temps de faire des retraites, voire même de les recommencer,
même de 30 jours, si ça leur chante… Ici, ils ne voulaient pas
prendre la peine de faire le bilan de leur vie, mais là-bas, oui! Ils font
des bilans, des bilans tragiquement inutiles et chaque fois pour en
terminer avec: Ah! si: Oh! si. Idiot que j'étais… misérable… Ah! si
j'avais écouté! Ah! si j'avais changé de vie… Ah! si j'avais coupé
avec cette habitude… Ah! si j'avais rompu cette liaison… Ah! si…
mais c'est fini… L'enfer est éternel avec ses cris, ses pleurs, ses
hurlements… ses blasphèmes…
Troisième point - Respirer
Respirer, l'odorat, la fumée, le soufre, les odeurs, la sentine, le
pourri.
Je vois encore ce soldat de la guerre 14/18… oui, l'hiver, les
tranchées, l'humidité: j'ai vu des batteries entières avec leurs
chevaux qui disparaissaient dans la boue! Mais l'été ? Je me
souviens d'un été en Champagne pouilleuse: nous étions à
quelques mètres des Allemands, et le secteur étant très actif, plus
que jamais nous avions des attaques très sanglantes, et là, entre
les tranchées, dans les fils de fer barbelés, il y avait des corps qui
pourrissaient au soleil! Allemands et français, tout cela avec des
grosses mouches vertes… quelle horreur!… C'est je crois le plus
mauvais souvenir que j'ai gardé de cette guerre… on retrouve des
situations semblables dans les tremblements de terre… combien de
villes qui sont comme rasées dans des craquements sinistres:
Rappelez-vous Agadir, il y a à peine quelques années; maintenant
la Sicile, avec tous ces morts enfouis dans les décombres, qui
dégagent une odeur infecte, pestilentielle… ajoutez-y l'odeur
nauséabonde du soufre dégagée par ces tremblements et vous
aurez ainsi une faible image de ce que l'on doit respirer en ce lieu
où se trouvent ceux dont l'âme était corrompue.
Quatrième point - Goûter
Avec le goût, goûter toutes les amertumes, les larmes, la tristesse,
le ver de la conscience (Saint Ignace donne ici évidemment un sens
très spirituel)…
Dans le tympan des cathédrales gothiques on y a sculpté
généralement un jugement dernier: celui de Bazas est
particulièrement remarquable, tellement la pierre donne l'impression
de parler: les gens semblent jaillir de terre pour être jugés, et tandis
qu'on voit les Saints monter avec Notre-Seigneur au Ciel, on voit les
autres descendre en enfer… Mais à Sainte-Cécile à Albi, c'est en
peinture qu'il est représenté derrière l'endroit où se situait l'autel (qui
n'y est plus en fait, depuis que notre République Française a fait un
musée de cette magnifique cathédrale en briques rouges!), donc on
voit là Notre-Seigneur très haut et puis, devant les spectateurs, les
damnés, les démons grimaçants… les peintres ont rendu avec une
très grande force, la tristesse qui se dégage de tous ces visages de
damnés, travail réalisé par des spécialistes florentins… oui, comme
elle est bien rendue là, cette effroyable tristesse des réprouvés!…
Cinquième point - Toucher
Saint Ignace nous ramène aux flammes: il y a là une souffrance que
nous croyons connaître un peu. Qui ne s'est pas brûlé plus ou
moins en touchant un objet très chaud ? Mais qu'est-ce cela en
comparaison de l'enfer ?
Je me rappelle comment, jeune militaire à Marseille, je fus au
courant de l'accident d'une femme qui, en trafiquant avec un produit
à essence près de son fourneau, fut brûlée comme une torche. Elle
a agonisé pendant 3 jours et 3 nuits, elle criait tout le temps, on en
était malade! Mais les tortures de l'enfer, ce n'est pas comparable…
Ce n'est pas 3 jours que cela dure, ce n'est pas 3 semaines, ce
n'est pas 3 mois, ce n'est pas 3 ans, ce n'est pas 3'000 ans, ce n'est
pas 3'000 siècles… l'enfer c'est à tout jamais ,,Allez, maudits, au feu
éternel qui a été préparé pour vous et les mauvais anges”! Allez
maudits… allez… C'est Notre-Seigneur qui a dit cela… C'est Notre-
Seigneur qui maudit…
Que le péché est donc grave pour qu'il en soit ainsi!
Vous allez faire maintenant cette importante méditation, qui peut
vous faire beaucoup de bien, comme elle en a fait à Sainte
Thérèse… comme elle en a fait à beaucoup d'autres… vous
voyez… très salutaire… elle peut sauver votre éternité! Faites-la
donc de tout votre cœur.
Après la prière, n'oubliez pas de demander à Dieu, dans un élan
éperdu, de comprendre un peu en votre imagination ce que
ressentent les damnés en revoyant, pour vous en faciliter la chose,
les cinq points que je vous ai développés, à savoir:
Regarder – entendre – respirer – goûter – toucher.
Remarquez, qu'en regardant vous entendrez aussi, vous toucherez,
etc… c'est évident… et puis alors, au moment des coups doubles,
vous ferez un peu de lumière et vous lirez alors lentement, de tout
votre cœur, le colloque que vous avez à la page 362 et vous
terminerez par le Pater; puis un examen de la méditation avec la
page 337, et, comme à l'ordinaire, quand sonnera le roulement,
vous aurez temps libre… Courage!…
-------

((page 101))

ENFER : PEINE DU DAM


En préambule: Sur la Confession générale
Veuillez prendre la page 355: Confession générale et communion. Je vous
rappelle que c'est demain que nous entendrons les confessions. Comme on a
dû vous le dire tout à l'heure, on conseille beaucoup la confession générale,
c'est-à-dire, une confession qui reprend toute la vie, ou une partie de la vie…
mais, je vous rassure tout de suite, cela n'est pas si difficile qu'on pourrait le
supposer et c'est une grande grâce de le faire.
Saint Ignace dit qu'il y a à cela de nombreux avantages dont voici les trois
principaux:
Premier avantage: C'est de se mieux préparer à paraître devant Dieu.
Si je prends un exemple courant: Ce n'est pas quand vous aurez la tête dans le
pare-brise ou la direction dans l'estomac, tandis que votre DS sera démolie et
que l'agent viendra voir si vous êtes encore en vie, qu'il vous sera très loisible
de vous préparer à la mort, vous le comprenez bien!… Un jour témoin d'un
grave accident, je me trouvais arrêté sur la Nationale 2, au nord de Paris en 2
CV avec le frère; je remontais donc à pied un grand nombre de voitures quand
je vis enfin un grand camion de boissons gazeuses renversé et 3 autres
voitures de tourisme qui avaient percuté sur lui ou entre elles, je ne sais pas.
On avait emporté les blessés (ou les tués), mais ce qui était tragique, c'était
l'impossibilité où l'on se trouvait de dégager le chauffeur du camion qui se
trouvait coincé dans cet amas de ferraille. Son bassin était probablement brisé
et un homme lui soutenait les épaules pour lui permettre de respirer. Je me suis
approché (et ce n'était pas commode, car il y avait pas mal de gens autour d'un
agent, impuissant à secourir le moribond). Enfin, j'ai pu me trouver face à lui;
j'ai fait le signe de la croix sur son front en lui disant de demander pardon de
ses péchés et de se recommander à Dieu… il m'a regardé… A-t-il pu me
comprendre et faire en lui-même un acte de contrition ?… Je l'espère, mais je
n'en suis pas sûr… Je lui ai donné l'absolution présumant qu'intérieurement il
avait pu en avoir le désir… Ce pauvre homme avait la figure blême avec les
sueurs de la mort et une souffrance que l'on devinait terrible!
J'ai toujours demandé à Dieu de ne pas mourir comme cela sans avoir le temps
ou la possibilité de supplier la Divine miséricorde!…
Oui, je vous le répète, n'attendez pas un moment semblable pour vous
préparer; il vaut mieux le faire aujourd'hui, tranquillement dans votre cellule ou
à la chapelle en revoyant tous les péchés de votre vie comme si vous aviez à
paraître devant Dieu… N'attendez pas qu'il soit trop tard!…
Deuxième avantage: C'est de s'humilier beaucoup, ce qui permet de retirer en
abondance les grâces que cette attitude vous fait obtenir. C'est une grande
grâce en effet, de pouvoir faire une rétrospective de toute la vie, avec ses
péchés comme s'ils défilaient au jour du jugement…
Troisième avantage: C'est de se mieux connaître, de mieux voir tous nos
défauts et les points faibles de nos penchants, ce qui permet, évidemment, de
se mieux protéger.
Indépendamment sont attachés à la confession générale trois autres avantages
particuliers:
En premier lieu, il faut comprendre que le péché, même pardonné, laisse en
nous deux choses dont l'une est une dette, une peine à payer (bien qu'il soit
certain qu'étant pardonné, il ne nous mérite plus l'enfer).
Effectivement, tous nos caprices sur cette terre, tous nos péchés, il faudra les
payer: eh oui, il faudra les payer. Bien que pardonnés, il faudra qu'il y ait une
compensation de ces fautes et comment cela ? … où ça ? … eh bien … ou sur
la terre par nos larmes, nos épreuves, nos souffrances, nos peines, nos
pénitences, nos sacrifices, nos mortifications ou alors, en supposant que l'on
meure en état de grâce, si la dette n'est pas payée ou est insuffisamment
payée: au purgatoire.
Et les souffrances du purgatoires, mes chers Messieurs, méritent qu'on s'y
arrête et qu'on réfléchisse!… Je ne sais pas si nous aurons le temps de faire
une méditation là-dessus, mais sachez que le séjour du purgatoire est terrible:
Saint Thomas pense que la plus petite peine du purgatoire est plus atroce que
la plus grande peine de la terre!
Oui, si l'on se souvient que même un péché véniel a une répercussion éternelle
(on vous en parlera plus longuement tout à l'heure) nous avons à craindre ce
purgatoire, et c'est pourquoi il faut savoir que toute nouvelle absolution tombant
sur un péché déjà pardonné par une absolution précédente, enlève un peu et
quelquefois beaucoup de cette dette restant à payer…
En second lieu, cette nouvelle absolution enlève un peu de la "FOMES
PECCATI" de cette racine de péché, de cette source de péché.
Les péchés pardonnés laissent en effet en nous une tendance au péché,
comme une racine de péché… N'avez-vous pas remarqué vous-mêmes
combien les anciens péchés continuent à nous travailler ? Ils laissent en nous
une tendance à les recommencer: l'ivrogne pour reboire, ,,Qui a bu boira” a dit
le proverbe et c'est vrai si l'on ne prend pas les moyens pour se corriger;
l'avare, lui, n'en a jamais assez; l'impudique n'est jamais assouvi, le gourmand
jamais rassasié, l'orgueilleux l'est de plus en plus… tout péché nous entraîne,
nous remet sur son chemin.
Or, il faut savoir que toute nouvelle absolution enlève non seulement une partie
de cette dette restant à payer, mais aussi de cette tendance qui nous entraîne
à retomber dans le péché, et c'est la raison pour laquelle la Sainte Église
permet que l'on confesse à nouveau des péchés déjà pardonnés.
Et je précise que cette nouvelle absolution peut enlever non seulement une
partie de tout cela, mais même la totalité de tout ce qui nous resterait à souffrir
si elle extirpe la totalité de ces racines mauvaises, suivant que notre âme se
trouvera ou non dans les dispositions de ferveur et de contrition nécessaires:
oui, si nous recevons cette absolution avec une grande foi, une grande douleur
de nos péchés et un grand et ferme propos, elle peut tout enlever!…
Saint Ignace va vous proposer quelque chose en conséquence: en effet, quand
dans votre paroisse, vous vous êtes confessés le matin à 7 h. 25 pour la messe
de 7 h 30 alors que vous étiez encore 12 à passer et que Monsieur le Curé était
pressé pour sa messe, quelle contrition avez-vous ? Heu, tout juste peut-être
pour qu'elle soit valide!… mais maintenant que vous avez mieux compris la
gravité du péché, que le péché ,,ça ne se fait pas”!, sa malice, ses
conséquences tragiques, eh bien Saint Ignace vous suggère: Profitez donc!…
recevez sur vos aveux une bonne absolution qui vous enlèvera peut-être tout!
… et au moment de votre mort vous pourrez dire ,,Merci Saint Ignace! Merci
Père Barrielle… merci mon Dieu de les avoir écoutés! Grâce à cette confession
générale, j'aurai peut-être 500 ans de moins à faire au purgatoire!…”. Ne nous
trompons pas… Bien sûr il n'y a pas là-bas de lever et de coucher de soleil,
c'est une façon de parler à notre pauvre entendement humain pour désigner les
plus ou les moins dans la balance divine…
Si nous pouvions voir le nombre de nos péchés véniels commis en une seule
journée, nous serions alarmés de ce que nous amassons pour le purgatoire,
alors, il faut prier beaucoup, mes chers Messieurs, pour ces âmes qui s'y
purifient… c'est un très grand malheur de constater qu'on ne pense
généralement pas à elles! Quels regrets auront ceux qui pendant leur vie se
dépensent pour soulager des misères humaines et qui peut-être laissent
souffrir leur père et mère en purgatoire sans même songer à les en faire sortir
par leurs prières…
En troisième lieu enfin: la communion produit alors plus de fruits. Pourquoi des
gens qui communient souvent voient-ils leur communion porter si peu de
fruits ? est-ce que le Seigneur, dans la Sainte Eucharistie n'aurait pas la même
puissance ? Cette puissance qui guérit subitement la femme qui toucha son
vêtement ? Ce serait un blasphème que de le supposer.
Lui, Notre-Seigneur, a la même puissance, mais c'est nous qui n'avons pas les
dispositions voulues pour accepter ce que Dieu pourrait faire de nous.
Dans l'explication de ce miracle, Saint Jérôme fait observer: Il y avait beaucoup
de monde qui touchait Notre-Seigneur, puisque Saint Pierre lui dira: ,,Tu
demandes qui te touche, alors que nous sommes si serrés ?”.
Mais, dans cette foule, il n'y avait que cette pauvre femme qui priait du fond du
cœur, qui avait un grand désir d'amour pour Notre-Seigneur et une grande foi
en Lui.
Si donc, après avoir reçu l'absolution de toutes nos fautes, notre âme est mieux
disposée, nos communions seront bien plus ferventes et porteront beaucoup
plus de fruits parce que nous ne ferons qu'un avec Notre-Seigneur et nous
avancerons davantage dans la sainteté.
La confession générale n'est pas obligatoire, mais Saint Ignace la conseille
fortement… A la page 323/328 vous avez deux méthodes pour la préparer:
l'une, la méthode logique qui fait intervenir chaque commandement, l'un après
l'autre. Vous voyez dans cette nomenclature des possibilités de péchés,
beaucoup de péchés auxquels vous ne songez peut-être pas parce qu'on arrive
à s'y habituer suivant l'expression du livre de Job: ,,Ils boivent l'iniquité comme
l'eau”.
Et puis, la méthode chronologique, qui prend la vie depuis l'âge de raison par
tranches, par périodes de la vie: par exemple jusqu'à la communion, puis à
l'âge de la puberté, pendant la jeunesse, le service militaire, les fiançailles, le
mariage, etc…
On peut aussi les faire intervenir toutes les deux, mais l'essentiel de l'examen
de conscience, Messieurs, je vous en supplie, n'est pas tant de rechercher tous
vos péchés (de toute façon, vous en oublierez), mais bien de regretter d'avoir
offensé Dieu et d'être décidés à mourir plutôt que de mettre en discussion si
nous pécherons ou non!… Voilà l'essentiel, et il ne faut pas attendre d'être aux
pieds du prêtre pour faire ces actes de regret… Non!… C'est au fur et à mesure
que se poursuit l'examen de conscience que l'on demande pardon à Dieu de
tous ses péchés…
Pour ceux qui font la confession générale pour la première ou deuxième fois, je
leur conseille vivement de la faire selon la méthode chronologique, période par
période, on vide mieux son sac!…
Pour les anciens, ils peuvent soit la faire à nouveau (cela aide beaucoup à
l'humilier), soit la prendre à partir d'un fait saillant de leur vie, par exemple leur
dernière confession générale ou leur dernière retraite…
Faut-il écrire ses péchés ?… Ce n'est pas défendu! ce n'est pas obligatoire non
plus… de toute façon, vous en oublierez! Mais, si vous craignez de vous
troubler, mettez une note, une indication qui puisse vous mettre sur la voie,
mais tout cela en toute sérénité d'esprit, l'essentiel étant, comme je vous le
disais, de revenir à Dieu loyalement et fermement décidés à changer.
Le démon, qui est un menteur, essaie de nous troubler, de nous faire peur avec
la confession alors qu'elle est une invention (j'allais dire incroyable) de la part
du Cœur de Jésus pour nous délivrer et non pour nous torturer, et par laquelle
Il nous montre toute sa bonté. Il veut tout nous pardonner, gratuitement
pourrait-on dire. Profitez donc car ce qu'Il aura effacé à cette confession, Il ne
vous le reprochera pas au jour du jugement.
Un dernier conseil: Si vous avez peur de ne pas bien vous confesser, voulez-
vous que je vous donne un moyen infaillible ? Eh bien, (gardez cette recette
toute votre vie) faites une très bonne prière à la Très Sainte Vierge. Je vous
garantis qu'avec elle vos confessions seront toujours bonnes.
Vos confessions seront donc entendues demain, non pas pendant les
méditations (celle-ci n'ont pour objet que de vous faciliter la contrition), mais
entre deux exercices, la seule chose importante étant de revenir à Dieu
loyalement, sans arrière pensée et d'accuser au moins tous les péchés mortels
dont on se souvient et qui n'ont pas été déjà accusés dans une bonne
confession. C'est le minimum.
Il y aurait également à dire les péchés véniels plus ou moins graves, mais
omettre un péché véniel, ne rend pas une confession sacrilège. Veillez aussi,
dans le ferme propos, d'être décidés à prendre les moyens pour lutter et ne
plus pécher délibérément.
Quelqu'un qui voudrait obtenir le pardon sans vouloir prendre les moyens pour
ne pas récidiver, ne serait pas loyal envers le sacrement de pénitence.
*****
Voulez-vous prendre la page 366 ? Nous allons voir maintenant les points de la
méditation que vous allez faire, la méditation des peines morales de l'enfer.
A première vue, il n'apparaît pas qu'elle soit prévue dans le livre des exercices,
mais nous l'ajoutons à cet endroit, car en fait elle est implicitement renfermée
dans les premier et deuxième exercices sur le péché dont elle est une reprise.
Saint Ignace, dans la méditation précédente vous a fait descendre en enfer
pour bien vous montrer la gravité du péché et vous faire en quelque sorte
toucher du doigt ce qu'il mérite, que ce n'est pas pour rire!… que de Dieu, on
ne se moque pas… que ceux qui veulent jouer au petit soldat et faire les forts
n'auront pas le dernier mot… NOLITE ERRARE DEUS NON IRRIDETUR nous
dit Saint Paul dans sa lettre aux Galates ch.6. Ne vous faites pas d'illusions,…
de Dieu on ne se moque pas… Ce que l'homme aura semé, c'est ce qu'il
récoltera… et en un autre endroit de son épître aux Hébreux, il nous dit encore:
,,Il est horrifiant de tomber entre les mains du Dieu vivant”.
Oui, du Seigneur on ne se moque pas. Il faut n'avoir là-dessus aucune
hésitation.
Vous remarquerez que Saint Ignace parle d'amour depuis le début, mais sans
en prononcer le mot. De son temps déjà on le profanait tellement!… un peu
comme à notre époque où on le met toujours en avant, tout en faisant le
contraire de ce qu'il exige… eh bien, c'est dans le 5ème exercice qu'il emploie
ce terme pour la première fois en nous disant: ,,de façon que si j'oubliais
l'amour du Seigneur éternel à cause de mes fautes, du moins la crainte des
peines m'aide à ne pas tomber dans le péché”.
C'est la demande que vous avez formulée tout à l'heure et en fait, vous avez
médité comme le demandait Saint Ignace, en faisant application des sens.
Il voulait que vous vous rendiez compte; il voulait que vous obteniez la grâce
que le Cœur de Jésus accorda à Sainte Thérèse d'Avila. Elle raconte cela dans
sa vie par elle-même, au chapitre 32ème, cette grâce qui fut aussi celle que
Notre-Dame de Fatima obtient pour les trois petits bergers auxquels elle confia
un message terrible, un message que le monde ne voudrait pas recevoir (et
qu'il ne veut pas recevoir, bien qu'une grande partie de ce qui avait été
annoncé alors en 1917 soit déjà arrivé) et pour sauver et fortifier les enfants,
elle obtint pour ces petits la grâce de la vision de l'enfer.
Sainte Thérèse d'Avila raconte que religieuse un peu relâchée le démon lui
avait préparé sa place en enfer, mais le Cœur de Jésus, qui voulait de Thérèse
faire une grande Sainte, lui donna successivement toute une série de visions
sur la Passion (Il lui avait fait voir déjà les peines de l'enfer) mais cette fois, il lui
fit ressentir les peines qu'elle aurait endurées à la place que le démon lui avait
préparée.
Le pape qui a béatifié Sainte Thérèse a dit qu'elle n'avait jamais fait de péché
mortel, donc elle n'a jamais mérité l'enfer, mais elle se relâchait et elle
raconte: ,,Six ans après, mon sang se glace dans mes veines rien que d'y
songer!”. Elle dit encore que le feu de la terre était un feu en peinture à côté de
celui de l'enfer.
A la fin de sa vie, elle écrit en épilogue un chapitre où jetant un regard sur son
passé, elle répète que parmi toutes les grâces qu'elle avait eues: visions
nombreuses, extases, elle considérait comme la plus insigne celle de l'enfer où
elle avait ressenti ce qu'on y souffrait!…
Les enfants de Fatima, eux, furent bouleversés: François était un beau petit qui
ne s'en faisait guère, mais après avoir eu cette vision de l'enfer il ne fut plus le
même; il ne pensait alors qu'à faire des sacrifices car la Sainte Vierge avait dit
qu'il fallait en faire pour sauver les pauvres pécheurs. Il ne savait point ce
qu'était "faire un sacrifice". Il interrogea sa cousine Lucie: ,,Si je donne mon
pain aux brebis, c'est un sacrifice, cela ?…”. Eh bien oui, et dès qu'il partit, non
loin de la maison, il donnait aux brebis toute sa nourriture, son pain, son
fromage, restant toute la journée sans manger et le soir, quand il rentrait à la
maison, il faisait encore des sacrifices. La maman qui ignorait ce qui s'était
passé, lui disait: ,,François, tu es fatigué, va te reposer…” et lui de
répondre: ,,Oh Maman, si je pouvais encore arracher une âme à l'enfer… si tu
savais!…”.
La petite Jacinta, dans le peu de vie que Dieu lui laissa (elle eut une maladie de
consomption, la tuberculose des os, je pense, car on devait l'amputer au fur et
à mesure) à l'hôpital, en voyant les internes avoir parfois une attitude douteuse
avec les infirmières, disait à sa voisine de lit (à 10 ans, cela ne peut
s'inventer): ,,Les malheureux! s'ils savaient ce qui les attend en enfer!…” et
tous les trois ont indiqué que si la Sainte Vierge ne les avait assurés de les
emmener au Ciel avec elle, ils seraient morts de peur à cette vision…
Jacinta et François sont morts peu après.
Oui, on ne se moque pas de Dieu… il faut que cet impératif se grave dans votre
cœur.
C'est par amour que Dieu nous a révélé l'enfer et a tant insisté pour nous
mettre en garde… S'Il ne l'avait dit qu'une seule fois, cela aurait dû suffire, mais
Il en a parlé très souvent pour nous pénétrer de cette réalité; vous avez pu en
voir déjà quelques textes et Saint Ignace, dans cette méditation, a voulu que
nous nous rendions bien compte de ce péril en obtenant un peu de cette grâce
que Sainte Thérèse et les trois enfants de Fatima ont eue afin que nous
comprenions davantage que le péché ,,ça ne se fait pas”, qu'on n'a même pas
à mettre cette possibilité en discussion…
Voyez-vous, mes chers Messieurs, Dieu nous a créés pour jouir de Lui. Il est
notre fin dernière et faire le péché, c'est renoncer à cette fin pour lui préférer…
quoi ? Dites-moi!… quelque chose de vil… les créatures… nos passions… nos
caprices… l'argent ou le qu'en dira-t-on! voilà!… et vous avez médité la peine
du SENS, où chaque sens est puni par où il a péché, mais elle est surtout: le
FEU.
Eh bien, sachez que vous n'avez pas encore médité la plus grande,
l'essentielle peine de l'enfer…
La peine du Sens est la plus petite peine de l'enfer, et Saint Bonaventure va
jusqu'à dire que Dieu aurait ajouté le feu à l'enfer par Charité pour nous, pour
nous faire éviter la plus grande, car le feu nous comprenons ce que c'est,
tandis que la vraie peine de l'enfer est infiniment au-dessus de notre
entendement.
La vraie peine de l'enfer, c'est la peine du DAM (D A M) ou la damnation, le
,,Retirez-vous de moi, maudits” …
Être maudit de Dieu… être séparé de Dieu à jamais!…
Nous allons essayer de le méditer pour mieux comprendre la gravité du péché,
pour comprendre que le péché mortel est le commencement de ça!… On peut
dire en effet du péché mortel ce que l'on peut dire de l'état de grâce, mais à
l'inverse…
L'état de grâce est le commencement du ciel parce que la Trinité Sainte habite
alors en notre âme avec la différence toutefois que sur la terre, nous ne le
savons que par la foi… cela ne se sent pas, cela ne se mesure pas et, de plus,
tant que nous sommes en vie, nous pouvons perdre cet état de grâce: ,,Opérez
votre salut avec crainte et tremblement” disait Saint Paul parce que tant que
nous respirons nous risquons de le perdre; mais, dès que la mort intervient, si
nous sommes en cet état de grâce c'est cet état, cette vie divine en nous qui
s'épanouit pour l'éternité dans une extase sans fin, dans un mariage divin, une
joie infinie, un face à face avec Dieu, un amour ineffable! Voilà ce qu'est l'état
de grâce: le commencement de ce bonheur…
Et nous disons également du péché mortel qu'il détourne de Dieu, notre fin
dernière. Le pécheur se met en état de damnation, se détache du Bien Infini.
Au moment de la mort, l'âme verra que Dieu est la Vie éternelle, l'Amour
incomparable, le Bien sans limites. Elle sentira comme une poussée, une
attraction vers l'ÊTRE ainsi connu, mais son refus de Dieu sur la terre, son
péché entraînera, produira une attraction inverse de telle sorte que l'âme du
réprouvé sera tiraillée, comme écartelée entre ces deux courants opposés
parce qu'elle s'est détournée volontairement de Dieu… Voilà la peine du
DAM… un déchirement éternel de l'âme…
Ici-bas, le péché mortel est le commencement de cela: renoncer à sa fin
dernière et lui préférer la créature…
Et oui, ceux-là font ainsi: s'ils pouvaient supprimer Dieu qui les gêne, ils le
feraient… S'ils pouvaient faire leur bonheur éternel de telle vile jouissance, ils
le feraient…
Comment ? Mais mon pauvre ami, tu te moques de l'Infini, de Dieu, de sa
Bonté, de sa Puissance ?

- Ca m'est égal…
- Mais malheureux, songe qu'Il est Immense, Il voit tout, juge tout…
- Ca m'est égal…
- Mais Il est la Bonté, la Miséricorde infinie, reviens à Lui…
- Ca m'est égal. Moi je veux mettre mon plaisir ailleurs…
- Mais Il est la Sagesse infinie…
- Ca m'est égal, moi je veux faire mes caprices…
- Mais Il est la Toute Puissance.
- Ca m'est égal, je veux même utiliser ses dons pour l'offenser, si je pouvais le
supprimer, je le ferais…
Voilà le péché mortel, ce détournement volontaire de la loi divine…
Et quel sera son châtiment ? Ce ne sera pas le Feu (oui, il y a du feu, il ne faut
pas le minimiser car du feu, il y en a, c'est Notre-Seigneur qui l'a dit et il
emploie même le mot "flamme" dans l'histoire du mauvais riche. Oui, il y a du
feu en enfer bien que nous n'en connaissions pas la nature, mais), ce n'est pas
de lui que viendra la plus grande peine: la plus grande peine sera d'avoir perdu
le Bien infini.
Sur la terre, plus le bien que l'on perd est grand, plus on est malheureux:
perdre une somme d'argent, perdre une situation, perdre une épouse ou un
enfant chéris,, il y a là divers degrés qui font que notre peine est différente,
mais ce n'est pas une peine infinie!… et c'est vrai que la plus grande peine de
la terre (nous le voyons bien par nous-mêmes et autour de nous) finit par
s'atténuer, par s'adoucir… après tout, le temps cicatrise, tempère, efface…
mais la perte du Bien Infini, nous ne pouvons la comprendre parce que notre
esprit limité est impuissant à réaliser l'Infini…
Et pourtant notre âme est fait pour un bonheur infini, pour des satisfactions
infinies, c'est pour cela d'ailleurs que rien sur terre ne peut arriver à nous
satisfaire pleinement ce qui faisait écrire à Saint Augustin: ,,Tu nous as faits
pour Toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet tant qu'il ne se repose pas en Toi”.
Mais, à la mort, notre âme prendra sa dimension d'éternité: elle sera devant le
Bien Infini: elle se sentira infiniment attirée par Lui, par ce Bien pour lequel elle
a été créée "BONUM QUOD OMNIA APPETUNT" dit l'adage scolastique (le
Bien c'est ce que tout le monde recherche) et le Bien Infini attirera infiniment.
Le pécheur s'apercevra que son péché empêchera, annihilera cette attraction
et que cette séparation sera éternelle… eh bien, le péché mortel est le
commencement de cet état, de cet état qui sera son châtiment le plus
effroyable, avec cette différence toutefois, que, sur terre, on en comprend
difficilement la gravité… une petite fille disait un jour à l'un de mes
confrères: ,,Oh! Monsieur le Curé, du Bon Dieu nous n'en avons plus besoin!
…”. Dites-moi, comme si, depuis son premier biberon et son premier bouillon,
elle n'avais pas eu besoin de Dieu pour respirer, pour manger, pour vivre!…
Oui, les gens sont bien irréfléchis quand il s'agit de Dieu mais surtout, ils le sont
lorsqu'il s'agit des devoirs envers Dieu!… et alors, comme l'infini échappe à nos
sens, on se contente de vivre ainsi en ne cherchant pas à le pénétrer, mais
cela ne disculpe pas pour autant hein ?… C'est comme si l'on disait à quelqu'un
sur la route, là-bas, il y a un accident, qu'un homme y a trouvé la mort, mais on
ne lui a pas dit qu'il s'agit de son père; alors, il continue à parler, à rire, à jouer,
mais orphelin, il l'est déjà, n'est-il pas vrai ?…
Celui qui a commis un péché mortel c'est pareil!… il est déjà en état de
condamnation; il est déjà détourné de Dieu, avec cette seule différence que
tant qu'il est en vie, il lui est encore possible de se convertir: le tic-tac de
l'horloge lui répète sans arrêt: Convertis-toi… convertis-toi… reviens…
reviens… Oui, mais que le dernier tic-tac arrive avec la mort réelle, prenant
cette âme détournée de Dieu ,,Là où l'arbre tombe, il reste” dit la Sainte
Écriture… Celui qui meurt détourné de Dieu reste à jamais détourné de Dieu!
… 
Pourquoi les damnés ne pourront-ils pas se convertir ?
Vous ne le savez pas ?
Eh bien, parce qu'ils n'auront plus le temps! Et nous, nous croyons que quand
nous n'aurons plus de temps, nous aurons quand même du temps.
Mes chers amis, quand on n'aura plus de temps, cela sera fini, on n'aura plus
de temps!… voilà pourquoi les damnés ne pourront pas se convertir, parce
qu'ils n'auront plus de temps…
Mais vous, vous en avez encore aujourd'hui. Qu'il est bon le Seigneur de nous
donner encore de ce temps pour revenir à Lui et combien nous devrions
craindre qu'il n'en soit pas ainsi. Regardez cette foule qui se rue allègrement
dans le péché: ,,Oh! qu'on s'est bien amusé dans cette surprise-partie… on a
pu faire des péchés à cœur joie…
Malheureux!…mais tu est en état de damnation!… tu ne connais pas ton
malheur jeune homme!… que la mort te surprenne et te mette devant ton
Créateur, devant le Bien Infini, tu t'apercevras trop tard du malheureux que tu
es!… Il faut que vous méditiez bien pour comprendre en partie au moins cette
gravité du péché qui nous place ainsi devant ce risque effroyable.
Faites la comparaison entre perdre un enfant chéri, une épouse ou quelqu'un
qu'on aime bien et le Bien Infini: Je me souviens, alors que j'étais Curé, d'un
Monsieur qui avait monté une petite affaire industrielle qui marchait bien; il avait
plusieurs enfants dont l'aîné, 20 ans. Il en était très fier et s'apprêtait à
l'adjoindre à son affaire. Mais le jeune homme tomba malade et un matin, à 10
heures, on entendit tout à coup des hurlements dans la rue. Mais qu'arrive-t-il
donc ? A-t-on assassiné quelqu'un ?… Non, c'était le petit jeune homme qui
venait de mourir et le père, un homme habituellement très calme, très pondéré,
poussait ces hurlements en perdant toute dignité, tout contrôle de lui-même.
Mais, qu'est-ce cela ? Si cruelle qu'était sa douleur, il n'avait pourtant perdu
qu'une chose qui passe… un amour humain. Cela n'était qu'un bien limité, son
fils n'était pas un bien infini!
Et si on peut tant souffrir et arriver à pousser des hurlements en perdant tout
contrôle que sera-ce si nous perdons Dieu par notre faute, Lui, le Bien Infini ?
Vous avez sans doute remarqué dans l'Évangile ces paroles un peu
mystérieuses: "Les ténèbres extérieures" ?
Sur la terre, nous avons quelques consolations, même quand nous conduisons
un être cher au cimetière: on a tenté de nous consoler, nous avons ensuite
repris notre travail; quelques distractions, refusées au début, ont pris à nouveau
leur place: en bref, le temps a passé… comme je vous l'ai déjà dit, le temps
guérit tout…
Oui, sur la terre il y a des amis, il y a du temps, mais en enfer, il n'y aura plus
de temps, il n'y aura plus d'amis…
Pardon, mon Père, il y aura sans doute ma femme, mes enfants, certains de
mes amis ?
Oui, Monsieur, c'est probable dans bien des cas, parce que généralement, un
homme ne se damne pas seul et en entraîne beaucoup d'autres avec lui, peut-
être votre femme, votre frère, votre ami, mais en enfer, il n'y aura plus de
femme, plus de frère, plus d'ami…
N'avez-vous pas remarqué un foyer où l'on ne s'aime plus ? on appelle cela "un
enfer"… Eh bien, en enfer, la haine règne en maîtresse: ,,Sous maudit, toi mon
mari, c'est à cause de toi que je suis maintenant en enfer, tu aurais dû être mon
protecteur et au contraire tu m'as aidée à pécher… sois maudit éternellement,
je suis torturée à cause de toi, maudit sois-tu… Sois maudit, toi mon papa, c'est
à cause de toi… sois maudit, toi mon ami, j'étais malade et tu savais que je
vivais dans le péché mortel et me rassurais sur toi, sois maudit…”.
Messieurs, essayons de comprendre que le péché mortel non pardonné, c'est à
cela qu'il aboutit…
Deuxième point: ce qui aggravera encore la perte du Bien Infini, sera le
souvenir cuisant de tout ce qu'on aura fait pour le perdre.
Notre-Seigneur, dans l'Évangile, reprend le mot du prophète et du Psaume
"UBI VERMIS EORUM NON MORITUR"… Qu'il est bon d'avoir tellement
insisté d'attirer notre attention sur l'enfer, sur le "Ver qui ronge et ne meurt pas".
Qu'est-ce cela, si non le remords de tout ce que j'aurais fait ?… Imbécile que
j'étais!… Tous les damnés seront obligés de reconnaître que Dieu les avait
créés pour le bonheur éternel et qu'il aurait été facile de se sauver, car il est,
mes chers amis, plus facile de se sauver que de se damner si on en prend le
chemin: Dans une montagne, ce n'est que si vous prenez le sentier que vous
arriverez au sommet, avec un peu de peine, bien sûr, et avec de la joie dans
cette peine, au fur et à mesure que les horizons nouveaux se découvrent; mais,
si vous ne prenez pas le sentier, vous finirez par vous perdre et par tomber
dans le précipice… Le réprouvé verra combien il lui aurait été facile, avec la
grâce de Dieu, de gagner le Ciel: il suffisait qu'il se jette aux genoux d'un prêtre
et de confesser ses péchés… il suffisait qu'il supplie la Sainte Vierge de
l'aider… il suffisait de fuir les mauvaises occasions, de ne plus être l'esclave de
ses amis et du respect humain, tant au café que chez le coiffeur… les amis ne
l'auraient respecté que davantage s'il avait agi en homme et en chrétien…
imbécile que j'étais!…
Saint Jean dans l'Apocalypse nous parlant des damnés dit: ,,Ils ne pourront
même pas supporter le regard de l'Agneau”.
Qui est-ce donc l'Agneau ?… l'Agneau, c'est le Fils de Dieu, c'est Notre-
Seigneur mort sur la Croix. L'Agneau de Dieu qui a porté les péchés du monde,
ils ne pourront pas le regarder!
Comment ? J'ai payé tous tes péchés… oui, j'ai tout payé et toi tu n'as pas
voulu de mon sacrifice! Et les réprouvés s'écrieront ,,Montagnes, écrasez-
nous!”. Ils chercheront la mort, dit Saint Jean, et la mort les fuira, et ce sera la
mort seconde!… une mort tragique… tragique!… bien pire que la mort terrestre.
Ils se souviendront de cela; ils comprendront que s'ils avaient vécu en bons
chrétiens, ils auraient eu une vie beaucoup plus belle.…
Je ne sais pas si vous voyagez beaucoup, mais allez directement d'un pays
très chrétien à un pays où il n'y a pas la foi, eh bien, cela vous serre le cœur
d'en voir les différences; dans l'un, les épreuves supportées avec plus de foi,
de résignation, plus de sérénité, de charité, tandis qu'ailleurs, on se demande
pourquoi ces croix existent et l'on ne sait alors que lever le poing parce qu'elles
arrivent…
Imbécile que j'étais… je me suis moi-même privé de joies sur la terre par
respect humain, pour faire comme les autres… sachez que c'est souvent par
respect humain, car les femmes, de nature, adorent les enfants qui sont en
même temps leur santé, leur équilibre et leur bonheur ici-bas. Mais c'est
généralement par respect humain qu'elles les limitent: elles ne le disent pas,
mais, c'est pour cela, pour faire comme tout le monde, pour éviter les
sourires…
,,Malheur à toi, fleuve de respect humain” disait Saint Augustin… Oui, par
respect humain, j'ai offensé Dieu… Imbécile que j'étais!… et maintenant, me
voilà damné éternellement… et le damné sera obligé de convenir que Dieu
l'avait poursuivi, l'avait pourchassé en ne lui ménageant pas les
avertissements: chaque année, il voyait tomber les feuilles, il voyait couler
l'eau, il voyait les années qui fuyaient, il a vu mourir ses camarades de classe
l'un après l'autre, ses parents aussi… lui-même s'est trouvé dans un accident
où il aurait pu mourir… oui, tous ces avertissements sans nombre… et puis
cette maladie grave où il aurait été loisible de revenir à Dieu… Imbécile que
j'étais!… Ah! Si j'avais su…
Il m'appelait, frappait à la porte de mon cœur et Il attendait… et moi, je n'ai pas
voulu, souvent d'une façon idiote, par lâcheté, par respect humain… qu'est-ce
qu'ils diraient les copains ?…
Imbécile que j'étais! Et qu'ai-je préféré au Bien Infini ? Alors, il se dégoûtera lui-
même, les démons se moqueront de lui: ,,Ah! on t'a eu, hein, imbécile!… tu t'es
laissé tromper par un peu de cette quincaillerie du monde, par un galon en
papier, par un sourire menteur…”.
Imaginez quelqu'un qui s'endormirait enfant et qui se réveillerait à l'âge
d'homme en ayant sur son lit ces poupées en caoutchouc et ces petites autos
en plastic!… Imbécile, cela m'est égal que tout cela à présent… et il verra ce
qu'il a préféré au Bien Infini, toute cette quincaillerie humaine, toute cette
bimbeloterie, cette verroterie… il verra cela éternellement et il verra aussi cette
Infinie Bonté de Dieu qu'il méprisait par le péché…
Troisième point enfin, auquel nous devons nous arrêter, que les Saints
appellent l'enfer de l'enfer = l'ÉTERNITÉ.
Si je vous demande: ,,Pardon Monsieur, est-ce que vous avez bien compris ce
que cela veut dire ?”. Je crains que vous me répondiez ,,oui” ! car, mes chers
Messieurs, ni vous ni moi ne pouvons comprendre l'éternité.
Dès qu'on en parle, nous pourrions dire: oui, cela fait sans doute beaucoup…
beaucoup d'années!
- Non, Monsieur.
- Ah! Pardon, alors beaucoup… beaucoup de siècles ?
- Non, Monsieur, ce n'est pas cela. Parfois des prédicateurs essayent de faire
comprendre l'éternité en utilisant des figures qui, en fait, sont inexactes, par
exemple: la comparaison du petit oiseau qui chaque année viendrait enlever
une goutte à l'océan, il en faudrait des milliers et des milliers de siècles pour
faire baisser l'océan; mais quand bien même il arriverait à le vider, l'éternité ne
serait ni épuisée, ni même commencée!…
Il n'y a aucune comparaison possible, voilà ce que nous ne pouvons pas
comprendre parce que nous regardons tout avec la notion de temps que seul
notre esprit admet et saisit…
Saint Augustin a une image qui m'apparaît plus appropriée. Il nous dit: ,,Judas
est en enfer depuis tant d'années. Caïn est en enfer depuis tant d'années,
combien ont-ils d'années de moins à souffrir ? Essayez de résoudre ce
problème: aujourd'hui, Judas après 2'000 ans et Caïn après 6'000 ans, mettez-
en davantage si vous croyez devoir le faire. Combien ont-ils de moins à
souffrir ?
Et Saint Augustin répond: ,,C'est une question vaine”. Pourquoi ? ,,Quoniam
Eternitas non habet quando”. Parce que l'éternité ne peut répondre à la
question ,,Quand”, à la question ,,Combien”. C'est pour cela que d'avoir souffert
déjà 2'000 ou 6'000 ans est identique.
Ici, sur terre, quelqu'un qui est condamné aux travaux forcés à perpétuité peut
se dire au bout de 30 ans qu'il a 30 années de moins à souffrir et qu'en fin de
compte arrivera bien un jour où il sera libéré, ne serait-ce que par sa mort. Mais
Judas, lui ne peut pas dire qu'il a 2'000 ans de moins à souffrir, Caïn non plus
qu'il a 6'000 ans de moins…
Oui, nous voyons les choses avec la notion du temps. Or le temps est une
succession de "futur - passé - futur- passé…" le présent, dans le temps, cela
n'existe pas. C'est un point sur la ligne du temps. Ce qui, à la seconde même
était du futur, est déjà du passé, tandis que dans la notion d'éternité, c'est tout
le contraire: dans l'éternité, il n'y a pas de futur, il n'y a pas de passé, il n'y a
que le présent immuable… Voilà ce que notre esprit est incapable de
comprendre mais que les damnés comprennent, eux!… Ils savent que pour
eux, c'est fini à jamais, pour toujours… toujours… jamais… jamais!
Le fiévreux, lui, se retourne sur son lit et il a l'illusion d'avoir un peu de
soulagement… pour le damné ce sera toujours, toujours… le désespoir à
jamais…
Voilà ce que, par la méditation, nous devons essayer de réaliser un peu.
Pourquoi Dieu nous donne-t-il encore du temps ? Pourquoi avons-nous reçu tel
ou tel avertissement ? n'est-ce pas pour que nous puissions nous convertir ?
car nous avons encore de ce temps précieux, de ce temps qui nous est donné
si miséricordieusement ?
Même quelqu'un qui jouerait son éternité une seule fois dans sa vie par un seul
péché mortel, quel risque!… quelle folie!
On ne peut pas jouer à cela, encore moins que de jouer à tuer son père ou sa
mère… on ne s'amuse pas à cela… mais quelqu'un qui ose vivre dans le péché
mortel ? Quelle folie, quelle aberration!
Voilà ce qu'il faut que vous compreniez et nous dirons avec Saint Augustin: ,,O
mon Dieu, ici-bas brûlez-moi, ici-bas hâchez-moi, ici-bas réduisez-moi en
poudre, ici-bas ne m'épargnez pas, mais épargnez-moi pendant l'éternité…”.
*****
Le Père Vallet, notre regretté fondateur, était professeur à Saragosse. Son
collège était dans une rue déserte et il avait remarqué que tous les matins, à la
même heure, passait sur le trottoir un aveugle. La rue n'était pas très
fréquentée et l'aveugle marchait assez vite. Quand il arrivait à hauteur du
croisement de rues, il faisait son petit "Stop" et la traversait en tenant son bâton
blanc. Les gens lui facilitaient évidemment cette sujétion.
Un matin, le Père Vallet, homme plein de cœur, se rappelle qu'on a coupé la
rue plus loin par une tranchée non protégée par un garde-fou; on s'est contenté
de placer un lumignon rouge pour la nuit et un drapeau pour le jour. Et le père
de se dire: mais ce pauvre aveugle va tomber dans la tranchée si personne ne
l'arrête!… Il se précipite, court à la Conciergerie, mais la porte en était fermée.
Le temps d'en avoir la clé, l'aveugle était déjà passé. Le Père se met donc à
courir derrière pour le prévenir, il se dit ,,Tant pis”! et dans la rue, il se met à
hurler: ,,Aveugle! Aveugle! Aveugle!…”.
L'aveugle se retourne enfin: ,,Mais Monsieur, vous êtes fou de crier comme
cela!”.
Le Père Vallet, un peu vexé d'être traité ainsi par cet aveugle à qui il rendait un
si grand service, lui dit: ,,Tenez, Monsieur, venez constater si je suis fou…” et il
le conduit près du trou, près de la tranchée. ,,Vous avez ici, devant vous, un
fossé, une tranchée profonde… tenez… touchez là…”. Alors l'aveugle, avec
son bâton, tâte la tranchée et se rend bien compte en effet que c'était profond.
Il réalise alors le danger auquel il vient d'échapper, lui qui était aveugle… si
maintenant il s'était cassé les jambes ? Comment aurait-il fait pour vivre ?
Comprenant bien le service que ce Monsieur venait de lui rendre et qu'il a dû,
par sa réponse, peiner profondément, il lui prend les mains et lui dit d'une voix
émue ,,Merci… Merci…”.
Nous tous, plus ou moins, sommes des aveugles devant la nécessité du salut,
devant le danger de l'enfer.
Nous avons besoin qu'on nous parle comme à des aveugles à qui il faut faire
toucher du doigt l'horrifiante perspective de la damnation…
Mes chers Messieurs, ce n'est pas à moi que vous devrez dire «Merci», comme
le fit l'aveugle au Père Vallet, mais pendant votre colloque, tenant embrassé
votre crucifix, dans une prière éperdue, c'est à Lui qu'il vous faudra dire
,,Merci… Merci Seigneur, d'avoir payé pour nous, pour nous éviter de tomber
en Enfer…”.
- Allez, allez vite méditer…
-------
ENFER : Rappel des points pour la méditation avant la messe.
Après le rappel des points de méditation, le Père fait faire les actes de début:
PRÉSENCE DE DIEU -
Recueillons-nous et mettons-nous en présence de Dieu. Adorons-le: faisons-
nous petits devant Celui dont on ne se moque pas… O mon Dieu, je vous
adore et reconnais humblement votre souverain domaine sur moi et sur toutes
choses. J'en ai tant de fois abusé dans ma vie. Pardon mon Dieu, je reviens à
Vous !
ORAISON PRÉPARATOIRE -
O mon Dieu, que cette journée et toutes celles que vous me donnerez de
passer encore sur la terre, soient jusqu'au dernier moment employées
uniquement à vous aimer et à vous servir.
COMPOSITION DE LIEU -
L'Enfer: le puits de l'abîme ou l'étang de feu.
LA GRÂCE A DEMANDER -
O mon Dieu, daignez m'accorder de pleurer aujourd'hui mes péchés et de
mourir plutôt que de mettre en discussion si je vous offenserai à l'avenir.
Je vous laisse à votre méditation: La peine du DAM, le remords, l'Éternité.
*******
Après la méditation: colloque terminal.
Nous allons faire les trois colloques prévus par Saint Ignace.
Le premier à la Très Sainte Vierge Marie:
D'abord: O ma bonne Mère, refuge des pécheurs, nous avons tous péché plus
ou moins, peut-être, avons-nous mérité d'être damné éternellement ? Nous
étions détournés de votre Fils bien-aimé, notre doux Sauveur et aujourd'hui,
par votre intercession, nous avons la grâce de pouvoir pleurer nos péchés. O
notre bonne Mère, daignez nous aider et nous obtenir ces grâces que nous
demandons instamment, pieusement, de voir tous nos péchés sans nous faire
d'illusions, de voir leur méchanceté, leur injustice, vis-à-vis de Dieu, d'en voir
même le ridicule! de voir nos péchés avec leur complexité, le même acte
pouvant avoir plusieurs malices et des circonstances aggravantes que j'ai peut-
être oubliées; de me faire voir tout cela et d'obtenir de votre Souverain Fils, ô
ma bonne Mère, Cœur Immaculé et Douloureux de Marie, une douleur intense
et profonde d'avoir offensé Dieu, un vrai et ferme propos; daignez m'obtenir de
pleurer mes péchés, m'obtenir cette grâce que je sollicite sans la mériter! Mais
obtenez-la moi!…
Deuxièmement: O ma bonne Mère, daignez me montrer le désordre de mes
opérations, tout ce qui me pousse au péché, tous mes instincts mauvais, mes
péchés capitaux, mes vices et mes défauts. Que je sois décidé, coûte que
coûte, à les extirper dans leurs racines les plus profondes…
Troisièmement: Daignez me montrer le néant et la vanité du monde et combien
j'en suis l'esclave.
Ensemble: Je vous salue Marie, etc.
Le Deuxième au Cœur de Jésus.
D'abord: Il s'appelle Jésus, c'est-à-dire "Sauveur". Vous êtes venu me sauver,
daignez me montrer mes péchés comme vous me les montrerez au jour du
jugement, sans que je me fasse d'illusions, avec leur nombre incalculable, avec
leur malice, leur méchanceté, leur monstruosité, leur ridicule! J'ai osé
m'insurger contre vous: daignez m'accorder une douleur intense et profonde et
des larmes! O vous, qui avez pleuré mes péchés au jardin des Oliviers ou
attaché à la colonne et sur la croix, daignez m'accorder de pleurer vraiment
mes péchés et qu'aujourd'hui j'en reçoive le pardon de votre part…
Deuxièmement: Que je voie les dérèglements et tout ce qui m'incite à pécher;
que je sois décidé à me vaincre, à fuir toutes les occasions dangereuses.
Troisièmement: Vous qui avez maudit le monde ,,Malheur au monde et à ses
scandales”, daignez m'accorder aujourd'hui d'en avoir un réel dégoût pour tout
ce qu'il a de pervers; que je voie ce qu'il y a de quincaillerie dans ses
promesses trompeuses et qu'au lieu de me laisser séduire comme un enfant,
que j'en voie le néant, la vanité et que plus que jamais, je ne me laisse prendre
par ce maudit respect humain, cause de la damnation de tant d'âmes!…
Ensemble: Âme de Jésus-Christ… (page 339)

Le Troisième et dernier colloque au Père Éternel.


O Père éternel, je vous offre la Passion de Jésus car elle est d'un prix infini.
Vous ne pouvez pas la refuser parce qu'elle est celle de votre Fils bien aimé;
par elle je vous demande de me montrer mes péchés, de m'en montrer la
malice autant que je puisse le comprendre sur la terre, d'en avoir le plus
profond écœurement.
Daignez m'accorder d'avoir une vraie douleur de mes péchés, intense et
profonde et des larmes: que je voie aussi tous mes mauvais instincts qui me
détournent de vous; que je voie également tout ce qui du monde me trompe et
m'attire vers le péché…
Ensemble: Notre Père etc.

