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Les bourdes d'un halluciné

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PLW

VU PAR DES SÉNÉGALAIS

Les bourdes d’un halluciné

SOMMAIRE
1
ère

N° Page

Partie : Analyse des actes pendant l’accusation ……………………………… 5

1. Un grand pas dans la bonne gouvernance, un défi pour la justice sénégalaise ……. 6 2. « Idrissa Seck est dans une relation de dialogue avec le divin ou avec des énoncés de grands érudits » ……………………………………………………………………….. 11 3. Un vendredi, deux “khoutba” …………………………………………………………….. 16 4. Ce que je pense de Idrissa Seck ……………………………………………………….. 19 5. Qui a politisé l'affaire des chantiers de Thiès ? ……………………………………..… 21 6. Des faux pas de Wade aux glissades d'Idy ……………………………………………. 24 7. Crise de 1962 et dualisme Idy - Wade : le grand fossé ………………………………. 27 8. Qu'en est-il de Wade et Idy ou entre Gorgui et Ngorsi ? …………………………….. 28 9. Rapports WADE IDY : « Tu quoque, Mi Fili », toi aussi, mon fils …………………… 29 10. Les contradictions de Idrissa Seck …………………………………………………….. 32 11. Qui parle d’une liquidation d’Idy en prison ? …………………………………………... 36 12. «Njomboor contre «Cokkeer» …………………………………………………………… 37 13. Les erreurs politiques de Idrissa Seck …………………………………………………. 39 14. Nouveaux chantiers politiques pour Idrissa Seck : Après le glaive libéral, le sable mouvant de l’opposition ………………………………………………………………….. 42 15. Dieu, Idy et notre combat ………………………………………………………………… 46 16. Martyrolâtrie ……………………………………………………………………………….. 48 17. Idrissa Seck est-il une réincarnation de Mamadou Dia ? …………………………….. 50 18. Slogan contre slogan : De « Idy moo ko yor » à « li mu yor moo mu ko » ...……….. 52 19. Idy se découvre enfin une amitié pour Macky ... : …………………………………….. 53 20. Macky-Idy : Question de styles ! ………………………………………………………… 57 21. Délire d’un halluciné du pouvoir - Triste destinée d’un grand seigneur …………….. 60 22. Le «moi» d’Idrissa Seck ………………………………………………………………….. 62 2
ème

Partie : Analyse des actes après la sortie de prison ……………………… 64

23. Profession de foi de l'ancien Premier ministre : Idrissa SECK abuse du 'Je' et snobe la Cpa …………………………………………………………………………………….... 65 24. Après Saa-Nokho et Saa-Neex, voici Saa-Idy ! ……………………………………….. 67 25. Le mépris et les méprises d’Idrissa Seck ………………………………………………. 71 26. Idrissa Seck n'a pas de programme économique …………………………………….. 74 27. POURQUOI LE CORPS DIPLOMATIQUE AMERICAIN A RENDU VISITE A IDRISSA SECK - Annihiler les velléités d’un pourfendeur de la stabilité sociale et de la démocratie ……………………………………………………………………………… 77 2

28. Les coalitions du recel ……………………………………………………………………. 79 29. A propos du discours de Idrissa Seck ………………………………………………….. 82 30. Des questions à Idrissa Seck ……………………………………………………………. 85 31. Idy, la rhétorique, les versets ……………………………………………………………. 87 32. Un aveu de «petite» taille ! ……………………………………………………………… 91 33. Idrissa Seck : Une imposture sénégalaise …………………………………………….. 93 34. Idy et les journalistes ……………………………………………………………………. 95 35. La caverne d’Ali Baba …………………………………………………………………… 99 36. Tartuffe ou l’imposteur ………………………………………………………………….. 101 37. MAME MBAYE NIANG, COORDONNATEUR DE « FIDEL AU PEUPLE » : « Les enregistrements d’Idrissa Seck n’existent pas » …………………………………… ..107 38. Un Cd pour enflammer le pays ………………………………………………………… 110 39. Qu'Idrissa Seck cesse de mêler nos chefs religieux à ces histoires ………………. 113

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Avant-propos
Dans ce que la majorité d’entre nous a appelé l’Affaire Idrissa Seck, je me suis intéressé aux avis de sénégalais qui ont pris suffisamment de recule pour examiner, avec une rigueur intellectuelle, les questions qui nous ont interpellé en ces moments de grand flou animés par des journalistes alimentaires ou co-auteurs d’un projet Machiavélique. Je vous livre dans ce recueil ces avis qui sont parus dans les principaux journaux de la place (Rubrique ‘’Contributions’’) que j’ai pu lire et confronter à mon regard sur la situation en question. Vous vous rendrez compte, au fil de votre lecture, de la grande pertinence de certaines analyses qui avaient prédit des situations ou posé des questions auxquelles des événements récents apportent une lumière parfaite. Ma démarche, à travers ce recueil, s’inscrit dans la logique du citoyen qui refuse de confier la gestion de son bien le plus précieux (Le Sénégal) à une personne capable de piétiner tous les principes de la morale pour assouvir un désir. Dans une telle démarche, j’ai l’obligation d’être attentif vis à vis des autres et des faits, d’être à l’écoute afin de toujours aboutir à des conclusions lucides à propos des choses qui m’interpellent. On ne mesure pas l’intellectuel par le nombre de ses diplômes, mais plutôt par la manière dont il vit et analyse les phénomènes dans sa Société. Partageons cette démarche et nous ferons de notre pays une très grande démocratie ! J’ai confiance en la lucidité de nos frères et sœurs, en la sagesse des nos anciens pour faire échouer le projet de cet halluciné.

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1ère Partie
Analyse des actes pendant l’accusation

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Un grand pas dans la bonne gouvernance, un défi pour la justice sénégalaise
Le Sénégal est depuis quelques semaines au centre d’un débat politique très intense, tant au niveau de la société que dans les médias publics et privés. Cette vivacité débordante reste encore dans les limites d’une démocratie majeure qui fait la fierté et la notoriété de notre pays le Sénégal. Ces discussions larges, contradictoires et libres constituent une véritable révolution au regard du contexte que nous avons vécu au cours des deux premières décennies du pouvoir socialiste dont les parlementaires se sont érigés en donneurs de leçons lors de la plénière du 3 août dernier à l’Assemblée nationale. La jeune génération doit savoir que ce qu’elle récolte aujourd’hui en matière de libertés démocratiques est le résultat des luttes parfois héroïques de plusieurs générations de patriotes, d’hommes politiques, de syndicalistes, de jeunes, de femmes, d’étudiants, etc. Le rappel de l’arsenal des textes répressifs durant cette longue période de la pensée unique de l’Ups permet de faire la différence avec la situation actuelle. La Loi d’urgence 60-042 du 20 août 1960 confirmée par celle 60-017 du 7 septembre 1960, suite à l’éclatement de la Fédération du Mali, le décret 60-267 du 1er août 1960 portant dissolution du Parti africain de l’indépendance (Pai) avec l’incarcération de Majmout Diop, puis son exil, le décret 60-429 du 1er décembre 1960 portant dissolution de l’Ugtan, l’Ordonnance 60-27 du 10 octobre 1960 relative aux agissements portant atteintes à l’ordre et à la sécurité publique, la Loi 61-57 du 21-9-61 instituant le Tribunal spécial de Dakar (pouvoir accru à la police), l’Arrêté 14375/ M.MIT/A.P.A du 2 octobre 1961 portant dissolution du Rassemblement de la jeunesse démocratique sénégalaise (Rjds), l’aggravation de cette situation au cours de la crise politique de 1962 avec l’arrestation du chef du gouvernement, Mamadou Dia et quatre de ses amis (Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Aliou Tall) le 17 décembre 1962, mais également les violences politiques durant les élections législatives de 1963 avec plusieurs exilés (Madia Diop, Abdoulaye Thiaw, Doudou Guèye), la dissolution du Bms par arrêté 14375/M.INT./a.P.A en 1963, de l’Ugeao en 1964 ; les tortures et les violences physiques après la tentative de guérilla au Sénégal oriental en 1965, la déportation sélective des syndicalistes considérés comme adversaires politiques en juin 1968 à Ololdou, près de Bakel (Iba Der Thiam), à Dabo (Séga Seck Fall), à Sindian (Dr Hamat Bâ), la Loi 69-du 29 avril 1969 portant Etat de siège , l’Etat d’urgence et l’interdiction de toute propagande politique (écrite et orale), la dissolution de l’Unts et son remplacement par la Cnts sous la loi d’urgence en 1969, le décret 71-209 du 28 février 1971 portant dissolution de Union démocratique des étudiants du Sénégal (Udes), le décret 71-210 du 28 février 1971 portant dissolution de l’Union des étudiants de Dakar (Ued) et intégration 6

de force des dirigeants étudiants dans l’armée dont feu Alhousseynou Cissé, l’arrestation la même année des frères Blondin après l’incendie du Centre culturel français (Oumar Blondin Diop est mort en détention), l’emprisonnement dans les mêmes circonstances des leaders de l’Unts pendant dix mois (Iba Der Thiam, Abdoulaye Thiaw, Bamba Guissé, Bakhaw Seck), la détention en prison de syndicalistes enseignants comme Séga Seck Fall et Samba Diouldé Thiam, puis la dissolution du Syndicats des enseignants du Sénégal (Ses) pour complot communiste en mars 1973. C’est dans un tel environnement politique et juridique que se sont déroulés les procès évoqués au-dessus. Mis en accusation pour tentative de coup d’Etat par l’Assemblée nationale avec 61 voix pour, une contre et deux abstentions, Mamadou Dia fut condamné à perpétuité, trois de ses compagnons à 20 ans de réclusion et le quatrième à 5 ans de prison et 10 ans de privation de droits civiques. Celui qui a poignardé à mort le député maire de Mbour, Demba Diop, le 3 février 1967, a été jugé, condamné à mort et exécuté et ses complices condamnés à de lourdes peines par le Tribunal Spécial de Dakar le 18 mars 1967. Pour avoir tenté d’assassiner Léopold Sédar Senghor quelques jours après, le 22 mars 1967, un jour de la Tabaski, Moustapha Lô, considéré comme un proche l’exprésident du Conseil, a lui aussi subi le même sort : condamnation à mort, exécution et refus de remise du corps à la famille de l’intéressé pour des funérailles religieuses dignes. Il est important de rappeler à la jeunesse actuelle, ces années de braise du régime de l’Ups qui n’ont pas fait baisser les bras aux patriotes qui ont résisté au prix de multiples privations et d’humiliations de toutes sortes. Ces luttes politiques et sociales intenses associées au contexte international ont permis l’ouverture démocratique avec la naissance du Pds en 1974, du Sudes en 1976, de l’Utls en 1977, et le vote de la Loi des trois courants d’abord, puis celle des quatre courants (socialiste, libéral, communiste et conservateur), avant le multipartisme intégral intervenu avec l’arrivée de Abdou Diouf au pouvoir le 1er janvier 1981, grâce l’Article 35 de la Constitution révisée pour permettre le remplacement du président de la République par son Premier ministre en cas de vacance du pouvoir. HARO SUR LES IMPUNITES Si durant les vingt dernières années de pouvoir socialiste sous Abdou Diouf on peut noter des progrès réels dans la démocratisation de la vie politique et la construction d’un Etat, ce qui a permis l’alternance démocratique intervenu le 19 mars 2000, on peut au contraire constater une aggravation du phénomène de la corruption durant cette période, comparée à l’époque de Senghor. Le Pit n’avait-t-il pas été renvoyé du gouvernement de majorité présidentielle pour avoir dénoncé la mal gouvernance ? Diouf n’a-t-il pas reconnu récemment dans une émission à Rfi qu’il a échoué dans sa tentative de lutter

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contre la corruption à travers la loi sur l’enrichissement illicite qu’il a été incapable d’appliquer ? La nécessité de mettre la lumière sur tous les scandales économico financiers dans le pays, d’arrêter la dilapidation des deniers publics par des détournements et leur placement à l’étranger, le démantèlement de la monstrueuse «machinerie» du pouvoir de la corruption au niveau de tous les maillons de l’administration et des leviers de l’Etat ont été des thèmes majeurs des campagnes électorales de la Ca 2000 et du Fal en 2000. Ce qui explique la grande place donnée à cette thématique lors du Discours de politique général du Premier ministre, Moustapha Niasse, et la priorité donnée aux audits dès les premiers mois de l’alternance. Quelles que soient les limites notées dans le suivi de ces contrôles, personne ne peut nier qu’au moins les choses bougent au Sénégal dans ce domaine. Le nombre de chefs de service, directeurs d’établissement public, cadres et hauts fonctionnaires limogés, relevés de leur fonction, convoqués à la Dic, emprisonnés ou non pour suspicion de gestion douteuse, montrent bien que les traditions d’impunité et de protections politiques dans la mauvaise gestion des deniers publics disparaissent progressivement. Et la plupart des victimes étaient bel et bien des cadres libéraux au moment où ces sanctions étaient prises. Je n’irai pas jusqu’à dresser une liste, mais tous les observateur avertis et objectifs de la vie politique sénégalaise peuvent faire le décompte de ministres, directeurs, hauts cadres ou gradés de l’armée concernés. Le dossier des chantiers de Thiès s’inscrit bien dans ce contexte, même si la position politique du principal intéressé (Secrétaire général national adjoint du parti au pouvoir et Premier ministre au moment des faits) et la nécessité d’avoir toutes les garanties pour la transparence et le respect de la procédure peuvent expliquer la longueur du temps mis entre son interpellation en plein conseil de ministres par le président de la République et son «limogeage-démission» d’une part et celui entre le dépôt du rapport de l’Inspection générale d’Etat, sa transmission à la justice et la mise en accusation par l’Assemblée nationale à sa séance du 3 août 2005 d’autre part. Durant ce long bras de fer, au moins 18 mois, chaque partie s’est préparée politiquement pour la gestion de la confrontation devenue inévitable. Le mutisme assourdissant de l’ex-numéro 2 du Pds, la fronde des 14 députés du groupe parlementaire Fal, la création du M-sis et d’un parti politique par le bras droit de l’ex-Pm, la campagne de presse qui a accompagné tout ce processus, etc. entrent dans le cadre d’une stratégie de démonstration de force et de politisation de toute accusation ou arrestation éventuelle du mis en cause. C’est en raison de tout cela qu’on peut considérer que le dossier des chantiers de Thiès a un volet politique. Ce qui n’enlève en rien qu’il est avant tout un problème de mal-gouvernance, de suspicion de corruption, de détournement de deniers publics et de viol des règles élémentaires de traitement des marchés publics. C’est pour cette raison que cette question est aussi un test pour la classe politique sénégalaise quant à sa capacité à se conformer aux proclamations quotidiennes sur la bonne gouvernance et dépasser les positions partisanes pour ne prendre en compte que l’exigence de créer les conditions de

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clarification du dossier. De ce point de vue, les partis d’opposition ont dû vivre un malaise voire un dilemme : faut-il voter l’accusation, et dans ce cas, renforcer un adversaire politique et lâcher un futur allié politique considéré comme un poids lourd ou faut-il voter contre et se justifier devant l’opinion publique à partir de l’argument de la politisation et de la discrimination, contribuer ainsi à l’affaiblissement du parti au pouvoir ? C’est finalement cette dernière option qui prévalut au détriment d’un consensus d’intérêt national. Le vote final, après un débat parlementaire démocratique et parfois houleux, a permis, au-delà de la mise en accusation, de clarifier davantage la représentativité réelle du groupe parlementaire démocratique et libéral. Il a définitivement clos le débat sur l’existence d’un groupe de députés cagoulés qui seraient favorables à l’ex-Premier ministre avec des menaces d’une motion de censure éventuelle en rapport avec l’opposition parlementaire. Après l’adoption du projet de résolution de mise en accusation de l’ancien Premier ministre du Sénégal et du ministre du Patrimoine Bâti, de l’Habitat et de la Construction par 69 voix pour et 35 contre, les problèmes d’interprétation, entre spécialistes du droit constitutionnel, de l’Article 101 de la Constitution de janvier 2001 peut toujours continuer, mais la légitimité du vote est incontestable. En effet, le taux exigé pour l’adoption de la résolution (72\120) est de 60% seulement, mais le résultat final (69\104) donne une majorité de 66,34% au groupe libéral et si les membres de la Haute Cour de Justice devaient participer au vote, on serait avec, au moins 13 voix de plus pour la majorité parlementaire (82\120) à 68,33%. Ce qui signifie au fonds qu’une large majorité de la représentation nationale est favorable à l’ouverture de la procédure de mise en examen. POUR UNE JUSTICE INDEPENDANTE Le dernier défi qui reste à relever est celui d’une justice indépendante. L’environnement international actuel, les acquis démocratiques de notre peuple par rapport à la situation politique décrite en haut, de 1960 au milieu des années 1970, les avancées démocratiques obtenues dans la constitution de janvier 2001, les exigences d’une opinion publique citoyenne, d’une presse libre et d’une société civile vigilante offrent suffisamment de garantis pour une justice transparente et un procès équitable. Notre pays va ainsi rompre avec l’impunité totale au niveau des crimes économiques comme ce fut le cas sous l’ancien régime. Le renforcement des pouvoirs de la Cour des comptes et la création d’une Commission nationale contre la transparence, la corruption et la concussion peuvent être considérés comme de bons indicateurs vers cette direction. L’ancien chef de l’Etat avait l’habitude de dire qu’il ne scierait jamais la branche sur laquelle il est assis. Parlant de son parti, le secrétaire général national du Pds a pris le risque de provoquer quelques soubresauts dans son parti à dix mois d’importantes

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échéances électorales. Tant mieux si les signaux actuels au sein de la famille libérale montrent bien que la situation continue à être bien gérée. Le Pds peut sortir plus uni, donc plus fort de cette épreuve. Mais l’essentiel est que le président de la République, respectant son serment d’avril 2000, a mis l’intérêt national, l’exigence de la transparence et la bonne gouvernance au-dessus des intérêts de son parti politique
Kalidou DIALLO

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KHADIYATOULAH

FALL,

PROFESSEUR

TITULAIRE

DE

L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À CHICOUTIMI : « Idrissa Seck est dans une relation de dialogue avec le divin ou avec des énoncés de grands érudits »
Des relents d’un discours fanatique dans le discours d’Idrissa Seck ? Le professeur Khadiyatoulah Fall, professeur titulaire de l’Université du Québec à Chicoutimi, estime que le discours de l’ancien Premier ministre est un « discours du destin et de la prédestination ». Le style colle parfaitement à une proclamation : « Je suis né pour être Président ». Avec des énoncés du Coran et des références aux grands saints. Merci Professeur de venir partager vos idées avec le quotidien « le Soleil ». Vous êtes chercheur en analyse des discours et vous êtes intellectuel. On parle beaucoup ces temps ici des textes, des énoncés d’Idrissa Seck, soit dans sa conférence de presse, soit dans ses CD. Quelle lecture faites-vous de ces discours ? Je me définis d’abord comme chercheur universitaire. C’est ce lieu que j’habite en tout premier lieu. Vous me définissez comme intellectuel. J’accepte cette identification car il m’arrive parfois de participer au débat intellectuel. Vous m’avez donné, à travers les pages de votre journal, l’occasion d’assumer ce rôle. L’intellectuel a un devoir d’engagement, mais quand il est universitaire et chercheur, sa posture intellectuelle est traversée par une posture épistémologique qui le force à élucider la part de subjectivité, la part de culture, la part de valeurs qui sont investies dans sa démarche de connaissance. L’engagement, c’est être acteur dans la cité. Etre chercheur, c’est être dans une démarche objective, selon des méthodes bien identifiées, dans une démarche donc de recherche de la vérité sur un objet. C’est un pari difficile, surtout pour les Sciences humaines et sociales, mais c’est un défi passionnant. Je me pose l’obligation dans mes objets de recherche, durant ma recherche et en fin de parcours de ma recherche de m’interroger sur l’espace de valeurs que convoque ma recherche et sur la manière d’agir sur la cité. Bien sûr que cet espace de valeurs n’est pas l’espace propre de la recherche. Cet espace de valeurs est de l’ordre de l’engagement et de la participation citoyenne. Des multiples objets de recherche, lequel, lesquels je peux choisir

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pour

éclairer

les

débats

actuels

dans

nos

sociétés,

pour

appuyer

l’émancipation d’un pays, d’un groupe, la définition des politiques sociales, des politiques publiques ? Le choix d’un objet de recherche est déjà un acte intellectuel, un engagement social. Ma recherche se situe dans un tiraillement continuel entre vérité et pertinence. Pertinence par rapport à un lieu, par rapport à des enjeux de société, par rapport à des angoisses, des utopies. L’intérêt, aujourd’hui, pour l’analyse du discours du fanatisme que je partage avec les membres de mon équipe de recherche est lié à ce besoin de pertinence de ma recherche surtout à ce moment-ci alors que les fanatismes, surtout les fanatismes religieux, suscitent partout l’indignation humaine. Je crois qu’il y a un besoin de connaissance, de déconstruction des fonctionnements discursifs de ces discours pour les pister, les dénoncer, pour être vigilant chaque fois qu’ils prennent corps dans l’espace public. Justement, vous avez dans une interview avec un de nos confrères du « Quotidien » fait un rapprochement entre ces discours du fanatisme et les récents discours d’Idrissa Seck. Soyons bien précis. Je ne dis pas qu’Idrissa Seck est un fanatique. J’ai dit qu’il y avait dans l’énonciation de ses derniers discours quelques éléments, quelques relents qui relèvent du régime discursif du discours fanatique et qui m’inquiètent. Donc, je ne suis pas dans le registre de l’attaque mais dans celui de l’observation du mode d’énonciation d’un discours. Vous me permettrez, avant de parler du discours d’Idrissa Seck, de donner ma claire position sur ce qu’on appelle l’affaire des « chantiers de Thiès ». Je souhaite fortement que ce dossier soit traité dans un cadre républicain. Par cadre républicain, par socle républicain, je veux dire : veiller à ce que les principes de bonne gouvernance et d’imputabilité des décideurs qui gèrent le bien collectif, les biens de tous, soient au cœur du règlement de ce dossier. Un thème fédérateur est en train d’émerger dans tout l’espace public : il faut que des comptes soient rendus dans le cadre du Droit, de la légalité républicaine qui exigent que l’État assume son rôle de protection de nos biens collectifs mais également que tout accusé dans ce dossier ait toute la protection du Droit que doit avoir un citoyen. Donc discours d’imputabilité et de justice sociale. Le bien de tous est le bien de tous et ne doit pas être l’objet d’une appropriation par un individu ou un réseau d’individus. Ce socle républicain et ce besoin de justice sociale ne doivent pas être ébranlés par des positions partisanes ou des stratégies de repositionnement politique en fonction des

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prochains défis électoraux. Ce socle républicain et ce besoin de justice sociale ne peuvent être un lieu de consensus que si tous les interpellés dans ce dossier subissent l’épreuve de la Justice. Il ne devrait pas y avoir transcendance, ni dérobade devant l’épreuve de la Justice. Ce socle républicain est également une réponse sans faille aux exigences d’un État de droit moderne. Vous savez que notre culture sénégalaise est traversée par une forte valeur qui a su dénouer des conflits, forger des solidarités et c’est la valeur de « yeurmendé » qui renvoie aux valeurs de compassion, de pitié, de pardon. Bien sûr que c’est là une de nos valeurs fortes mais quand le « yeurmendé » finit par mettre en otage l’application du Droit, l’exigence de justice pour tous, cela pose un problème pour l’affirmation d’un État moderne, d’un véritable État de droit. La Justice qui, bien sûr, n’est jamais totalement détachée de son lieu d’application, doit aussi, pour exercer le droit qui s’impose à tous dans la diversité des cultures, des religions et des idéologies, cette Justice doit pouvoir parfois se délier des contingences culturelles, religieuses et politiques. Et si on arrivait aux discours d’Idrissa Seck ? J’ai dit, dans mon interview avec votre confrère du « Quotidien », que le discours d’Idrissa Seck s’énonçait comme un discours du destin, comme un discours de la prédestination. J’ai mis en rapport ce discours avec un énoncé qu’on attribue à ce même Idrissa Seck. Il aurait déjà dit : « Je suis né pour être Président ». C’est ce destin tracé qu’Idrissa Seck énonce et annonce. Le discours tenu par Idrissa Seck se détache du discours profane. Il puise exclusivement dans l’ordre du divin, du prophétique ou dans le registre du discours d’hommes religieux exceptionnels. Les références sont des énoncés du Coran, de la Bible. Idrissa Seck est dans une relation de dialogue, une relation intertextuelle avec le divin ou avec des énoncés de grands saints ou érudits de ce pays comme Cheikh Ahmadou ou Cheikh Ahmed Ces saints hommes sont des personnages religieux dont la dévotion, la proximité d’avec Allah font presque des hommes hors du commun. Idrissa Seck est en dialogue avec le divin ou le « hors du commun » et sa parole n’est que l’écho d’un « déjà inscrit, d’une destinée » qui a déjà confirmation dans un lieu autre et donc qui n’a nul besoin de validation par la parole du profane, la parole construite dans le monde ordinaire. Il y a là une volonté de négation d’une quelconque puissance, d’un quelconque pouvoir à la parole profane. C’est bien

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pourquoi Idrissa Seck choisit de ne pas renvoyer dans ses citations à aucune autorité du monde ordinaire, du monde laïc. Il nie ainsi dans son énonciation la possibilité du pouvoir des hommes de le juger, de l’évaluer. Il est dans l’espace du transcendant. Idrissa Seck s’énonce comme un personnage porté par le divin. Il est comme porteur d’une parole prophétique, d’une parole messianique, d’une parole qui le situe au-dessus du pouvoir des hommes. C’est pour cela que j’ai dit qu’il y avait une incohérence cognitive à tenir une telle énonciation transcendante et ensuite se constituer un collectif d’avocats. En effet, ces avocats vont plaider à partir du Droit des hommes, du Droit profane. Qu’un énonciateur qui refuse tout sens, tout pouvoir au pouvoir profane souhaite exploiter le Droit profane pour se défendre, constitue une contradiction. Que vient, selon vous, confirmer le Cd 1 ? Le discours fanatique s’énonce dans le défi et il peut pousser le défi jusqu’au tragique, jusqu’au spectaculaire. La résistance de la loi des hommes pousse le fanatique à choisir les positions extrêmes, les positions tragiques avec la conviction que le destin se confirmera dans l’au-delà. On a beaucoup glosé sur le comportement de défi d’Idrissa Seck depuis qu’il a quitté le pouvoir. L’énonciation d’Idrissa Seck se situe dans un registre continuel de la bravade puisque, se pense inatteignable, car habillé par le surnaturel, énonce la pensée radicale, l’extrême conviction que rien ne peut ébranler son destin, se construit comme un Saint. Son discours puise dans le registre de la pureté, de la candeur. Dans le Cd1, on est frappé par le discours moral, le discours de la perfection qu’il tient sur lui-même. Dans le dialogue entre « Lui et moi », ne parle de lui que dans des propos qui le décrivent comme un individu inattaquable sur le plan moral, sur le plan éthique, sur le plan des valeurs humaines, sur le plan de l’action politique. Selon, il n’y a que lui qui serait habité par la morale parmi tous ceux qu’il cite, se construit une supériorité morale sur les autres, se veut être un saint, un saint homme, donc le modèle d’humains qui a survécu à l’épreuve des piéges de l’impureté, des piéges du pêché. Il s’énonce comme appartenant au type d’humains que Dieu choisit pour les élever au rang de prophète, au rang d’élu de Dieu. Je disais tout à l’heure que le discours fanatique exploite le défi, le défi face au monde des humains, l’arrogance face à la justice des hommes. Ce défi peut aller jusqu’au tragique. Le dévoilement des secrets d’État peut être aujourd’hui lu comme l’activation du tragique car on peut voir, à travers ce

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geste, une volonté extrême de déstabilisation de l’État, de perturbation des institutions donc de faire advenir le chaos. Nous sommes arrivés au stade de l’énonciation du chaos, au stade eschatologique. Pour finir, je dirai qu’avec, on vit ces derniers temps dans le monde des extrêmes. C’est le monde des extrêmes qui construit les fanatismes, les passions folles, les délires. Avec, nous avons eu droit pendant longtemps à un excès de silence. Aujourd’hui, on est devant un excès de paroles, un délire de paroles. C’est comme si quelqu’un sortit d’une longue retraite, d’une longue réclusion dans un monastère et était pris au contact de la réalité d’une transe verbale. Sous l’effet de quoi, je ne sais pas...

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Un vendredi, deux “khoutba”
Vendredi 22 juillet 2005. Les Sénégalais qui ont été à la mosquée puis ont écouté la radio ont eu droit à deux «khoutba», l’un de l’imam du quartier, et l’autre de notre Idy national. A l’heure où un marabout est appelé Général, un homme politique, et pas n’importe lequel, devient Mara. Tous deux ont une ambition commune : diriger le pays. Politique et religion sont indissociables chez nous, ce qui donne à notre laïcité quelque chose que l’on ne trouve point ailleurs. C’est ce que Moustapha Niasse semble avoir compris, lui qui lance un appel aux chefs religieux pour qu’ils parlent au chef de l’Etat. L’heure est donc grave, comme on dit. Le “khoutba” de Mara-Idy a certes été le plus écouté, car diffusé à travers les ondes de nos radios captables partout dans le monde. Mais comme on pouvait s’y attendre, certains doutent de l’authenticité de ce Cd. Mesdames et messieurs, c’est bien Idy, il n’y a aucun doute là-dessus. La question est : «Quand, où et comment a eu lieu l’enregistrement ?». Le «quand» a de l’importance car le politicien-mara parle en visionnaire : «Mon arrestation sera suivie d’une vaste enquête, une vaste opération d’espionnage politique et d’exploration de mes réseaux d’amitié. On interrogera sans doute mes plus proches, on les torturera peut-être, on les intimidera sûrement, au moyen des pouvoirs exorbitants que confère aux enquêteurs le prétexte d’atteinte à la sûreté de l’Etat, dont j’en suis sûr, ils se serviront. » Cela fait penser à Jésus disant à ses disciples : «Alors on vous livrera à la tribulation et l’on vous tuera, et vous serez les objets de la haine de toutes les nations à cause de mon nom…» (Matthieu 24 : 9). Seulement, les prophéties sont gâchées par cette phrase au présent de l’indicatif : «La présente procédure d’atteinte à la sûreté de l’Etat est la seule à leur disposition pour m’arrêter, m’espionner et peut-être m’assassiner arbitrairement…» Mais que voulezvous ? Seul Dieu ne se trompe pas. En tout cas, nos papas et mamans qui l’ont entendu réciter des versets du Coran, avec l’accent requis, n’ont sûrement pas manqué de claquer des doigts en criant : «Euskey !» Ceux qui s’attendaient à voir un homme politique déçu, frustré et traqué, ont découvert un saint ou quelqu’un qui semble se présenter comme tel. Il se définit comme «un fils qui ne se prosterne que devant Dieu, plus digne de sa crainte et de son respect.» Là, il nous rappelle Serigne Touba écrivant : «Dieu me suffit (…), et je me contente de Lui. (…) Je ne crains que mon Roi et n’espère qu’en Lui.» Après avoir prédit son incarcération, voire son assassinat, pour «détruire un fils d’emprunt après usage», Mara-Idy s’adresse à ses proches : «L’objectif ne sera pas de défendre Idy, Allah y suffit.» Qui dit que le Sénégal n’est pas un pays de saints ?

