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"Villa urbaine durable"

Le programme "Villa urbaine durable" est l'occasion de mettre en évidence


certains changements qui s'opèrent dans les pratiques des professionnels de la
construction du fait d'une prise en compte accrue de la problématique du
développement durable. La question des matériaux y est centrale. On assiste
désormais à une forte attention à leur "coût énergétique", à leur caractère sain et
non toxique, à leur facilité d'entretien et à leur nature recyclable en fin de vie. Des
expérimentations sont menées par les concepteurs dans les modes de mise en
ouvre aussi bien pour la structure que pour le second ouvre. Elles reçoivent l'aide
de la "recherche développement", mobilisée par différentes approches comme
par exemple celle portant sur de nouvelles combinaisons de matériaux à tenter
avec l'enjeu d'exploiter leurs complémentarités. Puissent les interventions qui
vont suivre refléter clairement ces évolutions qui engagent l'avenir du secteur du
Bâtiment dans son entier.

Nous allons revisiter certains projets lauréats sous l'angle de l'emploi des
matériaux dans une perspective "durable", sachant que le contexte donné (nature
du climat et état de la pollution urbaine) et la qualité d'ambiance recherchée
peuvent déterminer différentes approches dans le choix d'un matériau, à
commencer par :

 son impact négatif sur l'environnement,


 sa capacité de recyclage,
 sa résistance au vieillissement et à l'altération de son aspect extérieur.
Caen et Rouen

En ce qui concerne les projets qui sont situés à Caen et Rouen, les équipes
partagent en commun le choix d'une construction en béton qu'elles confieront
toutes deux à l'entreprise Quille. Elles entendent l'une et l'autre travailler de
manière approfondie sur les ruptures de ponts thermiques.

Pour le projet situé à Rouen, L'Atelier des Deux Anges, assisté de Enerpol
Ingenierie comme consultant, propose d'étudier des solutions alternatives
d'isolation extérieure telles que le liège sous bardage brique ou le panneau de
roseaux, ou encore la plaque de liège avec enduit hydraulique.

Les éventuelles émissions de polluants des matériaux placés dans le volume


intérieur des logements seront ici une préoccupation forte. Les concepteurs
s'intéressent notamment aux liens entre matériau et asthme.

Notons que l'équipe choisit de végétaliser les terrasses.


Digne et Chateauroux

Dans les projets lauréats situés à Digne et Chateauroux, Christina Conrad, assistée
de Patrick Martin (Betrec) comme consultant HQE, entend construire
principalement avec de la terre cuite et du bois. Elle en justifie le choix par leur
caractère sain. On a vu précédemment que la terre cuite ne rejette aucun
polluant dans l'atmosphère et peut être entièrement revalorisée en fin de vie.

Compte tenu du climat dignois (continental, montagnard et développant donc des


écarts de température importants entre le jour et la nuit), la recherche
d'écoconstruction a orienté l'équipe sur un bâtiment à inertie et isolation
réparties. Pour optimiser les résultats attendus, cet axe de recherche a aussi été
suivi dans le cas de Chateauroux. Aussi la brique "Monomur" est-elle utilisée pour
les façades et les murs de refend des deux opérations.

Dans le registre de la brique, rappelons que les grandes briques alvéolaires, et


plus particulièrement le Monomur en terre cuite, représentent des avancées à la
fois sur le plan des techniques constructives et de la thermique : elles constituent
un très bon régulateur d'hygrométrie et leur inertie est très favorable au confort
d'été avec un déphasage de 12 heures qui permet de maintenir une fraîcheur
acquise dans la nuit toute une partie de la journée, ou à l'inverse, lors de l'hiver,
en stockant la chaleur acquise la journée (les apports passifs liés au soleil) pour la
restituer tout au long de la nuit.

Le montage à joint sec du Monomur permet d'optimiser un coefficient de


transmission surfacique d'environ 0.35 W/m2 K, et entre dans les exigences de la
RT 2000 . Par sa masse, il est aussi un bon isolant acoustique.

La couverture sera en tuile de terre cuite, l'isolation devant être posée en sous-
face, sur le faux-plafond, pour éviter tout pont thermique.
Le bois sera utilisé pour réaliser la charpente, les balcons, les persiennes et le
plancher intermédiaire entre les 1er et 2ème étages, ce dernier permettant un
réaménagement ultérieur de la construction pour rendre de ce fait le projet
modulable et flexible.

Ce parti terre cuite/bois profitera au travail que l'équipe envisage de mener pour
organiser un "chantier vert".

