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QUELLES PERSPECTIVES ECONOMIQUES A L’HORIZON 2020-2030 ? P P rès de vingt ans après l’arrivée

QUELLES PERSPECTIVES ECONOMIQUES A L’HORIZON 2020-2030 ?

PP

rès de vingt ans après l’arrivée de l’Internet, on assiste quasi unanimement à son adoption dans toutes les sphères et lieux de communication et d’échanges entre les acteurs de la vie économique et sociale en Guadeloupe.

Deux décennies après l’implantation des très grandes surfaces, le constat est également celui d’une adhésion massive à la fréquentation de ces lieux de commerce par les consommateurs guadeloupéens, au point qu’ils les considèrent comme des temples indispensables à leurs pratiques d’achat.

Avec ces deux exemples, il n’est pas vain de rappeler que les innovations de toutes sortes, en termes d’équipements, de technologies ou encore de gestion, ont en tout temps accompagné la société dans son évolution. Mais aussi, l’adoption de ces infrastructures et progrès technologiques a souvent été accompagnée de réactions et comportements des acteurs de la société, les appréhendant sous des angles de vue contraires, entre avis d’inquiétudes et de méfiance d’un coté et, points de vue optimistes de l’autre coté.

Le grand projet du Port autonome de la Guadeloupe (GPP) qui se fixe pour objectifs premiers de plonger la Guadeloupe dans l’accueil des “géants des mers” et de garantir sa connexion au réseau des nouvelles autoroutes maritimes à l’horizon 2015-2020, se place en pleine illustration de ces types de réactions controversées des acteurs socioéconomiques. En effet, pour les uns, la production locale qui aujourd’hui est fragile et subit très fortement la concurrence des marchandises importées, courre un grand risque de s’anéantir suite à l’élargissement des panels de ces produits importés. Pour les autres, en sens inverse, le GPP peut constituer une opportunité historique pour doter la Guadeloupe d’un outil propice à renforcer les conditions de sa croissance endogène.

Entre ces deux positions extrêmes, où se situent les lignes de vérité ?

Les propos développés dans ce texte sont de la seule responsabilité de l’auteur.

1. La société guadeloupéenne face à l’arrivée des changements : quelques points de repères En

1. La société guadeloupéenne face à l’arrivée des changements : quelques points de repères

En revisitant le passé sans remonter trop loin, la Guadeloupe des années 1970 est celle de l’emploi massif dans le secteur agricole avec près d’une demie dizaine d’unités sucrières en activité, des routes inexistantes, l’aéroport du Raizet en reconstruction en vue de l’accueil de gros porteurs, l’absence d’un supermarché et encore moins d’un hypermarché. Au sein des ménages, les modes de vie sont encore ancrés dans les traditions. A cette époque, il faut rappeler que la consommation reposait de manière prépondérante sur les produits fournis par les activités du secteur primaire ; les habitudes alimentaires présentaient de fortes similitudes dans bien des communes : les plats de la semaine souvent consacrés au poisson et la viande le week-end, la soupe qui avait sa place, le lait, le pain ou encore le boudin fournis par des hommes du terroir passionnés de leurs métiers ; etc. Dans le début des années 1970, la présence de la télévision est confidentielle, elle ne s’est allumée que huit années plus tôt en 1964. Vers la fin de cette décennie 1970, le réfrigérateur commence à effectuer son entrée dans les foyers. Au cours de ces années, en dehors du travail, les activités des adultes sont égayées par des jeux et loisirs divers : dominos, jeu de dés (grenndé), combats de coqs, lewoz, etc. De même, en dehors de l’école les moments de détente des enfants étaient rythmés autour de jeux simples (chô chaché, saut à la corde) et jouets très artisanaux (cerf-volants, pichines, cristal, banza, brouette, trottinette, …). Dans la continuité de l’économie de plantation et de la mise en place de l’appareil administratif suite à la départementalisation, le tissu des établissements est dominé par l’activité sucrière et l’administration, loin devant le commerce qui se structure dans les villes de Pointe-à-Pitre et Basse-Terre et qui reflète la ruralité dans les autres communes.

Sans exagération, il est juste d’observer que la Guadeloupe sucrière, rurale et traditionnelle a été remplacée en relativement peu de temps, vingt à trente ans, à partir des années 1990 et 2000, par une Guadeloupe tertiaire, urbaine et moderne.

La Guadeloupe contemporaine des décennies 2000 et 2010 est celle de foyers équipés pour la plupart d’une voiture, souvent deux, des biens durables (lave-linge, four à micro onde, appareil photo, ordinateurs, etc.) dont la possession est devenue complètement démocratique. La réalité de l’archipel guadeloupéen de ce début de second millénaire est celle d’un tissu d’entreprises diversifié, faisant appel aux technologies de pointe, allant jusqu’à se distinguer par des innovations de portée mondiale (stabilisation du jus de canne par le biais d’un procédé naturel ; création d’une nouvelle variété d’un légume avec la Pomme patate ; naissance de filières industrielles locales avec la pharmacologie qui élabore des

compléments alimentaires -Virapic, etc.- qui ont prouvé leur efficacité médicale et la cosmétique qui mobilise

compléments alimentaires -Virapic, etc.- qui ont prouvé leur efficacité médicale et la cosmétique qui mobilise des compétences pointues dans des domaines disciplinaires variés -chimie, pharmacologie,…- pour élaborer des produits originaux - lait démaquillant visage à base de papaye, lotion tonique hydratante, lotion après-rasage - ) Aujourd’hui, le rythme de la vie en Guadeloupe est indexé sur celui de la France hexagonale et aussi sur ceux des pays leaders industrialisés ; les boutiques de téléphonie sont bien implantées sur tout l’archipel ; les Guadeloupéens vivent en direct les événements des sociétés des 192 Etats membres de l’ONU, leurs enfants bien avant ceux de nombreux pays sont rapidement familiarisés avec les innovations technologiques qui voient le jour; etc.

Une explication centrale de ces profondes mutations de l’économie et de la société se trouve dans le comportement de la population et de ses représentants à accepter et s’approprier les processus de changements, au rang desquels figurent en premier lieu les innovations technologiques.

Des exemples éclectiques de situations de changements ou de nouveauté sont nombreux pour illustrer les problématiques et enjeux liés aux attitudes adoptées par la Guadeloupe face à l’arrivée d’innovations, de nouveaux produits ou encore d’équipements, venant aussi bien de l’archipel que de l’extérieur.

Les grandes surfaces Partout, le commerce a accompagné la société dans son développement et sa structuration. Dans les pays industrialisés et tout aussi bien dans les pays en développement, le commerce apparaît comme l’infrastructure majeure de la consommation. C’est le commerce qui joue le rôle de canal de circulation des produits. Dans le rapport « Consommation, commerce et mutations de la société » présenté en 2007 par Léon Salto au Conseil économique et social national, ses dimensions sont bien mises en lumière en le situant au delà du simple rôle de courroie de transmission : « Il est source d’informations précieuses sur le comportement du consommateur dans ses différentes dimensions. Il est prescripteur à la fois pour son amont et pour son aval. »

Symphonie de mimétisme, les guadeloupéens vont se relayer dans l’importation du modèle de l’hypermarché pour permettre l’installation et le succès des grandes surfaces un peu partout sur les territoires de la Grande-Terre et de la Basse-Terre. En effet, en peu de temps, on a assisté à une ascension fulgurante des supermarchés et des surfaces dédiées au concept du « tout sous le même toit », proposant des centaines et des centaines de produits alimentaires et non alimentaires (habillement, informatique, électroménager, etc.). En 1983, la Guadeloupe comptait 13 magasins de type grande surface pour une superficie totale de vente égale à 19403 m². Une

quinzaine d’années plus tard, en 1998, ces chiffres sont passés respectivement à 47 et 46712

quinzaine d’années plus tard, en 1998, ces chiffres sont passés respectivement à 47 et 46712 m². Durant cette période, comme au plan national, ce développement a soulevé de vives critiques à l’échelle locale, leur attribuant la responsabilité de la mort lente du petit commerce (petit lolo, boulangerie, boucherie, etc.), la transformation de territoires régionaux en société de consommation, etc.

