Vous êtes sur la page 1sur 104

Poemas de Jacques Prévert

Poemas de Jacques Prévert Chanson Quel jour sommes-nous Nous sommes tous les jours Mon amie Nous

Chanson

Quel jour sommes-nous Nous sommes tous les jours Mon amie Nous sommes toute la vie Mon amour Nous nous aimons et nous vivons Nous vivons et nous nous aimons Et nous ne savons pas ce que c'est que la vie Et nous ne savons pas ce que c'est que le jour Et nous ne savons pas ce que c'est que l'amour.

CANCIÓN

Qué día somos

Somos todos los días

Mi amiga

Somos toda la vida

Mi amor

Nos amamos y vivimos

Vivimos y nos amamos

Y

no sabemos qué es la vida

Y

no sabemos qué es el día

Y

no sabemos qué es el amor.

Le jardin Des milliers et des milliers d'années Ne sauraient suffire Pour dire La petite

Le jardin

Des milliers et des milliers d'années Ne sauraient suffire Pour dire La petite seconde d'éternité Où tu m'as embrassé Où je t'ai embrassèe Un matin dans la lumière de l'hiver Au parc Montsouris à Paris A Paris Sur la terre La terre qui est un astre.

EL JARDÍN

Miles y miles de años No serían suficientes Para decir El pequeño segundo de eternidad En que me besaste En que te besé Una mañana a la luz del invierno En el Parque Montsouris en París En París Sobre la tierra La tierra que es un astro.

Les clefs de la ville Sont tachées de sang L'Amiral et les rats ont quitté

Les clefs de la ville

Sont tachées de sang L'Amiral et les rats ont quitté le navire Depuis longtemps Sœur Anne ma sœur Anne Ne vois-tu rien venir Je vois dans la misère le pied nu d'un enfant Et le cœur de l'été Déjà serré entre les glaces de l'hiver Je vois dans la poussière des ruines de la guerre Des chevaliers d'industrie lourde A cheval sur des officiers de cavalerie légère Qui paradent sous l'arc Dans une musique de cirque Et des maîtres de forges Des maîtres de ballet Dirigeant un quadrille immobile et glacé Où de pauvres familles Debout devant le buffet Regardent sans rien dire leurs frères libérés Leurs frères libérés A nouveau menacés Par un vieux monde sénile exemplaire et taré Et je te vois Marianne Ma pauvre petite sœur Pendue encore une fois Dans le cabinet noir de l'histoire Cravatée de la Légion d'Honneur Et je vois Barbe bleue blanc rouge Impassible et souriant

Remettant

Remettant les clefs tachées de sang Aux grands serviteurs de l'Ordre L'Ordre des grandes puissances d'argent.

LAS LLAVES DE LA CIUDAD

Las llaves de la ciudad Están manchadas de sangre Desde hace mucho

Hermana Ana mi hermana Ana

No ves venir nada

Veo en la miseria el pie desnudo de un niño

Y el corazón del verano

Ya apretado entre los hielos del invierno

Veo en el polvo ruinas de la guerra Caballeros de la industria pesada

A caballo sobre oficiales de caballería ligera

Que desfilan bajo el arco

En una música de circo

Y a maestros de herrería

Maestros de ballet Dirigiendo una cuadrilla inmóvil y helada

Donde pobres familias

De pie frente al buffet

Miran sin decir nada a sus hermanos liberados Sus hermanos liberados

De nuevo amenazados

Por un viejo mundo senil ejemplar y corrupto

Y te veo Mariana

Mi pobre hermanita

Colgada todavía una vez

En el cuarto oscuro de la historia

Acorbatada por la Legión de Honor

Y veo

Barba azul roja blanca Impasible y sonriente

Volver a dar las llaves de la ciudad Las llaves manchadas de sangre

A los grandes servidores del Orden

El orden de las grandes potencias del dinero.

A la criée Au pavillon de la boucherie durement coquettement piquée dans la viande tendre

A la criée

Au pavillon de la boucherie durement coquettement piquée dans la viande tendre de l'étal une rose rouge de papier hurle à la mort

en robe de bal Un carnivore en tenue de soirée passe devant la fleur sans la voir

ni l'entendre

Et dans le ruisseau

du sang

sur l'eau d'abord s'étale

et puis s'écoule calmement

dans la douce chaleur de la nuit tenant un instant compagnie au passant

passant qui s'éloigne fragile et titubant.

Hilare, hirsute, un très vieil homme

le poursuit du regard.

La joie de vivre encore illumine ce regard.

- « Ca me rappelle le bon vieux temps,

la tounée des grands-ducs ! ».

Et il reste là souriant aux anges devant son diable de fer où se prélassent, rituellement mêlées, fraises et têtes de veau, langues de boeuf, cervelles

au

de mouton et autres trophées sanglants.

« Les grands-ducs

des somnambules, des travailleurs de l'ennui ! A l'aube ils s'apportaient ici pour achever la soirée qu'ils n'avaient

pas réussi à assassiner tout à fait.

« Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer. »

des noctambules,

EN LA CARNICERÍA

Duramente

coquetamente pinchada en la carne tierna del mostrador una rosa roja de papel

aúlla a la muerte en traje de fiesta Un carnívoro en traje de etiqueta pasa frente a la flor sin verla

ni

oírla

Y

en el arroyo

de sangre sobre el agua primero se expone

y después se pierde tranquilamente

en el dulce calor de la noche haciéndole por un instante compañía

al transeúnte.

.al transeúnte quién se aleja Frágil y titubeante. Risueño, hirsuto, un hombre muy viejo Lo persigue la mirada.

La alegría de vivir todavía Ilumina esta mirada.

- " Esto me recuerda el bueno viejo tiempo,

¡ El tounée de los grandes duques! ".

Y les queda allí sonriente a los ángeles

Delante de su diablo de hierro donde se relajan, Ritualmente mezcladas, fresas y cabezas De ternero, lenguas de buey(carne de vaca), sesos

De carnero y otros trofeos sangrientos.

" Los grandes duques de los noctámbulos(noctámbulas), Sonámbulos, trabajadores

¡ Del aburrimiento! Al amanecer se aportaban aquí Para terminar la tarde que tenían No conseguido asesinar completamente.

" El tiempo hace la vida imposible a los que Quieren matarlo. "

Le Météore Entre les barreaux des locaux disciplinaires une orange passe comme un éclair et

Le Météore

Entre les barreaux des locaux disciplinaires une orange passe comme un éclair

et tombe dans la tinette

comme une pierre Et le prisonnier tout éclaboussé de merde resplendit tout illuminé de joie Elle ne m'a pas oublié Elle pense toujours à moi.

EL METEORO

Entre los barrotes de los locales disciplinarios una naranja pasa como un relámpago y cae en la vasija como una piedra

Y el prisionero

todo salpicado de mierda resplandece Ella no me ha olvidado Ella siempre piensa en mí.

Le tendre et dangereux visage de l'amour Le tendre et dangereux visage de l'amour m'est

Le tendre et dangereux visage de l'amour

Le tendre et dangereux visage de l'amour m'est apparu un soir après un trop long jour C'était peut-être un archer avec son arc ou bien un musicien avec sa harpe Je ne sais plus Je ne sais rien Tout ce que je sais c'est qu'il m'a blessée peut-être avec une flèche peut-être avec une chanson Tout ce que je sais c'est qu'il m'a blessée blessée au coeur et pour toujours Brûlante trop brûlante blessure de l'amour.

EL TIERNO Y PELIGROSO ROSTRO DEL AMOR

El tierno y peligroso rostro del amor se me apareció una noche después de un día muy largo Era quizá un arquero con su arco o bien un músico con su arpa Yo no sé más Yo no sé nada Todo lo que yo sé es que me ha herido quizá con una flecha quizá con una canción Todo lo que yo sé es que me ha herido herido en el corazón y para siempre Ardiente demasiado ardiente herida del amor.

Fiesta Et les verres étaient vides Et la bouteille brisée Et le lit était grand

Fiesta

Et les verres étaient vides Et la bouteille brisée Et le lit était grand ouvert Et la porte fermée Et toutes les étoiles de verre Du bonheur et de la beauté Resplendissaient dans la poussière De la chambre mal balayée Et j'étais ivre mort Et j'étais feu de joie Et toi ivre vivante Toute nue dans mes bras.

FIESTA

Y

los vasos estaban vacíos

y

la botella rota

Y

el lecho estaba abierto

y

la puerta cerrada

Y

todas las estrellas de vidrio

de la felicidad y de la belleza resplandecían en el polvo del cuarto mal barrido

Y

yo estaba borracho perdido

y

yo estaba loco de alegría

y

tú borracha encontrada

toda desnuda en mis brazos.

Fête Dans les grandes eaux de ma mère je suis né en hiver une nuit

Fête

Dans les grandes eaux de ma mère

je suis né en hiver

une nuit de février Des mois avant en plein printemps

il y a eu

un feu d’artifice entre mes parents

c’était le soleil de la vie

et moi déjà j’étais dedans

Ils m’ont versé le sang dans le corps c’était le vin d’une source

et pas celui d’une cave

Et moi aussi un jour Comme eux je m’en irai

Fiesta

En las grandes aguas de mi madre Nací en invierno Una noche de febrero Meses anteriores En primavera llena

Hubo

Un fuego artificial entre mis padres

Era el sol de la vida

Y yo ya estaba dentro

Me vertieron la sangre en el cuerpo Era el vino de una fuente

Y

no lo de una bodega

Y

yo también un día

Así como ellos me iré

Les ombres Tu es là en face de moi dans la lumière de l’amour Et

Les ombres

Tu es là en face de moi dans la lumière de l’amour Et moi je suis là en face de toi avec la musique du bonheur Mais ton ombre sur le mur guette tous les instants de mes jours et mon ombre à moi fait de même épiant ta liberté Et pourtant je t’aime et tu m’aimes comme on aime le jour et la vie ou l’été Mais comme les heures qui se suivent et ne sonnent jamais ensemble nos deux ombres se poursuivent comme deux chiens de la même portée détachés de la même chaîne mais hostiles tous deux à l’amour uniquement fidèles à leur ma^tre a leur maîtresse et qui attendent patiemment mais tremblants de détresse

la séparation des amants

qui attendent

que notre vie s’achève

et notre amour

et que nos os leur soient jetés

pour s’en saisir

et

le cacher et les enfouir

et

s’enfouir

et

s’enfouir en même temps

sous les cendres du désir

dans les débris du temps

LAS SOMBRAS

Tú estás allí frente a mí

en la luz del amor

Y yo

yo estoy allí frente a ti

con la música de la felicidad Pero tu nombre sobre la pared acecha todos los instantes de mis días

y la sombra mía

hace lo mismo espiando tu libertad

sin embargo te amo

Y

y

tú me amas

como se ama el día y la vida o el verano Pero como las horas que se siguen

y no suenan jamás juntas

nuestras dos sombras se persiguen como dos perros del mismo tamaño desligados de la misma cadena pero hostiles los dos al amor únicamente fieles a su dueño

a

su dueña

y

que esperan pacientemente

pero temblando de angustia

la separación de los amantes

que esperan

que nuestra vida se acabe

y nuestro amor

y que nuestros huesos les sean arrojados para agarrarlos

y esconderlos y enterrarlos

y enterrarse al mismo tiempo bajo las cenizas del deseo en los restos del tiempo.