En attendant la messe, continuez à vous entretenir avec Notre-Seigneur. Voyez


ce qu'Il vous dit dans le plus profond de votre cœur.
-------
LA MORT ET LES JUGEMENTS
Nous continuons, Messieurs, cette étude très pénible, mais encore une fois
salutaire que nous appelons la première semaine. Nous touchons à sa fin.
Nous essayons de comprendre le péché, acte très mystérieux, d'abord parce
qu'il est libre.
La liberté est une chose très mystérieuse, c'est pourquoi on dit tant de sottises
à son sujet: je pourrais vous donner 30, 40 définitions différentes de la liberté
qui sont autant d'obstacles qu'on enlève devant un but qu'on prétend atteindre
ou désirer, donc, autant de libérations, de telle sorte que, parfois, il peut
sembler y avoir contradiction dans les définitions données, pourquoi ?… Il est
vrai, en effet, selon qu'on se fixe un but élevé ou un but très bas, qu'il y a des
définitions et des libérations différentes paraissant opposées, par exemple: …
voilà un bonhomme qui sort de prison et qui dit ,,je suis libre”…
Vous êtes libre de quoi ?… des murs de votre prison ? oui, peut-être… mais
êtes-vous libre de la passion qui vous fit entrer en prison ?… Non ?… Eh bien
alors, vous y retournerez à la prison car vous n'êtes pas libre!…

Voyez, nous avons là deux définitions différentes de la liberté… d'une part, la


libération des murs de la prison, d'autre part, la libération d'une passion, tout à
fait intérieure, celle-là…
Eh oui, quelqu'un qui se fixe un but très élevé, les Saints par exemple: afin
d'arriver à la sainteté, ils font des vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance,
pour se libérer des biens extérieurs tels que les soins d'une femme ou
l'affection d'un foyer, pour se libérer même de leur propre direction en la
confiant à un autre…
Voyez, vous avez là encore une autre définition de la liberté, mais on est
obligé, lorsqu'on accepte des libérations d'un côté, d'accepter des jougs de
l'autre: il est certain que les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance
sont des jougs, mais des jougs qui libèrent les sommets!…
Par contre, celui qui veut se donner à des plaisirs très vils, très bas,
évidemment, c'est par en-bas qu'il se libère celui-là; par contre il doit accepter
des jougs par en-haut, notamment celui des passions, et il en devient
forcément l'esclave!
Nous devons donc choisir. C'est pourquoi le péché reste mystérieux, parce que
c'est un acte libre, mais aussi, nous l'avons dit, parce que c'est une injure qui
s'adresse à Dieu, de telle sorte que nous avons pu avoir du péché un aperçu
comme en lumière indirecte…
Notre-Seigneur l'a dit: ,,Vous jugerez l'arbre à ses fruits”. Un bon arbre a
quelques fois des fruits qui deviennent mauvais, mais, c'est par accident…
Ce pommier, qui est là, dans le verger, c'est un bon arbre, mais ses fruits ont
été frappés par la grêle ou bien ont été visités par un insecte qui y a déposé
ses œufs devenus des larves… Le fruit est devenu mauvais par accident.
Tandis que si les fruits deviennent mauvais sans accident, c'est que l'arbre est
mauvais. Oui, vous jugerez l'arbre à ses fruits…
Si nous avions le temps dans nos retraites de cinq jours (cela se fait dans
celles de 8 et 30 jours), nous étudierions que les maux qui écrasent le monde
ont tous pour origine les passions: on y trouve l'orgueil, l'avarice, la luxure,
l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse… Tous les maux qui écrasent
les hommes, tous, ont pour origine le péché, même les maux naturels comme
les cataclysmes qui n'auraient jamais nui à l'homme s'il n'y avait eu le péché
originel: ce ne sont pas des vues romantiques, c'est la réalité même physique
qui découvre ce déséquilibre biologique, minéral, je dirais même
astronomique… vous jugerez l'arbre à ses fruits… et après avoir étudié
certaines des conséquences du péché originel et du péché actuel nous avons
vu la plus terrible de toutes: l'Enfer… L'enfer qui est très mystérieux aussi, mais
remarquez qu'il est moins mystérieux que le péché, car s'il n'y avait pas le
péché, il n'y aurait pas l'enfer…
Nous allons maintenant nous arrêter devant une autre conséquence du péché,
une conséquence qui nous prend tous à la gorge, une échéance que nous
trouverons devant nous, et je vous ramène à nouveau à cette image que je
vous donnais au début de la retraite: le chasseur d'aigle qui a sectionné les 3/4
de sa corde, les cordonnets se rompant les uns après les autres… Comme je
vous le disais, c'est notre histoire à tous et un jour, sans que nous soyons
avertis, le dernier cordonnet cassera et nous tomberons dans l'éternité… Oui,
la mort!…
Alors, comme composition de lieu, je vous en donne deux, au chaux, pour
mieux fixer vos idées.
D'abord la première mort:
Nos premiers parents avaient été condamnés à mort, mais ils n'avaient pas
réalisé ce que c'était, puisque cela n'existait pas encore…

Ah! la souffrance oui, la peine oui… leur sort était bien différent de l'état
privilégié où ils se trouvaient avant le péché: la terre produisait des épines et il
fallait la travailler, se baisser, suer pour qu'elle donne des fruits. Ils étaient
arrivés à comprendre cet effort pénible, mais la mort ?… Non!… ils n'avaient
pas réalisé.
Et puis un jour (nous devinons la chose, car le livre de la Genèse est
évidemment discret sur certaines circonstances et nous laisse imaginer d'après
les vraisemblances psychologiques), un jour donc, la pauvre femme, la pauvre
mère, a découvert derrière un buisson le corps ensanglanté de son petit Abel;
et nous pouvons supputer les efforts qu'elle a pu faire pour essayer de ramener
la chaleur dans ses membres froids, le pressant contre elle; puis, l'arrivée de
son mari, d'Adam, joignant ses efforts aux siens, assez gauches d'ailleurs,
comprenant sans comprendre, car l'enfant restait inerte et devenait de plus en
plus froid!… 
Ils ont dû penser alors l'un et l'autre: ,,Ça ? cela doit être la mort!”. Mais c'était
la première fois et tout était problème! Ils ont décidé sans doute de le laisser
sur son lit de feuilles sèches, et il est possible que la maman ait pensé: ,,Oui,
c'est la mort, mais j'aurai cependant quelques compensation: il restera toujours
là, je pourrai le regarder tant que je voudrai, je pourrai en jouir puisqu'il ne
partira plus; évidemment, je ne verrai plus le feu de son regard et je n'entendrai
plus le son de sa voix:”. Elle pensait, en bref, qu'elle ne le perdrait pas tout à
fait!
Et vous devinez ce qui s'est passé au bout d'une trentaine d'heures… une
odeur fade qui envahissait la pauvre cahute…
Mais, d'où vient cette odeur ?… on dirait qu'elle vient du petit ? Eh oui, l'odeur
venait du petit et elle est devenue telle, qu'il a bien fallu aviser!… Maintenant,
on sait bien ce qu'il faut faire, mais la première fois ?
Alors, ils ont dû se rappeler la parole divine, cette parole que les prêtres disent
le mercredi des Cendres: ,,MEMENTO HOMO QUI A PULVIS ES ET IN
PULVEREM REVERTERIS - Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que
tu retourneras dans la poussière” … Ce n'est pas l'Église qui a décidé de cette
phrase dans la liturgie… Non! nous la trouvons au début même de la Genèse:
C'est Dieu qui a dit cela après le péché en s'adressant à l'homme, et, par là,
vous voyez la différence d'action entre le démon et Dieu: le démon dit à
l'homme ,,Si tu manges du fruit, tu deviendras Dieu, tu seras Dieu, tu auras la
science du Bien et du Mal”, tandis que Dieu dit à l'homme ,,Souviens-toi,
homme, que tu es poussière…”. Voyez!… la réalité… et tu retourneras dans la
poussière. Pauvre petit bonhomme qui ose s'égaler à Dieu!…
Tout ce que tu as vient de moi, ton Père, et tu ne veux pas m'obéir ? Tu veux te
rendre heureux à ta façon ? Alors rappelle-toi que tu es poussière et tu
retourneras… tu retourneras… et donc, il va falloir faire un trou… et le petit
retournera dans la poussière… Et, en effet, le petit disparut. Ils comprirent à ce
moment-là que la mort était en réalité plus pénible, plus terrible que ce qu'ils
pouvaient penser; que ceux qui meurent sont arrachés à la tendresse de ceux
qui restent…
Il n'est pas défendu d'imaginer non plus que 8 jours après ils ont pu se dire l'un
à l'autre: Qui sait si le petit n'aurait pas quelque besoin dans l'état où il se
trouve ? Vous savez que très souvent, dans les civilisations anciennes,
lorsqu'on découvre des sarcophages en Égypte, dans les civilisations pré-
colombiennes, centre-Amérique, les Mayas, les Astèques et autres, très
souvent, il (((on ?))) y constate des objets divers, de ce qui fut de la nourriture
(on voit bien par là leur croyance à l'immortalité de l'âme) et ces peuples
pensaient que dans le voyage qui suit la mort, le défunt pouvait encore avoir
besoin de certaines choses de la terre.
Il y a là une démarche qui montre avec évidence la croyance à la survie et
l'immortalité de l'âme… et en pensant que le petit aurait besoin de quelque
chose, ils sont allés le retrouver huit jours après.
Nous réalisons facilement ce qu'ils ont trouvé. Sans doute ont-ils pu se dire
,,Mais qu'est-ce que le péché pour que le Père, notre Dieu, nous ait
condamnés à devenir ça!…”. avant, ils comprenaient sans comprendre car le
cadavre conserve plus ou moins son aspect extérieur, mais 8 jours après, on
voit ce que c'est!
Oui, qu'est-ce que le péché pour que Dieu nous condamne à passer tous par
là! Depuis cette première mort, combien de fois des mamans qui avaient donné
la vie à leur enfant n'ont pas pu la rendre (les mères ne sont que des
instruments, elles donnent la vie et puis c'est fini, elles ne sont pas maîtresse
de la vie et de la mort, les mamans!) Eh oui, c'est fini et c'est arrivé des
milliards de fois que des mamans n'ont pu rendre la vie à leur petit… C'est
arrivé des milliards de fois aussi que des enfants ayant encore besoin de leur
mère, qui s'accrochaient à leurs jupons (c'était navrant et terrible pour eux) ont
été écartés et leur mère a disparu dans une grande boîte en bois sur laquelle
on a mis un couvercle et cela a été fini; ils n'ont plus jamais revu leur mère…
Des milliards de fois… une hécatombe effroyable, conséquence d'un seul
péché!…
Et remarquez que Dieu ne peut pas exagérer: Si vous désobéissez, avait-il dit,
vous mourrez de mort. Dieu avait fait un miracle pour les rendre immortels…
En désobéissant, ils sont devenus mortels… Ce privilège d'immortalité qu'ils
ont perdu, ils ne pouvaient plus le transmettre, évidemment, tout comme il reste
impossible de transmettre en héritage une fortune perdue… Oui, si vous
désobéissez, vous mourrez de mort!…
Si vous voulez une autre composition de lieu, un autre cadre, vous pouvez
prendre la mort de l'impératrice Isabelle, la femme de Charles Quint, une des
femmes les plus célèbres du 16ème siècle par sa beauté et son intelligence…
Elle mourut dans le nord de l'Espagne après une courte maladie. Comme
Charles Quint était en train de bagarrer en Allemagne, son cousin le duc de
Gandie (François de Borgia, vice-roi d'Espagne) dut conduire la dépouille de sa
cousine Isabelle à Grenade où on devait l'ensevelir au tombeau de ses
ancêtres, dans la cathédrale…
Le duc de Gandie accompagna donc la dépouille de l'impératrice sa cousine en
traversant l'Espagne en plein mois d'août, avec les moyens de son temps,
c'est-à-dire avec des chevaux et au milieu d'un grand concours de population à
travers la vieille Castille, la nouvelle Castille, l'Estramadure, l'Andalousie pour
arriver enfin à Grenade après plus de dix jours de voyage et là, dans la
cathédrale, devant le peuple réuni, devant les édiles de la ville, François de
Borgia dut livrer son dépôt.
On ouvrit officiellement le cercueil. Il y avait d'abord un cercueil de noyer, puis
un second en plomb, soudé et muni des sceaux officiels et puis, enfin, un
dernier cercueil de chêne finement sculpté qui épousait un peu les formes de
l'impératrice.
Lorsqu'on ouvrit ce cercueil, ce fut une catastrophe!… un spectacle
effroyable… indicible!… Les gens tombaient comme des mouches… une peste!
… et sommé de répondre si c'était le corps de la très haute et très noble dame
Isabelle de Portugal, ------((fin de la page 120))--------

((p... 121))
épouse du très haut et très noble empereur des Romains Charles cinquième,
François de Borgia, qui avait vu là, 12 jours auparavant le corps d'une femme
très belle… 33 ans… dans l'épanouissement de sa beauté, ne put que
balbutier: ,,Je suis certain qu'on l'a mise là, Isabelle, ma cousine, je l'ai
accompagnée nuit et jour, vous avez constaté l'intégrité des sceaux et je suis
certain qu'on n'y a pas touché, mais vous dire que c'est elle… j'en suis
incapable!…”. On avait mis là une femme très belle… il n'y avait plus qu'un
cloaque innommable qui devenait un danger public. Il fallut fermer rapidement
le cercueil et alors qu'on devait faire le service funèbre avant, on descendit
aussitôt la bière dans le caveau… on s'en débarrassa… et puis le service
funèbre eut lieu… après.
François de Borgia prit la décision de renier la cour. Grand chrétien, tout avait
pour lui désormais un goût d'amertume, il ne pouvait se défaire de ce
spectacle, et il conclut: ,,Moi, j'en ai assez de servir des hommes, des
empereurs, des impératrices, des rois et des reines qui deviennent… ça! Moi,
je veux consacrer ce qui me reste de vie au Roi du Ciel!”.
Il avait 6 enfants. Il arrangea ses affaires et dès qu'il put être libéré de ses
devoirs d'humanité envers les siens, il entra dans la Compagnie de Jésus
naissante. Il en devint par ailleurs le troisième Général, mais il devint surtout
Saint François de Borgia dont nous célébrons la fête tous les ans le 10
octobre… Vous pouvez vous servir de ce cadre si vous le voulez.
Maintenant, quelques idées pour que vous puissiez faire votre méditation, en
commençant par celles qui ne sont pas dans le livre et qui ont trait à la
confession des péchés, puisque c'est bientôt le moment de vous approcher du
Sacrement de pénitence.
Prêtres, nous confessions évidemment dans la retraite, mais nous confessons
parfois dans les paroisses. Nous voyons, le cas est fréquent pour Pâques, des
hommes qui ne se sont pas confessés depuis un an, déclarer ingénument ne
pas trouver de péchés à accuser… vraiment, il y a des saints qui s'ignorent!… Il
y a un an qu'ils n'ont pas pris contact avec le tribunal de la pénitence et ils n'ont
pas de péchés!
On doit cependant se confesser, et, par charité, nous les aidons à voir quand
même s'il n'y a réellement pas de péchés et nous ouvrons nous-mêmes le sac!
… Et on en trouve alors, même des péchés très gros, d'habitudes parfois très
graves…
Rappelez-vous, Chers Messieurs, que le prêtre, dans le Sacrement de
pénitence, réalise quatre grandes missions qui sont l'honneur du sacerdoce: le
prêtre d'abord est juge et en tant que tel il doit dresser un dossier avec des
pièces, et ces pièces, c'est le pénitent lui-même qui peut et doit les fournir; c'est
pourquoi, le prêtre doit interroger pour déterminer la grandeur du pardon qu'il
doit donner et la qualité des conseils qu'il doit prodiguer.
Mais, il n'est pas que juge, il est aussi docteur: il doit à ce titre instruire, car
dans le péché, il y a parfois une part d'ignorance; il faut mettre le pénitent en
garde pour ne pas récidiver.
Le prêtre doit guérir aussi, il est médecin à ce moment-là; mais, pour prescrire
les remèdes utiles, il est obligé de connaître les plaies de l'âme; c'est pour cela
qu'il interroge…
Enfin, le prêtre est Père: Père, il doit consoler. Quelqu'un qui comprend un peu
le sens de la nature humaine et celui de notre passage ici-bas, voit bien que le
péché est la plus rude des croix que puisse porter un homme. C'est pourquoi le
prêtre doit consoler et encourager.
Vous voyez ainsi les admirables missions que le prêtre assume dans le
sacrement de pénitence: il est juge, docteur, médecin et père et c'est pour
remplir ces divers rôles qu'il peut être amené à interroger le pénitent. C'est pour
cela aussi qu'il y a parfois des hommes qui commencent par dire qu'ils n'ont
pas de péchés, puis, lorsqu'on leur en a trouvé et qu'on leur dit qu'il faut faire
telle chose, prendre tel moyen pour échapper à telle habitude, se récrient et
vous disent: Mais, Mon Père, vous comprenez, je suis un homme, moi… que
voulez-vous, vous en demandez trop! il me semble que vous êtes un peu trop
dur, trop rigoriste… etc…
Mais, Monsieur, mon fils, on ne peut pas vous faire de rabais!… Nous, les
prêtres, nous ne sommes que des employés, voyez! Vous pouvez toujours
demander au Patron qu'Il vous fasse un prix, mais ça m'étonnerait qu'Il y
consente vous savez, parce que le Patron Lui, a dit: ,,Que celui qui veut être
mon disciple se renonce, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive!”… Et pas une
croix en carton pâte, en sucre d'orge ou en chocolat… non, non!… la croix
quoi!… la vraie Croix!… Mon fils, nous ne pouvons, et personne ne peut vous
faire de rabais… si vous voulez guérir de vos maux, voilà ce qu'il faut faire…
Oui, il y a des hommes qui se récrient d'avoir à changer une habitude, à rompre
une liaison ou autre chose… cependant, Notre-Seigneur a parlé très clair: Ton
œil te scandalise ? arrache-le et jette-le loin de toi… ta main te scandalise ?
arrache-la et jette-la loin de toi pour ne pas avoir la tentation de la reprendre;
ton pied te scandalise ? arrache-le et jette-le loin de toi, car en vérité je vous le
dis, il vaut mieux entrer borgne, manchot ou boiteux au Ciel que d'aller avec
deux mains, deux pieds, deux yeux en enfer…
Notre-Seigneur est radical n'est-il pas vrai ? Il réalise en cela le "Principe et
Fondement" que vous avez médité; nous sommes sur la terre pour arriver au
but: prenez donc les moyens, enlevez les obstacles quels qu'il soient, il
vaudrait mieux arracher l'œil, etc… : Vous le voyez, c'est très logique!
De nous-mêmes, nous nous livrons bien au chirurgien pour nous faire enlever
un œil lorsque la vie du corps en dépend; nous nous livrons à lui pour nous
faire enlever une main, un pied, un rein, in morceau d'estomac, d'intestin ou
tout autre organe, si c'est nécessaire… pour le corps, nous faisons tout cela
lorsqu'il faut, mais à plus forte raison nous devons le faire pour l'éternité,
soyons logiques!…
Eh bien, mes chers Messieurs, si nous nous livrons au chirurgien pour sauver
le reste – je ne sais pas si vous êtes déjà monté sur une table d'opération
– mais un jour viendra où tous, nous monterons sur une grande table
d'opération… là on ne nous enlèvera pas un œil, une main ou un pied, là, on
nous enlèvera les 2 yeux, les 2 mains, les 2 pieds, les 4 membres, le corps et
la tête… La mort est l'ablation de tout le corps et par le fait même, pensons aux
conséquences:
Vous perdrez vos yeux et vous ne verrez plus vos beaux horizons: les parisiens
leur Île de France et les provinciaux leurs belles vaches laitières, les ruisseaux
limpides, les belles montagnes, la grande bleue, la mer; vous ne verrez plus
votre petit coin, là, avec vos livres, votre atelier avec ses outils, votre transistor,
votre télé, … fini tout cela… vous ne verrez plus votre belle voiture qui vous
donnait tant de joie, votre Citroen, votre Renault, votre Peugeot, fini toutes ces
choses… on ne vous verra plus dans vos rues de Paris, on ne vous rencontrera
plus sur cet escalier de Montmartre venant faire votre retraite ici…
Qu'est-ce qui vous sera enlevé aussi ? … Il vous sera enlevé le temps: il y a
beaucoup de gens qui passent le temps, qui perdent le temps, qui tuent le
temps… on a inventé cette expression de "tuer le temps", essayer de "tuer le
temps"! Grand Dieu, alors qu'il est si précieux… tuer le temps!… Le jour où le
dernier cordonnet cassera on s'apercevra alors de la valeur qu'avait le temps,
quelle marchandise inappréciable était le temps! Ah! si l'on pouvait encore avoir
un peu de temps à ce moment-là pour pouvoir revenir en arrière et se convertir,
mais il n'y aura plus de temps, ce sera fini à jamais…
Comme je vous le disais hier, tant que nous sommes ici-bas, dans le cadran de
notre vie psychologique, l'aiguille de notre liberté joue, nous restons libres
d'agir à notre gré. Mais, dès que la mort arrive, c'est fini… l'aiguille se cale,
nous gardons le cadran, mais l'aiguille est calée à tout jamais, c'est fini, plus de
temps: plus de temps pour changer de vie, plus de temps pour faire cinq jours
de retraite qui auraient été salutaires, plus de temps pour réaliser tel ou tel
projet, c'est fini, fini… fini… dans l'éternité de l'éternité, plus de temps… fini…
fini…
Qu'est-ce qui nous sera enlevé aussi ? Nos idées, en ce qu'elles ont
d'inadéquat avec la vérité, nos idées fausses, erronées, hérétiques…
Beaucoup d'hommes ici-bas ont leurs idées! Je vous racontais hier ce
bonhomme qui était venu à Chabeuil et avait "ses idées". Il est parti le
deuxième jour pour garder "ses idées"… je ne sais pas ce qu'il est devenu,
mais un jour, il sera bien obligé de les laisses… "ses idées“, car, lorsqu'on
arrive au dernier portillon, il y a la douane et puis… et puis il n'y a rien à faire
hein ? il y a des marchandises intellectuelles qui ne passent pas! C'est fini, tout
cela y est arrêté et on est bien contraint de laisser là toutes les idées fausses!

Messieurs, de l'autre côté, il y a, comme vous le savez, deux chemins… un qui
monte, un qui descend, mais en haut comme en bas, on croit au CREDO… Là,
en effet, il n'y a plus de communistes, de marxistes, d'athées… Staline n'est
plus communiste, Hitler n'est plus raciste… j'en suis certain: remarquez que je
ne sais où ils sont, je n'ai pas reçu de révélation à leur sujet, mais, je puis vous
certifier que leur étiquette, ils l'ont perdue, tout comme Rosenberg, Goebels ou
Goering… Mussolini n'est plus fasciste, lui… il ne rêve plus de chemises noires!
… tout ça c'est fini… de l'autre côté on croix intégralement depuis CREDO IN
DEUM PATREM jusqu'à la dernière phrase ET VITAM VENTURI SECULI, il n'y
a qu'ainsi-soit-il qu'ils ne peuvent plus dire…
Oui, voilà ce qui nous sera enlevé… nos idées inadéquates par rapport à la
vérité…
Autre idée, pour vous aider à faire votre méditation: la mort. A notre époque
surtout, elle a deux caractères différents: un caractère joyeux et cela paraît
paradoxal, et un caractères ennuyeux, pénible…
La mort a un caractère joyeux: de là, la vogue de certains films américains, les
Western, avec coups de revolver -pa-pa-pa-pa-pa-, des carabines -pa-poum-
pa… il y a des morts et des blessés à chaque instant… et on aime ça!… J'ai vu
en passant dans une rue de Paris une affiche avec un nouveau film en
Technicolor sur Buffalo Bill, ah! on aime ça! et un retraitant qui était un peu de
la partie me disait que même un peu décousus, ces films étaient toujours en
vogue, avaient toujours du succès. Oui, on aime ça, beaucoup de bruit,
beaucoup de mort, beaucoup de sang; de là aussi, la vogue des romans
policiers avec des crimes plus ou moins parfaits, des magazines de police
comme "Détective" ou autres, on aime ça… et, dans un salon parisien,
lorsqu'un convive parle de la mort de cette façon, en racontant avec brio un de
ces crimes, tout le monde est sous le charme et la maîtresse de maison dit à
son mari: Oh! comme ce Monsieur est intéressant, on l'invitera encore n'est-ce
pas ? C'est tellement bien!
Mais la mort a aussi un caractère très différent, pénible à certains,
profondément religieux: qui nous fait penser à Dieu, à l'éternité, au Jugement.
De ça, on ne veut pas en entendre parler.
Imaginez que dans le même salon parisien, avec toute la mondanité vaine que
caractérise cette appellation, un convive se mette à parler de la mort de la
façon suivante: ,,Un jour n'est-ce pas, nous mourrons et paraîtrons devant
Dieu, le juste juge, pour rendre compte de notre vie et puis, après le jugement,
ou le Ciel… ou l'enfer!… Hou, hou, hou… tout le monde a alors mal au cœur,
tout le monde regarde de travers ce pauvre bougre qui a osé parler de la mort
ainsi et la maîtresse de maison, outrée, dit à son mari… ,,Ah! un salon comme
le nôtre! entendre des choses pareilles! Quel homme stupide et maladroit, c'est
un malpropre, on ne l'invitera plus hein?… d'ailleurs, il me semble que ce type-
là va faire des retraites à Chabeuil !!!…”.
Eh oui, l'ennemi numéro 1… quelle hypocrisie… oui, la mort amusante, la mort
religieuse.
Pourtant, quoiqu'ils en disent, la mort religieuse s'impose à eux, dans le journal
d'abord: des catastrophes d'avions tous les jours il y en a, mais, comme on ne
veut pas trop embêter les lecteurs, on raconte celles qui ne sont pas trop loin
survenant aux Douglas, aux Comet, à Boing, mais des autres, on n'en parle
pas… je n'ai pas besoin de vous raconter ce qui se passe sur les routes de
France et d'ailleurs avec les autos; tous les jours il y a des accidents dont on ne
relate que les plus gros; les autres sont relatés en toutes petites lettres ou on
ne les met pas du tout, on n'en parle même pas…
Bien sûr, la mort: Vous passez à la dernière page du journal, vous avez encore
la mort sous une forme différente: Avis de décès, anniversaires, avis de
messes, de trentains, etc… Remerciements, que sais-je moi ? surtout dans les
journaux régionaux et locaux…
Vous laissez le journal pour prendre la radio ou la télé: toujours la mort qui
apparaît sous une forme ou une autre "Accident de chemin de fer: X morts…
Mesdames et Messieurs, des savants américains viennent de trouver un
produit chimique dont un gramme suffira pour tuer des milliers de personnes!…
Alors, pour échapper au journal, à la radio et à la télé, vous descendez dans la
rue pour vous trouver nez à nez avec un corbillard… ah!… on salue… on salue
et là, dans le cortège, avec hypocrisie, on porte le masque du jour… on montre
qu'on a de la peine… mais on en murmure pas moins… Oh! tu sais, c'était bien
son tour! Il avait l'âge d'y passer quand même! tiens, vieux, donne-moi du feu!
… Eh oui, un frère en humanité qui est parti… dont la corde vient de casser, et
tous les jours il y en a 120'000 comme cela, de telle sorte que dans les jours
qui viendront – c'est déjà marqué à l'avance – le scénario est tout prêt – dans
les jours ou les années qui nous séparent de l'échéance, les uns après les
autres, pour vous… vous… vous… et moi aussi d'ailleurs, la corde cassera,
nous serons dans l'éternité! A moins que vous ayez reçu une révélation
spéciale vous précisant que vous resterez comme graine sur la terre, ce qui
m'étonnerait!
Et pourtant, un marseillais, m'a dit cela un jour: il avait 82 ans, était venu à
Chabeuil faire sa première retraite malgré son âge; en partant, il disait toute sa
joie aux autres retraitants: ,,Moi, à mon âge, je suis tellement content que
l'année prochaine, si je suis encore en vie, je reviendrai, parce qu'à Marseille,
ajoutait-il, nous mourrons presque tous”… Ah! presque tous!… En tout cas, il
ne faisait pas partie de ces "presque", parce qu'il n'est pas revenu… il est mort
dans l'année. A Marseille, nous mourrons "presque tous", façon de parler, bien
sûr, mais un jour, la corde cassera, pensez-y…!
Autre idée encore pour votre méditation: ce moment arrivera bien vite…
Lorsqu'on est jeune, qu'on a 20 ans et qu'on se trouve à la retraite, quand le
Père parle de ces choses-là, on regarde un peu les voisins à côté, les cheveux
blancs ou grisonnants et on se dit intérieurement: Tiens, le Père parle pour les
vieux… Non, non, je parle pour tout le monde et souvent des jeunes partent
avant les vieux; voyez dans les accidents de voitures dans les accidents de
travail… voyez en Indochine: je croix que la France y a laissé plus de 3'000
officiers jeunes; je ne sais combien il en est resté en Algérie et cela sans
compter les noirs, les indochinois; je n'ai point parlé non plus des sous-officiers
et des soldats… Oui, la mort arrivera bien vite. Qu'est-ce que c'est 80 ans pour
celui d'entre nous qui ira le plus loin ? qui partira le dernier ? oui, qu'est-ce que
cela en regard de l'éternité ? Pour tous la mort arrivera bien vite…
Deuxième point de votre méditation: Le jugement particulier.
Saint Paul nous le dit: dès que la personne meurt, l'âme comparaît devant Dieu
pour être jugée. Après quelques heures, le corps est transporté au cimetière,
mais, aussitôt la mort réelle, l'âme comparaît devant Dieu pour rendre des
comptes. C'est normal!…
Saint Ignace essaie de nous faire vivre ce tête à tête avec le Seigneur; les
anciens aussi ont quelquefois essayé de reproduire des scènes imaginatives
sur ce qui suivra la mort, des choses plus ou moins grotesques parfois.
Évidemment, il y a eu et il y aura toujours du mystère dans tout ce qui entoure
la mort, mais nous, chrétiens, nous savons ce qui va se passer: Qu'une
personne meure là, dans la rue, sur la route, en auto ou autre, qu'elle meure
dans sont lit, brûlée, noyée ou de maladie, peu importe; aussitôt que la mort
intervient, on est jugé par Dieu.
Dieu projette alors Sa Sainteté éternelle à l'intérieur de l'âme, y fait resplendir
sa lumière divine de telle sorte que les moindres aspérités morales prennent un
relief extraordinaire: Si l'âme est d'une pureté diaphane et cristalline comme
peuvent l'avoir les enfants mourant après leur baptême avant l'âge de raison et
les grands Saints qui sont passés par de grandes purifications des sens et
surtout de l'esprit, alors on peut dire que la mort, le jugement et la béatitude
éternelle coïncident; mais si l'âme a la moindre tache, même une ombre de
tâche de péché véniel qui prend à cette lumière de la Sainteté divine un relief
extraordinaire, alors le Purgatoire… parce qu'au Ciel, attention, mes Chers
Messieurs, au Ciel rien de souillé ne peut entrer, rien… rien…
Je me rappelle, lorsque j'étais encore enfant, de ma mère qui faisait la lessive
et ensuite il y avait une corvée qui ne me plaisait guère, c'était celle de plier les
draps. Ma mère, qui regardait bien disait: Ah! ce drap n'est pas assez blanc, on
va le remettre; et on le remettait dans la bassine pour le relaver…
Eh oui, il y a des gens qui sont en état de grâce, qui vivent hors du péché
mortel, mais dont l'âme n'est pas assez propre… et il est terrible ce rôle de
purification qu'a le Purgatoire, le mot le dit, c'est pour purger et en purgeant on
se purifie! Nous savons déjà sur la terre qu'un vêtement de valeur à nettoyer
c'est une misère pour le faire comme il faut: il faut y aller doucement surtout
avec certains tissus d'or et d'argent finement tissés, c'est un véritable problème!
… Mais, pour nettoyer une âme!… pour effacer les traces de ses péchés, pour
la rendre apte à paraître devant Dieu ? Imaginons la somme des souffrances
qui seront nécessaires!…
Tous les Saints ont parlé de ce rôle terrible du Purgatoire.
Mais si l'âme a un seul péché mortel non pardonné qui prend lui, un relief
extraordinaire dans cette lumière divine, d'elle-même elle ira en enfer comme
dans le seul endroit qui puisse la recevoir… d'elle-même!… Sans jugement de
Dieu à proprement parler: c'est elle-même qui prononcera son jugement devant
l'évidence de la Sainteté de Dieu; de par son état elle se sentira indigne de
paraître ainsi… voyez, c'est pour cela d'ailleurs que l'on dit: ,,On se damne” …
oui, on se damne sur la terre d'abord et on se damne à ce moment-là aussi…
Troisième point: Le jugement général.
Lorsque l'Église parle du Jugement, elle parle surtout du jugement général.
Vous savez que dans sa liturgie, l'Église n'ouvre jamais un nouveau cycle, au
premier Dimanche de l'Avent, sans rappeler le Jugement dernier… l'Église
aussi n'achève jamais l'année liturgique au 24ème dimanche après la
Pentecôte sans rappeler le Jugement dernier. Oui, l'évangile du premier, du
dernier dimanche du Cycle sont sur le Jugement dernier et nous savons qu'à
ce moment-là seront jugées surtout les élites devant les subordonnés.
Tout sera remis en place. Les Saints exultaient beaucoup à la pensée du
jugement dernier. Je vous ai déjà rapporté, je crois cette parole de Sainte
Thérèse de l'Enfant Jésus écrivant à sa sœur: ,,J'exulte à la pensée que bientôt
nous serons comme des Dieux”. Tout sera rétabli à ce moment-là. Sainte
Thérèse d'Avila, sa mère spirituelle, la réformatrice du Carmel, lorsqu'elle
entendait chanter le Credo et qu'on arrivait à la fin "CUJUS REGNI NON ERIT
FINIS" ne pouvait s'empêcher de pleurer de joie en pensant à l'éternité, en
pensant à la grande victoire du Christ-Roi que sera le Jugement dernier.
Tout y sera rétabli. Des gens qui se trouvaient à l'avant-scène du monde,
vedettes de la politique, vedettes du cinéma, vedettes du sport, etc… qui
accaparaient l'attention du monde, les magazines, les journaux, (pas
nécessairement toutes, n'est-ce pas ?) n'auront en tant que telles aucune
lumière; par contre, de pauvres femmes, de pauvres hommes perclus de
douleurs dans des hôpitaux, des gens qui auront supporté l'épreuve grâce à la
prière et aux sacrements resplendiront plus que des soleils…
Tout sera changé, tout prendra alors un visage d'éternité et lorsque le Christ
viendra comme nous le lisons dans l'Évangile, lorsque Notre-Seigneur viendra
avec sa Croix pour juger, c'est l'attitude que nous aurons eue devant la Croix
qui portera le Jugement… Oui, avec tous ses Saints, Notre-Seigneur viendra
juger!
Alors, où iront se cacher ceux qui auront manqué à leurs devoirs d'époux, qui
auront sali leur lit conjugal ? On peut s'imaginer leurs femmes les accusant
,,Oui, on avait avec toi le droit de tout faire, tu l'as bien cherché” ! Mais souvent,
c'est ensemble qu'ils se damnent, s'entraînant l'un et l'autre… où iront se
cacher ceux qui par égoïsme auront refusé la vie aux enfants qu'il devaient
avoir ?
Où iront se cacher ceux qui auront manqué aux devoirs de la justice ? Vous
savez qu'on pourrait trouver 30 à 40 verbes maintenant pour justifier le vol:
Avant, "voler" consistait à prendre le portefeuille dans la poche du voisin ou à
fracturer sa maison! mais, maintenant, il y a de multiples façons de voler! C'est
même devenu officiel! Vous avez en Amérique de grands buildings occupés par
de grandes firmes… c'est tout pour le vol! On vole d'une façon organisée,
d'après les lois mêmes, avec les avocats qui s'en mêlent, tout ça par une
escroquerie devenue officielle!… Et le gouvernement n'y peut rien! Il faudrait
refaire toutes les lois!… Alors, il se contente d'imposer pour avoir une part du
vol… une part de la fraude…
Oui, où iront se cacher ces gens-là ? parce que devant le tribunal de Dieu, il n'y
a pas de Société anonyme, hein ?… il n'y a que des âmes avec leur conduite!

Où iront se cacher ceux qui auront manqué à leurs devoirs, à leurs
responsabilités dans l'industrie, dans le commerce, dans la finance… Que de
choses on va voir à ce moment-là!… dans la politique aussi… dans la politique!
… tout sera découvert, tout sera mis à la face du monde, on en verra des
choses malpropres, là, dans ce panier de crabes… C'est la justice qui le
demande! Elle n'existe pas ici-bas, mais là, oui! Et le Christ demandera à
chacun des comptes sur l'emploi de son temps, à tous les chefs devant leurs
subordonnés…
Où iront se cacher tant d'hommes politiques, tant de Messieurs qui étaient
comme à l'avant-scène du monde, dans la haute finance, plus ou moins
connue, la haute maçonnerie aussi qui ne fait que le jeu du démon et ne rêve
qu'à combattre l'Église, où iront-ils se cacher ? Ils occupent les plus hautes
places – moi, je crois que de leur vivant il y a pour eux comme une jouissance
par anticipation, une sorte de Paradis terrestre, à voir ces noms inscrits un peu
partout: les Voltaire, les Rousseau, les Edgar Quinet, les Gambetta, tous ces
gros maçons figurant sur le frontispice des écoles laïques et dans nos rues!…
Où iront se cacher ceux qui auront manqué à leurs devoirs de chef dans la vie
militaire, l'armée, la marine, l'aviation… quelquefois les chefs, en temps de
guerre surtout, ont de très graves responsabilités… Il y en a parfois qui, pour se
faire un certain renom de gloire ou pour éviter quelque humiliation, sacrifieront
des hommes sur un champ de bataille… Ah! C'est grave cela!…
Où iront se cacher les chefs de l'intelligence, les écrivains, les journalistes…
Ah! les journalistes!… Souvent le Pape, à l'occasion du Concile, a pu rappeler
leurs devoirs aux journalistes… C'est effarant ce que ces gens-là peuvent, sous
prétexte d'informations, émettre d'imbécillités, non seulement sur le Concile,
mais sur toutes choses… Combien de têtes ont été troublées en France par
certains articles au sujet du Concile! Oui, les journalistes…
Les écrivains aussi! Le mal qu'on peut faire avec un livre surtout si l'homme est
intelligent! Où iront-ils se cacher lorsque des millions de bras se lèveront pour
accuser: Seigneur, si je me suis pourri l'âme et le corps, c'est à cause de ce
Monsieur, regardez-le!… il portait un habit vert, il était académicien en France,
ce saligaud, c'est lui!… Ah! comment pourront-ils se sauver tous ces gens-là
après avoir souillé, sali des millions de jeunes gens et de jeunes filles par leurs
écrits ? Oui, je me demande où ils iront se cacher…
Où iront se cacher ceux des consacrés qui, ayant une tâche sublime à remplir,
auront manqué à leurs devoirs ? Ah! ils seront plus sévèrement jugés, et c'est
normal!… C'est normal, puisque les plus hautes responsabilités, c'est eux qui
les détiennent! Il y en a qui ne seront pas à la noce hein ?… et les directeurs de
retraites non plus, nous serons soignés au passage, mais, je n'insiste pas, j'ai
mon paquet aussi… Bien!
Voilà une belle méditation, mes chers Messieurs, qui doit vous remettre devant
la réalité.
Je vous rappelle les deux compositions de lieu: la mort d'Abel, la mort
d'Isabelle.… mais il reste évident que vous pouvez y substituer tout autre
composition de lieu, dont une très opportune, qui serait celle de vous voir vous-
même sur votre lit de mort pour en tirer les enseignements.
1er point: la mort : La mort est un chirurgien qui nous enlèvera tout; elle nous
enlèvera toutes nos richesses, tous nos horizons, elle nous enlèvera aussi le
temps… plus de temps! elle nous enlèvera nos idées fausses, toutes ces idées
inadéquates avec la vérité; la mort, on l'oublie trop à notre époque, elle
s'impose pourtant à nous. Enfin, la mort arrivera bien vite… Qu'est-ce que c'est
le peu de temps qui nous reste à vivre en regard de l'éternité ? nous avons déjà
cassé certains trois cordonnets, d'autres cinq, alors qu'est-ce qui reste ? même
pour le plus jeune ?
Deuxième point: le jugement particulier : Ce tête à tête avec Dieu qui suit
immédiatement la mort. Que va-t-il arriver à ce moment-là ? et nous partons
sans être avertis!…
Troisième point: le jugement dernier ou jugement général : jugement des élites
devant leurs subordonnés.
Chacun d'entre nous, nous avons des responsabilités différentes…

N'oubliez pas, à la fin, de faire un fervent colloque en regardant la croix:


Demandez à Notre-Seigneur Jésus-Christ: Seigneur, pourquoi avez-vous subi
tous ces jugements infâmes ? Anne, Caïphe, Pilate, Hérode, Barrabas.…
Pourquoi avez-vous accepté cette mort effroyable ? Ne serait-ce pas pour que
je réfléchisse, moi, à ma mort et à ces jugements ?
Vous direz ensuite le PATER du fond du cœur. Soignez ensuite votre examen
de la méditation en vous aidant de la page 337.
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PÉCHÉ VÉNIEL
Jeune soldat pendant la guerre de 1914-18, j'avais comme camarade un
Malgache qui me raconta les circonstances de la mort de son père.
C'était l'époque où les Français avaient conquis l'Île de Madagascar pendant le
règne de la Reine Ranavalo…
Ils avaient construit là une centrale électrique et tendu des fils à haute tension
qui amenaient le courant à la ville; sur les poteaux, on avait placé une tête de
mort et écrit en français et en malgache: "Défense de toucher aux fils mêmes
tombés à terre, danger de mort". Mais, allez faire comprendre à des indigènes
que dans ces fils, là-haut, il y a un fluide qui peut donner la mort! C'est des
histoires de Français, cela!…
Un jour, le père de mon camarade devait labourer son champ. Une tempête
avait renversé quelques poteaux pas trop solides et les fils, empêchant notre
laboureur de faire son travail, il décida de les repousser plus loin. Il s'assura
d'abord qu'il n'y avait aucun Français pour lui reprocher d'y toucher, et se mit à
la besogne. Vous devinez ce qui arriva!…
A la maison, ne voyant pas le père revenir, la mère envoya un de ses fils voir
ce que faisait papa… lorsqu'il vit son père la figure toute convulsée, les dents
serrées, il prit peur et s'en retourna épouvanté porter la nouvelle au village.
Or, ensuite, les hommes voulurent retirer le corps de ce maudit fil; l'un d'eux le
prit à bras le corps et s'électrocuta lui aussi, puis un troisième, puis un
quatrième… Alors les autres commencèrent à comprendre que là, dans le fil, il
y avait bien la mort, comme le disaient les Français… quelque chose qui
donnait la mort…
Eh bien, pour le péché, nous faisons exactement pareil« nous ne pouvons pas
arriver à croire que c'est grave puisque tout le monde le fait…
Or, nous avons vu les réactions divines: par le péché: l'enfer créé; par le péché:
la mort est entrée en ce monde; comprendrons-nous enfin que c'est grave ?
Cette étude du péché que nous faisons actuellement n'est point du tout
amusante, c'est vrai, mais elle est très salutaire en ceci qu'elle nous fait mieux
comprendre la Rédemption. Elle nous la fait mieux comprendre pourquoi ?
Pour une raison philosophique très profonde qu'on exprime dans l'axiome:
"RES SPECIFICANTUR A FINE – Les choses sont spécifiées par leur finalité".
Prenons quelques exemples pour bien nous pénétrer de ce principe: Voilà un
avion qui s'écrase dans une clairière de l'Afrique Équatoriale dans la grande
forêt, les pilotes réussissant à échapper à l'accident en parachute… Passe
bientôt un indigène qui n'a jamais vu d'avion: il regarde cet engin démoli, là,
écrasé… En voyant les roues, il le prend pour un char et se demande comment
il a bien pu venir dans cette clairière alors que les sentiers sont si étroits… Il
n'arrive pas à comprendre mais voilà que passe un deuxième indigène
connaissant, pour être allé en Europe, la civilisation moderne. Il sait que cet
engin est un avion et se met en devoir d'expliquer au premier en quoi cela
consiste. Pourra-t-il le faire sans préciser que l'engin est conçu pour voler ? Il
ne pourra pas. C'est en effet en indiquant pourquoi la chose est faite qu'on peut
expliquer ce qu'elle est: ,,Ce que tu vois, mon cher, ce n'est pas un char, c'est
un oiseau, c'est fait pour voler!…”.
– Comment ? Un oiseau en fer ?
– Oui, un oiseau en fer! Ces diables d'Européens, vois-tu, ils ont inventé ça et
tu vois là, ce que tu prends pour les roues du char, ce sont des pattes pour se
poser… enfin il lui explique cela à sa manière, mais s'il ne disait pas le
pourquoi de la chose, son compatriote ne pourrait comprendre évidemment.
Un autre exemple: dans un grand champ de céréales se trouve une faucheuse-
lieuse. Un Parisien qui n'est guère sorti de sa capitale, se trouve un jour en
présence de cet engin. Il trouve qu'il manque vraiment d'aérodynamisme et se
dit alors: ,,Si on me donnait cette grosse machine, je commencerai par enlever
tout ce qui dépasse…
– Mais, mon cher Monsieur, c'est une faucheuse-lieuse cela!”. Et comme il n'a
pas l'air de comprendre, je lui en explique le fonctionnement.
Vais-je pouvoir le faire sans parler d'épis à couper ? Eh non! je ne le pourrai
pas: Voyez-vous, Monsieur, dans ce champ d'orge, on coupait autrefois les
épis avec la faucille; le soir on en avait les reins cassés… puis on s'est
perfectionné et on a utilisé la faux… enfin, avec les progrès sensationnels de la
technique, on a inventé ce drôle d'engin qui fait toutes les opérations
simultanément: il coupe presque à toute vitesse les épis, avec un jeu de
plusieurs lames et, vous vous en doutez, pas l'un après l'autre, donc
rationnellement (imaginez un coiffeur qui vous taillerait les cheveux un à un!)
ensuite, vous voyez cette excroissance qui fait que vous trouvez l'instrument
peu aérodynamique ?… elle est composée de grands bois chargés de rabattre
les épis. En plus, il y a un "truc" pour les enrober, les mettre en gerbes, lier ces
dernières et enfin, un autre instrument qui renvoie et écarte la gerbe…
Ah! oui… j'ai compris… une faucheuse-lieuse!…
Mais, là aussi, il a fallu donner le pourquoi de l'engin pour l'expliquer, c'était
indispensable…
Eh bien, maintenant, posons-nous la question: Quel est le pourquoi, le but de la
Rédemption ?
Chez les théologiens, deux grandes écoles donnent des réponses
sensiblement différentes à la question de savoir si la Rédemption eût été
nécessaire sans le péché.… en d'autres termes: si l'humanité n'avait pas
commis le péché, est-ce que l'Incarnation aurait eu lieu ?
Est-ce que le Fils de Dieu se serait incarné quand même ?
A cela, une école répond oui, tandis que l'autre dit non en indiquant que le Fils
de Dieu n'aurait pas pris la condition humaine.
Cependant, les deux écoles sont d'accord pour dire que si, en fait, en dehors
du péché, le Verbe de Dieu s'était incarné, cette incarnation aurait été une
incarnation de gloire exclusivement: il n'y aurait pas eu la crèche, et surtout, il
n'y aurait pas eu l'ignominie, la souffrance, la Passion et la Croix, c'est évident!
De ce fait, la Rédemption n'aurait pas eu lieu, elle n'aurait eu aucune raison
d'être. Il n'y aurait eu que la venue du Christ dans son humanité en tant que
Christ-Roi, Christ de gloire!…
Mais alors, pourquoi la Rédemption ?
Uniquement pour le péché, à cause du péché, pour détruire le péché! Donc, si
la finalité de la Rédemption est de détruire le péché, en étudiant le péché, nous
étudions la Rédemption! Nous ne la comprendrons bien que dans la mesure où
nous étudierons le péché. A l'avance, en procédant à cette étude, nous voyons
déjà la forme de la Rédemption, sans cela, rien à faire: Essayez de comprendre
le sacrement du Baptême sans parler du péché!… Essayez de comprendre les
sacrements de pénitence et d'extrême-onction sans parler du péché!… On ne
peut pas!
Pourquoi l'Eucharistie ? Pourquoi se lever plus tôt le matin afin d'assister à une
messe où l'on pourra communier, oui… pourquoi ? pourquoi me renoncer ?
pourquoi ne pas suivre les forces que je sens en moi et qui me portent à
certains plaisirs? pourquoi lutter ? pourquoi la souffrance ? pourquoi la Croix ?
Mais, à cause du péché! De telle sorte que si, dans une prédication
quelconque, par parti pris ou sous le prétexte que c'est du négatif, on écarte ou
on cache cette notion du péché, on ne peut plus dès lors se réclamer de la
Rédemption!…
Bien sûr, cette étude n'est pas amusante, n'est pas intéressante, mais encore
une fois, elle est très salutaire, très éclairante aussi!…
Et c'est pourquoi, mes chers Messieurs, nous allons maintenant essayer de
mieux comprendre le péché en revenant sur un détail de la première semaine
de Saint Ignace, un simple détail que nous allons approfondir: nous allons
étudier le péché sous ses formes apparemment bénignes pour mieux en
percevoir la subtilité. Peut-être, le terrible mystère du péché sera-t-il plus
éclairé pour vous en le voyant sous ses formes vénielles.
La composition de lieu: Comme celle de l'enfer. A sa place, nous verrons le
purgatoire.
La grâce à demander: "Ressentir ce que souffrent les Âmes du purgatoire afin
que si mes habitudes mauvaises, vénielles me faisaient oublier l'amour que je
dois à Dieu, que du moins la crainte de ces peines m'arrête".
Alors, premier point: Qu'est-ce que le péché véniel ?
C'est un dérangement volontaire, contraire à la loi de Dieu, soit en pensée, en
action ou en omission. C'est un péché de propos délibéré.
Les saints et la théologie morale font une distinction entre le péché véniel non
délibéré (dit encre de "fragilité") et les péchés véniels de propos délibéré. Ces
derniers seuls sont retenus comme étant vraiment des péchés véniels.
Les premiers, de fragilité, sont ceux qui sont faits sans réflexion et échappent
aux meilleurs: des mouvements d'impatience, par exemple. A proprement
parler, ils sont plutôt des imperfections puisque cela échappe à la volonté et
sont consécutifs au tempérament. Saint Paul lui-même nous a montré que lui
aussi n'en était pas exempt puisqu'il s'attrapait avec Saint Barnabé ! et même
Saint Pierre ! … et le Saint Concile de Trente dit que, sans miracle, un homme
ne peut vivre longtemps sans faire de péchés véniels de fragilité… on le
regrette ensuite, mais cela échappe aux meilleurs.
Ces péchés de fragilité ne sont donc pas graves en eux-mêmes et ne peuvent
devenir dangereux que si l'on ne faisait rien pour s'en corriger et qu'ils
deviendraient ainsi, par cela même, une habitude qui, elle, serait un péché…
Notre étude aura donc pour objet le véritable péché véniel, de propos délibéré,
réfléchi, qui est un dérèglement volontaire contraire à la loi divine.
Il ne donne pas la mort à l'âme, il ne détourne pas de Dieu, il ne nous fait pas
mériter l'enfer… d'accord ! de même un péché véniel non confessé ne rend pas
la confession sacrilège… c'est vrai! Mais il n'en constitue pas moins une
offense à Dieu. "Véniel", contrairement à ce que l'on pense généralement, ne
veut pas dire "léger". Véniel veut dire "pardonnable", c'est-à-dire qu'il est une
offense qui ne nous coupe pas de Dieu.
Après le péché mortel, c'est le plus grand de tous les maux que nous puissions
connaître: plus grave que les guerres, les maladies et les destructions
matérielles! Saint Anselme, grand docteur de l'Église, archevêque de
Cantorberry dit que si nous pouvions payer toutes les souffrances de l'enfer par
un seul péché véniel nous ne devrions pas le faire… Dieu ne l'accepterait pas!
La proposition est absurde, bien entendu, mais elle a pour objet de nous faire
comprendre jusqu'à quel point le péché véniel est un très grand mal, le plus
grand après le péché mortel…
Le plus intéressant pour nous, c'est de comprendre les effets du péché véniel.
C'est d'abord un dérèglement, un désordre volontaire contraire à la loi de Dieu.
Au début de la retraite, je vous ai parlé de cette théorie du dérèglement: une
machine déréglée ne peut plus faire son travail, son office; une magnéto
déréglée ne produit pas l'étincelle et on ne peut plus rouler… un jeu de freins
déréglé devient dangereux, etc… eh bien, nous aussi, le péché véniel nous
dérègle et notre rendement spirituel diminue dans la mesure où le dérèglement
est plus ou moins fort. Si, dans votre auto le dérèglement se situe simplement
dans les freins, on peut y obvier en partie en roulant doucement, mais si vous
avez également la boîte à vitesse déréglée, la direction déréglée, plus les
organes de la machine sont déréglés, plus il vous sera dangereux de conduire
avec. De même pour nous: une seule habitude de péché véniel dérègle, et s'il y
a plusieurs habitudes de péché véniel, le dérèglement n'en est que plus grave!