Malgré l’adoption de plusieurs lois en France visant à limiter l’essor de la grande distribution et protéger le petit commerce, on a assisté en Guadeloupe à la poursuite d’un mouvement de renforcement du nombre de grandes surfaces. Au 1 er janvier 2009, on dénombre 55 supermarchés ou hypermarchés sur le territoire de l’archipel (voir la revue Antiane de l’Insée, n°73, Juin 2010). Lors du séisme social de janvier à mars 2009, au plus haut des moments de débats entre les acteurs et élus représentant de la société, des pouvoirs publics et des entreprises privées, l’accent a clairement été mis sur la position critiquable des grandes surfaces commerciales pour expliquer les situations des prix trop élevés et de « profitation » effectives en Guadeloupe.

Paradoxalement, en dépit de leur rôle très significatif et discutable dans l’économie, le succès des grandes surfaces ne s’est pas inversé au cours de ces années récentes et, l’accroissement de leurs surfaces de vente s’est même poursuivi. Pourtant, depuis 1992, l’extension des surfaces des hypermarchés et l’ouverture d’une unité de grande distribution sont soumises à la demande d’autorisation auprès d’une commission départementale d’équipement commercial (CDEC). En Guadeloupe comme dans les autres départements de la France hexagonale, cette commission regroupe des élus locaux, de représentants consulaires et d’associations de consommateurs… Avec la loi de modernisation de l’économie (LME) promulguée le 4 août 2008, les moyens de la régulation ont même été étendus comme le rappelle Baptiste Prudhomme dans sa contribution « Traversée du désert pour les hypermarchés : quel avenir pour un modèle concurrencé et controversé ? » qui figure dans le Rapport d'information du 9 juin 2011 de M. Jean-Pierre Sueur, fait au nom de la Délégation à la prospective du Sénat : « Face aux inquiétudes pour les petits commerces de centre-ville, la loi renforce le pouvoir des élus locaux : le droit de préemption des maires dans les zones commerciales sensibles a été élargi et dans les communes de moins de 20 000 habitants, ces derniers pourront saisir, dès 300 m², les commissions départementales (CDEC). »

Après ces quelques éléments rapides sur la croissance des grandes surfaces en Guadeloupe et leur rôle dans l’économie, que répondre à la question « fallait-il permettre leur implantation ? »

Avec le recul nécessaire,

supermarché ou un hypermarché est un modèle d’équipement commercial.

il importe

qu’un

de

garder en tête

Il est clair que ce modèle a apporté une grande commodité à la fois pour

Il est clair que ce modèle a apporté une grande commodité à la fois pour le client et pour le distributeur comme l’a également mentionné Baptiste Prudhomme : « d'un côté, il permet au client de gagner du temps en ne se rendant que dans un seul magasin pour réaliser l'ensemble de ses achats ; de l'autre, le distributeur diversifie et augmente ses revenus par le biais de produits sur lesquels il peut bénéficier d'une marge plus confortable ». Dans la même ligne d’idées, en regard de son poids en tant qu’employeur et créateur de valeur ajoutée, il faut aussi souligner que la grande distribution est devenue en Guadeloupe un acteur incontournable du tissu économique. Un autre modèle de commercialisation aurait-il permis un meilleur développement du commerce et de l’économie ? Il est également clair que les éléments de réponse à cette question appellent à un exercice d’imagination assez difficile. Mais au final, en se plaçant dans les idées de tel ou tel scénario, il semble bien que ce n’est pas tant l’outil en lui-même qui pose problème, mais plutôt les défauts de sa régulation. En termes de rêveries, l’on pourrait par exemple se laisser aller à penser à ce qu’aurait pu donner toute l’armature de la grande distribution prenant fait et cause des débouchés et de la croissance de la production locale…

Internet Il est maintenant bien admis que l’appropriation des TIC est nécessaire pour accélérer le cheminement d’un pays ou une région dans les sentiers du développement équilibré et durable. Dans la vision des métiers classiques, la productivité qui est une mesure du volume de la production par rapport à un volume d’un facteur de production, le plus souvent le travail, est une condition de la croissance. Celle-ci requiert une forte productivité qui découle uniquement de l’abaissement des coûts unitaires. Bien au contraire, dans les activités et métiers qui ont recours aux TIC, la productivité découle de sources multiples. Qu’il s’agisse de l’Internet, de la téléphonie mobile, de l’offre de télévision, ou encore de services de conférences à distance pour les entreprises, les NTIC apportent la rapidité, l’efficacité, la polyvalence, l’autonomie, la créativité et contribuent de ce fait à des gains collectifs multiples : réduction des coûts de fonctionnement des entreprises et administrations, réduction du budget transport, efficacité productive des travailleurs, rupture de l’isolement dans le cas des pays insulaires, levier de création de nouvelles activités, participation à l’économie du web, etc.

En Guadeloupe, le monde de l’Internet a fait son entrée à la fin de la décennie 1990, avec par exemple un nombre total d’abonnés qui se situait à moins de 1000 au 31 décembre 1997 et une large absence au sein de l’entreprise. Il a connu par la suite une véritable explosion, affichant une progression exponentielle de ses effectifs d’utilisateurs : en seulement 2 ans, en décembre 1999, le nombre d’abonnés est passé

à 13650 ; en 2001 il dépasse le seuil des 30000 des 55000. et en

à 13650 ; en 2001 il dépasse le seuil des 30000 des 55000.

et en 2003 celui

Au cours de la décennie 2000, la pratique et le succès de l’Internet au sein de l’archipel se sont aussi faits au rythme des avancées technologiques. L’Internet à haut débit est devenu une réalité en 2001. Dès les deux premières années de son lancement, il a connu un engouement, enregistrant un effectif de 6567 abonnés.

Dans le monde de l’entreprise, son niveau d’intégration n’a pas été en reste. Il s’est d’abord imposé au fur et à mesure dans la grande diversité des entreprises, pour arriver à une présence significative du WEB et des outils Internet, pour des utilisations allant du simple emploi de la messagerie électronique à l’exploitation d’un site propre. Ensuite, il a connu une forte phase de croissance, avec des changements de pratiques dans la vie de l’entreprise et voir des bouleversements. Désormais, les firmes guadeloupéennes en font un usage significatif dans la réalisation de leurs activités quotidiennes et commerciales. Dans le contexte de leur localisation au sein d’une petite économie insulaire, les entreprises domiennes se sont maintenant imprégnées du fait qu’elles peuvent tirer profit des TIC et, en particulier, les utiliser pour élaborer des solutions adaptées face aux contraintes d’économies d’échelle, d’isolement et des coûts de transport qui pénalisent le développement. La visioconférence, la vente en direct pour des clients très loin à l’étranger, les films à la demande depuis sa chambre, …, il s’agit là de scènes devenues banales dans la multitude de quartiers de l’archipel.

Technologies totalement méconnues lors de leurs entrées dans le département, l’Internet et ses applications ont fait l’objet d’une appropriation massive de la part du grand public et des professionnels, en relativement peu de temps. A l’instar de bon nombre de pays voisins ou plus éloignés, les Guadeloupéens ont bien affiché leurs postures actives quant à l’utilisation de ces TIC et de leurs évolutions annoncées.