RIEN A CRAINDRE Ne craignez rien Gens honnêtes et exemplaires Il n'ya pas de danger

RIEN A CRAINDRE

Ne craignez rien Gens honnêtes et exemplaires Il n'ya pas de danger Vos morts sont bien morts Vos morts sont bien gardés Il n' ya rien à craindre On ne peut vous les prendre Ils ne peuvent se sauver IL ya des gardiens dans les cimetiéres Et puis Tout autour des tombes Il ya un entourage de fer Comme autourdes lits-cages Où dorment les enfants en bas âge Dans son dernier sommiel Sait-on jamais Le mort pourrait rêver encore Rêver qu'il est vivant Rêver qu'il n'est pas mort Et secouant ses draps de pierre se dégager Et se pencher Et tomber de la tombe Comme un enfant du lit Horreur et catacombes Retomber dans la vie

Vous voyez cela d'ici tout serait remis en question L'affectation et désolation Et la succession Rassurez-vous braves gens Honnêtes et exemplaires Vos morts ne reviendront pas S'amuser sur terre

Les larmes ont été versées une fois pour toutes

Il n'y aura jamais plus à revenir là-dessus

Et rien dans dans le cimetiére Ne sera saccagé Les pots dechrysanthémes resteront à leur place Et vous pourrez vaquer en toute tranquilité L'arrosoir à la main devant le mausolée Aux doux labeurs champêtres des étenels regrets.

NADA QUE TEMER

No teman nada Gentes honestas y ejemplares No hay peligro Sus muertos están bien muertos Sus muertos están bien guardados No hay nada que temer

No se los pueden sacar No pueden salvarse Hay guardianes en los cementerios

Y también

Alrededor de las tumbas Como alrededor de las camas-jaulas

Donde duermen los chicos de poca edad

Y es una precaución sabia

En su último sueño Uno nunca sabe

El muerto podría soñar todavía Soñar que está vivo Soñar que no está muerto

Y sacudiendo sus sábanas de piedra

Liberarse

E

inclinarse

Y

caer de la tumba

Como un niño de la cama Horror y catacumbas Recaer en la vida Imagínense eso Todo otra vez en cuestión

El afecto y la desolación

Y la sucesión

Tranquilícense buenas gentes Honestas y ejemplares

Sus muertos no volverán

A divertirse sobre la tierra

Las lágrimas han sido vertidas de una vez por todas

Y ya no habrá

No habrá que volver nunca más sobre eso

Y nada en el cementerio

Será saqueado

Los potes de crisantemos seguirán en su sitio

Y ustedes podrán holgazanear con toda tranquilidad

Con la regadera en la mano frente al mausoleo En los dulces trabajos campestres del eterno dolor.

Accalmie Le vent Debout S’assoit Sur les tuiles du toit. CALMA El viento De pie

Accalmie

Le vent Debout S’assoit Sur les tuiles du toit.

CALMA

El viento De pie Se sienta En las tejas del techo.

LE MATIN Cri du coq Chant du cygne de la nuit Monocorde et fastidieux message

LE MATIN

Cri du coq Chant du cygne de la nuit Monocorde et fastidieux message Qui me crie Aujourd'hui ça recommence Aujourd'hui encore aujourd'hui Je n'entends pas ta romance Et je fais la sourde orielle Et je n'ecoute pas ton cri Pourtant je me léve de bonheur Presque tous les jours de ma vie Et j'égorge en plein soleil Les plus beaux rêves de mes nuits.

LA MAÑANA

Grito del gallo Canto del cisne de la noche

Monocorde y fastidioso mensaje Que me grita Esto hoy vuelve a empezar Hoy todavía hoy No escucho tu romanza

Y

me hago el sordo

Y

no escucho tu grito

Sin embargo me levanto feliz Casi todos los días de mi vida

Y degüello a pleno sol

Los sueños más bellos de mis noches.

FLAMME Qui est-ce qui marche là. Aucun. C'est simplement mon coeur que late Que late

FLAMME

Qui est-ce qui marche là. Aucun. C'est simplement mon coeur que late Que late très fort À cause de toi Mais dehors La petite main de bronze sur la porte en bois ne se meut pas ne part pas ne meut pas de même pointe du doigt.

LLAMAS

Quién anda allí Nadie Es simplemente mi corazón que late Que late muy fuerte A causa de ti Pero afuera La pequeña mano de bronce sobre la puerta de madera No se mueve No mueve No mueve ni siquiera la punta del dedo.

Les chansons les plus courtes L'oiseau qui chante dans ma tête Et me répète que

Les chansons les plus courtes

L'oiseau qui chante dans ma tête Et me répète que je t'aime Et me répète que tu m'aimes L'oiseau au fastidieux refrain Je le tuerai demain matin.

LAS CANCIONES MÁS CORTAS

Al pájaro que canta en mi cabeza Y me repite que te amo Y me repite que me amas Al pájaro del fastidioso estribillo Lo mataré mañana en la mañana.

LE MARIAGE Une femme se jette dans une rivière Cette rivière se jette dans une

LE MARIAGE

Une femme se jette dans une rivière Cette rivière se jette dans une autre rivière Un homme se jette dans cette rivière

et cette rivière se jette dans la mer.

Et la mer retourne à se mettre sur la terre Une pipe de mousse Et la dentelle blanche de ses vagues exposées Qui brille sous la lune C'est le vêtement de la nouvelle mariée Simples cadeaux de bodas de la haute marée

LAS BODAS

Una mujer se echa a un río

Ese río se echa en otro río Un hombre se echa en ese río

Y

ese río se echa en el mar

Y

el mar vuelve a echar sobre la tierra

Una pipa de espuma

Y el encaje blanco de sus olas expuestas

Que brilla bajo la luna Es el traje de la desposada Simples regalos de bodas de la alta marea .

COMME PAR MIRACLE Comme par miracle Des oranges aux branches d'un oranger Comme par miracle

COMME PAR MIRACLE

Comme par miracle Des oranges aux branches d'un oranger Comme par miracle Un homme s'avance Mettant comme par miracle Un pied devant l'autre pour marcher Comme par miracle Une maison de pierre blanche Derrière lui sur la terre est posée Comme par miracle L'homme s'arrête au pied de l'oranger Cueille une orange l'épluche et la mange Jette la peau au loin et crache les pépins Apaisant comme par miracle Sa grande soif du matin Comme par miracle L'homme sourit Regardant le soleil qui se lève Et qui luit Comme par miracle Et l'homme ébloui rentre chez lui Et retrouve comme par miracle

Sa femme endormie Emerveillé De la voir si jeune si belle Et comme par miracle Nue dans le soleil Il la regarde Et comme par miracle elle se réveille Et lui sourit Comme par miracle il la caresse Et comme par miracle elle se laisse caresser Alors comme par miracle Des oiseaux de passage passent Qui passent comme cela Comme par miracle Des oiseaux de passsage qui s'en vont vers la mer Volant très haut Au-dessus de la maison de pierre Où l'homme et la femme Comme par miracle Font l'amour Des oiseaux de passage au-dessus du jardin Où comme par miracle l'oranger berce ses oranges Dans le vent du matin Jetant comme par miracle son ombre sur la route Sur la route où un prêtre s'avance Le nez dans son bréviaire le bréviaire dans les mains Et le prêtre marchant sur la pelure d'orange jetée par l'homme au loin Glisse et tombe Comme un prêtre qui glisse sur une pelure d'orange et qui tombe sur une route Un beau matin

COMO POR MILAGRO

Como por milagro Naranjas en las ramas de un naranjo Como por milagro Un hombre se adelanta Poniendo como por milagro Un pie delante de otro para andar Como por milagro Una casa de piedra blanca Detrás de él sobre la tierra está posada Como por milagro El hombre se detiene al pie del naranjo Toma una naranja la monda y la come Arroja la cáscara a lo lejos y escupe las pepitas Saciando como por milagro Su gran sed de la mañana

Como por milagro El hombre sonríe

Mirando al sol que se levanta

Y que luce

Como por milagro

Y

el hombre deslumbrado vuelve a su casa

Y

reencuentra como por milagro

A

su mujer dormida

Maravillado

De verla tan joven tan bella

Y como por milagro

Desnuda al sol Él la mira

Y

como por milagro ella se despierta

Y

le sonríe

Como por milagro él la acaricia

Y como por milagro ella se deja acariciar

Entonces como por milagro Pájaros de paso pasan Que pasan como eso Como por milagro Pájaros de paso que se van hacia el mar Volando muy alto Por encima de la casa de piedra Donde el hombre y la mujer Como por milagro

Hacen el amor Pájaros de paso por encima del jardín Donde como por milagro el naranjo acuna sus naranjas En el viento de la mañana Echando como por milagro su sombra sobre el camino Sobre el camino donde un sacerdote avanza La nariz en su breviario el breviario en sus manos

Y el sacerdote caminando sobre la cáscara

de naranja arrojada por el hombre a lo lejos Resbala y cae Como un sacerdote que resbala sobre una cáscara de naranja y que cae sobre un camino Una linda mañana.

