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19 FÉVRIER 2012 I LeMatinDimanche

MULTIMÉDIA

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Ce que le traité ACTA pourrait changer pour les internautes

ENJEUX Manifestations dans les capitales européennes, attaques contre des sites Internet gouvernementaux, mobilisation politique: l’Accord commercial anticontrefaçon suscite la grogne d’une partie de la population. Pour ses détracteurs, il signifie la fin des libertés individuelles.

Alexandre Haederli

alexandre.haederli@edipresse.ch

Après les projets de lois américaines SOPA et PIPA, finalement abandonnés en janvier, voici qu’un nouvel acronyme en«A»suscitelacolèredesinternautes:

ACTA, pour Anti-Counterfeiting Trade Agreement ou accord commercial anti- contrefaçon. A l’origine de ce texte, la volonté de

luttercontrelepiratagedanstouslesdo-

maines,qu’il s’agissedecopiesdemédi- camentsoudetéléchargementd’œuvres protégées. Les négociations,initiées par les Etats-Unis etle Japon, ont débuté en 2008. Autour de la table: la Suisse, l’Union européenne avec ses 27 Etats membres, l’Australie, le Canada, la Co- rée, le Maroc, le Mexique, la Nouvelle- ZélandeetSingapour.Le textesurlequel ces pays se sontmis d’accord a été signé le 26 janvier après plus de trois ans de discussions. Ildoitdésormaisêtre ratifié parlesEtatsavant d’entreren vigueur.

Infraction poursuivie d’office

Que contiennent les 27 pages de la ver- sion finale de cet accord? L’article 26 stipule qu’il ne sera plus nécessaire qu’une plainte d’un ayant droit soit dé- posée pour poursuivre pénalement un internaute quiaurait téléchargéillicite- ment une chanson. La disposition suivante permet aux autorités d’«ordonner à un fournisseur de services en ligne de divulguer rapi- dement» des renseignements servant à identifier une personne que l’on sus- pecte d’infraction. «Forcer les inter- médiaires à coopérer de cette manière n’est pas admissible, dénonce l’avocat Sébastien Fanti, spécialisé dans les nouvelles technologies. Et le fait de poursuivre d’office une infraction est contraire à la loi suisse sur le droit d’auteur.»

L’iPad pourrait être interdit d’exportation

CHINE Apple aura-t-elle bientôtl’in- terdiction d’exporter l’iPad qu’elle fabrique en Chine? C’est en tout cas ce que réclame Proview Technology, une entreprise basée à Shenzhen, rap- porte le magazine anglais The Econo- mist. La firme asiatique revendique la propriété du mot «iPad» pour la Chine. Elle aurait développé, en 2000, un produit appelé «Internet Personal Assistance Device» et pos- séderait même une usine pour sa fa- brication (même si des observateurs sur place expliquent qu’il s’agit plutôt d’un entrepôt désaffecté). Apple nie en bloc les reproches. Elle aurait versé, via des intermédiaires, une im- portante somme d’argent à une so- ciété sœur de Proview Technology pour acquérir ce qu’elle pensait être les droits mondiaux pour la marque. Une cour de Shanghai doit se pencher sur ce cas le 22 février.

cour de Shanghai doit se pencher sur ce cas le 22 février. Il y a une

Il y a une semaine, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté leur opposition au traité ACTA dans plusieurs grandes villes d’Europe, comme ici à Riga. Une nouvelle mobilisation est prévue samedi prochain.

Ilmars Znotins/AFP

A Berne, on dédramatise. «Le texte précise que la poursuite d’office ne peut se faire que dans certains cas qu’il appartient à chaque pays de définir, explique Lena Leuenberger, de l’Insti- tut fédéral de la propriété intellec- tuelle, qui a participé aux négocia- tions. En Suisse, cela ne serait valable que dans le cas où l’auteur de l’infrac-

tion agit par métier.» Quant à la res- ponsabilité étendue des intermédiai- res, il ne s’agirait que d’une possibilité offerte aux pays signataires et non d’une obligation. Et que dire du fait que les Etats sont invités à prendre des «mesures cor- rectives rapides destinées à prévenir toute atteinte», autrement dit à agir

en amont, quitte à pratiquer une forme de censure? «Là aussi,il s’agit unique- ment de s’assurer que les moyens pré- vus par les législations nationales s’appliquent, il ne s’agit pas d’un dur- cissement», assure Lena Leuenberger. La spécialiste concède que «le moni- toring d’Internet ou le blocage de l’ac- cès ont été évoqués lors des négocia-

CONSULTATION EN SUISSE À LA FIN DE L’ÉTÉ

PROCÉDURE En Suisse, c’est désor- mais au Conseil fédéral de prendre formellement la décision de signer l’accord commercial anticontrefaçon (ACTA). «La procédure administra- tive est en cours», explique-t-on à Berne sans donner de précision sur le calendrier prévu. Une fois que l’exécutif aura donné son feu vert, l’accord devra encore être avalisé par le Parlement. «Aupara- vant, il est prévu qu’une consultation

Le panorama de la Jungfrau en HD

qu’une consultation Le panorama de la Jungfrau en HD WEBCAM Envie de vous évader quel- ques