La bière locale Symbole d’affirmation de la fierté nationale un peu partout à travers le monde, la bière est une boisson qui soutient fortement quelques activités économiques. Dans l’environnement géographique proche de la Guadeloupe, d’Haïti à Trinidad et Tobago, en passant par la Barbade, la Jamaïque, la Martinique, la République Dominicaine, etc., les consommateurs adoptent des pratiques de fidélité à l’égard de leurs bières locales. Au-delà de leurs populations qui jouent le jeu pour assurer le succès sur le marché intérieur, leurs industriels s’impliquent également dans une dynamique de conquête sur les marchés extérieurs.

Dans le cas de la Guadeloupe, il faut bien admettre que la filière de la

Dans le cas de la Guadeloupe, il faut bien admettre que la filière de

la bière est loin d’avoir réussi son implantation : il n’existe pas

encore, à l’instar d’autres territoires, une bière guadeloupéenne prisée par les Guadeloupéens. Or, deux établissements ont fait des tentatives d’une offre de bière locale : Brasserie du Corsaire et Les Brasseurs de Guadeloupe. Le premier commercialise la bière Corsaire qui est présentée souvent comme une bière guadeloupéenne bien qu’elle ne soit pas produite

en Guadeloupe, tout au plus elle est brassée hors de l’archipel mais

selon des recettes propres. Le second représente la seule brasserie

en activité dans le département. Elle fabrique quatre types de bières : Gwada Gold, Gwada Ambrée, Gwada Rhum (au rhum agricole de Guadeloupe) et une spéciale à base de sucre de Canne. Avec son projet et ses premières années d’existence, cet établissement a incontestablement montré l’exemple des types

d’initiatives qui devraient permettre à l’industrie guadeloupéenne de

se redynamiser.

Le bilan quant à l’évolution de ces deux bières sur le marché intérieur est sans appel : elles sont loin d’avoir suscité l’engouement des consommateurs guadeloupéens. Et pourtant, parallèlement, des bières de notoriétés inégales et de prix variés, souvent plus chères, ont su trouver des places sur ce marché guadeloupéen.

Ce qui vient d’être décrit pour la bière est aussi transposable pour la

biscuiterie. Depuis plusieurs décennies, des entreprises du segment de la fabrication de biscuit existent dans plusieurs régions et départements français et, au plan de la proximité géographique, dans de nombreux pays de la Caraïbe. Elles ont su pérenniser leur activité en misant sur la qualité de leurs produits, leurs performances pour être réactives face à la concurrence très dynamique sur ce marché mais, surtout en bénéficiant de

l’accompagnement de leurs populations. Qui pourrait soutenir l’idée contraire que la Guadeloupe, elle aussi, dispose de ressources certaines en matière de fabrication artisanale et de savoir-faire pour produire des galettes, biscuits, autres confiseries, issus des différents terroirs de son archipel ?

A l’instar des autres départements de la France hexagonale, elle

pourrait y fonder des opportunités de développer des activités de production et de se constituer une gamme de produits contribuant à diffuser son image. Elle pourrait également mettre en place autour de cette filière des points de connexion avec le tourisme. En gagnant la bataille de la labellisation pour des produits phares qui ne pas rares au sein de l’archipel, en misant sur la recherche

d’innovation pour ces produits, la Guadeloupe pourrait même oser la faisabilité de l’exportation.

A l’instar de dizaines autres produits (articles de base de la

production agricole ; produits transformés de l’agroalimentaire tels que les chips et semoule de banane ou encore les farines de dictame et de fruit-à-pain ; des boissons diverses, rafraîchissantes

ou alcoolisées, etc.) capables de tenir la comparaison face à des concurrents importés, il faut

ou alcoolisées, etc.) capables de tenir la comparaison face à des concurrents importés, il faut aller jusqu’à diagnostiquer le manque d’élan des consommateurs guadeloupéens à contribuer à la pérennité des produits proposés par des entreprises guadeloupéennes.

Où trouver les voies explicatives face à cette situation ? La science du marketing explique que « L’étude du comportement du consommateur s’intéresse principalement aux processus de décision du consommateur, à ses comportements en points de vente, à ses réactions face aux sollicitations marketing et publicitaires ainsi qu’à ses actions dans le domaine de la fidélisation » (Voir le site Internet http://www.definitions- marketing.com/).

Ainsi, la compréhension du comportement du consommateur mobilise une approche pluridisciplinaire, qui fait certainement appel à des concepts de l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, etc. Dans cette optique, il est à parier que la Guadeloupe constitue un terrain d’étude particulièrement intéressant.

2. La société guadeloupéenne face à la proposition du GPP : entre rejet ou appropriation ?

Des paragraphes qui précèdent témoignant de la réaction manifestée par les Guadeloupéens lors de l’arrivée de la nouveauté ou du changement, il émerge nettement des constats et interrogations empreints de sentiments opposés, entre avis d’inquiétudes et de méfiance d’un coté et, points de vue optimistes d’un autre coté. Dans le cas de l’arrivée du GPP, il est pertinent de considérer la même démarche de raisonnement, et pour ce qui nous concerne ici, d’examiner en particulier la relation « GPP – production locale » en se focalisant sous ses facettes négatives et positives.

Quels sont les avis avancés au sujet des menaces du GPP sur la production locale ?

- La diminution des parts de marché des produits locaux face aux produits importés et vendus moins chers Depuis les années 1990, avec l’arrivée puis la multiplication des grandes surfaces, nous avons dans les rayons des magasins, une liste impressionnante et diversifiée de produits venant des quatre coins du monde qui est proposée aux consommateurs guadeloupéens. Il faut le dire, ces produits sont souvent placés en côte à côte de produits fabriqués localement. Comment comprendre par exemple que les commerçants importent autant de jus de fruits exotiques (mangue, papaye, etc.) alors même que ces fruits sont

très présents dans les compagnes guadeloupéennes et font souvent l’objet de gaspillage ? Ou se

très présents dans les compagnes guadeloupéennes et font souvent l’objet de gaspillage ? Ou se situent les explications et les responsabilités ? Est-ce uniquement le transport maritime qui permet d’acheminer les marchandises facilement ? Est-ce les niveaux des prix des produits locaux qui sont trop élevés ? Est-ce l’offre locale qui affiche des difficultés à répondre à la demande, en quantité, en qualité et en diversité ? S’agit-il des producteurs locaux qui n’ont pas encore réussi à doter la Guadeloupe d’une filière forte dans ce créneau de la fabrication des jus de fruits ? Est-ce l’absence de porteurs de projets entreprenant de mettre en place localement les activités de fabrication de produits qui sont si massivement importés ? En plus de ces interrogations, d’autres viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on s’arrête sur l’on met en comparaison le comportement du consommateur guadeloupéen et celui des consommateurs observés ailleurs, dans le voisinage caribéen ou plus loin. Un enseignement majeur qui ressort de cette observation dans ces pays est la plus forte « résistance de la production locale » face aux importations. Avec l’exemple de la bière locale, il est sûr que le large éventail de bières internationales est présent dans chacun des pays de la Caraïbe. Mais il est surtout vrai que les barbadiens privilégient la Banks, les trinidadiens affichent leur fierté avec la Carib, tous les haïtiens exhibent la Prestige, les Dominicains sont sans réserve derrière la Presidente, etc.