Chanson des Escargots qui vont à l'enterrement A l'enterrement d'une feuille morte Deux escargots s'en

Chanson des Escargots qui vont à l'enterrement

A l'enterrement d'une feuille morte

Deux escargots s'en vont Ils ont la coquille noire Du crêpe autour des cornes Ils s'en vont dans le soir Un très beau soir d'automne Hélas quand ils arrivent

C'est déjà le printemps Les feuilles qui étaient mortes Sont toutes réssucitées Et les deux escargots Sont très désappointés Mais voila le soleil Le soleil qui leur dit Prenez prenez la peine La peine de vous asseoir Prenez un verre de bière

Si le coeur vous en dit

Prenez si ça vous plaît L'autocar pour Paris

Il partira ce soir

Vous verrez du pays Mais ne prenez pas le deuil

C'est moi qui vous le dit Ça noircit le blanc de l'oeil Et puis ça enlaidit Les histoires de cercueils C'est triste et pas joli Reprenez vous couleurs Les couleurs de la vie Alors toutes les bêtes Les arbres et les plantes Se mettent a chanter

A chanter a tue-tête

La vrai chanson vivante La chanson de l'été Et tout le monde de boire Tout le monde de trinquer C'est un très joli soir Un joli soir d'été Et les deux escargots S'en retournent chez eux Ils s'en vont très émus Ils s'en vont très heureux Comme ils ont beaucoup bu Ils titubent un petit peu Mais la haut dans le ciel La lune veille sur eux.

Canción para dos caracoles que van a un entierro

Al entierro de una hoja seca

se van dos caracoles

tienen la concha oscura

crespón llevan de moño bajo los arreboles

se fueron sin premura

una tarde de otoño

Cuando llegaron era ay ya la primavera todas las hojas secas habían resucitado y cada caracol

se sintió muy frustrado mas aparece el sol

el sol que apenas nace

les habla y así empieza sentaos aquí si os place un vaso de cerveza tomárselo en un tris mas si lo preferís tomad quizá os aguarde

el bus para París

partirá por la tarde

veréis a vuestro antojo la campiña feliz sin luto así me alegro lo digo sin sonrojo porque el luto de negro pone el blanco del ojo y lo vuelve a uno feo esos cuentos de féretros oírlos no deseo por ser de triste género revestid por favor de la vida el color luego animal y bestia los árboles las plantas entonaron con brío perdiendo la modestia forzando las gargantas la canción del estío como el calor les arde brinda todo el gentío es una linda tarde linda tarde de estío y los dos caracoles se van a casa en fila se van sin desencanto dichosos los alcoholes como bebieron tanto vacilan un poquito desde el cielo infinito la luna los vigila.

Le Ruisseau Beaucoup d’eau a passé sous le pont et aussi énormément de sang Mais

Le Ruisseau

Beaucoup d’eau a passé sous le pont

et aussi énormément de sang

Mais aux pieds de l’amour coule un grand ruisseau blanc Et dans les jardins de la lune où tous les jours c’est ta fête ce ruisseau chante en dormant Et cette lune c’est ma tête où tourne un grand soleil bleu Et ce soleil c’est tes yeux

El arroyo

Ha pasado mucha agua bajo los puentes y enormes cantidades de sangre Pero a los pies del amor corre un gran arroyo blanco

Y en los jardines de la luna

en los que cada día se celebra tu fiesta ese arroyo canta mientras duerme

Y esa luna es mi cabeza

donde gira un enorme sol azul

Y ese sol son tus ojos

Le cancre Il dit non avec la tête Mais il dit oui avec le coeur

Le cancre

Il dit non avec la tête Mais il dit oui avec le coeur Il dit oui à ce qu’il aime Il dit non au professeur Il est debout On le questionne Et tous les problèmes sont posés Soudain le fou rire le prend Et il efface tout Les chiffres et les mots Les dates et les noms Les phrases et les pièges Et malgré les menaces du maître Sous les huées des enfants prodiges Avec des craies de toutes les couleurs Sur le tableau noir du malheur Il dessine le visage du bonheur.

El escolar perezoso

Dice no con la cabeza pero dice sí con el corazón

dice sí a lo que quiere dice no al profesor está de pie lo interrogan le plantean todos los problemas

de pronto estalla en carcajadas

y borra todo

los números y las palabras los datos y los nombres las frases y las trampas

y sin cuidarse de la furia del maestro

ni de los gritos de los niños prodigios con tizas de todos los colores sobre el pizarrón del infortunio dibuja el rostro de la felicidad

Le fusillé Les fleurs les jardins les jets d’eau les sourires Et la douceur de

Le fusillé

Les fleurs les jardins les jets d’eau les sourires Et la douceur de vivre Un homme est là par terre et baigne dans son sang Les souvenirs les fleurs les jets d’eau les jardins Les rêves enfantins Un homme est là par terre comme un paquet sanglant Les fleurs les jets d’eau les jardins les souvenirs Et la douceur de vivre Un homme est là par terre comme un enfant dormant.

El fusilado

Las flores los jardines las fuentes las sonrisas

Y la alegría de vivir

Un hombre está caído y bañado en su sangre Los recuerdos las flores las fuentes los jardines Los sueños infantiles Un hombre está caído como un bulto sangriento

Las flores las fuentes los jardines los recuerdos

Y la alegría de vivir

Un hombre está caído como un niño dormido

Les feuilles mortes Oh! Je voudrais tant que tu te souviennes des jours heureux oů

Les feuilles mortes

Oh! Je voudrais tant que tu te souviennes des jours heureux oů nous étions amis En ce temps-lŕ la vie était plus belle et le soleil plus brűlant qu'aujourd'hui Les feuilles mortes se ramassent ŕ la pelle Tu vois je n'ai pas oublié Les feuilles mortes se ramassent ŕ la pelle les souvenirs et les regrets aussi et le vent du nord les emporte dans la nuit froide de l'oubli Tu vois je n'ai pas oublié la chanson que tu me chantais.

C'est une chanson qui nous ressemble Toi tu m'aimais et je t'aimais Et nous vivions tous deux ensemble toi qui m'aimais et que j'aimais Mais la vie sépare ceux qui s'aiment tout doucement sans faire de bruit et la mer efface sur la sable les pas des amants désunis Les feuilles mortes se ramassent ŕ la pelle

les souvenirs et les regrets aussi Mais mon amour silencieux et fidčle sourit toujours et remercie la vie Je t'aimais tant tu étais si jolie Comment veux-tu que je t'oublie

En ce temps-lŕ la vie était plus belle

et le soleil plus brűlant qu'aujourd'hui

Tu étais ma plus douce amie Mais je n'ai que faire des regrets Et la chanson que tu chantais

toujours toujours je l'entendrai

C'est une chanson qui nous ressemble Toi tu m'aimais

et je t'aimais

Et nous vivions tous deux ensemble toi qui m'aimais

et que j'aimais

Mais la vie sépare ceux qui s'aiment

tout doucement sans faire de bruit

et la mer efface sur la sable

les pas des amants désunis.

Las hojas muertas

Oh, me gustaría tanto que recordaras Los días felices cuando éramos amigos

En aquel tiempo la vida era más hermosa

Y el sol brillaba más que hoy.

Las hojas muertas se recogen con un rastrillo ¿Ves? No lo he olvidado Las hojas muertas se recogen con un rastrillo Los recuerdos y las penas, también.

Y el viento del norte se las lleva

En la noche fría del olvido ¿Ves? No he olvidado

la canción que tú me cantabas.

Es una canción que nos acerca Tú me amabas y yo te amaba Vivíamos juntos Tú, que me amabas, y yo, que te amaba

Pero la vida separa a aquellos que se aman Silenciosamente sin hacer ruido

Y el mar borra sobre la arena

El paso de los amantes que se separan.

Las hojas muertas se recogen con un rastrillo. Los recuerdos y las penas, también. Pero mi amor, silencioso y fiel

Siempre sonríe y le agradece a la vida. Yo te amaba, y eras tan linda Cómo crees que podría olvidarte? En aquel tiempo la vida era más hermosa Y el sol brillaba más que hoy Eras mi más dulce amiga, Mas no tengo sino recuerdos Y la canción que tú me cantabas, ¡Siempre, siempre la recordaré!

Nuages Je suis allée chercher mon tricot de laine et chevreau m’a suivie le gris

Nuages

Je suis allée chercher mon tricot de laine et chevreau m’a suivie le gris il se méfie pas comme le grand il est encore trop petit

Elle était toute petite aussi mais quelque chose en elle parlait déjà vieux comme le monde Déjà elle savait des choses atroces par exemple qu’il faut se méfier et elle regardait le chevreau et le chevreau la regardait et elle avait envie de pleurer Il est comme moi dit-elle un peu triste et un peu gai Et puis elle eut un grand sourire et la pluie se mit à tomber.

Nubes

Yo fui a buscar mi tricota de lana y el cabrito me siguió

el gris

no desconfía como el grande

es todavía demasiado pequeño

También ella era demasiado pequeña

pero algo ya en ella se manifestaba tan viejo como el mundo

Ya

conocía cosas atroces por ejemplo

que hay que desconfiar

Y

ella miraba al cabrito y el cabrito la miraba

y

entonces le venían ganas de llorar

Es como yo

decía

un poco triste y un poco alegre

después la iluminó una gran sonrisa

Y

y

la lluvia comenzó a caer

Pour rire en société Le dompteur a mis sa tête dans la gueule du lion

Pour rire en société

Le dompteur a mis sa tête dans la gueule du lion moi j'ai mis seulement deux doigts dans le gosier du Beau Monde Et il n'a pas eu le temps de me mordre

Tout simplement il a vomi en hurlant un peu de cette bile d'or à laquelle, il tient tant Pour réussir ce tour utile et amusant Se laver les doigts soigneusement dans une pinte de bon sang à Chacun son cirque.

Para reír en sociedad

El domador puso su cabeza en la boca del león yo yo puse solamente dos dedos

en la garganta del Bello Mundo No tuvo tiempo de morderme

Muy sencillamente vomitó rugiendo un poco de esa bilis de oro a la que es tan afecto Para que esa jugarreta resulte útil y divertida lavarse los dedos cuidadosamente en una pinta de buena sangre

A cada uno con su circo

Sables mouvants Démons et merveilles Vents et marées Au loin déjà la mer s'est retirée

Sables mouvants

Démons et merveilles Vents et marées Au loin déjà la mer s'est retirée Et toi Comme une algue doucement caressée par le vent Dans les sables du lit tu remues en rêvant Démons et merveilles Vents et marées Au loin déjà la mer s'est retirée Mais dans tes yeux entrouverts Deux petites vagues sont restées Démons et merveilles Vents et marées Deux petites vagues pour me noyer.