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Après un taalibe-président, nous avons des chances d’élire un saint-président, s’il est vrai que la prison est un raccourci pour le palais. Cela prouve que le pays avance. On peut alors se demander si nous n’aurons pas une République islamique. Mais si ce Cd a été enregistré par liaison téléphonique, pendant que le “prophète” était en détention, cela voudrait dire que notre Idy nous prend vraiment pour des demeurés et cherche à abuser de notre foi. Pour en venir au Cd proprement dit, la lecture est un peu ennuyeuse, surtout au début, avec des «Lui» et «Moi» à n’en plus finir. Est-ce pour justifier le titre du prochain livre ou une révélation divine ? Les profanes d’un journal de la place, que je ne nommerai pas pour leur éviter des poursuites judiciaires, ont commis le sacrilège de remplacer «Lui» par «Wade», et «Moi» par un tiret. C’est comme s’ils se permettaient de changer quelques mots dans les chansons du Général Kara, chansons qui, selon certains, lui seraient dictées par des anges. Mais comme Mara, né pour être président, est comparable à «un bol rempli de lait», il va leur pardonner leur ignorance, j’en suis sûr. Grâce à notre ex-Pm, les voyous ne vont plus arracher les colliers de nos femmes, mais surveiller les déplacements d’un certain Huchard, «malgré qu’il soit très longtemps à la retraite» (pardon, Senghor, poète-président, le saint homme maîtrise mieux l’arabe), qui transporte des enveloppes bien remplies. Et s’ils se retrouvent au bagne avec Mara-Idy, ce dernier fera du beau travail en implantant la foi dans leurs cœurs, comme l’a fait Latif Guèye avec Ino. Nous apprenons qu’Idy, le “vertueux”, malgré son jeune âge, servait de guide spirituel au vieux Wade, lui conseillant, après avoir vaincu l’ennemi par les armes de la démocratie, de suivre l’exemple du prophète Mohamed (Psl), «un nouvel élu qui rend grâce à Dieu de l’avoir secouru et choisi parmi tant d’autres possibles». Ceux qui n’ont rien compris pensent qu’il a comparé le prince Karim à Jésus “Fils de Dieu”. Il n’en est rien. Mara ne peut avoir de telles idées. Seul le jeune leader Talla Sylla, futur chanteur-président, «a eu la perspicacité d’identifier, en lui reprochant de comparer Wade à Dieu» (Vous y comprenez quelque chose ?). Ce qui est surtout frappant dans ce “khoutba”, c’est que l’imam ne cache pas sa peur d’une “attaque cardiaque” ou d’un “suicide” en prison. Cela nous ramène à l’affaire Maître Seye et aux marteaux de Talla. On nous dit souvent que «Wade est incapable de tuer une mouche». Pourquoi donc quelqu’un qui le connaît si bien se sent-il en danger à ce point ? Il doit savoir de quoi il parle, ou alors il a perdu la tête. Pourtant Wade lui aurait promis de ne jamais lui faire de mal…

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Idy, fils de substitution, magnanime, lance enfin cette prière : «Fais que j’aie une mention honorable sur les langues de la postérité et fais de moi un des héritiers du jardin des délices. Et pardonne à mon père, car il a été du nombre des égarés…» Ces révélations qui, d’après l’auteur, sont “d’une descente fragmentée et graduelle”, comme le Coran, nous prouvent que les pensionnaires de Reubeus-City auront un imam digne de foi. J’espère que nous en saurons plus vendredi prochain, au deuxième “khoutba”, sur la raison de son arrestation, vu que les chefs d’inculpation changent tous les jours. Mais comme le but semble être de l’incarcérer à tout prix, peut-être qu’on dira que c’est parce qu’il a le teint trop noir, contrairement à Karim qui mérite mieux de s’installer sur le trône, lui qui est déjà délégué auprès des princes et rois… Que Dieu te protège, Mara, jusqu’au prochain déballage. Les garçons veulent en savoir un peu plus sur la vie de la princesse célibataire. Par ailleurs, je croyais que maman Elisabeth avait du goût, mais c’est vrai que comparée à l’artiste maman Vivi… Et l’histoire des grands bandits qui se partagent le butin est très passionnante. Merci de nous l’avoir racontée.

Ô Seigneur, où va ce pays ?
Bathie Ngoye * sermons

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Ce que je pense de Idrissa Seck
Ouf, enfin… Le Cd numéro 1 de Idy m’a soulagé et libéré. Je suis maintenant convaincu que l’ex-ministre d’Etat, directeur de cabinet et ex-Premier ministre, ne sera plus récupéré par Maître Wade et ne sera certainement jamais président de la République (du moins, tant que les Sénégalais marcheront avec les pieds). A mon avis, tous mes concitoyens épris du sens de l’Etat, ont découvert, comme moi, le vrai visage de cet homme à travers cet enregistrement. Je pense sincèrement qu’il ne mérite pas d’être un chef de famille (sa charmante épouse n’a qu’à bien se tenir), encore moins un maire. Monsieur Seck agit comme celui qui dit : «Je ne peux plus manger le couscous, alors je vais y ajouter du sable.» Moustapha Niasse, Djibo Kâ ou encore son «ami» Ousmane Tanor Dieng en savent certainement beaucoup plus que lui sur le fonctionnement d’un Etat, mais n’étaleront jamais leurs secrets au grand jour. Tanor a dû frémir en écoutant la bande sonore. Cependant, je voudrais rassurer le Président Wade, car comme le dit un proverbe wolof : «La calomnie ne réside pas où elle va, elle est originaire d’où elle vient.» Son seul tort fut d’avoir fait confiance à quelqu’un qui ne le mérite pas. La confiance du peuple suffit et Dieu aime le Sénégal. Il y aura certainement d’autres Cd, mais sachez, monsieur le Président, que votre ex-Pm pourra difficilement aller plus loin que ce jeune (…) qui avait fait de graves «révélations» sur votre prédécesseur ; cela n’avait pas rendu le ceebu jën national moins huileux. Monsieur Seck est vraiment mal placé pour attaquer la première dame sur une question de sutura, «attribut essentiel de pouvoir» (sic) alors que le but visé à travers son Cd est justement de lever le voile sur des secrets. Ne dit-on pas que, là où règne la paix, il y a une honnête personne qui tait une chose qu’il connaît ? Vouloir nuire à une personne après avoir affirmé qu’elle «m’a entouré de tant d’affection, a passé tant d’heures à compléter ma culture artistique, à décorer ma maison, à parcourir les antiquaires pour m’acheter des objets d’art, à dessiner des meubles pour moi et me confier tant de confidences» est une marque notoire d’ingratitude et de lâcheté. Le fait que le président de la République fasse sortir sa propre épouse pour un entretien d’Etat montre tout le sens qu’il accorde aux secrets d’Etat, contrairement au petit Seck qui n’était pas avec lui pour apprendre mais pour… enregistrer. Apparemment, il a assimilé sa religion de travers car son comportement est aux antipodes même de l’Islam. Je voudrais profiter de cette tribune pour lancer deux appels : un à la presse nationale qui ne doit pas être complice d’une tentative de déstabilisation du pays, un aux Thiessois qui se sont toujours battus pour des bonnes causes. Pour parler comme un éminent

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journaliste britannique, «la vraie information, c’est quand, quelque part, à un moment donné, quelqu’un connaît une chose qu’il ne dit pas». Entre l’information et la publicité journalistique, le pas est vite franchi. Comme le disait souvent le vénéré El Hadji Abdoul Aziz Dabakh (Raa) : «Dans une pirogue, il ne faut pas seulement prier pour que son baluchon soit sauf en cas de naufrage ; il faut prier pour que l’embarcation ne coule pas.» Quel que soit le volume d’argent distribué par l’ex-Pm, les bénéficiaires ne pourront pas en jouir si le pays n’est pas en paix. Cette presse, qui a tant apporté à notre démocratie, ne doit pas céder à la tentation d’un illuminé régionaliste (je dirais même… communaliste) et sectaire. Vous Thièssois, vous devriez être les premiers à vouloir que toute la lumière soit faite sur les chantiers de votre ville. Comment se promener quand on a le ventre vide ? Vous êtes des Sénégalais à part entière et non des Sénégalais entièrement à part. Peut-être que votre maire vous a utilisés pour s’enrichir, refusez qu’il se serve de vous pour installer le trouble dans le pays. Sa famille sera probablement à l’abri, dans un pays étranger. Si Idy dit qu’il est «né pour être Président», j’ai envie de lui demander : pourquoi ? s’il affirme qu’il est né pauvre et que maintenant il est riche, je voudrais savoir comment ? Un ami catholique m’a dit que quand il écoute les invocations coraniques de Ngorsi, il croit entendre des versets de l’Ancien Testament ! Cela montre simplement que les textes, contextes et prétextes de notre mara sont vraiment divergents. Sous un régime islamique, il serait sûrement condamné pour blasphème, voire apostasie. Quel rapport y a-t-il entre le butin de guerre des musulmans du VIIe siècle et la politique post-alternance ? Il ne suffit pas de débiter des versets à tort et à travers ; encore faut-il maîtriser les causes et les circonstances des révélations divines. Comme disait Amadou Hampaté Bâ, «si tu sais que tu sais, c’est parce que tu ne sais pas». Justement, comme il est féru de versets, je vais lui demander de méditer ceux-ci, valables en toutes circonstances : «Dis : O Dieu, Possesseur du règne ! Tu donnes le règne à qui tu veux Tu ôtes le règne à qui tu veux ; tu donnes puissance et considération à qui tu veux et Tu avilis qui tu veux. En ta main, Tu es capable de toute chose.» (S2, V26). En démocratie, Dieu délègue ce pouvoir à travers le suffrage universel (direct ou indirect). Toute autre tentative pour l’acquérir constitue justement une menace pour… la sûreté de l’Etat. Je voudrais prodiguer une sagesse à Monsieur Seck et terminer par un autre verset. Quand on est «léger», on peut vivre dans les airs, mais quand on est «lourd», on est bon pour le fond des mers. «Quiconque fait dans le bien du poids d’un atome le verra : quiconque fait dans le mal du poids d’un atome le verra (également).» S100, V7 et 8. Mouhamed Bachir MBACKE

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Qui a politisé l'affaire des chantiers de Thiès ?

Lorsque j'entends certains zélateurs de l'édile de Thiès soutenir, doctement, avec sérieux et assurance, que le gouvernement actuel aurait politisé l'affaire dite des chantiers de Thiès, je mesure, à quel point, l'être humain peut travestir des faits pourtant simples, clairs et avérés, aux seuls fins d'atteindre l'objectif qu'il s'est fixé : tromper le peuple. Un regard sur le rétroviseur s'impose. Dès qu'il a été désavoué en Conseil des ministres par le chef de l'Etat, sur la façon dont le financement des chantiers de Thiès avait été effectué, l'ex-Premier ministre, avait, clairement, senti qu'il serait interpellé sur ce dossier et qu'il ne pourrait jamais justifier les nombreuses fautes, ainsi que les manquements et combines dont sa gestion était émaillée. A partir de ce moment-là, il a décidé que, pour brouiller l'image du gouvernement et s'attirer la sympathie d'un peuple formaté à la morale de «Cumba am ndèye et de Cumba amul Ndèye», il lui fallait politiser, à outrance, une simple affaire de mal gouvernance, de corruption et de prévarication, en un odieux complot politique, dont il serait la victime et ses vérificateurs les ignobles bourreaux. Voici le synopsis du mécanisme qui a été conçu pour atteindre l'objectif visé. Acte 1 : Le maire de Thiès déclare sa ville, zone interdite au Pds et à ses alliés, au risque de provoquer des incidents graves dont il tirerait profit pour s'ériger en martyr. N'avons-nous pas là un acte politique ? Acte 2 : Couvrir de huées tout membre du gouvernement qui oserait s'aventurer dans ce qu'il considérait comme «son patrimoine personnel», pour bien faire comprendre à tous, qu'il était incontournable, que rien ne pourrait se faire sans lui. N'avons-nous pas là un acte politique ? Acte 3 : Exercer sur des adversaires comme Abdou Fall et sa famille des violences gratuites et choquantes, pour imposer sa volonté provocatrice par la terreur. N'avonsnous pas là un acte politique? Acte 4 : Inspirer et soutenir en sous-main la fronde de certains parlementaires, tout en s'employant à faire croire qu'il n'a rien à voir avec eux, avec la volonté affichée de battre en brèche l'autorité du leader du Pds, de mettre en mal l'unité du parti et de discréditer le gouvernement, en portant atteinte à l'image que notre pays a acquise, depuis le 19 mars 2000, sur la scène internationale, au prix de sacrifices considérables. N'avons-nous pas là un acte politique ?

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Acte 5 : Porter sur les fonts baptismaux un mouvement baptisé M-SIS, avec la volonté déclarée de se poser en alternative politique contre le leadership du Pds. N'avons-nous pas là un acte politique ? Acte 6 : Charger un homme de paille terne et obscur, qui n'a ni l'étoffe, ni la dimension d'un leader, de créer un parti fantoche qui pourrait servir de cadre d'accueil à une candidature de rébellion et de défi, aux élections présidentielles de 2007. N'avons-nous pas là un acte politique ? Acte 7 : Constituer, dès qu'il a eu connaissance du dépôt, par l'Inspection générale d'Etat, du rapport accablant et redoutable, qu'il a confectionné, un pool d'avocats, avant qu'aucune information judiciaire ne soit officiellement ouverte contre lui, avec la mission expresse de vendre à l'opinion l'idée selon laquelle une cabale politique, diabolique, à forts relents de règlement de comptes, était en train de se préparer contre l'ex-Pm. N'avons-nous pas là un acte politique ? Acte 8 : Commettre un cabinet de communication, expressément chargé de graver, dans toutes les consciences, l'idée fausse que le maire de Thiès est innocent, qu'il est blanc comme neige et qu'on ne peut rien lui reprocher. Relayer cette lecture des évènements dans toutes les salles de rédaction et dans les émissions interactives, à grand renfort d'argent, en sonnant le ban et l'arrière-ban de tous ses partisans, parents, alliés et complices. N'avons-nous pas là un acte politique ? Acte 9 : Décliner, à l'occasion d'une conférence de presse surmédiatisée, son intention de participer aux élections de 2006, comme tête de liste du Pds ou comme héritier autoproclamé d'un parti qu'il n'avait cessé de malmener, de déconsidérer, d'humilier et de détruire, au seul profit de ses ambitions personnelles et de son ego surdimensionné. N'avons-nous pas là un acte politique ? Acte 10 : Refuser, dans un premier temps, de répondre à la convocation de la Dic, en faisant poireauter les policiers venus l'informer, de 19 h à 21 h, pour organiser la mobilisation de ses amis, en prenant soin de les disposer tout au long de l'itinéraire surprenant qui allait être emprunté, pour dramatiser un évènement auquel d'autres Premiers ministres, avant lui, avaient sacrifié, sans tension, ni soubresauts, dans la sobriété, la dignité, le respect des forces de l'ordre et de la justice. Distiller, dans l'opinion, le sentiment qu'on pourrait attenter à sa vie et organiser avec certains de ses conseillers une mise en scène réussie, en faisant croire que l'accusation initialement brandie, fondée sur les chantiers de Thiès, aurait été abandonnée, faute de preuve et le gouvernement, devant une impasse dramatique, aurait bricolé un nouveau chef d'accusation abracadabrant, dénommé : "atteinte aux intérêts de l'Etat", inconnu du

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corpus juridique de notre droit positif, pour faire croire que le gouvernement est incapable de retenir le moindre grief contre lui. N'avons-nous pas là un acte politique? Acte 11 : Charger ses avocats de se lamenter, chaque jour, parce qu'ils n'auraient pas accès au dossier sans, évidemment, jamais expliquer à l'opinion, qu'aussi longtemps que l'information ouverte n'aura pas été bouclée, aucune loi n'autorise un avocat à accéder à ce qui ne sera un dossier effectif, que lorsque toutes les investigations justifiant les chefs d'accusation retenus auront été épuisés dans les délais fixés par la garde à vue. N'avons-nous pas là un acte politique ? Ousmane SARR Doctorant au Canada

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Des faux pas de Wade aux glissades d'Idy
La présente contribution, juste ou erronée, est la première partie d’une analyse politique de ce qui est communément appelé dualité au sommet et qui fait la une de l’actualité au Sénégal (...) Il est réalisé par un citoyen ordinaire et apolitique qui cherche à comprendre ce qui est derrière toute cette agitation qui pourrait avoir des conséquences incalculables sur le devenir de notre nation. L’analyse s’appuie sur un certain nombre de constats et de propos tenus, dont le plus important et le plus spontané est la déclaration de Tivaouane, après les Idy ya ka yor de Thiès : “Ce qui m’oppose à Idy, ce ne sont pas les chantiers de Thiès. Cela pouvait être plus grave que le différend entre Mamadou Dia et Senghor. Je lui ai confié mon parti et mon gouvernement. Je vais reprendre mon parti et mon gouvernement, advienne que pourra”. Les causes probables d’une cassure programmée a) - Le faux pas du chef de parti La dualité au sommet a entraîné la rupture du duo Wade/Idy. Lequel pourrait trouver son origine à la période post-électorale de 2000 et au rôle déterminant joué par le fils fidèle à l’élection du père méritant à la magistrature suprême. Cette élection a été rendue possible grâce à l’entente, au génie, à la détermination d’acteurs réunis autour d’un homme qui incarnait, à ce moment précis, l’espoir pour bon nombre de Sénégalais. Cependant, après l’euphorie, il fallait redescendre sur terre pour “travailler, encore travailler, toujours travailler” et traduire en actes concrets l’attente de tout un peuple. La réalité de 2000 est que Me Abdoulaye Wade était porté au pouvoir par une coalition de partis et une franche de la population ayant voté contre Abdou Diouf qui, malgré tout, s’est retrouvé avec le meilleur score au premier tour. A ce moment précis, il est essentiel de comprendre qu’avec 30 % de l’électorat (compte non tenu de sa composition), le parti non majoritaire mais au pouvoir, ne pouvait qu’avoir deux impératifs, à savoir donner une réponse appréciable à l’attente des populations dans le cadre d’un gouvernement de coalition avec comme chef de file un adversaire potentiel aux futures compétitions, d’une part, et d’autre part restructurer le parti libéral pour en faire la formation la plus représentative du Sénégal. Tout naturellement, la mission de l’élargissement des bases du parti fut confiée à Idy alors puissant directeur de cabinet du président Wade. Dans sa stratégie de renversement des tendances, Idy, en faiseur de roi, bénéficiant d’un sign blanc d’un père très préoccupé par le devenir de l’Afrique, a flirté avec des personnes ressources de tous bords, selon une logique savamment pensée. Ces acteurs, devenus son obligé par réalisme et par la force des choses, sont aujourd’hui à la présidence, à l’Assemblée

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nationale, dans le gouvernement, dans les mairies, dans les sociétés nationales et autres structures sous tutelles. La première erreur de Wade (il se peut qu’il n’ait pas eu le choix) pourrait donc être d’avoir laissé à Idy le soin de développer le parti et placer des hommes, ce qui fait du parti libéral leur “patrimoine commun” avec un premier et un second désigné devenu second premier. b) - La glissade du chef du gouvernement Dans une démocratie non encore achevée, il existe très souvent une interférence ou amalgame entre la gestion du parti au pouvoir et la gestion du pouvoir à partir des institutions de la République. D’où le terme de “Parti-Etat” qui favorise une politisation de l’appareil d’Etat avec des nominations considérées comme des privilèges (exemple, le cas du Bcg de Dias pour qui j’ai une grande sympathie) et des ralliements politiques (transhumance) avec comme cadre de confirmation, le palais de la République en présence du président et/ou des médias publics. Par procuration et sans responsabilité directe dans la gestion de la chose publique, Idy avait pouvoir de nomination et de révocation, instrument indispensable pour mener avec efficacité sa mission de développement du parti. La difficulté dans l’appréciation de l’évolution de la relation Wade-Idy, résulterait du fait que, dans un régime présidentiel, le chef de l’Etat a la prérogative et défini la politique de la nation que ses subordonnés exécutent par délégation de pouvoirs. Devant des résultats jugés insuffisants (campagne arachidière catastrophique, drame du bateau Le Joola, etc.) et des échéances qui pointent à l’horizon, les libéraux ont jugé nécessaire de porter Idy à la primature. Cette exigence politique fera de Wade, de son dauphin potentiel Idy et du parti, qu'ils soient comptables du bilan de l’alternance devant le peuple sénégalais en 2006. Dès lors et au vu de ce qui précède, Idy s’est trouvé maître de trois des quatre leviers qui permettent d’être en pole position pour le contrôle de l’électorat et donc de l’appareil du parti-Etat. Il s’agit de l’exécutif, du législatif, des municipalités. Le premier levier, à savoir le pouvoir présidentiel, est détenu par Wade, le pouvoir judiciaire n’étant qu’un instrument de régulation. Dans sa déclaration de politique générale, Idy donne l’impression de porter peu d’intérêt aux promesses électorales de Wade (aéroport de Keur Massar, autoroute à péage, rails à grand écartement, etc.) alors que la mission du Premier ministre est de donner corps à la vision du président. En effet, Idy adopte une démarche et se fixe des objectifs réalistes

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et réalisables qui répondent plus au souci de présenter un bilan libéral positif avec comme bonus palpable les réalisations de Thiès. L’erreur de Idy (probablement sans arrière pensée) pourrait être une utilisation excessive du “je” qui le peint comme l’artisan mais aussi le responsable alors qu’il agit par délégation de celui qui, apparemment, ne maîtrise plus tout et dont l’image est fortement ternie par l’ouvrage d’Abdou Latif Coulibaly Wade un opposant au pouvoir : l'alternance piégée ? Mamadou KAMARA

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Crise de 1962 et dualisme Idy - Wade : le grand fossé
La crise de 1962 entre Senghor et Dia n’est nullement comparable ou assimilable au choc des ambitions entre Wade et Idy ou plus exactement entre Karim et Idy, ce qui, d’un point de vue générationnel, est plus sensé. Il ne pouvait donc s’agir d’un choc de deux ambitions entre Senghor et Dia, dans un système politique dyarchique où un champ étendu du pouvoir était entre les mains de Mamadou Dia. L’ancien président du Conseil n’avait pas, en effet, l’intention de prendre le fauteuil de Senghor pour devenir président de la République (l’essentiel du pouvoir était détenu par lui-même), mais son ambition était plutôt, avec les pouvoirs importants qu’il détenait, de placer le Sénégal dans l’orbite nationaliste d’un développement endogène autogestionnaire qui ne coïncidait pas avec les vues de Senghor mettant plus l’accent sur les aspects internationalistes au motif d’une préservation des intérêts coloniaux. Les différents plans successifs du développement économique et social du Sénégal et tous les programmes y afférents, en particulier dans le domaine rural, relèvent d’un socialisme autogestionnaire d’inspiration diaiste différent sensiblement d’un socialisme plus culturel chez Senghor, bannissant l’économisme. N’est-ce pas le président Senghor qui disait : “Si le socialisme comme développement, plus exactement comme épanouissement de l’homme, se réalise dans le cadre d’un plan de développement économique et social, comme le préconisait déjà Marx, nos planificateurs sénégalais ont tendance dans leur définition à se perdre dans l’économisme et à oublier l’aspect social, singulièrement l’aspect culturel du plan”. On entrevoit déjà qu’une différence d’approche dans la résolution des questions économiques et sociales du Sénégal entre Senghor et Dia était perceptible dès les premières heures de l’indépendance du Sénégal en 1960. La différence d’approche qui s’est manifestée même avant l’indépendance dans leurs discussions relatives au choix du régime politique sénégalais. Pourtant, en dépit des apparences, le président Mamadou Dia était favorable à un régime politique présidentiel fort, eu égard aux objectifs d’un développement accéléré ne pouvant s’accommoder d’une démocratie formelle à l’occidental, tandis que le président Senghor était, quant à lui, partisan d’un parlementarisme avec un président du Conseil responsable devant le parlement et non devant le président de la République : doit-on dire paradoxe de l’histoire ou, simplement, manœuvre méthodique, théorique et pratique savamment programmée dans le temps par le président Senghor aux fins d’expurger Mamadou Dia du système qui avait ses vues propres et devenait gênant à la face du monde ?

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Qu'en est-il de Wade et Idy ou entre Gorgui et Ngorsi ?
D’abord, il y a une différence générationnelle entre Wade et Idy qui met ce dernier dans la posture normalement d’un successeur naturel de Wade. Il s’y ajoute que nous sommes ici dans un système politique pluraliste où le président de la République possède l’essentiel des pouvoirs, le Premier ministre n’étant qu’un coordonnateur du gouvernement. Senghor et Dia étaient non seulement de la même génération (1906, 1912), mais aussi se complétaient à merveille dans un système politique où le pouvoir était partagé. Les hommes également, Senghor et Dia d'une part, Wade et Idy d'autre part étaient fondamentalement différents. Alors que Mamadou Dia avait des moyens constitutionnels suffisants lorsque la crise éclatait et qu’il pouvait utiliser pour manipuler les institutions aux fins de règlement du différend à sa faveur, son code d’honneur ne lui permettait pas de le faire. Et il avait opté pour un règlement du différend dans le cadre du parti à cause de la primauté du parti sur l’Etat sur les questions politiques dans un système non pluraliste. Idrissa Seck, alors Premier ministre, assurément n’était pas logé dans la même enseigne que Mamadou Dia et ne se situait pas dans la même posture avec une concentration du pouvoir dans les seules mains du président de la République. La seule similitude qui vaille et qui est déplorable, hormis les crises qui peuvent intervenir entre deux personnalités à la tête d’un parti-Etat et des contextes, est relative à l’instrumentation des institutions par Senghor hier et par Abdoulaye Wade aujourd’hui pour le règlement d’un différend politique. Kadialy GASSAMA

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Rapports WADE IDY : « Tu quoque, Mi Fili », toi aussi, mon fils
Ainsi s’est écrié Jules César quand il a reconnu, parmi ceux qui étaient venus l’assassiner, son fils adoptif, BRUTUS. L’état actuel des relations entre Maître Abdoulaye Wade et Idrissa Seck ressemble étrangement à cette situation. J’étais de ceux qui éprouvaient une réelle admiration pour Idrissa Seck, ancien Premier Ministre du Sénégal, ancien Secrétaire Général Adjoint du PDS, ancien Directeur de Campagne de Me Wade, dont il se voulait d’ailleurs le fils putatif, le fils tout court (même si aujourd’hui il parle de « fils de substitution »). Ce garçon était, par son courage, par sa vaste culture, l’incarnation vivante et la parfaite illustration de cette pensée de Corneille selon laquelle « aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années ». Il a osé tenir tête en 1988, à 28 ans, au tout puissant Khalife Général des mourides qui avait appelé alors à voter pour le candidat Diouf Sous un certain rapport, Idrissa Seck faisait la fierté des jeunes de ce pays. J’ai utilisé, à dessein, les temps du passé car, hélas, un pan entier de l’estime et de l’admiration s’est écroulé, ce vendredi 22 juillet 2005, après que j’ai écouté ce qu’il est convenu d’appeler le CD N°1. Certains n’ont pas eu tord de parler « d’arme de destruction massive » : la fin ne doit jamais justifier les moyens. J’ai eu mal, j’ai eu très mal. Je n’ai pas compris, en effet, encore moins accepté que l’adversité politique (si tant est qu’on puisse parler ainsi au sujet des rapports entre Wade et Idy) conduise à certains dérapages et fasse oublier certaines de nos valeurs fondamentales comme l’éthique, la politesse, le respect dû aux anciens (surtout quand ceux-ci ont l’âge de son géniteur). J’ai eu mal d’entendre Idrissa Seck traiter Abdoulaye Wade, son père spirituel, d’« ancien spermatozoïde et de futur cadavre » ; c’est injuste, c’est indigne, c’est irrévérencieux, pour tout dire, c’est révoltant.

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Même du point de vue du coran sur lequel s’appuie Idrissa Seck. J’ai douté de la loyauté de Idrissa Seck, quand je l’ai entendu étaler sur la place publique, à la face du monde entier ce que Wade lui a dit entre quatre murs (après avoir demandé à son épouse de s’éloigner). Parce que Wade a le sens du secret d’Etat. Comme tout homme d’Etat digne de ce nom. En conséquence, j’émets des doutes sérieux quant à la capacité de Idrissa Seck à diriger ce pays car, je n’ai pas compris que, chez lui, l’appétit du pouvoir l’ait emporté sur un certain nombre de principe et de valeurs. Pour tout dire, j’ai été déçu, j’ai été choqué. Il est bon, peut être, de préciser que je n’ai pas voté pour Wade en mars 2000, que je ne suis pas de la même formation politique que lui. Cependant je voudrais saluer, en lui, un certain nombre de qualités car, comme le dit si bien un proverbe de chez nous, « le lièvre a beau être ton ennemi, reconnais qu’il a de longues oreilles » J’ai été frappé par cette formidable capacité de pardon qui habite Me Wade. J’ai craint, au lendemain du 19 mars, que Wade ne songeât à régler des comptes avec certains, tellement il a subi de brimades, d’humiliations. Au contraire, il a accepté d’oublier car il a compris que le parcours de l’homme politique n’est pas toujours linéaire, qu’il est parsemé d’embûches. Il a décrété une amnistie pour son prédécesseur et lui a demandé de le représenter à un sommet de Chefs d’Etats. Quelle belle image de « fairplay » ! Après sa brillante élection, il a tendu la main à tous, car sa conviction était qu’on ne pouvait pas se payer le luxe d’installer le pays dans une guérilla politique permanente. Un cessez-le-feu était possible, nécessaire même. Des plages de convergences existent qui ont pour noms consolidation de la démocratie, retour de la paix en Casamance, emploi des jeunes, amélioration de notre système éducatif, développement de notre agriculture etc. De quelque bord qu’on puisse être, on ne peut pas ne pas saluer la magnanimité, la grandeur d’âme de Me Wade. Toutefois, il a compris avec Corneille que « qui pardonne aisément invite à offenser ».

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C’est peut être tout le sens de certaines de ses décisions, car il s’agit de sauver la république (la chose publique) et les valeurs qui s’y attachent. Ce n’est point de la méchanceté. C’est cela la responsabilité. DURA LEX, SED LEX. Pourtant Idrissa Seck aurait pu continuer à se taire, car comme nous l’enseigne Alfred de Vigny, dans certaines circonstances « seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse ; pleurer, gémir, crier est également lâche". Son silence était assourdissant. Hélas, Idrissa Seck a parlé, il a trop parlé, il a mal parlé. C’est peut être ce qui va causer sa perte. Courage Maître, comme le disait votre prédécesseur, ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est difficile qui est le chemin. La vérité finira par triompher. Sana DIABY Enseignant, Ziguinchor

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Les contradictions de Idrissa Seck
De toute l’histoire du Sénégal et de toutes les générations d’hommes politiques, Idrissa Seck et ses idées véhiculées m’ont le plus marqué en dehors de Me Wade. Voilà un homme que j’ai admiré par la brillance céleste de ses idées, sa capacité d’innovation graduelle extraordinaire et son élocution forgée à manier avec tact la langue de Victor Hugo et les versets coraniques. Et en cela, je suis convaincu que je n’ai pas été la seule personne emportée par cette vaste entreprise à dessein savamment scénarisée et distillée en puissance pour séduire les millions de Sénégalais. L’analyse du journaliste politologue émérite, Mame Less Camara, à propos de l’entreprise de séduction de Idrissa Seck, étaye avec pertinence ma réflexion sur la démarche de l’homme de vouloir perpétuellement séduire ses semblables. «Idrissa Seck, c’est quelqu’un qui veut séduire, qui laisse séduire et qui même dans sa façon de parler, formule les choses de manière à être admiré», disait Mame Less Camara (Le Soleil du 23 avril 2004). Constatant depuis un certain temps des actes posés et des déclarations faites par l’homme, je suis en droit, en tant qu’être humain doté d’un esprit cartésien, de me poser de sérieuses questions et de me sentir abusé par l’image factice mise en scène et théâtralisée par Idrissa Seck et ses irréductibles que je n’avais jamais cessé de défendre sous tous les cieux, ce qui m’a valu toutes sortes de qualificatifs d’ignominie. Mais hélas, ma déception et mon amertume furent si grandes et palpitantes quand certaines piques et attaques ont été lancées à l’endroit de Me Wade et du Pds ; car l’imagination, quelle qu’en soit sa fertilité, ne pouvait rapporter ou décrire mon admiration sans limite à l’endroit de l’ex-tout puissant n°2 d u régime, à qui Wade a tout donné, surtout la reconnaissance internationale, l’affection, l’aisance financière, le savoir, le pouvoir et la confiance. Je me souviens d’une confidence d’un député maire “pro–Idy”, qui me disait que ce que Wade faisait pour Idy, il ne le faisait pas pour ses enfants, et qu’il donnait de l’argent de poche à Idy qui quittait tous les jours le lycée Van Vo pour rallier le Cabinet de Wade à la rue Thiong d’alors. En esprit éclairé par l’analyse des actes et des déclarations dans le passé et maintenant, la morale, l’engagement républicain et le sens de responsabilité de gestionnaire d’une parcelle de citoyenneté dans l’espace aménagé nommé Sénégal, je saurai m’interdire à m’autoriser d’aménager une place dans le débat fugace, qu’un homme, obsédé par des

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ambitions présidentielles (I was born to be président), quel qu’en soit le prix, et quelles que soient les méthodes non révélées à dessein ; pour éclairer les esprits non attentifs à certains signaux et décrier l’entreprise machiavélique d’un homme qui veut tenir le Sénégal en otage par des bavardages et déclarations mesquines et insolentes. Les Sénégal, qui s’est bâti pendant des siècles à partir de mille et un sacrifices d’honnêtes gens qui n’ont pas connu le renvoi de l’ascenseur, ne se laisse pas détruire par un seul homme qui tente impertinemment et par ingratitude à assouvir un désir personnel. En tout état de cause, on est loin de continuer à croire aux déclarations d’idrissa Seck, ponctuées de tant de lyrismes et d’émotions, sur les personnes de la Primature le 21 avril 2004. Aujourd’hui, les Sénégalais sont choqués et outrés par certain propos du Maire de Thiès. Souvenez-vous en juin 2004, de retour de son exil de France après son limogeage (période pendant laquelle il doit avoir écrit le livre Lui et moi), interrogé par un journaliste de la Rfm sur ses rapports avec Karim Wade, il déclara : «Le président n’a jamais accepté que Karim travaille à la présidence, c’est moi qui l’ai recruté et l’ai imposé, il n’est pas mon concurrent politique, ce n’est pas possible qu’il le soit, nous avons d’excellents rapports.» Et par amnésie ou insulte à des mémoires fertiles, Idrissa Seck tente de faire croire aux Sénégalais que la famille Wade a toujours essayé d’imposer Karim comme patron de la Présidence et parallèlement aussi, il insinue que Wade pense à Karim pour sa succession. Pour tant de Sénégalais convaincus aux idéaux démocratiques, épris de justice et de liberté, il est temps d’arrêter la diversion, de laisser ce débat puéril et de parler de la vraie question, celle relative aux 46 milliards et par ricochet, expliquer l’affaire de l’amnistie fiscale de 5 milliards accordée à Sénégal - Pêche et évoquée par Abdou Latif Coulibaly qui l’aurait incriminé du temps de sa toute puissance de ministre d’Etat, Directeur de Cabinet du Président de la République. Et ce qui a valu au malheureux très brillant inspecteur des impôts, Abdou Hamid Fall, son poste de conseiller fiscal du Président et a failli emporter par la même occasion Abdoulaye Baldé. (…) Dans son Cd1 de Lui et moi, Idrissa Seck parle de première violation des attributs présidentiels par Madame Wade concernant les travaux de réfection du Palais en la diabolisant et tente de la décrire comme une femme aux goûts immodérés et aux appétits insatiables du luxe.