Autre effet du péché véniel: il remplit l'âme de ténèbres, de brouillard. Vous
savez qu'en circulation automobile, le brouillard est l'ennemi N° 1. C'est plus
grave que les ténèbres. La nuit, on peut rouler à l'aise avec de bons phares,
mais avec le brouillard, c'est très dangereux et parfois même impossible.
Il y a environ 3 ans, je revenais de Saint Jacut de la Mer à Paris avec un
retraitant dans une Lancia, voiture très rapide qui permettait sur la route droite
des pointes à 160 km à l'heure quand, tout d'un coup, nous sommes tombés
dans un brouillard très épais; on ne voyait plus rien: au contraire les phares
augmentaient cet aspect d'insécurité et c'est à 10 à l'heure que nous avons dû
marcher en suivant la ligne d'herbe de l'accotement… On y voyait surgir du sol
des ombres insoupçonnées prenant un aspect fantasmagorique; en bref c'est à
tâtons que nous avons dû franchir cette nappe de brouillard.
De même le péché véniel répété par l'habitude donne à l'âme de la tiédeur et
l'environne comme d'un brouillard de plus en plus épais de telle sorte qu'elle
devient incapable de discerner le bien du mal.
Ces deux notions du Bien et du Mal perdent de leur opposition et on ne se rend
plus compte; on a alors perdu le sens du péché!
Que de chrétiens se font illusion et se considèrent presque comme des
préférés de Dieu alors qu'ils en sont très loin par le seul fait de ces péchés
véniels!…
Autre effet du péché véniel: Il salit ce qu'il y a de plus beau ici-bas: l'état de
grâce.
Nous comprenons bien imparfaitement ce qu'est une âme en état de grâce,
mais les Saints, eux, voyaient cela dans la lumière divine: Le petit Louis de
Gonzague avait commis deux grands péchés dans sa vie et il les jugeait
comme tels: le premier: Son père était Général de Charles Quint, le marquis de
Montferrat et le petit Louis, se trouvant au milieu des soldats, avait répété des
mots grossiers sans savoir ce qu'il disait; le deuxième: une autre fois, un
artilleur avait laissé sa corne à poudre sur une table, et le petit, qui regardait
faire les artilleurs (c'était un peu compliqué de ce temps-là, puisqu'il fallait
charger le canon par la bouche) prit un jour la corne à poudre, bourra et tira un
coup de canon! Il avait alors 8 ans…
Eh bien, il s'est confessé de ces deux péchés toute sa vie (il est mort à 24 ans)
et parfois, il tombait en syncope à côté de son confesseur en se rappelant les
deux péchés de son enfance. Cela vous fait sourire et on pourrait penser qu'il
s'agissait d'un petit nerveux, d'un hypersensible ?… Non, Non! Mais Louis de
Gonzague était un saint et dans la lumière de l'éternité, il comprenait ce qu'un
désordre, même véniel, abîme dans une âme en état de grâce!…
Je vais me servir d'un autre exemple: il y a quelques années, un retraitant me
disait qu'il ne pouvait regarder sa dernière fille (il avait 6 enfants) sans que les
larmes ne lui viennent aux yeux: Et comme je luis en demandais la raison, il
m'a expliqué que quelques années auparavant, sa petite avait à ce moment-là
3 ans, elle était très jolie avec un ensemble de couleurs qui rendait son visage
très attrayant et remarquable, à tel point que sur notre passage avec la petite,
les gens se retournaient…
Évidemment, nous en étions très fiers! Un dimanche matin, nous nous
trouvions dans notre cuisine. Sur un poêle bas j'avais mis de l'eau à bouillir
pour me raser avec mon Gilette et la petite, en chemise de nuit, gambadait
entre ma femme et moi. Tout d'un coup, elle culbuta la queue de la casserole
où l'eau était bouillante ou presque. Elle reçut cette eau en plein visage.
Il y avait, pas loin de la maison, une clinique; nous l'y avons emmenée aussitôt
et le soir on m'a dit que c'était beaucoup moins grave qu'on pouvait le penser.
La petite est quand même restée 12 jours en clinique.
Moi, je ne pouvais me décider à aller la voir. Je ne sais quel pressentiment me
retenait… Enfin elle est revenue; effectivement, ce n'était pas grave, mais ce
dont je me doutais était arrivé! la beauté, c'était fini!… des taches marbrées, les
narines pincées, abîmées! la beauté… finie!… et chaque fois que je regarde la
petite – cela me fait penser bien sûr à mon imprudence – mais j'ai les larmes
aux yeux…
L'incidence pourtant n'était que vénielle et nous la comprenons parfaitement
parce qu'elle se situe sur un plan naturel: la beauté perdue de ce visage
d'enfant; mais les Saints, eux, ont les mêmes réactions sur le plan spirituel! De
même qu'il faut peu de chose pour rompre l'équilibre d'un beau visage d'enfant,
il faut également peu de chose, pour salir une âme qui, dans le domaine du
spirituel peut présenter une splendeur encore plus délicate que la beauté d'un
visage d'enfant sur le plan naturel.
Saint Louis de Gonzague transposait les désordres véniels dont il s'était rendu
coupable du plan naturel au plan spirituel et c'est pourquoi, toute sa vie, il a pu
les regretter…
L'Église aussi nous les fait voir dans un angle identique.
Dans la liturgie de la messe, c'est le prêtre qui parle, mais il est bon que notre
attention soit attirée là-dessus: prenez la page 52, la prière d'offertoire (je ne
sais si vous en avez jamais approfondi les termes): ,,Recevez, ô Père très
Saint, Dieu éternel et tout-puissant, cette hostie sans tache que je vous offre,
moi, votre indigne serviteur; je vous l'offre à vous mon Dieu vivant et véritable,
pour mes péchés, mes offenses, pour mes négligences sans nombre” etc…
C'est un prêtre qui parle et il ne s'agit pas là de choses graves, sans doute,
mais il s'agit de ces désordres dont je parle maintenant. Avant d'entamer le
sacrifice, il s'accuse à nouveau, après avoir pourtant récité le Confiteor au
début… ,,pour mes péchés, mes offenses, mes négligences sans nombre”…
oui, sans nombre!…
C'est ainsi que par la répétition de ces petits péchés d'habitudes, nos bonnes
œuvres perdent tout ou partie de leur valeur! même les actes bons!… les
intentions sont moins droites les sentiments sont moins nobles, les affections
sont moins pures, les motifs humains et terrestres prennent le dessus lorsqu'on
fait le bien; dans le regret de nos péchés (un retraitant me le confirmait
aujourd'hui même) ce n'est pas toujours l'offense à Dieu que l'on regrette, mais
c'est notre orgueil qui souffre de s'être laissé entraîner.
Manquements aussi à la vertu de religion: combien de personnes qui assistent
à la messe le dimanche en y discutant, en pérorant; on y est distrait et même
quelquefois on va plus loin, hein ? oui, des paysans qui discutent sur leurs
bêtes: ,,Tu me l'achètes cette vache, dis ?” – Quand même, la messe n'est pas
une foire!…
Manquements à la pauvreté aussi: Notre-Seigneur a dit que pour arriver au Ciel
il faut se dépouiller de tout: évidemment, vous, les pères de famille, vous êtes
obligés de nourrir vos femmes et enfants et de les élever normalement, mais
sans excès!…
Manquements à la tempérance: comme il est facile de se laisser entraîner, un
verre de plus, un verre de moins, combien qui ne respectent pas "l'autant que"
et dépassent la mesure:
Péchés de sensualité aussi, dans les regards, dans les affections, dans les
lectures, dans les conversations…
Ah! comme on comprend alors ce que lit le prêtre. Et c'est l'Église qui veut cela,
et sur l'autel même du sacrifice!… ,,mes paroles, mes offenses, mes
négligences sans nombre”! Ah! si nous savions regarder le fond de notre
conscience, combien nous en trouverions de ces désordres! La vanité dans les
paroles, on exagère un petit peu pour se faire valoir! Sa cupidité, un orgueil
secret; la modestie oubliée: on n'est pas maître de ses regards, on regarde tout
ce qui passe et vous le savez, à notre époque, ce n'est pas que sur les plages!
… vous comprenez ce que je veux dire.
Il y a aussi ce respect humain qui joue beaucoup dans certains manquements,
paroles, omissions… Quel monde que l'omission! Le bien que nous pourrions
faire et que nous ne faisons pas, par lâcheté, par paresse… le temps perdu à
un journal,. à la radio, à la télévision, les jeux, un monde… un monde!… Un
jour, Dieu fera le bilan de nos activités et il nous demandera des comptes:
,,Mon petit, je t'avais donné tant d'années, tant de mois, tant de semaines, tant
de jours, tant d'heures, qu'as-tu fait de tout cela ? Ah!…
Et la médisance ? on peut commettre des péchés graves avec, mais on
commet également avec beaucoup de péchés véniels! Que de fois on se laisse
entraîner à la médisance, aux critiques: c'est si facile de critiquer, de critiquer
ses chefs, de se critiquer les uns les autres…
Et les manquements aux lois de l'Index ? Quand on pense aux imbécillités
qu'on a pu dire ou écrire contre l'Index, même dans des journaux qui se disent
catholiques!… On trouve anormal qu'il y ait des index partout! Or, qu'est-ce que
cela veut dire l'Index ? Eh bien, l'Index c'est une autorité qui montre le mal!
Dans toutes les gares, par exemple, vous avez des index pour le public: ,,Ne
traversez pas les voies, prenez le passage souterrain, ne descendez pas à
contre-voie", mais parce que l'Église montre des auteurs qui sont nocifs pour la
morale, alors on crie "Haro" sur elle!… Le code de la route lui aussi est rempli
d'index, il n'y a qu'à le lire, mais cela ne veut pas dire pour autant qu'on nous
considère comme des gamins, mais il nous montre les dangers!… Eh bien, de
même l'Église a le droit de montrer les dangers offerts par certaines lectures
nocives, ce qui est encore plus grave… Et vous avez des jeunes gens, des
jeunes filles, et même hélas des prêtres!… qui acceptent en nourriture
intellectuelle des auteurs catastrophiques qui ne peuvent qu'influer sur leur
comportement moral, psychologique, et qui tendent à leur faire abandonner la
foi, sans qu'ils s'en doutent; cela devient malheureusement parfois une réalité
pourquoi ?… Parce qu'ils ont manqué de cette vertu de prudence dans le choix
de leurs lectures…
Ah! mes chers Messieurs, comme il est certain que vous en trouverez des
péchés, si vous savez regarder!… Et ne serait-ce que dans l'omission! dans le
temps perdu!… Le péché véniel va se glisser même dans nos actes bons, dans
les actes de notre pratique religieuse par exemple, qui normalement, devraient
chanter la louange de Dieu alors, que peut-être ils Lui sont sans mérite et
parfois odieux! C'est ainsi qu'on voit souvent dans nos églises des gens qui s'y
distraient et même s'y amusent, cela n'est pas rare chez nos jeunes: chaque
fois qu'une fille passe ont fait une réflexion, ou on parle du spectacle qu'on ira
voir à la sortie; vous croyez que cela plaît à Dieu ? Il vaudrait mieux dans ce
cas ne pas assister au Saint Sacrifice!…
Oui, chaque péché véniel nous prive d'un degré de grâce et de gloire, et de
gloire pour Dieu aussi, dans des proportions que nous ne pouvons imaginer,
mais qui nous effraieraient si nous pouvions le comprendre…
Autre conséquence du péché véniel: la sainteté devient impossible.
Saint Jean de la Croix, le grand docteur de la mystique est péremptoire à ce
sujet:
,,Si quelqu'un a une habitude vénielle dit-il, qu'il ne veut pas corriger, il peut
garder la grâce, mais monter dans la sanctification, il ne le peut pas!” … Et il
prend l'exemple de l'oiseau: Mettez un oiseau dans une cage ou bien attachez-
le par un fil, il ne pourra pas s'envoler. De même pour l'homme, que celui-ci soit
attaché par le fardeau d'une habitude grave, mortelle, évidemment, s'il meurt
c'est beaucoup plus grave pour lui, mais que cette habitude soit simplement
vénielle, impossible alors de se sanctifier; il reste la grâce, puisqu'il n'y a pas de
péché mortel, mais impossible pour lui de monter plus haut.
Pourquoi tant de religieux, de religieuses, de prêtres, de bons chrétiens aussi,
qui usent largement des sacrements de pénitence et d'eucharistie, pourquoi
n'en profitent-ils pas davantage ? … De tous leurs exercices de piété une seule
communion semble-t-il devrait suffire à sanctifier davantage… oui, pourquoi ?
Incontestablement, ces habitudes de péchés véniels les en empêchent!
Notre-Seigneur entre dans l'âme par la communion, mais s'il la trouve attachée
à des affections désordonnées, Il ne peut faire dans cette âme ce qu'Il voudrait,
du fait que l'intime collaboration qu'Il souhaite n'y est pas!
Et cela, remarquez-le, même chez de très bonnes âmes, c'est ce qui arrête leur
ascension! Voyez combien il est dommageable que des habitudes vénielles en
viennent à freiner la Rédemption et que le rayonnement de la sanctification ne
puisse se constater davantage!… Un Saint disait à ce sujet: ,,Sainte Thérèse
fait beaucoup plus de travail à elle seule qu'un ensemble qui n'est pas saint”.
Imaginez que nous rencontrions 10 Curés d'Ars, 10 Jean Bosco, imaginez le
travail qu'ils feraient!… Mais le démon fait tout ce qu'il peut pour freiner la
sainteté en utilisant ce qu'on appelle les infiniment petits…
Vous savez que certaines maladies sont provoquées par des microbes, des
virus, même des ultra-virus, ce qu'on appelle les infiniment petits… Eh bien,
dans le spirituel, dans les maladies de l'âme, chez ceux qui sont la partie
choisie du Seigneur, qui veulent être de vrais enfants de Dieu, ce sont ces
infiniment petits, ces manquements véniels qui font obstacle à la Rédemption
divine pourtant si puissante…
On a dépensé des milliards pour contrer les maladies contagieuses: le
paludisme, la malaria, la tuberculose, on le fait maintenant pour lutter contre le
paupérisme, afin d'alléger la souffrance de ces gens qui n'ont rien ou presque
rien, mais que fait-on pour lutter contre le péché véniel, ce microbe spirituel ?
Enfin, conséquence générale des habitudes de péché véniel: la tiédeur et le
péché mortel.
De même que sur le plan naturel, les blessures et maladies mal soignées
s'enveniment et créent peu à peu un état de moindre résistance ne pouvant
évoluer que vers le mal, l'habitude du péché véniel accepté amène la tiédeur,
et la tiédeur, nous disent les théologiens et les moralistes, conduit au péché
mortel par une pente insensible. Nous lisons cela d'ailleurs dans l'écriture
sainte ,,QUI SPERUIT MODICA PAULATIM DECIDET” , c'est-à-dire que celui
qui méprise les petites choses, peu à peu dégringole, tombe, et tout contribue à
cela: l'âme est de plus en plus faible; elle se blase, elle s'endurcit, le brouillard
devient de plus en plus épais, la répétition des actes crée des habitudes
tyranniques par aboulie; le démon devient de plus en plus audacieux, car
chaque péché véniel lui donne des gages nouveaux (remarquez que mille
péchés véniels ne font pas un péché mortel, ça jamais!) mais il y a là une pente
insensible qui se fait chaque fois un peu plus rapide, plus glissante et un jour
vient une tentation plus redoutable et on franchit cette barrière qui sépare le
péché véniel du péché mortel…
Dans la morale étudiée, écrite, on fait la nomenclature des péchés en précisant
les conditions qui caractérisent le péché mortel: il faut d'abord qu'il y a matière
grave, évidemment. Il faut le savoir… il faut le vouloir, c'est vrai; et s'il manque
un de ces éléments, il ne peut y avoir de péché mortel, d'accord; mais dans la
vie pratique quelqu'un qui a l'habitude de commettre le péché véniel franchit ce
pas même sans s'en rendre compte! Tenez, prenez par exemple les questions
d'impureté: où se trouve la barrière ? … d'autant plus que Dieu, qui donne des
grâces spéciales dans les cas de grande tentation aux âmes ferventes, les
refuse aux âmes négligentes et tièdes!…
Saint Bernard a des passages très suggestifs à ce point de vue là: Il parle de
prêtres, de religieux et de bons chrétiens qui avaient reçu de grandes grâces et
qui sont tombés. Leur chute ne vient pas d'un coup, comme cela, non! Mais elle
est préparée souvent par des périodes très longues… de même que pour les
maladies graves, il y a une période d'incubation dont on ne se rend pas
compte, lorsque la maladie est déclarée c'est déjà trop tard; c'est le cas pour le
cancer maintenant, c'était le cas avant pour la tuberculose. Alors, de plus en
plus, on tâche de dépister par des examens chez les enfants, chez les
adolescents. Mais, avant, quand on n'avait pas les moyens des analyses et des
radios, on ne savait que penser d'une personne qui donnait des signes de
faiblesse, et quand on décelait finalement la présence du bacille de Koch,
c'était trop tard, c'était déclaré… de même, on constate un jour la chute d'un
serviteur de Dieu ayant déjà fait du bien, c'est évident, mais croyez, dit Saint
Bernard, qu'il ne s'agit pas là d'un accident, oh que non! mais cela a été amené
petit à petit par des négligences répétées parfois pendant des mois, voire
même des années!… et le Saint de prendre l'exemple d'une maison:
Les maisons sont construites pour durer (de ce temps-là c'était fait pour des
siècles) mais si l'une d'elles s'écroule, c'est que d'une part il y a des
intempéries.
La maison y étant exposée, il est vraisemblable que des gouttières ont apparu.
On ne peut guère empêcher la pluie de tomber, le vent de souffler, les
infiltrations de se faire, mais il est loisible au propriétaire de veiller sur sa
maison et lorsqu'une gouttière se manifeste d'y remédier en en supprimant la
cause…
De même pour les bateaux, qui, autrefois, étaient en bois: on ne pouvait pas
empêcher les petits vers de se mettre dans le bois, bien sûr, comme à notre
époque il n'est pas possible d'éviter que le sel marin corrode les peintures,
mais le malheur serait de voir un capitaine ne veillant pas sur son bateau et ne
faisant pas faire les travaux d'entretien qui s'imposent!…
Je me rappelle encore cette catastrophe terrible en 1922 avec le "CANADA",
vieux "sabot" qui faisait pour la dernière fois son "dernier voyage" … on aurait
dû le vendre à la ferraille il y a longtemps; je crois même qu'un capitaine avait
refusé de le conduire!
Le "CANADA" était parti de Bordeaux. Il avait à bord 22 missionnaires, une
trentaine religieux qui s'en allaient à Dakar…
Il avait quitté Case par une mer d'huile, un temps splendide et il disparut corps
et biens! on n'a plus entendu parler de lui, mais, pour les gens au courant, il
n'aurait jamais dû partir!…
Il a dû s'ouvrir en deux, comme un fruit pourri!
On ne peut donc pas empêcher le mal de se faire, mais il reste malheureux
qu'un père de famille ne veille pas sur sa maison, qu'un capitaine ne veille pas
sur son navire et qu'un chrétien ne veille pas sur son âme!…
Eh oui, il faut faire attention, mes chers Messieurs, que d'illusions à ce point de
vue!
Alors, vous comprenez maintenant pourquoi le purgatoire… Dieu nous envoie
dès ici-bas des souffrances terribles parfois pour des choses qui nous
apparaissent, à nous, de peu d'importance; à nous demander même si elles
donnent lieu à péché… L'exemple le plus formidable en est Moïse que l'écriture
sainte appelle "l'Ami de Dieu", lui qui parlait de bouche à oreille avec le
Seigneur!… et comme les Juifs criaient contre Dieu parce qu'il faisait très
chaud, qu'il n'y avait pas d'eau et qu'ils allaient mourir dans le désert, Il dit à
Moïse: ,,Voilà, tu frapperas le rocher, là. et l'eau jaillira pour le peuple et pour
les troupeaux”. Mais, Moïse, surexcité par les cris des Juifs, a frappé le rocher
par deux fois au lieu d'une fois et Dieu lui a dit alors: ,,Tu ne m'as pas témoigné
ta confiance devant le peuple!… tu as manqué de confiance en moi! en
punition, tu ne rentreras pas dans la Terre Promise. Il a vu cette montagne
qu'on appelle la montagne de Moïse; de Jordanie, il a vu la Palestine, mais il
n'y est pas rentré: punition pour avoir frappé le rocher deux fois au lieu d'une…
Cela ne nous paraît pourtant pas grave!…
Dans le livre des Rois de l'ancien testament, nous voyons un prophète qui
devait accomplir une mission de Dieu et revenir sans prendre ni nourriture, ni
boisson: arrivé à l'endroit où il devait aller, un autre prophète, très bon de
nature, lui dit: ,,Mais mange donc, tu te trompes, il te reste une longue course à
faire, tu ne le peux sans manger un morceau!”… Il a donc mangé et Dieu l'a
frappé de mort. Cela ne veut pas dire qu'il se soit damné, non! Mais il avait
désobéi et Dieu l'a fait frapper de mort!…
Messieurs, un jour, nous comprendrons ce qu'est la Sainteté infinie de Dieu…
Au ciel, rien d'impur ne rentrera jamais et Saint Jean et Saint Paul le répètent:
Ni les voleurs, ni les avares, ni les impudiques, ni les efféminés, ni les invertis,
ni les égoïstes n'entreront dans le royaume: pour les uns ce sera l'enfer; pour
ceux dont les fautes n'auront pas mérité l'enfer, ce sera dans le purgatoire qu'ils
les décanteront dans des souffrances que nous ne pouvons pas imaginer!…
Sainte Marguerite-Marie nous raconte une de ses visions se rapportant à des
sœurs qu'elle avait connues au couvent et qui lui apparurent un jour, alors
qu'elles étaient mortes depuis longtemps et l'une d'elles lui dit: ,,Je suis dans
des souffrances terribles, ma Sœur, j'ai comme un chancre sur la langue (il n'y
a pas de chancre, ni de langue en purgatoire, c'est une façon de parler pour
traduire la souffrance de l'âme)”.
Et Marguerite-Marie de lui demander ingénument: ,,Mais, ma Sœur, qu'est-ce
que vous avez dû faire pour que la Justice Divine vous châtie si sévèrement ?”

,,Ma Sœur, j'ai un jour manqué de charité en récréation…”.
Une autre lui dit: ,,Ma Sœur, j'ai critiqué Mère Supérieure, nous avons comme
un chancre sur la langue, c'est intenable” … et un autre jour, c'est un saint
bénédictin qui lui apparût environné de flammes: ,,Ma sœur, je ne puis plus
tenir, veuillez prier, veuillez demander des prières!” . …
,,Oui, je vous le promets, si Mère Supérieure est d'accord”. Et elle alla trouver
Mère Supérieure, qui l'envoya gentiment promener: ,,Écoutez, ma fille, avec
vos visions, laissez-moi tranquille!” … Et sans permission, il n'y eût pas de
prières!… Mais cela ne faisait pas l'affaire de l'âme du bénédictin qui revint
trouver Marguerite-Marie: ,,Ma Sœur, vous n'avez donc pas de cœur ? Je
souffre, daignez m'aider!” … Et elle alla encore trouver sa Supérieure sans
résultat. Mais, le Bon Dieu le permettant, l'âme du bénédictin alla enfin trouver
directement la Mère Supérieure. Elle en fut tellement effrayée qu'on dut lui
donner ((fin page 140))
((p. 141…)) un cordial; elle donna toutes les permissions… On fit dire des
messes et tout le couvent se mit à faire des prières, des pénitences, des
sacrifices et Sainte Marguerite-Marie, qui savait les faire, n'y allait pas de main
morte!… ce n'est qu'après que l'âme du bénédictin alla la remercier avant
d'entrer au Ciel. Qu'est-ce qu'il avait fait ? Oh, rien de grave, rien de ce que
nous appelons grave: il avait eu un peu d'attache naturelle pour des âmes qu'il
dirigeait. Il prenait trop de goût, trop de satisfaction personnelle à les
conduire…
Eh bien, mes chers Messieurs, quel est le moyen d'échapper à cela: il n'y en a
qu'un: c'est le contrôle… autrement, on ne peut pas… le contrôle de ses actes,
répété tous les jours, l'examen général et particulier.
Sans cet examen, dont on vous parle dans les causeries de 11 heures, on ne
se rend pas compte… Combien de bons chrétiens se font illusion, même des
consacrés… ils ne se rendent pas compte…
Parce qu'il n'y a pas de faute grave dans leur vie, ils ne s'astreignent pas à ce
contrôle minutieux et ne s'aperçoivent pas que leurs rapports avec Dieu, en
raison de ces innombrables petits manquements, deviennent inefficaces, même
si leur pratique religieuse reste maintenue: aux yeux du Seigneur, elle n'a plus
que peu ou pas de mérite…
Voilà pour vous, Messieurs, une belle méditation. Elle peut vous faire beaucoup
de bien. Demandez au Bon Dieu de bien comprendre.
Il est possible qu'en considérant le péché sous ses formes vénielles vous
saisissiez mieux que le plus petit péché délibéré est une offense à la Sainteté
infinie parce qu'il est un dérèglement volontaire à sa Loi.
Il ne donne pas la mort à l'âme, mais, après le péché mortel, il est le plus grand
malheur.
Je rappelle rapidement ses effets nocifs:
1- Il dérègle notre âme plus ou moins.
2- Il remplit l'âme de brouillard, empêche de distinguer nettement entre le Bien
et le Mal.
3- Il salit tout ce qu'il y a de plus beau dans une âme: l'état de grâce, et ses
rapports avec Dieu perdent l'efficacité qu'ils devraient avoir.
4- A cause de ces péchés véniels, la Sainteté devient impossible.
5- Une seule habitude désordonnée suffit à faire écran. C'est le chemin de la
tiédeur et quelquefois du péché mortel.
Conséquence: Pour payer ces péchés véniels, s'en purifier, le Purgatoire. Allez
faire cette méditation pour mieux comprendre. N'oubliez pas vos examens et,
par le fait même, vous n'en préparerez que mieux votre confession.
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Amour miséricordieux
Aussitôt après l'explication de la méditation, que je vais vous donner, les
confessions auront lieu. Nous confesserons dans nos chambres respectives.
Faites en sorte de vous partager car vous trouverez le même prix partout! Nous
ne pouvons pas faire de rabais ni les uns, ni les autres! Nous ne sommes que
les employés du Seigneur, vous le savez, et comme Lui ne peut vous faire
meilleur marché, nous non plus, vous le comprenez bien!…
Répartissez-vous donc. Saint Ignace veut en effet que nous commencions la
deuxième partie des exercices les retraitants dûment confessés, c'est pourquoi
j'attire votre attention sur la nécessité de ne pas trop prolonger cette sujétion…
D'autre part, une confession générale peut être bien faite, même rapidement, à
condition que soit enlevé tout ce qui ne concerne pas la confession proprement
dite: par exemple certains nous disent parfois les péchés des autres, sans le
vouloir évidemment: ,,Mon Père, j'ai un fichu caractère, c'est vrai, mais si vous
saviez, Hou! j'ai une belle-mère, elle ne perd pas une occasion!…”. Allons,
allons, vous n'êtes pas venu ici je suppose pour confesser votre belle-mère!…
ou bien: ,,Mon Père, j'ai été élevé dans une famille chrétienne, j'ai fait ma
première communion, je fais ma prière le matin et le soir, je vais à la messe le
dimanche…”. mais mon cher, ce ne sont pas des péchés cela… non, non…
dites vos péchés seulement, simplement vos péchés…
Il y en a aussi, quelquefois qui nous font des exhortations comme ,,J'aurais
dû… ma mère était une sainte femme… puis j'ai été élevé dans un collège
religieux avec des jésuites…”. Inutile mon cher: les péchés tout court, avec leur
nombre (remarquez que pour les péchés déjà dits dans une confession
antérieure, cette précision n'est même pas nécessaire, cependant, si quelqu'un
avait pu faire auparavant une confession sacrilège qui n'aurait jamais été
arrangée, alors celui-là devrait reprendre son examen à la dernière confession
sûrement bonne, voyez!… On n'avait pas, c'est très probable, l'intention de
faire un sacrilège, mais on se rappelle certaines confessions de la jeunesse ou
de l'adolescence plus ou moins bâclées… Je me souviens à ce sujet avoir eu
dans une certaine paroisse une centaine d'hommes et j'en voyais deux ou trois
qui essayaient de gagner des places (c'était en Haute Loire et nous étions
douze à confesser, mais il était déjà tard) alors chaque fois que l'un des deux
faisait un geste pour gagner une place, un gros gaillard de paysan l'attrapait
par les épaules et HOP!… il le faisait reculer d'autant… eh oui, même à mes
scouts qui arrivaient en trombe et s'arrangeaient pour se faufiler devant les
femmes qui attendaient!… Quand on se rappelle ces choses-là… tenez, une
fois je dis à l'un d'eux: ,,Récite l'acte de contrition… Mon Dieu j'ai une extrême
douleur… (puis un petit rire retenu) de vous avoir offensé…”. C'était l'autre qui
lui tirait les pieds par derrière! Évidemment, on n'a pas voulu faire un sacrilège,
mais lorsqu'on se rappelle des confessions ainsi faites, on pourrait se dire:
Était-ce bien sérieux cela ?…
Alors, voyez-vous, les confessions générales sont faites pour arranger ces
ennuis, pour calmer ces inquiétudes.
Il arrive aussi qu'on peut avoir au sujet d'un péché plus ou moins grave un
problème moral qui se greffe dessus et pour l'explication duquel il faut de
longues paroles, 20 minutes parfois… dans ce cas, dite le péché simplement et
pour la décision morale pour laquelle vous avez besoin de conseils, vous
reviendrez trouver le Père dans la soirée ou le lendemain, car vous êtes 30
ici… si le premier reste 3/4 d'heure pour se libérer, le dernier pourrait se dire: Si
je passe moi, cela sera dimanche prochain!
Éliminez donc tout ce qui est inutile. Dans vos paroisses où vos prêtres sont
plus facilement accessibles, la confession et la direction spirituelle peuvent se
faire en même temps, mais ici, par charité pour les autres aussi, séparez cela
en deux en ne disant que vos péchés, tout simplement et nettement, et vous
verrez que la confession ne vous en sera que plus facile! Toutefois, si vous
éprouvez quelque difficulté, n'hésitez pas à demander au prêtre: Mon Père, j'ai
ça… Qu'est-ce que vous en pensez ?
*****
Jusqu'à présent, avec notre guide Saint Ignace, on vous a rappelé la justice de
Dieu. Et il fallait bien qu'on vous la rappelle dans ce monde, même catholique,
où l'on oublie trop souvent ce que nous devons à Dieu.
Souvent, dans l'Écriture Sainte, Dieu, donnant des règles, des directives au
peuple par Moïse, répète: ,,Moi, je suis le Seigneur, EGO DOMINUS; EGO
DOMINUS, c'est le Seigneur qui parle! Eh oui, c'est le Seigneur, c'est l'Éternel,
c'est l'Infini, n'oublions pas cela… Si à notre époque on oublie précisément ce
qu'est Dieu, c'est qu'on oublie le caractère sacré de Sa parole et par là, on
oublie facilement ce qu'est l'injure faite à Dieu, on oublie le respect qui Lui est
dû… il fallait bien qu'on vous rappelle cela!…
Dieu est infiniment juste, oui, et c'est parce qu'Il est infiniment juste, qu'Il punira
ceux qui ne lui auront pas obéi et donnera son Ciel à ceux qui auront fait sa
volonté, … donner à chacun ce qui lui revient est une conséquence de la
justice… cependant, si Dieu est infiniment juste, Il est aussi infiniment
miséricordieux…
Voyez-vous, au fond, nous ne savons pas en faire la distinction, parce que
nous sommes très limités. En effet, les hommes sont obligés de voir Dieu par
des perspectives différentes, car, en même temps qu'INFINI, Il est infiniment
SIMPLE et cela, nous le comprenons mal; alors nous regardons sa justice, puis
nous regardons sa miséricorde, puis sa douceur, puis son amabilité et puis son
amour, voyez ?… des perspectives superposées… mais, en fait, la meilleure
définition, celle que nous comprenons le mieux, c'est celle de Saint Jean:
,,DEUS CARITAS EST” – Dieu est amour! et son amour est infiniment juste, il
est infiniment miséricordieux; son amour est infiniment aimable, infiniment
puissant, infiniment doux, infiniment joyeux, tout comme justice est infiniment
miséricordieuse et sa miséricorde infiniment juste. Tout cela ne fait qu'un…
mais précisément à cause de nos limites, après avoir vu la justice de Dieu,
nous allons voir sa miséricorde bien qu'en Dieu, justice et miséricorde se
confondent.
D'ailleurs, c'est ce que fait Saint Ignace. Je ne sais si vous l'avez remarqué:
dans la méditation des trois péchés typiques, il nous montre les réactions
divines devant le péché des anges, puis devant le péché de nos premiers
parents et enfin devant le péché d'un homme quelconque… C'est un fait: Dieu
réagit ainsi et Il ne pouvait faire autrement parce qu'Il est infiniment juste;
cependant dans le colloque (il est facile de nous en convaincre, veuillez
prendre la page 358) Saint Ignace nous le fait faire ainsi:
,,Imaginant Jésus-Christ Notre-Seigneur devant moi, mis en Croix, je ferai un
colloque et je lui demanderai comment, de Créateur, Il en est venu à se faire
Homme, comment de la vie éternelle, Il en est venu à la mort temporelle et à
mourir ainsi pour mes péchés. Puis, je me regarderai moi-même et me
demanderai ce que j'ai fait pour Lui, ce que je dois faire et le voyant en croix,
suspendu ainsi en cet état je raisonnerai sur ce qui s'offrira à mon esprit”.
Vous voyez là le Dieu infiniment miséricordieux. Eh bien, nous retiendrons ce
cadre et comme toile de fond, nous prendrons le Calvaire. Pour notre
méditation, nous ne pouvons trouver mieux que ce monticule rocheux ayant
vaguement la forme d'un crâne, d'où son nom de "KALVARIELOCUM – le
rocher du crâne" et si nous avions vécu là, il y a 2'000 ans, nous aurions pu voir
sur ce rocher, à présent recouvert des marbres de la basilique du Saint-
Sépulcre, trois croix dressées: à gauche un bandit; à droite un autre bandit et
entre les deux, assimilé à ces malfaiteurs, regardons quel est Celui qui meurt…
Pourquoi meurt-il ? pour qui ? Voilà le tableau qui va nous servir de
composition de lieu.
Remarquez ensuite le colloque suivant, page 360: ,,Je terminerai par un
colloque de miséricorde, raisonnant et rendant grâce à Dieu Notre-Seigneur,
parce qu'Il m'a épargné jusqu'à maintenant et m'a laissé la Vie”. S'il m'avait
appelé en telle ou telle circonstance, tel accident, tel bombardement, tel danger
dans lequel je me trouvais où serais-je maintenant ?
Merci Mon Dieu! Oui, j'exalterai la miséricorde du Seigneur.
Remarquez aussi qu'après ce colloque faisant suite à la méditation des 3
péchés typiques, Saint Ignace ne veut pas que nous quittions le 3ème exercice
sans que nous fassions encore appel à la miséricorde divine par 3 colloques
successifs: le 1er à la Reine de miséricorde, Notre-Dame, le 2ème à Notre-
Seigneur avec la belle prière "Âme de Jésus-Christ", le 3ème au Père Éternel
avec le Pater Noster, il ne veut pas non plus que nous quittions le 5ème
exercice sur l'enfer sans rendre grâce à Dieu de sa miséricorde page 362, ,,Je
reverrai ces catégories d'hommes qui se sont perdus pour l'éternité et après
cela je rendrai grâce à Dieu qui ne m'a laissé tomber dans aucun de ces
groupes en mettant fin à ma vie. Je le remercierai de la manière dont jusqu'à
présent Il a toujours eu pour moi tant de miséricorde, tant de pitié”.
Nous allons donc prendre ces colloques de miséricorde et en faire une
méditation. La toile de fond: le Calvaire. La grâce que nous demandons:
comprendre la miséricorde de Dieu.
Nous savons bien que Dieu est infiniment miséricordieux; nous le savons en
théorie mais nous voudrions, n'est-il pas vrai, que cela ne soit pas pour nous
une théorie, une vérité froide, intellectuelle; nous voudrions (comme disent les
saints) qu'elle devienne savoureuse, c'est-à-dire expérimentée et encore une
fois, mes chers Messieurs, moi je ne peux pas vous donner cela, bien heureux
lorsqu'on peut en avoir un peu pour soi, comme le disait saint Bernard; alors
demandez vous-même et tâchez d'obtenir cette grâce.
Pendant que tout à l'heure vous méditerez en attendant votre tour, demandez
au Seigneur de comprendre et vivre l'expérience savoureuse de sa
miséricorde!…
Ceux qui passeront les premiers, faites-le après votre confession, mais de toute
façon, il faudra que vous fassiez vos petits efforts personnels afin de vous
mettre dans la meilleure perspective pour recevoir cette grâce, ce don gratuit
de Dieu!
*******
D'abord, qu'est-ce que cela veut dire "miséricorde" ?
Eh bien, dans ce vocable français, vous avez deux idées: misère et cœur: un
cœur qui se penche sur sa misère.
Justement sur la terre, nous avons de belles amours de miséricorde qui
pourront vous faire comprendre, vous faire soupçonner, par analogie, mais en
les multipliant à l'infini, ce qu'est l'amour de Dieu!…
Sur la terre, vous le savez, il n'y a rien de plus démuni, en arrivant au monde,
que l'enfant des hommes: le petit veau, au bout de 3/4 d'heure, se tient déjà
debout et va téter sa mère lui-même; les petits poussins, n'en parlons pas, à
quelques minutes de leur sortie de l'œuf, ils commencent à gratouiller pour se
chercher la nourriture; de petits mammifères, le chien par exemple, restent
aveugles quelque temps; les oiseaux aussi ne se plument pas de suite, mais ça
ne dure pas et un mois après, ils s'envolent!… L'enfant des hommes, lui, il faut
de très longs mois avant qu'il soit capable de se tenir sur ses jambes (fait
unique dans la biologie) de longs mois avant de pouvoir se tenir debout!…
L'enfant des hommes, il lui faut de longues années avant qu'il puisse trouver
lui-même sa nourriture, et sur cette misère naturelle, il y a un cœur qui se
penche, plein de délicatesse, de beauté, de richesse, d'industrie, de puissance
incroyables… le cœur d'une mère, le plus bel amour au monde sur le plan
naturel… et dans les guerres, souvent, des aumôniers, des camarades ont pu
remarquer et rapporter que de petits soldats frappés à mort sur le champ de
bataille, alors qu'ils n'avaient plus que quelques instants à vivre, spontanément,
instinctivement appelaient celle qui leur avait donné le jour… ils appelaient à
leur secours leur maman… Eh bien, cet amour sublime des mères qui, en ce
monde plein de vilenies est encore ce qu'il y a de plus beau grâce aux enfants
et grâce à la maternité, qui conserve ainsi à l'humanité une certaine noblesse,
d'où vient-il cet amour ?
En ce moment-ci, sur la terre, il y a peut-être, je ne sais pas, moi, cinq cent
millions de mères! d'où vient cet amour ? où l'ont-elles trouvé ? Dans les
magasins, en libre service ? ,,Donnez-moi pour 10 francs d'amour maternel !
…”.
Eh non! vous le savez aussi bien que moi. Cet amour maternel les mères l'ont
trouvé en elles avec la maternité et cela vient de plus haut, évidemment!…
Quelquefois, dans les montagnes, on voit des ruissellements, des émergences,
de l'eau qui jaillit, belle, pure, limpide, mais cela vient de plus haut. Plus haut, il
y a le glacier, un réservoir inépuisable… Eh bien, cet amour des mères est
aussi une sorte de ruissellement qui vient de plus haut, non pas d'un glacier,
mais d'un foyer incomparable, infini et l'amour des mères, de toutes les mères
réunies ne peut pas nous donner idée de ce qu'est l'amour de Dieu!
Moi, je rêve qu'on nous traduise en français les œuvres de ce grand mystique
espagnol qui s'appelait Alphonse Rodriguez: il avait été marié, avait 4 enfants,
un commerce, puis il a tout perdu: sa femme et ses enfants. Il est alors rentré
dans la Compagnie de Jésus comme "frère" et on le mit comme concierge dans
un couvent. C'est là, dans sa cellule de concierge, qu'il est devenu un très
grand mystique.
Avant sa mort, on lui fit écrire ses expériences. Ce sont des merveilles! Il y a
plusieurs chapitres où il explique comment Dieu agit avec les âmes. Il avait vu
sa femme jouer avec ses enfants: par exemple le petit qui ne voulait pas
prendre le sein: alors la maman, par une petite tape, par un pincement faisait
rechigner le petit et en profitait pour faire gicler un peu le sein sur le visage,
alors l'enfant hurlait de plus belle et elle l'embrassait, le pinçait à nouveau,
etc… eh bien, Dieu fait un peu comme cela avec les âmes. Dieu aime les âmes
plus qu'une mère aime son poupon, mais nous ne le comprenons pas; nous ne
savons pas l'apprécier, nous restons trop hommes, voyez-vous! Mais, si nous
étions un peu enfants, c'est-à-dire assez humbles comme les saints l'étaient,
nous saisirions mieux les grandeurs, les splendeurs et les délicatesses de
l'amour de Dieu, amour incommensurable, qui dépasse tout ce que l'on peut
imaginer.
Essayez de réaliser un amour infini sur la terre; d'abord cela n'existe pas;
même un amour de mère est limité, mais Lui, c'est d'un amour infini qu'Il nous
aime. Il joue avec nos âmes: quelquefois, il nous tapote: une petite gifle de
Dieu nous apparaît être une croix terrible!… à une pince de Dieu, nous
hurlerions à mort et pourtant… et pourtant si nous savions deviner que tout est
amour de sa part… si nous savions voir!…
Sur la terre, il y a aussi un autre amour qui ne fait qu'un avec le premier.
Différent, bien sûr… on dit que la mère est mère avant la naissance, mais que
le père est père après! sans doute parce qu'on a remarqué souvent que des
hommes jeunes qui étaient, comment dirais-je, très insouciants avant, avaient
compris la grandeur de leurs responsabilités paternelles en voyant dans un
berceau le fruit de leur amour!…
Ils ont changé de vie! Même, sont devenus beaucoup plus sérieux; ils ont
compris là la paternité.
D'où vient cet amour si beau que quelques-uns d'entre vous connaissent ? Eh
bien, de ce même réservoir unique. Comme le remarquait déjà Tertullien:
personne n'est aussi père que Dieu et aucune homme ne serait père sur la
terre si Dieu ne l'était avant lui.
Comme la maternité, la paternité est une invention de Dieu, mais Lui nous aime
plus que tous les pères et toutes les mères ensemble… dans l'Écriture Sainte,
en comparant son amour à celui d'une mère, Il nous dit: ,,Est-ce qu'une mère
peut oublier son enfant ? cela arrive malheureusement, mais Moi, dit le
Seigneur, Moi je ne t'oublierai pas; si tu obéis à ma voix, je te porterai sur mes
genoux, je te caresserai comme un enfant qu'une mère porte à son sein”.
Il y a d'autres amours sur la terre, admirables aussi: l'amour des Saints.
Lorsque nous lisons la vie de certains saints, même des plus récents, elles sont
toutes belles, toutes variées: La vie d'un Saint Jean Bosco, d'un Saint Curé
d'Ars, par exemple; nous restons bouleversés de cette flamme pure, admirable;
on se demande comment des choses pareilles peuvent s'épanouir ainsi sur la
terre!… 
C'est de Dieu que cela vient aussi… un miracle de Dieu! Et pourquoi ? C'est
parce que les saints laissaient Dieu travailler en eux, en se donnant totalement
à Lui. C'est là qu'on voit comment Dieu s'épanouit dans un homme, dans une
femme, avec des ressources, des attentions encore plus belles, plus délicates
que celles des mères!…
C'est bien hier que nous avons eu à célébrer la fête d'un très grand saint sorti
d'une famille landaise très pauvre, devenu l'un des géants de la sainteté, Saint
Vincent de Paul ! et il y en a d'autres… la France n'en manque pas… n'en
manquait pas!
Oui, l'amour des saints; mais il y a un autre amour encore plus fort: la Sainte
Vierge.
La Sainte Vierge est une créature de Dieu, la plus belle, un chef-d'œuvre de la
part de Dieu que nous ne pouvons qu'entrevoir: Elle a été faite par Dieu, pour
Lui, oui, mais pour nous aussi, afin de nous faciliter le retour dans la maison du
Père.
Il y a en effet des hommes qui auraient eu des difficultés à se convertir en ne
voyant que le Père, mais Elle, elle n'est pas Juge, elle est Mère et avocat des
pécheurs; alors Dieu, sachant que grâce à cette femme, le retour des pécheurs
serait facilité, l'a inventée et lui a donné les plus belles qualités qui se puissent
attribuer…
Si nous, pauvres hommes que nous sommes, nous pouvions faire nos mères, il
est certain que nous inventerions les choses les plus belles, c'est évident, mais
voilà, nous arrivons après, nous ne pouvons donc pas; mais Lui, Il est de
toujours, et il me semble qu'on ne puisse rien dire de plus grand: que Dieu, de
toute éternité, a rêvé à ce qu'Il donnerait à sa Mère comme joyaux
incomparables!… alors imaginez! Il est le Dieu Infini, le Tout-Puissant! on ne
peut donc rien dire sur la Sainte Vierge de plus grand que ce que Dieu lui-
même en a fait et en dit!… et Il a voulu qu'Elle soit la Mère de son Fils et notre
Mère à nous! Mère de la miséricorde, elle aussi aime ses enfants d'un amour
immense…
Nous ne pouvons aller plus loin: l'amour des Mères,. l'amour des pères, l'amour
des saints, l'amour de la Vierge Marie, et nous savons que tous ces amours
réunis ne sont que le reflet de celui que Dieu a pour nous! mais comment
comprendre, comment concevoir, palper en quelque sorte une vérité qui nous
échappe ? Car il reste que nous sommes de pauvres hommes très limités, de
pauvres hommes qui, très souvent, faisons le geste d'Adam.
Adam, vous le savez, devait avoir au cœur deux amours: l'amour de son Dieu
et l'amour de sa femme.
Un jour, il a rompu l'ordre de l'amour: il a fait passer sa femme avant Dieu!…
Catastrophe! Et nous avons tous tendance à faire pareil: Nous savons comme
Adam que Dieu nous aime d'un amour infini, mais Dieu se cache, voilà le
drame… Dieu se cache, car Dieu est un pur esprit, mais la créature, elle, ne se
cache pas!… au contraire, elle nous influence car nous sommes très
dépendants de nos sens; la créature, nous la voyons, nous l'entendons, nous la
touchons; en nous, elle fait vibrer des résonances mystérieuses, sentimentales,
qui nous troublent… et souvent, nous faisons comme notre père Adam: nous
oublions l'amour incomparable de Dieu, cet amour infini, et nous courons
derrière la pauvre petite créature qui nous offre, là, de petites satisfactions
misérables… nous faisons comme Adam, oui… Catastrophe alors! de telle
sorte que parfois, nous aurions la tentation de dire: ,,Mon Dieu, je sais que
vous m'aimez, je le sais, mais en lumière froide, en théorie… je sais que c'est
vrai que vous m'aimez d'un amour infini, mais comme je ne vous vois pas, je
suis obligé de faire des théorèmes, n'est-ce pas, pour me rappeler de cela… et
ce n'est guère facile, de faire des théorèmes!… Tandis que là, avec la créature
qui m'attend, je n'ai pas à en faire… Oui Mon Dieu, je préférerais que vous
m'aimiez un peu moins et que je puisse mieux réaliser votre amour!”.
Le Bon Dieu le savait cela… C'est Lui qui nous a faits… Il connaît nos besoins
et Il a voulu répondre à ce que nous pourrions nous dire, par un miracle, un
miracle d'amour…
Encore maintenant, à la fin de la messe, vous l'avez remarqué (cela durera
encore quelques jours) nous avons lu le commencement de l'évangile de Saint
Jean qui nous rappelle la générations éternelle du Verbe ,,IN PRINCIPIO ERAT
VERBUM - Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le
Verbe était Dieu. C'est par Lui que tout a été fait et rien de ce qui a été fait n'a
été fait sans Lui”.
Et Saint Jean termine cette page admirable qui nous remplirait de joie si nous
pouvions la comprendre: ,,ET VERBUM CARO FACTUM EST ET HABITAVIT
IN NOBIS - Et le Verbe s'est fait chair et Il est resté parmi nous”. Remarquez: il
n'est pas "passé simplement" n'est-ce pas ? Non!… Il est resté avec nous et
Saint Jean ajoute: ,,Il a habité et nous l'avons vu”.
Vous voyez la conséquence: ET VIDIMUS - Et nous l'avons vu.
Dans sa première épître, le même Saint Jean (qu'on a pu appeler l'apôtre de
l'amour, monté si haut, car vous savez que chaque évangéliste a un signe, un
symbole particulier: celui de Saint Jean est l'aigle, l'aigle qui monte très haut et
cela évoque les deux grandes visions spirituelles que Saint Jean a eues à
Pathmos où l'avait relégué Domitien, visions relatées dans l'Apocalypse; dans
ses diverses épîtres, il revient toujours sur ce thème: Aimez-vous… Aimez-
vous… c'est le commandement du Seigneur) mais, dans sa première épître
donc, il dit: ,,Celui que les siècles antérieurs n'avaient pas connu, Il était caché
dans le sein du Père, le Verbe éternel, et voilà que nous l'avons entendu
parler… nous l'avons vu s'asseoir, fatigué, sur la margelle du puits de Jacob…
nous avons cheminé à côté de Lui sur les routes de Palestine, de Samarie et
de Galilée… nous avons mangé avec Lui… nous l'avons vu dormir le Verbe et
nos pauvres mains ont touché, ont palpé le Verbe de Dieu, voilà la bonne
nouvelle que nous venons vous annoncer!”.
Dieu s'est ainsi humanisé, Dieu s'est rapproché de nous pour nous parler de
bouche à oreille, pour nous faire comprendre les grandeurs de son amour,
alors, mes chers Messieurs, dès maintenant et jusqu'à la fin de la retraite – car
il vous faudra continuer après – avec notre guide Saint Ignace, nous allons
essayer, par l'évangile où il se révèle le mieux à nous, de connaître Notre-
Seigneur Jésus-Christ, le Verbe de Dieu. Nous le connaîtrons aussi par la
Sainte Eucharistie que vous recevrez demain, bien sûr, mais l'évangile nous
donnera surtout des renseignements intellectuels, des images très belles, des
leçons aussi dont nous devrons titrer profit avec la grâce divine, car l'Évangile,
par lui-même, n'est qu'un résumé de faits purement matériels et de vérités que
Dieu fait ensuite épanouir en nous par la Sainte Eucharistie.
En d'autres termes, c'est dans l'évangile que nous trouverons Notre-Seigneur
présent dans son église tandis qu'à la messe Il se manifestera à nous dans la
communion.
Par ces moyens puissants, nous nous attacherons à mieux comprendre le
Verbe de Dieu qui s'est rapproché de nous en s'incarnant. Sainte Thérèse
d'Avila raconte dans sa vie par elle-même qu'un jour, elle crut bien faire, pour
aller plus profondément dans la compréhension de Dieu, de laisser de côté
l'humanité de Notre-Seigneur et Jésus lui fit entendre qu'elle faisait une erreur
qu'elle avoue par ailleurs très humblement; vous savez aussi que dans sa
prière officielle l'Église ne fait jamais une demande qui ne passe par ,,PER
EUMDEM CHRISTUM DOMINUM NOSTRUM!”:
Nous allons donc faire pareil et pour comprendre l'amour et la miséricorde de
Dieu envers nous, nous allons nous servir de l'Évangile.
Les anciens qui sont ici connaissent bien cette synthèse telle que nous la
donnons parfois; nous allons la concrétiser en quatre tests et nous
continuerons à la développer au cours de la retraite…
Pour mieux saisir l'amour du cœur de Jésus, le Verbe incarné, nous nous
servirons du test concernant les enfants, de celui qui se rapporte aux malades,
puis du test des affligés et enfin de celui qui a trait aux pécheurs, voyez, 4 tests
pour essayer, je dirais pour faire jaillir et découvrir l'amour du cœur de Jésus… 
Les enfants:
En provençal, un terme qu'on ne peut pas traduire directement, mais que tout
le monde comprend est que les enfants ont une "sentide", vous voyez d'où
vient le mot, une sentide pour découvrir les gens de cœur… un sens spécial!
C'est de ma jeune sœur que je tiens ce trait: elle a 10 enfants et il y a quelques
années de cela, elle avait encore au bras la petite Marie-Odile âgée de 22
mois. Entre une dame qui venait faire une commission dans ce foyer; regardez
la dame: elle est bien pomponnée, bien frisouillée, parfumée, élégante,
fourrure, peinture, rien n'y manque!… Elle salue la maîtresse de maison et puis
dit un petit bonjour à Marie-Odile: ,,Bonjour Marie-Odile” Voyez la petite: c'est
une grimace qu'elle fait. Voyons, dis bonjour à la dame lui dit sa mère: une
grimace encore voulant dire non… Mais voyons, voyons Marie-Odile, insiste la
maman, veux-tu dire bonjour à la dame!…
Non! et catégorique, hein!
La dame s'avance pour l'embrasser quand même, mais rien à faire, la petite se
détourne; alors un peu confuse, la dame pose sa commission et s'en va…
Deux minutes plus tard c'est le charbonnier qui arrive; il travaille, il est tout noir,
verse le charbon dans le réduit puis il s'éponge et la maman dit: Vous boiriez
bien coup, hein ?
Ah, vous savez Madame, il fait froid dehors, mais en travaillant, on transpire…
et ça fait le poids hein! Si vous voulez un coup de rouge ça nous va mieux à
nous, c'est pas de refus!
Elle sort la bouteille, un verre, lui verse un canon et lui, le charbonnier, regarde
la petite qui mange sa soupe; elle en est d'ailleurs toute barbouillée, même
dans les cheveux… Cou-cou… cou-cou…
La petite s'est arrêtée de manger sa soupe et ils parlent déjà comme deux
vieux amis, la petite serait même capable de l'embrasser ce monsieur tout noir,
mais qui a de si bons yeux!…
Et sur le point de partir: Vous savez Madame, j'aime beaucoup les petits: J'en
ai cinq à la maison: Monique qui va faire la communion, j'ai Colette aussi qui va
sur ses 0 ans et puis Mimile, eh! et a déjà 7 ans Mimile! J'ai Robert qui a 3 ans
et puis ma petite Marie-Laure, Laurette qu'on l'appelle, 8 mois… tu vois, tu
vois… toi tu est une grande fille à comparer… Adieu, Marie-Odile, adieu! et il lui
fait signe de lui envoyer des baisers!…
Tiens, pourquoi la petite a-t-elle fait un accueil si différent à cette dame si bien
frisée et parfumée et à ce monsieur tout noir qu'elle aurait presque embrassé ?
C'est que la petite a "senti" le cœur…
Eh bien, appliquez cela à Notre-Seigneur. Saint Marc dans son Évangile, nous
fait remarquer dès le premier chapitre, que les mamans juives qui avaient
deviné le cœur de Jésus lui couraient derrière avec les petits. Il les prenait, les
embrassait et les bénissait en les rendant à leur mère; les garçons et filles
venaient aussi et nous pouvons nous imaginer, par exemple lors du sermon sur
la montagne la ribambelle de bambins qui se trouvaient là, et à tous les
sermons qu'Il faisait, c'était pareil, toujours des quantités d'enfants: les
évangiles précisent pour la multiplication des pains qu'il y avait 5000 hommes;
vous pensez bien que des femmes et des enfants il devait y en avoir encore
davantage!… En principe, lorsqu'il y a beaucoup d'enfants, il y a évidemment
un vacarme correspondant, beaucoup de bruit. A ce sujet, faisant mon service
militaire à Gabes comme tirailleur, j'avais été invité par un ami pour être témoin
de mariage… un autre soldat… il avait seulement oublié de me dire qu'il était
juif… J'ai donc assisté à la cérémonie mais au repas également où il y avait
une ribambelle d'enfants, tous plus beaux les uns que les autres et parmi, des
petites juives avec trois tresses derrière le cou, ce qui donnait aux garçons la
tentation permanent de tirer dessus… puis les filles, ça grogne, ça caquette, ça
fait du bruit… alors, dans ces rassemblements populeux, les apôtres
essayaient bien de faire faire un peu de silence… ils croyaient de leur devoir de
mettre de l'ordre! d'ici vous voyez la scène, n'est-ce pas ? … une tape aux
filles, un coup de pied au derrière des garçons, un coup de casquette par-ci,
autre par-là… Hé! marmaille: allez donc jouer au ballon plus loin!… il n'y a plus
moyen de s'entendre ici!… Il est venu prêcher aux hommes! fichez le camp!…
alors les enfants qui s'arrangeaient toujours pour se faufiler devant reculaient
un peu, puis cela recommençait de plus belle de l'autre côté, et à la fin, Notre-
Seigneur se mettait en colère (si l'on peut dire) mais pas contre les enfants,
non!… contre les Apôtres: Laissez donc venir à moi les petits enfants!… et
comme les Apôtres ne voulaient pas comprendre, Il a pris un jour un petit juif
par le bras et l'a mis au milieu d'eux, un bel enfant, bronzé, avec des cheveux
noirs et des yeux de braise (ils sont très bruns en général) et Il leur a dit: ,,Si
vous ne devenez semblables à ces petits, vous n'entrerez pas dans mon
Royaume”:
Le Pape Pie XII a appelé Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus la plus grande
sainte des temps modernes surtout parce qu'elle a rappelé cela à l'humanité,
l'humanité qui se croit adulte!… Sainte Thérèse par sa vie a rappelé cette
grande vérité que Dieu est Père et que nous nous sommes ses enfants qui
devraient se conduire comme des enfants… mais hélas!… Passons!…
Oui, Notre-Seigneur a beaucoup aimé les enfants et encore maintenant, mes
chers Messieurs, votre rôle à vous, les pères consiste a faire de vos foyers des
serres chaudes où puissent vraiment s'épanouir les vertus chrétiennes, afin
que vos enfants deviennent de belles fleurs pour son Ciel… Il vous les confie!
C'est pour cela que vous êtes là!… Quelquefois en effet, le matérialisme
ambiant, aidant à cela, on fait de ses enfants des idoles: bien habillés, bien
pomponnés, bien grassouillets et on oublie le principal: on oublie qu'ils ont une
âme… Oui, c'est là qu'on voit le cœur de Dieu, son amour pour ces petits à
l'âme encore innocente… et les saints, s'ils sont devenus des saints, c'est qu'ils
ont su rester enfants…
Les Malades:
Les malades sont comme les enfants: ils sont mineurs, ils ont besoin des
autres; dans les hôpitaux, les cliniques, dans tous les endroits où l'on souffre,
on voit bien qu'ils s'accrochent toujours aux gens de cœur parce qu'il arrive
fréquemment qu'on abuse d'eux.
Je me souviens avoir été opéré dans un hôpital servi par des religieuses. L'une
d'elles était Sœur infirmière au service de chirurgie et les opérés la réclamaient
toujours, c'était Sœur Ombeline…