ARENAS MOVEDIZAS

Demonios y maravillas Vientos y mareas A lo lejos ya el mar se ha retirado

Y tú Como un alga dulcemente acariciada por el viento En las arenas del viento te agitas entre sueños Demonios y maravillas Vientos y mareas A lo lejos ya el mar se ha retirado Pero en tus ojos entreabiertos Han quedado dos pequeñas olas Demonios y maravillas Vientos y mareas Dos pequeñas olas para ahogarme.

Cet amour Cet amour Si violent Si fragile Si tendre Si désespéré Cet amour Beau

Cet amour

Cet amour Si violent Si fragile Si tendre Si désespéré Cet amour Beau comme le jour Et mauvais comme le temps Quand le temps est mauvais Cet amour si vrai Cet amour si beau Si heureux Si joyeux Et si dérisoire Tremblant de peur comme un enfant dans le noir Et si sûr de lui Comme un homme tranquille au milieu de la nuit Cet amour qui faisait peur aux autres Qui les faisait parler Qui les faisait blémir Cet amour guetté Parce que nous le guettions Traqué blessé piétiné achevé nié oublié Parce que nous l'avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié Cet amour tout entier Si vivant encore

Et tout ensoleillé C'est le tien C'est le mien Celui qui a été Cette chose toujours nouvelles Et qui n'a pas changé Aussi vraie qu'une plante Aussi tremblante qu'un oiseau Aussi chaude aussi vivante que l'été Nous pouvons tous les deux Aller et revenir Nous pouvons oublier Et puis nous rendormir Nous réveiller souffrir vieillir Nous endormir encore Rêver à la mort Nous éveiller sourire et rire Et rajeunir Notre amour reste là Têtu comme une bourrique Vivant comme le désir Cruel comme la mémoire Bête comme les regrets Tendre comme le souvenir Froid comme le marbre Beau comme le jour Fragile comme un enfant Il nous regarde en souriant Et il nous parle sans rien dire Et moi j'écoute en tremblant Et je crie Je crie pour toi Je crie pour moi Je te supplie Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s'aiment Et qui se sont aimés Oui je lui crie Pour toi pour moi et pour tous les autres Que je ne connais pas Reste là Là où tu es Là où tu étais autrefois Reste là Ne bouge pas Ne t'en va pas Nous qui sommes aimés Nous t'avons oublié Toi ne nous oublie pas Nous n'avions que toi sur la terre Ne nous laisse pas devenir froids Beaucoup plus loin toujours Et n'importe où

Donne-nous signe de vie Beaucoup plus tard au coin d'un bois Dans la forêt de la mémoire Surgis soudain Tends-nous la main Et sauve-nous.

Este amor

Este amor Tan violento Tan frágil Tan tierno Tan desesperado Este amor

Bello como el día

Y malo como el tiempo

Cuando hace mal tiempo

Este amor tan verdadero Este amor tan hermoso Tan feliz Tan alegre

Y tan irrisorio

Temblando de miedo como un niño en la oscuridad

Y tan seguro de sí mismo

Como un hombre tranquilo en medio de la noche Este amor que daba miedo a los otros Que les hacía hablar Que los hacía palidecer Este amor acechado Porque lo acechábamos Acosado herido pisoteado rematado negado olvidado Porque lo acosamos herimos pisoteamos rematamos negamos olvidamos Este amor íntegro Tan vivo aún

Y soleado

Es el tuyo Es el mío Ese que ha sido

Ese algo siempre nuevo

Y que no ha cambiado

Tan verdadero como una planta Tan tembloroso como un pájaro

Tan cálido tan vivo como el verano Juntos podemos los dos

Ir y venir

Podemos olvidar

Y después volvernos a dormir

Despertarnos envejecer sufrir

Volvernos a dormir Soñar con la muerte

Despertarnos sonreír y reír

Y rejuvenecer

Nuestro amor sigue allí

Empecinado como un borrico Vivo como el deseo Cruel como la memoria Ridículo como los arrepentimientos Tierno como los recuerdos Frío como el mármol Hermoso como el día Frágil como un niño Nuestro amor nos mira sonriendo Nos habla sin decir nada

Y

yo lo escucho tembloroso

Y

grito

Grito por ti Grito por mí

Te suplico Por ti por mí por todos los que se aman

Y

los que se han amado

Si

le grito

Por ti por mí y por todos los demás

Que no conozco

Quédate

Allí donde estas

Donde estabas antes

Quédate

No te muevas No te vayas Nosotros los que somos amados Te hemos olvidado Pero tú no nos olvides

Sólo te teníamos a ti sobre la tierra No dejes que nos volvamos fríos Aunque sea cada vez desde más lejos

Y desde donde sea

Danos señales de vida

Mucho más tarde desde el rincón de un bosque En la selva de la memoria Surgiendo de repente Tiéndenos la mano

Y sálvanos.

L'orgue de barbarie Moi je joue du piano disait l'un moi je joue du violon

L'orgue de barbarie

Moi je joue du piano disait l'un moi je joue du violon disait l'autre

moi de la harpe moi du banjo moi du violoncelle

moi du biniou

et moi de la crécelle. Et les uns et les autres parlaient parlaientparlaient de ce qu'ils jouaient On n'entendait pas la musique tout le monde parlait parlait parlait personne ne jouait mais dans un coin un homme se taisait:

"Et de quel instrument jouez-vous Monsieur qui vous taisez et qui ne dites rien?" lui demandèrent les musiciens" Moi je joue de l'orgue de Barbarie et je joue du couteau aussi" dit l'homme qui jusqu'ici n'avait absolument rien dit et puis il s'avança le couteau à la main

moi de la flûte

et il tua tous les musiciens et il joua de l'orgue de Barbarie et sa musique était si vraie et si vivante et si jolie que la petite fille du maître de la maison sortit de dessous le piano où elle était couchée endormie par ennui et elle dit:

"Moi je jouais au cerceau

à la balle au chasseur

je jouais à la marelle je jouais avec un seau je jouais avec une pelle je jouais au papa et à la maman je jouais à chat perché je jouais avec mes poupées je jouais avec une ombrelle je jouais avec mon petit frèr eavec ma petite soeur je jouais au gendarme et au voleur mais c'est fini fini fini je veux jouer à l'assassin je veux jouer de l'orgue de Barbarie." Et l'homme prit la petite fille par la main et ils s'en allèrent dans les villes dans les maisons dans les jardins et puis ils tuèrent le plus de monde possible après quoi ils se marièrent et ils eurent beaucoup d'enfants. Mais l'aîné apprit le piano le second le violon le troisième la harpe le quatrième la crécelle le cinquième le violoncelle et puis ils se mirent à parler parler parler parler parler on n'entendit plus la musique et tout fut à recommencer!

El organillo

Yo toco el piano decía uno yo el violín decía otro

yo el arpa yo el banjo yo el violoncelo

yo la gaita

y yo la matraca.

yo la flauta

Y unos y otros hablaban hablaban

hablaban de sus instrumentos No se oía la música todos hablaban hablaban hablaban

nadie tocaba

pero en un rincón un hombre se callaba:

"Qué instrumento toca usted señor usted que calla y no dice nada?"

le preguntaron los músicos.

"Yo toco el organillo

y también toco el cuchillo"

dijo el hombre que hasta ese momento no había dicho nada

y

avanzó cuchillo en mano

y

mató a todos los músicos

y

tocó el organillo

y

su música era tan real

tan bonita y tan viva que la hija del dueño de la casa salió de debajo del piano

donde se había quedado dormida de aburrimiento

y dijo:

"Yo tocaba un sueño un árbol un gato un espejo yo tocaba un leño muy desparejo yo tocaba un avestruz yo tocaba un cuaderno yo tocaba un arcabuz yo tocaba un invierno yo tocaba a mamá y a papá yo tocaba dominó sobre el sofá

pero esto se acabó se acabó se acabó ahora quiero tocar a un asesino quiero tocar el organillo."

Y

el hombre tomó la pequeña de la mano

y

cruzaron casas jardines ciudades

y

mataron a cuanta gente pudieron

y

después se casaron

y

tuvieron muchos hijos

Pero

el

mayor aprendió el piano

el

segundo el violín

el

tercero el arpa

el

cuarto el banj

oel quinto el violoncelo

y después se pusieron a hablar hablar hablar hablar hablar

la

música ya no se oyó más

¡y

todo volvió a empezar!

Cheveux noirs à Florence Cheveux noirs cheveux noirs caressés par les vagues cheveux noirs cheveux

Cheveux noirs

à Florence

Cheveux noirs cheveux noirs caressés par les vagues cheveux noirs cheveux noirs

décoiffés par le vent Le brouillard de septembre

flotte derrière les arbres

le soleil est un citron vert

Et la Misère dans sa voiture vide

traînée par trois enfants trop blonds traverse les décombres

et s'en va vers la mer

Cheveux noirs cheveux noirs

caressés par les vagues cheveux noirs cheveux noirs décoiffés par le vent ( )

Cabellos negros

a Florence

Cabellos negros cabellos negros acariciados por las olas cabellos negros cabellos negros despeinados por el viento La niebla de septiembre flota detrás de los árboles

el

sol es un limón verde

Y

la miseria

en su coche vacío

del que tiran tres niños muy rubios atraviesa las ruinas

y marcha hacia el mar

Cabellos negros cabellos negros acariciados por las olas cabellos negros cabellos negros despeinados por el viento

La grasse matinée Jacques Prévert (1900 - 1977) Il est terrible Le petit bruit de

La grasse matinée Jacques Prévert (1900 - 1977)

Il est terrible Le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain Il est terrible ce bruit Quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim Elle est terrible aussi dans la tête de l'homme La tête de l'homme qui a faim Quand il se regarde à six heures du matin Dans la glace du grand magasin Une tête couleur de poussière Ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde Dans la vitrine de chez Potin Il s'en fout de sa tête l'homme Il n'y pense pas Il songe Il imagine une autre tête Une tête de veau par exemple Avec une sauce de vinaigre Ou une tête de n'importe quoi qui se mange Et il remue doucement la mâchoire Doucement Et il grince des dents doucement Car le monde se paye sa tête

Et il ne peut rien contre ce monde Et il compte sur ses doigts un deux trois Un deux trois Cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé Et il a beau se répéter depuis trois jours Ca ne peut pas durer Ca dure Trois jours Trois nuits Sans manger Et derrière ces vitres Ces pâtés ces bouteilles ces conserves Poissons morts protégés par les boîtes Boîtes protégées par les vitres Vitres protégées par les flics

Flics protégés par la crainte Que de barricades pour six malheureuses sardines Un peu plus loin le bistrot Café-crême et croissants chauds L'homme titube Et dans l'intérieur de sa tête Un brouillard de mots Un brouillard de mots Sardines à manger Oeuf dur café-crème Café arrosé rhum Café-crème Café-crème Café-crime arrosé sang ! Un homme très estimé dans son quartier

a été égorgé en plein jour

L'assassin le vagabond lui a volé Deux francs Soit un café arrosé Zéro franc soixante-dix Deux tartines beurrées Et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.

