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4-5 décembre, Londres RÉUNION À HAUT NIVEAU DU CAD DE 2012 Nouvelles orientations relatives à
4-5 décembre, Londres
RÉUNION À HAUT NIVEAU DU CAD DE 2012
Nouvelles orientations
relatives à la mesure et
au suivi par le CAD
du financement extérieur
du développement
Le Comité d’aide au
développement :
Pour un développement efficace

TABLE DES MATIÈRES

A. L'évolution du paysage du financement du développement et la contribution du CAD

2

B. Objectifs et besoins de financement pour l’après-2015

4

C. Mesure et suivi du financement extérieur du développement

6

Est-il nécessaire de moderniser le concept d’APD ?

6

La nécessité de compléter la mesure de l’effort des donneurs par une mesure du financement extérieur total du développement

7

Vers de nouveaux objectifs ?

9

D. Comment assurer une utilisation efficiente des ressources financières ?

10

1

NOUVELLES ORIENTATIONS RELATIVES À LA MESURE ET AU SUIVI PAR LE CAD DU FINANCEMENT EXTÉRIEUR DU DÉVELOPPEMENT

A. L'évolution du paysage du financement du développement et la contribution du CAD

1. La communauté du développement se prépare à une importante échéance en 2015, qui sera

l’occasion de dresser un bilan des progrès accomplis au regard des OMD, d’une part, et du soutien consenti par la communauté des donneurs en termes de financement (concrétisation des objectifs d’APD), d’autre

part.

2.

Dans le même temps, les travaux de définition des priorités en matière de développement pour

l’après-2015 ont débuté. Le premier rapport établi par l’Équipe spéciale du système des Nations unies recommande de conserver un cadre apparenté à celui des OMD (objectifs, cibles et indicateurs concrets) mais préconise une approche plus holistique. Un nouveau partenariat mondial pour le développement, regroupant des acteurs publics et privés, les membres du CAD et d’autres fournisseurs de coopération pour le développement, est en cours de mise en place. S’agissant du financement, le Consensus de Monterrey de 2002 a établi la primauté des ressources nationales et de l’environnement propice à la promotion de la croissance et du développement, tout en soulignant le rôle que peut jouer l’APD en tant que complément et catalyseur d’autres sources de financement du développement. Depuis le Consensus de Monterrey, les discussions consacrées aux ressources extérieures mises au service du développement font une place de plus en plus large au financement du développement en général, au lieu d’être centrées sur l’APD.

3. Le paysage du financement a déjà subi de profondes transformations. Si l’APD a régulièrement

augmenté (de 63 % en termes réels au cours de la dernière décennie), la part qu’elle représente par rapport à d’autres apports a fléchi. La part de l’APD dans les ressources totales nettes perçues par les pays en

développement (à l’exclusion des transferts de fonds des migrants) est tombée de quelque 50 % dans les années 60 à 20 % ces dernières années. Le graphique 1 montre l’évolution enregistrée au cours de la dernière décennie en comparant les apports extérieurs assortis ou non de conditions libérales avec les crédits à l’exportation, l’investissement direct étranger (IDE) et les autres apports du secteur privé, y compris les transferts de fonds des migrants estimés. La crise économique de ces dernières années a eu un impact, en particulier sur l’IDE, même si une tendance à la hausse s’est depuis lors amorcée à nouveau. Toutefois, de nombreux pays membres du CAD doivent encore procéder de toute urgence à un assainissement de leurs finances publiques qui pèsera fortement sur leurs budgets d’APD. Les objectifs que se sont fixés plusieurs membres en matière d’APD ne seront probablement pas atteints.

4. Il est clair que pour relever les défis que pose le programme d’action à l’appui du développement

pour l’après-2015, il conviendra de mettre en place une approche globale du financement qui mette l’accent sur le rôle du secteur privé dans la croissance économique, le recours à des instruments financiers de marché, et la nécessité d’associer les fournisseurs de coopération pour le développement non membres du CAD (comme les donneurs arabes et les acteurs de la coopération Sud-Sud, notamment ceux des grandes économies émergentes) aux discussions sur le financement du développement. Un autre objectif tout aussi important consiste à assurer une « division du travail » efficace entre les différentes sources de financement pour faire en sorte que les ressources limitées qui sont affectées à la coopération pour le développement aillent d’abord aux secteurs qui en ont le plus besoin, mais aussi là où elles peuvent avoir les effets les plus importants, par exemple en servant de catalyseur pour attirer des investissements privés de source étrangère ou nationale, en améliorant la collecte de recettes intérieures ou encore en finançant des politiques publiques (par exemple, en matière de sécurité, d’éducation ou de santé) que d’autres apports comme l’IDE ou les transferts de fonds des migrants ne financeront pas.