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Tout le monde se souvient que, dans l’émission en toute liberté de Daouda Ndiaye, alors directeur de la télé en 2000, Idrissa Seck disait : «…Vous ne pouvez pas imaginer à combien la sobriété est dans la maison des Wade, (…). C’est moi qui ai demandé les travaux de réfections du Palais au Président après constat de l’état piteux des lieux, il fallait désinfecter, dératiser, nettoyer et refaire tout le circuit électrique parce que le palais n’a même pas de prise de terre et vous ne souhaiteriez pas que le Président s’électrocutât en branchant son ordinateur», à un Daouda Ndiaye très professionnel mais acquis à l’exercice favori de l’homme des contradictions. Toujours dans le volet des contradictions de «Raspoutine», selon certains, ou «Idrissa Seck radjim» selon d’autres, il a souhaité une majorité stable à bâtir autour du Président avec les partis représentatifs et non avec un Landing qui a 4%, Iba Der 2 % et Djibo 69 000 voix à qui 100 000 sénégalais ont tourné le dos : «On ne peut pas se prévaloir d’une majorité stable sans les acteurs de l’Alternance» (clin d’œil à Niasse et Bathily), dixit Seck. Qui ne se souvient pas des premières déclarations d’Idrissa seck au lendemain de l’alternance, attaquant Moustapha Niasse, première violation du pacte de cohésion gouvernementale entre alliés. Au sortir de la fête de l’anniversaire du collège Saint Gabriel de Thiès dont il fut ancien élève, il dit : «Moustapha Niasse est mon concurrent, je le combattrai et je vais le battre.» Et quelques mois plus tard en 2001, à l’émission Objection de Sud FM, répondant à une question du journaliste Birima Fall sur le rôle joué sur le départ de Moustapha Niasse, il répondra avoir joué un grand rôle car Niasse, au lieu de travailler, lorgne le fauteuil du Président et refuse de fusionner avec le Pds après deux tentatives lors de déjeuner. Suivant la logique Seckiste de majorité stable, pourquoi il devrait combattre un Niasse qui valait 17% ? Lors d’une conférence de presse en période de splendeur après les législatives de 2001, Idy et Fada ont tenté d’humilier les jallarbistes avec un rire moqueur en exhibant à la télévision nationale une feuille avec une courbe descendante de l’électorat de la Ld/Mpt pour dire qu’avec cette dégringolade, Bathily ne doit pas prétendre à plus de postes ministériels et que le Pds. Quelles mesquineries et ingratitudes de la part d’un homme que Batilly a sauvé des mirages des délices du pouvoir, n’eut été sa clairvoyance pour le report des renouvellements préélectoraux de 2000. (…) Cette position de N°2 dont il se gargarisait et aff ectionnait tant, aujourd’hui, dans sa volonté hérétique, ne l’intéresse plus, après s’être remis à l’évidence car pour lui, tous les autres chiffres travaillent pour le N°1 (c’est un t ruisme de le dire). Le seul chiffre qui l’intéresse et tous les croyants savent que le seul numéro 1 dans tous les domaines est

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l’omnipotent et l’omniscient (Dieu). Curieuse question. Pourquoi “Mara” Seck, en bon érudit ne l’a pas compris ou bien abuse-t-il encore les incrédules, car certains Sénégalais lui prêtent trop d’intelligence qu’il n’a pas encore démontrée, sinon il n’aurait pas perdu tous les pouvoirs dérivés que Wade lui avait conférés pour se mettre dans la position d’ennemi de tous les responsables du Pds, exceptés ses gourous et larbins. Concernant les contradictions sur les transhumants, j’en réserve la réponse à la contribution qui sortira après le Cd 2 ou les nombreux e-mails qui infecteront les sites (Hotmail, Yahoo, Caramail, Voila, etc.) ou les Sms, ou la diffusion sur un site WEB des affabulations et manipulations de Lui et moi. Je m’engage dans cette bataille aux côtés d’un homme qui aura tout donné au Sénégal après 26 ans de privations, d’humiliation, de trahison, d’endurance et de ténacité, pour que la reconnaissance, la gratitude, le respect et la morale fassent tâche d’huile sur l’immense tissu blanc du cœur des sénégalais. Par la grâce de Dieu, Wade en sortira tout auréolé et pardonnera encore cette lourde et longue chaîne de trahisons et d’ingratitudes par son “fils” qui s’érige en prophète en invoquant les versets coraniques pour se comparer subtilement, au prophète Mohamed (Psl). Talla Sylla n’avait pas raison de dire en 2001 : «Wa ouha onzou bilahi minal Idrissa seck Ra Djim.» Je confie à Mr Seck cette parole d’un vieux sage Saloum Saloum : «Les Sénégalais accordent une grande sympathie à ceux qui sont en position de faiblesse même s’il ne le croit pas ; mais si l’ingratitude surtout à l’endroit d’un vieux se manifeste, ils vous tournent le dos et vous haïssent à jamais.» Pape Samba DIOP

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Qui parle d’une liquidation d’Idy en prison ?
L'affaire Idrissa Seck nous réserve chaque jour son lot de mystères. Et ses partisans ne cessent de nous tympaniser sur les risques de liquidation du président des Cent mètres carrés. Il semble que les détenus l'ont élu président. Un homme lucide peut-il un seul instant penser que Wade a intérêt à ce que Idy soit liquidé en prison. A y réfléchir de près, on a comme l'impression que Idy lui-même pourrait se suicider au cas où... et mettre cela sur le compte de l'Etat. En effet, comment peut-on en 2005 exhumer la situation de Omar Blondin Diop pour affirmer sans sourciller que c'est son ancien gardien qui est affecté à Rebeuss. Omar Blondin Diop est mort, il y a plus de trente ans dans les années 1970. Normalement, tout gardien qui officiait à cette époque doit être à la retraite. Sinon que ceux qui colportent cette rumeur nous disent à quel âge ce gardien est rentré dans la fonction publique. De grâce Idy est un citoyen comme les autres. Qui peut parmi tous ceux qui se préoccupent de sa santé affirmer qu'il ne tombera pas malade dans les vingt-quatre heures ou dans une semaine ? La mort peut vous trouver partout sur votre lit, dans votre voiture ( éditons le cas du commandant des sapeurs pompiers décédé récemment alors qu'il fermait le convoi du Premier ministre), dans la rue, en prison. A-ton épilogué sur la santé de Modiène Ndiaye ex-directeur génaral de la Lonase ? Et pourtant il purge dignement sa détention préventive. Si Idy doit tomber malade en prison, il le sera, personne n'y pourra rien. C'est Dieu qui l'aura voulu ainsi. De grâce, cessons de colporter la rumeur. S'agissant des hommes politiques, il faut qu'il fasse attention, très attention, très très attention surtout ceux qui aspirent à diriger demain le pays. Les documents sonores, écrits... sont en train d'être archivés dans les cassettes et Cd ou rangés dans des boîtes d'archives. Leurs déclarations d'aujourd'hui leur seront opposées demain et bonjour les dégâts. Bassirou FALL

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«Njomboor contre «Cokkeer»
Les grands intellectuels sont souvent de grands naïfs. Mais naïfs dans le sens noble du terme ; c’est-à-dire crédules, peu méfiants et d’une sensibilité qui frise la paranoïa. De ce point de vue, on pourrait classer le fondateur du Parti démocratique sénégalais (Pds) dans cette catégorie de grands intellectuels quand on remonte dans le temps toutes les diverses fortunes qu’il a vécues avec ses proches collaborateurs, de Serigne Diop à Idrissa Seck, en passant par feu Fara Ndiaye, Ousmane Ngom, etc. De la création de son parti en 1974, tous les témoins de l’histoire savent que feu Fara Ndiaye et Serigne Diop, alors jeune militant très engagé auprès de Maître Wade, occupaient dans le cœur de ce dernier une place que nul autre, dans ce nouveau parti qu’était le Pds, pouvait s’imaginer prendre un jour. Mais au fil du temps, avec beaucoup de moyens et une bonne dose de machiavélisme, l’adversaire d’en face, le tout puissant Parti socialiste, managé par le redoutable et non moins astucieux feu Jean Collin, arrivera à décrocher le jeune Serigne Diop qu’il savait ambitieux et assez téméraire pour provoquer son patron sur le terrain des principes démocratiques et autres orientations du Pds. (…) Se retrouvant ainsi seul, sans rival auprès de Wade, Idrissa Seck s’empressa d’occuper la place de n°2, laissée vacante par Ousmane Ngom. Et c’est à partir de ce moment que ce garçon intelligent et d’une rare érudition va commencer à tisser sa toile autour de Wade. Profitant alors des faiblesses sentimentales et de la confiance aveugle que lui vouait ce dernier, il s’imposa avec beaucoup de culot comme partisan principal de la victoire électorale du 19 mars 2000. Et connaissant son soi-disant père spirituel jusqu’au bout des ongles - Wade ne disait-il pas que Idy était capable de lire dans ses pensées ? , il n’eut aucune peine à s’accaparer des reines du parti et du gouvernement, plaçant un peu partout des gens à lui qui lui sont plus dévoués qu’à ce «Président intellectuel plus préoccupé par son rayonnement à l’extérieur» que par son propre pouvoir interne qu’il croyait en de bonnes mains, ne se rendant même pas compte que son parti était presque entièrement «déwadisé». Accablé de toutes parts par des cadres écartés de son parti et par des membres de son staff personnel qui se plaignaient de la guéguerre pernicieuse que leur menait son fils spirituel devenu entre temps un tout puissant Premier ministre, le charismatique leader des libéraux finit par se rendre compte que son pouvoir était en train de lui filer entre les doigts. Il décida alors de mettre un terme à ce jeu de quilles auquel s’adonnait l’homme en qui il avait placé toute sa confiance.

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Cependant, puisque les dessous de cette brouille ne sont pas aussi perceptibles que la contre-attaque déclenchée par le camp des fidèles de Wade, l’élimination de celui que nous appellerons Cokkeer qui s’est avéré aussi astucieux que Njomboor ne semble pas aussi aisé qu’on le prévoyait, d’autant plus que ce dernier (qui semble avoir prévu cette éventualité) s’est entouré de tant de précautions, qui défraient actuellement la chronique et dérangent énormément, qu’on le prendrait pour une simple victime expiatoire. Certes on a toujours vu en politique de jeunes lycaons aux dents longues nourrir de folles ambitions pour atteindre des objectifs très élevés à l’ombre du leader, mais on a vu rarement de jeunes lycaons chercher à décapiter littéralement leur leader et leur famille. Comme quoi, on a beau être njomboor, on peut toujours rencontrer un cokkeer sur son chemin. *Njomboor et cokkeer le lièvre et la perdrix, deux animaux qui incarnent la ruse dans les contes sénégalais. Khadre FALL – Journaliste

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Les erreurs politiques de Idrissa Seck
En choisissant de se défendre par des révélations sur ses secrètes relations avec le président Wade et les secrets de la famille au pouvoir, l’ancien Premier ministre utilise une arme à double tranchant. Est-il certain qu’il s’en tirera sans dommages politiques irrémissibles? C’est toute la problématique de la surenchère actuelle.

Interpellé, en mandat de dépôt pour atteinte à la sûreté de l’Etat et à la défense nationale, Idrissa Seck a répondu à travers un enregistrement dans le lequel il se répand en révélant pêle-mêle des faits et des conversations avec le chef de l’Etat. C’est un moyen de défense inédit chez un homme politique de son acabit, au Sénégal comme ailleurs dans le monde. Même si on loue cette tactique guerrière - l’attaque pour ne pas devoir subir -, il est évident que dans cette affaire, les points marqués ne sont pas les coups portés à l’adversaire mais bien l’autodestruction qui est la conséquence de ce grand déballage. L’audition, la garde-à-vue et l’inculpation de Idrissa Seck sont les conséquences d’un processus qui a échappé à tous les protagonistes de ce duel à mort entre un leader politique et son second. Parce que c’est Abdoulaye Wade et Idrissa Seck, ce duel pour un sceptre a pris les formes d’un combat entre deux mâles pour la domination d’un groupe. Comme chez les félins, quand le mâle dominateur vieillit, un mâle plus jeune le défie, l’attaque pour le chasser du territoire sur lequel il a régné et le tue s’il résiste. C’est la loi de la nature. Si le mâle vieillissant est battu, il est condamné à une errance jusqu’à la fin de ses jours. Entre Wade et son " fils ", c’est la loi de la jungle qui règle le jeu. Seck, devenu adulte et fort de tout ce qu’il a appris aux côtés du père, certain d’avoir bien aiguisé ses crocs sur des cibles faibles, le voilà qui s’attaque à son " père " pour lui enlever son territoire et tout ce qui s’y trouve. Evidemment, les règles politiciennes, même si on y décèle la même férocité que chez les félins de nos savanes, n’en sont pas pour autant de même nature. Et les règles qui régissent la République sont certainement beaucoup plus civilisées que celles de la jungle. Alors, le conflit si violent entre Me Abdoulaye Wade et Idrissa Seck serait-il à la hauteur de ce qui se fait tous les jours dans tous les recoins de nos savanes et forêts ? On n’en est pas loin. La différence tient à ce que ce n’est pas de cette manière que la succession des générations se règle ou se résout en République. Entre Me Wade et Idrissa Seck, il n’y a jamais eu de relations d’Etat. Le caractère personnel de leurs relations a pris le pas sur le protocole d’Etat, sur le caractère institutionnel des rapports entre son directeur de cabinet, puis chef de gouvernement. Le chef de l’Etat, c’est Gorgui (le Vieux en Wolof), son directeur de cabinet puis Premier ministre, c’est Ngorsi (le jeune homme). Normal que les relations personnelles dominent car le président Wade a choisi de ne pas prendre de la hauteur en consignant dans la constitution de 2001 le droit au président de la République de diriger un parti politique.

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Idrissa Seck, son bras droit et principal conseiller, ajoutera une couche en utilisant le concept de Gorgui, en élevant la posture avec le titre de Moom (lui) pour faire porter les listes électorales de la coalition Sopi par le président Wade. C’était s’exposer que de descendre dans l’arène politique d’une manière frauduleuse. Wade se délecte de l’entourloupe politicienne et Seck se félicite du coup. La complicité entre les deux hommes, au détriment de toute éthique politique, marque les esprits. Elle est si parfaite que l’on se demande si on est en face d’un duo ou d’un Minotaure à l’opposé : une bête à une tête et deux corps. Une sorte de siamois mono-céphale. En tout cas, cette situation a sans doute eu des effets sur les deux hommes quant à leur posture au sommet de l’Etat. Le président Wade s’est plutôt montré partisan du statu quo dans ses rapports avec son bras droit malgré les vicissitudes des événements politiques de l’été 2003 jusqu’au départ de Idrissa Seck du gouvernement. Le 10 mars 2004, à 40 jours du limogeage de celui-ci, le président Wade déclarait à Matam : " que les gens cessent de dire que je veux me séparer de Idrissa Seck. Ce n’est pas vrai ! Je lui fais confiance ! Je lui fais confiance ! Je lui fais confiance ! ". Ce qui n’avait pas eu l’effet escompté : le Premier ministre demeura dans son silence jusqu’à son limogeage le 21 avril 2004. Que s’est-il passé pour que le monstre à deux corps et une tête mue pour se transformer à deux monstres politiques strictement identiques ? Apparemment, c’est parce que les deux corps ne marchaient pas au même rythme et n’allaient pas dans la même direction, bien que la tête fonctionnait comme si elle était portée par un seul corps. C’est pourquoi une mitose formidable a eu lieu quand, le 21 avril, Wade s’est séparé de son numéro deux. Wade vit son clone naître, grandir très vite et le défier. Une version tropicale de " Clone War ", dernière version de " La Guerre des Etoiles ". L’erreur de Seck tient peut-être à cette nouvelle donne : il n’est que le clone de Wade. Et une copie n’a jamais valu l’original. En se croyant prêt à affronter son maître et en se fiant à son expérience personnelle aux côtés du président Wade, il s’est senti apte à encaisser une attaque de celui-ci. Ce qu’il a ignoré, c’est que le patron du PDS est aujourd’hui chef d’Etat avec ce que cela comporte comme forces, moyens, capacités intellectuelles et de nuisance. C’est ce qui le perd ou le perdra dans ce combat. Toutes les fautes se paieront cash. Et cela n’a pas tardé car avec sa seconde cassette sortie le jeudi 21 juillet, Seck a donné à Me Wade les verges pour le battre. D’abord, en se montrant peu digne de garder un secret le plus insignifiant. Ce qui ne lui facilitera pas ses relations futures avec toutes les notabilités politiques, religieuses ou administratives du pays. Qui demain se confiera à Seck après ce qu’il vient de révéler sur ses relations avec le président Wade et la gestion des fonds secrets ? Ensuite, il a donné à Wade la preuve de sa détermination à salir son image. Celui-ci ne se gênera pas à aller le plus loin dans la traque à Idrissa Seck et ses amis. Point de quartier dans ce combat à mort. Enfin, Wade sait désormais qu’il ne saurait organiser son héritage comme il l’entend. La génération qu’il voulait promouvoir à travers Seck lui aura fait plus de tort qu’aucune

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autre. Et que s’il n’a pas voulu partager sa légitimité avec les formations politiques qui ont soutenu sa candidature en 2000, c’est dans son camp qu’il a le plus vu son leadership menacé. Et c’est son homme de confiance qui lui a le plus contesté son pouvoir et défié avec le plus de vigueur. Si Seck a commis des erreurs, Wade n’en a pas moins commis en confisquant un pouvoir pour lui seul alors que le vote de 2000 n’a jamais été aussi catégorique sur sa propre personne. En poussant à la sortie et un à un tous ceux qui ont théorisé et parrainé sa candidature unique, il s’est isolé et n’a pas vu le danger venir de son propre camp. Ce qui a permis à Idrissa Seck d’avoir autant de hardiesse pour réclamer, lui aussi, sa part de pouvoir et d’ambition avec culot et énergie. Seck va sans doute payer son outrecuidance, mais Wade entend sonner le tocsin. S’il ne finit pas comme le mâle vieillissant. Issa SALL

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NOUVEAUX CHANTIERS POLITIQUES POUR IDRISSA SECK : Après le glaive libéral, le sable mouvant de l’opposition

L’orchestre du Comité directeur du Parti démocratique sénégalais (Pds) a une sainte horreur des instrumentistes qui alignent les fausses notes. Disons les notes rebelles. La ligne musicale est articulée autour d’une fidélité au président de la République et Secrétaire général national, Me Abdoulaye Wade. En chef d’orchestre et éditeur de la politique musicale « bleue », « Maître » a accueilli, dans son parti, un instrumentiste doué : Idrissa Seck. Ce jeune au rire malicieux et aux couplets croustillants savait titiller les cordes, au grand bonheur du chef d’orchestre. Puis, vint le jour où l’instrumentiste y allait de ses solos hors normes. Ses initiatives s’appelaient « dualité au sommet de l’Etat », « bataille de la succession de Wade », « verrouillage du parti », etc. Une séquence s’ouvrait avec le suspense sur sa destitution ou non de la station primatoriale. Séquence fermée le 21 avril 2004, avec avant de partir, un cours sur les « grappes de convergence », nœud de la question des milliards de Thiès. Mais il est parti quand même. Sans créer un orchestre. Sans répondre aux attaques mixées et re-mixées de ce groupe de « rockers » du Wadisme dénommé les « faucons » du palais. Dans la presse, l’absence d’Idrissa Seck a donné lieu à une autre science musicale : l’interprétation du silence. Alors, le show a continué pour propulser, au-devant la scène, une bande de « rebelles » parlementaires appelés : frondeurs. Oumar Sarr, président du Conseil régional de Diourbel et élu Pds, a donné le tempo, pour étaler les griefs tournant autour d’un ostracisme dont ses compagnons et lui auraient fait l’objet. Le camp libéral a relevé cette fausse note. A moins d’un an des législatives, cette musique de dissidence étalait les plages discordantes. Les pontes libérales, drivées par le patron du groupe parlementaire, y allaient de leurs bœufs : « autoexclusion », « trahison de l’idéal libéral », « menaces sur l’alternance », « déloyauté vis-à-vis du président Wade », « coup fourré d’hommes liges » d’Idrissa Seck, etc. Le chef d’orchestre arrangera tout. Les frondeurs ont été reçus au palais, en groupe, conformément à leur demande formulée de tout temps.

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Enonciation d’une ambition Restait à résoudre la question Idrissa Seck. Dans la musique, Me Wade laissera aux frondeurs une respiration : c’est une question qui les concerne les deux, lui le père et l’autre, le fils. Le père rompra le silence, utilisant la métaphore du garçon envoyé à la boutique et revenant avec un surplus de dépenses. Ces propos tireront le fils de sa bruyante réserve. Avec cette tirade : « J’ai déjà expliqué les raisons qui m’ont emmené à me prononcer maintenant. La première, c’était de partager mes vues sur les enjeux politiques extrêmement d’une importants de du moment... » D’autres La seconde ? « ambitions L’énonciation ambition leader. diraient

présidentielles ». L’énonciation de son destin présidentiel, étape suprême après l’escale politique des Législatives de l’année prochaine : « Répondre à cet immense courant de sympathie porteur du projet Idy 2006... » Le numéro 2 officiel, autoproclamé numéro 1 bis, a avoué ne se battre que pour ce chiffre. Une clause politique (ou politicienne ?) : « Dans le courant de ma vie, personne n’aura l’occasion de me voir être candidat contre Me Wade à l’élection présidentielle. Je l’ai dit et redit. Si Me Wade est candidat en 2007, Idrissa Seck n’y sera pas. S’il l’est en 2012, Idrissa Seck n’y sera pas. S’il l’est en 2017, Idrissa Seck n’y sera pas. S’il l’est en 2022, date à laquelle j’aurai atteint les 63 ans que je me suis prescrit comme âge de ma retraite, je n’y serai pas et vous aurez définitivement perdu le plaisir de m’avoir comme président de la République ». Idrissa Seck, même devant la perspective de devoir répondre à une convocation des autorités judiciaires dans l’affaire milliards de Thiès, a pris garde de ne pas renier son appartenance au Pds. « Je me suis engagé à ne jamais quitter le Pds, à ne jamais créer un autre parti politique et à ne jamais adhérer à un autre parti politique, fût-il celui de fidèles amis. Deux cas se présentent donc : Idy 2006 à la tête du Pds ou Idy 2006 à la tête d’une coalition de citoyens ». Au passage, l’instrumentiste Idy contestera sa légitimité au Comité directeur du Pds. Ironie du sort, Idrissa Seck a été exclu, jeudi dernier, du Parti démocratique sénégalais (Pds) par cette structure que lui-même jugeait illégale. Le Comité directeur a prononcé la messe pour bouter, hors du temple libéral, cet enfant « bleu » qui n’avait à la bouche que des idées « noires » ou « subversives ».

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La scène libérale Il quitte la scène libérale en même temps que Oumar Sarr, patron des frondeurs, Awa Guèye Kébé, ex-ministre et fidèle du maire de Thiès, Pape Diouf, maire de Bambey et ancien ministre de l’Agriculture. Des noms connus pour être des ponts entre l’opposition et son leader au moment où celui-ci était entre les mains des enquêteurs de la Division des investigations criminelles. Les entrevues se sont articulées autour du tempo de la solidarité autour des principes de liberté et de sauvegarde de la République. Pour le reste, pas d’enthousiasme outre mesure. Avant (et depuis) Rebeuss, le patron de la chorale rebelle, Idrissa Seck, pose les jalons de son avenir politique hors du Parti démocratique sénégalais. L’intention est prêtée à ce chef d’orchestre « rebelle » de se frayer un chemin pour devenir l’alternative au président Wade. Ce que ne dément pas sa composition musicale favorite : « Le premier jour après Wade, je voudrais que cela soit Idy ». Il ne dit pas une chose : l’échéance. Voulait-il attendre que le président Wade s’en aille de lui-même ou oeuvrerait-il à son départ prématuré ? Cette dernière perspective donnerait raison à ceux qui, comme Mahmouth Saleh, ont entonné le refrain du « coup d’Etat rampant ». La première hypothèse ferait jouer à Seck le rôle du fils peu pressé de fêter le départ du père. Et qui verserait même des larmes ! Pas de crocodile... Dans la Droite L’ex-Premier ministre tend la main à l’opposition, même s’il a démenti les informations sur un gouvernement d’union nationale au cas où la fronde aurait eu raison du gouvernement Macky Sall. « C’est une exigence que de lui parler comme je le faisais quand j’étais au gouvernement. Parce que, pour moi, il faut bien s’entendre. J’ai une vision très claire de ce que doit être la politique. Le premier souci que nous ayons, c’est un souci de stabilité, de paix, de tranquillité, d’harmonie et d’entente au sujet des règles de compétition. Cela, j’y travaille tout le temps ». Mais la nouvelle donne, c’est que le maire de Thiès n’est plus au gouvernement. Il bat le tempo de sa solitude, à Rebeuss. L’opposition, en dehors des principes de Droit et de forme, n’est pas prête à se ranger derrière un chef d’orchestre nommé Seck pour entonner des airs de « l’alternance de l’alternance ».Cette tentative arrive au moment où Abdourahim Agne cherche au Cadre permanent de concertation de l’opposition (Cpc) une figure consensuelle comme Amath Dansokho ; au moment où Moustapha Niasse, fort d’une riche expérience de

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l’Etat, prépare des challenges majeurs dans sa carrière d’opposant ; au moment où Ousmane Tanor Dieng, ayant repris en main le navire socialiste, joue la musique de l’alternative à cette alternance : au moment où Djibo Kâ, « berger » de l’Economie maritime, respire l’épanouissement dans l’alliance stratégique. Djibo Kâ et Tanor, des hommes presque de sa génération (politique), feront-ils à Idrissa Seck la fleur de se ranger derrière lui ? D’autant que Seck s’en est, une nouvelle fois, violemment pris au leader de l’Urd ! Mais Idrissa Seck ne démord pas de sa destinée présidentielle. La preuve ? Une lettre qui lui est attribuée et dans laquelle il invite Abdourahim Agne à le rejoindre dans la Droite : « Rejoins-moi, la vérité est dans la Droite ». Cette musique des retrouvailles politiques autour d’Idrissa Seck est-elle partie pour être le tube d’hivernage ? Rien n’est moins sur ! Car en 1999, l’opposition réunie autour de Dansokho, Bathily et Savané ont, après une analyse rigoureuse de la situation politique, eu la certitude que seul Me Wade pouvait mettre fin au régime de Diouf. En 2005, Idrissa est-il une alternative au président Wade ? PAR HABIB DEMBA FALL

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Dieu, Idy et notre combat
Monsieur Seck, (car, malgré toute la sympathie que je nourris à votre endroit et vis à vis de l’injustice dont vous êtes frappé, on n’est pas encore familier), permettez-moi quand même, au nom de la contribution constructive, de m’insurger contre ce que j’appellerai chez vous une «fixation religieuse» une obsession pernicieuse à mon humble avis. Vous êtes mieux placé que moi pour savoir que : - Le Sénégal compte aussi parmi ses honorables et simples citoyens des Catholiques. - Il a été reproché à «votre ancien père» et bourreau actuel de plier la République devant des marabouts. - Le combat que vous êtes obligé de mener aujourd’hui concerne tous les citoyens suivant leurs sensibilités et selon leurs religions. - Les religions, au-delà de leurs aspects sacrificiels, renvoient toutes aux mêmes valeurs humaines et la même divinité suprême. Et alors ? Simplement pour dire que la laïcité de notre République doit être conservée, quels que puissent être par ailleurs les enjeux communicationnels. Comment pouvez-vous parler à tous les Sénégalais et calquer votre rhétorique sur la seule référence islamique. Je suis musulman comme vous. Je suis fermement croyant en Dieu et à son envoyé le prophète Mohamed (PSL). Je suis très solidaire de votre cause, non pas pour vous, mais pour la défense des acquis démocratiques de mon pays. Je suis convaincu de votre sincérité quant au «coup contre Idy». Je demeure admiratif de votre courage et de votre engagement contre le «le Clan des Bandits affamés». Mais je puis vous dire qu’au-delà de ma simple personne, c’est une bonne partie des citoyens de notre pays que vous êtes entrain de «dégoûter» par votre référence incessante, persistante et vraiment pas nécessaire au Coran. Laissons Dieu en dehors de tout ça. D’autant plus qu’il risque de ne pas être à l’aise dans une histoire de trahison, de sous, de malhonnêteté et de perversité ? Nous sommes certains de vos grandes qualités de rhéteur et de vos capacités à bien communiquer. Soyez certain qu’à ce niveau les faucons du président et lui-même y compris ne vous arrivent pas à la cheville.