Il est terrible

le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain

il est terrible ce brui

tquand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim

Antes de mediodia

Es terrible el leve ruido del huevo duro al ser cascado contra el estaño de un mostrador es terrible ese ruido

cuando resuena en la memoria de un hombre que pasa hambre es terrible también la cabeza del hombre la cabeza del hombre que pasa hambre cuando a las seis de la mañana ve en el cristal de una gran tienda una cabeza del color del polvo sin embargo no es su cabeza lo que ve en la vidriera de Potin su cabeza de hombre le importa un bledo ni se acuerda de ella

sueña

imagina otra cabeza por ejemplo una cabeza de ternera con salsa vinagreta

o

una cabeza de lo que sea con tal de que sea comestible

y

mueve suavemente las mandíbulas

suavemente

y hace rechinar los dientes suavemente

pues el mundo ni lo tiene en cuenta

y

él nada puede contra ese mundo

y

cuenta con los dedos uno dos tres

es decir tres días sin comer

y por más que se repita desde hace tres días

Esto no puede durar esto dura tres días tres noches sin comer

y detrás de esos vidrios

esos embutidos esas botellas esas conservas

pescados protegidos por latas latas protegidas por vidrios vidrios protegidos por esbirros

esbirros protegidos por el miedo cuántas barreras por unas sardinas de mala suerte… Algo más allá el cafetín café-crema y bollos calientes el hombre titubea

y en su cabeza

una niebla de palabras

una niebla de palabras sardinas para comer huevo duro café-crema café con gotas de ron

café-crema

café-crema

¡café-crimen con gotas de sangre! Un hombre muy estimado en su barrio ha sido degollado en pleno día el asesino el vagabundo le robó dos francos

es decir un café con gotas de ron cero franco setenta dos rebanadas de pan con manteca y veinticinco céntimos de propina para el mozo.

Es terrible el leve ruido del huevo duro cascado contra el estaño de un mostrador es terrible ese ruido cuando resuena en la memoria de un hombre que pasa hambre.

Combat avec l'ange A J.-B. Brunius N'y va pas tout est combiné d'avance le match

Combat avec l'ange

A J.-B. Brunius

N'y va pas

tout est combiné d'avance

le

match est truqué

et

quand il apparaîtra sur le ring

environné d'eclairs de magnésium ils entonneront à tue-tête le Te Deum

et avant même que tut te sois levé de ta chaise

ils te sonneront les cloches à toute volée

ils te jetteront à la figure l'éponge sacrée

et

tu n'auras pas le temps de lui voler dans les plumes

il

se jetteront sur toi

et

il frappera au-dessous de la ceinture

et

tut t'écrouleras

les bras stupidement en croix dans la sciure

et jamais plus tu ne pourras faire l'amour.

El combate con el ángel

A J .-B. Brunius

No te metas todo está combinado de antemano

el

match está fraguado

y

cuando él aparezca en el ring

envuelto en relampagueos de magnesio

entonarán a grito pelado el Te Deum

y antes de que te hayas levantado de tu asiento te echarán a vuelo las campanas te arrojarán a la cara la esponja sagrada

y no tendrás tiempo de sacudirle las plumas se arrojarán sobre ti

y él te castigará por debajo de la cintura

y te desplomarás los brazos estúpidamente en cruz sobre el aserrín

y nunca más podrás hacer el amor.

------------------------------------------------------------------------------

Où je vais, d'où je viens Où je vais, d'où je viens Pourquoi je suis

Où je vais, d'où je viens

Où je vais, d'où je viens Pourquoi je suis trempée. Voyons, ça se voit bien. Il pleut. La pluie, c'est de la pluie Je vais dessous, et puis, Et puis c'est tout. Passez votre chemin Comme je passe le mien. C'est pour mon plaisir Que je patauge dans la boue. La pluie, ça me fait rire. Je ris de tout et de tout et de tout. Si vous avez la larme facile Rentrez plutôt chez vous, Pleurez plutôt sur vous, Mais laissez-moi, Laissez-moi, laissez-moi , laissez-moi, laissez-moi. Je ne veux pas entendre le son de votre voix, Passez votre chemin Comme je passe le mien. Le seul homme que j'aimais, c'est vous qui l'avez tué,

Matraqué, piétiné achevé. J'ai vu son sang couler, couler dans le ruisseau, dans le ruisseau.

Passez votre chemin comme je passe le mien. L'homme que j'aimais est mort, la tête dans la boue. Ce que j'peux vous haïr,

vous haïr

Et vous vous attendrissez sur moi, vous êtes trop bons pour moi, beaucoup trop bons, croyez-moi.

c'est fou

c'est fou

c'est fou.

Vous êtes bons mais un jour

Passez votre chemin,

hommes bons

bons comme le ratier est bon pour le rat un jour viendra où le rat vous mordra

hommes de bien.

A dónde voy, de dónde vengo

¿A dónde voy?, ¿de dónde vengo?, ¿Por qué estoy mojado? Veamos, esto se ve bien. Llueve. La lluvia es por la lluvia. Voy abajo, y después, después eso es todo. Seguid vuestro camino como yo sigo el mío. Porque me gusta chapoteo en el barro. La lluvia, me hace reír. Me río absolutamente de todo. Si lloráis por cualquier cosa mejor quedaos en vuestra casa, llorad por vosotros, pero dejadme. Dejadme, dejadme, dejadme, dejadme.

No quiero oír el sonido de vuestra voz, seguid vuestro camino como yo sigo el mío. El único hombre que amaba, me lo habéis matado,

aporreado, pisoteado

He visto su sangre correr, correr en el arroyo. Seguid vuestro camino como yo sigo el mío. El hombre que amabae

rematado.

sta muerto, la cabeza en el barro. Por esto puedo odiaros,

odiaros

Y os enterneceréis conmigo, sois muy buenos para mí,

demasiado buenos, creedme.

es exagerado

exagerado

es exagerado.

Sois buenos, buenos como el perro ratonero es bueno parala rata… pero un día… vendrá un día en que la rata os muerda… Seguid vuestro camino, hombres buenos… hombres de bien.

Le grand homme Chez une tailleur de pierre où je l'ai rencontré il faisait prendre

Le grand homme

Chez une tailleur de pierre où je l'ai rencontré il faisait prendre ses mesures pour la postérité.

El gran hombre

En la casa del tallista de piedra donde lo conocí se hizo tomar las medidas para la posteridad.

Chez la fleuriste Un homme entre chez une fleuriste et choisit des fleurs la fleuriste

Chez la fleuriste

Un homme entre chez une fleuriste et choisit des fleurs la fleuriste enveloppe les fleurs l'homme met la main à sa poche pour chercher l'argent l'argent pour payer les fleurs mais il met en même temps subitement la main sur son cœur et il tombe

En même temps qu'il tombe l'argent roule à terre et puis les fleurs tombent en même temps que l'homme en même temps que l'argent et la fleuriste reste là avec l'argent qui roule avec les fleurs qui s'abîment avec l'homme qui meurt évidemment tout ça est très triste et il faut qu'elle fasse quelque chose la fleuriste mais elle ne sait pas comment s'y prendre elle ne sait pas

par quel bout commencer

Il y a tant de choses à faire

avec cet homme qui meurt ces fleurs qui s'abîment et cet argent cet argent qui roule qui n'arrête pas de rouler.

En la floristería

Un hombre entra en la floristería

y escoge unas flores

la florista las envuelve

el hombre se lleva la mano al bolsillo para buscar dinero dinero para pagar las flores pero al mismo tiempo se lleva

repentinamente

la mano al corazón

y cae

Al mismo tiempo que cae el dinero cae al suelo

y también las flores caen

al mismo tiempo que el hombre al mismo tiempo que el dinero

y la florista queda allí

ante el dinero que rueda ante las flores que se estropean ante el hombre que muerte

evidentemente todo esto es muy triste

y es necesario que la florista haga algo pero no sabe qué hacer no sabe por dónde comenzar

Hay tanto por hacer con ese hombre que muere

esas flores que se marchitan

y ese dinero

ese dinero que rueda que no deja de rodar.

Le chat et l'oiseau Un village écoute désolé Le chant d'un oiseau blessé C'est le

Le chat et l'oiseau

Un village écoute désolé Le chant d'un oiseau blessé C'est le seul oiseau du village Et c'est le seul chat du village Qui l'a à moitié dévoré Et l'oiseau cesse de chanter Le chat cesse de ronronner Et de se lécher le museau Et le village fait à l'oiseau De merveilleuses funérailles Et le chat qui est invité Marche derrière le petit cercueil de paille Où l'oiseau mort est allongé Porté par une petite fille Qui n'arrête pas de pleurer Si j'avais su que cela te fasse tant de peine Lui dit le chat Je l'aurais mangé tout entier Et puis je t'aurais raconté Que je l'avais vu s'envoler S'envoler jusqu'au bout du monde Là-bas où c'est tellement loin Que jamais on en revient Tu aurais eu moins de chagrin Simplement de la tristesse et des regrets

Il ne faut jamais faire les choses à moitié.

El gato y el pájaro

Un pueblo escucha desolado

el canto de un pájaro herido.

Es el único pájaro del pueblo

y es el único gato del pueblo

que lo ha devorado a medias.

el pájaro cesa de cantar

Y

gato cesa de ronronear

el

de relamerse el hocico.

y

el pueblo le hace al pájaro

Y

maravillosos funerales.