2

5.

Les changements intervenus dans le paysage du financement du développement donnent aussi à

penser qu’il est nécessaire de moderniser le système de mesure et de notification du financement extérieur du développement. De nouvelles mesures et de nouvelles catégories statistiques sont nécessaires pour

prendre en compte tout l’éventail des instruments financiers et faciliter l’analyse des financements de toutes sources. Dans le même temps, le concept d’APD pourrait devoir être réexaminé à la lumière de deux types de critique assez opposées : les uns considèrent que ce concept est trop général, ce qui permet d’inclure des éléments qui ne supposent pas de transferts de ressources transfrontalières ou d’effort budgétaire ; les autres estiment qu’il n’est pas assez large, des efforts effectivement déployés par les pouvoirs publics à l’appui du développement étaient ainsi omis ou sous-comptabilisés. Le présent document contient des suggestions concernant les travaux à mener par le CAD dans ce domaine au cours des prochaines années. La logique sous-jacente est que les définitions et la notification convenues au plan international constituent des éléments importants de la reddition de comptes, et que le CAD est bien placé pour prendre la tête des efforts visant à moderniser la mesure et le suivi du financement extérieur du développement, et apporter une utile contribution aux discussions menées à l’échelle mondiale sur le cadre de financement du développement pour l’après-2015. Les délégués à la réunion à haut niveau sont invités à fournir des orientations stratégiques concernant la réalisation de ces travaux.

Graphique 1. Apports extérieurs de ressources aux pays en développement depuis 2000

Apports nets aux pays en développement en provenance des pays membres du CAD et des

organisations multilatérales en 2000 -10, en milliards USD à prix constants de 2010

800 700 600 500 Dons privés 400 300 Apports du secteur privé non Crédits à
800
700
600
500
Dons privés
400
300
Apports du secteur privé non
Crédits à l’exportation
assortis de conditions libérales
Total des transferts de fonds*
200
bénéficiant d’un soutien
(y compris IDE)
public
100
Autres financements publics
du développement**
Recettes d’APD**
0
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010

* Montant total estimé des transferts de fonds des pays membres du CAD vers les pays en développement.

* * Y compris les apports bilatéraux et multilatéraux à destination des pays en développement

Source : statistiques du CAD et statistiques de la Banque mondiale sur les transferts de fonds des migrants.

3

B.

Objectifs et besoins de financement pour l’après-2015

6.

Plusieurs processus ont été engagés dans le cadre du système des Nations unies en vue de définir

de nouveaux objectifs de développement pour l’après-2015. 1 Si les discussions en sont encore à un stade précoce, elles laissent actuellement entrevoir l’établissement d’un cadre analogue à celui des OMD, assorti d’objectifs, de cibles et d’indicateurs concrets. Certains objectifs seront sectoriels et leur réalisation nécessitera des actions spécifiques en faveur de pays et de groupes de population vulnérables (par exemple,

des actions visant une éducation de qualité pour tous, la réduction des taux de mortalité et de morbidité, une alimentation suffisante pour tous, l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement, l’égalité homme-femme, le travail décent et l’emploi productif). D’autres devraient concerner les biens publics mondiaux ou les conditions indispensables pour le développement (par exemple, prise en compte des problèmes posés par le changement climatique et renforcement de la résilience aux risques naturels ; préservation de la biodiversité ; et libération de la violence, des conflits et des exactions). Toutefois, l’éradication de la pauvreté et de la faim restera inévitablement l’objectif suprême de ce processus. Ces trois séries d’objectifs ne manqueront pas de se chevaucher largement, ce qui pourra poser des problèmes de mesure.

