TIPE - L'énergie géothermique : De
l'Islande au Maroc
Introduction
L'énergie géothermique, issue de la chaleur interne de la Terre, représente une source
d'énergie renouvelable prometteuse. Ce TIPE se propose d'explorer les principes
fondamentaux de cette énergie, en se concentrant sur ses aspects thermodynamiques et
mécaniques, essentiels à la compréhension de son exploitation. Nous comparerons
ensuite une centrale géothermique emblématique en Islande, pays pionnier dans ce
domaine, avec le potentiel géothermique de Moulay Yacoub au Maroc, une région
connue pour ses sources thermales. L'objectif sera d'identifier les défis et de proposer
des solutions pour optimiser le rendement de l'exploitation géothermique au Maroc, en
s'appuyant sur des analyses théoriques et des simulations numériques.
Partie I : Fondements théoriques de l'énergie
géothermique
1. Aspects thermodynamiques
L'exploitation de l'énergie géothermique repose intrinsèquement sur les principes de la
thermodynamique. La chaleur du sous-sol terrestre est convertie en une forme d'énergie
utilisable, généralement de l'électricité ou de la chaleur directe. Ce processus implique
des transferts de chaleur, des changements d'état et des cycles thermodynamiques.
1.1. Transfert de chaleur dans la Terre
La chaleur interne de la Terre provient principalement de la désintégration radioactive
d'éléments comme l'uranium, le thorium et le potassium, ainsi que de la chaleur
résiduelle de la formation de la planète. Cette chaleur est transférée vers la surface par
conduction, convection et, dans une moindre mesure, par radiation. Le gradient
géothermique, qui représente l'augmentation de la température avec la profondeur, est
un paramètre clé. En moyenne, il est d'environ 25-30 °C par kilomètre, mais il peut être
beaucoup plus élevé dans les zones géologiquement actives, comme en Islande ou dans
certaines régions du Maroc.
1.2. Cycles thermodynamiques des centrales géothermiques
Les centrales géothermiques utilisent différents cycles thermodynamiques pour
convertir la chaleur géothermique en électricité. Les plus courants sont les cycles à
vapeur flash, les cycles à binaire et les cycles à vapeur sèche.
1.2.1. Cycle à vapeur sèche
Ce type de centrale est le plus simple et le plus ancien. Il utilise directement la vapeur
d'eau sèche provenant du réservoir géothermique pour faire tourner une turbine, qui
entraîne un générateur électrique. La vapeur est ensuite condensée et réinjectée dans le
réservoir ou rejetée dans l'environnement. Le rendement de ce cycle est limité par la
température et la pression de la vapeur disponible.
1.2.2. Cycle à vapeur flash
Lorsque le fluide géothermique est un mélange d'eau chaude et de vapeur, ou de l'eau
surchauffée, on utilise un cycle à vapeur flash. L'eau chaude sous pression est
acheminée vers un séparateur (flash tank) où la pression est brusquement réduite,
provoquant une vaporisation partielle (flash). La vapeur ainsi produite est utilisée pour
entraîner une turbine. L'eau restante, ainsi que la vapeur condensée, sont réinjectées.
1.2.3. Cycle à binaire (Organic Rankine Cycle - ORC)
Ce cycle est adapté aux ressources géothermiques de plus basse température. Il utilise
un fluide de travail organique (ayant un point d'ébullition bas, comme l'isopentane ou le
n-butane) qui est vaporisé par la chaleur du fluide géothermique via un échangeur de
chaleur. La vapeur du fluide organique entraîne une turbine, puis est condensée et
pompée de nouveau vers l'échangeur. Le fluide géothermique, après avoir cédé sa
chaleur, est réinjecté. L'avantage de ce cycle est qu'il permet d'exploiter des ressources
géothermiques de température plus faible et qu'il n'y a pas de contact direct entre le
fluide géothermique et la turbine, ce qui réduit les problèmes de corrosion et
d'entartrage.