- Le renforcement de la pratique du tout import de la grande distribution Aborder la question du choix de l’import comme stratégie commerciale effective de la grande distribution invite naturellement à visiter rapidement la thématique du fonctionnement du circuit économique domien et du comportement de ses agents. Axe majeur des contributions des auteurs, il est bien admis que le concept d’économie de rente apporte une vision réaliste de l’interprétation de ces économies. La forte croissance enregistrée dans les économies domiennes au cours des quatre à cinq dernières décennies a été impulsée par l’application de mesures économiques inscrites dans une stratégie de développement par la rente. L’instrument choisi pour réaliser les objectifs de cette politique économique a été le contrôle direct de l’évolution de la masse des transferts publics. Dans une logique de politique budgétaire, l’augmentation des transferts publics va accroître les investissements des administrations publiques ainsi que le revenu des agents privés et, par suite leur consommation, ce qui a permis une croissance rapide du PIB.

Mais en parallèle, cette croissance et ces mécanismes de création de revenus aux caractères largement exogènes n’ont pas permis le développement. En effet, même si la dynamisation de l’appareil productif et le développement équilibré des secteurs furent inscrits dans les objectifs des plans successifs (cinquième plan (1966-1970), sixième plan (1971-1975), septième plan (1976-1980) et les plans

post loi de décentralisation de 1982), ils sont devenus moins prioritaires devant les objectifs de

post loi de décentralisation de 1982), ils sont devenus moins prioritaires devant les objectifs de progrès social. Alors que l’agriculture concourait à la portion prépondérante dans la formation du PIB au début de la départementalisation, sa contribution a diminué fortement pour aboutir, de nos jours, à des secteurs primaire et secondaire modestes, trop limités, et d’un secteur tertiaire hypertrophié dont la composante non marchande tient une place de premier plan.

Avec la rente comme moteur des processus de création et d’octroi de revenus, il s’ensuit que les rouages du circuit économique dans les DFA sont presque totalement impulsés de l’extérieur et s’accommodent d’une production faible, dont la valeur est sans commune mesure avec ce qu’elle devrait être pour financer le volume de consommation des ménages ainsi que le montant des revenus qu’ils perçoivent. De ce fait, l’essentiel des revenus distribués dans l’économie ne dépend pas de la production. Aussi, le comportement rationnel des agents devient logiquement celui de chercheur de rente (rent seeking).

Souvent focalisé sur le dispositif de la majoration des rémunérations servies aux salariés de la fonction publique, en particulier sur leur coût pour le budget de l’Etat et des Collectivités territoriales ainsi que sur leurs effets négatifs dans la formation des prix, les débats consacrés à la réforme des économies domiennes ont de fait minimisé trop fréquemment le rôle des autres agents chercheurs de rente. En se plaçant dans le champ historique restreint débutant aux années 1980, il y a à constater que la démarche continuelle de recherche de rente a été portée avec « succès » par les décideurs de la grande distribution. En conséquence, au cours des décennies récentes, si le développement d'une production locale paraît un impératif, il se révèle gênant pour ceux qui ont la mainmise sur le secteur de l'import-export. Il est clair que les freins au développement des secteurs productifs trouvent en partie leurs raisons d’être dans cette situation de coexistence de groupes sociaux affichant des intérêts antinomiques.

Dès lors, il est aisé de comprendre l’inquiétude que suscite le GPP en tant qu’instrument facilitateur de l’import. Pour les voix qui s’élèvent contre ce projet, il y a risque de perpétuation de la logique du « tout import », synonyme de recherche de marges commerciales les plus élevées possibles, procurées par des produits fabriqués dans des pays à faibles coûts de main d’œuvre, le tout au détriment de la production locale.

Sous l’angle de cet éclairage, l’attitude rationnelle ne se trouve pas dans le rejet de l’équipement, ni dans le refus de l’ouverture sur l’extérieur. De notre point de vue, elle devrait se déployer dans la pose des conditions d’un nouveau rapport vis-à-vis de l’import/Export : passer d’une pratique de l’import/Export synonyme de commerce et de recherche de marges commerciales optimales à

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Quels pourraient être les impacts positifs du GPP sur la production locale ?

- Un canal d’acheminement des exportations de la production locale

vers la diaspora guadeloupéenne, antillo-guyanaise Dans biens des endroits du monde, dans les grandes villes, il est aisé de recenser de nombreux exemples qui illustrent combien les ressortissants d’un pays sont positionnés comme des acteurs animateurs d’une dynamique commerciale pour diffuser ce qui provient de leur pays : l’art, la culture, la cuisine, la production locale,… C’est le cas des ressortissants japonais qui ont réussi à placer leurs sushi et yakitori dans les assiettes des consommateurs dans un nombre important de pays, en proposant également d’autres produits arrivant avec les importations depuis le Japon. C’est le cas des restaurateurs et des commerces d’objets artistiques africains qui sont présents dans des rues entières de certaines capitales (Paris, Londres, Bruxelles, Montréal, …) et autres grandes villes dans de nombreux pays. C’est le cas des Haïtiens qui ont su créer à l’étranger des activités commerciales pour proposer des produits éclectiques, mettant souvent en valeur leur culture.

Face à la présence insignifiante d’équivalent antillais dans ces grandes villes, faut-il alors considérer que la cuisine antillaise n’est pas exportable ? Faut-il aller jusqu’à penser que la diaspora guadeloupéenne, là où elle est la plus représentée, ne peut être point solidaire pour soutenir et même, plus simplement, pour consommer ce qui proviendrait de chez elle ? Faut-il envisager l’idée que les guadeloupéens, jeunes et moins jeunes, expatriés ou issus de parents installés hors de la Guadeloupe, ne possèdent pas les talents pour se plonger et réussir dans la dynamique entreprenariale à l’étranger ? La réputation de la cuisine guadeloupéenne et antillaise de façon plus large n’est pas à démontrer. Comment expliquer alors la quasi absence de restaurants guadeloupéens ou antillais dans les grandes villes françaises ? La musique antillaise a su s’imposer sur le territoire hexagonal et ailleurs. Durant de nombreuses années, à l’époque de l’âge d’or du zouk et bien après, elle a su se constituer des publics très larges en France hexagonale et ailleurs dans le monde. Comment comprendre la forte absence d’acteurs antillais pilotant des activités économiques autour de la valorisation de leurs musiques dans le monde et plus largement de leurs cultures ?

- Un canal d’acheminement des exportations de la production locale

vers le monde Dès lors qu’il y a consensus sur la démarche du développement endogène et que l’un des objectifs de cette dernière est de satisfaire

le plus possible les besoins de la population par la production locale, il y incontestablement

le plus possible les besoins de la population par la production locale, il y incontestablement nécessité de réduire autant que possible la dépendance aux importations et, en parallèle, de promouvoir des productions destinées à l'exportation. Comment passer du mythe incantatoire de la conquête des marchés étrangers présent dans les discours des politiques depuis plusieurs décennies à la réalité des flux de marchandises exportées dans le monde ?

Les pistes de réponses appellent à penser pleinement les situations d’échanges commerciaux, en particulier d’opérations d’exportation, réalisées par la Guadeloupe avec des partenaires tels que les pays des diverses caraïbes (francophone, anglophone, hispanophone, néerlandophones, etc.), ceux de l’Amérique du Nord tels que le Canada, ceux de l’Amérique Latine (le Brésil), de l’Asie, etc.

Dans cette optique, les potentialités réelles de la Guadeloupe à pouvoir se constituer un panel de biens exportables et à pouvoir les acheminer correctement vers des destinations situées dans différentes zones géographiques du monde doivent être évaluées soigneusement.