7. La définition de nouveaux Objectifs de développement sera probablement suivie de divers

exercices d’estimation des coûts analogues à ceux qui ont été réalisés pour les OMD. De fait, les Nations unies ont déjà convenu de « mettre en place un processus intergouvernemental » qui permettra « d’évaluer les besoins de financement » et aboutira à une « stratégie efficace de financement du développement qui favorise la mobilisation de ressources et leur utilisation judicieuse en vue de réaliser les objectifs du développement durable ». 2 Cela nécessitera la conduite de travaux pour estimer la part des coûts qui devra être financée par des sources de financement extérieures. Les tâches spécifiques à mener en liaison avec la coopération pour le développement pourraient notamment consister à recenser les pays et les secteurs où la coopération est le plus nécessaire, ou bien où elle peut être utilisée comme catalyseur pour attirer d’autres

apports ou pour soutenir la mobilisation des recettes intérieures (voir encadré 1) afin d’augmenter le financement total du développement. Il importera tout particulièrement d’évaluer les coûts de l’éradication de la pauvreté et de réfléchir aux moyens de trouver un juste équilibre entre les politiques destinées à promouvoir la croissance d’une part, et les stratégies de financement du développement d’autre part, pour assurer la dimension pro-pauvres de cette croissance.

8. Des travaux considérables pour estimer les besoins de financements futurs pour la réalisation des

nouveaux objectifs seront probablement menés au sein des Nations unies, des institutions de Bretton Woods, de la société civile et du monde universitaire. Le CAD pourrait dresser un bilan et une synthèse

des résultats de ces travaux pour éclairer la réflexion sur les méthodologies à appliquer pour assurer le suivi du financement du développement au niveau mondial, régional ou par secteur/bénéficiaire ainsi que des éventuelles promesses d’aide futures. Il devrait aussi poursuivre ses travaux d’analyse des apports d’aide au développement par secteur, en identifiant les tendances et les domaines éventuels où les besoins n’ont pas été satisfaits, pour aider les membres à fixer les priorités. Il conviendrait que, dans toute la mesure du possible, ces analyses soient étendues à l’ensemble des fournisseurs de coopération pour le développement et quelles portent sur les apports de fonds pour le développement assortis de conditions libérales ou non libérales.

1. Voir le document DCD/DAC(2012)47/REV1.

2. Cf. « L’avenir que nous voulons », adopté par l’Assemblée générale des Nations unies, Résolution 66/288, en juillet 2012, paragraphe 255.

4

Encadré 1. Mobilisation de ressources financières nationales à l’appui du développement : fiscalité et développement

Il sera également essentiel d’accroître les recettes fiscales pour pouvoir atteindre les nouveaux objectifs. Si certains pays en développement ont réalisé des progrès en ce qui concerne le recouvrement de l’impôt au cours de la décennie écoulée, la moitié des pays d’Afrique subsaharienne mobilisent moins de 17 % de leur PIB sous la forme de recettes fiscales, soit un pourcentage inférieur au niveau minimum que les Nations unies considèrent comme nécessaire pour réaliser les OMD*.

L’importance accordée au rôle de catalyseur de la coopération pour le développement qui permet, à l’évidence, de mobiliser directement d’autres sources de financement nationales, ira croissant. Ce rôle est déjà démontré par un certain nombre de données de fait. Des apports d’aide échelonnés sur la période 2004-10, d’un montant total de 5.3 millions USD, qui ont été fournis par les donneurs pour améliorer le recouvrement de l’impôt au Salvador, ont permis d’accroître les recettes fiscales de 350 millions USD par an - ce qui représente un taux de rendement remarquable. De la même manière, l’expérience des donneurs du CAD-OCDE tend à indiquer que pour chaque dollar des États-Unis affecté à la réalisation d’enquêtes sur les produits de la corruption provenant du monde en développement et transférés vers les pays de l’OCDE, jusqu’à 20 USD ont pu être localisés et gelés, une proportion importante de cette somme ayant été rapatriée vers le ministère des Finances du pays en développement concerné - il s’agit là encore d’un taux de rendement impressionnant.

* « What Will It Take To Achieve the Millennium Development Goals? An International Assessment », PNUD, juin 2010, page 26.