1.3. Rendement thermodynamique
Le rendement thermodynamique d'une centrale géothermique est un aspect crucial. Il
est régi par le deuxième principe de la thermodynamique, qui stipule qu'il est
impossible de convertir intégralement la chaleur en travail. Le rendement maximal
théorique est donné par le rendement de Carnot :
$\eta_{Carnot} = 1 - \frac{T_{froid}}{T_{chaud}}$
Où $T_{froid}$ est la température de la source froide (généralement l'environnement ou
le fluide de réinjection) et $T_{chaud}$ est la température de la source chaude (le fluide
géothermique). En pratique, le rendement réel est toujours inférieur au rendement de
Carnot en raison des irréversibilités (frottements, transferts de chaleur non idéaux, etc.).
Pour une centrale géothermique, le rendement peut être défini comme le rapport entre
l'énergie électrique produite et l'énergie thermique extraite du réservoir géothermique.
L'optimisation du rendement passe par l'amélioration de l'efficacité des échangeurs de
chaleur, des turbines et des pompes, ainsi que par la minimisation des pertes
thermiques.
2. Aspects mécaniques
L'exploitation de l'énergie géothermique implique également des considérations
mécaniques importantes, notamment en ce qui concerne l'extraction du fluide
géothermique, son transport, et la conversion de son énergie en travail mécanique pour
entraîner les générateurs.
2.1. Forage et extraction du fluide
Le forage est l'étape initiale et cruciale pour accéder aux réservoirs géothermiques
profonds. Les techniques de forage utilisées sont similaires à celles de l'industrie
pétrolière et gazière, mais adaptées aux conditions spécifiques des environnements
géothermiques (hautes températures, fluides corrosifs, roches dures). Le choix des
matériaux des puits (tubages) et des équipements de forage est essentiel pour résister à
ces conditions extrêmes et assurer la durabilité de l'installation.
Une fois le réservoir atteint, le fluide géothermique (eau chaude, vapeur ou un mélange
des deux) est extrait via des puits de production. La remontée du fluide peut être
naturelle si la pression du réservoir est suffisante (phénomène d'auto-jaillissement), ou
assistée par des pompes immergées (pompes submersibles) si la pression est faible. Ces
pompes doivent être conçues pour fonctionner à haute température et résister à la
corrosion.
2.2. Transport des fluides et pertes de charge
Le fluide géothermique est transporté des puits de production vers la centrale via des
conduites. La conception de ces conduites doit minimiser les pertes de charge (pertes
d'énergie dues aux frottements du fluide contre les parois des tuyaux et aux singularités
comme les coudes ou les vannes) et les pertes thermiques. Les pertes de charge sont
calculées en utilisant des équations de mécanique des fluides, telles que l'équation de
Darcy-Weisbach ou les formules de Colebrook-White pour déterminer le facteur de
frottement. La connaissance des propriétés du fluide (viscosité, densité) et des
caractéristiques des conduites (diamètre, rugosité) est primordiale.
Les pertes thermiques le long des conduites peuvent entraîner une diminution
significative de la température du fluide, réduisant ainsi le rendement global de la
centrale. L'isolation des tuyaux est donc une mesure essentielle pour maintenir la
température du fluide à un niveau optimal.
2.3. Turbines et générateurs
Au cœur de la conversion d'énergie se trouvent les turbines. Dans les centrales
géothermiques, les turbines à vapeur (pour les cycles à vapeur sèche ou flash) ou les
turbines à fluide organique (pour les cycles binaires) convertissent l'énergie thermique
et cinétique du fluide en énergie mécanique de rotation. Le principe de fonctionnement
de ces turbines repose sur les lois de la mécanique des fluides et de la
thermodynamique, où l'expansion du fluide à travers les aubes de la turbine génère un
couple moteur.