Deux cas pratiques peuvent être considérés. Premièrement, les relations commerciales Guadeloupe - Caraïbe. Elles se situent évidemment à une hauteur très faible. Avec l’opportunité du GPP, c’est l’occasion d’élaborer des scenarii sur la faisabilité de routes commerciales dans le Bassin Caribéen présentant un intérêt pour la Guadeloupe. Parmi les idées fortes des recommandations formulées lors des Etats Généraux de l’Outremer en Guadeloupe, figure celle de l’expérimentation du cabotage :

« Faire évoluer les règlements européens en matière de cabotage pour soutenir les services de transport entre les DFA et les pays tiers voisins, par le biais d’aides au démarrage et favoriser la mise en place de lignes de cabotage dans le bassin caribéen. » Il est important de mettre en relation le GPP et cette proposition. Les perspectives de l’essor du transport maritime de cabotage dans le contexte du nouvel environnement mondial de fret ont déjà été examinées dans d’autres contextes géographiques, notamment en Europe. Les résultats des réflexions invitent à croire à leur transposition dans le cas de la Caraïbe. Hipolito Martell Flores dans sa thèse de doctorat arrive à la conclusion :

« Le cabotage possède des énormes potentialités de développement, qui pourront être exploitées à condition de pouvoir s’adapter aux exigences des chargeurs et des usages logistiques modernes. Les trafics intercontinentaux de fret peuvent fournir la demande principale pour développer un cabotage moderne à grande échelle et non seulement celui d’aujourd’hui, intégré par quelques lignes en pénurie de trafics. » Il est de ce fait possible de voir une cohérence d’intérêts entre le GPP et, une stratégie du cabotage dans la Caraïbe qui est d’ailleurs d’actualité dans les discours mais très peu dans les initiatives

concrètes. Un défi majeur adressé aux décideurs politiques est de débuter le chantier des négociations

concrètes. Un défi majeur adressé aux décideurs politiques est de débuter le chantier des négociations entre Etats et opérateurs privés de la Caraïbe pour construire un réseau d’échanges maritimes inter caribéens. Les lignes reliant les territoires français chaque semaine constituent déjà des premières liaisons opérationnelles de ce trafic de cabotage. Il reste à bâtir les lignes maritimes entre les territoires français et les autres pays. Le montage juridique de ces liaisons et surtout les contrats commerciaux bilatéraux entre opérateurs privés constituent désormais des challenges à relever pour nos décideurs. Afin de gagner ce pari de l’optimisation des échanges commerciaux avec les pays caribéens, la Guadeloupe a besoin de mettre en place un véritable club d’exportateurs et d’établir un calendrier de matchs « contre/avec » des partenaires dans la Caraïbe. Il y a urgence à mettre en action le staff technique pour piloter ce club et faire jouer les matchs.

Deuxièmement, le cas d’un pays comme le Canada. Les actualités de ces dernières années témoignent des intérêts réciproques des deux destinations : d’un coté, perception positive de la part des canadiens qui visitent la Guadeloupe pour le tourisme, de l’autre coté, attraction de jeunes guadeloupéens pour immigrer au Canada pour leurs études ou un autre projet de vie. En dehors de ces échanges permis par les transports aériens, il paraît raisonnable de rechercher un développement des échanges commerciaux par voies maritimes. Dans ce cas, quelles marchandises et quelles procédures logistiques et juridiques à mettre en place pour rendre opérationnel des flux d’exportations de la Guadeloupe vers le Canada ? Face à l’absence de rhums guadeloupéens dans les SAQ du Québec alors que l’on note la présence de rhums voisins concurrents dans ces mêmes magasins spécialisés, face à ce même constat d’absence pour d’autres produits dans d’autres établissements de commerce, n’est-il pas envisageable de mener des actions volontaristes afin de trouver des débouchés sur le Canada pour les productions guadeloupéennes ?

- Un facteur d’abaissement des coûts de transport Les enseignements qui ont émergé des fructueux débats dans les DOM depuis la crise sociale de 2009 ont mis en lumière des pistes aux réponses à apporter aux dysfonctionnements constatés dans les économies de ces territoires. A coté des situations fréquentes d’imperfections de marché, en particulier de concurrence insuffisante et de rapport de forces inégaux entre distributeurs et producteurs, le coût de transport apparaît comme l’un des motifs génériques rendant compte des niveaux des prix élevés observés dans les DOM. Une question s’impose : selon la construction ou non du GPP, quels impacts sur les niveaux des prix ?

Une réponse logique apparaît : avec la réalisation du GPP et sous les conditions que ce port devienne effectivement un port de transbordement, il devrait s’en suivre une diminution du coût du fret

maritime. A l’inverse, en l’absence de ce projet, il faudrait sûrement accepter la nouvelle donne

maritime. A l’inverse, en l’absence de ce projet, il faudrait sûrement accepter la nouvelle donne du trafic maritime dans la Caraïbe, qui impliquerait la feederisation de la Guadeloupe, et donc la baisse de la qualité de la desserte maritime (augmentation des délais de livraison et des capacités de stockage) et le renchérissement de ses coûts de transport avec l’Europe. Sur ce point d’ailleurs, une illustration de ces enjeux de distances géographiques mérite d’être évoquée : les échanges commerciaux entre la Guadeloupe et la Chine et autres partenaires de l’Asie sont basés sur des routes maritimes qui incluent des escales en Europe, notamment en France. Dans l’éventualité de nouvelles routes maritimes, ce serait logiquement des gains appréciables au niveau du coût du fret maritime qui devraient se faire jour. Du coté des importations, l’on pourrait s’attendre à observer des baisses des prix sur des gammes de produits, des baisses des prix des intrants de la production locale. Outre les aspects prix, s’agissant des exportations de la production locale, ce sont de nouveaux chemins pour accéder à moindres coûts à des marchés extérieurs qui devraient se dessiner…

Si les avantages et inconvénients du GPP sur la formation des prix sont bien explicites, il est important de souligner que le jeu naturel du marché ne peut garantir à lui seul les retombées souhaitées si l’on opte en faveur du GPP. En effet, des précautions supplémentaires en matière de régulation sont nécessaires. Elles devront se déployer sur la grande distribution puisque, par exemple, il été constaté que la baisse des taux de l’octroi de mer consentie par le Conseil régional de Guadeloupe ne s’est pas traduite par une répercussion sur les prix dans ce département. Elles devraient également être rendues effectives pour les armateurs. En la matière, le caractère anormal de la concurrence sur le marché du fret des Antilles françaises a souvent été décrié. Sur une période relativement longue, depuis 1977, année de sa création, la CGM puis la CMA-CGM, jouit d’une position de quasi monopole sur cette ligne. Même avec l’arrivée des armateurs MAERSK et MARFRET, la concurrence est demeurée faussée pour causes d’ententes commerciales. En effet, en 1986 les trois compagnies ont mis en application une conférence maritime, dispositif par le biais duquel elles ont adopté des tarifs de fret uniformes. Il a fallu attendre novembre 2008 pour voir la Commission européenne mettre fin à ce contrat d’entente qui expliquait largement les prix du fret sur les Antilles très supérieurs à ceux enregistrés sur les grandes routes du fret maritime.

3. Le GPP et le développement de la production locale : comment faire ? ►

3. Le GPP et le développement de la production locale : comment faire ?

Edifier un statut pour la production locale Tout compte fait, la « composante production locale » est devenue une thématique galvaudée, citée dans les discours et aussi dans les actions des pouvoirs publics. Mais malgré tout ce qui est fait pour la défense des biens issus de cette production, on observe encore le constat suivant :

« Le manque de statut de la production locale dans le modèle économique guadeloupéen ».