9. Un suivi plus complet du financement extérieur du développement devrait susciter des

discussions sur la manière de distinguer entre les apports liés au développement et le soutien à la réalisation d’objectifs mondiaux (comme la préservation de la biodiversité, l’atténuation du changement climatique, la paix et la sécurité). À l’heure actuelle, les statistiques du CAD permettent de rendre compte de la mesure dans laquelle l’APD sert à soutenir la réalisation de certains de ces objectifs mondiaux, mais

elles ne tiennent pas compte du caractère additionnel de ces financements. Or, de nombreux pays en développement insistent pour que le financement des objectifs mondiaux vienne s’ajouter à l’aide. Le suivi des apports de ressources à l’appui de l’éventuel cadre de développement pour l’après-2015 pourrait nécessiter un réexamen des méthodes statistiques appliquées pour suivre les financements ciblés sur la réalisation d’objectifs mondiaux, comme l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets, en faveur desquels des engagements financiers ont déjà été pris. (Voir encadré 2.)

Encadré 2. La contribution du CAD au suivi de la mise en œuvre des engagements pris par les donneurs en matière de financement climatique

Les pays développés se sont engagés à fournir d’ici à 2020 aux pays en développement un montant total de 100 milliards d’USD par an au titre du financement climatique, en recourant à des sources tant publiques que privées. Les données fondées sur les marqueurs du CAD peuvent être utilisées pour estimer l’APD à l’appui de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à ses effets (22.7 milliards d’USD en 2010) et des travaux ont été entrepris pour étendre la collecte des données aux autres apports du secteur public (bilatéraux et multilatéraux). Qui plus est, le CAD travaille actuellement en collaboration avec le Groupe d’experts de la CCNUCC sur le changement climatique (COG) pour i) améliorer les données sectorielles sur les crédits à l’exportation afin de faciliter l’identification de ceux qui sont susceptibles d’atténuer les effets du changement climatique ; ii) clarifier les définitions de différentes catégories d’apports privés ; et iii) créer éventuellement de nouvelles catégories statistiques pour les interventions du secteur public qui mobilisent des financements privés. Toutefois, le suivi de la mise en œuvre de l’engagement de 100 milliards d’USD nécessiterait l’adoption à l’échelle internationale d‘une méthode permettant de recenser les ressources « nouvelles et additionnelles ».

5

C.

Mesure et suivi du financement extérieur du développement

10.

Cette approche plus holistique des objectifs de développement exigera une stratégie financière

globale et un système de suivi qui couvre le financement public aussi bien que privé, propose un cadre permettant une affectation efficiente des ressources et serve l’objectif de reddition des comptes. Les systèmes et méthodologies de notification devront être adaptés en conséquence. Le Groupe de travail sur les statistiques du financement du développement (GT-STAT) a déjà entrepris des travaux en vue d’améliorer la couverture et la classification des apports ne relevant pas de l’APD dans les statistiques du CAD. Toutefois, des changements plus fondamentaux pourraient s’avérer nécessaires pour que le système de notification prenne en compte tous les financements pertinents, facilite le suivi du financement extérieur du développement au niveau mondial et garantisse une comparabilité satisfaisante des efforts déployés par les membres en faveur des pays en développement (et des biens publics mondiaux si ces derniers sont pris en compte dans le cadre pour l’après-2015). Le rôle que jouent les objectifs concernant les apports de ressources en stimulant la mobilisation des ressources pourrait aussi devoir être examiné.

Est-il nécessaire de moderniser le concept d’APD ?

11. Le CAD a adopté la définition actuelle de l’APD en 1972, mais le concept est actuellement mis à

l’épreuve. En particulier, un ciblage sur les seuls apports éligibles à l’APD dans sa définition actuelle peut

dissuader des organismes de mettre au point de nouveaux mécanismes financiers novateurs, capables de mobiliser des volumes importants d’investissement privé au moyen d’instruments d’atténuation des risques. Cela est très préoccupant dans une période où un nombre grandissant de pays en développement ont besoin de prêts, de garanties et d’investissement sous la forme de prises de participation plutôt que de financements sous forme de dons pour stimuler le financement des infrastructures et la croissance économique. Les préoccupations particulières ci-après ont été émises :

L’accent mis actuellement sur l’APD nette a pour corollaire une prise en compte plus grande des projets d’investissement qui échouent, dans la mesure où les remboursements au titre des prêts et le produit des ventes de participations sont à comptabiliser comme des flux négatifs.