La puissance mécanique fournie par la turbine est ensuite transmise à un générateur
électrique, qui convertit cette énergie mécanique en énergie électrique. Le rendement
du générateur est également un facteur important dans l'efficacité globale de la
centrale. Les concepts de puissance, de couple, de vitesse de rotation et de rendement
mécanique sont au cœur de l'analyse de ces composants.
2.4. Réinjection du fluide
Après avoir cédé son énergie, le fluide géothermique est généralement réinjecté dans le
réservoir via des puits de réinjection. Cette étape est cruciale pour plusieurs raisons :
• Maintien de la pression du réservoir : La réinjection permet de compenser le
fluide extrait, évitant ainsi une chute de pression qui pourrait réduire la production
future.
• Durabilité de la ressource : Elle assure un cycle hydrologique fermé, garantissant
la pérennité de la ressource géothermique.
• Gestion des effluents : Elle permet de disposer des fluides géothermiques qui
peuvent contenir des minéraux dissous ou des gaz non condensables, évitant ainsi
leur rejet dans l'environnement.
La réinjection nécessite également des pompes (pompes de réinjection) et un réseau de
conduites, dont la conception doit prendre en compte les pertes de charge et les
caractéristiques du fluide réinjecté.
En résumé, les aspects mécaniques de la géothermie englobent la maîtrise des
techniques de forage, la gestion des fluides sous pression et à haute température, la
conception et l'optimisation des systèmes de pompage et de transport, ainsi que
l'efficacité des turbines et des générateurs. Une compréhension approfondie de ces
principes est indispensable pour concevoir et opérer des centrales géothermiques
performantes et durables.
Partie II : Étude comparative : Hellisheiði (Islande) vs.
Moulay Yacoub (Maroc)
Cette section vise à établir une comparaison détaillée entre la centrale géothermique de
Hellisheiði en Islande, un exemple d'exploitation géothermique à grande échelle et de
haute température, et le potentiel géothermique de Moulay Yacoub au Maroc,
caractérisé par des ressources de plus basse température et une exploitation
principalement balnéaire. Cette analyse mettra en lumière les opportunités et les défis
spécifiques à chaque contexte.
1. Contexte géologique et ressources géothermiques
Hellisheiði (Islande) : L'Islande est située sur la dorsale médio-atlantique, une zone de
divergence de plaques tectoniques où l'activité volcanique et géothermique est intense.
Le champ géothermique de Hengill, où se trouve Hellisheiði, est une zone de haute
enthalpie caractérisée par des températures de réservoir très élevées (souvent
supérieures à 300 °C) et la présence de vapeur sèche ou d'eau surchauffée à haute
pression. Cette configuration géologique est idéale pour la production d'électricité à
grande échelle via des cycles à vapeur flash ou sèche [1].
Moulay Yacoub (Maroc) : Le Maroc, bien que ne se situant pas sur une zone de
divergence majeure, présente un potentiel géothermique significatif, notamment dans
sa partie nord-orientale. Moulay Yacoub est une zone de gradient géothermique élevé,
associée à des structures tectoniques complexes. Les ressources y sont principalement
de basse à moyenne enthalpie, avec des températures de réservoir généralement
inférieures à 150 °C. Les eaux thermales de Moulay Yacoub sont fortement minéralisées
et remontent à la surface naturellement, ce qui en fait une ressource précieuse pour la
balnéothérapie [2].
2. Modes d'exploitation et applications
Hellisheiði (Islande) : La centrale de Hellisheiði est un exemple d'exploitation
polyvalente de la géothermie. Elle produit de l'électricité à partir de la vapeur
géothermique et utilise la chaleur résiduelle pour le chauffage urbain de Reykjavík et des
serres. Cette cogénération maximise l'efficacité énergétique de la ressource. Le mode
d'exploitation est industriel, avec des forages profonds et des infrastructures complexes
pour la production d'électricité à grande échelle [3].