WEBCAM Envie de vous évader quel- ques minutes dans la nature sans quit- ter votre bureau? La société Switch, qui gère les noms de domaines.ch, a pensé à vous. Elle a mis en ligne (web- cam.switch.ch) une caméra à 3571 mè- tres d’altitude qui filme 24 h sur 24 et en haute définition le spectaculaire panorama dela Jungfraujoch. Lesima- ges sontarchivées chaque heure, ce qui permet au visiteur de remonter dans le temps et de suivre l’évolution de la météo au fil de la journée.

ait lieu, précise Lena Leuenberger, de l’Institut fédéral de la propriété intel- lectuelle. Elle débutera probablement à la fin de l’été et doit permettre aux cantons et aux personnes intéressées d’exprimer leur avis avant que le Parlement discute du projet.» Cette consultation sera l’unique pos- sibilité pour la société civile de se faire entendre. De nombreuses organisa- tions non gouvernementales ont dénoncé le fait que les négociations

Facebook demande le passeport des stars

VÉRIFICATION En se connectant à Facebook cette semaine, certai- nes célébrités ont eu une drôle de surprise. Le réseau social les invi- tait à envoyer par PDF une copie de leur passeport ou de leur carte d’identité. Au pire, un permis de conduire peut aussi faire l’affaire. A l’instar de Twitter et de Goo- gle +, Facebook a entrepris de vé- rifier l’identité des personnes cé- lèbres dans le but de limiter les ris- ques d’usurpation. Et, promis juré, le fichier sera «supprimé dé- finitivement» après validation par les équipes de Facebook. Mais rien ne sert de vous précipiter sur votre compte: ce privilège est pour l’heure strictement réservé aux personnalités publiques qui comptent plusieurs milliers d’abonnés à leur fil d’actualité.

de l’accord se sont déroulées sans qu’elles aient pu intervenir. «Tous les accords entre Etats se font unique- ment entre leurs représentants», justifie Lena Leuenberger. Sans ce huis clos, ACTA n’aurait probable- ment jamais vu le jour. Les tentatives de trouver un accord au sein d’organi- sations internationales comme l’OMPI ou l’OMS (qui incluent davantage de pays ainsi que des représentants de la société civile) ont toutes échoué. x

Emissions disponibles durant 30 jours

RATTRAPAGE Le portail de télé- vision en ligne Teleboy.ch a an- noncé cette semaine le lancement d’une fonction «replay» qui per- met de visionner une émission jus- qu’à un mois après sa diffusion. Les utilisateurs payants du site (l’abonnement coûte 7 fr. 50 par mois) ont accès aux programmes de 30 grandes chaînes (dont TSR, TF1, M6 ou Arte) qu’ils auraient ratés, tout en zappant les publicités. Avec cette durée de 30 jours, Teleboy dépasse largement les solutions de rattrapage proposées par les télé- visions numériques de Swisscom (24 heures) ou de Sunrise (28 heu- res). La fonction «replay» est pour l’instant uniquement disponible sur le site Web de Teleboy, mais devrait être prochainement inté- grée aux applications iPhone, iPad et Android.

« Cet accord induit l’idée que le droit d’auteur peut être au-dessus de droits fondamentaux comme la liberté d’expression»

DENIS SIMONET Président du Parti pirate suisse

tions». Mais plusieurs pays, dont la Suisse, se sont opposés à ces proposi- tions et elles n’ont pas été retenues dans la version finale. On pourrait multiplier ainsi les exemples de dispositions qui rendent possible un renforcement de la traque sur Internet, sansle rendre obligatoire. De fait, le texte d’ACTA est parsemé du verbe «pouvoir» et de nuance du type «dans les cas appropriés», qui laissent une large part à l’interpréta- tion de ces règles par chaque pays. «Mais ACTA ne nécessite pas de mo- dification de la législation suisse», martèle Lena Leuenberger.

Menace de pression

Mais, si rien ne change, pourquoi si- gner cet accord? «ACTA règle des questions de coopération technique entre les Etats et, surtout, c’est un si- gnal politique des pays signataires pour dire qu’ils veulentlutter plus effi- cacement contre les contrefaçons.» Le symbole. C’est justement ce qui inquiète le plus les détracteurs d’ACTA. «Cet accord induit discrète- ment l’idée que le droit d’auteur peut être au-dessus de droits fondamen- taux comme la liberté d’expression. C’est inacceptable», juge Denis Simo- net, président du Parti pirate suisse. Un avis que partage l’avocat Sébas- tien Fanti: «Le fait qu’une grande par- tie desmesures n’est formellement pas impérative, n’empêchera pas d’autres pays signataires, comme les Etats- Unis qui sont en guerre ouverte contre le téléchargement illégal, de faire pression en disant: cette mesure est prévue par l’accord, nous l’appli- quons, pourquoi n’en faites-vous pas autant?» x

Cartels dans la fibre à Genève et à Fribourg

autant?» x Cartels dans la fibre à Genève et à Fribourg TÉLÉCOM Selon la Commission de

TÉLÉCOM Selon la Commission de la concurrence, l’accord entre Swisscom et les Services Industriels à Genève et avec le Groupe E à Fribourg, «contien- nent des clauses équivalant à des car- tels durs et pouvant mener à une sup- pression de la concurrence». Les par- tenaires sont encouragés à revoir leur copie sous peine de risquer des sanc- tions. Le PLR fribourgeois a aussitôt dénoncé une approche «purement théorique du problème» par la Comco.

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