Les mécanismes qui ne génèrent pas immédiatement un flux (comme les garanties ou le capital appelable) ne sont pas couverts du tout en raison du principe de mesure de l’APD sous forme de flux.

12. Ces problèmes sont inhérents au système de mesures des flux sur la base des paiements

représentés par les versements qui est maintenant utilisé dans les statistiques du CAD. Ce système ne peut pas être fondamentalement modifié si l’on prévoit de continuer à mesurer les objectifs actuels concernant les apports d’aide et de ressources, lesquels sont formulés en termes de versements effectifs. 3 Toutefois, le

CAD pourrait étudier la possibilité d’appliquer des méthodes comptables alternatives/complémentaires qui prendraient mieux en compte les normes contemporaines concernant le budget et la balance des paiements 4 et/ou mettraient davantage l’accent sur les transferts bruts et non pas sur les transferts nets.

3. Résolution des Nations unies 2626 (XXV), 24 octobre 1970, paragraphe 42.

4. Le FMI recommande l’adoption de la comptabilité sur la base des droits constatés.

6

13. Le concept d’APD a été élaboré dans le cadre d’un système de mesure fondé sur les transferts de

ressources transfrontalières effectifs. La définition est restée inchangée tout au long des années mais dans la pratique, la notification de l’APD a été élargie pour couvrir certaines dépenses liées au développement dans les pays donneurs, qui représentent certes un effort budgétaire mais ne génèrent pas de flux transnationaux, ce qui a amené certains à qualifier cette forme d’aide d’« aide fantôme ». L’introduction de la notion d’« aide-pays programmable » (APP) il y a cinq ans avait pour objet d’améliorer les estimations

et la prévisibilité de l’APD effectivement versée aux bénéficiaires.

14. Les membres du CAD sont convenus de ne pas réviser la définition de l’APD avant 2015. Cela se

justifie parfaitement du point de vue de la reddition de comptes (les règles du jeu ne sauraient être changées avant que l’analyse visant à déterminer si les donneurs ont respecté leurs engagements ait été menée à son terme). Les membres ont toutefois souligné la nécessité de moderniser le concept d’APD pour faire en sorte que l’action future des pouvoirs publics soit guidée en tout premier lieu par la volonté de mobiliser des ressources suffisantes pour le développement et d’obtenir des résultats sur le front du développement.

La nécessité de mieux mesurer l’effort des donneurs et de faciliter les comparaisons internationales

15. Des discussions récentes sur le critère de libéralité des prêts d’APD ont mis en évidence d’autres

questions, comme celle de savoir si et dans quelle mesure le risque doit être pris en considération dans les évaluations de la concessionnalité ou encore celle de savoir comment traiter les prêts qui sont des prêts à des conditions favorables pour l’emprunteur alors qu’ils sont consentis à des taux qui sont proches ou supérieurs aux taux d’intérêt commerciaux de référence pour le donneur. Qui plus est, on a fait observer qu’il n’existait pas d’orientations concernant la manière de déterminer la concessionnalité des prises de

participation dans des partenariats public-privé ou dans des fonds d’investissement, ou encore des subventions remboursables aux institutions financières internationales. Le CAD devrait élaborer de nouvelles orientations sur la concessionnalité en liaison avec ces instruments afin de garantir une application uniforme du critère. Mais il pourrait aussi étudier d’autres moyens de faciliter l’analyse et d’améliorer les comparaisons des efforts des donneurs. Ainsi, les comparaisons concernant l’effort budgétaire pourraient reposer sur les dons et l’élément de libéralité (et non pas la valeur nominale) des prêts. Il pourrait être possible d’établir une méthodologie pour estimer l’effort budgétaire pour toute la gamme des instruments de financement extérieur du développement au moyen d’une mesure de l’effort des donneurs neutre par rapport à l’instrument.