Moulay Yacoub (Maroc) : L'exploitation actuelle à Moulay Yacoub est principalement
axée sur les applications directes de la chaleur géothermique, notamment la
balnéothérapie et le tourisme thermal. Les eaux chaudes sont utilisées dans des spas et
des centres de bien-être. Bien qu'il n'y ait pas de production d'électricité à grande
échelle, le potentiel pour des applications de chauffage direct (serres, pisciculture) ou de
production d'électricité à petite échelle via des cycles binaires est à l'étude [4].
3. Défis et opportunités
Hellisheiði (Islande) : Les défis à Hellisheiði sont principalement liés à la gestion
durable du réservoir (réinjection pour maintenir la pression), à la corrosion due aux
fluides agressifs et à la nécessité de maintenir un équilibre entre la production
d'électricité et de chaleur. L'opportunité majeure réside dans l'abondance de la
ressource et l'expertise accumulée par l'Islande dans le domaine de la géothermie de
haute température.
Moulay Yacoub (Maroc) : Les défis à Moulay Yacoub sont plus importants pour la
production d'électricité. Les températures plus basses nécessitent l'utilisation de
technologies spécifiques comme les cycles binaires, qui sont plus coûteux et moins
efficaces pour la production d'électricité que les cycles à vapeur flash. La forte
minéralisation des eaux pose des problèmes d'entartrage et de corrosion des
équipements, nécessitant des traitements coûteux. L'infrastructure de forage et de
conversion d'énergie est également moins développée. Cependant, les opportunités
résident dans le développement de la géothermie pour des applications directes
(chauffage, agriculture) et, à terme, pour une production d'électricité décentralisée,
contribuant ainsi à la diversification du mix énergétique marocain et à la réduction de la
dépendance aux énergies fossiles [5].
Tableau comparatif : Hellisheiði vs. Moulay Yacoub
Caractéristique Hellisheiði (Islande) Moulay Yacoub (Maroc)
Contexte Zone de divergence de Zone de gradient géothermique
géologique plaques, haute enthalpie élevé, basse à moyenne enthalpie
Température
> 300 °C < 150 °C
réservoir
Vapeur sèche, eau
Type de fluide Eau chaude fortement minéralisée
surchauffée
Caractéristique Hellisheiði (Islande) Moulay Yacoub (Maroc)
Mode Production d'électricité Balnéothérapie, applications
d'exploitation (flash), cogénération directes
Capacité
303 MW Nulle (potentiel à développer)
électrique
Gestion du réservoir, Température plus basse,
Défis majeurs
corrosion minéralisation, infrastructure
Abondance ressource, Applications directes,
Opportunités
expertise diversification énergétique
Références
[1] Hellisheiði Power Station. Wikipedia. Disponible sur : [Link]
Hellishei%C3%B0i_Power_Station
[2] Sabri, K. (2019). Geology and hydrogeochemistry of the thermo-mineral waters of
Moulay Yacoub, Morocco. ScienceDirect. Disponible sur : https://
[Link]/science/article/abs/pii/S0375650517303978
[3] Hellisheidi Geothermal Power Project, Hengill. Energy Monitor. Disponible sur :
[Link]
[4] Optimizing geothermal energy in Morocco. SSRN. Disponible sur : https://
[Link]/sol3/[Link]/[Link]?
abstractid=4996991&mirid=1
[5] Geothermal energy in the world, the case of Morocco Essaouira Basin. ResearchGate.
Disponible sur : [Link]
377002682_Geothermal_energy_in_the_world_the_case_of_Morocco_Essaouira_Basin
3. Simulations Python
Pour illustrer les concepts thermodynamiques et mécaniques, nous avons développé
des simulations Python. Ces simulations permettent de visualiser l'impact de différents
paramètres sur le rendement des cycles et les pertes de charge.
3.1. Simulation du rendement thermodynamique
La première simulation modélise le rendement de Carnot et le rendement simplifié d'un
cycle de Rankine en fonction de la température de la source chaude. Le code Python
utilisé est le suivant :
import [Link] as plt
import numpy as np
import os
def calculate_carnot_efficiency(T_hot_celsius, T_cold_celsius):
"""
Calcule le rendement de Carnot.