Si l'on demandait à l'un d'eux: Qui voulez-vous qu'on appelle ? Sœur Ombeline,
répondait-il. Si on lui précisait qu'elle était occupée donc indisponible, il disait:
eh bien, j'attendrai…
Remarquez que les autres sœurs faisaient bien leur service, de tout leur cœur
même, mais Sœur Ombeline, avait toujours le sourire, de jour comme de nuit;
c'est en souriant qu'elle savait répondre ou donner un jus de fruit, un bonbon,
elle consolait, rayonnante, voilà!
Notre-Seigneur a beaucoup aimé les malades et les malades l'ont beaucoup
aimé aussi. L'Évangile est plein de traits confirmant cela.
Quelquefois même il s'assujettissait à des tournées, mais lorsqu'il rentrait le
soir à Capharnaüm, sa ville, comme on disait alors, ou dans d'autres villes, on
allongeait les malades tout le long comme on le fait parfois à Lourdes… Il
passait devant, les bénissait et les guérissait tous et Saint Jean, en terminant
l'évangile, nous dit que s'il fallait rapporter tout ce que Notre-Seigneur a fait à
ce point de vue-là, le livre en remplirait le monde (une métaphore bien sûr)
mais qui signifie quelque chose quand même!
Notre-Seigneur a fit des prodiges, des miracles sans nombre, l'évangile n'étant
qu'un résumé de tout cela…
Mais il arrivait parfois aussi qu'Il s'écartait le soir, alors que les apôtres, de
retour de ces prédications fatigantes étaient harassés (harcelés qu'ils étaient
par cette foule avide de renseignements), et tandis qu'ils aspiraient à un repos
bien gagné, soucieux d'être enfin tranquilles puisque le travail était fini, et à
pouvoir manger leur soupe (nous savons par saint Matthieu que c'était la belle-
mère de Pierre qui faisait la soupe du soir, une épaisse soupe de poissons
sans doute, pour pêcheurs qu'ils étaient); nous pouvons aussi nous imaginer le
plat accommodé avec des macaronis à l'italienne, arrosé d'un bon coulis…
Nos apôtres rêvaient ainsi d'une bonne nuit quand, tout à coup, Notre-Seigneur
jouait au trouble-fête en décidant d'aller voir un malade…
Nous pouvons également voir Pierre se mettre en colère: Il était très bon
Pierre, mais il était loin d'être un saint à ce moment-là: ,,Quand même,
Seigneur! Il est 8 heures du soir!”.
Mais, Pierre, il faut bien que j'aille voir ce petit malade, la maman m'a dit qu'il y
avait que 80 m.
Oui, elle a dit ça, la maman, mais moi je sais qu'il y a au moins 300 m..! On
abusait bien sûr de la bonté de Notre-Seigneur, mais Lui allait quand même car
il aimait beaucoup les malades…
Un des traits les plus bouleversants à ce point de vue s'est produit le jour des
Rameaux. Notre-Seigneur avait fait deux miracles stupéfiants: d'abord la
guérison de l'aveugle-né que tout le monde connaissait à la porte du temple et
puis surtout la résurrection de Lazare enterré depuis quatre jours et sentant
mauvais.
Comme les fêtes de Pâques étaient proches la foule était venue de fort loin
plus nombreuse que jamais, non seulement pour accomplir les prescriptions de
la loi, mais aussi pour voir ce fameux prophète!
Les gens demandaient donc aux petits enfants de chœur du temple: Et ce
prophète ? Et ce Jésus ?
Eh bien, on n'avait pas le droit à Jérusalem de lui donner asile, les pharisiens
ayant menacé d'excommunication quiconque enfreindrait cet ordre.
Effectivement, Notre-Seigneur allait dormir à Béthanie où Il avait des amis.
Comme on voyait depuis l'esplanade du Temple le mont des Oliviers, là-haut,
un petit qui avait de bons yeux cria: ,,Oui, le voyez-vous ? Il arrive là-bas avec
ses douze!”:
Ce fut ensuite, pour Jésus un triomphe extraordinaire avec cette foule. Les
gens sortaient de partout, cela dévalait des pentes du Cédron comme cela
sortait des portes de Jérusalem, une foule immense se portant à la rencontre
de Notre-Seigneur; on mettait sur son passage des branches d'arbres, des
palmes et des rameaux en criant de joie; beaucoup enlevaient leur manteau
(vous savez que les juifs ont des manteaux multicolores en crêpe de chine, en
soie, flamboyants) spontanément offerts pour le Roi qui s'avançait très
humblement monté sur une ânesse au milieu de cette foule en délire qui
poussait des cris de joie "HOSANNA au fils de David!…".
Notre-Seigneur arrive donc au temple qui se situe derrière cette immense
esplanade rectangulaire entourée par le peuple, et, de là, il aperçoit tout d'un
coup les vendeurs.
Eux ne perdaient pas de temps, un peu comme à Lourdes derrière leurs
attrape-sous, et une sainte colère prend Notre-Seigneur: Il les avait déjà
chassés une première fois deux ans auparavant, mais en voyant que de la
maison de Son Père on en faisait une caverne de voleurs (il y avait là les
changeurs avec leur or, il y avait aussi le coin du ravitaillement et des
sandwichs comme celui où l'on vendait les bêtes pour le sacrifice et tous ces
paysans portant leurs paniers, ces cris, ces discussions, une foire quoi! Rien de
religieux en tout cas! Alors, Notre-Seigneur, voyant cela, fait un martinet avec
des cordes et se met à frapper (Il ne devait pas en faire le simulacre) et à
renverser les tables, et allez allez! Les changeurs n'ont pas dû demander leur
reste, mais ils se sont arrangés, sans nul doute, pour avertir les prêtres juifs
qui, eux, étaient encore plus coupables, puisque c'est eux qui organisaient ce
commerce en louant les emplacements dans le temple et en prélevant
également un impôt sur les ventes!… 
Monsieur le Grand Prêtre, venez! venez vite! un scandale, on nous empêche
de vendre!…
Imaginez les prêtres arriver au pas de course, mais quand d'un coup d'œil, ils
mesurent les effets de la colère divine, hou! Ils deviennent prudents car ils
savent bien qu'elle retomberait sûrement sur eux s'ils intervenaient…
Et c'est de leur résidence qu'ils vont suivre le déroulement de la scène, sans
manquer toutefois d'avertir à leur tour le capitaine des gardes.
Il y avait là une caserne de soldats romains à la tour Antonia qui donnait dans
le temple pour en surveiller les abords et ces soldats de la coloniale romaine
n'étaient pas des fillettes, on se l'imagine aisément.
Le capitaine, au courant du scandale, se met à la tête du piquet de garde
,,Allez, vous autres… pas gymnastique!”… mais quand, à son tour, il aperçoit
Jésus dans sa sainte colère… ça il ne l'avait jamais vu… dans sa vie de
combats, il avait pu apprécier bien des situations dramatiques, mais un homme
seul venant à bout de centaines de personnes dont de gros paysans musclés,
ça, jamais!…
Oh, oh! se dit-il, s'il me voit que va-t-il se passer ?
Il n'en demande pas tant et demi-tour là aussi: comme les prêtres, il regardera
de sa fenêtre et Notre-Seigneur reste Maître du terrain, ses cordes à la main…
un des plus beaux miracles de sa vie!…
Saint Jean a une expression: ,,On aurait cru une torche, le zèle de la maison de
Son Père le dévorait!”.
La foule était sidérée, terrorisée même, les vendeurs cherchant à se cacher
dans les portiques royaux, les portiques de Salomon.
C'est à ce moment-là, et c'est à cela que je voulais en venir, que de l'intérieur
du temple, par la porte Spéciosa, on voit arriver quelques centaines d'estropiés,
de malades, de grabataires, d'infirmes… Ces pauvres gens attendaient tout
d'abord Notre-Seigneur qui devait passer par là pour entrer dans la cour des
femmes et aller ensuite dans la cour des juifs, tous ces malades ont constaté
l'énorme foule des rameaux et ils ont dû se dire: ,,Jésus ne pourra pas
s'occuper de nous aujourd'hui…”. En effet, le Maître disparaissait au milieu de
cette marée humaine d'où impossibilité pour eux de l'approcher…
Et puis, de loin, ils ont aussi assisté à cette expulsion des vendeurs et aux
divers mouvements de foule comme disent nos journaux aujourd'hui; enfin, ils
le voient seul avec ses cordes au milieu du temple…
Eux connaissaient le cœur de Jésus! eux n'auront pas peur et vous devinez la
suite!… Ils se disent les uns aux autres: Oh! profitons de ce qu'Il est seul,
dépêchons-nous… alors boitant d'un côté, boitillant de l'autre, ils s'approchent
de Notre-Seigneur avec une grande confiance.
Rembrandt, le grand peintre flamand clair-obscur a essayé de réaliser ce
tableau magnifique de "Jésus et les malades"; il n'a pu d'ailleurs terminer
entièrement cette œuvre, mais ce tableau, comme éclairé d'une lumière douce
permet d'admirer la grandeur de la scène; toute cette misère humaine
entourant Notre-Seigneur le visage tout illuminé…
A la vue de ces malades, de ces estropiés, la colère lui passe d'un coup. Il était
très maître de Lui, on s'en doute. Il jette ses cordes, puis un divin sourire…
(l'évangile nous parle plusieurs fois des larmes du Christ; jamais, on ne dit qu'Il
ait ri, mais comme Il était très maître de Lui, je ne pense pas Lui manquer de
respect en pensant qu'Il a pu à cet instant sourire) son visage illuminé a été
très bien rendu par Rembrandt: on y voit tout le sérieux de Notre-Seigneur dans
une joie contenue…
Puis Il les bénit et Il les guérit tous… vous voyez, les malades n'ont pas été
déçus par Lui.
Les infirmes et les affligés:
Saint Paul écrira un jour: ,,Nous devons pleurer avec ceux qui pleurent”, mais
Notre-Seigneur a vécu cela avant de le faire écrire par Saint Paul!
Nous savons qu'un jour, Il arrivait avec ses douze dans un village de Galilée
qui s'appelait Naïm, et là, Il croise un convoi navrant, lamentable… des jeunes
gens portaient un des leurs à sa dernière demeure, le fils unique d'une pauvre
veuve et, derrière la maman en larmes suivie de tous les gens du village.
Nous savons que le cœur de Jésus n'a pu résister à ces larmes: Il a arrêté le
cortège, fait descendre le cercueil et a rendu l'enfant à sa mère!
Les commentateurs notent qu'Il aurait pu, semble-t-il, dire à ce garçon ainsi
ressuscité: Viens avec moi, je ferai de toi un pêcheur d'homme!… Non, Il l'a
rendu à sa mère par pure bonté!
Rappelons-nous aussi le deuil de Jaïre, archiprêtre de Capharnaüm: Vous
savez que les prêtres juifs se mariaient et l'archiprêtre, grosse situation, sans
charges de famille importantes, n'avait qu'une petite (peut-être avait-il fait son
plan lui aussi comme cela arrive malheureusement trop souvent: comme cela,
l'héritage, c'est elle qui l'aura, et pas de disputes à craindre!)..
Et puis ce petit bonheur humain est menacé par un événement qui survient
parfois dans les familles: la petite tombe gravement malade.
Je passe sur les détails: le médecin, les consultations, les derniers remèdes…
et, malgré cette lutte fébrile des parents et des médecins, la petite meurt…
A ce moment-là, dans les rues étroites de la vieille ville, on entend des cris et le
père demande ce que c'est… Alors, un des serviteurs lui glisse à l'oreille: ,,
'est le prophète qui passe…”.
Jaïre avait appris quelques jours auparavant le miracle de Naïm qui n'était pas
très loin (15 km à peine) mais il était parmi les pharisiens, pensant comme eux
que la foule avait été bien crédule et que ce prétendu Messie n'était qu'un
perturbateur… Mais là, devant le cadavre de sa fille, il n'a plus envie de se
moquer maintenant et un espoir fou le saisit.… Il sort pour se mêler à la foule.
Un miracle prodigieux venait de se produire: C'était une femme affectée d'un
flux de sang: Jésus venait de la guérir rien qu'en la touchant…
Il arrive donc devant Notre-Seigneur et tombe à genoux, respectueux car son
malheur l'a beaucoup humilié. Ce n'est plus le même homme et il avoue sa
grande peine: ,,Seigneur, je n'avais qu'une petite de 12 ans, je l'ai perdue!”.
Notre-Seigneur voit bien que cet homme-là n'a pas une grande foi, qu'il n'avait
pas la foi du Centurion, et bien… Il ira quand même!…
Je vous suis… et la foule qui a comme senti l'odeur d'un nouveau miracle
emboîte le pas.
On arrive à la maison de l'archiprêtre. Dans ces pays, vous le savez peut-être,
la mort est entourée de beaucoup de bruit; un reste de paganisme fait qu'on
essaie d'éloigner les mauvais esprits en faisant du bruit (j'ai vu cela aussi en
Afrique, chez les Arabes, chez des Maltais aussi… un peu à Marseille
également avec des Napolitains, ce sont les mêmes traditions; beaucoup de
bruit… si on ne crie pas, il n'y a pas de douleur… alors, c'est à qui criera le plus
fort et pour éviter qu'il n'y ait pas assez de bruit, on paie à cet effet des
pleureuses à gages, on les paie pour crier pendant 1 heure, 2 heures, 3
heures, selon la situation de fortune de la famille).
Notre-Seigneur arrive donc tandis qu'il y avait ce tintamarre de cris dans cette
maison… (Ah! mes chers Messieurs, Dieu n'aime pas ces bruits de
convention…).
Arrêtez, voyons!… tenez, commencez par faire taire ces pleureuses!… 
Évidemment, la maîtresse des pleureuses ne l'entend pas de cette oreille: Mais
Seigneur, Monsieur Jaïre nous a payées pour pleurer, il faut bien que nous
gagnions notre croûte, n'est-ce pas ?……
Madame, allez vous-en, vous dis-je, la petite dort…
La petite dort ? Oh! Monsieur Jésus, on ne paie pas d'avance pour ces choses-
là; si on nous a appelées pour pleurer, c'est bien qu'elle est morte!…
Eh bien, allez vous promener Madame! et elles sont parties, nous dit Saint Luc,
en se moquant de Lui, parce qu'Il avait osé dire que la petite dormait alors que
tout le monde savait qu'elle était morte… Les gens ne sont pas fous quand
même pour se tromper à ce point-là!…
Notre-Seigneur est entré et a fait sortir tout le monde: allez dehors, dehors,
dehors!…… Il a pris trois témoins cependant: Pierre, Jacques et Jean...... Il a
suivi le papa jusqu'à la chambrette où se trouvait la maman, effondrée près de
la petite, et alors se passa une courte scène d'une puissance, d'une beauté
incroyable: Notre-Seigneur va droit à la petite et lui prend la main… Fillette!…
et elle ouvre les yeux (C'est Dieu qui parle, et quand Il parle, Messieurs, on doit
ouvrir les yeux, on doit savoir écouter!). Lève-toi!… et elle se lève… Vous
savez que les enfants grandissent beaucoup pendant les maladies et voici que
celle-ci se lève plus grande qu'elle n'était, avec des couleurs splendides… La
maman n'en croit pas ses yeux, elle n'en reconnaît presque pas son enfant
qu'on prendrait pour une jeune fille maintenant, mais se revoyant en toute
lucidité, la petite se jette dans les bras de sa maman qui l'embrasse à l'étouffer;
le papa la lui arrache et en fait autant.… la marraine, qui a entendu la voix de
sa filleule, se précipite et fait de même… Imaginez!… La porte de la chambre
en saute et tout le monde déferle devant ce nouveau miracle.… tous ces gens
veulent à leur tour embrasser la petite… une scène magnifique!
Notre-Seigneur est resté. Pourquoi ? Vous allez voir: tout ce monde qui est là
fait qu'il n'y a plus d'air dans la pièce et la petite qui avait de si belles couleurs,
blêmit, trébuche, ses narines se pincent et elle va tomber là, prise d'un grand
malaise!
C'est facile à en découvrir la raison, non seulement l'air manque, mais elle n'a
pas mangé depuis 15 jours!… Notre-Seigneur lui a rendu la vie, bien sûr, mais
Il ne peut se substituer à nous pour nos propres devoirs quand même!… 
Et la maman s'affole… alors Notre-Seigneur de lui dire: ,,Mais Madame,
donnez-lui donc à manger, vous ne voyez donc pas que votre enfant a faim ?
…”.
Eh bien, mes chers Messieurs, il y avait là un cœur qui veillait plus que la
Maman et que le papa… Quel magnifique trait de la délicatesse du cœur de
Jésus.…
Dernier test, rapidement, car le temps passe.
Les pécheurs:
Ce que Notre-Seigneur a pu faire pour les pécheurs!
Rappelez-vous cette admirable parabole de l'Enfant prodigue (elle vous sera
commentée demain à votre messe de communion). C'est Notre-Seigneur Lui-
même qui a voulu raconter ce que son Père (ce que Lui, c'est la même chose)
fait pour ses brebis égarées…
Rappelez-vous aussi Marie-Madeleine, la vedette, celle qui était allée à
Tibériade pour briller dans ce que nous appelons de nos jours des dancings ou
des music-halls, et un jour, elle en a eu la nausée de cette misère; comme
beaucoup de ces filles, elle pensait probablement y échapper par le suicide et
Notre-Seigneur l'a sortie du fumier, cette vedette…
Il l'a nettoyée, Il l'a ornée, Il en a fait un beau diamant pour son Ciel, oui, de
Madeleine, la pécheresse, Il en a fait Sainte Marie-Madeleine!…
Quel trait admirable aussi que celui de Faustine, la Samaritaine! : Notre-
Seigneur traversait la Samarie en pleine chaleur, sous un soleil de feu, pas
d'arbres, la Samarie Pétrée, et Notre-Seigneur, fatigué, pas loin d'un village
qu'on voyait là, dans le creux de la colline, s'arrêta et s'assit sur la margelle
d'un puits bâti par Jacob; il y avait au fond de l'eau fraîche.. Il est à remarquer
que Notre-Seigneur n'a jamais fait de miracle pour se satisfaire Lui-même,
d'ailleurs, Il désirait autre chose que de l'eau fraîche… tout d'un coup débouche
par un autre chemin une dame venant au puits chercher de l'eau.
Rien qu'à la voir, on se doute du genre: des habits voyants, une démarche! un
air conquérant… en Provence, on dit pour le désigner ,,c'est quelqu'un” (en
patois, bien entendu!)… Elle a eu cinq maris (elle doit en changer comme de
saisons) eh bien, pour cette pauvre fille, pour cette traînée de village comme on
dit parfois, Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est servi de l'eau pour lui parler de
l'eau qui rejaillit jusque dans la Vie éternelle…
Elle, complètement bouleversée, en oublie sa cruche, va raconter au village
cela, et le lui amène; oui, de cette pauvre fille de village, Notre-Seigneur en a
fait Sainte Faustine, la Samaritaine…
Et la femme adultère! quelle conversion que celle-là aussi! Je n'ai pas le temps
de m'y étendre, mais comme on y voit bien l'amour de Notre-Seigneur pour les
pécheurs quand Il lui dit: Où sont-ils ceux qui t'accusaient ?…
Ils sont partis Seigneur…
Eh bien, moi non plus je ne t'accuserai pas, je ne suis pas venu pour cela, mais
va… va et ne pèche plus. Voila le mal… le péché… va et ne pèche plus…
Quelquefois, on essaie ici sur terre de nous donner des films plus ou moins
historiques sur ce qui s'est passé avant, mais au Ciel nous reverrons cela; nous
reverrons ces tableaux magnifiques avec leurs protagonistes: nous écouterons
ces conversations sublimes où jaillit tout l'amour de Jésus pour les pécheurs et
beaucoup pleureront de joie… on verra là ce que Notre-Seigneur a fait non
seulement pour Madeleine, pour la Samaritaine, pour la femme adultère, pour
Zachée, pour Saint Pierre, mais ce qu'Il a fait aussi pour Judas… pour Judas!…
si Judas avait demandé pardon, nous aurions, mes Chers Messieurs, un Saint
Judas sur les autels, à côté de Saint Pierre… Le Seigneur l'aurait aidé à le
devenir! oui, il y a beaucoup d'hommes qui pleureront en pensant à ce que le
Seigneur a fait pour eux…
Voilà, n'oubliez pas de faire cette belle méditation soit avant, soit après votre
confession, selon que vous serez des premiers à passer ou non.
Je vous en rappelle rapidement les données:
Comme composition de lieu: Le Calvaire.
La grâce à demander: Comprendre la miséricorde de Dieu qui nous pardonnera
tout si nous revenons loyalement à Lui.
1er point: On comprend cette miséricorde par l'amour des mères, l'amour des
pères, l'amour des Saints, l'amour de la Très Sainte Vierge.
2ème point: On comprend l'amour du cœur de Dieu fait homme par l'amour
qu'Il a montré envers les enfants, envers les malades, envers les affligés,
envers les pécheurs dont nous sommes tous.
Vous allez vous confesser maintenant. Approchez-vous avec une grande joie
du Sacrement de la Pénitence. Partagez-vous bien, nous sommes, les prêtres,
les représentants du Christ, mais nous sommes pécheurs nous aussi et obligés
de nous confesser comme vous; mais à travers la Parole, à travers le geste du
prêtre, c'est le Christ Lui-même qui va vous pardonner, c'est le Christ qui va
vous laver, c'est le Christ qui va vous faire tout neuf comme un petit enfant…
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L'APPEL DU ROI
Je pense que tout le monde a pu se confesser; si certains d'entre vous
restaient encore à passer, qu'ils veuillent bien venir nous trouver aussitôt leur
méditation terminée… Mais après la confession, il ne faut pas oublier, mes
chers Messieurs, de remercier le Bon Dieu de cette grâce reçue gratuitement.
Par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vous avez reçu le pardon de vos
péchés, et, s'il est vrai que l'on songe généralement à Le remercier après la
communion, il arrive fréquemment qu'on oublie de le faire après le pardon reçu
au sacrement de pénitence!… C'est pour cela d'ailleurs, je le crois, qu'Il permet
au démon de nous tracasser et il est bien possible, nous le savons par
expérience, que le malin vienne vous importuner après la bonne confession
que vous avez certainement faite: Hé! tu ne t'es pas bien confessé… Hé! tu en
as oublié… Et qui sait si… Et qui sait si tu peux aller faire la Sainte
Communion… qui sait si le Père t'a bien compris… qui sait si…
Vous le savez déjà, le démon est un menteur! il ne cherche qu'à vous troubler,
car, comme le dit le livre de l'Imitation, il n'aime pas une bonne confession…
Mes chers Amis, ne soyez pas scrupuleux; le Bon Dieu ne veut pas que l'on
soit scrupuleux, mais Il veut que nous croyons à son amour et à sa générosité!
… vous êtes allés le trouver loyalement.… peut-être maladroitement et en
avouant vos fautes, il est possible qu'un peu d'émotion ait entraîné l'oubli de
certains péchés que vous aviez l'intention d'accuser… ne vous effrayez pas! si
votre confession a été loyale, c'est-à-dire que si, sciemment, vous n'avez pas
caché un péché grave, soyez sans inquiétude, tout est pardonné et de cela
vous devez en remercier le Seigneur… Il sait que nous sommes faibles et
imparfaits, mais Il exige, on vous le lisait hier, les actions de grâce qui Lui sont
dues.
Sachons donc dire merci… on apprend bien aux enfants à dire merci quand on
leur donne quelque chose! Or, ici, le Seigneur vous a octroyé une grâce
insigne, la grâce du pardon. Pensez-y!
Mais, me direz-vous, et les péchés oubliés ?
Eh bien, les péchés que vous avez oubliés, sont également pardonnés.
Notre-Seigneur ne pardonne pas à moitié: mais il faut le savoir, si les péchés
oubliés sont sûrement des péchés mortels, sûrement commis, sûrement jamais
confessés, comme l'obligation de les accuser existe (Notre-Seigneur a précisé
dans l'évangile d'accuser tous les péchés mortels et de les présenter, comme
dit la théologie, au pouvoir des clefs) si donc, il vous revenait à l'esprit un ou
des péchés mortels que vous auriez oubliés d'accuser, ils sont pardonnés,
mais il vous faudra les accuser à votre prochaine confession. Vous n'êtes pas
tenus d'y (((fin page 160))).

((page 161))
aller exprès… non! et il faut le savoir: un samedi soir, par exemple, vous vous
apercevez avoir oublié un péché mortel à votre confession faite après votre
journée de travail… vous avez omis involontairement de l'accuser, vous n'allez
pas quand même réveiller votre curé la nuit pour lui dire ça ? non!… Votre
péché est effacé et vous pouvez très bien aller communier, même les jours
suivants, mais il vous restera l'obligation de l'accuser la fois après, en disant à
votre confesseur: ,,Voilà, mon Père, la dernière fois, j'ai oublié d'accuser
ceci…”.
Mais mon Père, si je l'oublie encore ?
Eh bien, vous l'accuserez la fois suivante, ce n'est pas difficile… et si le péché
que vous avez oublié a été dit déjà dans une bonne confession, plus besoin d'y
revenir… s'il n'était que véniel, dit ou pas dit précédemment, pas besoin d'y
revenir non plus.
Ah! mon Père, maintenant je doute s'il était mortel ou pas. Je doute si je l'ai
déjà confessé ou non…
Alors, mon cher Ami, sachez que si vous doutez réellement, l'Église n'oblige
pas à accuser un péché douteux… si vous vous êtes confessé loyalement,
point besoin d'y revenir…
Ah! mon Père, maintenant, je doute que je doute!… 
Eh bien, allez en paix, ne craignez rien, n'allez pas vous confondre avec
quelqu'un qui cache exprès un péché mortel! Sachez que le Bon Dieu n'a pas
institué le Sacrement de pénitence pour vous torturer, mais pour vous
tranquilliser et vous apaiser. Mais, mes chers Messieurs, vous avez été
pardonnés à condition de prendre le chemin du salut et quel est ce chemin ? Il
n'y en a qu'un, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ! ,,Je suis la Voie, la Vérité et
la Vie. Personne ne vient à mon Père si ce n'est par moi”.
*******
Vous avez pu remarquer sans doute la marche des exercices:
Nous avons commencé par voir le plan de Dieu, cet admirable plan,
l'inconcevable, l'indicible plan d'amour: nous sommes promis à une joie divine,
éternelle… si nous essayons de comprendre cela, nous n'y parvenons pas.
La petite Thérèse de l'Enfant Jésus exultait en écrivant à sa sœur Céline:
,,J'exulte à la pensée que bientôt nous serons comme des dieux” … c'est ce
que les hommes (même ceux qui ont la foi) ne parviennent pas à réaliser. Les
Saints, eux, pleuraient de joie à la pensée de l'éternité et c'est la réalité: nous
sommes ici en un temps d'épreuve qui sera vite terminé! Oui, nous avons vu
cet admirable plan de Dieu: l'homme a été créé pour louer, honorer et servir
Dieu et, en faisant cela, sauver son âme… en faisant cela, gagner le ciel… en
faisant cela, arriver à la béatitude éternelle!… 
Pourquoi Saint Ignace nous dit-il cela ? Eh bien, nous l'avons vu, parce que
Dieu nous demande une collaboration libre, spontanée et il nous précise: Voilà
le code de la route d l'Éternité, les commandements de Dieu que vous
connaissez; voilà le Fils de Dieu qui est venu sur la terre nous apprendre la loi
évangélique et comment il faut s'y prendre pour l'accomplir… c'est cela que
vous devez suivre…
Alors s'est posé un problème pratique: Si je refuse ? Si je ne veux pas suivre ce
code, ces commandements, est-ce grave ?
Mes chers messieurs, si vous refusez, en agissant ainsi vous mettez ni plus ni
moins votre éternité en litige, tout simplement!
De même si quelqu'un prend le volant sans vouloir suivre le code de la route,
serait-il très habile, il va sûrement à la catastrophe, c'est évident!… 
Il a fallu vous convaincre de cela. A cet effet, nous avons vu les réactions
divines devant la désobéissance; nous en avons vu les conséquences et nous
avons terminé cette étude, pénible, mais salutaire, par une bonne confession…
Voyez, il a fallu le Sang du Christ Rédempteur pour nettoyer nos âmes; même
nos petits péchés véniels ne peuvent être pardonnés sans le Sang de Notre-
Seigneur et quand nous faisons un acte de sacrifice, de renoncement ou de
pénitence qui diminue notre dette parce que cet acte est méritoire en soi, c'est
encore grâce au Sang du Christ versé pour nous que nous en bénéficions, ne
l'oublions pas!… 
Ainsi, maintenant, nous voilà débarrassés du péché. Nous avons fait là un
travail préliminaire indispensable. Cela nous a mis dans les dispositions
voulues pour commencer, à présent, l'essentiel de la retraite avec une
méditation qui sera à la fois la conclusion de la première semaine et comme un
nouveau fondement, comme un tremplin pour nous élancer dans la deuxième
semaine à la suite de Notre-Seigneur Jésus-Christ!
Pour gravir les sommets en haute montagne, il faut prendre un guide, sans
quoi, on est perdu, mais ici sur terre, pour arriver à ce sommet qu'est la
sainteté, auquel tous nous sommes appelés, nous devons également prendre
un guide, un chef… Et maintenant que nous sommes débarrassés du péché,
nous comprenons déjà mieux que nous sommes tous engagés dans une lutte
pénible, terrible même, car il s'agit de lutter contre des ennemis intérieurs… Le
grand Saint Paul lui-même, l'homme du troisième Ciel, l'avait remarqué: ,,le
bien que je voudrais faire, disait-il, je n'arrive pas le faire, et le mal que je
crains, j'y tombe! Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps
de mort ?”. Et chacun de nous pourrait dire pareil… nous voulons faire le bien,
évidemment, nous commençons à le faire et puis nous faisons aussi le mal!
Nous sentons en nous comme une sorte de fatalisme avec les passions qui
nous entraînent, presque malgré nous je dirais, parce qu'il y a toujours la liberté
qui joue, alors, n'aurions-nous pas, nous aussi, un chef qui nous entraîne ?
Ce chef, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ..!
Jusqu'à présent, nous avons vu et étudié son enseignement, mais maintenant,
c'est Lui que nous allons suivre!… 
Il est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs!
L'histoire nous montre souvent des hommes à la vie médiocre qui se sont
transformés au contact d'un chef qui les a enthousiasmés et entraînés dans
une aventure héroïque!
Eh bien, dans cette lutte, dans cette guerre intestine, devant laquelle tous les
saints ont gémi d'une façon ou d'une autre, la deuxième partie des exercices,
appelée aussi deuxième semaine, va nous permettre justement de découvrir ce
Chef, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de la suivre!…
Voulez-vous prendre la page 370: l'Appel du Christ-Roi, et tout d'abord, l'appel
d'un roi temporel pour aider à contempler la vie du Roi éternel.
La prière préparatoire ne change pas: Nous demandons à Dieu de réaliser son
plan d'amour: le Principe et Fondement.
Le premier préambule: La composition de lieu, le cadre dans lequel je vais faire
ma méditation sera de voir ici, avec la vue de l'imagination, les synagogues, les
bourgs et les villages où Notre-Seigneur prêchait: Je vais donc me mêler à ces
lieux qui les premiers ont entendu cette parole du Christ, le Verbe de Dieu, dont
la puissance a éclaté dans la création. Saint Paul nous le dit: Nous n'avons
qu'à regarder l'œuvre de Dieu pour remonter jusqu'à son auteur! Il y a là les
plus belles marques de la puissance de Dieu… mais les hommes n'ont pas
voulu entendre cette Parole, cette Puissance, et pour pouvoir alors nous parler
de bouche à oreille, le Verbe de Dieu a pris une nature humaine pour se
rapprocher de nous et c'est ainsi que nous allons nous mêler à ces populations
juives, qui, les premières ont entendu cette Parole; c'est pourquoi Saint Ignace
vous demande de voir, par l'imagination, ces lieux où Jésus prêchait.
Deuxième préambule: La grâce que je veux obtenir. Ici, je demanderai à Notre-
Seigneur la grâce de ne pas être sourd à son appel, d'abord de ne pas fermer
mes oreilles et ensuite d'être prompt et diligent à accomplir Sa très Sainte
Volonté: donc une grâce pour l'intelligence, à savoir de connaître l'appel du
Christ et une grâce pour la volonté, afin qu'elle soit à même de réaliser la
volonté de Dieu
*******
Première partie: l'APPEL DU ROI TEMPOREL
Pour bien comprendre cette première partie, il faut d'abord nous rappeler deux
événements historiques:
Le premier: Saint Ignace était un chef de guerre, un chevalier qui vivait à la fin
du moyen-âge, exactement le contemporain de Luther. La même année (on
vous le signalait dans une lecture le premier jour de la retraite) la même année
où Luther rompait avec sa Mère la Sainte Église, en déchirant la bulle du Pape
à Nuremberg, la même année, Saint Ignace, blessé au siège de Pampelune,
quitte la vie militaire pour se consacrer à Dieu, en 1521. Mais il est resté soldat
toute sa vie et il quitte simplement le service du roi de Castille, pour lequel il
combattait, pour passer au service du Roi Jésus.
Vous avez pu remarquer que le livre de Saint Ignace n'est pas l'œuvre d'un
littérateur, mais plutôt celle d'un officier qui donne des directives pour bien
combattre. Et pour concrétiser la continuation du combat, vous savez qu'il a
voulu offrir à son meilleur suzerain, le Roi Jésus, une Compagnie. Au moyen-
âge, les croisades rassemblaient les seigneurs et leurs mercenaires décidés à
ces entreprises armées: Ignace de Loyola, lui, offrira au Roi Jésus une
compagnie intellectuelle et spirituelle, une compagnie d'élites qu'il appellera "la
Compagnie de Jésus".. Comme il le dit lui-même: ,,Je suis resté soldat toute
ma vie”.
Le deuxième: Il y avait alors les infidèles, l'Islam. Se rappeler:
- que la bataille de Poitiers où Charles Martel écrasa les arabes marchant au
cœur des Gaules a eu lieu en 732.
- que celle de Lépante, alors que l'Europe était en grand péril, a eu lieu en
1575, soit 8 siècles plus tard.
- la bataille de Vienne en Autriche, avec une formidable armée musulmane qui
était sous ses murs, a eu lieu en 1682 au moment de l'apogée de Louis XIV et
il n'y a pas longtemps encore, au commencement du 20ème siècle, le nôtre, les
musulmans possédaient tous les Balkans… des pays chrétiens entiers étaient
sous le joug musulman. (Remarquez qu'ils ont changé de joug maintenant et il
n'est guère meilleur!). On peut dire donc que pendant plus de mille ans, la
Méditerranée a été un lac musulman… Ils pirataient la mer, écumaient les
côtes chrétiennes… Lorsqu'on connaît un peu les vieux villages de la
Catalogne, du Languedoc, de la Provence, de Ligurie et autres côtes de l'Italie,
pays chrétiens, on voit ces villages perchés là-haut sur des rochers, pourquoi ?
Mais à cause de l'Islam, car lorsqu'ils arrivaient à surprendre des villages,
même des villes (on voit bien Avignon entourée de forteresses, Agde,
Narbonne…) ils pillaient tout, prenaient les richesses, le bétail et surtout la
richesse humaine, les enfants même, les jeunes gens, les jeunes filles. Les
hommes, n'en parlons pas, et tous étaient vendus comme esclaves sur les
marchés de tous les ports de l'Afrique du nord, qui, en même temps que
repaires de pirates, étaient aussi des geôles où l'on conduisait les chrétiens par
milliers, en péril pour le corps, en péril pour l'âme aussi…
De là donc les croisades… dans le but de desserrer l'étau musulman. C'est
pour cela qu'on a pu appeler le Croissant, emblème des musulmans: l'étau qui
a essayé de prendre la chrétienté par l'Espagne et par les Balkans…
Des croisades donc pour se défendre, pour survivre… des croisades qui ont
été prêchées par des saints et entreprises par eux!
On dit parfois beaucoup de sottises sur l'objection de conscience et sur les
motifs qui ont motivé ces croisades mais Saint Louis, qui en a entrepris deux
n'a aucune leçon à recevoir de certains soi-disant théologiens modernes; ni
Saint Bernard qui a prêché la deuxième, ni Saint Pie V, le grand pape
dominicain qui a prêché celle de Lépante, ni Saint Jean de Capistran et bien
d'autres… C'est exact: Le Pape Paul VI, à la réunion de l'ONU, en octobre
1965, a bien dit qu'à notre époque une guerre serait impensable; et il a raison,
car les moyens que l'on possède actuellement entraîneraient des catastrophes
incalculables, c'est vrai, mais nous étions au moyen-âge et si les croisades
n'avaient pas été entreprises on peut se demander si nous aurions encore un
héritage catholique… On peut affirmer que pendant plus de mille ans, les
musulmans étaient comme les maîtres de la Méditerranée; on ne pouvait
s'aventurer un peu plus loin sans risquer d'être enlevé par eux et, aussitôt, on
était réduit à l'esclavage comme "Roumi". Le chrétien était un être
méprisable… on crachait par terre devant lui…
Eh oui, il faut se rappeler cela, cet effort formidable des croisades pour pouvoir
vivre… et si la France en 1830, quoiqu'on en dise, a entrepris la conquête de
l'Algérie, elle avait de très bonnes raisons de le faire car c'était sa défense qui
était en jeu!… Et je dis cela parce que, parfois, on voudrait presque nous créer
des complexes devant l'ISLAM, alors qu'il est en train de brider tout le Soudan
à l'heure actuelle!…
N'oublions donc pas que si nos rois chrétiens ont pu avoir quelques défauts,
l'Islam, lui, a les siens aussi; rappelons-nous également que Saint Ignace vivait
dans le pays des basques et des espagnols qui a mis 8 siècles à reconquérir
son indépendance sur l'Islam…
Première partie donc: nous comprendrons mieux, maintenant, pourquoi Saint
Ignace, dans ce qu'il nous propose, fait allusion à la conquête de cette terre
des infidèles, histoire qu'il nous faudra transposer, dans la deuxième partie, sur
le plan spirituel.
PREMIER POINT:
Nous envisagerons un roi humain, choisi par la main de Dieu, Notre-Seigneur,
à qui font révérence et obéissent tous les princes et tous les hommes de la
chrétienté.
A cet effet, nous pourrions penser à Saint Louis, ce roi chrétien qui a pu et a
été le seul à entreprendre deux croisades. Faite à leurs frais, la croisade était
une entreprise extraordinaire, une grande source d'ennuis financiers et
d'organisation: Richard Cœur de Lion a failli en perdre son royaume
d'Angleterre!… Alors, on faisait cela une fois dans la vie, mais Saint Louis fut le
seul à en réaliser deux et sa première, la 7ème croisade, elle fut entreprise
parce qu'atteint d'une grave maladie à 29 ans, il fit vœu de se croiser. Il
annonça la croisade dès qu'il fut remis et les préparatifs demandèrent 2 ans. Il
fut fait prisonnier, non pas de l'Islam, mais de la dysenterie et du scorbut et
puis, 25 ans plus tard, il entreprit la 8ème croisade où il mourut du choléra et de
la peste.
Oui, un saint qui entreprend une guerre et des familles saintes qui allaient se
battre autant que… pas plus que… Donc, pour ce premier point, il est normal
que nous pensions à Saint Louis, roi indiscutable et indiscuté car à 30 ans déjà,
il était un homme à la réputation établie, un héros qui avait montré sa vaillance
dans diverses batailles. Son audace, son courage, son génie lui auraient
permis de conquérir l'Orient, mais les desseins de Dieu ne sont pas les nôtres,
et, automatiquement, nous sommes en chrétienté, toutes les bonnes volontés
se cristallisent autour de lui…
DEUXIÈME POINT.
Ainsi, après avoir vu l'homme, la valeur de ce roi humain, voyons maintenant
l'entreprise:
,,Regardons, écoutons, comment ce roi parle à tous les chrétiens en leur
disant: Ma volonté est de conquérir toute la terre des infidèles”.
Cette expression, qui vient ici sous la plume de Saint Ignace, ne nous laisse
aucun doute: il s'agit bien d'une croisade; il s'agit, pour ces chevaliers
chrétiens, d'une entreprise qui doit les enthousiasmer car c'est afin de mettre
un terme aux injustices commises par l'Islam et de délivrer ces milliers de
chrétiens qui agonisent dans les geôles musulmanes… il s'agit de faire cesser
ce scandale… d'aller pour cela à la croisade!…
Et maintenant, voyons les conditions: ,,Par conséquent, qui voudra venir avec
moi doit se contenter de manger comme moi, de boire et être vêtu comme moi,
etc… de même, il doit travailler comme moi pendant le jour et veiller pendant la
nuit etc… afin qu'ainsi il ait ensuite part avec moi à la victoire comme il aura eu
part aux durs travaux”.
Au fond, le roi m'appelle… nous partons pour la guerre, et la guerre c'est
pénible!… A la guerre on n'a point de confort, on n'y mange pas à sa faim« on
donne des coups mais on en reçoit aussi! Nous partons pour la guerre, mais
tranquillisez-vous: …je serai avec vous… je serai partout… vous n'aurez qu'à
me suivre pour les corvées comme pour les blessures; vous mangerez ce que
je mangerai, vous boirez ce que je boirai, nous serons égaux en toutes
choses…
Il est donc facile de s'engager avec un Chef aussi équitable; nous pourrions
nous rappeler à cet effet la formule de Henri de la Roche Jacquelin, que
Napoléon lui-même admirait tant. Il est mort à 20 ans et disait à ses
Vendéens: ,,Si j'avance, suivez-moi… si je tombe, vengez-moi… si je recule,