La nécessité de compléter la mesure de l’effort des donneurs par une mesure du financement extérieur total du développement

16. Les travaux menés à ce jour qui relèvent des axes de travail du GT-STAT visant à améliorer les

statistiques relatives au financement du développement autre que l’APD, et le diagnostic posé par le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECPDM) 5 sur les principaux problèmes touchant à la notification de l’APD donnent à penser que les discussions sur la mesure de la totalité du financement

extérieur du développement devraient porter sur la motivation à l’égard du développement, la distinction entre financement public et financement privé, et les dispositifs mis en place par le secteur public pour

5. Voir :

7

catalyser des apports privés. 6 Le CAD devrait poursuivre ses travaux sur l’établissement des catégories et méthodes statistiques devant permettre de prendre en compte tous les financements pertinents et de faciliter les notifications de tous les fournisseurs de coopération pour le développement, qu’ils soient publics ou privés. Un resserrement de la collaboration statistique avec les principaux fournisseurs de coopération pour le développement non membres du CAD est essentiel pour une comptabilisation complète du financement extérieur du développement.

17. Les discussions consacrées à un système de mesure plus complet soulèvent à nouveau la question

du champ d’application qu’il est opportun de retenir pour la notification relative au financement extérieur du développement du point de vue de l’avantage procuré aux bénéficiaires. Comme indiqué précédemment, un certain nombre d’acteurs ont demandé instamment, ces dernières années, que soient exclues de l’APD « l’aide fantôme » qui ne suppose pas de transferts de ressources transfrontalières (comme le coût des réfugiés ou le coût des étudiants dans le pays donneur) ou l’APD qui n’est pas directement comptabilisée dans les budgets des pays en développement (en particulier, la plupart des activités de coopération technique). Par ailleurs, certaines institutions de financement du développement insistent pour que les programmes qui entraînent des coûts immédiats minimums pour les donneurs mais offrent d’importants avantages potentiels pour les bénéficiaires (prêts non concessionnels, garanties de prêt et d’investissement, etc.) soient plus largement pris en compte. Le CAD pourrait étudier la possibilité

d’effectuer des notifications en ce qui concerne tous les instruments financiers pertinents et d’évaluer leur effet de levier. Dans le même temps, des travaux pourraient être entrepris pour élaborer la classification statistique qui permettra de mieux cerner les transferts effectifs vers les pays en développement.

18. En résumé, il est suggéré que le CAD et le GT-STAT conduisent des travaux exploratoires

en vue de réviser les méthodes de suivi et de mesure du financement des activités de coopération pour le développement et, de manière plus générale, du financement extérieur du développement pour l’après-2015, en s’appuyant sur les suggestions formulées dans les paragraphes 12 et 15 à 17 ci-dessus. À la lumière des discussions menées récemment, il semblerait qu’il convienne d’accorder la priorité aux tâches énumérées ci-après :

i) Élaborer une proposition relative à une nouvelle mesure du soutien public total au développement. Cela nécessiterait d’accorder une plus grande importance aux chiffres bruts et aux apports non concessionnels que ce n’est le cas dans le système actuel. Une question importante concerne la manière de traiter les programmes d’aide publique au développement qui ont mobilisé des apports privés et suscité des engagements futurs.

ii) Examiner les moyens de nuancer la présentation des données sur le financement extérieur du développement de manière à faire ressortir tant « l’effort des donneurs » que « lavantage pour les bénéficiaires ».

6. Selon la définition actuelle de l’APD, les opérations favorisant le développement ont pour objectif principal de promouvoir le développement et l’amélioration du niveau de vie dans les pays en développement. L’aide sous forme de dons, qu’elle soit fournie par des gouvernements ou par des ONG/fondations, répond à ce critère ; il en est de même pour les prêts concessionnels ou non concessionnels consentis par des institutions de financement du développement (IFD). Parmi les financements qui n’ont pas principalement pour objectif de promouvoir le développement, figurent les crédits à l’exportation, l’investissement direct étranger et l’investissement de portefeuille. S’ils peuvent avoir des effets positifs en matière de développement (comme la création d’emplois, l’amélioration des infrastructures ou de la qualité des services dans les pays en développement), ils ont une motivation commerciale et ne peuvent pas être considérés comme ayant des objectifs de développement.

8

iii) Étudier si les nouvelles mesures correspondantes du financement extérieur du développement (y compris de nouvelles approches de la mesure de l’effort des donneurs) donnent à penser qu’il est nécessaire de réviser le concept d’APD. Cela suppose qu’on se penche sur les incidences que peuvent avoir des mesures nouvelles ou révisées sur la continuité des séries statistiques actuelles du CAD.