T_hot_celsius: Température de la source chaude en Celsius.
T_cold_celsius: Température de la source froide en Celsius.
"""
T_hot_kelvin = T_hot_celsius + 273.15
T_cold_kelvin = T_cold_celsius + T_cold_celsius
if T_hot_kelvin <= T_cold_kelvin:
return 0 # Invalid temperatures
return 1 - (T_cold_kelvin / T_hot_kelvin)
def simulate_rankine_efficiency(T_hot_celsius, T_cold_celsius,
turbine_efficiency=0.85, pump_efficiency=0.75):
"""
Simule le rendement d'un cycle de Rankine simplifié.
Ceci est une simplification et ne prend pas en compte les
propriétés réelles des fluides.
T_hot_celsius: Température de la source chaude en Celsius.
T_cold_celsius: Température de la source froide en Celsius.
turbine_efficiency: Rendement isentropique de la turbine
(par défaut 0.85).
pump_efficiency: Rendement isentropique de la pompe (par
défaut 0.75).
"""
carnot_eff = calculate_carnot_efficiency(T_hot_celsius,
T_cold_celsius)
rankine_factor = 0.6
return carnot_eff * rankine_factor * turbine_efficiency *
pump_efficiency
if __name__ == "__main__":
temp_hot_range = [Link](100, 300, 100) # Températures
chaudes de 100°C à 300°C
temp_cold = 25 # Température froide fixe à 25°C
carnot_efficiencies = [calculate_carnot_efficiency(th,
temp_cold) for th in temp_hot_range]
rankine_efficiencies = [simulate_rankine_efficiency(th,
temp_cold) for th in temp_hot_range]
[Link](figsize=(10, 6))
[Link](temp_hot_range, carnot_efficiencies,
label=\'Rendement de Carnot\')
[Link](temp_hot_range, rankine_efficiencies,
label=\'Rendement de Rankine (simplifié)\')
[Link](\'Température de la source chaude (°C)\')
[Link](\'Rendement\')
[Link](\'Rendement des cycles thermodynamiques en
fonction de la température chaude\')
[Link]()
[Link](True)
output_path = [Link]([Link](),
\'thermodynamic_efficiency_simulation.png\')
[Link](output_path)
[Link]()
print(f"Rendement de Carnot pour Thot=200°C, Tcold=25°C:
{calculate_carnot_efficiency(200, 25):.4f}")
print(f"Rendement de Rankine (simplifié) pour Thot=200°C,
Tcold=25°C: {simulate_rankine_efficiency(200, 25):.4f}")
Résultats de la simulation :
Pour une température de source chaude de 200°C et une température de source froide
de 25°C : * Rendement de Carnot : 0.3699 * Rendement de Rankine (simplifié) : 0.1415
Le graphique ci-dessous illustre l'évolution des rendements en fonction de la
température de la source chaude :
Rendement des cycles thermodynamiques en fonction de la température chaude
Analyse : Ce graphique montre clairement que le rendement de Carnot, qui représente
le rendement maximal théorique, augmente avec la température de la source chaude.
Le rendement du cycle de Rankine, bien que toujours inférieur à celui de Carnot en
raison des irréversibilités, suit la même tendance. Cela souligne l'importance d'avoir des
ressources géothermiques à haute température pour maximiser la production
d'électricité.
3.2. Simulation des pertes de charge mécaniques
La deuxième simulation calcule les pertes de charge dans une conduite en fonction de la
vitesse du fluide, en utilisant la formule de Darcy-Weisbach. Le code Python est le
suivant :
import [Link] as plt
import numpy as np
import os
def calculate_pressure_loss_darcy_weisbach(L, D, epsilon, Re, V,
rho):
"""
Calcule la perte de charge linéaire en utilisant la formule
de Darcy-Weisbach.