tuez-moi…”. Oui, nous pourrions nous rappeler cela: nous partons pour la
guerre et il y aura de l'inconfort et des bagarres, mais attention à la suite, c'est-
à-dire: que nous aurons part à la victoire comme nous aurons eu part aux
travaux… et cela, mes chers Messieurs, c'est du roman de chevalerie qui ne
s'est jamais réalisé! En effet, Saint Ignace suggère que la victoire est certaine
d'avance!…
Quand est-ce qu'un roi de la terre peut avoir la victoire certaine ?
Napoléon a fait tout ce qu'il pouvait pour avoir la victoire… mais l'histoire est là
pour nous confirmer qu'on gagne parfois 10 batailles et qu'on perd la onzième,
celle qui eût été décisive! Évidemment, ce n'était pas toujours de sa faute,
comme à Aboukir par exemple… Trafalgar… Waterloo… eh oui… mais il a tout
perdu: on voit par là que les plus forts capitaines ne peuvent à l'avance décider
d'une victoire…
Mais admettons que cette victoire soit obtenue, or voilà un roi qui laisse aussi
entendre qu'on l'obtiendra sans morts! C'est encore plus romantique! Quel est
le roi de la terre qui puisse promettre une victoire sans qu'il y ait des morts ?
Nous savons ce qu'il en est en pratique!…
Et ce roi ajoute encore qu'il récompensera ses soldats au prorata de leurs
travaux!… Sur la terre c'est parfois la victoire, mais c'est surtout l'échec; les
vrais héros sont ceux qui sont tués tandis que ceux qui récoltent les
récompenses, le danger passé, ce sont en général les embusqués qui sortent
de leurs trous… Vous en voulez des rubans et des médailles ? Venez donc! il y
a de la place…
Non, vous le voyez, nous sommes là dans le roman, dans l'idéal!…
Et à un roi qui fait de pareilles promesses sans se tromper, que devraient
répondre les chevaliers dans un cas pareil ?
Alors, TROISIÈME POINT: page 370.
,,Considérer ce que doivent répondre les bons sujets à un roi aussi libéral et
aussi humain; et par conséquent, si l'un d'eux n'acceptait pas la requête d'un
roi semblable, combien il mériterait d'être méprisé par tout le monde et
considéré comme un pervers chevalier”.
Vous savez, mes chers Messieurs, que nous possédons les récits des
croisades et Joinville, en particulier, a raconté entièrement la septième croisade
à laquelle il a pris part: le Sire de Joinville était Sénéchal de Champagne,
conseiller de Saint Louis; il est parti avec lui alors qu'il avait plus de 50 ans. Des
dépôts de vivres avaient été constitués en Sicile, à Malte, à Chypre et lorsque
les préparatifs furent terminés, on annonça le départ pour la fin du printemps. Il
n'y avait pas de télégraphe à cette époque, mais les nouvelles, en un rien de
temps, arrivaient pourtant aux confins de la chrétienté et, petit à petit, les
chevaliers parvenaient à proximité du port d'embarquement désigné: soit
Aigues-Mortes (maintenant loi de la mer) ou Marseille… le vieux port
évidemment.
Ils arrivaient des marches hispaniques, anglo-saxonnes, danoises, bataves,
frizonnes, nordiques, helvétiques, austriaques, germaniques, etc… et cela se
rassemblait dans d'immenses camps qu'il fallait ravitailler, bien sûr et puis, à la
fin mai, début juin, par beau temps, des centaines de galères embarquaient
tout ce bazar: les armures, les cuissardes, les épées, lances, flèches… les
chevaux aussi. Joinville raconte qu'au vieux port de Marseille il fallut scier le
bordage des galères pour embarquer directement les chevaux dans le fond des
cales, car ils prenaient peur au franchissement des passerelles.
Il fallait embarquer la nourriture aussi: des barils de harengs surtout (n'oublions
pas que pendant des siècles, les armées furent nourries au hareng saur, qui
était le plat de résistance), des tissus grossiers, des barils d'eau douce comme
boisson, etc… et vogue la galère…
Et alors, au premier coup de chien dans le golfe du Lion, l'eau de mer entrait
plus ou moins dans les cales et vous devinez ce qui arrivait! Non seulement il
fallait ensuite astiquer les armures, mais les réserves de biscuits secs n'en
portaient plus que le nom! les harengs saurs, à peine mangeables bien
conservés, imaginez-les quand l'eau de mer se mélangeait avec! Moins qu'à
présent, on connaissait la valeur des agrumes et des légumes verts pour pallier
à l'échauffement de nos organes de digestion, aussi pouvons-nous entrevoir
les conséquences de cette nourriture toujours la même: harengs, biscuits et
haricots secs avec comme boisson de l'eau saumâtre!…
Il fallait au moins un mois pour rallier Chypre! Tout le monde était malade!… Le
roi lui-même n'avait plus de pantalons, dispensez-moi de vous dire pourquoi,
mais si le roi était comme ça et qu'on dut à la première escale acheter du drap
pour refaire ses chausses, que dire de tous les autres ?
Joinville raconte aussi que sa galère resta devant une île trois jours et trois
nuits; impossible d'aborder dans ce repaire de pirates… Il le put enfin à
Samagousse, le port de Chypre et grand fut alors l'étonnement de tous en y
voyant de grandes pyramides vertes: les dépôts de vivre et de céréales qui
avaient germé!…
La Croisade n'était donc pas une promenade.
Cependant, nous savons que pendant les premières croisades surtout, les
châteaux se dépeuplaient de leurs éléments masculins… tous les hommes
partaient. On sait que des enfants de 12 et 13 ans sont allés à la croisade ainsi
que des hommes de 65 et 70 ans, les premiers dans la fougue de leur âge, les
seconds afin de faire quelque chose pour le Christ, quelque chose de bien
avant de mourir… le plus souvent c'était pour gagner une indulgence plénière:
des barons plus ou moins paillards qui se voyaient donner comme pénitence
par leur chapelain de partir à la croisade… allez!… comme ça le Bon Dieu vous
pardonnera plus vite! et ils partaient…
Pas de femmes… cependant Saint Louis se fit accompagner de la sienne,
Marguerite de Provence qui est restée 3 ou 4 ans avec lui là-bas… lorsque la
croisade eût un échec dans une bataille, il avait mis à côté d'elle un vieux
chevalier qu'il connaissait bien qui devait lui trancher la tête si les musulmans
arrivaient à les prendre!… et Marguerite le savait… oui, tout n'était pas rose à
la Croisade…
Il ne restait donc que des femmes. Lorsque le dimanche après la messe elles
se retrouvaient de château à château, on parlait évidemment des absents et
lorsqu'un troubadour venait à chanter les hauts faits de l'armée chrétienne là-
bas en Orient, plus ou moins légendaires, bien sûr cela entretenait la ferveur du
souvenir… des réunions de femmes, quoi!…
Mais si, dans ces réunions s'égaraient parfois un chevalier, surtout s'il avait de
20 à 45 ans, les femmes s'indignaient: Tiens, qu'est-ce qu'il fait là le comte des
Vieilles Gargouilles ? Qu'est-ce qu'il fait là le Marquis de Trompe la Lune ?
Alors les plus âgées, celles qu'on appelait les douairières, expliquaient aux plus
jeunes: Vous ne savez pas, Mesdemoiselles, il paraît que Monsieur le Comte,
le jour du départ de Louis IX, avait sa colique chronique… il paraît que le
marquis, le jour où la croisade est partie, avait sa crise de goutte… Vous vous
doutez du mépris qu'ils inspiraient à ces femmes dont les maris, les frères, les
fiancés, les fils étaient partis!… Surtout lorsque ces messieurs s'aventuraient à
faire les beaux devant les filles!
Joinville raconte encore que, lorsqu'on revenait de la croisade, 4 ou 5 ans
après, beaucoup étant morts là-bas, de retour en chrétienté, on faisait une
grande fête pour célébrer le retour des chevaliers…
Vous vous imaginez sans peine les réflexions qu'ils pouvaient faire à ceux qui
n'étaient pas partis: ,,Comment ? vous osez porter encore les éperons devant
moi ? mais, monsieur le baron, vous n'y avez plus droit! On vous donnera, si
vous le désirez, des pantoufles ou du tilleul, mais des éperons, vous n'avez
plus le droit de les porter… et puis, disparaissez de devant moi, hein ?
Ah! oui, mes chers Messieurs, d'autant plus que ceux qui revenaient auraient
pu répondre aux objections de ces lâches: oui, c'est vrai, nous sommes partis
parfois avec des chefs cupides (n'oublions pas en effet que la République de
Venise a fait rater la 4ème croisade par cupidité), c'est vrai aussi qu'on est parti
parfois avec des Chefs incapables: il est avéré que le roi de Sicile a fait perdre
une armée en Anatolie par sa bêtise; il est vrai aussi qu'on a pu partir avec des
chefs tyranniques, tel Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, qui s'est
noyé dans le Rhône… mais, au moins, nous nous sommes battus pour un
idéal, nous nous sommes battus pour nous défendre de l'Islam!…
Mais au lieu de cette réalité, la proposition est faite, dans le récit de Saint
Ignace, par un roi choisi par Dieu, par un saint!… la victoire est certaine: pas de
morts, chacun est récompensé au prorata de ce qu'il aura fait… donc,
Monsieur, si vous refusez, vous êtes fou!… vous êtes fou de manquer cette
possibilité unique, car c'est l'occasion qui ne se renouvellera jamais plus pour
vous de vous distinguer, et vous ne partez pas ?…
Vous ratez, Monsieur, l'occasion de votre vie; elle ne se représentera pas…
c'est là qu'il fallait partir: la victoire était certaine, vous étiez sûr de revenir et
d'être récompensé!
Que d'hommes, mes chers Messieurs, ratent ainsi cette occasion!
La vie est l'occasion qui nous est offerte… dans l'éternité du passé nous ne
l'avons pas eue; après notre mort, nous ne l'aurons pas non plus…
L'occasion… elle est là, à présent! C'est maintenant qu'il faut la saisir, après
cela sera trop tard, cela sera fini… Si vous ratez l'occasion qu'est votre vie,
jamais plus vous ne la retrouverez… combien, oui, combien d'hommes ratent
cette occasion qu'est la vie!… 
Voyez comment Saint Ignace suggère dans ce troisième point beaucoup de
choses: non seulement les chevaliers qui n'ont pas voulu partir sont des lâches,
mais ils sont aussi des imbéciles, des fous qui ne retrouveront plus l'occasion
qui leur était offerte…
*****
Deuxième partie maintenant
Ce qui était du roman dans la première partie va devenir une réalité
maintenant: Il s'agit d'appliquer l'exemple précédent du roi temporel à Jésus-
Christ Notre-Seigneur, conformément aux trois points indiqués.
PREMIER POINT
,,Si nous prenons en considération un semblable appel d'un roi temporel à ses
sujets, combien plus est chose digne de considération de voir Jésus-Christ
Notre-Seigneur, Roi Éternel, et devant Lui tous les hommes du monde entier”. Il
les appelle tous et chacun en particulier en disant: ,,Ma volonté est de
conquérir tout le monde et mes ennemis, et d'entrer ainsi dans la Gloire de mon
Père. Par conséquent qui veut venir avec moi doit peiner avec moi afin que, me
suivant dans l'affliction, il me suive aussi dans la gloire”.
Ce qui, pratiquement, ne pouvait se réaliser tout à l'heure: victoire certaine, pas
de morts, récompense certaine, va se faire à présent et devenir la réalité à
cause du Christ.
Rappelons-nous: nous avons été précédés dans la vie chrétienne par des
millions de héros et l'Église, tous les jours, dans le martyrologe, nous en situe
un grand nombre. Cependant, comme il est certain que tous ne sont pas
connus, une fois l'an, à la Toussaint, elle nous montre tous ces vainqueurs qui
vivent là-haut, les vainqueurs qui suivent l'Agneau en chantant le cantique
éternel… oui, la Toussaint…
Rappelons-nous donc que nous sommes les héritiers de ces vainqueurs…
DEUXIÈME POINT
,,Considérer que tous ceux qui ont jugement et raison offriront entièrement
leurs personnes à la peine”.
Évidemment, ceux qui réfléchissent et pratiquent dans la lumière du "Principe
et Fondement" qui est VÉRITÉ: pas la vérité catholique seulement, mais la
VÉRITÉ tout court se diront: ,,Comment ? Notre-Seigneur m'a mis sur la terre…
ici… pour gagner la Victoire avec Lui ? Il m'aidera, m'entraînera… je serai
récompensé au prorata de mes travaux à un taux incroyable et je lésinerai avec
Lui ?”.
Je ne suis pas fou, moi! Remarquez qu'il y a beaucoup de fous sur la terre, ce
n'est pas moi qui le dit, c'est la Sainte Écriture: je vous ai déjà rappelé cela:
"NUMERUS STULTORUM INNUMERABILIS EST", le nombre de fous sur la
terre on ne peut pas le compter… oui, beaucoup qui ne pensent qu'au
"business" qu'à la matière, qu'à la concupiscence et se croient des caïds par-
dessus le marché en faisant les malins… ce sont nos "idées" disent-ils!… eh
bien ils se situent dans la catégorie des fous dont parle la Sainte Écriture…
mais moi, je sais que là il y a un grand danger, qu'il faut fuir le péché parce qu'il
fait de la peine à Dieu et que mon éternité en dépend!… Je ne veux pas être un
de ces fous, moi!…
Nous pourrions alors nous rappeler à ce point de vue ce que précise en nous
ce deuxième point: Moi, je suis un chevalier du Christ depuis le baptême et
surtout depuis la confirmation. Qu'ai-je fait pour mon Roi jusqu'à maintenant ?
Est-ce que je me suis montré un chevalier courageux, sérieux ? dans ma
famille, ma profession, mon milieu qu'il soit social, professionnel, civique,
paroissial ? … Et si les actions de Jésus-Christ ne marchent pas, ne sont pas à
la hauteur où elles devraient être dans ces milieux où je suis contraint
d'évoluer, ne faudrait-il pas que je me frappe la poitrine ? Qu'est-ce que j'ai fait
de sérieux pour Lui ?
Nous pourrions comparer et voir en nous souvenant de ce qu'on a fait pour une
Patrie qui vous mobilisait en vous faisant abandonner femme et enfants pour
des guerres atroces, où il n'était pas rare de se faire traiter d'"andouille" par un
caporal, avec tout juste le droit de ne rien dire… de se geler dans des
tranchées et dans la boue pendant des années… de subir les fluctuations de
batailles où les plus grandes promesses étaient de recevoir une croix de
guerre, ou une croix… de bois!
On pourrait aussi se rappeler ce qu'on a fait pour un Hitler, par exemple: des
millions d'allemands ont tout sacrifié pour leur idole!… Hitler a trouvé des
volontaires pour s'enfermer dans des cercueils d'acier appelés sous-marins…
Savez-vous qu'à la dernière guerre, les allemands en ont perdu 780 ? (je dis
780 parce qu'on a retrouvé les archives du 3ème Reich; cent cinquante tonnes
d'archives). Hitler a trouvé aussi des volontaires pour s'enfermer dans des
cercueils d'acier qu'on appelle "avions". A eux seuls ils en ont perdu 16'000…
Hitler a également trouvé des volontaires pour s'enfermer dans des cercueils
d'acier appelés "tanks"…
En Cyrénaïque, en août 1941, un pays où il faut 5 litres de liquide par homme
et par jour: pas un arbre, une sécheresse extraordinaire supérieure à celle du
Sahara, un soleil de feu… lorsque l'aviation anglaise a réussi à détruire les
convois de Rommel, le général allemand, les soldats des tanks n'avaient plus
qu'une demi-tasse d'eau tiède, et pas plus… et il n'y avait pas que des
volontaires dans l'AFRICA CORPS…
Nous pourrions nous souvenir aussi de ce qu'on a fait pour la patrie russe, la
patrie italienne, la Japonaise, l'Américaine, etc… le Pape Pie XII, s'adressant
au "Front des familles françaises", en 1943, disait: ,,On n'aurait jamais cru,
dans les siècles passés, que l'on puisse constater une telle débauche
d'héroïsme dans la dernière guerre et parfois, ajoutait le Saint-Père, pour des
idéologies fumeuses, souvent douteuses!…
Voilà ce qu'on a fait pour des patries, pour des Hitler, des Staline, des
Mussolini… pour des fous, pour de pauvres types… et qu'est-ce qu'on fait pour
Dieu ? que fait-on pour le Christ, qu'ai-je fait de sérieux, moi, pour Lui ?
Ah, oui… j'ai fait beaucoup de grimaces pour le Christ! Mon Dieu, je vous
aime… Oh! ça, oui!… mais qu'on ne vienne pas toucher au portefeuille hein ?
ni à mes petits plaisirs…
Que chacun réfléchisse…
Mes chers Messieurs, pour bien comprendre ce troisième point, il faut se
rappeler que Saint Ignace était un chevalier, un chevalier de guerre, un
chevalier de goût, de race, de nom, d'idéal… Il rêvait… oui, il rêvait de batailles
toujours… et lorsqu'il a quitté l'armée pour se mettre au service du Christ, il
rêvait d'une bataille… spirituelle évidemment!… comme il était soldat de
vocation, il connaissait très bien les mœurs de l'armée, et dans toutes les
armées du monde, il y a toujours eu au moins deux groupes d'hommes: les
timides, pourrait-on dire, et les vaillants.
Les timides: vous les voyez arriver, dans les mobilisations générales surtout,
par exemple 2 août 1914 - septembre 1939. Ah!, ils ne sont pas très fiers et ils
seraient bien restés à la maison si on avait voulu les laisser tranquilles: ,,Ah!
mon capitaine, que voulez-vous!! moi je ne suis pas un bagarreur, que voulez-
vous, je suis comme ça! C'est ma grand'mère et des femmes qui m'ont élevé et
rien que de voir un fusil, j'ai mal au ventre! Mon capitaine, on ne se refait pas
n'est-ce pas ? mais je ne suis pas fou, mon capitaine, je n'ai pas envie d'être
fusillé hein ?… Non! je ne suis pas fou et je veux faire mon devoir… mais pas
dans la bagarre!… par contre, mon capitaine, je tape assez bien à la machine à
écrire… si des fois vous aviez une place au bureau du bataillon ou à la
compagnie, vous pourriez penser à moi, je rendrai peut-être des services!!…”.
Et ce petit, qui n'est pas un bagarreur, mais qui ne veut pas être fusillé quand
même, quelquefois, par force, peut devenir un héros!
Tout le monde comprend cependant que s'il n'y avait que des gens comme
celui-là, la victoire n'avancerait guère!… 
Mais il y a aussi un groupe très différent qu'on pourrait appeler celui des
vaillants:
On demande des volontaires pour les corps francs, pour les missions spéciales
?… Moi, moi, moi! répond-on… que voulez-vous, il y a des gens qui aiment
ça…
Alors ce troisième point intéresse ceux qui veulent se signaler non pas pour les
bagarres modernes, non pas pour les guerres imbéciles de la terre, non!…
mais pour le Roi du Ciel… se signaler… et à ce moment, agissant contre leur
sensualité et l'amour de leur chair et du monde – ce qui est obligatoire pour tout
le monde même pour les non vaillants – ils feront des offrandes de plus haut
prix et de plus grande importance.
Ces offrandes de plus haut prix, Saint Ignace va nous les faire faire dans un
émouvant colloque. Dans cette belle prière, il va nous faire rejeter les deux
premières passions capitales.
Vous vous rappelez qu'il y a sept passions qui nous portent à manquer au plan
d'amour: l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie, la gourmandise, la colère et la
paresse, mais les deux premières sont plus fondamentales que les autres.
L'orgueil: l'homme veut être plus qu'il n'est. Être, la possession… être au-
dessus des autres! Mais être au-dessus des autres suppose le besoin de
posséder des choses… Voyez, comme disait Pascal: Un roi en chemise de nuit
et bonnet de coton n'est guère roi, mais si on le voit, n'est-il pas vrai, sous un
habit somptueux et caracolant sur son cheval au milieu de soldats richement
vêtus, accompagné d'une vingtaine de trompettes qui font du tintamarre, là on
voit qu'il est roi, car les sens en sont frappés… Oui… pour s'élever au-dessus
des autres on a besoin de posséder, d'avoir les moyens, ce qui fait que
l'orgueil, la plus dangereuse des passions, la plus subtile aussi, est
nécessairement accompagnée de la seconde: l'avarice, la possession, la
cupidité! celle en bref qui permet aux gens de la terre de se payer le paradis
terrestre, qui, lui, joue avec les autres passions: la luxure, la gourmandise, la
paresse. Et si, par hasard, on n'arrive pas à se les payer on a en compensation
l'envie… et la colère… en attendant que vienne le petit matin du grand soir ou
on changera un petit peu: on pendra les riches et on se mettra à leur place…
Alors, Saint Ignace, dans ce colloque, nous fait rejeter ces deux passions
fondamentales qui empêchent de répondre à Notre-Seigneur, je cite: ,,Éternel
Seigneur de toutes choses, je vous fais mon offrande. Avec votre faveur et
aide, devant votre infinie bonté et devant votre glorieuse Mère et tous les Saints
et Saintes de la cour céleste, je déclare que je veux et désire, et que c'est ma
détermination délibérée, pourvu que ce soit pour votre plus grand service et
louange, vous imiter en souffrant toutes injures, tous mépris et toute pauvreté,
aussi bien effective que spirituelle, si votre très sainte Majesté veut bien me
choisir et accepter en ce genre de vie et état”.
Il ne s'agit pas là, mes chers Messieurs, d'aller au séminaire, au noviciat ou aux
missions, non!… d'ailleurs les trois quarts d'entre vous, dès que vous seriez au
séminaire et qu'on verrait votre tête on vous dirait que vous auriez pu y penser
avant que vous n'étiez pas faits pour ça!…
Il ne s'agit pas de ça, mais il s'agit de savoir si Notre-Seigneur pourra compter
sur vous: là, dans cette ferme, il y a un homme que j'ai conquis… là dans cet
atelier, il y a un homme qui se ferait tuer pour moi… là dans cette usine, u
jeune sur lequel je puis compter, là dans ce laboratoire, dans cette banque,
etc…
Mais qu'est-ce qui empêche Notre-Seigneur de compter sur nous ? Eh bien:
l'orgueil et l'avarice, voyez!… Alors, pour s'en défaire, il faut faire, du fond de
votre cœur, cette prière en regardant la Croix.…
*******
Voilà votre belle méditation.
Je vous rappelle rapidement les points:
Me mêler à ceux qui ont entendu la parole divine. Avant tout, avoir le désir de
vouloir écouter, de ne pas être sourd à son appel.
Puis, la Croisade: le Roi choisi par Dieu a entrepris la croisade dans des
conditions extraordinaires: victoire certaine, pas de morts, récompense au
retour.
Que doit répondre le chevalier ?
S'il reste et laisse partir les autres, c'est non seulement un lâche, mais c'est
aussi un imbécile qui va rater l'unique occasion de sa vie. Il ne la retrouvera
plus.
Deuxième partie: Ce qui était du roman devient réalité, le Christ appelle ses
sujets. Moi je suis un des leurs, un chevalier du Christ: Qu'ai-je fait jusqu'à
maintenant ? Que ferai-je dorénavant ?
Alors ceux qui sont décidés à suivre le Christ – et tout le monde veut avoir cet
honneur – lorsqu'on sonnera les petits coups, prenez la page 372 pour faire cet
important colloque – il est très beau – et vous vous offrez alors à Notre-
Seigneur, que vous soyez marié ou non, religieux, vieux, peu importe!… Notre-
Seigneur vous dira ce qu'il faut faire… Même un homme de 70 ans, en se
sanctifiant, peut sauver beaucoup d'âmes, ne l'oubliez pas!
Allez faire cette belle méditation. Ah! une remarque, Saint Ignace vous dit:
,,Vous êtes en deuxième semaine”. Vous pouvez entrouvrir les volets pour
méditer, non pour regarder les oiseaux ou les avions bien sûr, mais pour
profiter un peu de cette belle lumière naturelle.… Allez!…
-------
LA TRÈS SAINTE INCARNATION
Mes chers Messieurs, je vous l'ai déjà dit: c'est avec cette contemplation que
nous entrons pour de bon dans la retraite. Jusqu'à présent, nous avons fait un
travail préliminaire, un travail de préparation afin de nous mettre dans les
conditions voulues… A ce titre, certains ont fait un sérieux effort pour chasser
le péché et pourraient avoir l'impression qu'avec les confessions, tout est
terminé!…
Que non pas! C'est maintenant que nous allons aborder la partie essentielle,
mais pour cela il nous faut l'aide du Saint-Esprit et le Saint-Esprit, Lui,
n'accepte de travailler en nous qu'à la condition que nous soyons débarrassés
du péché…
C'est chose faite… demandez-lui donc beaucoup… Saint Paul nous dit: ,,Nous
ne savons pas ce que le Bon Dieu pourrait faire en nous si nous avions un peu
de bonne volonté”… Demandons, implorons en conséquence… Pauvres
hommes que nous sommes, lorsqu'on nous sollicite c'est bien vite que nous
arrivons au bout de nos possibilités car, en donnant, on appauvrit son avoir
n'est-ce pas ? mais le Bon Dieu, Lui, est infiniment riche, Il a un réservoir de
grâces inépuisable et Il peut donner sans compter! S'Il nous limite ses dons,
c'est parce que nous ne les demandons pas ou que nous le faisons du bout
des lèvres. Or, si nous ne les demandons pas, n'est-ce pas parce que nous
hésitons à nous mettre dans les conditions nécessaires pour les recevoir ?
Remarquez d'ailleurs que ces grâces que vous rapporterez de la retraite, ces
grâces que Dieu vous aura données seront profitables à vos épouses, vos
enfants, vos parents et à tous ceux que vous approchez dans les milieux où
vous évoluez… ils en bénéficieront, c'est certain, alors, n'hésitez pas à
demander au Seigneur… plus Il vous comblera, plus vous pourrez distribuer
autour de vous.…
Dans la méditation précédente, nous avons décidé de mourir plutôt que de ne
pas suivre Notre-Seigneur. Le Roi qui nous a fait entendre son appel nous
l'indique: C'est maintenant qu'il va falloir partir pour la Croisade… mais pour
suivre ce Chef, il faut d'abord le connaître, et pour le connaître, il importe de
l'étudier!
Beaucoup de chrétiens se fabriquent un Christ à leur taille et à leur goût.., un
Christ en guimauve, quoi!… ce qui leur permet une morale de situation: quand
cela gêne, on laisse ça de côté, voilà.… Ah! non… Non! nous n'avons pas à
inventer le Christ; nous avons à nous mettre devant Lui pour l'étudier
sérieusement et nous devons entrer dans cette étude avec un grand esprit de
foi… Saint Jean-Baptiste disait aux juifs: ,,Le Père aime le Fils; Il a mis toutes
choses entre ses mains, si quelqu'un croit au Fils, il aura la vie éternelle et si
quelqu'un est incrédule au Fils, il ne verra pas la vie et la colère de Dieu restera
sur lui éternellement”. Ayons donc une grande foi. Demandons-la en
commençant cette étude, sachant que Jésus-Christ est vraiment le Christ-Roi…
Saint Paul l'appelle "PRIMO GENITUS INTER CREATURAS - le premier-né de
toute créature", de toute la création… Il n'y a pas d'homme plus fort, plus
savant, plus puissant… alors ? C'est lui qui a raison!… Et qu'il s'agisse de
politique, de sociologie, de morale familiale ou individuelle, c'est Lui qui a
raison, car Il est Dieu, Il ne peut ni se tromper ni nous tromper!
Nous l'étudierons donc sachant que c'est Lui qui a raison mais, attention!
… C'est que très vite nous allons nous apercevoir que, souvent, nous ne
serons pas d'accord avec Lui!… Or, si nous ne sommes pas du même avis,
c'est qu'il y en a un des deux qui se trompe.… ou Lui.… ou nous… et c'est
vraiment là, mes chers Messieurs, qu'une grande foi est nécessaire: c'est que
nous l'avons déjà vu, cela ne peut être Lui qui se trompe, Il est Dieu!… C'est
donc nous qui sommes égarés, qui ne sommes pas sur la bonne voie, qui
avons peut-être suivi des gens qui ont fabriqué un Christ à leur idée!…
Nous allons donc l'étudier pour le suivre, avons-nous dit; mais en arrivant par
l'étude à le mieux connaître, nous arriverons à l'aimer, à nous enthousiasmer
de Lui, et, dès lors, il nous sera facile de déduire que si nous n'étions pas
d'accord, c'est que nous nous trompions et qu'en conséquence il nous
appartient de nous corriger…
Combien de gens s'imaginent être de bons chrétiens: Moi, Monsieur, je fais les
enchères à l'américaine à la kermesse de Monsieur le Curé… moi, je suis le
chef de la chorale… moi ceci… moi cela… non, non!… Ce n'est pas cela qui
donne le titre de chrétien authentique!
Être chrétien, c'est imiter Jésus.… c'est réagir comme Il réagirait, mais, pour
faire cela, il faut d'abord "vouloir" le connaître: Sainte Thérèse d'Avila disait
,,Mon Jésus n'est pas aimé parce que mon Jésus n'est pas connu”.
Eh oui, nous voyons des gens qui s'enthousiasment pour une fille qui a le nez
en trompette, pour un général dont on dit qu'il a de la valeur. Nous avons vu
des soldats se faire tuer pour un Alexandre le Grand, pour un Napoléon, pour
un Hitler… et nous ne pourrions pas nous enthousiasmer pour Notre-Seigneur
Jésus-Christ ?
On peut dire que notre sainte religion repose sur la révélation de trois mystères
principaux qui sont: le mystère de la Très Sainte Trinité, puis celui de la Très
Sainte Incarnation et enfin le mystère de la Rédemption… de la Croix, pour
nous sauver et nous racheter.
Bien sûr, il y a d'autres mystères. S'il y en a d'innombrables dans la nature, a
fortiori il y en a autour de Dieu et, ici, nous allons étudier la première de ses
leçons… quelque chose d'inconcevable et de déconcertant: en relation avec le
mystère de la Très Sainte Trinité, nous approfondirons le mystère de
l'Incarnation où le Verbe de Dieu se fait homme pour nous sauver. C'est dans
cette leçon, en regardant le Verbe de Dieu et Marie, sa divine Mère, son plus
parfait miroir, que nous découvrirons l'esprit chrétien.
*****
Voulez-vous prendre votre livre à la page 372.
Première contemplation: Vous allez maintenant faire des contemplations, c'est-
à-dire que vos méditations seront le fruit de contemplations où l'on regarde des
scènes historiques. On regarde des personnes, on écoute ce qu'elles disent, on
examine ce qu'elles font… ce n'est pas difficile… On se sert toujours de la
mémoire, évidemment, puis de l'intelligence pour mieux approfondir et de la
volonté pour prendre des résolutions, mais on le fait en regardant un tableau ou
une scène qui vous est proposée.
PREMIER PRÉAMBULE: Il sert à rappeler l'histoire de la chose à contempler.
Je me rappellerai comment les trois Personnes divines, contemplant la surface
de la terre couverte d'hommes et voyant que tous se précipitent en enfer,
décrètent en leur éternité que la Seconde personne de l'auguste Trinité se
fasse homme pour sauver le genre humain et comment ce mystère s'accomplit
lorsque, dans la plénitude des temps, l'Archange Gabriel fut envoyé à Marie.
Saint Ignace prend le mystère après le péché originel et avant le décret de
l'Incarnation – c'est à remarquer – bien qu'il soit évident que le décret de
l'Incarnation, tout comme celui de la Création, est de toute éternité…
De toute éternité, Dieu voyait qu'Il créerait les Anges, qu'Il créerait les hommes,
qu'ils pécheraient et qu'Il enverrait son Fils pour les sauver… de toute éternité
Dieu connaissait le nombre de ses élus! D'un seul regard, Dieu voit tout cela
---– s'il est permis de s'exprimer ainsi – Il voit tout ce qui, pour nous arrive dans
le temps, mais Saint Ignace, voyez-vous, pour mettre cela à portée de notre
mesure humaine nous dit en substance: Après le péché originel, voyant que
tous les hommes descendent en enfer, Dieu met en application le décret de
l'Incarnation qui, lui, est décrété de toute éternité!… et cette plénitude des
temps étant arrivée, Il va envoyer l'ange Gabriel à Notre-Dame…
Voilà le mystère que nous allons contempler: le mystère de l'Incarnation.
DEUXIÈME PRÉAMBULE: C'est la contemplation visuelle du lieu.
Ici, je me représenterai l'immense étendue de la terre, peuplée de tant de
nations diverses; puis je considérerai en particulier la maison et la chambre de
Notre-Dame, dans la ville de Nazareth, en Galilée.
Messieurs, au moyen-âge, on jouait souvent du théâtre, mais le théâtre, à cette
époque, était éminemment religieux. Il nous en reste quelques vestiges: dans
certains pays, on joue encore la Passion du Christ; en Provence, à Nancy, en
Bavière aussi. En Provence, notamment, on continue à jouer le mystère de la
Nativité, on en a fait même des disques et des Noëls pour alimenter la
pastorale… on appelait cela des "mystères" et on les jouait avec les moyens de
ce temps-là – ce n'est point pour les critiquer, mais il y avait en principe dans
ces théâtres trois plans
- le plan des hommes, c'est-à-dire l'humanité en son passage sur terre;
- plus illuminé, et au-dessus, le plan supérieur représentant le Ciel;
- enfin, un plan inférieur avec des espèces de soupiraux baignés d'une lumière
plus ou moins rougeâtre qui représentait l'enfer où l'on voyait passer, comme
en ombres chinoises, des diables cornus, des fourches… voyez, trois plans
superposés et, dans le plan médian de l'humanité, des trappes étaient
ménagées pour permettre aux acteurs doit de tomber dans le plan inférieur
représentant l'enfer, soit d'accéder, par un jeu de ficelles, au plan supérieur
figurant le Ciel…
Nous pourrions donc, si vous le voulez, nous représenter cela… un cadre très
facile à retenir que ces trois plans et là, sur la terre, une oasis de paix où se
trouve une jeune fille priant dans un oratoire! Voilà…
Quelle grâce allons-nous demander ?
Alors TROISIÈME PRÉAMBULE:
Ici, je demanderai une connaissance intime du Seigneur qui s'est fait homme
pour moi, afin de l'aimer et de le suivre davantage.
Voilà la grâce que nous demandons. Dans les 30 jours, que nous donnons une
fois par an, cette deuxième semaine, de loin la plus chargée, dure au moins 12
jours, pendant lesquels matin et soir, on demande cette même grâce à savoir:
la connaissance intime du Seigneur.
Qu'est-ce qu'une connaissance intime ?
Eh bien, disons d'abord ce qu'elle n'est pas: nous avons des théologiens
catholiques et protestants qui connaissent à fond l'Écriture Sainte et les
prophéties, donc tout l'ancien testament et le nouveau, notre évangile; on peut
dire qu'ils connaissent Notre-Seigneur à fond, de ce qu'on appelle une
connaissance scientifique ou exégétique. Ce n'est pas cela que nous voulons,
bien que cette connaissance suppose des années et des années d'études…
On peut faire état aussi d'une connaissance esthétique ou artistique: vous avez
des gens qui en ont une extrême habitude et à première vue, en voyant un
tableau de maître dans un musée, ils en décèlent l'auteur: tiens, ça c'est de
l'école espagnole de Murillo, ça c'est de l'école italienne de Florence, ça c'est
de l'école flamande de Jérôme Bosc, ça de l'école française, etc. une
connaissance artistique… ce n'est pas cela non plus que nous voulons, bien
qu'elle exige elle aussi une certaine formation exégétique.
Nous voulons quelque chose de bien plus grand, de bien plus profond: nous
voulons une connaissance intime c'est-à-dire, eh bien, prenons encore des
exemples:
A la réunion l'autre soir, un jeune homme a parlé, vous le connaissez, ce
garçon ?
Oui,
Mais bien ?
Oh non! c'est une vague connaissance…
Tout à l'heure, nous avons rencontré dans la rue un Monsieur qui nous a salué,
vous le connaissez ce Monsieur ?
Oui, assez bien.
C'est une connaissance intime ?
Oh non! on travaille parfois ensemble pour la paroisse… bonjour, bonsoir, mais
c'est tout…
Et ce garçon que nous allons voir pour le congrès, vous le connaissez ?
Ah, si je le connais celui-là! on peut dire que je le connais par cœur, tout petits
nous avons usé nos pantalons ensemble sur les bancs de l'école… plus tard
nous faisions tous les deux des randonnées en vélo… à la guerre également
nous nous sommes suivis. Il vient chez moi, je vais chez lui, nous partageons
les mêmes idéaux, les mêmes buts, nous n'avons pas de secret entre nous,
oui, c'est pour moi une connaissance intime…
Bien! transposons:
Vous connaissez Jésus, le Fils de Marie ?
Oueh!…
Mais, vous le connaissez bien ?
Bôh… bonjour… bonsoir…
Mais, pardons Monsieur, connaissez-vous le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu fait
homme ?
Oui, assez, c'est un ami dont on me parle quelquefois.
C'est pour vous une connaissance intime ?
Oh non! je vais bien le voir quelquefois à sa grande maison, le dimanche –
quand ce n'est pas cependant l'ouverture de la chasse – c'est un ami bien sûr,
mais il y en a d'autres vous savez!
Vous voyez les différences, n'est-ce pas ? Or, il faudrait que Notre-Seigneur
devienne pour nous ce qu'Il était pour les Saints: une connaissance intime!…
Lorsqu'on connaît intimement quelqu'un, lorsqu'on sait tout ce qu'il a, là dans le
cœur, que l'on partage ses idéaux et que partout on réagit en toutes
circonstances comme Il le ferait, voilà, mes chers Messieurs, la grande grâce
que nous recherchons, une grâce qui n'est pas faite d'avance… Encore une
fois, vous ne pouvez pas vous rendre au magasin pour demander 10 fr. de
connaissance intime, n'est-ce pas ? Eh bien, demandez au Seigneur qu'Il vous
l'accorde cette grâce, qu'Il vous apprenne à le connaître intimement… et vous
n'avez pas 12 jours pour le faire, tout juste 24 heures… ne perdez donc pas de
temps et remarquez en outre que la retraite est déjà bien entamée bien qu'elle
ne commence véritablement qu'à présent.
Alors, comment faire cette méditation, cette contemplation comme il convient
de l'appeler ?
1er point: voir les personnes
2ème point: entendre ce qu'elles disent
3ème point: regarder ce qu'elles font.
Voyez… personnes, paroles, actions, tout comme au théâtre…
Là, le rideau se lève, puis les personnages arrivent et disent leur rôle en faisant
des gestes… eh bien, ici, cela sera pareil: nous regardons ce théâtre
magnifique, ce théâtre à la fois humain et divin. Rappelez-vous donc les trois
plans:
- le plan des hommes où se trouve une oasis de paix
- le plan supérieur avec Dieu, les trois personnes divines
- le plan inférieur recevant les hommes dont beaucoup tombent en enfer.
PREMIER POINT. voir d'abord les personnes.
,,Cette face de la terre avec une si grande diversité, aussi bien de vêtements
que de visages: certains sont blancs, d'autre sont noirs. Certains sont en paix,
d'autres en guerre; un grand nombre pleurent, un grand nombre rient; certains
sont en bonne santé, d'autres sont malades; quelques-uns naissent, tandis que
d'autres meurent”.
En cinq lignes Saint Ignace vous récapitule tout ce que vous lisez dans les
journaux quotidiens ou hebdomadaires et dans vos magazines… tout ce que
vous entendez à la radio et à la télé… en cinq lignes vous l'avez là: sur la
surface de la terre, il y a trois milliards d'êtres humains (dans les ports, à
Marseille, par exemple, on voit mieux cette diversité -– on y rencontre des
blancs, des noirs, des africains, des jaunes, des chinois, des nordiques)… les
uns en paix, les autres en guerre et partout on tue: on tue au Congo en ce
moment, on tue au Vietnam aussi… partout des assassinats, des bombes… en
quelque point du globe il y a toujours la guerre, d'autres sont en paix… en
attendant la prochaine!…
Les hommes, je vous l'ai déjà dit je crois, dépensent tous les jours trois
milliards de N.F. pour la guerre… on a compté pour la seule année passée que
divers peuples avaient dépensé pour préparer la guerre, mille milliards de
francs lourds et on signalait, dans l'Osservatore Romano, que le Saint-Père
était écrasé de douleur à cause de toutes ces menaces de guerre et ces
guerres effectives qui se multiplient…
En 3 ans, au Congo on a tué près de trois cents missionnaires catholiques sans
compter les protestants et des milliers de catéchistes…
Oui, certains qui pleurent, d'autres qui rient… que d'yeux qui pleurent en ce
moment!… les mamans qui voient mourir leurs enfants, les épouses leurs maris
et soutiens… dans les hôpitaux que de gens abandonnés des leurs,
complètement désespérés devant un avenir très sombre, sans foi non plus
susceptible de les réconforter… Il y a trois jours j'étais à Grenoble avec un de
nos amis, très bon… A 30 ans, il venait de perdre sa femme le laissant avec 3
petits enfants; il se demandait comment peuvent supporter des coups
semblables les gens qui n'ont pas la foi. Moi, me disait-il, mes retraites et ma foi
m'ont beaucoup aidé, ma femme est morte bien préparée, cela a été pour moi
un grand adoucissement… eh oui, des gens qui pleurent sans aucune
espérance, c'est effroyable!
Imaginez: sur toute la surface de la terre des millions ((fin page 180))