Les travaux de la phase exploratoire devraient être conduits en étroite collaboration avec les autres organismes internationaux concernés, en particulier le FMI et le système des Nations unies. Ils devraient être achevés en 2013 de sorte que leurs résultats, et les propositions éventuelles, puissent être soumis à l’examen d’une réunion à haut niveau qui pourrait se tenir à la fin de l’année 2013 ou ultérieurement, dès que possible. Toutefois, le calendrier des différents éléments doit aussi pouvoir être adapté pour tenir compte déventuels problèmes de mesure mis en évidence dans le cadre du processus en cours de définition du programme d’action concernant le développement et son financement pour l’après-2015.

19. Outre le réexamen de la mesure des sorties de fonds, d’autres travaux pourraient s’avérer

nécessaires de manière à mieux couvrir la panoplie des nouvelles sources de financement. Plusieurs pays ont déjà introduit des taxes aériennes dont le produit doit être affecté au développement. De nouvelles taxes sur les transactions financières pourraient aussi être consacrées au développement. De nombreux autres instruments sont soit déjà opérationnels, soit en cours d’expérimentation, ou encore à l’étude. Le

CAD devrait poursuivre ses travaux sur ces instruments 7 , en collectant des données pertinentes dans le cadre de ses systèmes, en clarifiant leur fonctionnement, en rendant compte de leur impact financier et en expliquant comment et à quel stade les opérations figurent dans les statistiques sur les apports de ressources.

Vers de nouveaux objectifs ?

20. De nombreux membres ont expliqué que la définition d’un objectif d’APD les avait aidés à

mobiliser l’adhésion à la cause du développement et que les hausses notables de l’APD en volume décidées au cours des dernières décennies n’auraient pas été possibles sans cet objectif. Parallèlement, certains ont fait valoir que l’objectif d’APD a aussi eu des effets préjudiciables à la mobilisation, au service du développement, de ressources provenant du secteur privé. L’exploration de nouvelles voies dans le domaine de la mesure et du suivi, par le CAD, du financement extérieur du développement pourrait, selon certains membres, faire surgir des interrogations à propos de l’utilité ou de la nécessité d’avoir recours aux objectifs en vigueur ou d’en définir de nouveaux, que ce soit pour l’APD ou pour d’autres types d’apports.

21. Un objectif n’a de sens que si ceux qui s’engagent à l’atteindre ont une maîtrise suffisante des

apports concourant à sa concrétisation. Les pays donneurs pourraient en conséquence se donner un objectif portant aussi bien sur les financements directement consentis par le secteur public que sur les apports privés mobilisés grâce à des interventions/dispositifs du secteur public, mais en aucun cas sur des « apports strictement privés » pour lesquels l’action des pouvoirs publics vise à promouvoir le mobilisation des financements et à intensifier les retombées sur le développement (faciliter les transferts, œuvrer à l’instauration de conditions d’ensemble favorables, améliorer la responsabilité sociale des entreprises), mais n’a aucune influence directe sur l’ordre de grandeur des flux financiers. Les fonds transitant par des

ONG 8 et des fondations sont également strictement privés et, si l’on poursuit le raisonnement, ne relèveraient absolument pas de l’objectif.

7.

Voir

« Mapping

of

Some

Important

Innovative

Financing

for

Development

Mechanisms »,

8. Fait référence aux ressources levées par des donneurs privées. Exclut les ressources publiques/l’APD transitant par des ONG.

9

22. Alors que les discussions sur les objectifs du programme d’action post-2015 ne font que

commencer et que les travaux entrepris au niveau mondial pour jeter les bases de l’ensemble du programme d’action en faveur du développement en sont aux tout premiers stades, les membres du CAD ne seront pas encore en mesure de s’interroger sur des objectifs précis pour l’avenir. Les participants à la réunion à haut niveau pourront cependant d’ores et déjà exprimer leurs points de vue sur la question de savoir si les travaux consacrés à la mesure des apports doivent être orientés vers la possibilité d’exercer un suivi des progrès au regard de nouveaux objectifs quantitatifs en matière de coopération pour le développement ou, plus largement, de financement extérieur du développement. Seraient évidemment associés à la définition de ces objectifs, quels qu’ils puissent être, des acteurs appartenant au CAD et des acteurs extérieurs au CAD.