L: Longueur de la conduite (m)
D: Diamètre de la conduite (m)
epsilon: Rugosité absolue de la conduite (m)
Re: Nombre de Reynolds
V: Vitesse moyenne du fluide (m/s)
rho: Masse volumique du fluide (kg/m^3)
"""
if Re < 2000:
f = 64 / Re
elif Re > 4000:
f = (-1.8 * np.log10((epsilon / D) / 3.7 + 6.9 /
Re))**-2
else:
f = (-1.8 * np.log10((epsilon / D) / 3.7 + 6.9 /
Re))**-2
delta_P = f * (L / D) * (rho * V**2) / 2
return delta_P
def calculate_reynolds_number(V, D, nu):
"""
Calcule le nombre de Reynolds.
V: Vitesse moyenne du fluide (m/s)
D: Diamètre de la conduite (m)
nu: Viscosité cinématique du fluide (m^2/s)
"""
return (V * D) / nu
if __name__ == "__main__":
L = 1000 # Longueur de la conduite en mètres
D = 0.5 # Diamètre de la conduite en mètres
epsilon = 0.000045
# Rugosité absolue (acier commercial) en mètres
rho = 1000 # Masse volumique de l'eau en kg/m^3
nu = 1e-6 # Viscosité cinématique de l'eau à 20°C en m^2/s
V_range = [Link](0.1, 5, 100)
# Vitesse de 0.1 m/s à 5 m/s
pressure_losses = []
for V in V_range:
Re = calculate_reynolds_number(V, D, nu)
delta_P = calculate_pressure_loss_darcy_weisbach(L, D,
epsilon, Re, V, rho)
pressure_losses.append(delta_P)
[Link](figsize=(10, 6))
[Link](V_range, [Link](pressure_losses) / 1000,
label=\'Pertes de charge (kPa)\') # Convert Pa to kPa
[Link](\'Vitesse du fluide (m/s)\')
[Link](\'Pertes de charge (kPa)\')
[Link](\'Pertes de charge en fonction de la vitesse du
fluide dans une conduite\')
[Link]()
[Link](True)
output_path = [Link]([Link](),
\'pressure_loss_simulation.png\')
[Link](output_path)
[Link]()
print(f"Pertes de charge pour V=2m/s:
{calculate_pressure_loss_darcy_weisbach(L, D, epsilon,
calculate_reynolds_number(2, D, nu), 2, rho) / 1000:.2f} kPa")
Résultats de la simulation :
Pour une vitesse de fluide de 2 m/s, les pertes de charge sont de 60.82 kPa.
Le graphique ci-dessous illustre l'évolution des pertes de charge en fonction de la vitesse
du fluide :
Pertes de charge en fonction de la vitesse du fluide dans une conduite
Analyse : Ce graphique montre que les pertes de charge augmentent de manière
significative avec la vitesse du fluide. Cela met en évidence l'importance d'optimiser le
diamètre des conduites et la vitesse d'écoulement pour minimiser les pertes d'énergie et
donc améliorer le rendement global du système géothermique. Des pertes de charge
élevées nécessitent plus d'énergie de pompage, ce qui réduit le rendement net de la
centrale.
Partie III : Optimisation du rendement géothermique au
Maroc : Cas de Moulay Yacoub
L'analyse comparative a mis en évidence les spécificités du potentiel géothermique de
Moulay Yacoub, caractérisé par des ressources de basse à moyenne enthalpie et une
forte minéralisation des eaux. Pour optimiser le rendement de l'exploitation
géothermique dans ce contexte, il est impératif d'adopter des solutions techniques et
non techniques adaptées.