((p. 181-...))
de personnes qui en ce moment-ci pleurent tandis que d'autres rient et
s'amusent, profitent en vous disant: ,,C'est ça, la vie!”.
Mais, cela se renverse, n'est-il pas vrai ? … Tel qui rit ce soir, pleurera demain!

Regardons encore: tous les jours, il y a des dizaines de milliers de petits qui
naissent et, tous les jours, il y a aussi des dizaines de milliers de personnes qui
s'en vont… Voilà… Elles ont fini le périple, leur rôle est terminé par la mort. Et
parmi ces hommes, un nombre toujours croissant de ceux qu'on désigne
comme étant des "intellectuels", d'ailleurs plus ou moins formés, plus ou moins
intelligents. Beaucoup, parmi eux, se croient des petits dieux: ils s'arrogent le
droit de discuter Dieu, de nier Dieu, de lever le poing contre Dieu, de se dire
sans Dieu, de nier le plan de Dieu!… Pauvres petits microbes! Ils passent
quelques années ici-bas, et, comme le dit si bien le Psaume 102: ,,à peine le
vent l'a-t-il effleuré qu'il n'est déjà plus et la place qu'il occupait ne le reconnaît
plus…”. Ils s'en vont dans le néant, dans la poussière plutôt comme l'Église le
rappelle le jour des Cendres: ,,Souviens-toi, homme, que tu es poussière…”.
Ah! si tous les chefs de gouvernement, tous les dirigeants pouvaient entrer
dans nos églises ce jour-là… recevoir un peu de ces cendres sur le front et
comprendre ce symbole admirable: ,,Souviens-toi, homme, que tu es
poussière…”. Souviens-toi Hitler que tu es poussière… Souviens-toi Staline,
Mao, De Gaulle… Souvenez-vous! ne croyez-vous pas que cela leur ferait du
bien de méditer cela?… Regardons…
DEUXIÈMEMENT: Nous passons au plan supérieur
Voir et considérer les trois Personnes divines comme assises sur leur trône
royal – c'est une façon de parler, une façon humaine de nous représenter la
divinité – comme elles regardent la face de la terre et tous les gens qui vivent
en si grand aveuglement et comment ils meurent et descendent en enfer.
Contemplation silencieuse et émouvante:
Dieu regarde son Œuvre abîmée et souillée par la désobéissance, par la
révolte, par le péché… Dieu qui a conçu ce plan d'amour (nous savons aussi
que le Fils engendré de toute éternité, contemple également ce renversement)
… et nous devinons ce qui va arriver: Le Saint-Esprit, l'Esprit d'Amour va
allumer le feu de l'Amour au milieu de cette haine qui écrase les hommes…
regardons cela, les trois Personnes divines contemplant leur œuvre abîmée par
les hommes…
C'est parce qu'il est Amour, que Dieu est TRINITÉ. Dieu, dans sa puissance
illimitée, infinie, réalise sa richesse dans une idée unique qui est son Fils, son
Verbe et ce Fils, aussi riche que son Père, aime son Père autant que le Père
aime le Fils. Notre esprit limité ne permet pas que nous comprenions ce
mystère, mais c'est de cette effusion inconcevable, incommensurable d'amour
mutuel qui porte le Père vers le Fils et le Fils vers le Père que jaillit le Saint-
Esprit: le Saint-Esprit qui est l'Amour, un mystère d'amour, d'amour infini!…
Et dire que nous, les hommes, nous sommes créés pour contempler cela
éternellement!… pour jouir de cette joie indicible que l'éternité même ne pourra
épuiser, la joie de contempler à jamais ce mystère insondable d'amour!… le
premier et le dernier des mystères, celui qui renferme tout… le commencement
et la fin… l'Alpha et l'Oméga… oui, regardons cela… contemplons Dieu
regardant son œuvre…
TROISIÈMEMENT:
Voir Notre-Dame et l'ange qui la salue et réfléchir pour tirer profit à la vue de
tout cela.
Saint Ignace nous dit de regarder successivement les personnes, les paroles,
les actes, mais il est à remarquer que déjà, il parle d'acte vous le voyez… Nous
pouvons faire comme lui et nous rendre au Ciel trouver cet Ange dont nous
savons qu'il va partir pour assumer une grande mission. Cet ange est un des
plus hauts séraphins de la cour céleste: il s'appelle GABRIEL qui veut dire
"Force de Dieu". En effet, le mot "el" dans toutes les appellations anciennes de
l'ancien testament veut dire Dieu: Raphaël, médecine de Dieu; Michel, qui est
comme Dieu; Daniel, désir de Dieu« Elie veut dire: de Dieu… demandons donc
à l'ange Gabriel vers qui il va partir:
,,Monseigneur l'Ange, je suis chargé par mon journal Paris-Presse de vous
interviewer; je sais que vous avez une grande mission pour notre terre, quelle
est donc cette princesse qui va recevoir une ambassade si glorieuse ?” – Vous
savez qu'à ce moment-là, il y avait de très grandes dames connues par leurs
richesses, leur savoir, leur esprit, leur beauté… à Rome, à Alexandrie, dans
toutes ces grandes métropoles de l'antiquité, à Jérusalem… Cléopâtre par
exemple, Bérénice, que sais-je moi ? – ,,Alors, Monseigneur l'Ange, vers
laquelle de ces princesses allez-vous partir ? vers quelle capitale, vers quel
château ?”.
- Monsieur, je vais partir pour Nazareth, en Galilée…
- Qu'est-ce que ce pays, Nazareth ? Si je regarde mon guide Michelin, cela
n'existe même pas!
- Oui Monsieur, en pays de protectorat, perdu dans les montagnes de la
Palestine, un pays occupé par les romains…
- Et elle s'appelle cette princesse ?
- Elle s'appelle Marie, fiancée à un homme dont le nom est Joseph…
- Merci, Monseigneur l'Ange, vous permettez n'est-ce pas que j'aille à Nazareth
faire un tour avant vous ?
Mais à Nazareth, il n'y a pas de bureau de renseignements pour les touristes…
ah! une idée… allons au lavoir public, là, nous saurons tout ce qui intéressera
notre journal.
Bonjour! Pardon Madame, je voudrais quelques renseignements sur une
certaine Marie…
Marie ? Il y en a au moins cinq dans le village!… C'était un nom courant que
celui de Myriam…
Ah! Madame… je sais aussi qu'elle est fiancée à un nommé Joseph…
Ah! oui, je vois maintenant… oui, une bonne petite, un peu timide et réservée,
mais vous savez, le pauvre homme, il ne fera pas une bonne affaire, il n'y a pas
beaucoup de… ça, hein! Vous me comprenez ? … pas beaucoup d'avenir!…
Pas beaucoup d'avenir, voilà comment les hommes jugent! Et que les desseins
de Dieu sont différents des nôtres! Oui, on pourrait croire en effet qu'il y avait là
un accident historique! Eh bien non! passons si vous le voulez quelques
siècles:
Les Huns s'avancent vers Lutèce, vers Paris, rien ne leur résiste… les parisiens
sont perdus, mais une jeune fille de Nanterre qui s'appelle Geneviève leur dit
alors: ,,Voilà, pour être sauvés il faut faire ceci, il faut faire cela, et Geneviève,
Sainte Geneviève a sauvé Paris… encore une jeune fille…
Passons encore quelques siècles: La France est envahie, il n'y a plus de
ressources; le petit roi de Bourges a quelques chevaliers autour de lui, lui-
même n'a plus confiance et qu'est-ce qui va sauver le royaume de France ?
Encore une petite pastourelle de Domrémy qui s'appelle Jeanne d'Arc… Elle ne
savait même pas signer son nom, mais elle connaissait son catéchisme!……
Passons quelques siècles encore, au siècle de Luther – qu'est-ce qui va sauver
l'Église de la réforme, de la prétendue réforme ? Ignace de Loyola qui se
convertit lui-même, qui, de chevalier du roi, devient l'homme au sac, le pauvre
de Jésus-Christ!… Saint Pierre d'Alcantara, un grand franciscain qui vit
d'humilité… Saint Jean de la Croix qui passera sa vie en prison!… Sainte
Thérèse d'Avila aussi, la grande réformatrice!
Au 19ème siècle, au grand siècle de la prétendue lumière, le siècle moderne:
Qui a donné de grandes leçons au monde ?
Eh bien, là-bas, dans les Pyrénées, une petite fille qui s'appelait Bernadette.
Son père était un meunier très pauvre et ruiné habitant dans un caveau.
Et puis Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus aussi, entrée à 15 ans au Carmel. Elle
en est sortie à 24 ans, d'une façon banale! par la tuberculose…
Voilà celles qui vont donner de grandes leçons au monde: Pie XII appelait
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus la plus grande sainte des temps modernes!
Non Messieurs, il n'y a pas là un accident, avec Marie… le Bon Dieu fait
comme cela, il recherche les humbles,… oui, regardons celle que l'ange va
saluer…
DEUXIÈME POINT
Entendre ce que disent les personnes sur la face de la terre, c'est-à-dire
comment elles parlent les unes avec les autres, comment elles jurent, comment
elles blasphèment, etc.… 
Les paroles des hommes ? ah oui! parlons-en! pour une chose de sensée,
combien de choses dites pour rien, inutiles, quand elles ne sont pas encore
cause de péché!…
Je voyage assez: on aimerait, surtout après une journée fatigante de
prédication, par exemple, être un peu tranquille! Mais vous avez toujours des
hommes, des femmes qui parlent sans arrêt, pour ne rien dire, souvent,
remarquez-le, dans le désert! Ah Madame, il fait froid maintenant, hein ? mais
ce n'est pas étonnant, c'est l'hiver, mais l'année dernière il faisait encore plus
froid, vous savez, mais le froid de cette année on dirait qu'il est plus froid
encore, et le froid vous savez, il vaut mieux l'avoir que la pluie parce qu'avec la
pluie vous savez… et ça dure des heures comme ça… alors l'été, c'est le
chaud: Oh! qu'il fait chaud! oh oui, on transpire, mais peut-être que ce soir ce
sera un peu moins chaud et si demain le sud s'en mêle, il fera encore plus
chaud… et allez… allez… allez!… Oh oui, il fait chaud, apportez-moi une bière,
avec cette chaleur! Quand même! Enfin jusqu'à présent, ce n'est pas encore
méchant, c'est bébête tout simplement, mais lorsqu'il y a deux ou trois hommes
ensemble, nous nous doutons bien sur quoi la conversation évolue
quelquefois… hélas… et puis les élections, et puis les vacances, et puis.
surtout si on a un verre dans le nez, allez!… tout le monde paie sa place, non ?
et puis un tel… comment, vous ne savez pas ? Et allez… encore un verre…
Pauvre monde… que de paroles!… 
Une fois, en Allemagne, on a joué un tour à des français qui travaillaient dans
une usine de guerre et comme, évidemment, ils en savaient plus que les
autres, on leur a un jour desserré l'étreinte en leur enlevant la surveillance
militaire. On leur a laissé seulement le contremaître français pour savoir
comment cela marcherait. Ce qu'ont fait les français ? Ils ont commencé à
pérorer puis à s'exciter. Bien! cela a duré trois jours, et ensuite, on les a invités
à une séance de cinéma: on avait enregistré toutes leurs paroles et tous leurs
gestes et c'était joli!… mais la preuve était faite… oui, un drôle de tour qui
montre un peu le côté humoristique de l'histoire, mais s'ils avaient pu effacer
tout ce qu'ils avaient dit!…
Pour vous montrer encore jusqu'où va l'exploitation de ce besoin qu'ont les
hommes de ces bavardages inutiles, je vous dirai qu'au Canada, où je me suis
rendu l'an passé, j'ai été très étonné de voir sur les berges du Saint Laurent –
cet énorme fleuve qui a trois km de large en moyenne – de formidables collines
de troncs d'arbres. Pendant tout l'hiver des milliers d'ouvriers ont réuni ces
troncs tirés des immenses forêts canadiennes. A la débâcle des glaces, on les
fait descendre directement au fil de l'eau, puis, aux endroits choisis on les
accroche, on les hisse à la grue et on dresse ces collines de ce bois qui servira
à approvisionner les usines à papier situées à proximité. Sachez que le Canada
est le plus grand producteur de pâte à papier du monde; d'ailleurs, dans ce
pays, il y a des journaux quotidiens qui ont au moins 60 pages! et, s'il vous
plaît, il n'y a rien à y lire dedans – je veux dire d'intéressant – rien, rien, rien! je
suis resté très étonné de l'absurdité… du vide de ces journaux américains: rien
que des bêtises, des réclames, du tape à l'œil… Il fait chaud… il fait froid… 60
pages pour ne rien dire, grâce à l'énorme machine linotype de 50 mètres de
long qui remplissent d'encre ces kilomètres de papier… et pour quoi ?… pour la
parole des hommes!… car il n'y a pas que la parole parlée, il y a avec ces
journaux la parole écrite! et quand vous y échappez, c'est pour tomber sur ce
que les hommes ont trouvé de mieux maintenant, vous tombez sur la radio: là
où un homme parle pour des millions qui peuvent l'entendre! Et qu'ils sont
heureux à présent: non seulement on entend le bonhomme ou la bonne
femme, mais qui plus est, on peut les voir maintenant, avec le petit écran: Ah!
là, c'est l'idéal!… et allez, vas-y… même au dépend de votre équilibre nerveux
et de votre sommeil, car pour une chose qui serait bonne, combien de bêtises à
la radio, à la télé, et que de choses nocives aussi!… 
Lorsqu'on pense à la grandeur de l'homme, ce à quoi il est destiné et qu'on
entend ce qui sort de ces pauvres machines… alors qu'il pourrait en sortir de si
belles choses! Ce qu'on en sort généralement c'est la platitude, la sottise et
l'imbécillité… le péché en bref, quelque chose qu'on ose offrir comme amour
alors que c'est de la pourriture d'amour!… Et puis, pas content de ça, on
surenchérit encore avec le tourne-disques…
Oui, les paroles des hommes… quel besoin nous avons d'aller un peu dans les
retraites, non plus pour écouter la parole des hommes, mais écouter les
paroles du Ciel, la parole de Dieu… oui, quel calme de ne plus entendre la
parole des hommes!…
Deuxièmement:
De même écouter ce que disent les personnes divines, les paroles de Dieu:
Opérons la Rédemption du genre humain.
Cette parole divine qui transcende tout, crée tout… "FIAT", et tout a été fait…
Cette parole divine qui va faire s'épanouir la charité sur la terre et toutes ces
vertus qui accompagnent la charité, les paroles de Dieu qui atteignent l'âme
dans ses profondeurs, comme le dit Saint Bernard. Maintenant écoutons aussi
les paroles de l'ange de Notre-Dame, paroles merveilleuses que Saint Luc
nous rapporte au chapitre deuxième de son évangile. En quelques lignes,
l'évangéliste qui écrit sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, nous raconte plusieurs
grands mystères: le mystère de la Très Sainte Trinité, le mystère de
l'Incarnation, le mystère de la Rédemption, le mystère de l'Immaculée
Conception, de la maternité divine…, oui en quelques lignes: Je te salue…
pleine de grâce.
La salutation, dans l'Afrique musulmane comme dans les pays du Moyen Orient
c'est: "Salamalec". Salem veut dire "paix" et Salamalec, la "paix à toi". On peut
dire que c'est vraisemblablement cette parole-là qui a été dite par l'Ange
"Salamalec" parce qu'en araméen – la langue de la Sainte Vierge – (en patois
hébreu comme en Arabe il y a beaucoup de mots qui reviennent souvent, par
exemple Jéru-salem – vision de paix)… ce "Je vous salue Marie" a dû
commencer par le mot de Salamalec… pleine de grâce, le Seigneur est avec
toi, tu es bénie entre toutes les femmes…
Paroles merveilleuses heureusement recueillies par les hommes et qui les
sauve… En ce moment-ci en France où partout la nuit tombe, il y a des milliers
de mamans qui couchent leurs petits qui ont un an, 2 ans, qui commencent à
parler, et les mamans leur apprennent à murmurer ces mots: Je vous salue,
pleine de grâce… chez les petits ce sont leurs premières paroles après papa et
maman dans les foyers catholiques! Vous-mêmes, tout à l'heure, au chapelet,
vous réciterez cette prière universelle…
La semaine dernière je suis passé à Lourdes: j'ai pu revoir la grotte tout
illuminée et des fidèles qui priaient; quelques jours avant, de très bon matin
c'était pareil, d'innombrables AVE MARIA qui montaient vers Dieu: dans des
millions d'églises ou de chapelles, le soir, il y a des gens qui vont y réciter leur
chapelet; parfois il n'y a même pas de prêtre car il manque beaucoup de
prêtres dans notre pays, mais il y a là une dame ou un homme ou un enfant qui
récite le chapelet. On le récite aussi dans combien de familles!… Au Canada,
dans tous les diocèses, à la radio tous les soirs à 10 heures il est reproduit pour
tous les collèges et hôpitaux; tout est catholique là-bas et ils sont rares ceux qui
ne récitent pas leur chapelet. Aux États-Unis aussi, on voit beaucoup cette
chose-là: des millions d'AVE MARIA qui montent comme des fleurs offertes à la
Ste Vierge.
Même en Russie, derrière le rideau de fer, des Ave Maria montent vers le Ciel
dans toutes les langues: en allemand, en polonais, en russe et, par des
témoignages formels, on a la preuve que le soir – même des gens du parti –
lorsqu'ils sont ainsi un peu tranquilles ouvrent l'armoire aux Icônes et en sortent
de belles images de la Sainte Vierge – on allume les lampes à huile et on prie
devant la Reine de la Paix, même si, le lendemain, on est contraint de faire
chorus et de crier contre Dieu… mais le soir, en famille, c'est en pleurant qu'on
implore la Reine du Ciel… 
Si nous pouvions les voir monter comme des papillons blancs ou comme la
neige, nous serions émerveillés de voir s'élancer vers le Ciel ces paroles que
l'ange a dites lors de sa salutation à Marie… Oui, écoutons…
TROISIÈME POINT
Premièrement:
Regarder ce que font les personnes sur la surface de la terre par exemple:
blesser, tuer, aller en enfer, etc…
Qu'est-ce qu'ils font effectivement ? Ils s'attaquent, ils se blessent, ils se tuent,
ils tombent en enfer. Que faisaient les hommes il y a 2'000 ans, au moment de
l'Incarnation ?
Il y avait là la paix romaine, la PAX ROMANA, mais comme les barbares
s'ébranlaient sur les frontières de l'empire, les légionnaires romains aiguisaient
leurs glaives en répétant l'axiome, le proverbe: ,,SIVIS PACEM PARA BELLUM
– si tu veux la paix, prépare la guerre”.
Que faisaient les hommes il y a 4 siècles lorsque Saint Ignace écrivait sa
méthode ? … François Ier roi de France et Charles Quint, empereur
d'Allemagne ? Ils se battaient… ces grands rois catholiques! ces grands rois
chrétiens, ils se battaient!…
Et à notre époque, je vous l'ai déjà dit, sans parler encore des ruines
accumulées par les guerres précédentes, les nations dépensent trois milliards
de francs par jour pour préparer la guerre! Voilà: ils se tuent, et ils tombent
dans les enfers. Regardons cela… ce n'est pas du roman, nous la vivons cette
époque, c'est la déplorable réalité…
Deuxièmement:
Regardons ce que font les Personnes divines: elles opèrent la Très Sainte
Incarnation
Le Verbe de Dieu, qui est l'égal du Père nous dit Saint Paul, va faire une chute
effarante, Lui, l'égal de Dieu!
Il se fait homme!… Il s'humilie jusqu'à se faire homme, pour se faire le dernier
des hommes. Nous savons qu'Il a voulu naître dans une crèche, dans une
écurie!… S'il était né dans un château, certains auraient peut-être reculé pour y
entrer… dans un château tout le monde n'y entre pas, mais dans une écurie! Et
il finira son aventure sur une Croix…
Vous voyez, les hommes ont voulu se faire des petits dieux en désobéissant eh
bien, comme dit Saint Augustin, Dieu va se faire homme et Il leur dit: Imitez-moi
maintenant! Vous voulez devenir Dieu ? Imitez-moi donc -
voyez comment je commence: dans une crèche!
voyez comment je vais finir: sur une Croix!
voyez ce que je vous prêche: Les Béatitudes!
Alors, si vous voulez arriver au but, voilà comment il faudra faire… il n'y a pas
d'autres chemins: ,,Que celui qui veut être mon disciple se renonce à lui-même,
qu'il prennent sa Croix et qu'il me suive!…
Troisièmement:
Regardons aussi ce que font l'Ange et Notre-Dame, c'est-à-dire l'ange
remplissant son office de légat et Notre-Dame s'humiliant et rendant grâce à la
Divine Majesté
Pour l'Ange Gabriel, c'est une grande joie d'obéir à Dieu, mais c'est aussi très
humiliant pour un des plus grands princes de la cour céleste que de s'adresser
ainsi à une jeune fille de la terre…
Après la salutation angélique devant Marie étonnée, il va lui dire: ,,Marie, ne
craignez pas, voici que vous avez trouvé grâce devant Dieu; voici que vous
concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, et il sera grand, il sera
appelé le Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David
son Père et il régnera sur toute la maison de Jacob, et son royaume n'aura pas
de fin” : La Vierge Marie a bien compris. Tout cela a déjà été annoncé par les
prophéties messianiques… Elle savait aussi que c'était l'époque où le Messie
devait naître… Elle savait qu'Il devait naître d'une Vierge et en toute humilité,
elle aurait bien désiré être la servante, l'esclave de cette vierge qui serait
choisie par Dieu, mais elle n'avait jamais pu penser que ce fut elle!… 
Mais va-t-elle répondre tout de suite ? Non, – car cela pourrait être… oui, cela
pourrait être un piège du démon… On comprend, à la question qu'elle va poser
à l'ange, que Marie a l'habitude de lutter contre lui, non pas qu'il puisse lui
proposer quelque chose de mal qu'il savait qu'elle ne l'aurait jamais fait, non!…
mais en essayant de la tromper en lui proposant quelque chose de bien (ces
admirables règles du discernement des esprits que vous étudiez par ailleurs
aux réunions de 11 heures) et, docile au Saint-Esprit, Marie, avant de répondre,
veut être fixée si cette demande n'est pas un piège du démon: Comment cela
se fera-t-il, dit-elle, puisque je ne connais point d'hommes ?
Il est nécessaire que nous approfondissions ici par quelques explications
supplémentaires: En lisant l'évangile vous avez pu remarquer que Marie était
mariée à Joseph. Certaines traductions utilisent le vocable de "fiancée", parce
que, en fait, Joseph et Marie ne vivaient pas encore ensemble, mais ils étaient
bien mariés. En effet les anciens n'avaient pas ce stade, ce passage, cette
situation de "fiancés", cela se passait comme cela se fait toujours chez les
Arabes: le jeune homme venait trouver les parents… Bien! S'il plaisait on lui
indiquait le prix qu'on en voulait… Il versait la somme et, à partir de ce moment
la fille lui appartenait. On ne se mettait pas forcément tout de suite ensemble:
on attendait pour la fête que le cousin Isaac soit arrivé ou bien que les
vendanges soient terminées, etc… mais, dès l'argent versé, elle était son
épouse et il pouvait la considérer comme telle.
On voit bien, en lisant Saint Matthieu, que Marie était déjà l'épouse de
Joseph… et l'ange aurait pu lui répondre: C'est très simple! Votre mari Joseph
vous donnera un enfant!… 
Et s'il en avait été ainsi, Marie n'aurait pas accepté, n'aurait pas prononcé son
"fiat" puisque, elle, elle savait qu'elle avait fait vœu à Dieu de garder sa
virginité…
Disons en passant qu'il est dommage qu'à notre époque on ne comprenne plus
la grandeur de la virginité, de cette virginité gardée par amour pour Dieu et il a
fallu, il y a quelques années à peine, que le Pape, Pie XII, pour répondre à
certains groupements qui prétendaient que la vocation du mariage était
supérieure à celle de la Virginité, rétablisse la sublimité et la supériorité de la
Virginité dans un discours aux supérieures de maisons religieuses et publie,
l'année suivante, la magnifique encyclique "SACRA VIRGINATAS" pour définir
et consacrer cette supériorité.
Ainsi donc, Marie avait fait vœu. Mais cela ne suffit pas toujours. En effet, aux
jeunes juives, on ne leur demandait pas en principe leur avis! Il fallait que le
mariage se fasse autant que possible dans la famille pour éviter le
démembrement des terres et la dispersion de l'argent… alors, généralement,
les parents s'entendaient entre eux et on interrogeait le jeune homme: Voyons,
mon ami, mais sais-tu que tu es à l'âge de prendre femme, qu'attends-tu
donc ?
Oh, je ne suis pas pressé. Eh bien, que dirais-tu de la petite Sarah! C'est une
brave petite, elle est jolie comme un cœur…
Et que les enfants intéressés le veuillent ou non les parents concluaient
l'affaire, l'argent était versé… et leu tour était joué! Si par hasard la fille osait
dire quelque chose on lui disait: ,,Quoi, il ne te plaît pas ? c'est pareil ma fille,
tu t'y feras, tu verras…”.
C'est ce qui risquait d'arriver à Marie.…
On pense que conseillée par le vieillard Siméon inspiré par le Saint-Esprit,
Marie trouva le grand moyen d'y remédier en allant trouver son cousin Joseph,
jeune homme très beau, qu'elle savait très saint, aimant Dieu et voulant se
donner à Lui. Nous devinons la conversation:
Écoutez Joseph, j'ai fait vœu, moi, de garder la Virginité par amour pour Dieu.
S'il est exact que vous vouliez vous vouer à Lui et faire comme moi, épousez-
moi donc… Vous m'aiderez à garder ma virginité, moi je vous aiderai à garder
la vôtre…
Oui, cousine Marie, mais je suis pauvre vous savez, je n'ai pas assez
d'argent…
Ça ne fait rien, je connais ma mère, elle sera très heureuse de cette solution et
se contentera de ce que vous apporterez… Vous êtes comme moi de la race
de David, nous nous marierons, vous serez bien à moi, je serai bien à vous et
personne n'aura rien à nous dire; nous pourrons ainsi rester purs aux yeux de
Dieu!
Ils étaient donc liés légalement mais point pressés de se mettre ensemble
puisqu'ils avaient l'un et l'autre fait vœu de virginité.
Donc, pour en revenir à l'ange, cette question de Marie: Comment cela se fera-
t-il puisque je ne connais point d'homme ? n'aurait eu aucun sens s'il n'en avait
été ainsi et c'est bien pour savoir si cela venait de Dieu que Marie l'a posée.
L'ange lui dit alors: ,,Voici que vous avez trouvé grâce devant Dieu et le Saint-
Esprit vous couvrira de son ombre; ce qui naîtra de vous sera Saint, sera
appelé Fils de Dieu car rien n'est impossible à Dieu”. Elle apprend ainsi que sa
cousine Élisabeth âgée de 72 ans, va être mère de Jean-Baptiste.
Marie comprend alors que cela vient bien de Dieu réellement… et puisque cela
vient de Dieu il n'y a pas à discuter; elle répond alors: ,,Ecce ancilla Domini -
voici la Servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole”.
Dans votre contemplation, vous pouvez vous joindre à l'ange et à la Vierge
Marie… : Oh, Vierge Marie, dites oui, car si vous ne dites pas votre Fiat nous
sommes perdus, dites oui, Vierge Marie!
Et celui qui est le plus humble de tous, c'est le Verbe de Dieu qui est tombé
dans le sein d'une Vierge, une femme!… Vous! le Verbe de Dieu, la parole
éternelle de Dieu!
Oui, Il s'humilie, l'Ange s'humilie, la Vierge s'humilie et moi, je ne m'humilierai
donc pas ?
Je réfléchirai pour tirer profit de ces considérations.
Voilà votre contemplation, très belle, très facile…
Rappelez-vous le triptyque, les trois plans: celui des hommes avec l'oasis de
paix à Nazareth; le plan supérieur avec les 3 Personnes divines et le plan
inférieur, celui des démons.
Regardons d'abord les personnes: les hommes blancs, noirs qui pleurent, qui
rient et regardons Dieu qui contemple cette scène. Puis les hommes qui se
croient des dieux et qui se précipitent en enfer.
Regardons l'Ange qui va partir; regardons celle qui est choisie: Marie.
Deuxième point: Écoutons les paroles des hommes - bla - bâ - bâ - bla, bara,
baratin! - les paroles des hommes puis la parole de Dieu qui décide d'opérer le
salut du genre humain, les paroles de l'ange Gabriel saluant Notre-Dame.
Troisième point: Ce que les hommes font: ils attaquent, ils se tuent, ils tombent
en enfer. Ce que fait Dieu ? Il opère l'Incarnation; ce que fait l'Ange; la réponse
prudente de Marie qui a fait vœu de virginité mais qui veut être sûre que ce qui
lui est proposé vient vraiment de Dieu.
Vous pourrez vous aider si vous voulez de votre livre, page 372, des numéros
102 à 109. Essayez de tirer profit de cette contemplation et lorsque sonneront
les petits coups vous ferez le colloque en demandant à Dieu ses lumières;
Qu'est-ce que je dois dire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ? ou au Verbe
incarné et à la Très Sainte Vierge Marie ? N'est-ce pas que j'aurai quelque
chose à leur demander ? Et tout ce que je pourrai leur dire sera pour obtenir la
grâce de mieux comprendre le Fils, afin de la connaître davantage pour en
avoir une connaissance intime pour mieux l'aimer et le servir.
Vous terminerez par un PATER NOSTER très fervent.
*****
NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR
Saint Ignace nous dit au n° 130: Aussitôt réveillé, j'exciterai en moi un vif désir
de connaître davantage le Verbe incarné pour le suivre de plus près et le servir
avec plus de fidélité.
Avez-vous ce grand désir ? C'est pourtant ce que nous disions tout à l'heure en
récitant notre prière du matin: ,,Adorable Jésus, divin modèle de la perfection à
laquelle nous devons aspirer, je vais m'appliquer autant que je le pourrai à me
rendre semblable à vous: doux, humble, obéissant, chaste, zélé, patient,
charitable et résigné comme vous…”.
Toute notre retraite maintenant - et tout notre vie ensuite - doit tendre à nous
appliquer à suivre Notre-Seigneur, c'est-à-dire à imiter Notre-Seigneur et,
comme dit Saint Paul, à nous revêtir du Christ… il faut - permettez-moi cette
expression qui indique bien ce qu'il faut faire - qu'en quelque sorte nous
"changions de peau", que nous chassions le vieil homme afin de vivre comme
Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin de faire nôtres ses vertus pour qu'elles
s'épanouissent dans notre comportement!
C'est le but vers lequel nous devons tendre mais il faut, pour cela, en avoir
d'abord un grand désir: demandez cette grâce, demandez à la Sainte Vierge,
elle, la médiatrice de toute grâce, qu'elle vous fasse obtenir cela.
Voulez-vous prendre votre livre à la page 374/375..
Hier au soir, le Père vous a donné les points de méditation sur la Très Sainte
Incarnation. Le Fils de Dieu a fait cela: Il s'est anéanti, Il s'est fait un rien, Il s'est
fait petit fœtus dans le sein de l'humble Vierge Marie, Il s'est réduit à néant par
amour pour nous… Par le péché, par sa désobéissance, l'homme a voulu se
mettre au-dessus de Dieu… alors, comment le Fils de Dieu va-t-il réparer ce
péché, cette faute, cette rupture entre l'homme et Dieu ? … Eh bien, en se
mettant au-dessous de tout, en décidant de naître d'une humble vierge…
Voilà la grande leçon de la Très Sainte Incarnation… c'est incroyable!… oui…
c'est un mystère!… C'est ainsi pourtant qu'Il est venu pour nous sauver, qu'Il
est descendu du Ciel pour notre salut - nous le chantons au Credo.
Vous pouvez faire cette contemplation en vous attardant sur les trois points que
vous donne Saint Ignace et que l'on vous a développés hier au soir.
Pour mieux pénétrer un mystère il faut considérer les personnes, puis écouter
les paroles, voir aussi ce qu'elles font: c'est une façon de se rendre compte, de
mieux découvrir l'esprit chrétien, mais je vous invite à faire cette contemplation
de l'Incarnation devant le petit Jésus qui vient de naître en la nuit de Noël dans
la grotte de Bethléem!… 
L'Enfant Jésus vient de naître. La Vierge Marie l'a enveloppé de langes et l'a
couché dans la mangeoire des animaux.
Elle priait; l'âne et le bœuf se trouvaient l'un à droite l'autre à gauche pour
couper la froidure et là, tout à l'heure, de pauvres bergers vont venir adorer
l'enfant… La composition de lieu est donc toute faite; elle vous aidera sans
doute à mieux comprendre cet anéantissement…
La grâce à demander, toujours la même: une grâce pour l'intelligence afin de
mieux connaître le Verbe de Dieu qui s'est fait homme…
Si nous le connaissions comme on arrive à connaître un ami intime ou un Chef
qui aurait un grand cœur - et qu'est-ce cela à côté du Fils de Dieu ? - nous
nous enthousiasmerions pour Lui!… Saint Benoît avait dans sa règle: ,,NIHIL
AMORI CHRISTI PRAEPONERE - ne faire rien passer avant l'amour de Notre-
Seigneur Jésus-Christ”, donc grâce d'intelligence pour le mieux connaître, mais
aussi une grâce pour la volonté, afin de mieux le suivre… Saint Paul écrivait
aux Philippiens: ,,Arrivez à avoir en vous les mêmes sentiments qui sont dans
le Cœur du Christ Jésus”.
Devant cette grotte de la Nativité, devant cette crèche, essayons de pénétrer,
de découvrir l'esprit chrétien, l'esprit du Christ, du Christ-Roi, et vous
remarquerez qu'à tout moment nous ne serons pas d'accord avec Lui!… que,
nous autres, nous n'aurions pas fait comme cela…
Il y en a donc un qui se trompe, mais cela ne peut être Lui puisqu'Il est le Fils
de Dieu!… Comme le disait Pie X dans l'encyclique Quas Primas où il rappelle
que Jésus est le Christ-Roi: ,,En vertu de l'union hypostatique, Il est à la fois
Dieu et Homme…” la même personne est à la fois Dieu et Homme donc elle ne
peut se tromper, en conséquence c'est nous qui ne sommes pas de vrais
chrétiens…
Faisons donc cette étude avec un grand désir de le devenir en nous
conformant à Lui comme Saint Paul l'écrit encore: ,,Il faut que nous devenions
conformes à ce modèle qu'est Notre-Seigneur Jésus-Christ”.
Regardons d'abord les personnes: On vous l'a déjà expliqué. On vous a
commenté ces n° 114 et 115 dans lesquels Saint Ignace nous apprend à
contempler.
Il faut que nous nous pénétrions de l'importance de la contemplation pour
arriver à mieux découvrir les sentiments des personnes en cause:
Regardez la Vierge Marie, pleine de grâce, l'Immaculée, le "Speculum Justiciæ"
comme l'appellent les litanies, le miroir de la Justice et de la Sainteté! Personne
ne ressemble mieux à Jésus que Marie: En la voyant vous voyez toutes les
vertus de Notre-Seigneur. Ils se ressemblent comme deux gouttes
d'eau… c'est elle qui a le mieux imité Notre-Seigneur…
Joseph aussi… le grand silencieux, le grand Saint Joseph, le plus parfait
imitateur de Jésus et de Marie. C'est lui qui a la direction de la Sainte Vierge et
il est arrivé à la plus haute perfection, à la plus parfaite imitation de Jésus grâce
à Marie que tout le temps il avait comme modèle devant lui; c'est ainsi qu'il a pu
imiter parfaitement ses vertus, le grand Saint Joseph!…
Regardez-le: vous apprendrez ce qu'est un homme chrétien, un chef chrétien,
un père de famille chrétien, un ouvrier chrétien!…
Regardez aussi la servante: Saint Ignace pense que Saint Joseph avait loué
une petite servante par modestie pour aider la Ste Vierge dans ses couches…
Regardez l'Enfant Jésus lorsqu'Il sera né: voyez-le enveloppé - j'allais dire
"ficelé" dans les langes comme on le faisait encore au début du siècle, les bras
contre le corps, il n'y avait que la figure qui sortait - Oui, tout entier dans les
langes, c'est le Fils de Dieu, c'est le Créateur! C'est Celui qui porte le monde!…
Non! ce n'est pas possible!!!… Voyez pourquoi Il a fait cela ?…
Mais, Jésus, ils ne voudront pas venir vous voir!… et ils ne sont pas venus!
Ils ne prêteront pas garde à vous!… et ils n'ont pas pris garde… Il a été en effet
le scandale des Juifs qui s'attendaient, eux, à voir apparaître un Messie habillé
en Charlemagne tout rutilant d'or, à cheval accompagné d'officiers chamarrés…
quoi! c'est ça le Messie ?… Un petit bohémien ?… Un scandale vraiment… et Il
a été la risée des païens… Comment, c'est ça que vous adorez ? Vous n'êtes
pas fous ?…
Non, nous ne sommes pas fous. C'est Lui que nous adorons dans le grand
mystère de la Très Sainte Incarnation…
Je vous ai dit qu'on ne serait pas d'accord… voilà la leçon qu'il fait que nous
retenions bien.
Mais, Jésus, vous ne faites pas ce que vous voulez dans vos langes, les bras
attachés… eh oui, Il a besoin de quelques gouttes de lait pour vivre, Lui qui
nourrit tous les oiseaux du Ciel, c'est l'hymne de Noël qui le chante… Quel
exemple!… 
Mais nous, les Indépendants, nous qui aimons le "m'as-tu-vu" et qui
recherchons si âprement cette "quincaillerie du monde", nous n'aurions pas fait
comme Lui, bien sûr!, mais alors, puisque Lui ne peut se tromper et qu'Il a
raison, c'est donc que nous avons besoin de réviser nos conceptions, de refaire
notre mentalité, il faut que ,,nous nous revêtions de l'homme nouveau” comme
dit Saint Paul, il faut que nous devenions de "véritables disciples" …
Pour cela nous devons entrer dans le jeu comme nous l'indique le vénérable
Père Chevrier: Oui, je me ferai comme un petit pauvre, comme ces mendiants
qui vous talonnent à l'entrée des gares ou à la porte des églises:
M'sieur, donnez-moi une pièce…
Hé, laisse-moi tranquille.
M'sieur, M'sieur achetez-moi un crayon!…
Mais laisse-moi donc en paix!
M'sieur, M'sieur… et ils ne se fâchent pas…
comme un petit esclave indigne de paraître devant eux… dites, Saint Joseph,
bon Saint Joseph! veuillez avoir pitié de moi qui ne suis qu'un pauvre homme…
Je ne suis guère chrétien, vous savez, je suis comme un païen dans l'âme!
Saint Joseph, je veux devenir chrétien… voulez-vous m'obtenir cette grâce ? …
Voulez-vous dire un mot pour moi à votre très sainte épouse ? … Si vous
parlez pour moi, je suis sauvé.…
Eh oui, parlez comme cela cœur à cœur avec Saint Joseph… et vous pouvez
insister… Ne vous fâchez pas s'il ne vous répond pas tout d'un coup!…
Je les regarderai ? … Regardez-le bien, le grand Saint Joseph, comme il
s'applique à tous ses devoirs, le grand silencieux… il est le modèle de toutes
les vertus…
Croyez-moi, si vous gardez toujours Saint Joseph comme modèle devant vos
yeux, soyez persuadés que vous resterez un homme chrétien.
Regardez aussi Notre-Dame… quelle modestie! voyez le petit Jésus troussé
dans ses langes…
Je les regarderai, je les contemplerai, je les boirai des yeux…
En Provende une coutume veut que pour la Noël on fasse une crèche.
remarquez que cela se fait un peu partout dans le monde entier dans les foyers
catholiques, mais en Provence c'est un peu spécial… non seulement on
expose sur une commode ou sur une cheminée le petit Jésus sur un peu de
paille avec la Sainte Vierge, Saint Joseph, l'âne et le bœuf, mais on y place
aussi des personnages de toutes catégories… d'abord ceux que l'on y met par
la tradition: les bergers et les mages avec leurs présents, mais encore des
hommes, des femmes et des enfants venant à la crèche apporter leurs dons:
par exemple le chasseur avec son gibier, le paysan avec un lapin ou une poule;
on y voit des femmes qui portent des douzaines d'œufs, des commerçants avec
des draps, quelques couvertures, un pêcheur qui vient offrir ses poissons, etc…
Il y a à Marseille, la semaine qui précède Noël, une foire spéciale appelée "foire
des SANTONS", des petits Saints. On y vend ces personnages de toutes
sortes et de toutes grandeurs, généralement faits en terre cuite et peints de
couleurs multicolores très voyantes… Parmi ces personnages il y en a un qu'on
nomme en provençal "LOU RAVI" - celui qui est ravi… Il n'en revient pas!
… C'est un homme que l'on voit les deux mains en l'air… la bouche bée,
grande ouverte!… Il n'en revient pas de ce que le Fils de Dieu s'est anéanti
pareillement!… Il n'en revient pas, c'est une stupeur pour lui…
Eh bien, pour contempler ce n'est pas difficile… faites "Lou Ravi", faites comme
lui, regardez en pensées surtout avec votre cœur…
Mais c'est méditer cela ? …
Oui, c'est contempler de telle sorte que cette vue de l'anéantissement du Fils
de Dieu se gravera en vous, voyez.… ce n'est pas difficile, et votre âme
s'imprégnera de cette contemplation à condition que vous la fassiez avec un
grand amour et le grand désir de devenir un vrai chrétien, que vous soyez
pleins d'admiration et de reconnaissance, le cœur animé d'un grand désir d'être
à Lui… et cela même sans le Lui dire… point besoin de parler pour cela…
Regardez-le avec amour cela suffit… Faites "Lou Ravi"…
Entrez dans le jeu: je les servirai dans leurs nécessités comme si je me
trouvais présent avec tout le respect et révérence possibles.
Dites: ,,Saint Joseph permettez-vous que je balaie ce coin de la grotte sans
faire de poussière ? … Voulez-vous que j'aille chercher un peu de bois sec
pour faire un peu de feu afin de réchauffer la Sainte Vierge et l'Enfant Jésus ?
… Saint Joseph, voulez-vous que je courre au village acheter un peu de
fromage et de pain pour le déjeuner de la Sainte Vierge ? …
Mais mon Père, c'est enfantin cela!…
Oui, Messieurs, c'est enfantin, mais si vous ne devenez comme de petits
enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux!… Mes chers amis,
faisons-nous petits enfants… entrons dans le jeu… et vous verrez qu'alors vous
comprendrez mieux… 
Mais, mon Père, c'est un anachronisme… cela s'est passé il y a 2'000 ans,
comment voulez-vous que je fasse moi ?
C'est une erreur… nous y étions! et le petit Jésus, couché dans sa mangeoire
nous voyait!, Lui, l'Éternel! Il nous voyait contemplant sa Très Sainte
Incarnation et sa Très Sainte Nativité dans cette chapelle de Poyanne! Il nous
ménageait déjà des grâces pour que nous devenions de véritables disciples,
oui, Il nous voyait méditant ici ce matin…
S'il nous reste du temps nous recommencerons à regarder mais d'une autre
façon… en pesant chaque parole je regarderai, je ferai attention, je
contemplerai les paroles qu'ils prononcent.
Qu'est-ce qu'Il dit le petit Jésus ?
Nous le savons, c'est dans le Psaume 39ème ,,Mon Père, vous m'avez donné
un corps, me voici! Je viens pour faire votre volonté”.
Et à vous, que va-t-il dire ?
Ah! peut-être vous dira-t-il: ,,Regarde-moi, orgueilleux, il faut que tu cesses, il
faut que tu te décides à m'imiter… il faut que tu deviennes un petit enfant – non
par tes membres – mais par ton âme, oui… Attention!… Je désire que tu ne
veuilles plus faire ta volonté, que tu ne veuilles plus jouer à la grande personne
mais que tu fasses la volonté de Dieu à chaque instant…
Regardez Notre-Dame… que dit-elle à Dieu, à son divin Fils, qu'est-ce qu'elle
vous dit ?
Il est facile de le deviner: Elle vous dit ce qu'elle a dit aux domestiques de
Cana: ,,Faites tout ce que mon Fils vous dira”.
Écoutez-la bien… Et si elle voulait vous prêter son petit Jésus ? Comme elle l'a
prêté à Saint Gaëtan, à Saint Antoine de Padoue et d'autres, cela serait une
grâce insigne, mais nous n'y avons pas droit!… 
Qu'est-ce qu'il vous dit le grand silencieux, le bon Saint Joseph ? Écoutez-le
bien lui aussi… il vous fera comprendre ce que vous devez faire…
Mais écoutez aussi là-haut sur la montagne, c'est la voix des Anges ,,Bergers,
je vous annonce une grande nouvelle qui sera une grande joie pour tout le
peuple. Dans la cité de David il vous est né le Christ, le Sauveur, – et les
bergers tout naturellement, pensent à un Messie habillé tout en or avec une
armée de serviteurs à son service – et vous le reconnaîtrez à ceci: C'est un
petit enfant enveloppé de langes et couché dans une mangeoire…”.
C'est tellement fort qu'ils n'ont pas réalisé et ils entendent alors dans les airs
cette mélodie, cette harmonie de millions de voix célestes qui
s'enchevêtrent ,,Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre… non
pas à tout le monde, mais aux âmes de bonne volonté!… 
Et au petit jour nos bergers descendent au village prêts à contempler le Messie
et à se mettre à sa disposition.
Puissiez-vous lui dire vous aussi que vous voulez vous mettre à son service!
Ils descendent donc de la montagne, et en passant devant la grotte aux
bestiaux ils s'aperçoivent qu'elle est occupée.
On peut s'imaginer leur conversation:
Tiens, de pauvres gens ont passé la nuit là, avec le froid qu'il fait!… Mais… ils
ont en enfant couché dans la mangeoire… c'est ici alors ? …
Voyons, voyons, t'es pas fou ? le Fils de Dieu ici, tu veux rire!…
Mais pourtant, l'ange a dit qu'on le reconnaîtrait à ce signe… et c'est bien un
petit enfant entouré de langes…
Bôh, bôh, tu radotes voyons, le Très-Haut ne peut pas se trouver dans une
écurie, nous avons dû mal comprendre, cela n'existe pas, dans une écurie!… 
Mais voilà Saint Joseph qui s'approche, un bon sourire sur les lèvres:
Oui, oui, Messieurs, c'est bien ici que ce grand mystère s'est accompli!…
Entrez donc… Ils voient alors la Très Sainte Vierge en contemplation devant
son divin Fils, à genoux, la figure éclairée par la flamme d'une bougie qui leur
fait signe d'avancer en souriant…
Les premiers adorateurs ? Eh oui! ils seront des humbles, des pauvres, des
bergers, des gens simples!…
Voyez-les, enlevant leur béret et s'agenouillant… Ils ne voient pas sa divinité;
ils ne voient que sa Sainte humanité, mais ils l'adorent parce qu'ils croient à la
parole de l'ange…
Vous aussi, tout à l'heure, vous vous agenouillerez devant Lui. Caché sous les
apparences de l'humble hostie, vous ne verrez ni sa divinité ni son humanité,
mais vous croirez, non pas à la parole de l'ange, mais à sa parole à Lui qui a
dit: ,,Ceci est mon corps, ceci est mon sang, si vous mangez ma chair et si
vous buvez mon sang, vous aurez la vie en vous” et, plus heureux que les
bergers, vous, vous pourrez le recevoir dans votre cœur.
S'il nous reste encore du temps nous verrons les actions:
Regarder et considérer ce qu'ils font, comment ils voyagent avec tant de peine
pour que le Seigneur en vienne à naître dans une suprême pauvreté et au
terme de tant de peine, de faim, de soif, de chaleur et de froid, d'injures et
d'affronts, Il en arrive à mourir sur une Croix! Et tout cela pour moi!
Même dès la crèche, toujours cette croix dans le fond: Voilà la contemplation
que nous allons faire.
*****
Nous nous mettons à genoux:
Mettons-nous en présence de Dieu et adorons-le!
,,O mon Dieu, je vous adore. Trinité Sainte, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous
adore dans mon cœur.
Je vous adore ô Jésus, là présent dans le Très Saint Sacrement! Tout à l'heure
je vous recevrai dans mon cœur. Je crois à votre présence, Vous, la deuxième
personne de la Très Sainte Trinité, avec votre Divinité, votre Corps, votre Sang,
votre Âme sous les apparences de la Sainte hostie, je vous adore, ô Jésus de
tout mon cœur”.
Oraison préparatoire: Oui, mon Dieu, je décide de commencer une vie
nouvelle, toute chrétienne, pour vous aimer et vous servir, pour vous imiter ô
Jésus!
Nous allons contempler l'Enfant Jésus qui vient de naître, couché dans la
mangeoire, dans cette grotte à bestiaux de Bethléem.
La composition de lieu: cette grotte de la Nativité.
La grâce à demander: La grâce de connaître Jésus et la grâce de le suivre.
Mon Jésus n'est pas aimé parce que mon Jésus n'est pas connu disait Sainte
Thérèse. Mettez en vous les mêmes sentiments qui sont dans le cœur de
Jésus et je vous laisse à votre contemplation. Faites "Lou Ravi".
Voyez les personnes, écoutez les paroles, regardez-les manœuvrer dans les
divers points pour devenir de véritables disciples.
Après la contemplation, le Colloque final.
Nous allons faire le colloque: adressons-nous d'abord au petit Jésus:
,,O Jésus, Fils de Dieu, anéanti pour nous, quel amour pour moi, vous, le
Créateur du monde, qui avez accepté de vous mettre au-dessous de tout, petit
enfant emmailloté, couché dans une mangeoire comme un petit bohémien. Il
nous dit avec Saint Jérôme: ,,Qui n'aimerait Celui qui nous a tant aimés!…”.
Mais Jésus, après cet exemple, est-ce que je vais continuer à rechercher les
honneurs du monde, les louanges et les admirations des autres ? … Quand je
vous vois pauvre à ce point est-ce que je vais continuer à être l'esclave de
l'argent, des biens de ce monde ? l'esclave des examens, l'esclave de la
place ? l'esclave aussi de ce que les gens vont dire de moi ? O, Jésus, hier je
me suis mis résolument à votre suite et je veux continuer avec votre grâce, je
veux vous imiter…
O Marie, ma bonne mère, qui avez été la plus parfaite imitatrice de votre divin
Fils, qui êtes le miroir de la Sainteté, daignez m'apprendre ces vertus
chrétiennes dont vous avez été le plus parfait exemple, je me consacre à
vous…
O grand Saint Joseph, daignez me conduire à Marie.… apprenez-moi à vivre
cette vie chrétiennement au lieu d'être l'esclave du qu'en dira-t-on, du respect
humain. Avec votre protection et votre aide, je veux vivre en vrai chrétien…
Tous ensemble page 339:
Âme de Jésus-Christ, sanctifiez-moi
Corps de Jésus-Christ, sauvez-moi
Sang de Jésus-Christ, enivrez-moi
Eau du côté de Jésus-Christ, purifiez-moi
Passion de Jésus-Christ, fortifiez-moi
O bon Jésus, exaucez-moi
Dans vos plaies sacrées, cachez-moi
Ne permettez pas que je me sépare de vous
Contre l'esprit du mal, défendez-moi
A l'heure de ma mort, appelez-moi
Et commandez que je vienne à vous
Afin qu'avec vos Saints je vous loue
Dans les siècles des siècles – Amen.
Continuez à lui parler et à l'écouter et, pendant cette messe, offrez-vous à Lui
pour devenir un véritable disciple de Jésus.
*****
HOMÉLIE SUR LA PARABOLE DE L'ENFANT PRODIGUE
Mes chers Amis, nous fêtons aujourd'hui dans notre retraite et en particulier au
cours de cette messe un grand événement capable de marquer toute notre
existence, je dirais même notre éternité! Nous l'appelons d'un nom significatif
que les anciens connaissent bien… la fête de l'Enfant Prodigue!… 
Hier, vous avez médité cette parabole toujours émouvante: Un père avait deux
fils. Le plus jeune – le plus fou aussi – va trouver son père: je veux mon argent,
c'est mon droit!… 
Il prend la part qui lui revient tandis que le père, le cœur serré, le voit partir au
loin… à la ville…
Et là, libre de toute entrave, de toute contrainte, ce fils de famille dissipe son
argent en vivant dans la débauche.
Quand on a de l'argent, les amis ne manquent pas, mais, à ce train, plus
d'argent bientôt!… Et plus d'argent… plus d'amis!… 
Nous avons alors vu le changement, l'envers du décor: le jeune homme, ne
pouvant plus vivre, est obligé de se placer comme esclave dans une ferme
dirigée par un contremaître lui-même esclave, sans cœur, autoritaire, dur!
… Les mercenaires qu'il emploie sont durs aussi et personne ne se prend
d'amitié pour lui.
Pendant toute la journée il est obligé de courir après les troupeaux – non de
bovins ou de brebis – mais de pourceaux, la bête immonde considérée comme
telle par les juifs. On lui donne tout juste sa portion congrue… ses 200
grammes… au point qu'il en envie ce que mangent les bêtes…
Écœuré, il va trouver celui qui est chargé de la nourriture des bêtes: ,,Donne-
moi un peu de farine car je meurs de faim…”.
,,Tu n'y as pas droit!…” et vlan, un coup de baguette sur les doigts…
Quel changement!!!
Là-bas, au château, il était chez son père, le fils chéri de la maison – son père
qui était si bon, même pour les domestiques, même pour les étrangers – et la
figure de son père revient continuellement à sa pensée…
Si j'y retournais ? … Je pourrais demander à mon père qu'il m'embauche
comme le dernier de ses domestiques ? … Mais non! après la conduite odieuse
que j'ai eue envers lui je n'ai plus le droit de paraître devant mon père!…
Mais la pensée de cet homme si plein de cœur le poursuit sans cesse en un
jour il se dit: ,,Je me lèverai et j'irai… je lui dirai: Mon père, j'ai péché contre le
Ciel et contre vous, je ne suis plus digne d'être appelé votre fils… traitez-moi
donc comme l'un de vos serviteurs…
Oui, il se lève et il part mais cette fois tout dépenaillé, amaigri, hâve, hirsute… il
fait peur!… dès qu'il s'approche d'une ferme on lui envoie les chiens…
Ah! comment mon père va-t-il me recevoir ?
Après avoir marché longtemps, il retrouve enfin le paysage de son enfance…
tout là-bas la toiture du château, les bosquets si connus de lui… alors son cœur
se met à battre plus fort… oui, mon père comment va-t-il me recevoir ?
Son père, on le devine, venait tous les jours sur le seuil de la porte, regardant
d'instinct cette route au loin jusqu'au dernier détour pour voir s'il ne verrait pas
revenir son fils! et dès qu'il l'aperçut son cœur ne se trompa point. C'est lui!
c'est lui qui revient!!… Il l'a reconnu tout de suite et c'est en courant qu'il part
sur la route au devant de lui…
Là, le jeune homme tombe à genoux au milieu du chemin, mais dès qu'il
commence la prière qu'il avait préparée: ,,Mon père, j'ai péché contre le Ciel et
contre vous”, son père ne le laisse pas achever; il le relève, le presse sur son
cœur en s'écriant: ,,j'avais perdu mon fils et je l'ai retrouvé”.
Et nous disions, avec les Pères de l'Église, que ce Père c'est Dieu, et ce
prodigue c'est nous tous qui, plus ou moins, avons été des fils prodigues… Par
l'intercession du Cœur Immaculé de Marie nous sommes venus à cette retraite,
c'est Elle qui nous y a conduits – la retraite est une grâce disait le Père Vallet
– nous y avons vu notre misère; nous y avons un peu compris le péché et le
cœur brisé de douleur nous avons entrevu nos responsabilités, décidés
désormais à ne plus jamais nous séparer de Dieu, et, comme l'enfant prodigue,
nous sommes tombés aux pieds du ministre de Notre-Seigneur Jésus-Christ
pour dire comme lui ,,Mon Père j'ai péché…” et à peine avions-nous dit cela
que toutes nos fautes ont été pardonnées au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit!
Mais la parabole ne s'arrête pas là: ce père ne veut pas que l'on voit son fils
dans cet état… il court au château, prends une robe neuve de Fils de Maître,
l'anneau d'or, de belles sandales, une ceinture neuve et il revient, peigne son
fils, lui met ces vêtements neufs et ce n'est qu'alors qu'il entre avec lui au
château. Là il appelle tous ses domestiques et leur dit: Ce soir grande fête ici…
vous, allez tuer le veau gras… vous, allez quérir les musiciens… vous, tirez le
bon vin… vous, ornez la salle du banquet… ce soir grande fête!!!
Grande fête!… et pourquoi Monsieur ?
Pourquoi ? Parce que j'avais perdu mon fils que voilà et je l'ai retrouvé!
C'est ainsi, ajouta Jésus, qu'il y aura plus de joie dans le Ciel pour un pécheur
qui fait pénitence que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de faire pénitence!
Oui, mes chers amis, il y a grande joie aujourd'hui au Ciel, grande joie dans le
cœur immaculé de notre bonne Mère, grande joie au cœur de Saint Joseph
dont nous commençons
((fin page 200))