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Monsieur Seck, je vous devine futé, intelligent et anticipatif à tel point que j’ai du mal à vous imaginer poser des actes gratuits à ce niveau de vos ennuis, alors dites nous quel est le but d’une telle manœuvre ? Il est certes vrai que le Sénégal compte à peu prés 95% de musulmans dont beaucoup plus d’électeurs de cette sensibilité religieuse, il est évident que les quotes-parts sont plus intéressants avec ce groupe, mais de là à volontairement se mettre à dos d’autres citoyens qui pourraient vous soutenir et, plus fidèlement encore que quiconque. De là à délibérément ignorer les fondements de la laïcité républicaine : j’avoue que je ne vous suis pas et cela me peine. Où est le raffinement de l’homme, la tolérance tant recommandée par l’Islam. Je ne vous suis pas ! Point besoin de vous préciser que dans votre situation actuelle, il vaut mieux ratisser large. A moins que vous ne vouliez faire vôtre cette «réflexion Marxienne» : «La religion est l’opium du peuple.» Excusez-moi, Monsieur Seck, de cette association entre l’icône de la gauche et votre personne, fervent défenseur des valeurs de droite, car c’est la seule raison qui, pour moi, peut justifier un tel acharnement. Ne me dites pas que vous comptez rallier les Sénégalais à votre cause en leur servant l’Islam comme plat de résistance. Mais, cela c’est sans compter avec une variable fondamentalement propre au Sénégalais (je m’en excuse auprès de mes concitoyens) : il a souvent un fort rapport théorique à la foi, mais, en pratique, il n’en a rien à faire. Dans leur immense majorité, mes concitoyens n’ont qu’une ferveur circonstanciée à la solde des seuls intérêts de leurs ventres et basventres. Regardez vos anciens compagnons se délecter de leurs nouveaux attributs, cela saute aux yeux. Alors de grâce, Monsieur Seck, continuons le combat ensemble pour la défense de la démocratie, des valeurs de la République, sans moralisme aucun. Je pense pouvoir dire honnêtement qu’on est sorti largement et ce, depuis mars 2000, des chantiers de la morale pour en arriver aux chantiers de Thiès par la seule volonté du Sénégalais le plus ignoble et le plus ingrat qui soit. Alors tâchons de rester concentrés sur l’essentiel, afin que la revue des troupes puisse se faire dans la plus grande communion. Mahi WANE - Citoyen sénégalais vivant à Genève

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Martyrolâtrie
Certes, Idrissa Seck est victime d’une injustice et d’une cabale. Or, l’arbitraire a comme effet (non désiré) de créer autour de ceux qui en sont victimes un élan (spontané ?) de sympathie et de solidarité. Ainsi, nombre de Sénégalais compatissent (un peu trop) aux tribulations d’Idrissa Seck. Cet excès de compassion frôle souvent ce que nous pourrions qualifier de “victimolatrie”. Cette “victimolatrie”, conjuguée aux multiples ressentiments des “déçus de l’alternance” et des discours sibyllins d’Idrissa Seck ont de quoi dérouter et fausser les jugements. Ainsi, les pistes sont tellement brouillées que, paradoxalement, le combat fratricide auquel se livrent anti et pro-Idy a tendance à se muer en un combat du “bien contre le mal”, celui du “parti contre la patrie” (voir contribution du 08/08/05 par exemple), celui de la justice contre l’arbitraire ou encore celui de David contre Goliath, etc ? Que nenni ! Il faut dire que Idrissa Seck est, d’abord et avant tout, victime d’un système et d’un parti qu’il a contribué à mettre en place et dont il a été pendant longtemps le second et l’une des têtes pensantes. Il est victime d’un homme qu’il a fréquenté pendant plus de trente ans ; homme qui l’a forgé et “éduqué”. En effet, si Wade est un assoiffé de pouvoir, un dictateur caché, un manipulateur sournois (ce qu’il est certainement) bref, le MAL, tandis qu’Idrissa Seck incarnerait la Vertu ainsi qu’il s’évertue à nous le faire croire, comment expliquer alors que ces deux hommes aient pu cheminer (sans anicroches) pendant toutes ces années ? Un esprit simple, mais sensé, aurait du mal à le comprendre et, cela d’autant plus que «le vice a toujours eu du mal à cohabiter avec la vertu» (Idy dixit). Il n’est pas utile de rappeler cet adage : «Qui se rassemble, s’assemble.» Par ailleurs, fautil rappeler qu’Idrissa Seck n’a jamais démissionné (hormis son faux-départ de la Primature) ? Il a d’abord été renvoyé du gouvernement et, jusqu’à son récent renvoi du Pds («le Clan des Bandits affamés» dénoncé dans le Cd n°1 “lui et moi”), il continuait à faire partie de ce “gang” dont il disait être «actionnaire majoritaire». Si, malgré tout cela, on est encore vertueux… Excellent rhéteur (les sophistes et tous les idéologues de tout acabit le sont aussi), Monsieur Seck parsème ses discours de maintes références islamiques, lesquelles lui servent de bases argumentaires. Voudrait-il un Etat islamique ? Une application de la charia ? Quid encore d’un code de la famille basé et inspiré de la charia ? Assurément non ! Par ailleurs, pour un homme appelé (puisque c’est son destin ; lui dixit) à diriger un pays laïc, comment peut-il parler à tous les Sénégalais selon une rhétorique à référence exclusivement islamique ? Notre scepticisme ne fait qu’accroître si l’on sait que ces versets sont souvent détournés et utilisés pour “régler des comptes” (contre Wade ou contre Ousmane Ngom, par exemple) ou pour faire de la propagande politicienne (l’appel à Agne par exemple). Accusé par exemple de tous les maux et turpitudes de la terre par Ousmane Ngom (qui, au passage, n’est pas meilleur), Idi (Idy ?) n’a trouvé comme

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parade que de lui sortir une litanie de versets. Pour une personne si soucieuse de sa probité morale, il lui importait, soit de répondre par des faits, soit de laisser la justice trancher sur ce qui pourrait être alors une diffamation. Il y a des silences coupables. La liste est longue des contradictions et supercheries d’Idrissa Seck et nous y reviendrons prochainement. Aujourd’hui, il faut tout simplement rappeler que son combat est un combat personnel et exclusivement - il faut y insister - de politique politicienne. Prenons simplement ces deux déclarations : «I was born to be a president» et «la prison pourrait être un raccourci vers le palais.» Assurément, cet homme qui confesse aimer la compétition est vraiment sûr de son destin (et accessoirement du nôtre car il devrait nous diriger). Quant à nous, ayons la lucidité (et le courage) de nous choisir un destin et un avenir autre, c’est-à-dire, ne pas avoir comme, seule perspective, cet angoissant dilemme cornélien : Wade ou Idy ? Oumar BA - Paris

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Idrissa Seck est-il une réincarnation de Mamadou Dia ?
Il est courant, ces dernières semaines, de comparer la crise de décembre 1962 avec l’affaire dite Idrissa Seck. Il est intéressant dès lors d’examiner les ressemblances et les dissemblances de ces deux crises. Peut-être en tirera-t-on un éclairage utile à la bonne compréhension des événements en cours dans notre pays. Conflit opposant le numéro un de l’Etat et du parti dominant à son numéro deux, emprisonnement du numéro deux, saisine de la Haute Cour de Justice, accusation de complot contre la sûreté de l’Etat, … on pourrait encore allonger la liste des similitudes pouvant faire penser que la crise de décembre 1962 serait en train de se répéter avec un Idrissa Seck à la place du Président Mamadou Dia. Mais voyons les choses d’un peu plus près en nous posant quelques questions essentielles. Puisqu’il s’agit d’un conflit au sommet de l’Etat, la première question qui vient à l’esprit est la suivante : qui détient le pouvoir et qui veut le prendre ? Dans ses Mémoires d’un militant du tiers-monde, le Président Dia donne un argument choc : «On fait un coup d’Etat pour prendre le pouvoir, mais moi j’avais tous les pouvoirs.» Et il est vrai qu’il les avait tous depuis l’autonomie interne de 1957. C’est seulement en 1960, après l’éclatement de la Fédération du Mali, que Senghor a obtenu un poste au sommet de l’Etat avec la création d’une Présidence de la République. Mais le Président du Conseil, Mamadou Dia, demeurait le véritable chef de l’Etat. S’agissant de la crise d’aujourd’hui, pas besoin d’argumenter outre mesure. Me Wade est élu à la tête de l’Etat après 26 ans d’opposition et avec une Constitution qui lui donne tous les pouvoirs. Ainsi, toutes proportions gardées, M. Seck serait à la place du Senghor de 1962, celle de l’homme en quête de pouvoir. Mais avec une différence notable : tandis que Senghor était le leader du Bds et n’était donc pas un usurpateur, lui (ou plutôt «moi») n’est qu’un délégataire de Me Wade aussi bien dans l’Etat que dans le Pds. Ses adversaires ont alors beau jeu de le décrire comme une caricature de Iznogoud, ce fameux vizir de bande dessinée «qui voulait devenir calife à la place du calife». Poussons la comparaison. Me Wade est bien à la place du Président Dia, celle de l’homme qui détient constitutionnellement tout le pouvoir et qui accepte de le partager. Sauf qu’il est aussi à la place de Senghor, celle de la légitimité historique que confère le statut de leader fondateur du parti au pouvoir. Me Wade est encore à la même place que le Président Dia quand il porte l’habit du bâtisseur. Son programme des grands chantiers rappelle le plan quadriennal de 1960. Tout comme le Président Dia, le bâtisseur Wade n’a pas trop de temps pour la politique politicienne et il est toujours exposé quand il a ses côtés un homme qui, lui, consacre tout son temps à étudier ses faiblesses, à tisser sa toile… et à préparer sa succession.

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Après cet enjeu de la détention du pouvoir, la question des valeurs que défendent les deux camps en présence mérite d’être examinée. En 2004, le conflit au sommet de l’Etat porte sur les «chantiers de Thiès». L’enjeu est donc celui de la gestion vertueuse des ressources publiques. C’est bien le développement économique et social du Sénégal qui est en cause dans ce conflit, tant il est vrai que son avènement est incompatible avec le cancer de la corruption. Aucun pays ne s’est développé sans avoir, à un moment donné de son histoire, posé des actes majeurs et graves pour promouvoir une moralisation de la gouvernance financière. Le même enjeu était présent en 1962. Le Président Dia s’insurgeait contre la corruption. Il traquait les députés et autres responsables de son parti qui avaient profité de leurs positions de pouvoir pour s’enrichir frauduleusement. Il s’apprêtait à les traduire en justice. Sa chute a résulté, d’une part, de l’adoption d’une motion de censure dont les signatures avaient été acquises au moyen d’enveloppes bourrées d’argent et, d’autre part, d’une intervention militaire extérieure discrète mais réelle, dont Foccart a témoigné bien tardivement dans ses Mémoires. La chute de Dia va ouvrir, dans l’histoire du Sénégal, une parenthèse de 40 ans : ce fut l’âge d’or de l’enrichissement illicite. Sous ce rapport, Idrissa Seck est éloigné de la place du Président Dia par toute la distance qui sépare l’accusateur de l’accusé. Sa chute fait entrevoir la fermeture de cette parenthèse ouverte en 1962. En effet, quelle que soit l’issue des procès en vue, il est évident que l’impunité des dirigeants en prend un sacré coup avec l’affaire des chantiers de Thiès, car les gestionnaires de la chose publique feront désormais très attention. Il faut espérer que ce coup sera fatal. Ainsi le Sénégal comblerait-il avec éclat son retard considérable sur de nombreux pays africains par rapport à l’enjeu vital que représente la consécration d’une éthique de gestion saine des ressources nationales. Une comparaison plus approfondie pourrait confirmer que le Président Wade ressemblerait davantage à un Mamadou Dia qui aurait réussi à «reprendre en main son pouvoir et son parti» pour donner vie à sa fameuse stratégie de la «destruction créatrice». Pour reconstruire les mentalités des dirigeants et des citoyens, il faut en effet, en 1962 comme en 2005, commencer par détruire les vieux réflexes de prédation et d’incivisme. Cela peut faire mal. Mais il n’y a pas d’autre solution. Cependant, mon propos n’est ni de chercher, ni de trouver, en 2005, une réincarnation parfaite des acteurs du drame de 1962. Dans Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte, Karl Marx, en réparant un «oubli» de Hegel, a soutenu que les grands personnages historiques ne pouvaient se réincarner que sous la forme altérée de comédiens ou de farceurs. C’est sans doute sous ce seul angle d’analyse que la comparaison entre le Président Dia et le Premier ministre Idrissa Seck peut se révéler pertinente. Doudou FAYE

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Slogan contre slogan : De « Idy moo ko yor » à « li mu yor moo mu ko »

Un slogan déclamé sous tous les tons, outre le brassard rouge dont la symbolique est en passe d’être dévoyée : « Idy mo ko yor » (Idy est le meilleur ou c’est Idy qui détient la clé). Sous tous les cieux abritant encore un responsable libéral hostile à leur leader aujourd’hui à Rebeuss, les partisans de l’ancien Premier ministre s’égosillent. Ils ont inventé quelque chose de spécial, à leurs yeux. Mais, dans les cercles libéraux, et au-delà, un autre slogan est en train d’émerger : « li mu yor lewu ko » ou « li mou yor moo mu ko » (ce qu’il détient ne lui appartient pas !) Plus qu’une simple allusion, les contempteurs du maire de Thiès mettent le doigt sur la question des milliards. Le slogan « Idy moo ko yor », à leur avis, est le résumé d’un récit d’usurpation. Il veulent laisser Idy, tout seul, porter l’habit d’un tel slogan, étant entendu que ce slogan restera gravé dans la mémoire des Sénégalais, comme la trace la plus marquante de l’histoire des détournements de deniers publics au Sénégal. Mais « Idy lan la yor ? », se demande-t-on dans les cercles libéraux. Doit-on se vanter d’un tel avoir ? A la question des milliards de Thiès et à celle du détournement, s’ajoute le grief d’une usurpation d’une légitimé institutionnelle que le peuple sénégalais, souverain par la volonté des urnes, a mise entre les mains du Président Abdoulaye Wade en mars 2000. Idy a voulu occuper la place de Wade sans passer par l’assentiment du peuple. Comme pour l’histoire des chantiers, il est accusé d’avoir mis en avant ses propres ambitions au détriment du bien public, des enfants et des petits-enfants du peuple. Cet acte d’accusation créé au slogan « Idy mo ko yor » une réplique : « Li mu yor moo mu ko » ou bien « li mu yor lewu ko ». Histoire de dire que ce qu’il possède est la richesse collective. Un nouveau slogan donc, ce « Li mu yor lewu ko ».

PAR HABIB DEMBA FALL

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Idy se découvre enfin une amitié pour Macky ...
Dans la lettre qu’il adresse à Macky Sall, Idrissa Seck dit : « Il n’est pire ennemi que celui qui fut votre ami ». Ceux qui connaissent la vraie nature des relations entre Macky et Idy, ont été très surpris de voir ce dernier se reconnaître une amitié tardive qu’il vouerait au premier. La vérité, c’est que Macky n’a jamais été l’ami de Idy et Idy n’a jamais été l’ami de Macky. Sinon, comment comprendre que le patron d’alors de la structure des cadres du PDS, la Cellule Initiatives et Stratégies, la véritable force de propositions du PDS, n’ait pas été appelé à siéger dans le premier gouvernement de l’Alternance ? Au lendemain du 3 avril 2000, toutes les Sénégalaises et tous les Sénégalais voyaient déjà Macky Sall siéger à la tribune d’honneur aux côtés du Président Wade et des membres du gouvernement, lors de la célébration de la fête de l’indépendance. Non, Macky ne sera pas dans le premier gouvernement de l’Alternance, parce que Idy avait pu trouver les arguments nécessaires pour convaincre le Président Wade de nommer l’ingénieur Macky à la tête des ICS. Par la suite, par des tours de passe-passe dont il garde jalousement le secret, Idy réussira à placer son ami Djibril Ngom, ancien ministre de Diouf, à la tête de la première industrie du pays. Pour des raisons que nul n’ignore. Et le tour fut joué ! Idy ne s’arrêta pas en si bon chemin dans la lutte feutrée qu’il mena contre son « ami » d’aujourd’hui, pendant qu’il se cherche obstinément de nouveaux amis, croyant désormais « qu’il est temps de songer enfin à la République », lui qui insulte ses institutions du matin au soir. Si ses fameux CD étaient dignes de vos oreilles, nous vous aurions vivement conseillé de les écouter pour avoir une idée de son délire anti-républicain. Mais non Le second jalon du bras de fer que Idy voulut imposer à Macky fut posé à Thiès. C’était un week-end de 2003 durant lequel le tout puissant Idy de l’époque avait cru bon de convoquer directement, en sa qualité de Premier ministre, l’ensemble des responsables du Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Hydraulique dont Macky avait la charge. Idy voulait fermer les carrières installées dans la région de Thiès qui fournissent au Sénégal l’ensemble des granulats (calcaire, basalte, etc.) dont avait besoin le Président Wade pour réaliser les grands chantiers de l’Alternance. Bien entendu, Macky s’opposa à une telle idée. Du coup, « l’ami » était devenu gênant parce que refusant, consciemment et par réflexe patriotique, de se ranger dans le camp des « anti-Wade », conspiration qui se mettait en 53

place, de la manière la plus sournoise, au sein de l’Etat et du PDS. Idy revint à la charge le jeudi suivant, en Conseil des Ministres, sur ce dossier de la fermeture des carrières de Thiès qui lui tenait tant à cœur. L’échange de propos peu amènes entre l’ancien Premier ministre et Macky, devenu Ministre d’Etat, reste encore vivace dans la tête de tous ceux qui siégèrent alors à ce fameux Conseil. Le Président Wade trancha. Les carrières de Thiès furent sauvées et, aujourd’hui, ce sont elles qui alimentent la construction des routes et de toutes les infrastructures réalisées en faveur des Sénégalais. Mais avant cela, que de péripéties avant que le patron des cadres du PDS puisse siéger au Gouvernement ! Déjà, au moment du départ de Moustapha Niasse de la Primature, il est de notoriété publique que Macky avait été désigné par le président de la République pour prendre le portefeuille de l’Equipement et des Transports. Idy usa de subterfuges pour encore l’éliminer. Le problème avec Idy, c’est qu’à force de pratiquer le dédoublement de personnalité, il finit toujours par se prendre pour ce qu’il n’est pas. Numéro 2 de l’Etat, il se prenait pour un 2e numéro 1. Du coup, il pensait détenir le pouvoir de nommer alors que la Constitution du Sénégal réserve cette prérogative exclusivement au président de la République. Premier Ministre, il se prenait pour le Chef de l’Etat. Aujourd’hui encore, depuis Rebeuss, il conclut sa lettre à Macky, sur un ton péremptoire choquant tous les Musulmans : « Allah n’aime pas les traîtres. Moi non plus ». Qui d’entre nous ose juxtaposer son nom à celui d’Allah ? Qui c’est celui qui a installé la dualité au sommet de l’Etat, envers et contre la volonté des Sénégalais ayant consacré leurs suffrages à Me Wade ? Idy démontre, une fois de plus, sa mauvaise lecture en toutes choses. Avec une telle obsession du pouvoir, une telle soif de domination sur ses semblables, une telle folie en définitive, lui qui n’a d’intérêt que pour le fameux « chiffre 1 », ne peut avoir d’amis. En réalité, « Mara » cherche plutôt des « talibés », ce que ne saurait accepter le « Macky » que je connais, honnête et courtois, mais ferme et rigoureux, surtout pour ce qui touche à l’honneur et à la loyauté. Parce que je peux m’honorer de l’amitié de Macky Sall depuis l’université, ayant donc le privilège d’être destinataire, par moments, de quelques confidences, je pense pouvoir remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne le fameux dîner à cinq dont parle Idy. Ce dîner s’est tenu bien avant la démission-reconduction de Idrissa Seck, intervenue le 24 août 2003. Le

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dîner a eu lieu au cours du mois de juin 2003, juste après le fameux Conseil des Ministres durant lequel Macky s’était opposé au projet de Idy de fermer les carrières de Thiès. Le dîner était à l’initiative de Idy qui souhaitait arrondir les angles entre « responsables ». Ce que je peux en dire, c’est ce que Macky m’en avait dit. Au cours de ce fameux dîner, Macky avait reçu ce qui semblait être des menaces de Idrissa Seck en des termes très clairs : « Ne te mets pas dans la tête que tu peux me contester. Sinon, je dirais au président Wade de te virer du gouvernement. Ce qu’il ferait sans état d’âme », avait lancé vertement Idy à Macky. L’ami que j’étais voulut en savoir plus, mais Macky refusa de m’en dire davantage, en me rétorquant qu’il ne traite jamais les affaires de l’Etat en dehors du cadre qui sied. Dans de telles conditions, force est donc de constater que Idy n’a jamais proposé, comme il le laisse entendre dans sa missive, que Macky soit nommé Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, n°2 du gouvernement, donc appelé à assurer son intérim. Ceux qui sont dans la vérité savent bien que c’est le Chef de l’Etat, Maître Abdoulaye Wade, lui seul, qui nomme à un poste si sensible, parce que constitutionnellement investi de la prérogative de nommer aux postes civils et militaires. En nommant Macky Sall au Ministère de l’Intérieur, le Président Wade ne sentait-il pas déjà le guet-apens dans lequel l’attirait son n°2 putatif ? Ne travestissons donc pas l’histoire. Idy ne fait que fabuler. « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». Ce qui gêne Idy en réalité, c’est que Macky et son gouvernement sont en train de traduire en actes la vision du Président Wade. Le Chef de l’Etat ne s’y est d’ailleurs pas trompé, lui qui disait récemment : « Avec Macky Sall, je réaliserai sur le restant de mon premier mandat plus que ce que j’ai fait jusqu’à présent. » Le discours d’Idy a perdu la tête, après avoir égaré sa queue dans les menaces contre la République et ses vaillants défenseurs. Chaque jour, du fond de sa cellule, il démontre aux Sénégalais qu’il a plus que jamais l’injure à la bouche, l’invective à la main. Plus que jamais encore, il est devenu un affabulateur systématique, mais pas assez doué pour entraîner Macky Sall, réputé courtois et déterminé, dans ses fausses querelles de borne-fontaine. La Cellule Initiatives et Stratégies a vu juste, elle qui a invité Macky Sall à prendre de la hauteur. Pour être, en réalité, à la hauteur de cette tâche à lui confiée par le chef de l’Etat : alléger aux Sénégalais leurs problèmes de tous les jours. C’est cela le principal. Signe de cette ligne de conduite, le Premier ministre, en ce moment chargé de symboles du lancement d’une infrastructure majeure comme l’autoroute à péage, avait

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averti : « Les propos désobligeants dénotent d’une étroitesse d’âme de leurs auteurs ». Idy, fin de séquence. Par Mamadou Sèye

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Macky-Idy : Question de styles !
Macky Sall croit en Dieu. Il ne le crie pas sur tous les toits de Dakar. Crier cette foi ne fait pourtant plus rire tant le vacarme mystique semble faire recette. Placé au cœur de la République, il rend grâce au Créateur, sans oublier de mettre en pratique deux bonnes vieilles recommandations divines : la reconnaissance et la loyauté. Ecoutons-le : « Le contrat qui me lie au président de la République est un contrat de fidélité ». Ce n’est pas un passage du Coran traduit en français que vous avez lu là. Toutefois, Dieu aurait aimé ce modèle de dévouement à l’endroit de celui qui a placé l’homme de Fatick à la tête du Gouvernement. Macky Sall ne parle pas de station, vocable renvoyant à une certaine élévation par rapport aux autres responsables de l’Etat ou autres contribuables tout court. Il met plutôt l’accent sur les vertus de la loyauté, sans s’appuyer, outre mesure, sur des textes sacrés. « L’éthique exigée par ce rôle (de Premier ministre) est d’être en phase avec sa vision, de la traduire, avec fidélité et rigueur, en actes concrets ou de démissionner lorsqu’on ne veut pas l’assumer ». Cette éthique, mise en oeuvre dans les actes, au quotidien, écarte toute idée de dualité au sommet de l’Etat entre celui qui est investi du pouvoir de nommer et celui qu’il a nommé. Pourtant, il y a un peu plus d’un an, Idrissa Seck a reconnu de manière explicite, qu’il y avait une dualité. Et qu’il lui fallait s’effacer pour faire de la place au président de la République ! Le silence bavard dans lequel il s’est emmuré a alimenté, malgré tout, un tourbillon de commentaires dans la presse et au-delà. Puis, déchirant le voile de mutisme, l’ancien Premier ministre, ne s’embarrassant pas des accusations axées sur le délit du « trop d’ambition », utilise le « Je » à tous les coups. Il ne se gène pas à dire : « Dans ma vie, je me suis battu pour un seul chiffre : le 1. Aucun autre chiffre ne mérite que je me batte ». Il se met dans la posture de l’héritier regardant ses autres frères de son piédestal. Car ces propos constatent un vide dans l’après-Wade. Mais il y a plus grave, un désert des vertus au Parti démocratique sénégalais. L’affaire est instruite par Monsieur Seck : « J’ai des ennemis au Pds à cause de la cohabitation entre le vice et la vertu, la droiture et la tortuosité, le Bien et le Mal ». Désert des vertus Sans fards, il se fait homme défendant « les valeurs de droiture, de protection, au risque de (sa) vie, la dignité et les droits de l’Homme ».

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Ambition ou prétention ? Il en rit de ce rire commercial sorti d’un distributeur automatique de bonne humeur, affiché en permanence dans ses rapports avec la presse. A l’opposé, Macky Sall affiche le style du bâtisseur aux côtés du grand bâtisseur (ce dernier mot est de lui, pour parler de Me Wade). Son rire n’est pas calculé. Il l’assume. Il mise plutôt sur l’efficacité, se taillant, dans l’étoffe du sens de la mesure et de la responsabilité républicaine, un costume de Premier ministre. Il ne parle ni de numéro un ni d’un autre numéro. « Ma seule ambition est de continuer avec lui, et le plus loin possible, dans la concrétisation de sa vision. Mon ambition est que le jour du bilan, ma feuille de route soit bien remplie, remplie de réalisations concrètes qui seront des motifs tangibles pour mettre en place la coalition la plus large possible autour du président de la République ». Sa feuille de route n’est point un bréviaire dans lequel il parle de l’aprèsWade, comme Idy : « Le premier jour après-Wade, je veux que cela soit Idy ». Pendant qu’Idrissa Seck place ses pieds dans les starting-blocks pour piquer l’héritage du Sopi à ses frères, Macky Sall se donne pour programme la réalisation d’un pluralisme de convergences autour du chef de l’Etat. Il n’écarte aucun allié acquis ou à venir, sans aliéner l’idéal libéral. Il parle, avec cette délicatesse que lui reconnaissent même ses adversaires ou alliés politiques. Même s’il n’est pas en phase avec le Secrétaire général de AndJëf/Pads sur l’opportunité de mettre en place un gouvernement d’union nationale. De Djibo Kâ, il se garde de prononcer des propos peu nobles : « Le ministre d’Etat Djibo Kâ a toute notre amitié. C’est en toute indépendance qu’il a avancé l’idée de coupler les élections législatives avec l’élection présidentielle. C’est là une idée qui contribue au débat politique actuel. Djibo Kâ est un homme politique d’expérience et son analyse de la situation l’a poussé à faire cette proposition ». De Landing Savané, il dit, à propos d’un gouvernement d’union : « Le ministre d’Etat Landing Savané s’est prononcé sur cette question en sa qualité de Secrétaire général de Aj-Pads. Je crois pouvoir dire, au nom du Pds, que notre parti ne se sent point concerné par cette idée. L’idée d’un gouvernement de large rassemblement est bien derrière nous, car en réalité, nous y sommes déjà, avec une coalition politique forte parce qu’harmonieuse et soudée derrière le président de la République. »

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Le Premier ministre et Landing Savané peuvent se regarder dans les yeux un jeudi de Conseil des ministres, après avoir géré les contractions sans sortir des mots gênants ! Ce qui n’est ni le cas concernant les sorties d’Idrissa Seck contre Djibo (à son départ de la Primature et lors de sa conférence de presse chez lui) et contre Landing Savané (dans les colonnes de « L’Observateur » du mercredi, dans une lettre). Vous comprendrez que nous ayons choisi de nous garder de reproduire ces propos dans ces colonnes, par respect pour MM. Djibo Kâ, Landing Savané et nos lecteurs. Personne n’a jamais pris le théoricien de « l’intelligence républicaine » en défaut par rapport à la nécessité de tisser des rapports faits de courtoisie, sans égarer en cours de route cette grande vertu qu’est la fermeté. Même pas l’opposition ! Le camp du Bien Macky Sall n’est pas l’homme qui prédit le feu aux gens de la Gauche ou aux gens gauches (c’est selon). Il n’est pas homme à demander, comme dans les récits d’Orient, de rejoindre le camp du Bien ou de chercher grâce à ses yeux. Fort de cette ligne de conduite, le Premier ministre s’est limité au « contenu factuel du rapport de l’Inspection générale d’Etat (Ige) ». Non sans dégager une position de principe : « Nous sommes aujourd’hui devant une situation qui exige la clarification des positions des uns et des autres. A partir du moment où l’attitude d’un responsable ou d’un militant, et ses actions de tous les jours, sont en porte-à-faux avec les intérêts du parti, à partir du moment où les gens posent des actes de déstabilisation du parti, le Pds se devait de prendre ses responsabilités. Et c’est ce que nous avons fait. Maintenant, c’est une page qui est tournée. Nous avons les yeux rivés vers l’avenir ». Qu’a-t-il fait qui vaille qu’on prononce le grand châtiment à son encontre ? Bon Dieu, la politique, surtout quand cela délire ! PAR HABIB DEMBA FALL

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Délire d’un halluciné du pouvoir - Triste destinée d’un grand seigneur
Dans les livraisons des quotidiens parus le jeudi 25 août, M. Idrissa Seck, maire de Thiès, ancien Premier ministre, a adressé une correspondance à M. Macky Sall, Premier ministre du Sénégal, n° 2 du Pds. L’énumération comparative devrait être complétée ainsi qu’il suit : - Idrissa Seck, ancien Premier ministre, ancien n° 2 du Pds, maire de Thiès - Macky Sall, Premier ministre, n° 2 du Pds, maire de Fatick. Les termes de la missive révèlent bien plus un état global de préoccupation, j’allais dire d’inquiétudes, plutôt qu’une simple qualification (traître) et un conseil. Il essaie, après avoir planté le décor, de discréditer la relation sincère, amicale, fraternelle entre M. Macky Sall et M. Karim Wade. Hélas, cette relation se fonde sur un dénominateur commun, le président de la République, par ailleurs, secrétaire général du Pds, pour l’intérêt supérieur de la Nation sénégalaise. Il s’agit plutôt d’une complicité agissante pour le triomphe des grands projets de Maître Abdoulaye Wade, seuls susceptibles d’assurer un développement harmonieux du pays. Ce duo le gêne et cela se comprend, car il est un des socles du pouvoir, un bouclier contre ses prétentions de succession à Maître Wade. Si son écrit vise à gripper cette machine, hélas, c’est peine perdue. Il gêne parce que justement M. Macky Sall, avec force intelligence, affirme et démontre son ancrage dans le camp présidentiel, posture qui ne peut que le rapprocher de la famille de Maître Abdoulaye Wade. Ainsi, l’image négative et visiblement mal intentionnée, qu’il porte à M. Macky Sall ne peut, et il le sait, à tout point de vue, correspondre à sa posture. Cette posture qu’il a tant vantée dans le passé. Ses traits de caractère, sa personnalité propre, sa valeur morale, ses relations vis-à-vis du président de la République ne peuvent en aucun cas correspondre à la description qu’en fait le maire de Thiès. Le Premier ministre ne peut en rien lui être inférieur, au propre comme au figuré, sauf s’il verse dans la calomnie : «Allah n’aime pas la calomnie». Sa tentative d’isoler son successeur, en tant que «facteur de division» est aussi malheureusement comprise. Elle est vaine. Il administre par cet écrit la preuve de la loyauté, celle-là qui lui a cruellement fait défaut, de M. Macky Sall à l’endroit de Maître Abdoulaye Wade, son engagement sans faille derrière le président de la République, y

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compris dans la gestion des affaires de l’Etat, dans la transparence et la bonne gouvernance et l’instauration d’un Etat de droit. Au bout du compte, si Ndioublang et parmi nous, même drapé d’un manteau de Serigne ou de Oustaz, il sera débusqué, traqué et vaincu, non par les armes de la délation politicienne ou des arguties de bas étage, mais plutôt par l’arme de la loyauté, de la sincérité et de l’engagement politique aux côtés de Maître Abdoulaye Wade. Venons-en, enfin, à l’essentiel, sa comparaison avec Maître Abdoulaye Wade, Idy a dit César-Pompée. Ces deux grandes figures de Rome qui se lancèrent dans un combat sans merci et duquel César (Idy) sortit vainqueur. Curieuse mise en scène. Non seulement il ne peut être l’égal de Maître Wade, président de la République, dépositaire du pouvoir populaire, par voie démocratique, mais il se positionne en vainqueur. Nos humanités nous ont appris que César et Pompée étaient des militaires. Dieu merci, nous ne sommes plus à l’époque antique, Rome n’est pas le Sénégal. La République, au 3ème millénaire, s’apprécie et se jauge autrement que par l’usage de la force armée. La Rome antique constitue l’antithèse même d’une accession démocratique au pouvoir. Autrement dit, César et Pompée n’y auraient pas à leur place. Mais affligeant, est à ce titre le rôle que s’auto-attribue Idy qui se veut César, donc vainqueur. Hélas, à sa décharge, ou plutôt, à son ignorance, le savoir historique retient que jamais César n’a subi un sort comparable au sien. Symbole de victoire certes, César aura été aussi symbole de l’échec de la prétention. Lorsque se sentant poussé des ailes, il voulut dépasser la République pour la monarchie, expression de sa personnalisation du pouvoir. Tragique fut alors sa fin (triste destinée d’un grand seigneur) aux Ides de mars en 44 avant J-C. L’ancien Premier ministre accepterait-il d’être César sans sa fin ? La gloire résumée d’une prétention démesurée sans le sang qui gicle et qui, dans un drame, ensevelit la haute stature d’une célébrité qui dépassa les murs de Rome ? Au vrai, l’actuel Premier ministre a par-devers lui, l’onction du chef, sa confiance, la maîtrise des grands dossiers de l’Etat et la volonté de traduire en actes le désir du président de la République, de faire du Sénégal un pays émergent. Que son adversaire déclaré soit subitement atteint de tremblote ne nous émeut guère. Cela nous conforte dans la certitude que le Premier ministre est sur la bonne voie, celle d’assouvir les désirs des Sénégalais en relevant les grands défis socioéconomiques et de garantir d’éclatantes victoires au Pds en 2006 et au Président en 2007. Abdoulaye Daouda DIALLO

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Le «moi» d’Idrissa Seck
La politique ne m’a jamais intéressé, à plus forte raison maintenant que je suis plus conscient de ses méfaits et de l’état d’esprit de nos politiques qui, en passant, ne luttent que pour des intérêts personnels, égoïstes et restent obsédés par le pouvoir. Mais étant membre de la communauté, de surcroît futur responsable de notre cher pays, comment rester insensible devant une situation aussi alarmante. C’est un devoir, voire une obligation, pour tout intellectuel de dire non ! D’éclairer l’opinion sur les désirs inavoués et l’obsession de certains politiciens de vouloir accéder au Palais par tous les moyens. L’humilité est une qualité qui n’est pas donné à tout le monde. En effet, M. Seck nous a fait étalage de son intelligentsia, de son talent d’orateur, de ses qualités de chef d’Etat. M. le Premier ministre, excusez-moi, M. l’ex-Premier ministre, vous oubliez que le tigre ne proclame jamais sa tigritude. Thurston, le plus grand magicien de tous les temps, disait que son seul secret de réussite, c’est qu’il aime son auditoire, donc il était à l’écoute de son public. M. Seck, soit à l’écoute de ton peuple et non le contraire, vous êtes né pour être n°1 comme vous le dites alors que même le plus petit profane sait que ce numéro est le propriétaire d’Allah, l’Unique. La critique est vaine, parce qu’elle met l’individu sur la défensive et le pousse à se justifier. La critique est dangereuse, parce qu’elle blesse l’amour propre et qu’elle provoque la rancune. Donc quand vous vous adressez à une personne, souvenez-vous que c’est un être imparfait doté de son orgueil et de son amour propre. Un grand homme montre sa grandeur dans la façon dont il gère ses relations antérieures. M. Seck, je fais partie des millions de Sénégalais que vous avez déçus avec un comportement qui frôle le ridicule après votre incarcération. M. Seck, vous avez oublié de considérer le point de vue des Sénégalais et des Sénégalaises pour susciter en eux le vif désir de faire. Ce que vous proposez ne doit pas être interprété en terme de manipulation où la personne serait amenée à agir dans votre intérêt, mais à son détriment. M. Seck, sachez qu’on peut se faire plus d’amis en deux mois en s’intéressant sincèrement aux autres qu’on ne saurait en conquérir en deux ans en essayant d’amener les autres à s’intéresser à soi.