Sous l’angle d’un ensemble de dispositions législatives ou réglementaires fixant des garanties fondamentales (droits et obligations) accordées à une entité ou sous l’angle de sa position sociale (d’après les définitions du petit Larousse), il faut bien admettre que la production locale guadeloupéenne ne jouit pas d’un statut qui aurait pu lui garantir une position plus solide dans l’économie et la société guadeloupéennes. Si dans d’autres pays ou espaces infranationaux la seule caractéristique de « fabrication locale » est suffisante pour apporter cette solidité, il en va autrement en Guadeloupe où, même avec les caractéristiques additionnelles d’excellence, la production locale doit se livrer encore plus dans les batailles commerciales pour s’imposer.

Cette problématique est cruciale et invite à rechercher des éléments de réponses dans de multiples directions. Il ne fait aucun doute que les évolutions sociétales de ces derniers mois interpellent tous les acteurs décideurs impliqués dans le développement économique, dans les sphères diverses de la production, de la distribution, de la lutte contre le chômage, etc. Il est tout aussi indiscutable que les dirigeants économiques et les décideurs politiques de toute obédience, à l’échelle locale, régionale et nationale, sont largement sensibilisés et prennent part à la réflexion et aux travaux d’analyse socioéconomique visant à bâtir des projets dédiés aux stratégies et pistes d’actions menant au développement endogène de la Guadeloupe. Les déclarations entendues ces derniers mois tout comme les actes des pouvoirs publics sont clairement explicites sur cette nouvelle orientation pour les DOM. A titre d’illustration, depuis 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy a axé ses réflexions et propositions relatives à l’Outremer sur la nécessité d’un développement local plus autonome" et la recherche d’une meilleure ouverture sur le monde extérieur, en ne manquant pas d’appeler à la prises d’initiatives : "Seules vos initiatives, seule l'activité de vos entreprises créeront de la croissance et de l'emploi productif et durable". La ministre de l’Outre-mer lors de la présentation officielle le mardi 15 novembre 2010 a confirmé ce changement de cap de l’Etat dans la conception de son accompagnement des DOM, allant jusqu’à mettre à leur disposition des experts (commissaires au développement endogène) pour les « pousser » à l’action en mode

« Aies confiance en toi-même, et tu sauras vivre » comme l’aurait dit Johann Wolfgang

« Aies confiance en toi-même, et tu sauras vivre » comme l’aurait dit Johann Wolfgang von Goethe. La déclaration de madame Penchard est des plus explicite : « Chaque commissaire a reçu pour mission dès aujourd’hui de structurer les filières pour créer les conditions de réussite du développement endogène. Le développement économique de ces territoires ne réside pas dans un lien unique avec la métropole, mais bien dans leur capacité à valoriser leurs économies pour conquérir de nouveaux marchés dans leur environnement régional ». Avec ces éléments de rappel, il convient de souligner que la nécessité d’aller vers une stratégie de croissance de la production locale n’est plus à souhaiter de manière incantatoire, elle s’impose. Comment faire alors pour passer du discours aux actes ? Certainement, plusieurs pistes d’action alternatives peuvent être orchestrées. Pour notre part, nous invitons à penser à la définition d’un véritable « statut » de la production locale, à inclure dans les stratégies de développement économique et social des pouvoirs publics, impliquant des droits et devoirs de part et d’autres.

Organiser l’observation statistique de la production locale et de son évolution Des enseignements de la crise sociale de janvier-mars 2009, il est ressorti l’idée de la nécessité d’une connaissance plus fine de la réalité et des mécanismes économiques en œuvre dans les secteurs d’activités. La fonction d’observation statistique des unités et filières de production concourant à la fabrication des biens et services, matériels ou immatériels, constitutifs de l’offre de la production locale guadeloupéenne répond à cette nécessité.

Dans la recherche du comment mieux faire, afin de délimiter le périmètre du tissu productif local, pour être capable de quantifier le poids économique des filières et leurs effets directs et indirects sur les autres secteurs économiques, il est évidemment souhaitable de mettre en place des instruments de mesure fonctionnels des grandeurs statistiques et macroéconomiques dans ce domaine.

Comme dans d’autres territoires de la France hexagonale, l’accroissement de l’efficacité des politiques de développement régional impose la mise en place d’un véritable dispositif d’observation statistique du tissu des entreprises impliquées dans la fabrication des biens élaborés par les établissements exerçant leur activité au sein de l’archipel Guadeloupe. Avec cet observatoire, il s’agit de relever des défis cruciaux :

éclairer les acteurs sur l’état des lieux économique des filières productives ; jouer le rôle d’outil d’aide à la réflexion et à la décision ; constituer une ressource pour favoriser l’évaluation des politiques de développement local. De manière plus précise, les attentes de cette mission d’observation seraient de fournir un ensemble de données quantitatives et qualitatives axées principalement sur les composantes de l’appareil

productif, dans toutes leurs diversités, allant des filières agricoles, de l’industrie du rhum, la filière

productif, dans toutes leurs diversités, allant des filières agricoles, de l’industrie du rhum, la filière banane, les industries des boissons rafraîchissantes, …, à l’artisanat d’art, aux métiers du bois, etc. Notamment, elles devraient se situer sur les axes suivants :

- l’élaboration d’indicateurs statistiques spécifiques sur les aspects

de la production et de la consommation des produits locaux ;

- le suivi de l’évolution des métiers et de l’emploi dans les filières ;

- l’évaluation des besoins en formation qualifiante ;

- l’estimation du poids économique du tissu productif de l’archipel, à l’échelle globale mais aussi au niveau de ses filières ;

- la quantification des retombées de l’intervention publique, aussi bien celles des collectivités locales que celles de l’Etat.

Faire du GPP un outil au service de l’intérêt collectif Le devenir économique de la Guadeloupe est en perpétuelle discussion depuis toujours. Nouveau chapitre du livre des débats passionnés et controversés de la chronologie des faits et politiques économiques, la Guadeloupe fait face aujourd’hui à la proposition de GPP. Des discussions esquissées dans ce qui précède, il peut être retenue une idée synthèse : En tant que telle, la réalisation du GPP permet l’élargissement du panel des équipements structurants de la Guadeloupe. Mais au-delà de l’outil, les impacts directs et les retombées plus larges de ce grand port, positifs ou négatifs, sont liés à l’utilisation qui pourra en être faite. Nous abordons ici deux axes de réflexion qui découlent du rôle du transport maritime en tant qu’équipement indissociable du développement.

- Outil d’optimisation de la compétitivité et de l’attractivité Dans un contexte économique régional et international qui est soumis aux règles de la concurrence territoriale et de la mondialisation, la recherche de la compétitivité des entreprises et de l’attractivité des territoires est au centre de l’action des décideurs.

Ces deux notions méritent d’être clarifiées. Même si il y a des divergences dans les définitions des auteurs, il ressort tout de même un consensus global de leur utilisation. Le plus souvent la compétitivité est appliquée à une entreprise, elle renvoie à sa capacité à faire face à la concurrence étrangère. Etendue à un territoire, elle peut être vue comme « la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et du bien-être social», en procurant un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale. De son côté, le concept d’attractivité a été introduit pour caractériser les performances d’un territoire, il est défini comme sa capacité à attirer et retenir les entreprises. Dans une note méthodologique, le cabinet d’études Additiv (voir le site http://www.additiv.fr/) a synthétisé la liste des facteurs explicatifs des choix des entreprises à s’implanter sur un territoire. Elle comporte : le potentiel marchand de la zone (importance de la

demande finale, taille de la population, revenu) ; l’agglomération des établissements : concentration spatiale des

demande finale, taille de la population, revenu) ; l’agglomération des établissements : concentration spatiale des activités, réservoir de main d’oeuvre, échanges d’informations… ; les infrastructures de transport et de communication ; la pression fiscale ; la R & D (diffusion des connaissances, centres de recherche) ;

l’enseignement supérieur : source de main d’oeuvre qualifiée et présence de laboratoires de recherche ; le niveau de qualification et

le coût du travail.