Y el gato que está invitado

marcha detrás del pequeño ataúd de paja donde el pájaro muerto está estirado

llevado por una niñita que no deja de llorar.

Si

hubiera sabido que eso te daba tanta pena,

le

dice el gato,

me lo hubiera comido del todo

y después te hubiera contado

que lo había visto volarse volarse hasta el fin del mundo allá donde es tan lejos que nunca se vuelve. Tu hubieras tenido menos pena Simplemente tristeza y aflicción

Nunca hay que hacer las cosas a medias.

La pêche à la baleine À la pêche à la baleine, à la pêche à

La pêche à la baleine

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,

Disait le père d'une voix courroucée

À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,

Tu ne veux pas aller, Et pourquoi donc ? Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête Qui ne m'a rien fait, papa, Va la pêpé, va la pêcher toi-même, Puisque ça te plaît, J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère Et le cousin Gaston.

Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé Sur la mer démontée Voilà le père sur la mer, Voilà le fils à la maison, Voilà la baleine en colère, Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière, La soupière au bouillon. La mer était mauvaise, La soupe était bonne. Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :

À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,

Et pourquoi donc que j'y ai pas été ?

Peut-être qu'on l'aurait attrapée, Alors j'aurais pu en manger.

Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau Le père apparaît hors d'haleine, Tenant la baleine sur son dos.

Il jette l'animal sur la table, une belle baleine aux yeux

bleus,

Une bête comme on en voit peu, Et dit d'une voix lamentable :

Dépêchez-vous de la dépecer, J'ai faim, j'ai soif, je veux manger. Mais voilà Prosper qui se lève, Regardant son père dans le blanc des yeux, Dans le blanc des yeux bleus de son père, Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :

Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a rien fait ? Tant pis, j'abandonne ma part. Puis il jette le couteau par terre, Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père Elle le transperce de père en part. Ah, ah, dit le cousin Gaston, On me rappelle la chasse, la chasse aux papillons. Et voilà Voilà Prosper qui prépare les faire-part, La mère qui prend le deuil de son pauvre mari

Et la baleine, la larme à l'oeil contemplant le foyer détruit. Soudain elle s'écrie :

Et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile, Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille. Alors éclatant d'un rire inquiétant, Elle se dirige vers la porte et dit

À la veuve en passant :

Madame, si quelqu'un vient me demander, Soyez aimable et répondez :

La baleine est sortie,

Asseyez-vous,

Attendez là, Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra

La pesca de la ballena

A pescar ballenas, a pescar ballenas,

Decía el padre con voz irritada

A Próspero, su hijo, acostado bajo el ropero,

A pescar ballenas, a pescar ballenas,

Tú no quieres ur,

¿Se puede saber por qué?

Y por qué, pregunto yo, habría de pescar

Un animal que no me ha hecho nada, papá,

Ve a la pesca, ve a pescarla tú, Ya que esto no te gusta,

Yo prefiero quedarme en casa con mi pobre mamá

Y el primo Gastón.

El padre subió solo a la ballenera

Y se hizo al embravecido mar

He aquí pues el padre en el mar,

El hijo en casa,

La ballena enfurecida,

Y el primo Gastón que vuelca

La sopera con el caldo. El mar estaba malo,

La sopa estaba buena.

Y he aquí que Próspero

En su silla se lamenta:

A pescar ballenas yo no fui,

Quisiera saber por qué.

De haber atrapado una, Hubiera podido comer ballena. Pero he aquí que la puerta se abre, y empapado Aparece el padre sin aliento, Con la ballena al hombro. Arroja sobre la mesa al animal, una hermosa ballena de ojos azules, Un animal hermoso como pocos,

Y dice con lastimera voz:

Daos prisa en descuartizarla, Tengo hambre, tengo sed, quiero comer. Mas hete aquí que Próspero se levanta, Mirando a su padre en el blanco de los ojos El blanco de los ojos azules de su padre,

Azules como los de la ballena de ojos azules:

¿Y por qué habría de despedazar yo

A un pobre animal que no me ha hecho ningún daño?

Paciencia, renuncio a mi parte.

Y arroja el cuchillo al suelo,

Pero la ballena se apodera de él, y abalanzándose sobre el padre Lo atraviesa de lado a lado. Ah, ah, dice el primo Gastón,

Esto me recuerda la caza, la caza de mariposas.

Y allí tenéis

Allí tenéis a Próspero preparando las participaciones

A

su madre enlutada por su pobre marido

Y

a la ballena que contempla con lágrimas en los ojos

El hogar destruido. DE pronto la ballena exclama:

Por qué he matado a ese pobre imbécil,

Ahora los demás van a perseguirme en motoras

Y exterminarán a toda mi pequeña familia.

Entonces, con inquietante risa, Se dirige hacia la puerta y al pasar Dice a la viuda:

Señora, si alguien pregunta por mí,

Sea amable conteste:

La ballena ha salido, Tomen asiento, Espérenla, Dentro de quince años, sin duda volverá

Je suis comme je suis Je suis comme je suis Je suis faite comme ça

Je suis comme je suis

Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j'ai envie de rire Oui je ris aux éclats J'aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n'est pas le même Que j'aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi

Je suis faite pour plaire Et n'y puis rien changer Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu'est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais Qu'est-ce que ça peut vous faire Ce qui m'est arrivé Oui j'ai aimé quelqu'un

Oui quelqu'un m'a aimée Comme les enfants qui s'aiment Simplement savent aimer Aimer aimer Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n'y puis rien changer.

Soy como soy

Soy como soy Estoy hecha así

Cuando tengo ganas de reír

Me río a carcajadas

Amo al que me ama Acaso es culpa mía Que no sea siempre el mismo El que amo en cada ocasión Soy como soy Estoy hecha así Qué más pretendéis Qué más queréis de mí

Estoy hecha para gustar

Y no hay nada que hacerle

Mis tacones son muy altos

Mi cuerpo muy erguido

Mis pechos muy firmes

Mis ojeras muy profundas Pero después de todo Qué puede importaros Soy como soy Gusto al que le gusto Qué puede importaros

Lo que me sucedió

Si

amé a alguien

Si

alguien me amó

Como los niños que se aman Simplemente saben amar Amar amar… Por qué hacerme preguntas

Estoy donde estoy para gustaros

Y no hay nada que hacerle.

Le droit chemin À chaque kilomètre chaque année des vieillards au front borné indiquent aux

Le droit chemin

À chaque kilomètre

chaque année des vieillards au front borné indiquent aux enfants la route d'un geste de ciment armé

El camino recto

A cada kilómetro

cada año viejos muy limitados señalan a los niños el camino con un gesto de cemento armado

Vous allez voir ce que vous allez voir Une fille nue nage dans la mer

Vous allez voir ce que vous allez voir

Une fille nue nage dans la mer Un homme barbu marche sur l'eau Où est la merveille des merveilles Le miracle annoncé plus haut ?

Vereis lo que vereis

Una joven desnuda nada en el mar Un hombre barbado anda sobre las aguas ¿Cuál es la maravilla de las maravillas, el milagro enunciado arriba?

Alicante Une orange sur la table Ta robe sur le tapis Et toi dans mon

Alicante

Une orange sur la table Ta robe sur le tapis Et toi dans mon lit Doux présent du présent Fraîcheur de la nuit Chaleur de ma vie.

Alicante

Una naranja sobre la mesa Tu vestido sobre la alfombra Y tú en mi cama Dulce presente del presente Frescura de la noche Calor de la vida

Fleurs et couronnes Homme Tu as regardé la plus triste la plus morne de toutes

Fleurs et couronnes

Homme Tu as regardé la plus triste la plus morne de toutes les fleurs de la terre Et comme aux autres fleurs tu lui as donné un nom Tu l'as appelée Pensée. Pensée C'était comme on dit bien observé Bien pensé Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent jamais Tu les as appelées immortelles C'était bien fait pour elles Mais le lilas tu l'as appelé lilas Lilas c'était tout à fait ça

Lilas

Aux marguerites tu as donné un nom de femme Ou bien aux femmes tu as donné un nom de fleur C'est pareil.L'essentiel c'était que ce soit joli Que ça fasse plaisir Enfin tu as donné les noms simples à toutes les fleurs simples Et la plus grande la plus belle Celle qui pousse toute droite sur le fumier de la misère Celle qui se dresse à côté des vieux ressorts rouillés A côté des vieux chiens mouillés A côte des vieux matelas éventrés

Lilas

A côté des baraques de planches où vivent les sous-alimentés

Cette fleur tellement vivante Toute jaune toute brillante Celle que les savants appellent Hélianthe Toi tu l'as appelée soleil Soleil Hélas! hélas! hélas et beaucoup de fois hélas! Qui regarde le soleil hein? Qui regarde le soleil? Personne ne regarde plus le soleil

Les hommes sont devenus ce qu'ils sont devenus Des hommes intelligents Une fleur cancéreuse tubéreuse et méticuleuse à leur boutonnière Ils se promènent en regardant par terre Et ils pensent au ciel

Ils pensent

Ils ne peuvent plus aimer les véritables fleurs vivantes Ils aiment les fleurs fanées les fleurs séchées Les immortelles et les pensées

Et ils marchent dans la boue des souvenirs dans la boue des regrets Ils se traînent

A grand-peine

Dans les marécages du passé

Et ils traînent

Et ils traînent les pieds au pas cadencé Ils avancent à grand-peine

Enlisés dans leurs champs-élysées Et ils chantent à tue-tête la chanson mortuaire Oui ils chantent

A tue-tête

Mais tout ce qui est mort dans leur tête

Pour rien au monde ils ne voudraient l'enlever Parce que Dans leur tête Pousse la fleur sacrée La sale maigre petite fleur La fleur malade La fleur aigre La fleur toujours fanée La fleur personnelle

Ils pensent

ils n'arrêtent pas de penser

ils traînent leurs chaînes

La pensée

Flores y coronas

Hombre

Tú has mirado la más triste la más mustia de todas las flores de la tierra

Y como a las otras flores le diste nombre

La llamaste Pensamiento.