1. Solutions techniques pour Moulay Yacoub
1.1. Adoption des cycles binaires (ORC)
Compte tenu des températures relativement basses des fluides géothermiques à Moulay
Yacoub (généralement inférieures à 150°C), l'utilisation de cycles binaires (Organic
Rankine Cycle - ORC) est la solution technique la plus pertinente pour la production
d'électricité. Contrairement aux cycles à vapeur sèche ou flash qui nécessitent des
températures élevées, les ORC peuvent fonctionner efficacement avec des sources de
chaleur de moyenne et basse température. Le principe repose sur l'utilisation d'un fluide
organique (comme l'isopentane, le n-butane ou des hydrofluorocarbures) ayant un point
d'ébullition bas, qui est vaporisé par la chaleur du fluide géothermique. La vapeur du
fluide organique entraîne ensuite une turbine pour produire de l'électricité. L'avantage
majeur des ORC est qu'ils permettent une conversion d'énergie même avec des
températures modestes, et le fluide géothermique ne rentre pas en contact direct avec la
turbine, ce qui réduit les problèmes de corrosion et d'entartrage [6].
1.2. Gestion de la minéralisation et de la corrosion
La forte minéralisation des eaux de Moulay Yacoub est un défi majeur, entraînant des
problèmes d'entartrage (dépôt de minéraux) et de corrosion des équipements (tubages,
pompes, échangeurs de chaleur). Pour y remédier, plusieurs approches peuvent être
envisagées :
• Traitement des fluides : Des techniques de traitement préventif peuvent être
mises en œuvre, telles que l'ajout d'inhibiteurs de corrosion et d'entartrage
directement dans le fluide géothermique. Des systèmes de filtration peuvent
également être installés pour éliminer les particules solides en suspension.
• Choix des matériaux : L'utilisation de matériaux résistants à la corrosion et à
l'entartrage est cruciale. Cela inclut des aciers inoxydables de haute qualité, des
alliages spécifiques (par exemple, à base de titane) ou des revêtements protecteurs
pour les conduites et les composants critiques. Des recherches sur des matériaux
innovants et plus économiques seraient bénéfiques.
• Conception des équipements : La conception des échangeurs de chaleur et des
pompes doit minimiser les zones de stagnation et les turbulences excessives qui
favorisent les dépôts. Des échangeurs de chaleur à plaques ou à tubes avec des
surfaces lisses et faciles à nettoyer peuvent être privilégiés.
• Réinjection optimisée : Une réinjection efficace du fluide géothermique après
extraction de la chaleur est essentielle. Cela permet non seulement de maintenir la
pression du réservoir, mais aussi de gérer les effluents minéralisés en les
réinjectant dans des formations géologiques appropriées, évitant ainsi leur rejet en
surface et les problèmes environnementaux associés [7].
1.3. Optimisation des forages et des puits
Bien que les forages à Moulay Yacoub soient déjà réalisés pour les applications
balnéaires, une optimisation pour la production d'électricité nécessiterait :
• Forages plus profonds : Pour atteindre des températures plus élevées et des
débits plus importants, des forages plus profonds pourraient être nécessaires, ce
qui implique des techniques de forage avancées et des coûts plus élevés.
• Conception des puits : L'optimisation du diamètre des puits et du tubage pour
minimiser les pertes de charge et maximiser le débit du fluide. L'utilisation de
pompes submersibles adaptées aux hautes températures et aux fluides corrosifs
est également cruciale.
2. Solutions non techniques et cadre favorable
Au-delà des aspects techniques, le développement de la géothermie à Moulay Yacoub et
au Maroc en général nécessite un cadre favorable et des initiatives stratégiques.
2.1. Cadre réglementaire et incitations économiques
• Législation spécifique : Mettre en place une législation claire et des
réglementations spécifiques à l'exploitation géothermique, couvrant les permis de
forage, les droits d'exploitation, la gestion des ressources et la protection de
l'environnement. Cela réduirait l'incertitude pour les investisseurs.
• Mécanismes de soutien : Introduire des mécanismes de soutien financier, tels que
des tarifs de rachat garantis pour l'électricité géothermique, des subventions à
l'investissement pour les projets géothermiques, ou des avantages fiscaux. Ces
incitations sont essentielles pour rendre les projets économiquement viables,
surtout dans les phases initiales de développement.