L’on sait bien que la Guadeloupe se positionne positivement ou négativement sur l’un ou l’autre de ces critères. L’on doit alors bien admettre que la disponibilité d’un port moderne et performant devrait contribuer à accroître les avantages comparatifs de l’archipel en termes de compétitivité et d’attractivité et ainsi, participer à compenser ses désavantages.

- Outil d’accès aux routes commerciales dans l’intérêt de l’archipel Jusqu’ici, nous avons discuté du comportement des agents économiques guadeloupéens face à l’arrivée de la nouveauté, puis, de leurs interrogations au sujet de la proposition d’engager la Guadeloupe dans un projet d’extension et de modernisation de ses infrastructures portuaires.

Notre propos ne peut être clos sans aborder cette problématique de

la décision des guadeloupéens face à la reconfiguration du trafic

maritime qui s’opère dans le bassin Caraïbe, imposée par la nouvelle

donne du transport maritime international de fret. Une multitude de questions découlent de ce bouleversement organisationnel du marché mondial du fret maritime. Sur la fin de notre exposé, nous ne pouvons nous lancer dans l’exhaustivité de ces questionnements. Nous pouvons par contre mettre l’accent sur quelques aspects qui sont primordiaux à nos yeux.

Le nouvel environnement du transport maritime de fret : de quoi s’agit-il ? Il faut rappeler que l’essentiel du commerce mondial (plus des ¾)

est effectué par le biais du transport maritime, plus précisément par

la conteneurisation qui est la condition de l’intégration commerciale

des régions du monde. En 1990 le trafic conteneurisé représentait 30 millions EVP (équivalent vingt pieds). Sous la montée en puissance des échanges commerciaux internationaux, ce trafic a connu une croissance phénoménale pour atteindre 300 millions EVP en 2005.

Sous l’influence des phénomènes de croissance de la taille des navires, de la course à la modernisation des ports en de nombreux endroits de la planète 1 et de la concurrence entre armements, entre ports et entre villes portuaires, la croissance du transport maritime

a provoqué des mutations radicales : diminution du nombre de

navires sur les principales routes de transport de marchandises ;

1 Par exemple New-York, Anvers et la Baie de Hangzhon en Chine.

diminution des lignes maritimes et concentration des mouvements de navires sur un nombre limité d’escales

diminution des lignes maritimes et concentration des mouvements de navires sur un nombre limité d’escales ; restructuration fréquente de la circulation maritime ; formation des alliances d’armateurs qui ont abouti à des situations d’oligopoles dans les marchés associés aux lignes régulières conteneurisées ; développement du transbordement sur des plates-formes de redistribution régionale ; etc.

Les mutations de transport maritime de fret dans la Caraïbe: de quoi s’agit-il ? Il est certain que le bassin Caraïbe est concerné, au premier chef, par cette évolution sans précédent du trafic conteneurisé. Précisément, le point de mire des enjeux du défi maritime caribéen est le trafic de transbordement qui, pour tous les pays, demeure le trafic le plus prisé car générateur d’activité portuaire et de recettes supplémentaires. Les prévisions du cabinet Ocean Shipping Consultants font état de :

« quelques 2 millions d’EVP supplémentaires, liés au trafic de transbordement, qui seront à la recherche d’un port d’accueil dans les îles de la Caraïbe en 2015. Un trafic pour lequel la plupart des ports de la Caraïbe sont en concurrence, ayant réalisé, ou réalisant encore, des aménagements conséquents (Punta Caucedo en République Dominicaine, Kingston en Jamaïque, Point Lisas à Trinidad & Tobago, Freeport aux Bahamas, Manzanillo au Panama, Port of the Americas à Porto Rico). » Au sein de cette zone Caraïbe, le volume transbordé est estimé à 4 millions d’EVP. En termes de prospectives, suite à l’achèvement des travaux d’ouverture de la troisième voie du Canal de Panama, la croissance du trafic est évaluée à plus de 100%, soit plus de 4 millions d’EVP supplémentaires.

La filière du transport maritime en Guadeloupe : quel poids économique ? Il est autorisé d’affirmer que l’opinion du grand public sur le rôle économique du secteur portuaire se situe très loin de la neutralité et de l’absence d’avis tant il est vrai que les débats et les faits de l’actualité conduisent souvent à évoquer l’insularité et les échanges extérieurs de la Guadeloupe. En revanche, il est tout aussi juste de considérer que les informations sur le poids et l’impact de ce secteur sont relativement mal connues puisque peu diffusées. Il est utile ici d’en fournir quelques éléments et de souligner qu’au- delà de ses équipements imposants et de ses activités propres, la filière portuaire joue un rôle moteur dans l’économie, drainant des dizaines d’activités professionnelles rattachées à d’autres secteurs économiques. Selon la nature directe ou indirecte des activités liées au port, on distingue en fait plusieurs périmètres de l’impact économique du secteur.

Au sein de l’archipel , il emploie directement près d’un millier de salariés, rattachés au

Au sein de l’archipel, il emploie directement près d’un millier de salariés, rattachés au panel des entreprises composant le « cœur de métier » portuaire, c'est-à-dire les services aux navires et aux marchandises, articulés autour de trois grandes familles de métiers (administration et gestion de l’ensemble portuaire, auxiliaires de navires et auxiliaires de marchandises) et de dizaines de métiers (transitaires, logisticiens, manutentionnaires,…). Indirectement, l’activité portuaire implique la mise en interaction d’un large spectre de professions et d’activités.

Port multispécialiste, répondant aux besoins de différentes filières d’activité, il est aisé de comprendre que le poids économique du secteur portuaire est considérable en Guadeloupe. Une étude récente réalisée pour le compte du Port Autonome de la Guadeloupe (PAG) fournit des éléments d’estimation de l’impact

macroéconomique des activités générées par le secteur 2 :

« L’activité portuaire du Port Autonome de la Guadeloupe génère plus de 12 000 emplois, soit 11,1% de l’emploi total de l’île. Elle participe également pour 7,1% de la valeur ajoutée et 5,7% de l’excédent brut d’exploitation en Guadeloupe. » A ces éléments d’état des lieux, s’ajoutent d’autres considérations touchant à la position de la filière portuaire guadeloupéenne sur les échiquiers régional, national et international :

- de sa configuration géographique de regroupement d’îles, de facto

la Guadeloupe a besoin de disposer d’un réseau portuaire performant ; - le PAG constitue le 8ième élément de l’ensemble des ports autonomes maritimes français qui en compte 7 dans l’hexagone (Le Havre, Marseille, Dunkerque, Rouen, Nantes, Saint-Nazaire, Bordeaux et La Rochelle devenu port autonome au 1er janvier 2006) ;

- Les chiffres de l’année 2006 sur le trafic international conteneurisé dans les ports des pays et territoires en développement indiquaient que la Guadeloupe occupait le rang 55, performance appréciable pour un petit territoire.

Avec ces quelques éclairages, il s’ensuit certainement que l’arbitrage quant à la réalisation ou non du grand projet de modernisation et d’amélioration des capacités d’accueil du PAG recouvre des enjeux énormes, en termes économiques, sociaux, …, qui devraient impacter le futur du tissu productif et de la société en Guadeloupe.