À Digne et Chateauroux, on est typiquement dans le cadre d'une construction


mixte telle que nous pouvons le souhaiter. Les planchers du niveau bas et les
murs de refend sont en béton, toute l'enveloppe extérieure est en brique, le
plancher du duplex est en bois, réalisé à 50 % pour permettre une évolution
possible de l'espace. Cette formule passive, de par sa conception, répond aux
exigences de la RT 2000.
Roubaix

Le projet conçu à Roubaix par Dominique Montassut, assisté de Serge Sidoroff


comme consultant HQE, part du choix d'une enveloppe correctement isolée sur le
plan thermique. Les gains souhaités par rapport à la NRT pour les 3 logements
types étudiés seront compris entre 10 et 17%.

Aussi un principe de façade lourde à haute inertie s'applique-t-il aux quatre


bâtiments envisagés : on y a recours à de la brique rustique (recyclée) -
appareillée pour former des murs porteurs de 22 cm et isolée avec du PSR (y
compris sur locaux non chauffés) - et à des vitrages peu émissifs à lame d'air de 16
mm.

L'isolation thermique recherchée suppose des déperditions minimales. En ce qui


concerne l'ossature en béton armé, les nez de dalles béton et les acrotères seront
munis de rupteur thermique, pour assurer la continuité de l'isolant aux abouts de
refend. La toiture terrasse, non accessible, aura également une résistance
thermique minimale avec un isolant extérieur en verre cellulaire.

Le double vitrage 6-16-8 utilisé limitera les risques de surchauffe l'été, faibles à la
latitude de Roubaix, tout en permettant une récupération des apports solaires
d'hiver et de demi-saison.

Toutes les menuiseries, montées en affleurement des façades, seront en bois


massif ou en lamellé collé d'essences locales ou issues de forêts gérées
durablement. Avec une finition lasurée ou vernie teintée, ces bois nécessitent un
entretien périodique. Leur protection de classe 3 ne correspondra à aucun
traitement, sinon à l'utilisation d'un produit certifié, sans PCP, ni chrome, ni
arsenic. Ainsi ces produits ne se transformeront-ils pas en déchets industriels
spéciaux (DIS) et l'on pourra les incinérer en récupérant de l'énergie.
Les sols des pièces sèches seront recouverts de linoleum naturel, un matériau
durable fabriqué à partir de matières premières renouvelables (farines de liège et
de bois, huile de lin et de colophane, poudre de calcaire, toile de jute).

Brique, béton pour les planchers et les refends, acier galvanisé, verre pour les
façades... : les matériaux et produits de construction utilisés seront pérennes et
généralement recyclables, avec des techniques connues, dans le cas d'une
déconstruction future. Certains matériaux (métal déployé pour les façades en
serrurerie) sont d'ores et déjà recyclés sur les chantiers actuels de déconstruction.
Quimper

Dans le projet de Quimper, le cabinet Orset, assisté de Jacques Miriel comme


consultant chauffage, propose de construire des maisons en bande à partir d'une
série de refends parallèles, réalisés en brique de terre cuite Monomur (27 cm).
Toute l'opération répond au même principe d'organisation : l'inscription, entre
deux « blocs » en Monomur, d'une construction légère pouvant abriter une
terrasse.

On a vu précédemment que cette brique de mur alvéolaire, outre ses qualités


d'isolation thermique, répond à des techniques constructives permettant
d'éliminer pratiquement les ponts thermiques. Garante de performances
thermiques - on a ici un système d'énergie passive -, cette suppression protège
aussi des désordres de condensation. Les façades rue et jardin sont à structure
bois, préfabriquées et assemblées en atelier, ce qui permet à l'équipe de
contrôler la qualité du parement en bardage à clins et du montage des baies, au
nu extérieur. Une charpente de pannes bois (en caisson, à âme bois ou métal)
porte de pignon à pignon, sans ferme (et sans poussée sur les façades bois), une
couverture traditionnelle en ardoises, soit une ressource et un savoir-faire locaux.

L'équipe travaille sur des questions de construction, de reconversion et de


déconstruction du bâtiment. La restitution de la « carcasse » initiale (deux refends
porteurs, dalle béton du premier plancher, toiture) est possible lorsque l'exigent
des améliorations de performance des composants, des exigences réglementaires
ou de nouveaux besoins. On peut déshabiller ainsi la maison pour réaménager
l'intérieur. Les façades bois préfabriquées par éléments sur rue et jardin sont par
exemple interchangeables et démontables. La chape sèche est étudiée pour
pouvoir modifier ou déposer des boucles du plancher chauffant. De manière plus
générale, les architectes qui travaillent ici sur la gestion des déchets, cherchent à
rendre plus aisé le tri des matériaux constitutifs de l'ouvrage.
Creil