D.

Comment assurer une utilisation efficiente des ressources financières ?

23.

Une utilisation efficiente des ressources extérieures suppose nécessairement une prise de

conscience de l’évolution du paysage du développement à l’échelle planétaire. La croissance rapide observée dans de nombreuses régions du monde en développement, y compris dans certains des plus grands pays en développement, a hissé un grand nombre d’acteurs nouveaux dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire. Il en résulte que la plupart des pauvres vivent désormais dans des pays à revenu intermédiaire. Dans le même temps, l’industrialisation rapide de ces pays a fait d’eux des acteurs majeurs d’enjeux mondiaux comme les politiques des échanges et des migrations, le changement climatique et la sécurité régionale et mondiale. Pour ces pays, le financement extérieur proviendra pour une large part du secteur privé. Selon les estimations de la Banque mondiale, les apports privés représentaient déjà 66 % des apports nets totaux en 2010 et 18 % seulement des apports destinés aux pays à faible revenu.

24. Les ressources concessionnelles conservent en revanche leur importance pour les pays à faible

revenu dans la mesure où elles les aident à sauvegarder le progrès social et les investissements sociaux et à asseoir sur des bases plus solides une croissance durable. Lorsque la situation budgétaire est tendue et la marge de manœuvre budgétaire restreinte, il est d’autant plus important de créer des conditions et d’offrir des incitations propices à une croissance durable, notamment en instaurant la sécurité dans des États fragiles. Les enquêtes du CAD sur les plans prévisionnels de dépenses donnent à penser que la coopération pour le développement sera dans les prochaines années de plus en plus concentrée sur un groupe de moins en moins nombreux de pays prioritaires. Il pourrait en résulter une diminution de l’aide allouée aux pays partenaires pour lesquels il est moins facile d’apporter la preuve que des résultats ont été obtenus, mais qui ont pourtant absolument besoin de l’APD. Les ressources concessionnelles demeurent capitales pour financer les programmes des pouvoirs publics dans les domaines de la santé et de l’éducation dans des pays où les capacités institutionnelles sont faibles et où des OMD importants sont loin d’être atteints. Le CAD

devrait continuer, dans ses analyses, à ne pas perdre de vue que l’objectif central de l’aide au développement est de faire reculer la pauvreté et de maintenir ou d’instaurer des services sociaux de base ainsi que la sécurité.

25. La part des ressources concessionnelles affectée aux secteurs productifs, à l’infrastructure

économique et à l’agriculture n’a cessé de décliner depuis 20 ans. Cette évolution est en partie le résultat d’efforts visant à éviter de supplanter les investissements commerciaux dans ces secteurs qui sont, selon

toute probabilité, les principaux moteurs de la croissance au même titre que les politiques de réforme structurelle et économique spécifiques au contexte. La coopération pour le développement doit donc contribuer à dynamiser les investissements réalisés sous l’impulsion du secteur privé et être orientée vers des actions destinées à offrir aux investisseurs privés des perspectives attrayantes. Les travaux sur la classification sectorielle et les financements novateurs devraient apporter un éclairage à l’analyse du rôle de catalyseur de la coopération pour le développement.

10

26. L’enjeu suprême est d’assurer une utilisation efficace de ressources concessionnelles devenues

rares. Comment dépenser au mieux ces ressources sachant qu’elles représentent une proportion en recul de l’ensemble des ressources allouées au développement ? Des enseignements peuvent être tirés de l’analyse

de la contribution que le financement concessionnel peut apporter, dans les pays moins dépendants de l’APD, à la maximisation du rendement marginal de l’aide au développement par rapport à celui d’autres sources de financement extérieur. Les classifications et analyses devront de plus en plus être guidées par la nécessité de relier concours et résultats. Elles devront refléter les objectifs stratégiques assignés à l’aide au développement, permettre d’en évaluer les modalités compte tenu des possibilités des bénéficiaires d’accéder à d’autres sources de financement et faciliter le recensement d’indicateurs d’impact pertinents pour chaque activité.

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