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M. Seck, avec l’expérience dont vous vous glorifiez, comment avez-vous pu faire cette erreur de débutant et pourtant nous connaissons tous des gens qui peinent toute leur vie durant en voulant à tout prix que les gens s’intéressent à eux quitte à utiliser la religion. Vains efforts M. Seck, les gens ne s’intéressent pas à vous, ils ne songent pas à moi. Ils songent à eux-mêmes, ils y pensent le matin, à midi et le soir. M. Seck, si vous vous efforcez seulement d’impressionner vos semblables, d’attirer leur attention sur vousmêmes, vous n’aurez jamais beaucoup d’amis sincères. Les amis, les vrais amis ne se gagnent pas ainsi. M. Seck, l’individu qui ne prend pas en compte les avis de ses semblables est celui qui rencontre le plus de difficultés dans l’existence et qui est le plus nuisible à la société. C’est parmi de tels êtres qu’on trouve le plus grand nombre de ratés. M. Seck, votre «moi» égoïste, inadapté et trop mesquin vous a trahi. Blaise Pascal ne disait-il pas que «ton ami ou celui que tu considères comme tel n’est que celui qui ne t’as pas encore trahi», et cela, Maître l’a très tôt compris et heureusement pour notre démocratie. Cheikhou Oumar DIOP - Etudiant BBA 3 Management /

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2ème Partie
Analyse des actes après la sortie de prison

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Profession de foi de l'ancien Premier ministre : Idrissa SECK abuse du 'Je' et snobe la Cpa
Pour la quatrième fois, l'ancien numéro deux du Pds use de son jeu favori : s'adresser ‘solennellement’ à ses compatriotes via des Cd radiodiffusés. Dans ce dernier discours comme dans les premiers, Idrissa Seck révèle un égocentrisme qui se manifeste par l'usage abusif du ‘je’ et ignore, royalement, la frange la plus représentative de l'opposition. Exégèse d'un laïus ! Dans son Cd radiodiffusé samedi dernier, Idrissa Seck a fait un usage abusif du ‘Je’. Ce pronom personnel qu'on dit haïssable, est revenu plusieurs fois, en effet, dans le speech du maire de Thiès, lorsqu'il s'est agi pour l'ex-numéro deux du Pds, de revenir sur son projet de redressement national ou quand il rappelle ses déboires avec l'actuel régime. Ce discours, outre qu'il édifie sur la centralité de l'ex-Premier ministre dans le futur dispositif de Rewmi (le nouveau parti du maire de Thiès), révèle la volonté de son auteur de se passer d'une quelconque coalition pour réaliser son ambition présidentielle. Nulle part, en effet, Idrissa Seck n'a fait mention d'une alliance, fut-elle stratégique, pour changer la vie du Sénégal et des Sénégalais. Nulle part, il n'y est fait allusion à un regroupement de partis pour la réalisation d'un projet politique commun. Idrissa Seck enfourchera son cheval et ira donc en solo, solliciter les suffrages des Sénégalais. La Coalition populaire pour l'alternative (Cpa) qui est la plus représentative de l'opposition sénégalaise, a été royalement ignorée par l'ex-pensionnaire de la prison de Rebeuss dans son ‘discours à la nation’. En lieu et place, Idrissa Seck a décidé de compter sur ‘les meilleurs d'entre nous’, entendus comme ceux qui auront en bandoulière un curriculum vitae très étoffé. Le fameux sésame qui compte plus que tout aux yeux de l'ancien sherpa du président Abdoulaye Wade et qui serait une condition sine qua none pour entrer dans le futur schéma gouvernemental de Ndamal Kadior. Ceux qui ont été sollicités au lendemain de l'alternance pour donner ‘corps à la vision du président Wade’ feront-ils partie de ces ‘meilleurs’ fils du pays sur lesquels Idrissa Seck compte s'appuyer pour la concrétisation de son projet de redressement national ? Bien malin celui qui pourrait répondre à une telle question. De source en tout cas sûre, le maire de Thiès veut ratisser large auprès des Sénégalais qui ne sont militants d'aucun parti politique et qui seraient, aux yeux de M. Seck, les plus nombreux électeurs. Autrement dit, le vivier électoral de l'ex-puissant directeur de cabinet de Wade est consitué des ‘non-alignés’, dépités par la chose politique. Mais n'est-ce pas là une contradiction d'Idrissa Seck si l'on sait que c'est sur la base du programme de son parti qu'il va solliciter les suffrages de ses concitoyens, politiquement non colorés ? Quelle différence y aura-t-il entre l'ex-numéro deux du Pds et le leader de Rewmi pour amener les potentiels électeurs du maire de Thiès à avoir de nouveau confiance aux 65

hommes politiques ? Quelle démarcation l'ancien collaborateur de Wade entend-il faire avec les autres leaders politiques pour mériter plus que ses adversaires la confiance des non-alignés ? Jusqu'à quel niveau assumera-t-il sa part de responsabilité des sept années de l'alternance dont, quatre au moins, gardent indélébile la marque de sa participation. C'est, certainement, la prochaine campagne électorale qui apportera un début de réponse à ces différentes questions. Aguibou KANE

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Après Saa-Nokho et Saa-Neex, voici Saa-Idy !
Imaginez Saa-Neex, le truculent comédien, dans le rôle d’un candidat à l'élection présidentielle tenant un discours à la Nation. Voici ce à quoi m'ont fait penser les deux derniers Cd d’Idrissa Seck, surtout celui en wolof. Lui qui nous avait accoutumés aux déclarations à forts relents religieux, aux discours emphatiques et pompeux, aussi creux que solennels, a surpris plus d'un en s'exerçant avec une égale inefficacité au comique. Le mystérieux sage qu’il a cité, en annonçant sa candidature, lui aurait-il enfin fait comprendre que le Saint Coran ne s'utilisait pas à hue et à dia au gré des intérêts de celui qui s'en sert ? Toujours est-il que ses nouveaux Cd sont à se tordre de rire, mais pas à cause des imitations. S’il continue dans cette lancée, bientôt on entendra les gens se dire : ‘Avezvous écouté le nouveau Saa-Idy ? Ree ba tass !’ Et comme dans notre ré(ba sonn)publique le ridicule ne tue plus depuis le 19 mars 2000, Saa-Idy ponctue la fin de ses élucubrations des magnifiques envolées de Yandé Codou Sène, l'égérie de Senghor avec qui Mara, quoi qu'il puisse vouloir croire, n'a en commun hélas ou heureusement que le teint et la taille. Ensuite, M. Seck est particulièrement critique envers son ancien mentor assimilé à un lièvre, animal dont la réputation ne provient pas de la capacité à supporter de lourds fardeaux. C’est vrai. L’âne est plus indiqué pour ce type de tâches. Il prétend minimiser les conflits personnels et insiste sur l’intérêt de la Nation. C’est à tomber des nues. Depuis quand le ‘né pour être président’, qui se targue de cracher sur la place de numéro 2, se préoccupe-t-il de l’intérêt de la Nation ? (Je parle d’actes et non de belles paroles.) C’est alors qu’il nous explique que l’intérêt de la Nation est de l’élire, lui, Idrissa Seck, car dit-il ‘ces intérêts commandent aujourd’hui que soient corrigées les insuffisances notées sur le pouvoir de Wade. Qui pourrait mieux le faire que celui qui en connaît l’envers et le revers ?’ Lui donc, celui dont le gouvernement semble déjà fixé et qui ne semble penser aux intérêts de la Nation que quand il les confond avec les siens. J’espère que rire ne rompt pas le jeûne, car on ne peut s’empêcher de pouffer en entendant Saa-Idy déclarer qu’il a été écarté du gouvernement parce qu’il n'a cessé d'exprimer son désaccord sur certains sujets. Apprenez M. Seck que, lorsque l'on se pique d'être un homme d'Etat de la même trempe que Senghor par exemple, on ne se contente pas d'exprimer du bout des lèvres sa désapprobation, on ne se complaît pas dans les accointances hypocrites et les viles alliances, on ne ronge pas son frein en attendant son heure : on démissionne. Voilà ce qu'aurait fait un Homme. Il est bien facile et tout aussi lâche de jeter du sable dans le plat dont on sait qu’on n’y mangera plus. Saa-Idy énumère les défauts de Wade comme s’il venait de les découvrir avec dégoût et incompréhension. Si en trente ans de compagnonnage, il n’a pas réussi à les déceler,

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qu'il ne compte pas sur nous pour croire qu'il pourra, en quelques mois, voir les problèmes des Sénégalais et les résoudre. De deux choses l'une : ou il est dupe et naïf, ce qui est un problème bien important ou pire, il ne s'en est jamais préoccupé tant que cela lui convenait. Dans un cas comme dans l'autre, comment confier notre pays et ses millions d'habitants à un tel homme ? Il déclare que le devoir lui prescrit d’intervenir pour éviter le naufrage. Ha ! Ha ! Ha ! SaaIdy est vraiment drôle ! Qu’il y ait risque de naufrage ou pas, il faut bien qu’il trouve un prétexte, car n’oublions pas qu’il est né pour être président. Lui, le messie investi d'une mission quasi-prophétique de sauveur, devrait nous éclairer, nous pauvres hères ignorants, sur les origines de son immense fortune dont il s'est vanté et qui lui permet de vivre avec sa famille et toute sa cour en France, dans de grands palaces, des mois durant, de financer ses voyages, ses tournées de grand-duc, sa vie de château. Nous attendons la preuve qu'il a les mains aussi propres qu'il cherche à le faire croire sans jamais le prouver. Que lui, ‘le grand croyant’, pose donc sa main sur le Saint Coran et jure qu’il n’a jamais détourné de deniers publics. Son dossier est pendant devant la justice parce qu’il est accusé d’avoir volé l’argent de ce pauvre peuple qu’il veut gouverner, mais Monsieur se cantonne à dire qu’on y a mis tous les moyens possibles sans pouvoir prouver sa culpabilité. Cet argument est bien faible et ne prouve en rien son innocence. D’aucuns soutiennent que puisque la justice des hommes n’a pas de preuves, nous devons faire comme si de rien n’était et voir en Idy l'homme le plus honnête que la terre ait jamais porté. Mais confie-t-on de la viande à une hyène ? Des milliards se sont évaporés, Idy y a les mains salies jusqu’aux coudes, mais en grand seigneur, il pardonne aux ‘enquêteurs’. Ha ! Ha ! Ha ! Saa-Idy est plus que drôle ! S’il a découvert la caverne d’Ali Baba ou ramassé la calebasse de Kuss, qu’il nous le dise donc et le débat sera clos ! Nous saurons enfin d’où vient sa soudaine fortune que ne sauraient expliquer ses salaires de ministre et de maire. Nous croirons en lui que nous saurons ce qui s'est vraiment passé avec la Sonatel, qui était James Stewart, qu'en est-il vraiment de l'histoire des véhicules importés ? Tout laisse croire qu’en matière d'affaires, Saa-Idy n’est pas saint Idy. Le renard est connu pour cacher ses biens là où nul ne peut les trouver. L’absence de preuves ne peut, en l'espèce, aucunement signifier innocence. Et les milliards des chantiers de Thiès ne doivent pas devenir un sujet tabou. Monsieur, malgré son éviction, se réclamait toujours du parti de Wade, ‘sa famille naturelle’, prêt à rentrer dans les rangs ‘si le peuple le demandait’. Que c’est drôle ! C’est évident qu’il jaugeait ses chances d’accéder au pouvoir, quitte à cautionner une politique qu’il juge désastreuse pour le pays. Ses intérêts d’abord, ceux de la Nation ensuite. Mais Wade ne veut plus de lui. Il crée donc son propre parti politique dénommé ‘Rewmi’ (Le pays) et il compare ‘sopi’ et ‘rewmi’, oubliant que ‘sopi’ n’est pas le nom d’un parti, mais juste un slogan. A force d’imiter Wade, il en perd les pédales. N’eût-il pas été plus simple

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de créer le Prn. (Parti pour le redressement national) ? Non, Monsieur veut faire comprendre à tous les enfants du pays qu’il est désormais leur père, bon gré mal gré. Mais ‘rééw mi’ étant wolof, les citoyens des autres ethnies risquent de ne pas s’y retrouver. Je crois donc que ‘Sénégal’ serait plus approprié comme nom du parti du Sauveur. Il pourrait même anticiper et l’appeler ‘Afrique’, vu que Wade et Khadafi envisagent les futurs Etats-Unis d’Afrique. Encore une fois, si le ridicule pouvait tuer ! On attend donc son programme. Que nous sort-il ? Il répète à l'envi les maux dans lesquels nous nous débattons tous les jours et qu'un enfant pourrait énumérer, affecte d’être concerné, lui le nabab, et promet d’apporter les remèdes. Classique, me direz-vous. Wade est déjà passé par-là... Idy me fait penser à d'autres acteurs de l'histoire politique africaine, Mobutu par exemple. Même soif de pouvoir, même ambition folle, même détermination à ne reculer devant rien pour arriver à ses fins, même égocentrisme, même ‘reconnaissance’ envers ceux qui les ont initiés à la politique. Tous deux, quand ils ont goûté un peu au miel des hautes stations, ont voulu le pouvoir tout entier, par tous les moyens. Pour rappel, Mobutu n’était rien quand Patrice Lumumba le fit entrer en politique et lui confia des responsabilités. On sait le rôle que joua le futur dictateur zaïrois dans l'arrestation et l'assassinat de son mentor. Idy, sans aller jusqu-là, se serait ‘contenté’ d’enregistrer dès le départ et sournoisement ses conversations privées avec le président de la République qui lui faisait entièrement confiance et de soustraire frauduleusement son bulletin de santé. Comme je disais, il y a quelques mois, si Dieu se proposait pour diriger le Sénégal, Idy serait capable de lui répondre : ‘Je ferai de Toi mon Premier ministre car je dois être numéro 1.’ Et si on avait un président parfait dans un Sénégal qui gagne, il serait alors question de coup d’Etat rampant, couché ou debout. Je le redis, le pouvoir rend fou et Monsieur a grand besoin de quelques séances de ndëpp. Certes, l'ambition peut être une qualité, mais dire ‘Je suis né pour être président’, c'est penser sincèrement et profondément que l'on est celui que Dieu a choisi pour diriger tous les Sénégalais, pour être leur chef et leur berger. Quiconque pense ainsi est un danger public. Pendant que Wade clame qu’il n’y a aucun Sénégalais capable de le remplacer, Idy croit que lui seul est capable de diriger le pays. Ces deux-là, imbus de leurs personnes, ont décidément une bien piètre idée de leurs compatriotes. Ils tiennent les Sénégalais pour des incapables, des attardés mentaux, des moins que rien, des ‘yambars’ dont ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. La différence fondamentale entre les deux hommes est que Wade au moins croit à ce qu’il dit, même s’il est souvent le seul à y croire. Idy critique une situation qu’il a grandement contribué à créer. Il reconnaît qu’il avait une position de quasi-président de la République. Qu’avait-il alors fait pour la Nation ? Directeur de cabinet, son travail consistait à se rapprocher de son but, tout faire pour

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devenir Premier ministre. Les Premiers ministres qui l’ont précédé, Mame Madior Boye surtout, ont travaillé dans l’intérêt du pays. S’il les a écartés, ce n’était donc par pour l’intérêt de ‘rewmi’, mais pour le sien personnel et égoïste : le pouvoir. Une fois cette ‘station’ atteinte, il lui fallait tout mettre en place pour arriver à destination. Seulement, dans sa précipitation, son train a déraillé. Il ne perd pas espoir cependant, convaincu qu’il lui suffit de dire ce que les gens veulent entendre pour être élu. Il en est d’autant plus convaincu qu’il y a des gens qui s’allient à lui dans l’espoir d’avoir demain leur part du gâteau qu’est l’argent du peuple. Des gens qui le défendent bec et ongles et taxent de pro-Wade quiconque dénonce ses manœuvres ou demande où sont passés les milliards de Thiès. D’aucuns disent : ‘Oui, mais quand il atteindra son but, ce pourquoi il est né, il se mettra enfin à travailler pour l’intérêt du pays.’ On se souvient qu’être président n’avait pas suffi à Mobutu. Il avait traqué et éliminé tous ses rivaux, avant de commencer à s’attribuer tous les titres possibles et imaginables. Idy aurait déjà des diplômes fictifs… La folie des grandeurs n’a pas de limites. D’autres disent : ‘S’il a volé et est devenu riche, il n’aura plus besoin de voler une fois au pouvoir.’ Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer. Ceux qui aiment l’argent, n’estiment jamais en avoir assez, même si on leur offrait le monde et tout ce qu’il contient. Et puis, ne dit-on pas qu’un voleur reste un voleur ? Wade gaspille nos sous et s'entoure de voleurs qui s'empressent de se remplir les poches avant le prochain remaniement. Idy président, le mot d'ordre ne sera pas ‘ne pas se servir’, mais de ne pas se faire prendre ‘jusqu’à l’extinction du soleil’. Et ceux par qui la vérité devrait pouvoir arriver, les sentinelles de l'information juste et vraie, sont ceux grâce à qui Saa-Idy a ravi la vedette aux Saa-Neex et autres comiques. Ils le peignent sous les traits de ‘l'homme de la situation’. Il s'agit bien entendu de certains journalistes qui ont érigé le ‘duel Wade/Idy’ en machine médiatique, une vraie manipulation de l’opinion publique. Un journal de la place est allé jusqu’à citer les noms de trois étudiants qui ont adhéré au parti de Saa-Idy. C’est lamentable. De toute façon, j’espère que le peuple n’aura pas à choisir entre le pire et le moins pire, alors qu’il y a d’autres candidats ou potentiels candidats dont on ne parle bizarrement pas ou que Wade a rayés de la liste en imposant une caution que ces honnêtes citoyens ne peuvent pas débourser. Il n’y a pas que des pro-Wade et des pro-Idy au Sénégal. Beaucoup ne veulent ni de l’un ni de l’autre. Bathie Ngoye THIAM

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Le mépris et les méprises d’Idrissa Seck
‘Au regard de l’échec massivement constaté aujourd’hui, le devoir me prescrit d’intervenir pour éviter le naufrage’. Naufrage ? Idrissa Seck aurait pu parler de déluge, puisqu’il se veut le Noé de 2006. Le maire de Thiès - ville où il ne compte pas de domicile - a décidément peu de respect pour ses compatriotes, ‘tous nés pour être dirigés’ par lui. Il a si peu de considération pour les Sénégalais que, comble d’arrogance, il a commencé sa tournée d’étalage de ses richesses par Ziguinchor. Là même où il avait lancé son fameux ‘Je suis un homme riche !’, devant les bailleurs de fonds, c'est-à-dire ceux chargés d’aider financièrement son pays pauvre. Sans bouder au passage le plaisir de houspiller publiquement une dame, ministre à l’époque. ‘Le redressement économique signifiera de faire avec les meilleurs d’entre nous une alternance générationnelle..’ Ce Idrissa Seck-là n’est vraiment pas nouveau : il est resté tout aussi méprisant pour les Sénégalais. Sinon comment peut-il ainsi dire que c’est dans la classe politique qu’on retrouve ‘les meilleurs’ du pays ? Une telle assertion est grave. Même si, dans son répertoire des joyeusetés, on l’a déjà entendu décrété, par sa fatwa à lui, le politicien marabout, que tous les hommes de gauche iraient en enfer. Les hommes de gauche dont il s’honore aujourd’hui d’être leur compagnon, les hommes de gauche parmi lesquels figure Landing Savané à qui il fait appel aujourd’hui. Ce n’est pourtant pas là sa plus vertigineuse contradiction. Sous ce chapitre, c’est un délice que de lire son dernier texte, envoyé sous forme de Cd aux journalistes comme pour les tenir à distance prophylactique. L’ex-quasi président de la République y écrit que ‘peu importe que le médecin se nomme Idrissa Seck ou pas’ pour soigner le Sénégal qu’il dit malade. Mais, quelques lignes plus loin, sa conviction pathologique d’être ‘né pour être président’ reprend le dessus, et lui fait dire : ‘En ce nouveau Sénégal, je veillerai sans concession au principe de l’Etat de droit’. Décidément, les Sénégalais n’y échapperont pas : le messie pour eux est un bonhomme de courte taille, revenu au pays à la tête d’une fortune à l’origine inexpliquée (sinon trop clairement comprise), après avoir mis le pays en péril institutionnel par des intrigues de basses eaux au sommet du pouvoir. Seck a été ministre du Commerce : que retiennent les Sénégalais de cet épisode ? Il a été directeur de cabinet du président Wade : quel souvenir en ont les hauts fonctionnaires et les alliés politiques du président ? Il fut Premier ministre, ‘quasi président de la République’ : avec quelle incidence pour la stabilité du pays ? Au profit de qui ?

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Seck crie tellement fort qu’on n’entend pas ce qu’il dit. A le suivre, sa rupture avec Wade s’expliquerait par son opposition au vote de la loi Ezzan, les projets ‘irréalistes’ et l’immixtion de la famille présidentielle dans les affaires de l’Etat. Seck n’a pourtant quitté le gouvernement que forcé et contraint, limogé par le président de la République. La conduite vertueuse exigeait de sa part de démissionner si tant est qu’il était si opposé à Wade sur des questions aussi importantes. Il ne l’a pas fait. On peut logiquement en déduire que Seck est du genre à rester dans un gouvernement même lorsqu’il est convaincu que la voie empruntée par celui-ci n’est pas la meilleure pour le pays. Pour quelles raisons ? Le maire de Thiès veut un nouveau Sénégal. Nous préférons un Sénégal nouveau. Celui en construction depuis qu’il n’est plus aux affaires. Nous préférons ce Sénégal des réalisations socioéconomiques à celui de la parlotte, celui de l’efficacité vertueuse à celui des intrigues au sommet de l’Etat, celui où nous vivons depuis que le président Wade a confié le gouvernement à Macky Sall à celui de la période tumultueuse de 2003/2004. Il se doit à la vérité de l’avouer : l’actuel Premier ministre est en train, de réussir, à vèpres, servira à corriger le retard enregistré, à none, par son prédécesseur. L’on se souvient qu'une fois arrivé au pouvoir, Idrissa Seck avait déclaré que son souci premier était de ‘formater l’esprit des Sénégalais’. C'est-à-dire les dresser, les conditionner, les modeler à son goût. Comme l’on tentait de le faire dans les régimes totalitaires, par le moyen de la police politique. Seck parle d’’abomination morale’… Il se pavane pourtant avec le député Mama Dabo, qu’il exhibe fièrement comme un trophée. Alors que, en contradiction avec l’esprit de nos lois qu’il vote, ce député continue de bénéficier des avantages attachés à son statut de parlementaire, lui qui, dans les faits, a démissionné de son parti, donc de son mandat, en déclarant son soutien à un candidat à la présidentielle qui n’est pas celui de sa formation. Vous avez dit parangon de la vertu ? Mais la suprême offense au pays, c’est d’appeler son futur parti ‘Rewmi’. A moins d’en ignorer la portée, il n’est pas concevable, dans une république, d’appeler son parti ‘La Nation’. De la même façon que le vert-jaune-rouge ne saurait être pris pour couleurs d’une formation politique, on ne peut l’appeler ‘Rewmi’. C’est d’une prétention innommable et d’une désinvolture inacceptable ! La nation, c’est ce que nous avons de plus en commun. Qu’adviendrait-il si dix prétendants à la fonction présidentielle désignaient chacun son parti sous le vocable de Rewmi, en pulaar, en soninké, diola, sérère et j’en passe ? Ne jouons pas à ce jeu-là : à trop forcer sur la communication, sans souci des fondamentaux

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du pays, on en vient à devenir dangereux : il va bien falloir que Idrissa Seck le comprenne, lui qui avait déjà fait une adresse à la nation, le …4 avril. Dans son plaidoyer pro domo, l’ancien Premier ministre explique que c’est lui le messie, parce que, dit-il, il a connu « l’envers et le revers de l’alternance ». Il voulait certainement parler de « l’envers et l’endroit ». Ce que retient l’opinion majoritaire, c’est qu’après avoir connu l’envers de l’alternance avec lui, nous en connaissons l’endroit depuis son départ. Abou Abel THIAM

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Idrissa Seck n'a pas de programme économique
Idrissa Seck, l'homme qui gérait son portefeuille pendant que l'opposition et la société civile menaient les luttes démocratiques, répondait, jeudi 12 octobre, aux questions de Christophe Boisbouvier sur Radio France internationale (Rfi). Dès sa prise de parole, l'invité dit vouloir ‘restaurer l'Etat de droit’. Mais nous n'avancerions pas pour autant si, tenté par l'Etat absolutiste de droit, Idrissa Seck faisait délibérément l'impasse sur l'Etat libéral de droit et sur la mutation lente de celui-ci en Etat social de droit ou Etatprovidence. C'est que l'intention ne vaut pas le débat. Elle ne vaut toujours pas le débat quand Idrissa Seck, s'exprimant, on ne sait à quel titre, martèle : ‘Je ne veux plus qu'on utilise la Justice pour régler des problèmes politiques ; je ne veux plus voir des journalistes convoqués à la Direction des investigations criminelles (Dic).’ Au pouvoir, il n'y a guère longtemps, le politicien Seck jeta Mbaye Diouf en prison pour faire main basse sur Thiès et astreignit la gracieuse Khady Diagne au supplice du bagne. En disgrâce, Seck se tut pendant tout l'épisode de l'incarcération du journaliste Madiambal Diagne. L'intention ne vaut pas non plus le débat pour celui qui s'intéresse à la ‘théorie économique’ de l'Invité Afrique sur Rfi. M. Seck dit vouloir ‘faire tomber la croissance dans le panier de la ménagère’. Même les profanes connaissent la vieille recette de la croissance qui s'égoutte, le fameux trickle down. L’idée d’un lien automatique entre la croissance économique et la solution des problèmes sociaux ne tient pas la route. ‘La richesse ‘s’égouttera’ (‘will trickle down’) sur les plus pauvres en même temps qu’un accroissement du produit (national) bénéficiera à tous’. En d’autres termes, une ‘transfusion goutte-à-goutte (…) devrait s’opérer vers les classes les plus défavorisées en raison de la croissance de la richesse globale’. Toutes les statistiques sociales actuelles montrent que ‘l’exhumation (…) du concept, fort prisé dans les années 60, de trickle down, a révélé une fois de plus son caractère illusoire. Il n’y a pas plus actuellement d’effet de percolation de la croissance économique sur les secteurs sociaux qu’il n’y en avait eu à l’époque’. En pratique, lorsqu’on s’en tient, comme le suggère l'économiste sénégalais Makhtar Diouf, ‘à la nomenclature classique des biens de consommation (alimentation et boissons ; habillement et linge ; habitation ; hygiène et santé ; transport, télécommunication, information ; culture et loisirs) qu’on trouve dans tous les manuels d’économie politique’, on cerne aussi bien que n’importe quel ‘expert’ le phénomène de pauvreté autour de soi. En mars 2004, Idrissa Seck présentait à la presse le Livre blanc de l’Alternance, Le changement en actions, de quatre années de gestion du pays par l'équipe à laquelle il a appartenu. Dans l'opuscule Le changement en actions, la croissance se déclinait en ces termes : ‘L’année 2003, pour laquelle un taux de croissance de 6,3 % a été obtenu, conforte les bonnes performances de l’économie sénégalaise qui reste cependant 74

tributaire de la pluviométrie, notamment pour son agriculture’. Dans la même période, les résultats de l’enquête du réseau Afrobaromètre contrarient l’alternance sociale. En octobre 2006, l’électorat populaire du Parti démocratique sénégalais (Pds), toujours au pouvoir, déchante. Pour promouvoir la justice sociale, le prix Nobel d’économie 1998, Amartya Sen, relativise même l’impact de la redistribution des richesses et la plus ou moins grande satisfaction des individus. Mieux connue sous la dénomination de ‘paradoxe Sen’, la thèse soutenue par l’économiste indien préconise une justice sociale basée sur le nivellement des capacités (‘capabilities’), ‘ces libertés dont les plus pauvres jouissent réellement de choisir la vie qu’ils ont des raisons de valoriser’. Pour Sen, ‘l’accès des individus aux biens que tout le monde est supposé désirer (…) ne doit pas relever d’une simple logique de marché mais d’un contrat social d’ordre éthique’. Le co-inventeur de l’Indice de développement humain (Idh) ‘a toujours affirmé que l’analyse économique pratiquée par les instituts officiels est simplement incapable de prendre en compte la diversité des comportements humains et qu’elle se trompe, négligeant les incidences économiques des passions religieuses et sociales, des traditions, des mœurs, du clientélisme, etc.’ Sen ‘défend l’idée d’une économie au sein de laquelle les êtres humains sont vus comme des individualités dotées de droits à exercer, non comme des unités de bétail ou des populations existant passivement et dont il faut s’occuper’. Sans programme économique donc, Idrissa Seck fait également peur. La presse rapporte chaque jour la manière dont ses anciens camarades s'éclipsent quand il le voit entrer dans une localité. Mais avec quelle terreur M. Seck emprunte-t-il la voie publique pour susciter autant de panique? Le ‘libéral de droite’ - ainsi se nomme-t-il - aurait emprunté à la droite extrême toutes ses méthodes d'intimidation. Nulle part dans le monde moderne, il n'y a eu d'alliance durable avec l'extrême droite. En 2002, la France observa une trêve républicaine de très courte durée pour faire barrage à l'extrême droite. Landing Savané, celui dont le parti s'arc-boute à ‘l'approfondissement de l'alternance’, semble l'avoir bien compris. Abdoulaye Bathily, pour sa part, fait le pari courageux et lucide de l'alternative sans Idrissa Seck. L'expérience fait de l'historien, essayiste et homme politique un allié sûr de la Coalition populaire pour l'alternative (Cpa). Il n'est pas politiquement acceptable que les socialistes, les progressistes, les travaillistes du Parti de l'indépendance et du travail (Pit) et les panafricanistes du Rassemblement national démocratique (Rnd) reprennent goût au deal et renoncent, quatre mois seulement avant les élections générales, au programme commun, tant attendu, de reconquête démocratique. Le manifestant et bagarreur de rue Malick Ndiaye trouvera certainement mon propos ‘incohérent’ et ‘injuste’, comme il trouva ‘haineuses’ toutes mes réflexions antérieures sur