Dans le projet lauréat situé à Creil, Alain Pesso, assisté de Michel Raoust comme
consultant HQE, a retenu un parti constructif pour l'ensemble de l'opération
(composée de logements individuels et collectifs) qui fait appel à des produits
industriels à assembler à sec sur le chantier. Il est constitué principalement :

d'une structure en béton armé composée de poteaux, de poutres et de planchers


en dalles alvéolaires, fabriqués par l'industriel BDI : montée à sec, elle permet de
réaliser des étages libres, les dalles alvéolaires portant de façade à façade (jusqu'à
9 mètres), soit un dispositif constructif expérimental de poutre grande portée en
béton,

d'une façade légère, également montée à sec et composée dans sa partie opaque
et de l'extérieur vers l'intérieur, de bardages en terre cuite, d'une ossature
verticale en bois de façon à limiter les ponts thermiques au droit des planchers,
d'un écran pare-pluie et d'étanchéité au vent, de laine minérale fixée, d'une part,
entre les éléments d'ossature et, d'autre part, côté face intérieure avec le
système « Optimat » d'Isover, et un parement en plaque de plâtre, des
menuiseries en bois comportant des vitrages innovants à isolation thermique
renforcée (voire à isolation thermique et acoustique renforcées).

On sait que les structures poteaux / poutres, qui présentent d'indéniables


avantages en terme d'usage et d'évolutivité des bâtiments, sont compétitives
économiquement par rapport à la technologie dominante constituée par des
refends ou des murs porteurs. Cependant, il n'en est pas de même des solutions
de façade qui sont associées à ce type de structure ; toutes les études
économiques faites montrent que ces solutions induisent des surcoûts
d'investissement, lesquels freinent le développement de ces techniques.

Consciente de ce problème, l'équipe s'est rapprochée des industriels associés


pour trouver une solution compétitive de façade légère s'inscrivant pleinement
dans les objectifs du développement durable.
Une isolation renforcée de l'enveloppe et un traitement de tous les ponts
thermiques permettront de dépasser le futur palier réglementaire de 2005.
L'équipe vise un coefficient Ubat inférieur de 25 % à Ubatref. Elle aura recours
systématiquement à des vitrages faiblement émissifs de nouvelle génération,
avec menuiserie bois et intercalaire sans pont thermique.
Ivry

A Ivry, Atelier 15, assisté de Tribu comme consultant HQE, développe un travail
sur la ventilation naturelle. Dans ce cadre, l'équipe s'intéresse à la perméabilité
des parois, à l'effet pariéto-dynamique que peut générer une circulation d'air
dans l'épaisseur d'un mur : elle envisage d'utiliser des parois bois de type suédois
et des murs doubles en brique, de type hollandais.

Une des problématiques que se pose l'équipe concerne la constitution d'un DCE
qui puisse répondre aux exigences HQE. A cet effet, le CCTP intègrera par exemple
une grille de description exigentielle des produits listant les caractéristiques
environnementales afin que les entreprises puissent faire leur offre.
Clermont-Ferrand

A Clermont-Ferrand, le cabinet Fabre & Speller, assisté du Betrec comme


consultant HQE, entend développer une démarche HQE en expérimentant
différents modes de construction. En ce qui concerne les matériaux, il a prévu de
comparer quatre solutions constructives, son idée de départ étant d'étudier
chacun des quatre bâtiments à partir d'une filière différente : béton, brique G,
bois ou acier. Ces études s'entendent à performances techniques identiques, de
telle manière que le coût des filières puisse être apprécié sur des bases
exploitables; une étude en coût global sera produite à partir des résultats de la
consultation qui objectivera les coûts d'investissement, les coûts de
consommation étant modélisés sur des bases comparables.

Après une première phase de travail, deux solutions seulement ont finalement
été retenues pour être construites. Chacune fera l'objet d'observations
comparatives sur la qualité environnementale des différents chantiers et
ultérieurement sur les caractéristiques réelles du bâtiment en vie et sur sa
durabilité.
Loïc Chesne, Betrec, à propos du projet de Clermont-Ferrand

Les bâtiments n'ont pas été conçus à l'origine sur la base d'un mode constructif
en soi. On a fait véritablement une jonction. L'idée étant d'avoir des bâtiments
qui soient quasiment identiques de par leur emprise au sol, leur hauteur et leur
surface de façade. Et puis ensuite, on s'est attaché à établir la cohérence entre la
forme globale du bâtiment présentée au départ et la technique constructive. Il est
vrai que si l'on se pose dès l'origine la question de la construction d'un bâtiment
en bois en fonction du contexte, il est fort probable que l'on arrive presque
systématiquement à la conclusion que, sur des lieux particulièrement contraints
au niveau acoustique, cette option n'est pas adaptée. Effectivement, vous avez
raison de dire que, peut-être, l'optimisation prise plus en amont aurait, d'entrée,
éliminé un certain nombre de modes constructifs.