((page 201))
aujourd'hui la neuvaine de sa fête, grande joie aux cœurs de nos saints
Patrons de baptême, de tous les saints anges; de celui de notre Ange gardien.
Grande joie aussi aux cœurs de ces parents, de ces amis qui étaient là au
matin de notre première communion, heureux de voir la pureté de nos yeux et
notre bonheur ce jour-là et qui, les uns après les autres, sont partis: un père…
une mère… une grand-maman, un parrain, un prêtre qui nous a formé dans
notre enfance… ils priaient pour nous dans le Ciel, peut-être inquiets de la
tournure que prenait notre vie!…
Mais aujourd'hui les voici autour de vous comme au matin d'une nouvelle
première communion! les voilà de nouveau pleins de joie en voyant le désir que
nous avons de suivre Jésus jusqu'au bout!…
Mais peut-être le démon est-il venu déjà vous tracasser ? Oui… tu as essayé
tant de fois!… tu sais bien que tu n'y arriveras pas, c'est inutile… je t'aurai
toujours… etc…
Mes chers amis, le démon est un menteur! c'est Jésus qui le dit dans
l'Évangile, oui, menteur, père du mensonge, homicide depuis le
commencement!…
Rassurez-vous, ne croyez pas qu'il puisse être le plus fort… Jésus ne vous a
pas tendu piège, Lui qui a peiné toute sa vie et versé son sang pour nous
sauver!… La vie chrétienne est facile… il suffit de prendre le chemin qui permet
de la suivre: c'est comme pour monter sur une montagne! Si vous ne voulez
pas prendre le sentier qui mène à son sommet jamais vous n'arriverez là-haut,
vous tomberez dans les précipices, jamais vous n'atteindrez la cime!… Mais si,
au contraire, vous avez bien soin de suivre le sentier qui monte, cela sollicitera
vos efforts, bien sûr, la fatigue se fera sentir, mais après ? … Après il y a un
grand bien-être; on est récompensé de son effort par la vue qui s'étend,
s'élargit et enfin on arrive là-haut avec la joie de l'obstacle vaincu!… Il suffisait
de prendre le chemin… eh bien, de même, pour vivre en bon chrétien, c'est
facile: il faut en prendre le chemin, c'est-à-dire en prendre les moyens.
Dieu est fidèle, nous dit Saint Paul et il le répète souvent que Dieu est fidèle: Il
ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces. Dans la
tentation Il vous donnera les secours nécessaires pour en sortir avec succès…
Oui, le démon essaiera de vous avoir mais il sera impuissant si de votre côté
vous demeurez fidèles à Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu'alors c'est Lui
qui vous aidera à vaincre tous les assauts du Malin!… Si vous fuyez les
occasions de péché – bien sûr ,,celui qui aime le péril y périra” nous dit la
Sainte Écriture – mais si vous fuyez les occasions de péché, si vous priez…
Ah! mes chers amis, la prière!… Croyez à la prière: N'oubliez pas ce mot de
Saint Alphonse de Liguori que je voudrais vous voir graver dans le cœur de vos
enfants: ,,Celui qui prie se sauve, celui qui ne prie pas se damne!…”. Si vous
priez, si vous recevez les sacrements: sacrement de pénitence où l'âme est
guérie de ses blessures… où l'âme reçoit une force spéciale pour la lutte contre
les tentations; si vous recevez le Sacrement de la Très Sainte Eucharistie,
sacrement que la Sainte Église appelle le "Très Saint Sacrement" où le Corps
du Christ, en s'incorporant en nous nous incorpore en Lui afin de nous
communiquer sa force alors, mes chefs Messieurs, les attaques du démon
resteront vaines et vous ne risquerez rien, car Jésus nous a donné sa
parole: ,,Si vous mangez ma chair, si vous buvez mon sang, vous aurez la vie
en vous”.
Ne craignez pas, Jésus tient parole!…
Combien de fois, à des jeunes gens qui me disaient ,,Mon père, je n'arrive pas
à vaincre un vice invétéré”, je leur disais: Mais d'abord, êtes-vous décidés à en
prendre les moyens ?
Oui mon Père.
Eh bien, allez communier tous les jours… et j'ai vu ces jeunes gens tous les
matins venir en coup de vent à la messe de 7 h le matin qui, en costume de
travail, qui, avec sa serviette d'étudiant, venir à la Sainte Table prendre le pain
qui donne la force: à l'époque, il n'y avait pas tous les privilèges que la Sainte
Église a octroyés pour faciliter la Sainte Communion. A l'époque on observait le
jeûne le plus absolu: on ne pouvait même pas boire une goutte d'eau depuis
minuit; mais maintenant c'est très simplifié – je le dis pour ceux qui pourraient
ne pas le savoir – il suffit d'une heure de jeûne, c'est donc très facile… mais à
l'époque il n'en était pas ainsi et je sais que souvent ces jeunes gens, pour
tromper les craintes sans doute exagérées d'une maman, jetaient furtivement
leur café au lait dans l'évier et partaient au travail ou au lycée avec un morceau
de pain sec dans la poche, mais ce que je sais aussi c'est que tous, bientôt,
arrivèrent à vaincre le vice dont ils étaient l'esclave!… 
O Sacrum Convivium in quo Christus sumitur – ô banquet sacré, nous fait
chanter la Sainte Église, ô Sacrement dans lequel c'est le Corps du Christ Lui-
même qui est reçu!!!
,,Mens impletur gratia et futuræ gloriæ nobis pignus datur - notre âme y est
remplie de grâce et nous y recevons non seulement la promesse mais un
gage!” le gage que nous tiendrons toujours éternellement ce salut éternel pour
lequel nous avons été créés et placés ici-bas.
Et cela avec le secours de notre bonne Mère. Saint Bernard s'écrie: ,,On n'a
jamais entendu dire que quelqu'un qui a eu recours à sa protection ait été
abandonné… Si tu la tiens par la main écrit-il encore, tu ne tomberas pas… si
Elle te protège tu n'as rien à craindre… RATIO SPEI MEAE MARIE ! – toute ma
raison d'espérer c'est Marie” s'écriait-il!
Si vous partiez d'ici, mes chers amis, avec une vraie dévotion à la Très Sainte
Vierge, si vous êtes fidèles à votre chapelet quotidien en contemplant les
mystères du Rosaire, ne craignez point mes chers Messieurs, l'Enfer ne pourra
rien contre vous!
Oui, avec Elle et les sacrements de pénitence et d'Eucharistie il est très facile
de persévérer! Voilà la résolution que vous devez prendre aujourd'hui.
Vous allez vous approcher maintenant de la Sainte Table et recevoir, par un
privilège spécial accordé aux Retraites, la Communion sous les deux espèces,
recevoir le Corps et le Sang du Christ, ce qui vous transformera en Lui, vous
donnera toute sa force et comme au matin de votre première communion,
promettez-Lui de rester fidèle et Jésus vous aidera et vous gardera. Amen!
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit – Amen.
*****
LES TRIBULATIONS DE LA SAINTE FAMILLE
Dans les retraites de 8 jours, à fortiori de 30, on a davantage le temps de
développer en deuxième semaine la vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-
Christ. Dans nos pauvres 5 jours ici nous sommes bien contraints de passer
assez rapidement et c'est bien dommage!, mais on ne peut faire autrement…
Mais pour vous résumer néanmoins l'essentiel, nous faisons une sorte de
synthèse que nous appelons "les Épreuves" ou si vous voulez "les Tribulations
de la Sainte Famille".
Nous essayerons donc de faire revivre ces épreuves en plusieurs tableaux
successifs, tableaux qui vous donneront une idée de ce qu'on appelle
"l'évangile de l'Enfance".
Veuillez prendre votre livre à la page 378.
PREMIER PRÉAMBULE: l'Histoire
Nous verrons dans l'ordre:
- la visitation de Notre-Dame à Sa vieille cousine Élisabeth.
- les doutes de Joseph.
- la grotte de la Nativité (déjà vue dans votre contemplation de ce matin).
- l'adoration des Mages.
- la fuite et le séjour en Égypte.
- le retour à Nazareth.
- la perte et le recouvrement de Jésus au Temple.
DEUXIÈME PRÉAMBULE: la composition de lieu.
Elle variera évidemment et sera fournie au fur et à mesure par les situations
que vous aurez à contempler, puisqu'il s'agira d'une sorte de documentaire: Le
Pape PAUL VI, il y a 3 ans, a fait ce merveilleux voyage en Orient sur la terre
même où Notre-Seigneur a évolué et cela a donné lieu à d'admirables prises
de vues sur les bords du Jourdain, à Nazareth, à Bethléem, à Jérusalem; nous
pourrions y penser et revoir, par l'imagination, ce chemin de Nazareth à
Bethléem et la Palestine – chemin muletier évidemment car il n'y avait pas de
routes goudronnées en ce temps-là! Nous verrons de même cette grotte de la
Nativité qui était alors une écurie municipale, etc…
TROISIÈME PRÉAMBULE: la grâce à demander.
Ce sera la même et sous la même forme que dans la contemplation
précédente: nous demanderons cette connaissance intime de Notre-Seigneur
qui seule peut nous permettre de l'aimer et de le suivre davantage.
Le Seigneur Lui-même l'a dit: ,,HAEC EST VITA AETERNA UT
COGNOSCANT TE SOLUM VERUM ET QUEM MISISTI JESUM CHRISTUM –
la vie éternelle c'est qu'ils vous connaissent Vous, le seul vrai Dieu, et Celui
que Vous avez envoyé Jésus-Christ (St Jean XVII-3), c'est donc une grande
grâce, et il nous faut absolument l'obtenir pour ne pas ressembler à beaucoup
de nos catholiques: .… oui, le Dimanche par exemple, il est navrant de
constater que bien peu d'hommes communient… c'est un scandale de voir
avec quelle indifférence beaucoup considèrent le Sacrement de l'Eucharistie!…
Ah! le jour de Pâques… oui… et encore!… puis ils ne reviennent pas; c'est pour
cela que le jour du Seigneur ils donnent l'impression de venir à la messe
comme pour acquitter une assurance!… on s'imagine aisément qu'ils pensent
en eux-mêmes: ,,Oui, il est possible qu'après la mort il y ait un rebondissement,
alors, en cas, on s'assure soi-même… oui, on assure la femme, la ferme, l'auto,
le bétail, la moisson même et si, par hasard les faits donnaient un jour raison à
Monsieur le Curé, que l'on soit tranquille sur cette éventualité!…
Notez par surcroît que beaucoup de catholiques la payent au plus bas prix,
cette assurance, mais attention!…
Vous savez aussi bien que moi, Messieurs, que lorsqu'il s'agit de régler un
accident, on s'aperçoit souvent trop tard qu'on a oublié en s'assurant
d'envisager la clause qui justement aurait permis de vous faire indemniser!… 
Alors, voilà, ils observent les commandements de Dieu et de l'Église à leur
façon à eux et, au moment du sinistre, ils s'imaginent pouvoir toucher la forte
somme ?
Ah, non!… tant qu'à payer l'assurance, qu'ils la payent au moins
convenablement! et qu'ils sachent que dans une vie chrétienne il y a tout de
même autre chose que dans un contrat d'assurance! car, au départ, ne
l'oublions pas, c'est plus qu'une question d'intérêt…, c'est une question
d'amour!… 
Vous voyez ainsi que la grâce que vous sollicitez est une grande grâce, celle
qui fait les Saints: connaître à fond Notre-Seigneur, qu'Il ne soit pas pour vous
un personnage historique plus ou moins vague, perdu dans le passé, qui a fait
des commandements assez embêtants, qui a fait des promesses assez
hypothétiques: c'est vraiment idiot que de raisonner ainsi et pourtant, combien
de catholiques le font! oui, c'est idiot car… ou bien Dieu n'est rien, ou IL EST
TOUT!…
Et s'Il est Tout, s'Il est vraiment Notre Père et qu'Il nous a créés pour Lui, nous
devons y répondre d'une façon convenable…
Ne pas agir ainsi c'est manquer de logique; mais pour comprendre cela il faut
d'abord le connaître et ne pas s'occuper seulement dans la vie de "Bla-bla-bla-
bla et de business", tandis que le Catéchisme est oublié, que de l'évangile on
en sait quelques vagues choses et que de la messe – si on y va – on en écoute
le sermon de telle sorte qu'il entre par une oreille et en ressort par l'autre!
Eh non Messieurs! maintenant que c'est lu en français, vous avez pu voir
combien sont riches toutes ces lectures du Carême: elles prennent un relief
extraordinaire et sont aussi belles les unes que les autres… malheureusement
on ne les connaît pas parce qu'il n'y a personne pour les écouter… pour
envoyer les hommes à la messe il faudrait un tracteur pour les y tirer!…
J'exagère peut-être un peu mon pessimisme mais n'est-ce pas l'aspect offert
par beaucoup de nos paroisses ?
Nous allons donc voir ce théâtre vivant en suivant Notre-Seigneur.
Comme aux contemplations précédentes nous regarderons les personnes,
nous les écouterons, nous verrons ce qu'elles font pour mieux nous pénétrer de
leurs réactions et découvrir davantage l'esprit chrétien. Quelques idées pour
cela:
La Sainte Vierge a appris par l'ange Gabriel la grandeur de sa vocation: elle a
été choisie pour être la mère de Dieu. A priori il semble qu'elle aurait pu
savourer elle-même dans le silence la grandeur de cette révélation!… Non! elle
a appris que sa vieille cousine Élisabeth allait devenir mère.
Elle décide alors d'aller l'assister et pour rendre service, nous dit Saint Luc, elle
devra pour cela commencer par traverser la Palestine du Nord au Sud. Elle se
doutait bien qu'elle aurait tout à faire, sa vieille cousine marchant sur ses 72
ans! Élisabeth habitait dans la montagne qui borde la vallée d'Ebron, à Aîn-
Karim; c'est elle qui, normalement pétrissait la farine, coupait le bois, faisait la
lessive mais la pauvre vieille, qui en était à son sixième mois, se demandait
bien comment on pourrait suppléer à son incapacité prochaine et voilà que
Marie, dans sa charité, a pensé à l'assister, et puisqu'il faut une bonne, c'est
elle, Marie, qui en fera l'office!
Elle part donc avec la permission de son époux pour Aîn-Karim, heureuse de
pouvoir servir.
En arrivant elle salue sa cousine la première – c'est dans les détails qu'on
remarque cela – non! elle ne fait pas de manières… La pauvre vieille, avant
même de se retourner, en entendant sa voix dira, éclairée par le Saint-Esprit
pendant que son petit tressaille par miracle dans son sein: ,,D'où me vient ce
bonheur que la Mère de mon Dieu daigne venir à moi ? … car à peine votre
voix a-t-elle frappé mon oreille – (c'est donc que la Vierge Marie a salué la
première en toute humilité) – que l'enfant a tressailli dans mon sein. Heureuse
êtes-vous qui avez cru”.
Qu'est-ce que fait alors la Vierge Marie ?
Toute autre personne aurait peut-être dit:
Hé oui, cousine, c'est moi maintenant qui suis la Reine d'Israël ? … Oh non!…
la Vierge Marie renvoie la gloire à Dieu et elle s'abaisse autant qu'elle peut:
,,Magnificat! mon âme glorifie le Seigneur et le Tout-Puissant a fait en moi de
grandes choses. Il a regardé l'humus (la boue) de son esclave! RESPEXIT
HUMILITATEM”.
Oui, voilà comment on doit faire et c'est ce qu'elle va faire: elle va faire la
servante, la bonne: astiquer la maison, faire la cuisine, faire la vaisselle, faire la
lessive, préparer les langes du petit et la Vierge Marie – remarquez qu'au fond
on ne sait pas ce qu'elle a fait exactement – mais il est plus que vraisemblable
qu'elle l'a fait! ? … Elle est restée si humble et si obscure que lorsque le petit
Jean-Baptiste sera né et que les cousins viendront pour la fête de la
circoncision il ne sera même pas question d'elle au point que cela vient
confirmer qu'en général on ne s'occupe guère de ceux qui font le travail, de
ceux qui font cuire le poulet, moulent les gâteaux et font la vaisselle!
La Sainte Vierge reste si effacée que lorsqu'Élisabeth n'a plus besoin d'elle, elle
quitte Aîn-Karim pour s'en retourner à Nazareth afin de retrouver Joseph…
Mais 4 mois se sont écoulés. Il est visible qu'à son tour la Vierge Marie va être
maman… Pour les gens du village, c'était quelque chose de normal puisqu'ils
étaient mariés, mais ces choses-là alimentent généralement les conversations
car on s'en aperçoit vite et, au lavoir public, on sait faire des pronostics! et puis
les commères, elles ont une façon à elles d'interpeller et de féliciter le présumé
papa: Ah! Monsieur Joseph! ah! très bien, très bien… bientôt nous aurons un
baptême!… Mais Joseph qui, lui, avait tout vu sans comprendre, n'a pas voulu
faire de jugement téméraire!… Mais vous devinez la douleur de cet homme ?
… et Marie qui ne lui disait rien!
Marie, de son côté, voyait bien que Joseph était troublé, mais elle ne pouvait
rien lui en dire, le secret ne lui appartenait pas! Si le Saint-Esprit avait
renseigné Zacharie et Élisabeth, il avait sans doute ses raisons pour ne pas
renseigner Joseph!, vous voyez dans quel déchirement cette situation mettait
Joseph et Marie ? …
Est-ce que le Bon Dieu n'aurait pas pu leur éviter cela ? Pourquoi ne l'a-t-il pas
fait ? Voilà ce qu'il faut que vous découvriez dans votre contemplation… Nous
autres: jamais souffrir, jamais mourir, pas de contrariétés, pas d'histoires… oui,
voyez pourquoi le Bon Dieu a permis cela! S'il y avait au monde deux créatures
qu'Il aimait, c'étaient bien ces deux-là, n'est-il pas vrai ? - Et pourtant, Il a
permis que leurs cœurs soient déchirés!… 
Alors le démon s'acharnait sur Joseph: voyons, tu vois bien, c'est évident, elle
est donc parjure, qu'attends-tu pour la dénoncer ? Tu sais bien que la loi de
Moïse t'oblige à la répudier! En effet, toute femme adultère devait l'être. Cette
répudiation était un véritable cinéma: On réunissait les deux familles, parents,
amis, voisins; les griefs étaient exposés tandis que les deux familles
s'invectivaient à qui mieux mieux, et, à la fin, le mari crachait à la figure de sa
femme, prenait sa sandale et la lui envoyait à la tête avec une bordée d'injures;
la répudiation était ainsi consommée, elle l'était publiquement! Mais il y avait
aussi une autre méthode, moins scandaleuse: Le mari outragé prenait deux
témoins qui dressaient par écrit le "Libellé de répudiation" en présence de
l'intéressée et le tour était joué, mais Joseph ne pouvait songer à cela:
comment aurait-il pu la désigner, la dénoncer comme parjure alors que la
pureté rayonnait d'elle ? Mais vous savez que le démon lorsqu'il ne réussit pas
d'un côté s'acharne de l'autre, le Bon Dieu le permettant d'ailleurs – ,,Parce que
tu as été agréable à Dieu, disait l'archange Raphaël à Tomie, il était nécessaire
que la tentation t'éprouvât” et celle-ci recommença, mais maintenant plus
subtile, sous apparence de bien: en effet Joseph connaissait bien les écritures:
il savait qu'une vierge devait enfanter, et il savait aussi que les temps étaient
révolus. Alors il a pu se poser la question: mais ne serait-ce pas Marie qui par
son vœu unique de virginité a donné prise à cette maternité divine ? Alors,
dans ce cas, on va croire que c'est moi le Père du Messie, alors que je suis
étranger à ce mystère ? …, et le Seigneur, qui a éclairé Zacharie et Élisabeth,
laisse Joseph dans l'obscurité et la détresse et celui-ci, après avoir bien
réfléchi, bien prié, décide de partir…
Voyez la différence avec Adam: Adam notre premier Père, se trouvait devant
un litige semblable, un litige entre les deux amours qu'il devait avoir au cœur:
l'amour de son Dieu et l'amour de sa femme. Vous savez qu'il a fait passer sa
femme la première!
Saint Joseph se trouve devant un litige identique: Il ne s'agit plus maintenant de
la première Eve, mais de la seconde, comme la Sainte Vierge a été appelée
aussi, la deuxième mère des vivants… Il réfléchit et il part. Lui, Joseph, fait tout
le contraire voyez-vous, il ne transige pas avec le devoir!… il faut que je parte,
c'est-à-dire Dieu premier servi!
Mes chers Messieurs, c'est beau de lire cela dans l'Évangile, que Joseph avait
décidé de partir… mais essayez de réaliser cela… on nous dit que lorsque
Bernadette dut quitter Lourdes pour se rendre à Nevers pour sa profession
religieuse, la Sainte Vierge n'y était pourtant plus à Lourdes – eh bien, il a fallu
qu'on l'arrache de son rocher de Massabielle, et nous autres, qui avons eu la
joie d'aller à Lourdes où la Sainte Vierge a laissé comme un parfum de son
passage, nous comprenons cela… alors si Bernadette a tellement souffert de
quitter son rocher, imaginez ce qu'a pu souffrir Saint Joseph! Jamais un homme
n'a jamais une femme comme Joseph a aimé la sienne, jamais… jamais…
jamais… parce qu'un homme n'a eu jamais un pareil trésor à aimer! Voyez…
une beauté physique, morale, spirituelle, intellectuelle! jamais aussi un homme
n'a été aimé par sa femme comme Joseph l'a été par la sienne; jamais sur terre
il n'y a pu avoir un amour conjugal aussi parfait, aussi pur, aussi sublime, aussi
élevé!…
Et il décide de partir… Pour lui, c'est pire que la mort… j'irai travailler, se dit-il, à
l'étranger, sans doute à TYR ou à SIDON, j'irai travailler comme un malheureux
et j'essaierai d'oublier si je peux, j'essaierai d'oublier… Là on voit le chrétien
mes chers Messieurs, qui ne transige pas avec ce que sa conscience et son
devoir lui dictent, et qui se résigne humblement à la faire sans accuser
personne…
Mais la tentation ne dure pas une minute de plus que le temps jugé nécessaire
par le Bon Dieu…
Encore une fois, la Sainte Vierge aurait pu l'éclairer, mais Vierge très prudente
– VIRGO PRUDENTISSIMA – elle ne pouvait se substituer au Saint-Esprit!
Alors que souffrant elle-même elle ne pensait plus le revoir, voilà qu'en ouvrant
ses volets toute triste, elle voit Joseph arriver la figure tout illuminée…
Ah! c'est qu'il doit être au courant… Dans la nuit en effet l'ange lui a dit: ,,Ne
crains pas Joseph de prendre Marie pour épouse, ce qui naîtra d'elle sera
appelé le Fils de Dieu et toi tu lui donneras ton nom, tu l'appelleras Jésus car il
vient pour sauver le peuple”.
Or, Jésus veut dire Sauveur en Araméen, et comme c'était au père à donner le
nom, Joseph serait ainsi considéré comme son père.
La divine Providence, après lui avoir envoyé la croix, lui envoyait la Joie, la joie
d'être le gardien de la Sainte Famille, et vous aussi Messieurs, si vous êtes de
vrais chrétiens, vous aurez des joies, mais vous aurez des croix aussi… ne
vous attendez pas à aller au Ciel sans Croix!… 
Ensuite le temps passe et nous voilà dans la petite bourgade de Nazareth,
dans le silence de l'atelier de Saint Joseph! Saint Bernard, qu'on a appelé avec
juste raison le chantre de Marie, se demande: Mais, bien que leur intimité fût si
belle et si pure, ils menaient quand même une vie conjugale c'est-à-dire qu'ils
mangeaient ensemble, ils devaient deviser dans leurs moments libres, surtout
le travail terminé, mais de quoi pouvaient-ils parler dans leurs conversations ?
Malgré leur discrétion, de quoi pouvaient-ils parler ? Peut-être, en transposant
pour l'époque nos choses d'aujourd'hui, du Tour de France cycliste ? de rugby
ou de régates ? ou peut-être aussi de la machine à laver qui serait nécessaire
pour le petit qui allait arriver ?
Messieurs, il est facile de se douter des conversations de Marie et de Joseph:
Prenez le Magnificat, en le commentant un peu vous aurez l'essentiel des
conversations qu'ils devaient faire!… 
Cependant les mois passent, 9 mois déjà et Saint Joseph, sans nul doute, a dû
demander à la Sainte Vierge ce qu'elle en pensait:…
Qu'est-ce que nous faisons ? Nous partons ? …
C'est qu'en effet l'enfant devait naître à Bethléem, c'était un rude voyage à
envisager car il fallait plusieurs jours pour traverser la Palestine avec les
moyens du temps. Vraisemblablement Saint Joseph a dû ainsi interroger la
Sainte Vierge plus éclairée que lui!…
Écoutez, Joseph, vous êtes le Chef de la famille, si vous commandez, nous
partons aussitôt!…
Non, je ne vous commande pas, je vous demande simplement votre avis ? … 
Puisque vous me demandez mon avis, Joseph, moi il me semble qu'il vaudrait
mieux attendre; le Bon Dieu sait mieux que nous que son Fils doit naître à
Bethléem; attendons parce qu'on pourrait supposer après coup que c'est nous
qui avons fait réaliser les prophéties, que nous leur avons donné un coup de
pouce!… 
Bien, Marie, attendons…
Encore une semaine et il ne restait que quelques jours pour le terme et Joseph,
lui, devait s'accuser d'incapacité devant la décision à prendre… l'enfant va
naître à Nazareth par ma faute!… 
Huit jours avant la nativité, un crieur public arrive sur la place de Nazareth!
… Saint Joseph n'était pas curieux, mais poussé par l'Esprit-Saint, il se rend
sur la place – il n'y avait pas de journaux à l'époque – et il entend alors une
nouvelle stupéfiante: ,,Ordre aux habitants de la Palestine d'aller se faire
recenser dans leur ville d'origine, et de s'y rendre immédiatement et sans délai
sous peine d'amende. N'oubliez pas de porter le prix d'un bœuf, tribut imposé
par César en sa capitale à Rome! Qu'on se le dise !!!…
Les gens sont bouleversés, … dans la ville d'origine!… et immédiatement!
La Sainte Vierge et Saint Joseph sont de Bethléem; ils n'ont plus qu'à se
préparer et à partir… Mais qui en donne l'ordre ? César!…
Remarquez que César satisfait son orgueil: combien ai-je de sujets autour de la
Méditerranée ? dans mon empire romain ? et puis, imposer le prix d'un bœuf
par famille – c'est lourd pour le paysan le prix d'un bœuf – vous voyez là sa
cupidité. Ces deux premières passions que Saint Ignace nous fait rejeter dans
le colloque du Roi Temporel, les deux capitales, vous les avez là, et le
Seigneur se sert des passions de César, orgueilleux et qui a toujours besoin de
sous, il se sert de lui pour que son Fils naisse à Bethléem, comme les
prophéties l'ont indiqué! Voilà, qui en donne l'ordre ? César!… 
Alors, les voilà se préparant et, le lendemain matin, ils sont sur la route malgré
les commérages:
Comment vous déménagez Mr Joseph ? vous partez ?
Eh oui, vous n'avez pas entendu le crieur public ? Je suis de la race de David,
je dois me faire recenser à Bethléem… 
Ah! vous partez à Bethléem, mais vous partez seul, Monsieur Joseph ? Vous
ne pouvez pas partir avec elle quand même, vous ne voyez pas dans quel état
elle est ? il va vous arriver une catastrophe sur la route!… 
Eh non! il faut qu'elle vienne avec moi!…
Et malgré les commères de Nazareth, les voilà partis tous les deux… oui, nous
pourrions sans doute les accompagner un peu sur la route la Sainte Vierge et
Saint Joseph, elle, montée sur un petit âne, c'était la monture des pauvres:
…… dites, Saint Joseph, autorisez-moi à vous accompagner et à vous rendre
quelques petits services ? Comme le dit Saint Ignace, il est bon que vous vous
mêliez un peu avec eux… leur parler, c'est comme cela que la contemplation
est profitable et si, dans votre chambre tout à l'heure, vous pouviez converser
un peu eux, peut-être vous diraient-ils le pourquoi de bien des choses, et
pourquoi le Bon Dieu ne leur a pas évité ces tracasseries et ces peines!… 
Et nous nous apercevrions aussi que ce qui est arrivé au soir de la Noël à
Bethléem, repoussés de partout et par tous, est arrivé à chaque gîte d'étape! Ils
sont pauvres, cela se voit à leur extérieur, et pour les pauvres, tout est
problème, même à notre époque! les gens riches, eux, n'ont pas de problèmes!
… Vous avez quelquefois, dans les villes d'eau ou de tourisme, des hôtels soi-
disant archi-pleins, 3 étoiles, 4 étoiles… Vous y avez des concierges qui sont
habillés comme des amiraux anglais… lorsqu'ils voient s'arrêter près de la
porte une 2 chevaux, ils ont un de ces regards!… mais si c'est une Cadillac
toute rutilante, là on se précipite, et à ces clients-là, même s'il n'y a pas de
place, on leur en trouve une dans l'hôtel! oui, tout est problème pour les
pauvres… combien de refus ils ont dû essuyer!
Enfin, après une semaine de marche, ils aboutissent enfin à Bethléem et ils
arrivent en haut d'une rue, c'est là qu'habite la tante Sarah.
Nous pouvons imaginer leur conversation:
Où descendrons-nous Joseph ? …
Je pense Marie, que nous pourrions voir chez la Tante Sarah, c'est dans cette
rue et je sais qu'elle a de la place… Ils étaient vite d'accord Joseph et Marie,
leurs disputes n'étaient pas longues… Nous y voilà, nous sonnons à la grande
cloche près du portail, et la tante ouvre… Regardez: d'un côté un poulet à
moitié vidé et plumé, de l'autre une bouteille d'huile d'olive:
Ah! bonjour Joseph, bonjour petite Marie, oh! vous venez pour le
recensement ? … Mais pourquoi ne pas nous avoir prévenus ! figurez-vous que
nous avons en ce moment nos cousins d'Alexandrie, vous savez, les grands
armateurs ? et ils en ont, eux!… ils ont pris presque toute la place, j'ai même dû
donner ma chambre… que je regrette!… mais écoutez, on pourrait arranger
ça… Si vous alliez voir la cousine Rebecca, à la rue droite, sûrement qu'elle
pourra vous loger… bonsoir Joseph, bonsoir petite Marie… Venez nous dire
bonjour avant de partir!
Et, après avoir trouvé le lieu où perchait la cousine Rebecca qui vit avec le
cousin Zabulon:
Quelle surprise! Bonsoir Joseph, bonsoir petite Marie, ah! vous cherchez de
quoi loger, ce n'est pas facile vous savez, tout est pris et nous avons nos
parents de Damas, ils sont venus… avec des dromadaires!… des
dromadaires !!… des étoffes… et de l'or… de l'or!… Nous regrettons beaucoup,
à l'impossible nul n'est tenu! Et allez!… Et puis, une fois la porte refermée: dis,
tu l'as vue la petite Marie, dans quel état elle est, elle attend un bébé,, si ça lui
arrivait ici, avec les gens que nous avons!… Quand même!… Qu'ils se
débrouillent après tout…
Alors que faire, la nuit tombe, ils pensent qu'au caravansérail ils pourront enfin
trouver un petit coin et s'asseoir au moins car ils sont morts de fatigue… Et
dans ce hangar, avec leur petite lanterne, ils cherchent à tâtons car c'est plein
partout et là aussi ils se font rabrouer:
Hé, ferme donc la porte… fiche-nous la paix, il n'y a plus de place… laisse-
nous tranquilles…, si tu continues, c'est nous qui allons te sortir!… 
Ah! mon Dieu, mais où aller ? La nuit est complètement tombée, il fait froid,
c'est l'hiver, et Saint Joseph se rappelle tout d'un coup que là-bas, au flanc de
la colline, à 500 m. environ, il y a une falaise crayeuse avec une grotte qui sert
aux animaux quand il pleut; c'est assez vaste d'ailleurs, mais une grotte qui est
une écurie et qui appartient à tout le monde… peut-être que là… et il dit à
Marie: ,,Il nous faut bien nous mettre quelque part” et il s'excuse de ne pouvoir
lui proposer que cette misère, si indigne d'elle… Mais la Sainte Vierge le
rassure, heureusement la grotte est vide, et Joseph est vaillant, ingénieux, il fait
un balai avec des genêts, il nettoie une partie de la grotte, celle où ils vont
essayer de se reposer, il tâche de fermer les courants d'air, avise la mangeoire
aux agneaux, tiens, ça va faire un berceau cela, 4 morceaux de ficelle, un peu
de paille et un linge par-dessus, et, à minuit, le Verbe de Dieu, qui avait rêvé de
cela de toute éternité, naît là, dans cette grotte, dans cette nudité, dans cette
pauvreté!… dans cette misère!…
Est-ce que le Bon Dieu n'aurait pas pu éviter cela ?
Oui, Il aurait pu le faire, il s'Il ne l'a pas fait, c'est qu'Il voulait que nous en tirions
une grande leçon!… Nous autres, nous n'aurions pas fait comme cela; nous
aurions voulu le grand confort, la sécurité de la clinique… Je vous ai déjà dit
que nous ne serions pas d'accord avec lui! Nous autres, c'est le Paradis sur
terre que nous cherchons, mais le Paradis, mes chers amis, il s'est terminé
avec le Péché; et si nous le voulons dorénavant, le vrai, celui du Ciel, l'éternel,
il faudra le mériter, le gagner à la force du poignet pourrait-on dire, et comment
cela ? Eh bien, en faisant comme Notre-Seigneur!
Voilà la grande leçon qu'Il nous a donnée et à laquelle nous ne voulons pas
croire! Nous pensons toujours que le rêve c'est d'être heureux ici-bas, et si j'en
suis sûr, on installait place de la Concorde un bureau où il suffirait de se faire
inscrire pour vivre ici éternellement, il y en aurait des volontaires!… alors que le
Paradis il est là-haut, au bout de nos épreuves et de nos croix!…
La Sainte Vierge a pris l'enfant dans ses bras et l'adore éperdument avec Saint
Joseph! Larmes de Joie. Isaïe le prophète nous dit que l'âne et le bœuf ont
reconnu leur maître… oui, une scène grandiose, touchante, que l'on devrait
garder dans nos maisons: ces crèches où avec la Ste Famille l'âne et le bœuf
et les petits santons provençaux, on sait si bien représenter la simplicité et la
pauvreté de la naissance du Sauveur; maintenant on vous fait des crèches
avec des usines, des laboratoires… c'est idiot, permettez-moi cet avis; un jeune
ingénieur me dit un jour: je sors de mon usine, j'en ai par-dessus la tête; je vais
à l'église pour prier un peu et qu'est-ce que j'y vois: encore une usine dans la
crèche qu'on a dressée, c'est idiot… L'histoire de Jésus-Christ elle est belle
dans sa simplicité, c'est là qu'on retrouve ce qu'elle a de plus sublime, je ne
suis pas venu à l'église pour retrouver mon usine quand même!! Et Saint
Bernard se demande s'il n'y aurait pas eu une erreur dans le cantonnement ?
Eh non! Le Seigneur, de toute Éternité, a rêvé de sa crèche pour montrer aux
hommes la valeur de la pauvreté, sachant que les hommes n'arriveraient pas à
comprendre autrement, cependant il eût vite des adorateurs! Et Saint Bernard
de se poser encore la question: Et si j'avais eu, moi, à me choisir des
adorateurs, qui aurais-je averti ? Sans doute les bourgeois de Jérusalem –
Jérusalem était à 8 km – les prêtres d'abord, vraisemblablement! Ils le seront
d'ailleurs quelques jours plus tard par une caravane extraordinaire, mais ils ne
se dérangeront pas, les prêtres, et nous savons pourquoi… Hérode le Grand,
Hérode était en train de dépenser des millions pour la restauration du temple,
et les prêtres ont pensé que ce n'était pas le moment de déranger un roi si
bénéfique pour eux pour un si petit roi qui arrivait là, dans une écurie!… Ils ne
se dérangeront pas; ils attendront, pour faire plaisir à Hérode, qu'il veuille bien
se déranger lui-même au retour des mages… mais comme les mages ne
repasseront pas par Jérusalem, tous ces gens-là, ces prêtres en particulier,
auront raté l'occasion de leur vie. comme je vous le faisais ressortir dans la
méditation de l'Appel du Roi!
Alors, qui avertir, les bourgeois ? … Ils sont en train de compter leurs sous,
vous pensez bien, pas sur les bénéfices du Tour de France, non, mais sur ceux
que le recensement leur fait ramasser; c'est pareil, le recensement, ça fait
remuer les sous… vous savez combien cela se loue une chambre au cours de
la saison ? … Moi, j'en ai des chambres, m'sieur, m'sieur… j'ai une chambre
pour vous… et il y a 3 mois de saison, ça vaut la peine! Oui, cela fait travailler
et on compte les sous, comment voulez-vous qu'on ait le temps de rendre
visite… eux aussi ils manqueront l'occasion…, rien ne change, et de nos jours
c'est pareil!…, car Jésus est là qui attend dans son tabernacle les bonnes
volontés… Qui songe à lui rendre visite ? … Ne soyons donc pas de ceux qui
ratent les multiples occasions de rendre hommage à Notre-Seigneur et de
l'adorer…
Mais qui donc avertir alors ? … eh bien, les Bergers qui travaillent dans les
alpages, tout là-haut dans la montagne, voilà ceux qui sont avertis par un ange:
,,Vous trouverez un enfant couché dans une mangeoire enveloppé de langes,
c'est une grande nouvelle! allez l'adorer!…”.
Et les bergers au petit jour, descendent et trouvent comme l'ange le leur a dit le
petit Jésus couché dans la mangeoire de la grotte. Ils l'adorent dans sa
pauvreté…, eux aussi sont pauvres, mais ils ont du cœur, ils ont porté quelques
provisions: du lait, du fromage, un petit réchaud; oui, ils ont apporté leurs
pauvres richesses dans leur humilité!… 
Remarquez qu'ils sont bien payés de leur geste: cet enfant est un enfant, mais
pas comme les autres: ils sont bouleversés rien qu'à regarder le regard déjà
profond de ce petit enfant, rien qu'à voir le sourire si doux de cette jeune
maman si belle, à recevoir la poignée de main de cet homme qui est là aussi, si
bon, … ah! ils sont bien payés les bergers de leur générosité… Au matin, ils
vont annoncer la nouvelle au village qui n'est pas très loin, mais on ne les croit
pas, on se moque d'eux…
Hé, … tu as entendu les bergers ? … dis Rebecca, tu ne sais pas ? le petit de
la Marie, il paraît que c'est le fils de Dieu!… Ah! ces bergers…, ils en ont de
bonnes… ils sont toujours dans leurs alpages là-haut avec leurs bestioles… ils
regardent les étoiles… ils font des poésies… pauvres bergers!… alors qu'il y a
tant de sous à gagner dans la vallée… Ils vendent leur fromage au prix d'avant
guerre!… Ils ne comprennent rien à la vie ces gens-là!…
Non, on ne croit pas les bergers, ce sont des pauvres!…
Cependant, un rebondissement formidable se fait dans l'histoire du petit cousin:
Plusieurs semaines après, une caravane extraordinaire de richesses arrive de
l'Orient en suivant une étoile pour le voir… Ah, quel esclandre de famille à
Bethléem! :
,,Mais alors, c'est vrai ce que les bergers ont dit, ce sont des gens qui viennent
de très loin avec des dromadaires!… et ils ont des sous ceux-là; ils ont même
de l'or dans leurs chapeaux et leurs cravates, ils paient rubis sur l'ongle!…
Rebecca… si nous avions reçu la Marie l'autre jour, ils seraient venus chez
nous voir le petit Jésus… on aurait pu mettre sur la devanture: "A l'hôtel des 3
Mages" … Catastrophe!…”.
C'est à cause de toi Zabulon, imbécile!…
C'est ta faute, idiote… il paraît aussi qu'un des rois a apporté une cassette d'or,
de l'or… et voilà, comme on sait que nous sommes parents, on nous fait des
visites maintenant: Vous savez, Joseph et nous, on est un peu parents!… On
se rappelle, alors qu'on est "parent"!… Lorsque Bernadette habitait avec ses
parents dans ce four à Lourdes, on ne les connaissait pas, mais maintenant,
lorsqu'on peut mettre sur l'hôtel "Petit neveu des Soubirous" … Hou… Hou…
c'est une affaire! – même les Juifs le font!
Les mages sont restés quelques jours là à adorer et ils sont repartis laissant
leurs présents, très humbles, très simples, mais très enrichis spirituellement
aussi. Avertis par un ange, au lieu de revenir à Hérode qui voulait les voir pour
faire ses dévotions lui aussi – on sait bien celles qu'il voulait faire! – ils ont pris
pour le retour un autre chemin; Joseph, qui les a vus arriver avec une grande
joie, les voit partir avec satisfaction, pourquoi ? parce que Joseph et Marie sont
des silencieux qui vivent dans la méditation; dans le bruit il est difficile, si non
impossible de méditer; c'est aussi une fatigue supplémentaire que toutes ces
visites du matin au soir dont beaucoup ne sont motivées que par la vaine
curiosité, surtout pour la Sainte Vierge évidemment!… Je m'imagine donc – car
l'évangile nous laisse deviner beaucoup de choses – j'imagine aisément Saint
Joseph disant à la Sainte Vierge:
Ah, puisque ces messieurs sont partis, vous êtes fatiguée, demain, grasse
matinée, n'est-ce pas ? – on ne monte pas le réveil – demain on ne se lève pas
avant 7 heures; le petit lui aussi paraît fatigué; il commence à faire ses dents, il
faut nous reposer!… Bien!
Et vous savez ce qui est arrivé au milieu de la nuit: Un ange apparaît et l'ange
ne fait pas de prières lui… Il indique des impératifs qui se succèdent: ,,Joseph,
Fils de David, lève-toi, prends l'enfant et sa mère… fuis en Égypte… tu y
demeureras tant que je ne te dirai pas de retourner, Hérode veut tuer
l'enfant…”.
Tout autre que Joseph aurait semble-t-il fait quelques remarques à l'ange:
Mais, Monseigneur l'ange, vous auriez pu y penser avant!… Nous serions
partis avec les dromadaires, ils auraient été si heureux, les Mages, de nous
emmener avec eux!… Et puis, en pleine nuit, comme ça, nous ne connaissons
pas même la route!…
Saint Joseph n'a fait aucune remarque – je vous ai déjà dit que nous nous
n'aurions pas fait comme ça – Saint Joseph sait que Dieu peut avoir des
raisons qui nous échappent!… Le Bon Dieu est un grand artiste! Il a besoin
comme instruments des gens qui n'aient pas leurs idées à eux… Il a besoin
d'instruments dociles… Et avec Joseph, Il avait bien choisi; car Joseph n'a pas
d'idées à lui: il obéit, tout simplement; voyez pourtant ce qu'il y avait de terrible,
là, de partir ainsi, en pleine nuit et en plein désert!…
Il réveille la Sainte Vierge, avec un grand respect…
Mes chers Messieurs, essayez de mesurer la sainteté de Joseph… Saint
Joseph a vécu des années dans l'intimité de la Sainte Vierge Marie et de
l'enfant Jésus qui grandissait… eh bien, Saint Joseph n'a jamais dit une parole,
n'a jamais eu une inflexion de voix n'a jamais eu un geste qui aient pu choquer
la Sainte Vierge! C'est pourtant facile et fréquent à la maison de se dire des
bêtises comme ça!… eh bien Saint Joseph n'a jamais dit une parole qui soit
déplacée car l'Enfant Jésus surtout ne l'aurait pas toléré. Oui, essayez de
mesurer la sainteté de cet homme bien que l'Évangile ne rapporte d'eux
aucune parole!…
Il réveille la Sainte Vierge avec une grande délicatesse et une demi-heure
après ils étaient sur la route – ce n'était pas un déménagement comme on en
voit maintenant: j'imagine la Sainte Vierge enveloppant son trésor dans une
couverture, un baluchon de quelques langes, quelques provisions, le petit âne
qui suit aussi et allez!… de telle sorte qu'au petit jour, ils avaient passé les
confins de la Palestine… et, derrière eux, vous savez ce qui se passe: un
véritable carnage… Les Saints Innocents!
Ils ont vraisemblablement dû prendre la route la plus longue celle qui longe la
Méditerranée, elle est un peu moins sauvage…
Ah, mais ce qu'ils ont dû souffrir… Après 2'000 ans on retrouve encore leurs
traces à Makérée, dans le delta du Nil et surtout à Héliopolis, Memphis… il y
avait là les colonies juives et l'on sait, d'après les traditions, que Joseph a dû se
placer comme manœuvre ou comme docker. Mais il y a 2'000 ans, il n'y avait ni
syndicats, ni bureau de bienfaisance, pas plus que la journée de 8 heures, et
Saint Joseph, pour faire vivre sa famille a dû s'atteler aux seules possibilités du
moment: en Égypte le travail était surtout sur les quais du Nil. On y déchargeait
les chalands qui arrivaient de la Haute Égypte, chargés de blé, on transbordait
ces sacs de 80 kgs dans les galères romaines qui emportaient la marchandise
en Sicile, en Italie, en Afrique, en Espagne, etc… Ce travail était fait par des
esclaves, 14 heures par jour; ils portaient ces balles sous un soleil de plomb…
Et on les faisait marcher à la cravache!… Même actuellement, chez les Arabes,
on a conservé cette habitude, alors, dites, qu'est-ce que cela devait être à
l'époque ? Alors, le pauvre Joseph, pas habitué, qu'est-ce qu'il a dû prendre
pour gagner la vie à sa famille ? On peut se l'imaginer aisément le soir, peu
payé et fatigué, achetant quelques oignons et un peu de pain qu'il portait à la
Sainte Vierge!… Celle-ci se rendait bien compte qu'elle mangeait la sueur de
son époux, mais il fallait bien qu'elle se nourrisse pour avoir un peu de lait à
donner à l'enfant Jésus!…
Ils ont dû vivre incognito pour ne pas donner prise aux investigations possibles
d'Hérode et, si nous les accompagnions, nous aurions pu voir une jeune
femme, très modeste mais très belle, qui, pour augmenter un revenu
insuffisant, s'astreignait à faire de grosses lessives, le petit attaché dans le dos,
comme on le faisait à cette époque!… oui, imaginons aussi le petit Jésus sans
défense, les moches et les moustiques autour des yeux!
Est-ce que le Bon Dieu n'aurait pu leur éviter cela ? Si, Il l'aurait pu… et
pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Voilà ce qu'il faut que nous découvrions…
On peut penser que cette situation dut enfin s'améliorer grâce à leur vaillance à
tous les deux et que Joseph put enfin s'installer pour travailler de son métier de
charpentier. Le petit grandissait et courait auprès de sa maman,
l'accompagnant dans ses courses pour acheter les légumes, ne dépensant pas
un sou de plus qu'il ne fallait… Nous pourrions les voir aussi dans leur
maisonnette très pauvre mais très propre aussi; nous pourrions contempler
l'enfant Jésus grandissant commençant à faire de petites commissions, portant
chez les clients de son père quelques factures et se faisant souvent rabrouer…
Si vous voulez, dans l'intimité de leur vie de famille, nous pourrions voir Jésus
grimpé sur les genoux de Saint Joseph lui taquinant la barbe: vous savez que
les petits aiment faire ça pour faire rire leurs parents!… Ils étaient pauvres,
mais ils avaient la joie! Les Saints, eux, demandaient à rentrer dans cette
intimité: ils y restaient le plus longtemps possible et, en sortant, Saint François
d'Assise, comme Saint Bonaventure, comme Saint Dominique, comme Saint
Ignace et combien d'autres chantaient la joie parfaite, cette joie que les
hommes cherchent inutilement avec tant de machines… les saints, eux, la
trouvaient dans la contemplation des mystères de la Sainte Famille!
Tandis que le petit Jésus grandissait, l'ange revient: ,,Saint Joseph, tu peux
revenir maintenant…”. On pense généralement que la Sainte Famille put
rentrer au pays avec une caravane; Joseph croyait sans doute s'arrêter à
Bethléem pour revoir sa famille, mais, au passage de la frontière, imaginons-le
interrogeant les fonctionnaires, inquiet qu'il était sur Hérode:
Comment, vous ne savez pas ? Hérode est mort, c'est son fils Archelaüs qui lui
a succédé!…
Ah, et ce prince est sans doute un bon roi ? …
Oh, que dites-vous ? Son père était un bandit, mais lui, il l'est encore dix fois
plus!… 
Alors Joseph changea son fusil d'épaule, et au lieu d'aller à Bethléem comme il
l'aurait désiré, pour la sécurité du petit, il préféra emprunter la grande route qui
longe la mer… et ce n'est qu'après plusieurs étapes qu'enfin ils arrivèrent en
vue de Nazareth où Joseph pensait bien se remettre vite au travail…
Mais qu'avez-vous Joseph ! ? …
J'essaie de reconnaître notre maison, mais je ne la distingue plus…
Ce n'était pas étonnant… à leur départ Joseph avait laissé les clés aux cousins
et vous savez ce qui peut arriver: … en l'absence du propriétaire, on a vite fait
de prendre ce dont on a besoin, qui une casserole, qui un matelas, qui une
chaise… et puis le vent soufflait en tempête parfois, les tuiles emportées si on
ne les remplace pas c'est un désastre car l'eau de pluie pénètre… et comme ce
n'était que la maison du cousin, on ne s'en inquiétait guère, tout au contraire, la
maison était devenue le ramassis des poubelles des alentours… Tout juste si,
en rentrant prendre les clés, Joseph ne reçut pas le reproche d'être revenu!…
Enfin, Joseph est vaillant, il se remettra à l'ouvrage pour mettre son foyer à
l'abri et pourvoir à sa subsistance…
Et c'est là, à Nazareth, que va commencer le mystère de la vie cachée de
Notre-Seigneur. Certains enfants ont eu un destin prodigieux: le petit Mozart, à
7 ans avait déjà composé une sonate; Blaise Pascal, à 12 ans, avait fait une
invention retentissante; à 15 ans, Louis XIV prenait en mains la direction du
royaume de France; à 18 ans, Jeanne d'Arc délivrait Orléans; à 25 ans,
Bonaparte avait fondé un royaume, Alexandre lui, un empire! Pourquoi le Fils
de Dieu, qui avait tant de choses à gagner, tant de batailles à remporter,
pourquoi n'a-t-il pas commencé son ministère plus tôt ? …
Mais voyons, Seigneur, qu'attendez-vous donc ? Vous ne pouvez pas aller à
Rome prendre la place de l'Empereur ? Aller à Athènes et à Alexandrie pour
faire de beaux discours ? Mais vous perdez du temps Seigneur !!…
Je vous ai déjà dit que nous ne serions pas d'accord et que, nous, nous
n'aurions pas fait comme ça! Lui, il a voulu attendre 30 ans! Quel mystère! alors
que son cœur le portait au salut des âmes! Il a voulu obéir à son Père qui
voulait qu'Il passe 30 ans dans le silence et 3 ans seulement pour se faire
connaître, faire des miracles et mourir pour nous…
Et à Nazareth, qu'y fait-on ? On y vit les béatitudes, ces béatitudes que Notre-
Seigneur prêchera un jour dans le sermon sur la montagne, et auxquelles nous
ne voulons pas croire:
Bienheureux les pauvres ? oh, oh… bienheureux les pauvres… pour eux
hein…
Bienheureux ceux qui pleurent ? … Bienheureux les doux, les pacifiques ?
… Moi, quand on me marche sur le pied, vous croyez que je me laisse faire
comme ça ? …
Tout cela, Jésus a voulu le vivre pendant 30 ans. Quel mystère !!! Et c'est parce
qu'Il savait que nous ne voudrions pas le croire qu'Il a fait cela… et Jésus a
appris à obéir à Joseph et à sa mère en tout et pour tout. Il a appris à mettre de
l'ordre dans la maison, à prendre la cruche pour aller chercher de l'eau pour sa
maman à la fontaine… la petite cruche quand il avait 6 ans, la grande quand il
en a eu douze; il a appris à porter les factures de son père, et quand il a été
assez grand, son père l'a initié aux secrets du métier et comment faisait-il ? A
cette époque, il n'y avait pas de scie mécanique: eh bien, tu vois, tu prends la
boîte à clous, puis tu prends le mange de pioche et la râpe et tu fais… comme
ça!… Et le petit Jésus faisait… comme ça! et il faisait tout en s'appliquant… On
se doute bien que Jésus aurait pu lui dire: ,,Écoutez, mon père, j'ai 18 ans, je
suis le fils de Dieu, j'en sais plus que vous ne croyez!… il aurait pu lui
confectionner sur le champ une scie électrique pour mouler le bois et faire des
manches de pioche en série!… Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Voilà ce qu'il faut
découvrir… Quelle leçon !!
Qu'est-ce qui est le plus important sur la Terre ? … Mon Père, c'est d'être
champion du Tour de France; moi, mon Père, c'est de l'être au rugby, moi, mon
Père c'est d'être professeur à la Sorbonne, moi, c'est de gagner beaucoup
d'argent et d'avoir une vie facile; moi d'être général en chef, moi…
Mes chers Messieurs, Jésus nous a donné l'exemple et c'est là que nous
voyons que nous ne sommes pas d'accord avec Lui. Voilà ce qu'il faut que
nous découvrions; nous nous disons chrétiens et nous ne le sommes que très
peu; alors quelle est cette chose, cette seule chose qui compte ? … 
La seule chose qui compte et sur laquelle nous serons jugés quand nous
aurons quitté cette vie, ce sera: ,,d'avoir fait la volonté de Dieu, là où le Bon
Dieu nous veut” … c'est la seule chose qui compte. Et la volonté de Dieu,
comment la connaît-on ? Eh bien mes chers amis, la Volonté de Dieu on ne se
la fabrique pas hein ? La Volonté de Dieu elle est dans l'obéissance aux
commandements de l'Église; elle est dans l'obéissance aux ordres légitimes de
nos supérieurs légitimes; elle est enfin dans l'obéissance aux événements
providentiels, – il pleut, pourquoi maugréer… j'ai un voisin grincheux, etc… et
comme Jésus savait que nous ne voudrions pas l'admettre, Lui, le Fils de Dieu,
pendant 30 ans "ET ERAT SUBDITUS ILLIS - Il leur était soumis" … que ce
soit le Jésus de 7 ans, le Jésus de 20 ans ou le Jésus de 29 ans; même à cet
âge, il allait chercher de l'eau à la fontaine si sa maman le lui commandait!
Dommage si une pareille leçon nous laissait indifférents.
Toutefois, il semblerait à première vue qu'il ait dérogé une fois, si l'on peut dire,
et nous allons voir là, pour terminer, l'enseignement qui se dégage de cet
épisode de la perte de Jésus au temple et de son recouvrement, alors qu'il
avait douze ans.
Ses parents l'avaient emmené pour la première fois au temple à Jérusalem. On
y restait 8 jours pour la durée des fêtes et c'étaient de véritables caravanes qui
convergeaient ainsi vers la ville. On marchait 2, 3 jours et le soir, à l'étape, on
dormait à la belle étoile après avoir mangé. La caravane où se trouvaient Marie
et Joseph faisait donc sa halte à la tombée de la nuit; les époux se retrouvaient
alors, car les femmes marchaient groupées entre-elles devant, les hommes
groupés entre-eux derrière. Tout surpris, ils ne virent point Jésus au gîte
d'étape. Ils firent le tour de leurs proches, demandèrent ici et là nous dit Saint
Luc; on interroge les gamins: mais, Madame Marie, nous ne l'avons pas vu
Jésus, il n'était pas avec nous !…
La Sainte Vierge, elle, pensait pendant le chemin que le petit Jésus était avec
son père; Saint Joseph, lui, pensait qu'il était avec la Sainte Vierge; imaginez
alors la première dispute entre Joseph et Marie – mais je vous autorise moi, à
vous disputer comme cela avec votre femme!
Oh! Joseph, je n'aurais pas dû, j'aurais dû veiller, c'est ma faute…
Non, Marie, c'était à moi à m'en occuper, j'aurais dû vérifier… c'est ma faute…
Ils passent évidemment, une nuit terrible; le lendemain matin les voilà, désolés,
refaisant l'étape à l'envers sans résultat d'ailleurs, demandant des nouvelles
aux personnes rencontrées, mais vous savez que là, aussi, il y a toujours des
âmes charitables pour retourner le couteau dans la plaie; non seulement on ne
répond pas à la question posée mais on pose d'autres questions:
Ah, c'est vous Madame qui avez perdu le petit ? Quel âge qu'il avait votre
enfant ? … 
Il avait 12 ans mon Jésus!… 
12 ans ? Il n'a pas de langue alors, 12 ans, quand même !… ou bien…
Oui, c'est moi qui ai perdu le petit Jésus.
Et combien en avez-vous de petits Madame ?… 
Je n'avais que lui Madame…
Comment vous n'aviez que lui et vous le perdez ?… Voyez, moi, j'en ai cinq de
petits, et je ne les perds pas, il faut faire attention Madame…
Les voilà revenus à Jérusalem sans Jésus, le cherchant affolés, dans la grande
ville. Évidemment, cela fait du bruit, tout le monde s'en occupe et tout le monde
interroge la Sainte Vierge, si douce, si délicate, 3 jours et 3 nuits ils vont le
chercher… 
Enfin le 3ème jour, étant montés au Temple, ils retrouvent Jésus au milieu des
docteurs. Son cœur a dû sauter de joie. Elle se dit: Dès qu'Il va me voir Il va
me bondir dessus, c'est le moins que l'on puisse penser d'après l'amour qui les
unit et cette cruelle séparation forcée. Elle s'approche donc, et Notre-Seigneur
qui l'a vue, lui fait un petit signe… oui, pour lui montrer qu'il l'avait vue, mais pas
un pas de plus !!! Après avoir pris congé des docteurs il revient vers elle,
tranquillement, comme si de rien n'était… La Sainte Vierge a alors extériorisé
son inquiétude: ,,Mon Fils, pourquoi avoir fait cela ? Votre Père et moi, nous
vous cherchions le cœur plein d'angoisse ?”. … Réponse, un coup de poignard:
,,Pourquoi me cherchez-vous ma mère ? Ne savez-vous pas qu'il faut que je
sois aux ordres de mon Père du Ciel ?”. … C'est comme s'il lui avait dit: Je ne
suis pas venu, ma mère, pour votre plaisir, je suis venu pour sauver les
hommes, et là, dans cette scène, Il a fait comme une répétition de ce qu'il ferait
20 ans plus tard; de ce que ferait la Sainte Vierge, aussi, mais cela sera alors
beaucoup plus terrible: elle souffrira jusqu'au paroxysme pendant 3 jours et 3
nuits après l'avoir reçu dans ses bras, écrasée, au pied de la Croix.
Oui, Notre-Seigneur a montré là à sa mère qu'elle était associée à la
Rédemption et, au cours des siècles, Notre-Seigneur a voulu appeler par
millions des jeunes gens, des jeunes filles qui, eux aussi, feraient des
objections. Mais, Seigneur, on a besoin de moi à la ferme, on a besoin de moi à
l'atelier; que va devenir mon père ? qui va subvenir à ma mère ? elle comptait
sur moi, on n'a plus de servante, mon père comptait sur moi pour sa
succession…
Hé Mademoiselle, moi aussi j'ai besoin d'épouses pour les missions, pour me
faire connaître là-bas; moi aussi, j'ai besoin de prêtres – 50 grands séminaires
ont fermé en France depuis la fin de la guerre – la France qui avait chaque
année un appoint de 1'300 prêtres par an, n'en a pas même 500 maintenant, …
alors, ce jour-là, Notre-Seigneur a voulu écraser le cœur de sa mère, … le
cœur de son père… et le sien, pour pouvoir dire aux cours des siècles à ces
jeunes gens et à ces jeunes filles: ,,Allez, laissez tout… laissez tout… venez
travailler avec moi au Royaume des Cieux…
*******
Voilé mes chers Messieurs, quelques belles images à contempler: Je vous
rappelle les difficultés de Joseph au retour de la Sainte Vierge qui était allée
aider pendant plus de 4 mois sa vieille cousine Élisabeth, lorsqu'il s'aperçoit
que Marie, elle aussi, va devenir maman. Le départ pour Bethléem. Qui en
donne l'ordre ? Un païen, César. Les accompagner sur la route. Ils sont
pauvres et c'est toujours difficile pour les pauvres. Chassés de partout, même
par leurs parents; le caravansérail, puis la grotte enfin. La naissance de Notre-
Seigneur dans la plus grande pauvreté. Adorez avec les Bergers. Offrez vos
présents. L'arrivée et l'adoration des Mages. La fuite en Égypte, le séjour en
Égypte et le retour de la Sainte Famille à Nazareth. 30 ans dans l'humilité,
l'obéissance. Pourquoi cela ? Nous devons faire la volonté de Dieu là où il nous
veut. Enfin la perte de Jésus au Temple et son recouvrement après 3 jours de
recherches. Regardez les personnes, les écouter, voir ce qu'elles font.
Nourrissez-en votre âme, mais pour les jeunes, je leur conseillerai de s'attarder
de préférence au dernier tableau. Peut-être que Jésus vous parlera plus
particulièrement. Allez, allez faire vite cette belle contemplation.
* * * * * * * ((fin page 220))