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l'imposteur. Mais y a-t-il plus odieux que de préférer le politicien Idrissa Seck aux camarades, hommes et femmes, avec qui on a mené, au cours des six dernières années, les luttes qui ont permis de libérer des journalistes et des hommes politiques de prison et de conjurer la guerre civile en participant à tous les débats démocratiques et en en suscitant beaucoup d'autres ? La volte-face odieuse rappelle les grandes trahisons qui clouent nos jeunes nations africaines au sol. Tant pis pour lui ; nous, on est toujours debout et on continue ! La couleur orange du mobilier de fortune trimbalé par M. Ndiaye rappelle la couleur du fruit dont il boira seul le jus. Délestée de son objectif premier, la ‘Coalition citoyenne’ n'existe maintenant que sur le papier. Gardons nos petits sous et suscitons à n'importe quel prix le débat si nous aimons le Sénégal qui, aux yeux de bon nombre de nos concitoyens, passe pour le pays le plus mal aimé au monde. Pour ma part, je demande pardon à toutes celles et à tous ceux à qui j'ai parlé, avec conviction, de la ‘Coalition citoyenne’. Je leur dois néanmoins des comptes. C'est la raison pour laquelle j'ai consacré, dans un essai politique sous presse, un chapitre, sans animosité, à mes relations avec Malick Ndiaye. Titre du livre : ‘L'apothéose du deal : la démocratie des petits arrangements’. Rendez-vous dans un mois. Abdoul Aziz DIOP

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POURQUOI LE CORPS DIPLOMATIQUE AMERICAIN A RENDU VISITE A IDRISSA SECK - Annihiler les velléités d’un pourfendeur de la stabilité sociale et de la démocratie
Il est de tradition qu’à la veille de grandes consultations électorales, les autorités de l’Ambassade américaine accréditées à Dakar aillent au chevet des acteurs de la classe politique sénégalaise. Avec les élections de février prochain qui pointent à l’horizon, ces amis du Sénégal n’ont pas failli à la règle. La visite dans l’après- midi d’avant-hier au domicile du point E de l’ex-Premier Ministre Idrissa Seck d’une délégation de l’ambassade américaine dirigée par le chargé des affaires Robert Jackson a ainsi revêtu tout son sens dans cette démarche pour faire part d’une volonté de voir le processus électoral aboutir à un terme heureux. Le passage chez Idrissa Seck qui foule les lois et institutions de la république en se lançant déjà dans une campagne électorale non encore ouverte avec un parti non encore reconnu est pour assurément tirer la sonnette d’alarme sur les agissements de cet acteur politique aux intentions jugées machiavéliques et à la limite anarchiques. Celui dont la volonté manifeste est aussi selon les observateurs avertis de marcher sur tout ce qui se dresse sur son passage pour la réalisation de son onirique projet politique. Une fois de plus Idrissa Seck a saisi la visite de la délégation américaine conduite par le chargé des affaires de l’ambassade Robert Jackson et comprenant le conseiller économique Wallace Bain et celui politique Roy Withaker pour en faire une exploitation politique à son profit. Comme d’habitude, il a usé de l’arme médiatique favorite pour en tirer un maximum de profit. Idrissa Seck en recevant les diplomates américains a récidivé avec son manque de mesure, de capacité à gérer les secrets d’Etat et voire même à tordre le cou à la préséance protocolaire. Sinon, comment expliquer la rapidité de la fuite de l’information de la visite devant lui être rendue et la complaisance qui a permis à des journalistes qui ont longtemps squatté son domicile de la rue Kaolack érigée en bunker et y ont accédé malgré sa « milice » armée. La délégation de l’ambassade américaine qui a été bien «surprise de constater cette présence troublante de la presse» a été ainsi bien renforcée dans sa conviction et son choix de s’orienter à ce moment-là vers le seul acteur politique du landernau sénégalais qui a manifestement opté pour une «guérilla politique planifiée» avec déjà le bras de fer qu’il est en train de livrer contre les garants de l’ordre républicain. Attitude de défiance pouvant si on n’y prend garde installer une situation de remue- ménage et même de violence sans précédant dans le pays.

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LE GESTE DE IDRISSA SECK TRANCHE D’AVEC CELUI DE LA CPA ET DU G10 Ce comportement de Idrissa Seck, il faut le dire, tranche d’avec la vision d’une opposition republicaine qui à travers la CPA ou le G10 s’évertue tant bien que mal à s’organiser autour de réflexions et d’initiatives pour l’amélioration et la sécurisation du processus électoral. La démarche a permis du reste comme cela est constaté, de rassurer l’opposition sur son cheval de bataille s’articulant autour du respect de la date de tenue des élections en février 2007 et de l’audit du fichier électoral. Là, les éventuelles difficultés ont été dissipées face à l’engagement solidaire du ministre de l’Intérieur et du président de la république. Idrissa Seck lui, comme pour mettre les bouchées doubles, n’a pas attendu, pour s’engager dans l’illégalité absolue. Il s’est ainsi jeté sans crier gare et sans attendre l’acceptation ou la reconnaissance officielle de son parti politique, dans la campagne électorale. Opérant avec sa stratégie de la terre brûlée, il tente de récupérer les transhumants, qui ne sont rien d’autre que ses propres pions qu’il avait placés du temps de son magistère, au mépris des normes de légitimité, de consensus à la base, de l’observation des profils capables d’assumer les tâches de représentation à travers le parlement, les collectivités collectives et l’administration centrale. CES FEUILLES MORTES QUI REVENT DE PARTAGER LE BUTIN DE THIES Mais ces «feuilles mortes» qu’une presse affidée aide à brandir pour déclarer faussement la saignée dans le parti au pouvoir au sud, au nord et bientôt au centre du pays, sont tout simplement convaincus qu’ils ne peuvent jamais décrocher un second mandat, reviennent vers leur mentor, dans l’espoir nourri de partager avec lui «le butin» des chantiers de Thiès. Mais attendons encore que la Haute Cour de Justice donne son verdict toujours attendu par le peuple sénégalais. Il sera bientôt prononcé. La démarche des autorités diplomatiques américaines à mettre dans le sens de la préservation des acquis démocratiques d’un pays souverain et à la bonne gouvernance est à saluer. Que leurs démarches exploitées malheureusement à d’autres fins par celui que d’aucuns ont fini de considérer comme le «Saanex de l’échiquier politique national» ne subissent pas un coup de froid pour se poursuivre ailleurs, vers d’autres états- majors politiques.

Mohamed Thioune

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Les coalitions du recel
Un modèle possède à la perfection certaines caractéristiques qui, à la longue, servent d'objet d'imitation. Il en est ainsi du système politique de beaucoup de pays démocratiques. Souvent érigé en «modèle», «le système suédois de société et de civilisation», par exemple, «est considéré comme assez digne d'intérêt pour qu'il devienne un thème fréquent dans les débats politiques» en Europe et ailleurs dans le monde. Destinés à la même architecture, les piliers d'un modèle politique sénégalais en construction reposeraient sur la relative bonne acclimatation des institutions au multipartisme illimité, le grand nombre de chapelles politiques, les coalitions et le dénouement heureux des compétitions électorales sur fond de respect du pluralisme, de bonne organisation du scrutin, de bonne supervision des opérations et de dénonciation, quasi instantanée, des manquements grâce, notamment, aux personnels compétents des radios privées. Quand il fonctionne dans la transparence, ce modèle peut valoir au pays des alternances pacifiques et des avancées substantielles dans les domaines de l'économie, du progrès social et du rayonnement culturel. A l'inverse, le contre-modèle imposé par les coalitions du recel, rend les alternances incertaines. Ces dernières installent, quand elles se produisent, des personnels criminels dans les grands centres de décision (présidence de la République, gouvernement, chambres parlementaires, système judiciaire, assemblées locales, universités, grandes entreprises des secteurs stratégiques des mines, des télécommunications, de l'eau, de l'électricité, etc.). Mais qu'est-ce qu'une coalition du recel ? Dans quelles circonstances se forme-t-elle ? De quelle manière voit-elle le jour ? Comment s'explique sa grande fragilité quand elle atteint son objectif de conquête du pouvoir ? Qu'est-ce que les citoyens peuvent en attendre ? Le recel ne se limite pas au fait de «garder (...) une chose volée par un autre». Le fait de «cacher quelqu'un pour le soustraire à la justice» est aussi du domaine du recel. Depuis peu, ce second aspect du délit de recel trouve son application en politique. Deux camps celui du président Wade et celui, virtuel, de son ancien poulain Idrissa Seck - s'accusent mutuellement de détournement de deniers publics à grande échelle et d'enrichissement illicite. En l'absence de démenti formel, assorti de preuves d'inculpabilité, de part et d'autre, la sagesse recommande aux citoyens de renvoyer les deux camps dos à dos et de demander que justice soit faite. Le choix d'un camp consacre le recel politique. Nous appellerons coalition du recel toute coalition de partis qui accueille en son sein la formation politique amenée par le patron d'un des camps en conflit. A titre d'exemple, la Coalition populaire pour l'alternative (Cpa) se mue en coalition du recel lorsqu'elle admet que le Front pour le progrès et la justice (Fpj), sabordé au profit d'Idrissa Seck, intègre ses rangs. En cas de recel politique, la traditionnelle conférence des leaders et des plénipotentiaires se mue en une banale rencontre de receleurs. La loi s'applique dans 79

toute sa rigueur. Une certaine coalition «citoyenne» tombe, elle, sous la sentence du cochon. De quoi s'agit-il ? Il ne sert à rien de tendre la carte d'un resto chic au chef glouton de ladite coalition ; il suffit de lui servir les restes de la ville dont il se satisfait depuis des lustres. Chef de l'opposition, Abdoulaye Wade théorisa, dans Un destin pour l'Afrique, le «compromis historique de la contribution» qui est une «trêve» entre le pouvoir établi et les élites. Les termes du compromis (libre expression, sécurité des cadres et confiance de ces derniers au président élu) achoppent, dès l'accession au pouvoir, sur de nouvelles dispositions constitutionnelles qui rendent le président Wade incapable «de se dégager, ainsi qu'il l'écrivait lui-même, des coteries, de s'élever au-dessus de la mêlée et d'être un véritable arbitre (...)». Au bout de six ans d'exercice du pouvoir, l'opposition est persuadée qu'une large coalition viendrait à bout de son régime. Les conditions de la naissance d'une coalition du recel sont réunies lorsque l'arithmétique électorale l'emporte sur la rédaction et la vulgarisation d'un programme alternatif crédible autour duquel se cristallise le plus grand nombre d'électeurs. Persuadé que quelques hordes instrumentalisées suffisent pour en être le chef, Idrissa Seck forcera tôt ou tard la porte de la Cpa. Ses hôtes, tentés par une contribution financière qui leur faciliterait la campagne électorale face au mammouth, pourraient l'accueillir avec le sourire du receleur adossé à l'impunité. Le moment venu, le peuple et ses intérêts seront totalement absents des calculs de bas étage. Dans la préface au Programme du gouvernement de transition de la Coalition Alternance 2000 (Adn, And jëf/Pads, Ld/Mpt, Msu, Pds, Pit, Udf/Mboloo mi, Ups, Yoon Wi), le candidat Abdoulaye Wade écrit (en rouge dans le texte) : «En tant que candidat de la Coalition, en accord avec mes alliés, j’ai élaboré mon programme personnel. Car finalement, c’est connu, l’élection présidentielle est l’élection d’un homme avant d’être celle du candidat d’un groupe». Après la victoire, le pouvoir devint celui d'un homme jouissant seul de la légitimité populaire. Ainsi s'explique la fragilité d'une coalition, sans éthique, qui sort auréolée de l'élection présidentielle. L'élu ne reconnaîtra à aucun de ses alliés un droit de regard sur la manière de gouverner le pays et de conduire ses relations avec les autres Etats. Avec beaucoup moins de sérieux qu'une coalition normale, une coalition du recel, comme celle qu'ambitionne de diriger Idrissa Seck, sera vite et violemment délestée des alliés trop crédules pour mériter un traitement digne de leur rang. Idrissa Seck avoue, en privé, avoir séparé Moustapha Niasse du président Wade pour gagner les législatives anticipées d'avril 2001. Les députés frondeurs étaient donc les siens dès cet instant. Mais la victoire scella, avant celle des locales, le présidentialisme post-alternance qui, au terme de sa maturation, écrasa Idy et consorts. En acceptant de parrainer la récidive, les témoins de cet épisode criminalisent la politique.

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Comparé au recel de bijoux qui profite au receleur, le recel politique profite au voleur. Ce dernier, particulièrement impliqué dans des rapports incestueux au sein d'une coalition du recel, conquiert le pouvoir avec l'argent volé aux contribuables. Idrissa Seck se serait doté d'un «trésor de guerre» et des moyens de traitement, au moins jusqu'en 2012, d'une «garde prétorienne». Avec un sentiment de revanche, il s'entourera, le moment venu, d'hommes et de femmes de piètre qualité, corrompus pour la plupart, avec en toile de fond des relations incestueuses avec les intellectuels alimentaires. En matière de sport, il ne pratiquera que celui qui permet, en toute chose, d'avoir le beurre, l'argent du beurre, la vache et la laitière. Et les citoyens, abusés par la phraséologie de l'imposteur, attendront longtemps de son magistère ce qu'ils ne verront jamais. (…) Abdoul Aziz DIOP

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A propos du discours de Idrissa Seck
Beaucoup de Sénégalais présentent monsieur Idrissa seck comme un grand communicateur politique. Il convient de reconnaître qu’il ne manque pas de talents, qu’il a une voix attirante, une intonation parfaite et un sens de l’humour qui fait de lui un adversaire politique redoutable. Il connaît assez bien l’homo senegalensis et joue parfaitement sur sa psychologie pour attirer un maximum de sympathie. Je ne connais pas bien l’homme pour me prononcer sur sa bonne foi, sa sincérité et ses qualités ou défaut. Mais j’ai analysé son dernier discours et j’ai trouvé un ensemble d’éléments contradictoires sur son projet de redressement national. Je voudrais attirer l’attention du peuple sénégalais sur ces points pour qu’il ne soit plus bluffé par des discours politiques et qu’il choisisse le futur président sur des bases objectives. 1. «J’ai suivi avec intérêt le débat : retrouvaille ou opposition Wade / Idy. J’ai écouté avec une égale attention les arguments des uns et des autres.» Ces deux phrases signifient que Monsieur Seck était intéressé par des retrouvailles avec Wade et qu’il a accordé une égale attention aux arguments pour et contre de telles retrouvailles. Cette attitude cache un manque de constance et une absence de conviction. En effet, après son discours du 4 avril, les choses semblaient claires. Mais, si Monsieur Seck a continué à accorder de l’intérêt et de l’attention à des négociations avec Wade, c’est que la rupture annoncée n’était pas définitive et que des marchandages sont toujours possibles. Il est donc possible qu’Idy se retrouve avec Ndiombor si celui-ci renonce à se présenter et accepte de le soutenir. (…). Idy veut être Président et il est prêt à s’allier avec le diable pour y arriver même s’il doit piétiner ses principes ; 2. «Compagnonnage ininterrompu de trente ans.» L’adage dit : dis-moi qui tu hantes, je te dirais qui tu es. Pour avoir eu un compagnonnage et en plus ininterrompu de 30 ans avec le personnage qu’il décrit comme Ndiombor et incapable de diriger le Sénégal, il est légitime de se demander qui est Idrissa Seck. Comment un presque Saint, un noble, un pur, un désintéressé peut-il cheminer pendant 30 ans avec quelqu’un qui représente le contraire de ces valeurs sans qu’il n’y ait eu un seul heurt. A moins qu’Idy ait cheminé avec Wade malgré ses défauts, juste pour arriver à ses fins, ce qui est de la politique politicienne. Il est difficile de croire qu’il ne savait rien de tout cela, malgré le départ de Fara Ndiaye, Boubacar Sall, Ousmane Ngom, Marcel Bassène, Babacar Gaye et Serigne Diop. Le vieux est mauvais, mais tant qu’il ne menace pas mes intérêts, je suis avec lui. Comment qualifier un tel comportement ;

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3. «Récompense la droiture et s’écarte noblement de la tortuosité.» Nous souhaitons, pour la plupart, un système pareil. Mais il me revient qu’en qualité de numéro 2 du Pds, c’est Idy qui a lancé la campagne de débauche des cadres du Ps. Il y a en qui font partie de ce qu’il y a de plus tortueux au Sénégal. Je ne voudrais pas citer beaucoup de noms, mais l’entourage de Monsieur Seck n’est pas, à mon avis, ce qu’il y a de plus droit au pays ; 4. «On ne transige pas avec la vérité, même pour affirmer une solidarité politique ou familiale.» Pourtant, pour vaincre le Ps, vous avez pactisez avec Niasse qui représente le socialisme plus que Tanor. Et aujourd’hui, vous êtes prêt à vous retrouver avec les Socialistes rien que pour vaincre Wade; 5. «Qu’il y a de noble, de pur, de désintéressé.» Si vous êtes noble et désintéressé, investissez votre argent dans des activités génératrices de revenus et créez des emplois comme Youssou Ndour. Le Coran que vous aimez bien nous recommande de ne pas choisir comme Gouverneur celui qui le demande. Votre référence vous disqualifie mon cher ; 6. «Je n’aurais pas sollicité vos suffrages si je n’avais eu la conviction que nous avons ensemble la capacité d’assurer le redressement de notre pays. Le Sénégal est malade, mais il possède les cellules saines, nécessaires à sa guérison. Car il est impossible qu’il ne se trouve pas des Sénégalaises et des Sénégalais capables de le soigner. Alors seulement, un médecin chef, désigné par la Nation, prendrait la direction de l’équipe.» Ce paragraphe signifie qu’il faut choisir et regrouper les compétences avant de désigner le médecin chef. Pourtant votre démarche qui consiste à créer votre parti et vous présenter signifie que vous prétendez être le médecin chef. Ce ne sont plus des Sénégalaises et des Sénégalais capables de le soigner qui désignent le médecin, mais c’est le médecin qui va les choisir. Vous demandez aux Sénégalais de vous désigner ou vous êtes celui qu’il leur faut. Sois plus clair gosse, comme dirait Saneex ; 7. «Le pays ne sera plus sous la direction d’un président absolu ; gouvernement que je mettrais en place.» Vous voulez être président de la République ou Premier ministre. Dans un régime sans président absolu, c’est le Premier ministre qui nomme le Gouvernement. Quel régime voulez-vous mettre en place : présidentiel, ou parlementaire. Dans le premier cas, vous serez tout puissant et dans le second vous ne nommez pas le Gouvernement. Là aussi, soyez plus clair ; 8. «Meilleurs d’entre nous.» Si les meilleurs d’entre nous sont Omar Sarr, Opa Ndiaye, Awa Guèye Kébé, Samba Bathily, Yankhoba Diattara, Pape Diouf, Mama Dabo, Jules Souleymane Diop qui n’est même pas journaliste, alors le Sénégal n’est pas le pays de l’excellence que l’on imagine ;

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9. «Au même rang que les autres pouvoirs, l’organisme de régulation de l’audio visuel.» Le coup d’œil à la presse est bien passé, mais dites nous au même rang que quels pouvoirs. Je n’imagine pas qu’il s’agit de l’Exécutif, du Législatif et du Judiciaire. Mais si vous faites allusion à ces trois pouvoirs, c’est que vous voyez tout faux. Je ne pense pas que la Constitution soit indiquée pour loger une telle structure ; 10. enfin «solutionner», n’existe pas en français. On règle un problème ou on lui trouve une solution. Mais «solutionner» que vous n’êtes pas le seul à employer d’ailleurs, c’est du jargon. Merci de m’expliquer davantage votre position. Je ne suis pas contre vous, je suis juste un amoureux de l’écriture qui a appris à lire entre les lignes. J’aurai bien voulu voter, mais malheureusement, je suis dans un pays où il n’y aura pas de bureaux de vote. Puisque ma voix ne comptera pas, que ma plume puisse servir. Cheikh Hassan BARRY

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Des questions à Idrissa Seck
Nous vous avons écouté lors de vos sorties radiophoniques à Rfm le dernier dimanche du mois de Ramadan dans l’émission le Grand Jury, le vendredi 27 octobre 2006 à Sud Fm dans l’émission Objection et le samedi 28 octobre 2006 dans l’émission Ëtëbu Sud. Comme d’habitude, vous nous avez séduit par la facilité de votre verbe et par vos références fréquentes au Saint Coran et aux textes sacrés. Cependant, je confesse que je suis restée sur ma faim, car des questions importantes à mes yeux n’ont pas été posées par les animateurs de ces émissions auxquelles vous avez été convié. M. Seck, contrairement aux opposants actuels de Me Wade, vous avez été très proche de ce dernier durant les premières heures de l’alternance avant votre éviction. Vous rappelez-vous du phénomène de la transhumance ? Sans doute. Avez-vous été le théoricien de cette stratégie spécialement conçue par votre ancien parti pour aller brouter dans les prairies vertes du Parti socialiste que vous avez, oh ironie du sort, aidé à se débarrasser de leurs mauvaises herbes ? Si l’on sait que vous occupiez la fonction de stratège-maison dans votre ancienne formation politique, quelle caution morale avez-vous donné à cette pratique ? M. Seck, allez-vous reconduire ces pratiques malsaines de la politique que nous autres Sénégalais lambda n'avons jamais comprises, nous qui avons combattu avec la dernière énergie ces fossoyeurs de la République que nous retrouvons, deux années après, plus fossoyeurs que jamais. Et puis M. Seck, ce nouveau phénomène de ‘Toxu’ que vous traduisez par Hégire (même si pour d’aucuns Hégire est traduit pas ‘xàdday’) n’est-il pas une reconduction de cette même transhumance que nous fustigeons ? En tout cas, une chose est sûre, c’est que tous deux traduisent un environnement de précarité et de rareté qui conduit à la poursuite ou à la recherche d’un environnement meilleur propice à la survie de l’espèce animale (pour la transhumance) et de celle d’une communauté religieuse pour l’Hégire. La ressemblance s’arrête là, car en ce qui concerne les phénomènes que nous vivons, les valeurs qui sous-tendent les motifs sont plutôt négatives. En effet, certains politiciens véreux n’hésitent pas, par un tour de passepasse, à cracher dans le plat qu’ils ont été plusieurs à concocter juste parce qu’ils ont décidé au dernier moment de ne plus y goûter. Le ‘Toxu’ n’est-il pas cette autre forme de transhumance obtenue avec des espèces sonnantes et trébuchantes ? Si je vous fais part de ces remarques, c’est parce que vous semblez préconiser un autre style de management axé sur la gestion des compétences des Sénégalais sous votre magistère que nous appelons d’ailleurs de tous nos vœux. D’ailleurs à cet effet, les résultats provisoires de l’étude que vous avez commanditée, vous ont sans doute édifié

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sur ce point. De ces résultats fusent déjà les cris de cœur des Sénégalais. Nous en avons marre des politiciens et de la pratique actuelle de la politique qui promeut la médiocrité et est perçue comme un moyen d’ascension sociale. Je ne suis pas non plus satisfaite de la façon dont vous avez tranché cette question au cours de l’émission Ëtëbu Sud. Vous projetez de mettre ce que vous appelez les ‘doers’ à leur place et les politiciens à la leur. N’allez-vous pas, une fois que vous serez hissé à la station suprême, sacrifier l’intérêt du peuple sénégalais sur l’autel de vos ambitions pouvoiristes ? N’allez-vous pas rééditer l’histoire en faisant comme votre ex-mentor qui s’est séparé sans état d’âme de ses meilleurs ‘doers’ pour les remplacer par des bêtes politiques ? Je pense en ce sens au Pr Eva Marie Coll Seck, à Mme Safiétou Ndiaye Diop et à plein d’autres qui ont abattu en leur temps un travail exceptionnel dans leurs ministères respectifs. Connaissant l’amour du pouvoir des Africains, une profession de foi ne me contente guère. Sur un autre régime, M. Seck vous vous référez beaucoup au Saint Coran et aux autres textes sacrés, ce qui est une bonne chose. C’est votre droit le plus absolu de le faire comme d’autres se réfèrent sans complexe à Marx, à Durkheim, à Tocqueville… d’autant plus que vous vous référez à des valeurs éternelles. Mais ce qui me préoccupe c’est qu’en même temps vous manifestez une grande sympathie à l’endroit d’Américains membres de cercles influents avec lesquels vous semblez entretenir des relations très étroites, qui, sans doute, n’hésiteront pas à vous appuyer durant votre marche vers le palais. Pourquoi vous appuieraient-ils, vous, M. Seck qui vous référez sans cesse au Coran, et qui ambitionne sans nul doute de puiser dans ses enseignements les valeurs qui vont dicter les actions des dirigeants que vous aurez sous votre direction ? En tout cas, une chose est sûre, c’est que les valeurs islamiques sont aux antipodes de celles des Américains. Avez-vous une claire conscience de la mission qui vous attend ? Et comment comptez-vous vous y prendre à ce funambulisme ? A moins qu’il n'y ait des choses que nous ignorons. Voilà en substance, M. Seck, les points sur lesquels j’aimerais avoir des éclairages. Voilà les préoccupations d’une citoyenne soucieuse de l’avenir de son pays et qui souhaite l’émergence d’une cité sénégalaise plus juste, plus forte, plus respectable et plus vertueuse. Ndèye Faty SARR

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Idy, la rhétorique, les versets
Lui : ‘Ah! Mara, encore tes versets’. Moi : ‘Oui Maître, toujours mes versets’. (Extraits du Cd n° d'Idrissa SECK intitulé Lui et Moi) 1 L'actualité de ces derniers jours au Sénégal reste sans conteste marquée par le retour au premier plan sur la scène politique de l'ex-Premier ministre Idrissa Seck. En effet, à l'instar de son ‘ex-père d'emprunt’ qui s'était exilé en France pendant une année avant de rentrer au Sénégal et d'occuper la scène politico-médiatique en renversant tout sur son passage, tel un Attila des temps modernes, Idy se positionne aujourd'hui, ou du moins tend à se positionner par sa communication et sa présence sur le champ politique, comme le principal leader de l'opposition, pour ne pas dire le challenger de Me Wade. Dans un monde en pleine mutation, marqué par l'accès rapide à l'information, notamment grâce à l'avènement des nouvelles technologies de l'information et de la communication, une telle démarche est tout à fait compréhensible. Elle est même intelligente. Idy, on l'aime ou on ne l'aime pas, mais force est de reconnaître qu'il ne laisse personne indifférent. Si quelques-uns parmi ses détracteurs pensent qu'il est un homme pressé, Idrissa Seck est, à n'en point douter, un homme intelligent doublé d'un communicateur hors pair. M'intéressant aux débats qui animent la vie politique de notre nation, comme bon nombre de mes concitoyens, j'ai écouté avec attention la récente sortie de M. Seck sur les ondes de la radio Rfm. Je voudrais tout de suite préciser que mon propos ne s'inscrit pas dans la lignée des argumentaires développés par le camp des ‘pro-Idy’, ni de ceux théorisés par les ‘anti-Idy’. Seulement, la sortie de l'ancien Premier ministre a suscité en moi quelques interrogations sur la communication de l'homme, notamment sa propension à utiliser les versets coraniques. Aussi, cette contribution s'inscrit-elle dans le cadre d'une analyse de certains aspects de la démarche communicationnelle du président de ‘Rewmi’ par rapport à l'utilisation des textes sacrés. Le musulman que j'aspire à être, comme disait l'autre, ne trouve aucun inconvénient à ce qu'un individu puise ses références dans les Livres révélés. Allah (Qu'il soit exalté) nous dit dans le Saint Coran : ‘...Nous n'avons rien omis d'écrire dans le Livre...’ (Sourate 6, Verset 38). ‘... Et nous avons fait descendre sur toi le Livre, comme un exposé explicite de toute chose, comme un guide, une grâce et une bonne annonce aux musulmans’. (Sourate 16, Verset 89). De même, la Bible, la Thora ou les Psaumes de David constituent des sources inestimables auprès desquelles, s'abreuver procure au lecteur un enseignement spirituel riche et fécond, mais aussi une morale renforcée.