Pensamiento

Como suele decirse nada más justo

Y bien pensado

Y a esas malditas flores que no viven ni se marchitan jamás

Las llamaste siempre vivas… Se lo tienen merecido… Pero a las lilas las llamaste lilas Lilas les sienta

Lilas…Lilas…

A

las margaritas les diste nombre de mujer

O

mejor dicho a las mujeres les diste nombre de flor

Es lo mismo Lo esencial es que fuera bonito

Que causara placer…

En fin les diste nombres simples a todas las flores simples

Y a la más grande, a la más bella

A esa que brota sobre el estiércol de la miseria

A esa que se yergue junto a los viejos resortes enmohecidos

Junto a viejos perros vagabundos Junto a viejos colchones despanzurrados

Junto a las barracas de madera donde viven los mal alimentados

A esa flor llena de vida

Toda amarilla toda radiante

A esa que los sabios llaman heliante

La llamaste Mirasol

…Mirasol…

¡Ay! ¡ay! ¡ay! Y muchas veces ¡ay! ¿Quién mira al mirasol? ¿eh? ¿Quién mira al mirasol? Nadie mira al mirasol Los hombres han llegado a ser lo que son Hombres inteligentes…

Una flor cancerosa tuberosa y minuciosa en el ojal Pasean mirando el suelo Piensan…piensan…y no cesan de pensar No pueden amar ya las verdaderas flores vivas Aman a las flores marchitas las flores secas Las siemprevivas y los pensamientos

Y marchan por el barro de los recuerdos por el barro de los arrepentimientos…

Se arrastran

A duras penas

En las ciénagas del pasado

Y

arrastran… arrastran a sus cadenas

Y

arrastran los pies con pasos cadenciosos…

Avanzan a duras penas

Hundidos en las arenas movedizas de sus campos elíseos

Y

cantan a grito pelado la canción funeraria

cantan

A

grito pelado

Pero todo eso que está muerto en sus cabezas Por nada del mundo querrían perderlo

Porque

En sus cabezas Crece la flor sagrada La sucia escuálida florecilla

La flor enferma La flor acre La flor siempre marchita La flor personal… …El pensamiento…

Pater noster Notre Père qui êtes aux cieux Restez-y Et nous nous resterons sur la

Pater noster

Notre Père qui êtes aux cieux Restez-y Et nous nous resterons sur la terrre Qui est quelquefois si jolie Avec ses mystères de New York Et puis ses mystères de Paris Qui valent bien celui de la Trinité Avec son petit canal de l'Ourcq Sa grande muraille de Chine Sa rivière de Morlaix Ses bêtises de Cambrai Avec son Océan Pacifique Et ses deux bassins aux Tuilleries

Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets Avec toutes les merveilles du monde Qui sont là Simplement sur la terre Offertes à tout le monde Éparpillées Émerveillées elles-même d'être de telles merveilles Et qui n'osent se l'avouer Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer Avec les épouvantables malheurs du monde Qui sont légion

Avec leurs légionnaires Aves leur tortionnaires Avec les maîtres de ce monde Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres Avec les saisons Avec les années Avec les jolies filles et avec les vieux cons Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.

Pater noster

Padre nuestro que estás en los cielos Sigue allí

Y nosotros seguiremos en la tierra

A veces tan linda

Con los misterios de Nueva York

Y los misterios de París

Que bien valen los de la Trinidad

Con el pequeño canal del Ourcq La Gran Muralla China El río de Morlaix Los bombones de menta El océano Pacífico

Y las dos fuentes de las Tullerías

Con los niños buenos y los tipos malos Con todas las maravillas del mundo Que están aquí Simplemente en la tierra Al alcance de todo el mundo

Dispersas

Maravilladas ellas mismas de ser tales maravillas

Y sin atreverse a confesárselo

Como una jovencita desnuda que no se atreve a

mostrarse

Con las espantosas desgracias del mundo

Que son legión Con los legionarios Con los verdugos Con los poderosos de este mundo

Los poderosos con sus sacerdotes sus traidores y sus

reitres

Con las estaciones Con los años Con las chicas bonitas y con los viejos verdes Con los jergones de la miseria pudriéndose entre el acero de los cañones

Paris at night Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit La première pour

Paris at night

Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit La première pour voir ton visage tout entier La seconde pour voir tes yeux La dernière pour voir ta boucheet l'obscurité toute entière pour me rappeler tout cela en te serrant dans mes bras.

Paris at night

Tres fósforos de uno en uno encendidos en la noche El primero para ver tu rostro todo El segundo para ver tus ojos El último para ver tu boca Y la completa oscuridad para recordarme todo eso Al estrecharte en mis brazos.

L'automne Un cheval s'écroule au milieu d'une allée Les feuilles tombent sur lui Notre amour

L'automne

Un cheval s'écroule au milieu d'une allée Les feuilles tombent sur lui Notre amour frissonne Et le soleil aussi.

El otoño

Un caballo se desploma en medio de una alameda Las hojas caen sobre él Nuestro amor tirita Y el sol también.

Premier jour Des draps blancs dans une armoire Des draps rouges dans un lit Un

Premier jour

Des draps blancs dans une armoire Des draps rouges dans un lit Un enfant dans sa mère

Sa mère dans les douleurs Le père dans le couloir Le couloir dans la maison La maison dans la ville La ville dans la nuit La mort dans un cri Et l'enfant dans la vie.

Primer día

Sábanas blancas en un ropero Sábanas rojas en un lecho Un niño en la madre El padre en el pasillo El pasillo en la casa La casa en la ciudad La ciudad en la noche La muerte en un grito Y el niño en la vida

Le miroir brisé Le petit homme qui chantait sans cesse le petit homme qui dansait

Le miroir brisé

Le petit homme qui chantait sans cesse le petit homme qui dansait dans ma tête le petit homme de la jeunesse

a cassé son lacet de soulier

et toutes les baraques de la fête tout d'un coup se sont écroulées

et dans le silence de cette fête j'ai entendu ta voix heureuse ta voix déchirée et fragile enfantine et désolée venant de loin et qui m'appelait

et j'ai mis ma main sur mon coeur où remuaient

ensanglantés

les septs éclats de glace de ton rire étoilé.

El espejo roto

El hombrecito que cantaba sin cesar el hombrecito que bailaba en mi cabeza el hombrecito de la juventud rompió el cordón de su zapato

y todas las barracas de la fiesta se derrumbaron de repente

y en el silencio de esa fiesta

en el desierto de esa cabeza oí tu voz feliz tu voz desgarrada y frágil infantil y desolada

que venía de lejos y me llamaba

y me llevé la mano al corazón donde se agitaban

ensangrentados

los siete trozos de espejo

de tu risa estrellada.

La brouette ou les grandes inventions Le paon fait la rou ele hasard fait le

La brouette ou les grandes inventions

Le paon fait la rou ele hasard fait le reste Dieu s'assoit dedans et l'homme le pousse.

La carretilla o los grandes inventos

El pavo real abre la cola en rueda el azar hace lo demás Dios toma asiento y al hombre le toca empujar.

Les oiseaux du souci Pluie de plumes plumes de pluie Celle qui vous aimait n'est

Les oiseaux du souci

Pluie de plumes plumes de pluie Celle qui vous aimait n'est plus Que me voulez-vous oiseuax

Plumes de pluie pluie de plumes Depuis que tu n'es plus je ne sais plus Je ne sais plus où j'en suis Pluie de plumes plumes de pluie Je ne sais plus que faire Suaire de pluie pluie de suie Est-ce possible que jamais plus

Plumes de suie Quittez vos nids

Je m'en moque sortez de cette chambre hirondelles du matin

Hirondelles du soir partez c'est moi qui m'en irai

Plumes de suie suie de plumes je m'en irai nulle part et puis un peu partout Restez ici oiseaux du désespoir

Restez ici

Allez ouste dehors hirondelles Hein? Quoi? Ce n'est pas la saisondes voyages?

Où? Hein? Alors restez

Faites comme chez vous.

Los pájaros del pesar

Lluvia de plumas plumas de lluvia La que amabais ya no está más Qué queréis de mí pájaros Plumas de lluvia lluvia de plumas Desde que tú no estás ya no sé Ya no sé dónde estoy Lluvia de plumas plumas de lluvia Ya no sé qué hacer Sudario de lluvia lluvia de hollín Acaso nunca más Plumas de hollín… marchaos golondrinas Dejad vuestros nidos… ¿Cómo? ¿Qué? ¿No es la estación de los viajes? No me importa salid de este cuarto golondrinas de la mañana Golondrinas de la noche partid… ¿A dónde? ¡Ah! Entonces quedaos me iré yo… Plumas de hollín hollín de plumas iré a ninguna parte Y también un poco a todas partes Quedaos aquí pájaros de la desesperación Quedaos aquí… Haced de cuenta que estáis en vuestra casa.

Pour toi mon amour Je suis alle au marché aux oiseaux Et j'ai achete des

Pour toi mon amour

Je suis alle au marché aux oiseaux Et j'ai achete des oiseaux Pour toi mon amour Je suis alle au marche aux fleurs Et j'ai achete des fleurs Pour toi mon amour

Je suis alle au marche a la ferraille Et j'ai achete des chaines

De lourdes chaines

Pour toi

mon amour

Et puis je suis alle au marche aux esclaves

Et je t'ai cherchee Mais je ne t'ai pas trouvee mon amour

Para ti mi amor

Fui al mercado de pájaros y compré pájaros Para ti

mi amor

Fui al mercado de flores

y compré flores

Para timi amor

Fui al mercado de chatarra

y compré cadenas

Pesadas cadenas

Para timi amor

Después fui al mercado de esclavos

Y te busqué

Pero no te encontré mi amor.