• Partenariats public-privé : Encourager les partenariats entre le secteur public
(pour la recherche, la régulation et le financement initial) et le secteur privé (pour
l'investissement, le développement et l'exploitation) afin de mutualiser les risques
et les expertises.
2.2. Recherche et développement (R&D) et formation
• Programmes de R&D : Investir dans la recherche et le développement pour mieux
caractériser les ressources géothermiques du Maroc, développer des technologies
adaptées aux conditions locales (gestion de la minéralisation, optimisation des
ORC pour les températures marocaines) et explorer de nouvelles applications.
• Formation et renforcement des capacités : Développer des programmes de
formation spécialisés pour les ingénieurs, techniciens et géologues marocains dans
le domaine de la géothermie. Cela inclut la maîtrise des techniques de forage, de la
conception des centrales, de la gestion des réservoirs et de la maintenance des
équipements. Des collaborations avec des institutions internationales ayant une
expertise reconnue en géothermie (comme l'Islande) seraient très bénéfiques.
2.3. Sensibilisation et acceptation publique
• Communication : Informer le public et les décideurs sur les avantages de l'énergie
géothermique (énergie propre, stable, locale) et dissiper les idées reçues ou les
craintes infondées. Mettre en avant les succès des applications directes
(balnéothérapie) pour montrer le potentiel de la ressource.
• Intégration locale : Assurer que les projets géothermiques bénéficient aux
communautés locales, par la création d'emplois, l'utilisation de ressources locales
et la prise en compte des préoccupations environnementales et sociales.
En combinant ces solutions techniques et non techniques, le Maroc, et en particulier des
sites comme Moulay Yacoub, pourrait progressivement développer son potentiel
géothermique, contribuant ainsi à ses objectifs de transition énergétique et de
développement durable.
Références
[6] DiPippo, R. (2012). Geothermal Power Plants: Principles, Applications, Case Studies
and Environmental Impact. Butterworth-Heinemann.
[7] Armannsson, H. (2003). Geothermal scaling and corrosion. Geothermics, 32(4-6),
571-581.
Conclusion
Ce TIPE a permis d'explorer en profondeur le domaine de l'énergie géothermique, en
abordant ses fondements thermodynamiques et mécaniques, essentiels à la
compréhension de son exploitation. La comparaison entre la centrale de Hellisheiði en
Islande et le potentiel de Moulay Yacoub au Maroc a mis en lumière la diversité des
ressources géothermiques et les défis spécifiques à leur valorisation.
L'Islande, avec ses ressources de haute enthalpie, démontre le potentiel de la
géothermie pour une production électrique à grande échelle et une cogénération
efficace. En revanche, Moulay Yacoub, caractérisé par des ressources de basse à
moyenne enthalpie et une forte minéralisation, représente un cas d'étude pertinent
pour le développement de la géothermie dans des contextes moins favorables à la
production électrique conventionnelle.
Les simulations Python ont illustré l'importance des paramètres thermodynamiques
(température de la source chaude) et mécaniques (pertes de charge) sur le rendement
global des systèmes géothermiques. Elles soulignent la nécessité d'optimiser chaque
composant pour maximiser l'efficacité énergétique.
Pour le Maroc, et spécifiquement pour des sites comme Moulay Yacoub, l'avenir de la
géothermie réside dans l'adoption de technologies adaptées comme les cycles binaires,
la mise en œuvre de solutions innovantes pour gérer la minéralisation des fluides, et le
développement d'un cadre favorable incluant des incitations économiques, la recherche
et développement, ainsi que la formation. En relevant ces défis, le Maroc peut
progressivement exploiter son potentiel géothermique, contribuant ainsi à sa transition
énergétique et à la construction d'un avenir plus durable. La géothermie, bien que
complexe, offre une voie prometteuse pour diversifier le mix énergétique et réduire
l'empreinte carbone du pays.