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Beaucoup de versets du Saint Coran ont trait aux principes d'économie politique, aux règles juridiques et aux éléments de sociologie qui régissent le monde et dont les applications ont été avérées au cours de l'Histoire, d'où sa prétention légitime à régenter la vie en société dans tous ses aspects, y compris politique. En fin politique, Idrissa Seck qui, il faut le reconnaître, surfe allègrement sur les plages de la réthorique, a compris l'importance et l'effet de la religion auprès des masses. A cet égard, il en use, voire en abuse... ‘L'ordinateur qui a un disque dur donné, ne fonctionne que sur la base de logiciels compatibles avec son système d'exploitation’, disait-il. Je suis entièrement d'accord avec cette assertion et fais d'ailleurs partie de ceux qui sont convaincus que l'ancien Premier ministre a été formaté selon les références qu'il s'est luimême fixées, à savoir les textes sacrés. C'est pourquoi je ne peux manquer de m'interroger à la suite de ce passage de son interview accordée à la radio Rfm. Rfm : ‘Vous prévoyez d'aller dans d'autres régions ‘ I. S. : ‘Bien évidemment, je ferai la totalité du territoire national’ Rfm : ‘Quand ?’ I. S. : ‘Ne vous hâtez pas de réciter le Coran, avant que ne vous soit achevée sa révélation. Quand ce sera le moment.’ Je présume que cette dernière phrase prononcée par Idrissa Seck lui a été inspirée par ceci : ‘Que soit exalté Allah, le Vrai Souverain ! Ne te hâte pas de réciter le Coran avant que ne te soit achevée sa révélation. Et dis : Ô mon Seigneur, accrois mes connaissances’ . (Sourate 20, Verset 114). Voici ce que donne en transcription le verset en question : ‘Fa Ta'ala llahou Malikoul Haqq. Wa la ta'jal bil Qour'ani mine qabli in youqda ileïka wahyouhou. Wa qoul Rabbi zidni illman’. Le Coran étant un Livre inaltéré et révélé, la Parole incréée d'Allah, il est admis que la compréhension de son contenu est certes beaucoup plus aisée pour ceux qui jouissent de la connaissance de la langue arabe littéraire, langue de la Révélation par excellence. C'est ainsi que ‘la ta'jal’ en arabe et dans le verset précité signifie ‘ne te hâte pas’. ‘Ne vous hâtez pas’ aurait donné ‘la ta'jilou’. De même, l'emploi du partitif ‘ileïka’ qui signifie ‘vers toi’ montre bien qu'Allah s'adresse à son Prophète (Que la paix et la Bénédiction d'Allah soient sur lui). S'adressant aux hommes comme Allah le fait dans de nombreux passage du Coran, Il utilise le partitif ‘ileîkoum’ qui signifie ‘vers vous’. Il n'est point besoin d'une exégèse des textes ou d'être un savant en théologie pour savoir que la Révélation (Wahyou) était exclusivement destinée au Prophète Muhammad (Que la paix et la

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Bénédiction d'Allah soient sur lui), même si quelques élus privilégiés ont bénéficié de Révélations à travers l'histoire. De la pure sémantique, me direz-vous ! Le Coran étant par essence miraculeux et inimitable, tant au point de vue du fond que de la forme, chaque terme dans la langue du Coran a un certain poids, chaque mot a sa raison d'être et le simple fait d'omettre ne serait-ce qu'une voyelle peut être lourd de conséquences, comme en attestent ces versets : ‘Alif, Lãm, Rã. C'est un Livre dont les Versets sont parfaits en style et en sens, émanant d'un Sage, d'un Parfaitement Connaisseur’. (Sourate 11, Verset 1). ‘Voilà ce que nous te récitons des Versets et de la Révélation précise.’ (Sourate 3, Verset 58). ‘Dis : Quand même les hommes et les djinns s'uniraient pour produire un semblable de ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s'ils se soutenaient les uns les autres’. (Sourate 17, Verset 88). On peut multiplier les exemples... Je ne doute pas un instant que M. Seck, ‘formaté’ comme il l'est, ignore tout ceci. Alors, une question me taraude l'esprit. En modifiant volontairement le contenu d'un verset, qu'a voulu insinuer Idy ? Voulait-il s'inspirer du verset en changeant son contenu pour l'adapter aux circonstances de son dialogue ? Cette hypothèse me paraît risquée et dangereuse compte tenu du caractère inaltérable du Livre. En voulant reproduire ledit verset, s'est-il trompé et a employé la deuxième personne du pluriel à la place de la deuxième personne du singulier ? Cette hypothèse de l'erreur me paraît très improbable, étant persuadé qu'Idy possède une maîtrise certaine du Livre. A moins que... à moins que... Voulait-il l'employer pour lui-même ? Certes, le Coran se reconnaît par ses caractères d'universalité et de perfection. ‘Qu'on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de Discernement sur son serviteur, afin qu'il soit un avertisseur à l'Univers’. (Sourate 25, Verset 1). Le Coran n'est pas un Livre comme les autres. S'y référer est une chose louable en soi. Il faut cependant beaucoup de prudence dans le maniement et l'utilisation de ses versets qui entrent toujours dans un contexte précis et peuvent conduire à des interprétations diverses et souvent dangereuses. La référence au Coran ainsi que sa maîtrise ne constituent pas, à elles seules, un signe de vertu, elles peuvent parfaitement cacher une volonté de nuire ou d'abuser le monde. D'ailleurs, n'est-il pas contradictoire de vouloir porter en bandoulière la référence constante au Livre, de se vouloir ‘formater’ par et pour les textes sacrés, alors que, dans le même temps, on ne se gêne pas de poser des actes que toute morale répréhende ? ‘Les seules ressources que mon passage au pouvoir, ont mises à ma disposition et qui renforcent mes moyens d'intervention politique et sociale sont les fonds politiques que le président lui-même m'a discrétionnairement alloués. J'ai déjà indiqué le code qui préside chez moi à leur redistribution : les proches, les orphelins, les indigents, les lourdement

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endettés, l'affranchissement des jougs, les voyageurs en détresse et ceux dont les cœurs sont à gagner à notre cause’. Ce code rappelle étrangement le Verset 60 de la Sourate 9 qui dit ceci : ‘Les Sadaqâts ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner (à l'islam), l'affranchissement des jougs, ceux qui sont lourdement endettés dans le sentier d'Allah, et pour le voyageur en détresse. C'est un décret d'Allah. Et Allah est Omniscient et Sage’. Lorsque l'on sait que parmi ‘ceux dont les cœurs sont à gagner à notre cause’ figurent des ‘transhumants’, il y a de quoi se poser des questions par rapport à la démarche et à l'éthique ! Gagner les cœurs à l'islam est-il comparable à gagner les cœurs à ‘Rewmi’ ? Pour en conclure avec les versets, méditons sur celui-ci : ‘Il y a parmi les gens celui dont la parole sur la vie présente te plaît, et qui prend Allah à témoin de ce qu'il a dans le cœur, tandis que c'est le plus acharné disputeur’ (Sourate 2, Verset 204). ‘Napoléon en allant conquérir l'Egypte, avait dans sa bibliothèque au rayon politique, le Coran. Et il amusait ses collaborateurs à chaque fois qu'il commencait ses discours par Allah le Miséricordieux et le Très Miséricordieux’. Napoléon peut s'amuser avec le Coran, j'ose croire, Monsieur le Premier ministre, que tel n'est pas votre cas ! Amadou BA

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Un aveu de «petite» taille !
Soucieux de cicatriser la plaie ouverte par les chantiers de Thiès et voulant se racheter une conscience, Idrissa Seck, l’ex-futur président du Sénégal, avoue s’être enrichi grâce aux fonds politiques à lui discrétionnairement alloués par le président de la République. En d’autres termes, on ne peut plus claire, il affirme avoir volé et partagé son butin avec ses proches, donnant ainsi aux Sénégalais le confort de la certitude que son incarcération se justifiait. Un tel aveu ne devrait surtout pas surprendre : les conseillers en communication sont passés par là. Un peu à l’image de Jacques Séguéla, publicitaire chevronné, recruté en catastrophe entre les deux tours lors des présidentielles de 2000, qui conseillait le candidat socialiste de reprendre le slogan Sopi en français, tout en sachant à l’avance qu’il avait fini d’être imprimé dans l’esprit des populations par son challenger Wade. Les conseillers en communication de Idy, se rappelant sûrement que «faute avouée est à moitié pardonnée», lui ont donc conseillé de cracher cette tache noire, qui sera certainement le thème de campagne de ses adversaires politiques. Ce qu’il fit avec un certain angélisme. En quoi consistait le modus operandi ? Avouer son enrichissement légalement illicite à l’aide d’envolées illuminées, susciter un débat pendant quelques jours et faire clore définitivement cette question, en vue de se refaire une virginité politique. Dans son jeu subtil du «mentir vrai», Idy, le madré se prévaut de «sa propre turpitude» à force de jouer avec le feu médiatique. S’il est vrai que la communication est devenue le préalable à toute action, il est conseillé, en politique, de savoir utiliser souvent le silence, surtout si on a la prétention de prendre la place du Père. Là où ses conseillers en communication ont péché, c’est quand ils lui ont suggéré, quelques jours plus tard, de démentir qu’il avoue avoir volé, oubliant que dans ces genres d’affaires, un démenti équivaut souvent à une confirmation. D’autant qu’on pense être blanchi par la Justice. A l’avenir, en allant se prêter aux questions des journalistes, ils feraient bien de lui demander de chercher à convaincre plutôt qu’à s’enflammer, quitte à ce qu’ils nous privent, nous auditeurs, de ses envolées lyriques, voire poétiques, bibliques et coraniques dont nous sommes très friands. Lui, qui a compris que «la meilleure façon de paraître géniale est d’être inintelligible». Les communicants que le «président-né» a recrutés de tout bord, censés être ses «blanchisseuses», sont en passe de devenir ses «noircisseuses». Car, faire nier à leur candidat d’être l’auteur des formules du genre «je suis né pour être Président», «je suis né pauvre, maintenant je suis devenu riche» et autres formules chocs dont lui seul a le secret, le fait passer, aux yeux de l’opinion, pour un «cas d’école de parole non tenue» et de fieffé menteur, en plus d’avoir en lui, le gène de la trahison. Face aux défis qui interpellent le peuple sénégalais, toute candidature fantaisiste est disqualifiée, si tant il est vrai qu’une candidature aux présidentielles n’a de sens que si

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elle est faite pour construire. Celle de Monsieur Seck ne sera donc qu’une candidature de plus. Le travail de tout candidat sérieux doit consister d’abord à labourer le pays profond, (…), au lieu de courtiser l’establishment et de se laisser enivrer d’éloges de journalistes corrompus. Idrissa Seck confond Thiès et Sénégal. Il peut être un bon maire pour Thiès commune, un bon candidat fantaisiste, mais lui-même sait pertinemment qu’il n’est pas présidentiable. Etre martyr ne se décrète pas, mais quand on veut forcer le trait jusqu’à se faire martyr, on devient un poison social. En outre, celui qui dit «draguer sa femme de temps en temps» (sic) ferait mieux de la séduire pour de bon avant d’aller à la quête des voix des Sénégalaises et des Sénégalais. Ou bien n’aurait-elle pas encore vu son beau sourire «commercial». Aveuglé par le culte du moi et son individualisme narcissique, Idrissa Seck s’est déjà mis dans la peau du président, conforté en cela par le ralliement de personnalités (qui, fussent-ils ministres, ne rapportent pas une voix dans une élection présidentielle), en allant négocier avec des partenaires, ses partenaires à lui. Les spécialistes de la littérature politique ont là une bonne matière, pour réécrire à la façon de Franz-Olivier Gisbert (journaliste français, auteur de La Tragédie du Président Scènes de la vie politique 1986-2006) ; La Tragédie de l’ex-futur président du Sénégal. L’homme n’étant pas, d’après André Malraux, ce qu’il cache, mais ce qu’il fait, les Sénégalais attendent encore d’autres aveux de taille, (…). N’ayant aucune chance de bénéficier de notre voix aux élections, nous accordons volontiers à Monsieur Seck celle de Tacite, historien latin, qui disait : «Pour devenir maître, il faut agir en esclave.» Amadou THIMBO - Etudiant à Paris

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Idrissa Seck : Une imposture sénégalaise
Depuis son retour de Paris, l’ex Premier ministre Idrissa Seck s’est lancé dans une vaste opération de séduction et de mystification de l’opinion publique sénégalaise et internationale. Comme à son habitude l’ex-sherpa du président Abdoulaye Wade a fait diffuser par le biais des radios privées (souvent complaisantes) un enregistrement sonore dans lequel il peint un tableau apocalyptique de la situation socio-économique du pays. Tenus pour uniques responsables, le président Wade et le gouvernement de Macky Sall y sont voués aux gémonies à cause de leur prétendue incompétence ; dans la foulée, Idrissa Seck se porte volontaire pour remédier au mal et annonce la création de son parti Rewmi (le pays en wolof). Rappelons que le 4 avril dernier, il avait choisi le jour de la fête de l’indépendance pour annoncer sa candidature à la présidentielle du 25 février 2007 sous prétexte de redressement national. Cette fois-ci, la veille du ramadan lui aura servi de moment de diffusion de son spot publicitaire sur un ton prophético-messianique, le tout déclamé par une voix caverneuse sortie d’outre-tombe. Tout pour la forme, rien dans le fond, cette formule résume assez bien la stratégie communicationnelle de M. Seck qui n’a d’autre ambition que de marquer l’inconscient collectif aussi bien par le ton employé, le choix du moment de diffusion de ses enregistrements sonores que par la sélection du vocabulaire. Excellent comédien, Idy se sert des techniques les plus modernes du marketing politique pour nous vendre son baratin politico-mystico-religieux à coups de versets coraniques, d’allusions bibliques et de références à la sagesse wolof, tentant d’exploiter cyniquement la religiosité du peuple sénégalais. Au lieu d’essayer de mystifier le ‘goorgorlou’, Idy devrait nous expliquer les tenants et aboutissants de sa gestion des ‘chantiers de Thiès’. Par quel artifice le tout puissant Premier ministre de l’époque a-t-il pu dépenser 40 milliards pour embellir sa propre commune, soit le double du montant voté par l’Assemblée nationale dans le budget ? Cela au mépris des règles les plus élémentaires de l’éthique républicaine, de la comptabilité publique et du droit budgétaire. Sans oublier les surfacturations abyssales et les conditions nébuleuses de passation des marchés relevés par l’Inspection générale d’Etat. Donc, avant de monter sur ses grands chevaux ou de revêtir la cape et l’épée de Zorro, notre sauveur autoproclamé ferait bien d’attendre le résultat des commissions rogatoires internationales envoyées par la Commission d’instruction de la Haute Cour de justice, juridiction d’exception pour un imposteur d’exception. Avis aux militants de ‘Rirrmi’(le bruit) qui risquent de miser sur un cheval non partant pour le Grand Prix du 25 février. Sa candidature ayant pour entre autres objectifs d’occulter ses déboires judiciaires par une fuite en avant et de justifier, a posteriori, une éventuelle condamnation

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comme une tentative désespérée du pouvoir pour empêcher l’auto-prophétie selon laquelle il sera le quatrième président du Sénégal. Enfin Idy devra éclairer la lanterne des Sénégalais sur le mystère de l’origine de sa fortune soudaine. Les français ont inventé le Tgv, notre génie national a lui mis au point une technologie de pointe appelée Egv (enrichissement à grande vitesse). Vautrin (personnage du Père Goriot de Balzac) nous enseigne que ‘le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié parce qu’il a été proprement fait’. Arrogance, excès de confiance ou tout simplement mépris ? La question mérite d’être posée au vu de l’extraordinaire toupet d'Idrissa Seck qui a avoué, lors de l’émission Grand Jury du 22 octobre, avoir tiré sa fortune des fonds politiques que le président lui avait discrétionnairement confiés. Incroyable ! Certes, l’ex-Premier ministre peut se prévaloir sur ce plan du bénéfice de l’arrêt de la Commission d’instruction en date du 7 février 2006 qui affirmait qu’aucune investigation ne pouvait être menée sur la destination de ces fonds secrets alloués au président de la République, mais est-ce une raison pour narguer impunément et sans vergogne la République et ses citoyens. Mohamed Ayib DAFFE

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Idy et les journalistes

Depuis quelque temps, des hommes politiques de la mouvance présidentielle avancent que notre Idy national a des journalistes à sa solde. Notre Farba hors du commun se permet de citer des noms et Me El Hadj Diouf promet d’aller en guerre contre les journalistes ‘pro-Idy’. Je sens que les amateurs de divertissements vont encore se régaler. Thiey Sénégal ! Les journalistes sont certes comptés parmi les plus corrompus au Sénégal, mais... Il se trouve qu'Idy, le ‘communicateur’, fait tout pour occuper le devant de la scène et l'on ne peut pas reprocher aux journalistes de faire leur travail. Bien entendu, monsieur en profite pour essayer de donner aux électeurs l’image d'un homme honnête, vertueux, pieux, intelligent, un bon père de famille qui aime sa femme, qui ne drague pas, ne fréquente pas les bars, et j'en passe. Sur Rfm, le pauvre journaliste qui s'est déplacé pour l’interviewer, n'a pas le temps de poser ses questions. M. Seck récite un discours qu'il semble avoir préparé d'avance. Et il y va avec ses versets. Sourate telle, verset tel. Comme l'on pouvait s'y attendre, certains tombent dans le piège, disant : ‘Il connaît bien le Coran.’ Mon œil. Demandez-lui à l’improviste quel est le verset 12 de telle sourate. De plus, ceux qui connaissent le Coran ne jouent pas avec. Monsieur, lui, se réfère à Napoléon qui amusait ses collaborateurs en citant le Coran. Et il trouve que ce serait intelligent de se servir du saint Livre pour embobiner les populations. Inquiétant, n'est-ce pas ? Mais quand on se sert des médias pour ses ambitions, il faut s'attendre au revers de la médaille. La chute est souvent imprévisible. L'ancien Premier ministre, poussé à bout, tout le monde voulant savoir l'origine de sa soudaine fortune, avoue avoir puisé dans les fonds politiques pour s’enrichir. N'est-ce pas là une révélation de taille ? Les journalistes de tous bords reprennent l’information, certains criant ‘Au voleur !’, d'autres tentant de recoller les pots cassés. On se demande alors pourquoi il a avoué, lui qui ne cessait de déclarer : ‘Jusqu'à l'extinction du soleil, le détournement du moindre centime d'argent public ne pourra m'être imputé... Tout ce que je possède a une origine licite.’ Personne n’y croyait, bien entendu. Il lâche donc une partie du morceau : ‘Je ne me suis pas enrichi à la faveur du pouvoir. Les seules ressources que mon passage au pouvoir a mises à ma disposition et qui renforcent mes moyens d’intervention politique et sociale, sont les fonds politiques que le président lui-même m’a discrétionnairement alloués.’ En bien ! Voyons ! C'est donc licite de se servir des fonds politiques pour s'enrichir ? N'importe qui peut les détourner en toute quiétude ? Je suis de ceux qui se demandent si M. Seck n’a pas parlé des fonds politiques où il ne peut encourir aucune peine pour détourner notre attention des chantiers de Thiès. Veut-il protéger son épouse qu’il nous décrit comme une femme qui s’habille bien et sent bon ? On a pu lire que dès que

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l'affaire des chantiers de Thiès a éclaté, des biens qui étaient au nom de cette femme ont été vendus. Pour ne pas laisser de preuves jusqu'à l’extinction du soleil ? En tout cas, Wade dit lui avoir accordé vingt et quelques milliards, mais qu'il en a pris quarante. Que va-t-on chercher d'autre ? Et puis, voilà notre Idy invité par le grand Abdou Latif Coulibaly, le journaliste hors pair, le diseur de vérité, celui qui honore la profession, etc. Dès le départ, on est frappé par la familiarité entre les deux hommes. Idy se sent chez lui et n'hésite pas à tutoyer son interlocuteur. Rappelons qu’il venait juste d'avouer s'être enrichi, en partie, grâce à l'argent du peuple. Naturellement, on s’attendait à ce que Latif pousse ses ‘investigations’ pour édifier les citoyens. O déception ! On a l’impression que M. Coulibaly s'efforce de faire passer son invité comme une victime, histoire de rectifier le tir. Il lui pose sans cesse des questions du style : ‘Est-ce que votre rupture avec Wade vous a causé de la peine ?’ Et quoi encore ? Franchement, les Sénégalais ont d’autres questions : - Idy, vous semblez dire que vous vous êtes en partie enrichi en vous servant des fonds politiques. D'où vient l'autre partie? - Combien d'argent avez-vous soutiré de ces fonds ? - Vous avez dit : ‘Une histoire d'argent m'oppose à Wade.’ De quel argent s'agit-il ? - ‘Les grands bandits ne se disputent qu'au moment de partager le butin.’ Etes-vous deux bandits qui se sont disputés au moment de partager les milliards du pays ? - Après ce que vous avez fait à Wade, enregistrer à son insu vos conversations privées et vous approprier l'argent qu'il vous avait confié, pensez-vous que le peuple pourra vous faire confiance ? - A quoi jouez-vous en faisant descendre vos Cd de façon fragmentée et graduelle comme le Coran ? Vous prenez-vous pour Dieu ? On ne peut pas passer sous silence les milliards de francs qu'Idy aurait mis dans sa poche pour ensuite revenir dire aux Sénégalais de voter pour lui. Non, le grand Latif a déçu. On est hélas obligé de penser à une rumeur qui faisait d'Idy l'informateur du journaliste, car Latif, dans ses écrits, révèle parfois des choses que ne peut savoir qu'un proche du pouvoir. Et, étrangement, ses déballages ont fait réagir tous les hommes politiques sauf Idy qui est, comme nous le savons tous, prompt à divulguer les secrets dits d’Etat. Mais, n'alimentons pas davantage les rumeurs...

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M. Seck déclare à propos des sommes d'argent qu’il a ‘déplacées’ (randal, en wolof) : ‘J'ai déjà indiqué chez moi le code qui préside leurs redistributions : les proches, les orphelins, les indigents, les lourdement endettés, les voyageurs en détresse et ceux dont les cœurs sont à gagner à notre cause.’ Est-ce l'envoyé de Dieu qui parle ? Si ce type n'est pas fou à lier, il prend vraiment les Sénégalais pour des moutons. Ainsi donc, on peut voler pourvu qu'on en donne une partie aux proches, aux orphelins, etc. Que c'est beau et facile ! Dans certains pays, il serait pendu sur la place publique pour l’exemple. Après ces aveux, le bon musulman qu'il est ou aspire à être devrait demander qu'on lui coupe les mains, vu que c'est ainsi qu'on doit punir les voleurs d'après la charia. Mais, non. Il va ‘siffler la fin de la récréation’ et porter plainte contre quiconque l'accusera. Il ne manquait plus que ça ! Il faudrait d'abord qu'il nous donne une autre définition du mot ‘voleur’. Là où l'on tombe des nues, c'est quand il déclare avoir consigné dans un registre les mouvements de ces fonds. ‘Le Livre m’a inspiré d’en dresser compte. Même si la loi dit qu’il n'y a pas comptabilité, pas d’explication, pas de justification, j’en ai dressé compte...’ Et il menace de sortir la liste des bénéficiaires. C'est lamentable ! Nous dire à qui Wade a donné des sous qu'il pourrait ‘mettre sous son lit ou brûler’ ne nous intéresse pas. Par contre, charité bien ordonnée commençant par soi-même, Idy doit, sans tarder, publier la liste de ses proches, des orphelins et autres à qui ou avec qui il a partagé le butin. Mara, on attend le Cd. Cela facilitera le travail à la Dic. Et surtout, n'oubliez pas de citer les noms des ceddo et autres païens qui, grâce à cet argent, ont rallié la cause de l'Islam. D'aucuns disent : ‘Ils sont tous des voleurs, donc arrêtez de nous parler de ces histoires d'argent.’ On ne peut être plus irresponsable. Il faudrait qu'on montre à la télé un milliard de francs, en billets de 5 000 étalés, et les Sénégalais qui crèvent la dalle, verront qu'il ne s'agit pas d’une somme négligeable. Et là, il est question de dizaines de milliards. Mais comme tout est bien qui finit bien, on peut supposer qu'Idy a juste ‘emprunté’ un peu d'argent qu'il rendra, une fois président, aux fonds politiques à sa disposition. Pauvre Sénégal ! (On parle d’Idy, mais il n’est, disons-le, que l’arbre qui cache la forêt.) D'autres ont le culot d'arguer qu'Idy a voulu susciter le débat sur les fonds politiques pour que le citoyen puisse se prononcer par rapport à cet argent du contribuable, dont le chef de l'Etat peut faire usage sans aucune forme de comptabilité. Ah ! Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Ainsi, tout malfaiteur capturé peut dire qu’il voulait juste susciter un débat. Le pédophile dira : ‘Oui, j’ai violé vos enfants, mais c'était dans le but de vous pousser à mieux les protéger.’ Seulement, il y a eu du nouveau. Me Ousmane Sèye, l’avocat de l'Etat, déclare que c'est Idy qui veut appeler cet argent ‘fonds politiques’, alors qu’il s'agit de fonds publics. Et il va plus loin en affirmant que pour négocier sa libération, l'ancien Premier ministre avait

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promis de financer, avec cet argent, disons une partie, la campagne électorale du candidat Wade. Et les déshérités et les orphelins ? Ah ! J'ai failli oublier que les campagnes électorales sont des occasions d'offrir des sacs de riz. N'empêche que dans tout cela, le peuple se demande qui dit la vérité. Le camp de Wade n’inspire plus confiance, mais Idy manque atrocement de crédibilité. N'est-ce pas lui qui disait qu'il n'y a jamais eu de négociations ? Maintenant, le voilà qui raconte, de mémoire, les ‘minutes de ces négociations’. Pourquoi de mémoire ? Lui, si méticuleux à enregistrer ses conversations et à ‘dresser compte’, comment se fait-il qu’il n'ait pas enregistré ces importantes conversations ? Il était en prison, certes, mais rusé comme il est et bien branché technologie, il devrait nous sortir un Cd sur ces négociations enfin avouées. Bref. C’est alors que la notaire Nafissatou Diop Cissé, plénipotentiaire de l’accusé, obligée d’entrer dans la danse pour avoir été au cœur du ‘deal’, menace : ‘S’ils publient leur document, nous ne nous ferons pas prier pour publier les documents que nous avons.’ Et le feuilleton continue ! J’espère que le reste du monde ne suit pas ce qui se passe chez nous car il y a de quoi avoir honte. A trop parler, Idy s'enfonce tout seul. Les médias dont il se sert sans modération, risquent de le perdre. Et si, par malheur, il accède au pouvoir, grâce à eux, les journalistes auront intérêt à être ses griots ou à changer de métier, car un tel personnage ne laissera aucun opposant suivre la même voie pour le détrôner. Messieurs de la presse, vous voilà donc avertis ! Bathie Ngoye THIAM

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La caverne d’Ali Baba
Abdoulaye Wade a passé la soirée du lundi au mardi, jusqu’à une heure du matin, à discuter avec son neveu Alex Ndiaye. Il a décidé d’arrêter. Quoi ? Le jeu de massacre. (…) L’alternance a blessé au combat un de ses fils les plus valeureux, Idrissa Seck. Si le Sénégal le perdait, ce serait une des plus grandes déceptions de notre jeune nation. Nous sommes passés à côté d’hommes très valeureux, qui dorment aujourd’hui dans le cimetière des héros sans victoire. Mais sa mort resterait dans les consciences comme un grand gâchis. Il faut un tout pour bâtir une réputation, il faut un rien pour la perdre. Cet homme, je le pense, a l’autorité, la compétence, et l’intelligence. Il lui manquait la confiance que les peuples accordent aux grands hommes pour leur confier leurs destins. Nous nous étions dit « enfin ». Mais il n’y a jamais de « enfin » en politique. Rien n’est jamais fini. De toutes les leçons apprises en prison, c’est celle qu’Idrissa Seck n’a pas eu le temps d’assimiler. (…) Je ne veux pas lui jouer la cornemuse, et lui chanter les oraisons funèbres. Quand il a été arrêté, en août 2005, et accusé de tous les maux, on le croyait mort, et ses adversaires chantaient déjà la victoire. Il est revenu triomphal, en portant à ses anciens alliés les attaques les plus meurtrières. Des milliers de sénégalais, parmi lesquels je me reconnais, se sont portés à sa défense. (…) Eh bien, Idrissa Seck vient de dire à tous ceux qui lui accordaient une certaine bonne foi, qu’il est comme eux. C’est à ces gens qu’il vient d’asséner un grand coup de couteau dans le dos, pas à Wade. (…). Ce qui est nouveau, c’est que notre Ullyssa national, héros de tous les temps, qui a défié tous les dangers, résisté à toutes les tentations, n’ait pas résisté à celle de nous en foutre une par derrière. La plupart des gens honnêtes qui lui ont posé cette question, « as-tu négocié quelque chose ? » ont eu la même réponse : « je n’ai rien négocié. Il a envoyé des gens, qui m’ont fait des propositions, mais comme je leur ai dit, sama guemmin, noppam ». Mais que voulez-vous ? Quand quelqu’un vous dit une chose pareille, à fort renfort de textos coraniques, vous lui donnez le bon Dieu sans confession. J’ai appris par la suite, qu’un mensonge qui répare est mieux qu’une vérité qui détruit. Ce sont des endoctrinés du seckisme qui me l’ont appris. Mais quand on prend de façon

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aussi éhontée le chemin du mensonge, on doit s’interdire la marche arrière. J’ai discuté avec la plupart des « seckistes » un peu à travers le monde. Ils lui reprochent tous d’avoir dit la vérité. « Mais pourquoi bon sang, a-t-il dit ça, il pouvait se taire, il nous met dans une situation difficile ». Ses conseillers en communication ne pensent pas la même chose. Ils croient aux vertus réparatrices de la repentance. Mais quelle repentance, que de se livrer, armes et mains liées, à son ennemi, en lui disant « Je n’ai pas volé, mais j’ai pris quelque chose ». Si tous ceux qui le poussaient à se présenter contre Wade savaient ce qu’il traîne comme casseroles, ils l’en auraient certainement dissuadé. Ils ne savaient pas qu’ils poussaient sur un condamné à la mort… Il faut quand même admirer son intelligence suicidaire. C’est le malheur de tous les hommes qui se croient une tête au-dessus des autres. Quand ils sortent une idée, même la plus bête, tout le monde applaudit, en pensant que c’est une idée de génie. Depuis qu’Idrissa Seck s’est entouré de ses sbires, on dirait que son sixième sens l’a quitté. Et puisque le reste, ceux qui ont directement accès à lui, le prennent pour un saint, ils crient « allah akbar », à chaque fois qu’il se fend la peau. Voilà un homme qui a tout d’un coup décidé que, pour libérer son peuple des forces coalisées de la corruption et du mensonge, il doit se suicider ! Souleymane Jules Diop Jeudi 16 novembre 2006

(Vous ne vous êtes pas trompés, il s’agit bien de l’ancien conseiller en communication de Idrissa Seck)

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Tartuffe ou l’imposteur
Tartuffe, c’est bien ce loup qui se veut une tête d’agneau. Notre objectif n’est point de verser dans la vulgaire médisance, la calomnie, les invectives inutiles et peu intéressantes pour les Sénégalais. Il ne s’agit point de s’écrier : «Au voleur ! Au voleur !», mais plutôt de relever le niveau du débat, en montrant à nos compatriotes, la vraie nature de celui qui a tenté de dévier et de dévaluer l’alternance, celui qui a insidieusement, avec perversité, déçu les attentes du peuple du Sopi. L’objet est d’attirer l’attention, d’alerter et d’avertir le vaillant peuple sénégalais. A la lecture du titre de cette contribution, les férus de littérature, particulièrement les nostalgiques du «siècle des lumières», penseront à Molière. Mais rassurez-vous, il ne s’agit point ici d’une apologie de la littérature, d’un retour au Baroque ou à la Renaissance, mais plutôt, de la description d’un phénomène et d’un homme de chez nous, qui ressemble fort bien au personnage principal de la pièce de Molière, qui fut une véritable satire de la bourgeoisie et de la Politique. Celui qui lui ressemble chez nous est un homme aveuglé et possédé par une ambition démesurée, voire une prétention enfantine, au point de se prendre même pour le pair de son Père. Celui-ci a adopté des versets du Coran mal maîtrisés, interprétés juste par rapport au besoin de sa petite personne, ses bas desseins ; des versets, qu’il croit, descendus sur terre, juste pour constituer la base théorique de son farfelu et fallacieux programme de vie, rythmé par la prétention, l’ingratitude, l’intolérance, la cupidité et l’impatience. Celui qui lui ressemble chez nous, a été découvert en janvier 2001, quand, aussitôt après l’alternance, il a commencé ses dérives. C’est avec un hitlérisme rampant qu’il a inauguré l’alternance, cette ère si généreuse et si prometteuse, qu’il a brutalement dévaluée, en dévorant ses illustres fils et filles, comme un ogre. Ceux qui l’avaient découvert furent caricaturés comme des frondeurs qu’il fallait immédiatement anéantir, tels des mécréants, en se fondant sur un verset du coran qui veut que l’on détruise ses adversaires, comme des incrédules bons pour l’enfer. Au XVIIe siècle, le même scénario a gangrené le royaume de France, et Molière, dans son œuvre toute entière en a rendu compte si merveilleusement : «Ils (les Tartuffes) s’en assurent (de l’Etat) une sorte de monopole, se poussent ainsi -sous le «manteau»- dans les allées du pouvoir, infiltrent l’appareil d’Etat, le colonisent au service de leur secte. La Tartufferie est bien un parasitisme de la chose publique.» -1 Tout ce que le coran dit sur le Prophète (Psl), et ses Sahabas*, notre Tartuffe se l’applique. Il se peint comme un saint homme, juste, intelligent, et tout le reste comme des voleurs, des nullards, expressions qu’il adore, en insultant ses adversaires.