((page 221))
LES DEUX ÉTENDARDS
Nous allons passer maintenant, mes chers Messieurs, aux choses pratiques.
Page 380 au N° 135:
Préambule pour la considération des divers états de vie: Nous venons, dans la
contemplation précédente, de considérer l'exemple de Notre-Seigneur Jésus-
Christ dans deux états de vie:
Le premier, qui est celui de l'observation des commandements, lorsqu'il était
sous l'obéissance de ses parents.
Le second, qui est celui de la perfection évangélique, lorsqu'Il resta dans le
Temple, abandonnant son père adoptif et sa mère selon la nature, pour vaquer
uniquement au Service de son Père éternel. Nous commençons donc ici, tout
en contemplant sa vie, à rechercher devant Dieu et à Lui demander avec
instance la grâce de nous faire connaître en quel état ou genre de vie sa divine
Majesté veut se servir de nous…
Comprenons bien, Messieurs, ces lignes au sens un peu énigmatique. Notre-
Seigneur est venu donner l'exemple à tous les hommes: à ceux qui vivent en
famille mais aussi à ceux qui se consacrent totalement à Dieu. Je dis
"totalement", parce que d'une façon générale, nous sommes déjà tous des
consacrés de par notre baptême… donc, Notre-Seigneur Jésus-Christ, étant
notre modèle, se devait de faire cela et c'est en laissant sa famille pendant trois
jours pour aller dans le Temple qu'Il a donné l'exemple aux consacrés: prêtres,
religieux, religieuses.
Ensuite Saint Ignace vous dit qu'en regardant la vie et les exemples de Notre-
Seigneur, vous demandiez à Dieu en quel état ou genre de vie vous devez
vous mettre pour répondre à son plan: L'état, voyez-vous, concerne en
particulier les jeunes gens qui n'ont pas encore choisi. Quel état de vie vais-je
choisir, moi ? … Fonder un foyer chrétien, c'est-à-dire un foyer qui observera
les lois du mariage ? … ou bien le Bon Dieu ne voudrait-il pas plutôt que je
devienne prêtre dans une paroisse ? – les séminaires en France se ferment les
uns après les autres! – ou bien missionnaire, religieux, ou encore dictins, les
Franciscains, les Dominicains, les Trappistes, que sais-je moi ? … ça, c'est
l'état de vie, choisir un état, c'est-à-dire une chose stable… et puis alors: le
genre de vie, qui, lui, concerne ceux qui ont déjà choisi, par exemple: moi je
suis marié, moi je suis prêtre, moi j'ai ce travail, j'ai mes enfants… donc il faut
que je recherche quel genre de vie je dois adopter pour répondre pleinement à
ce que le Bon Dieu attend de moi… j'ai déjà ma femme, mes enfants, mon
travail, mes habitudes… quelques-unes bonnes, quelques-unes pas très
bonnes, d'autres médiocres, peut-être mauvaises… Que faut-il que j'arrange ?
Quel genre de vie devrais-je adopter, là, dans un état qu'il ne m'est plus
possible de changer mais qu'il me faut sanctifier pour répondre aux avances
divines ? …
Vous voyez donc la différence et je résume: Nous commençons – tout en
contemplant la vie de Notre-Seigneur, notre modèle – à rechercher en quel état
(ceux qui n'ont pas encore choisi) ou en quel genre (les autres) la Divine
Majesté veut se servir de moi.
3ème paragraphe N° 135: Pour entrer en quelque manière en cet examen,
nous verrons d'un côté l'intention de Notre-Seigneur Jésus-Christ et, de l'autre,
celle de l'ennemi de la nature humaine…
Nous allons voir là, Messieurs, l'un des facteurs capitaux, un facteur qui joue
dans notre destinée et que l'on oublie beaucoup à notre époque, à savoir:
l'intention de Notre-Seigneur Jésus-Christ de nous sauver pour que nous
puissions répondre à l'appel de son Père et celle qui lui est contraire, de
l'ennemi de la nature humaine essayant de nous perdre.
Je continue: et, en connaissant bien ce double jeu, en quelles dispositions nous
devons nous mettre pour parvenir à la perfection en n'importe quel état ou
genre de vie que Dieu Notre-Seigneur nous a amenés de choisir.
Il y a là beaucoup de vérités. Cela montre aussi que le Bon Dieu, à l'avance, a
décrété les chemins que nous devons prendre pour arriver au but… dans une
retraite, il nous appartient de les rechercher: quel état Dieu veut-Il que je
choisisse ? Quel genre de vie dois-je adopter pour parvenir à la perfection ?
Autre vérité aussi: beaucoup s'imaginent que la perfection n'est réservée
qu'aux prêtres ou aux religieux… Non! la perfection doit être recherchée par
tous, c'est ainsi que Saint Paul nous dit dans sa première aux
Thessaloniciens: ,,HAEC EST ENIM VOLUNTAS DEI SANTIFICATIO VESTRA
_ Ce que Dieu veut c'est que nous devenions des Saints” !
Permettez-moi de vous rappeler à cet effet une vérité de bon sens qu'on oublie
trop souvent: Un jour, au Ciel, il n'y aura que des Saints!… oui, un jour au Ciel
– je répète la proposition – il n'y aura que des Saints et Saint Paul, comme
Saint Jean l'apôtre de l'amour, nous répète: ni les voleurs, ni les impudiques, ni
les invertis, ni les efféminés, ni les avares, ni les ivrognes, etc… n'entreront
dans le Royaume des cieux… eh oui, ne l'oublions pas car nous en sommes
certains, au Ciel, il n'y a que des Saints!…
Je ne veux pas dire par là qu'il n'y a que des Saints canonisés et définis
comme tels par la liturgie ou la commission des Rites, non! c'est une autre
question car ceux-là ont eu le privilège de pouvoir montrer une sainteté
héroïque… oui, rappelons-nous de cela que tous nous devons arriver à la
perfection et je vous répète: Dieu qui a imposé une perfection relative aux êtres
non libres, ne l'impose pas à nous; Il nous l'offre, à condition bien entendu, que
par toute notre vie nous acceptions les modalités de ce plan! Voyez… nous
revenons toujours au Principe et Fondement, vous le remarquerez, Saint
Ignace y revient chaque fois…
****
Ceci dit, nous allons maintenant faire la méditation des deux Étendards: l'un de
Jésus-Christ, notre chef souverain et Seigneur, l'autre de Lucifer, ennemi
mortel de la nature humaine.
Certaines traductions portent "ennemi capital" – je préfère ce dernier terme; il
est plus exact en ceci qu'il indique mieux un ennemi qui "frappe à la tête".
La prière préparatoire ne change pas.
Le premier préambule consiste à se rappeler le fait historique de la méditation:
Ici, c'est, d'un côté, Jésus-Christ qui appelle tous les hommes et veut les réunir
sous son étendard; de l'autre c'est Lucifer qui les appelle sous le sien.
Mes chers Messieurs, cette méditation va vous faire comprendre quelques
grandes vérités trop oubliées à notre époque, d'abord:
- qu'il n'y a que deux camps, ni plus, ni moins; deux camps qui sont
nécessairement dressés l'un contre l'autre; deux camps par la volonté même
de Dieu…
Après le péché originel, Dieu, s'adressant au démon lui dit: ,,Je posera une
inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne; tu chercheras à la
mordre au talon mais elle t'écrasera la tête”. La femme vous savez qui est-ce:
c'est la femme par excellence, la Vierge Marie, l'Immaculée qui a donné le jour
au Verbe incarné; oui… c'est pourquoi elle t'écrasera la tête! – c'est pourquoi
d'ailleurs les Statues traditionnelles de la Sainte Vierge la représentent presque
toujours écrasant la tête du démon, du serpent infernal – je poserai, Moi, (c'est
Dieu qui parle) une inimitié entre sa race et la tienne et déjà, dans l'Ancien
Testament, nous voyons les deux groupes s'affronter sans arrêt dans une
guerre mortelle: des prophètes de Dieu qui ont été tués, qui ont été sciés
comme dit Saint Paul; torturés par les autres, les prophètes de BAAL, les faux
prophètes… On le voit surtout dans le livre des Rois, cette lutte entre Elle le
grand prophète, Elisée aussi son disciple, contre les faux prophètes de Baal et
des païens…
Ces deux groupes sont encore plus affirmés dans le nouveau testament par
exemple: les Anges qui à Noël chantent "Gloire à Dieu au plus haut des cieux
et sur terre paix aux hommes de bonne volonté". Donc: il y a des hommes de
bonne volonté mais il y a les autres, ceux qui ne le sont pas et cela fait deux,
n'est-il pas vrai ?
C'est encore affirmé dans le mystère du 2 février: l'Enfant Jésus est porté au
Temple par sa mère 42 jours après sa naissance pour être offert à Dieu et un
saint vieillard, rempli de l'Esprit de Dieu, nous dit Saint Luc, vient au temple,, il
reconnaît l'enfant Jésus au milieu de tous ceux qui se trouvaient là pour le
même motif, le prend des bras de sa mère et il l'offre au Père en disant: ,,Cet
enfant sera un signe de contradiction… il est venu pour la ruine des uns et le
salut des autres afin qu'un jour les pensées cachées dans un grand nombre de
cœurs soient révélées – ,,ut revelentur ex multis cordibus cogitationes” la
contradiction, en logique, nous avons appris cela en philosophie, c'est le oui
apposé au non, l'un étant la destruction de l'autre; il ne peut y avoir
d'accommodement entre les deux… c'est le même antagonisme qu'entre l'eau
et le feu, qu'entre la lumière et les ténèbres et le Saint vieillard d'expliquer: ,,Il
est venu pour la ruine des uns et le salut des autres”.
Il est assez rare de voir commenter ce verset en chaire catholique: que Notre-
Seigneur est venu pour la ruine des uns (c'est dit en toutes lettres) et pour le
Salut des autres! C'est très mystérieux n'est-il pas vrai ? je veux dire par là que
quels que soient nos efforts nous ne pouvons pas tout sauver… car on nous dit
quelquefois que si on n'a pas sauvé tel ou tel, c'est la faute aux catholiques…
c'est possible… mais on oublie de dire que le démon était derrière… car il y a
des gens qu'on ne peut pas arriver à sauver!… lorsque nous voyons dans
l'évangile tout ce que Notre-Seigneur a fait pour sauver Judas, Judas qu'Il avait
pourtant choisi!… Il l'a gardé 3 ans avec Lui!… Judas a sans doute fait des
miracles et cependant, Judas, qui avait au cœur deux passions non maîtrisées,
la cupidité et surtout l'orgueil, car toutes les passions nourrissent l'orgueil, le
Moi, – Satan s'est servi de cette passion pour entraîner ce disciple jusque dans
l'abîme… il est donc certain que nous ne pouvons pas sauver tout le monde…
nous devons essayer de le faire, ça oui, mais à l'arrière plan nous devons tenir
pour vraie cette vérité qu'il y a des gens pour lesquels il n'y a rien à faire… Ils
sont démoniaques, ils veulent se damner, ils ne veulent rien faire de ce que
Dieu attend d'eux, ils sont méchants: c'est une réalité qu'il y a des méchants
sur la terre et on est dans l'erreur de croire le contraire, comme Victor Hugo,
par exemple, qui disait que chaque fois qu'on ouvrait une école, on fermait une
prison!… oh, oh! on en a ouvert des écoles depuis Victor Hugo, mais on a
multiplié aussi les prisons et pourquoi ? … Parce qu'il y a des gens méchants et
nous-mêmes le sommes aussi, plus ou moins… nous comprenons bien que si
nous nous laissons entraîner le mal augmentera en nous!!… Voyez… il faut
faire effort pour nous arracher peu à peu aux griffes du péché originel et pour
répondre à Dieu.
Oui, il y a deux camps sur la terre: ceux qui veulent sérieusement se sauver
grâce à Notre-Seigneur Jésus-Christ et aux moyens qu'Il a laissés à son Église,
et les autres: ceux qui ne le veulent pas. Ces deux groupes, vous les trouvez
partout!… 
Il ne faut pas croire que c'est le groupe des catholiques et des non catholiques,
ce n'est pas vrai cela! C'est ainsi que Saint Augustin dit un jour à l'Église:
,,Vous avez des enfants parmi vos ennemis, mais vous avez des ennemis
parmi vos enfants” parmi ceux qui paraissent chrétiens, qui sont baptisés, qui
sont catholiques, vous avez des ennemis!… 
Par contre, parmi ceux qui ne sont pas catholiques, des protestants, des païens
et autres mais qui se conduisent avec les lumières qu'ils ont reçues dans leur
pauvre religion eh bien, s'ils sont de bonne foi, de bonne volonté, le Bon Dieu,
s'il faut, leur enverra des missionnaires… on a d'admirables cas où l'on voit que
le Bon Dieu agit d'une façon extra-légale pourrait-on dire, par des moyens
presque miraculeux pour sauver des gens de bonne foi dans le paganisme,
l'Islam ou autres religions…
N'oublions pas cela, que les deux camps existent partout, on le voit même en
nous. Pourquoi ? Je vous faisais remarquer hier ce que disait Saint Paul à ce
sujet: ,,le bien que je veux faire je n'arrive pas à le faire et le mal que je crains,
j'y tombe. Malheureux homme que je suis”. Vous constatez donc ce dualisme,
nous le sentons en nous: nous y avons les racines du péché originel, mais
nous y avons aussi les racines du baptême; nous avons en nous l'héritage
d'Adam c'est-à-dire celui du refus, de la désobéissance, du péché, mais nous
avons aussi l'héritage reçu du baptême, la grâce de Jésus-Christ… voyez!… le
vieil homme… et le nouvel homme, tout cela existe en nous et nous devons
nous garder de ne pas nous laisser entraîner car il y a des passages continuels
d'un camp à l'autre par exemple: Saint Paul qui était d'abord dans le mauvais
camp, en se convertissant sur le chemin de Damas est passé dans le bon;
Judas, qui était dans le bon, a déchu et est passé dans le mauvais pour arriver
à se damner.
A notre époque, – car rien ne change – c'est pareil: Combien de gens qui se
convertissent, qui changent de vie passant ainsi du mauvais camp dans le bon;
par contre, hélas, combien de ceux qui sont dans le bon camp passent dans le
mauvais… même des prêtres… qui défroquent. qui se marient bêtement. ils
s'en vont… pourquoi ? Et c'est de leur faute, … c'est de leur faute… comme
c'est notre faute à nous lorsque nous sombrons dans le péché… nous savons
en effet que nous avons les moyens pour nous défendre et nous sauver mais:
ou nous ne voulons pas les prendre, ou alors, voulant faire les malins, nous
nous laissons entraîner par notre orgueil, par nos passions, nos attirances car
le démon est là… il y a un démon, Messieurs, comprenons bien cela, ces deux
camps, c'est très mystérieux, mais c'est un fait…
Ah! autre vérité aussi: beaucoup de gens qui apparemment sont dans le camp
de Jésus-Christ parce qu'ils ont certains gestes chrétiens sont en réalité dans le
camp de Satan… je ne me rappelle pas quel saint disait aussi qu'on pouvait
avoir les gestes de la Charité et ne pas avoir la Charité du tout: on l'a lu encore
récemment dans la belle épître de Saint Paul: ,,Quand je donnerai tous mes
biens aux pauvres, si je n'ai pas la Charité…” donc on peut tout donner aux
pauvres et ne pas avoir la charité… il le dit en toutes lettres… oui, il y a des
gens qui se font illusion à ce point de vue: ils ont une certaine pratique
chrétienne, ils ont des gestes de la foi, ils ont même quelquefois des gestes de
Charité mais par le fond de leur vie ils sont avec Satan, par leurs goûts et par
leurs choix, – nous allons le voir – et ces gens-là, qui extérieurement paraissent
être dans le camp de Jésus-Christ, sans arrêt, apportent du mauvais camp des
marchandises avariées qui abîment les chrétiens, sans arrêt… sans arrêt…
Vous pourriez vous rappeler aussi cette belle parabole de l'ivraie et du bon
grain: Ce père de famille qui avait semé du bon grain dans ses terres et, au
printemps, au moment où les pousses commencent à sortir du sol, s'aperçoit
que mêlée au blé, il y a aussi de l'ivraie, plante mauvaise qui gêne le blé. Et
comme on lui affirme que c'est bien du froment qui a été semé, il en conclut
que c'est l'ennemi qui a fait cela pendant que les ouvriers dormaient. Mais il
leur interdit d'arracher l'ivraie car en l'arrachant on arracherait aussi le blé et il
ordonne de laisser croître le blé et l'ivraie pour que, au moment de la moisson
le froment puisse être engrangé et l'ivraie brûlée.
Cette parabole est très claire aussi: on y retrouve ce mélange du bon et du
mauvais et tant que nous serons sur la terre nous trouverons ce mélange, ces
deux camps.
Enfin, autre vérité aussi: l'existence du démon.
Il y a des gens qui ne croient plus au démon, qui ne croient plus de même aux
anges. Le démon – ne faisons pas du manichéisme n'est-ce pas ? Saint
Augustin, avant sa conversion, était manichéen, c'est-à-dire qu'il croyait à deux
principes égaux en puissance: un principe bon et un principe mauvais, Dieu
était le bon, le démon le mauvais… Non! c'est complètement faux: il n'y a que
Dieu éternel et tout puissant, tout bon, tout amour… et le démon n'est qu'un
vaincu de Dieu, un ange déchu… les démons sont tous des anges déchus,
mais le Bon Dieu permet aux démons de faire certaines choses pour réaliser
ses desseins à Lui (ce sont ces règles que vous étudiez plus spécialement
dans les réunions de 11 heures). Ne croyons donc pas à deux puissances
égales, le démon n'est qu'une créature foudroyée par Dieu et, encore une fois,
il s'agit d'anges déchus à qui Dieu a laissé la puissance de leur nature; de ce
fait ils n'ont pas de problèmes naturels et ils peuvent tenter les hommes autant
que le Bon Dieu le leur permet; c'est ainsi que si les hommes se donnent à eux
en se laissant aller à leurs passions leur influence peut aller très loin, car ils
peuvent alors dire à Dieu: Pardon, ceux-ci nous ont donné tels gages et nous
obéissent, ce qui oblige le Bon Dieu – si l'on peut ainsi s'exprimer – à leur
accorder de nouvelles possibilités de tentation!… 
Comprenons donc bien ces trois vérités:
1.- Il y a deux camps sur la terre, opposés, en lutte jusqu'à la fin des temps.
La Sainte Écriture commence (en ???) nous rappelant cela: Après le péché
originel c'est Dieu lui-même qui dit: ,,Je poserai une inimitié entre toi et la
femme”. Dans la dernière page de son Évangile, Saint Jean, dans ses
révélations de Pathmos où il avait été exilé par l'empereur Domitien, nous
raconte à l'avance la fin des temps où il voit les grandes luttes dernières qui se
termineront par la victoire totale du Christ-Roi au jugement dernier, mais,
auparavant, par la lutte incessante entre les bons et les mauvais, où, bien
souvent, l'Église aura beaucoup à souffrir des méchants! Remarquez que
l'Écriture Sainte commence en affirmant cette vérité et se termine en
réaffirmant à nouveau cette lutte jusqu'à la fin des temps, sans arrêt… Partout
ces deux groupes! Nous voyons également en nous cette dualité: nous
risquons donc de nous laisser entraîner dans le mauvais camp.
2.- Beaucoup de ceux qui paraissent être extérieurement dans le camp de
Jésus-Christ sont en réalité dans celui de Satan, portant sans arrêt dans le
camp de Jésus-Christ des marchandises avariées.
3.- Le démon existe. Il a de grandes possibilités; c'est un ange déchu vaincu de
Dieu qui a conservé la puissance de sa nature. Si nous lui donnons des gages,
Dieu lui permet de nous tenter davantage et lui accorde les nouveaux droits
qu'il réclame.
Le deuxième préambule est la composition de lieu:
Ici, on se représentera un grand camp dans cette région de Jérusalem
(Jérusalem, je vous le rappelle, en Araméen et en Arabe veut dire "vision de
paix") où se trouve le Chef de tous les bons, Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est
du symbolisme bien sûr. Saint Ignace nous situe là, en bref, les grands
quartiers généraux des deux camps tandis que les troupes, comme le montre le
premier préambule, sont très mélangées, comme dans une guerre de
mouvement… on ne sait pas toujours à qui on a à faire mais les quartiers
généraux, eux, sont très séparés. Nous avons donc: d'une part, Jérusalem,
vision de paix, avec Notre-Seigneur qui est appelé le prince de la Paix et,
d'autre part, un autre camp qui se situe dans la région de Babylone (Rappelez-
vous, Babel, la tour de Babel, tour de confusion et de désordre où les langues
se sont opposées) Babylone, où se trouve le Chef de l'ennemi.
Vous voyez ainsi l'opposition: le Prince de la paix d'un côté, le Chef de la
confusion et du désordre de l'autre.
Troisième préambule: Ici je demanderai 4 grâces:
Premièrement: la connaissance des tromperies du mauvais Chef et l'aide pour
m'en garder (donc deux grâces: connaître les ruses, les tromperies d'une part;
puis le secours, l'aide pour m'en garder d'autre part;
Secondement: deux autres grâces pour: en premier lieu, connaître la véritable
doctrine enseignée par le vrai chef et, en second lieu, suivre cette doctrine et la
vivre.
Comme vous le constatez, 4 grâces allant deux par deux, que nous ne pouvons
pas séparer c'est-à-dire que: si nous voulons connaître les ruses du démon
(première grâce), et nous en défendre (deuxième grâce), nous devons
connaître la véritable doctrine (troisième grâce) et la vivre (quatrième grâce).
Il y a une vingtaine d'années, ici même, un militant communiste faisait sa
retraite… il arrive assez souvent que des militants marxistes viennent faire une
enquête qu'ils n'ont jamais faite par logique. Il l'a donc faite entièrement mais
n'a pas voulu se confesser ni par conséquent communier. Au départ, je l'ai
accompagné au portail et je lui ai dit alors: ,,Mais enfin, vous déclarez vous-
même avoir recouvré la foi, si donc vous persistez dans ce refus catégorique
de ne pas vouloir vous confesser c'est pour vous la damnation si la mort vous
surprend dans ces dispositions…”.
Eh bien, me dit-il, c'est possible, je le vois bien, mais je ne peux faire
autrement!
Le mois suivant, il nous a envoyé un de ses amis, communiste aussi. Il a fait sa
retraite, s'est confessé, a communié, bref a tout fait et nous avons eu, ensuite,
l'occasion de parler de son ami.
Mais pourquoi a-t-il agi ainsi ?
Ah, je vais vous l'expliquer: il vit avec une femme qui n'est pas légitime, une
véritable tigresse! Il voyait clair effectivement… logiquement, s'il s'était
confessé il devait rompre avec cette femme n'est-il pas vrai ? Elle était capable
de le tuer s'il avait rompu avec, voyez!…
Donc, une grâce pour connaître les ruses du démon… mais aussi pour m'en
garder… et ce n'est pas la même!… Il voyait clair en effet mais il n'a pas eu le
courage de rompre!
Et comme, il y a 4 ans, je passais dans son pays dans les Hautes Alpes, je
demandais au secrétaire qui lui aussi avait fait la retraite avec lui: Mais, qu'est
donc devenu votre ami ? Il me dit alors: ,,Pendant un an il est venu à la messe
tous les dimanches; il avait bien retrouvé la Foi mais restait éloigné des
sacrements; il venait au cercle d'étude, encourageant même de jeunes
communistes à aller faire leur enquête religieuse et c'est vrai, plusieurs sont
venus à Chabeuil pour cela…
Et maintenant ?
Eh bien, maintenant il a été repris par le parti, il milite à nouveau. Il s'est marié
civilement il y a quelque temps avec la femme d'un député de Marseille,
marxiste comme lui; comme chez eux le mariage libre est admis facilement, ils
acceptent la situation ainsi créée, voilà!…
Alors, voyez-vous, grâce pour connaître les ruses et grâce pour m'en défaire de
ces ruses… mais si je veux avoir ces deux grâces, il faut que j'obtienne les
deux autres: celle de connaître la vraie doctrine et celle de la vivre…
Connaître la vraie doctrine et la vivre:
En ce moment, même à l'intérieur du catholicisme, existent beaucoup de
courants: des courants donc quelques-uns sont mauvais, voire même
hérétiques et destructeurs de la Foi. Pourquoi ?
Parce que, chez beaucoup d'entre nous – nous sommes enfants d'Adam – il y
a une tendance, chez ceux qui ont la foi, à vouloir arriver au Ciel évidemment!
mais une tendance aussi à minimiser le prix pour l'atteindre, pour le conquérir,
c'est-à-dire que nous traitons avec Dieu comme on traite en affaires… En
affaires, lorsqu'on revend, on tâche de le faire le plus chef possible, bien
sûr… ce sont les affaires, le business!… eh bien, avec le Bon Dieu, on veut
faire pareil: on veut bien aller au Ciel mais on demande un rabais pour l'obtenir!
… Mais comme ce rabais n'est pas possible eh bien, on se l'accorde… je vois à
cet effet beaucoup de monde et pas seulement en France, mais en Suisse, en
Italie, en Belgique, en Espagne; j'ai prêché également au Canada et au
Portugal et partout j'ai pu y rencontrer des catholiques qui se sont accordé un
prix… qui ont arrangé deux ou trois commandements et qui viennent ensuite
vous dire: Oui, mais le Révérend Père m'a dit que… Hé non, mes chefs
Messieurs, dans l'hypothèse où il est exact que vous ayez bien compris ce qu'il
a voulu vous dire, le Révérend UNTEL n'a pas, que je sache, le droit de
corriger le Christianisme voyons!… Notre-Seigneur est justement venu sur la
terre pour nous dire comment il fallait faire!…
Alors, on pourrait comme cela corriger Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Ça ne
tient pas debout, vous le voyez bien… nous avons quand même assez de
logique pour cela… à moins que nous préférions ne pas vouloir comprendre ?
Mais alors attention!… 
C'est qu'en ce moment on connaît un peu plus de 23'000 sectes Chrétiennes
sur la terre parmi lesquelles il y a au moins un nom et parfois quelques
centaines d'adhérents (statistiques publiées, connues, au point de vue
religieux) c'est-à-dire qu'il y a au moins 23'000 fous, depuis 4 siècles surtout,
qui ont essayé de corriger Notre-Seigneur Jésus-Christ, peu ou prou, parce que
toutes ces sectes ont, évidemment, une religion à elles, plus facile remarquez-
le, que celle de Notre-Seigneur, … aucune ne l'a plus dure, plus difficile, c'est
curieux!… 
Même dans le catholicisme nous voyons des tendances pareilles, pourquoi ?
Mais parce que dans le cœur de beaucoup d'entre-nous il y a un petit Mahomet
qui sommeille!… Un jour, un catholique de Paris, publiciste, me disait: ,,Mon
Père, on ne peut pas se sauver en étant musulman ? C'est qu'en prenant trois
ou quatre femmes, moi ça m'intéresserait!!”. Eh oui, bien sûr que c'est plus
facile dans l'Islam… évidemment! Chez Luther aussi c'est plus facile… Luther,
qui était moine a quitté son couvent puis il a pris une religieuse pour fonder un
foyer chrétien modèle – j'emprunte le fait à l'histoire – puis il décide du libre
examen… c'est plus facile oui, mais ce n'est pas la religion de Notre-Seigneur,
c'est la religion revue et corrigée par Martin Luther.
C'est plus facile bien sûr et tous nous avons plus ou moins tendance à nous
accorder un prix aussi alors, comprenez-le bien: une grâce pour avoir la
connaissance de la ruse, de la tromperie du démon; une deuxième pour m'en
garder; puis ensuite une troisième pour connaître la véritable doctrine
enseignée par le suprême et vrai capitaine qui a son représentant à Rome,
enfin une quatrième grâce pour l'imiter (attention au mot "l'imiter" ne supprimez
pas l'apostrophe parce qu'au lieu de "l'imiter pour faire pareil" vous auriez "pour
limiter les dégâts". Alors, pas d'histoire…).
PREMIER POINT:
Dans ce premier point, nous demandons ces 4 grâces…
Je représenterai le Chef du parti ennemi dans ce vaste camp de Babylone,
comme assis dans une chaire élevée, toute de feu et de fumée, sous des traits
horribles et d'un aspect épouvantable.
Sous forme de récit historique Saint Ignace nous découvre une scène
symbolique, nous représentant d'abord le démon assis sur une chaire élevée.
Quels sont ceux qui montent dans une chaire élevée ? Généralement les
grands professeurs de sciences…
Au début de l'humanité, le démon a réussi à faire tomber l'homme par l'appât
de la science… je vous rappelle que les anges déchus ont conservé la
puissance de leur nature et leur intelligence est telle qu'il n'y a pour eux aucun
des problèmes naturels sur lesquels butent les hommes qu'ils soient de
physique, de chimie, de paléontologie, de biologie, de gravitation, de formation
des astres, etc… 
Ils savent que l'intelligence de l'homme est beaucoup plus faible et qu'elle ne
prend la vérité que par petits morceaux: un peu comme quelqu'un qui, même
s'il a grand faim, ne peut avaler un pain entier d'un seul coup et se trouve
contraint de le couper en tranches et de le manger bouchée après bouchée, il
en est de même au point de vue intellectuel et nous n'assimilons que
progressivement, par argumentations successives. Sachant cela le démon très
puissant et très intelligent, nous propose la science pour nous élever: ,,Mange
du fruit de l'arbre et tu aurais la science” !
Voyez, dès le début il a frappé à la tête et il continue – dans les retraites de 30
jours où on a le temps, nous montrons ce processus dans l'histoire… 
Pourquoi les Juifs ont-ils déchu et se sont-ils dressés contre Notre-Seigneur, eh
bien sous couvert de science!… Dans le paganisme, qui sont ceux qui dirigent
tout ?… Les sorciers… eux qui prétendent avoir la science et, effectivement, ils
ont parfois des pouvoirs très grands qui leur sont donnés par le démon, et ils
s'imposent ainsi à ces pauvres gens… Si nous avions le temps nous vous
expliquerions comment, depuis un siècle surtout, la lutte a été menée contre
l'Église catholique et ses bases, au nom de la science, de la science médicale
par exemple, avec la Salpêtrière; de la science des origines de la vie avec les
théories évolutionnistes, expliquant d'une façon matérielle les origines du
christianisme, essayant de se servir de la Bible pour saper les bases du
christianisme; puis dans l'Évangile, essayant d'expliquer que Jésus-Christ
n'était qu'un Homme, que c'était les Apôtres qui l'avaient ressuscité dans leur
imagination,… supprimant le miracle!… tout ça au nom de la science!…; de
plus, le démon cherche à frapper les élites d'abord, parce que, par les élites, il
dévore tout le monde après, c'est évident, le peuple suit après; les chefs de
l'Intelligence, les grands philosophes – ou plutôt ceux qu'on appelle les grands
philosophes! Il les recherche ces gens-là, et lorsqu'il trompe un homme qui a
une grande puissance intellectuelle, il sait très bien que cet homme-là fera des
livres, des conférences, et qu'il incitera des centaines de milliers de gens à le
suivre et à se révolter aussi…, un mauvais livre, imaginez… (((à vérifier ce
dernier mot!!!)))
Voyez le mal qu'a pu faire un Voltaire qui était très intelligent, un Rousseau
aussi. Ce sont ces gens-là qui arrivent à dévoyer les autres… donc le démon
frappe à la tête…
Ensuite le démon se sert des passions, pourquoi ? Mais parce qu'il sait que
pour répondre au plan de Dieu, l'homme a besoin de rester dans le rationnel.
Dès que nous quittons le domaine du rationnel et entrons dans celui du
passionnel nous ne pouvons plus répondre au plan de Dieu… C'est pourquoi
sans arrêt le démon cherche à nous placer dans le passionnel…
C'est facile à voir dans le monde actuel n'est-il pas vrai, combien le
débordement des passions est grand! l'orgueil, la cupidité, la haine, la colère…
Voyez dans le marxisme par exemple: Ils écrasent les autres au nom de le
liberté: Rappelez-vous il y a quelques dix ans les pauvres ouvriers du Budapest
qui voulaient un peu respirer, eh bien ils ont été écrasés par les tanks russes…
Cette nation qui se dit anticolonialiste par excellence, elle a bien montré
comment il fallait faire pour avoir des colonies… ou pays assimilés, en les
écrasant, et il faut marcher droit, hein ?… 
Les passions!… On déchaîne les passions; on se croit dès lors libres alors
qu'en fait on vit en pleine anarchie… on est libre pour faire le mal, mais on n'est
pas libre pour faire le bien!… Remarquez par exemple le cinéma: il pourrait
faire tant de bien ! c'est en effet une chose admirable en tant qu'invention, avec
tous les perfectionnements actuels, couleurs, grands écrans, pureté
remarquable dans les images et dans le son, c'est admirable au point de vue
naturel, mais !!… ce qu'on y met là-dedans! Regardez une affiche de cinéma,
sur 10 vous en voyez 9 avec une femme dépoitraillée qui vous menace d'un
revolver: les passions, la haine, la luxure très souvent: ou bien beaucoup de
Tarzan aussi avec de gros muscles… il est toujours mis en relief ce mélange
de passions dans les romans, la presse, la politique… même dans la
philosophie on les y fait entrer…
Sur le plan religieux, on estime les contraintes tyranniques, mais lorsque les
passions sont libérées de ces contraintes, on se croit libre, alors qu'on en est
devenu le prisonnier!… Et elles sont aidées à grand renfort de publicité qui
nous montre toutes ces impudicités, vantant la chair avec des femmes très
belles, parées des feux du studio, des Apollons, etc: et on vous répète cela
sans arrêt par l'affiche, la forme audiovisuelle, la forme sonore, pour imposer…
voyez… tout ça travaille pour le démon! Lorsqu'on voit en France tant de cafés,
tant de bistrots où un fleuve d'alcool roule sans cesse, emportant tant d'argent
et tant de gens, sans compter les établissements nécessaires à la
descendance qui révèle des enfants anormaux, les hôpitaux d'éthyliques et les
instituts de psychiatrie! Tout cela résulte des passions qui œuvrent pour le
démon…
Oui, une chaire élevée, tout de feu et de fumée…
Le feu, c'est les passions; mais la fumée en est la conséquence: Lorsque vous
avez beaucoup de matières grasses qui brûlent, vous avez beaucoup de
fumée. A Marseille, où il y a beaucoup de huileries et de savonneries, il n'est
pas rare d'en voir brûler une – je n'ai pas à en chercher les raisons, mais c'est
un fait – elles brûlent et les gens qui contemplent ce spectacle doivent rester à
une grande distance parce que les fumées sont très épaisses et très toxiques;
Les pompiers doivent utiliser le masque à gaz; si malencontreusement une
saute de vent conduit ces fumées vers vous les yeux pleurent, on est pris par la
toux, les formes deviennent fantomatiques, fantasmagoriques, hallucinantes;
elles perdent leur relief et on ne sait plus où l'on se trouve dans cette fumée
épaisse; eh bien, ici, sur le plan des idées c'est pareil: on est en plein dans la
confusion et on l'entretient avec des imprécisions voulues, des grands mots
vides et creux, des sottises, des sophismes, des propositions qui au premier
abord paraissent vraies et fondées, mais qui trompent le public parce qu'il y a à
l'intérieur un vice dans la proposition!… Voyez par exemple: au moment de la
Révolution – dite française puisqu'elle a été préparée à Londres, Amsterdam,
Berne et Paris – on avait mis partout (et cela continue d'ailleurs en France) la
devise: LIBERTÉ - ÉGALITÉ - FRATERNITÉ… Bien! Mais au nom de la Liberté
on vous met souvent les gens en prison… tous ceux qui ne veulent pas suivre
on les met en prison, cela s'est vu combien de fois!… ÉGALITÉ: alors tous
ceux qui dépassent, car il y en a toujours de deux-là, on leur enlève la tête pour
qu'ils ne soient pas plus que les autres… Le cardinal Thierry, dans ses
admirables exhortations à ses prêtres l'a rappelé, à savoir que beaucoup de
folies actuelles viennent d'une Révolution – il ne veut pas citer la France, n'est-
ce pas – mais on a commencé par dresser une guillotine sur toutes les places
publiques pour ramener les gens à l'égalité, et puis, enfin, la FRATERNITÉ:
vous savez où l'on en est maintenant; il n'y a qu'à lire les annales de la
Révolution française pour voir ce que c'est que la fraternité…, remarquez aussi
que cela continue, car quand est-ce qu'on a pu empêcher les gros d'écraser les
petits ?…
Ou bien autre slogan: LE PAIN, LA LIBERTÉ, LA PAIX. Les marxistes eux, sont
très forts pour promettre ça, mais lorsqu'on regarde une carte d'EURASIE,
d'Europe-Asie, on voit comment la Russie a partout installé son rideau de fer,
mais eux, les marxistes, ne sont pas colonialistes – qu'ils disent! mais les
peuples, les uns après les autres, ils les ramassent; et puis il faut obéir hein ?…
Et l'on nous parle d'un paradis… alors qu'à Berlin existe ce qu'on appelle le mur
de la Honte… Si c'est vrai cela, que la vie y est paradisiaque, tout le monde
devrait chercher à y entrer n'est-il pas vrai ?… mais comme c'est drôle, tout au
contraire, tout le monde cherche à s'en échapper, même au péril de la vie!… Et
je me demande à ce sujet comment nos marxistes français peuvent manquer
de logique au point de ne pas voir ces choses-là,… un paradis où on n'a qu'un
désir… s'en aller!!
Rappelez-vous aussi, il y a quelque 7 ou 8 ans, au Nord Vietnam, lorsque le
communisme, après avoir écrasé Dien-Ben-Phu, 800'000 personnes ont dû filer
au sud, laissant tout, parmi lesquels des païens qui avaient peur et avec raison,
ils ont filé aussi; rappelons-nous la Pologne martyrisée, rappelons-nous
Budapest! Oui, drôle de pain…, drôle de liberté…, drôle de paix… et partout
l'on voit cela, des confusions: On ne sait plus où est le vrai, on ne sait plus où
est le bien, toutes les notions du vrai et du faux sont noyées dans la fumée des
idées. Les marxistes en particulier – et ceux qu'ils mettent dans leur jeu – sont
très forts pour ces choses-là avec leur dialectique, et les francs-maçons aussi,
pour noyer les gens avec des mots sonores et creux qui ne veulent rien dire et
qui trompent.
Autres exemples pour illustrer cette science fumeuse: il est fréquent maintenant
d'entendre parler d'une humanité qui se dirige vers une Christ "cosmique"! Que
veut-on dire ? Est-ce le Christ Notre-Seigneur qui a vécu il y a environ 2'000
ans et qui nous a sauvés en mourant sur une croix ? ou veut-on dire qu'il s'agit
d'un nouveau Christ qu'on est en train de confectionner avec l'appui des
encyclopédistes, des philosophes, des biologistes, de certains théologiens et
des syndicats ? Mais si cela est- dites-le… ou bien on vous parle d'un monde
où le Christ descendra sur la terre pour nous juger comme le précise l'Évangile,
point n'est besoin d'appeler ainsi ce jour J, mais, c'est pour désigner autre
chose qui heurterait notre foi, précisez donc votre pensée!!… Non!… c'est du
fumeux, c'est l'équivoque… c'est même l'erreur puisqu'il a été avancé que
l'esprit peut sortir de la matière!!…
Autre exemple: Dans les manifestes de Marx ou d'Engels, on ne vous dira pas
qu'on ne veut plus de morale… oh! non… ils feraient sursauter tous ceux qui y
croient encore… mais ils vous disent: ,,nous ne voulons plus de cette morale
bourgeoise corrompue” … et c'est vrai qu'il y a des bourgeois corrompus et
nous n'en voulons pas non plus!… mais il n'y a pas de morale bourgeoise,
sachez-le bien, il y a une morale tout court!… et ils font ainsi passer toute la
morale dans une réprobation générale, à cause des turpitudes possibles des
bourgeois corrompus; quant à nous, ce que vous appelez "morale bourgeoise
corrompue", nous nous appelons cela "l'immoralité des bourgeois corrompus",
mais comme peut-être le lecteur n'aura pas fait attention, il trouvera comme
justifiée la nouvelle morale qu'ils nous fabriquent… Voyez, du fumeux!…
De même, vous constaterez, notamment dans les livres boudhistes
régulièrement publiés à Paris, comment ils s'y prennent pour ébranler la foi
chrétienne lorsqu'elle n'est pas bien accrochée: on ne vous dira pas que le
Christ n'est pas Dieu – cela ne se vendrait pas s'ils l'affirmaient – mais ils vous
disent entre autre que si le Christ, quand il est venu sur terre, avaient connue le
boudhisme, sans aucun doute il se serait fait boudhiste! Et puis lorsque le
lecteur arrive à la dernière page, sans en savoir le pourquoi, il ressent comme
un malaise qui peut-être ébranlera sa foi. On n'aura pas dit les choses pour
faire cabrer mais on les aura dites quand même pour glisser le doute dans
l'esprit du lecteur!…
Donc une chaire (((à confirmer, document imprimé dit "chaise"))) élevée,
toute de feu et de fumée, toute de feu et de fumée… la science fumeuse qui se
sert des passions pour mieux tromper les gens, et cela pour détruire le plan
d'amour et entraîner par haine les hommes dans l'Enfer…
DEUXIÈME POINT
,,Je considérerai comment le démon appelle autour de lui des démons
innombrables et comme il les répand, les uns dans une ville, les autres dans
une autre, ainsi dans tout l'univers, n'oubliant aucune province, aucun lieu,
aucune condition, aucune personne en particulier”.
Mes chers Messieurs, on vous l'a déjà dit, en pense – bien que cela ne soit pas
de foi – que des milliards d'anges ont été déchus et sont devenus des démons
acharnés à notre perte; le Bon Dieu le permettant, ils cherchent à nous dévorer.
Nous avons cette belle prière à Saint Michel Archange que nous lisons après la
messe pendant quelques jours encore: ,,Saint Michel Archange, défendez-nous
dans le combat, soyez notre soutien contre la perfidie et les embûches du
démon. Que Dieu réprime son audace, telle est notre humble prière. Et vous,
prince de la milice céleste, par la vertu divine, refoulez en Enfer Satan et les
autres esprits mauvais qui sont répandus dans le monde pour perdre les
âmes”… Et la sainte Église nous fait lire tous les jours dans le bréviaire le
,,Fratres sobrii estote et vigilate… Mes frères soyez sobres et veillez” parce que
votre adversaire le Diable est là rugissant, cherchant quelqu'un à dévorer. Oui,
le démon n'oublie rien, n'oublie personne, surtout dans les maisons de
retraites… Hou! les démons s'y multiplient pourquoi ? … parce que les hommes
qui viennent en retraite sont des dangers pour eux!… Croyez-moi, d'ores et
déjà vous êtes soulignés à l'encre rouge; après la retraite, après une bonne
retraite, attention! Vous êtes le type à surveiller… et ils vous feront la guerre, il
faut que vous le sachiez cela!… Et je vous fais remarquer, Messieurs, que
l'Église y croit au démon… et tous les matins et tous les soirs elle fait répéter à
tous ses consacrés ces prières, et il y en a d'autres… Oui, le démon n'oublie
aucun état, aucune personne, et plus un homme peut avoir contre lui de
l'influence mieux il s'en occupe pour essayer de le faire trébucher.
TROISIÈME POINT (le plus important)
Considérer le discours qu'il leur fait (à ses démons) comment il les
admoneste… dans le monde de Satan, voyez-vous, il n'y a aucun respect de la
personnalité; c'est l'écrasement, il faut accepter ou bien on est broyé, que ce
soit dans la franc-maçonnerie ou chez les sorciers… on n'est pas assez au
courant de ces choses-là, à savoir que dans les pays primitifs les pauvres
sauvages sont terrorisés par les sorciers qui tiennent du démon certains
pouvoirs! Les marxistes font pareil aussi: Rappelez-vous les purges au moment
de Staline, les tortures, les lavages de cerveaux, nous pourrions parler
maintenant de celle de MAO-TSE-TUNG!
Souvenons-nous aussi de celles de la République française! Au début il y avait
l'Assemblée constituante, beaucoup de braves gens qui voulaient faire un
changement qui était d'ailleurs nécessaire, mais un petit groupe d'extrémistes
existait à droite et à gauche. La gauche s'appelait la Montagne, et puis peu à
peu à la faveur de quelques forts en invectives, ils ont pu terroriser les autres,
ils les ont progressivement éliminés; ceux qui avaient du cran et qui ne se
laissaient pas éliminer, on s'en débarrassait en les assassinant ou en les
mettant en prison; ensuite, quand les montagnards furent les maîtres, il y eut
des bagarres entre eux parce qu'il y en avait qui étaient toujours plus purs que
les purs, et on est arrivé aux groupes de Robespierre, de Danton et d'Albert
Duchesne; puis Danton et Robespierre réussirent à écraser Duchesne; ensuite
Robespierre écrasa Danton et tous ses amis, guillotinés les uns après les
autres, mais, à ce moment-là, il y eut un sursaut des peureux qui se lièrent
entre eux, et ils ont eu à leur tour Robespierre et l'ont supprimé lui aussi!…
Oui, dans le monde de Satan, c'est la haine, on tue, on écrase… ,,Donc,
comment il les admoneste, leur ordonnant de jeter des filets et des chaînes. Ils
doivent tenter les hommes en leur inspirant d'abord le désir des richesses afin
de les conduire plus facilement à l'amour du vain honneur du monde, et de là, à
un orgueil sans bornes. De sorte que le premier degré de la tentation ce sont
les richesses, le second les honneurs, le troisième l'orgueil, et de ces trois
degrés il porte les hommes à tous les autres vices”..
Oui, allez doucement d'abord, et puis des filets de plus en plus! D'abord, tenter
les hommes par leur cupidité, leur faire prendre peu à peu tous les moyens
pour arriver à posséder une belle situation (alors que la loi de Dieu nous
appelle à avoir, par la pauvreté spirituelle, le détachement des biens d'ici-bas)
et pour arriver aux richesses, éliminer tout ce qui gêne…
Quand vous allez à la pêche, si vous y allez avec une ficelle et rien à
l'hameçon, vous pouvez y rester longtemps, les truites tourneront autour, vous
feront le pan de nez avec leur queue et vous rentrerez bredouille. Si vous
voulez prendre un beau poisson, eh bien, mettez du fil invisible, couvrez bien
votre hameçon avec un ver, ne faites pas de bruit, il y a là deux yeux qui
guettent et le poisson se dit sans doute: il n'est pas faux celui-là c'est bien un
vrai, et hop! ça y est!… Le démon n'est pas plus bête que vous, quand il veut
attraper les hommes, il a deux vers, le premier c'est l'argent, ça peut être la
propriété, la place, l'examen, le confort, que sais-je ? le second c'est les faux
honneurs du monde et avec ça, il fait marcher tous les hommes qui ne se
tiennent pas en garde contre lui! voilà un jeune couple très gentil. Ils ont fait un
bon petit mariage chrétien, ils sont pleins de bonnes intentions! Très bien,
décidés à élever leurs enfants bien chrétiennement, etc… Ils sont bien partis…
Posons les vers: Ça coûte cher les enfants! ah oui, ça coûte cher! comment
faire pour ma permanente et mes toilettes, comment acheter la voiture,
comment être libre ?… comment ferez-vous quand vous en aurez 14 ?…
Ah oui, c'est vrai, comment je ferai ?… et hop, elle a mordu; et pour avoir la
voiture, on éliminera les gosses!…
Remarquez qu'à partir de ce moment-là ils iront toujours à la messe… et même
à la Kermesse! mais Notre-Seigneur ne sera plus à sa place dans cette famille,
pourquoi ? Parce que ça coûte cher les enfants, on péchera pour ne pas se
priver, et Dieu ne sera plus Dieu dans ce foyer; c'est en plus un péché contre
l'espérance, car Dieu s'arrange toujours pour nourrir tous les enfants qu'on
voudra si le papa et la maman observent sa Loi! Moi je sors d'une famille
pauvre et nombreuse; il a fallu que je prenne la robe de prêtre pour être habillé
de neuf, cela ne m'a pas empêché de devenir grand et gros… Et puis il y a
aussi dans les "business" les coups bas et tant de choses qui sont horribles et
tout ça pour arriver sans se soucier de ceux qu'on écrase…
Ah!… il y en aura des révélations au Jugement dernier! Des gens qui
extérieurement paraissent mener une vie régulière, mais à l'intérieur!!… Ce
qu'ils auront fait au point de vue injustices par exemple pour arriver plus vite à
la possession des richesses!… Et lorsqu'on a les richesses, alors on arrive plus
facilement aux vains honneurs du monde; on se croit quelqu'un, on monte!…
Le premier qui a gagné à la loterie nationale en France, il s'appelait Bonhoure.
Il était coiffeur à Tarascon vers 1928, il y a bientôt 40 ans; il a gagné 5 millions,
en Provence surtout, on les tutoie et, en entrant dans la boutique on leur tape
sur l'épaule… Ha, Ha: Bonhoure!… avec un petit mot en provençal… mais… !!
dès qu'il a eu gagné les 5 millions, il ne fallait plus le tutoyer hein ? et il fallait lui
dire "Monsieur Bonhoure" et si on pouvait c'était encore mieux, chapeau à la
main! D'abord il a vite vendu son truc… il n'était plus coiffeur, c'était Monsieur,
une automobile et il ne regardait plus ses amis, Ho, Ho, Ho! imaginez!… avec 5
millions d'alors! Voyez!… l'argent, la situation, le confort, la réussite, si on ne
fait pas attention… je ne veux pas dire par là qu'il est interdit d'avoir des
réussites dans la vie, c'est une autre question cela, il faut bien que l'intelligence
de certains serve à aider les autres même en les dirigeant, il faut bien des
chefs; je ne dis pas non plus que ces chefs n'ont pas droit à un certain confort
puisqu'ils ont un rang à tenir, mais ce qu'il faut, c'est que l'accession à ces
situations ne leur donne l'occasion d'un vain honneur et d'un orgueil démesuré,
il faut qu'ils se tiennent en garde contre les tentations du Démon et qu'ils ne s'y
complaisent !
Nous allons passer maintenant à la 2ème partie.
A l'opposé, on se représentera également le Chef souverain et véritable, qui est
Jésus-Christ Notre-Seigneur.
PREMIER POINT
,,Je considérerai comme Notre-Seigneur se tient dans un lieu humble, dans le
camp près de Jérusalem, beau et plein de grâce”
Vous voyez l'opposition: le démon sur une chaire élevée, avec l'orgueil, la
science fumeuse, les passions… Notre-Seigneur, Lui, dans un lieu humble. Il
parle simplement et tout le monde le comprend. Dans son royaume à Lui, il y a
un primat, c'est celui de l'humilité, et c'est très visible cela: par exemple dans
l'évangile de Saint Jean, Chapitre III: Nicodème, un professeur chevronné de
l'université de Jérusalem, qui a entendu les paroles de Notre-Seigneur, a vu
ses miracles, est troublé par cette puissance et, de nuit – vous voyez le respect
humain, car il craint que ses confrères s'aperçoivent de ce qu'il demande un
entretien à Notre-Seigneur – de nuit donc, il vient demander à Jésus des
renseignements, et comme il manifeste par là qu'il est homme de bonne
volonté, Notre-Seigneur va lui répondre. Maintenant cet homme-là s'appelle
Saint Nicodème car c'est lui qui s'est compromis au moment de
l'ensevelissement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais à ce moment-là,
troublé, il vient voir Notre-Seigneur qui lui dit:
,,Voyez pour entrer dans mon royaume, il faut renaître par l'eau et par l'Esprit”.
Alors mon Nicodème se récrie: Il faut renaître à mon âge, à 60 ans ? Il faudra
que je retourne dans le ventre de ma mère ?
,,Quand même! Nicodème! tu devrais savoir ces choses-là, tu es docteur en
Israël toi! Je vous parle des choses de la terre mais que sera-ce lorsque je
vous parlerai des choses du Ciel ?”.
Vous voyez, Nicodème ne comprenait pas bien, il était gêné par sa culture! Il
avait une bonne volonté évidente mais… et cela, nous le voyons quelquefois
dans les retraites, des hommes qui ont une bonne volonté à s'instruire de la
parole de Dieu, mais on les voit gênés par leur culture qui, malgré eux, leur
donne un certain genre, un certain esprit de supériorité parce qu'ils sont
cultivés…
Mais revenons à Saint Jean, au chapitre IV maintenant, dans l'épisode de la
Samaritaine: Notre-Seigneur a traversé avec ses disciples le désert de
Samarie, un désert de pierre, pas d'arbres; les apôtres font un détour; il y avait
un petit village, là, perdu dans les rochers. Notre-Seigneur s'asseoit sur la
margelle du puits de Jacob où il y avait de l'eau fraîche; par un autre chemin
arrive une femme qui venait du village et qui vient chercher de l'eau fraîche car
elle a une cruche et une corde. Rien qu'à la voir marcher on devine qui cela
peut être, eh bien, Notre-Seigneur, à cette pauvre femme, se servant de
l'image de l'eau va lui parler de la vie éternelle et lui faire une conversation
beaucoup plus sublime que celle de Nicodème: Elle comprend plus vite que
Nicodème, à tel point qu'elle en oublie sa cruche; elle court au village: J'ai
trouvé le Messie, leur a-t-elle dit, il m'a indiqué tout ce que j'avais fait!… et elle
lui ramène tout le monde! Eh oui, la Samaritaine FAUSTINE a mieux compris
que le grand docteur qu'était Nicodème, parce qu'elle n'était pas gênée par sa
culture, elle, une pauvre vie, vaniteuse comme les femmes, mais pas
orgueilleuse; ce n'est pas la même chose, la vanité et l'orgueil, oui, elle a mieux
compris, donc primat de l'humilité.
DEUXIÈME POINT
,,Je considérerai comment le Seigneur de tout le monde choisit un si grand
nombre de personnes, les Apôtres, les disciples et tant d'autres, et comment il
les envoie dans tout l'univers répandre sa doctrine sacrée parmi les hommes
de tous les âges et de toutes les conditions”
Enseignez-leur ce que je vous ai appris, les Béatitudes, bienheureux les
Pauvres, bienheureux les pacifiques, bienheureux les purs, bienheureux ceux
qui pleurent, bienheureux les doux, bienheureux ceux qui souffrent persécution
pour la justice, qui auront faim et soif de justice – Enseignez-leur cela.
TROISIÈME POINT
,,Dans le troisième point je considérerai ce que Notre-Seigneur recommande à
ses serviteurs et amis qu'Il envoie à ces expéditions: Il leur recommande
d'aider tous les hommes en les attirant premièrement à une entière pauvreté
spirituelle, et non moins à la pauvreté réelle si la divine Majesté l'a pour
agréable et veut les appeler à cet état”…
Mes chers Messieurs, sans la pauvreté spirituelle nous ne pouvons pas arriver
au but. Quelle différence y a-t-il entre la pauvreté spirituelle et la pauvreté réelle
?
Eh bien, la pauvreté spirituelle, c'est celle qui consiste à avoir des moyens,
mais à ne pas y être attaché. Un père de famille a bien le droit de pourvoir aux
besoins de la maisonnée; un tel a une usine, un autre est médecin, un autre
avocat: évidemment, il faut qu'ils aient un intérieur convenable, en rapport à
leur situation, mais la pauvreté spirituelle consiste à rester indifférent à ces
biens, à n'avoir pour eux aucun attachement.
Par contre, la pauvreté réelle, c'est de se débarrasser de tout cela comme le
font les religieux par exemple: nous quand nous partons et cela nous arrive
fréquemment, nous allons trouver le Père économe et nous lui disons: Voilà
mon Père, si le Bon Dieu veut, je pars demain matin pour la retraite de
Bordeaux, voyez, le train Aller-Retour, cela doit me revenir à tant: puis un
sandwich à tel endroit, mon Père donnez-moi 50 francs, ou bien donnez-moi
100 F et au retour je lui présente ma note, voilà j'ai dépensé ça et ça, puis je
rends ma monnaie; j'ai besoin d'un timbre, je le demande, j'ai besoin d'une
enveloppe, aussi… vous voyez… pauvreté réelle… là, on se débarrasse
réellement; mais on ne peut pas faire ça quand on a de la famille n'est-ce pas ?
Imaginez l'un de vous qui dirait: Maintenant fini hein!… Pauvreté réelle… alors
plus de sous ?… et les petits ? vous avez 4 enfants et la femme, comment
allez-vous faire ? – Alors voyez la règle – avoir ce qu'il faut, mais aucun
attachement pour tout l'or du monde !…
Rapidement, à ce sujet, je vais vous raconter une histoire vécue, un cas de
réaction de pauvreté spirituelle: il y a une vingtaine d'années, un de nos amis
qui est ingénieur avait dû faire un devis pour une usine détruite à la frontière
italienne aux fins de réparations importantes après destruction partielle par
bombardement, réparations qui rentraient dans le compte des dommages de
guerre, et il nous racontait lui-même – c'était alors sa 5ème retraite – qu'il avait
adressé le dossier à Paris au Centre qui s'occupait de cela, et si je me rappelle
bien, il avait conclu à un dommage de 50 millions. Puis il me dit: Dieu merci,
j'avais autre chose à faire que cela et, alors que je n'y pensais même plus, je
vois arriver un jour chez moi deux messieurs dans une belle voiture américaine.
Ils entrent dans mon bureau en possession du dossier que j'avais de suite
reconnu. Ils étaient les représentants de la firme propriétaire de l'usine où de
grands capitaux étaient en jeu. Ils me dirent: Monsieur, nous avons fait
expertiser votre dossier, qui est très bien sans doute, mais qui sous-évalue
certaines choses. Par ailleurs, vous avez omis certaines particularités, alors,
nous vous demandons de bien vouloir refaire ce dossier, car nous avons conclu
avec les experts qu'il faudrait que vous montiez à 80 millions…
Ah! Messieurs, leur ai-je dit, comme tout le monde, je puis me tromper dans
mes évaluations, mais de 50 à 80 millions savez-vous que cela fait une marge
importante et je doute fort de m'être trompé à ce point!…
Et puis, comme ils n'ont pas été sans remarquer le sursaut que j'avais eu à
l'annonce de leur chiffre,…
Ah, mais M. l'Ingénieur, nous comprenons que cela va vous donner du travail,
mais vous nous comprenez ?… et de me dire alors (comment avaient-ils su
cela que j'étais directeur des brancardiers de Lourdes pour mon diocèse!) peut-
être, ajoutait-il en souriant, il se pourrait qu'il y ait 2 millions pour Notre-Dame
de Lourdes!…
Alors, vous savez mon Père, heureusement que j'avais déjà fait 4 retraites!…
mais 2 millions supplémentaires dans la bourse d'un ingénieur qui avait 4
enfants, ça mettait quand même du beurre sur les épinards! Ah, oui, Notre-
Dame de Lourdes! j'ai compris… je me suis rappelé les 2 étendards… je me
suis levé – mais laissez-moi vous dire aussi que notre retraitant était bâti en
athlète, un gros gaillard sportif, 35 ans – je n'ai pas dit un mot, je leur ai ouvert
la porte et, au passage, rappelez-vous qu'ils ont pris quelque chose dans le
derrière!… Saligauds! pan et pan!… Je n'en ai plus entendu parler!
Mes chers amis, voilà une belle réaction de pauvreté spirituelle; c'eût pourtant
été vite fait pour lui que de refaire le dossier dans les conditions suggérées, 2
heures de travail et… 2 millions… personne n'aurait rien vu! Il a eu la réaction
qu'il fallait, il les a envoyés promener.
Voilà mes chers Messieurs, mais cela ne suffit pas pour suivre Notre-Seigneur
Jésus-Christ jusqu'au bout!… La pauvreté spirituelle est en effet indispensable
pour arriver au but puisque sans cela pas de Ciel; c'est avoir des moyens sans
en avoir aucun attachement; il faut même aller jusqu'à la pauvreté réelle si la
divine Majesté devait en tirer service!…
Remarquez que ce sont quelquefois les événements eux-mêmes qui nous
imposent cette pauvreté réelle… par exemple au cours des dernières guerres,
depuis que cela a éclaté en Espagne en 1936, combien de pères de famille
avec enfants à charge ont été complètement ruinés par faits de guerre,
complètement dépouillés et ont tout perdu dans le Nord de la France et dans le
monde entier, écrasés par les bombardements, et les deuils… A ces moments-
là, est-ce qu'ils n'ont pas eu le courage nécessaire ?… Alors, ici, puisqu'il s'agit
de suivre Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne pouvons-nous pas pratiquer la
pauvreté spirituelle, et si le Bon Dieu jugeait bon de nous l'imposer, la pauvreté
réelle ?…
Continuons maintenant ce 3ème point:
,,Non seulement la pauvreté spirituelle ou réelle, mais le désir des opprobres et
des mépris, parce que de ces deux choses naît l'humilité”
Messieurs, il n'y a pas cinquante chemins pour arriver à l'humilité qui, elle,
détruit en nous le grand obstacle à la Sainteté qu'est l'orgueil; il n'y a pas
cinquante moyens: c'est l'humiliation; et Notre-Seigneur nous en a montré le
chemin en commençant son aventure dans une étable, pour la terminer sur une
Croix! Il a tout perdu… pour nous montrer les opprobres et les mépris dont il a
été abreuvé afin que nous les désirions nous aussi pour arriver à l'humilité…
Mais vous voyez la contrepartie: Le démon lui pousse à la belle situation, à
l'argent, au respect humain, à l'honneur mondain et l'orgueil de soi.
Notre-Seigneur c'est tout à fait le contraire: pauvreté, au moins spirituelle,
mépris du respect humain, du jugement des hommes – qui très souvent sont
eux-mêmes des girouettes, nous savons bien ce que c'est que l'opinion ! – et
c'est par là qu'on arrive à l'humilité, et voyez les conséquences: de telle
manière qu'il y a 3 échelons – le premier: la pauvreté opposée aux richesses; le
second: les opprobres et le mépris opposés à l'honneur mondain; le troisième:
l'humilité opposée à l'orgueil, et de ces trois degrés, ils induisent les hommes à
toutes les autres vertus.
Voilà mes chers Messieurs, votre méditation. Elle va consister en ceci: Dans
quel camp je suis moi ? Par ma vie profonde, dans quel camp me suis-je placé
jusqu'à présent ? C'est le discours programme de l'un et de l'autre Chef qui me
l'indique. Quel est mon programme ?
Ah!… Nous sommes là au pied du mur, n'est-il pas vrai ? Dans quel camp je
suis, dans quel camp je veux être désormais ? Que faut-il que je fasse pour
être dans le camp de Jésus-Christ ? Il ne s'agit pas seulement de pratiques
extérieures - rappelons-nous qu'on peut aller à la messe et être dans le camp
de Satan! La marque vous l'avez là: dans quel camp suis-je et que faut-il que je
fasse pour rester dans le camp de Jésus-Christ ?…
Eh bien, moi je veux aller au camp du Christ car c'est nécessaire pour arriver
au but, mais les conditions sont difficiles: la pauvreté spirituelle et même réelle
si le Bon Dieu le juge bon, le désir des mépris et des opprobres pour arriver à
l'humilité! C'est dur cela!… 
Alors, Saint Ignace vous dit: A cette intention ne faites pas un colloque, mais
faites en trois:
-Le premier à Notre-Dame pour qu'elle m'obtienne de son Fils et Seigneur la
grâce d'être reçu sous son étendard – premièrement par la parfaite pauvreté
spirituelle, et même, si la divine Majesté l'a pour agréable et veut me choisir et
m'admettre à cet état, par la pauvreté réelle; secondement, en souffrant les
opprobres et les injures, afin de l'imiter en cela plus parfaitement, pourvu que je
puisse les souffrir sans péché de la part du prochain, et sans déplaisir de sa
divine Majesté. AVE MARIA
-Dans le second colloque, je m'adresserai à Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour
qu'Il m'obtienne de Dieu le Père la même grâce et je réciterai la prière ÂME de
Jésus-Christ (page 339)
- Dans le troisième colloque, je demanderai la même grâce à Dieu le Père, le
suppliant de me l'accorder Lui-même - PATER NOSTER.
Allez, allez vite…
*****
((fin page 240))
((page 241)) N° 18
LES 3 CLASSES D'HOMMES
Mes chers Messieurs, vous vous rendez compte, je le pense du moins, du
processus si logique des exercices: Nous avons commencé par voir de quoi il
s'agissait: le Principe et Fondement… l'homme est créé, etc… les choses qui
nous entourent sont là pour nous aider et nous devons nous en servir autant
qu'elles nous conduisent à réaliser ce plan d'amour. Mais si nous faisons nos
caprices ? eh bien, comme sur la route au plan naturel, cela entraîne des
catastrophes, et bien plus terribles, sur le plan spirituel – c'est une question de
bon sens. Nous avons donc terminé cette étude par une bonne confession;
c'était la première semaine des exercices.
En deuxième semaine nous avons éprouvé le besoin d'avoir un guide, un chef.
Or, le Bon Dieu nous donne encore mieux que cela, puisqu'il nous donne un
modèle, Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est venu nous dire: ,,Je suis la Voie,
la vérité, la Vie, et personne ne va au Père si ce n'est par moi”. Nous avons pu
voir quels sont ses goûts, ses vertus et, dans ses exemples, ce qu'Il en pense
de cette "quincaillerie" du monde que sont les richesses, les vains honneurs et
le qu'en dira-t-on!… Nous avons ainsi compris que nous n'étions pas
d'authentiques chrétiens et qu'il fallait le devenir; nous avons demandé, essayé
alors de nous revêtir du Christ, comme le dit Saint Paul.
Malheureusement, avec nos pauvres cinq petits jours, c'est très rapidement
que nous avons vu cela: nous avons vu un peu comment fait Notre-Seigneur: Il
nous appelle, en bref, au renoncement. Tout ce qu'Il prêchera un jour, les
Béatitudes, là, devant nous. Il les a vécues; avant d'enseigner Il a commencé
par "faire" lui-même et Il nous dit: ,,Que celui qui veut être mon disciple se
renonce à lui-même, (à ses idées de fils d'Adam qui recherche son bonheur ici-
bas en faisant ses caprices) qu'il prenne sa Croix et qu'il me suive”.
Mes chers Messieurs, vous le voyez, il s'agit d'un changement de vie, d'une
conversion… Nous avons tous besoin de conversion, de retourner en arrière
pour reprendre le sens unique, le bon chemin car, sans arrêt, la vie nous en
détourne, actuellement surtout, il y a des dérives… on ne se rend plus
compte… il faut donc nous remettre délibérément devant le but et tenir jusqu'à
la prochaine retraite. Pour cela, nous avons tout à l'heure fait la grande
méditation des deux Étendards qui est l'Esprit du Christ, c'est-à-dire de l'esprit
de pauvreté et de renoncement aux biens de ce monde avec l'acceptation des
humiliations… Quelqu'un qui reste l'esclave de l'argent, quelqu'un qui fuit les
humiliations flanchera inéluctablement et cédera au respect humain!… 
Il faut que nous comprenions bien cette opposition irréductible entre l'esprit du
monde et l'esprit chrétien. Beaucoup tendent à marier cela, à prendre un peu
de l'un et un peu de l'autre; vous avez vu que cela n'était pas possible, cette
méditation vous l'a bien démontré. Saint Augustin le disait sous une autre
forme: ,,Deux amours ont fait deux cités: l'amour de soi jusqu'au mépris de
Dieu a fait la cité du Diable, tandis que l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi
a fait la cité de Dieu”.
Elle vous a montré aussi qu'il y a non seulement les passions humaines qui
jouent, mais que des esprits très subtils et intelligents, cachés, se servent de
tout, même de nos bonnes qualités pour essayer de nous entraîner à l'abîme le
Bon Dieu le permettant d'ailleurs… Encore une fois, ne faisons pas du
manichéisme: ne considérons pas d'un côté le Bon Dieu avec sa puissance et
de l'autre côté le démon avec la sienne,… non!… le Bon Dieu se sert du démon
pour des tentations (les règles du discernement des esprits que vous étudiez
aux réunions de 11 heures font mieux comprendre cela) et nous savons, avec
toute l'Écriture, que la tentation ne sera jamais au-dessus des forces de deux
qui se confient en Dieu! Mais Dieu veut par ce moyen nous rappeler notre
faiblesse, notre misère et nous montrer le besoin que nous avons d'avoir
recours à Lui, le besoin que nous avons des Sacrements et de la prière… alors,
de quoi s'agit-il maintenant ?
Eh bien, de plus en plus, il s'agit de préparer l'avenir: La première semaine a
arrangé le mauvais passé, la deuxième prépare l'avenir: Que faut-il que je
fasse, moi X, pour ressembler au Christ ? Au cours de la retraite, mais
davantage maintenant, vous avez pu remarquer qu'il y avait dans votre vie des
choses qui vous empêchaient d'être au Christ comme il le fallait… que ces
choses-là il fallait les arranger, les guérir… Et Saint Ignace, parce que cela est
difficile, parce que cela va contre nos instincts, nous l'a fait demander par 3 fois
en trois colloques: d'abord à notre bonne Mère – Saint Louis Marie de Montfort
disait qu'elle avait le don de couvrir de sucre les croix les plus amères – puis à
Jésus, doux et humble de cœur, et puis enfin au Père en lui offrant, pour le
remercier de nous octroyer une pareille grâce (celle d'obtenir l'esprit chrétien) la
passion de son Jésus, humilié et dépouillé de tout…
Il semblerait donc que nous n'ayons plus à hésiter, mais Saint Ignace a peur
que le démon ne vienne nous décourager en utilisant deux torpilles:
- Première torpille: oui, bien sûr, il faut se convertir, mais tu as encore le
temps… profite encore un peu, à ton âge comment feras-tu ?… remets donc à
plus tard… mais plus tard, il sera trop tard!… 
- Deuxième torpille: d'accord, cela découle de source, il faut se convertir, tu
feras ce qu'on te demande, sauf… sauf justement le sacrifice qu'il faudrait
faire…
Pour obvier à ce danger Saint Ignace va nous faire faire maintenant une courte
contemplation que l'on pourrait appeler "le percuteur" de sa méthode,
contemplation qui va décider de notre conversion réelle ou non.
Veuillez prendre la page 383: les 3 classes d'Hommes. C'est une façon de
parler: on dit aussi les 3 paires d'Hommes comme on dirait les 3 paires d'amis;
nous pourrions les appeler également les 3 binaires.
La prière préparatoire est toujours la même: Nous demandons à Dieu la grâce
de réaliser son plan.
Premier préambule, l'histoire: Ici c'est celle des trois binaires d'Hommes et
chacun a acquis dix mille ducats d'or (ce qui représente un million de nouveaux
francs, c'est-à-dire une grosse somme). Ils l'ont acquises honnêtement bien
sûr; il n'y aurait pas de problème n'est-ce pas s'il en était autrement car ils
devraient la rendre, tout simplement; ils l'ont donc acquise honnêtement mais
sans se proposer purement et uniquement le motif de l'amour de Dieu
(rappelons-nous que tout doit nous servir par rapport à Dieu puisque toutes les
créatures, y compris l'argent, doivent nous aider à louer et servir Dieu) et ils
veulent se sauver et trouver Dieu dans la paix, en se déchargeant d'un poids
qui les arrête et en surmontant l'obstacle qu'ils rencontrent à leur dessein dans
l'affection au bien qu'ils ont acquis.
Évidemment, cette fortune qui vient d'entrer dans leur vie constitue un poids, un
attachement, et bien que cette fortune soit légitime, cet attachement ne va-t-il
pas leur nuire pour trouver Dieu dans la paix ?
Si donc, moi j'ai un attachement semblable dans ma vie, ne va-t-il pas me faire
dévier dans la route qui mène à Dieu ? Voilà le problème!… 
Deuxième préambule, la composition de lieu, le cadre: Ici, je me verrai moi-
même devant Notre-Seigneur et tous les Saints, dans la disposition de désirer
et de connaître ce qui sera le plus agréable à Sa divine bonté.
Oui, il faudra le demander, mais d'abord désirer et connaître ce qui sera le plus
agréable à Dieu par rapport à moi. On appelle cela, dans les exercices, la
grande composition de lieu, celle où Saint Ignace nous met devant Dieu et
devant tous les Saints!… Nous sommes là en effet dans un moment
pathétique, un des moments les plus importants… Pour vous le faire mieux
comprendre je vais me servir d'une image, un peu vulgaire il est vrai, pour
mieux concrétiser cette composition de lieu:
En Provence, comme dans certaines régions, tous les Dimanches il y a des
fêtes de village ou de quartier où l'on trouve des vire-vire comme on dit en
Provence, des carrousels, des chevaux de bois, maintenant remplacés par les
automobiles ou des avions, peu importe; il y a aussi divers amusements et,
parmi, l'un des plus populaires est celui de la marmite: … Là, dans la rue
centrale, on plante deux piquets reliés par une corde à environ 3 m de haut sur
laquelle on attache une marmite remplie d'eau; les jeunes gens qui veulent
prendre part au concours et gagner le prix se voient bander les yeux. A 5 ou 6
mètres de la marmite on leur place un bâton de 3 m dans les mains. Celui qui
réussit à détruire la marmite en 3 cours de pâton gagne le prix.
Alors imaginez! de chaque côté il y a une haie de spectateurs pour jouir du
spectacle. Quant aux concurrents, ils essaient un peu avant de prendre
quelques points de repère soit avec la foule qui crie, soit avec un semblant de
lueur solaire sous le bandeau, mais c'est quand même difficile de taper
exactement… souvent c'est sur la corde qu'ils frappent mais, dans l'assistance,
il y a toujours des petits frères ou des petites sœurs du grand frère qui prend
part au concours et ils voudraient, c'est évident, que le grand frère remporte le
prix! vous les voyez alors: Emile, … un pas en avant… non, tape un peu à
gauche, etc… et les commissaires du jeu, chargés d'empêcher ces
irrégularités: Taisez-vous, gamins, ici, c'est la justice!!… 
Eh bien, au Ciel, en ce moment c'est pareil: au balcon du Ciel nous avons là
tous les Saints qui nous ont précédés dans la vie et nous ont connus,… les
Saints de notre famille, de notre quartier, de notre paroisse! et ils nous
regardent…
Ah! qu'est-ce qu'il va faire le petit maintenant ? Il arrive au moment pathétique!
Voyons s'il va bien frapper sur la marmite ou s'il va taper à côté ? Voyez, tous
nos Saints nous regardent pour voir – en transposant l'histoire – quelle décision
va-t-il prendre ? va-t-il choisir la bonne ou décider à côté ?
Troisième préambule, demander ce que je veux obtenir:
Ici je demanderai la grâce de choisir ce qui sera en effet le plus glorieux à la
divine Majesté et le plus avantageux au salut de mon âme.
Ah! Messieurs, il faut une grâce pour cela, pour choisir effectivement. Tout à
l'heure je demandais de connaître… maintenant je vais demander de choisir.
Vous voyez la différence, il faut que je me décide à choisir en fait ce qui sera
davantage pour la gloire de Dieu et le salut de mon âme…
Revenons maintenant aux 3 binaires pour voir ce qu'ils vont faire:
Premier binaire:
Le premier binaire voudrait (vous voyez, dès le départ, nous avons un
conditionnel, un mais qui éclaire tout le reste), il voudrait enlever l'attache qu'il a
à la chose acquise pour se trouver dans la paix de Notre-Seigneur, pour être
capable de se sauver, mais il n'en prend pas les moyens jusqu'à l'heure de la
mort…
Mes chers Messieurs, vous avez beaucoup de gens qui renvoient. Ils ne disent
pas non!… Bien souvent, des recruteurs pour la retraite nous parlent de ces
difficultés, de personnes qu'ils ont contactées,… je suis allé voir Monsieur un
tel, il ne m'a pas dit non…
Mais il ne vous a pas dit OUI ? Donc ceux qui renvoient: ils ne disent pas non,
mais comme le problème est ennuyeux, ils préfèrent se défiler en le renvoyant
à plus tard! Il y a des retraitants aussi qui font cela dans la retraite… par
exemple: un homme que l'on invite à arranger quelque chose dans la vie et qui
vous répond: ah oui, je pense qu'à la prochaine j'aurai mieux compris…
…Mais, pourquoi à la prochaine ? Pourquoi pas à celle-ci ? Qu'est-ce qui vous
dit que vous aurez une prochaine retraite ? … oui, on renvoie, un peu comme
dans la chanson de Malborough… il reviendra à Pâques… ou à la Trinité, la
Trinité se passe!… et toujours on renvoie…
On peut prendre là de nombreux exemples: celui si connu du bonhomme qui a
une crise d'appendicite, douleurs violentes très localisées au bas-ventre,
vomissements, température; il va donc voir le médecin qui lui dit: Mon cher
Monsieur, vous avez telle chose, ce n'est pas grave à notre époque, on arrange
cela assez facilement, quand on s'y prend à temps!… il vous faut aller à la
clinique…
A la clinique docteur ? au moment où je dois aller en vacances, mais vous n'y
pensez pas ? pas d'histoire, d'abord la famille! après les vacances peut-être!…
Mon cher Monsieur, c'est sérieux, c'est à vos risques et périls…
Bien! Le voilà au milieu des vacances au bord de la mer où il a une seconde
crise: il se fait encore soigner en refusant l'opération et en promettant de faire
attention, mais ce qui devait arriver arrive: en rentrant, il a une troisième crise et
là on est bien obligé de le mettre en clinique, qu'il le veuille ou pas! Et on
l'opère à chaud; il a un très bon chirurgien, l'opération réussit admirablement,
mais… quelques complications et il meurt des suites…
Voilà l'histoire de beaucoup de gens qui renvoient, qui renvoient… qui
renvoient… et sur le plan spirituel c'est pareil…
Deuxième binaire:
Le deuxième veut enlever l'attachement, mais de telle sorte qu'il conserve le
bien acquis; il voudrait amener Dieu à son propre désir et ne peut se
déterminer à quitter ce qu'il possède pour aller à Dieu, quand bien même cela
serait meilleur pour lui.
Ce second cas, vous voyez, est un peu différent du premier: le premier renvoie,
solution facile mais absurde quant au résultat; le second, lui, ne renvoie pas,
mais s'il prend des moyens il ne prend pas les moyens nécessaires, par
exemple l'Ivrogne: s'il le faut, il acceptera d'aller à Lourdes à pied, de donner de
l'argent aux pauvres, de faire des pénitences, ça oui! mais de se priver de boire
du vin ? Ah ça, non! pas possible!… Quelqu'un qui a une relation coupable…
oui, oui, c'est entendu, il promettra de dire le chapelet avec elle, de ne plus
pécher… mais ce n'est pas ça qu'il faut faire Monsieur!, ce que le Bon Dieu
attend de vous, c'est de ne plus la voir, c'est de donner un coup de hache!…
Mais revenons à l'appendicite… nous avons un nouveau cas, évidemment,
puisque le premier est mort des suites… même symptômes: coups de
poignard, même diagnostic…
Oui docteur, les médecins à présent n'ont que ça à la bouche… le billard, le
billard, le billard!… on ne m'y fera jamais monter sur un billard!…
… Mais Monsieur…
Non, Non, docteur, comment faisait-on au siècle dernier ? Allez, donnez-moi un
bon petit régime, avec ça il y a des gens qui s'en sortent quand même!…
Oui, mais pas vous, je connais votre façon de vivre, je sais la vie que vous
menez comme représentant…
Allez docteur, laissez-vous faire! et quinze jours plus tard nouvelle crise…
Que voulez-vous docteur, j'étais chez des amis, ils ont tué un lièvre, je n'ai pas
pu refuser!…
… Je vous l'avais dit, il faut vous opérer…
… Ah ça! jamais docteur, je veux d'abord essayer… on m'a parlé d'une certaine
Mlle Adélaïde qui faisait un bouillon avec du foie de vipère et un rossignol tué à
la pleine lune, il paraît que c'est radical pour ça!…
Mais quelques jours plus tard, nouvelle crise et, cette fois, malgré ses cris, on
est bien obligé de l'opérer à chaud lui aussi; l'opération réussit admirablement,
mais, comme le premier, il meurt des suites!…
Oui, que de catholiques qui font cela, qui prennent le moyen à côté, mais vous
pourriez me dire: Oui, Saint Ignace nous donne cet exemple, mais je n'ai pas
reçu 10'000 ducats d'or moi,…
Non, non! ce n'est pas qu&