Barbara Jacques Prévert (1900 - 1977) Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce

Barbara Jacques Prévert (1900 - 1977)

Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-la Et tu marchais souriante Epanouie ravie ruisselante Sous la pluie

Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest Et je t'ai croisee rue de Siam Tu souriais Et moi je souriais de meme

Rappelle-toi Barbara Toi que je ne connaissais pas Toi qui ne me connaissais pas Rappelle-toi Rappelle-toi quand meme ce jour-la N'oublie pas

Un homme sous un porche s'abritait Et il a crie ton nom Barbara Et tu as couru vers lui sous la pluie Ruisselante ravie epanouie Et tu t'es jetee dans ses bras

Rappelle-toi cela Barbara Et ne m'en veux pas si je te tutoie Je dis tu a tous ceux que j'aime Meme si je ne les ai vus qu'une seule fois Je dis tu a tous ceux qui s'aiment Meme si je ne les connais pas

Rappelle-toi Barbara N'oublie pas Cette pluie sage et heureuse Sur ton visage heureux Sur cette ville heureuse Cette pluie sur la mer Sur l'arsenal Sur le bateau d'Ouessant

Oh Barbara Quelle connerie la guerre Qu'es-tu devenue maintenant Sous cette pluie de fer De feu d'acier de sang Et celui qui te serrait dans ses bras Amoureusement Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Oh Barbara Il pleut sans cesse sur Brest Comme il pleuvait avant Mais ce n'est plus pareil et tout est abime C'est une pluie de deuil terrible et desolee Ce n'est meme plus l'orage De fer d'acier de sang Tout simplement des nuages Qui crevent comme des chiens Des chiens qui disparaissent Au fil de l'eau sur Brest Et vont pourrir au loin Au loin tres loin de Brest Dont il ne reste rien.

Para Bárbara

Acuérdate Bárbara Llovía sin cesar en Brest aquél día

Y marchabas sonriente

Dichosa embelesada empapada Bajo la lluvia

Acuérdate Bárbara

Llovía sin cesar en Brest

Y me crucé contigo en la calle de Siam

Sonreías

Y yo también sonreía

Acuérdate Bárbara

Tú a quién yo no conocía Tú que no me conocías

Acuérdate

Acuérdate pese a todo aquél día

No lo olvides

Un hombre se cobijaba en un portal

Y gritó tu nombre

Bárbara

Y corriste hacia él bajo la lluvia

Empapada embelesada dichosa

Y te echaste en sus brazos

Acuérdate de eso Bárbara

Y no te ofendas si te tuteo

Yo tuteo a todos los que amo Aunque los haya visto sólo una vez Tuteo a todos los que se aman Aunque no los conozca

Acuérdate Bárbara No olvides Esa lluvia buena y feliz Sobre tu rostro feliz Sobre esa ciudad feliz Esa lluvia sobre el mar Sobre el arsenal Sobre el banco d'Ouessant

Oh Bárbara Menuda estupidez la guerra

Qué has llegado a ser ahora Bajo esta lluvia de hierro De fuego de acero de sangre

Y el hombre aquel que te estrechaba entre sus brazos

Amorosamente

Quizás ha muerto o desaparecido o vive todavía

Oh Bárbara Llueve sin cesar en Brest Como solía llover en otro tiempo

Pero no es lo mismo y todo está estropeado Es lluvia desconsolada de duelo espantoso Ni siquiera es ya tormenta De hierro de acero de sangre Simplemente nubes Que revientan como perros Perros que desaparecen En el remanso de Brest Y van a pudrirse lejos Lejos muy lejos de Brest Donde ya no queda nada.

Dejeuner du matin Il a mis le cafe Dans la tasse Il a mis le

Dejeuner du matin

Il a mis le cafe Dans la tasse Il a mis le lait Dans la tasse de cafe Il a mis le sucre Dans le cafe au lait Avec la petite cuiller Il a tourne Il a bu le cafe au lait Et il a repose la tasse Sans me parler Il a allume Une cigarette Il a fait des ronds Avec la fumee Il a mis les cendres Dans le cendrier Sans me parler Sans me regarder Il s'est leve Il a mis Son chapeau sur sa tete Il a mis Son manteau de pluie Parce qu'il pleuvait Et il est parti

Sous la pluie Sans une parole Et moi j'ai pris Ma tete dans ma main Et j'ai pleure.

Desayuno

Echó café

en la taza. Echó leche en la taza de café. Echó azúcar en el café con leche. Con la cucharilla

lo revolvió.

Bebió el café con leche. Dejó la taza

sin hablarme. Encendió un cigarrillo. Hizo anillos de humo. Volcó la ceniza en el cenicero sin hablarme. Sin mirarme

se puso de pie.

Se puso el sombrero.

Se puso el impermeable porque llovía.

se marchó

bajo la lluvia. Sin decir palabra.

Sin mirarme.

Y

me cubrí

la

cara con las manos.

Y

lloré.

Dimanche Entre les rangées d'arbres de l'avenue des Gobelins Une statue de marbre me conduit

Dimanche

Entre les rangées d'arbres de l'avenue des Gobelins Une statue de marbre me conduit par la main Aujourd'hui c'est dimanche les cinémas sont pleins Les oiseaux dans les branches regardent les humains Et la statue m'embrasse mais personne ne nous voit Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt.

Domingo

Entre las filas de árboles de la avenida de los Gobelinos Una estatua de mármol me conduce de la mano Hoy es domingo los cines están repletos Los pájaros desde las ramas contemplan a las criaturas humanas Y la estatua me besa pero nadie nos ve Salvo un niño ciego que nos señala con el dedo.

Pour faire le portrait d'un oiseau Peindre d'abord une cage avec une porte ouverte peindre

Pour faire le portrait d'un oiseau

Peindre d'abord une cage avec une porte ouverte peindre ensuite quelque chose de joli quelque chose de simple quelque chose de beau quelque chose d'utile pour l'oiseau placer ensuite la toile contre un arbre dans un jardin dans un bois ou dans une forêt se cacher derrière l'arbre sans rien dire sans bouger Parfois l'oiseau arrive vite mais il peut aussi bien mettre de longues années avant de se décider Ne pas se décourager attendre attendre s'il le faut pendant des années la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau n'ayant aucun rapport

avec la réussite du tableau Quand l'oiseau arrive s'il arrive observer le plus profond silence attendre que l'oiseau entre dans la cage

et quand il est entré

fermer doucement la porte avec le pinceau puis effacer un à un tous les barreaux en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau

Faire ensuite le portrait de l'arbre en choisissant la plus belle de ses branches pour l'oiseau

peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent

la

poussière du soleil

et

le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été

et

puis attendre que l'oiseau se décide à chanter

Si l'oiseau ne chante pas c'est mauvais signe

signe que le tableau est mauvais mais s'il chante c'est bon signe signe que vous pouvez signer Alors vous arrachez tout doucement une des plumes de l'oiseau

et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Para hacer el retrato de un pájaro

Pintar primero la jaula con la puerta abierta pintar después algo gracioso algo simple algo hermoso algo útil

para el pájaro apoyar después la tela contra un árbol en un jardín en un montecillo

o en un bosque

esconderse tras el árbol sin decir palabra sin moverse…

A veces el pájaro aparece al instante

pero a veces puede tardar años

antes de decidirse No desalentarse

esperar esperar si es necesario durante años

la prontitud o la demora en la llegada del pájaro

no guarda relación

con la calidad del cuadro Cuando el pájaro aparece si aparece observar el más profundo silencio aguardar a que el pájaro entre en la jaula

y una vez que haya entrado

cerrar suavemente la puerta con el pincel

después

borrar de uno en uno todos los barrotes con cuidado de no rozar siquiera las plumas del pájaro

Reproducir después el árbol cuya más bella rama se reservará para el pájaro pintar también el verde follaje y la frescura del viento el polvillo del sol

y el zumbido de los bichos de la hierbas en el calor del verano

y después esperar que el pájaro se decida a cantar Si el pájaro no canta mala señal señal de que el cuadro es malo pero si canta es buena señal señal de que podéis firmar Entonces arrancadle suavemente una pluma al pájaro

y poned vuestro nombre en un ángulo del cuadro.

Le temps perdu Devant la porte de l'usine le travailleur soudain s'arrête le beau temps

Le temps perdu

Devant la porte de l'usine le travailleur soudain s'arrête le beau temps l'a tiré par la veste et comme il se retourne et regarde le soleil tout rouge tout rond souriant dans son ciel de plomb

il cligne de l'œil

familièrement

Dis donc camarade Soleil

tu ne trouves pas que c'est plutôt con

de donner une journée pareille

à un patron ?

El tiempo perdido

Ante la puerta de la fábrica

el obrero se detiene de repente el buen tiempo ha tironeado de su chaqueta

y

no bien se vuelve

y

mira el sol

muy rojo muy redondo sonriente en su cielo de plomo le hace guiños familiarmente Di camarada sol ¿no te parece una reverenda burrada regalarle un día como éste al patrón?

La belle saison À jeun perdue glacée Toute seule sans un sou Une fille de

La belle saison

À jeun perdue glacée

Toute seule sans un sou Une fille de seize ans Immobile debout Place de la Concorde

À midi le Quinze Août

La hermosa estación

En ayunas perdida helada Completamente sola sin un centavo Una muchacha de dieciséis años Inmóvil de pie Plaza de la Concordia A mediodía el 15 de agosto.

Conversation Le porte-monnaie : Je suis d'une incontestable utilité c'est un fait Le porte-parapluie :

Conversation

Le porte-monnaie :

Je suis d'une incontestable utilité c'est un fait

Le porte-parapluie :

D'accord mais tout de même il faut bien reconnaître Que si je n'existais pas il faudrait m'inventer

Le porte-drapeau :

Moi, je me passe de commentaires Je suis modeste et je me tais D'ailleurs je n'ai pas le droit de parler

Le porte-bonheur :

Moi je porte bonheur parce que c'est mon métier

Les trois autres (hochant la tête) :

Jolie mentalité !

Conversación

El portamonedas:

Soy de una indiscutible utilidad es un hecho

El paragûero:

De acuerdo pero no obstante hay que reconocer Que si yo no existiera tendrían que inventarme

El asta de la bandera:

Yo paso por alto los comentarios Soy modesto y no digo nada Además no estoy autorizado a hablar

El amuleto:

Yo doy buena suerte porque es mi oficio

Los otros tres (meneando la cabeza):

¡Bonita mentalidad!

Tout ieune Napoléon était très maigre Tout ieune Napoléon était très maigre et oflìcier d'artillerie

Tout ieune Napoléon était très maigre

Tout ieune Napoléon était très maigre et oflìcier d'artillerie plus tard il devint empercur alors il prit du ventre et beaucoup de pays et le lour où il mourut il avait encore du ventre mais il était devenu plus petit.

Cuando joven Napoleón era muy flaco

Cuando joven era muy flaco

y oficial de artillería

tiempo después llegó a emperador

entonces adquirió panza y muchos países

y el día en que murió aún tenía

panza

pero en conjunto estaba mucho más chico.