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Pourtant, il a fallu juste 3 ans de pouvoir, pour que le prétendu «saint homme» devienne le plus grand braconnier de l’économie nationale, et le plus grand prédateur de Cfa de l’histoire du Sénégal, qui s’enorgueillit en plus, que personne ne peut prouver l’origine subite de sa richesse, qui scandalise de la même manière que le Tartuffe de Molière, dont les vers suivants sont révélateurs : «Certes c’est une chose aussi qui scandalise, De voir qu’un inconnu céans s’impatronise, Qu’un gueux qui, quand il vint, n’avait pas de souliers, Et dont l’habit entier valait bien six deniers, En vienne jusque-là que de se méconnaître, De contrarier tout, et de faire le maître.» -2 Notre Tartuffe nous a menti, ce qui est prohibé par le Coran qu’il prétend avoir comme référence, en jurant, la main, non sur le cœur ou le Saint coran, mais sur la poche ou plutôt le coffre, qu’il ne viendra jamais allonger une liste de parricidaires. Juste après 3 ans de pouvoir, il fut soûlé de sa volonté de puissance, son désir d’extermination, au point d’utiliser l’arme atomique contre ses frères et son père, là où ses prédécesseurs avaient eu, au moins, le cœur de se contenter des «armes politiques conventionnelles». Mon Dieu ! Qu’il est résistant, le Père Wade : autant de trahisons, autant d’injures, autant de pièges, autant d’ingratitudes ! Ses adversaires n’auront jamais le dessus sur lui, car à tout cela, il oppose autant de conviction, de courage, de ténacité et d’humanisme à la fois ; ses adversaires ne feront que tomber comme des mouches devant une lumière incandescente, sans qu’il ait besoin de lever le petit doigt, car c’est le Tout Puissant et son peuple qui le protègent ? De cette marmaille d’enfants qui l’ont suivi depuis 1974 -1976, beaucoup portent sa griffe personnelle. La plupart ont grandi et se constituent, systématiquement, en pièce de rechange, en rempart, en sentinelle pour la défense de sa vision. Ainsi, perpétuellement, à chaque fois qu’un volcan s’éteindra, un autre s’éveillera ! Pitié à ceux qui pensent à l’après-Wade ! Quelle désillusion pour ceux-là, car, il n’y aura point d’après Wade ; le Wadisme étant une flamme allumée pour l’éternité, et qui se transmettra de génération en génération. C’est une «Weltanschauung», un esprit, une idée. La solidarité numérique, le Wade formula pour un partage équitable des sur-profits 102

pétroliers, le Nepad etc. font partie des concepts qui régiront le monde et l’Afrique, pendant tout le XXIe siècle. Notre tartuffe, a-t-il lu Montesquieu, lui qui dit avoir fait un «passage» à Sciences Po ? Si tel est le cas, a-t-il assimilé sa leçon suivante ? : «L’amour de l’égalité dans une démocratie borne l’ambition au seul désir, au seul bonheur de rendre à sa patrie de plus grands services, que les autres citoyens... En naissant, on contracte envers elle, une dette immense dont on ne peut jamais s’acquitter.» -3 Notre Tartuffe, lui, en lieu et place, détourne les deniers publics et se vante que personne ne peut prouver son crime économique ! Au lieu de prouver l’origine de sa subite richesse. Toute honte bue, il arpente les rues de nos villes, bandant les muscles avec une horde de courtisans, en criant victoire. Victoire sur le peuple dont il a dilapidé, pillé, sans pitié et sans vergogne, les maigres ressources. Bon sang ! Sur quelle mystérieuse planète, autre que celles connues du système solaire, sommesnous ? Oui, les frondeurs en 2001 avaient trop tôt compris ; si on les avait écoutés, on aurait, sauvé tous ces milliards dont on parle, épargné le peuple de toute cette comédie qui se joue sous ses yeux, évité au Père tous ces «impairs» qui, entachent injustement son bilan si positif, et ses ambitions si prometteuses, pour notre avenir. La même situation s’était présentée dans la société parisienne du XVIe siècle. Molière en fait une description pertinente : «Par le chantage ou la délation, les hypocrites extorquent la complicité du pouvoir, évincent leurs rivaux, réduisent les gêneurs. Des carrières, des fortunes, s’érigent sous le manteau des valeurs «sacrées». Malheur à qui dénoncera les bons apôtres ! La vindicte en sera implacablement «dirigée» contre l’empêcheur de Tartuffier en rond» - 4 Notre Tartuffe considère notre pays comme un titre foncier qu’on peut acheter, et les Sénégalais comme des moutons de panurge, qui ne croient en rien, et que quelques milliards volés suffiront pour les asservir. La noblesse ne s’achète, ni ne se décrète : le Président Wade, par réflexe libéral, a voulu, par décret, anoblir certaines personnes : c’est peut-être là, un excès de générosité fatale. Notre Tartuffe, grâce à cette générosité légendaire du Président Wade, et sa confiance en la jeunesse, a cumulé tellement de fonctions à la fois que, finalement, «la moutarde lui est montée au nez».

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Ceci rappelle l’adage qui veut «qu’on n’administre pas à un bébé un gigot, car il risque de suffoquer». C’est vrai que le Président a voulu donner à une fourmi la part d’un éléphant. Conséquences, la fourmi étouffe, explose et meurt. Notre Tartuffe a une tare congénitale. Il s’ignore lui-même, ignore notre peuple et ses réalités. Il gagnerait à méditer cette pensée de Plutarque et à essayer de se taire, voire de se terrer. «C’est une tâche ardue et malaisée qu’entreprend la philosophie lorsqu’elle se propose de soigner les gens affectés de bavardage. Car le remède dont elle dispose, la raison, n’est accessible qu’à ceux qui écoutent, et les bavards n’écoutent jamais : ils sont toujours en train de parler. L’incapacité à se taire trouve là, d’ailleurs, son principal inconvénient : l’impossibilité d’entreprendre ce qu’on vous dit. C’est une surdité volontaire, et je gage que ceux qui en sont affligés en veulent à la nature de ne leur avoir donné qu’une langue pour deux oreilles.» - 5 Chez nous, l’adage dit que «sont souvent pris pour fous, seuls, ceux qui s’habillent en loques, ou qui se mettent nus en public. Mais en réalité, les fous sont parmi ceux dont on soupçonne le moins de folie». Jusqu’à ce que notre Tartuffe se permette de débarquer dans un commissariat de police, en caleçon, montrant son indignité à porter un habit de Premier ministre, jusqu’à ce qu’il ait cessé de se torturer de garder le silence, les Sénégalais pouvaient encore douter. Mais, quand notre faux dévot s’est mis à jaser seul, pour lui seul, comme un Prof de Philo déraisonné, il a prouvé qu’il était un cas de psychiatrie avec des signes pathologiques très sévères : notre Tartuffe a besoin à la fois de plusieurs spécialistes à son chevet : psychanalystes, psychologues, sociologues, islamologues, politologues. Il faut tout un monde pour lui éviter l’abîme ; car la solution à ses problèmes n’est pas politique, mais franchement médicale. Il faut une bonne chirurgie sociale, une thérapie de rééquilibrage psychologique, voire de réinsertion sociale pour replacer le monstre sur l’orbite des humains. Notre Tartuffe est un cas de psychiatrie. Pourtant, quand les premiers signes pathologiques avaient fait leurs apparitions, nous faisions partie de ceux qui pensaient que, pour lui se repentir, serait un remède efficace pour repartir. Mais, hélas, le libéral de lait s’est complètement fourvoyé dans la médisance, les calomnies, les divulgations de secrets d’Etat. Plus il s’exprimait, plus il s’enfonçait ! Euripide, rapporte Plutarque dans son ouvrage Le Bavardage, indique «que la catastrophe guette quiconque ne sait pas verrouiller – non pas son grenier ou ses coffres-forts, mais sa bouche», avant de donner le conseil suivant à un de ses auditeurs : «Tais toi, mon fils : le silence est plein de vertus». - 6. Quand l’impatience pousse l’individu à ne pouvoir attendre, quelque part, un parchemin universitaire, préférant se contenter uniquement de petites attestations de séminaires

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trimestriels ou semestriels (parce que, suivant la logique académique universitaire, il faut 3, 4, voire 7 années pour décrocher une licence, une maîtrise, ou un doctorat), il n’est pas évident que cet individu ait la patience d’attendre 7, 12, voire 25 années, comme Maître Wade, pour devenir président de la République. Alors, le sot se précipite, se heurtant à tous, et heurtant tous et tout, aveuglé comme un rongeur sur qui, on projette la lumière d’une torche en pleine obscurité. C’est ça, notre Tartuffe. Notre Tartuffe, le théoricien de la transhumance, dès les premières heures du changement, a été celui qui a dévalué l’alternance, en tentant d’instaurer le règne des vaincus du 19 mars sur les pauvres vainqueurs, dont certains, aujourd’hui, rasent les murs, le cœur plein d’amertume et de mélancolie. Des ministres, pourtant réputés honnêtes et compétents, furent traînés à la Dic et dans la boue, au moment où, de vulgaires voleurs, traîtres et autres bandits politiques sont laissés en ballade, en divagation. Les plus grands vices d’Etat, les plus grandes intrigues, sous le masque de la dévotion, connus dans l’œuvre de Molière (Tartuffe’,‘ Scapin’, le Misanthrope’, l’Avare, ‘Panulphe ou l’Imposteur’, etc.), se sont déroulés pendant le règne de notre Tartuffe : de 2000 à Avril 2004; Puisqu’il n’est point d’âge sans ‘faux dévots’, tout le monde peut comprendre que le Sénégal à découvert avec lui, le ‘plus grand faux dévot’ de son histoire. Salut à Molière, lui qui, au XVIIe siècle déjà, avait dans ses célèbres pièces aidé à démasquer ces monstres. C’est vrai, il n’est point d’âge sans faux dévots. Ceci est valable, du moyen âge au Sénégal de l’Alternance. Notre Tartuffe rappelle ce Caporal nain, originaire d’Autriche, qui, à coups d’intrigues, de complots et de tartufferies, a réussi, en 1933, à se hisser au sommet de l’empire Allemand, «Das Reich» qu’il a fait basculer dans la nuit de cristal (kristallnacht), l’holocauste, l’horreur de 1939 à 1945. Il y a dans l’histoire des hommes dangereux qu’il faut savoir stopper à temps. Les Allemands continuent de se demander, comment Adolphe Hitler, le monstre, a réussi à les mettre tous au pas. Les Sénégalais ne devraient pas avoir les mêmes remords, les mêmes interrogations, en se complaisant «au cirque politique» de notre Tartuffe ; c’est un jeu trop dangereux qu’il faut arrêter aux prochaines élections, ou avant, en votant massivement pour l’antithèse de Tartuffe, c’està-dire pour le chantre de l’humanisme, de la tolérance et de la persévérance dans la patience : Maître Abdoulaye Wade. Il n’est point besoin de donner le nom de notre Tartuffe, car il n’y a pas de doute que tous les Sénégalais savent de qui il s’agit. Cependant, il n’y a pas de souci, encore moins de doute, que le Sopi originel demeure bien incarné par les dignes fils et filles de notre pays, qui n’ont jamais trahi, ni travesti

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leur engagement politique. Ceux-là ne disposent, ni de comptes à l’étranger, ni de châteaux, encore moins, de trésors volés, et ils n’ont qu’une ambition : travailler pour que l’œuvre du Président Wade, dans notre pays, ne s’éteigne jamais. Notes 1,2,4 - (voir dans le «Tartuffe» de Molière, Textes intégrales, Edition Hachette-2005) 3 - (voir l’Esprit des lois, Tome II de Montesquieu, G. Flammarion Paris-1979) 5,6 - (voir «La conscience tranquille et le bavardage», de Plutarque, Edition Arléa, Paris1991) * Compagnons du Prophète Mohamed (Psl) Dr Mamadou Lamine BA

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MAME MBAYE NIANG, COORDONNATEUR DE « FIDEL AU PEUPLE » : « Les enregistrements d’Idrissa Seck n’existent pas »

Nous avons été manipulés par Idrissa Seck ». Ce propos de Mame Mbaye Niang fonde toute la légitimité de la démarche initiée par la nouvelle mouvance dénommée « Fidel au peuple ». C’est-à-dire ces hommes et ces femmes qui ont choisi l’option de la dissidence pour dire … non à Idrissa Seck et mettre un terme à ses agissements afin de lui barrer la route. Simplement, parce que l’ex-Premier ministre se fait un point d’honneur de manipuler l’opinion publique avec ses enregistrements … virtuels. « Personne n’est plus convaincu que nous qu’il a des ambitions folles. Et, ce serait vraiment dangereux de lui donner la direction du pays ». Devant la presse, Mame Mbaye Niang s’est voulu, on ne peut plus clair, dans sa démarche. « Nous voulons tout d’abord présenter nos sincères excuses au peuple sénégalais, résidents et émigres, face à cette situation politique troublante à laquelle notre pays est exposé ; situation dans laquelle notre participation active est de notoriété publique ». De l’avis de Mame Mbaye Niang, c’est à la faveur de l’emprisonnement d’Idrissa Seck qu’une vaste campagne de communication et de mobilisation a été déroulée sur le plan national et international pour exiger sa libération. « Durant cette période, nous en avions profité pour jeter les bases d’une future structure politique capable de porter un projet de société que nous présenterions aux Sénégalais pour briguer leurs suffrages avec Monsieur Seck à sa tête », tient à préciser M. Niang. À l’occasion, des discussions concluantes avaient été menées avec le Pep de Pape Modi Sow et le Rp de Serigne Mamoune Niasse. « Pour preuve, à la suite de l’emprisonnement de Diattara, Abdou Silèye Kidiéra et moimême avons rencontré Oumar Khassimou Dia et Serigne Mamoune Niasse pour sceller les alliances. Et, cela s’est passé comme M. Niasse l’a rappelé récemment. Avec le Pep, il nous fallait engager les discussions pour trouver comment contourner les choses avec la non-délivrance de notre récépissé. Lorsque Idrissa est sorti de prison, il nous a fait savoir que de tels accords n’engageaient que notre personne. Nous n’avons pas compris pourquoi il est revenu sur sa décision. Et depuis lors, il a refusé de nous voir pour s’expliquer, parce qu’il s’agit de questions de principes ».

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« Selon le coordonnateur des « Fidel au peuple », « aujourd’hui, il n’y a pas l’ombre d’un doute que Monsieur Seck est responsable des charges qui pèsent sur lui, car son discours actuel le prouve, de par des déclarations contradictoires sur la gestion des ressources publiques et politiques qui étaient sous sa responsabilité ». Et M. Niang de rappeler qu’il « dispose d’énormes moyens financiers capables de payer des produits de haute technologie moderne qui peuvent reproduire la voix, l’écriture et la signature de toute personne qui existe dans ses répertoires électroniques. D’où la menace qui pèse sur la nation, car il est prêt à reproduire la voix, l’écriture et la signature des personnalités pour leur faire dire ou écrire des calomnies sur d’autres personnalités susceptibles de créer des perturbations et des émeutes dans ce pays. Telle est sa volonté si l’échec et la perte sont à ces horizons ». Semer le trouble Dès lors, tient à préciser M. Niang, « il est bon de savoir que les Cd qu’il prétend détenir sont l’œuvre des logiciels « Voice Imitation record » et « kali » capables de reproduire n’importe quelle voix ». Mieux, souligne-t-il, « ces enregistrements n’existent pas. Car, c’est nous-mêmes qui avons diffusé et amplifié ces rumeurs pour le compte d’Idrissa Seck ». C’est la raison pour laquelle, poursuit-il, « leur stratégie consiste, de par leur volonté instinctive de survivre et de triompher politiquement, à semer le trouble dans la conscience du peuple afin qu’il se répercute dans l’État. Ceci aura pour conséquence inéluctable la désaffection des citoyens à l’égard des institutions. Et, il suffit alors d’une occasion pour faire apparaître la menace de la discorde nationale ». Mame Mbaye Niang est conscient qu’Idrissa Seck « entretient une perpétuelle effervescence politique ». D’après lui, « il est nécessaire que nos partis d’opposition, l’État, la jeunesse, l’élite et toutes les forces vives de la nation réagissent pour résoudre et compenser, par eux-mêmes, les effets de la machination de Monsieur Idrissa Seck ». Alors, « si rude que soit notre route, il serait indigne de nous et mortellement dangereux de la suivre d’un pas tremblant. Si nous n’étions pas le peuple sénégalais, nous pourrions reculer devant la tâche et nous asseoir au bord de la route en nous livrant au destin. Mais, nous sommes le peuple sénégalais. Alors que beaucoup nous tenaient pour perdus, ou tout au moins, pour bien immatures, nous avons su fournir l’effort héroïque et organiser l’alternance qui nous a permis d’être dans les rangs des vainqueurs ».

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Dans ce même ordre d’idées, Mame Mbaye Niang et ses frères tiennent à rappeler que, « en se basant sur la menace de démettre les personnes qu’il a eu l’intelligence de placer à des niveaux de responsabilité qui n’adhèrent ni à leur profil, ni à leur niveau d’études, il lui est loisible de donner des instructions même orales. Cela explique, en partie, sur les chantiers de Thiès, qu’il ait utilisé cette tactique pour écarter sa culpabilité. Car, ayant eu à donner des ordres oraux à exécuter à des hommes sous peine d’être démis ». D. SARR NIANG

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Un Cd pour enflammer le pays
L'heure est grave, comme on l'entend souvent dire. Le Sénégal, qui a toujours été un havre de paix, risque de sombrer dans le chaos, si nous n'y prenons garde, parce que des politiques véreux en auront ainsi décidé.Ceux-là mêmes qui prétendent œuvrer pour le bien-être de la Nation sont capables de nous dresser les uns contre les autres s'ils n'arrivent pas à satisfaire leurs ambitions personnelles. Accéder au pouvoir ou se maintenir au pouvoir. Ils n'ont pas d'autre but. Et l'on dit que la fin justifie les moyens. Les affaires Wade/Idy commencent sérieusement à bien faire, mais on est obligé d'y revenir puisqu'il y a chaque jour de nouveaux rebondissements. Aux dernières nouvelles, je cite Il est midi, journal à la gloire du président : ‘Selon nos sources, Idrissa seck s'apprêterait à sortir un autre cd dans lequel les voix de Abdoulaye Wade et de son épouse auraient été imitées. Dans ce compact disc, le maire de Thiès prétend que le chef de l'Etat se serait moqué du khalife général des mourides et Viviane Wade se serait, à son tour, attaquée aux mourides. Naturellement, tout cela est rigolo et suscite plus le rire que l'indignation. L'ex-Pm sait qu'il est en train de se noyer et est prêt à s'accrocher même à une brindille de balai pour se sauver des flots. Mais sa descente aux enfers est irréversible et personne ne pourra le sauver. Pas même le gardien du paradis. De leur côté, les mourides sont avertis et quoi qu'ils puissent entendre le jour où le Cd sera mis sur les ondes, qu'ils sachent que ce ne sont que des baratins.’ (Jeudi, 23 novembre 2006). Il y a de quoi trembler, de quoi s'inquiéter pour la stabilité de notre cher pays. Rien ne divise les Sénégalais autant que les confréries, avec notre tradition des deux ‘korité’ et consorts. Jouer avec, c'est jouer avec le feu. Le premier sur le banc des accusés est Wade qui affiche exagérément son mourisdisme de même qu'Idy, son ex-disciple, étale abusivement ses versets de Coran. Vu l'état actuel des mentalités sénégalaises, mêler politique et religion est une redoutable bombe à retardement. Que Dieu sauve le pays ! Les marabouts politiciens aussi, pour ne pas dire surtout, doivent sérieusement réfléchir à ce qu'ils font. La politique est un terrain où l'on donne et reçoit des coups, or les guides religieux, chez nous, sont presque pris pour des espèces de divinités. On n'y touche pas. Pourquoi ? Ne prenons pas le risque d'y répondre. En tout cas, on a l'habitude de voir des journalistes malmenés ou leurs sièges saccagés voire brûlés, quand les routes ne sont pas barrées, parce qu'ils ont écrit ou dit quelque chose sur tel ou tel marabout. Récemment, des Baay-Faal se sont permis d'attaquer une gendarmerie pour libérer certains des leurs qui y étaient détenus... Mais revenons à l'article des journalistes du président. Les croyants sont d'abord choqués par ce passage : ‘Mais sa descente aux enfers est irréversible et personne ne pourra le sauver. Pas même le gardien du paradis.’ Et Dieu dans tout cela ? Certes, une arrestation de l'ex-Pm ne surprendrait personne, la machine étant déjà en route... Est-ce ce qu'ils veulent dire par ‘descente aux enfers’ ? Cela mis à part, l'article, qui ressemble plus à un aveu qu'à une dénonciation, reflète l'inquiétude, la panique de ses auteurs, car j'imagine qu'ils se sont concertés avant de le publier. Si la première phrase est au conditionnel, la deuxième, au présent de l'indicatif, parle d'un fait réel. ‘Dans ce compact disc, le maire de Thiès prétend que le chef de l'Etat se serait moqué du khalife général des mourides et Viviane Wade se serait, à son tour, attaquée aux mourides.’ On peut donc en déduire que ce Cd existe et qu'ils l'ont apparemment écouté. (En effet, cela fait plus d'un an que certains Sénégalais ont eu vent de ce Cd et de son contenu.) Et s'ils prennent les devants pour annoncer que ce sont des baratins, cela ne joue pas en leur faveur. Les gens vont se dire qu'il n'y a pas de fumée sans feu et croire à l'authenticité des voix. Mais par prudence, vu la délicatesse du sujet, procédons par hypothèses :

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1- Si les voix sont authentiques. Cela expliquerait les fouilles chez Idy pour trouver... cet enregistrement. Wade n'a aucun intérêt à ce qu'on l'entende dire du mal de ‘son’ marabout. Si ce Cd est mis sur les ondes, beaucoup repenseront au livre d'un marabout remettant en cause le mouridisme du président. Livre qui, sur ndiggal du khalife, n'est d'ailleurs pas sorti. Et le candidat Wade y laisserait beaucoup de plumes car bon nombre de mourides l'estiment parce qu'ils le voient s'agenouiller devant Serigne Saliou. Par ailleurs, les réactions de certains fanatiques, n'ayons pas peur des mots, sont imprévisibles. Le pire serait à craindre. Que Dieu nous en préserve ! Mais qu'est-ce qui pousserait Idy à diffuser un tel Cd ? En sortant le numéro 12 après le numéro 2, il nous a bien fait comprendre qu'il en a d'autres qui ‘descendront’ de façon graduelle et fragmentée, comme le Coran. Selon les circonstances, il en balancera un au choix. L'article cité insinue qu'il serait prêt à lâcher sa bombe parce qu'il retournera inéluctablement en prison et n'en sortira pas avant le 26 février 2007, si les élections sont tenues le 25. En gros, il serait prêt à faire exploser le pays s'il sait qu'il a tout perdu. ‘Si je tombe, Wade tombera aussi.’ Serait-ce là ce qu'il appelle ‘la grande querelle’ ? Ce qui est sûr est que tant qu'il est vivant et en liberté, il n'a, lui non plus, aucun intérêt à ce que ce Cd soit diffusé. Même ses proches qui profitent du ‘butin’, le trouveront ignoble. Si les Wade ont parlé ainsi devant lui, c'est parce qu'ils lui faisaient entièrement confiance, le considèrant comme un membre de la famille avec qui ils pouvaient discuter de tout et de rien, alors qu'il les enregistrait perfidement, tout en rigolant avec eux et les poussant sans doute à en dire plus. Cela me fait penser à ces paroles de Me Wade à Me Nafissatou Diop Cissé, en novembre 2005 : ‘Je ne comprends pas ce que je lui (Idy) ai fait. Je lui ai tout donné : le parti, le pouvoir, l'argent. Il est mon fils. Je lui ai même dit que de tous ceux qui sont susceptibles de me remplacer, c'est lui le moins mauvais. Pourquoi m'a-t-il enregistré?’ 2 - Si les voix sont imitées. Certains mourides, qui y croiront, diront : ‘C'est un tidiane qui a payé des gens pour tenir des propos plus qu'irrespectueux à l'encontre de notre khalife général, Serigne Saliou Mbacké, Serigne Touba...’ Le Sénégal n'a vraiment pas besoin de ça. Et le faire avec les voix imitées du chef de l'Etat et de son épouse ? Si tel est le cas, même la prison à vie serait légère comme peine. Mais les plus sceptiques diront : ‘Si Idy devait payer des comédiens pour imiter les voix de Wade et Viviane, ils parleraient des fonds politiques et des chantiers de Thiès ou que sais-je encore, en sa faveur, et non de Serigne Saliou et des mourides.’ 3 - Ce n'est qu'une rumeur. Faisons comme ceux qui affirment que ce ‘Cd thermonucléaire’ n'a jamais existé, et tout le monde pourra souffler de soulagement. Ouf ! On l'a échappé bel ! Pas si vite ! Après que Madiambel Diagne eu écrit qu'on avait menti au président, Il est midi, dans son édition du samedi 25 novembre 2006, sous la plume de Ndiogou Wack Seck, ne voulant ou ne pouvant plus laisser planer le doute, déclare : ‘Non, Monsieur le Président, Cheikh Tidiane Sy et Ousmane Ngom ne vous ont jamais menti... Le Cd ‘explosif’ d'Idrissa Seck existe bel et bien en sampling !! {...} Car, ne vous y trompez pas, l'homme dispose bel et bien d'un Cd qui peut être considéré comme une bombe si l'on en croit la presse. Dans ce Cd - dont nous avons parlé il y a plusieurs mois (précisément en août 2005) en même temps que les autres journaux, en fait le Cd numéro 3 - une voix, qui ressemble parfaitement à celle d'Abdoulaye Wade, se permet de vitupérer contre de très grands chefs religieux, des khalifes des confréries les plus importantes du pays, en les traitant de tous les noms d'oiseaux.’ On ne peut être plus clair. Avez-vous fait attention au mot ‘parfaitement’ ? Idy devait donc avoir d'excellents comédiens et de bons informaticiens. L'Américain Jeff est un surdoué, s'il est vrai que c'est lui qui a fait ce ‘montage’. Ils ont quand même tenu, dans cette deuxième version, à mettre ‘chefs religieux’ et ‘khalifes’ au pluriel pour ne pas ameuter les mourides. C'est compréhensible...

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Il reste cependant une question qui taraude certains esprits : si les Wade n'ont jamais tenu de tels propos, pourquoi paniquer au point de laisser des agents traquer les journalistes toute une nuit durant pour savoir si Idy leur a envoyé un Cd explosif ? Ils devraient se dire : ‘Tout cela est rigolo et suscite plus le rire que l'indignation’ et dormir sur leurs deux oreilles. N'est-ce pas ? En tout cas, si jamais ce Cd, qu'il soit réel ou virtuel, est mis sur les ondes, Idy y aura beaucoup plus à perdre que Wade. En liberté ou en taule, ce sera la fin de sa carrière politique dont il a lui-même déjà creusé la tombe, alors qu'il est encore jeune et débordant d'ambitions qu'on lui connaît. Mieux vaut laisser entendre qu'il ne s'agit que d'une rumeur. Mais, étrangement, les journalistes du camp présidentiel, au lieu de se taire en se disant qu'Idy n'est pas si fou pour sortir un tel Cd, s'évertuent à nous démontrer que les voix sont imitées, ce qui ne fait que nous pousser à croire le contraire. C'est ainsi que le lundi 27 novembre 2006, Le Soleil et Il est midi ont publié simultanément ces déclarations d'un ex-proche du maire de Thiès : ‘(Idy) est prêt à reproduire la voix, l'écriture et la signature des personnalités pour leur faire dire ou écrire des calomnies sur d'autres personnalités susceptibles de créer des perturbations et des émeutes dans ce pays. Telle est sa volonté si l'échec et la perte sont à ses horizons.’ Le Messager aussi en a parlé. Résultat : ces journalistes enfoncent Wade qu'ils essayent de sauver, car ce sont eux qui font courir la rumeur en cherchant à la démentir avant qu'elle n'arrive sur la place publique. Je ne peux terminer sans rappeler qu'à chaque fois que notre ami Bush est dans le pétrin, on nous sort une cassette audio (plus de vidéo) avec une voix attribuée à Ben Laden, qui profère des menaces. Oui, comme je l'avais écrit dans une contribution, on peut de nos jours faire dire à la reine d'Angleterre, et en wolof, qu'elle est née à Tataguine. Est-ce le cas ici ? Bathie Ngoye THIAM.

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Qu'Idrissa Seck cesse de mêler nos chefs religieux à ces histoires
Idrissa Seck a raconté dans les colonnes de l'Observateur du 8 Décembre 2006, je cite : ‘Abdoulaye Wade courait derrière le cheval de Serigne Touba, quand celui-ci venait à Kébémer’. Cette anecdote n'est rien d'autre qu'une pure et simple affabulation, quel qu'en soit l'auteur pour les raisons suivantes: Ce fut le 18 Août 1895, qu'Ahmadou Bamba quitta sa résidence dans le Dioloff, après avoir reçu l'ordre de son seigneur, et de son guide Mouhamed (P.S.S.L). Il passa par Djéwol, où il rencontrera le commandant de la troupe, chargé de son arrestation. Ils passeront la nuit à Djéwol, qu'ils quittèrent le lendemain pour Coki, puis Louga, d'où le Cheikh gagna Saint-Louis à bord d'une voiture. Après sa condamnation par le Conseil coloniale à Saint-Louis, Ahmadou Bamba fut déporté au Gabon en 1895, et y séjourna jusqu'au 8 Septembre 1902, date de son retour d'exil, au Sénégal. Dès son arrivée, il se rendit à Saint-Louis, où il resta 15 jours, avant de partir pour Louga, le premier du mois de Ramadan, puis Sanuoi où il resta tout le mois de Ramadan. Il se rendit ensuite à Macca Samba Baba, M'backé Cayor, Keur Makhtar, Niakhal, Coki Gouye, pour terminer son périple à Darou Salam. A cette occasion, il rendit visite à plusieurs Cheikhs dans le Djoloff. Le 15 juin 1903, le Cheikh fut envoyé en Mauritanie auprès de Cheikh Sidya, où il séjourna jusqu'en avril 1907. A son retour au Sénégal, il sera aussitôt placé en résidence surveillée à Thieyène, village situé à 60 Km de Louga. Il ne le quittera que le 14 Janvier 1912 pour Diourbel, où il s'installera définitivement sans jamais le quitter une seule fois jusqu'à sa disparition en 1927. La seule fois qu'il a voulu se rendre à Touba, il a été retourné par les autorités coloniales qui lui ont signifié son interdiction de quitter Diourbel. Donc, s'il est vrai que Abdoulaye courait derrière le cheval de Serigne Touba, ce ne peut être qu'avant 1895. Car, cet illustre figure de l'Islam, apôtre de la non violence, qui a su faire de ses compatriotes par la douceur, la persuasion et l'exemple, les meilleurs musulmans du monde, était constamment sous la surveillance strict des autorités coloniales entre 1895 et 1927. Les problèmes crypto personnels entre Idrissa Seck et Abdoulaye Wade ne devraient pas être réglés, ni sur le dos des Sénégalais, non moins à travers les hommes religieux. Après l'histoire des Cd, c'est celui du cheval. Nous demandons à Monsieur Idrissa Seck, de ne plus mêler nos chefs religieux à ces histoires de conflit personnel, mais plutôt de faire valoir aux yeux des Sénégalais, des arguments juridiques ou politiques afin de les convaincre pour solliciter leurs suffrages. Ce que les Sénégalais attentent de leurs élites politiques, c'est plutôt un discours à la hauteur de leurs ambitions. Les hommes politiques doivent proposer aux Sénégalais un programme de développement économique et social et des solutions de sortie de crise. Les parents d'élèves sont présentement préoccupés par le sort de leurs enfants du Secondaire, qui n'ont reçu aucun enseignement depuis l'ouverture des classes à cause de la grève des enseignants. Cette situation ne semble 113

pas déranger outre mesure nos autorités. Est ce, peut-être, qu'ils ne sont pas concernés, parce que leurs enfants poursuivent tranquillement leurs études au Canada, à Paris ou à New York. Pour conclure, je dirai que les élites politiques et gouvernementales, devraient arrêter de divertir le peuple Sénégalais. Ils sont tenus de taire leurs divergences et querelles, et de s'occuper plutôt des problèmes du pays. Ils doivent se comporter en homme d'Etat et non en politicien. C'est la seule voix qui fera d'eux des cadres de référence pour tous ceux qui les regardent et qui les écoutent. Abdourahmane SALL

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Puisse DIEU le ramener sur la chemin des non égarés

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