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Le comptable et l’écolier

Il était une fois, à St Michel en Grève, une petite fille et un petit garçon qui
faisaient leur grande rentrée. Le roi de leur pays, Sarko 1 er, ne connaissait
visiblement pas le conseil de Victor Hugo : « lorsqu’on ouvre une école, on ferme
une prison ». Or ses conseillers lui avaient fait remarquer que le taux
d’encadrement des prisonniers était inférieur à celui des écoliers et il ordonna à
ses préfets d’ouvrir des prisons et d’économiser des postes d’enseignants. En
contrepartie, les parents pouvaient choisir « librement » l’école où inscrire leurs
enfants. Les parents de la petite fille et du petit garçon de St Michel décidèrent
donc de faire une liste de critère pour choisir une école. Le père proposa de
choisir l'école avec les meilleurs enseignants. La mère, dans sa grande sagesse,
lui répondit que les enseignants étaient tous très bien formés et que ceux-ci
changeaient parfois d'école, et conclut que ce critère n'était pas intéressant. Le
père proposa alors de choisir l'école avec les plus beaux matériels et les plus
riches bâtiments. La mère lui répondit qu'il n'existait pas d'entonnoir, fût-t-il en or,
pour remplir la tête de leurs enfants. Le père proposa enfin de choisir l'école la
moins cher. La mère lui répondit encore que la plupart des écoles étaient
publiques et donc gratuites. "Comment choisirons-nous alors ?", lui demanda
alors le père à cours d’idée. La mère lui répondit qu'il suffisait de choisir une école
qui ressemble aux écoles du pays du père noël : une école où il y a peu d'enfants
dans les classes et où les enseignants ont le temps de s’intéresser à chaque
enfant car leur fille est une pipelette invétérée et leur fils a du mal à se
concentrer – une école proche de leur domicile pour éviter de fatiguer leurs
enfants - une école où l'on mange de bons produits bio locaux pour être en forme
- et enfin, considérant qu'ils ne pourront pas les aider à faire leurs devoirs quand
ils seront dans les grandes classes, une école où les enfants apprennent à être
autonomes dans les classes multi-niveaux et où on leur apprend à aimer l’école.
Finalement, ils décidèrent d'inscrire leurs enfants à l'école de leur village
puisqu'elle réunissait tous ces critères même si elle n'était pas aussi belle que
celles des provinces voisines. Ils espéraient juste que Sarko 1 er ne fermerait pas
cette petite école au motif que l'éducation des enfants ça coûte de l'argent à son
amie Dame Bettencourt, la grande bienfaitrice du pays. Ils espéraient aussi que
les barons locaux feraient tout pour maintenir les petites écoles à taille humaine
et de proximité, en rejetant la compétition interprovinciale, qui ne ferait que
détruire les petites écoles aux effectifs modérés. Celles-ci leur semblaient être le
cadre idéal pour former des citoyens libres et égaux comme voulu par les grands
anciens dans l'article 1er de la constitution du pays. Ils pensaient que les barons
locaux, dans leur grande sagesse, seraient conscients qu’elles sont aussi,
souvent, le dernier cœur qui bat dans ces petits villages qui refusent de mourir.
Moralité : sage est le décideur qui juge la dépense publique à l'aune du
bien être de nos enfants et de leur (notre) avenir plutôt qu'à l'aune des
agences de notation, des guerres de clochers ou de leurs propres égos.
Toute ressemblance avec la réalité locale et nationale est évidemment purement
fortuite.

NK