2 Emilie Larame, « Etude de l’impact socio-économique du PAG », Master Ingénierie Economique du Développement et de l’Environnement, Juin 2011.

Conclusion Sur l’interrogation du GPP qui peut être perçue comme une des facettes de la

Conclusion

Sur l’interrogation du GPP qui peut être perçue comme une des facettes de la thématique globale de la Guadeloupe face à son avenir économique et social, encore une fois, les lignes de raisonnement et les discussions en amont de la décision conduisent à faire face au mur de la responsabilité. Aléas des calendriers, cette situation survient à une période où, depuis quelques mois, les guadeloupéens sont sollicités pour l’élaboration d’un projet de société. N’est-ce pas le moment de saisir les opportunités pour faire passer des idées et des volontés au sujet de l’utilisation de cet outil que pourrait être le GPP ? Les points de vue esquissés tout au long de ce texte nous ont permis d’appréhender les idées relatives à la question de l’impact du GPP sur le devenir de la production locale. Assurément il s’agit d’une problématique complexe dont des réponses s’inscrivent sur des dimensions multiples, mettant en exergue des comportements pas toujours rationnels des agents, les conflits d’intérêt des uns et des autres et la difficulté à arbitrer pour des décisions qui vont dans le sens de l’intérêt collectif. Dans cette optique, s’il faut mettre en avant deux points qui réclament une prise de conscience, soulignons-les brièvement. Premièrement, il faut retenir que la croissance de la production locale repose avant tout sur le comportement des consommateurs guadeloupéens. Sur le constat de grande retenue des guadeloupéens vis-à-vis des produits élaborés dans leurs proximités, il y a beaucoup à dire. Il y a même à noter que cette attitude est observable dans d’autres espaces de la société. C’est bien de la Guadeloupe que proviennent autant de sportifs élevés ailleurs au statut de monument (Roger Bambuck, Marie-Josée Pérec, Gilles Cherdieu, José Bahadour…) mais sans aucun rôle de chef de projet dans leur propre pays, voir dans leur propre commune où ils ont passé leur jeunesse. C’est bien de la Guadeloupe que l’on recense aujourd’hui des musiciens (Gérard Lockel, Christian Laviso, Alain Jean-Marie, Roger Lurel…) qui, selon des déclarations et analyses d’experts et leaders de groupes de renommées mondiales, ont leur place dans « la sélection des musiciens qui ont apporté quelque chose de significatif » à l’anthologie de la musique mondiale, mais qui, dans le même temps, sont en mal de reconnaissance chez eux. N’est-ce pas une inquiétude extrême que de voir l’absence de dynamiques internes autour de la transmission de leur œuvre ? Il y a forcément à appeler à une approche pluridisciplinaire pour identifier les tenants et aboutissants de ces paradoxes. Pour ce qui concerne des pistes menant à plus d’amour des guadeloupéens au profit de leurs productions et patrimoines locaux, comment les tracer ? Faut-il aller jusqu’à solliciter la démarche critiquable de « patriotisme économique » telle qu’elle a pu être défendue par des responsables politiques de premier plan en France ?

Deuxièmement, il faut admettre que le GPP est avant tout une infrastructure au cœur des

Deuxièmement, il faut admettre que le GPP est avant tout une infrastructure au cœur des enjeux de l’amélioration de l’attractivité de la Guadeloupe, qui trouve toute sa pertinence en tant qu’outil à mettre au service du développement économique. Dans cette optique, le constat de ce qui se fait ailleurs, tant dans le voisinage caribéen que dans des régions de l’hexagone ou d’autres pays, est celui de la course à l’édification d’infrastructures aptes à se positionner comme des vecteurs d’attraction majeur. Il est d’une évidence par exemple que le Stade de France a métamorphosé la ville de Saint-Denis, lui permettant de gommer sa réalité de banlieue industrielle sur le déclin et d’acquérir la dimension d’un pôle tertiaire, choisi pour la domiciliation de grandes entreprises et bien sûr pour l’événementiel sportif et culturel. Sous le sceau de l’objectivité, il est difficile de ne pas fixer les projecteurs sur les efforts considérables déployés par certains pilotes de l’action publique locale. Trois exemples suffisent à titre d’illustration. La ville du Gosier vient de se doter d’un Palais des Sports conçu dans une perspective régionale et adapté pour l’accueil de compétitions sportives (sports de balle, gymnastique, arts martiaux, musculation…) et événements culturels (concerts,

spectacles, salons, activités ludiques…). Le Conseil régional a débuté

la construction du Mémorial Acte (Centre Caribéen d’Expressions et

de Mémoire de la Traite et de l’Esclavage), idée lumineuse de création d’un « espace régional dédié à la mémoire, l’information, la connaissance et à la recherche historique, à destination de la population, des touristes, des étudiants et des chercheurs ». La ville de Saint-François a inauguré le 30 septembre 2011 son marché central « La Rotonde » qui marque la renaissance de l'ancien marché qui datait de 1954 et qui, en sus d’être un espace de vente pour les maraîchers, se destine à être un lieu culturel, pouvant accueillir des animations de loisirs mais aussi des congrès de différentes natures. Pour le premier, il y a à espérer qu’il se transforme en un lieu pivot, véhicule d’une dynamique sportive et culturelle, aussi bien dans une logique de service public que d’initiatives privées, garantissant des retombées économiques profitant à la collectivité. Pour le second, il faut une mobilisation pour qu’il devienne un lieu de prestige, octroyant à la Guadeloupe un avantage comparatif en matière d’équipement à rayonnement international, apte à impulser des flux de fréquentations significatifs et pérennes et générer des externalités positives. Pour le troisième, à l’échelle plus réduite d’une ville, il doit être appréhendé comme ce type d’instrument original, entrant dans le cadre du projet global d’un modèle économique local.

A la manière de ces exemples, nous devons garder en tête que

l’archipel guadeloupéen est encore dans une position de besoin d’infrastructures structurantes, et précisément celles pouvant entretenir des flammes d’activités marchandes pourvoyeuses d’emplois. Au sujet d’un complexe cinématographique digne de ce nom, notons l’observation de l’Agence d’études d’Urbanisme de

Caen Métropole (AUCAME) : « Longtemps observé avec dédain, puis méfiance, le phénomène « multiplexe

Caen Métropole (AUCAME) : « Longtemps observé avec dédain, puis méfiance, le phénomène « multiplexe » s’est aujourd’hui banalisé. Apparus au début des années 1990, sans aucune reconnaissance juridique, les multiplexes se sont répandus des plus grandes aires urbaines aux plus petites agglomérations, pour recouvrir l’ensemble du territoire français. » (http://aucame.fr). Au sujet d’un parc d’attraction, avec le choix d’une thématique pertinente, il est aisé d’en recenser à travers le monde qui prouve qu’un tel équipement est un moteur d’entrées massives de visiteurs. Il est ainsi notoire de voir la Guadeloupe se singulariser par l’insuffisance de ces catégories d’équipements dans l’offre de loisirs destinée aussi bien au public local qu’aux touristes.

Tout comme pour ces exemples, il faut appréhender le GPP comme une opportunité d’équipement d’intérêt régional et, au-delà de sa disponibilité, c’est la partition qu’il sera amené à jouer qu’il convient d’écrire, dès maintenant et ce, en étant acteur de cette écriture.

En définitive, statut quo ou non, il y a à souligner que « faire » ou « ne rien faire » constituent deux attitudes qui, toutes les deux, ne sont pas sans conséquences sur les perspectives d’activités économiques de la Guadeloupe, notamment sur les perspectives de la production locale.

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